PONTIFICIUM CONSILIUM AD CHRISTIANORUM UNITATEM FOVENDAM
DIRECTOIRE POUR L'APPLICATION DES PRINCIPES ET DES
NORMES SUR L'OECUMÉNISME
PRÉFACE
1. La recherche de l'unité des chrétiens a été
l'un des principaux objectifs du Deuxième Concile du Vatican. Le
Directoire cuménique, demandé pendant le Concile et publié
en deux parties, l'une en 1967 et l'autre en 1970,(1) « a rendu de précieux
services pour orienter, coordonner et développer l'effort cuménique
».(2)
Raisons de cette révision
2. Outre la publication du Directoire, de nombreux autres documents ayant
trait à l'cuménisme ont été publiés par
les autorités compétentes.(3)
La promulgation du nouveau Code de Droit Canonique pour l'Eglise
latine (1983) et celle du Code des Canons des Eglises Orientales (1990),
ont créé en matière cuménique une situation
disciplinaire en partie nouvelle pour les fidèles de l'Eglise
catholique.
De même la publication du Catéchisme de l'Eglise
catholique (1992) a assumé la dimension cuménique dans
l'enseignement de base de tous les fidèles de l'Eglise.
3. De plus, à partir du Concile se sont intensifiés des
rapports fraternels avec les Eglises et Communautés ecclésiales
qui ne sont pas en pleine communion avec l'Eglise catholique; des
dialogues théologiques ont été instaurés et multipliés.
Dans son discours à l'occasion d'une assemblée plénière
du Secrétariat (1988) qui s'occupait de la révision du Directoire,
le Saint-Père fit remarquer que « l'ampleur du mouvement cuménique,
la multiplication des documents de dialogue, l'urgence ressentie d'une plus
grande participation de tout le Peuple de Dieu à ce mouvement, et par
conséquent la nécessité d'une information doctrinale exacte
en vue d'un engagement juste, tout cela demande que l'on donne, sans tarder, des
orientations mises à jour ».(4) C'est dans cet esprit et à la
lumière de ces développements que la révision de ce
Directoire a été faite.
Destinataires du Directoire
4. Le Directoire s'adresse aux Pasteurs de l'Eglise catholique, mais
il concerne aussi tous les fidèles appelés à prier et à
travailler pour l'unité des chrétiens sous la direction de leurs Evêques.
Ceux-ci, individuellement pour leur propre diocèse et collégialement
pour toute l'Eglise, sont responsables sous l'autorité du Saint-Siège
de l'orientation et de la pratique concernant l'cuménisme.(5)
5. Mais il est souhaité, en outre, que le Directoire soit utile aux
membres des Eglises et des Communautés ecclésiales qui ne
sont pas en pleine communion avec l'Eglise catholique. Avec les
catholiques, ils partagent le souci de la qualité de l'engagement cuménique.
Il leur sera avantageux de savoir la direction dans laquelle ceux qui, dans l'Eglise
catholique, guident le mouvement cuménique, désirent mener
l'action cuménique, et les critères qui sont officiellement
approuvés dans l'Eglise. Cela leur permettra d'évaluer les
initiatives prises, à tous les niveaux, par les catholiques pour y répondre
adéquatement et de mieux comprendre les réponses des catholiques à
leurs propres initiatives. Il est à noter que le Directoire n'entend pas
traiter des rapports de l'Eglise catholique avec les sectes ou avec les
nouveaux mouvements religieux.(6)
But du Directoire
6. La nouvelle édition du Directoire est destinée à être
un instrument mis au service de toute l'Eglise et spécialement de
ceux qui sont directement engagés dans une activité cuménique
dans l'Eglise catholique. Le Directoire entend la motiver, l'éclairer,
la guider et, en certains cas particuliers, donner aussi des directives
obligatoires selon la compétence propre au Conseil Pontifical pour la
promotion de l'unité des chrétiens.(7) A la lumière de l'expérience
de l'Eglise depuis le Concile et en tenant compte de la situation cuménique
actuelle, le Directoire rassemble toutes les normes déjà fixées
pour appliquer et développer les décisions du Concile et, au
besoin, les adapte à la réalité actuelle. Il renforce les
structures qui ont été mises en place pour soutenir et guider
l'activité cuménique à chaque niveau de l'Eglise.
En respectant pleinement la compétence des autorités à ces
divers niveaux, le Directoire donne des orientations et des normes d'application
universelles, pour guider la participation catholique à l'action cuménique.
Leur application donnera consistance et cohérence aux façons variées
de pratiquer l'cuménisme par lesquelles des Eglises
particulières (8) et des groupes d'Eglises particulières répondent
aux différentes situations locales. Il garantira que l'activité cuménique
dans l'Eglise catholique est conforme à l'unité de foi et
de discipline qui unit les catholiques entre eux. A notre époque, il
existe, ici ou là, une certaine tendance à la confusion
doctrinale. Aussi est-il très important d'éviter, dans le domaine
de l'cuménisme comme dans d'autres, des abus qui pourraient y
contribuer ou entraîner l'indifférentisme doctrinal. La non
observation des directives de l'Eglise sur ce sujet crée un
obstacle au progrès de la recherche authentique de la pleine unité
entre chrétiens. Il appartient à l'Ordinaire du lieu, aux Conférences
épiscopales ou aux Synodes des Eglises orientales catholiques de
faire en sorte que les principes et les normes contenus dans le Directoire cuménique
soient appliqués avec fidélité et de veiller avec un souci
pastoral à ce que soient évitées toutes les déviations
possibles.
Plan du Directoire
7. Le Directoire commence par un développement sur l'engagement cuménique
de l'Eglise catholique (chapitre I). Suit un exposé des moyens
pris par l'Eglise catholique pour mettre en pratique cet engagement. Elle
le fait par l'organisation (chapitre II) et la formation de ses membres
(chapitre III). C'est à eux, ainsi organisés et formés, que
s'adressent les dispositions des chapitres IV et V sur l'activité cuménique.
I. La recherche de l'unité des chrétiens
L'engagement cuménique de l'Eglise catholique fondé
sur les principes doctrinaux énoncés par le deuxième
Concile du Vatican.
II. L'organisation dans l'Eglise catholique du service de l'unité
des chrétiens
Les personnes et les structures destinées à promouvoir l'cuménisme
à tous les niveaux, et les normes qui règlent leur activité.
III. La formation à l'cuménisme dans l'Eglise
catholique
Les catégories de personnes à former; but, cadre et méthodes
de la formation en ses aspects doctrinaux et pratiques.
IV. La communion de vie et d'activité spirituelle entre les
baptisés
La communion qui existe avec les autres chrétiens sur la base du
lien sacramentel du baptême, et les normes pour le partage de la prière
et d'autres activités spirituelles, y compris, dans des cas particuliers,
des biens sacramentels.
V. La collaboration cuménique, dialogue et témoignage
commun
Les principes, les différentes formes et les normes de la coopération
entre chrétiens en vue du dialogue et du témoignage commun dans le
monde.
8. Ainsi, à une époque marquée par une sécularisation
croissante, qui appelle les chrétiens à une action commune dans
l'espérance du Royaume de Dieu, les normes qui règlent les
relations entre catholiques et autres chrétiens et les différentes
formes de collaboration qu'ils pratiquent sont établies de telle façon
que la promotion de l'unité désirée par le Christ puisse être
poursuivie d'une manière équilibrée et cohérente,
dans la ligne et selon les principes établis par le deuxième
Concile du Vatican.
I
LA RECHERCHE DE L'UNITÉ DES CHRÉTIENS
9. Le mouvement cuménique veut être une réponse
au don de la grâce de Dieu, appelant tous les chrétiens à la
foi au mystère de l'Eglise, dans le dessein de Dieu qui désire
mener l'humanité au salut et à l'unité dans le Christ par
l'Esprit Saint. Ce mouvement les appelle à l'espérance que se réalise
pleinement la prière de Jésus pour « qu'ils soient un ».(9)
Il les appelle à cette charité qui est le commandement nouveau du
Christ et le don par lequel l'Esprit Saint unit tous les fidèles. Le
deuxième Concile du Vatican a clairement demandé aux catholiques
d'étendre leur amour à tous les chrétiens avec une charité
qui désire surmonter dans la vérité ce qui les divise et
qui s'emploie activement à le faire; ils doivent agir avec espérance
et dans la prière pour la promotion de l'unité des chrétiens,
et leur foi dans le mystère de l'Eglise les stimule et les éclaire
de telle façon que leur action cuménique puisse être
inspirée et guidée par une vraie compréhension de l'Eglise
qui est « le sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le
moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain ».(10)
10. L'enseignement de l'Eglise sur l'cuménisme, tout
autant que l'encouragement à espérer et l'invitation à
aimer, trouvent une expression officielle dans les documents du deuxième
Concile du Vatican et spécialement dans Lumen Gentium et Unitatis
Redintegratio. Les documents postérieurs concernant l'activité
cuménique dans l'Eglise, y compris le Directoire cuménique
(1967 et 1970), sont basés sur les principes doctrinaux, spirituels
et pastoraux énoncés dans les documents conciliaires. Ils ont
approfondi quelques sujets suggérés dans les documents
conciliaires, développé une terminologie théologique et
fourni des normes d'action plus détaillées, toutes cependant basées
sur l'enseignement du Concile lui-même. Tout cela fournit un ensemble
d'enseignements dont les grandes lignes seront présentées dans ce
chapitre. Ces enseignements constituent le fondement de ce Directoire.
L'Eglise et son unité dans le plan de Dieu
11. Le Concile situe le mystère de l'Eglise dans le mystère
de la sagesse et de la bonté de Dieu qui attire toute la famille humaine
et même la création tout entière à l'unité en
lui-même.(11) A cette fin, Dieu a envoyé dans le monde son Fils
unique qui, élevé sur la croix, puis entré dans la gloire,
répandit l'Esprit Saint, par lequel il appelle et réunit dans
l'unité de la foi, de l'espérance et de la charité, le
peuple de la Nouvelle Alliance qui est l'Eglise. Pour établir en
tout lieu cette Eglise sainte jusqu'à la consommation des siècles,
le Christ confia au collège des Douze, auquel il a donné Pierre
comme chef, l'office d'enseigner, de régir et de sanctifier. Jésus
Christ, au moyen de la fidèle prédication de l'Evangile,
par l'administration des sacrements et par le gouvernement dans l'amour, exercé
par les Apôtres et par leurs successeurs, sous l'action du Saint-Esprit,
veut que ce peuple s'accroisse et que sa communion soit rendue toujours plus
parfaite.(12) Le Concile présente l'Eglise comme le nouveau Peuple
de Dieu, unissant en lui, avec toutes les richesses de leur diversité,
hommes et femmes de toutes les nations et de toutes les cultures, dotés
des dons variés de la nature et de la grâce, mis au service les uns
des autres et conscients d'être envoyés dans le monde pour son
salut.(13) Ils acceptent dans la foi la Parole de Dieu, sont baptisés dans
le Christ, confirmés dans l'Esprit de la Pentecôte, et célèbrent
ensemble le sacrement de son corps et de son sang dans l'eucharistie:
« L'Esprit Saint qui habite dans les croyants, qui remplit et régit
toute l'Eglise, réalise cette admirable communion des fidèles
et les unit tous si intimement dans le Christ, qu'il est le principe de l'unité
de l'Eglise. C'est lui qui réalise la diversité des grâces
et des ministères, enrichissant de fonctions diverses l'Eglise de
Jésus Christ, "organisant ainsi les saints pour l'uvre du
ministère, en vue de la construction du Corps du Christ" ».(14)
12. Le Peuple de Dieu, en sa commune vie de foi et de sacrements, est servi
par les ministres ordonnés: évêques, prêtres et
diacres.(15) Ainsi uni par le triple lien de la foi, de la vie sacramentelle et du
ministère hiérarchique, tout le Peuple de Dieu réalise ce
que la tradition de foi depuis le Nouveau Testament (16) a toujours appelé
la koinoniacommunion. C'est ce concept clé qui a inspiré l'ecclésiologie
du deuxième Concile du Vatican (17) et auquel l'enseignement magistériel
récent a donné une grande importance.
L'Eglise en tant que communion
13. La communion en laquelle les chrétiens croient et espèrent
est, en sa réalité la plus profonde, leur unité avec le Père
par le Christ et dans le Saint-Esprit. Depuis la Pentecôte, elle est donnée
et reçue dans l'Eglise, communion des saints. Elle s'accomplit
pleinement dans la gloire du ciel, mais elle se réalise déjà
dans l'Eglise sur terre tandis qu'elle chemine vers cette plénitude.
Ceux qui vivent unis dans la foi, l'espérance et la charité, dans
le service mutuel, dans l'enseignement commun et les sacrements, sous la
conduite de leurs Pasteurs,(18) ont part à la communion qui constitue l'Eglise
de Dieu. Cette communion se réalise concrètement dans des Eglises
particulières, dont chacune est rassemblée autour de son Evêque.
En chacune d'elles « l'Eglise du Christ, une, sainte, catholique et
apostolique est vraiment présente et agissante ».(19) Cette communion,
de par sa nature même, est donc universelle.
14. La communion entre les Eglises se maintient et se manifeste de
façon spéciale dans la communion entre leurs Evêques.
Ensemble ils forment un collège qui succède au collège
apostolique. Ce collège a à sa tête l'Evêque de
Rome, comme successeur de Pierre.(20) Ainsi les Evêques garantissent
que les Eglises dont ils sont les ministres continuent l'unique Eglise
du Christ fondée sur la foi et le ministère des apôtres. Ils
coordonnent les énergies spirituelles et les dons des fidèles et
de leurs associations en vue de la construction de l'Eglise et du plein
exercice de sa mission.
15. Chaque Eglise particulière, unie en elle-même et
dans la communion de l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique, est
envoyée au nom du Christ et par la puissance de l'Esprit pour porter l'Evangile
du Royaume à de plus en plus de personnes, leur offrant cette communion
avec Dieu. En l'acceptant, ces personnes entrent aussi en communion avec tous
ceux qui l'ont déjà reçue et sont constituées, avec
eux, en une authentique famille de Dieu. Par son unité, cette famille témoigne
de cette communion avec Dieu. C'est dans cette mission de l'Église que se
réalise la prière de Jésus, car il a prié «
pour que tous soient un, Père, qu'ils soient un en nous, comme tu es en
moi et que je suis en toi, afin que le monde croie que tu m'as envoyé ».(21)
16. La communion à l'intérieur des Eglises particulières
et entre elles est un don de Dieu. Il faut la recevoir avec joie et
reconnaissance et la cultiver avec soin. Elle est entretenue de façon spéciale
par ceux qui sont appelés à exercer dans l'Eglise le ministère
de pasteur. L'unité de l'Eglise se réalise au milieu d'une
riche diversité. La diversité dans l'Eglise est une
dimension de sa catholicité. Toutefois la richesse même de cette
diversité peut engendrer des tensions dans la communion. Mais, en dépit
de ces tensions, l'Esprit continue à opérer dans l'Eglise
en appelant les chrétiens, dans leur diversité, à une unité
toujours plus profonde.
17. Les catholiques gardent la ferme conviction que l'unique Eglise
du Christ subsiste en l'Eglise catholique qui est « gouvernée
par le successeur de Pierre et par les Evêques qui sont en
communion avec lui ».(22) Ils confessent que la totalité de la vérité
révélée, des sacrements et du ministère, que le
Christ a donnée pour la construction de son Eglise et pour
l'accomplissement de sa mission, se trouve dans la communion catholique de l'Eglise.
Certes, les catholiques savent qu'ils n'ont pas personnellement vécu ni
ne vivent pleinement des moyens de grâce dont l'Eglise est dotée.
Malgré tout, ils ne perdent jamais confiance en l'Eglise. Leur foi
les assure qu'elle demeure « la digne épouse du Seigneur » et «
se renouvelle sans cesse elle-même sous l'action de l'Esprit Saint, jusqu'à
ce que, par la croix, elle parvienne à la lumière qui n'a pas de déclin
».(23) Quand donc les catholiques utilisent les mots « Eglises
», « autres Eglises », « autres Eglises
et Communautés ecclésiales », etc., pour désigner
ceux qui ne sont pas en pleine communion avec l'Eglise catholique, on
doit toujours tenir compte de cette ferme conviction et confession de foi.
Les divisions entre chrétiens et le rétablissement de
l'unité
18. La déraison et le péché humains, cependant, ont de
temps à autre fait opposition à la volonté unifiante de
l'Esprit Saint et affaibli cette puissance de l'amour qui surmonte les tensions
inhérentes à la vie ecclésiale. Dès le début
de l'Eglise des scissions se sont produites. Par la suite, des
dissensions plus graves apparurent et des Eglises en Orient ne se trouvèrent
plus en pleine communion avec le Siège de Rome ni avec l'Eglise
d'Occident.(24) Plus tard, en Occident, des divisions plus profondes firent naître
d'autres Communautés ecclésiales. Ces ruptures portaient sur des
questions doctrinales ou disciplinaires et même sur la nature de l'Eglise.(25)
Le Décret du deuxième Concile du Vatican sur l'cuménisme
reconnaît que des dissensions sont survenues « parfois par la faute
de personnes de l'une et de l'autre partie ».(26) Toutefois, si gravement que
la culpabilité humaine ait pu nuire à la communion, celle-ci ne
fut jamais anéantie. En effet, la plénitude de l'unité de
l'Eglise du Christ s'est maintenue dans l'Eglise catholique,
tandis que d'autres Eglises et Communautés ecclésiales,
tout en n'étant pas en pleine communion avec l'Eglise catholique,
conservent en réalité une certaine communion avec elle. Le Concile
affirme ceci: « Nous croyons qu'elle [cette unité] subsiste de façon
inamissible dans l'Eglise catholique et nous espérons qu'elle
s'accroîtra de jour en jour jusqu'à la consommation des siècles
».(27) Des textes conciliaires indiquent les éléments qui sont
partagés par l'Eglise catholique et les Eglises orientales (28) d'une part, et par l'Eglise catholique et les autres Églises et
Communautés ecclésiales d'autre part.(29) « L'Esprit du Christ
ne refuse pas de se servir d'elles comme de moyens de salut ».(30)
19. Aucun chrétien ou chrétienne, cependant, ne peut se
satisfaire de ces formes imparfaites de communion. Elles ne correspondent pas à
la volonté du Christ et affaiblissent son Eglise dans l'exercice
de sa mission. La grâce de Dieu a poussé des membres de beaucoup d'Eglises
et Communautés ecclésiales, tout spécialement en notre siècle,
à s'efforcer de surmonter les divisions héritées du passé
et de bâtir à nouveau une communion d'amour par la prière,
par le repentir et par la demande réciproque de pardon pour les péchés
de désunion du passé et du présent, par des rencontres pour
des actions de coopération et de dialogue théologique. Tels sont
les objectifs et les activités de ce que l'on en est venu à
appeler le mouvement cuménique.(31)
20. Au deuxième Concile du Vatican, l'Eglise catholique s'est
solennellement engagée à uvrer pour l'unité des chrétiens.
Le Décret Unitatis Redintegratio spécifie que l'unité
voulue par le Christ pour son Eglise se réalise « au moyen de
la fidèle prédication de l'Evangile par les Apôtres
et par leurs successeurs les Evêques avec leur chef qui est
le successeur de Pierre , par l'administration des sacrements et par le
gouvernement dans l'amour ». Le Décret définit cette unité
comme consistant « dans la profession d'une seule foi [...], dans la célébration
commune du culte divin [...], dans la concorde fraternelle de la famille de Dieu
»; (32) cette unité qui, de par sa nature même, exige une pleine
communion visible de tous les chrétiens est le but ultime du mouvement cuménique.
Le Concile affirme que cette unité ne requiert nullement le sacrifice de
la riche diversité de spiritualité, de discipline, de rites
liturgiques et d'élaboration de la vérité révélée
qui se sont développés parmi les chrétiens,(33) dans la
mesure où cette diversité reste fidèle à la
Tradition apostolique.
21. Depuis le deuxième Concile du Vatican, l'activité cuménique
a été inspirée et guidée, dans toute l'Eglise
catholique, par divers documents et initiatives du Saint-Siège et, dans
les Eglises particulières, par des documents et initiatives des Evêques,
des Synodes des Eglises orientales catholiques et des Conférences épiscopales.
Il faut aussi mentionner les progrès réalisés en des formes
variées de dialogue cuménique et en diverses sortes
de collaboration cuménique. Selon l'expression même du
Synode des Evêques de 1985, l'cuménisme « s'est
profondément et irrévocablement gravé dans la conscience de
l'Eglise ».(34)
L'cuménisme dans la vie des chrétiens
22. Le mouvement cuménique est une grâce de Dieu, donnée
par le Père en réponse à la prière de Jésus (35) et aux supplications de l'Eglise inspirée par le
Saint-Esprit.(36) Tout en étant mené dans le cadre de la mission générale
de l'Eglise, qui est d'unir l'humanité dans le Christ, son domaine
spécifique est le rétablissement de l'unité entre les chrétiens.(37)
Ceux qui sont baptisés au nom du Christ sont, par ce fait même,
appelés à s'engager dans la recherche de l'unité.(38) La
communion dans le baptême est ordonnée à la pleine communion
ecclésiale. Vivre son baptême, c'est être entraîné
dans la mission du Christ qui est de tout rassembler dans l'unité.
23. Les catholiques sont invités à répondre, selon
les indications de leurs pasteurs, avec solidarité et gratitude aux
efforts qui sont faits, en beaucoup d'Eglises et Communautés ecclésiales
et dans les organisations variées auxquelles ils coopèrent, pour rétablir
l'unité des chrétiens. Là où ne se fait aucun
travail cuménique, du moins pratiquement, les catholiques
chercheront à le promouvoir. Là où ce travail rencontre des
oppositions ou des empêchements en raison d'attitudes sectaires ou
d'activités qui mènent à des divisions encore plus grandes
parmi ceux qui confessent le nom du Christ, que les catholiques soient patients
et persévérants. Les Ordinaires du lieu,(39) les Synodes des Eglises
orientales catholiques (40) et les Conférences épiscopales
trouveront parfois nécessaire de prendre des mesures spéciales
pour surmonter le danger d'indifférentisme ou de prosélytisme.(41)
Ceci pourrait concerner particulièrement les jeunes Eglises. Dans
tous leurs rapports avec des membres d'autres Eglises et Communautés
ecclésiales, les catholiques agiront avec honnêteté,
prudence et connaissance des choses. Cette disposition à procéder
graduellement et avec précaution, sans éluder les difficultés,
est aussi une garantie pour ne pas succomber à la tentation de l'in- différentisme
ou du prosélytisme, qui serait la ruine du véritable esprit cuménique.
24. Quelle que soit la situation locale, pour être capables d'assumer
leurs responsabilités cuméniques, les catholiques ont à
agir ensemble et en accord avec leurs Evêques. Ils devraient avant
tout bien connaître ce qu'est l'Eglise catholique et êtres
capables de rendre compte de son enseignement, de sa discipline et de ses
principes d'cuménisme. Mieux ils connaissent tout cela et mieux ils
peuvent l'exposer dans des discussions avec les autres chrétiens et en
rendre raison convenablement. Ils devraient aussi avoir une connaissance
correcte des autres Eglises et Communautés ecclésiales avec
lesquelles ils sont en rapport. Il faut prendre soigneusement en considération
les diverses conditions préalables à l'engagement cuménique
qui sont exposées dans le Décret du deuxième Concile du
Vatican sur l'cuménisme.(42)
25. L'cuménisme, avec toutes ses exigences humaines et
morales, est tellement enraciné dans l'action mystérieuse de la
Providence du Père, par le Fils et dans l'Esprit, qu'il touche aux
profondeurs de la spiritualité chrétienne. Il requiert cette «
conversion du cur et cette sainteté de vie, unies aux prières
publiques et privées pour l'unité des chrétiens » que
le Décret du deuxième Concile du Vatican sur l'cuménisme
appelle « l'cuménisme spirituel » et qu'il considère
comme « l'âme de tout cuménisme ».(43) Ceux qui
s'identifient profondément au Christ doivent se conformer à sa prière,
notamment à sa prière pour l'unité; ceux qui vivent en
l'Esprit doivent se laisser transformer par l'amour qui, pour la cause de l'unité,
« supporte tout, croit tout, espère tout, endure tout »; (44)
ceux qui vivent en esprit de repentir seront particulièrement sensibles
au péché des divisions et prieront pour le pardon et la
conversion. Ceux qui recherchent la sainteté seront capables de reconnaître
ses fruits aussi en dehors des limites visibles de leur Eglise.(45) Ils
seront amenés à connaître vraiment Dieu comme celui qui seul
est capable de les rassembler tous dans l'unité, parce qu'il est le Père
de tous.
Les différents niveaux de l'action cuménique
26. Les possibilités et les exigences de l'action cuménique
ne se présentent pas de la même façon dans une paroisse,
dans un diocèse, au niveau d'une organisation régionale ou
nationale des diocèses, à celui de l'Eglise universelle. L'cuménisme
requiert un engagement du Peuple de Dieu dans les structures ecclésiastiques
et selon la discipline propre à chacun de ces niveaux.
27. Dans le diocèse, rassemblé autour de son Evêque,
dans les paroisses et les divers groupes et communautés, l'unité
des chrétiens se construit et se manifeste jour après jour: (46) des
hommes et des femmes écoutent dans la foi la Parole de Dieu, ils prient,
célèbrent les sacrements, se mettent au service les uns des autres
et révèlent l'Evangile du salut à ceux qui ne
croient pas encore.
Toutefois, lorsque des membres d'une même famille appartiennent à
des Eglises et des Communautés ecclésiales différentes,
lorsque des chrétiens ne peuvent recevoir la communion avec leur conjoint
ou leurs enfants, ou leurs amis, la souffrance de la division se fait sentir
vivement et devrait donner une impulsion plus grande à la prière
et à l'activité cuménique.
28. Le fait de rassembler, à l'intérieur de la communion
catholique, les Eglises particulières dans des institutions
correspondantes, telles que les Synodes des Eglises orientales et les
Conférences épiscopales, manifeste la communion qui existe entre
ces Eglises. Ces assemblées peuvent faciliter beaucoup le développement
de relations cuméniques efficaces avec les Eglises et
Communautés ecclésiales d'une même région qui ne sont
pas en pleine communion avec nous. Outre leur tradition culturelle et civique,
ils partagent un héritage ecclésial commun, datant du temps
d'avant les divisions. Etant plus capables qu'une Eglise particulière
de traiter de façon représentative les éléments régionaux
et nationaux de l'activité cuménique, les Synodes des Eglises
orientales catholiques et les Conférences épiscopales peuvent créer
des organisations destinées à constituer et à coordonner
les ressources et les efforts de leur territoire d'une façon qui
soutienne les activités des Eglises particulières, et leur
permette de suivre, en leurs activités cuméniques, un
cheminement catholique homogène.
29. Il appartient au Collège des Evêques et au Siège
Apostolique de juger en dernière instance de la façon dont il doit
être répondu aux exigences de la pleine communion.(47) A ce niveau,
on rassemble et on évalue l'expérience cuménique de
toutes les Eglises particulières; on réunit les ressources
nécessaires au service de la communion au niveau universel et entre
toutes les Eglises particulières qui appartiennent à cette
communion et travaillent pour elle; on donne les directives servant à
orienter et à canaliser les activités cuméniques de
partout dans l'Eglise. C'est souvent à ce niveau de l'Eglise
que les autres Eglises et Communautés ecclésiales
s'adressent lorsqu'elles désirent être en rapport cuménique
avec l'Eglise catholique. Et c'est à ce niveau que peuvent être
prises les décisions finales concernant le rétablissement de la
communion.
Complexité et diversité de la situation cuménique
30. Le mouvement cuménique veut être obéissant à
la Parole de Dieu, aux inspirations de l'Esprit Saint et à l'autorité
de ceux dont le ministère est d'assurer que l'Eglise demeure fidèle
à cette Tradition apostolique en laquelle la Parole de Dieu et les dons
de l'Esprit sont reçus. Ce qui est recherché, c'est la communion,
qui est le cur du mystère de l'Eglise, et c'est pourquoi le
ministère apostolique des Evêques est particulièrement
nécessaire dans le domaine de l'activité cuménique.
Les situations dont l'cuménisme s'occupe sont très souvent
sans précédent, elles varient de lieu en lieu et d'époque
en époque. Aussi les initiatives des fidèles dans le domaine de l'cuménisme
sont à encourager. Mais un discernement attentif et constant est nécessaire
et il incombe à ceux qui ont l'ultime responsabilité de la
doctrine et de la discipline de l'Eglise.(48) Il appartient à
ceux-ci d'encourager des initiatives responsables et de s'assurer qu'elles sont
effectuées selon les principes catholiques de l'cuménisme.
Ils doivent redonner de l'assurance à ceux que découragent les
difficultés et modérer l'imprudente générosité
de ceux qui n'accordent pas une considération suffisante aux réelles
difficultés qui jalonnent la voie de la réunion. Le Conseil
pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, dont le rôle
et la responsabilité sont de fournir directives et conseils pour
l'activité cuménique, offre le même service à
l'Eglise tout entière.
31. La nature de l'action cuménique entreprise dans une région
particulière sera toujours influencée par le caractère
particulier de la situation cuménique locale. Le choix de
l'engagement cuménique approprié revient de façon spéciale
à l'Evêque qui doit tenir compte des responsabilités
spécifiques et des appels caractéristiques de son diocèse.
Il n'est pas possible de passer en revue la variété des
situations, mais on peut faire quelques observations assez générales.
32. La tâche cuménique se présentera différemment
dans un pays à prédominance catholique et dans un pays où
un grand nombre ou une majorité sont des chrétiens orientaux, des
anglicans ou des protestants. La tâche sera encore différente dans
des pays où il y a une majorité de non-chrétiens. La
participation de l'Eglise catholique au mouvement cuménique
dans des pays où elle est la grande majorité est cruciale pour que
l'cuménisme soit un mouvement qui engage l'Eglise entière.
33. De même, la tâche cuménique variera beaucoup
suivant que nos interlocuteurs chrétiens appartiendront pour la plupart à
une ou à plusieurs Eglises orientales plutôt qu'à des
Communautés de la Réforme. Chacune a sa dynamique propre et ses
possibilités particulières. Bien d'autres facteurs, politiques,
sociaux, culturels, géographiques et ethniques, peuvent donner une forme
distincte à la tâche cuménique.
34. C'est le contexte local particulier qui fournira toujours les différentes
caractéristiques de la tâche cuménique. Ce qui
importe, c'est que, dans ce commun effort, les catholiques, partout dans le
monde, se soutiennent les uns les autres par la prière et l'encouragement
mutuel de façon que la recherche de l'unité des chrétiens
puisse être poursuivie, en ses multiples facettes, dans l'obéissance
au commandement de Notre Seigneur.
Les sectes et les nouveaux mouvements religieux
35. Le panorama religieux de notre monde a considérablement évolué
ces dernières décennies et en quelques parties du monde le
changement le plus notable a été le développement de sectes
et de nouveaux mouvements religieux dont l'aspiration à des relations
pacifiques avec l'Eglise catholique peut parfois être faible ou
inexistante. En 1986, quatre dicastères de la Curie romaine ont publié
conjointement un rapport (49) qui attire l'attention sur la distinction capitale à
faire entre les sectes et les nouveaux mouvements religieux d'une part et les Eglises
et Communautés ecclésiales d'autre part. Dans ce domaine, des études
ultérieures sont en cours.
36. En ce qui concerne les sectes et les nouveaux mouvements religieux, la
situation est très complexe et se présente différemment
selon le contexte culturel. En certains pays, les sectes se développent
dans une ambiance culturelle foncièrement religieuse. En d'autres lieux,
elles s'épanouissent dans des sociétés de plus en plus sécularisées,
mais en même temps crédules et superstitieuses. Certaines sectes
sont et se disent d'origine non-chrétienne; d'autres sont éclectiques;
d'autre encore se déclarent chrétiennes, mais peuvent soit avoir
rompu avec des Communautés chrétiennes, soit avoir encore des
liens avec le christianisme. Il est clair qu'il appartient spécialement à
l'Evêque, à la Conférence épiscopale ou au
Synode des Eglises orientales catholiques de discerner comment répondre
de la meilleure façon au défi porté par les sectes dans une
région donnée. Mais il faut insister sur le fait que les principes
du partage spirituel ou de la coopération pratique donnés en ce
Directoire s'appliquent uniquement aux Eglises et aux Communautés
ecclésiales avec lesquelles l'Eglise catholique a établi
des relations cuméniques. Il paraîtra clairement au lecteur
de ce Directoire que le seul fondement pour un tel partage et une telle coopération
est la reconnaissance de part et d'autre d'une certaine communion déjà
existante, même si elle est imparfaite, alliée à
l'ouverture et au respect mutuel que produit une telle reconnaissance.
II
L'ORGANISATION DANS L'EGLISE CATHOLIQUE DU SERVICE DE L'UNITÉ
DES CHRÉTIENS
Introduction
37. Par ses eglises particulières, l'Eglise catholique
est présente en beaucoup de localités et de régions en
lesquelles elle côtoie d'autres Eglises et Communautés ecclésiales.
Ces régions ont leurs caractéristiques propres d'ordre spirituel,
ethnique, politique et culturel. En bien des cas, dans ces régions, se
trouve l'autorité religieuse la plus élevée des autres Eglises
et Communautés ecclésiales: ces régions correspondent
souvent au territoire d'un Synode des Eglises orientales catholiques ou
d'une Conférence épiscopale.
38. En conséquence, une Eglise catholique particulière,
ou plusieurs Eglises particulières agissant étroitement
ensemble, peuvent se trouver en position très favorable pour prendre
contact à ce niveau avec d'autres Eglises ou Communautés
ecclésiales. Elles peuvent établir avec elles des rapports cuméniques
fructueux profitant au mouvement cuménique dans son ensemble.(50)
39. Le deuxième Concile du Vatican a spécialement confié
la tâche cuménique « aux Evêques de toute
la terre pour qu'ils veillent à la promouvoir et qu'ils l'orientent avec
discernement ».(51) Cette directive, qui a déjà été
souvent mise en application par des Evêques individuellement, par
des Synodes des Eglises orientales catholiques ou par des Conférences
épiscopales, a été incorporée aux Codes de droit
canonique. Pour l'Eglise latine le CIC, can. 755, affirme:
« § 1. Il appartient en premier lieu au Collège des Evêques
tout entier et au Siège Apostolique d'encourager et de diriger chez les
catholiques le mouvement cuménique dont le but est de rétablir
l'unité entre tous les chrétiens, unité que l'Eglise
est tenue de promouvoir de par la volonté du Christ ».
« § 2. Il appartient de même aux Evêques et,
selon le droit, aux Conférences des Evêques, de promouvoir
cette même unité et de donner, selon les divers besoins ou les
occasions favorables, des règles pratiques, en tenant compte des
dispositions portées par l'autorité suprême de l'Eglise
».
Pour les Eglises orientales catholiques le CCEO, cann.
902-904, § 1 affirme:
Canon 902: « L'cuménisme ou la promotion de l'unité
des chrétiens concerne l'Eglise tout entière, tous les fidèles,
surtout les pasteurs, doivent prier pour cette pleine unité de l'Eglise
désirée par le Seigneur et y travailler avec sagesse en
participant à l'uvre cuménique suscitée par la
grâce de l'Esprit Saint ».
Canon 903: « Les Eglises orientales catholiques ont la charge spéciale
de favoriser l'unité entre toutes les Eglises orientales, par la
prière en premier lieu, par l'exemple de la vie, par une fidélité
religieuse à l'égard des anciennes traditions des Eglises
orientales, par une meilleure connaissance réciproque, par la
collaboration et l'estime fraternelle des choses et des esprits ».
Canon 904, § 1: « Dans chaque Eglise de droit propre, les
initiatives du mouvement cuménique seront soigneusement promues par
des dispositions spéciales du droit particulier, tandis que le Siège
apostolique romain dirige le même mouvement pour l'Eglise tout entière
».
40. A la lumière de cette compétence particulière pour
promouvoir et guider le travail cuménique, il est de la
responsabilité individuelle des Evêques diocésains,
des Synodes des Eglises orientales catholiques, ou des Conférences
épiscopales d'établir les normes selon lesquelles les personnes ou
les commissions décrites ci-dessous mèneront les activités
qui leur sont attribuées et veilleront à l'application de ces
normes. De plus, il faudrait veiller à ce que ceux auxquels ces
responsabilités cuméniques seront confiées aient une
connaissance adéquate des principes catholiques de l'cuménisme
et soient sérieusement préparés pour leur tâche.
Le délégué diocésain pour l'cuménisme
41. Dans les diocèses, il faudrait que l'évêque nomme
une personne compétente comme délégué diocésain
pour les questions cuméniques. Elle pourrait être chargée
d'animer la commission cuménique diocésaine et de coordonner
ses activités comme cela est indiqué au n. 44 (ou bien de mener
ces activités si une telle commission n'existait pas). En tant que proche
collaboratrice de l'Evêque, et avec l'aide qui convient, cette
personne encouragera différentes initiatives de prières pour
l'unité des chrétiens dans le diocèse, veillera à ce
que les attitudes cuméniques influencent les activités du
diocèse, identifiera les besoins particuliers du diocèse et en
tiendra le diocèse informé. Ce délégué est
aussi le responsable qui représente la Communauté catholique dans
ses rapports avec les autres Eglises et Communautés ecclésiales
et leurs dirigeants, dont il facilite les relations avec l'Evêque
du lieu, le clergé et le laïcat à différents niveaux.
Il sera, en matière cuménique, le conseiller de l'Evêque
et des autres instances du diocèse et facilitera le partage des expériences
et initiatives cuméniques entre les pasteurs et les organisations
diocésaines. Il veillera à maintenir des contacts avec les délégués
ou les commissions d'autres diocèses. Même là où les
catholiques sont en majorité, ou bien dans les diocèses qui sont
limités en personnel et en ressources, on recommande qu'un tel délégué
(ou une telle déléguée) diocésain soit nommé
pour accomplir les activités mentionnées ci-dessus, dans la mesure
où cela est possible et où cela convient.
La Commission ou le Secrétariat cuménique d'un
diocèse
42. L'Evêque du diocèse instituera, en plus d'un délégué
diocésain pour les questions cuméniques, un conseil, une
commission ou un secrétariat chargé de mettre en uvre les
directives ou les orientations qu'il peut avoir à donner et, de façon
plus générale, de promouvoir l'activité cuménique
dans son diocèse.(52) Là où les circonstances le demandent,
plusieurs diocèses peuvent se réunir pour constituer une telle
commission ou un tel secrétariat.
43. La commission ou le secrétariat devrait représenter la
totalité du diocèse et, de façon générale,
comprendre des membres du clergé, des religieux, des religieuses et des
laïcs, aux compétences variées, et spécialement des
personnes ayant une compétence cuménique particulière.
Il est souhaitable que des représentants du conseil presbytéral,
du conseil pastoral et des séminaires diocésains ou régionaux,
comptent parmi les membres de la commission ou du secrétariat.
Cette commission devrait coopérer avec les institutions ou uvres
cuméniques déjà existantes ou devant être
constituées, utilisant leur concours lorsque l'occasion s'en présente.
Elle devrait être prête à aider le délégué
diocésain pour l'cuménisme et à se mettre à la
disposition d'autres uvres diocésaines ou d'initiatives privées
pour l'échange mutuel d'informations et d'idées. Il serait d'une
importance particulière qu'existent des rapports avec les paroisses et
les organisations paroissiales, avec les initiatives apostoliques des membres
d'instituts de vie consacrée et de sociétés de vie
apostolique, et avec des mouvements et des associations de laïcs.
44. En plus des fonctions qui lui ont déjà été
attribuées, cette commission devrait:
a) mettre en uvre les décisions de l'Evêque
du diocèse concernant l'application de l'enseignement et des directives
du deuxième Concile du Vatican sur l'cuménisme, et aussi les
documents post-conciliaires émanant du Saint-Siège, des Synodes
des Eglises orientales catholiques et des Conférences épiscopales;
b) entretenir des rapports avec la commission cuménique
territoriale (cf. infra) et adapter ses conseils et ses suggestions
aux conditions locales. Lorsque la situation le demande, il est recommandé
d'envoyer des informations sur certaines expériences et sur leurs résultats,
ou bien d'autres informations utiles, au Conseil pontifical pour la promotion de
l'unité des chrétiens;
c) favoriser l'cuménisme spirituel selon les principes
donnés dans le Décret conciliaire sur l'cuménisme et à
d'autres endroits de ce Directoire concernant la prière, publique et privée,
pour l'unité des chrétiens;
d) offrir son aide et son appui par des moyens tels que des ateliers
et séminaires pour la formation cuménique du clergé
et des laïcs, pour la mise en application adéquate de la dimension cuménique
à tous les aspects de la vie en accordant une attention particulière
à la façon dont les séminaristes sont préparés
à donner leur dimension cuménique à la prédication,
à la catéchèse et à d'autres formes d'enseignement,
et pour les activités pastorales (par exemple, pour la pastorale des
mariages mixtes), etc.;
e) promouvoir la bienveillance et la charité entre les
catholiques et les autres chrétiens avec lesquels la pleine communion
ecclésiale n'existe pas encore, en suivant les suggestions et les
directives données plus loin (notamment aux nn. 205-218);
f) prendre l'initiative et guider des conversations et des
consultations avec eux, en ayant bien présent à l'esprit qu'il
convient de les adapter à la diversité des participants et des
sujets du dialogue; 53
g) proposer des experts chargés du dialogue, au niveau diocésain,
avec les autres Eglises et Communautés ecclésiales;
h) promouvoir, en collaboration avec d'autres organisations
diocésaines et avec les autres chrétiens un témoignage
commun de foi chrétienne, dans la mesure du possible, et, également,
une action commune dans des domaines tels que l'éducation, la moralité
publique et privée, la justice sociale, les causes liées à
la culture, à la science et aux arts; (54)
i) proposer aux Evêques des échanges
d'observateurs et d'invités pour d'importantes conférences, des
synodes, l'installation de dirigeants religieux et autres occasions du même
genre.
45. Dans les diocèses, les paroisses devraient être encouragées
à prendre part aux initiatives cuméniques du même
niveau que le leur et, lorsque c'est possible, à constituer des groupes
chargés de réaliser ces activités (cf. infra, n.
67). Elles devraient demeurer en liaison étroite avec les autorités
diocésaines et échanger leurs informations et leurs expériences
avec elles et avec les autres paroisses et autres groupes.
La commission cuménique des Synodes des Eglises
orientales catholiquese et des Conférences épiscopales
46. Chaque Synode des Eglises orientales catholiques et chaque Conférence
épiscopale, selon leurs propres procédures, établiront une
commission épiscopale pour l'cuménisme, assistée
d'experts, hommes et femmes, choisis parmi le clergé, parmi des religieux
et religieuses et des laïcs. Dans la mesure du possible, cette commission
sera secondée par un secrétariat permanent. Cette commission, dont
la méthode de travail sera déterminée par les statuts du
Synode ou de la Conférence, sera chargée de proposer des
orientations en matière cuménique et des façons concrètes
d'agir en conformité avec la législation, les directives et les légitimes
coutumes ecclésiales existantes, et suivant les possibilités concrètes
d'une région donnée. Il faut que soient prises en considération
toutes les circonstances de lieux et de personnes de l'échelon
territorial concerné, mais qu'il soit aussi tenu compte de l'Eglise
universelle. Au cas où le petit nombre des membres d'une Conférence
épiscopale ne permettait pas l'instauration d'une commission d'Evêques,
il faudrait au moins qu'un Evêque soit nommé responsable des
tâches cuméniques indiquées infra au n. 47.
47. Les fonctions de cette commission comprendront celles qui sont énumérées
plus haut au n. 44, dans la mesure où elles relèvent de la compétence
des Synodes des Eglises orientales catholiques ou des Conférences épiscopales.
Mais elle doit s'occuper aussi d'autres tâches dont voici quelques
exemples:
a) mettre en pratique les normes et les instructions du Saint-Siège
en la matière;
b) conseiller et assister les Evêques qui mettent en
place une commission cuménique dans leur diocèse, et
stimuler la coopération entre les responsables diocésains de l'cuménisme
et entre les commissions elles-mêmes, en organisant, par exemple, des
rencontres périodiques de délégués et de représentants
des commissions diocésaines;
c) encourager et, là où cela convient, aider les
autres commissions de la Conférence épiscopale et des Synodes des
Eglises
orientales catholiques à tenir compte de la dimension cuménique
du travail de la dite Conférence, de ses déclarations publiques
etc.;
d) promouvoir la collaboration entre les chrétiens, par
exemple en apportant un secours spirituel et matériel là où
cela est possible, à la fois aux organisations cuméniques
existantes et aux entreprises cuméniques à promouvoir dans
le domaine de l'enseignement et de la recherche, ou dans celui de la pastorale
et de l'approfondissement de la vie chrétienne, selon les principes du décret
conciliaire sur l'cuménisme, aux nn. 9-12;
e) établir des consultations et un dialogue avec les
dirigeants d'Eglise et avec les conseils d'Eglises existant au
niveau national ou territorial (mais distincts du diocèse) et créer
des structures adaptées pour ces dialogues;
f) désigner des experts, mandatés officiellement par
l'Eglise, pour participer aux consultations et au dialogue avec les
experts des Églises, des Communauté ecclésiales et
organisations mentionnées ci-dessus;
g) entretenir des rapports et une collaboration active avec les
structures cuméniques établies par des instituts de vie
consacrée et des sociétés de vie apostolique, et avec
celles d'autres organisations catholiques, à l'intérieur du
territoire;
h) organiser l'échange d'observateurs et d'invités à
l'occasion d'importantes assemblées ecclésiales et autres événements
de ce genre de niveau national ou territorial;
i) informer les Evêques de la Conférence et des
Synodes des développements des dialogues ayant lieu sur le territoire;
partager ces informations avec le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité
des chrétiens à Rome, de telle façon que l'échange
mutuel d'avis et d'expérience, et que les résultats du dialogue
puissent promouvoir d'autres dialogues à différents niveaux de la
vie de l'Eglise;
j) en général, entretenir des rapports entre les
Synodes des Eglises orientales catholiques ou les Conférences épiscopales,
en ce qui concerne les questions cuméniques, et le Conseil
pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, à
Rome, ainsi qu'avec les commissions cuméniques d'autres Conférences
territoriales.
Structures cuméniques dans d'autres contextes ecclésiaux
48. Des organismes supranationaux, aux formes variées, qui assurent
coopération et soutien parmi les Conférences épiscopales
auront aussi des structures qui puissent donner une dimension cuménique
à leur travail. L'étendue et la forme de leurs activités
devraient être déterminées par les statuts et règlements
de chacun de ces organismes et selon les possibilités concrètes du
territoire.
49. Dans l'Eglise catholique, certaines communautés et
organisations existent qui ont une place spécifique dans la contribution à
la vie apostolique de l'Eglise. Tout en ne participant pas directement
aux structures cuméniques décrites plus haut, leur travail a
très souvent une dimension cuménique importante et devrait être
organisé en structures adéquates, en accord avec les buts de
l'organisation. Parmi ces communautés et organisations, se trouvent les
instituts de vie consacrée et les sociétés de vie
apostolique et diverses organisations de fidèles catholiques.
Instituts de vie consacrée et sociétés de vie
apostolique
50. Puisque le souci de rétablir l'unité des chrétiens
concerne toute l'Eglise, clergé aussi bien que laïcs,(55) les
ordres et congrégations religieux et les sociétés de vie
apostolique, par la nature même de leurs engagements dans l'Eglise
et par le contexte dans lequel ils les vivent, ont des occasions toutes spéciales
de favoriser la pensée et l'action cuméniques. Conformément
à leurs propres charismes et constitutions dont certains sont antérieurs
aux divisions des chrétiens et à la lumière de
l'esprit et des finalités de leurs instituts, ils sont encouragés à
mettre en application, dans les possibilités concrètes et les
limites de leurs règles de vie, les attitudes et les activités
suivantes:
a) favoriser la prise de conscience de l'importance cuménique
de leurs formes particulières de vie étant donné que la
conversion du cur, la sainteté personnelle, la prière,
publique et privée, et le service désintéressé de l'Eglise
et du monde sont le cur du mouvement cuménique;
b) aider à faire comprendre la dimension cuménique
de l'appel de tous les chrétiens à la sainteté de vie en
donnant des occasions de développer la formation spirituelle, la
contemplation, l'adoration et la louange de Dieu, et le service du prochain;
c) en tenant compte des circonstances de lieux et de personnes,
organiser des réunions avec des chrétiens de différentes Eglises
et Communautés ecclésiales pour des prières liturgiques,
des récollections, des exercices spirituels et pour une compréhension
plus profonde des traditions spirituelles chrétiennes;
d) entretenir des rapports avec des monastères ou des
communautés de vie commune d'autres Communions chrétiennes pour l'échange
de ressources spirituelles et intellectuelles, et d'expériences de vie
apostolique, puisque la croissance des charismes religieux de ces Communions
peut être d'un réel apport pour le mouvement cuménique
tout entier. Ainsi pourrait être suscitée une féconde émulation
spirituelle;
e) diriger leurs institutions éducatives, nombreuses et variées,
en ayant en vue l'activité cuménique selon les principes présentés
plus loin dans ce Directoire;
f) collaborer avec d'autres chrétiens en une action commune
pour la justice sociale, le développement économique, l'amélioration
de la santé et de l'éducation, la gérance de la création,
et pour la paix et la réconciliation parmi les nations et les communautés;
g) « Autant que le permettent les situations religieuses, une
action cuménique doit être menée de telle sorte que, étant
bannie toute apparence d'indifférentisme, de confusionisme et d'odieuse
rivalité, les catholiques collaborent avec les frères séparés,
selon les dispositions du Décret sur l'cuménisme, par une
commune profession de foi en Dieu et en Jésus Christ devant les nations,
dans la mesure du possible, et par une coopération dans les questions
sociales et techniques, culturelles et religieuses; qu'ils collaborent surtout à
cause du Christ leur Maître commun: que son Nom les unisse! »56
Dans l'accomplissement de ces activités ils observeront les normes établies
par l'Evêque du diocèse, les Synodes des Eglises
orientales catholiques ou les Conférences épiscopales pour le
travail cuménique, envisagé comme un élément
de leur coopération à l'ensemble de l'apostolat d'un territoire
donné. Ils maintiendront des relations étroites avec les différentes
commissions cuméniques diocésaines ou nationales et, là
où c'est indiqué, avec le Conseil pontifical pour la promotion de
l'unité des chrétiens.
51. Dans la mise en uvre de cette activité cuménique,
il est très indiqué que les différents instituts de vie
consacrée et sociétés de vie apostolique, au niveau de leur
autorité centrale, nomment un délégué, ou une
commission, chargé de promouvoir et d'assurer leur engagement cuménique.
La fonction de ces délégués, ou commissions, sera de
favoriser la formation cuménique de tous les membres, d'aider à
la formation cuménique spécialisée des conseillers
pour les questions cuméniques auprès des autorités au
niveau général et local des instituts et sociétés,
plus particulièrement pour mettre en uvre et assurer les activités
décrites ci-dessus (n. 50).
Organisation de fidèles
52. Les organisations de fidèles catholiques d'un territoire
particulier ou d'une nation et aussi les organisations internationales qui ont
pour but, par exemple le renouveau spirituel, l'action pour la paix et la
justice sociale, l'éducation à différents niveaux, l'aide économique
à des pays et à des institutions, etc. développeront les
aspects cuméniques de leurs activités. Elles veilleront à
ce que les dimensions cuméniques de leur travail bénéficient
d'une attention suffisante et même, s'il le faut, qu'elles soient exprimées
dans leurs statuts et dans leurs structures. En accomplissant leurs activités
cuméniques, qu'elles restent en rapport avec les commissions cuméniques
territoriales et locales et, lorsque les circonstances l'indiquent, avec le
Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens,
afin d'échanger utilement expériences et conseils.
Le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens
53. Au niveau de l'Eglise universelle, le Conseil pontifical pour la
promotion de l'unité des chrétiens, qui est un dicastère de
la Curie romaine, a la compétence et la charge de promouvoir la pleine
communion de tous les chrétiens. La Constitution apostolique Pastor
Bonus (cf. supra, n. 6), affirme que, d'une part, ce Conseil promeut
l'esprit et l'action cuméniques à l'intérieur de l'Eglise
catholique et que, d'autre part, il cultive les relations avec les autres Eglises
et Communautés ecclésiales.
a) Le Conseil pontifical s'occupe de l'interprétation adéquate
des principes de l'cuménisme, et des moyens pour les mettre en
pratique; il exécute les décisions du deuxième Concile du
Vatican concernant l'cuménisme; il encourage et assiste les groupes
nationaux et internationaux qui promeuvent l'unité des chrétiens
et aide à coordonner leur travail.
b) Il organise des dialogues officiels avec les autres Eglises
et Communautés ecclésiales au niveau international; il délègue
des observateurs catholiques au niveau international; il délègue
des observateurs catholiques aux conférences et aux réunions de
ces institutions et d'autres organisations cuméniques, et il invite
leurs observateurs à des réunions de l'Eglise catholique,
lorsque cela est jugé opportun.
54. Pour remplir ces fonctions, le Conseil pontifical pour la promotion de
l'unité des chrétiens publie de temps à autre des
orientations et des directives applicables à l'Eglise catholique
tout entière. De plus, il reste en contact avec les Synodes des Eglises
orientales catholiques et avec les Conférences épiscopales, avec
leurs commissions cuméniques, et avec les Evêques et
les organisations à l'intérieur de l'Eglise catholique. La
coordination des activités cuméniques de l'Eglise
catholique tout entière demande que ces contacts soient réciproques.
Il convient donc que le Conseil soit informé des initiatives importantes
prises aux différents niveaux de la vie de l'Eglise. Cela est nécessaire,
en particulier, quand ces initiatives ont des implications internationales,
comme lorsque des dialogues importants sont organisés à un niveau
national ou territorial avec d'autres Eglises et Communautés ecclésiales.
L'échange mutuel d'informations et de conseils profite aux activités
cuméniques au niveau international tout autant qu'aux autres
niveaux de la vie de l'Eglise. Tout ce qui renforce le développement
de l'harmonie et de l'engagement cuménique cohérent fortifie
également la communion à l'intérieur de l'Eglise
catholique.
III
LA FORMATION À L'OECUMÉNISME DANS L'ÉGLISE
CATHOLIQUE
Nécessité et finalité de la formation cuménique
55. « Le souci de réaliser l'union concerne l'Eglise
tout entière, fidèles autant que pasteurs, et touche chacun selon
ses possibilités, aussi bien dans la vie quotidienne que dans les
recherches théologiques et historiques ».(57) Compte tenu de la nature
de l'Eglise catholique, les catholiques trouveront dans leur fidélité
aux indications du deuxième Concile du Vatican les moyens de contribuer à
la formation cuménique à la fois de chacun des membres et de
la communauté tout entière à laquelle ils appartiennent.
L'unité de tous dans le Christ sera ainsi le résultat d'une
croissance commune et d'une commune maturation, car l'appel de Dieu à la
conversion intérieure (58) et au renouvellement (59) dans l'Eglise,
qui sont si importants pour la recherche de l'unité, n'exclut personne.
Pour cette raison, tous les fidèles sont appelés à
s'engager pour promouvoir une communion croissante avec les autres chrétiens.
Mais une contribution particulière peut être apportée par
les membres du Peuple de Dieu qui sont engagés dans la formation
tels que les supérieurs et les enseignants d'instituts supérieurs
et d'instituts spécialisés. Ceux qui font un travail pastoral, en
particulier les curés de paroisse et les autres ministres ordonnés,
ont leur rôle à jouer en cette matière. Il est de la
responsabilité de chaque Evêque, des Synodes des Eglises
orientales catholiques et des Conférences épiscopales de donner
des directives générales concernant la formation cuménique.
Adaptation de la formation aux situations concrètes des
personnes
56. L'cuménisme exige un renouvellement d'attitude et de la
souplesse dans les méthodes de recherche de l'unité. Il faut tenir
compte aussi de la variété des personnes, des fonctions et des
situations, et même de la spécificité des Eglises
particulières et des communautés engagées avec elles dans
la recherche de l'unité. En conséquence, la formation cuménique
demande une pédagogie adaptée aux situations concrètes de
la vie des personnes et des groupes et respectant l'exigence de progressivité
dans un effort de continuel renouvellement et de changement d'attitude.
57. Tous ceux qui s'occupent de pastorale et non pas seulement les
enseignants seront ainsi formés progressivement, selon les orientations
principales suivantes:
a) La connaissance de l'Ecriture et la formation doctrinale
sont nécessaires dès le début, liées à la
connaissance de l'histoire et de la situation cuménique du pays où
l'on vit.
b) La connaissance de l'histoire des divisions et des efforts de réconciliation
et aussi des positions doctrinales des autres Eglises et Communautés
ecclésiales permet d'analyser les problèmes en leur contexte
socio-culturel et de discerner dans les expressions de la foi ce qui est
diversité légitime et ce qui est divergence incompatible avec la
foi catholique.
c) Cette façon de voir tiendra compte des résultats et
des clarifications venant des dialogues théologiques et des études
scientifiques. Il est même souhaitable que les chrétiens écrivent
ensemble l'histoire de leurs divisions et de leurs efforts dans la recherche de
l'unité.
d) Ainsi peut être évité le danger des interprétations
subjectives, tant dans la présentation de la foi catholique que dans la
façon dont l'Eglise catholique comprend la foi et la vie des autre
Églises et Communautés ecclésiales.
e) Au fur et à mesure de sa progression, la formation cuménique
fait apparaître comme inséparables le souci de l'unité de l'Eglise
catholique et celui de la communion avec les autres Eglises et Communautés
ecclésiales.
f) Le souci de cette unité et de cette communion implique que
les catholiques aient à cur d'approfondir les relations à la
fois avec les chrétiens orientaux et les chrétiens issus de la Réforme.
g) La méthode d'enseignement qui tient compte de la nécessité
de la progressivité permet de distinguer et de distribuer
graduellement la matière et les contenus respectifs selon les phases
diverses de la formation doctrinale et de l'expérience cuménique.
Ainsi tous ceux qui s'occupent de pastorale seront fidèles à
la sainte et vivante Tradition qui, dans l'Eglise, est source
d'initiative. Ils sauront évaluer et accueillir la vérité,
où qu'elle soit: « Toute vérité, d'où qu'elle
vienne, est de l'Esprit Saint ».(60)
A. FORMATION DE TOUS LES FIDÈLES
58. Le souci de l'unité est au cur de la conception de l'Eglise.
La formation cuménique vise à ce que tous les chrétiens
soient animés par l'esprit cuménique, quelles que soient
leur mission et leur fonction particulières dans le monde et dans la société.
Dans la vie du fidèle, rempli de l'Esprit du Christ, de première
importance est le don imploré par le Christ avant sa Passion, c'est-à-dire
« la grâce de l'unité ». Cette unité est premièrement
l'unité avec le Christ en un unique mouvement de charité vers le Père
et vers le prochain. Deuxièmement, elle est la communion profonde et
active du fidèle avec l'Eglise universelle dans l'Eglise
particulière à laquelle il appartient.(61) Troisièmement,
elle est la plénitude de l'unité visible recherchée avec
tous les chrétiens des autres Églises et Communautés ecclésiales.
Les moyens de formation
59. Ecoute et étude de la Parole de Dieu. L'Eglise
catholique a toujours considéré les Saintes Écritures,
conjointement avec la Tradition, « comme la règle suprême de
sa propre foi; elles sont, pour ses enfants, la nourriture de l'âme, la
source pure et permanente de leur vie spirituelle ».(62) Nos frères et
surs d'autres Eglises et Communautés ecclésiales ont
une révérence et un amour profonds pour les Saintes Ecritures.
Ceci les porte à l'étude constante et diligente des livres sacrés.(63)
La Parole de Dieu, donc, étant une et la même pour tous les chrétiens,
affermira progressivement le chemin de l'unité dans la mesure où
elle sera approchée avec une attention religieuse et en une étude
aimante.
60. La prédication. Il faut accorder un soin
particulier à la prédication, soit pendant soit en dehors du
culte proprement liturgique. Comme l'affirme le Pape Paul VI, « en tant que
nous sommes ceux qui évangélisent, nous devons offrir aux fidèles
du Christ l'image non pas d'hommes divisés et séparés par
des litiges qui n'édifient en rien, mais de personnes mûres en la
foi, capables de se retrouver ensemble au-delà des tensions concrètes,
grâce à la recherche commune, sincère et désintéressée
de la vérité ».(64) Les différentes parties de l'année
liturgique offrent des occasions favorables pour développer les thèmes
de l'unité chrétienne, pousser à l'étude, à
la réflexion et à la prière.
La prédication doit se préoccuper de révéler le
mystère de l'unité de l'Eglise et, dans la mesure du
possible, de promouvoir l'unité des chrétiens de façon
visible. Dans la prédication, tout usage impropre de la Sainte Ecriture
doit être évité.
61. La catéchèse. La catéchèse ne
consiste pas seulement à enseigner la doctrine, mais à initier à
la vie chrétienne tout entière, avec pleine participation aux
sacrements de l'Eglise. Mais cet enseignement peut aider aussi à
former à un authentique comportement cuménique, comme cela
est indiqué dans l'Exhortation apostolique de Jean-Paul II Catechesi
Tradendae (nn. 32-33) suivant ces lignes directrices:
a) D'abord, la catéchèse doit exposer avec clarté,
avec charité et avec la fermeté voulue toute la doctrine de l'Église
catholique, en respectant spécialement l'ordre et la hiérarchie
des vérités (65) et en évitant les expressions ou les façons
d'exposer la doctrine qui feraient obstacle au dialogue.
b) Parlant des autres Eglises et Communautés ecclésiales,
il est important de présenter correctement et loyalement leur
enseignement. Parmi les éléments par lesquels l'Eglise
elle-même est construite et vivifiée, plusieurs, et même
beaucoup et de grande valeur, peuvent exister en dehors des limites visibles de
l'Eglise catholique.(66) L'Esprit du Christ donc ne refuse pas de se servir
de ces Communautés comme de moyens de salut. Faire cela met en relief les
vérités de foi tenues en commun par les différentes
confessions chrétiennes. Cela aidera les catholiques, d'une part, à
approfondir leur foi et, d'autre part, à mieux connaître et estimer
les autres chrétiens, facilitant ainsi la recherche en commun du chemin
de la pleine unité dans la vérité tout entière.(67)
c) La catéchèse aura une dimension cuménique
si elle suscite et alimente un vrai désir d'unité et, plus encore,
si elle provoque des efforts sincères, y compris des efforts d'humilité
pour se purifier, afin d'enlever les obstacles le long de la route, non par de
faciles omissions et concessions sur le plan doctrinal, mais en visant l'unité
parfaite, telle que le Seigneur la veut et par les moyens qu'Il veut.(68)
d) En outre, la catéchèse aura cette même
dimension cuménique si elle s'applique à préparer les
enfants et les jeunes, et aussi les adultes, à vivre en contact avec
d'autres chrétiens, tout en se formant en tant que catholiques et tout en
respectant la foi des autres.(69)
e) Cela peut se faire en discernant les possibilités
offertes par la distinction entre les vérités de foi et ses modes
d'expression; (70) par l'effort mutuel de connaissance et d'estime des valeurs présentes
dans les traditions théologiques respectives; par le fait de montrer
clairement que le dialogue a créé de nouvelles relations qui, si
elles sont bien comprises, peuvent mener à la collaboration et à
la paix.(71)
f) L'Exhortation apostolique Catechesi Tradendae devrait être
la référence dans l'élaboration des nouveaux catéchismes
qui sont préparés dans les Eglises locales sous l'autorité
des Evêques.
62. La liturgie. Etant « la source première et
indispensable à laquelle les fidèles doivent puiser un esprit
vraiment chrétien »,(72) la liturgie apporte une contribution
importante à l'unité de tous ceux qui croient au Christ; elle est
une célébration et un facteur d'unité; là où
elle est pleinement comprise et où chacun y participe pleinement, elle «
contribue au plus haut degré à ce que les fidèles, par leur
vie, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la
nature authentique de la véritable Eglise ».(73)
a) Etant donné que la sainte eucharistie est l'admirable
sacrement « par lequel l'unité de l'Eglise est exprimée
et réalisée »,(74) il est très important de veiller à
ce qu'elle soit bien célébrée, pour que les fidèles
qui y participent, « offrant la victime sans tache, non seulement par les
mains du prêtre, mais aussi ensemble avec lui, apprennent à
s'offrir eux-mêmes et, de jour en jour, soient consommés, par la médiation
du Christ, dans l'unité avec Dieu et entre eux, pour que, finalement,
Dieu soit tout en tous ».(75)
b) Il serait bon de soutenir la fidélité à la
prière pour l'unité des chrétiens selon les indications
données par le présent Directoire, soit aux moments où la
liturgie le propose comme par exemple à des célébrations
de la Parole ou bien à des célébrations orientales appelées
« Litia » et « Moleben » soit spécialement
durant la Messe à la prière universelle ou pendant
les litanies appelées « Ectenie », soit encore par la célébration
de la Messe votive pour l'unité de l'Église, avec l'aide de
recueils appropriés.
De plus, il est très formateur d'étendre les prières
pour l'unité à certaines occasions, comme celle de la semaine de
prière pour l'unité (18-25 janvier) ou celle de la semaine de
l'Ascension à la Pentecôte, pour que l'Esprit Saint veuille
confirmer l'Église en son unité et en l'apostolicité de sa
mission universelle de salut.
63. La vie spirituelle. Dans le mouvement cuménique
il est nécessaire de donner la priorité à la conversion du
cur, à la vie spirituelle et à son renouveau. « Cette
conversion du cur et cette sainteté de vie, unies aux prières
publiques et privées pour l'unité des chrétiens, doivent être
estimées comme l'âme de tout le mouvement cuménique et
peuvent à bon droit être appelées cuménisme
spirituel ».(76) Ainsi, dans la mesure où il vit d'une vie spirituelle
authentique, qui a pour centre le Christ Sauveur lui-même et pour but la
gloire de Dieu le Père, chaque chrétien peut toujours et partout
participer en profondeur au mouvement cuménique, en rendant témoignage
à l'Evangile du Christ par sa vie.(77)
a) Les catholiques aussi mettront en valeur certains éléments
et biens, sources de vie spirituelle, qui se trouvent dans les autres Eglises
et Communautés ecclésiales, et qui appartiennent à l'unique
Eglise du Christ: Sainte Ecriture, sacrements et autres actions
sacrées, foi, espérance, charité, et autres dons de
l'Esprit.(78) Ces biens ont fructifié, par exemple, dans la tradition
mystique de l'Orient chrétien et les trésors spirituels de la vie
monastique, dans le culte et la piété des anglicans, dans la prière
évangélique et les diverses formes de spiritualité des
protestants.
b) Cette estime ne doit pas demeurer purement théorique;
lorsque les conditions particulières le permettent, elle doit être
complétée par la connaissance pratique des autres traditions de
spiritualité. En conséquence, le partage de la prière et
une certaine forme de participation au culte public ou à des formes de dévotion
des autres chrétiens, en accord avec les normes existantes, peuvent avoir
une valeur formative.(79)
64. Autres initiatives. La collaboration à des initiatives
caritatives et sociales comme dans les écoles, les hôpitaux,
les prisons etc. a une valeur formatrice prouvée; de même le
travail pour la paix, dans le monde ou en des régions particulières
de la terre où elle est menacée; et aussi pour les droits de
l'homme et pour la liberté religieuse.(80)
Ces actions, bien dirigées, peuvent montrer l'efficacité de
l'application sociale de l'Evangile et la force pratique de la sensibilité
cuménique en divers endroits. Une réflexion périodique
sur les fondements chrétiens de telles actions, pour vérifier leur
qualité, leur fécondité, et pour corriger leurs défauts,
sera également éducative et constructive.
Les milieux propices à la formation
65. Ce sont les lieux où se développent, pas à pas, la
maturité humaine et chrétienne, le sens de la sociabilité
et la communion. Pour cela la famille, la paroisse, l'école, les groupes,
les associations et les mouvements ecclésiaux ont une importance
particulière.
66. La famille, appelée « Eglise domestique »
par le deuxième Concile du Vatican,(81) est le premier lieu où
l'unité est construite ou affaiblie quotidiennement par la rencontre de
personnes, différentes par bien des côtés, mais qui
s'acceptent dans une communion d'amour; c'est là aussi qu'il faut veiller
à ne pas entretenir des préjugés, mais au contraire
rechercher en tout la vérité.
a) La conscience de son identité et de sa mission chrétiennes
dispose la famille à être aussi une communauté pour les
autres, ouverte non seulement à l'égard de l'Eglise, mais
aussi à l'égard de la société humaine, prête
au dialogue et à l'engagement social. Comme l'Eglise, elle doit être
un milieu où l'Evangile est transmis et d'où il rayonne;
effectivement, la Constitution conciliaire Lumen Gentium affirme que,
dans l'Eglise domestique, « les parents doivent être pour
leurs enfants, par la parole et par l'exemple, les premiers annonciateurs de la
foi » (n. 11).
b) Les familles constituées par des mariages mixtes doivent
s'efforcer de proclamer le Christ selon toutes les exigences du baptême
qu'elles ont en commun; elles ont, en outre, le devoir délicat de se
faire elles-mêmes artisans d'unité.(82) « Le baptême
commun et le dynamisme de la grâce fournissent aux époux, dans ces
mariages, le fondement et la motivation qui les portent à exprimer leur
unité dans la sphère des valeurs morales et spirituelles ».(83)
67. La paroisse, en tant qu'unité ecclésiale rassemblée
autour de l'Eucharistie, doit être et se proclamer le lieu de
l'authentique témoignage cuménique. Un des grands devoirs de
la paroisse est, par conséquent, d'éduquer ses membres à
l'esprit cuménique. Ceci exige une attention soigneuse aux contenus
et aux formes de la prédication, surtout de l'homélie, et aussi de
la catéchèse. De plus, cela exige un programme pastoral, ce qui
suppose que quelqu'un soit chargé de l'animation et de la coordination cuménique,
travaillant en collaboration étroite avec le curé de la paroisse;
celui-ci se chargera éventuellement aussi des différentes formes
de collaboration avec les paroisses correspondantes des autres chrétiens.
Ceci exige, enfin, que la paroisse ne soit pas déchirée par des
polémiques internes, par des polarisations idéologiques ou par des
accusations réciproques entre chrétiens, mais que chacun, suivant
son esprit et sa vocation propre, se fasse le serviteur de la vérité
dans l'amour.(84)
68. L'école, de tout ordre et de tout niveau, doit donner
une dimension cuménique à son enseignement religieux et
selon la forme qui lui est propre, tendre à la formation du cur et
de l'intelligence aux valeurs humaines et religieuses, en éduquant au
dialogue, à la paix et aux relations interpersonnelles.(85)
a) L'esprit de charité, de respect et de dialogue exigent l'élimination
des préjugés et des paroles qui déforment l'image des
autres frères chrétiens. Ceci vaut surtout pour les écoles
catholiques, où les jeunes doivent croître dans la foi, dans la prière
et dans la résolution de mettre en pratique l'Évangile chrétien
de l'unité. On aura soin de leur enseigner l'cuménisme
authentique, suivant la doctrine de l'Église catholique.
b) Lorsque cela est possible, en collaboration avec les autres
enseignants, on ne manquera pas de traiter les diverses disciplines, comme par
exemple l'histoire et l'art, d'une façon qui souligne les problèmes
cuméniques dans un esprit de dialogue et d'unité. A cette
fin, il est souhaitable aussi que les enseignants soient correctement et adéquatement
informés sur les origines, l'histoire et les doctrines des autres Eglises
et Communautés ecclésiales surtout de celles qui se trouvent sur
le même territoire.
69. Les groupes, les associations et les mouvements ecclésiaux.
La vie chrétienne, et de façon spéciale la vie des Eglises
particulières, s'est enrichie au cours de l'histoire d'une variété
d'expressions, de projets, de spiritualités, conformes aux charismes donnés
par l'Esprit pour l'édification de l'Eglise, révélant
une nette distinction des tâches au service de la communauté.
Ceux qui font partie de ces groupes, mouvements et associations doivent être
pénétrés d'un solide esprit cuménique. Pour
vivre leur engagement baptismal dans le monde,(86) en recherchant, soit l'unité
catholique par le dialogue et la communion entre les divers mouvements et
associations, soit une communion plus vaste avec d'autres Églises et
Communautés ecclésiales et avec les mouvements et les groupes
s'inspirant de ces dernières, il faut que ces efforts soient faits sur la
base d'une solide formation et à la lumière de la sagesse et de la
prudence chrétiennes.
B. FORMATION DE CEUX QUI TRAVAILLENT DANS LE MINISTÈRE
PASTORAL
1. Ministres ordonnés
70. Parmi les devoirs principaux de tout futur ministre ordonné il y
a celui de se former une personnalité qui, dans la mesure du possible,
puisse servir à sa mission d'aider les autres à rencontrer le
Christ. Dans cette perspective, le candidat au ministère doit pleinement
cultiver les qualités humaines qui rendent une personne acceptable et crédible
par les autres, surveillant son propre langage et ses propres capacités
de dialogue, pour acquérir une attitude authentiquement cuménique.
Ce qui est essentiel pour qui a une fonction de maître et de pasteur dans
une Eglise particulière, comme l'Evêque, ou bien qui
peut avoir charge d'âmes en qualité de prêtre, n'est pas de
moindre importance pour le diacre, et de façon particulière pour
les diacres permanents, appelés à servir la communauté des
fidèles.
71. Lorsqu'il prend des initiatives et organise des rencontres,il est nécessaire
que le ministre agisse avec lucidité et dans la fidélité à
l'Eglise, en respectant les diverses compétences et en suivant les
dispositions que les pasteurs de l'Eglise, en vertu de leur mandat, établissent
pour le mouvement cuménique de l'Eglise universelle et pour
chaque Eglise particulière, afin de collaborer à la
construction de l'unité des chrétiens sans préjugés
et sans initiatives maladroites.
a) La formation doctrinale
72. Les Conférences épiscopales s'assureront que les plans d'études
donnent la dimension cuménique de chaque matière et prévoient
une étude spécifique de l'cuménisme. Elles vérifieront
que ces plans d'étude sont conformes aux indications de ce Directoire.
a1) La dimension cuménique des diverses matières
73. L'action cuménique « ne peut être que
pleinement et sincèrement catholique, c'est-à dire fidèle à
la vérité reçue des Apôtres et des Pères, et
conforme à la foi que l'Eglise catholique a toujours professée
».(87)
74. Les étudiants doivent apprendre à distinguer entre les vérités
révélées, lesquelles exigent toutes le même
assentiment de foi, la façon de les énoncer et les doctrines théologiques.(88)
En ce qui concerne la formulation des vérités révélées,
on tiendra compte de ce que dit, entre autres, la déclaration de la Congrégation
pour la doctrine de la foi Mysterium Ecclesiae, 5: « Les vérités
que l'Eglise entend réellement enseigner par ses formules
dogmatiques sont sans doute distinctes des conceptions changeantes propres à
une époque déterminée; mais il n'est pas exclu qu'elles
soient éventuellement formulées, même par le Magistère,
en des termes qui portent des traces de telles conceptions. Compte tenu de ces
considérations, on doit dire que les formules dogmatiques du Magistère
ont été aptes dès le début à communiquer la vérité
révélée et que, demeurant inchangées, elles la
communiqueront toujours à ceux qui les interpréteront bien ».(89)
Que les étudiants apprennent donc à faire la distinction entre «
le dépôt lui-même de la foi, ou les vérités
contenues dans notre vénérable doctrine »,(90) et la façon
dont ces vérités sont formulées; entre les vérités
à énoncer et les façons variées de les percevoir et
de les mettre en lumière; entre la Tradition apostolique et les
traditions strictement ecclésiastiques; et en même temps qu'ils
apprennent à reconnaître et respecter la valeur permanente des
formules dogmatiques. Dès le temps de leur formation philosophique, les étudiants
doivent être préparés à relever la légitime
diversité en théologie qui provient des différentes méthodes
et les divers langages que les théologiens utilisent pour pénétrer
les mystères divins. En effet il pourra apparaître que les différentes
formulations théologiques soient complémentaires plutôt que
contradictoires.
75. Il faut, en outre, que soit toujours respectée la « hiérarchie
des vérités » de la doctrine catholique, lesquelles vérités,
bien qu'elles exigent toutes l'assentiment de foi qui leur est dû, n'ont
pas pour autant toutes la même place centrale dans le mystère révélé
en Jésus-Christ, parce qu'elles sont différemment liées à
ce qui est le fondement de la foi chrétienne.(91)
a2) Dimension cuménique des disciplines théologiques
en général
76. L'ouverture cuménique est une dimension constitutive de la
forma- tion des futurs prêtres et diacres: « La théologie et
les autres disciplines, surtout l'histoire, doivent être enseignées
aussi dans un sens cuménique pour mieux répondre à la
réalité ».(92) La dimension cuménique de la
formation théologique ne doit pas être limitée aux différentes
catégories d'enseignement. Puisque nous parlons d'enseignement
interdisciplinaire et non pas seulement « pluridisciplinaire »
il devra impliquer la coopération entre les professeurs concernés
et une coordination réciproque. Pour toutes les matières, même
fondamentales, on pourra opportunément souligner les aspects suivants:
a) les éléments du patrimoine chrétien au plan
de la vérité et de la sainteté qui sont communs à
toutes les Eglises et Communautés ecclésiales, même
si parfois ils sont énoncés suivant une formulation théologique
différente;
b) les richesses de liturgie, de spiritualité et de
doctrine qui sont propres à chaque communion, mais qui peuvent aider les
chrétiens à obtenir une connaissance plus profonde de la nature de
l'Eglise;
c) les points qui, en matière de foi et de morale, sont des
causes de désaccord, mais qui peuvent encourager à faire des
recherches plus profondes de la Parole de Dieu et mener à distinguer
entre les contradictions réelles et les contradictions apparentes.
a3) Dimension cuménique des disciplines théologiques
en particulier
77. En chaque discipline théologique, l'approche cuménique
doit nous amener à considérer le lien existant entre la matière
particulière et le mystère de l'unité de l'Eglise.
De plus, l'enseignant doit inculquer à ses élèves la fidélité
à toute la Tradition authentiquement chrétienne en matière
de théologie, de spiritualité et de discipline ecclésiastique.
Quand les étudiants compareront leur propre patrimoine avec les richesses
des traditions chrétiennes d'Orient et d'Occident, selon leur expression
ancienne ou moderne, ils auront une conscience plus vive de cette plénitude.(93)
78. Cette étude comparative est importante en toutes les matières:
pour l'étude de l'Ecriture, source commune de la foi de tous les
chrétiens; pour l'étude de la Tradition apostolique que l'on
trouve chez les Pères de l'Eglise et les autres écrivains
ecclésiastiques d'Orient et d'Occident; pour la liturgie, où les
diverses formes du culte divin et leur importance doctrinale et spirituelle sont
scientifiquement comparées; pour la théologie dogmatique et
morale, spécialement en ce qui concerne les problèmes issus du
dialogue cuménique; pour l'histoire de l'Eglise, où
l'on devrait mener une enquête soigneuse sur l'unité de l'Eglise
et sur les causes de séparation; pour le droit canonique, où
l'on doit bien distinguer entre les éléments de droit divin et
ceux qui sont de droit ecclésiastique et qui peuvent être soumis à
des changements selon le temps, les formes de culture, ou les traditions
locales; et, finalement, pour la formation pastorale et missionnaire comme pour
les études sociologiques, où il faut être attentif à
la situation commune à tous les chrétiens affrontés au
monde moderne. Ainsi la plénitude de la révélation divine
sera exprimée de meilleure façon et de manière plus complète
et nous accomplirons mieux la mission que le Christ a confiée à
son Eglise pour le monde.
a4) Cours spécial d'cuménisme
79. Même si la dimension cuménique doit pénétrer
toute la formation théologique, il est d'une importance particulière
qu'un cours d'cuménisme soit donné dans le cadre du premier
cycle, au moment le mieux indiqué. Ce cours devrait même être
rendu obligatoire. En termes généraux et adaptables, ce cours peut
avoir le contenu suivant:
a) les notions de catholicité, d'unité organique et
visible de l'Eglise, d'« oikoumenè », d'cuménisme,
suivant leur origine historique et leur signification actuelle du point de vue
catholique;
b) les fondements doctrinaux de l'activité cuménique,
en accordant une attention particulière aux liens de communion
actuellement existants entre les Eglises et les Communautés ecclésiales;
(94)
c) l'histoire de l'cuménisme qui comprend celle des
divisions et des nombreuses tentatives, entreprises durant des siècles,
pour rétablir l'unité, et de leurs réussites et leurs échecs;
également, l'état actuel de la recherche de l'unité;
d) le but et la méthode de l'cuménisme, des
diverses formes d'union et de collaboration, l'espérance de rétablir
l'unité, les conditions de l'unité, le concept de pleine et
parfaite unité;
e) l'aspect « institutionnel » et la vie actuelle des différentes
communautés chrétiennes; tendances doctrinales, causes réelles
des séparations, efforts missionnaires, spiritualité, formes de
culte divin, besoin d'une meilleure connaissance de la théologie et de la
spiritualité orientales; (95)
f) quelques problèmes plus spécifiques, tels que:
participation commune au culte, le prosélytisme et l'irénisme, la
liberté religieuse, les mariages mixtes, la place des laïcs, et
notamment des femmes, dans l'Eglise;
g) l'cuménisme spirituel, en particulier la
signification de la prière pour l'unité et des autres formes
d'approche de l'unité pour laquelle le Christ a prié.
80. Pour l'organisation du plan d'études, voici ce qui est suggéré:
a) Il serait bon qu'une introduction générale à
l'cuménisme soit donnée assez tôt de telle façon
que les étudiants puissent être sensibilisés, dès le
tout début des études théologiques, à la dimension cuménique
de leurs études.(96) Cette introduction traiterait des éléments
de base de l'cuménisme.
b) La part spéciale de l'enseignement sur l'cuménisme
trouverait sa place normale à la fin du premier cycle d'études théologiques,
ou alors vers la fin des études dans les séminaires, de sorte que
les étudiants, acquérant une large connaissance de l'cuménisme,
puissent en opérer une synthèse avec leur formation théologique.
c) Il faut choisir avec soin les textes d'études et les
manuels; ils doivent exposer avec fidélité l'enseignement des
autres chrétiens en histoire, en théologie et en spiritualité
de façon à permettre une confrontation honnête et objective,
et aussi à stimuler un approfondissement ultérieur de la doctrine
catholique.
81. Il peut être utile d'inviter des conférenciers et des
experts des autres traditions dans le contexte des règlementations de la
collaboration entre les institutions catholiques et les centres dépendant
des autres chrétiens.(97) Si des problèmes particuliers surgissent
dans un séminaire ou dans un institut particulier, il appartient à
l'Évêque du diocèse de décider, conformément
aux directives établies par la Conférence épiscopale, des
initiatives à prendre, sous la responsabilité des autorités
académiques, et après avoir vérifié les qualités
morales et professionnelles requises pour les conférenciers des autres Eglises
et Communautés ecclésiales. Dans ces échanges culturels, il
faut que soit toujours assurée la permanence du caractère
catholique de cet institut ainsi que son droit et son devoir de former ses
propres candidats et d'enseigner la doctrine catholique selon les normes de l'Eglise.
b) Expérience cuménique
82. En période de formation, pour que l'approche de l'cuménisme
ne soit pas coupée de la vie, mais enracinée dans l'expérience
vivante des communautés, il est utile d'organiser des rencontres et des
discussions avec d'autres chrétiens, tout en observant les normes de l'Eglise
catholique, tant au niveau universel qu'au niveau particulier, et tout en
invitant des représentants des autres communautés possédant
la préparation professionnelle, religieuse et l'esprit cuménique
nécessaires à un dialogue sincère et constructif. On
pourrait même envisager des rencontres avec des étudiants d'autres
Eglises
et Communautés ecclésiales.(98) Mais les instituts de formation diffèrent
tellement qu'il n'est pas possible de fixer des règles uniformes. En
effet, la réalité comporte des nuances différentes selon la
diversité des pays ou des régions et la diversité des
rapports entre l'Eglise catholique et les autres Eglises et
Communautés ecclésiales aux plans de l'ecclésiologie, de la
collaboration et du dialogue. Ici aussi l'exigence de la progressivité et
de l'adaptation est très importante et indispensable. Les supérieurs
doivent recourir aux principes généraux et les adapter aux
circonstances et aux occasions particulières.
2. Ministres et collaborateurs non ordonnés
a) Formation doctrinale
83. Pour collaborer à l'action pastorale, en plus des ministres
ordonnés, il y a d'autres collaborateurs reconnus les catéchistes,
les enseignants, les animateurs laïcs. Pour leur formation, dans les Églises
locales ont été constitués les instituts de sciences
religieuses, les instituts de pastorale et d'autres centres de formation et de
recyclage. Pour eux, valent les mêmes plans d'études et les mêmes
normes que pour les instituts de théologie, mais adaptés au niveau
des participants et de leurs études.
84. De façon plus particulière, compte tenu de la légitime
variété des charismes et des propres uvres des monastères,
des instituts de vie consacrée et des sociétés de vie
apostolique, il est de particulière importance que « tout institut
communie à la vie de l'Eglise et, selon son caractère
propre, fasse siennes et favorise de tout son pouvoir les initiatives et les
intentions de l'Eglise en des domaines variés », y compris le
« domaine cuménique ».(99)
Leur formation doit comprendre une dimension cuménique dès
le noviciat et puis au cours des étapes qui suivent. La Ratio
formationis de chaque institut doit prévoir, en rapport avec les
plans d'études des ministres ordonnés, à la fois que soit
soulignée la dimension cuménique des diverses disciplines et
un cours spécifique d'cuménisme adapté aux
circonstances et aux situations locales. En même temps, il est important
que l'autorité compétente de l'institut veille à la
formation de spécialistes en cuménisme pour orienter
l'engagement cuménique de tout l'institut.
b) Expérience cuménique
85. Pour faire passer l'étude dans la pratique, il est utile
d'encourager les contacts et les échanges entre les monastères et
les communautés religieuses catholiques et ceux des autres Eglises
et Communautés ecclésiales, et cela sous forme d'échanges
d'information, d'aide spirituelle, et parfois matérielle, ou sous forme
d'échanges culturels.(100)
86. Etant donné l'importance du rôle des laïcs dans l'Eglise
et dans la société, on encouragera les laïcs responsables de
l'action cuménique à développer les contacts et les échanges
avec les autres Eglises et Communautés ecclésiales, en
suivant les normes données par ce Directoire.
C. FORMATION SPÉCIALISÉE
87. Importance de la formation au dialogue. En tenant compte de
l'influence des centres supérieurs de culture, il paraît évident
que les facultés ecclésiastiques et les autres instituts supérieurs
d'étude ont un rôle particulièrement important à
jouer dans la préparation au dialogue cuménique, pour son déroulement
et pour le progrès de l'unité des chrétiens que ce même
dialogue les aide à atteindre. La préparation pédagogique
au dialogue doit répondre aux exigences suivantes:
a) un engagement personnel et sincère, vécu dans la
foi, sans laquelle le dialogue n'est plus un dialogue entre frères et surs,
mais un pur exercice académique;
b) la recherche de voies et de moyens nouveaux pour établir
des relations mutuelles et pour rétablir l'unité, fondée
sur une plus grande fidélité à l'Evangile et sur
l'authentique profession de la foi chrétienne en vérité et
charité;
c) la conscience que le dialogue cuménique n'a pas un
caractère purement privé entre personnes ou groupes particuliers,
mais qu'il s'insère dans l'engagement de toute l'Eglise et doit en
conséquence être mené de façon cohérente avec
l'enseignement et les directives de ses Pasteurs;
d) une disposition à reconnaître que les membres des
diverses Eglises et Communautés ecclésiales peuvent nous
aider à mieux saisir et à présenter exactement la doctrine
et la vie de leurs propres communautés;
e) le respect de la conscience et de la conviction personnelles de
quiconque expose un aspect ou une doctrine de sa propre Eglise, ou bien
sa façon particulière de comprendre la révélation
divine;
f) la reconnaissance du fait que tous ne bénéficient
pas d'une égale préparation pour prendre part à un
dialogue, étant donné que diffèrent les niveaux d'éducation,
de maturité d'esprit et de progrès spirituel.
Rôle des facultés ecclésiastiques
88. La Constitution apostolique Sapientia Christiana spécifie
que, dès le premier cycle de la faculté de théologie, l'on
doit étudier la théologie fondamentale, avec référence
aussi aux questions ayant trait à l'cuménisme.(101)
Au deuxième cycle également, « les questions cuméniques
doivent être soigneusement traitées, selon les normes données
par l'autorité ecclésiastique compétente ».(102)
En d'autres termes, il sera opportun de donner des cours de spécialisation
sur l'cuménisme, lesquels, outre les éléments déjà
indiqués plus haut au n. 79, pourront traiter de ce qui suit:
a) l'état actuel des rapports entre l'Eglise
catholique et les autres Eglises et Communautés ecclésiales,
basé sur l'étude des résultats publiés du dialogue;
b) l'étude du patrimoine et des traditions des autres chrétiens
d'Orient et d'Occident;
c) l'importance du Conseil cuménique des Eglises
pour le mouvement cuménique et la situation actuelle des rapports
entre l'Eglise catholique et ce même Conseil;
d) le rôle des Conseils d'Eglises nationaux et
supranationaux, leurs réalisations et leurs difficultés.
Il faut rappeler en outre que la dimension cuménique doit être
présente dans l'enseignement et la recherche théologiques.
Rôle des universités catholiques
89. Elles aussi sont appelées à donner une formation cuménique
solide. Parmi les mesures appropriées qu'elles peuvent prendre, en voici
quelques-unes à titre d'exemple:
a) stimuler, lorsque la matière s'y prête, une
dimension cuménique aux méthodes d'enseignement et de
recherche.
b) Prévoir des colloques et des journées d'étude
consacrés aux questions cuméniques.
c) Organiser des conférences et réunions pour faire,
en commun, une étude, un travail ou une activité sociale, en réservant
du temps pour rechercher les principes chrétiens d'action sociale et les
moyens de les mettre en application. Ces occasions, groupant des catholiques
seulement ou bien des catholiques et d'autres chrétiens, doivent, autant
qu'il est possible, encourager la collaboration avec les autres instituts supérieurs
existant sur le territoire.
d) Dans les journaux et dans les revues universitaires, réserver
une place pour la chronique des événements concernant l'cuménisme,
et aussi pour des études plus approfondies, de préférence
commentant les documents communs des dialogues entre Eglises.
e) Dans les collèges rattachés aux universités,
il faut vivement recommander les bonnes relations entre les catholiques et les
autres étudiants chrétiens qui, bien guidés, peuvent, grâce
à ces relations, apprendre à vivre ensemble en un esprit cuménique
approfondi et être fidèles témoins de leur foi chrétienne.
f) Il convient de donner un relief particulier à la prière
pour l'unité, non seulement durant la semaine prévue pour cela,
mais aussi à d'autres occasions pendant l'année. Suivant les
circonstances de lieux et de personnes et en se conformant aux normes établies
pour les célébrations communes, on peut envisager des retraites
faites en commun, sous la direction d'un guide spirituel expérimenté.
g) Pour le témoignage commun, un champ très vaste
s'offre, en particulier pour les uvres à caractère social ou
de bienfaisance. Les étudiants devraient être préparés
et encouragés à cela pas seulement les étudiants en
théologie, mais également ceux des autres facultés, comme
celles de droit, de sociologie, d'économie politique, qui, par leur
concours, aideront à faciliter et réaliser de telles initiatives.
h) Les aumôniers, les conseillers auprès des étudiants
et les professeurs auront particulièrement à cur de
s'acquitter de leurs devoirs dans un esprit cuménique, notamment en
organisant quelques-unes des initiatives indiquées plus haut. Cette tâche
exige d'eux qu'ils aient une connaissance approfondie de la doctrine de l'Eglise,
une compétence adéquate dans les disciplines académiques,
une prudence ferme et le sens de la mesure: toutes ces qualités devraient
leur permettre d'aider leurs étudiants à harmoniser leur propre
vie de foi avec l'ouverture aux autres.
Rôle des instituts cuméniques spécialisés
90. Pour accomplir son rôle cuménique, l'Eglise a
besoin d'un bon nombre d'experts en cette matière: clercs, religieux, laïcs,
hommes et femmes. Ceux-ci sont nécessaires même dans les régions
à majorité catholique.
a) Ceci demande des instituts spécialisés équipés
d'une documentation adéquate sur l'cuménisme,
notamment sur les dialogues en cours et sur les programmes futurs;
d'un corps professoral capable et bien préparé, à
la fois pour la doctrine catholique et pour l'cuménisme.
b) Les institutions devraient s'engager surtout dans la recherche cuménique
en collaboration, autant que possible, avec des experts d'autres traditions théologiques
et avec leurs fidèles; ils devraient organiser des rencontres cuméniques,
telles que conférences et congrès; ils devraient aussi rester en
rapport avec les commissions cuméniques nationales et avec le
Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens,
afin d'être constamment mis au courant de l'état actuel des
dialogues interconfessionnels et des progrès accomplis.
c) Les experts ainsi formés pourront fournir en personnel le
mouvement cuménique dans l'Église catholique comme membres
ou comme dirigeants des organismes responsables diocésains, nationaux ou
internationaux, comme professeurs de cours d'cuménisme dans des
instituts ou dans des centres ecclésiastiques, ou comme animateurs d'un
authentique esprit et de l'action cuméniques dans leur propre
entourage.
D. FORMATION PERMANENTE
91. La formation doctrinale et pratique ne se limite pas à la période
de formation mais elle exige des ministres ordonnés et de ceux qui
travaillent dans le ministère pastoral une continuelle mise à
jour, parce que le mouvement cuménique est en évolution.
Lorsqu'ils mettent en application le programme prévu pour la mise à
jour pastorale des clercs par des réunions et des congrès,
par des retraites, des journées de récollection ou d'étude
des problèmes pastoraux les Evêques et les supérieurs
religieux devraient accorder une diligente attention à l'cuménisme,
sur la base des indications suivantes:
a) Instruction systématique aux prêtres, aux diacres,
aux religieux, religieuses et laïcs, sur l'état actuel du mouvement cuménique,
de façon qu'ils puissent insérer la dimension cuménique
dans la prédication, dans la catéchèse, dans la prière
et dans la vie chrétienne en général. Si cela paraît
possible et opportun, il serait bon que soit invité parfois un ministre
d'une autre Eglise pour qu'il parle de sa propre tradition ou bien de
problèmes pastoraux, qui souvent sont communs à tous.
b) Là où l'occasion s'y prête et avec le
consentement de l'Evêque du diocèse, le clergé
catholique et ceux qui s'occupent de pastorale dans le diocèse pourront
participer à des réunions interconfessionnelles visant à améliorer
les relations réciproques et, avec l'apport de tous, à résoudre
des problèmes pastoraux communs. La réalisation de ces initiatives
est souvent facilitée par la création, pour les clercs, de
conseils ou d'associations locaux et régionaux etc. ou bien par l'adhésion
à de semblables associations déjà existantes.
c) Les facultés de théologie, les instituts d'études
supérieurs, les séminaires et autres instituts de formation
peuvent grandement contribuer à la formation permanente, soit en
organisant des cours d'études pour ceux qui travaillent dans le ministère
pastoral, soit en apportant leur concours, en personnel enseignant et en matériel,
pour des disciplines et des cours établis par d'autres.
d) De plus, les moyens suivants sont de grande utilité: une
information exacte par les médias de l'Eglise locale et, si
possible, par ceux de l'Etat; un échange d'informations avec
les services des médias des autres Eglises et Communautés
ecclésiales; des rapports systématiques et permanents avec les
commissions cuméniques diocésaine ou nationale, de façon
à fournir à tous les catholiques engagés dans la
pastorale une documentation précise sur les développements du
mouvement cuménique.
e) En outre, il convient de profiter des diverses formes de
rencontres spirituelles pour approfondir les éléments de
spiritualité communs et particuliers. Ces rencontres donnent l'occasion
de réfléchir sur l'unité et de prier pour la réconciliation
de tous les chrétiens. À des rencontres similaires, la
participation de membres de diverses Eglises et Communautés ecclésiales
peut favoriser la compréhension réciproque et la croissance de la
communion spirituelle.
f) Enfin, il est souhaitable qu'une évaluation de l'activité
cuménique soit faite périodiquement.
IV
COMMUNION DE VIE ET D'ACTIVITÉ SPIRITUELLE PARMI LES
BAPTISÉS
A. LE SACREMENT DU BAPTÊME
92. Par le sacrement du baptême, une personne est vraiment incorporée
au Christ et à son Eglise, et régénérée
pour participer à la vie divine.(103) Le baptême établit donc
le lien sacramentel de l'unité existant entre tous ceux qui, par lui,
sont renés. Le baptême, de soi, est un commencement car il tend
vers l'acquisition de la plénitude de vie dans le Christ. Ainsi, il est
ordonné à la profession de la foi, à la pleine intégration
dans l'économie du salut et à la communion eucharistique.(104)
Institué par Jésus lui-même, le baptême, par lequel on
participe au mystère de sa mort et de sa résurrection, inclut la
conversion, la foi, la rémission du péché et le don de la
grâce.
93. Le baptême est conféré avec de l'eau et une formule
qui indique clairement l'acte de baptiser au nom du Père, du Fils et du
Saint-Esprit. Il est par conséquent de la plus grande importance pour
tous les disciples du Christ que le baptême soit administré de
cette façon par tous et que les différentes Eglises et
Communautés ecclésiales parviennent autant que possible à
un accord sur sa signification et sur sa célébration valide.
94. Il est fortement recommandé que le dialogue concernant la
signification et la célébration valide du baptême ait lieu
entre les autorités catholiques et cel- les des autres Eglises et
Communautés ecclésiales au niveau diocésain ou des Conférences
épiscopales. Il serait possible, ainsi, d'en arriver à des déclarations
communes par lesquelles elles exprimeraient la reconnaissance mutuelle des baptêmes,
comme aussi sur la façon d'agir dans les cas où il pourrait y
avoir doute sur la validité de tel ou tel baptême.
95. Pour en arriver à ces formes d'accord, il faudrait avoir à
l'esprit les points suivants:
a) Le baptême par immersion, ou par infusion, avec la formule
trinitaire est, en soi, valide. En conséquence, si les rituels, les
livres liturgiques ou les coutumes établies d'une Eglise ou d'une
Communauté ecclésiale prescrivent une de ces façons de
baptiser, le sacrement doit être considéré comme valide, à
moins que l'on ait des raisons sérieuses de mettre en doute que le
ministre ait observé les règles de sa propre Communauté ou
Eglise.
b) La foi insuffisante d'un ministre en ce qui concerne le baptême
n'a jamais d'elle-même rendu un baptême invalide. L'intention
suffisante du ministre qui baptise doit être présumée, à
moins qu'il n'y ait une raison sérieuse de douter qu'il ait voulu faire
ce que fait l'Eglise.
c) S'il s'élève des doutes sur l'usage même de
l'eau et sur la façon de l'appliquer,(105) le respect pour le sacrement et
la déférence envers ces Communautés ecclésiales
demandent qu'une enquête sérieuse soit faite sur la pratique de la
Communauté concernée, avant tout jugement sur la validité
de son baptême.
96. Selon la situation locale et si l'occasion s'en présente, les
catholiques peuvent, dans une célébration commune avec d'autres
chrétiens, faire mémoire du baptême qui les unit, en
renouvelant avec eux le renoncement au péché et l'engagement de
mener une vie pleinement chrétienne qu'ils ont assumé par les
promesses de leur baptême, et en s'engageant à coopérer avec
la grâce du Saint- Esprit pour essayer de remédier aux divisions
qui existent parmi les chrétiens.
97. Bien que par le baptême la personne soit incorporée au
Christ et à son Eglise, cela se réalise concrètement
dans une Église ou une Communauté ecclésiale déterminée.
Un baptême ne doit donc pas être conféré conjointement
par deux ministres appartenant à des Eglises ou à des
Communautés ecclésiales différentes. D'ailleurs, selon la
tradition liturgique et théologique catholique, le baptême est
administré par un seul célébrant. Pour des raisons
pastorales, en des circonstances exceptionnelles, l'Ordinaire du lieu peut
toutefois permettre que le ministre d'une Eglise ou Communauté
ecclésiale participe à la célébration en faisant une
lecture ou une prière, etc. La réciprocité n'est possible
que si le baptême célébré dans une autre Communauté
ne s'oppose ni à des principes ni à la discipline catholiques.(106)
98. La conception catholique est que les parrains et marraines, au sens
liturgique et canonique, doivent être eux-mêmes membres de l'Eglise
ou de la Communauté ecclésiale en laquelle le baptême est célébré.
Ils ne se chargent pas seulement de la responsabilité de l'éducation
chrétienne de la personne baptisée (ou confirmée) en tant
que parent ou ami, ils sont là également comme représentants
d'une communauté de foi, garants de la foi et du désir de
communion ecclésiale du candidat.
a) Cependant, se basant sur le baptême commun, et à
cause des liens de famille ou d'amitié, un baptisé qui appartient à
une autre Communauté ecclésiale peut être admis comme témoin
du baptême, mais seulement ensemble avec un parrain catholique.(107) Un
catholique peut tenir le même rôle pour une personne devant être
baptisée dans une autre Communauté ecclésiale.
b) En raison de l'étroite communion existante entre l'Eglise
catholique et les Églises orientales orthodoxes, il est permis pour une
juste raison d'admettre un fidèle oriental au rôle de parrain
en même temps qu'un parrain catholique (ou une marraine catholique) au
baptême d'un enfant ou d'un adulte catholique, à condition qu'on
ait suffisamment pourvu à l'éducation du baptisé et que
l'idonéité du parrain soit reconnue.
Le rôle de parrain à un baptême conféré
dans une Eglise orientale orthodoxe n'est pas interdit à un
catholique s'il y est invité. Dans ce cas, l'obligation de veiller à
l'éducation chrétienne appartient en premier lieu au parrain (ou à
la marraine) qui est fidèle de l'Église dans laquelle l'enfant est
baptisé.(108)
99. Chaque chrétien a le droit, pour des raisons de conscience, de décider
librement d'entrer dans la pleine communion catholique.(109) Travailler à
préparer une personne qui désire être reçue dans la
pleine communion de l'Eglise catholique est, en soi, une activité
distincte de l'activité cuménique.(110) Le rite de
l'Initiation chrétienne des adultes prévoit une formule pour
recevoir de telles personnes dans la pleine communion catholique. Toutefois,
dans de tels cas, tout comme dans le cas des mariages mixtes, l'autorité
catholique peut sentir la nécessité d'enquêter pour savoir
si le baptême, déjà reçu, a été célébré
validement. En menant cette enquête, il faudrait tenir compte des
recommandations suivantes:
a) La validité du baptême, tel qu'il est conféré
dans les différentes Eglises orientales, ne fait aucun doute. Il
suffit, donc, d'établir le fait du baptême. En ces Eglises,
le sacrement de confirmation (chrismation) est légitimement administré
par le prêtre en même temps que le baptême; il arrive donc fréquemment
que nulle mention de la confirmation ne soit faite dans le témoignage
canonique du baptême. Ceci n'autorise nullement à douter que la
confirmation ait aussi été conférée.
b) A l'égard de chrétiens d'autres Eglises et
Communautés ecclésiales, avant d'examiner la validité du
baptême d'un chrétien, il faudra savoir si un accord sur le baptême
(comme mentionné plus haut, n. 94) a été réalisé
par les Eglises et les Communautés ecclésiales des régions
ou localités en cause, et si le baptême a été
effectivement administré selon cet accord. Toutefois, il faut faire
remarquer que l'absence d'un accord formel sur le baptême ne doit pas
automatiquement amener à douter de la validité du baptême.
c) A l'égard de ces chrétiens, lorsqu'une attestation
ecclésiastique officielle a été fournie, il n'existe aucune
raison de douter de la validité du baptême conféré
dans leurs Eglises ou Communautés ecclésiales, à
moins que, pour un cas particulier, un examen ne montre qu'il y a un motif sérieux
de douter de la matière, de la formule utilisée pour le baptême,
de l'intention du baptisé adulte et du ministre qui a baptisé.(111)
d) Si, même après une soigneuse enquête, un doute
sérieux persiste sur la correcte administration du baptême et s'il
est jugé nécessaire de baptiser sous condition, le ministre
catholique devra faire preuve de son respect pour la doctrine selon laquelle le
baptême ne peut être conféré qu'une seule fois, en
expliquant à la personne concernée pourquoi en ce cas elle est
baptisée sous condition et, aussi, la signification de ce rite du baptême
sous condition; de plus, le rite du baptême sous condition doit être
conféré en privé et non en public.(112)
e) Il est souhaitable que les Synodes des Eglises orientales
catholiques et les Conférences épiscopales donnent des directives
pour la réception de chrétiens baptisés dans d'autres Eglises
et Communautés ecclésiales en la pleine communion catholique, en
tenant compte du fait que ce ne sont pas des catéchumènes, et
aussi du degré de connaissance et de pratique de la foi chrétienne
qu'ils peuvent avoir.
100. Selon le rite de l'initiation chrétienne des adultes, ceux qui
adhèrent au Christ pour la première fois sont normalement baptisés
au cours de la Veillée pascale. Là où la célébration
de ce rite comprend la réception de ceux qui, déjà baptisés,
entrent dans la pleine communion, il faut marquer une distinction nette entre
ceux-ci et ceux qui ne sont pas encore baptisés.
101. Dans l'état actuel de nos relations avec les Communautés
ecclésiales issues de la Réforme du XVIe siècle, on n'est
pas encore arrivé à un accord sur la signification, ni sur la
nature sacramentelle, ni même sur l'administration du sacrement de la
confirmation. En conséquence, dans les circonstances actuelles, les
personnes qui entreraient dans la pleine communion de l'Eglise catholique
et qui viendraient de ces Communautés, devraient recevoir le sacrement de
confirmation en suivant la doctrine et le rite de l'Eglise catholique,
avant d'être admises à la communion eucharistique.
B. PARTAGE D'ACTIVITÉS ET DE RESSOURCES SPIRITUELLES
Principes généraux
102. Les chrétiens peuvent être encouragés à
partager des activités et des ressources spirituelles, c'est-à-dire
à partager cet héritage spirituel qu'ils possèdent en
commun, d'une manière et à un degré appropriés à
leur état actuel de division.(113)
103. L'expression « partage d'activités et de ressources
spirituelles » comprend des réalités telles que la prière
faite en commun, le partage du culte liturgique au sens strict, comme cela est décrit
plus loin au n. 116, ainsi que l'usage commun de lieux et de tous les objets
liturgiques nécessaires.
104. Les principes qui devraient régler le partage spirituel sont
les suivants:
a) En dépit des sérieuses différences qui empêchent
la pleine communion ecclésiale, il est clair que tous ceux qui par le
baptême sont incorporés au Christ partagent maints éléments
de la vie chrétienne. Il existe donc entre les chrétiens une réelle
communion qui, même si elle est imparfaite, peut être exprimée
de bien des façons, y compris le partage de la prière et du culte
liturgique,(114) comme cela sera précisé au paragraphe suivant.
b) Selon la foi catholique, l'Eglise catholique a été
dotée de toute la vérité révélée et de
tous les moyens de salut en un don qui ne peut être perdu.(115) Toutefois,
parmi les éléments et les dons qui appartiennent à l'Eglise
catholique (par exemple la Parole de Dieu écrite, la vie de la grâce,
la foi, l'espérance et la charité etc.), plusieurs peuvent exister
en dehors de ses limites visibles. Les Eglises et Communautés ecclésiales,
qui ne sont pas en pleine communion avec l'Eglise catholique, n'ont
nullement été privées de signification et de valeur dans le
mystère du salut, car l'Esprit du Christ ne refuse pas de se servir
d'elles comme moyens de salut.(116) Selon des façons qui varient suivant la
condition de chaque Eglise ou Communauté ecclésiale, leurs
célébrations peuvent nourrir la vie de la grâce en leurs
membres qui y participent et donner accès à la communion du salut.(117)
c) Ainsi, le partage des activités et des ressources
spirituelles doit refléter ce double fait:
1) la communion réelle dans la vie de l'Esprit qui existe déjà
parmi les chrétiens et qui s'exprime dans leur prière et dans le
culte liturgique;
2) le caractère incomplet de cette communion en raison de différences
de foi et de façons de penser qui sont incompatibles avec un partage sans
restriction des dons spirituels.
d) La fidélité à cette réalité
complexe rend nécessaire d'établir des normes de partage spirituel
tenant compte de la diversité de situation ecclésiale qui existe
entre les Eglises et les Communautés ecclésiales qui y sont
impliquées, de façon que les chrétiens apprécient
leurs richesses spirituelles communes et s'en réjouissent, mais qu'ils
soient aussi rendus attentifs à la nécessité de surmonter
les séparations qui existent encore.
e) Parce que la concélébration eucharistique est
une manifestation visible de la pleine communion de foi, de culte et de vie
commune de l'Eglise catholique, exprimée par les ministres de
cette Eglise, il n'est pas permis de concélébrer
l'Eucharistie avec des ministres d'autres Eglises ou Communautés
ecclésiales.(118)
105. Il faudrait qu'existe une certaine « réciprocité »
puisque le partage des activités et des ressources spirituelles, même
dans des limites définies, est une contribution, en esprit de bonne
volonté et de charité, à la croissance de l'harmonie entre
chrétiens.
106. Concernant ce partage, des consultations entre les autorités
catholiques compétentes et celles des autres Communions sont recommandées
pour rechercher les possibilités d'une légitime réciprocité
selon la doctrine et les traditions des différentes Communautés.
107. Les catholiques doivent faire preuve d'un respect sincère pour
la discipline liturgique et sacramentelle des autres Eglises et Communautés
ecclésiales, et celles-ci sont invitées à montrer le même
respect pour la discipline catholique. Un des objectifs de la consultation
mentionnée ci-dessus devrait viser à une meilleure compréhension
mutuelle de la discipline de chacun, et même à un accord sur la façon
de régler une situation où la discipline d'une Eglise met
en cause ou va contre la discipline de l'autre.
Prière en commun
108. Là où cela convient, les catholiques doivent être
encouragés à s'associer, selon les normes données par l'Eglise,
pour prier avec des chrétiens appartenant à d'autres Eglises
et Communautés ecclésiales. De telles prières en commun
sont assurément un moyen efficace de demander la grâce de l'unité,
et elles constituent une expression authentique des liens par lesquels les
catholiques sont encore unis à ces autres chrétiens.(119) La prière
commune, en elle-même, est une voie menant à la réconciliation
spirituelle.
109. La prière en commun est recommandée aux catholiques et
aux autres chrétiens pour présenter ensemble à Dieu les nécessités
et les préoccupations qu'ils partagent par exemple la paix, les
questions sociales, la charité mutuelle entre les hommes, la dignité
de la famille, les effets de la pauvreté, la faim et la violence, etc. On
assimile à ces cas les occasions où, suivant les circonstances,
une nation, une région ou une communauté veut rendre grâce à
Dieu communautairement ou demander son aide; il en va ainsi pour un jour de fête
nationale; de même en temps de calamité ou de deuil publics, au
jour fixé pour célébrer la mémoire des morts pour la
patrie, etc. Cette prière commune est aussi recommandée dans les réunions
qui rassemblent les chrétiens pour l'étude ou l'action.
110. Cependant, la prière commune devrait porter d'abord sur le rétablissement
de l'unité des chrétiens. Elle peut se concentrer, par exemple,
sur le mystère de l'Eglise et de son unité, sur le baptême
comme lien sacramentel d'unité, ou encore sur le renouveau de la vie
personnelle et communautaire comme voie nécessaire pour parfaire l'unité.
Cette prière commune est particulièrement recommandée
pendant la « Semaine de prière pour l'unité des chrétiens
» ou pendant la période qui s'écoule entre l'Ascension et la
Pentecôte.
111. Une telle prière devrait être préparée,
d'un commun accord, avec le concours des représentants des Eglises,
Communautés ecclésiales ou autres groupes. C'est ensemble qu'il
conviendrait de déterminer le rôle des uns et des autres et de
choisir les thèmes, les lectures de l'Ecriture Sainte, les hymnes
et les prières à utiliser.
a) Une telle célébration peut comprendre toute
lecture, prière et hymne qui expriment ce qui est commun à tous
les chrétiens, concernant la foi ou la vie spirituelle. Elle peut inclure
une exhortation, une allocution ou une méditation biblique qui, puisant
dans l'héritage chrétien commun, fasse progresser la bienveillance
mutuelle et l'unité.
b) Il faudrait veiller à ce que les versions de la Sainte Ecriture
dont on se sert soient acceptables pour tous et soient de fidèles
traductions du texte original.
c) Il est souhaitable que la structure de ces célébrations
tienne compte des différents modèles de prière
communautaire en harmonie avec le renouveau liturgique de beaucoup d'Eglises
et Communautés ecclésiales, tout en prêtant une attention spéciale
à leur héritage commun d'hymnes, de textes tirés des
lectionnaires et de prières liturgiques.
d) En préparant des célébrations entre
catholiques et membres d'une Eglise orientale, il faut considérer
attentivement la discipline liturgique propre à chacune des Eglises,
conformément à ce qui est dit ci-dessous au n. 115.
112. Bien que l'église soit le lieu où une communauté
a l'habitude de célébrer normalement sa propre liturgie, les célébrations
communes, dont il vient d'être parlé, peuvent avoir lieu dans l'église
de l'une ou l'autre des communautés concernées, avec l'agrément
de tous les participants. Quel que soit le lieu utilisé, il faut qu'il
plaise à tous, qu'il puisse être aménagé
convenablement et qu'il favorise la dévotion.
113. Avec l'agrément commun des participants, ceux qui ont une
fonction lors d'une cérémonie peuvent utiliser l'habit propre à
leur rang ecclésiastique et à la nature de la célébration.
114. Il peut être utile dans certains cas, sous la direction de
personnes ayant eu une formation et une expérience particulières,
d'avoir recours au partage spirituel sous la forme de récollections,
d'exercices spirituels, de groupes d'étude et de mise en commun des
traditions de spiritualité, et d'associations plus durables pour
l'approfondissement d'une vie spirituelle commune. Il faut toujours accorder une
attention sérieuse tant à ce qui a été dit sur la
reconnaissance des réelles différences de doctrine qui existent
qu'à l'enseignement et à la discipline de l'Eglise
catholique sur le partage sacramentel.
115. Etant donné que la célébration de l'Eucharistie
le jour du Seigneur est le fondement et le centre de toute l'année
liturgique,(120) les catholiques, restant sauf le droit des Eglises orientales,(121) doivent participer à la messe les dimanches et jours de précepte.(122)
Pour cette raison, il est déconseillé d'organiser des services cuméniques
le dimanche et il est rappelé que, même quand des catholiques
participent à des services cuméniques et à des
services d'autres Eglises et Communautés ecclésiales,
l'obligation de participer à la messe ces jours-là demeure.
Partage de la liturgie non-sacramentelle
116. Par culte liturgique, on entend le culte accompli selon les livres,
les ordonnances et les coutumes d'une Eglise ou Communauté ecclésiale
et présidé par un ministre ou un délégué de
cette Eglise ou Communauté. Ce culte liturgique peut avoir un
caractère non-sacramentel ou bien il peut être la célébration
d'un ou de plusieurs sacrements chrétiens. Il s'agit, ici, du culte
liturgique non-sacramentel.
117. En certaines occasions, la prière officielle d'une Eglise
peut être préférée à des célébration
cuméniques établies pour l'occasion. La participation à
des célébrations telles que la prière du matin ou du soir, à
des vigiles spéciales, etc. permettra à des personnes de
traditions liturgiques différentes catholiques, orientales,
anglicanes et protestantes de mieux comprendre la prière des
autres communautés et de partager plus profondément des traditions
qui, souvent, se sont développées à partir de racines
communes.
118. Dans les célébrations liturgiques ayant lieu dans
d'autres Eglises et Communautés ecclésiales, il est
conseillé aux catholiques de participer aux psaumes, répons,
hymnes et gestes communs de l'Eglise dont ils sont les invités. Si
leurs hôtes le leur proposent, ils peuvent lire une lecture ou prêcher.
119. En ce qui concerne l'assistance à une célébration
liturgique de cette nature, une attention toute particulière devrait être
portée à la sensibilité du clergé et des fidèles
de toutes les communautés chrétiennes concernées, tout
autant qu'aux coutumes locales qui peuvent varier selon les temps, les lieux,
les personnes et les circonstances. Dans une célébration
liturgique catholique, les ministres des autres Eglises et Communautés
ecclésiales peuvent avoir la place et les honneurs liturgiques qui
conviennent à leur rang et à leur rôle, si cela est jugé
souhaitable. Les membres du clergé catholique invités à la
célébration d'une autre Eglise ou Communauté ecclésiale
peuvent, si cela est agréable à ceux qui les reçoivent,
porter l'habit et les insignes de leur fonction ecclésiastique.
120. Suivant le jugement prudent de l'Ordinaire du lieu, le rite de l'Eglise
catholique pour les funérailles peut être accordé à
des membres d'une Eglise ou d'une Communauté ecclésiale
non-catholique, à condition que ce ne soit pas contraire à leur
volonté, que leur propre ministre en soit empêché (123) et que
ne s'y opposent pas les dispositions générales du droit.(124)
121. Les bénédictions ordinairement données au bénéfice
des catholiques peuvent également être données aux autres
chrétiens sur leur demande, conformément à la nature et à
l'objet de la bénédiction. Des prières publiques pour
d'autres chrétiens, vivants ou morts, pour les besoins et aux intentions
des autres Eglises et Communautés ecclésiales et de leurs
chefs spirituels, peuvent être offertes pendant les litanies et autres
invocations d'un service liturgique mais pas au cours d'une anaphore
eucharistique. L'ancienne tradition chrétienne, en liturgie et en ecclésiologie,
ne permet de citer à l'anaphore eucharistique que les noms des personnes
qui sont en pleine communion avec l'Eglise qui célèbre
cette Eucharistie.
Partage de vie sacramentelle, spécialement de l'Eucharistie
a) Partage de vie sacramentelle avec les membres des différentes Églises
orientales
122. Entre l'Eglise catholique et les Eglises orientales qui
ne sont pas en pleine communion avec elle, il existe toujours une communion très
étroite dans le domaine de la foi.(125) De plus, « par la célébration
de l'Eucharistie du Seigneur en chacune de ces Eglises, l'Eglise
de Dieu s'édifie et grandit » et « ces Eglises, bien que
séparées, ont de vrais sacrements, surtout grâce à
la succession apostolique le sacerdoce et l'Eucharistie [...] ».(126)
Ceci fournit un fondement ecclésiologique et sacramentel, selon la
conception de l'Eglise catholique, pour permettre et même
encourager un certain partage avec ces Eglises, dans le domaine du culte
liturgique, même pour l'Eucharistie, « dans des circonstances
favorables et avec l'approbation de l'autorité ecclésiastique ».(127)
Cependant, il est reconnu que, en raison de leur propre conception ecclésiologique,
les Eglises orientales peuvent avoir une discipline plus restrictive en
la matière et que les autres doivent la respecter. Il convient que les
pasteurs instruisent soigneusement les fidèles pour qu'ils aient une
connaissance claire des raisons particulières de ce partage dans le
domaine du culte liturgique, et des différentes disciplines existant sur
ce sujet.
123. Lorsqu'une nécessité l'exige ou qu'un véritable
bien spirituel le suggère et pourvu que soit évité tout
danger d'erreur ou d'indifférentisme, il est permis à tout
catholique, à qui il est physiquement ou moralement impossible de joindre
un ministre catholique, de recevoir les sacrements de pénitence,
d'Eucharistie et d'onction des malades de la part d'un ministre d'une Eglise
orientale.(128)
124. Etant donné que, chez les catholiques et chez les chrétiens
orientaux, il existe des usages différents concernant la fréquence
de la communion, la confession avant la communion et le jeûne
eucharistique, il faut que les catholiques prennent soin de ne pas susciter le
scandale et la méfiance parmi les chrétiens orientaux en ne
suivant pas les usages orientaux. Un catholique qui désire légitimement
recevoir la communion chez les chrétiens orientaux, doit autant que
possible respecter la discipline orientale et s'abstenir d'y prendre part si
cette Eglise réserve la communion sacramentelle à ses
propres fidèles à l'exclusion de tous les autres.
125. Les ministres catholiques peuvent licitement administrer les
sacrements de pénitence, d'Eucharistie et d'onction des malades aux
membres des Eglises orientales qui le demandent de leur propre initiative
et qui ont les dispositions requises. Dans ces cas aussi, il faut prêter
attention à la discipline des Eglises orientales pour leurs
propres fidèles et éviter tout prosélytisme même en
apparence.(129)
126. Lors d'une célébration liturgique sacramentelle dans une
Eglise orientale, les catholiques peuvent faire des lectures, s'ils y ont
été invités. Un chrétien oriental peut être
invité à faire des lectures lors de célébrations
semblables dans des églises catholiques.
127. Un ministre catholique peut être présent et prendre part à
une cérémonie de mariage, célébrée selon les
règles, entre chrétiens orientaux ou entre deux personnes dont
l'une est catholique et l'autre chrétienne orientale dans une église
orientale, s'il y est invité par l'autorité de l'Eglise
orientale et s'il se conforme aux normes données ci-dessous qui
concernent les mariages mixtes, là où elles s'appliquent.
128. Une personne appartenant à une Eglise orientale peut être
témoin à un mariage dans une église catholique; de même
une personne appartenant à l'Eglise catholique peut être témoin
à un mariage, célébré selon les règles, dans
une église orientale. Dans tous les cas, cette façon de faire doit
être conforme à la discipline générale des deux Eglises,
concernant les règles de participation à de tels mariages.
b) Partage de vie sacramentelle avec les chrétiens d'autres Eglises
et Communautés ecclésiales
129. Le sacrement est une action du Christ et de l'Eglise par l'Esprit.(130) Sa célébration dans une communauté concrète
est le signe de la réalité de son unité dans la foi, le
culte et la vie communautaire. Tout comme ils sont des signes, les sacrements,
tout spécialement l'Eucharistie, sont des sources d'unité de la
communauté chrétienne et de vie spirituelle et des moyens de les développer.
En conséquence, la communion eucharistique est inséparablement liée
à la pleine communion ecclésiale et à son expression
visible.
En même temps, l'Eglise catholique enseigne que par le baptême
les membres d'autres Eglises et Communautés ecclésiales se
trouvant dans une réelle communion, bien qu'imparfaite, avec l'Eglise
catholique (131) et que « le baptême est le lien sacramentel d'unité
existant entre ceux qui ont été régénérés
par lui [...], il tend tout entier à l'acquisition de la plénitude
de la vie du Christ ».(132) L'Eucharistie est, pour les baptisés, une
nourriture spirituelle qui les rend capables de surmonter le péché
et de vivre de la vie même du Christ, d'être plus profondément
incorporés à Lui et de participer plus intensément à
toute l'économie du mystère du Christ.
C'est à la lumière de ces deux principes de base, qui doivent
toujours être considérés ensemble, que l'Eglise
catholique de façon générale donne accès à la
communion eucharistique et aux sacrements de pénitence et d'onction des
malades, uniquement à ceux qui sont dans son unité de foi, de
culte et de vie ecclésiale.(133) Pour les mêmes raisons, elle reconnaît
aussi que, dans certaines circonstances, de façon exceptionnelle et à
certaines conditions, l'admission à ces sacrements peut être
autorisée ou même recommandée à des chrétiens
d'autres Eglises et Communautés ecclésiales.(134)
130. En cas de danger de mort, les ministres catholiques peuvent
administrer ces sacrements dans les conditions énumérées
ci-dessous (n. 131). En d'autres cas, il est fortement recommandé que l'Evêque
du diocèse, en tenant compte des normes qui ont pu être établies
en cette matière par la Conférence épiscopale ou par les
Synodes des Eglises orientales, établisse des normes générales
servant à juger des situations de grave et pressante nécessité
et à vérifier les conditions mentionnées ci-dessous (n.
131).(135) Conformément au droit canonique,(136) ces normes générales
ne doivent être établies qu'après consultation de l'autorité
compétente, au moins locale, de l'autre Eglise ou Communauté
ecclésiale concernée. Les ministres catholiques jugeront les cas
particuliers et n'administreront ce sacrement qu'en conformité avec ces
normes, là où elles existent. Autrement, ils jugeront d'après
les normes de ce Directoire.
131. Les conditions, d'après lesquelles un ministre catholique peut
administrer les sacrements de l'Eucharistie, de la pénitence et de
l'onction des malades à une personne baptisée se trouvant dans les
circonstances mentionnées ci-dessus (n. 130), sont que cette personne
soit dans l'impossibilité, pour le sacrement désiré,
d'avoir recours à un ministre de son Eglise ou Communauté
ecclésiale, qu'elle demande ce sacrement de son plein gré, qu'elle
manifeste la foi catholique en ce sacrement et qu'elle soit dûment disposée.(137)
132. En s'appuyant sur la doctrine catholique des sacrements et de leur
validité, un catholique, dans les circonstances mentionnées
ci-dessus (nn. 130-131), ne peut demander ces sacrements qu'à un ministre
d'une Eglise dont les sacrements sont valides ou à un ministre
qui, selon la doctrine catholique de l'ordination, est reconnu comme validement
ordonné.
133. La lecture de l'Ecriture pendant une célébration
eucharistique de l'Eglise catholique est faite par des membres de cette Eglise.
Dans des occasions exceptionnelles et pour une juste cause, l'Évêque
du diocèse peut permettre qu'un membre d'une autre Eglise ou
Communauté ecclésiale y tienne la charge de lecteur.
134. Pour la liturgie eucharistique catholique, l'homélie, qui fait
partie de la liturgie elle-même, est réservée au prêtre
ou au diacre, car elle est la présentation des mystères de la foi
et des normes de la vie chrétienne en accord avec l'enseignement et la
tradition catholiques.(138)
135. Pour la lecture de l'Ecriture et la prédication pendant
des célébrations autres que la célébration
eucharistique, les normes données plus haut (n. 118) doivent être
appliquées.
136. Les membres d'autres Eglises ou Communautés ecclésiales
peuvent être témoins à une célébration de
mariage dans une église catholique. Les catholiques peuvent aussi être
témoins aux mariages qui sont célébrés dans d'autres
Eglises et Communautés ecclésiales.
Partage d'autres ressources pour la vie et l'activité
spirituelle
137. Les églises catholiques sont des édifices consacrés
ou bénits qui ont une importante signification théologique et
liturgique pour la communauté catholique. Par conséquent, elles
sont généralement réservées au culte catholique.
Toutefois, si des prêtres, des ministres ou des communautés qui ne
sont pas en pleine communion avec l'Eglise catholique n'ont pas
d'endroit, ni les objets liturgiques nécessaires pour célébrer
dignement leurs cérémonies religieuses, l'Evêque du
diocèse peut leur permettre d'utiliser une église ou un édifice
catholique, et aussi leur prêter ces objets nécessaires pour leurs
services. Dans des circonstances semblables, la permission peut leur être
accordée de faire des enterrements ou de célébrer des
offices dans des cimetières catholiques.
138. En raison de l'évolution sociale, de l'accroissement rapide de
la population et de l'urbanisation et pour des raisons financières, là
où existent de bonnes relations cuméniques et de la compréhension
entre les communautés, la possession ou l'usage communs de lieux de culte
pendant un laps de temps prolongé peut devenir d'un intérêt
pratique.
139. Quand l'Evêque du diocèse en a donné
l'autorisation, conforme aux normes de la Conférence épiscopale ou
du Saint-Siège, si elles existent, il faut prendre judicieusement en
considération la question de la réserve du Saint-Sacrement de façon
à ce qu'elle soit résolue en fonction d'une saine théologie
sacramentelle et avec tout le respect qui lui est dû et en tenant compte
aussi des différentes sensibilités de ceux qui utiliseront l'édifice,
par exemple, en construisant une pièce séparée ou une
chapelle.
140. Avant de faire les plans d'un édifice commun, les autorités
des communautés concernées devraient d'abord parvenir à un
accord sur la façon dont leurs disciplines différentes seront
respectées, particulièrement en ce qui concerne les sacrements. De
plus, il faudrait faire un accord écrit traitant clairement et adéquatement
toutes les questions qui peuvent être soulevées en matière
de finances et d'obligations devant les lois ecclésiastiques et civiles.
141. Dans les écoles et institutions catholiques, tous les efforts
doivent être faits pour respecter la foi et la conscience des étudiants
ou des professeurs appartenant à d'autres Eglises ou Communautés
ecclésiales. En conformité avec leurs statuts propres et approuvés,
les autorités de ces écoles et institutions devraient veiller à
ce que le clergé des autres communautés aient toute facilité
pour exercer leur service spirituel et sacramentel envers leurs fidèles
fréquentant de telle écoles ou institutions. Dans la mesure où
les circonstances le permettent, avec la permission de l'Evêque du
diocèse, ces possibilités peuvent être offertes dans des
locaux appartenants aux catholiques, y compris une église ou une
chapelle.
142. Dans les hôpitaux, les maisons pour les personnes âgées
et les institutions semblables, dirigés par des catholiques, les autorités
doivent diligemment avertir les prêtres et ministres des autres communautés
de la présence de leurs fidèles, et leur donner toute facilité
pour rendre visite à ces personnes et leur apporter un secours spirituel
et sacramentel dans des conditions dignes et respectueuses, pouvant comprendre
l'usage de la chapelle.
C. MARIAGES MIXTES
143. Cette section du Directoire cuménique ne cherche pas à
traiter de façon exhaustive toutes les questions pastorales et canoniques
liées soit à la célébration même du sacrement
du mariage chrétien, soit à l'action pastorale à exercer
auprès des familles chrétiennes, puisque ces questions font partie
de l'action pastorale générale de tout Evêque ou de
la Conférence régionale des Evêques. Ce qui suit met
l'accent sur les questions spécifiques concernant les mariages mixtes, et
doit être compris en ce contexte. Le terme de « mariage mixte »
se réfère à tout mariage entre une partie catholique et
tout autre partie chrétienne baptisée n'étant pas en pleine
communion avec l'Eglise catholique.139
144. En tout mariage, la préoccupation première de l'Eglise
est de maintenir la solidité et la stabilité du lien conjugal
indissoluble et de la vie familiale qui en découle. L'union parfaite des
personnes et le partage complet de la vie qui constituent l'état de
mariage, sont plus aisément assurés quand les deux conjoints
appartiennent à la même communauté de foi. De plus, l'expérience
pratique et les observations résultant de dialogues divers entre les représentants
d'Eglises et de Communautés ecclésiales montrent que les
mariages mixtes présentent souvent, pour les couples eux-mêmes et
pour leurs enfants, des difficultés pour le maintien de leur foi et de
leur engagement chrétien et pour l'harmonie de la vie familiale. Pour
toutes ces raisons, le mariage entre des personnes de la même Communauté
ecclésiale demeure l'objectif à recommander et à
encourager.
145. Constatant cependant le nombre croissant des mariages mixtes en bien
des parties du monde, la vive sollicitude pastorale de l'Eglise s'étend
aux couples qui se préparent à contracter de tels mariages et aux
couples qui les ont déjà contractés. Ces mariages, même
s'ils ont leurs difficultés propres, « présentent de nombreux
éléments qu'il est bon de valoriser et de développer, soit
pour leur valeur intrinsèque, soit pour la contribution qu'ils peuvent
apporter au mouvement cuménique. Cela se vérifie en
particulier lorsque les deux époux sont fidèles à leur
engagement religieux. Le baptême commun et le dynamisme de la grâce
fournissent aux époux, dans ces mariages, le fondement et la motivation
qui les portent à exprimer leur unité dans la sphère des
valeurs morales et spirituelles ».(140)
146. Il est de la responsabilité permanente de tous, mais spécialement
des prêtres, des diacres et de ceux qui les assistent dans le ministère
pastoral, de fournir un enseignement et un soutien particuliers au conjoint
catholique dans sa vie de foi et aux couples des mariages mixtes pour leur préparation
au mariage, lors de sa célébration sacramentelle, et pour leur vie
commune qui en découle. Ce soin pastoral doit tenir compte de la
condition spirituelle concrète de chaque conjoint, de son éducation
à la foi et de sa pratique de la foi. Il faudrait, en même temps,
respecter la situation spéciale de chaque couple, la conscience de chaque
conjoint et la sainteté du mariage sacramentel lui-même. Si cela
est jugé utile, les Evêques diocésains, les Synodes
des Eglises orientales catholiques ou les Conférences épiscopales
pourraient établir des directives plus précises pour ce service
pastoral.
147. Pour s'acquitter de cette responsabilité, lorsque la situation
le demande, il faudrait faire, si possible, une démarche positive pour créer
des liens avec le ministre de l'autre Eglise ou Communauté ecclésiale,
même si cela ne s'avère pas toujours facile. De façon générale,
les rencontres mutuelles de pasteurs chrétiens, visant à soutenir
ces mariages et à en maintenir les valeurs, peuvent être un
excellent terrain de collaboration cuménique.
148. En établissant les programmes de la nécessaire préparation
au mariage, le prêtre ou le diacre, et ceux qui l'assistent, devraient
insister sur les aspects positifs de ce que le couple, en tant que chrétien,
partage de la vie de grâce, de foi, d'espérance et d'amour et
d'autres dons intérieurs du Saint-Esprit.(141) Chaque conjoint, tout en
continuant à être fidèle à son engagement chrétien
et à le mettre en pratique, devrait rechercher ce qui peut mener à
l'unité et à l'harmonie, sans minimiser les réelles différences,
et en évitant une attitude d'indifférence religieuse.
149. Pour favoriser une compréhension et une unité plus
grandes, chaque conjoint devrait apprendre à mieux connaître les
convictions religieuses de l'autre et les enseignements et les pratiques
religieuses de l'Eglise ou Communauté ecclésiale à
laquelle cet autre appartient. Pour aider les deux conjoints à vivre de
l'héritage chrétien qui leur est commun, il doit leur être
rappelé que la prière en commun est essentielle pour leur harmonie
spirituelle, et que la lecture et l'étude des Saintes Ecritures
sont de grande importance. Pendant la période de préparation,
l'effort du couple pour comprendre les traditions religieuses et ecclésiales
de chacun, et l'examen sérieux des différences qui existent, peut
mener à une honnêteté, à une charité et à
une compréhension plus grandes envers ces réalités mais
aussi envers le mariage lui-même.
150. Lorsque, pour une cause juste et raisonnable, la permission de
contracter un mariage mixte est demandée, les deux parties devront être
instruites des fins et des propriétés essentielles du mariage qui
ne doivent être exclues par aucune des deux parties. De plus, il sera
demandé à la partie catholique, selon la forme établie par
le droit particulier des Eglises orientales catholiques ou par la Conférence
épiscopale, de déclarer qu'elle est prête à écarter
les dangers d'abandon de la foi et de promettre sincèrement de faire son
possible pour que tous les enfants soient baptisés et éduqués
dans l'Eglise catholique. L'autre partenaire doit être informé
de ces promesses et responsabilités.(142) En même temps, il faut
constater que la partie non-catholique peut éprouver une obligation
semblable en raison de son propre engagement chrétien. Il est à
noter que, dans le Droit canonique, il n'est requis de ce partenaire aucune
promesse écrite ou orale.
Dans les contacts que l'on aura avec ceux qui veulent célébrer
un mariage mixte, on suggérera et on favorisera la discussion, et si
possible la décision avant le mariage, de la question du baptême et
de l'éducation catholique des enfants qu'ils auront.
L'Ordinaire du lieu, pour évaluer l'existence ou non d'« une
cause juste et raisonnable » en vue d'accorder la permission de ce mariage
mixte, tiendra compte entre autres d'un refus explicite de la partie non
catholique.
151. Dans l'accomplissement de son devoir de transmettre la foi catholique à
ses enfants, le parent catholique respectera la liberté religieuse et la
conscience de l'autre parent, et aura soin de l'unité et de la permanence
du mariage et du maintien de la communion de la famille. Si, malgré tous
les efforts, les enfants ne sont pas baptisés ni élevés
dans l'Eglise catholique, le parent catholique ne tombe pas sous la
censure du droit canonique.(143) Toutefois, l'obligation qu'il a de partager avec
ses enfants la foi catholique ne cesse pas. Cette exigence demeure et peut
comporter, par exemple, qu'il joue une partie active dans la contribution à
l'atmosphère chrétienne du foyer; qu'il fasse tout son possible
par la parole et par l'exemple pour aider les autres membres de la famille à
apprécier les valeurs spécifiques de la tradition catholique;
qu'il prenne toutes les dispositions nécessaires pour que, bien informé
de sa propre foi, il puisse être capable de l'exposer et d'en discuter
avec les autres; qu'il prie avec sa famille pour demander la grâce de
l'unité des chrétiens, telle que le Seigneur la veut.
152. Tout en gardant clairement à l'esprit qu'il existe des différences
doctrinales qui empêchent la pleine communion sacramentelle et canonique
entre l'Eglise catholique et les diverses Églises orientales, dans
la pastorale des mariages entre catholiques et chrétiens orientaux, il
faut accorder une attention particulière à l'enseignement correct
et solide de la foi qui est partagée par les deux conjoints et au fait
que l'on trouve dans les Eglises orientales « de vrais sacrements,
surtout, en vertu de la succession apostolique, le sacerdoce et
l'Eucharistie, qui les unissent intimement à nous ».(144) Une véritable
attention pastorale accordée aux personnes engagées dans ces
mariages peut les aider à mieux comprendre comment leurs enfants seront
initiés aux mystères sacramentels du Christ et en seront
spirituellement nourris. Leur formation à la doctrine chrétienne
authentique et à la façon de vivre en chrétien doit être,
en sa majeure partie, semblable en chacune des Eglises. Les diversités
en matière de vie liturgique et de dévotion privée peuvent
servir à encourager la prière familiale, au lieu de la gêner.
153. Le mariage entre une partie catholique et un membre d'une Eglise
orientale est valide s'il a été célébré selon
un rite religieux par un ministre ordonné, pourvu que les autres règles
du droit requises pour la validité aient été observées.
Dans ce cas, la forme canonique de la célébration est requise pour
la licéité.(145) La forme canonique est requise pour la validité
des mariages entre catholiques et chrétiens d'autres Eglises et
Communautés ecclésiales.(146)
154. Pour de graves raisons, l'Ordinaire du lieu de la partie catholique,
restant sauf le droit des Eglises orientales,(147) après avoir
consulté l'Ordinaire du lieu où le mariage sera célébré,
peut dispenser la partie catholique de l'observance de la forme canonique du
mariage.(148) Parmi les raisons de la dispense, peuvent être prises en
considération le maintien de l'harmonie familiale, l'obtention de
l'accord des parents pour le mariage, la reconnaissance de l'engagement
religieux particulier de la partie non-catholique ou de son lien de parenté
avec un ministre d'une autre Eglise ou Communauté ecclésiale.
Les Conférences épiscopales devraient établir des normes
pour qu'une telle dispense puisse être accordée en suivant une
pratique commune.
155. L'obligation, imposée par certaines Eglises ou Communautés
ecclésiales, d'observer leur propre forme de mariage n'est pas une cause
de dispense automatique de la forme canonique catholique. Les situations
particulières de ce genre doivent être l'objet du dialogue entre
les Eglises, au moins au niveau local.
156. On gardera présent à l'esprit qu'une certaine forme
publique de célébration est requise pour la validité,(149) si
le mariage est célébré avec dispense de la forme canonique.
Pour souligner l'unité du mariage, il n'est pas permis qu'aient lieu deux
célébrations religieuses séparées où l'échange
de consentement serait exprimé deux fois ou bien un service où
seraient célébrés conjointement ou successivement de tels échanges.(150)
157. Avec l'autorisation préalable de l'Ordinaire du lieu, un prêtre
catholique ou un diacre, s'il y est invité, peut être présent
ou participer de quelque manière à la célébration
des mariages mixtes, lorsque la dispense de la forme canonique a été
accordée. En ce cas, il ne peut y avoir qu'une seule cérémonie
dans laquelle la personne qui préside reçoit l'échange des
consentements des époux. Sur invitation de ce célébrant, le
prêtre catholique ou le diacre peut réciter des prières
supplémentaires et appropriées, lire les Ecritures, faire
une brève exhortation et bénir le couple.
158. Si le couple le demande, l'Ordinaire du lieu peut permettre que le prêtre
catholique invite le ministre de l'Eglise ou de la Communauté ecclésiale
de la partie non catholique à participer à la célébration
du mariage, y lire les Ecritures, faire une brève exhortation et bénir
le couple.
159. Parce que des problèmes concernant le partage eucharistique
peuvent se poser en raison de la présence de témoins ou d'invités
non-catholiques, un mariage mixte, célébré selon la forme
catholique, a généralement lieu en dehors de la liturgie
eucharistique. Cependant, pour une juste raison, l'Evêque du diocèse
peut permettre la célébration de l'Eucharistie.(151) Dans ce dernier
cas, la décision d'admettre ou non la partie non-catholique du mariage à
la communion eucharistique, est à prendre en accord avec les normes générales
existant en la matière, tant pour les chrétiens orientaux (152) que
pour les autres chrétiens,(153) et en tenant compte de cette situation
particulière de la réception du sacrement de mariage chrétien
par deux chrétiens baptisés.
160. Bien que les époux d'un mariage mixte aient en commun les
sacrements du baptême et du mariage, le partage eucharistique ne peut être
qu'exceptionnel et l'on doit, en chaque cas, observer les normes rapportées
ci-dessus concernant l'admission d'un chrétien non catholique à la
communion eucharistique,(154) de même que celles concernant la participation
d'un catholique à la communion eucharistique dans une autre Eglise.(155)
V
COLLABORATION OECUMÉNIQUE, DIALOGUE ET TÉMOIGNAGE
COMMUN
161. Quand les chrétiens vivent et prient ensemble de la façon
décrite au chapitre IV, ils donnent le témoignage de la foi qu'ils
partagent et de leur baptême au nom de Dieu, le Père de tous, en
son Fils Jésus, Rédempteur de tous, et dans le Saint-Esprit qui
transforme et unit toutes choses par la puissance de son amour. Fondées
sur cette communion de vie et de dons spirituels, il y a beaucoup d'autres
formes de collaboration cuménique qui expriment et favorisent
l'unité et mettent en valeur le témoignage de la puissance
salvifique de l'Evangile que les chrétiens donnent au monde. Quand
les chrétiens collaborent pour l'étude et la diffusion de la
Bible, pour les études liturgiques, pour la catéchèse et
les études supérieures, pour la pastorale, pour l'évangélisation,
pour servir dans la charité un monde qui lutte pour réaliser ses
idéaux de justice, de paix et d'amour, ils mettent en pratique ce qui a été
proposé dans le décret sur l'cuménisme:
« Que tous les chrétiens, face à l'ensemble des nations,
confessent leur foi en Dieu un et trine, en le Fils de Dieu incarné,
notre Rédempteur et Seigneur, et par un commun effort, dans une estime
mutuelle, qu'ils rendent témoignage à notre espérance qui
ne sera pas confondue. Aujourd'hui qu'une très large collaboration s'est
instaurée dans le domaine social, tous les hommes sans exception sont
appelés à cette uvre commune, mais surtout ceux qui croient
en Dieu, et, en tout premier lieu, tous les chrétiens, à cause même
du nom du Christ dont ils sont ornés. La collaboration de tous les chrétiens
exprime vivement l'union déjà existante entre eux, et elle met en
plus lumineuse évidence le visage du Christ Serviteur ».(156)
162. Les chrétiens ne peuvent fermer leur cur au criant appel
des nécessités humaines du monde contemporain. La contribution
qu'ils peuvent apporter dans tous les domaines de la vie humaine où le
besoin de salut se manifeste est plus efficace quand ils l'accomplissent tous
ensemble et quand on voit qu'ils sont unis en le faisant. Ils désireront
donc faire ensemble tout ce que leur foi leur permet. L'absence d'une communion
complète entre les différentes Eglises et Communautés
ecclésiales, les divergences qui existent encore dans l'enseignement de
la foi et de la morale, les mémoires blessées et l'héritage
d'une histoire de séparation, chacun de ces éléments limite
ce que les chrétiens peuvent faire ensemble en ce moment. Leur
collaboration peut les aider à surmonter ce qui fait obstacle à la
pleine communion, à mettre ensemble leurs ressources pour construire une
vie et un service chrétiens et le témoignage commun qui en découle,
en vue de la mission qu'ils partagent:
« Dans cette union au plan de la mission, qui est voulue principalement
par le Christ lui-même, tous les chrétiens doivent découvrir
ce qui les unit déjà avant même que ne se réalise
leur pleine communion ».(157)
Formes et structures de la collaboration cuménique
163. La collaboration cuménique peut prendre la forme d'une
participation, par différentes Eglises et Communautés ecclésiales,
à des programmes déjà établis par un de leurs
membres, ou bien celle d'une coordination d'actions indépendantes ayant
pour résultat d'éviter le redoublement et la multiplication
inutile de structures administratives, ou encore celle d'initiatives et de
programmes conjoints. Différentes sortes de conseils ou de comités
peuvent être créés, sous une forme plus ou moins permanente,
pour faciliter les relations entre des Eglises et d'autres Communautés
ecclésiales et pour promouvoir entre elles la collaboration et le témoignage
commun.
164. La participation catholique à toutes les formes de rencontres cuméniques
et de projets de coopération respectera les normes établies par
l'autorité ecclésiastique locale. Finalement, c'est à l'Evêque
du diocèse, en tenant compte de ce qui a été décidé
au niveau régional ou national, de juger du caractère opportun et
approprié de toutes les formes d'action cuménique locale.
Les Evêques, les Synodes des Eglises orientales catholiques
et les Conférences épiscopales agiront en accord avec les
directives du Saint-Siège et en particulier avec celles du Conseil
pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens.
165. Les rencontres de représentants autorisés d'Eglises
et de Communautés ecclésiales, qui ont lieu périodiquement
ou à des occasions spéciales, peuvent aider grandement à
promouvoir la collaboration cuménique. Tout en constituant elles-mêmes
un important témoignage de l'engagement de ceux qui participent à
la promotion de l'unité des chrétiens, ces rencontres peuvent
donner la marque de l'autorité aux activités, réalisées
en collaboration, des membres des Eglises et des Communautés
qu'ils représentent. Elles peuvent aussi fournir l'occasion d'examiner
quels sont les problèmes particuliers et les tâches de coopération
cuménique à affronter, et de prendre les décisions nécessaires
à la mise en place de groupes de travail ou de programmes pour y faire
face.
Conseils d'Églises et Conseils chrétiens
166. Les Conseils d'Eglises et les Conseils chrétiens
figurent parmi les structures les plus stables qui sont établies pour
promouvoir l'unité et la collaboration cuméniques. Un
Conseil d'Eglises est composé d'Eglises (158) et est
responsable devant les Eglises qui le constituent. Un Conseil chrétien
est composé d'autres organisations et groupes chrétiens aussi bien
que d'Églises. D'autres institutions de coopération semblables à
ces Conseils, mais avec des titres différents, existent également.
Généralement, Conseils et institutions similaires cherchent à
donner à leurs membres la possibilité de travailler ensemble,
d'engager un dialogue, de surmonter les divisions et les incompréhensions,
de soutenir la prière et le travail pour l'unité, et de donner,
dans la mesure du possible, un témoignage et un service chrétiens
communs. Ils doivent être évalués selon leurs activités
et selon ce qu'ils disent sur eux-mêmes dans leurs constitutions. Ils ont
uniquement la compétence que leur accordent leurs membres constituants.
En général, ils n'ont pas de responsabilité dans les
tractations en vue de l'union entre des Eglises.
167. Comme il est souhaitable que l'Eglise catholique trouve, à
différents niveaux, l'expression propre de ses relations avec d'autres Eglises
et Communautés ecclésiales, et comme les Conseils d'Eglises
et les Conseils chrétiens comptent parmi les formes les plus importantes
de la collaboration cuménique, il faut se réjouir des
contacts grandissants que l'Eglise catholique établit avec ces
Conseils dans de nombreuses parties du monde.
168. La décision de se joindre à un Conseil est du ressort
des Evêques de la région desservie par le Conseil, qui ont
ainsi la responsabilité de veiller sur la participation catholique à
ces Conseils. Pour les Conseils nationaux, ce sera généralement le
Synode des Eglises orientales catholiques ou la Conférence épiscopale
(sauf là où il n'y a qu'un diocèse dans la nation). En
examinant la question de l'appartenance à un Conseil, les autorités
compétentes pendant qu'elles préparent la décision
devraient se mettre en rapport avec le Conseil pontifical pour la promotion de
l'unité des chrétiens.
169. Parmi les nombreux facteurs qui doivent être pris en considération
dans la décision de se joindre à un Conseil, se trouve
l'opportunité pastorale d'une telle démarche. Il faut, avant tout,
s'assurer que la participation à la vie du Conseil soit compatible avec
l'enseignement de l'Eglise catholique et n'estompe pas son identité
spécifique et unique. La première préoccupation doit être
celle de la clarté doctrinale, surtout en ce qui concerne l'ecclésiologie.
En effet, les Conseils d'Eglises et les Conseils chrétiens ne
contiennent ni en eux-mêmes ni par eux-mêmes le commencement d'une
nouvelle Eglise qui remplacerait la communion qui existe maintenant dans
l'Eglise catholique. Ils ne se proclament pas Églises et ils ne réclament
pas pour eux-mêmes une autorité leur permettant de conférer
un ministère de la parole ou du sacrement.(159) Il faudrait accorder une
attention particulière au système de représentation de ces
Conseils et au droit de vote, à leurs procédures pour prendre des
décisions, à leur manière de faire des déclarations
publiques et au degré d'autorité attribué à ces déclarations.
Un accord net et précis sur ces points devrait être réalisé
avant que ne soit entreprise la démarche d'adhésion en tant que
membre.(160)
170. L'appartenance catholique à un Conseil local, national ou régional
est un sujet complètement différent de celui des relations entre
l'Eglise catholique et le Conseil cuménique des Églises.
Le Conseil cuménique peut, en effet, inviter des Conseils choisis «
à entrer en relation de travail en tant que Conseils associés »,
mais il n'a aucune autorité ni contrôle sur ces Conseils ou sur
leurs Eglises membres.
171. Le fait de se joindre à un Conseil devrait être considéré
comme l'acceptation de sérieuses responsabilités. L'Eglise
catholique doit être représentée par des personnes compétentes
et engagées. Dans l'exercice de leur mandat elles devraient connaître
parfaitement les limites au-delà desquelles elles ne peuvent engager l'Eglise
sans en référer à l'autorité qui les a nommées.
Plus le travail de ces Conseils sera suivi avec attention par les Eglises
qui y sont représentées, plus leur contribution au mouvement cuménique
sera importante et efficace.
Le dialogue cuménique
172. Le dialogue est au cur de la collaboration cuménique
et l'accompagne en toutes ses formes. Le dialogue demande que l'on écoute
et réponde, que l'on essaye de comprendre et de se faire comprendre.
C'est être disposé à poser des questions et à être
interrogé à son tour. C'est communiquer quelque chose de soi et
avoir confiance en ce que les autres disent d'eux-mêmes. Chacun des
interlocuteurs doit être prêt à clarifier toujours davantage
et à modifier ses vues personnelles et ses manières de vivre et
d'agir, en se laissant guider par l'amour authentique de la vérité.
La réciprocité et l'engagement mutuel sont des éléments
essentiels du dialogue et, de même, le sentiment que les interlocuteurs
sont sur un pied d'égalité.(161) Le dialogue cuménique
permet aux membres des différentes Eglises et Communautés
ecclésiales d'arriver à se connaître les uns les autres,
d'identifier les sujets de foi et de pratique qu'ils ont en commun et les points
sur lesquels ils diffèrent. Ils essaient de comprendre les racines de ces
différences et d'évaluer dans quelle mesure elles constituent un réel
obstacle à une foi commune. Lorsqu'ils reconnaissent que les différences
constituent une réelle barrière à la communion, ils
essaient de trouver des moyens pour les surmonter à la lumière de
ces points de la foi qu'ils ont déjà en commun.
173. L'Eglise catholique peut engager le dialogue au niveau diocésain,
au niveau de la Conférence épiscopale ou des Synodes des Églises
orientales catholiques et au niveau de l'Eglise universelle. Sa
structure, comme communion universelle de foi et de vie sacramentelle, lui
permet de présenter une position cohérente et unie à
chacun de ces niveaux. Lorsqu'il n'y a qu'un seul interlocuteur, Eglise
ou Communauté, le dialogue est appelé bilatéral;
lorsqu'ils y en a plusieurs, il est qualifié de multilatéral.
174. Au niveau local, il y a des occasions sans nombre d'échanges
entre chrétiens, allant des conversations informelles qui ont lieu dans
la vie quotidienne aux sessions pour examiner ensemble, dans une perspective chrétienne,
des problèmes de la vie locale ou de groupes professionnels particuliers
(médecins, travailleurs sociaux, parents, éducateurs) et aux
groupes d'étude sur des sujets spécifiquement cuméniques.
Les dialogues peuvent être menés par des groupes soit de laïcs,
soit de membres du clergé, soit de théologiens professionnels ou
par différents agencements de ces groupes. Qu'ils aient un statut
officiel (résultant du fait qu'ils ont été établis
ou autorisés formellement par l'autorité ecclésiastique) ou
non, ces échanges doivent toujours être empreints d'un très
vigoureux sens ecclésial. Les catholiques qui y participent sentiront la
nécessité de bien connaître leur foi et de l'avoir bien
enracinée en leur vie, et ils auront soin de demeurer en communion de
pensée et de vouloir avec leur Eglise.
175. Dans certains dialogues, les participants sont mandatés par la
hiérarchie pour y prendre part non à titre personnel mais en tant
que représentants délégués de leur Eglise. De
tels mandats peuvent être donnés par l'Ordinaire du lieu, par le
Synode des Eglises orientales catholiques ou la Conférence épiscopale
pour son territoire, ou par le Saint-Siège. Dans ces cas, les
participants catholiques ont une responsabilité spéciale vis-à-vis
de l'autorité qui les a envoyés. L'approbation de cette autorité
est également nécessaire avant que tout résultat du
dialogue n'engage officiellement l'Eglise.
176. Les participants catholiques du dialogue suivent les principes,
concernant la doctrine catholique, énoncés par Unitatis
Redintegratio:
« La méthode et la manière d'exprimer la foi
catholique ne doivent nullement faire obstacle au dialogue avec les frères.
Il faut absolument exposer clairement la doctrine intégrale. Rien
n'est plus étranger à l'cuménisme que ce faux irénisme
qui cause du dommage à la pureté de la doctrine catholique et
obscurcit son sens authentique et incontestable.
En même temps, il faut expliquer la foi catholique de façon
plus profonde et plus droite, utilisant une manière de parler et un
langage qui soient facilement accessibles même aux frères séparés.
En outre, dans le dialogue cuménique, les théologiens
catholiques, fidèles à la doctrine de l'Eglise, doivent
procéder en conduisant leurs recherches sur les divins mystères,
en union avec les frères séparés, dans l'amour de la vérité,
la charité et l'humilité. En exposant la doctrine, ils se
rappelleront qu'il y a un ordre ou une 'hiérarchie' des vérités
de la doctrine catholique en raison de leur rapport différent avec le
fondement de la foi chrétienne. Ainsi sera tracée la voie qui les
conduira tous, par cette émulation fraternelle, à une connaissance
plus profonde et une manifestation plus évidente des insondables
richesses du Christ ».(162)
La question de la hiérarchie des vérités est également
traitée dans le document intitulé: Réflexions et
suggestions concernant le dialogue cuménique:
« Tout ne se présente pas sur le même plan, tant dans la
vie de l'Eglise que dans son engagement; certes, toutes les vérités
révélées exigent la même adhésion de foi, mais
selon la plus ou moins grande proximité qu'elles ont à l'égard
du fondement du mystère révélé, elles sont dans des
situation diverses les unes vis-à-vis des autres et en des rapports différents
entre elles ».(163)
177. Le sujet du dialogue peut être un large éventail de
questions doctrinales couvrant un certain laps de temps ou une simple question
limitée à une époque bien déterminée; ce peut
être un problème pastoral ou missionnaire au sujet duquel les Eglises
veulent trouver une position commune afin d'éliminer les conflits qui s'élèvent
entre elles et de promouvoir une aide mutuelle et un témoignage commun.
Pour certaines questions un dialogue bilatéral peut se révéler
plus efficace, pour d'autres un dialogue multilatéral donne de meilleurs
résultats. L'expérience prouve que, dans la tâche complexe
de promouvoir l'unité des chrétiens, les deux formes de dialogue
se complètent l'une l'autre. Les résultats d'un dialogue bilatéral
devraient être promptement communiqués à toutes les autres Eglises
et Communautés ecclésiales intéressées.
178. Une commission ou un comité institué pour engager le
dialogue à la demande de deux ou plusieurs Eglises ou Communautés
ecclésiales peut parvenir à des degrés divers d'accord sur
le thème proposé et peut formuler des conclusions dans une déclaration.
Avant même que cet accord ne soit atteint, une commission peut parfois
juger utile de publier une déclaration ou un rapport indiquant les
convergences atteintes, identifiant les problèmes en suspens et suggérant
la direction qu'un futur dialogue pourrait prendre. Toutes les déclarations
ou les rapports des commissions du dialogue sont soumises aux Eglises intéressées,
pour approbation. Les déclarations faites par les commissions du dialogue
ont une valeur intrinsèque en raison de la compétence et du statut
de leurs auteurs. Toutefois, elles n'engagent pas l'Eglise catholique
aussi longtemps qu'elles n'ont pas été approuvées par les
autorités ecclésiastiques appropriées.
179. Lorsque les résultats d'un dialogue sont considérés
par les autorités compétentes comme étant prêts à
être soumis à une évaluation, les membres du Peuple de Dieu,
selon leur rôle et leur charisme, doivent être engagés dans
ce processus critique. Les fidèles en effet sont appelés à
exercer « le sens surnaturel de la foi (sensus fidei) » qui
est celui du peuple entier, lorsque, « des Evêques jusqu'au
dernier des fidèles laïcs », il apporte un consentement
universel aux vérités concernant la foi et les murs. Grâce
à ce sens de la foi, éveillé et nourri par l'Esprit de Vérité
et sous la conduite du magistère sacré (magisterium) qui
permet, si on lui obéit fidèlement, de recevoir non plus une
parole humaine mais véritablement la parole de Dieu,(164) le Peuple de Dieu
s'attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois
pour toutes,(165) il y pénètre plus profondément en l'interprétant
comme il faut et la met plus parfaitement en uvre dans sa vie.(166)
Tous les efforts doivent être faits pour trouver la meilleure façon
de porter les résultats du dialogue à l'attention de tous les
membres de l'Eglise. Les nouveaux aperçus sur la foi, les nouveaux
témoignages de sa vérité et les nouvelles formes
d'expression développés dans le dialogue, devraient leur être
expliqués autant que possible, ainsi que l'étendue des accords qui
ont été proposés. Ceci permettrait de bien juger les réactions
de tous, en évaluant leur fidélité à la Tradition de
foi reçue des Apôtres et transmise à la communauté
des croyants sous la conduite de ses maîtres qualifiés. Il faut espérer
que cette façon de procéder sera adoptée par chaque Eglise
ou Communauté ecclésiale qui est interlocutrice du dialogue et
aussi par toutes les Eglises et Communautés ecclésiales qui
entendent l'appel de l'unité, et que les Eglises collaboreront à
cet effort.
180. La vie de foi et la prière de foi, tout autant que la réflexion
sur la doctrine de foi, entrent dans ce processus de réception par
lequel, sous l'inspiration de l'Esprit Saint « qui dispense des grâces
spéciales parmi les fidèles de tous ordres »(167) et qui guide
plus particulièrement le ministère de ceux qui enseignent, l'Eglise
tout entière fait siens les fruits d'un dialogue, dans un processus d'écoute,
d'expérimentation, de jugement et de vie.
181. En évaluant et en assimilant de nouvelles formes d'expression
de la foi, qui peuvent apparaître dans des déclarations issues du
dialogue cuménique, ou bien d'anciennes expressions reprises parce
que préférées à certains termes théologiques
plus récents, les catholiques auront à l'esprit la distinction
faite, dans le Décret sur l'oecuménisme, entre « la manière
dont l'enseignement de l'Eglise a été formulé »
et « le dépôt de la foi elle-même ».(168) Ils auront
soin toutefois d'éviter les expressions ambiguës, notamment dans la
recherche d'un accord sur les points de doctrine tradionnellement controversés.
Ils tiendront également compte de la manière dont le deuxième
Concile du Vatican lui-même a appliqué cette distinction dans sa
formulation de la foi catholique; ils admettront aussi la « hiérarchie
des vérités » dans la doctrine catholique, dont parle le Décret
sur l'cuménisme.(169)
182. Le processus de réception inclut une réflexion théologique
de caractère technique sur la Tradition de foi ainsi que sur la réalité
pastorale et liturgique de l'Eglise d'aujourd'hui. D'importantes
contributions à ce processus proviennent de la compétence spécifique
des facultés de théologie. Tout le processus est guidé par
l'autorité enseignante officielle de l'Eglise qui a la
responsabilité de rendre le jugement final sur les déclarations cuméniques.
Les nouvelles vues qui sont alors acceptées entrent dans la vie de l'Eglise
et renouvellent, dans un certain sens, ce qui favorise la réconciliation
avec d'autres Eglises et Communautés ecclésiales.
Le travail commun concernant la Bible
183. La Parole de Dieu, qui est consignée dans les Ecritures,
nourrit la vie de l'Eglise de diverses façons (170) et elle est un «
instrument insigne entre les mains puissantes de Dieu pour obtenir cette unité
que le Sauveur offre à tous les hommes ».(171) La vénération
des Ecritures est un lien fondamental d'unité entre les chrétiens
et ce lien demeure même quand les Eglises et Communautés
ecclésiales auxquelles ils appartiennent ne sont pas en pleine communion
les unes avec les autres. Tout ce qui peut être fait pour que les membres
des Eglises et des Communautés ecclésiales lisent la Parole
de Dieu et le fassent, si possible, ensemble (par exemple les « Semaines de
la Bible »), tout cela renforce ce lien d'unité qui les unit déjà,
les ouvre à l'action unifiante de Dieu et renforce le témoignage
commun rendu à la Parole salvatrice de Dieu qu'ils donnent au monde. La
publication et la diffusion d'éditions adéquates de la Bible sont
une condition préalable de l'écoute de la Parole. Tout en
continuant à publier des éditions de la Bible qui correspondent à
ses propres normes et exigences, l'Eglise catholique collabore aussi et
volontiers avec d'autres Eglises et Communautés ecclésiales
pour réaliser des traductions et pour publier des éditions
communes, en accord avec ce qui a été prévu au deuxième
Concile du Vatican et qui est énoncé dans le Droit canonique.(172)
Elle considère la collaboration cuménique en ce domaine
comme une forme importante de service et de témoignage communs dans l'Eglise
et pour le monde.
184. L'Eglise catholique est engagée dans cette coopération
de bien des façons et à bien des niveaux. Le Conseil pontifical
pour la promotion de l'unité des chrétiens, en 1969, a inspiré
la fondation de la Fédération catholique mondiale pour l'Apostolat
biblique (Fédération biblique catholique) qui est une organisation
catholique internationale à caractère public, destinée à
la mise en uvre pastorale de Dei Verbum, chapitre VI. Dans ce but,
il serait souhaitable, là où les circonstances le permettent, tant
au niveau des Eglises particulières qu'au niveau régional,
que l'on favorise une collaboration effective entre le délégué
pour l'cuménisme et les sections locales de la Fédération.
185. Par l'intermédiaire du Secrétariat général
de la Fédération biblique catholique, le Conseil pontifical pour
la promotion de l'unité des chrétiens entretient et développe
des relations avec l'Alliance biblique universelle qui est l'organisation chrétienne
internationale avec laquelle le Secrétariat a publié conjointement
les Directives concernant la coopération interconfessionnelle dans la
traduction de la Bible.(173) Ce document établit les principes, les
moyens et les orientation pratiques de ce genre particulier de collaboration
dans le domaine biblique, qui a déjà donné des résultats
probants. Des rapports et une coopération semblables, avec des
institutions consacrées à la publication et à l'usage de la
bible, sont encouragés à tous les niveaux de la vie de l'Eglise.
Ils peuvent faciliter la coopération entre les Eglises et
Communautés ecclésiales pour le travail missionnaire, pour la catéchèse
et l'enseignement religieux, tout autant que pour la prière et l'étude
communes. Ils peuvent souvent aboutir à l'édition commune d'une
bible qui peut être utilisée par beaucoup d'Eglises et de
Communautés ecclésiales d'un territoire culturel donné, ou à
des fins plus précises telles que l'étude ou la vie liturgique.(174)
Une collaboration de cette sorte peut être un antidote contre l'usage de
la Bible selon une perspective fondamentaliste ou avec des vues sectaires.
186. Les catholiques peuvent partager l'études des Ecritures
avec des membres d'autres Eglises et Communautés ecclésiales
en de nombreuses manières et à beaucoup de niveaux différents,
allant du type de travail qui peut être fait dans des groupes de voisinage
ou paroissiaux à celui de la recherche scientifique entre exégètes
professionnels. Pour avoir une valeur cuménique, à quelque
niveau que ce soit, cette étude doit être fondée sur la foi
et nourrir la foi. Souvent elle fera voir clairement aux participants combien
les positions doctrinales des différentes Eglises et Communautés
ecclésiales et les différences de leurs approches dans
l'utilisation et l'exégèse de la bible, mènent à
des interprétations différentes de certains passages. Pour les
catholiques, il est utile que les éditions des Ecritures qu'ils
utilisent attirent l'attention sur les passages où la doctrine de l'Eglise
est engagée. Ils ne manqueront pas d'affronter les difficultés et
les différences que cause l'usage cuménique des Ecritures
avec compréhension et loyauté envers l'enseignement de l'Eglise.
Mais que cela ne les empêche pas de reconnaître combien ils sont
proches des autres chrétiens dans l'interprétation des Ecritures.
Ils en viendront à apprécier la lumière que l'expérience
et les traditions des différentes Eglises peuvent jeter sur des
passages des Ecritures qui sont particulièrement significatifs
pour eux. Ils seront ouverts à la possibilité de trouver de
nouveaux points de départ dans les Ecritures pour discuter des
points controversés. Ils seront poussés à découvrir
la signification de la Parole de Dieu en relation avec les situations humaines
contemporaines qu'ils partagent avec leurs frères chrétiens. Et
ils expérimenteront, dans la joie, la puissance unificatrice de la Parole
de Dieu.
Textes liturgiques communs
187. Les Eglises et les Communautés ecclésiales dont
les membres vivent dans un milieu culturel homogène devraient, là
où cela est possible, rédiger ensemble un recueil des textes chrétiens
les plus importants (le Notre Père, le Symbole des Apôtres, le
Credo de Nicée-Constantinople, une Doxologie trinitaire, le Gloria). Ce
recueil serait destiné à être employé régulièrement
par toutes les Eglises et Communautés ecclésiales, tout au
moins lorsqu'elles prient en commun, en des occasions cuméniques.
Un accord sur une version du Psautier à usage liturgique serait
souhaitable également, ou au moins un accord sur certains psaumes qui
sont le plus fréquemment utilisés. Il est recommandé qu'un
accord similaire soit recherché pour des lectures communes des Ecritures
destinées à l'usage liturgique. L'usage de prières
liturgiques et autres qui datent du temps de l'Eglise indivise peut aider
à développer l'esprit cuménique. Sont à
recommander également des livres de chant communs ou au moins une
collection de chants communs à insérer dans les livres de chant
des différentes Eglises et Communautés ecclésiales; à
recommander aussi une collaboration dans le développement de la musique
liturgique. Lorsque des chrétiens prient ensemble, d'une seule voix, leur
témoignage commun atteint les cieux mais il est également entendu
sur terre.
La collaboration cuménique dans le domaine de la catéchèse
188. En complément de la catéchèse normale que de
toute façon les catholiques doivent recevoir, l'Eglise catholique
reconnaît que, dans des situations de pluralisme religieux, la
collaboration dans le domaine de la catéchèse peut enrichir sa vie
et celle d'autres Eglises et Communautés ecclésiales, et
aussi fortifier sa capacité de rendre, au milieu du monde, un témoignage
commun, dans la mesure actuellement possible, à la vérité
de l'Evangile. Le fondement de cette collaboration, ses conditions et ses
limites, sont exposés dans l'Exhortation apostolique Catechesi
Tradendae:
« De telles expériences trouvent leur fondement théologique
dans les éléments qui sont communs à tous les chrétiens.
Mais la communion de foi entre les catholiques et les autres chrétiens
n'est pas complète et parfaite; il existe même, en certains cas, de
profondes divergences. En conséquence, cette collaboration cuménique
est de par sa nature même limitée: elle ne doit jamais signifier
une réduction au minimum commun. De plus, la catéchèse ne
consiste pas seulement à enseigner la doctrine, mais à initier à
toute la vie chrétienne, en faisant pleinement participer aux sacrements
de l'Eglise. D'où la nécessité, là où
il y a une expérience de collaboration cuménique dans le
domaine de la catéchèse, de veiller à ce que la formation
des catholiques soit bien assurée dans l'Eglise catholique en matière
de doctrine et de vie chrétienne ».(175)
189. En quelques pays, une forme d'enseignement chrétien, commun aux
catholiques et aux autres chrétiens, est imposée par l'Etat ou par
des circonstances particulières, et comprend des livres de textes et le
contenu du cours déjà fixé. Dans de tels cas, il ne s'agit
pas d'une vraie catéchèse, ni de livres pouvant être utilisés
comme catéchismes. Mais, quand il présente loyalement des éléments
de doctrine chrétienne, un tel enseignement a une authentique valeur cuménique.
Dans ces cas, tout en appréciant la valeur potentielle d'un tel
enseignement, il ne demeure pas moins indispensable d'assurer aux enfants
catholiques une catéchèse spécifiquement catholique.
190. Lorsque l'enseignement de la religion dans des écoles est fait
en collaboration avec des membres de religions autres que chrétiennes, un
effort particulier doit être fourni pour s'assurer que le message chrétien
est présenté de manière à rehausser l'unité
de foi existant entre des chrétiens sur des sujets fondamentaux, tout en
expliquant en même temps les divisions qui existent et les démarches
qui ont été entreprises pour les surmonter.
La collaboration dans des instituts d'enseignement supérieur
191. Il existe bien des occasions de collaboration cuménique
et de témoignage commun dans l'étude scientifique de la théologie
et des disciplines qui s'y rattachent. Une telle collaboration profite à
la recherche théologique. Elle augmente la qualité de
l'enseignement théologique, en aidant les professeurs à accorder
à l'aspect cuménique des questions théologiques
l'attention qui est requise, dans l'Eglise catholique, par le Décret
conciliaire Unitatis Redintegratio.(176) Elle facilite la formation cuménique
des agents pastoraux (voir plus haut, au chap. III). Elle aide les chrétiens
à examiner ensemble les grands problèmes intellectuels
qu'affrontent les hommes et les femmes d'aujourd'hui à partir d'un fonds
commun de sagesse et d'expérience chrétiennes. Au lieu d'accentuer
leur différence, ils sont capables d'accorder la préférence
due à la profonde harmonie de foi et de compréhension qui peut
exister au milieu de la diversité de leurs expressions théologiques.
Dans les séminaires et au premier cycle
192. La collaboration cuménique dans l'étude et
l'enseignement est également souhaitable dans les programmes de la phase
initiale de l'enseignement théologique, tels qu'ils sont établis
dans les séminaires et au premier cycle des facultés de théologie,
bien que cette étude et cet enseignement ne soient encore selon la forme
qui est possible au niveau de la recherche et chez ceux qui ont déjà
terminé leur formation théologique générale. Une
condition élémentaire de la collaboration cuménique à
ces niveaux supérieurs, qui seront envisagés aux nn. 196-203, est
que les participants soient bien formés dans leur propre foi et dans la
tradition de leur propre Eglise. L'instruction du séminaire ou du
premier cycle en théologie a pour but de donner à l'étudiant
cette formation de base. L'Eglise catholique, comme les autres Eglises
et Communautés ecclésiales, élabore le programme et les
cours qu'elle considère appropriés à ce but et choisit des
directeurs et des professeurs compétents. La règle est que les
professeurs des cours de doctrine soient catholiques. Par conséquent, les
principes élémentaires de l'initiation à l'cuménisme
et à la théologie cuménique, qui est une partie nécessaire
de la formation théologique de base,(177) sont donnés par des
professeurs catholiques. Une fois que ces intérêts fondamentaux de
l'Eglise concernant l'objectif, la valeur et les exigences d'une
formation théologique initiale compris et partagés par
beaucoup d'autres Eglises et Communautés ecclésiales
sont respectés, les étudiants et les professeurs des séminaires
catholiques et des facultés de théologie peuvent participer à
la collaboration cuménique de diverses façons.
193. Les normes pour promouvoir et régler la collaboration entre les
catholiques et les autres chrétiens, au niveau du séminaire et du
premier cycle des études théologiques, doivent être déterminées
par les Synodes des Eglises orientales catholiques et les Conférences
épiscopales, particulièrement en tout ce qui touche à
l'instruction des candidats à l'ordination. La commission cuménique
appropriée doit être entendue à ce sujet. Les directives
voulues doivent être incluses dans le programme de formation sacerdotale établi
en accord avec le Décret sur la formation des prêtres Optatam
Totius. Puisque les instituts de formation pour les membres des ordres
religieux peuvent également être concernés par cette forme
de collaboration cuménique dans la formation théologique,
les supérieurs majeurs ou leurs délégués doivent
contribuer à la rédaction des règlements en accord avec le
Décret conciliaire Christus Dominus.(178)
194. Les étudiants catholiques peuvent assister à des cours
spéciaux donnés dans les institutions, y compris les séminaires,
par des chrétiens d'autres Eglises et Communautés ecclésiales
en accord avec les critères généraux pour la formation cuménique
des étudiants catholiques et en se soumettant à toutes les
normes qui ont pu être établies par le Synode des Eglises
orientales catholiques ou la Conférence épiscopale. Quand une décision
doit être prise pour savoir s'ils doivent ou non assister réellement
à des cours spéciaux, il faut bien considérer l'utilité
du cours dans le contexte général de leur formation, la qualité
et l'esprit cuménique du professeur, le niveau de préparation
préalable des étudiants eux- mêmes, leur maturité
spirituelle et psychologique. Plus les conférences ou les cours se
rapportent de près à des sujets doctrinaux et plus il faudra évaluer
avec soin l'opportunité, pour les étudiants, d'y assister.
La formation des étudiants et le développement de leur sens cuménique
doivent être accomplis graduellement.
195. Dans le deuxième et troisième cycle des facultés,
et dans les séminaires, après que les étudiants auront reçu
la formation de base, des professeurs d'autres Eglises et Communautés
ecclésiales peuvent être invités à donner des conférences
sur les positions doctrinales des Eglises et des Communautés
qu'ils représentent, afin de compléter la formation cuménique
que les étudiants sont en train de recevoir de leurs professeurs
catholiques. Ces professeurs pourront également donner des cours de
nature technique comme par exemple, des cours de langues, de communication
sociale, de sociologie religieuse, etc. En fixant des normes pour régler
cette question, les Conférences épiscopales et les Synodes des Eglises
orientales catholiques tiendront compte du degré de développement
atteint par le mouvement cuménique dans leur pays et de l'état
des relations entre les catholiques et les autres Eglises et Communautés
ecclésiales.(179) Elles spécifieront notamment comment appliquer
dans leur région les critères catholiques concernant la
qualification des professeurs, la période de leur enseignement et leur
responsabilité quant au contenu des cours.(180) Elles donneront aussi des
indications sur la façon dont l'enseignement reçu par les étudiants
catholiques à ces cours pourra être intégré à
l'ensemble de leur programme. Les professeurs invités seront qualifiés
de « conférenciers invités ». Si nécessaire, les
institutions catholiques organiseront des séminaires ou des cours pour
situer dans son contexte l'enseignement donné par les conférenciers
d'autres Eglises ou Communautés ecclésiales. Les
professeurs catholiques invités, dans des circonstances analogues, à
donner des conférences dans les séminaires et les écoles théologiques
d'autres Eglises, se soumettront de bonne grâce aux mêmes
conditions. Un tel échange de professeurs, qui respecte les intérêts
de chaque Eglise quant à la formation théologique de base
de ses propres membres, et spécialement de ceux qui sont appelés à
être ses ministres, est une forme efficace de collaboration cuménique
et donne un témoignage commun approprié de l'intérêt
chrétien pour un enseignement authentique dans l'Eglise du Christ.
Dans les instituts supérieurs et de recherche théologique
196. Un champ de collaboration cuménique s'ouvre de façon
plus vaste à ceux qui sont engagés dans la recherche théologique
et à ceux qui enseignent à un niveau supérieur, qu'à
ceux du niveau du séminaire ou du secondaire (institutionnel). La maturité
des participants (chercheurs, professeurs, étudiants) et les études
supérieures déjà accomplies sur la foi et la théologie
de leur propre Eglise, donnent à leur collaboration une sécurité
et une richesse très particulières que l'on ne peut attendre de
ceux qui sont encore engagés dans la formation secondaire ou dans celle
du séminaire.
197. Au niveau des études supérieures, la collaboration est
assurée par des experts qui échangent et partagent leurs
recherches avec des experts d'autres Églises et Communautés ecclésiales.
Elle est pratiquée par des groupes cuméniques et des
associations d'experts désignés dans ce but. Elle est assurée,
de façon spéciale, au sein des différentes catégories
de relations qui ont été instaurées entre des institutions
appartenant à différentes Eglises pour l'étude de la
théologie. De telles relations et la collaboration qu'elles favorisent
peuvent aider à conférer un caractère cuménique
à tout le travail des institutions participantes. Elles peuvent pourvoir à
un partage de personnel, de bibliothèques, de cours, de locaux et
d'autres ressources pour le plus grand avantage des chercheurs, des professeurs
et des étudiants.
198. La collaboration cuménique est particulièrement
indiquée dans l'intérêt des instituts créés,
au sein des facultés de théologie déjà existantes,
pour la recherche et la formation spécialisée en théologie cuménique
ou bien pour l'exercice pastoral de l'cuménisme; elle est indiquée
aussi pour les instituts indépendants créés dans le même
but. Bien que ces derniers puissent appartenir à des Eglises
particulières ou à des Communautés ecclésiales, ils
seront beaucoup plus efficaces s'ils coopèrent activement avec des
instituts similaires appartenant à d'autres Eglises. D'un point de
vue cuménique, il serait utile que les instituts cuméniques
aient des membres d'autres Eglises ou Communautés ecclésiales
dans leur corps professoral et parmi leurs étudiants.
199. La création et l'administration de ces institutions et
structures pour la collaboration cuménique dans l'étude de
la théologie devraient, normalement, être confiées à
ceux qui guident les institutions en question et à ceux qui y travaillent
tout en jouissant d'une légitime liberté académique. Leur
efficacité cuménique exige qu'ils agissent en relation étroite
avec les autorités des Eglises et Communautés ecclésiales
auxquelles leurs membres appartiennent. Lorsque l'institut engagé dans de
telles structures de coopération fait partie d'une faculté de théologie
qui appartient déjà à l'Eglise catholique, ou a été
établie par l'Eglise comme une institution séparée
sous son autorité, sa relation avec les autorités de l'Eglise
dans l'activité cuménique sera définie dans les
articles de l'accord de collaboration.
200. Les instituts interconfessionnels, créés et administrés
conjointement par certaines Eglises et Communautés ecclésiales,
sont spécialement efficaces pour traiter des questions d'intérêt
commun à tous les chrétiens. Des études communes sur des
sujets tels que le travail missionnaire, les relations avec les religions
non-chrétiennes, l'athéisme et l'incroyance, l'usage des moyens de
communication sociale, l'architecture et l'art sacré et, dans le domaine
de la théologie, l'explication des Ecritures, l'histoire du salut
et la théologie pastorale, toutes ces études contribueront à
la solution de problèmes et à d'adoption de programmes adaptés
d'une façon qui peut aider à faire progresser l'unité des
chrétiens. La responsabilité de ces instituts envers les autorités
des Eglises et des Communautés ecclésiales concernées
doit être clairement définie dans leurs statuts.
201. Des associations ou des instituts peuvent être instaurés
pour l'étude commune des questions théologiques et pastorales par
des ministres des différente Eglises et Communautés
ecclésiales. Sous la conduite et avec l'aide d'experts en différents
domaines, ces ministres discutent et analysent ensemble les aspects théoriques
et pratiques de leur ministère, au sein de leurs propres communautés,
dans sa dimension cuménique et dans sa contribution au témoignage
chrétien commun.
202. Le champ d'étude et de recherche, dans les instituts
d'activité et de collaboration cuméniques, peut s'étendre
à toute la réalité cuménique, ou bien il peut
se limiter à des questions particulières qui sont étudiées
en profondeur. Lorsque des instituts se spécialisent dans l'étude
d'une discipline de l'cuménisme (la tradition orthodoxe, le
protestantisme, la Communion anglicane, et aussi les différentes
questions mentionnées au n. 200), il est important qu'ils puissent
traiter cette discipline dans le contexte de tout le mouvement cuménique
et de toutes les autres questions qui se rattachent à ce sujet.
203. Les institutions catholiques sont encouragées à devenir
membres d'associations cuméniques destinées à faire
progresser le niveau de l'enseignement théologique, à assurer une
meilleure formation à ceux qui se préparent au ministère
pastoral et une meilleure collaboration entre les institutions d'enseignement
supérieur. Elles seront ouvertes également aux propositions
faites, avec une fréquence plus grande aujourd'hui, de la part des
autorités d'universités publiques et non-confessionnelles,
d'associer, pour d'étude de la religion, différents instituts qui
leur sont rattachés. L'appartenance à ces associations cuméniques
et la participation à l'enseignement d'instituts associés doivent
respecter l'autonomie légitime des instituts catholiques dans les
domaines de programme d'études, de contenu doctrinal des sujets enseignés
et de formation spirituelle et sacerdotale des étudiants qui se préparent
à l'ordination.
La collaboration pastorale dans des situations particulières
204. Tandis que chaque Eglise et Communauté ecclésiale
s'occupe du soin pastoral de ses propres membres et qu'elle est édifiée
de manière irremplaçable par les ministres de ses communautés
locales, il existe toutefois certaines situations où le besoin religieux
des chrétiens pourrait être assuré beaucoup plus
efficacement lorsque les agents pastoraux ordonnés ou laïcs des différentes
Eglises et Communautés ecclésiales travaillent ensemble. Ce
genre de collaboration cuménique peut être pratiqué
avec succès dans la pastorale des hôpitaux, des prisons, de l'armée,
des universités, des vastes complexes industriels. Elles est également
efficace pour apporter une présence chrétienne dans le monde des
moyens de communication sociale. Il faudrait coordonner soigneusement ces ministères
cuméniques spéciaux avec les structures pastorales locales
de chaque Eglise et Communauté ecclésiale. Cela est réalisé
beaucoup plus facilement lorsque ces structures sont elles-mêmes
empreintes de l'esprit cuménique et pratiquent la collaboration cuménique
avec les unités locales correspondantes des autres Eglises et
Communautés ecclésiales. Le ministère liturgique, surtout
celui de l'Eucharistie et des autres sacrements, dans de telles situations de
collaboration, est assuré conformément aux normes que chaque Eglise
ou Communauté ecclésiale fixe pour ses membres; pour les
catholiques, elles se trouvent au chapitre IV de ce Directoire.
La collaboration dans l'activité missionnaire
205. Le témoignage commun donné par toutes les formes de
collaboration cuménique est déjà missionnaire. Le
mouvement cuménique, de fait, est allé de pair avec une
nouvelle découverte, par bien des communautés, de la nature
missionnaire de l'Eglise. La collaboration cuménique fait
voir au monde que ceux qui croient dans le Christ et vivent par son Esprit, étant
devenus enfants de Dieu qui est Père de tous, peuvent entreprendre de
surmonter, avec courage et espérance, les divisions humaines même
dans des matières aussi délicates que la foi et la pratique
religieuse. Les divisions qui existent parmi les chrétiens sont
certainement un obstacle majeur au succès de la proclamation de l'Evangile.(181)
Mais les efforts qui ont été faits pour les vaincre font beaucoup
pour compenser le scandale et donner de la crédibilité aux chrétiens
qui proclament que le Christ est Celui en qui toutes les personnes et toutes les
choses sont rassemblées dans l'unité:
« Comme évangélisateurs, nous devons offrir aux fidèles
du Christ, non pas l'image d'hommes divisés et séparés par
des litiges qui n'édifient point, mais celle de personnes mûries
dans la foi, capables de se rencontrer au delà des tensions réelles
grâce à la recherche commune, sincère et désintéressée
de la vérité. Oui, le sort de l'évangélisation est
certainement lié au témoignage d'unité donné par l'Eglise.
Voilà une source de responsabilité mais aussi de réconfort ».(182)
206. Le témoignage cuménique peut être donné
dans l'activité missionnaire elle-même. Pour les catholiques, les
bases de la collaboration cuménique avec les autres chrétiens
en mission sont: « le fondement du baptême et le patrimoine de foi
qui nous est commun ».(183) Les autres Eglises et Communautés
ecclésiales qui conduisent les fidèles à la foi dans le
Christ Sauveur et dans le baptême au nom du Père et du Fils et du
Saint-Esprit, les conduisent dans la communion réelle, bien
qu'imparfaite, qui existe entre eux et l'Eglise catholique. Les
catholiques voudraient beaucoup que tous ceux qui sont appelés à
la foi chrétienne se joignent à eux en cette plénitude de
communion qui, selon leur foi, existe dans l'Eglise catholique, et
pourtant ils reconnaissent que, dans la Providence de Dieu, certains passeront
toute leur vie chrétienne dans des Eglises ou des Communautés
ecclésiales qui n'assurent pas cette pleine communion. Ils veilleront à
respecter soigneusement la foi vivante des autres Eglises et Communautés
ecclésiales qui prêchent l'Evangile, et se réjouiront
de ce que la grâce de Dieu est à l'uvre parmi eux.
207. Les catholiques peuvent se joindre aux autres Eglises et
Communautés ecclésiales pourvu qu'il n'y ait rien de
sectaire ou de délibérément anti-catholique dans leur
travail d'évangélisation dans des organisations et des
programmes qui apportent un soutien commun aux activités missionnaires de
toutes les Eglises participantes. Un des objectifs particuliers d'une
telle collaboration sera d'assurer que les facteurs humains, culturels et
politiques qui étaient impliqués dans les divisions originelles
entre les Eglises et qui ont marqué la tradition historique de séparation,
ne soient pas transplantés dans des lieux où l'Evangile est
prêché et où des Eglises sont fondées. Ceux
qui ont été envoyés par des Sociétés
missionnaires, pour aider à la fondation et à la croissance de
nouvelles Eglises, seront particulièrement sensibles à
cette nécessité. Les Evêques pourraient y porter une
attention spéciale. C'est aux Évêques qu'il revient de déterminer
s'il devient nécessaire d'insister de façon particulière
sur des points de doctrine ou de morale à propos desquels les catholiques
diffèrent des autres Eglises et Communautés ecclésiales,
et ces dernières pourront trouver nécessaire de faire de même
à l'égard du catholicisme. Toutefois cela doit être fait,
non dans un esprit agressif ou sectaire, mais dans l'amour et le respect mutuel.(184) Les nouveaux convertis à la foi seront soigneusement élevés
dans l'esprit cuménique, « de telle sorte que, étant
bannie toute apparence d'indifférentisme, de confusionnisme et
d'odieuse rivalité, les catholiques collaborent fraternellement avec
les frères séparés, selon les dispositions du décret
sur l'cuménisme, par une commune profession de foi en Dieu et en
Jésus Christ devant les nations, dans la mesure du possible, et par une
coopération dans les questions sociales et techniques, culturelles et
religieuses ».(185)
208. La collaboration cuménique est particulièrement nécessaire
dans la mission auprès des masses déchristianisées de notre
monde contemporain. La capacité pour des chrétiens encore divisés
de donner un témoignage commun, dès maintenant, aux vérités
centrales de l'Evangile (186) peut être une invitation puissante à
une estime renouvelée de la foi chrétienne dans une société
sécularisée. Une évaluation commune des formes d'athéisme,
de sécularisation et de matérialisme qui sont à l'uvre
dans le monde d'aujourd'hui, et une façon commune de s'en occuper
seraient grandement profitables à la mission chrétienne dans le
monde contemporain.
209. Il faut donner une place spéciale à la collaboration
entre les membres de différentes Églises et Communautés
ecclésiales, dans la réflexion, dont on a constamment besoin, sur
le sens de la mission chrétienne, sur la manière d'engager le
dialogue du salut avec les membres des autres religions et sur le problème
général de la relation entre la proclamation de l'Evangile
du Christ et les cultures et formes de pensée du monde contemporain.
La collaboration cuménique dans le dialogue avec
d'autres religions
210. Dans le monde d'aujourd'hui, les contacts entre des chrétiens
et des personnes d'autres religions sont de plus en plus nombreux. Ces contacts
diffèrent radicalement des contacts entre les Églises et les
Communautés ecclésiales qui ont pour but de restaurer l'unité
voulue par le Christ entre tous ses disciples et qui, avec raison, sont dits cuméniques.
Mais en pratique ils sont profondément influencés par ces derniers
et ils influencent à leur tour les relations cuméniques, par
lesquelles les chrétiens peuvent approfondir le degré de communion
existant entre eux. Ces contacts constituent une partie importante de la coopération
cuménique. Cela est spécialement vrai de tout ce qui se
fait pour développer les relations religieuses privilégiées
que les chrétiens ont avec le peuple juif.
Pour les catholiques, les directives concernant leurs rapports avec les
juifs viennent de la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme,
et celles pour les relations avec les membres d'autres religions viennent du
Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. En établissant des
relations religieuses avec les juifs, et dans leurs rapports avec des membres
d'autres religions, conformément aux directives appropriées, les
catholiques peuvent trouver beaucoup d'occasions de collaborer avec des membres
d'autres Eglises et Communautés ecclésiales. Il y a
beaucoup de domaines en lesquels les chrétiens peuvent collaborer dans un
dialogue et dans une action commune avec les juifs, comme par exemple en luttant
ensemble contre l'antisémitisme, le fanatisme religieux et le sectarisme.
La collaboration avec d'autres croyants peut tendre à promouvoir les
perspectives religieuses des problemes de justice et de paix, de soutien à
la vie familiale, de respect envers les communautés minoritaires, mais
cette collaboration peut aussi affronter les problèmes nombreux et
nouveaux du temps présent. Dans ces contacts interreligieux, les chrétiens
peuvent faire appel, ensemble, à leurs sources bibliques et théologiques
communes, contribuant ainsi à apporter une vision chrétienne dans
ce contexte élargi, d'une façon qui, en même temps, favorise
l'unité chrétienne.
La collaboration cuménique dans la vie sociale et
culturelle
211. L'Eglise catholique considère que la collaboration cuménique
dans la vie sociale et culturelle est un aspect important du travail visant à
l'unité. Le Décret sur l'cuménisme estime qu'une
telle coopération exprime nettement le lien qui unit tous les baptisés.(187)
C'est pourquoi il encourage et appuie des formes très concrètes de
collaboration:
« Cette collaboration, déjà établie en beaucoup de
pays, doit être sans cesse accentuée, là surtout où
l'évolution sociale ou technique est en cours, soit en faisant estimer à
sa valeur la personne humaine, soit en travaillant à promouvoir la paix,
soit en poursuivant l'application sociale de l'Evangile, ou par le développement
des sciences et des arts dans une atmosphère chrétienne, ou encore
par l'apport de remèdes de toutes sortes contre les misères de
notre temps, telles que la faim et les calamités, l'ignorance et la
pauvreté, la crise du logement et l'inégale distribution des
richesses ».(188)
212. Le principe général est que la collaboration cuménique
dans la vie sociale et culturelle doit être réalisée dans le
contexte global de la recherche de l'unité des chrétiens.
Lorsqu'elle n'est pas jointe à d'autres formes d'cuménisme, spécialement à la prière et au partage spirituel,
elle peut facilement se confondre avec des intérêts idéologiques
ou purement politiques et devenir ainsi un obstacle au progrès vers
l'unité. Comme toutes les autres formes d'cuménisme, elle
doit être supervisée par l'Evêque du lieu, ou par le
Synode des Eglises orientales catholiques ou par la Conférence épiscopale.
213. Par cette collaboration, tous ceux qui croient au Christ peuvent
facilement apprendre à mieux se connaître les uns les autres, à
s'estimer davantage et à préparer la voie de l'unité des
chrétiens.(189) En de nombreuses occasions, le Pape Jean-Paul II a affirmé
l'engagement de l'Eglise catholique dans la collaboration cuménique.(190)
La même affirmation était exprimée dans la déclaration
commune du Cardinal Johannes Willebrands et du Dr Philip Potter, Secrétaire
général du Conseil cuménique des Eglises, à
l'occasion de la visite du Saint-Père au siège central du Conseil cuménique,
à Genève, en 1984.(191) C'est dans cette perspective que le
Directoire cuménique présente quelques exemples de
collaboration, à différents niveaux, mais sans prétendre
aucunement être exhaustif.(192)
a) La collaboration dans l'étude commune des questions sociales
et éthiques
214. Les Conférences épiscopales régionales ou
nationales, en collaboration avec d'autres Eglises et Communautés
ecclésiales et aussi avec des Conseils d'Eglises, pourraient
constituer des groupes destinés à donner une commune expression
aux valeurs chrétiennes et humaines fondamentales. Cette sorte de
discernement fait en commun aiderait à fournir un important point de départ
pour aborder cuméniquement des questions de nature sociale et éthique;
cela développerait la dimension morale et sociale de la communion
partielle dont les chrétiens de différentes Eglises et
Communautés ecclésiales bénéficient déjà.
Le but d'une étude commune de cette sorte est de promouvoir une
culture chrétienne, une « civilisation de l'amour »
l'humanisme chrétien dont les Papes Paul VI et Jean-Paul II ont souvent
parlé. Pour édifier cette culture nous devons établir
clairement quelles sont les valeurs qui la constituent et quelles sont celles
qui la menacent. Par conséquent, il est clair que cette étude
comportera, par exemple, une reconnaissance de la valeur de la vie, de la
signification du travail humain, des questions de justice et de paix, de liberté
religieuse, des droits de l'homme et des droits à la terre. Elle devra
aussi mettre l'accent sur les facteurs qui, dans la société,
menacent des valeurs fondamentales comme la pauvreté, le racisme, la
consommation à outrance, le terrorisme, et aussi tout ce qui menace la
vie humaine à quelque étape que ce soit de son développement.
La longue tradition de l'enseignement social de l'Eglise catholique
pourra abondamment fournir directives et inspirations pour ce genre de
collaboration.
b) La collaboration dans le domaine du développement, des besoins
humains et de la sauvegarde de la création
215. Il y a un lien intrinsèque entre le développement, les
besoins humains et la sauvegarde de la création. L'expérience nous
a appris que le développement répondant aux besoins humains ne
peut mésuser ou abuser des ressources naturelles sans graves conséquences.
La responsabilité du soin de la création, laquelle a en elle-même
sa dignité particulière, a été donnée par le
Créateur lui-même à tous les peuples en tant que gardiens de
la création.(193) A des niveaux variés, on encourage les catholiques
à participer à des initiatives communes destinées à
l'étude et à l'action concernant des problèmes qui
menacent la dignité de la création et mettent en danger la race
humaine tout entière. D'autres sujets pour une telle étude et une
telle action pourraient inclure, par exemple, certaines formes
d'industrialisation rapide et de technologie non contrôlées, qui
causent la pollution de l'environnement naturel et ont des conséquences
graves pour l'équilibre écologique comme la destruction des forêts,
les essais nucléaires et l'usage irrationnel ou le mauvais usage des
ressources naturelles, renouvelables ou non renouvelables. Un aspect important
de l'action commune en ce domaine consiste à apprendre aux hommes à
utiliser ces ressources tout autant qu'à en planifier l'utilisation et à
sauvegarder la création.
Le domaine du développement, qui est principalement une réponse
aux besoins humains, offre une variété de possibilités pour
la collaboration entre l'Eglise catholique et les Eglises et
Communautés ecclésiales aux niveaux régional, national et
local. Une telle collaboration comprendrait, entre autres, l'action pour une
société plus juste, pour la paix, pour la promotion des droits et
de la dignité de la femme et pour une distribution plus équitable
des ressources. En ce sens, il serait possible d'assurer un service commun des
pauvres, des malades, des handicapés, des personne âgées et
de tous ceux qui souffrent à cause des injustes « structures de péché
».(194) La collaboration en ce domaine est particulièrement recommandée
là où existe une forte concentration de la population avec des
conséquences graves sur l'habitat, la nourriture, l'eau, le vêtement,
l'hygiène et les soins médicaux. Un aspect important de la
collaboration en ce domaine serait de s'occuper du problème des migrants,
des réfugiés et des victimes de catastrophes naturelles. Dans des
cas d'urgence à l'échelle mondiale, l'Eglise catholique
recommande la mise en commun des ressources et des services avec des organismes
internationaux d'Eglises, pour des raisons d'efficacité et de coût.
Elle conseille également la collaboration cuménique avec des
organisations internationales qui sont spécialisées en ce domaine.
c) La collaboration dans le domaine de la médecine
216. Le domaine tout entier de la santé constitue un
domaine très important pour la collaboration cuménique. En
quelques pays, la collaboration cuménique des Eglises dans
des programmes de soins sanitaires est vital pour que des soins adéquats
soient assurés. De plus en plus, cependant, la collaboration en ce
domaine, qu'elle soit au niveau de la recherche ou à celui des soins
eux-mêmes, soulève des problèmes d'éthique médicale
qui sont à la fois un défi et une occasion pour la collaboration cuménique.
Le devoir mentionné précédemment d'établir les
valeurs fondamentales qui sont des parties intégrantes de la vie chrétienne,
est spécialement urgent étant donné le développement
rapide de domaines tels que la génétique. Dans ce contexte, les
indications du document de 1975 sur la « collaboration cuménique
» sont particulièrement pertinentes: « Tout spécialement
quand les lois morales sont en cause, la position doctrinale de l'Eglise
catholique doit être explicitement présentée et les
difficultés qui peuvent en résulter pour la collaboration cuménique
doivent être prises en considération en toute honnêteté
et loyauté à l'égard de l'enseignement catholique ».(195)
d) La collaboration dans les médias
217. Dans ce domaine, il est possible de collaborer dans la compréhension
de la nature des médias modernes et particulièrement du défi
qu'ils lancent aux chrétiens d'aujourd'hui. La collaboration pourrait
porter sur les moyens de faire passer les principes chrétiens dans les médias,
sur l'étude des problèmes qui existent en ce domaine et aussi sur
l'éducation des gens pour un usage critique des médias. Les
groupes interconfessionnels peuvent être spécialement efficaces en
tant que comités consultatifs pour les médias publics, notamment
lorsqu'il s'agit de sujets religieux. Ils peuvent être particulièrement
utiles dans les pays où la majorité des spectateurs, auditeurs ou
lecteurs appartient à une seule Eglise ou Communauté ecclésiale.
« Les occasions pour une telle collaboration sont presque sans limites.
Quelques-unes sont évidentes: programmes communs de radio et de télévision;
projets et services éducatifs, spécialement pour les parents et
les jeunes; réunions et discussions entre professionnels qui peuvent se
situer au niveau international; collaboration dans la recherche dans les médias,
spécialement pour la formation professionnelle et l'éducation ».(196)
Là où les structures inter- confessionnelles existent déjà,
avec pleine participation catholique, il faudrait les renforcer particulièrement
pour l'usage de la radio, de la télévision, pour le travail de
publication et de l'audio-visuel. Il faudrait aussi que chaque organisme
participant ait la possibilité de parler de sa propre doctrine et de sa
vie concrète.(197)
218. Parfois il pourrait être important de travailler en
collaboration mutuelle, soit par la participation d'agents catholiques de la
communication à des initiatives d'autres Eglises et Communautés
ecclésiales soit par la participation inverse. La collaboration cuménique
pourrait comprendre des échanges entre les Organisations catholiques
internationales et les organisations de la communication d'autres Eglises
et communautés ecclésiales (comme, par exemple, pour la célébration
de la Journée mondiale de la communication sociale). L'usage commun de
satellites et de réseaux télévisés par câbles
pourrait aussi fournir un exemple de collaboration cuménique.(198) Il
est clair que ce genre de collaboration devrait se réa- liser au niveau régional
en relation avec les commissions cuméniques et au niveau
international avec le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des
chrétiens. La formation d'agents catholiques de la communication doit
comporter une sérieuse préparation cuménique.
Cité du Vatican, 1993
Cardinal Edward Idris Cassidy Président
+ Pierre Duprey Evêque tit. de Thibar Secrétaire
(1) Secrétariat pour la promotion de l'unité des chrétiens
(SPUC), Directoire cuménique, Ad totam Ecclesiam, AAS 1967,
574-592; AAS 1970, 705-724.
(2) Discours du Pape Jean-Paul II à l'assemblée plénière
du SPUC, 6 février 1988, AAS 1988, 1203.
(3) Parmi eux figurent le Motu Proprio Matrimonia Mixta, AAS 1970,
257-263; les Réflexions et suggestions concernant le dialogue cuménique,
SPUC, Service d'Information (SI) 12, 1970, pp. 3-11; l'Instruction
sur l'admission d'autres chrétiens à la communion eucharistique
dans l'Eglise catholique, AAS 1972, 518-525; la Note sur
certaines interprétations de l'Instruction sur les cas
d'admission d'autres chrétiens à la communion eucharistique dans
l'Eglise catholique, AAS 1973, 616-619; le document sur La
Collaboration cuménique au plan régional, au plan
national et au plan local, SPUC, SI 29, 1975, pp. 8-34; l'Exhortation
apostolique Evangelii nuntiandi (EN) de 1975; la Constitution
apostolique Sapientia Christiana (SapC) sur les universités et
facultés ecclésiastiques (1979), l'Exhortation apostolique Catechesi
tradendae (CT) de 1979, et la Relatio Finalis du Synode
extraordinaire des Evêques de 1985; la Ratio fundamentalis
Institutionis sacerdotalis, de la Congrégation pour l'éducation
catholique, Rome 1985; la Constitution apostolique Ex corde Ecclesiae, AAS
1990, 1475-1509.
(4) AAS 1988, 1204.
(5) Cf. CIC, can. 755; CCEO, cann. 902 et 904, § 1. Dans
ce Directoire l'adjectif catholique s'applique aux fidèles et aux
Églises qui sont en pleine communion avec l'Evêque de Rome.
(6) Cf. infra, nn. 35 et 36.
(7) La Constitution apostolique Pastor Bonus (1988) affirme:
Art. 135: « Le Conseil a pour fonction de s'engager, par le moyen
d'initiatives et d'activités opportunes, dans la tâche cuménique
de rétablir l'unité entre chrétiens.
Art. 136: § 1) Il veille à ce que soient mis en uvre les décrets
du Concile Vatican II concernant l'cuménisme et en assure l'exécution.
§ 2) Il favorise les rencontres catholiques, nationales ou internationales,
aptes à promouvoir l'unité des chrétiens, les met en
relation et les coordonne, et suit leurs activités. § 3) Après
avoir préalablement soumis les questions au Souverain Pontife, il
s'occupe des relations avec les frères des Eglises et Communautés
ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l'Eglise
catholique, et surtout promeut le dialogue et les conversations pour favoriser
l'unité avec elles, en faisant appel à la collaboration d'experts
compétents dans la doctrine théologique. Il désigne les
observateurs catholiques pour les rencontres entre chrétiens et invite
des observateurs d'autres Eglises et Communautés ecclésiales
aux rencontres catholiques, chaque fois que cela lui paraît opportun.
Art. 137: § 1) Etant donné que la matière à
traiter par ce dicastère touche souvent, de par sa nature, à des
questions de foi, il est nécessaire qu'il travaille en étroite
liaison avec la Congrégation pour la Doctrine de la foi, surtout
lorsqu'il s'agit de rendre publics des documents et des déclarations; §
2) Pour traiter des affaires de grande importance qui regardent les Eglises
séparées d'Orient, il doit d'abord consulter la Congrégation
pour les Eglises orientales ».
(8) A moins d'indication contraire, l'expression « Eglise
particulière » est employée dans ce Directoire pour désigner
un diocèse, une éparchie ou une circonscription ecclésiastique
équivalente.
(9) Jn 17, 21; cf. Eph 4, 4.
(10) Constitution apostolique Lumen Gentium (LG), n. 1.
(11) Cf. LG, nn. 1-4 et Décret conciliaire sur l'cuménisme,
Unitatis Redintegratio (UR), n. 2.
(12) Cf. UR, n. 2.
(13) Cf. LG, n. 2, § 5.
(14) UR, n. 2; cf. Eph 4, 12.
(15) Cf. LG, chap. III.
(16) Cf. Act 2, 42.
(17) Cf. Relatio finalis du Synode extraordinaire des Evêques
de 1985: « L'ecclésiologie de communion est l'idée centrale
et fondamentale des documents conciliaires » (C, 1); cf. Congrégation
pour la doctrine de la foi, Lettre aux Evêques de l'Eglise
catholique sur certains aspects de l'Eglise comprise comme communion (28
mai 1992).
(18) Cf. LG, n. 14.
(19) Décret sur la charge pastorale des Evêques, Christus
Dominus (CD), n. 11.
(20) Cf. LG, n. 22.
(21) Jn 17, 21.
(22) LG, n. 8.
(23) LG, n. 9.
(24) Cf. UR, nn. 3 et 13.
(25) Cf. UR, n. 3: « Assurément, des divergences variées
entre eux [ceux qui croient au Christ] et l'Eglise catholique sur des
questions doctrinales, parfois disciplinaires, ou sur la structure de l'Eglise,
constituent nombre d'obstacles, parfois fort graves à la pleine communion
ecclésiale. Le mouvement cuménique tend à les
surmonter ». De telles divergences continuent à exercer leur
influence et provoquent parfois de nouvelles divisions.
(26) UR, n. 3.
(27) UR, n. 4.
(28) Cf. UR, nn. 14-18. Le terme « orthodoxe » est généralement
appliqué aux Eglises orientales ayant accepté les décisions
des conciles d'Ephèse et de Chalcédoine. Toutefois, récemment
ce terme a aussi été appliqué, pour des raisons
historiques, aux Eglises n'ayant pas accepté des formules
dogmatiques, de l'un ou de l'autre des deux conciles cités (cf. UR,
n. 13. Pour éviter toute confusion, dans ce Directoire, le terme général
de: « Eglises orientales » sera utilisé pour désigner
toutes les Eglises des diverses traditions orientales qui ne sont pas en
pleine communion avec l'Eglise de Rome.
(29) Cf. UR, nn. 21-23.
(30) Ibidem, n. 3.
(31) Cf. ibidem, n. 4.
(32) UR, n. 2; LG, n. 14; CIC, can. 205; CCEO,
can. 8.
(33) Cf. UR, nn. 4 et 15-16.
(34) Relatio finalis du Synode extraordinaire des Evêques
(1985), C, 7.
(35) Cf. Jn 17, 21.
(36) Cf. Rom 8, 26-27.
(37) Cf. UR, n. 5.
(38) Cf. infra, nn. 92-101.
(39) Dans ce Directoire lorsqu'on parle d'Ordinaire du lieu on se réfère
également aux hiérarques du lieu des Eglises
orientales, selon la terminologie du CCEO.
(40) Par Synodes des Eglises orientales catholiques on entend
les autorités supérieures des Eglises orientales
catholiques sui juris comme prévu dans le CCEO.
(41) Cf. Déclaration conciliaire Dignitatis Humanae (DH), n.
4): « Dans la propagation de la foi et l'introduction des pratiques
religieuses, on doit toujours s'abstenir de toute forme d'agissements ayant un
relent de crcition, de persuasion malhonnête ou simplement peu
loyale, surtout s'il s'agit de gens sans culture et sans ressources ». En même
temps il faut affirmer avec la même déclaration que « les
groupes religieux ont aussi le droit de ne pas être empêchés
d'enseigner et de manifester leur foi publiquement, de vive voix et par écrit
» (ibidem).
(42) Cf. UR, nn. 9-12; 16-18.
(43) UR, n. 8.
(44) 1 Cor 13, 7.
(45) Cf. UR, n. 3.
(46) Cf. LG, n. 23; CD, n. 11; CIC, can. 383, § 3
et CCEO, can. 192, § 2.
(47) Cf. CIC, can. 755, § 1; CCEO, cann. 902 et 904, §
1.
(48) Cf. CIC, cann. 216 et 212; CCEO, cann. 19 et 15.
(49) Cf. Le phénomène des sectes ou nouveaux mouvements
religieux: un défi pastoral, Rapport intérimaire basé
sur les réponses (environ 75) et la documentation reçues au 30
octobre 1985 des Conférences épiscopales régionales ou
nationales, SPUC, SI 61, 1986, pp. 158-169.
(50) Cf. infra, nn. 166-171.
(51) UR, n. 4.
(52) Cf. CCEO, can. 904, § 1; CIC, can. 755, § 2.
(53) Cf. UR, nn. 9 et 11; cf. aussi Réflexions et
suggestions concernant le dialogue cuménique, op. cit.
(54) Cf. UR, n. 12; Décret conciliaire sur l'activité
missionnaire de l'Eglise Ad Gentes (AG), n. 12 et La
collaboration cuménique au niveau [...], op. cit., n. 3.
(55) Cf. UR, n. 5.
(56) AG, n. 15; cf. aussi ibidem, nn. 5 et 29; cf.
l'Exhortation apostolique du Pape Paul VI Evangelii Nuntiandi (EN), nn.
23, 28 et 77; en outre cf. infra, nn. 205-209.
(57) UR, n. 5.
(58) Cf. UR, n. 7.
(59) UR, n. 6.
(60) Ambrosiaster, PL 17, 245.
(61) Cf. CIC, can. 209, § 1; CCEO can. 12, § 1.
(62) Constitution apostolique sur la Révélation Dei Verbum
(DV), n. 21.
(63) Cf. UR, n. 21.
(64) EN, n. 77.
(65) Cf. UR, n. 11; AG, n. 15. Pour ces considérations,
cf. Directoire Général de Catéchèse, nn. 27,
43 et infra, nn. 75 et 176.
(66) Cf. UR, nn. 3-4.
(67) Cf. Exhortation apostolique Catechesi Tradendae (CT), n. 3 et
CCEO, can. 625.
(68) Cf. CT, n. 32.
(69) Cf. ibidem.
(70) Cf. UR, n. 6 et Constitution dogmatique Gaudium et Spes
(GS), n. 62.
(71) En ce qui concerne la collaboration cuménique dans le
domaine de la catéchèse, cf. CT, n. 33 et infra, nn.
188-190.
(72) Constitution sur la Liturgie Sacrosanctum Concilium (SC), n. 14.
(73) Ibidem, n. 2.
(74) UR, n. 2.
(75) SC, n. 48.
(76) UR, n. 8.
(77) Cf. ibidem, n. 7.
(78) Cf. LG, n. 15 et UR, n. 3.
(79) Cf. infra, nn. 102-142.
(80) Cf. infra, nn. 161-218.
(81) LG, n. 11.
(82) Cf. EN, n. 71; cf. aussi infra, nn. 143-160.
(83) Exhortation apostolique Familiaris Consortio (FC), n. 78.
(84) Cf. CIC, can. 529, § 2.
(85) Cf. Déclaration conciliaire Gravissimum Educationis (GE),
nn. 6-9.
(86) Cf. LG, n. 31.
(87) UR, n. 24.
(88) Cf. GS, n. 62, § 2; UR, n. 6; Mysterium
Ecclesiae (ME), n. 5.
(89) AAS 1973, 402-404.
(90) Directoire cuménique, AAS 1970, 705-724.
(91) Cf. ME, n. 4; cf. aussi nn. 61a et 176.
(92) UR, n. 10; cf. CIC, can. 256, § 2; CCEO, cann.
350, § 4 et 352, § 3.
(93) Cf. UR, nn. 14-17.
(94) Cf. UR, chap. I.
(95) Cf. ibidem, chap. III.
(96) Cf. supra, nn. 76-80.
(97) Cf. infra, nn. 194-195.
(98) Cf. infra, nn. 192-194.
(99) Décret conciliaire Perfectae Caritatis (PC), n. 2.
(100) Cf. infra, nn. 50-51.
(101) Cf. SapC, « Normes d'application », Art. 51, 1o, b.
(102) SapC n. 69.
(103) Cf. UR, n. 22.
(104) Cf. ibidem.
(105) Pour tous les chrétiens, on doit tenir compte du risque
d'invalidité du baptême conféré par aspersion,
surtout collective.
(106) Cf. SPUC, Directoire cuménique, AAS 1967, 574-592.
(107) Cf. CIC, can. 874, 2. D'après l'explication contenue dans
les Acta Commissionis (Communicationes 5, 1983, p. 182), l'expression
communitas ecclesialis n'inclut pas les Eglises orientales qui ne sont
pas en pleine communion avec l'Eglise catholique (« Notatur insuper
Ecclesias Orientales Orthodoxas in schemate sub nomine communitatis ecclesialis
non venire »).
(108) Cf. DE, n. 48, AAS 1967, 574-592; CCEO, can.
685, § 3.
(109) Cf. UR, n. 4; CCEO, cann. 896-901.
(110) Cf. UR, n. 4.
(111) Cf. CIC, can 869, § 2, et supra n. 95.
(112) Cf. CIC, can. 869, §§ 1 et 3.
(113) Cf. UR, n. 8.
(114) Cf. UR, nn. 3 et 8; infra, n. 116.
(115) Cf. LG, n. 8; UR, n. 4.
(116) Cf. UR, n. 3.
(117) Cf. ibidem, nn. 3, 15, 22.
(118) Cf. CIC, can. 908; CCEO, can. 702.
(119) Cf. UR, n. 8.
(120) Cf. SC, n. 106.
(121) Cf. CCEO, can. 881, § 1; CIC, can. 1247.
(122) Cf. CIC, can. 1247; CCEO, can. 881, § 1.
(123) Cf. CIC, can. 1183, § 3; CCEO, can. 876, § 1.
(124) Cf. CIC, can. 1184; CCEO, can. 887.
(125) Cf. UR, n. 14.
(126) Ibidem, n. 15.
(127) Ibidem.
(128) Cf. CIC, can. 844, § 2 et CCEO, can. 671, §
2.
(129) Cf. CIC, can. 844, § 3; CCEO, can. 671, § 3 et
cf. supra, n. 106.
(130) Cf. CIC, can. 840 et CCEO, can. 667.
(131) Cf. UR, n. 3.
(132) UR, n. 22.
(133) Cf. UR, n. 8; CIC, can. 844, § 1 et CCEO, can.
671, § 1.
(134) Cf. CIC., can. 844, § 4 et CCEO, can. 671, §
4.
(135) Pour l'établissement des ces normes on se référera
aux documents suivants: Instruction sur les cas d'admission des autres chrétiens
à la communion eucharistique dans l'Eglise catholique (1972)
et Note sur certaines interprétations de l'« Instruction sur les
cas d'admission des autres chrétiens à la communion eucharistique
dans l'Eglise catholique (1973).
(136) Cf. CIC, can. 844, § 5 et CCEO, can. 671, § 5.
(137) Cf. CIC, can. 844, § 4 et CCEO, can. 671, § 4.
(138) Cf. CIC can. 767 et CCEO, can. 614, § 4.
(139) Cf. CIC, can. 1124 et CCEO, can. 813.
(140) Cf. FC, n. 78.
(141) Cf. UR, n. 3.
(142) Cf. CIC, cann. 1125, 1126 et CCEO, cann. 814, 815.
(143) Cf. CIC, can. 1366 et CCEO, can. 1439.
(144) UR, n. 15.
(145) Cf. CIC, can. 1127, § 1 et CCEO, can. 834, §
2.
(146) Cf. CIC, can. 1127, § 1 et CCEO, can. 834, §
1.
(147) Cf. CCEO, can. 835.
(148) Cf. CIC, can. 1127, § 2.
(149) Cf. CIC, can. 1127, § 2.
(150) Cf. CIC, can. 1127, § 3 et CCEO, can. 839.
(151) Ordo celebrandi Matrimonium, n. 8.
(152) Cf. supra, n. 125.
(153) Cf. supra, nn. 129-131.
(154) Cf. supra, nn. 125, 130 et 131.
(155) Cf. supra, n. 132.
(156) UR, n. 12.
(157) Lettre encyclique Redemptor Hominis (RH), n. 12.
(158) Dans ce contexte, le terme « Eglise » doit généralement
être entendu dans le sens sociologique plutôt que dans le sens
strictement théologique.
(159) SPUC, La collaboration cuménique au plan [...], op.
cit., n. 4 A c).
(160) Les Conférences épiscopales et les Synodes des Eglises
orientales catholiques prendront soin de ne pas autoriser la participation des
catholiques à des Conseils dans lesquels se trouvent des groupes qui ne
sont pas vraiment considérés comme communauté ecclésiale.
(161) Cf. UR, n. 9.
(162) Cf. UR, n. 11.
(163) Op. cit., n. 4, b; cf. aussi UR, n. 11 et ME, 4. Cf. également
supra nn. 61a, 74-75 et infra, 181.
(164) Cf. 1 Thes 2, 13.
(165) Jude 3.
(166) Cf. LG, n. 12.
(167) Ibidem.
(168) Cf. UR, n. 6 et GS, n. 62.
(169) Cf. UR, n. 11.
(170) Cf. DV, chap. 6.
(171) UR, n. 21.
(172) Cf. CIC, can. 825, § 2 et CCEO, can. 655, § 1.
(173) Edition révisée en 1987 du document de 1968, dans SI
du SPUC, n. 65, pp. 150-156.
(174) En accord avec les normes établies dans le CIC, cann.
825-827, 838, dans le CCEO, cann. 655-659, 668 et dans le Decretum
de la S. Congregatio pro Doctrina Fidei Ecclesiae pastorum de
Ecclesiae pastorum vigilantia circa libros (19 mars 1975) in AAS 1975,
281-284.
(175) N. 33.
(176) Cf. nn. 10-11.
(177) Cf. supra, n. 70, et la Lettre circulaire du SPUC aux Evêques
sur l'enseignement cuménique, n. 6, dans SI, n. 62, 1986,
p. 214.
(178) Cf. n. 35, 5-6.
(179) Cf. SPUC, lettre circulaire sur l'enseignement oecuménique, op.
cit., n. 10a.
(180) Cf. ibidem.
(181) Cf. UR, n. 1.
(182) EN, n. 77.
(183) Ibidem.
(184) Cf. AG, n. 6.
(185) Ibidem, n. 15.
(186) Cf. RH, n. 11.
(187)Cf. UR, n. 12.
(188) Ibidem.
(189) Cf. ibidem.
(190) Discours à la Curie romaine du 28 juin 1985, AAS 1985,
1148-1159; cf. aussi Lettre encyclique Sollicitudo Rei Socialis (SRS),
n. 32.
(191) Cf. SPUC, SI, n. 55, 1984, pp. 46-48.
(192) La collaboration cuménique au plan [...], op. cit.,
n. 3.
(193) Cf. RH, nn. 8, 15, 16; SRS, nn. 26, 34.
(194) SRS, n. 36.
(195) Op. cit., n. 3 g.
(196) Instruction pastorale de la Commission pontificale pour les
Communications sociales, Communio et Progressio, n. 99, AAS 1971,
593-656.
(197) La collaboration cuménique au plan [...], op. cit.,
n. 3, f.
(198) Cf. Conseil pontifical pour les communications sociales, Critères
de collaboration cuménique et inter religieuse dans les
communications, nn. 11 et 14, La Documentation catholique n. 1995 (1989) pp.
1038-1039.
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