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Catholiques et méthodistes poursuivent leur réflexion sur l’Église :
La grâce qui vous est donnée en Christ –
Réflexions

Commentaire du P. John T. Ford, c.s.c.*

 

Introduction

Pour bien lire La Grâce qui vous est donnée en Christ, il faut y consacrer du temps.[1] Le Rapport conduit ses lecteurs à poursuivre le même processus que celui vécu par la commission bilatérale qui l’a préparé, avec tout d’abord une évaluation des relations passées, suivie d’un travail ecclésiologique rigoureux sur le cœur du texte, et enfin des propositions pratiques visant à l’approfondissement des relations entre méthodistes et catholiques. Il ne devrait pas être survolé ; au contraire, ses lecteurs tireront profit d’une étude attentive de son argumentation et d’une réflexion patiente quant aux implications qui en découlent.

Comme pour suggérer la nécessité d’une réflexion qui aille au-delà d’une simple lecture, La grâce qui vous est donnée en Christ commence par une « méditation scripturaire » [1-10] – une étude biblique des premiers versets de la première Lettre aux Corinthiens- un texte particulièrement important pour la situation de division des chrétiens au XXIe siècle. Les parallèles sautent aux yeux, entre la communauté Corinthienne des origines, « aux prises avec les désaccords, les conflits et les divisions » [2] et les « divisions et séparations » qui contaminent les Églises chrétiennes aujourd’hui [6]. Et de même que saint Paul appelait ses lecteurs corinthiens à « être unis dans un même esprit et dans une même pensée » (1 Co 1, 10), ce Rapport appelle les chrétiens aujourd’hui à reconnaître que « l’unité fondamentale dans la foi et dans la profession de la foi est nécessaire à l’Église pour sa vie de communion et pour son témoignage devant le monde » [10].

Si la reconnaissance de la séparation actuelle est salutaire, elle n’est pas suffisante. La Grâce qui vous est donnée en Christ distingue « sainteté et communion » comme des « traits essentiels de l’Église »[5] pouvant servir de base au renforcement des liens existants aussi bien qu’à l’établissement de nouvelles passerelles entre méthodistes et catholiques lorsqu’ils cherchent à « découvrir les dons spirituels qui enrichissent chacune de nos Églises »[7].

Les relations actuelles entre méthodistes et catholiques peuvent être comparées à une querelle familiale qui dure depuis, non pas des décennies, mais – malheureusement- des siècles. Quel regard, méthodistes et catholiques portent-ils les uns sur les autres en ce début du XXIe siècle ? Il existe un large éventail de réactions, variant considérablement d’un lieu à l’autre et d’une personne à l’autre [143]. En dépit du climat œcuménique qui s’est développé durant les quarante dernières années, certaines personnes sont toujours plus ou moins sensibles quant à la séparation des deux Églises. La source de cette sensibilité se nourrit de souvenirs très anciens d’expériences amères aussi bien que de manifestations récentes d’attitudes non-œcuméniques ou même d’expressions indubitables de préjugés religieux. D’autres ressentiront peut-être à la lecture de ce Rapport un vague sentiment de malaise – provoqué peut-être par une combinaison d’attitudes identitaires de défensives ou de fierté : me demande-t-on, de manière implicite, de sacrifier mes chères pratiques religieuses ou de renier mes convictions les plus profondes ? D’autres, quant à eux peuvent simplement se sentir désorientés par une discussion doctrinale qu’ils ne comprennent pas vraiment ou par des dévotions avec lesquelles ils ne se sentent pas vraiment à l’aise.

Quoi qu’il en soit il reste à espérer que la majorité accueillera ce Rapport avec enthousiasme : ils sont nombreux à être plus que prêts ; ils peuvent même avoir le sentiment que l’on a trop tardé ; ils se réjouissent à l’avance de la mise en œuvre des recommandations contenues dans le Rapport ; ils ont hâte d’aborder les étapes suivantes, qui apporteront un sens plus fort d’unité et de communauté, non seulement parmi les méthodistes et les catholiques mais parmi les nombreux frères et sœurs dans le Christ qui sont séparés.[2] Néanmoins, parmi les lecteurs de ce Rapport, il peut y avoir des personnes qui se considèrent comme des « chrétiens postmodernes » et qui estiment que des accords œcuméniques tels que ce Rapport sont dépassés dans le monde moderne – qu’ils résolvent en fait des questions sans importance.

Ainsi, parmi ceux qui liront et réfléchiront au texte La Grâce qui vous est donnée en Christ, l’on trouvera certainement un éventail très large de réactions personnelles – allant du rejet, en passant par le soupçon jusqu’à une franche acceptation. Peut-être se trouvera-t-il, en marge, quelques chrétiens pour penser que des expressions consensuelles telles que ce Rapport sont superflues. Il faut que le lecteur s’interroge alors non seulement sur ce que le document lui dit à lui-même, mais sur la raison pour laquelle il le lit à sa manière particulière. Effectivement la lecture de ce Rapport ne peut être un simple examen objectif de son contenu ; elle mettra de nombreux lecteurs face au défi d’une plus grande ouverture œcuménique. Ainsi, la réflexion autour des « enseignements » du Rapport devrait entraîner un processus d’» apprentissage » – un processus d’étude et de réception critique, que nous espérons en premier lieu pour chaque individu, puis un processus d’évaluation et de réception commune et ecclésiale, non seulement chez les méthodistes et les catholiques, mais parmi tous les chrétiens.[3]

Les lecteurs du Rapport devront considérer le lien entre le passé et le présent aussi bien qu’entre le présent et le futur. Si ces trois aspects du temps sont théoriquement distincts, il est pourtant vrai que les réussites et les échecs du passé ont contribué à façonner les forces et les faiblesses du présent et donc à offrir des possibilités pour le futur, les soutenant et les limitant[4] simultanément. L’une des principales réalisations de La Grâce qui vous est donnée en Christ est la reconnaissance de l’interaction entre les histoires méthodiste et catholique, non seulement dans une juxtaposition historique, mais en tant qu’elle fournit un fondement réel à une relation spirituelle particulière.

Réévaluation historique

Résistant à la tendance qu’ont les Églises et leurs membres de présenter toutes leurs actions sous un angle positif, même celles qui sont discutables, La Grâce qui vous est donnée en Christ se confronte franchement à l’énigme de la division et de la séparation ecclésiales. Sans chercher à élaborer ce que l’on pourrait appeler « une théologie de la séparation » – une explication théologique montrant comment la Réforme en général et la séparation entre méthodistes et catholiques en particulier sont en fait des éléments du projet divin de salut-, le Rapport met l’accent sur le fait que « l’histoire du méthodisme et celle de l’Église catholique romaine peuvent montrer qu’en chacun d’eux Dieu a œuvré en vue de l’accomplissement du dessein divin »[13]. Du point de vue de l’Église catholique ceci serait à interpréter à la lumière de Lumen Gentium n. 8 et Unitatis Redintegratio n. 3 : la première déclare que l’Église du Christ ‘se trouve’ dans l’Église catholique, cependant que des éléments de cette Église subsistent hors de ses frontières visibles (ce point est noté au paragraphe 100 du Rapport) ; le second articule la compréhension de l’Église catholique selon laquelle « ces Églises et communautés séparées, bien que nous les croyions souffrir de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique. » Le Rapport [14] introduit la possibilité que nos divisions, même si elles ne peuvent être excusées, ont fait émerger une situation dans laquelle l’Esprit de Dieu a œuvré au renouvellement des Églises catholique aussi bien que méthodiste, en développant des dons profitables à tous les croyants chrétiens. Mais le Rapport aborde également le prix que représentent les divisions pour l’intégrité de l’Église, et les conséquences de nos divisions sont prises au sérieux [42, 43, 62]. La Grâce qui vous est donnée en Christ reconnaît ouvertement la tradition d’éloignement qui a longtemps caractérisé les attitudes réciproques des méthodistes [15-17, 20-25] et des catholiques [18-19, 26-31]. Il est regrettable que les siècles de séparation entre méthodistes et catholiques aient été généralement caractérisés par une suspicion omniprésente et souvent tourmentés en raison de polémiques. Il y a eu des moments d’appréciation, voire d’admiration, comme le démontre, par exemple la Lettre à un catholique romain de John Wesley en 1749 [22]. Mais le plus souvent, les contacts entre méthodistes et catholiques, et ce jusqu’à très récemment, se faisaient à distance, par des échanges épistolaires, sans contact personnel, et restaient ainsi théoriques et unilatéraux plutôt que d’être de vrais dialogues.

Par contraste, La Grâce qui vous est donnée en Christ est un exemple de teologia de conjunto[5] -théologie de collaboration- le produit d’un dialogue face-à-face – un processus bien meilleur pour éviter les stéréotypes, pour dépasser les malentendus, pour parvenir à une compréhension mutuelle, pour nommer les problèmes et résoudre les différents. En effet l’expérience de dialogue interpersonnel menée pour l’élaboration de ce Rapport suggère que des lecteurs cherchant à en tirer le plus grand profit feraient bien de discuter des éclairages contenus dans ce Rapport lors d’échanges bi- voire multilatéraux.[6] Un tel dialogue interpersonnel et interconfessionnel semble approprié – sinon tout à fait nécessaire- dans la mesure où les sujets abordés dans ce Rapport concernant la séparation entre méthodistes et catholiques ne sont pas seulement théologiques et doctrinaux, mais également sociaux, économiques et politiques [32-33].

S’il est concevable d’aborder tels sujets séparément, en conservant les sujets théoriques pour la discussion théologique d’une part, et les initiatives actives pour des projets pratiques d’autre part, une telle division serait irréaliste.[7] Des thèmes apparemment doctrinaux tels que l’ordination deviennent rapidement pratiques, comme c’est le cas pour l’ordination des femmes [116], alors que par ailleurs des points apparemment pratiques tels que les droits de l’homme et la liberté religieuse présentent inévitablement des implications doctrinales.[8] En fait, l’interaction de telles problématiques se fait souvent à un niveau hautement personnel, étant donné le nombre croissant de familles ayant des membres protestants et catholiques : comment gérer l’ensemble des différences – doctrinales et ecclésiales, politiques et sociales – qui séparent souvent les membres d’une même famille ? En d’autres mots, les questions qui divisent les Églises sont souvent les problèmes qui divisent les familles.

Bien que de telles problématiques puissent soi-disant être résolues par la lecture et la réflexion, généralement un tel réexamen nécessite un kairos, un événement porteur de grâce – lorsque des problèmes anciens peuvent apparaître sous une lumière nouvelle. Alors que de nombreux facteurs ont contribué à un rapprochement entre méthodistes et catholiques durant les quatre dernières décennies, l’un des moments essentiels a été la décision du pape Jean XXIII d’inviter des observateurs d’autres Églises chrétiennes à assister au Concile Vatican II [34-39]. Les délibérations et décisions du Concile ont provoqué des « répercussions en chaîne » qui non seulement ont eu pour effet l’aggiornamento interne du catholicisme, mais ont affecté les relations œcuméniques entre les catholiques et leurs frères et sœurs dans le Christ, qu’ils soient anglicans, protestants ou orthodoxes.

Un élément humain déterminant de ce kairos a été la contribution des observateurs non-catholiques – aussi bien lors du Concile qu’après celui-ci. Des observateurs tels que le théologien méthodiste américain, disciple de Wesley, Albert C. Outler (1908-1989) ont contribué au mouvement œcuménique non seulement par leur participation active au Concile – par exemple en faisant passer leurs observations par l’intermédiaire du Secrétariat pour l’unité des chrétiens de l’époque, mais aussi en faisant connaître le Concile dans leurs cours et leurs écrits.[9] Il faut mettre au crédit de ces observateurs non-catholiques leur contribution dans la durée – non seulement par leur évaluation favorable de Vatican II mais également pour avoir entretenu un nouveau climat œcuménique favorable à des discussions officielles sur des sujets de division entre les Églises.

Cependant le climat œcuménique qui a suivi immédiatement le Concile a peut-être été trop idyllique – générant des attentes euphoriques de « réunification rapide ». Quoi qu’il en soit, les années postconciliaires ont généré un climat de sympathie permettant de nombreuses discussions jusque là inconcevables, y compris l’ouverture de discussions œcuméniques officielles, telles que la Commission internationale de dialogue entre méthodistes et catholiques en 1967 [39]. Par conséquent La Grâce qui vous est donnée en Christ peut être considéré non seulement comme le produit de près de quatre décennies de dialogue œcuménique, mais plus encore comme le témoignage d’une relation ecclésiale de plus en plus mature et approfondie. Le fait qu’un groupe international aussi divers parvienne au consensus exprimé dans La Grâce qui vous est donnée en Christ devrait alors être vu à la fois comme un défi et une motivation pour une relation œcuménique approfondie, non seulement entre méthodistes et catholiques, mais également pour tous les chrétiens sensibles à l’œcuménisme.

L’étape suivante consistera à reproduire ce processus de dialogue à d’autres niveaux : parmi les responsables méthodistes et catholiques, en particulier les théologiens et ceux qui ont la charge de former les ministres de demain [142]. Même si les recommandations du Rapport « ne s’adressent pas expressément aux paroisses catholiques et aux églises méthodistes locales » [142], en fin de compte la mise en œuvre des recommandations du Rapport se trouvera probablement dans les mains et les cœurs de ceux qui se préparent actuellement à prendre des responsabilités dans les deux Églises ; leur vision œcuménique et leur engagement – ou son absence- détermineront probablement la durée de vie des conclusions de ce Rapport dans la vie des méthodistes et des catholiques à l’avenir.

De fait, La Grâce qui vous est donnée en Christ a ouvert la voie à une amélioration et une extension des relations non seulement œcuméniques mais également ecclésiales entre méthodistes et catholiques. De telles relations ont besoin d’être développées à de multiples niveaux – social et culturel, civique et économique, aussi bien que religieux. Ce Rapport apporte effectivement un fondement théologique de base pour une vision partagée de l’Église. D’un côté, le Rapport indique les domaines dans lesquels cette vision ecclésiale commune est déjà partagée [45-96]. D’un autre, il signale certains domaines cruciaux sur lesquels les deux traditions divergent [n.b. 87, 92 et 94, 99-101, 115-120, 128-135]. De fait, ce Rapport a désigné un nouvel « horizon »[10] – qui d’une certaine manière est déjà partagé, en particulier en ce qui concerne « le comportement personnel et social » où méthodistes et catholiques « sont devenus profondément solidaires en travaillant ensemble pour la justice sociale » [43]. Sur d’autres points cependant cet horizon n’est partagé que partiellement et imparfaitement : « Si les méthodistes et les catholiques ne sont pas en pleine communion c’est en raison de questions doctrinales non encore résolues qu’ils estiment les uns et les autres essentielles à l’Évangile de Jésus Christ » [44].

Jusqu’où alors les méthodistes et les catholiques partagent-ils une vision commune de l’Église ?[11]

Qu’est-ce que l’Église ?

La question centrale soulevée par La Grâce qui vous est donnée en Christ se situe au niveau de l’identité de l’Église : « Qu’est-ce que l’Église dans le plan de salut de Dieu ? »

Différentes réponses sont possibles et cette variété émerge des différentes perspectives à partir desquelles la question peut être considérée. De nombreux méthodistes et catholiques répondraient sans doute à la question -» Qu’est-ce que l’Église ? »- sur la base de leur expérience personnelle. L’identification la plus évidente se fait avec un bâtiment en particulier – Broadway United Methodist ou All Saints – l’église où l’on assiste au culte est un lieu de théophanie dans la tête et le cœur des paroissiens – et les responsables d’Église en font rapidement l’expérience lorsqu’ils essayent de fermer ou de regrouper des églises. Une deuxième réponse est d’égale importance : « l’Église est l’assemblée de ceux avec qui je célèbre dimanche après dimanche. » Plus une personne s’implique dans sa paroisse ou son assemblée, plus elle développera un lien profond de communion avec d’autres membres de l’Église. De manière un peu plus floue on trouve l’identité confessionnelle : si certains méthodistes continuent d’appeler un de leurs fils « Wesley » et si certains catholiques donnent à leur enfant le nom du saint du jour, dans bien des lieux la loyauté confessionnelle est devenue bien plus ténue qu’autrefois : de nombreuses Églises comptent à présent des membres qui ont été baptisés dans d’autres confessions. Une autre réponse encore à la question – « Qu’est-ce que l’Église ? » – est perceptible lorsque des personnes identifient l’Église à sa doctrine ou à ses chefs. Pourtant, au cœur de ces compréhensions si diverses présentes chez nos paroissiens, « pour la plupart des gens, l’ « église » signifie quelque chose de tout à fait visible et tangible » [45].

De même que des réponses très diverses sont données, au niveau populaire, à la question – « Qu’est-ce que l’Église ? » – ainsi en est-il au niveau théologique. Le fondement de cette diversité se trouve dans le Nouveau Testament, qui utilise des douzaines d’images différentes pour décrire l’Église [53].[12] Cette diversité scripturaire n’est pas simplement le résultat de l’imagination poétique ou de la créativité littéraire, elle est due en fin de compte au fait que l’Église est un mystère et qu’en tant que tel elle ne peut être enfermée dans des termes humains. L’Église catholique maintient que ses formules doctrinales expriment des aspects fondamentaux du mystère de l’Église d’une manière digne de foi et efficace ; néanmoins sa dimension visible-invisible (cf. Lumen Gentium n. 8) reste un mystère qui ne peut jamais être entièrement épuisé.

Pour éviter d’éventuels malentendus, La Grâce qui vous est donnée en Christ propose de manière constructive que le mot « sacrement » puisse être utilisé lorsque l’on parle de l’Église comme « création de la Parole de Dieu » où « l’invisible et le visible vont de pair et le premier est manifesté à travers le second » [48]. Il n’en reste pas moins qu’une certaine ambigüité ou tension est inévitable lorsque l’on parle de la nature sacramentelle de l’Église.[13] D’un côté une accentuation exagérée de l’aspect spirituel ou invisible peut ignorer les épreuves réelles que l’Église a connues au cours des siècles, ou minimiser les erreurs de l’Église – surtout celles commises de bonne foi et pourtant injustifiables : « Elle doit se repentir sur de nombreuses choses » [50]. D’un autre côté une accentuation exagérée de l’aspect visible ou institutionnel de l’Église peut conduire à la considérer comme une organisation semblable à bien d’autres et revêtue ainsi des faiblesses inhérentes à toutes les structures humaines. En d’autres termes, considérer l’Église de manière sacramentelle requiert non seulement un rééquilibrage théologique pénétrant du visible et de l’invisible, mais également une contemplation méditative de l’imbrication entre l’humain et le divin. Le texte présente la notion sacramentelle comme une aide pour aborder les différences entre catholiques et méthodistes en ce qui concerne l’Église. »

Une autre manière d’exprimer le « mystère de l’Église se trouve dans le mot koinonia – un terme apparu sur le devant de la scène œcuménique ces dernières années.[14] De fait, la koinonia est un terme qui « se trouve au cœur même de la façon dont catholiques et méthodistes comprennent la nature de l’Église » [51]. La Grâce qui vous est donnée en Christ met l’accent sur les dimensions trinitaires de ce terme : « La koinonia ou communion des disciples du Christ est un reflet visible de l’éternelle koinonia du Dieu Trinité » [53] et par conséquent reflet du Père, du Fils et de l’Esprit [51-59]. Cette relation entre la Trinité et l’Église se reflète dans de nombreuses images bibliques : le « peuple de Dieu » en lien avec le Père [54], le « Corps du Christ » en lien avec le Fils [55-57], et le « Temple vivant » en lien avec le Saint Esprit [58-59].

Nombre de ces images sont bien connues ; par exemple la description dans le Nouveau Testament du peuple de Dieu comme « une race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte » (1 P 2, 9) pour indiquer que, en Christ « nous devenons fils et filles adoptifs de Dieu le Père » [54]. De même l’image de la vigne et des sarments (Jn 15, 1-17) est une manière connue de décrire la relation entre les chrétiens et le Christ, alors que l’image de l’Église comme Temple est liée à « la présence de l’Esprit Saint qui vivifie, renforce et transforme »[58].

Pour compléter sa discussion théorique sur l’Église trinitaire, La Grâce qui vous est donnée en Christ incorpore des couplets de deux cantiques de Charles Wesley (1707-1788) qui mettent l’accent sur la présence du Christ dans l’Église lors de l’eucharistie [56]. Puisque ce Rapport est censé être lu et discuté au niveau local, les responsables œcuméniques feraient bien d’illustrer cette ecclésiologie de lakoinonia contenue dans le Rapport en préparant une liste de tels chants qui soient connus des assemblées.[15] En effet les chants sont le reflet de ce que « catholiques et méthodistes sentent souvent une même résonnance dans la vie ecclésiale » [98] et pour certains ils peuvent être aussi convaincants au plan œcuménique que des expressions de consensus – en fait, lex cantandi, lex credendi ![16]

La Grâce qui vous est donnée en Christ distingue un certain nombre de signes de cette « koinonia invisible » [60-62]. Premièrement, « l’Église est par nature une « société d’interrelations » » [60]. Si le terme « interrelationnel » est souvent utilisé par les méthodistes pour décrire les liens d’amitié entre leur église locale et d’autres Églises – locales et régionales, nationales et internationales- il est bien moins familier aux catholiques, qui ont tendance à penser l’Église davantage en termes de communion que de relation. Pour autant la réalité de « relation » est essentielle pour le catholicisme ; par exemple, lors de chaque messe il y a une prière pour le pape aussi bien que pour l’évêque du lieu ; d’un point de vue ecclésiologique chaque église catholique est reliée à toutes les autres églises catholiques, à celles du diocèse où la messe est célébrée tout comme à celles répandues à travers le monde.

Cette dimension relationnelle de la koinonia a un certain nombre de conséquences au plan pratique : « La foi est toujours personnelle, mais n’est jamais privée » [60]. Cependant, la conviction que « la sainteté n’est jamais une affaire privée » [60] peut par mégarde souligner une incohérence courante dans les pratiques spirituelles ; par exemple, parmi les catholiques, les retraites tendent à être des affaires d’ordre privé, lors desquelles chaque retraitant prend individuellement des résolutions sur son propre chemin de sainteté. Un individualisme comparable existe dans les communautés protestantes qui pratiquent « l’appel à l’autel », invitant ceux qui sont présents à s’avancer et à prendre « une décision personnelle pour le Christ ». Sans minimiser la nécessité au plan personnel de la conversion chrétienne et de l’engagement, l’on peut y détecter de temps en temps un individualisme profondément enraciné et qui semble oublieux du fait que les chrétiens sont appelés à la sainteté et au salut en communauté, comme membres du peuple de Dieu.

Si l’appel à la sainteté est communautaire, quelles sont les implications de la koinonia pour l’œcuménisme ? Étant donné que la « dynamique de connexion et de communion n’appartient pas seulement aux disciples localement rassemblés en une communauté, mais aussi à la communauté de ces communautés locales au niveau mondial, unies en une seule Église, le Corps du Christ » [61], ne faudrait-il pas reconnaître un appel impératif à l’œcuménisme découlant de la koinonia ? Les chrétiens en vertu de leur baptême sont membres du Corps du Christ et l’on pourrait ainsi parler d’une koinoniaqui tente d’émerger, cherchant à devenir une manifestation visible d’un partage préexistant bien qu’invisible ? En d’autres termes, étant donné que méthodistes et catholiques sont « engagés à suivre ensemble le chemin qui mène à l’unité pleine et visible dans la foi, la mission et la vie sacramentelle » [62], comment cette « communion qui s’intensifie » [63] peut-elle être conceptualisée au plan théologique et par la suite mise en œuvre ?

Communion et mission

Un processus de réflexion souvent utilisé dans les retraites est basé sur la méthode : « voir-juger-agir ».[17] Voir – la première étape- semble être d’une grande simplicité, mais se révèle quelquefois extrêmement difficile à réaliser, dans la mesure où il faut regarder au-delà de l’aveuglement du passé. Dans le dialogue œcuménique « voir » représente la prise de conscience fondamentale que, comme le disait un jour le Pape Jean XXIII « ce qui nous unit est beaucoup plus fort que ce qui nous divise » [63]. Une telle reconnaissance d’une unité sous-jacente se trouve dans le Credo de Nicée, – proclamé par de nombreux protestants aussi bien que les catholiques et les orthodoxes-, qui confesse que l’Église est une, sainte, catholique et apostolique. Pourtant si ces points ou caractéristiques de l’Église sont des « signes de la présence fidèle et ininterrompue de Dieu », il faut reconnaître également que « ces marques sont à la fois des dons et des buts, déjà présents mais non encore pleinement réalisés » [66]. Comme il apparaîtra clairement plus loin, le troisième chapitre de La Grâce qui vous est donnée en Christ traite spécifiquement du voir : se regarder dans les yeux et chercher à identifier les éléments authentiques de l’Église chez les uns et chez les autres.

Dans le passé les comptes-rendus du dialogue entre méthodistes et catholiques n’ont jamais été exagérément enthousiastes pour étirer les limites de ce que les partenaires avaient en commun ; ils n’ont pas non plus hésité à citer les domaines dans lesquels les différences de longue date doivent être franchement abordées. La clarté du « jugement » est un des points forts de La Grâce qui vous est donnée en Christ. Parmi les divergences repérées comme devant être travaillées, on trouve la nature sacramentelle de l’ordination, le rôle magistériel de l’épiscopat dans la succession apostolique, le caractère d’autorité de certains actes doctrinaux, la place et le rôle du ministère pétrinien, la signification précise de l’Eucharistie comme mémorial sacramentel de la mort et de la résurrection salvifiques du Christ, la manière dont le Christ est présent dans la sainte communion, le lien entre communion eucharistique et communion ecclésiale, et la place des laïcs dans les processus de décision de l’Église. Le fait de nommer clairement ces différences, ce qui d’une certaine manière exprime clairement le futur programme de la commission de dialogue, rend plus crédibles les passages approfondis du texte mentionnant les dons de Dieu reçus aussi bien par les méthodistes que par les catholiques, ce qu’ils ont en commun concernant la nature et la mission de l’Église.

Après avoir reconnu les dons de Dieu pour son Église et pour les Églises, comment méthodistes et catholiques peuvent-ils se rejoindre pour permettre une plus grande prise de conscience et une manifestation visible de ces dons ? Cette troisième étape – « agir » – apparaît dans La Grâce qui vous est donnée en Christ : « Au nom du Christ, et avec la puissance de son Esprit, l’Église sert le royaume de Dieu en œuvrant pour la guérison et la transformation du monde ici et maintenant » [68]. Certes les occasions ne manquent pas, pour les méthodistes et les catholiques, de « servir les pauvres et les opprimés de notre époque » [69] ou de « partager les peines du peuple de Dieu et de souffrir avec eux en communion avec le Serviteur souffrant » [70]. Néanmoins n’importe quel jugement concernant une collaboration pratique spécifique revêt généralement des limites au plan pratique. Il peut y avoir par exemple une tentation dans certains quartiers de faire de l’Église un service social, négligeant ainsi d’autres dimensions ecclésiales ; de même, certains chrétiens peuvent se trouver tellement impliqués dans la diakonia (le service) qu’ils ignorent le besoin de la liturgia (culte). Mais il existe une autre tentation, bien plus subtile :

Les apôtres, après la crucifixion, avaient naturellement peur et ils s’enfermèrent dans la chambre haute. L’Église peut être tentée de faire de même face à des sociétés et des cultures dont les attitudes vont de l’apathie envers l’enseignement et les valeurs de l’Évangile à la persécution [72].

En fait, méthodistes et catholiques ont coopéré dans nombre de projets au niveau local – depuis les camps d’été bibliques jusqu’à l’aide aux victimes de catastrophes, depuis le financement interecclésial de soupes populaires jusqu’aux marches œcuméniques en faveur des droits civiques, etc. De tels efforts sont souvent entrepris à l’initiative des pasteurs locaux et des membres d’églises voisines. La Grâce qui vous est donnée en Christ encourage à poursuivre de telles activités, de manière plus volontaire et plus étendue. En outre de tels projets de coopération conduisent souvent catholiques et méthodistes à prier ensemble et à l’inverse, la prière commune mène souvent à des actions communes.

Par l’action et la prière communes, méthodistes et catholiques peuvent parvenir à mieux comprendre l’interaction entre croissance spirituelle et engagement à la mission. Si évidemment « la foi s’extériorise en mission » [73], alors la mission devrait également constituer un moyen d’approfondir la foi. Comme saint Paul le rappelait aux Corinthiens, les chrétiens sont appelés à êtres « collaborateurs de Dieu » (1 Co 3, 9), des partenaires humains dans le plan divin de salut : « Dieu choisit librement d’œuvrer en se servant de communautés humaines et d’individus, rendus aptes à cela par sa grâce. » [76]. On pense, par exemple, à la bienheureuse Mère Teresa qui comparait sa mission au service des pauvres à « un petit crayon dans les mains du divin auteur. » (18)[18] De petits actes de charité et de sollicitude sont une manière d’entretenir la santé de la communauté chrétienne tout entière.

Ces petits actes de service sont au cœur d’une vision sacramentelle de l’Église, qui « tire sa forme de l’Incarnation dont elle provient et de l’action eucharistique par laquelle sa vie est sans cesse renouvelée » [77]. Méthodistes et catholiques peuvent trouver un terrain commun et une inspiration commune pour coopérer à la mission de l’Église à travers une lecture priante de l’Écriture menée ensemble – une activité fondée sur la reconnaissance mutuelle de leur baptême- comme base de la participation à la mission de l’Église [78]. Au niveau pratique, méthodistes et catholiques sont généralement d’accord pour dire que l’engagement à la mission ne constitue jamais « une option facultative pour les chrétiens et leurs communautés » [81]. Au niveau théorique, catholiques et méthodistes sont également d’accord pour dire que « la communion avec la Personne du Christ nous engage dans la communion à la mission du Christ » [80]. Cependant, après avoir reconnu tout ce bien commun théologique et l’engagement pratique, méthodistes et catholiques souffrent de toute évidence du fait que des divergences fondamentales les empêchent toujours de partager cette expression fondamentale de communion qu’est l’Eucharistie.

Mission et apostolicité

Examinant le passé pour avancer vers l’avenir, méthodistes et catholiques devraient reconnaître « la communion dynamique, la connectivité et la continuité de [l’] Église pèlerine avec l’Église du passé et de l’avenir » [82]. Ce lien essentiel avec l’Église apostolique ne se satisfait pas simplement d’une récitation machinale des anciens credo chrétiens ni d’une répétition routinière des pratiques apostoliques. L’Église doit plutôt « transmettre à son tour la foi apostolique au monde d’aujourd’hui et de demain » [83]. Néanmoins, transmettre la foi est plus facile à dire qu’à faire : « Préserver la tradition apostolique a parfois été pour l’Église un combat » [84].

Ce combat est particulièrement urgent à une époque de sécularisation et de déchristianisation, lorsque la transmission de l’héritage chrétien de la foi ne peut plus être considérée comme acquise : l’évangélisation est une des tâches urgentes de l’Église aujourd’hui. Malheureusement l’évangélisation est souvent mise à mal par la division entre chrétiens, qui, selon les termes du Concile Vatican II « s’oppose ouvertement à la volonté du Christ. Elle est pour le monde un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes : la prédication de l’Evangile à toute créature ».[19] Catholiques et méthodistes feraient donc bien de coopérer dans la mission apostolique d’évangélisation au maximum de leurs possibilités (20).[20]

D’autre part, bien que méthodistes et catholiques soient généralement d’accord pour dire que « tout renouvellement, toute réforme véritable dans l’Église est l’œuvre du Saint-Esprit » [85], ils semblent s’appuyer sur différents « modèles » d’Église (21).[21] Les méthodistes ont eu tendance à imaginer l’Église comme héraut de l’Évangile, comme servante des nécessiteux, comme une voix prophétique contre l’injustice. Par contraste, les catholiques ont eu tendance plutôt à considérer l’Église comme le lieu saint où sont administrés les sacrements, comme une institution salvifique, et comme la manifestation terrestre de la communion des saints. Catholiques et méthodistes doivent donc reconnaître que ces divers modèles, bien que différents, sont complémentaires.

Un contraste similaire existe entre catholiques et méthodistes quant à leur spiritualité respective. Si les deux traditions s’accordent à dire qu’» il doit y avoir croissance en sainteté » [85], il existe des différences notables entre méthodistes et catholiques sur la mise en pratique de leur spiritualité. De manière générale, la spiritualité méthodiste semble davantage fondée sur la Bible, quand la spiritualité catholique semble plus sacramentelle. Tout en reconnaissant que « même dans notre état de séparation, bien des dons divers se sont développés dans nos traditions » [86], ces différences justement peuvent rendre difficile la recherche de points communs dans la spiritualité sur lesquels fonder des projets de coopération et des efforts communs d’évangélisation. Néanmoins, l’on notera l’apparition d’une convergence durant les quatre dernières décennies, les catholiques ayant réorienté leur prière et leur méditation de manière plus biblique, tandis que les méthodistes, dans de nombreux lieux, sont devenus plus liturgiques dans leur pratique, particulièrement à travers des célébrations eucharistiques plus fréquentes.

A un niveau plus ecclésiologique, La Grâce qui vous est donnée en Christ reconnaît la présence de l’episkopé dans les deux traditions ainsi que les différences dans la manière dont cette « surveillance » épiscopale s’exerce dans chacune d’elles. L’on notera peut-être que la pratique consistant à traduire episkopé par « supervision » – avec sa connotation habituelle de « négligence insouciante »- peut créer une confusion inutile ; il serait préférable de parler d’ episkopé en termes de « supervision des ministères » ou de « discernement des charismes. » Dans tous les cas les structures de la supervision épiscopale présentent des différences notables dans le méthodisme et le catholicisme. Pour les catholiques, une passation hiérarchique -» l’épiscopat dans la succession apostolique et le ministère pétrinien de l’Évêque de Rome »- est essentielle. Par contraste, pour les méthodistes, l’episkopé est incorporé à la structure de conférences auxquelles participent des laïcs aussi bien que des clercs. Bien que les conférences aient des évêques à leur tête dans certains pays, les évêques méthodistes sont habituellement considérés comme des témoins de la foi apostolique plutôt que situés dans la succession apostolique (22).[22]

En outre, même si catholiques et méthodistes reconnaissent que « le même Esprit est à l’œuvre chez tous les baptisés », ils confessent également que de temps en temps ils « ne suivent pas les orientations de l’Esprit comme ils devraient le faire » [88]. De tels manquements, cependant, ne devraient pas occulter le fait que le ministère est « un don de Dieu à l’Église, un service dans la grâce de la communion vivante de l’Église avec le Christ à travers le monde et à travers les temps » [89]. Ainsi, méthodistes et catholiques reconnaissent le ministère ordonné comme « l’un des ‘éléments essentiels’ » dans l’Église [91]. En outre, catholiques et méthodistes s’accordent à dire que « toutes les formes du ministère sont communautaires et collégiales » [91].

En dépit d’un tel accord de base, il reste des « domaines de forte divergence » aussi bien sur la nature du ministère ordonné que sur le ministère laïc au sein de l’Église [92], ou encore sur la nature de l’Eucharistie. Ces questions majeures doivent être résolues avant que catholiques et méthodistes puissent reconnaître pleinement la célébration de l’Eucharistie chez les uns et les autres. La résolution de tels sujets sources de séparation des Églises ne peut certainement pas être obtenue par des polémiques tendant à exagérer les domaines de désaccord et ainsi à « rejeter dans l’ombre ce qui nous est commun » [97]. Pour trouver la réponse à de telles questions il faut que méthodistes et catholiques s’engagent dans une pratique spirituelle commune dans les retraites : un examen de conscience.

Un examen de conscience partagé

Les partenaires du dialogue œcuménique feraient bien d’examiner les obstacles éventuels sur le chemin de la réalisation de leur « but ultime » à savoir « la pleine communion dans la foi, la mission et la vie sacramentelle » [98]. Il leur faut reconnaître que des différences d’éthique confessionnelle – » des façons différentes d’affirmer la même chose »- peuvent générer des tensions dans les relations interecclésiales.

Une telle tension est particulièrement sensible dans les différences concernant « la relation entre parole et sacrement », caractéristique des modèles de culte catholique et méthodiste. Les méthodistes ont traditionnellement mis l’accent sur la Parole – dans l’Ecriture, le sermon et les hymnes- ne célébrant l’eucharistie qu’une fois par mois ou à des occasions particulières. Par contraste, la célébration catholique s’est traditionnellement bâtie autour d’une liturgie de la Parole – souvent sans musique et avec un sermon bref, quand il y en avait un- suivie de la liturgie eucharistique. Ces dernières années, ces deux modèles ont changé ; il y a eu une convergence des deux traditions à travers l’usage d’un lectionnaire commun aux catholiques et à de nombreux méthodistes ; l’accent a été mis de manière renforcée sur le sermon dans les paroisses catholiques et sur la célébration eucharistique plus fréquente dans de nombreuses Églises méthodistes. Néanmoins, même si l’on a constaté des développements notables dans les formes du culte au sein des deux traditions durant les quatre dernières décennies, pour atteindre le but de la pleine communion, il faudra une plus grande « détermination à modifier éventuellement certaines de nos manières de faire et de nous exprimer » [106].

Quels sont les changements nécessaires ? Avant de proposer des changements spécifiques, il convient de noter que catholiques et méthodistes voient l’Église depuis des perspectives différentes du fait que « le point de départ choisi par les catholiques et les méthodistes diffère de manière substantielle » [99]. D’un côté, « l’ecclésiologie catholique va de la communauté vers l’individu ». De l’autre, « l’ecclésiologie méthodiste va de l’individu à la communauté » [99]. Alors que les catholiques mettent l’accent sur le fait que « la grâce et le salut dont jouit chaque chrétien sont une participation à la grâce et au salut que le Christ a voulu pour l’Église », les méthodistes ont plutôt tendance à mettre l’accent sur la foi personnelle et l’assurance du salut individuel « concernant la façon de vivre et de faire connaître l’Evangile » [99]. Ainsi ces deux perspectives ecclésiologiques différentes peuvent simplement coexister sans vraiment avoir de lien, encore moins d’influence mutuelle.

S’y trouve relié un deuxième point de tension, découlant du fait que « les méthodistes et les catholiques aient eu tendance à adopter des voies différentes pour définir l’Église » [100]. D’un côté les catholiques pensent l’Église en termes sacramentels et structurels, alors que les méthodistes pensent l’Église en des termes plus personnels et fonctionnels : « Un des traits marquants de la doctrine catholique sur l’Église est l’intérêt accordé aux structures essentielles visibles tandis que le méthodisme a mis l’accent sur la dimension spirituelle, notamment la sainteté, plutôt que sur des structures permanentes » [101]. Tout en respectant les mérites de leurs visions ecclésiologiques différentes, y a-t-il une manière de rapprocher ces deux traditions divergentes ? En d’autres mots, les méthodistes aussi bien que les catholiques ont des dons spirituels à partager : comment peuvent-ils être partagés ? C’est la question posée directement par le chapitre III de La Grâce qui vous est donnée en Christ.

Partager les dons

Pour commencer, des communautés chrétiennes cherchant à se rapprocher pourraient considérer les éléments suivants. Premièrement, les partenaires œcuméniques doivent reconnaître que le partage œcuménique des dons exigera des sacrifices de part et d’autre ; c’est pourquoi les partenaires œcuméniques doivent se rencontrer non seulement dans l’amour du Christ, mais aussi dans un amour réciproque authentique et un amour des dons de chacun. « L’Esprit-Saint est le véritable dispensateur des dons que nous cherchons à échanger » [97], alors que les partenaires du dialogue cherchent à échanger et à recevoir l’un de l’autre les dons permettant à chacun de vivre pleinement les dons que le Christ veut pour son Église. Dans une relation œcuménique féconde, il est juste d’espérer que les forces d’un des partenaires viendront équilibrer les faiblesses de l’autre, et vice versa. C’est pourquoi il n’est nul besoin – en fait il ne peut y avoir – de parité stricte dans l’échange des dons ; cependant il faut une authentique générosité dans le don, complétée par une authentique bienveillance dans la réception du don.

Et cependant, qui n’a jamais reçu des cadeaux apparemment inutiles, voire non désirés ? C’est pourquoi, en proposant « un échange de dons œcuménique »[23] [107-135], La Grâce qui vous est donnée en Christ suggère d’imaginer le processus non comme un « échange calculé » – quid pro quo - mais comme une amélioration mutuelle motivée par un amour prêt à tous les sacrifices réciproques nécessaires pour le partage – don et réception- des dons de chacun. Par exemple, la valeur de tel don peut ne pas apparaître immédiatement ; il faudra peut-être du temps pour voir l’utilité, le besoin et même la beauté d’un don particulier.

A la suite du dialogue œcuménique, les catholiques ont été amenés à reconnaître de nombreux domaines d’accord fondamental avec leurs voisins méthodistes : une foi trinitaire [122], la nécessité de la conversion personnelle et d’une vie de sainteté [123], et un engagement à l’évangélisation, non seulement au-dehors, mais même chez soi [124]. D’une manière parallèle, les méthodistes en sont venus à « reconnaître l’Église catholique comme une Église véritable » [107] et à reconnaître « les prêtres catholiques comme des presbytres de l’Église, une, sainte, catholique et apostolique » [108]. « De plus, les méthodistes trouvent dans la doctrine catholique sur l’eucharistie une similitude avec leur propre enseignement dans les hymnes des frères Wesley » [109].

Dans de nombreux lieux une telle acceptation mutuelle – parfois plus implicite qu’explicite- a déjà débouché sur des efforts de coopération en matière d’action caritative, d’initiatives sociales, dans le domaine civique et de projets humanitaires. Dans certains lieux, catholiques et méthodistes ont coopéré pour le financement d’écoles bibliques pendant les vacances, pour le dialogue interreligieux et des projets éducatifs chrétiens. Au niveau local, méthodistes et catholiques se sont retrouvés pour évoquer les points d’accord.[24] Et lors de jours fériés comme Thanksgiving ou de temps forts œcuméniques, comme par exemple la « Semaine de prière pour l’unité des chrétiens »,[25] on peut voir les catholiques et les méthodistes, avec des membres d’autres confessions chrétiennes, se retrouver pour célébrer ensemble.

S’il est possible de voir dès à présent de nombreux domaines d’acceptation mutuelle et de réciprocité œcuménique dans l’échange des dons entre méthodistes et catholiques, il faut reconnaître franchement que le partage des dons est un art qui exige un tact considérable pour savoir comment faire le don adéquat au moment adéquat. Etant donné qu’un don, même bon, présenté au mauvais moment et de la mauvaise manière peut facilement aboutir à l’opposé du résultat espéré, les responsables œcuméniques devront veiller à ce que pour chaque proposition d’échange de dons il s’agisse du don adéquat au moment adéquat. Après 40 ans de dialogue, lors duquel des convergences ont été relevées et lors duquel les partenaires ont grandi dans l’affection mutuelle et la compréhension, la Commission internationale de dialogue entre méthodistes et catholiques suggère qu’à présent, un échange plus important de dons est non seulement possible mais requis.

Dans l’échange de dons, il faut également prendre connaissance des besoins et des priorités de l’autre. Par exemple, bien que méthodistes et catholiques reconnaissent le besoin de « lire et répondre aux signes des temps »,[26] ils le font de manières différentes. D’un côté, les méthodistes semblent préférer les dons pratiques utilisables de suite pour des objectifs aussi immédiats que le témoignage chrétien, la mission et l’évangélisation. De l’autre côté, les catholiques semblent préférer les dons de type plus permanent, pouvant être adaptés à un éventail de circonstances – non seulement aujourd’hui mais dans le futur.

De telles préférences semblent liées à l’histoire et à l’éthique des deux traditions ; cependant il faut reconnaître que la préférence des méthodistes pour la flexibilité [117] peut de temps en temps se heurter à l’accent mis par les catholiques sur la stabilité. Par exemple « la réflexion théologique a conduit les méthodistes à conclure que la mission de l’Église est l’œuvre de tout le peuple de Dieu, laïcs et ordonnés ensemble » ; même si les catholiques sont d’accord sur le principe, ils sont en désaccord quant à l’ordination des femmes [116].[27] De même, si « les méthodistes du monde entier ont répondu de façon positive à l’invitation de Jean-Paul II d’engager un dialogue sur l’exercice du ministère pétrinien de l’évêque de Rome » [113],[28] il reste à voir comment la fonction papale pourrait être transformée d’une manière qui soit acceptable aussi bien par les méthodistes que par les catholiques – en particulier sur « la question controversée de ‘l’infaillibilité’ » [135].

Ces exemples illustrent le fait que l’échange œcuménique de dons n’est ni abstrait ni théorique. Aussi bien l’histoire que la littérature fournissent de nombreux exemples de situations dans lesquelles les meilleures intentions du donneur ont mal tourné ; de même « seules les bonnes intentions ne suffisent pas pour faire avancer la cause de l’unité chrétienne » [139]. La Grâce qui vous est donnée en Christ fait un certain nombre de suggestions que des responsables œcuméniques pourront facilement adapter à leur situation propre.

L’échange de dons en pratique

L’échange œcuménique de dons pourrait être imaginé comme faisant partie d’un processus d’» unité par étapes » [140] – quel meilleur moyen y aurait-il de construire l’unité qu’à travers une série de dons soigneusement préparés ? Chaque don est choisi comme symbole à la fois d’unité œcuménique et d’amour chrétien. Dans les relations œcuméniques, les dons échangés entre deux partenaires devraient être « compatibles avec d’autres possibilités œcuméniques pour les deux partenaires » [144]. Ainsi, chaque échange œcuménique de dons entre catholiques et méthodistes devrait non seulement permettre, mais inviter à d’autres échanges œcuméniques de dons avec leurs partenaires en dialogue dans d’autres traditions chrétiennes. Un exemple récent et significatif d’un tel échange de dons est la « signature tripartite » (Juillet 2006) par le Conseil méthodiste mondial de la Déclaration conjointe sur la justification, signée à l’origine par l’Église catholique et la Fédération luthérienne mondiale en 1999.[29]

D’un côté l’échange œcuménique de dons implique un fondement commun – particulièrement un accord sur les bases que sont la foi, la réconciliation et la reconnaissance mutuelles et un engagement fondamental envers le Christ. D’un autre côté, il n’est guère possible d’envisager un échange de dons qui soit satisfaisant pour les deux parties sans que chaque partenaire fasse la distinction entre ce qui est essentiel et ce qui pourrait changer [151]. En fait, l’échange œcuménique de dons implique souvent un peu des deux : parfois il est plus facile d’échanger des dons plutôt pratiques et d’usage immédiat que ceux qui sont davantage occasionnels et durables. Plus encore, il arrive qu’un don considéré comme essentiel par l’un des partenaires ne puisse être donné et reçu que dans le contexte d’un échange plus large et vaste de ce que l’autre considère comme facultatif ou discrétionnaire.

La clef de chaque échange de dons est constituée par les donateurs. De ce point de vue, les membres du clergé méthodiste et catholique joueront sans doute un rôle central dans la réussite – ou non- de l’échange œcuménique de dons. Comme La Grâce qui vous est donnée en Christ le propose, un tel échange de dons peut se faire à différents niveaux – conformément à la discipline de chaque tradition. Peut-être le domaine le plus immédiatement accessible pour un tel échange est-il celui de la diakonia – toutes les activités où « la pleine communion dans la foi n’est pas nécessaire à la mission commune » [158]. Une telle collaboration prend déjà des formes diverses : très fréquemment, catholiques et méthodistes travaillent ensemble sur des projets caritatifs et humanitaires ; dans certains lieux ils cofinancent diverses formes de travail social chrétien et d’évangélisation [159]. Dans un certain nombre de lieux, méthodistes et catholiques utilisent les mêmes bâtiments pour le culte et la catéchèse [160] et à l’occasion, mettent en commun leurs compétences dans le domaine financier, informatique et politique.

En s’attelant à des situations pastorales dues à nos divisions, le Rapport fait des propositions qui pourraient être mises en œuvre dans le contexte actuel. Il relève, par exemple, que « lorsque la célébration d’un baptême, d’un mariage, d’obsèques ou de quelque autre fonction dans une Église catholique entraîne la participation de fidèles méthodistes, par exemple lorsqu’il s’agit d’une famille mixte, il convient qu’un ministre méthodiste soit invité à prendre une part appropriée à la cérémonie et à sa préparation, dans le respect des normes du Directoire œcuménique catholique, interprétées par la Conférence épiscopale locale, et de la pratique constitutionnelle et la discipline de la Conférence méthodiste intéressée » [155, n. 4] ; de même le texte invite à la participation catholique lorsqu’une telle célébration a lieu dans une Église méthodiste, tout en respectant là aussi les normes et points de discipline aussi bien méthodistes que catholiques. Une telle présence pastorale constitue généralement un témoignage hautement apprécié de l’accord fondamental existant entre les deux traditions, et est vue comme une étape intermédiaire sur le chemin de la pleine communion. Néanmoins il faut reconnaître honnêtement qu’une telle coopération est une étape incomplète et provisoire : catholiques et méthodistes ne sont pas encore parvenus au terme de leur pèlerinage vers l’unité. Par conséquent, alors qu’il reste inévitablement un « désir d’unité »,[30] méthodistes et catholiques se doivent de reconnaître que l’unité visible n’est pas réalisée encore et doivent respecter les positions de chaque Église sur des points comme le partage eucharistique [155]. Tout comme l’échange de dons, le partage œcuménique doit toujours se faire de manière adéquate et respectueuse.

Néanmoins, chaque pas – quelque insignifiant ou petit qu’il puisse paraître- devrait être considéré comme faisant partie d’ « un ensemble cohérent de "gestes concrets" » [163], dont l’effet cumulatif porte en lui le potentiel d’être bénéfique à « un auditoire œcuménique plus vaste » [165]. En d’autres mots la mise en œuvre des recommandations proposées par La Grâce qui vous est donnée en Christ peut servir de repère et de stimulant non seulement pour l’approfondissement des relations entre méthodistes et catholiques mais pour d’autres discussions œcuméniques également. En ce sens, il est extrêmement important de faire connaître tous les efforts œcuméniques, quels qu’ils soient. Malheureusement, l’œcuménisme est resté un des secrets les mieux gardés dans les Églises – même celles qui sont officiellement engagées dans le dialogue œcuménique. Il est regrettable que nombre d’accords œcuméniques réalisés au niveau national et international ne soient pas parvenus encore au niveau des paroisses ou assemblées locales. Ce serait une tragédie pour l’œcuménisme si tel devait être le destin de La Grâce qui vous est donnée en Christ.

Comment dans ce cas communiquer efficacement le message contenu dans La Grâce qui vous est donnée en Christ ? Réfléchir aux implications du Rapport dans le cadre d’une prière semble être une première étape nécessaire pour apprécier et accueillir ses découvertes. Il s’agit là d’un rapport qui invite à un examen honnête des imperfections et des manquements des églises dans le passé et qui propose une occasion de réfléchir sérieusement à des options œcuméniques futures, en concluant avec un ensemble de résolutions concrètes pour mettre en œuvre la nouvelle prise de conscience de l’unité chrétienne contenue dans le Rapport. Les principes et propositions du chapitre final du Rapport sont en accord avec le Directoire œcuménique et la doctrine catholique dans son ensemble ; ils sont en accord également avec la doctrine méthodiste, et constituent donc des propositions appropriées au contexte actuel, même si toutes les suggestions ne sont pas nécessairement réalisables ou adaptées à chaque lieu. La clef d’une mise en œuvre constructive des propositions pratiques faites dans le Rapport sera un discernement prudent pour ne pas aller au-delà de ce qui est approprié ; par exemple, le Rapport invite à la prière et à des retraites communes [154], mais celles-ci ne seront réalisables et profitables que dans le domaine de la foi commune (cf. Directoire œcuménique, 91). Gardant cela en tête, parmi les actions envisageables pour les responsables œcuméniques méthodistes et catholiques il serait possible d’encourager et de faciliter la mise en place de retraites ou d’ateliers communs, comme lieux d’élaboration de « modèles » appropriés et constructifs pour des temps de prière, des projets œcuméniques et des discussions au plan local.[31] En d’autres termes le Rapport a fourni à la fois un exposé ecclésiologique incontestable pour d’autres étapes à venir vers l’unité entre méthodistes et catholiques et de nombreuses recommandations utiles pour avancer vers la réalisation de cette unité. Le pas suivant, évident mais difficile, sera pour les responsables méthodistes aussi bien que catholiques de mettre la théologie œcuménique en pratique œcuménique au niveau local, en discernant quels sont les pas appropriés, aujourd’hui, dans le contexte de chacun.

  

Envoi

La conclusion de La Grâce qui vous est donnée en Christ complète l’introduction du Rapport avec une méditation sur la deuxième Lettre de Paul aux Corinthiens (5, 17 - 6, 1). Dans ce passage, Paul encourage la communauté hargneuse de Corinthe à reconnaître que Dieu « nous a réconciliés avec lui par le Christ, et nous a confié le ministère de la réconciliation » (5,18). Parce que ce message de réconciliation a été confié aux chrétiens, ils sont « ambassadeurs du Christ » (5, 20). Cette désignation d’» ambassadeurs » semble particulièrement appropriée pour tous les chrétiens impliqués dans la quête de l’unité des chrétiens.

Il convient de remarquer également que la conclusion de La Grâce qui vous est donnée en Christ est intitulée « Envoi » – un mot porteur de multiples significations dans la langue française. Premièrement, envoi peut signifier « un colis ou un paquet envoyé » à quelqu’un ; un paquet envoyé est un cadeau à recevoir. L’ « envoi » rappelle que, tout comme Paul invite la communauté chrétienne des origines à se transformer et à assumer une nouvelle identité dans le Christ Jésus, dans le dialogue entre méthodistes et catholiques, l’« espérance de réconciliation et la création d’une nouvelle identité entre nous ont été au centre de notre travail » [166]. Ici le Rapport parle de ce qui peut être reçu à travers le dialogue, mais son langage n’est pas aussi précis qu’on le souhaiterait. Le dialogue œcuménique peut et doit impliquer une transformation, une conversion de chaque partenaire du dialogue. Cependant, ce que l’on recherche dans le dialogue œcuménique n’est pas une nouvelle identité ecclésiale, mais la restauration d’une unité fondée sur une compréhension partagée de la foi apostolique transmise dans l’Église pour toutes les générations. Pour l’Église catholique, qui se voit comme détentrice de tous les éléments essentiels de l’Église voulue par Jésus Christ, cela peut entraîner autant une conversion continue à l’Evangile (cf. Ut unum sint, n. 15) qu’une croissance dans la catholicité quand elle reconnaît avec joie et apprécie « les valeurs réellement chrétiennes qui ont leur source au commun patrimoine et qui se trouvent chez nos frères et sœurs séparés » (UUS, 47 ; cf. UR, 4) lesquelles peuvent contribuer à l’édification des catholiques eux-mêmes (UUS, 84 ; cf. UR, 4, conformément à la citation dans le Rapport, n° 100).

Un autre sens du mot envoi est « biens à transmettre ». Cette signification est certainement en résonnance avec « l’appel à nous engager dans un échange de dons » [167] contenu dans le Rapport. Il ne s’agit pas simplement d’acquérir, encore moins d’accumuler les dons, mais de les partager.

Un autre sens encore du mot envoi est « une lettre de conseils » et cette signification est tout à fait claire dans les recommandations du Rapport sur la manière dont catholiques et méthodistes peuvent croître ensemble [146-162]. Il n’en reste pas moins qu’un conseil demeure inefficace, s’il n’est pas apprécié, accepté et actualisé.

Un sens moins commun du mot envoi se trouve dans le vocabulaire de navigation : « ordre pour gouverner un bateau ». L’Église est souvent décrite comme le vaisseau du Christ naviguant avec détermination contre les vents du mal – une telle image a servi de logo au Conseil œcuménique des Églises. Le Rapport peut également être vu comme un mandat œcuménique proposant un itinéraire non seulement aux catholiques et aux méthodistes, mais à tous les chrétiens, dans leur voyage vers l’unité – lors duquel il faudra contourner de nombreux obstacles, mais un voyage guidé par l’Esprit Saint.

Finalement, la signification peut-être la plus commune du mot envoi est celle d’un « émissaire» – qui a pouvoir de communiquer un message important. Telle est l’instruction donnée aux apôtres par le Christ. Telle est la responsabilité proposée par La Grâce qui vous est donnée en Christ pour les chrétiens ayant une sensibilité œcuménique :

Nous sommes ambassadeurs du Christ. L’engagement de nos deux Églises à la mission nous appelle à aller de l’avant. L’apôtre n’a pas son propre message, il agit au nom du Christ [171].


* Texte original anglais. Traduction de La Documentation Catholique.

[1] Les références aux paragraphes du « Rapport de la Commission Internationale de Dialogue entre l’Église catholique romaine et le Conseil méthodiste mondial » sont indiquées entre parenthèses dans ce texte.

[2] Bien que le terme fratres sejuncti soit souvent traduit par « frères séparés », il semble plus juste de le traduire par « frères et sœurs séparés les uns des autres ».

[3] Pour un aperçu utile de la « réception » voir William G. Rusch, Reception : An Ecumenical Opportunity (Philadelphie, Fortress Press, 1987) ; pour un certain nombre d’études de cas liés à la « réception » voir Twelve Tales Untold : A Study Guide for Ecumenical Reception, édité par John T. Ford et Darlis J. Swan (Grand Rapids, MI : William B. Eerdmans, 1993).

[4] Voir la description faite par John Henry Newman de l’accord théorique et réel au chap. IV de son An Essay in Aid of a Grammar of Assent (1870) disponible sur : http://newmanreader.org/works/grammar/index.html.

[5] L’essentiel de la théologie hispano/latine est développé en collaboration ; voir, par exemple From the Heart of Our People :Latino/a Explorations in Catholic Systematic Theology, par Orlando Espín et Miguel Díaz (Maryknoll, NY : Orbis Books, 1999).

[6] Une discussion bilatérale entre méthodistes et catholiques devrait permettre de clarifier d’une manière personnelle toutes les dimensions qui ne sont pas claires dans la tradition de l’autre ; une discussion multilatérale comprendrait des « outsiders » qui pourraient enrichir la discussion par des perspectives autres que celles qui sont habituelles entre méthodistes et catholiques.

[7] Rétrospectivement il semble qu’une division des tâches aussi claire était implicite dans les efforts respectifs faits par « Foi et Constitution » qui cherchait à résoudre des différences doctrinales et à réconcilier des structures ecclésiales, par contraste avec « Life and Work », qui cherchait à entretenir la coopération œcuménique sur des projets sociaux ; voir, par exemple W.A. Visser’t Hooft The Genesis and Formation of the World Council of Churches(Genève : Conseil œcuménique des Églises, 1982).

[8] Voir par exemple, Vatican II, Dignitatis Humanae, disponible sur : http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents:vat-ii_decl_19651207_dignitatis-humanae_en.html.

[9] Voir, par exemple, Albert C. Outler, Methodist Observer at Vatican II (Westminster, MD:Newman Press, 1967).

[10] Voir John T. Ford, « Bilateral Conversations and Denominational Horizons », Journal of Ecumenical Studies 23/3 (Eté 1986):518-528.

[11] Il s’agit là d’une question ecclésiologique primaire traitée dans le chapitre II de La Grâce qui vous est donnée en Christ [45-96].

[12] Voir Paul S. Minear, Images of the Church in the New Testament (Philadelphie: Westminster Press, 1960; Louisville, KY: Westminster John Knox Press, 2004).

[13] A noter que La Grâce qui vous est donnée en Christ déclare : « Quoique certains aient hésité à se référer à l’Église elle-même comme à un sacrement, plusieurs phases de notre dialogue ont porté sur le concept d’Église comme ‘moyen de grâce’, sujet sur lequel méthodistes et catholiques s’accordent » [77] ; en outre, « Nous ne sommes pas encore arrivés à un accord complet sur la nature sacramentelle de ces moyens de grâce mais nous avons constaté une convergence substantielle… » [78].

[14] Voir John T. Ford, « Koinonia and Roman Catholic Ecclesiology, » Ecumenical Trends 26/3 (Mars, 1997) : 10-12.

[15] Par exemple, l’index thématique du recueil d’hymnes Flor y Canto (Portland, OR : OCP Publications, 2001), 749-750, cite un certain nombre d’hymnes appropriées.

[16] Lex cantandi lex credendi, litt. « la loi du chant [est] la loi de la foi » – une variante de l’adage connu lex orandi lex credendi (litt. « la loi de la prière [est] la loi de la foi, » est traduit dans ce Rapport [98] par « nous croyons comme nous prions »).

[17] Voir par exemple le commentaire sur le « chemin d’Emmaüs » (Lc 24, 13-35), qui propose la formule élargie « être-voir-juger-agir-célébrer-évaluer » dans La Biblia Católica para Jóvenes (Stockton, CA :Instituto Fe y Vida ; Estella, Espagne :Verbo Divino, 2005), 1334.

[18] Voir Franca Zambonini, Un Lápiz en las Manos de Dios : Vida de la Madre Teresa (Buenos Aires :Paulinas, 2000).

[19] Unitatis redintegratio (Décret sur l’œcuménisme), 1 ; disponible sur : http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decree_19641121_unitatis-redintegration_en.html.

[20] Voir, par exemple, le défi que représente la question posée par la Troisième conférence mondiale sur Foi et Constitution à Lund, en Suède, en 1952 : « Nos Églises ne devraient-elles pas se demander si elles affichent suffisamment le désir d’entrer en discussion avec d’autres Églises, et si elles ne devraient pas agir en commun dans tous les domaines à l’exception de ceux dans lesquels des différences profondes de conviction les contraignent à œuvrer séparément ? » (Disponible sur http://www.ecumenism.net/educ/resources/encounter3.htmn ).

[21] Voir Avery Dulles, Models of the Church (Garden City, NT :Doubleday, 1974; New York: Doubleday, édition revue et augmentée, 2002).

[22] Concernant la vision méthodiste de la fonction épiscopale, comparer Gerald Moede, The Office of Bishop in Methodism : Its History and Development (New York ; Abingdon Press, 1965) et James K. Mathews, Set Apart to Serve : the Meaning and Role of Episcopacy in the Wesleyan Tradition (Nashville: Abingdon Press, 1985).

[23] Voir Margaret O’Gara, The Ecumenical Gift Exchange (Collegeville, MN : Liturgical Press, 1998).

[24] Voir, par exemple, Greg A. Foraker, «Yearning to Be One, Y’all : Reflections on a Roman Catholic/United Methodist Dialogue in Knoxville, Tennessee, Eté 2001», Ecumenical Trends, 31:1 (Janvier 2002); 10-11.

[25] Pour des informations sur « La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens », voir : http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/chrstuni/sub-index/index_weeks-prayer.htm.

[26] Sur cette phrase importante, voir Paul McPartlan, « The Deacon and Gaudium and Spes, » dans The Deacon Reader édité par James Keating (New York/Mahwah, NJ: Paulist Press, 2006), 56-77.

[27] Voir Ordinatio sacerdotalis (22 mai 1994), Lettre apostolique du Pape Jean-Paul II, disponible sur : http://www.vatican.vq/holy_father/john_paul_ii/apost_letters/documents/hf_jp-ii_apl_22051994_ordination-sacerdotalis_en.htm.

[28] Voir Encyclique du Pape Jean-Paul II (25 mai 1995), Ut Unum Sint, 96, disponible sur : http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc825051995_ut_unum-sint_en.html.

[29] La déclaration méthodiste est disponible sur : http://64.233.161.104/search?g=cache:vgrVGrlJpCoJ:www.lutheranworld.org/What_We_Do/OEA/Methodist-Statement-2006-EN.pdf+World+Methodist+Council+Justification&hl=en&gl=us&ct=clnk&cd=3.

[30] « Yearning to Be One » (2001), une déclaration de la Commission de dialogue entre catholiques romains et Église unie méthodiste aux États Unis est disponible sur : http://www.usccb.org/seia/methcath/shtml.

[31] Après le Concile Vatican II, il y a eu un grand nombre de publications destinées aux laïcs intéressés par l’œcuménisme ; par ex. voir Living Room Dialogues, édité par William B. Greenspun (Paramul, NJ : Paulist Press, 1965).

 

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