DÉCLARATION CHRISTOLOGIQUE COMMUNE ENTRE
L'ÉGLISE
CATHOLIQUE ET
L'ÉGLISE ASSYRIENNE DE
L'ORIENT
Sa Sainteté Jean-Paul II, Evêque de Rome et Pape
de l'Eglise catholique, et Sa Sainteté Mar Dinkha IV, Catholicos-Patriarche
de l'Église assyrienne de l'Orient, rendent grâce à Dieu qui
leur a inspiré cette nouvelle rencontre fraternelle.
Ils considèrent celle-ci comme une étape fondamentale sur la
voie de la pleine communion à restaurer entre leurs deux Églises.
En effet, ils peuvent désormais proclamer ensemble devant le monde leur
foi commune dans le mystère de l'Incarnation.
* * *
Héritiers et gardiens de la foi reçue des Apôtres, telle
que nos Pères communs l'ont formulée dans le Symbole de Nicée,
nous confessons un seul Seigneur Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né
du Père de toute éternité et qui, lorsque les temps furent
accomplis, est descendu du ciel et s'est fait homme pour notre salut. Le Verbe
de Dieu, deuxième personne de la Sainte-Trinité, s'est incarné
par la puissance du Saint-Esprit en assumant de la Sainte Vierge Marie une chair
animée d'une âme raisonnable, qu'il s'est unie indissociablement dès
l'instant de sa conception.
Notre Seigneur Jésus Christ est donc vrai Dieu et vrai homme, parfait
dans sa divinité et parfait dans son humanité, consubstantiel au Père
et consubstantiel à nous en tout, hormis le péché. Sa
divinité et son humanité sont unies en une personne, sans
confusion ni changement, sans division ni séparation. En lui a été
préservée la différence des natures de la divinité
et de l'humanité, avec toutes leurs propriétés, facultés
et opérations. Mais loin de constituer «un autre et un autre»,
la divinité et l'humanité sont unies dans la personne du même
et unique Fils de Dieu et Seigneur Jésus Christ, objet d'une unique
adoration.
Le Christ n'est donc pas un «homme ordinaire» que Dieu
aurait adopté pour y résider et pour l'inspirer comme chez les
justes et les prophètes. Mais le même Verbe de Dieu, engendré
par le Père avant tous les siècles, sans commencement selon sa
divinité, dans les derniers temps est né d'une mère, sans père,
selon son humanité. L'humanité à laquelle la bienheureuse
Vierge Marie a donné naissance a été depuis toujours celle
du Fils de Dieu lui-même. C'est la raison pour laquelle l'Église
assyrienne de l'Orient prie la Vierge Marie en tant que «Mère du
Christ notre Dieu et Sauveur». À la lumière de cette même
foi, la tradition catholique s'adresse à la Vierge Marie comme «Mère
de Dieu» et également comme «Mère du Christ».
Les uns et les autres nous reconnaissons la légitimité et
l'exactitude de ces expressions de la même foi et nous respectons la préférence
de chaque Église dans sa vie liturgique et sa piété.
Telle est l'unique foi que nous professons dans le mystère du Christ.
Les controverses du passé ont conduit à des anathèmes,
portant sur des personnes et sur des formules. L'Esprit du Seigneur nous donne
aujourd'hui de mieux comprendre que les divisions ainsi provoquées
reposaient en bonne partie sur des malentendus.
Cependant, quelles qu'aient été nos divergences
christologiques, nous pouvons aujourd'hui nous retrouver unis dans la confession
d'une même foi au Fils de Dieu qui s'est fait homme pour que les hommes
puissent devenir enfants de Dieu par sa grâce. Nous voulons désormais
témoigner ensemble de cette foi en celui qui est le Chemin, la Vérité
et la Vie, en l'annonçant de manière appropriée à
nos contemporains, afin que le monde croie à l'Évangile du salut.
* * *
Le mystère de l'Incarnation que nous professons en commun n'est pas
une vérité abstraite et isolée. Il s'agit du Fils de Dieu
envoyé pour nous sauver. L'économie du salut a sa source dans la
communion de la Sainte Trinité Père, Fils et Saint-Esprit
et elle se réalise par la participation à cette communion, selon
la grâce, dans l'Église une, sainte, catholique et apostolique,
Peuple de Dieu, Corps du Christ et Temple de l'Esprit.
Les croyants deviennent membres de ce Corps par le sacrement du Baptême,
qui les fait renaître par l'eau et l'Esprit-Saint en une nouvelle créature.
Ils sont confirmés par le sceau du Saint-Esprit que confère le
sacrement de l'Onction. Leur communion avec Dieu et entre eux se réalise
pleinement par la célébration de l'unique oblation du Christ dans
le sacrement de l'Eucharistie. Cette communion est rétablie pour les
membres pécheurs de l'Église lorsqu'ils sont réconciliés
avec Dieu et entre eux par le sacrement du Pardon. Le sacrement de l'Ordination
au sacerdoce ministériel dans la succession apostolique garantit, dans
chaque Église locale, l'authenticité de la foi, des sacrements et
de la communion.
Vivant de cette foi et de ces sacrements, il s'ensuit donc que les Églises
catholiques particulières et les Églises assyriennes particulières
peuvent se reconnaître comme Églises soeurs. Pour être pleine
et entière, la communion présuppose l'unanimité concernant
le contenu de la foi, les sacrements et la constitution de l'Église.
N'ayant pas jusqu'à présent atteint cette unanimité vers
laquelle nous devons progresser davantage, nous ne pouvons malheureusement pas
encore célébrer ensemble l'Eucharistie, qui est ce signe de la
communion ecclésiale déjà totalement restaurée.
Néanmoins, la profonde communion spirituelle dans la foi et la
confiance mutuelle qui existent déjà entre nos Églises nous
autorisent à envisager dès maintenant comment rendre ensemble témoignage
au message évangélique et comment collaborer dans des situations
pastorales spécifiques, tout particulièrement dans le domaine de
la catéchèse et de la formation des futurs prêtres.
En remerciant Dieu de nous avoir fait redécouvrir ce qui nous unit déjà
dans la foi et dans les sacrements, nous nous engageons à faire tout
notre possible pour écarter les derniers obstacles qui empêchent
encore la réalisation de la pleine communion entre nos Églises, de
manière à mieux répondre à la prière du
Seigneur pour l'unité des siens, unité qui doit évidemment
se manifester visiblement. Pour surmonter ces obstacles, nous créons une
commission mixte pour le dialogue théologique entre l'Église
catholique et l'Église assyrienne de l'Orient.
Fait à Saint-Pierre de Rome, le 11 novembre 1994
K. MARDINKHA IV
JEAN-PAUL II
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