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DIRE LA VERITE DANS L'AMOUR : L'AUTORITE
D'ENSEIGNEMENT CHEZ LES CATHOLIQUES ET LES METHODISTES
Rapport de la Commission mixte Église catholique romaine-Conseil
méthodiste mondial 1997-2001*
Septième
série
Préface
Au cours des cinq dernières années
la Commission mixte de l'Église catholique romaine et du Conseil méthodiste
mondial a étudié l'exercice du magistère d'enseignement dans l'Église et
par l'Église. Elle a ainsi poursuivi l'accord enregistré dans ses
déclarations précédentes, La Parole de vie (1996) et, antérieurement, La
tradition apostolique (1991). Les thèmes du Saint-Esprit et de l'Église,
étudiés dans les phases précédentes de ce dialogue, conduisent maintenant
à la question plus précise de savoir comment la foi qui vient des apôtres
est transmise de génération en génération de telle manière que tous les
fidèles continuent d'adhérer à la révélation qui est venue en
Jésus-Christ. Le ministère d'enseignement dans l'Église est un moyen
particulier de cette transmission, un moyen d'assurer la fidélité non
seulement dans la foi mais aussi dans les formules de foi. La présente
déclaration apporte une pièce de plus à une mosaïque qui s'est élaborée
lentement, et qui montre l'articulation des divers éléments qui, par la
puissance du Saint-Esprit, contribuent à la vie de l'Église en tant que
porteur fidèle de la révélation de Jésus-Christ aux générations
successives.
Il n'est pas inutile de dire un mot
de la structure générale du présent rapport, qui s'écarte un peu du
modèle habituel dans les dialogues bilatéraux. L'introduction indique la
dynamique biblique qui a stimulé le travail de la Commission au long de ces
cinq années. L'ensemble du document se compose de deux parties qui ne sont
pas de même nature. La première expose sous forme systématique ce sur quoi
la Commission juge un accord possible entre catholiques et méthodistes en
matière d'enseignement normatif, notant au passage les divergences qui
subsistent et certaines questions que chaque partie aimerait poser à l'autre.
La deuxième partie décrit les interprétations et les pratiques actuelles
respectives du méthodisme et du catholicisme, mais dans un style qui se veut
plus aisément intelligible pour le partenaire et pour d'autres. Idéalement,
le lecteur qui prend connaissance du rapport sans savoir grand-chose de l'un
des partenaires ou même des deux lira d'abord cette deuxième partie
descriptive du rapport pour y revenir ensuite, afin de voir quels progrès et
quels défis la première partie systématique représente. La conclusion
générale du rapport fait la synthèse des observations concernant les
données communes au catholicisme et au méthodisme, et formule les
différences qui demeurent en termes de travail encore à faire.
La Commission mixte a connu à la
fois changements dans sa composition et continuité, sans cesser de jouir d'excellentes
relations de travail et, une fois de plus, du climat de confiance mutuelle qui
naît de la dévotion au Seigneur commun et au même but, c'est-à-dire la
recherche de " la pleine communion dans la foi, la mission et la vie
sacramentelle " entre nos Églises. Nous avons réfléchi ensemble,
écrit ensemble, prié ensemble, et assisté respectueusement aux
célébrations eucharistiques les uns des autres.
Le présent document est l'œuvre
d'une Commission mixte dont les membres sont officiellement mandatés par le
Conseil pontifical pour la promotion de l'Unité des chrétiens et par le
Conseil méthodiste mondial. Nous présentons respectueusement ce rapport à
nos mandants et les prions d'en faire l'évaluation.
16 novembre 2000
Michael PUTNEY, évêque de
Townsville (Australie) Co-président
catholique
Geoffrey WAINWRIGHT Professeur de théologie chrétienne, Duke University Co-président méthodiste
STATUT DE CE DOCUMENT
Le rapport ici publié est le
travail de la Commission mixte de dialogue entre l'Église catholique romaine
et le Conseil mondial méthodiste. C'est un texte de cette commission. Les
autorités qui ont constitué cette commission ont autorisé la publication de
ce rapport en vue de sa large discussion. Ce n'est pas une déclaration
autoritative de l'Église catholique ou du Conseil mondial méthodiste, qui
évalueront ce texte et prendront position en temps opportun.
Éphésiens 4, 1-16
" Je vous y exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis
prisonnier : accordez votre vie à l'appel que vous avez reçu ; en toute
humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans
l'amour ; appliquez-vous à garder l'unité de l'esprit par le lien de la paix.
Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a
appelés à une seule espérance ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul
baptême ; un seul Dieu et Père de tous, qui règne sur tous, agit par tous,
et demeure en tous. À chacun de nous cependant la grâce a été donnée
selon la mesure du don du Christ. D'où cette parole : Monté dans les
hauteurs, il a capturé des prisonniers ; il a fait des dons aux hommes. Il
est monté ! Qu'est-ce à dire, sinon qu'il est aussi descendu en bas sur la
terre ? Celui qui est descendu, est aussi celui qui est monté plus haut que
tous les cieux, afin de remplir l'univers. Et les dons qu'il a faits, ce sont
des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et catéchètes,
afin de mettre les saints en état d'accomplir le ministère pour bâtir le
corps du Christ, jusqu'à ce que nous parvenions tous ensemble à l'unité
dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'adultes, à
la taille du Christ dans sa plénitude. Ainsi, nous ne serons plus des enfants,
ballottés, menés à la dérive à tout vent de doctrine, joués par les
hommes et leur astuce à fourvoyer dans l'erreur. Mais, confessant la vérité
dans l'amour, nous grandirons à tous égards vers celui qui est la tête,
Christ. Et c'est de lui que le corps tout entier, coordonné et bien uni
grâce à toutes les articulations qui le desservent, selon une activité
répartie à la mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se
construire lui-même dans l'amour " (T.O.B.).
Introduction
1.L'Épître aux Éphésiens
célèbre l'accomplissement du dessein de la grâce divine de réunir un jour
toutes choses sous la souveraineté de Jésus-Christ, à la louange et à la
gloire de Dieu le Père. La parole de vérité, qui est l'Évangile du salut,
est maintenant prêchée, et ceux qui la reçoivent dans la foi sont
incorporés au Christ et obtiennent déjà de siéger avec lui dans les cieux.
Tant que la consommation se fait attendre, l'Apôtre trouve nécessaire d'exhorter
les croyants à tenir fermement ce qui leur a été donné par le Saint-Esprit
en anticipation de la fin. Ce qui était recommandé par l'Apôtre aux
chrétiens d'Ephèse menacés de désunion peut s'appliquer à des
générations ultérieures désireuses de remédier aux divisions qui, de fait,
se sont malheureusement produites. Dans cet espoir, la Commission mixte s'est
tournée en particulier vers le quatrième chapitre de L'Épître aux
Éphésiens, cherchant à se guider sur l'Écriture dans son effort pour
résoudre les différences entre méthodistes et catholiques sur la question
de l'autorité d'enseignement dans l'Église.
2. Selon Éphésiens 4, 4-6, l'unité
de la communauté chrétienne est fondée sur la septuple unité reconnue dans
l'Église et dont celle-ci dépend pour son existence. L'Église, en tant que
corps du Christ, est une unité dans la diversité, vivifiée par un seul
Esprit, répondant à une unique espérance et soumise à un seul Seigneur et
Chef, Jésus-Christ, par la foi qui est célébrée dans l'unique rite du
baptême à la gloire du seul Dieu et Père de tous. Les thèmes majeurs de la
doctrine chrétienne apparaissent par là comme propriétés d'un organisme
vivant de croyances. Ainsi le chapitre d'ouverture du rapport de la Commission
articule la foi christologique et trinitaire fondamentale que les catholiques
et les méthodistes ont en commun, qui est fondée sur les Écritures,
confessée ensemble dans les credos œcuméniques, incarnée dans les
liturgies respectives des Églises et annoncée au monde comme l'Évangile de
son salut.
3. Dans le deuxième chapitre de son
présent rapport, la Commission traite spécialement du Saint-Esprit en tant
qu'agent de l'unité (Ep 4, 3), soulignant ainsi la dimension pneumatologique
qui a marqué son travail à partir du rapport de 1981. L'Église est vue à
présent comme la communauté prophétique de Dieu, munie de l'onction de
l'Esprit de Vérité. Par le sceau du Saint-Esprit elle est gardée dans une
seule et même vérité, de telle manière que tous les chrétiens peuvent
activement répondre à la vocation de porter témoignage à l'Évangile qui
apporte l'espoir du salut à l'humanité.
4. La vocation commune des
chrétiens n'exclut nullement dans l'Église une diversité de dons et de
fonctions compatibles entre elles. Éphésiens 4, 7-11 énumère une variété
de charismes accordés à l'Église par le Christ monté au ciel pour l'institution
de ministères particuliers, destinés à édifier le Corps et à équiper
tout le Peuple de Dieu pour sa mission dans le monde. La liste de L'Épître
comprend principalement des fonctions en rapport avec la proclamation et l'enseignement
de la Parole. De même, le rapport de la Commission a ensuite un chapitre dans
lequel méthodistes et catholiques essaient de développer une interprétation
commune des questions historiquement controversées, touchant les manières et
les modes par lesquels, dans des circonstances toujours changeantes, on arrive
à un discernement exact de la vérité de l'Évangile, et on accomplit sa
proclamation avec autorité.
5. Éphésiens 4, 12-14 dit que le
but des fonctions d'enseignement est de promouvoir cette " unité dans la
foi et dans la connaissance du Fils de Dieu " qui est l'indication de la
maturité dans la vie des croyants. Une telle maturité est révélée par la
certitude et la stabilité en matière de foi et par la capacité de
distinguer entre enseignements justes et erronés. L'accord sur la vérité de
l'Évangile est une composante fondamentale de la visée du dialogue entre
catholiques et méthodistes : " pleine communion de foi, de mission et de
vie sacramentelle ".
6. " Dire la vérité dans
l'amour " (Éphésiens 4, 15) est le titre du rapport de la Commission :
il exprime à la fois l'esprit dans lequel le dialogue s'est déroulé et le
résultat qu'on en attend. L'Apôtre presse les croyants de se défaire de
toute amertume, irritation, colère, éclats de voix, injures, calomnie, de
toute espèce de méchanceté (4, 31) et de cultiver au contraire les vertus
d'humilité, de douceur et de patience (4, 2). Du fait que le Christ incarne
l'amour et la vérité de Dieu, l'amour est partie intégrante de la vérité,
et la vérité partie intégrante de l'amour. En poursuivant assidûment de
concert l'un et l'autre, on ne pourra que renforcer la crédibilité du
témoignage chrétien commun rendu au dessein d'amour de Dieu, qui dans la
Parole et dans l'Esprit s'est donné et continue de se donner lui-même à l'humanité.
Telle est la vérité de l'Évangile.
PREMIÈRE PARTIE
I.
L'Église comme
Communion dans l'Amour et la Veritè
Objet et source de l'enseignement
7. " Dieu a tellement aimé le
monde qu'il a envoyé son Fils et le Saint-Esprit pour nous attirer à la
communion avec lui. Cette participation à la vie de Dieu qui a résulté de
la mission du Fils et du Saint-Esprit a trouvé expression dans une koinonia (communion,
communauté) visible des disciples du Christ, l'Église ". Cette
description indique à la fois le contenu central ou l'objet de l'enseignement
de l'Église et la source ultime de l'autorité d'enseigner. Puisque l'objet
central de l'enseignement est Dieu révélé en Jésus-Christ, qui est aussi
la source ultime de l'autorité, la doctrine chrétienne est inséparablement
christologique et trinitaire. Catholiques et méthodistes sont en mesure de
faire les déclarations communes suivantes, compte tenu des nuances indiquées.
Christologie
8. Étant donné la manière dont,
selon les Écritures, Dieu est entré dans l'histoire humaine, la doctrine de
l'Église est centrée sur le Christ. Elle découle de l'identification de
Jésus de Nazareth comme le Sauveur attendu par Israël, le Peuple de Dieu
dont l'histoire est racontée dans la Bible. La vie, le ministère, la mort et
la résurrection de Jésus, et la proclamation de la seigneurie du Christ
Ressuscité étaient le sujet central de l'enseignement pour la première
génération de croyants chrétiens, comme on le voit dans le Nouveau
Testament. Cela doit le demeurer pour toutes les générations suivantes dans
l'Église. Chaque fois que nous parlons de Jésus-Christ dans notre
enseignement nous suivons les conciles patristiques en l'identifiant comme la
Deuxième Personne de la Trinité, qui s'est faite chair.
Trinité
9. Dans une perspective qui vise la
réalité ultime au-delà et à l'intérieur de tout ce qui est visible, le cœur
de la doctrine chrétienne est que la divinité est trois Personnes qui sont
distinctes l'une de l'autre, mais de telle manière que l'être divin est
parfaitement présent en chacune d'elles. Le Dieu seul et unique qui fut
proclamé et manifesté dans l'Ancien Testament est révélé dans le Nouveau
comme le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ ; Jésus est connu comme le
Fils éternel du Père, son Verbe créateur qui s'est fait chair ; et leur
Esprit éternel est manifesté comme celui qui a parlé par les prophètes,
inspiré les Écritures, et est senti comme présence divine qui agit dans la
vie humaine et dans tout l'univers.
Les Œuvres de Dieu
10. Bien qu'elle considère tous les
actes de Dieu comme engageant toutes les trois Personnes de la Trinité, la
réflexion chrétienne guidée par les Écritures a rattaché les œuvres de
Dieu à des Personnes divines spécifiques. L'acte de création est attribué
au Père, la rédemption de la race d'Adam au Christ, nouvel Adam, la conduite
de l'Église et la sanctification des croyants au Saint-Esprit. On enseigne
aux fidèles à lire non seulement le " livre de l'Écriture " comme
recueil inspiré de la révélation divine, mais également, à sa lumière,
le " livre de la nature ", qui montre les traces de la puissance
créatrice et présente des images et des analogies des Personnes divines, et
le " livre de l'âme ", la plus haute image créée de Dieu sur
terre (imago Dei), qui a été abîmée par le péché mais restaurée en
Christ. De cette manière, les chrétiens sont amenés à contempler la
divinité comme l'agent ultime et la providence aimante et compatissante qui
soutient toutes choses dans l'être, et ils recherchent la volonté de Dieu
pour leur vie.
Les Symboles de foi
11. L'Église chrétienne confesse
le Symbole des Apôtres et celui de Nicée-Constantinople, qui sont
christologiques et trinitaires. Ils nomment le Père, le Fils, et le
Saint-Esprit, et ils mettent la vie, la mort et la résurrection du Verbe
incarné au centre des articles de la foi. Les symboles de foi donnent corps
à l'enseignement biblique sur Dieu et le Christ. Leur confession est
incorporée aux liturgies de l'Église, notamment le Symbole des Apôtres dans
le rite baptismal de l'initiation chrétienne, et le Credo de Nicée dans le
culte de l'assemblée. Les symboles fonctionnent aussi comme règle de foi (regula
fidei) normative pour l'enseignement conciliaire et tout enseignement officiel.
Les notes de l'Église
12. Le Credo de
Nicée-Constantinople appelle l'Église une, sainte, catholique et apostolique.
L'Église que Jésus a fondée est la communion (koinonia) de tous les
croyants rassemblée en Christ. Elle se sait elle-même le Peuple de Dieu
racheté, l' Israël rénové. Elle est donc une et sainte. En tant que
communion universelle des fidèles, " depuis Abel le juste jusqu'au
dernier des élus ", l'Église est catholique, destinée à embrasser
toute l'humanité rachetée. Parce que ce fut principalement par les apôtres
de Jésus - les douze, saint Paul et les autres missionnaires - que les
païens furent greffés sur le tronc d'Israël (cf. Rm 11) par la prédication
de la Parole, l'Église est apostolique.
L'Église comme communion
13. L'Église est désignée dans l'Écriture
sainte par de nombreuses images et métaphores qui éclairent sa réalité
comme communion. Plusieurs raisons expliquent la faveur accordée à l'image
biblique de l'Église comme Corps du Christ. Elle était soulignée par saint
Paul (cf. 1 Co 10, 14-17 ; 12, 12-30 ; Rm 12, 4-6), et elle se relie
étroitement au corps eucharistique du Christ et à l'image de l'Église comme
épouse de Dieu. Au cœur de la liturgie et de la piété chrétiennes, l'Eucharistie
comme communion avec le Christ concrétise la doctrine de l'Église comme
communion. L'image de l'Église comme épouse de Dieu renouvelle la
perspective d'Israël comme épouse divine et anticipe l'accomplissement
eschatologique de l'Église.
14. Que l'Église soit une communion
s'enracine incontestablement dans le dessein de Dieu Trinité, en qui l'unité
et la pluralité de trois s'impliquent réciproquement inséparablement. Ce
caractère de l'Église est fondé dans la création elle-même puisque la
race humaine, par la volonté du Créateur, est à la fois une et diverse. En
tant que communion, l'Église relie tous les croyants à Dieu et les uns aux
autres, sur le modèle et par la grâce des trois Personnes qui sont un seul
Etre éternel. La communion des fidèles dans le temps et dans l'espace existe
dans la Parole de Dieu et est unie par le lien de l'Esprit. C'est une
communion dans les réalités saintes que sont les sacrements de la grâce, et
en premier lieu dans le baptême et dans l'Eucharistie.
15. Les images bibliques de l'Église
convergent sur un point : l'Église procède de l'auto-communication de Dieu
qui, dans l'incarnation, vient participer à la vie de l'humanité et lui
donne part à sa propre vie une et trine. Elle se comprend par là elle-même
comme le domaine de l'Esprit, conformément à la formule des premiers
symboles baptismaux : " Je crois… dans le Saint-Esprit dans la sainte
Église… " La présence interne et le témoignage de l'Esprit dans le cœur
des chrétiens demeurent invisibles, mais toute la vie de la communauté se
situe publiquement sous la Parole de Dieu qui est son guide et son juge ; et
elle est destinée à rendre gloire à Dieu le Père.
Primauté de la Parole
16. La Parole a la primauté dans l'Église.
Le Logos éternel, par l'incarnation, a apporté à l'humanité la
révélation finale de Dieu, et est devenu le Rédempteur du monde et le
Seigneur de l'Église. Le Verbe éternel fait chair est la norme ultime de
toute la vie et la doctrine de l'Église, orientant tout ce qui est fait et
enseigné dans l'Église vers la louange et l'adoration de Dieu le Père, par
la grâce et la puissance du Saint-Esprit. Au dernier jour, ceux qui vivent en
Christ seront élevés dans son Royaume, qui " n'aura pas de fin
".
Écriture
17. La Parole est présente dans la
proclamation de l'Évangile et dans l'initiation, l'éducation et la formation
des croyants. Dans la proclamation et l'instruction la Parole écrite dans les
Écritures prime toutes les formulations ultérieures de la révélation
divine. Elle fournit une norme permanente de la croyance, d'autant plus
nécessaire que la prédication missionnaire de l'Évangile dans de nouvelles
nations et des temps nouveaux requiert que le message soit communiqué de
manière renouvelée dans les diverses cultures du monde. Elle est le point de
référence pour les décisions normatives qui doivent être prises lorsque
débats et interprétations divergentes de la doctrine menacent la formulation
juste et la transmission correcte de l'Évangile.
Tradition
18. La Parole est présente dans la
Tradition en tant que communication de l'Évangile à de nouvelles
générations de croyants. La tradition est " l'histoire de cet
environnement continu de grâce dans et par lequel vivent tous les chrétiens
", elle trouve son " expression centrale " dans l'Écriture, et
elle sera toujours fidèle au message biblique. Puisqu'elles préservent la
proclamation de la nouvelle du salut par les prophètes et les apôtres, les
Écritures sont en même temps le modèle et le cœur de la Tradition. Dans
cette Tradition, par laquelle la Parole est transmise d'âge en âge, la
Parole est lue, proclamée, expliquée et célébrée. La Tradition acquiert
une valeur normative lorsque sa fidélité à la norme biblique et au Verbe
éternel est reconnue. " L'Écriture a été produite au sein de la
Tradition, pourtant l'Écriture est normative pour la Tradition. L'une n'est
intelligible que dans les termes de l'autre ". Qu'il y ait harmonie entre
l'Écriture, la Tradition et la vie chrétienne de foi et de culte fait partie
de la compréhension de soi de l'Église et cela est inhérent à la manière
dont l'Église, dans le Saint-Esprit, se transmet de génération en
génération. Il y a une convergence croissante entre méthodistes et
catholiques sur ce que le Pape Jean-Paul II a appelé " la relation entre
la sainte Ecriture, en tant qu'autorité suprême en matière de foi et la
sainte Tradition, comme indispensable à l'interprétation de la Parole de
Dieu ".
Maintenue dans la Vérité
19. Dans l'histoire de l'Église il
devint urgent de choisir entre les traditions divergentes et les
interprétations opposées de l'Évangile. Un ministère au service d'un tel
choix existait aux temps apostoliques (cf. Ac 15) ; et il prit une forme
particulière dans les premiers siècles, lorsqu'à l'échelon local la
sollicitude pastorale fut confiée à un collège de presbytres sous la
présidence d'un évêque, les évêques formant eux-mêmes un collège au
plan universel, auquel le Siège romain présidait " dans la charité
" (en agapè). Dans l'Église catholique, les évêques continuent d'exercer
ce ministère à la tête d'une église particulière (diocèse), qu'ils
administrent et conduisent dans la foi, le culte et le témoignage. Lorsque
réunis en concile, et lorsque dans leurs églises locales on constate qu'ils
enseignent les mêmes doctrines, ils exercent une responsabilité
magistérielle au nom de l'Église universelle. Dans les circonstances
historiques qui étaient les leurs, John Wesley et les méthodistes avaient
conscience d'une semblable responsabilité lorsqu'ils constituaient un modèle
selon lequel la direction de l'enseignement est exercée par la Conférence et
par les surintendants agissant en son nom.
20. La vérité de l'Évangile et
les doctrines qui l'expriment ne peuvent être préservées fidèlement sans
l'assistance de l'Esprit. Les catholiques et les méthodistes ont désiré
ardemment invoquer l'Esprit, et ils ont confiance dans sa grâce infaillible.
Dans l'Église catholique, ce souci de vérité et de fidélité a son point
de convergence dans un " charisme de vérité et de foi indéfectibles
" donné aux évêques pour le bien de l'Église universelle. Ce don
prend diverses formes, comme lorsque l'enseignement ordinaire de tous les
évêques est reconnu comme étant unanime, ou lorsqu'il arrive, en certaines
occasions, malgré tout rares, qu'une doctrine soit proclamée "
infailliblement " par un concile ou par l'évêque de Rome dans les
conditions définies par le premier Concile du Vatican pour les définitions
ex cathedra. En vertu de ce " charisme de vérité et de foi
indéfectibles " l'Évangile est proclamé sans altération en dépit des
péchés et des insuffisances des membres et des dirigeants de l'Église. Un
témoignage vivant a été rendu à cette foi au long des siècles par des
saints et des savants, mais aussi par des croyants ordinaires, dont certains
sont honorés comme " docteurs de l'Église ".
21. Dans leur souci de la vérité
de l'Évangile les méthodistes ont trouvé assurance dans la conduite de
l'Esprit manifesté dans des hommes de Dieu tels que John Wesley lui-même,
dans des événements providentiels tels que la Réforme, et dans des
assemblées comme les premiers Conciles et les Conférences méthodistes. En
exerçant leur fonction d'enseignement, ces Conférences formulent des
déclarations doctrinales répondant aux besoins, mais sans leur attribuer d'être
absolument garanties contre toute erreur. Les méthodistes se conçoivent
eux-mêmes comme soumis à l'obligation d'accepter comme faisant autorité ce
qu'on peut clairement montrer être en accord avec les Écritures.
Enseigner la Vérité
22. Méthodistes et catholiques
acceptent les Écritures, les Symboles et les décrets doctrinaux des premiers
Conciles œcuméniques. Dans l'Église catholique, d'autres développements
doctrinaux ont eu lieu grâce à d'autres décrets et constitutions
conciliaires, et par des déclarations faites par des synodes d'évêques et
par l'évêque de Rome et les services qui l'assistent dans sa sollicitude
pour toutes les Églises. Dans le méthodisme on croit que les saintes
Écritures contiennent tout ce qui est nécessaire au salut. En même temps la
lecture méthodiste de l'Écriture se guide sur les Symboles et les Conciles
anciens ainsi que sur certains textes de référence, tels les Sermons de John
Wesley, ses Notes sur le Nouveau Testament et les Articles de Religion. Les
Conférences méthodistes ont charge d'interpréter la doctrine. Les
méthodistes comme les catholiques affirment que toute doctrine doit rester
soumise à la Parole de Dieu, par rapport à laquelle on doit vérifier la
valeur de son contenu. .
23. " Puisque le cœur de l'Évangile
et centre de la foi est l'amour de Dieu révélé dans la rédemption, toutes
nos formulations de la foi doivent dériver de la foi en Christ, qui est notre
salut et le fondement de notre foi ". Pour les catholiques et les
méthodistes, les doctrines de foi s'ordonnent en fonction de leur rapport à
ce centre. Le Décret sur l'œcuménisme du Deuxième Concile du Vatican parle
d'une " hiérarchie des vérités ", et John Wesley d'une "
analogie de la foi " ou d'un " grand schéma de doctrine ". Les
méthodistes et les catholiques distinguent aussi entre doctrines et opinions
théologiques, mais il y a parfois divergence sur la catégorie dans laquelle
placer tel ou tel enseignement.
24. Un moment essentiel dans le
processus de la Tradition est celui de la réception de la doctrine par le
Peuple de Dieu. Comme l'a dit notre Commission mixte, " un critère qui
permet de juger qu'un nouveau développement dans l'enseignement chrétien est
conforme à l'Évangile est sa réception durable par l'ensemble de l'Église
". Dans l'enseignement catholique, l'accord des fidèles n'est pas une
condition de la vérité, mais l'assentiment de l'Église ne peut manquer d'être
donné, non seulement à l'Évangile prêché et expliqué quotidiennement
mais aussi aux définitions doctrinales destinées à en assurer l'intégrité.
Il se développe une confiance mutuelle et une reconnaissance commune que le
Saint-Esprit est à l'œuvre à tous les niveaux de la communauté. Néanmoins
le " charisme de la foi et de la vérité indéfectibles " ne
garantit pas la perfection du langage. Dans la pratique méthodiste, les
Conférences ont le dernier mot dans l'interprétation de la doctrine, dans le
cadre de leurs normes doctrinales. Les méthodistes ne doutent pas que l'enseignement
de leur Conférence fermement enraciné dans les sources doctrinales
normatives sera accepté. La précision et la réforme de l'enseignement font
partie d'un processus continu à travers les Conférences. Lorsque l'Église
voit que l'enseignement d'une session de la Conférence aurait besoin d'une
meilleure formulation, il reviendra à la session suivante de la Conférence
de faire le nécessaire. Nous admettons de part et d'autre que l'Église a
constamment besoin de renouvellement dans son enseignement et dans sa
vie.
Théologie
25. L'adhésion à l'Évangile est
entièrement l'œuvre de la grâce divine, et la foi qui naît engage
totalement les personnes qui croient. Elle devient alors le point de départ
de la réflexion sur l'Évangile, lorsque diverses cultures en font l'appropriation.
Du fait que la réception de la doctrine a lieu dans les cultures des croyants,
elle donne naissance à une variété d'orientations qui conduisent
éventuellement à des systèmes théologiques divers. Le ministère des
théologiens doit chercher les réponses appropriées aux questions implicites
ou explicites relatives à la foi chrétienne, articuler la foi et la culture
de manière intellectuellement cohérente, explorer les profondeurs de la
doctrine, organiser les connaissances des saints en synthèses satisfaisantes,
éduquer les membres de l'Église en vue de la contemplation des mystères
divins et assister les responsables de l'Église, au plan local comme dans
leurs assemblées conciliaires, à formuler et à prêcher l'Évangile en
fidélité à la Parole de Dieu écrite et transmise. Les théologiens et les
dirigeants de l'Église sont ainsi appelés ensemble à servir l'unité de la
foi chrétienne et à promouvoir une diversité légitime dans la théologie,
la liturgie et le droit, diversité qui illustre la vie et la pratique de
communautés spécifiques et qui enrichit la catholicité de l'Église.
La règle de la prière
26. La foi de la koinonia
chrétienne s'exprime dans son culte. Comme le dit l'hymne wesleyen, la Cène
du Seigneur est une occasion privilégiée pour l'Église pour se réaliser
comme Corps du Christ : Jésus, nous obéissons À ta dernière parole, à ton
amour, De la manière que tu as toi-même prescrite Nous venons ici à ta
rencontre, Seigneur. Ici, la corrélation entre le corps sacramentel et le
corps ecclésial apparaît à la fois nécessaire et indissoluble. Dans
l'assemblée liturgique, l'Évangile est prêché, les sacrements sont
célébrés, les fidèles sont un dans la prière, les bénédictions sont
partagées, les dons spirituels échangés, les inspirations communiquées,
les peines et les souffrances adoucies par la compassion, les espoirs mis en
commun. En sortant du culte pour aller au monde, les fidèles sont un, non
seulement dans la foi et la croyance mais aussi dans l'amour ; la "
règle de la prière ", la foi qu'ils ont chantée, demeure avec eux
comme leur règle de croyance et de vie ; des rapports privilégiés se nouent,
par encouragement et émulation mutuels, dans des spiritualités et des
manières distinctes d'être chrétien, dans des sociétés religieuses qui
suivent une règle commune et se vouent à un projet commun de prière et d'œuvres
charitables, et dans beaucoup de formes de témoignage (apostolat,
évangélisme) pour les besoins de la société contemporaine.
L'Église comme mission
27. Comme au moment de l'Ascension,
l'Église continue d'être envoyée aujourd'hui par le Sauveur pour "
faire des disciples de toutes les nations " (Mt 28,19). Par le Verbe fait
chair, les apôtres et les autres disciples reçurent de Dieu la mission pour
laquelle le Saint-Esprit les équipa à la Pentecôte. A partir des apôtres,
la mission a été transmise à tout le corps de l'Église ; et l'Esprit, qui
agit comme 'l'âme de l'Église', a été reçu par les fidèles, confirmant
leur baptême, leur rendant le Christ présent, les conduisant au Père. En
entendant prêcher l'Évangile, les chrétiens réalisent que la mission n'est
pas la vocation exclusive de quelques-uns mais celle de la communauté
entière et de ses membres, laïcs et ordonnés, selon leurs dons et leurs
aptitudes. Tous doivent vivre selon l'Évangile partout et tout le temps, chez
eux et dans leurs lieux de travail et de loisir, de sorte qu'on puisse
véritablement voir toute l'Église chrétienne comme envoyée par Dieu à l'humanité.
Jésus, en effet, a promis que si les disciples s'aiment les uns les autres le
monde croira qu'ils sont ses disciples (cf. Jn ; 13, 35). Pour apporter
efficacement l'Évangile à toutes les créatures, l'Église dépend de la
grâce divine. En outre, elle est consciente de sa propre contradiction intime
lorsque l'accomplissement de sa mission est entravé par le péché, le manque
de vision, les désaccords, le découragement ou la peur. La grâce de Dieu ne
cesse d'être donnée, car le Saint-Esprit est constamment à l'œuvre,
rendant l'Église et les fidèles capables d'accomplir leurs vocations reçues
de Dieu.
L'impératif œcuménique
28. La visée ultime de la mission
est de servir le projet divin de salut pour tous les hommes. De même que l'Église
aspire à l'unité de ses membres dans l'amour et prie pour cela dans la
liturgie, ainsi attend-elle dans l'espérance les dons spirituels qui la
mèneront à un plus haut degré de sainteté, une plus évidente plénitude
de catholicité, et une plus grande fidélité dans l'apostolicité. La
recherche de la perfection dans les notes de l'Église données par Dieu
implique un impératif œcuménique. Toutes les Églises chrétiennes sont
tenues de prier et de travailler en vue d'une restauration éventuelle de l'unité
organique. Des visionnaires méthodistes depuis John R. Mott ont été parmi
les pionniers du mouvement œcuménique moderne ; et les Églises méthodistes
ont pris à coeur le rétablissement de la pleine unité visible des
chrétiens. Le Deuxième Concile du Vatican, de même, a engagé
irrévocablement l'Église catholique dans la poursuite du même but,
engagement que le Pape Jean-Paul II a renouvelé avec passion dans son
encyclique Ut unum sint (1995). Les catholiques et les méthodistes ont ainsi
commencé à connaître une " union dans l'affection " sur la voie
de cette " union externe entière " que Wesley en son temps osait à
peine espérer.
II. LA COMMUNAUTE
PROPHETIQUE DE DIEU, OINTE DE L'ESPRIT
DE VERITE
29. Les méthodistes et les
catholiques romains sont unis dans l'espérance que le Saint-Esprit conduira
tous les croyants à la vérité, les réunissant en une communion avec le
Christ qui est personnellement " la voie, la vérité et la vie" (Jn
14, 6). Le Deuxième Concile du Vatican souligna de nouveau l'enseignement
catholique sur la place du Saint-Esprit au cœur de la vie, du culte et de la
mission de l'Église du Christ : " L'Esprit habite dans l'Église et dans
le cœur des fidèles comme dans un temple (cf. 1 Co 3, 16 ; 6, 19), en eux il
prie et atteste leur condition d'enfants de Dieu par adoption (cf. Ga 4, 6 ;
Rm 8, 15-16 , 26). Cette Église qu'il introduit dans la vérité tout
entière (cf. Jn 16, 13) et à laquelle il assure l'unité dans la communion
et le service, il l'équipe et la dirige grâce à la diversité des dons
hiérarchiques et charismatiques, il l'orne de ses fruits (cf. Ép 4, 11-12 ;
1 Co 12, 4 ; Ga 5, 22). Par la vertu de l'Évangile, il rajeunit l'Église et
la renouvelle sans cesse, l'acheminant à l'union parfaite avec son époux
". Les Wesley affirmaient la même vérité :
Chef de ton Église, toi dont l'Esprit remplit Et coule en toute âme fidèle, Les unit en amour mystique, et les scelle en
un, et sanctifie le tout. … Répands sur tous le don promis Réponds au cri
universel : " Viens ! "
Le lien entre l'Esprit et l'Église a toujours été
essentiel à la vie de l'Église ; au troisième siècle, par exemple, on
demandait à Rome à ceux que l'on baptisait : " Crois-tu au Saint-Esprit
dans la sainte Église ? " Ceci a des implications particulières pour le
discernement de la vérité chez les disciples de Jésus. C'est toute l'Église
qui est dotée de l'Esprit de vérité, et c'est toute l'Église, de
différentes manières et par différents dons, que l'Esprit conduit à la
vérité tout entière. Le discernement de la vérité et de la volonté de
Dieu relève de tout le Peuple de Dieu, laïcs et ministres ordonnés, sous la
conduite du Saint-Esprit.
Ointe dans la Vérité
30. Dans l'Ancien Testament, Dieu
parle par des prophètes individuels, chacun inspiré par son Esprit. Par le
prophète Joël, Dieu promit le Jour du Seigneur, où il répandrait son
Esprit sur toute l'humanité :
Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards
auront des songes, vos jeunes gens auront des visions. Même sur les serviteurs et les servantes, en ce temps-là je répandrai mon Esprit (Joël 3,
1-2).
31. Pierre comprend les événements
extraordinaires du jour de la Pentecôte comme l'accomplissement de la
prophétie de Joël (cf. Ac 2, 14-21). La nouvelle communauté des croyants
dans le Christ ressuscité, son Église, est ointe par l'Esprit de vérité
répandu, selon la promesse de Jésus (cf. Jn 14, 16 s. ; 15, 26 ; 16, 13).
Bien qu'il y ait encore dans l'Église des particuliers qui ont des dons
spéciaux de prophétie (cf. Ac 11, 27 ; 15, 32, et 21, 10-11), toute la
communauté est prophétique, de même que toute la communauté est royale et
sacerdotale (cf.1 P 2, 9 s.), parce que l'Église est le Corps du Christ, si
intimement uni à lui par l'Esprit que les croyants peuvent se dire eux-mêmes
" en Christ ". Jésus est le maître qui enseigne le peuple avec
autorité (Cf. Mc 1, 22, 27 : Lc 10, 25). Il est l'oint, reconnu comme le
prophète longtemps attendu, envoyé par Dieu le Père après une longue
lignée de prophètes (cf. Mt 21, 11 ; Lc 7, 16 ; Jn 6, 14, 7, 40). Par notre
incorporation en Christ par l'eau et le Saint-Esprit, nous sommes unis au
Christ, le " grand prophète ", et nous avons part à son rôle
prophétique.
32. Notre Commission a déjà
affirmé ce point dans ses documents précédents : " L'Esprit guide le
développement de l'Église. À toute époque, en tant que Paraclet, il nous
remet en mémoire tout ce que Jésus a dit, nous conduit dans toute la
vérité, et nous rend capables de témoigner du salut en Christ ".
Maintenir le Peuple de Dieu dans la vérité est " l'œuvre aimante de
l'Esprit dans l'Église ". L'Esprit est vu comme le " fil invisible
qui court à travers toute l'œuvre de l'Église dans le monde, rendant nos
esprits capables d'entendre et de recevoir la Parole, leur donnant la lumière
pour comprendre la Parole, et nous donnant des langues pour dire la Parole
". C'est parce que les fidèles sont " en Christ et avec le Christ
" qu' " ils reçoivent l'Esprit et sont dans l'Esprit ". Cet
Esprit apporte dans l'Église " des dons abondants de perception et
d'intelligence ". Sous la puissante conduite de l'amour de Dieu " le
discernement de la volonté de Dieu est à la charge de tout le Peuple de Dieu
". A cause de cette présence puissante de l'Esprit de vérité, "
la communauté qui proclame devient elle-même un Évangile vivant que tous
peuvent entendre ".
33. D'autres aspects de cette
doctrine commune ont été exprimés dans nos dialogues respectifs avec la
Communion anglicane. Le Saint-Esprit garde l'Église sous la seigneurie du
Christ, qui n'abandonne jamais son peuple en dépit des faiblesses de ses
membres qui ne sont que trop évidentes. La mission de l'Église de proclamer
et de conserver l'Évangile implique tout le Peuple de Dieu, les laïcs aussi
bien que les ministres ordonnés : " Le Peuple de Dieu est comme tel
porteur de la Tradition vivante. Dans les situations changeantes qui posent à
l'Évangile de nouveaux défis, le discernement, l'actualisation et la
communication de la Parole de Dieu sont la responsabilité de tout le Peuple
de Dieu. Le Saint-Esprit opère par tous les membres de la communauté, se
servant des dons qu'il fait à chacun pour le bien de tous ". Quelques
uns, pourtant, " peuvent redécouvrir ou percevoir plus clairement que d'autres
certains aspects de la vérité du salut ". Nous avons donc besoin de
" créer les conditions nécessaires pour promouvoir un laïcat et un
clergé préparés et engagés, tous deux étant nécessaires à la vie et à
la mission d'une Église fidèle ".
34. Chacune de nos Églises affirme
le rôle des fidèles laïcs comme témoins essentiels de l'Évangile : "
Tous les chrétiens sont appelés à servir partout où le Christ veut qu'ils
servent et témoignent en paroles et en actes qui guérissent et libèrent
". Le Christ continue d'exercer sa fonction prophétique non seulement
par les ministres ordonnés " mais aussi par les laïcs dont il fait ses
témoins en les munissant du sens de la foi et de la grâce de la parole (cf.
Ac 2, 17-18 ; Ap 19,10), afin que brille dans la vie quotidienne, familiale et
sociale la force de l'Évangile ".
35. Plusieurs points vitaux
émergent. C'est le Saint-Esprit qui donne à tout le Peuple de Dieu de
pouvoir œuvrer pour le témoignage et la mission. Le corps entier des
croyants, laïcs et ordonnés, est appelé à la tâche de la proclamation de
l'Évangile. C'est l'Église entière qui demeure enracinée dans une
communion de foi et de vie avec les apôtres eux-mêmes, fidèle à leur
enseignement et à leur mission.
Demeurer dans la Vérité
36. Parce que les fidèles du Christ
sont incorporés en lui par le baptême, ils ont part à sa fonction
sacerdotale, prophétique et royale, ensemble comme communauté de foi, et
individuellement chacun à sa manière personnelle. " Tous les fidèles
ont part à la compréhension et à la transmission de la vérité révélée.
Ils ont reçu l'onction du Saint-Esprit, qui les instruit et les guide vers la
vérité tout entière ". La " tâche théologique est individuelle
et sociale " et " requiert la participation de tous … car la
mission de l'Église doit être remplie par quiconque est appelé à être
disciple ".
37. Que l'Église " demeure
dans la vérité " est le fruit de la présence puissante et multiforme
du Saint-Esprit dans et parmi ceux qui croient en Jésus-Christ. L'Esprit de
vérité éveille et soutient en tout croyant un sens, un instinct qui vient
de Dieu. Ce don est un aspect du don de la foi. Il met les croyants à même
de reconnaître la Parole de Dieu et d'y répondre, de discerner la vérité
de l'erreur en matière de foi et de mœurs, d'approfondir ce qu'ils croient
et d'appliquer leur foi à la vie quotidienne. L'Esprit, cependant, ne
garantit pas à chaque personne l'exercice de son " sens de la foi "
(sensus fidei). Les individus et les groupes peuvent dévier de la vérité et
de la sainteté: l'Église qui pérégrine est aujourd'hui comme elle l'a
toujours été, une communauté de saints et de pécheurs. Tout " Je
crois " personnel doit participer pleinement au " nous croyons
" communautaire de l'Église du Christ : " La foi est toujours
personnelle mais jamais privée, car la foi incorpore l'individu croyant à la
communauté de foi ". C'est la foi commune de tout le Peuple de Dieu qui
est protégée de l'erreur par la présence permanente du Saint-Esprit. Les
"fidèles " sont ceux qui, idéalement, sont remplis du don divin de
la foi, une foi qui est celle de l'Église du Christ, son corps oint par
l'Esprit de vérité.
38. Dans sa déclaration sur l'autorité,
en 1978, ce qui était alors le Comité anglais catholique romain-méthodiste
affirmait que les méthodistes et les catholiques " sont d'accord que
Jésus a promis sa présence et sa protection à l'Église jusqu'à la fin des
temps ; à cet effet il promit l'assistance perpétuelle de l'Esprit de
vérité ; les puissances de l'enfer ne prévaudront pas contre elle ".
Les catholiques et les méthodistes enseignent que l'autorité absolue n'appartient
proprement qu'à Dieu qui s'est révélé lui-même suprêmement dans le Verbe
incarné, Jésus-Christ. Nous affirmons ensemble que cette révélation nous
est communiquée par des témoins qui, par l'appel et le don de Dieu, ont part
à l'autorité divine. On trouve leur témoignage avant tout dans la
prédication apostolique, dans l'Écriture, et dans divers organes de l'Église
historique.
Préservée dans la Vérité
39. Les méthodistes et les
catholiques croient que l'Esprit préserve dans l'Église du Christ la
révélation donnée pour notre salut, bien que nous ne soyons pas encore
tout-à-fait d'accord sur les doctrines à considérer comme essentielles.
Nous reconnaissons les uns et les autres dans les Écritures notre norme
première et permanente, dont l'interprétation authentique relève de la voix
vivante de la Tradition. Nous affirmons aussi ensemble à la fois la
fragilité humaine et l'indéfectibilité, donnée par Dieu, de l'Église du
Christ. Le trésor du mystère du Christ est contenu dans les vases de terre
de l'existence quotidienne de l'Église pérégrinante, qui est une
communauté en besoin constant de purification et de réforme.
40. Les méthodistes insistent sur
le fait que, parce que les hommes en tant que créatures et pécheurs sont
faillibles, " les témoins humains ne peuvent jamais en principe être
jamais exempts de la possibilité de l'erreur, et que l'autorité du
témoignage est dans cette mesure toujours susceptible d'être mise en
question ". Les méthodistes, cependant, ont confiance que " Dieu
garde toujours des témoins suffisamment fidèles à lui-même pour que la
connaissance salutaire de lui-même soit toujours accessible. Lorsqu'ils
cherchent la vérité de Dieu et sa volonté sur eux dans des situations
particulières, les méthodistes croient qu'ils sont conduits par le
Saint-Esprit ".
41. Les catholiques insistent sur le
fait qu'afin de garder son Église dans la pureté de la foi apostolique, le
Christ partage son don personnel d'infaillibilité avec sa communauté, de
manière qu'elle adhère sans fléchir à cette foi, et transmette
infailliblement de génération en génération ce qui a été " transmis
depuis les apôtres ". C'est toute la communauté des croyants, unie avec
le Christ par l'Esprit, qui reçoit le charisme de l'infaillibilité (protection
de l'erreur). Quand la communauté est unie dans la foi, " des évêques
au dernier des fidèles ", sa foi ne peut être dans l'erreur. Les deux
conciles du Vatican ont enseigné que lorsque les évêques avec le Pape à
leur tête, ou le Pape comme successeur de Pierre et chef du collège des
évêques, définissent une doctrine de foi avec autorité, c'est le charisme
même d'infaillibilité de l'Église qui opère en eux d'une manière
spéciale. Toute protection de ce genre contre l'erreur est totalement don de
Dieu à son Église, l'Esprit de vérité étant fort au sein de la faiblesse
des croyants. Son but est d'assurer le service fidèle de l'Église de
proclamer la Bonne nouvelle de Jésus-Christ au monde entier.
42. Les catholiques et les
méthodistes croient que Dieu seul est la vérité absolue. Tous les membres
de l'Église sur terre sont des pécheurs et des créatures faillibles, et ont
besoin de la miséricorde de Dieu. L'Église est totalement dépendante de la
présence active du Saint-Esprit dans tous les aspects de sa vie et de son
enseignement.
Coopérateurs dans la Vérité
43. Toute la communauté de foi est scellée par le don du
Saint-Esprit. C'est le même Esprit qui éveille le " sens de la foi
" en chaque croyant, et qui guide et garde les maîtres chargés de l'enseignement
officiel dans l'Église. Le discernement normatif de la vérité ne peut se
passer de prendre en compte le sens commun de tous les fidèles : cette
participation est quelque chose de bien plus riche qu'un simple sondage
d'opinion ou un referendum sur les questions de foi. Les croyants sont tous
ensemble " coopérateurs de la vérité " (3 Jn 8), co-responsables
du discernement et de la proclamation de la vérité de l'Évangile, toujours
sous la puissance directrice de l'Esprit de vérité. Discerner et proclamer
avec autorité ne peut jamais être compris comme il faut à part de l'onction
par l'Esprit de tous les baptisés, individuellement et ensemble.
44. " Demeurer dans la vérité " est un processus
dynamique animé par l'Esprit. Tout croyant a un rôle à jouer, écoutant la
Parole de Dieu parlée de façon nouvelle à chaque génération et y
réfléchissant. Les intuitions providentielles des individus et des groupes
de chrétiens peuvent enrichir l'Église pérégrinante par une pénétration
plus profonde dans la vérité de l'Évangile : " Cette Tradition qui
vient des apôtres se poursuit dans l'Église sous l'assistance du
Saint-Esprit. En effet, la perception des choses aussi bien que des paroles
transmises s'accroît, soit par la contemplation et l'étude des croyants,
'qui méditent ces choses dans leur cœur' (cf. Lc 2, 19.51), soit par
l'intelligence intérieure qu'ils éprouvent des choses spirituelles, soit par
la prédication de ceux qui, avec la succession apostolique, reçurent un
charisme certain de vérité ". En termes plus poétiques,
Viens, Esprit Saint, inspire nos cœurs, Que nous
éprouvions ton influence ; Source de l'ancienne ardeur prophétique, Fontaine
de vie et d'amour.
Nous connaîtrons Dieu par lui-même, Si tu brilles en nous,
Et sondes, avec tous tes saints ici-bas, Les profondeurs de l'amour divin.
45. À cause de l'onction de toute la communauté de foi par
l'Esprit de vérité, tout chrétien a part à la fonction du Christ comme
prophète et maître, en totale dépendance du Christ, et ayant besoin d'écouter
sa parole de vie. Il ne devrait pas y avoir de conflit dans le Peuple
prophétique de Dieu entre le rôle du laïcat et celui des ministres
ordonnés, car " il y a dans l'Église diversité de ministères, mais
unité de mission ". Les dons divers conférés par l'Esprit servent à
l'édification du Corps du Christ " jusqu'à ce que nous parvenions tous
ensemble à l'unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à
l'état d'adultes, à la taille du Christ dans sa plénitude " (Ep 4,
13). Les perspectives catholiques romaines et méthodistes à ce sujet sont
exposées dans le dernier document de notre Commission, La Parole de vie :
" Wesley savait que dans l'esprit et le cœur de tout croyant chrétien
profondément convaincu le Saint-Esprit est toujours à l'œuvre, reliant l'exercice
des dons spirituels de chacun à l'exercice de dons complémentaires chez tous
les autres membres du Corps du Christ, l'Église " (§ 57). " Dans
la perspective de Vatican II, cette action de l'Esprit amène une
interdépendance avec communion entre l'instinct spirituel du corps entier des
fidèles et les responsables chargés de poser des actes normatifs de
discernement de ce qui est ou n'est pas fidèle à la tradition chrétienne
" (§ 58).
Appelée par la Vérité
46. L'interaction entre la communauté conduite par l'Esprit
et l'individu rempli de l'Esprit commence au baptême, lorsque la communauté
rassemblée, rendant présent le Corps du Christ, invoque le Saint-Esprit sur
celui qui va être baptisé :
Répands ton Saint-Esprit Que celui qui va être baptisé dans cette eau Meure au péché, Soit ressuscité avec le Christ, Et naisse à la vie nouvelle dans la famille de ton Église.
De même, quand les catholiques sont
confirmés et les méthodistes reçus comme membres à part entière, la
communauté prie pour que le candidat soit confirmé par le Saint-Esprit et
puisse persévérer toujours dans le service de Dieu. Tous les fidèles
reçoivent ainsi l'onction du Saint-Esprit et sont constamment renouvelés par
cet Esprit dans le partage de l'eucharistie, comme " Corps du Christ et
communauté du Saint-Esprit ". Le Saint-Esprit est invoqué aussi d'une
manière particulière sur ceux en qui on a reconnu l'appel à la charge du
ministère ordonné.
47. Tous les fidèles sont appelés et oints par l'Esprit
pour proclamer l'Évangile. Cette proclamation exige toujours une proclamation
claire et sans équivoque de notre foi que " Jésus est Seigneur ".
La foi de l'Église, sa " permanence dans la vérité ", s'exprime
en paroles mais est proclamée également par le témoignage des actes (cf. 1
P 2, 12). Par le témoignage sans paroles les chrétiens peuvent "
soulever des questions irrésistibles dans le cœur de ceux qui voient comme
ils s'aiment". Ce rayonnement du témoignage est une proclamation
silencieuse, puissante et efficace de la Bonne nouvelle, inspirée et rendue
possible par l'Esprit de vérité. 'Demeurer dans la vérité' n'inclut pas
seulement " dire la vérité dans l'amour ", mais aussi " faire
la vérité dans l'amour " (Ep 4, 15).
III. LES MOYENS DE GRACE, LES SERVITEURS DU CHRIST ET DE SON ÉGLISE
48. Les méthodistes et
les catholiques romains tiennent que la communauté entière des croyants est
appelée ensemble par Dieu notre Père, placée sous la seigneurie du Christ
ressuscité, unie au Christ comme son Corps, et a le Saint-Esprit comme source
de son unité de vie, de culte et de témoignage. Dans le dessein du Père
pour l'Église, chacun des croyants doit participer à la mission du Fils et
du Saint-Esprit, apportant à toute l'humanité l'effusion de l'amour de Dieu,
qui embrasse tout et transforme tout. L'Église est une " communauté à
la fois de culte et de mission ". Elle est une communauté de foi
appelée à prêcher et à proclamer au monde l'Évangile de Jésus-Christ,
" bonne nouvelle d'une grande joie pour tous les peuples " (Lc 2,
10). Les catholiques et les méthodistes sont fermement unis dans la
conviction passionnée que l'Évangile est offert à tous. La tâche de
diffuser l'Évangile est paralysée si les croyants ne sont pas vraiment un
dans l'Évangile du Christ, unis dans l'amour et la vérité. Notre connexion
et communion les uns avec les autres sert notre croissance vers la sainteté
et notre participation à la mission de Dieu. La croissance dans l'unité est
l'œuvre du Saint-Esprit qui conduit les croyants dans tout l'amour et dans
toute la vérité. Comme l'affirmait notre Commission en 1981, "
maintenir le Peuple de Dieu dans la vérité est l'œuvre aimante de l'Esprit
dans l'Église ". Les méthodistes et les catholiques sont d'accord que
Jésus a promis sa présence et sa protection à l'Église jusqu'à la fin des
temps. Il continue de doter son Église de l'Esprit de vérité et de
sainteté. La fidélité de Dieu signifie que les puissances du mal ne
prévaudront jamais contre l'Église lorsqu'elle s'adonne à sa mission pour
le salut du monde (cf. Mt 16, 18).
Serviteurs et agents
de Dieu
49. L'Église du Christ
est totalement dépendante du don libre de la grâce de Dieu pour tout aspect
de sa vie et de son activité. Sans le Christ nous ne pouvons rien faire (cf.
Jn 15, 5). Les méthodistes et les catholiques sont cependant d'accord que
Dieu œuvreà travers les hommes en tant que serviteurs, signes et instruments
de sa présence et de son action. Quoiqu'il ne soit pas limité à de tels
modes d'agir, nous affirmons joyeusement ensemble qu'il choisit librement d'œuvrer
en se servant de communautés humaines et d'individus, rendus aptes à cela
par sa grâce. L'Église entière est appelée à être un canal de la grâce
de Dieu au monde ; au sein de l'Église les individus et les institutions
deviennent agents du Seigneur et ainsi serviteurs de leurs frères et sœurs.
De tels ministères sont un don de Dieu à son Église.
L'unité dans la
diversité
50. Il y a toujours eu
une grande variété de services dans l'Église, exercés par des laïcs et
des ministres ordonnés en étroite coopération. Les dons divers dans le
Corps du Christ sont complémentaires et servent ensemble la communion et la
connexion de l'Église dans l'amour et la vérité. Éphésiens 4, 11
témoigne du ministère des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des
pasteurs et des docteurs. Romains 12, 7-8 parle du ministère, de l'enseignement,
de l'exhortation et de la direction comme de dons. 1 Corinthiens 12 montre que
les dons du Saint-Esprit forment un ensemble et doivent être exercés en
harmonie. Le Nouveau Testament souligne de façon répétée que leur but est
de servir tout le Corps du Christ, rendant la communauté des croyants capable
de remplir la mission qui lui est donnée par le Christ dans et pour le
monde.
51. Le ministère de
supervision (épiscopè) est d'une importance clé parmi ces formes de service.
La direction pastorale a toujours comporté d'enseigner et de prêcher avec
autorité, car l'unité dans l'amour et l'unité dans la vérité vont
ensemble. Les méthodistes et les catholiques affirment ensemble la place
qu'occupe dans la communauté des croyants les ministres responsables de la
communion et connexion dans l'amour et la vérité, agents autorisés du
discernement et de la proclamation de la vérité de l'Évangile. Dans
l'ancienne Église le ministère de la direction pastorale et doctrinale
était exercé principalement par les évêques. Dans la communion catholique,
le collège des évêques uni au Pape exerce la direction suprême. Chez les
méthodistes, c'est la Conférence qui exerce la direction avec pleine
autorité dans l'Église pour la formulation et l'interprétation de la
doctrine. Dans ces structures du service magistériel ou à côté d'elles, il
y a toujours eu des personnages charismatiques, dont le ministère personnel a
été vital pour la vie de l'Église du Christ. John Wesley fut certainement
lui-même un tel personnage. Catholiques et méthodistes affirment ensemble
que Dieu choisit de se servir de telles personnes aussi bien que de structures
visibles pour toucher la vie de son Peuple.
Moyens de grâce
52. " Le Verbe
s'est fait chair et il a habité parmi nous " (Jn 1, 14). Le Fils de Dieu
est entré dans l'histoire humaine comme l'un de nous, prenant sur lui la vie
et la souffrance humaines. Sur le modèle de l'incarnation, Dieu continue de
rendre visible l'Invisible, et il appelle les hommes et les femmes à être
les signes et les canaux de la présence divine. Un point vital d'accord entre
les méthodistes et les catholiques romains est le besoin d'une participation
libre et active, par la grâce, à l'œuvre de salut de Dieu. " En
appelant les disciples et en donnant le Saint-Esprit, Dieu s'est engagé à œuvrer
avec son peuple (2 Co 1, 5-7 ; 6, 1). Les premiers chrétiens savaient qu'ils
étaient appelés à participer à la mission de Dieu et à proclamer le
règne de Dieu comme Jésus l'avait fait (Lc 10, 9 ; 11 ; Jn 20, 20-3). La
vocation de l'Église reste la même ". Ceci est vrai non seulement de
l'action de Dieu par l'Église pour le salut de toute l'humanité, mais aussi
au sein de la communauté de l'Église. Dieu choisit d'œuvrer avec, dans et
par divers ministres et leurs ministères. Les croyants deviennent
coopérateurs de Dieu (cf. 1 Co 3, 9), travaillant avec Dieu et Dieu
travaillant en eux (cf. 2 Co 6, 1). En tout ceci ils s'appuient sur la
primauté de grâce de Dieu, par-dessus qui l'emporte sur toutes les
faiblesses et limitations humaines, et sur la présence invisible, active et
puissante du Saint-Esprit qui souffle où il veut.
53. Les méthodistes et
les catholiques romains sont d'accord que Dieu se sert de moyens de grâce qui
sont des canaux fiables. Dans ce contexte, la Commission mixte a reconnu le
besoin d'explorer ensemble plus profondément la signification de "
sacrement ". Son rapport précédent, Vers une déclaration sur l'Église,
commença à le faire, spécialement en référence au baptême et à l'eucharistie.
Les sacrements sont " des signes extérieurs de la grâce intérieure,
ils consistent en des actions et des paroles par lesquelles Dieu rencontre son
peuple ". Ces actions de l'Église que nous appelons sacrements sont des
signes efficaces de la grâce car ils ne sont pas des actes simplement humains.
Par la puissance du Saint-Esprit ils apportent dans nos vies l'action
vivifiante et jusqu'au don de soi du Christ lui-même. C'est l'action du
Christ qui est incarnée et rendue manifeste dans les actions de l'Église
qui, avec la réponse de foi, reviennent à une rencontre réelle avec Jésus
ressuscité. À la fin de La Tradition apostolique, réfléchissant sur le
ministère ordonné, la Commission a également marqué le besoin " d'une
réflexion commune plus profonde sur la nature du sacrement ".
54. Dans La Parole de
vie la discussion sur la vie sacramentelle part du Christ lui-même en tant
que " sacrement primordial ", " à la fois signe de notre salut
et instrument par lequel il se réalise ". En tant qu'incorporée au
Christ, " l'Église peut être conçue analogiquement en termes de
sacrement ". Le texte Vers une déclaration sur l'Église décrivait
déjà l'Église comme " rendue apte à servir comme signe, sacrement et
prémisse du Royaume de Dieu dans le temps entre les temps ", et
affirmait également que " le Christ opère par son Église ". Le
Mystère du Verbe fait chair et le mystère sacramentel de l'Eucharistie
orientent sur une vue de l'Église basée sur l'idée sacramentelle, c'est-à-dire
que l'Église tire sa forme de l'Incarnation dont elle a son origine et de
l'action eucharistique par laquelle sa vie est constamment renouvelée. La
mission de l'Église n'est " rien d'autre qu'une participation à la
mission continuée du Fils et du Saint-Esprit exprimant l'amour du Père pour
toute l'humanité " ; " pareille participation à la mission du
Christ n'est possible que par l'effusion du Saint-Esprit ".
55. Les sacrements sont
considérés comme des cas particuliers de la révélation du mystère divin.
Ils " découlent de la nature sacramentelle de l 'auto-communication de
Dieu aux hommes en Christ. Ils sont des manières spécifiques pour Jésus
ressuscité de réaliser parmi nous, par la puissance du Saint-Esprit, sa
présence salutaire et son action efficace ". Le Christ s'adressait
lui-même en signes, en actions et en paroles à ceux qui venaient à lui dans
la foi : " Après la passion, la mort et la résurrection du Christ, le
Sauveur continue ses paroles et ses actions parmi nous au moyen des signes
sacramentels ". Les catholiques romains tiennent sept rites, notamment l'ordination,
pour des sacrements au sens strict, tout en considérant le baptême et l'eucharistie
comme fondamentaux. Les méthodistes n'attribuent une réalité pleinement
sacramentelle qu'au baptême et à l'eucharistie (en tant qu'institués
directement par le Christ), mais ils tiennent également d'autres pratiques
pour des " moyens de grâce ".
56. Les catholiques
distinguent aussi les 'sacrements' des autres moyens de grâce. Un sacrement
est un moyen de grâce garanti, enraciné dans l'engagement de Dieu à être
avec son peuple. Le Christ s'engage librement à être présent avec puissance
à travers ces signes, quoique nous ne grandissions en sainteté qu'en lui
répondant avec une foi active dans l'amour. Le Christ s'engage à travailler
sous ces modes particuliers afin que tous puissent bénéficier de son amour
fidèle. Les catholiques comprennent cet engagement du Seigneur ressuscité à
être présent dans les sacrements comme l'accomplissement pratique de sa
promesse d'être avec son Église jusqu'à la fin des temps (cf. Mt 28, 20).
La confiance dans la présence et l'action du Christ dans les sacrements se
fonde sur la fidélité de Dieu au peuple qu'il a choisi. Les catholiques
croient que Dieu se sert aussi d'autres rites et d'autres formes de ministère
comme moyens de grâce, même s'ils ne les considèrent pas comme des
sacrements.
57. Dans ce contexte
les catholiques distinguent les sacrements des " sacramentaux ". Au
sens strict, les sacramentaux sont des signes institués par l'Église et
enracinés dans le sacerdoce baptismal de tous les croyants. Ils incluent
toujours une prière, accompagnée souvent d'un geste tel que l'imposition des
mains, le signe de la croix ou l'aspersion d'eau bénite. Les sacramentaux ne
confèrent pas la grâce du Saint-Esprit de la même manière que les
sacrements, mais par la prière de l'Église leur but est d'aider à préparer
les croyants à recevoir le libre don de la grâce de Dieu et à y coopérer.
Les sacramentaux incluent des bénédictions de personnes et de choses.
Certaines bénédictions consacrent des personnes à Dieu d'une manière
spéciale ou mettent à part des objets et des lieux pour l'usage religieux.
" Toute personne baptisée est appelée à être 'une bénédiction' et
à bénir ".
58. Les méthodistes ne
reconnaissent que le baptême et la Cène comme sacrements directement
institués par le Christ, mais ils voient dans d'autres pratiques de la vie
chrétienne des " moyens de grâce institués ". John Wesley parlait
de " canaux ordinaires " par lesquels Dieu fait passer la grâce. Il
utilisait des passages de l'Écriture pour montrer que le Christ a commandé
que tous les chrétiens se servent de ces moyens, promettant par là même que
la grâce serait donnée par eux. De tels moyens 'institués' incluent la
prière, l'étude des Écritures, le jeûne et les œuvres de miséricorde.
Par 'œuvres de miséricorde' on entend la pratique de faire le bien physique
et moral du prochain par des actions telles que nourrir les affamés, vêtir
ceux qui sont nus, visiter les prisonniers, instruire et exhorter ceux qui
cherchent Dieu. C'est ainsi que tous ces gestes sont des moyens de grâce
institués, avec le baptême et la Cène.
59. Les méthodistes
reconnaissent également que d'autres pratiques peuvent être des canaux
effectifs de la grâce de Dieu si elles sont conformes à l'Écriture, et si
on y fait l'expérience de la rencontre du Christ. John Wesley enseignait que
nous pouvons croire que l'on trouve normalement la grâce de Dieu de cette
manière. Ce sont alors des " moyens prudentiels de grâce ". La
célébration de la foi par des hymnes et la " conférence chrétienne
" sont deux de ces pratiques qui ont caractérisé la vie ecclésiale du
méthodisme depuis le début. Par 'conférence chrétienne', les méthodistes
entendent non seulement les Conférences dans lesquelles le clergé et les
laïcs discernent la volonté de Dieu et prennent des décisions concernant la
doctrine et la discipline, mais aussi d'autres occasions où ils s'assemblent
pour le discernement personnel et pour veiller les uns sur les autres dans
l'amour. Les " rencontres de classes ", les écoles du dimanche, les
rassemblements de jeunes sont autant d'exemples de moyens prudentiels de
grâce qui ne s'imposent pas partout et toujours à tous les chrétiens. Une
communauté fidèle peut leur reconnaître ou non une efficacité, selon les
temps et les lieux. On peut, de plus, découvrir de nouveaux moyens de grâce
pour des contextes nouveaux dans la marche de l'Église en obéissance fidèle
à l'Esprit.
60. En réalité, les
méthodistes considèrent l'ordination, la prière pour la guérison, la
déclaration du pardon des péchés, le mariage et la confirmation comme des
moyens prudentiels de grâce ayant un statut spécial au sein de cette
catégorie plus vaste. Sans être des sacrements comme le baptême et la
Cène, ils n'en ont pas moins une qualité sacramentelle. Ils sont distincts
des autres moyens prudentiels en ce qu'ils se fondent sur les pratiques de l'Église
apostolique attestée dans l'Écriture. Il y a donc lieu de leur donner une
expression liturgique dans la vie de la communauté de foi. Il peut y avoir
profit à creuser les ressemblances entre les catégories catholiques de
sacrements et de sacramentaux et les catégories wesleyennes de moyens
institués et prudentiels de grâce.
61. Les méthodistes et
les catholiques constatent une convergence significative dans la
compréhension des moyens de grâce. Nous sommes d'accord que Dieu a promis d'être
avec son Église jusqu'à la fin des temps (cf. Mt 28, 20), et que tous les
moyens de grâce, qu'il s'agisse des sacrements ou des sacramentaux, des
moyens prudentiels ou institués de grâce, sont des canaux de la fidélité
de Dieu à sa promesse. Les méthodistes et les catholiques enseignent que le
baptême, la confirmation et l'ordination sont des actes qu'on ne peut
répéter, par lesquels la grâce de Dieu parvient au bénéficiaire d'une
manière spéciale. Cependant, certaines de nos différences persistantes se
centrent sur la question de savoir si et comment un moyen de grâce peut être
" garanti " ou " fiable ". Les catholiques demandent aux
méthodistes comment et par quels critères ils vérifient qu'un moyen
particulier est un canal fiable de la grâce de Dieu. Les méthodistes
demandent aux catholiques si l'idée d'une qualité assurée d'un sacrement
prend complètement en compte la faiblesse, les limitations et le péché des
êtres humains appelés à être les agents de la grâce de Dieu. Nous avons
besoin de développer l'exploration commune de notre compréhension de la
garantie ou de la fiabilité de l'action de Dieu dans son Église par les
moyens de grâce. Ceci a une importante implication pour comprendre la
manière dont Dieu opère par les ministres ordonnés lorsqu'ils ont à
discerner et proclamer avec autorité la vérité de l'Évangile.
L'appel à
servir
62. Tous les chrétiens,
ensemble et individuellement, sont appelés à servir le Christ dans le monde
pour la gloire de Dieu. C'est là le cadre pour comprendre les rôles
particuliers d'organismes tels que la Conférence méthodiste ou le Collège
des évêques catholiques. Chacun d'eux est conçu comme un moyen de grâce au
sein d'une communauté de foi qui est elle-même l'agent de l'œuvre
salvifique du Christ dans le monde. Tous ceux qui exercent un ministère,
ordonné et laïc, servent une communauté dont les membres sont appelés à
reconnaître et à servir le Christ dans les autres. Les ministres du Christ
rencontrent leur Seigneur dans ceux qu'ils servent.
Le ministère
ordonné
63. Les méthodistes et
les catholiques romains sont d'accord que par l'ordination une personne est
appelée irrévocablement et mise à part par Dieu pour un service spécial
dans la communauté des croyants, mais cela n'implique pas que les ministres
soient séparés de cette communauté. Il s'agit d'un appel spécial au sein
de l'appel général adressé à tous. Notre dialogue est souvent revenu sur
la question de ce que fait l'ordination. Il y a beaucoup de choses que nous
sommes en mesure d'affirmer ensemble. Par l'ordination, une personne devient
un ministre de la parole et des sacrements dans l'Église du Christ. Au cœur
de tout service pastoral par les ministres ordonnés il y a un ministère de
vigilance pour le bien de la connexion et de la communion de l'Église (cf. 1
P 5, 2-4).
64. Le premier rapport
de la Commission mixte dégageait les domaines clés d'un accord sur le
ministère ordonné. Après avoir déclaré que " le ministre participe
au ministère du Christ, agit au nom du Christ ", le document poursuit en
parlant de l'importance du Saint-Esprit dans " l'appel au ministère
", du caractère " connexionnel " du ministère, de l'autorité
primordiale du Christ lui-même dans l'Église. Un autre domaine significatif
d'accord pour la poursuite du dialogue était " la compréhension du
ministère comme, d'une certaine manière mystérieuse, extension du principe
incarnationnel et sacramentel, en ce que des êtres humains (en tant que
ministres) par leur corps et leur âme deviennent, par la puissance du
Saint-Esprit, agents du Christ pour porter Dieu dans la vie et la condition
des hommes " et des femmes. Le rapport suivant de la Commission reprenait
la conception du ministère ordonné comme " ministère du Christ
lui-même, dont le ministre est le représentant ". Les catholiques et
les méthodistes comprennent de plus en plus le ministère ordonné comme
représentant en même temps le Christ et la communauté chrétienne. Selon ce
rapport, les catholiques romains et les méthodistes sont également d'accord
que " par l'ordination est établie une relation nouvelle et permanente
avec le Christ et son Église "; ceci est le fondement de notre croyance
commune que l'ordination est irrévocable et ne peut être répétée. Dans La
Tradition apostolique, la Commission déclarait que dans la communauté du
Peuple de Dieu " un ministre authentique communique le Christ aux
personnes " : " comme instrument dans les mains de Dieu, le ministre
ordonné dispense la Parole de Dieu au Peuple de Dieu, à la fois par la
parole et par les sacrements de l'Église ". Le rapport continuait
cependant en admettant que des différences subsistent sur la nature
sacramentelle de l'ordination.
65. Les catholiques
comprennent l'ordination comme un sacrement qui met des hommes à part dans l'Église
pour être des signes et des instruments vivants de la sollicitude pastorale
et de la direction continues du Christ lui-même. Il est conféré par l'évêque,
par l'imposition des mains et la prière. L'évêque et le prêtre sont
considérés tous deux comme " une représentation sacramentelle "
du Christ en tant que tête de son Corps, berger de son troupeau,
grand-prêtre de son peuple sacerdotal, seul maître de sa communauté de foi.
Par le ministère des évêques et des prêtres en particulier, la présence
vivante du Christ comme tête de son Corps et pasteur de son peuple est rendue
visible au sein de l'Église. Cette compréhension est le fondement
sacramentel de la doctrine catholique de l'autorité doctrinale du collège
des évêques. La première tâche des évêques, spécialement lorsqu'ils s'assemblent
en tant que collège des évêques, est de proclamer à tous l'Évangile dans
son intégrité. Pour les catholiques, ce ministère de la prédication avec
autorité est intimement lié au ministère de gouvernement et au ministère
liturgique central de la présidence de l'eucharistie. Tout vrai ministère
est intrinsèquement pastoral, il sert à entraîner tout le peuple plus
profondément dans le mystère du Christ, le Berger, qui a donné sa vie en
amour sacrificiel.
66. Les méthodistes
comprennent l'ordination comme un don de Dieu à l'Église. Il consiste en ce
que des hommes et des femmes qui sont appelés par Dieu à cette forme de
ministère sont acceptés après examen par la Conférence. " Ils sont
alors ordonnés par la prière et l'imposition des mains, par l'évêque ou le
président de la Conférence et reçoivent la charge d'annoncer l'Évangile,
de célébrer les sacrements et d'assumer la charge pastorale du troupeau du
Christ ". Les méthodistes ne conçoivent pas l'ordination comme un
sacrement mais comme une action liturgique comprenant la prière de la
communauté pour le don du Saint-Esprit approprié à cette forme
particulière de ministère. Parce qu'il y a là un mandat sacré de toute la
vie, on ne répète jamais l'ordination. Elle est comprise comme une entrée
dans une relation contractuelle avec tous les autres ministres au service du
Christ. Elle est une action liturgique mais elle est normalement suivie de
près par la réception de l'ordinand en " connexion " avec la
Conférence. Les Églises méthodistes qui mettent à part ou consacrent des
ministres comme évêques ne considèrent pas cela comme une nouvelle
ordination.
67. Les catholiques et
les méthodistes ont en commun plusieurs aspects de leur compréhension de l'ordination.
Les deux Églises mettent à part des ministres pour l'Église de
Jésus-Christ. Les deux Églises comprennent ce rite comme un moyen de la
grâce de Dieu par lequel le ministre est introduit dans une relation
contractuelle de service permanent dans l'Église du Christ. Cette forme
spécifique de direction est toujours un service à la fois de Dieu et du
Peuple de Dieu. Elle comporte l'administration des sacrements, la prédication
et l'enseignement de la Parole, et la participation à l'organisation de la
vie de l'Église.
68. Nous affirmons
ensemble avec joie que les ministères et les institutions de nos deux
communions sont des moyens de grâce par lesquels le Christ ressuscité
conduit, guide, enseigne et sanctifie en personne son Église sur la route de
son pèlerinage. On ne peut faire une telle affirmation que dans une
communauté de foi, en comptant sur la promesse et la grâce de Dieu : "
Tout ministère continue de dépendre entièrement de la grâce de Dieu pour
son exercice. Le Dieu qui appelle couronne son appel par des dons pour le
ministère ". Les catholiques demandent aux méthodistes pourquoi ils n'utiliseraient
pas le langage du sacrement, utilisé à propos de l'Église elle-même, pour
le ministère ordonné dans l'Église et son autorité de discernement de la
vérité de l'Évangile. Les méthodistes demandent aux catholiques pourquoi,
étant donné la faiblesse et la faillibilité humaines, ils comprennent le
ministère ordonné non seulement comme un signe mais également comme une
garantie de la présence active du Christ par la puissance du Saint-Esprit,
spécialement dans les actes particuliers de discernement autoritarif et de
proclamation. Ces questions sont au cœur du dialogue œcuménique entre nos
deux communions.
Le ministère d'enseignement
et de prédication
69. Jésus était
reconnu comme le Rabbin, le maître, qui tranchait sur les autres car il
parlait avec autorité (cf. Mc 1, 22, 27 ; Lc 5, 5 ; 8, 24). Au centre du
ministère du Christ était l'annonce et l'enseignement de l'Évangile. Peu
après son baptême, Jésus commença à proclamer la Bonne nouvelle du règne
de Dieu (cf. Mc 1, 14). Il enseignait les foules au bord du lac, cherchant à
leur faire saisir la nature du règne de Dieu. Dans ses actes de guérison et
autres gestes de compassion, il y avait souvent un message à la fois pour le
bénéficiaire et pour les assistants. Il invitait constamment les gens à
croire en lui et à reconnaître que le règne de Dieu était proche.
70. Conduite par le
Saint-Esprit, toute l'Église, laïcs et ministres ordonnés, a part au
ministère du Christ de rendre témoignage à la vérité de la bonne nouvelle
de Dieu. Le Christ disait à ceux qui le suivaient : " Vous recevrez une
puissance quand le Saint-Esprit sera venu sur vous ; et vous serez mes
témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu'aux
extrémités de la terre " (Ac 1, 8). La prédication et l'enseignement
en ce sens large font partie de la mission de tous les chrétiens comme
membres de l'Église appelés par le Christ à faire des disciples de toutes
les nations (cf. Mt 28, 19). L'Église du Christ est une communauté d'interprètes
et d'annonceurs. Les laïcs et les ministres ordonnés ont des dons
complémentaires pour le discernement de la vérité de l'Évangile et pour le
choix de la meilleure manière de l'exprimer dans un contexte culturel donné.
Les uns et les autres ont le don et la responsabilité de témoigner en
paroles et en actes à tous les êtres humains pour qu'ils soient sauvés et
reçoivent le pouvoir de devenir enfants de Dieu (cf. Jn 1, 12 ; 3, 16).
L'autorité
apostolique
71. Les méthodistes et
les catholiques sont d'accord sur le rôle essentiel joué par le ministère
des apôtres pour la proclamation et la diffusion de la Bonne nouvelle durant
le premier siècle. Il est clair dans le Nouveau Testament que différentes
fonctions et différents offices furent également reconnus de bonne heure
dans l'Église comme des dons de Dieu, " pour équiper les saints en vue
de l'œuvre du ministère, pour édifier le corps du Christ " (Ép 4,
12). Les historiens constatent la diversité du donné historique ; et ils
notent que l'épiscopat, comme fonction, s'est développé graduellement, en
des lieux. variés. L'enseignement catholique romain souligne qu'il y a
néanmoins une succession collégiale des apôtres aux évêques. Catholiques
et méthodistes sont d'accord que le ministère d'épiscopè (supervision) a
toujours été exercé dans l'Église : " Dès l'époque apostolique, des
personnes ordonnées ont été chargées des tâches particulières de
surintendance "; " Durant les deuxième et troisième siècles, la
triple structure du ministère : évêque, prêtre et diacre, s'est fixée
comme le modèle du ministère ordonné dans toute l'Église ".
Catholiques romains et méthodistes gardent quelque chose de ce triple modèle,
avec
1) des évêques ou
surintendants,
2) des anciens,
presbytres ou prêtres,
3) des diacres.
72. Dans l'Église
ancienne, les évêques devinrent normalement les célébrants et les
prédicateurs de leurs églises locales. La nécessité pastorale, cependant,
conduisit à développer le modèle des presbytres, chefs de communautés plus
petites, toujours en communion de foi avec leur évêque. La prédication et
l'enseignement étaient parties intégrantes du ministère de direction dans
l'Église primitive, comme ils le sont aujourd'hui : " La tâche de
maintenir l'unité dans la vérité est au centre de l'exercice de l'épiscopè
".
73. Il n'y avait pas de
délimitation claire, dans l'ancienne Église, entre la prédication et l'enseignement.
Prêcher impliquait souvent l'interaction du prédicateur et de l'assemblée
et était intégré à la liturgie, particulièrement aux sacrements de
baptême et d'eucharistie. C'était aussi une forme de l'éducation
chrétienne de base. La pratique de l'Église ancienne est un défi à la
regrettable séparation souvent pratiquée aujourd'hui entre la parole et la
célébration eucharistique du dimanche. Le ministère de la parole et la
célébration du sacrement vont l'un avec l'autre, étant deux moyens par
lesquels la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ est donnée au Peuple de
Dieu.
Les principaux
moyens d'enseignement et de discernement
74. Chez les
méthodistes, le ministère de direction (épiscopè) a été exercé surtout
de deux manières. Premièrement, la Conférence, comprise comme exercice
collégial de l'épiscopè pour le service de l'Église, est fondamentale en
méthodisme. Dans toutes les Églises méthodistes, c'est à la Conférence
qu'il revient de faire avec autorité le discernement de la vérité de l'Évangile
pour l'Église. Même là où le méthodisme a adopté l'épiscopat, à terme
ou à vie, la Conférence reste l'instrument par lequel le discernement est
exercé sur toutes les questions de foi, pour être ensuite proclamé dans l'enseignement
officiel : " La Conférence est l'autorité ultime dans l'Église pour
ses doctrines et pour toutes les questions concernant l'interprétation de ses
doctrines ". La Conférence exerce l'autorité sur les prédicateurs et
traite les questions de discipline. Deuxièmement, dans toutes les Églises
méthodistes un ministère spécial d'autorité ou de surintendance est
exercé par des personnes mises à part pour le service de Dieu dans cette
fonction, soit pour une période déterminée, soit à vie ; certaines de ces
Églises ont des " surintendants ", d'autres des " évêques
". L'Église méthodiste en Grande Bretagne s'est déclarée disposée à
recevoir l'épiscopat historique dans sa vie et son ministère, comme et
lorsque cela sera requis pour l'unité des chrétiens.
75. Les catholiques
romains se rallient sans peine à la description du rôle d'enseignement des
évêques que donne le Livre de Discipline des " United Methodists "
: " Garder, transmettre, enseigner et proclamer collégialement et
individuellement la foi apostolique telle qu'elle est formulée dans l'Écriture
et la tradition, et interpréter cette foi évangéliquement et
prophétiquement selon que le Saint-Esprit les inspire et les en rend capables
". Pour les catholiques, le discernement normatif de la vérité et son
enseignement fidèle sont confiés au Collège des évêques uni, considéré
comme muni par le Saint-Esprit du don de discernement, en union avec le Pape.
La catholicité de l'Église dans le temps et dans l'espace signifie que la
substance de l'enseignement de l'Église doit être la même partout et
toujours. Dans leur rôle de gardiens de l'unité de l'Église, les évêques
cherchent donc à faire en sorte que la même foi soit annoncée aujourd'hui,
qui était discernée par l'Église dans les siècles précédents, et que
l'on enseigne partout la même foi dans le monde aujourd'hui. D'importantes
différences d'expression et d'accent se produisent néanmoins, du fait que l'Évangile
soit vécu et annoncé dans des cultures diverses et en des temps divers. Le
discernement normatif par les évêques n'a pas lieu en vase clos. Ils doivent
écouter non seulement l'Écriture et la Tradition, mais aussi toute la
communauté ecclésiale. Les catholiques comprennent le don de l'apostolicité,
qui inclut le discernement de la vérité divine, comme appartenant à toute
l'Église : ce don est servi et garanti par le ministère apostolique des
évêques.
76. Les méthodistes et les catholiques ont fortement le sens de la
nature collective du ministère de gouvernement. Ceci reflète leur commune
insistance sur la connexion ou communion des communautés locales de foi dans
la vie chrétienne, le culte et la mission. Pour chaque Église méthodiste,
la Conférence exerce une forme d'épiscopè collégiale. Pour les catholiques,
c'est le corps des évêques uni à l'Évêque de Rome qui exerce cette
épiscopè collégiale. L'unité entre les communautés catholiques locales
est constituée et entretenue par leur communion avec leur évêque dans un
diocèse, et l'unité de leurs évêques par la communion avec l'Évêque de
Rome. Méthodistes et catholiques affirment ensemble que la vraie foi
chrétienne et la qualité de disciple du Christ impliquent toujours l'unité
les uns avec les autres dans la vérité et dans l'amour. Cette compréhension
de l'Évangile se reflète dans nos structures ecclésiales qui cherchent à
servir l'unité de toute l'Église. Bien que la croissance dans la sainteté
et l'amour parfaits sous la grâce de Dieu soit toujours quelques chose de
profondément personnel, elle n'est jamais privée. Nos deux Églises
admettent des ministres qui jouent un rôle spécial d'entraînement et d'inspiration
dans la communauté, mais ils sont toujours liés ensemble dans une
responsabilité collégiale pour la foi et la mission des croyants.
La
participation des laïcs à l'enseignement normatif
77. Les catholiques et les
méthodistes comprennent que l'Église entière doit participer au
discernement et à l'enseignement. Les laïcs et les ministres ordonnés
partagent cette responsabilité, mais de manières différentes. Les
méthodistes affirment avec les catholiques que l'ordination établit le
ministre dans une relation nouvelle et permanente avec le Christ ressuscité.
De ce fait, les deux Églises comprennent que si le don de discernement
appartient à toute l'Église, les ministres ordonnés jouent un rôle
spécial dans l'exercice propre de leur charge. Dans les communautés locales
et les régions géographiques (diocèses, districts, conférences annuelles)
les ministres ordonnés ont la direction des fonctions de culte, de
prédication et d'enseignement. Il y a cependant beaucoup de laïcs :
prédicateurs locaux, théologiens formés, catéchistes, animateurs d'études
bibliques et enseignants d'école du dimanche, qui ont aussi vocation à
enseigner dans l'Église. De plus, les personnes saintes jouent un rôle vital
par leur exemple, même sans être chargées d'aucune fonction.
78. Il reste
des différences entre les méthodistes et les catholiques romains au sujet du
rôle qu'ont les laïcs dans le processus de discernement normatif et de
proclamation officielle de l'Évangile. Les catholiques placent l'autorité d'enseignement
dans le corps épiscopal avec à sa tête l'Évêque de Rome. Les méthodistes
mettent cette même autorité dans la Conférence, où les laïcs siègent en
nombre significatif, avec voix délibérative et participation aux décisions.
79. Pour les méthodistes, l'autorité d'enseignement est un don fait à toute
l'Église, et ils suggèrent qu'exclure les presbytres et les laïcs des
décisions finales revient à leur dénier l'exercice de ce don, affaiblissant
par là la capacité de l'Église de discerner l'interprétation fidèle de la
Parole de Dieu pour un lieu et un temps donnés. En ayant des représentants
de toute l'Église dans les instances de décision ils peuvent espérer
entendre la variété des perspectives et des compréhensions dont il y a lieu
de tenir compte pour assurer la catholicité de l'Église. Les laïcs, certes,
participent activement et apportent leurs diverses contributions à bien des
niveaux de l'organisation de l'Église catholique romaine, par exemple dans
les conseils pastoraux, les synodes diocésains et les sessions du Synode des
évêques à Rome. Néanmoins, les méthodistes demandent aux catholiques
pourquoi les laïcs ne pourraient pas être plus formellement impliqués dans
les organes de décision, même lorsqu'il s'agit de discernement et d'enseignement
normatifs, partageant d'une certaine façon la responsabilité des évêques,
lesquels ne cesseraient pas pour autant de garder leur ministère spécial d'autorité
doctrinale.
80. Les catholiques comprennent que la fonction épiscopale d'enseignement
est un service rendu à toute l'Église. Les évêques dirigent les
communautés de foi qui sont elles-mêmes porteuses de la vérité de l'Évangile.
Ils discernent et proclament avec autorité la foi donnée à tout le Peuple
de Dieu. L'autorité pour assurer la catholicité et l'apostolicité est
confiée au collège des évêques. Les méthodistes ont certes un ministère
ordonné, et une instance de direction investie de fonctions d'enseignement.
Les catholiques cependant demandent aux méthodistes pourquoi dans la
conception et la pratique de la Conférence ils ne distinguent pas plus
formellement le rôle des ministres ordonnés, spécialement des évêques et
des surintendants, particulièrement en matière de discernement et d'enseignement
normatifs.
Ce qui est déjà acquis
81. Les catholiques romains et les
méthodistes affirment qu'en appelant des personnes à être agents de
discernement de ce qui est vraiment l'Évangile, Dieu se sert d'elles comme
moyens de grâce, comme canaux crédibles. Toutes les formes de ministère
sont communes et collégiales. Elles cherchent à préserver et à renforcer
toute la communauté de foi dans la vérité et l'amour, dans le culte et la
mission. Dans les deux Églises le gouvernement est exercé d'une manière qui
comporte la sollicitude pastorale, l'enseignement et la prédication faisant
autorité. Les méthodistes et les catholiques peuvent se réjouir que le
Saint-Esprit se serve des ministères et des structures des deux Églises
comme moyens de grâce pour conduire le peuple à la vérité de l'Évangile
du Christ. L'autorité que Jésus confère est " autorité pour la
mission " ; et " l'exercice de l'autorité ministérielle dans l'Église,
notamment par ceux investis du ministère de l'épiscopè, a une dimension
radicalement missionnaire. … Cette autorité permet à toute l'Église d'incarner
l'Évangile et de devenir la servante missionnaire et prophétique du Seigneur
".
Points à explorer
82. Le Christ a promis sa présence et son Esprit
à l'Église, mais les implications de ce fait pour une compréhension plus
pleine du ministère ordonné et de l'autorité doctrinale ont besoin d'une
exploration commune plus poussée. Un point de divergence significatif est
l'idée de moyens de grâce garantis ou " assurés ", et le
fondement que cela constitue pour la compréhension catholique romaine de l'autorité
doctrinale du Collège des évêques uni au Pape. Les méthodistes se
demandent si une doctrine d'indéfectibilité doctrinale garantie tient
pleinement compte de la fragilité humaine et du péché, bien que les
catholiques et les méthodistes soient d'accord que Dieu se sert de simples
vases de terre comme agents, et qu'il œuvre à travers les faiblesses et les
imperfections humaines pour proclamer sa parole. Les catholiques se demandent
comment, sans une telle compréhension garantie, les méthodistes peuvent
être sûrs que leur prédication et leur enseignement soient vraiment ceux du
Christ et de son Église. Les méthodistes estiment qu'ils peuvent vraiment en
être sûrs pour l'essentiel, mais catholiques et méthodistes ne sont pas
encore d'accord sur ce qu'est exactement cet essentiel. Il n'y a pas non plus
accord complet sur la participation des laïcs aux décisions de l'Église,
spécialement en matière de discernement et de proclamation normatifs de l'Évangile.
Les méthodistes et les catholiques sont totalement d'accord, cependant, que
l'enseignement de l'Église doit toujours être soumis au test de l'Écriture
et de la Tradition.
L'autorité doctrinale : un don de Dieu à
l'Église
83.
Les méthodistes et les catholiques sont d'accord que l'autorité doctrinale
exercée correctement est un don de Dieu à son Église, un don par lequel le
Christ joue son rôle de Tête de son corps par la puissance du Saint-Esprit.
L'Évangile provoque les chrétiens à reconsidérer ce qu'on entend par
" autorité ", et à exercer l'autorité toujours à la ressemblance
du Christ, qui est venu " non pour être servi, mais pour servir et
donner sa vie en rançon pour la multitude " (Mc 10, 45). " Le cœur
du ministère chrétien est celui de l'amour rayonnant du Christ ". C'est
spécialement vrai de tout ministère d'exercice de l'autorité chez les
chrétiens. L'utilisation de l'expression " veiller les uns sur les
autres dans l'amour " par John Wesley interpelle tous les ministres et
les instances collégiales, spécialement ceux investis de l'autorité
ministérielle. Le ministère d'autorité devrait toujours chercher la
croissance de ceux sur lesquels on l'exerce. Il n'a malheureusement pas
toujours été exercé de cette manière, et tous les ministres auront
toujours besoin de réforme et de renouveau. " Il est clair que c'est
seulement par la grâce de Dieu que l'exercice de l'autorité dans la
communion de l'Église porte les marques de l'autorité propre du Christ. L'autorité
est exercée par des chrétiens fragiles pour le bien d'autres chrétiens
fragiles ".
84. Les méthodistes et les catholiques s'engagent à la
sainteté de vie, à la fidélité de l'enseignement et à la participation à
la mission de Dieu dans le monde. Nos ministères, individuels et collégiaux,
sont des moyens de grâce dont l'Esprit du Christ se sert comme il l'entend
pour conserver l'Église une, sainte, catholique et apostolique dans sa vie,
sa foi et sa mission. Dans notre fragilité humaine nous mettons ensemble
notre confiance dans la promesse du Christ de garder l'Église fidèle à
lui-même. Comme le rappelle l'hymne de Charles Wesley, " Fortifiés par
la puissance divine, l'Église ne peut jamais faillir ".
DEUXIÈME PARTIE
85. Le première partie de ce rapport a examiné la compréhension commune et
l'interprétation distincte des " moyens de grâce " dans l'Église
du Christ, spécialement en ce qui concerne le discernement normatif et la
proclamation de la vérité de l'Évangile. Dans cette deuxième partie, les
méthodistes et les catholiques présentent de façon plus détaillée comment
chacun s'y prend et pourquoi. Ces explications sont offertes en premier lieu
pour permettre à chaque tradition de mieux comprendre l'autre. Bien que ces
pratiques soient distinctes il y a beaucoup de points de convergence entre
elles.
I. La Comprehension et la Pratique Methodistes
Perspectives historiques
86. Pour les méthodistes, les agents de discernement ont été façonnés par
les origines historiques du mouvement dans l'Angleterre du dix-huitième
siècle. Ils ont hérité des doctrines et des structures de base de l'Église
chrétienne transmises par la Réforme anglaise du seizième siècle. Ils
croient que John Wesley et les gens appelés méthodistes furent suscités par
Dieu dans une situation particulière pour une tâche particulière, c'est-à-dire
" pour réformer la nation, particulièrement l'Église, et pour
répandre la sainteté scripturaire dans le pays ". Doctrinalement, les
premiers méthodistes adhéraient à l'enseignement de l'Église d'Angleterre.
Wesley faisait grand cas des formulaires doctrinaux anglicans, spécialement
des trente-neuf Articles de religion, des homélies, et particulièrement du
Livre de la Prière commune. Pour les anglicans de son temps, le Livre de la
Prière commune demeurait le véhicule de la foi de la Réforme dans l'existence
quotidienne et hebdomadaire des paroisses. Wesley fut fidèle à cette
expression de la foi tout le long de son ministère. Il y ajouta sa lecture
des anciens Pères de l'Église.
87. Du point de vue de l'organisation, les
méthodistes croient que le Saint-Esprit guidait activement le développement
du mouvement méthodiste. La plupart des traits de la pratique méthodiste ne
furent pas prévus d'avance mais découverts comme des moyens providentiels d'accomplir
la mission. " 'Le méthodisme est venu du ciel, selon les besoins, pièce
par pièce', s'écriait un des Prédicateurs en 1836, avec une exubérance
excessive mais pardonnable ". Charles Wesley trouvait là un clair
parallèle avec l'Exode :
Capitaine de l'armée d'Israël, et guide de tous ceux qui
cherchent la terre là-haut … Conduits pas ton Esprit qui ne peut errer, nous ne nous égarerons pas dans le désert ; nous ne nous inquiéterons pas
de la bonne direction et ne perdrons pas notre route providentielle ; aussi
loin du danger que de la peur, car l'amour, l'amour tout-puissant, est avec
nous.
88. Les premiers méthodistes comprenaient leur mouvement comme un
réveil du christianisme authentique. Ils cherchaient à apporter à nouveau
la vérité de l'Évangile à l'esprit des gens et à partager l'amour de Dieu
qui change la vie avec ceux qui ne le connaissaient pas dans leur cœur. Pour
eux, la vérité de l'Évangile était le message de l'amour de Dieu pour tous
et du commandement divin d'aimer Dieu et le prochain en retour. Leur
ministère était prophétique, annonçant le salut, individuel et social, à
leurs contemporains.
89. Étant donné la situation dans l'Angleterre du
dix-huitième siècle, certains thèmes avaient besoin d'être mis en relief.
En particulier, Wesley centrait sa prédication et son enseignement surtout
sur les doctrines ayant plus directement trait au salut : le péché originel,
la justification et la sanctification. Il y voyait " la teneur générale
de l'Écriture " qu'il comprenait comme étant l' " analogie de la
foi ", c'est-à-dire le sens de tout le message de l'Écriture qui sert
de clé pour interpréter les différents passages. Vu le niveau relativement
bas de la vie spirituelle en Angleterre, de son temps, et les difficultés
qu'avait l'Église à toucher de nouvelles couches de la population, cet
accent sur la sotériologie était la meilleure façon de remplir la mission
qui lui avait été proposée. Il considérait cependant ses sociétés comme
existant au sein de l'Église d'Angleterre. Son héritage anglican, y compris
l'acceptation des Symboles anciens et l'étude des sources patristiques, le
reliait à l'Église universelle. À plusieurs reprises il a indiqué que le
méthodisme n'était nullement une nouveauté ; il était plutôt " la
vieille religion, la religion de la Bible, la religion de l'Église primitive,
la religion de l'Église d'Angleterre ". Dans ses publications il
cherchait à instruire ses prédicateurs et bien sûr tout le peuple
méthodiste de ce que l'ensemble de la foi chrétienne avait à offrir. Les
cinquante volumes de sa Bibliothèque chrétienne comprennent des auteurs de
l'Église ancienne, du catholicisme ultérieur, de la Réforme, des
non-conformistes puritains et des théologiens anglicans. Les hymnes de son
frère, Charles Wesley, étaient un puissant véhicule pour instruire le
peuple de la foi chrétienne.
90. Le but était de diffuser la sainteté
scripturaire, et cette mission conduisait au recrutement de prédicateurs
laïcs et ordonnés. Souvent, face à l'opposition officielle et à la risée
populaire, ils voyageaient beaucoup, prêchant l'Évangile aux déshérités,
regroupant les gens en sociétés et exerçant sur eux une sollicitude
pastorale. Les prédicateurs s'assemblèrent pour la première fois en
Conférence en 1744, dans le but de guider le réveil. Des précédents
existaient dans l'Église d'Angleterre. Par exemple, d'autres sociétés
privées se développaient, qui gouvernaient leur action par des réunions de
leurs dirigeants et, au niveau le plus officiel, la constitution de l'Église
d'Angleterre autorisait les Convocations du clergé. Une approche conciliaire
du discernement de la volonté de Dieu pour leur mouvement leur apparaissait
ainsi la meilleure façon de procéder.
91. Pour les premiers méthodistes, la
Conférence illustrait le caractère social du christianisme. Elle avait
plusieurs fonctions. Premièrement, elle déterminait la doctrine pratique des
prédicateurs méthodistes(" que prêcher " ). Deuxièmement, elle
était un lieu d'éducation et d'encouragement (" comment prêcher
") Troisièmement, elle supervisait la mission de l'Église et le
déploiement des ministres (" que faire "). Quatrièmement, elle
était une occasion de faire rendre compte aux prédicateurs de leur
prédication et de leur manière de vivre. Bien qu'il soit exact que Wesley
avait le contrôle final des décisions de la Conférence, les débats avaient
sur lui une certaine influence. Pour l'Angleterre et l'Irlande, la décision
fut prise en 1784 que la Conférence continuerait d'exister après la mort de
Wesley. Un acte légal fut établi pour assurer la continuation collégiale du
méthodisme. La Conférence fut considérée de ce fait comme " le Wesley
vivant ". Ainsi, la détermination de la doctrine, le maintien de la
discipline et l'affectation des prédicateurs pour le bien de la mission
furent rattachés à la Conférence.
92. La situation américaine était
quelque peu différente. Vu l'indépendance politique et le grand besoin de
soin pastoral, Wesley prit des mesures pour munir le méthodisme américain
d'une liturgie, d'un ministère ordonné et d'une direction générale. Les
Américains acceptèrent cette dernière, à la condition que la Conférence
des prédicateurs élirait des surintendants, bientôt appelés évêques dans
l'Église épiscopale méthodiste. La Conférence exerçait l'autorité en
matière de décisions doctrinales, les évêques étaient ses dirigeants et
avaient seuls autorité pour l'affectation des prédicateurs.
93. A partir de
1816, les évêques eurent la responsabilité de superviser les études, le
programme de formation des prédicateurs. Les évêques eux-mêmes étaient
itinérants, comme ils le disaient dans leurs notes au Livre de Discipline de
1798 : " Notre grand plan, en toutes ses parties, mène à un ministère
itinérant. Nos évêques sont des évêques voyageurs. Tous les ordres divers
qui composent nos Conférences sont employés sur le mode des tournées. Nous
gardons autant que possible tout en mouvement ". De bien des manières
ils exerçaient une autorité doctrinale informelle. Francis Asbury et Thomas
Coke fonctionnaient comme enseignants de l'Église par leur prédication et
leur édition des Doctrines et de la Discipline. Néanmoins, l'autorité
finale en matière doctrinale reposait dans ce qui est devenu la Conférence
générale. En 1830 un groupe de laïcs et de ministres ordonnés méthodistes
formèrent l'Église Protestante Méthodiste et ajoutèrent pour la première
fois un nombre égal de laïcs à la Conférence. D'autres branches
ajoutèrent ultérieurement une représentation laïque significative, et la
pratique est maintenant universelle.
La conférence
94. Wesley comptait la
" conférence chrétienne " parmi les moyens prudentiels de grâce,
reconnus comme des canaux fiables utilisés par Dieu pour aider à façonner
la vie du Peuple de Dieu. La Conférence méthodiste est une assemblée de
dirigeants laïcs et ordonnés, qui se réunit pour le culte, le discernement
de la volonté de Dieu, et pour décider de la meilleure manière de suivre
fidèlement l'impulsion de l'Esprit. Rassemblant les diversités du Peuple de
Dieu - race, sexe, nationalité, opinion théologique ou jugement moral - ils
cherchent à se " dire la vérité dans l'amour " les uns aux autres,
en discernant la vérité de l'Évangile pour leur temps et lieu. Sous la
direction de l'Esprit, ils cherchent à annoncer apostoliquement et
prophétiquement cette vérité au monde entier au nom de Dieu.
95.
Historiquement, l'inclusion de laïcs dans la Conférence obéissait à une
tendance culturelle qui estimait que l'autorité ultime, après Dieu, était
donnée à la communauté entière. Dans la sphère politique, cette tendance
donnait le droit de vote à la population adulte de beaucoup de pays.
Théologiquement, les méthodistes regardent tous les chrétiens comme un
peuple ministériel et sacerdotal. Différents dons d'autorité - en matière
doctrinale, financière, disciplinaire ou d'organisation - sont donnés aux
ordonnés comme aux laïcs. Telle est le fondement théologique de l'inclusion
des uns et des autres dans la Conférence.
96. Aujourd'hui, une Conférence
méthodiste est le centre d'organisation de la vie ecclésiale et a au moins
six fonctions :
- Elle est le point de rassemblement et l'instrument principal
de la connexion. Les réunions de la Conférence se déroulent dans un climat
familial.
- Elle exerce l'épiscopè collégiale et veille à toute la vie de
l'Église, y compris la doctrine et la discipline, pour le bien de la mission.
- Elle a l'autorité en dernier ressort sur la doctrine. Les Conférences
méthodistes ont toujours accepté les Écritures comme règle suprême de la
foi et de la pratique, et ont été guidées dans leur lecture par les Sermons
et les Notes au Nouveau Testament de Wesley. La Conférence est l'interprète
ultime pour la compréhension de ces autorités.
- Elle exerce son autorité
également par l'approbation des livres de culte et des recueils d'hymnes pour
la communication de l'enseignement doctrinal au peuple. Par là la foi est
enseignée et préservée par les communautés locales.
- Elle contribue à la
transmission régulière du ministère en autorisant l'ordination. Même
lorsqu'il y a des évêques, la décision d'ordonner est la prérogative de la
Conférence. L'ordination a lieu durant la Conférence par la prière et l'imposition
des mains et l'invocation du Saint-Esprit.
- Elle élit ses évêques et ses
présidents. Dans la plupart des Églises méthodistes leur mandat est de
durée limitée. Certaines Églises élisent des évêques à vie (ils sont
alors les Présidents de leurs Conférences annuelles).
Les développements
dans le Méthodisme contemporain
97. Dans certaines parties du méthodisme qui
historiquement n'ont pas eu d'évêques, les responsables pastoraux, tels les
présidents de districts, reçoivent quelquefois le titre d'" évêque
". Quelques Églises méthodistes ont déclaré formellement que leurs
évêques doivent avoir une fonction d'enseignement, avec la responsabilité
de " garder, transmettre, enseigner et proclamer, collégialement et
individuellement, la foi apostolique comme elle est exprimée dans l'Écriture
et la tradition, et selon qu'ils sont conduits par l'Esprit et reçoivent de
lui le don d'interpréter cette foi évangéliquement et prophétiquement
".
98. Ayant son origine dans la Conférence méthodiste œcuménique de
1881, le Conseil méthodiste mondial a développé des liens étroits et un
rôle doctrinal à l'intention de la famille mondiale des Églises
méthodistes. Il élabore des structures de consultation, d'enseignement et
d'action commune pour la mission. Sa publication récente, Eléments wesleyens
essentiels de la foi chrétienne (1996), et son rôle dans les dialogues œcuméniques
ont renforcé sa fonction dans ces domaines. Egalement, partout où se réunit
la Conférence d'une Église entière, on invite des représentants officiels
d'autres Églises méthodistes. De plus, on échange des lettres officielles
et on développe les relations entre les Conférences. Des associations
régionales d'évêques de différentes Églises méthodistes se sont formées
pour promouvoir le témoignage commun. Durant le dix-neuvième siècle les
méthodistes se sont divisés en de nombreuses dénominations distinctes. Le
vingtième siècle a vu une tendance à l'unité par la fusion de différentes
Églises et par le resserrement des liens de coopération entre les Églises
existantes. En règle générale, là où les méthodistes sont devenus
membres d'Églises unies, ces Églises sont devenues membres du Conseil
méthodiste mondial, et leur engagement pour l'unité chrétienne a été une
contribution significative au méthodisme mondial. Etant donné la croissance
du méthodisme en Asie, Afrique et Amérique Latine, ses Églises sont
devenues de plus en plus diverses et en même temps, pourtant, plus unifiées.
II. La Conception
et la Pratique Catholiques
99. L'Église catholique est une
communion d'Églises latines et orientales, dans chacune desquelles l'Église
du Christ est vraiment présente. La communion invisible avec le Christ est
vécue dans la communion visible de l'Église dans l'amour et la vérité. L'Église
est unie d'une manière qu'enrichit et que transcende la diversité
géographique et culturelle. Elle est en communion vivante avec l'Église du
passé, tout en regardant vers l'Église de l'avenir. Sa communion dans le
temps remonte aux apôtres eux-mêmes (cf. Ap 21, 14), qui restent les
fondations de l'Église dans sa vie et sa mission, et qui continuent
présentement à la guider. Le Christ lui-même conduit l'Église à travers
Pierre et les autres apôtres, et à travers ceux qui partagent et continuent
leur ministère aujourd'hui, le Pape et le reste du collège des évêques.
100. L'unité catholique implique de tenir en commun toutes les doctrines de
l'Église. Il y a place, dans cette unité catholique, pour une diversité de
points de vue et d'expressions théologiques, une pluralité de rites
liturgiques et de discipline canonique. Elle permet le débat et la discussion,
mais non la désunion en matière de foi. Il y a eu des temps dans l'histoire
de l'Église catholique où la tension entre l'unité dans la vérité et la
diversité des perspectives n'était pas toujours saine et harmonieuse.
Les
évêques
101. Parmi les divers ministères et charismes à l'œuvre dans l'Église
depuis les temps les plus reculés, le service primordial est depuis le début
celui de l'évêque. Les catholiques conçoivent le collège des évêques
comme continuant la sollicitude des apôtres pour toutes les Églises. Les
évêques, assistés par les presbytres et les diacres, sont appelés à
conduire à la sainteté, en servant l'unité de l'Église avec le Christ par
la parole et le sacrement. Le Deuxième Concile du Vatican a enseigné que la
plénitude du sacrement de l'ordre est donné à l'épiscopat par l'ordination.
Au cœur du ministère de l'évêque est le service pastoral de l'unité de l'Église
dans l'amour et la vérité. Afin d'être d'efficaces instruments de ce
service, les évêques doivent avoir l'autorité indispensable pour assurer l'unité
qui est si essentielle à la vie et à la mission de l'Église.
102. L'unité
dans l'amour et l'unité dans la vérité ne vont pas l'une sans l'autre, et
il en est de même de la direction pastorale et de l'autorité doctrinale,
centrées toutes deux avant tout sur la célébration de l'eucharistie. Les
communautés apostoliques ont besoin de personnes qui proclament l'Évangile
avec autorité, sous l'autorité du Christ lui-même. Il y a " une
interdépendance dans la communion entre l'instinct spirituel de tout le corps
des fidèles et ceux qui ont pouvoir de poser des actes normatifs de
discernement de ce qui est ou non fidèle à la tradition chrétienne ".
C'est là le rôle doctrinal spécifique des évêques dans l'Église : "
La charge d'interpréter de façon authentique la Parole de Dieu écrite ou
transmise a été confiée au seul magistère vivant de l'Église, dont l'autorité
s'exerce au nom de Jésus-Christ ".
103. La fonction doctrinale (magisterium)
de l'Église n'est pas au-dessus de la Parole de Dieu mais elle la sert, n'enseignant
que ce qui a été reçu. Comme maîtres, les évêques doivent d'abord
écouter la Parole, puis la méditer dans leur coeur avec crainte devant le
mystère de la révélation divine, et ensuite l'exposer avec fidélité.
104.
Les évêques sont des membres du peuple fidèle chargés d'un service
spécial au nom du Christ. L'Église est une communauté sous l'autorité du
Christ ressuscité. C'est le Christ qui est le chef de l'Église, exerçant
une épiscopè invisible sur sa foi et sa vie, son culte et sa mission (cf.1 P
2, 25).
105. Les catholiques comprennent que la direction invisible du Christ
comme pasteur et maître s'exerce de multiples manières, et spécialement par
le collège des évêques. Les évêques sont signes et instruments du Christ
en tant que tête et pasteur de son Église, et ils participent ainsi de l'autorité
par laquelle le Christ lui-même édifie, instruit et sanctifie son Corps.
Cette compréhension du ministère des évêques est essentielle à une
présentation catholique de leur autorité doctrinale, exercée au nom du
Christ, mais toujours comme service de la communion des Églises dans l'amour
et dans la vérité.
106. La proclamation de l'Évangile est le premier des
devoirs de l'évêque. Les évêques sont des hérauts de la foi et des
maîtres qui participent de l'autorité du Christ. Le Christ veut lui-même
travailler par eux pour préserver l'Église indéfectiblement dans la
vérité. Il y a de nombreuses manières pour un évêque d'enseigner avec
autorité : par des lettres pastorales à son diocèse ; dans des
rassemblements diocésains ; en s'impliquant dans des assemblées et des
commissions nationales et internationales ; par des homélies dans sa
cathédrale ou dans les paroisses ; en célébrant l'eucharistie qui est la
source de la 'sainte communion' des Églises en Christ. L'évêque enseigne l'Église
locale et, avec ses frères évêques, l'Église universelle. Il annonce avec
autorité une foi qui est déjà vécue dans l'Église qu'il sert. Avec amour
il prête l'oreille et parle à l'Église qui est menée par l'Esprit de
vérité. L'enseignement de chaque évêque n'est pas en soi garanti contre
toute erreur par le Saint-Esprit ; il y a eu et il peut y avoir des évêques
dont l'enseignement et la vie sont contraires à l'Évangile qui leur est
confié. L'enseignement d'un évêque est toujours plus fructueux quand il dit
la vérité dans l'amour, témoignant de cette vérité non seulement par ses
paroles mais aussi par une vie de sainteté.
107. L'autorité d'un évêque
comme premier pasteur et maître d'un diocèse est territoriale et personnelle.
Son autorité territoriale s'étend dans le diocèse à tous les baptisés.
Son autorité personnelle implique une attention particulière aux prêtres et
aux diacres, spécialement ceux de son clergé diocésain, ainsi qu'aux
communautés religieuses présentes dans le diocèse. Dans les deux cas, l'exercice
de la responsabilité épiscopale requiert de fréquentes consultations des
prêtres et des fidèles. Chaque diocèse a le devoir de créer de telles
structures de consultation. D'une part, les prêtres et les diacres autorisés
par un évêque participent au ministère liturgique, doctrinal et pastoral,
et les prêtres doivent être consultés au moyen du conseil presbytéral. D'autre
part, les laïcs collaborent aussi avec les évêques et les prêtres dans l'exercice
du ministère liturgique, doctrinal et pastoral, et on les consulte de bien
des manières, notamment dans les conseils paroissiaux ou pastoraux et les
synodes diocésains. Les laïcs ont des responsabilités spécifiques dans la
catéchèse, l'éducation et la communication, dans le dialogue œcuménique
et interreligieux et dans le rayonnement missionnaire de l'Église. De cette
manière et de bien d'autres ils contribuent au ministère d'enseignement de
l'Église.
108. Par sa nature même comme service de la communion de l'Église,
le ministère de l'évêque ne peut être exercé qu'en communion avec ses
collègues dans l'épiscopat. L'évêque ne peut enseigner et diriger avec
autorité que s'il est en communion d'esprit et de cœur avec les évêques du
monde entier et de tous les siècles. L'unité catholique des évêques avec
la foi de l'Église depuis les apôtres est exprimée par l'ordination dans la
succession apostolique : le collège des évêques aujourd'hui, en continuité
avec le collège des apôtres, reçoit de nouveaux membres par la prière et
l'imposition des mains. Une manière de signifier cela est qu'ordinairement la
participation d'au moins trois évêques est requise pour l'ordination d'un
autre évêque. L'unité catholique des évêques avec l'Église universelle
aujourd'hui est exprimée et servie par leur communion vivante avec l'évêque
de Rome. Unis à lui, les évêques ensemble sont l'autorité suprême dans l'Église.
Leur service doctrinal normatif est exercé surtout dans un concile œcuménique.
Ils peuvent aussi enseigner dans d'autres rencontres (par ex. le synode des
évêques, les conférences épiscopales et les synodes des Églises
catholiques orientales), et chacun enseigne dans son diocèse.
109. Lorsque
les évêques exercent leur suprême autorité doctrinale, le Saint-Esprit
guide et protège leur discernement et leur annonce de la vérité de l'Évangile.
Les successeurs des apôtres ont reçu du Seigneur le don spirituel de
proclamer avec autorité la vraie foi. C'est là un don (charisme) du Seigneur,
et comme tous les charismata (cf. 1 Co 12-13) il doit être exercé dans
l'amour. Le charisme sûr de vérité est donné à tous les évêques dans la
succession apostolique, non pour révéler de nouvelles doctrines mais pour
assurer la fidélité de l'Église à la Parole de Dieu.
110. Dans un concile
œcuménique, les évêques, en communion avec l'Évêque de Rome, peuvent
définir solennellement une doctrine en matière de foi ou de mœurs. Les
catholiques croient qu'en cela les évêques sont préservés de toute erreur
par le Saint-Esprit, de sorte que " tout le troupeau du Christ soit
préservé et progresse dans l'unité de la foi ". Cette préservation de
l'erreur est ce que l'on entend par l' " infaillibilité " de leur
proclamation doctrinale. Dans les définitions doctrinales la vérité de foi
est infaillible, mais cela ne veut pas dire que la façon dont ces
définitions sont formulées, promulguées ou présentées, ne pourrait pas
être améliorée. Dans une tradition vivante il y a toujours place pour d'autres
réflexions théologiques et explorations doctrinales. Cela fait partie du
processus de réception de l'enseignement et de son appropriation dans la vie
de foi de la communauté. Une doctrine ne peut être définie que si elle est
en harmonie avec les autres doctrines. De telles déclarations n'ajoutent pas
à la vérité de l'Évangile, mais servent à clarifier la compréhension
qu'en a progressivement l'Église, et aide à discerner ce qui est ou non en
conformité avec la tradition apostolique. Les définitions doctrinales visent
à éclairer et à rendre sûr le chemin de la foi. Les évêques enseignent
aussi la vérité de l'Évangile infailliblement lorsque, même étant
dispersés à travers le monde, mais maintenant leur communion entre eux et
avec l'évêque de Rome, ils sont unanimes dans leur enseignement normatif
d'une matière de foi qu'il faut tenir définitivement .
L'Évêque de Rome
111. Tout comme chaque Église locale (diocèse) trouve son unité dans
l'amour et dans la vérité, ainsi les Églises locales dans le monde
sont-elles unies dans la communion de l'Église universelle. L'Église locale
de Rome a une primauté d'amour parmi les Églises, et son évêque est la
tête visible du collège des évêques.
112. Les catholiques trouvent un
fondement biblique à ce service de la primauté par l'évêque de Rome dans
les paroles de Jésus à Simon-Pierre : " Tu es Pierre, et sur cette
pierre je bâtirai mon Église " (Mt 16, 19), lues à la lumière des
dernières instructions à Pierre, " Pais mes agneaux … pais mes brebis…
suis-moi " (Jn 21, 15, 17, 22). L'extension de la primauté pétrinienne
à la primauté romaine repose sur le mandat de Pierre de fortifier ses
frères (cf. Lc 22, 32). Les catholiques reconnaissent que la position
spéciale et le rôle de l'Église locale de Rome, ainsi que le ministère
distinctif de son évêque, se sont développés graduellement dans l'Église
ancienne, et que la pratique continue d'évoluer. La Commission mixte s'est
livrée à un certain approfondissement de ce point dans son rapport Vers une
déclaration sur l'Église.
113. Le ministère du Pape auprès de tous ses
frères évêques et de leurs Églises est un service pastoral de l'unité de
l'Église universelle dans l'amour et la vérité. Il est " le premier
serviteur de l'unité ". Pour que ce ministère puisse être efficace, la
juridiction de l'évêque de Rome est " universelle ", "
ordinaire " et " immédiate " . Son autorité primatiale est
" universelle " parce qu'elle est au service de la communion de
toutes les Églises. Elle est " ordinaire " en ce qu'elle lui
appartient en vertu de sa charge et non en tant que déléguée par d'autres.
Elle est " immédiate " afin de lui permettre, quand il le faut pour
le bien de l'Église universelle, et en fidélité à l'Évangile d'agir
partout afin de préserver l'unité de l'Église dans la vérité et l'amour.
Cette autorité est vraiment épiscopale. Evêque parmi les autres évêques,
avec un ministère de présidence parmi eux et pour eux, le Pape sert l'unité
des évêques afin qu'à leur tour ils puissent servir l'unité de leurs
Églises. Il sert au sein du Collège épiscopal comme serviteur des
serviteurs de Dieu. Le Premier Concile du Vatican et le Pape Pie IX
confirmèrent que la primauté du Pontife romain n'est pas là pour affaiblir
les évêques, mais pour les soutenir dans leurs ministères de vicaires du
Christ.
114. Cette primauté universelle du Pape est une primauté d'amour, et
son autorité doctrinale est une dimension centrale de cette primauté. L'Église
universelle ne peut rester unie dans l'amour que si elle est unie dans la foi.
Au service de la catholicité et de l'apostolicité de la foi de l'Église, et
de la responsabilité collégiale des évêques pour le discernement et l'annonce
authentiques de cette foi, il est donné au Pape, quand il en est besoin, le
charisme de proclamer infailliblement la vraie doctrine. Quand il promulgue
ainsi une définition, il juge non comme personne privée mais comme tête du
collège des évêques et premier pasteur et docteur de l'Église, en qui le
charisme d'infaillibilité de l'Église elle-même est individuellement
présent.
115. Les catholiques croient que le rôle de saint Pierre de servir
l'unité de la communauté de foi " doit continuer dans l'Église, de
manière que sous sa seule tête, qui est Jésus-Christ, elle puisse être
visiblement dans le monde la communion de tous ses disciples ". À cause
de ce ministère spécial au sein de l'Église catholique, l'évêque de Rome
a également un devoir particulier de promouvoir l'unité de tous les
chrétiens dans la foi et l'amour.
116. Dire que les évêques en union avec
le Pape enseignent et paissent au nom du Christ n'est pas prétendre que tout
ce qu'ils disent et font est revêtu de l'autorité divine. Comme Pierre et
les autres apôtres, l'évêque de Rome et ses collègues dans l'épiscopat
ont conscience de leur faiblesse humaine et d'avoir en permanence
spécialement besoin de transformation du cœur et de la vie. L'exercice fidèle
de leur ministère dans l'Église dérive de la grâce et dépend totalement
de la grâce, tout comme l'Église entière est " fondée sur l'infinie
puissance de la grâce ".
Conclusion
117. Les méthodistes et les
catholiques ont confiance dans la présence et la grâce jamais démenties du
Saint-Esprit pour les garder dans la fidélité et protéger la vérité de l'Évangile
qu'ils prêchent et enseignent. L'Église catholique reconnaît cette
présence de l'Esprit spécialement dans le charisme de vérité et de foi
inaltérables donné aux évêques dans l'Église. L'exercice du ministère d'enseignement
des évêques prend de nombreuses formes et inclut le ministère spécial de
l'évêque de Rome dans la proclamation de la foi de tous les évêques et de
toute l'Église. Les méthodistes reconnaissent la conduite du Saint-Esprit
dans les Conférences méthodistes, quoiqu'ils ne leur attribuent pas une
exemption de toute erreur. Ils acceptent leur enseignement comme faisant
autorité quand on le montre clairement en accord avec les Écritures. La
Conférence est l'autorité ultime pour l'interprétation de la doctrine.
118.
Les catholiques et les méthodistes reconnaissent que c'est l'Église entière
qui demeure dans la vérité en raison de la présence du Saint-Esprit dans la
communauté des croyants. Les uns et les autres reconnaissent la présence
dans tous les croyants d'un don de reconnaissance, de discernement et de
réponse à la vérité de l'Évangile, et donc qu'ils jouent un rôle dans la
formulation et l'interprétation de la foi de l'Église. Plus fondamentalement,
les méthodistes comme les catholiques croient que c'est l'Esprit qui
préserve dans l'Église la vérité de l'Évangile proclamé par le Christ et
les apôtres, bien qu'ils ne soient pas entièrement d'accord sur ce qui
constitue l'essentiel de l'Évangile.
119. La foi commune des fidèles du
Christ doit être prise en considération par ceux qui enseignent avec
autorité dans l'Église. Leur ministère ne peut jamais être exercé
isolément de la foi de toute l'Église. Les méthodistes et les catholiques
diffèrent cependant sur les manières dont se pratique cette collaboration.
De part et d'autre on admet le rôle du laïcat dans le développement de la
foi vécue, prêchée,enseignée, et méditée. Dans le méthodisme des laïcs
participent comme membres de la Conférence à la détermination normative du
contenu précis de la foi de l'Église. L'Église catholique, de son côté,
maintient que la détermination normative du contenu précis de la foi de l'Église
est proprement le ministère des évêques. Les raisons pour lesquelles les
méthodistes et les catholiques interprètent différemment les rôles du
laïcat et des ministres ordonnés en ce qui concerne l'enseignement normatif
sont matière à de nouvelles investigations.
120. Une raison de cette
variation dans la pratique est l'interprétation différente de l'effet du
rite de l'ordination, liée à la compréhension catholique de la
sacramentalité de ce rite. Il existe en outre une autre différence
fondamentale, relative à la compréhension du degré de fiabilité garantie
qu'on peut accorder à un instrument humain exerçant un ministère doctrinal
dans l'Église, même en tenant compte de la présence continue du
Saint-Esprit. La relation entre l'ordination, l'autorité doctrinale et l'assistance
assurée du Saint-Esprit reste matière à discussion entre méthodistes et
catholiques.
121. Mais s'il est vrai que le présent rapport reconnaît des
différences évidentes dans la structure ministérielle de l'autorité
doctrinale et dans l'interprétation théologique de la fiabilité de ces
structures ministérielles, il reste une foi commune fondamentale dans la
présence du Saint-Esprit et dans l'utilisation par le Saint-Esprit des
instances légitimes d'exercice de l'autorité doctrinale pour assurer la
vérité de l'Évangile qui est cru par les méthodistes et les catholiques.
De plus, le langage différent utilisé pour décrire l'expérience de l'enseignement
normatif ne nie pas le fait que de part et d'autre, on dépend en pratique de
la direction sûre du Saint-Esprit pour ce ministère d'enseignement normatif.
L'expérience des méthodistes et des catholiques et leur confiance dans leurs
interprétations respectives de la foi apostolique indiquent que ces
perspectives sont peut-être beaucoup plus proches que ne le fait apparaître
parfois la différence de langage.
122. En cherchant à avancer ensemble vers
l'unité plénière dans l'amour et la vérité, les méthodistes et les
catholiques s'engagent ici et maintenant " à dire la vérité dans
l'amour ", les uns aux autres et à tous les peuples du monde.
PARTICIPANTS DU DIALOGUE :
Catholiques
Mgr Michael Putney,
évêque de Townsville, Australie (co-président)
Mgr Timothy Galligan, Cité
du Vatican (co-secrétaire)
Mgr Alexandre Brunett, archevêque de Seattle, WA,
États-Unis
Sœur Mary Charles-Murray, Oxford, Angleterre
Chanoine Michael Evans, Tunbridge Wells, Angleterre
Prof. Francis Frost, Ars, France
Prof.
Georges Tavard, Boston, MA, États-Unis
Mgr Peter Turkson, archevêque de Cape
Coast, Ghana
Méthodistes
Prof. Geoffrey Wainwright, Duke University,
Durham, NC, États-Unis (co-président)
Rev. Dr Joe Hale, Conseil méthodiste
mondial, Lake Junaluska, NC, États-Unis (co-secrétaire)
Évêque Daniel C.
Arichea Jr, Baguio City, Philippines
Évêque Mvurme Dandala, Braamfontein,
Afrique du Sud Dr Scott J. Jones, Southern Methodist University, Dallas, TX,
États-Unis
Mme Gillian Kingston, Dublin, Irlande
Évêque Richard C. Looney,
Macon, GA, États-Unis Rev.
Dr John Newton, Bristol, Angleterre
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