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CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE L'UNITÉ DES CHRÉTIENS

ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE 2003

 

Prolusio du Président
Cardinal Walter Kasper

 

I. Les Principes

Au cours des deux années écoulées depuis l’Assemblée plénière de novembre 2001, l’activité du Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens [CPPUC] – conformément à notre mandat – a continué à encourager et à promouvoir l’œcuménisme, « tel que l'Église le comprend » (cf. CD 16), c'est-à-dire sur la base des principes catholiques de l’œcuménisme, tels qu’ils ont été formulés par le deuxième Concile du Vatican (UR 2-4) et souvent interprétés par le Pape actuel, en particulier dans l’encyclique « Ut unum sint » (1995), de manière à pouvoir progresser. Les bases juridiques se trouvent dans le CIC, le CCEO, la Constitution « Pastor bonus » (1988), ainsi que dans le Directoire œcuménique (1993).

Dans le respect de la responsabilité qui lui a été confiée, le CPPUC ne fait pas d’œcuménisme de sa propre autorité ni selon ses préférences. Nous sommes tenus d’accomplir la mission de Jésus et la prière qu’il a prononcée la veille de sa mort (Jn 17, 21), et nous travaillons sur mandat de l'Église. Celle-ci, au Concile Vatican II, s’est engagée de manière irréversible – a dit le Pape – à prendre la voie de la recherche œcuménique (UUS 3). L’unité est un concept fondamental dans l’Ancien et le Nouveau Testament comme dans la profession de foi de l'Église. Nous confessons un seul Dieu, un seul Seigneur Jésus Christ, un seul Esprit, un seul baptême, une seule Eglise (cf. Ep 4, 4-6). C’est pourquoi l’œcuménisme n’est pas un simple complément de la mission pastorale de l'Église, mais son fondement est au cœur même de cette mission (UUS 9, 20) ; le Concile Vatican II le considère comme un de ses buts principaux (UR 1) et c’est une des priorités pastorales du Pontificat actuel (UUS 99). La route œcuménique est la route de l'Église (UUS 7).

La promotion de l’unité des chrétiens est à la fois la tâche de l’œcuménisme ad extra – c’est-à-dire l’œcuménisme du dialogue avec les Églises et les Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l’Église catholique – et celle de l’œcuménisme ad intra, à savoir la promotion et la divulgation de l’esprit et de l’action  œcuménique dans l’Église catholique elle-même. De ce dernier font partie, à titre d’exemple, les rencontres avec les Évêques et les Conférences épiscopales, en particulier dans le cadre des visites ad limina, ainsi que les nombreuses visites et conférences organisées afin de faire connaître et d’encourager l’engagement œcuménique au niveau local.

Il ne s’agit pas d’un œcuménisme quelconque, mais d’un œcuménisme de la vérité et de la charité, et en aucun cas un œcuménisme au prix de la vérité (UR 11 ; UUS 18 ; 36). Son but est l’unité visible de l'Église dans la foi, les sacrements, en particulier dans la célébration commune de l’Eucharistie, et dans le gouvernement de l'Église. Le dialogue œcuménique se distingue qualitativement du dialogue interreligieux tant par la base théologique sur laquelle il se fonde que par son objectif. Le dialogue interreligieux n’est pas un œcuménisme élargi ou un macro-œcuménisme mais un dialogue se basant sur le respect humain et religieux réciproque ayant pour but une compréhension approfondie, amicale et donnant lieu à la collaboration.

Lors de l’Assemblée plénière précédente de 2001, nous avons cherché à préciser le but visé à l’aide du concept de communio de la Bible et de l'Église primitive, dans le cadre d’une ecclésiologie de communio catholique. Ce concept fondamental a été la base de notre travail des deux dernières années. Nous désirons l’approfondir au cours de la présente Assemblée plénière à l’aide d’une spiritualité de communio, telle que l’a exposée le Pape Jean-Paul II dans son « programme » pour le troisième millénaire, et dans sa Lettre Apostolique Novo millennio ineunte (2001) (en particulier les numéros 43-45).

 

II. La situation œcuménique – Lumières et ombres

1. Rien n’est changé dans notre tâche durant ces deux dernières années, tandis que la situation dans laquelle nous devons l’accomplir est en voie de rapide transformation. Ce qui a été dit en 2001 à propos du changement de la situation œcuménique est toujours valable. L’analyse faite à l’époque s’est confirmée : le changement de la scène œcuménique à laquelle nous nous étions référé s’est encore accentué. Lumières et ombres s’équilibrent.

D’une part, nous nous réjouissons de constater que la conscience œcuménique de la « base » a grandi ; dans de nombreuses paroisses et communautés, l’œcuménisme est devenu une réalité presque naturelle qui les enrichit ; il est solidement enraciné dans la vie de l'Église. Les rapports qui nous sont parvenus à l’occasion de cette Assemblée plénière le démontrent très clairement ; les autres informations et témoignages que nous avons recueillis, et qui ne représentent que des échantillons, montrent à quel point ce ne sont nullement des activités œcuméniques extérieures ; nous avons reçu un grand nombre de touchants témoignages d’une spiritualité œcuménique vécue. Il faut surtout citer avec gratitude les nombreux groupes et communautés qui se sont chargés de l’organisation de la Semaine de prière pour l’unité. Bien qu’il existe des zones où l’œcuménisme spirituel doit encore progresser, il ressort des Rapports sur la pratique de la spiritualité élaborés pour cette Assemblée plénière et de l’Enquête réalisée par notre Dicastère auprès des Conférences Épiscopales afin d’obtenir des informations sur la diffusion de la « Prière pour l’Unité » que l’intérêt pour un œcuménisme spirituel est en forte croissance. Dans l’ensemble, on peut dire que la tâche confiée au CPPUC correspond aux attentes et aux aspirations de nombreux chrétiens, « que tous soient un ».

Ce que le Pape Jean-Paul II, dans l’encyclique « Ut unum sint » de 1995, a appelé les fruits du dialogue œcuménique, garde toute sa validité : « Pour la première fois dans l’histoire, l’action en faveur de l’unité des chrétiens a atteint de telles proportions et s’est étendue de manière aussi large. C’est déjà un don immense que Dieu a accordé et qui mérite toute notre gratitude » (n° 41). Le Pape indique dans la redécouverte de la fraternité le fruit proprement dit. « Par exemple – dans l’esprit même du Discours sur la Montagne -, les chrétiens d’une confession ne considèrent plus désormais les autres chrétiens comme des ennemis ou des étrangers, mais ils voient en eux des frères et des sœurs ». Et en guise de récapitulation, le Pape dit : « En un mot, les chrétiens se sont convertis à une charité fraternelle qui englobe tous les disciples du Christ ». Il ajoute : « À ce propos, il convient de réaffirmer que la reconnaissance de la fraternité n’est pas la conséquence d’une philanthropie libérale ou d’un vague esprit de famille. Elle s’enracine dans la reconnaissance de l’unique Baptême et dans l’exigence qui en découle que Dieu soit glorifié dans son œuvre » (n° 42).

L’unité de l'Église est à la fois signe et moyen de l’union de tout le genre humain (LG 1). C’est pourquoi la solidarité des chrétiens est au service du genre humain. Cette collaboration au service de la liberté, de la justice, de la paix, de l’avenir du monde et dans le service caritatif et diaconal concret s’est également renforcée. « Il est clair, et l’expérience le prouve, que dans certaines circonstances la voix commune des chrétiens a plus d’influence qu’une voix isolée » (UUS 43).

Ainsi, il était remarquable et impressionnant de voir comment, l’année dernière et cette année, toutes les Églises et Communautés ecclésiales, en une syntonie non concertée, se sont prononcées en faveur de la paix et contre la guerre. À la Journée de prière pour la paix à Assise en 2002, elles ont affirmé ensemble que Dieu est une Parole de paix et qu’il ne peut donc en aucun cas être invoqué pour justifier la violence. En Europe, et pour souligner et conserver les racines chrétiennes de l’Europe, une intense collaboration a été menée aussi bien avec les Églises orthodoxes qu’avec la Conférence des Églises européennes (KEK).

2. Par contre, à côté du mouvement œcuménique pour l’unité, il existe malheureusement des tendances en sens opposé, qui suscitent des tensions et parfois même des divisions au sein des Églises, des Communautés ecclésiales et des Familles confessionnelles. Alors que, d’une part, on parvient parfois à vaincre les anciens contrastes, ou tout au moins à créer un rapprochement, d’autre part, de nouvelles divergences surgissent, le plus souvent sur des questions à caractère éthique telles que l’avortement, le divorce, l’euthanasie, l’homosexualité, etc. ; de même, les problèmes ethniques, sociaux et politiques ont souvent pour effet de causer des divisions. Les tensions entre les Églises orthodoxes autocéphales, au sein de la Communion anglicane et des Communautés ecclésiales de tradition réformée, et parfois même dans l'Église catholique, sont nuisibles au dialogue œcuménique, car l’absence de consensus intérieur rend plus difficile, voire impossible, le consensus extérieur. Cette situation peut conduire à la paralysie de l’œcuménisme et même à l’impuissance œcuménique.

À ce propos, la question qui se pose est la suivante : qui sont nos partenaires, alors que nous voyons certaines Familles confessionnelles mondiales paralysées par leurs conflits intérieurs, tandis que des groupes appartenant à ces Familles sont ouverts au dialogue et frappent à notre porte ? En principe, le CPPUC n’entretient un dialogue théologique qu’avec l’ensemble des Églises orthodoxes et avec les familles confessionnelles mondiales. Toutefois, dans la situation actuelle, la question, qui a déjà été posée lors de la dernière Assemblée plénière, est de savoir si un « œcuménisme à deux vitesses » est concevable. La question est sans aucun doute délicate, mais peut-on continuer de l'esquiver par souci diplomatique ?

Un autre problème résulte du fait que la conscience œcuménique et la pratique de l’œcuménisme sont souvent superficielles. La pensée pluraliste et relativiste moderne et postmoderne, qui se départit de la question de la vérité, veut oublier les différences actuelles en matière de foi et s’impose une tolérance mal comprise, basée non pas sur le respect de l’opinion d’autrui mais sur une attitude indifférente envers les propres convictions de foi et envers celles des autres. Une chose doit être claire : l’œcuménisme n’est pas la cause mais la victime de ce relativisme, répandu aussi bien chez les autres, et de la perte de la connaissance de la foi et de sa substance. Car la mentalité selon laquelle les problèmes dogmatiques entre les Églises sont en principe déjà résolus ou sont devenus entre-temps insignifiants et dépassés, ne conduit qu’à un « œcuménisme sauvage » provisoire, qui ne respecte pas les limites de la discipline ecclésiale et qui finit par s’annuler lui-même. L’œcuménisme devient ainsi superflu.

Face à ce danger, on aperçoit – dans toutes les Églises et Communautés ecclésiales – des signes annonçant un nouveau confessionnalisme. Malgré les préoccupations, certes justifiées et non négligeables, qui apparaissent dans ces tendances, se replier sur le maintien d’une identité confessionnelle se suffisant à elle-même n’est pas une solution. Une telle attitude dénote un particularisme et un nationalisme à la fois anciens et nouveaux, une mentalité anti-globale. Au lieu d’une disponibilité à un changement d’esprit, à la conversion et à la réconciliation, auxquels le mouvement œcuménique ne peut renoncer, elle laisse paraître une tendance à l’arrogance, ou bien à l’obstination et à la facilité. Lorsque ces comportements vont jusqu’au fondamentalisme fanatique, ils peuvent conduire, même aujourd'hui, à des formes d’hostilité confessionnelle pouvant aller jusqu’à des manifestations de haine.

3. Ce dernier phénomène se rencontre surtout dans les sectes, anciennes et nouvelles, ainsi que dans de nombreux mouvements néo-religieux. Les évêques du Tiers-Monde attirent continuellement notre attention sur ce problème. Celui-ci n’a pris toute son acuité qu’après le Concile. Le Directoire œcuménique (nos 35-36), les synodes continentaux et de nombreux discours du Pape s’y réfèrent. Le problème est extrêmement complexe et ses causes sont multiples. Le concept même de "secte" est très difficile à définir ; jusqu’à présent, les théologiens et les sociologues de la religion ne sont pas parvenus à s’entendre à ce sujet. Nous avons affaire à un très large éventail de phénomènes nullement uniformes qui émergent dans les diverses régions du monde de manières différentes, selon qu’ils ont lieu dans le climat religieux du Tiers-Monde, dans les processus de désagrégation présents dans les pays de l’ancien bloc oriental ou dans la civilisation matériellement rassasiée de l’Occident sécularisé.

Derrière ce phénomène, on entrevoit en filigrane des motifs et des éléments différents : d’authentiques soucis spirituels et la manifestation d’une carence pastorale chez nous; mais il existe aussi des éléments éclectiques, syncrétiques ou encore idéologiques d’une nouvelle gnose, parfois même des motifs politiques et économiques ; la manie du miraculeux et la vantardise jouent aussi souvent un rôle et l’on se retrouve même quelquefois face à des manifestations démonologiques.

Le problème des sectes doit être fondamentalement distingué de la question de l’œcuménisme. Le dialogue œcuménique suppose naturellement le respect réciproque. Bien que la docilité et la charité permettent beaucoup de choses, le dialogue reste très difficile, quand il n’est pas carrément impossible, avec les sectes qui affirment de manière agressive un exclusivisme fanatique du salut. Dans la pratique, de nombreuses nuances sont possibles. C’est ce que l’on constate surtout avec les mouvements charismatiques et pentecôtistes. Nous entretenons un dialogue réellement amical et fécond avec plusieurs de ces mouvements ; avec d’autres, leur prosélytisme agressif rend le dialogue presque impossible. Nous avons toutefois le devoir de rechercher le dialogue là où il est praticable car ces mouvements sont en constante expansion partout dans le monde, tandis que les mainline-churches traditionnelles diminuent. C’est là un aspect important de la situation œcuménique globale qui se transforme et se différencie rapidement. En cet état de choses, le rapport entre la théologie œcuménique et la missiologie nécessite une clarification ultérieure.

Quelques-uns des aspects de cette situation en voie de changement sont brièvement commentés dans ce qui suit avec l’appui de quelques dialogues. Si j’aborde principalement le dialogue avec les Églises orientales, c’est parce que c’est dans nos relations avec celles-ci que la plupart des nouveaux développements ont eu lieu depuis la dernière Assemblée plénière. En ce qui concerne le dialogue avec les Communautés ecclésiales de la tradition réformée, je me limiterai à un problème fondamental dans nos relations précisément avec les principales de ces Églises. Des informations détaillées à ce sujet se trouvent dans les rapports publiés par le CPPUC.

 

III. Le dialogue avec les Églises orientales

1. Le dialogue avec les Églises orientales a été l’une des principales priorités de l’activité de ce Dicastère au cours des deux dernières années. Nous sommes très proches de ces Églises dans la foi, les sacrements ainsi que dans la constitution épiscopale. Nous sommes liés à elles en une « communion de foi et de charité », par des « relations fraternelles qui doivent être en honneur entre les Églises locales, comme entre des sœurs » (UR 14 ; UUS 55-57 ; 60). Elles conservent une richesse spirituelle qui est le patrimoine de l'Église universelle (OE 1). D’autre part, dans nos contacts, une variété de facteurs non théologiques, une diversité d’histoire, de culture et de mentalité sont souvent la cause de difficultés de compréhension considérables. Nous sommes toutefois heureux de pouvoir dire qu’au cours des deux dernières années les liens de communio fraternelle avec nombre d’Églises orthodoxes distinctes se sont renforcés d’une manière impensable auparavant. Ce fait est aussi un aspect trop peu connu et insuffisamment apprécié de la situation œcuménique qui a changé.

À ces progrès œcuméniques ont largement contribué les voyages que le Pape a réalisés dans de nombreux pays à majorité orthodoxe, grâce en partie à l’ouverture d’esprit des Patriarcats concernés: Arménie, Égypte et Sinaï, Jérusalem, Syrie, Grèce, Bulgarie. Le CPPUC a pu, lui aussi, établir de nouveaux contacts et nouer des nouvelles amitiés à l’occasion d’une série de visites. Plusieurs de ces Églises ont répondu à leur tour par des visites de représentants de haut niveau. Le changement de climat dans les relations avec l'Église orthodoxe en Grèce et en Bulgarie, ainsi qu’avec l'Église orthodoxe serbe, est tout simplement étonnant. Parallèlement une collaboration amicale avec certaines Églises orthodoxes est en train de se développer. Rappelons aussi que les relations avec le Patriarcat œcuménique demeurent intenses et coridales, comme par le passé.

Une expérience de dialogue nouvelle et encourageante a été faite avec les Anciennes Églises orientales. Après un dialogue distinct avec chacune d’entre elles, en janvier de cette année un nouveau dialogue avec l’ensemble de ces Églises a été relancé. Cette session s’est déroulée dans une atmosphère sereine, amicale et fraternelle. En janvier prochain aura lieu, probablement en Égypte, la première session plénière de ce dialogue. Le grand respect, et même la vénération personnelle dont le Saint-Père est l’objet dans les Églises orthodoxes et dans les Anciennes Églises orientales également, sont apparus clairement, spécialement à l’occasion du 25e anniversaire de son Pontificat.

L’activité du Comité catholique de coopération culturelle joue un rôle important dans cette amélioration des relations. À côté des bourses d’étude, toujours très demandées, nous avons entrepris d’aider plusieurs centres théologiques (Minsk, Kiev, Sofia, Belgrade, Moscou) par des subventions et des dons de livres. Cette aide apportée à de futurs prêtres et à des laïcs chargés d’un service ecclésial, semble être à long terme l’investissement œcuménique le plus prometteur. Le CPPUC est constamment en contact avec la CNEWA, Kirche in Not, Renovabis et Missio, auxquels nous apportons nos conseils et nos encouragements. A travers également les contacts avec différents diocèses et institutions (Ostkirchliches Institut à Ratisbonne, la Fondation Pro Oriente à Vienne, et d’autres) et avec certaines Communautés (Sant’Egidio, Focolari, etc.), nous sommes généralement bien tenus au courant de la situation.

2. Les relations avec l'Église orthodoxe russe, qui étaient bonnes dans l’ensemble jusqu’au tournant politique de 1989-90, ont pris une tournure délicate (en plus de la dernière crise dans les rapports avec l'Église orthodoxe géorgienne). Depuis, il y a eu les plaintes au sujet du soi-disant uniatisme (concernant l’Église gréco-catholique en Ukraine occidentale) et du prosélytisme, qui ont repris après l’établissement en février 2002 d’une hiérarchie catholique ordonnée dans la Fédération russe et récemment dans le Kazakhstan, et après l’érection de deux nouveaux diocèses en Ukraine orientale. À l’arrière-plan on trouve des problèmes théologiques au sujet de la compréhension de l'Église (autocéphalie, territoire canonique, compréhension de l’expression «Église sœur ») ainsi que des questions d’affirmation de l’identité religieuse et culturelle, d’identification avec la culture russe qui entend se démarquer de ce qui est communément appelé le libéralisme occidental et qui perçoit également la liberté religieuse comme une expression de ce type de libéralisme.

Le dialogue n’est cependant pas totalement interrompu ; une série de contacts informels ont eu lieu pendant les deux dernières années et même, récemment, des signes témoignant de la volonté d’une lente mais nette amélioration des relations. De notre part, tout en restant fermes sur les principes, nous devons faire preuve de patience, de confiance, de compréhension pour les problèmes et les soucis du côté russe, et surtout de respect pour la tradition spirituelle ecclésiale et séculaire de la Russie. Il serait souhaitable, sur cette base, d’établir une sorte de « code de comportement » entre le Patriarcat de Moscou et la Conférence épiscopale catholique russe (ou le Saint-Siège). En outre, dans plusieurs domaines (l’Europe, le Proche Orient, la paix dans le monde), une collaboration plus étroite serait possible et désirable dans l’intérêt des uns et des autres.

3. Dans nos relations avec les Églises orientales, le principal problème est l’impasse dans laquelle se trouve le dialogue théologique international qui existe depuis 1980 avec les Églises orthodoxes dans leur ensemble. Après la réunion plénière de Baltimore (2000), il a été impossible de progresser dans la question de ce que l’on appelle l’uniatisme. Depuis cette époque, certaines Églises orthodoxes ont rencontré des difficultés internes entre elles, ce qui a empêché une nouvelle convocation de la Commission. Toutefois, les deux côtés ont exprimé la volonté de poursuivre le dialogue. À cela l'Église catholique et le Patriarche œcuménique sont fermement décidés. Entre-temps, le Patriarche orthodoxe s’efforce d’obtenir un consensus parmi les Églises orthodoxes concernant la poursuite du dialogue, les thèmes et la présidence du côté orthodoxe. Nous espérons en un résultat positif à l’occasion de la visite traditionnelle au Phanar pour la fête de saint André, le 30 novembre prochain.

En mai dernier, le CPPUC a pu organiser un symposium académique catholique-orthodoxe sur la question du ministère pétrinien, non pas en remplacement du dialogue officiel mais en préparation de celui-ci. L’intention était d’ouvrir une discussion sur l’invitation du Saint-Père contenue dans UUS 95. La réunion s’est déroulée à un haut niveau académique et dans la meilleure des atmosphères ; en dépit de toutes les différences, des ouvertures encourageantes ont été constatées de part et d’autre. Les actes seront publiés dès que possible. En conclusion, tous les participants ont exprimé le souhait qu’un symposium du même genre soit organisé sur le thème de la koinonia/communio. Avec ce thème nous abordons le problème théologique central de nos relations avec les Églises orientales : celui de l’autocéphalie qui représente également, de l’avis de théologiens orthodoxes de renom, le problème fondamental de l’Orthodoxie. Dans une perspective future, il est nécessaire d’élaborer le concept concret et la pratique d’une communion universelle dans le plein respect des riches et anciennes traditions liturgiques, théologiques, spirituelles et canoniques des Églises orientales (UR 14-18).

Tout compte fait, on peut dire que ce ne serait absolument pas objectif de parler de crise généralisée dans les relations avec les Églises orientales. C’est le contraire qui est vrai. Nos rapports avec certaines Églises orientales sont en général sur une voie pleine de promesses. Autant que l’on puisse humainement en juger, on ne doit pas s’attendre à des résultats sensationnels à brève échéance. Nous auront sans doute encore des échecs, et peut-être l'Esprit de Dieu  nous réserve-t-il l’une ou l’autre surprise positive. En général, avec des petits pas on parvient plus lentement mais plus sûrement au but qu’avec des grands bonds.

 

IV. Le dialogue avec les Communautés ecclésiales de la tradition réformée

1. Les différences non seulement historiques et culturelles mais à caractère doctrinal avec les Communautés ecclésiales occidentales sont plus graves que celles que nous rencontrons avec les Églises orientales (UUS 64-68). Mais ce qui a été dit sur les changements de la scène œcuménique et sur les lumières et les ombres de l’œcuménisme est également vrai pour ces dialogues avec les Communautés ecclésiales occidentales. Nous sommes engagés dans de nombreux dialogues ; parmi les Églises et Communautés ecclésiales, l'Église catholique est de loin celle qui entretient le plus grand nombre de dialogues œcuméniques. On signale des développements positifs pour beaucoup d’entre eux, mais rien de particulièrement nouveau depuis la dernière Assemblée plénière. Après la Déclaration conjointe sur la doctrine de la justification (1999), comme il ressort clairement des rapports dont nous disposons, les dialogues avancent lentement mais sérieusement dans le cadre des bonnes relations qui ont été établies. De nombreux dialogues suivent une évolution positive, en particulier le dialogue avec l’Alliance Evangélique Mondiale (Document Church, Evangelisation and Bonds of Koinonia) et celui avec les Méthodistes qui ont entrepris un processus d’affiliation à la Déclaration conjointe sur la justification ; avec les Mennonites et avec les Adventistes ont débuté de nouveaux dialogues ou conversations. Des difficultés ont surgi après la publication de la Déclaration « Dominus Iesus » (2000) et de l’encyclique « Ecclesia de Eucharistia » (2003), et après le Kirchentag œcuménique de Berlin (juin 2003). Mais dans l’ensemble, une base de confiance stable s’est instaurée, qui permet de surmonter les difficultés ou les désaccords qui surgissent sans cesse, et de les résoudre dans la mesure du possible.

Le dialogue avec la Communion anglicane mérite toutefois une remarque particulière. Après avoir publié le document Le don de l’autorité (1998), la Commission internationale anglicane-catholique (ARCIC) complète actullement un document sur la Mariologie. Au cours des deux dernières années, suite à la réunion de Mississauga (2000) qui s’est tenue au niveau épiscopal, a été instituée une nouvelle Commission internationale catholique-anglicane pour l’unité et la mission (IARCCUM) qui s’occupe de la réception des documents jusqu’ici publiés. Alors que ces deux commissions réalisent un travail positif et fécond, c’est peut-être dans  le dialogue avec la Communion anglicane, plus qu’avec tout autre dialogue, que l’on perçoit la difficulté actuelle et l’aporie de l’œcuménisme : l’apparition de nouveaux problèmes dans le domaine de l’éthique et le morcellement interne d’une Communion ecclésiale. Pendant la visite au Pape Jean-Paul II du nouvel Archevêque de Cantorbéry, au mois d’octobre 2003, nous avons eu l’opportunité de nous entretenir de ces questions dans une atmosphère de franchise et d’amitié. En tant que partenaire œcuménique, bien que n’ayant aucune possibilité d’interférer, nous ne nous posons pas en simples observateurs mais en participants solidaires. D’autre part, l’enchevêtrement œcuménique est entre-temps devenu si complexe que toute décision d’un partenaire se répercute sur les relations avec tous les autres et devrait par conséquent être prise en solidarité.

Cette solidarité et l’engagement pour l’unité de tous les disciples du Christ sont aussi déterminants dans notre collaboration avec le Conseil œcuménique des Églises (COE), en particulier à travers la Commission Foi et Constitution. Les problèmes et les difficultés des membres orthodoxes au sujet de l’ecclésiologie et les critères pour la prière commune durant les rencontres œcuméniques constituent de nouveaux défis ; ceux-ci, par ailleurs, mettent en évidence les mutations de la scène œcuménique que l’on a également pu observer lors de la récente discussion sur une nouvelle configuration œcuménique (coalitions œcuméniques variées, Statuts du Conseil œcuménique des Églises, les Communions chrétiennes mondiales, les Organisations œcuméniques régionales, les Organisation non gouvernementales œcuméniques, etc.). Cette discussion demeure encore totalement ouverte.

2. Une analyse plus approfondie de ces difficultés permet de constater qu’au-delà des humeurs, pour la plupart passagères, c’est le problème de fond du dialogue avec les Communautés ecclésiales de la tradition réformée qui émerge. Nous avons affaire à des ecclésiologies différentes qui mènent à des conceptions différentes du but œcuménique visé ; ces conceptions conduisent à leur tour à des attentes différentes qui, par leur nature, provoquent des déceptions de part et d’autre du fait qu’un partenaire ne répond pas à ce que l’autre attend de lui, ou qu’il ne peut y répondre en raison de sa conception différente du but œcuménique visé. Cette situation a conduit en partie à une sorte de pat qui rend tout progrès substantiel impossible, aussi longtemps que les questions de l’ecclésiologie n’auront pas été fondamentalement résolues.

Comme indiqué plus haut, le but de l’œcuménisme, du point de vue catholique, est la communion ecclésiale pleine et visible dans la foi, les sacrements et le gouvernement de l'Église. Cette communion – comme le montre entre autres l’exemple des Églises orientales – considère une pluralité dans les formes d’expression des diverses Églises locales comme une richesse, pour autant qu’elles ne contiennent pas de divergences substantielles. C’est en cela que se différencie le modèle d’unité basé sur la Concorde de Leuenberg (1973), devenu prédominant surtout dans le protestantisme du continent européen.

Selon ce modèle, les Églises confessionnelles jusqu’à présent séparées adoptent une forme de communion ecclésiale qui présuppose un consensus de principe concernant la compréhension de l’Évangile, mais qui laisse subsister des professions de foi différentes. Du point de vue confessionnel et institutionnel, les Églises restent séparées, mais elles sont en communion de chaire et de Sainte Cène et reconnaissent mutuellement leurs ministères respectifs. Un tel pluralisme confessionnel n’est plus perçu comme un scandale, mais au contraire – comme E. Käsemann, et d’autres après lui, ont essayé de le démontrer – comme étant légitime sur la base du Nouveau Testament. Les derniers documents de l’Église évangélique allemande (EKD), Kirchengemeinschaft nach evangelischem Verständnis (2001) et Das Abendmahl (2003), vont également dans ce sens.

Il est évident qu’une telle compréhension de la communion ecclésiale se distingue fondamentalement de l’unité ecclésiale en tant qu’unité de communio selon la conception catholique. On comprend alors comment et pourquoi les Églises protestantes insistent actuellement sur l’intercommunion ou sur l’hospitalité eucharistique, de même qu’on comprend comment et pourquoi l'Église catholique doit interpréter cette insistance comme une exigence qu’elle ne peut satisfaire, car cela signifierait renoncer à son identité ecclésiologique. À l’inverse, les Églises protestantes interprètent le but de l’œcuménisme qui correspond à l’autocompréhension catholique comme une exigence impliquant la reconnaissance du ministère épiscopal historique et du ministère pétrinien. D’où l’actuelle situation de pat, que l’on peut également qualifier d’aporie œcuménique momentanée.

3. Le modèle de Leuenberg n’est pas le seul et unique modèle appliqué du côté évangélique. Il faut également tenir compte des résultats du dialogue avec les anglicans dans la Déclaration de Porvoo des Églises scandinaves (1992), la Déclaration Called to Common Mission (2001) de l’Église luthérienne évangélique d’Amérique et la Déclaration Called to Full Communion de Windsor (2001) de l’Église luthérienne du Canada. Ces dialogues sont dans la ligne des Documents de Lima Baptême, Eucharistie et Ministère (BEM) (1982). Cela vaut également pour le dialogue avec ARCIC avec le document Le don de l’autorité (1998) et le document allemand Communion Sanctorum (2000).

Des studieux de Luther, protestants et catholiques, ont montré que son intention (comme celle des autres réformateurs) n’était pas de fonder une propre Église confessionnelle, mais de réformer à partir de l’Évangile l'Église universelle existante. Ce projet a échoué pour des raisons tant théologiques que politiques. Du fait qu’à présent le mouvement œcuménique accueille les soucis légitimes des uns et des autres comme un « échange de dons » (UUS 28), toute légitimation d’une séparation des Églises tombe. Dans ce sens, F. Heiler, le mouvement de la Haute Église, l’ancien mouvement Una-Sancta, et à présent W. Pannenberg, H. Meyer et d’autres théologiens luthériens allemands, américains et scandinaves sont arrivés à la conception d’une catholicité évangélique qui n’entend pas s’arrêter à une pluralité non réconciliée, mais qui aspire à une différence réellement réconciliée et à une unité dans la diversité ; cette catholicité va jusqu’à la reconnaissance du ministère épiscopal dans la succession apostolique et – à vrai dire encore sous réserve pour le moment – à la reconnaissance du ministère pétrinien. La Déclaration de Provoo des Églises scandinaves (1992), la Déclaration « Call to Common Mission » de l'Église luthérienne évangélique d’Amérique et la Déclaration de Windsor de l'Église luthérienne du Canada, vont dans le même sens.

Nous avons là deux interprétations différentes de l’intention fondamentale de la Réforme du XVIe siècle.. Alors que l’une des deux orientations constitue une différence fondamentale, l’autre part d’un consensus de principe qui devrait conduire, à travers le dialogue théologique et un « échange de dons », à un consensus total englobant la diversité légitime. Tant que cette divergence entre œcuménisme de consensus et œcuménisme de différence entre les réformés ne sera pas éliminée, aucun progrès substantiel ne pourra se réaliser avec les Communautés ecclésiales de la Réforme. Le CPPUC a proposé à la Fédération luthérienne mondiale de lancer un débat sur cet ensemble de thèmes concernant l’intention de la Réforme, dans la perspective du prochain 500e anniversaire du début de la Réforme qui se tiendra en 2017.

 

V. L’œcuménisme dans l’avenir immédiat

L’année prochaine, nous célébrerons le quarantième anniversaire de la promulgation du Décret conciliaire sur l’œcuménisme Unitatis redintegratio (1964). En 2004, ce sera également l’anniversaire de la conquête de Constantinople durant la IVe Croisade (1204) et l’année suivante, en 2005, 40 ans se seront écoulés depuis l’abrogation des excommunications entre Rome et Constantinople (1965). Principalement en raison du premier de ces anniversaires, le CPPUC a convoqué une réunion à laquelle sont invités les Présidents des Commission œcuméniques des Conférences épiscopales et des Synodes des Églises orientales catholiques sui iuris pour réfléchir sur la situation et le futur du mouvement œcuménique et pour imprimer un nouvel élan à l’engagement catholique dans le mouvement œcuménique.

La situation qui vient d’être décrite n’est pas motif à se résigner. Entre-temps., comme on l’avait déjà vu à la dernière Assemblée plénière, le mouvement œcuménique est parvenu à une situation intermédiaire de bon voisinage et de communio ecclésiale plus profonde mais pas encore complète. Il s’agit maintenant, dans un œcuménisme de la vie, de donner une forme à cette situation intermédiaire et de la remplir de vie. Il existe pour cela de nombreuses possibilités qui sont loin d’être épuisées et qui avaient été indiquées à l’Assemblée plénière de 2001. Dans la mesure où elles seront mises à profit et remplies de vie, une nouvelle situation plus détendue pourra se créer, qui permettra de nouveau de faire des progrès substantiels. Si nous pouvions réaliser tout ce qui est déjà faisable, et même opportun, sans difficulté et sans enfreindre aucune règle ecclésiale, nous serions beaucoup plus avancés.

Dans cet ordre d’idées, je voudrais indiquer trois tâches, la troisième étant prioritaire parce qu’elle se réfère au thème même de l’Assemblée plénière de cette année :

1. Face au danger actuel d’érosion de ce qui, selon les principes catholiques de l’œcuménisme (UR 2-4), constitue la base de foi de l’œcuménisme – le baptême et la foi baptismale, le Credo –, il est nécessaire de renforcer ces fondements. Conformément aux suggestions formulées lors de la dernière Assemblée plénière, le CPPUC a entrepris ce travail en demandant aux Conférences épiscopales de parvenir à un accord sur la reconnaissance mutuelle du baptême avec leurs partenaires œcuméniques, ou alors de vérifier et d’approfondir les accords existants. Dans ce cas, il ne s’agit pas seulement de la reconnaissance formelle de la validité du baptême conféré par l’eau et par la formule trinitaire, mais d’un accord sur la compréhension du baptême et de la profession de foi qui en fait partie. Les échos qui nous sont parvenus jusqu’à présent sont encourageants. Il sera évidemment nécessaire de poursuivre ce travail en conséquence.

2. Aristote a montré que toute communauté, y compris l’État, dépend, pour sa conservation, de l’amitié et des cercles d’amis (Nic. Éthique 1155 ; 1160a-61a). L’amitié est une importante catégorie du Nouveau Testament et elle est comprise dans la description que font d’eux-mêmes les premiers chrétiens (Jn 15, 11-15 ; 3 Jn 15). L’œcuménisme ne progresse pas principalement par des documents et des actions, mais grâce à des amitiés qui franchissent les barrières confessionnelles. En raison de l’unique baptême, de la commune appartenance à l’unique corps du Christ, de la vie qui émane de l'Esprit Saint, ces amitiés vont au-delà d’une simple sympathie humaine et créent avant tout le climat de confiance et d’acceptation mutuelle qui seul peut permettre au dialogue théologique de faire des progrès substantiels. C’est pourquoi le CPPUC s’efforce de créer autant de contacts personnels que possible et de collaborer à la formation d’un réseau d’amitiés œcuménique.

3. L’œcuménisme spirituel est l’âme et le cœur du mouvement œcuménique (UR 7f ; UUS 21). Lorsque nous parlons de spiritualité œcuménique, ce que nous entendons par ce terme, devenu malheureusement un mot passe-partout, n’est pas une spiritualité vague, molle, purement sentimentale, irrationnelle et subjectiviste, qui ne se soucie pas de la doctrine objective de l'Église ou qui n’en tient pas compte. Il s’agit au contraire de l’enseignement de l’Écriture, de la tradition vivante de l’Église et des résultats des dialogues œcuméniques, subjectivement et totalement assimilés, dont la personne est imprégnée, qui sont pleins de vie et en contact avec la vie, et il s’agit aussi de la tradition vivante de l'Église et des résultats des dialogues œcuméniques. Un activisme œcuménique seul est destiné à s’épuiser ; les colloques purement académiques entre experts, pour importants qu’ils soient, échappent aux fidèles « normaux » et passent à côté de leur cœur et de leur vie. Nous ne pouvons agrandir le mouvement œcuménique qu’en l’approfondissant.

À la spiritualité œcuménique appartient en premier lieu la prière, qui se concentre dans la Semaine de prière pour l’unité ; en elle nous devenons conscients que l’unité ne dépend pas des seuls efforts humains ; l’unité est un don de l’Esprit ; en tant qu’êtres humains, nous ne pouvons la « réaliser » (UUS 21-27). L’important est la conversion et la sanctification personnelles, car il ne peut y avoir d’œcuménisme sans conversion personnelle et renouveau institutionnel (UUS 15 s ; 21 ; 34 s ; 82 s), et, en fin de compte, une spiritualité de communio (Novo millennio ineunte, 43-45). Je voudrais mentionner en outre: la lecture et la méditation en commun de l’Écriture Sainte, les échanges entre monastères, communautés et mouvements de spiritualité, les visites aux lieux de pèlerinage et aux centres de spiritualité, l’étude des grands témoins de la foi et des nouveaux « martyrs ». Ce sont des exemples qui peuvent encore être complétés. J’ajouterais également que le thème de la mariologie et de la vénération de Marie ne peut probablement être abordé que dans un contexte spirituel adéquat et promis au succès du point de vue œcuménique.

Sans vouloir anticiper sur l’exposé de S. Exc. Mgr Kurt Koch et sur le débat qui suivra, je pense qu’il est possible, surtout à partir d’une compréhension épurée et clarifiée de la spiritualité œcuménique, de parvenir à une pratique œcuménique rénovée et approfondie, capable d’imprimer un nouvel élan à la recherche œcuménique et de la faire sortir des difficultés, des apories et des crises actuelles.

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Questions pour une amorce de la discussion

1. Cette description de la situation œcuménique, avec ses aspects positifs et négatifs, vous semble-t-elle pertinente  ? Y a-t-il d’autres aspects que les membres de l’Assemblée désirent ajouter sur la base de leurs propres expériences pastorales ?

2. L’Assemblée plénière approuve-t-elle la base théologique du travail du CPPUC ? Avez-vous des observations à faire sur le travail réalisé par ce Dicastère au cours des deux dernières années ou des suggestions pour l’avenir au niveau de la théologie, du dialogue et de la pastorale ?

3. L’orientation que nous entendons donner au travail œcuménique concret, en particulier l’accent mis sur l’œcuménisme spirituel, vous semble-t-elle un bon choix du point de vue pastoral et théologique ?

4. Avez-vous des propositions à formuler pour la rencontre convoquée pour l’année prochaine et à laquelle participeront les Présidents des Commissions œcuméniques des Conférences épiscopales, des Réunions des Conférences épiscopales et des Synodes des Patriarcats catholiques sui iuris ?

 

[Traduction de l’original italien]

  

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