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« N’ÉTEIGNEZ PAS L’ESPRIT »
LES CHARISMES DANS LA VIE
ET DANS LA MISSION DE L’ÉGLISE

Rapport de la sixième phase
du Dialogue international catholique-pentecôtiste
(2011-2015)

 

LE STATUT DE CE RAPPORT

Ce rapport a été préparé par la Commission de dialogue international catholique-pentecôtiste entre l’Église catholique et des Églises et des responsables pentecôtistes classiques. C’est un document d’étude rédigé par les membres du Dialogue. Les autorités qui ont nommé les participants ont permis la publication de ce rapport pour qu’il puisse être amplement examiné. Ceci n’est pas une déclaration officielle de l’Église catholique ni d’aucune des Églises pentecôtistes participant au Dialogue qui, chacune de leur côté, évalueront ce document.

I. Introduction

1. Catholiques et pentecôtistes se réjouissent de l’accent nouvellement mis, au cours des dernières décennies, sur les charismes dans la vie et dans la mission de l’Église. Ensemble ils affirment que le Saint-Esprit n’a jamais cessé de répandre ses charismes sur les chrétiens en tous temps, en vue de la diffusion de l’Évangile et de l’édification de l’Église. Durant le siècle dernier, l’expérience des charismes a acquis un rôle plus central, grâce en grande partie au témoignage des Mouvements pentecôtistes et charismatiques.

2. Catholiques et pentecôtistes rendent grâce au Seigneur qui dispense ces dons divins. En même temps, ils reconnaissent que l’exercice des charismes représente parfois une source de tensions et de préoccupations dans différentes parties du monde. Des questions sérieuses ont été soulevées quant à l’authenticité et la manifestation des charismes : Quelle est leur source ? Comment les définir et les interpréter au mieux ? Qui doit se charger de la surveillance ? Et comment exercer la surveillance pour avoir l’assurance que ces charismes sont utilisés à bonne fin ?

3. Sur la base de ce terrain et de ce souci communs, le Dialogue international catholique-pentecôtiste a réfléchi sur le thème : « Les charismes dans l’Église et leur signification spirituelle : discernement et implications pastorales ». L’objectif principal de ces conversations était de promouvoir le respect mutuel et la compréhension entre l’Église catholique et les Églises pentecôtistes classiques à la lumière de la prière de Jésus pour que tous soient un (Jn 17, 21). Le choix de ce thème est un signe de la continuité de ce dialogue. Dès les rencontres préparatoires de 1971, le Comité de coordination avait indiqué que ce dialogue devait accorder « une attention spéciale à la signification pour l’Église de la plénitude de vie dans l’Esprit »[1], en « se concentrant à la fois sur les dimensions expérientielle et théologique de cette plénitude de vie ». Ce rapport est le premier rapport d’un Dialogue international bilatéral qui traite de l’importance des charismes dans la vie et dans la mission de l’Église.

4. Les participants ont entamé leur travail par un examen général des charismes (Rome 2011), avant de se concentrer plus particulièrement sur trois charismes : le discernement (Helsinki, 2012), la guérison (Baltimore, Maryland, 2013), et la prophétie (Sierra Madre, Californie, 2014), en identifiant les approches, les interprétations et les défis communs. Le présent rapport a été rédigé à Rome en 2015. Le but de cette phase du Dialogue était de présenter une réflexion partagée sur les dimensions théologique, pastorale et spirituelle des charismes, en mettant en lumière les éléments que catholiques et pentecôtistes peuvent affirmer ensemble, et en clarifiant les défis et les divergences auxquels ils doivent faire face.

5. Au sujet des charismes en général et de ces trois charismes en particulier, les catholiques n’ont pas un enseignement officiel exhaustif et les pentecôtistes ne possèdent pas un corps d’enseignements comparable pouvant servir de point de départ à une position unifiée. Néanmoins, la Bible fournit les éléments nécessaires à une réflexion théologique et pastorale commune sur ce thème. En outre, l’expérience des charismes vécue dans les communautés chrétiennes du Nouveau Testament constitue non seulement un paradigme, mais aussi une source d’inspiration qui peut encourager les chrétiens à promouvoir de nos jours une meilleure réception des dons de l’Esprit. La redécouverte de la sagesse spirituelle accordée par le Saint-Esprit à l’Église au cours des siècles est un élément essentiel lorsqu’on traite cette importante question. Le présent rapport propose une compréhension et une appréciation communes des charismes en général et de trois charismes en particulier. Une réflexion théologique plus poussée, menée avec l’esprit constructif et la franchise qui ont caractérisé cette phase du dialogue, sera nécessaire pour approfondir notre compréhension commune de ces charismes et des autres.

6. Ce dialogue a été organisé conjointement par l’Église catholique, à travers le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, et par un groupe de participants pentecôtistes classiques qui avaient tous le soutien de leur communauté, et dont certains avaient été officiellement nommés pour représenter leur Église. Les Églises pentecôtistes qui ont envoyé des représentants officiels sont la Church of Pentecost du Ghana, diverses Églises nationales appartenant aux World Assemblies of God Fellowship, le Verenigde Pinkster, een Evangeliegemeenten of de Neederlands, l’International Church of the Foursquare Gospel, et les Open Bible Churches. En outre, ce dialogue a été encouragé depuis le début par l’Apostolic Faith Mission d’Afrique du Sud.

7. Cette phase du dialogue a été conduite par le coprésident catholique Mgr Michael F. Burbidge, Évêque de Raleigh (Caroline du Nord, États-Unis), et par le coprésident pentecôtiste, le Rév. Cecil M. Robeck Jr., des Assemblies of God (Pasadena, Californie, États-Unis). Mgr Juan Usma Gómez, du Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a fait office de cosecrétaire catholique et le Rév. David Cole, des Open Bible Churches, de cosecrétaire pentecôtiste.

8. Les participants ont réfléchi ensemble sur les dimensions spirituelle, pastorale et théologique des charismes en se stimulant mutuellement par des questions pointues sur leur compréhension des charismes, sur la façon dont les charismes sont exercés dans leurs communautés respectives, et sur les difficultés rencontrées dans l’exercice des charismes et leur discernement. Leur travail, mené dans un climat de confiance mutuelle, a été enrichi par la présentation d’exposés de spécialistes suivis de discussions approfondies, de temps de prière en groupe, et de temps de célébration dans les églises des uns et des autres. Ces expériences ont contribué à leurs réflexions et à leurs observations. Au terme de ces rencontres, les participants à ce dialogue sont encore plus convaincus de l’importance des charismes pour l’Église de notre temps. Leur espoir est que les lecteurs de ce rapport redécouvriront l’importance des charismes dans leur vie et dans celle de leurs Églises tandis qu’ils témoignent de l’Évangile.

II. Les charismes dans la vie et la mission de l’Église

A. Ce que pentecôtistes et catholiques peuvent affirmer ensemble

9. Ensemble catholiques et pentecôtistes affirment la nature charismatique de l’Église tout entière. Les charismes sont essentiels tant dans la vie de l’Église que dans sa mission évangélisatrice. Ils sont l’expression de l’amour de Dieu pour son peuple et la manifestation de sa présence vivante au milieu de lui. Répandus librement et souverainement par le Saint-Esprit, les charismes sont accordés aux croyants pour qu’ils participent au plan de salut de Dieu et pour qu’ils louent et glorifient Dieu. Pentecôtistes et catholiques reconnaissent la présence des charismes dans l’histoire de leurs deux traditions, et s’encouragent mutuellement à « rechercher l’amour et à aspirer aux dons spirituels » (1 Co 14, 1)[2].

10. Les charismes sont des dons du Saint-Esprit Saint à tous les croyants (1 Co 12, 7, 11). Pour les catholiques, le fondement de la réception de ces dons spirituels réside dans le baptême et la confirmation, tout en sachant que l’Esprit accorde souvent ses dons à un moment postérieur, en particulier en vue d’un nouvel appel au service ou à la mission. Pour nombre de pentecôtistes, le baptême de l’Esprit est l’expérience préliminaire essentielle qui ouvre à la réception de certains charismes. Toutefois catholiques et pentecôtistes s’accordent à dire que les charismes ne dépendent pas uniquement des sacrements ou du baptême de l’Esprit.

11. Bien que les charismes soient à la disposition de tous les croyants, ils deviennent opérants lorsque les chrétiens s’en remettent à la puissance du Saint-Esprit pour proclamer l’Évangile et pour se mettre au service les uns des autres. Les charismes manifestent la créativité de l’Esprit et ils sont accordés avec générosité, souvent au-delà de toute attente. Tant les charismes extraordinaires, tels que la guérison, les miracles, la prophétie ou le parler en langues, que ceux qui paraissent plus ordinaires, tels que le service, l’enseignement, l’exhortation, la contribution, l’administration et les actes de miséricorde, sont d’une importance vitale pour la vie et la mission de l’Église.

12. Avec l’assistance du Saint-Esprit, toute la communauté de foi, clergé et laïcs, est appelée à s’engager dans un processus de discernement pour déterminer si certaines paroles ou certains actes sont des manifestations authentiques du Saint-Esprit. L’Écriture nous enseigne qu’en matière de discernement des charismes, les critères déterminants sont la vérité et l’amour (1 Jn 4, 1-3 ; 1 Co 13, 1-3), but de notre cheminement avec Dieu dans le Christ, commencé au moment de notre baptême/conversion.

13. Les charismes sont des dons de Notre Seigneur Jésus ressuscité et monté au ciel, qui nous sont offerts par l’intervention de l’Esprit Saint (cf. Ep 4, 8-12). La présence du Christ dans le monde se révèle non seulement à travers ses œuvres puissantes, mais aussi à travers la faiblesse, la pauvreté et la souffrance qui font partie de la condition humaine (2 Co 12, 9). Même les charismes les plus extraordinaires ne dispensent pas les chrétiens de porter la croix et d’embrasser les épreuves de la vie de disciple. Pentecôtistes et catholiques interpellent prophétiquement les cultures et les théologies qui nient la signification de la souffrance et sa valeur spirituelle. Tout en croyant, par exemple, que la puissance de Dieu se révèle à travers les guérisons, les miracles, et les bienfaits accordés à son peuple, ils rejettent toute accentuation susceptible d’encourager le triomphalisme ou la tendance à s’évader du réel au sein de l’Église.

14. Ensemble, catholiques et pentecôtistes se réjouissent du don que chacune de leurs communautés représente pour toutes les confessions chrétiennes. Les catholiques reconnaissent que les pentecôtistes ont éveillé une sensibilité nouvelle à l’égard de l’effusion du Saint-Esprit et de l’exercice des dons spirituels dans l’Église de notre temps. Les pentecôtistes ne pensent pas que l’effusion pentecôtiste soit limitée aux seules Églises pentecôtistes, et ils regardent les charismes comme un don pour l’Église tout entière. Ils se réjouissent que l’Église catholique et d’autres Églises chrétiennes reconnaissent le témoignage pentecôtiste de la signification des charismes dans la vie de l’Église. Tant les catholiques que les pentecôtistes reconnaissent que l’effusion du Saint-Esprit en notre temps est une grâce pour tout le corps du Christ, qui dépasse toutes leurs attentes.

B. Les fondements bibliques

15. Pour les pentecôtistes comme pour les catholiques, la compréhension des charismes prend racine dans l’Écriture.

16. L’Ancien Testament témoigne de la présence et de l’action de l’Esprit depuis le début de la création (Gn 1, 2). On peut voir l’activité charismatique de l’Esprit à l’œuvre dans l’histoire du peuple de Dieu chez des hommes comme Joseph (Gn 41, 25, 38-39), Moïse (Dt 34, 10-11), Béçalel (Ex 31, 2-6), les soixante-dix Anciens d’Israël (Nb 11, 17, 25-30) et Josué (Nb 27, 18). Les Juges furent des hommes auxquels l’Esprit avait accordé des grâces spéciales qui firent d’eux des libérateurs héroïques et des chefs du peuple d’Israël (Jg 3, 10 ; 6, 34 ; 11, 29 ; 14, 19 ; 15, 14-15). Saül, David et d’autres rois reçurent également des dons spéciaux pour exercer leur rôle de leaders du peuple de Dieu (1 S 10, 6 ; 16, 13). Salomon reçut par exemple le don spécial de la sagesse (cf. 1 R 3, 6-15). Les prophètes de l’Ancien Testament reçurent l’Esprit de Dieu pour exercer leur ministère prophétique de façon charismatique (2 R 2, 9-14). Joël prophétisa l’effusion des dons de l’Esprit sur tout le peuple de Dieu (Jl 2, 28)[3].

17. Dans le Nouveau Testament, les évangiles nous révèlent Jésus comme étant le Messie envoyé par le Père, et sur qui l’Esprit est descendu au moment du baptême (Lc 3, 21-22). Dans son premier sermon à Nazareth, Jésus s’identifie à l’« Oint par l’Esprit » pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres et témoigner de la présence du Règne de Dieu en guérissant les malades et en délivrant les opprimés (Lc 4, 18-21). Dans sa réponse aux questions de Jean le Baptiste, Jésus donne ses actes charismatiques comme preuve qu’il est bien l’« Oint » promis (Mt 11, 4-6). Jésus envoie les Douze (Mc 6, 7 ; Mt 10, 1 ; Lc 9, 1), puis les Soixante-dix (Lc 10, 9), en leur donnant autorité pour prêcher, guérir et chasser les démons (Mc 6, 13 ; Lc 9, 6). Dans le long passage final de l’évangile de Marc, Jésus ressuscité promet que ses disciples se distingueront par des manifestations charismatiques et une protection contre le mal :

Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront dans leurs mains des serpents, et s’ils boivent quelque poison mortel, cela ne leur fera aucun mal (Mc 16, 17-18).

18. Les quatre évangiles rappellent la prophétie selon laquelle Jésus est le promis qui baptisera dans le Saint-Esprit (Mt 3, 11 ; Mc 1, 8 ; Lc 3, 16 ; Jn 1, 33). Les Actes des Apôtres montrent la réalisation de cette promesse le jour de la Pentecôte. Les récits spectaculaires en Actes montrent la continuation du ministère de Jésus dans l’Église à travers la proclamation de l’Évangile accompagnée de signes et de miracles. Le charisme de prophétie (Ac 2, 17 ; 19, 6 ; 21, 9), les guérisons (Ac 4, 30 ; 5, 16 ; 8, 7 ; 28, 8) et les miracles (Ac 4, 30 ; 5, 12 ; 6, 8 ; 8, 6 ; 14, 3 ; 15, 12) ont régulièrement accompagné la proclamation de l’Évangile à mesure que l’Église grandissait.

19. Les Lettres du Nouveau Testament, en particulier celles de Paul, utilisent le terme charisma (de charis, « grâce ») pour indiquer les dons spéciaux du Saint-Esprit au moyen desquels Dieu édifie l’Église (1 Co 12, 4). Ces dons, ou charismes, peuvent revêtir différentes formes, reflétant la liberté de l’Esprit qui les répand en abondance et les distribue souverainement. Paul ne fournit pas une explication détaillée des dons de l’Esprit, et il ne donne pas non plus une liste complète des charismes ; il met plutôt l’accent sur l’initiative de l’Esprit et sur la diversité de ses dons répandus parmi les croyants. Paul écrit en 1 Corinthiens 12, 4-11 :

Il y a diversité de dons de la grâce, mais c’est le même Esprit ; diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur ; diversité de modes d’action, mais c’est le même Dieu qui, en tous, met tout en œuvre... En tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui le met en œuvre, accordant à chacun des dons personnels comme il le veut.

20. Saint Paul encourage les croyants à avoir pour ambition les charismes (1 Co 12, 31), à aspirer « à être inspiré pour l’édification de l’assemblée » (1 Co 14, 12), et à ne pas les éteindre (1 Th 5, 19-22). Il enseigne en outre qu’il est nécessaire de discerner les charismes (1 Co 12, 10) et que les charismes doivent être exercés dans l’Église, de manière ordonnée, car « Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais un Dieu de paix » (1 Co 14, 33 ; cf. 14, 40). En Romains 12, 6-8, il écrit : « Nous avons des dons qui diffèrent selon la grâce qui nous a été accordée » (voir aussi Ep 4, 9), et plus loin, dans sa première Lettre à Timothée, on peut lire l’exhortation suivante : « Ne néglige pas le don de la grâce qui est en toi, qui te fut conféré par une intervention prophétique, accompagnée d’une imposition des mains par le collège des Anciens [presbyteroi] » (1 Tm 4, 4).

C. Brèves considérations historiques

21. Catholiques et pentecôtistes affirment qu’en tous temps, et dans toutes les cultures, le Saint-Esprit accorde des charismes aux chrétiens pour qu’ils témoignent de l’Évangile et édifient le corps du Christ. Ils rejettent l’idée selon laquelle les charismes auraient cessé après l’époque apostolique ou à tout autre moment de l’histoire. Mais ils reconnaissent que pendant des siècles, les charismes n’ont plus été au centre de la vie de l’Église. On présumait que l’Esprit était présent, mais parfois sans s’attendre vraiment à une manifestation spontanée de sa part. Toutefois, les contributions des Pères cappadociens, le mouvement monastique dans ses différentes expressions, les mouvements de renouveau inspirés par les franciscains et les dominicains à la fin du Moyen Âge, ainsi que d’autres courants de renouveau apparus dans l’Église catholique, ont ramené l’attention sur le Saint-Esprit et ses charismes, et sont considérés comme des signes de l’action du Saint-Esprit.

22. Parmi les raisons avancées par les spécialistes pour expliquer ce déclin de la manifestation des charismes, on peut citer la forte influence des convertis non formés après que le christianisme a été légalisé dans l’Empire romain, la réaction ecclésiale aux excès des mouvements charismatiques tels que le montanisme, le manichéisme latent avec son mépris du corps, une pneumatologie peu développée, et les réactions à différentes hérésies. Plus tard, les débats de la Réforme, le rationalisme des Lumières, et le climat de scepticisme vis-à-vis du surnaturel, ont contribué au déclin de l’attente des manifestations extraordinaires de l’Esprit.

23. Catholiques et pentecôtistes s’accordent à dire que le renouveau pentecôtiste du XXe siècle s’est traduit par une attention renouvelée à l’égard des charismes, comme élément essentiel pour raviver la vie et la mission de l’Église. Cette attention à l’égard des charismes s’est encore intensifiée avec l’apparition du Renouveau charismatique dans les Églises protestantes et anglicanes dans les années 1950 et 1960, et avec l’émergence du Renouveau charismatique catholique en 1967. Les enseignements du Concile Vatican II ont également joué un rôle particulier dans ce regain d’attention envers les charismes et dans l’affirmation de l’importance de la dimension charismatique de l’Église (Cf. Constitution dogmatique sur l’Église 12). La croissance des mouvements pentecôtistes et charismatiques, en particulier dans le Sud et dans l’Est du monde, a contribué à revitaliser le christianisme dans le monde entier.

D. L’Église comme communauté vivifiée par le Saint-Esprit

24. Ensemble, pentecôtistes et catholiques affirment que le Saint-Esprit a constitué et animé l’Église le jour de la Pentecôte, en amenant la nouvelle communauté eschatologique de Dieu à proclamer et à manifester le Règne de Dieu. Ce jour là, l’Esprit anima les disciples pour qu’ils remplissent la mission que leur Seigneur leur avait confiée, et Dieu voulut que leur proclamation de l’Évangile soit accompagnée de signes et de miracles accomplis au nom de Jésus par la puissance de l’Esprit (Mc 16, 17-18 ; Ac 14, 3 ; He 2, 4). L’Église est missionnaire par nature. Le Saint-Esprit est le premier agent de la mission de l’Église : il guide l’Église et l’inspire dans toute son activité.

25. Dieu marque les croyants du sceau du Saint-Esprit (2 Co 1, 21-22) qui demeure dans chaque croyant comme dans un temple (1 Co 6, 19). Sanctifiés par l’Esprit, les croyants sont « comme des pierres vivantes... [Ils] entrent dans la construction de la maison habitée par l’Esprit pour constituer une sainte communauté sacerdotale, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ » (1 P 2, 5).

26. L’Esprit accorde aux croyants des dons spirituels en vue de l’édification du corps du Christ. L’Esprit est le principe d’unité (koinonia) parmi la diversité des charismes et des ministères (1 Co 12, 4-5). En répandant les charismes dans sa souveraineté, Dieu invite ses enfants à aller vers le Dispensateur de ces dons, à proclamer leur bonté, et à les désirer ardemment. Les pentecôtistes saluent l’enseignement de l’Église catholique selon lequel « de la réception de ces charismes, même les plus simples, résulte pour chacun des croyants le droit et le devoir d’exercer ces dons dans l’Église et dans le monde, pour le bien des hommes et l’édification de l’Église, dans la liberté du Saint-Esprit qui souffle où il veut (Jn 3, 8) » (Vatican II, Décret sur l’apostolat des laïcs 3 ; Constitution dogmatique sur l’Église 12).

27. Ensemble, catholiques et pentecôtistes affirment que le Saint-Esprit accorde à l’Église des dons à la fois institutionnels et charismatiques (1 Co 12, 28). La dimension institutionnelle de l’Église est le Saint-Esprit œuvrant à travers les structures de leadership établies par le Christ. Sa dimension charismatique est le Saint-Esprit œuvrant constamment, spontanément, et de façon souvent imprévisible, au milieu de tous les croyants. Ensemble, ces deux dimensions de l’Église sont essentielles et complémentaires. La dimension institutionnelle est charismatique en ce qu’elle est animée par l’Esprit et dépend de lui, et la dimension charismatique est institutionnelle en ce qu’elle demande à être discernée par l’Église et ordonnée correctement au service de l’Église. Catholiques et pentecôtistes reconnaissent et apprécient la saine tension qui existe entre les dimensions charismatique et institutionnelle. Les uns et les autres gardent en mémoire l’exhortation de Paul : « Je dis à chacun d’entre vous : n’ayez pas de prétentions au-delà de ce qui est raisonnable, soyez assez raisonnables pour n’être pas prétentieux, chacun selon la mesure de foi que Dieu lui a donnée en partage » (Rm 12, 3).

28. Pentecôtistes et catholiques s’accordent à dire que le Saint-Esprit fait émerger des leaders et leur accorde les dons nécessaires pour enseigner et guider la communauté chrétienne et l’aider à grandir dans la sainteté. L’autorité dans l’Église est un don de Dieu : aussi doit-elle être exercée comme un service, à l’exemple du Christ (Mc 10, 42-45). Le Christ lui-même est le chef et le berger de l’Église (1 P 5, 4). Les catholiques considèrent le leadership dans l’Église surtout en fonction du triple ministère des évêques, des prêtres et des diacres. Les pentecôtistes disent que dans les dénominations pentecôtistes classiques, des structures de leadership similaires sont en place, même si l’exercice de la surveillance est quelquefois plus partagé. Les uns et les autres reconnaissent que l’autorité doit toujours être exercée sous la conduite du Saint-Esprit pour éviter qu’il en soit fait un usage impropre.

III. Réflexion sur certains charismes spécifiques

29. Catholiques et pentecôtistes s’accordent à dire que l’action souveraine du Saint-Esprit répandant ses dons divins est une bénédiction pour l’Église. Les charismes authentiques doivent être demandés dans la prière, attendus et accueillis comme des dons divins. Pourtant, en maints endroits, au lieu de susciter la joie et l’émerveillement et de servir à l’édification du corps du Christ, l’exercice des charismes est une source de tensions et de préoccupations. Les leaders catholiques et pentecôtistes constatent qu’à l’origine de ces tensions, il y a un discernement insuffisant des charismes qui contribue à des pratiques manipulatrices et malhonnêtes, telles que la promesse de certains résultats ou de certains charismes, les revendications de supériorité spirituelle de la part de ceux qui exercent les charismes, avec le discrédit qui en résulte pour les autres Églises et les autres chrétiens. Catholiques et pentecôtistes s’opposent à tout exercice des charismes qui puisse sembler les mettre au-dessus de la Parole de Dieu. C’est pourquoi le Dialogue international catholique-pentecôtiste a décidé d’examiner trois charismes en particulier, qui sont importants pour la vie de l’Église, mais qui peuvent aussi devenir une source de malentendus ou de tensions : la prophétie, la guérison et le discernement des esprits. Et cela, dans l’espoir que ces réflexions conjointes puissent aider les communautés locales à aborder les points sur lesquels il existe des divergences pour parvenir à une appréciation plus partagée de ces charismes et de leur exercice.

A. La prophétie

30. L’Écriture attribue une grande valeur au charisme de la prophétie (Ac 2, 17-18 ; 1 Co 14, 1, 39). Ceux qui prophétisent sont appelés par Dieu et inspirés par le Saint-Esprit lorsqu’ils proclament le message que Dieu leur a confié (1 Co 12, 10-11). Le message prophétique peut rappeler les actions passées de Dieu ; il peut porter sur la situation présente dans laquelle Dieu appelle son peuple à la sainteté, à la fidélité à l’Alliance et à la justice sociale ; ou il peut révéler des promesses de Dieu pour l’avenir. Les paroles transmises au moyen du charisme de la prophétie viennent de Dieu et sont données dans le but d’édifier le peuple de Dieu (1 Co 14, 3).

1. La prophétie dans l’Écriture

31. Tout au long de l’histoire du salut, Dieu a choisi de se révéler et de révéler aux hommes son plan de salut et ses buts par toute sorte de moyens ; et l’un de ces moyens est la prophétie (He 1, 1). Les prophéties de l’Ancien Testament forment la toile de fond qui permet de comprendre le charisme de la prophétie dans le Nouveau Testament. Dieu a appelé certains individus à parler en son nom (Ex 4, 15-16 ; Es 6, 1-13 ; Jr 1, 4-10 ; etc.) en transmettant son message et en intercédant pour son peuple. Parfois, Dieu a révélé ce message à travers des visions ou des rêves (Jb 33, 14-18 ; Es 6, 1-13 ; Jr 1, 11-13) ; d’autres fois, à travers des pensées, des sensations, ou une « brise légère » comme la voix ténue entendue par Élie (1 R 19, 12) ; et d’autres fois encore, à travers une voix audible telle que celle entendue par le jeune Samuel (1 S 3, 1-18).

32. Alors que toutes les paroles prophétiques authentiques viennent de Dieu et sont communiquées aux prophètes par une inspiration divine, l’élément humain ne doit pas être négligé puisque les prophètes expriment ce message dans un langage que le peuple peut comprendre. Le prophète reçoit une sensation, une vision ou une parole du Seigneur, et la transmet ensuite par des moyens qui reflètent son propre langage, son milieu d’origine, son éducation et son contexte culturel. Les prophètes emploient souvent un langage figuratif, ou s’expriment à travers des symboles ou des actes (Es 20, 2-6 ; Jr 13, 1-11 ; Os 1, 2-8, 3, 1) qui demandent parfois une interprétation ou une application (Os 12, 10 ; Ez 20, 45-49).

33. Par maints aspects, les prophètes de l’Ancien Testament représentaient la mémoire vivante et la conscience du peuple, en lui rappelant la fidélité de Dieu, les attentes de Dieu et ses désirs pour lui, en exhortant chacun à se détourner du péché et à aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces (Dt 6, 4) et son prochain comme lui-même. Quelquefois, leur message consistait en des paroles de jugement à l’encontre des récalcitrants. En d’autres occasions, ils apportaient des promesses pleines d’espoir pour l’avenir (Jr 32, 36-41 ; Ez 11, 17-21). Très souvent, les messages dérangeants des prophètes rencontraient des résistances ou suscitaient une persécution violente à son encontre (Es 6, 9-10 ; Ne 9, 26 ; Lc 11, 49 ; 13, 34).

34. Le peuple de Dieu fut mis en garde de façon répétée contre la possibilité qu’il puisse tomber sous la coupe de faux prophètes, de ceux qui ne transmettaient pas fidèlement le message de Dieu ou qui prétendaient être inspirés par Dieu alors qu’ils ne l’étaient pas (Dt 13, 1-5). Les confrontations entre vrais et faux prophètes, comme dans le cas de Jérémie et Hananya (Jr 27, 1-28, 17) montrent la nécessité d’un discernement pour distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux.

35. Le Nouveau Testament révèle que le temps de la prophétie n’a pas pris fin avec la venue du Christ. Jean le Baptiste, qui peut être considéré comme le dernier des prophètes de la tradition vétérotestamentaire (Es 40, 3-5 ; Lc 16, 16), a indiqué en Jésus l’accomplissement de l’espérance messianique d’Israël (Jn 1, 26-27, 29-34). En tant qu’incarnation du Verbe de Dieu, Jésus Christ est l’accomplissement de toutes les prophéties bibliques antérieures, le prophète par excellence (cf. Lc 4, 24 ; 13, 33 ; Jn 6, 14 ; 7, 40). Non seulement il transmet la Parole de Dieu, mais il est la Parole dans sa plénitude (Jn 1, 1-5 ; He 1, 1-4).

36. Avec la descente du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte, l’Église tout entière est devenue une communauté prophétique (Ac 2, 17-18). Tous les chrétiens ont un rôle prophétique à jouer, étant appelés à être des prophètes au sens général en proclamant l’Évangile autour d’eux, tandis que certains d’entre eux reçoivent le charisme de la prophétie d’une façon plus particulière (1 Co 12, 11, 29 ; Rm 12, 6). La prophétie est l’un des charismes les plus importants donnés par le Saint-Esprit pour l’édification de l’Église, notamment par des paroles d’exhortation ou de réconfort (1 Co 14, 1-4). C’est pourquoi Paul exhorte les chrétiens à aspirer à ce charisme (1 Co 12, 31 ; 14, 1). C’est au sein de leur communauté de foi que les croyants sont appelés à recevoir, écouter, discerner et interpréter les paroles prophétiques (1 Th 5, 19-22).

37. Le charisme de la prophétie a été donné non seulement à des figures exceptionnelles, mais aussi à des personnes ordinaires. Ainsi, Élisabeth (Lc 1, 41-45), Zacharie (Lc 1, 8-23 ; 59-64), Siméon (Lc 2, 25-35), et Anne (Lc 2, 36-38) ont prophétisé et loué le Seigneur pour ses promesses de rédemption. Les quatre filles de Philippe, dont on ne connaît pas le nom, prophétisaient aussi (Ac 21, 9). Il n’existe pas un modèle unique d’exercice de la prophétie dans le Nouveau Testament. Certains comme Agabus étaient des prophètes itinérants allant de ville en ville proclamer leur message (Ac 11, 27-30 ; 21, 10-14), d’autres faisaient régulièrement partie d’une communauté spécifique (Ac 13, 1 ; 1 Co 14, 29-33).

38. La révélation de l’Apocalypse faite à Jean par le Christ ressuscité (Ap 1, 3) ressemble beaucoup aux écrits des prophètes de l’Ancien Testament. Elle emploie le symbolisme propre à la littérature apocalyptique juive, tout en présentant des messages prophétiques très clairs dans lesquels le Christ appelle les croyants et les Églises à la fidélité et à l’endurance (en particulier en Ap 2-3), tout en ravivant leur espérance par ses promesses (Ap 19, 9 ; 21, 3-8).

2. La prophétie dans l’histoire de l’Église

39. Après la période apostolique, les dons prophétiques ont continué pendant des siècles à jouer un rôle dans la vie de l’Église. Des figures telles qu’Ignace d’Antioche (Aux Philadelphiens 7, 1-2) et Polycarpe de Smyrne (Le martyre de Polycarpe 5) ont prophétisé. L’objet de ces prophéties est traité dans les premiers documents liturgiques et dévotionnels (Didaché 11, 3-12 13, 1, 3-4 ; Le pasteur d’Hermas 11). Ces documents définissaient les activités des prophètes et fournissaient des critères spécifiques pour aider les communautés à discerner entre les vrais et les faux prophètes.

40. Les écrits chrétiens de l’époque de l’empire romain sont remplis de références prophétiques, en particulier ceux du IIIe siècle. Irénée (130-200 ap. J.-C.) en Gaule (Démonstration de la prédication apostolique 99 ; Contre les hérésies 2.32.4), saint Justin martyr (env. 100-165 ap. J.-C.) à Rome (Dialogue avec Tryphon 88.1), Tertulien (180-253 ap. J.-C.) à Carthage (Traité sur l’origine de l’âme 2, 3 ; 9, 3-4) et Cyprien (200-258 ap. J.-C.), évêque de Carthage, font tous référence à maintes reprises à des visions, à des rêves, et au don de la prophétie. Cyprien affirme avoir eu des visions qui dirigeaient ses mouvements intérieurs (Lettres 10 [8].4.1 ; 16 [9].4.1 ; 58 [55].5.2), et il rapporte que les synodes épiscopaux d’Afrique du Nord tenaient compte des messages provenant des visions et des prophéties lorsqu’ils faisaient leurs nominations aux ministères ecclésiaux (Lettres 39 [33].1.1-2 ; 40 [34].1.1). Le charisme de la prophétie a continué à se manifester aussi bien chez les laïcs que chez les chrétiens ordonnés, que ce soit dans les communautés locales ou dans les monastères et les couvents.

41. Parfois, ceux qui disaient parler au nom de Dieu à travers la prophétie suscitaient des tensions lorsqu’ils s’opposaient aux autorités ecclésiales légitimes avec leurs affirmations. Tel fut le cas des montanistes. Les exagérations des montanistes, et la méfiance qui en résulta vis-à-vis des charismes de la part des leaders de l’Église, allait marquer profondément la compréhension de l’exercice des dons prophétiques. Une fois la menace montaniste écartée, ce charisme fut exercé rarement.

42. Dans les siècles suivants, les théologiens scolastiques comme Thomas d’Aquin affirmaient l’existence du charisme de prophétie, mais sans jamais se référer à des prophètes contemporains (Summa Theologica II-II, 171-175). De leur côté, les réformateurs protestants enseignaient que le charisme de la prophétie se référait uniquement à la prédication. Jean Calvin écrivait que « la prophétie... n’est rien d’autre que l’interprétation correcte de l’Écriture et le don particulier de l’expliquer » (Calvin, Épître aux Romains 12, 6). Martin Luther critiquait les « prophètes célestes » de son temps qui suivaient seulement une « voix vivante venue du ciel » : « Ils fabriquent des consciences confuses, troublées, anxieuses et veulent que les gens s’émerveillent devant leurs grands dons, mais pendant ce temps le Christ est oublié » (Luther, Lettre aux Chrétiens de Strasbourg qui s’opposent au fanatisme 40, 70).

43. Les mouvements pentecôtistes et charismatiques apparus au cours du XXe siècle ont conduit à une réception renouvelée des charismes, alors qu’ils avaient été souvent ignorés ou même rejetés dans le passé. Grâce au témoignage de ces mouvements contemporains, la prophétie est de plus en plus largement autorisée à jouer son rôle de don de Dieu à son Église, pour la soutenir dans son ministère (cf. Ep 4, 11-12). Il existe une attente renouvelée de sa manifestation chez les chrétiens ordinaires, et du fait que le Seigneur puisse parler régulièrement au moyen de paroles prophétiques. La manifestation de la prophétie révèle la nature de la prophétie à l’Église tout entière, renforce en elle la conscience de cette dimension dans sa vie, et la rend plus conforme au témoignage de l’Écriture.

3. La prophétie dans la vie de l’Église

44. Catholiques et pentecôtistes sont d’accord pour dire que la prophétie peut avoir un sens large et un sens plus restreint. Au sens large, tout chrétien a part au rôle du Christ prophète, prêtre et roi, et de ce fait, il est appelé à s’engager dans le ministère prophétique. Il exerce ce rôle prophétique en annonçant la venue du Règne de Dieu par l’enseignement, l’évangélisation, le service, et en luttant contre les réalités sociales et culturelles injustes. Il le fait aussi en témoignant que Jésus Christ est le Seigneur dans sa vocation particulière et à travers les événements de sa vie de tous les jours. Par exemple, les catholiques affirment qu’une vie consacrée fidèle (celle d’un moine, d’une nonne, d’une religieuse, d’un religieux ou d’une personne consacrée laïque) est en soi une prophétie de la venue du Règne et des Noces de l’Agneau (cf. Ap 19, 7). De même, l’engagement d’un chrétien pour promouvoir la justice et la paix ou pour témoigner des valeurs du Règne peut être considéré comme prophétique.

45. Dans un sens plus restreint, celui qui a le charisme de la prophétie communique une parole venant de Dieu, et qui a un caractère ad hoc, en ce sens qu’elle s’adresse à des personnes spécifiques à un moment donné et dans un contexte particulier. Elle peut s’adresser à un individu, à une communauté, ou à un groupe de fidèles réunis pour le culte.

46. La prophétie doit toujours être en accord avec l’Écriture et avec l’enseignement de l’Église. La parole prophétique ne peut rien ajouter au dépôt de la foi, autrement dit, à ce que Dieu a révélé une fois pour toutes (cf. He 1, 1-2). Mais elle peut jeter un éclairage nouveau sur la révélation divine, en la rendant plus explicite, en l’appliquant au contexte actuel, en interprétant les signes des temps, en prédisant les événements à venir, en rappelant les actions passées de Dieu, en encourageant les fidèles, ou en les appelant à la conversion. La prophétie peut prendre la forme de visions, de rêves, ou encore celle de paroles de sagesse ou de connaissance.

47. Catholiques et pentecôtistes s’accordent à dire que dans l’Église d’aujourd’hui, ceux qui reçoivent le charisme de la prophétie sont appelés à être des personnes de bon caractère, vivant d’une façon qui correspond à leur don. L’exercice du ministère prophétique dans l’Église comporte aussi l’engagement d’enseigner et de pratiquer la correction fraternelle. Enfin, ceux qui prophétisent doivent être disposés à ce que leurs paroles prophétiques soient testées par le peuple de Dieu (1 Co 14, 29.38).

48. Ensemble, catholiques et pentecôtistes reconnaissent aussi qu’une attitude d’ouverture et d’attente des dons prophétiques et autres charismes est nécessaire pour créer l’espace voulu pour cultiver et exercer ces charismes. Même si Dieu a la liberté absolue d’agir quand il le veut (cf. Dt 23, 4-5 ; Jn 11, 49-52), nous pouvons nous ouvrir à la réception de ses dons. Jésus exhorte ses disciples à demander, à chercher, à frapper à la porte, en montrant ainsi que la réceptivité est un élément essentiel pour recevoir l’Esprit-Saint : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira... Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent » (Lc 11, 9-10, 13).

49. Les participants à ce dialogue reconnaissent la nécessité de répondre aux théologies qui marginalisent le charisme de la prophétie, ou qui affirment que ce don n’est plus nécessaire puisque l’Écriture l’a remplacé. Le Saint-Esprit est toujours à l’œuvre, y compris par des moyens qui ne sont pas toujours faciles à percevoir par ceux auprès desquels il œuvre. Là où on ne s’attend pas à ce que le Saint-Esprit parle à travers le charisme de la prophétie, les individus et les communautés ne sont souvent pas capables d’entendre sa voix quand il parle, et l’Esprit peut choisir de ne pas parler. Le Saint-Esprit est libre d’agir comme il veut, comme l’a proclamé Jésus en comparant ses mouvements au souffle du vent : « Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va » (Jn 3, 8).

50. Dans les enseignements de Jésus, la prophétie a un lien avec le martyre. Le martyre est le témoignage le plus parfait que l’on puisse rendre au Christ, et il est rendu possible par le Saint-Esprit : il a donc un caractère charismatique et prophétique très marqué. En annonçant des temps de persécution, Jésus a dit à ses disciples de ne pas se préoccuper de ce qu’ils répondront quand ils seront convoqués devant les synagogues, les gouverneurs ou les rois : « Lorsqu’ils vous livreront, ne vous inquiétez pas de savoir comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là, car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10, 19-20). À l’époque patristique, cette promesse était souvent invoquée pour affermir les chrétiens qui confessaient devant les autorités publiques qu’ils étaient disciples du Christ (Cyprien, Lettre 10 [8].4.1 ; 58 [55].5.2 ; 76.5 ; 81 [82].1).

51. La persécution des chrétiens commença dès les premiers temps de l’histoire chrétienne. Et malheureusement, elle continue encore aujourd’hui. Mais comme l’a dit Tertullien de façon mémorable : « Le sang des martyrs est semence des chrétiens » (Apologie 50.13). Ensemble, catholiques et pentecôtistes affirment que lorsque les chrétiens subissent des discriminations, des persécutions ou même le martyre parce qu’ils confessent le Christ en paroles et en actes, ils exercent le don de la prophétie. Dans toute discussion sur l’« œcuménisme du martyre », le rôle du Saint-Esprit et du charisme de la prophétie doit être reconnu.

B. La guérison

52. Dans le Nouveau Testament, la guérison fait partie des charismes accordés par le Saint-Esprit pour l’édification de l’Église (1 Co 12, 9, 28, 30). L’existence de ce charisme, qui révèle l’amour de Dieu et sa compassion pour les malades, est un motif de profonde gratitude envers Dieu. Le charisme de la guérison n’a pas trait seulement à la guérison physique, mais aussi à d’autres formes de guérison telles que la guérison relationnelle, psychologique, émotionnelle ou spirituelle.

1. La guérison dans l’Écriture

53. La guérison représente une partie importante de la révélation biblique, tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Dans l’Ancien Testament, Dieu se révèle comme le Dieu de l’Alliance qui guérit son peuple : « C’est moi le Seigneur qui te guérit » (Ex 15, 26 ; cf. Ex 23, 25-26). Ses promesses s’appliquent à la fois à la vie physique et à la vie spirituelle : l’obéissance à Dieu apporte la bénédiction divine, la santé et une longue vie (Dt 7, 12-15 ; Pr 3, 7-8), tandis que la désobéissance entraîne des épreuves telles que la maladie ou la mort prématurée (Dt 28, 15-68). Bien que la maladie soit l’un des maux qui affligent les hommes à cause du péché (Ps 38, 3 ; 107, 17), il serait faux d’affirmer qu’elle résulte nécessairement d’un péché personnel, comme le montre clairement le Livre de Job.

54. L’Ancien Testament contient des récits de guérisons individuelles, y compris des guérisons de femmes stériles comme Sarah (Gn 21), Rebecca (Gn 25, 21), Rachel (Gn 29, 31 ; 30, 22), la mère de Samson (Jg 13), et Hannah (1 S 1). Par la main des prophètes Élie et Élisée, Dieu a guéri les hommes de maladies telles que la lèpre (2 R 5, 17-18) et a même rendu la vie à des morts : le fils de la veuve (1 R 17), le fils de la Shounamite (2 R 4), et l’homme descendu dans la tombe d’Élisée. Pendant la période sombre de l’exil à Babylone, les prophètes annoncèrent la restauration future du peuple de Dieu par la venue du Messie, Serviteur du Seigneur (Es 42, 1 ; 53, 11). Et parmi les signes les plus évidents de la venue du Messie, il y aurait des miracles extraordinaires de guérison (Es 35, 4-6 ; 42, 6-9 ; 61, 1).

55. Les évangiles décrivent l’accomplissement de ces promesses en Jésus, qui proclame le Règne de Dieu et révèle sa présence par ses miracles, ses guérisons et ses exorcismes (Mt 4, 23 ; Mc 1, 34 ; Lc 6, 17-19). Les guérisons de Jésus sont une dimension importante de son ministère public, en témoignant de la nouveauté radicale de l’Évangile. « Puis, parcourant toute la Galilée, Jésus enseignait dans les synagogues, proclamait la bonne nouvelle du Règne, et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple » (Mt 4, 23). Dans son premier sermon à Nazareth, Jésus proclame un jubilé eschatologique, en annonçant la libération des chaînes du péché, de Satan et des maladies (Lc 4, 18-19). Ses guérisons font partie de son œuvre de rédemption (Es 53, 4-5 ; Mt 8, 16-17), et sont une révélation de la miséricorde de Dieu et de sa compassion envers ceux qui souffrent, le signe annonciateur de sa victoire finale sur le mal au moyen de la croix et de la résurrection, et une anticipation de la nouvelle création dans laquelle l’humanité sera rétablie dans la plénitude de vie. Le Livre de l’Apocalypse parle de l’arbre de vie de la Cité céleste dont le feuillage sert à la guérison des nations (Ap 22, 2).

56. Nombre de récits de guérison de l’Évangile mettent l’accent sur l’importance de la foi chez ceux qui la reçoivent. Jésus demande : « Croyez-vous que je puis faire cela ? » (Mt 9, 28), et il exhorte : « Sois sans crainte, crois seulement » (Mc 5, 36). Bien souvent, il dit à ceux qu’il vient de guérir : « Ta foi t’a sauvé » (Mt 9, 22 ; Mc 5, 34 ; 10, 52 ; Lc 7, 50 ; 8, 48 ; 17, 19 ; 18, 42). Les guérisons sont pour Jésus une occasion d’offrir un enseignement sur la foi (Mt 8, 5-13 ; 17, 14-21) et l’obéissance (Mt 7, 21-23 ; 8, 2-4 ; 12, 43-45). Elles confirment qu’il est celui qui a autorité pour remettre les péchés (Mt 9, 1-8), venu pour réintégrer dans la société ceux qui en étaient exclus (Mt 8, 2-4 ; 9, 20-22 ; 15, 21-28 ; Lc 7, 11-17 ; 13, 10-17 ; 17, 11-19).

57. Les évangiles montrent que l’influence des esprits mauvais peut être parfois un facteur qui contribue aux maladies ou aux infirmités. En parlant de la femme restée toute courbée pendant dix-huit ans, Jésus dit qu’elle avait été liée par Satan (Lc 13, 16). Ses guérisons d’un possédé muet (Mt 9, 32-33 ; cf. Lc 11, 14), d’un aveugle possédé et muet (Mt 12, 22) et d’un jeune épileptique habité par un esprit sourd et muet (Mt 17, 14-18 ; Mc 9, 25) impliquent qu’il y avait dans ces afflictions une cause démoniaque sous-jacente.

58. Le mandat confié par Jésus à ses apôtres de proclamer le Règne de Dieu comprend le commandement de guérir les malades et d’accomplir d’autres œuvres extraordinaires (Mt 10, 1, 7-8). Par la suite, Jésus délègue le pouvoir de guérir aux Soixante-dix qu’il envoie deux par deux (Lc 10, 1-12). Après sa résurrection, le Seigneur ressuscité mentionne la guérison des malades par l’imposition des mains comme étant l’un des signes qui accompagneront les croyants lorsqu’ils proclameront l’Évangile (Mc 16, 18).

59. Les Actes décrivent l’accomplissement de ce mandat par l’Église primitive après la descente du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte, qui donne aux disciples de Jésus la force de lui rendre témoignage (Ac 1, 8 ; 2, 1-4). Les guérisons accomplies « au nom de Jésus », c’est-à-dire en vertu de sa présence et de son pouvoir, sont une partie importante du ministère de l’Église apostolique, en particulier celles de Pierre (Ac 2, 43 ; 3, 1-8 ; 5, 12.15 ; 9, 27.32-42) et de Paul (Ac 14, 3 ; 16, 7 ; 19, 11-12). Parmi les autres disciples qui portaient la guérison aux malades, on peut citer Philippe et Ananias (Ac 8, 7-8 ; 9, 17-18).

60. Les Lettres du Nouveau Testament indiquent que les guérisons ont continué à faire partie de l’histoire de l’Église. Paul définit la guérison comme étant un charisme que le Saint-Esprit donne spécialement à certains croyants (1 Co 12, 9, 28, 30), mais il peut arriver aussi que des guérisons se produisent grâce à la prière, à l’onction des Anciens de l’Église (Jc 5, 14-15), ou à la prière des croyants ordinaires (Jc 5, 16). Ainsi, le Nouveau Testament nous montre que le ministère de la guérison faisait partie de la vie normale de l’Église.

2. La guérison dans l’histoire de l’Église

61. Les écrits des Pères de l’Église nous indiquent que les guérisons, les exorcismes et les miracles se sont poursuivis dans les premiers siècles de l’Église. Les écrits de Justin, Origène, Irénée et Tertullien, entre autres, montrent que les guérisons et les exorcismes étaient pratiqués fréquemment par les chrétiens ordinaires, notamment dans le cadre de l’évangélisation. Irénée écrit :

C’est pourquoi aussi, en son nom, ses authentiques disciples, après avoir reçu de lui la grâce, œuvrent pour le profit des autres hommes, selon le don que chacun a reçu de lui. Les uns chassent les démons en toute certitude et vérité, si bien que, souvent, ceux-là même qui ont été ainsi purifiés des esprits mauvais, embrassent la foi et entrent dans l’Église ; d’autres ont une connaissance anticipée de l’avenir, des visions, des paroles prophétiques ; d’autres encore im-posent les mains aux malades et leur rendent ainsi la santé. Et même, comme nous l’avons dit, des morts ont été ressuscités et sont demeurés avec nous un bon nombre d’années » (Irénée, Contre les hérésies II, 32, 4).

62. Mais avec le temps, le ministère de l’exorcisme fut de plus en plus souvent réservé aux personnes spécialement autorisées. De même, il y eut une tendance croissante à affirmer que le charisme de la guérison était limité aux personnes d’une sainteté hors-pair ou aux moines pratiquant un ascétisme strict.

63. À la suite de l’expansion du christianisme en Europe, les guérisons et les miracles continuèrent à faire partie de la vie chrétienne. Chez les catholiques, la croyance dans les guérisons miraculeuses perdura au cours des siècles, en particulier pour celles qui advenaient dans les sanctuaires ou par l’intercession des saints. À l’époque moderne, toutefois, le développement de la science s’est accompagné d’une tendance croissante à considérer la maladie et la guérison uniquement en termes psychologiques. Après la Réforme, les chrétiens protestants ont eu tendance à négliger ou même à nier les guérisons miraculeuses, par réaction contre la croyance des catholiques dans les miracles. Le siècle des Lumières, avec son rejet du transcendant, a encore accru le scepticisme à l’égard des miracles.

64. Un nouvel intérêt pour les guérisons s’est fait jour chez les protestants au XIXe siècle avec l’apparition du Mouvement de sanctification (Holiness movement), et s’est encore accru au XXe siècle avec la diffusion du pentecôtisme. Les pentecôtistes soulignent que la guérison est étroitement liée à l’œuvre de rédemption du Christ (Es 53, 4-5 ; Mt 8, 16-17), et qu’elle doit donc faire partie de la prédication de l’Évangile.

3. La guérison dans la vie de l’Église

65. Ensemble, pentecôtistes et catholiques affir-ment que le Christ continue à opérer des guérisons de nos jours, y compris de façon miraculeuse. Toute l’œuvre de rédemption du Christ est une œuvre de guérison, puisqu’il est venu guérir les hommes de tous les maux spirituels et physiques causés par le péché, y compris de la mort.

66. La guérison est une dimension essentielle du ministère de l’Église. Les guérisons adviennent soit par l’intermédiaire de ceux qui ont un charisme de guérison, soit à travers la foi et la prière des croyants ordinaires. Les catholiques reconnaissent en outre l’existence de guérisons obtenues par l’intercession d’un saint, en particulier de Marie, Mère du Seigneur (cf. Lc 1, 43), dans les sanctuaires tels que Lourdes, ou au moyen des sacrements, en particulier l’Eucharistie, la Réconciliation et l’Onction des malades. La plupart des pentecôtistes croient qu’une guérison peut advenir lors du Repas du Seigneur ; la pratique de l’onction avec l’huile destinée à la guérison des malades est commune chez les pentecôtistes. En outre, nombre de pentecôtistes ont l’habitude d’envoyer aux malades un mouchoir oint ou sur lesquels ils ont prié pour leur guérison comme il a été dit, en s’inspirant des gestes de Paul rapportés en Actes 19, 11-12.

67. Les guérisons prennent une signification particulière lorsqu’elles se produisent à l’occasion de la proclamation de l’Évangile, du fait qu’elles manifestent de façon concrète l’amour de Dieu et la réalité de son Règne. Le mandat confié par Jésus à ses disciples de proclamer l’Évangile en paroles et par des signes et des prodiges est toujours actuel (cf. Mc 16, 17-18). Tout comme dans le Nouveau Testament, l’évangélisation de nouvelles parties du monde a souvent été accompagnée d’une remarquable abondance de guérisons dans l’histoire de l’Église.

68. Catholiques et pentecôtistes reconnaissent que Dieu peut aussi guérir les hommes par des moyens médicaux ordinaires. C’est pourquoi la pastorale des malades, qui comprend à la fois des soins médicaux et un accompagnement spirituel, représente une partie importante du ministère de l’Église (Mt 25, 36). Ces ministères sont une façon de collaborer à l’œuvre de guérison de Dieu.

69. Affirmer la réalité de la guérison divine ne veut pas dire nier la réalité de la souffrance, ni le fait que Dieu dispense souvent de grands bienfaits à travers la souffrance. Pentecôtistes et catholiques reconnaissent que la souffrance acceptée dans la foi a une capacité extraordinaire de conformer plus pleinement celui qui souffre au Christ. L’endurance patiente de la souffrance est une source mystérieuse de grâces pour celui qui souffre et pour les autres (cf. 2 Co 4, 11-12 ; Col 1, 24).

70. La guérison est un don gratuit de Dieu, et non quelque chose qu’on peut gagner ou mériter. Attendre la guérison dans la foi peut cependant disposer une personne à la recevoir. Bien souvent, la guérison suscite un regain de foi chez celui qui l’a reçue et chez les autres. De même, le pardon et l’abandon des ressentiments peut disposer une personne à obtenir la guérison (cf. Mc 2, 1-12). Lorsqu’on prie pour les malades, un discernement des esprits est parfois essentiel pour comprendre si une délivrance de l’influence des mauvais esprits est nécessaire.

71. Le charisme de la guérison n’est pas nécessairement un signe de sainteté (Mt 7, 22-23 ; Ac 3, 12). Mais d’un autre côté, la sainteté ouvre plus pleinement les personnes au Saint-Esprit et à ses dons. Le charisme de la guérison ne doit pas être exercé dans l’isolement, mais en communion avec l’Église.

72. Il peut arriver que des guérisons proclamées soient simulées, et même les guérisons authentiques peuvent être utilisées à de mauvaises fins, pour un gain personnel, pour le prestige, ou pour faire du prosélytisme. Parce que le charisme de la guérison comporte un risque d’exagération et de manipulation des personnes vulnérables, un discernement prudent et constant est nécessaire. Il est sage de faire vérifier les déclarations de guérison par des médecins professionnels autant que possible (cf. Mc 1, 44), sans aller jusqu’à affirmer qu’il n’existe pas d’autre guérison que celles qui sont certifiées. Lorsqu’une guérison survient, la réponse juste est de louer le Seigneur et de lui rendre grâce (cf. Lc 17, 17-18). Mais il faut aussi préparer les malades à l’éventualité que leurs prières ne soient pas exaucées comme ils l’espèrent. La guérison se présente parfois aussi sous la forme d’une acceptation joyeuse de la souffrance (cf. 2 Co 12, 8-10) ou même d’une mort imminente.

C. Le discernement des esprits

73. Pour les catholiques comme pour les pentecôtistes, le discernement des esprits est le charisme qui permet de discerner la source d’une manifestation spirituelle, qu’il s’agisse du Saint-Esprit, d’un esprit mauvais, ou simplement d’un esprit humain. Ce charisme permet au peuple de Dieu de distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux. Ce qui est vrai vient de l’Esprit de Dieu, et ce qui est faux vient d’autres sources. En matière d’interprétation, catholiques et pentecôtistes appliquent généralement les mêmes critères, fondés sur les principaux passages de l’Écriture relatifs au discernement[4]. Il existe cependant quelques divergences entre eux sur la façon dont ce charisme est exercé dans la vie chrétienne de tous les jours.

1. Le discernement des esprits dans l’Écriture

74. Bien que le terme « discernement » n’appa-raisse pas souvent dans l’Écriture, les enseignements bibliques et les exemples de discernement sont nombreux. L’importance de distinguer entre la vérité et l’erreur et entre les vrais et les faux prophètes est décrite de façon éloquente tout au long de l’Ancien Testament (1 R 18, 20-40 ; Jr 23, 9-22 ; Ez 13, 1-23), dans l’enseignement de Jésus rapporté par les évangiles (Mt 7, 15-20), et dans l’Église primitive (par ex. Ananie et Saphire en Ac 5, 1-11 ; ou encore la servante qui avait un esprit divinateur en Ac 16, 16-18). Les dons du Saint-Esprit doivent être exercés en vue de la croissance du corps du Christ tout entier, pour le bien de l’humanité et dans un esprit de charité, vraie mesure de tous les charismes (cf. 1 Co 13).

75. Un passage fondamental du Nouveau Testament sur le discernement est la liste des charismes de Paul en 1 Co 12, 8-11 : « À l’un, par l’Esprit, est donné un message de sagesse... à tel autre de prophétiser, à tel autre de discerner les esprits [diakrisis pneumaton]... Mais tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui le met en œuvre, accordant à chacun des dons personnels divers, comme il le veut ». Paul valorise non seulement le don de transmettre les messages venant de Dieu (paroles de connaissance, paroles de sagesse, prophéties, parler en langues et son interprétation), mais aussi celui de déterminer l’authenticité de ces messages qui ont effectivement besoin d’un discernement puisqu’ils sont transmis par des hommes et des femmes faillibles.

76. En donnant des instructions le déroulement des célébrations publiques en 1 Co 14, Paul semble considérer que le discernement est un charisme aussi commun que la prophétie et qu’il est nécessaire chaque fois que le don de prophétie est exercé afin que l’Église puisse déterminer s’il contribue vraiment à l’édification spirituelle des croyants rassemblés. Les instructions de Paul sont de permettre que deux ou trois personnes prophétisent au cours d’une assemblée, et qu’il y ait ensuite un discernement de la part de toute l’assemblée réunie : « Que les autres jugent » (1 Co 14, 29). Une certaine part de discernement immédiat peut donc être considérée comme faisant partie intégrante de la pratique des charismes spontanés dans les assemblées de fidèles.

77. Une pratique disciplinée du discernement aide la communauté rassemblée à exprimer les autres charismes librement et de façon fiable dans un climat de soutien et d’encouragement. C’est ce que confirme l’exhortation de saint Paul à l’Église de Thessalonique : « N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les paroles des prophètes : examinez tout avec discernement ; retenez ce qui est bon, tenez-vous à l’écart de toute espèce de mal » (1 Th 5, 19-21). Les croyants sont appelés à embrasser la liberté du Saint-Esprit dans l’exercice des charismes, confiants que ce même Esprit leur accordera le charisme du discernement des esprits qui les aidera à se garder des faux enseignements et de la désunion.

78. Les prophéties et autres manifestations charismatiques ne doivent pas toutes être prises pour argent comptant. Jésus a annoncé à ses disciples que des faux prophètes allaient venir comme des loups déguisés en brebis (Mt 7, 15). L’apôtre Paul a dit que des loups redoutables n’épargneraient pas le troupeau (Ac 20, 29). De même, la première Lettre de Jean avertit qu’il y a des faux prophètes qui, à défaut du discernement des esprits, risquent de semer le chaos dans l’Église (1 Jn 2, 18.22 ; 4, 1). Jean souligne l’importance du discernement pour vérifier l’authenticité et l’orthodoxie de ceux qui affirment avoir un message pour l’Église :

Mes bien-aimés, n’ajoutez pas foi à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu ; car beaucoup de prophètes de mensonge se sont répandus dans le monde. À ceci vous reconnaîtrez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair est de Dieu, et tout esprit qui divise Jésus n’est pas de Dieu... C’est à cela que nous reconnaissons l’Esprit de la vérité et l’esprit de l’erreur » (1 Jn 4, 1-6).

79. Ainsi, dans toute l’histoire de l’Église et de nos jours encore, un peu partout dans le monde, tant les catholiques que les pentecôtistes continuent à faire face aux défis liés à la compréhension et à l’exercice corrects des charismes. C’est pourquoi l’Église doit continuer à tester ceux qui affirment avoir reçu des charismes du Saint-Esprit pour discerner s’ils viennent vraiment de Dieu. Le discernement sauvegarde l’orthodoxie, et son exercice correct conduit toujours à une confession et à un témoignage authentiques de la personne et de l’œuvre de Jésus Christ.

2. L’exercice du charisme du discernement des esprits

80. Ensemble, pentecôtistes et catholiques reconnaissent le rôle crucial que l’Écriture attribue à la nécessité d’un discernement permanent dans la vie de l’Église. Les différences d’accentuation entre catholiques et pentecôtistes sur l’exercice du discernement sont étroitement liées aux autres divergences de base qui existent entre eux sur le rôle de la tradition, l’accent mis sur la spiritualité personnelle ou communautaire, ou encore le degré d’attente vis-à-vis des manifestations charismatiques du Saint-Esprit.

81. En général, les catholiques tendent à utiliser le terme discernement dans un sens plus large, pour indiquer le processus dynamique de recherche de la vérité et de la volonté de Dieu. Dans cette optique, le discernement a lieu quand le Saint-Esprit entre mystérieusement en dialogue avec une personne et la guide dans sa réponse à Dieu. Un discernement spirituel constant conduit à une plus grande maturité dans la vie chrétienne : « Soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait » (Rm 12, 2). Cependant, au contact des pentecôtistes, les catholiques ont acquis une meilleure appréciation des moments spécifiques où l’exercice du charisme de discernement est utile pour protéger et édifier la communauté chrétienne.

82. Les pentecôtistes, de leur côté, ont tendance à utiliser le terme discernement au sens plus spécifique de « discernement des esprits » (1 Co 12, 10). Pour nombre de pentecôtistes, le discernement exercé à travers ce charisme doit avoir la priorité sur le processus ordinaire de discernement pratiqué dans les assemblées (Ac 6, 1-6 ; 15, 1-35) ; tous reconnaissent néanmoins que le discernement communautaire est essentiel pour discerner la volonté de Dieu et l’avis de la communauté (cf. Ac 15, 6-7). Tout comme les catholiques, les pentecôtistes aspirent à découvrir et à accomplir la volonté de Dieu. Ils cherchent à découvrir la volonté de Dieu dans la prière, à travers l’étude de la Bible, ou en consultant les leaders ou les croyants qui ont une certaine maturité dans la foi ; ils tiennent compte aussi d’autres facteurs tels que les désirs personnels, les occasions, les circonstances, et ainsi de suite. Bien qu’ils n’appliquent pas toujours le terme de « discernement » à ce processus de recherche de la volonté de Dieu, il s’agit en réalité d’un processus de discernement. Les pasteurs pentecôtistes, en tant que bergers de leur troupeau, sont appelés à offrir un leadership à leurs communautés, notamment en donnant l’impulsion initiale à ce processus de discernement et en prenant la responsabilité de toute décision finale qui pourra être prise.

83. Chez les pentecôtistes, ceux qui sont reconnus pour leur capacité de discerner, soit parce qu’ils ont montré qu’ils ont le charisme du discernement des esprits, soit en raison de leur maturité spirituelle, sont souvent aussi ceux qui connaissent bien l’Écriture et qui « par la pratique, ont les sens exercés à discerner ce qui est bon et ce qui est mauvais » (He 5, 14). On trouve souvent parmi eux des membres des équipes pastorales, des Anciens, ou encore des croyants reconnus pour leur sagesse et leur sérieux. Cela ne signifie pas que le « discernement des esprits » puisse être aussi autre chose qu’un charisme, mais le fait qu’il soit un charisme n’implique pas pour autant qu’il soit dépourvu de toute composante rationnelle.

84. Le discernement dans la communauté pentecôtiste peut suivre des lignes de pensée rationnelles (Mt 7, 20 ; Ac 13, 1-3 ; 15, 6-21 ; 1 Thes 5, 19-22 ; Jn 4, 1-3), mais il peut aussi avoir une nature plus trans-rationnelle et intuitive (Ac 16, 16-18). Il se pratique quelquefois en groupe, comme en 1 Co 14, 29 où une personne prophétise et les autres sont invitées à évaluer ce qui a été dit. Bien souvent, le processus de discernement, surtout lorsqu’il est pratiqué au niveau local, se révèle utile et rédempteur pour la communauté de foi. Il peut avoir lieu à l’occasion d’une demande de prière orale, d’un temps de prière partagée, ou d’un témoignage personnel ; lors d’une manifestation charismatique, en particulier lors d’une prophétie, de paroles de connaissance ou d’un parler en langue accompagné ou non d’une interprétation ; durant un temps de prière personnelle devant l’autel ; en lisant ensemble et en échangeant sur la Bible, en prêchant la parole de Dieu, ou en écoutant une prédication. Il est clair que si, dans de telles situations, une parole ou un acte est reconnu comme ayant l’autorité du Saint-Esprit, ils sont considérés généralement comme ayant une autorité ad hoc. Autrement dit, cette autorité est limitée à une occasion ou à une situation particulière.

85. Les pentecôtistes reconnaissent que dans leur histoire ils ont généralement privilégié la pratique du discernement, souvent sans s’engager dans une réflexion théologique approfondie sur le sujet. Ils reconnaissent également que l’exercice du discernement dans leurs Églises ne s’est pas toujours révélé suffisamment fiable. La pratique des pentecôtistes consistant à anticiper ou à rechercher une manifestation immédiate de la présence du Saint-Esprit parmi eux les amène quelquefois à présumer que le charisme du discernement se manifestera de façon automatique et routinière. Le fait que ces pratiques existent montre la nécessité d’un enseignement plus approfondi et d’une discipline plus rigoureuse au sein de la communauté pentecôtiste, ainsi que le besoin permanent d’identifier ceux qui sont particulièrement fiables dans leurs jugements sur le discernement.

86. Les catholiques affirment que le « discernement des esprits » est nécessaire pour vérifier l’origine divine d’un charisme (Concile Vatican II, Constitution sur l’Église 12 ; cf. aussi Catéchisme de l’Église catholique, par. 800, 801) et que, comme le dit bien 1 Co 12, 10, le discernement est un charisme en soi, un don du Saint-Esprit, et pas seulement un processus communautaire exercé avec l’intervention des hommes. Bien que l’Église catholique n’ait pas développé un enseignement spécifique sur le charisme du discernement des esprits, ce charisme a été pratiqué tout au long de son histoire sous diverses formes qui font maintenant partie de son héritage spirituel.

87. Même dans l’exercice de ce charisme, il n’existe pas un modèle général ni un schéma unique. Souvent, le discernement des esprits est inclus dans un processus de discernement plus vaste de recherche de la vérité et de la volonté de Dieu, au niveau personnel ou ecclésial.

88. Les catholiques croient que les ministres ordonnés ont la responsabilité spécifique de reconnaître et de discerner les charismes chez les fidèles. « Éprouvant les esprits pour savoir s’ils sont de Dieu, ils sauront découvrir et discerner dans la foi les charismes des laïcs sous toutes leurs formes, des plus modestes aux plus élevées, ils les reconnaîtront avec joie et les développeront avec ardeur » Concile Vatican II, Décret sur le ministère et la vie des prêtres 9). Les ministres ordonnés exercent tout spécialement ce charisme de discernement dans le cadre de l’accompagnement spirituel des fidèles, notamment durant le sacrement de la Réconciliation. Mais en tant que charisme, le discernement des esprits peut être donné par le Saint-Esprit à n’importe quel fidèle. Le discernement est un exercice dans lequel le rôle du clergé et celui des laïcs sont complémentaires. Ceux qui ont reçu le charisme du discernement des esprits le mettent au service de l’Église en communion avec les pasteurs, auxquels revient la responsabilité finale de discerner les charismes dans l’Église. Les catholiques saluent le renouveau de l’expérience des charismes intervenu dans les dernières décennies sous l’influence du Mouvement du Renouveau charismatique catholique, au sein duquel le charisme du discernement des esprits est pratiqué régulièrement.

89. Ensemble, catholiques et pentecôtistes reconnaissent que plus on est proche de Dieu, plus on devient capable de discerner sa volonté et de distinguer ce qui est vrai ; plus on « marche sous l’impulsion de l’Esprit » (Ga 5, 25), plus il devient facile de reconnaître ses mouvements et ses œuvres. Au cours des siècles, Dieu a donné à l’Église des saints hommes et des saintes femmes qui avaient en quelque sorte le sentiment intuitif de ce qui vient de Dieu. Les occasions effectives de pratiquer le discernement des esprits naissent souvent du rapport étroit qu’une personne entretient avec le Seigneur, dispensateur de ces charismes.

90. Avec le regain d’attention envers les manifestations charismatiques dans toute l’Église, s’est accrue aussi la conscience de la nécessité de discerner les manifestations authentiques de celles qui se font passer pour telles. Un peu partout dans le monde, catholiques et pentecôtistes continuent à faire face aux défis liés à l’exercice correct des charismes, en particulier celui du discernement des esprits. Tant les pentecôtistes que les catholiques ont souvent besoin de directives pour distinguer les œuvres authentiques du Seigneur de leurs propres vœux pieux. C’est pourquoi l’Église doit continuer à tester les charismes pour discerner s’ils viennent de Dieu.

IV. Surveillance pastorale de l’exercice des charismes

91. Catholiques et pentecôtistes saluent et accueillent la grande diversité des charismes qui existent dans leurs deux traditions comme signe de vitalité de l’Église. Les uns et les autres reconnaissent qu’ils sont appelés à être de bons administrateurs de ces dons : « Mettez-vous, chacun selon le don qu’il a reçu, au service les uns des autres comme de bons administrateurs de la grâce de Dieu » (1 P 4, 10).

92. Comme c’était déjà le cas quand saint Paul s’adressait aux premières Églises chrétiennes, l’exercice des charismes peut représenter aujourd’hui encore un facteur de tensions et de divisions entre chrétiens. Pour répondre efficacement aux défis pastoraux qui découlent de l’utilisation des charismes, les communautés chrétiennes et leurs leaders doivent exercer une surveillance, maintenir un certain contrôle (1 Co 14, 26-33 ; 1 Th 5, 19-22), et « garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix » (Ep 4, 3). La surveillance pastorale comprend l’accueil et l’encouragement des charismes, le discernement des charismes, une coordination en vue de leur exercice harmonieux parmi les croyants, et un accompagnement pour qu’ils soient toujours mis au service de la mission de l’Église.

93. Sans cesse, Dieu « éprouve nos cœurs » (1 Thes 2, 4) ; en définitive, c’est lui qui juge, et tous les discernements humains lui sont soumis. Mais en même temps, il nous aide à tester, à discerner, et à agir en conséquence.

94. Puisque les charismes sont dispensés à tous les croyants, c’est à la communauté tout entière qu’il appartient de vérifier l’œuvre de l’Esprit. Le discernement est un processus essentiel et permanent de la vie chrétienne, tant au niveau personnel qu’ecclésial. Catho-liques et pentecôtistes soumettent leurs questions de discernement à l’autorité suprême de la Parole de Dieu (qui, pour les catholiques, comprend aussi la Tradition), sous la conduite du Saint-Esprit et à la lumière de l’enseignement de l’Église. Dans ce processus de discernement, les communautés chrétiennes suivent la regula fidei (règle de la foi) et le leadership pastoral, conscientes que la raison et l’expérience ont aussi un rôle à jouer. En ce qui concerne la compréhension et la pratique de ces niveaux d’autorité, il apparaît clairement que nos communautés respectives ont des points de vue différents mais complémentaires.

95. Catholiques et pentecôtistes ont en commun les critères suivants dans l’exercice du discernement :

  • la manifestation d’un charisme doit toujours être conforme à l’Écriture et refléter une foi ancrée dans la pensée du Seigneur (cf. 1 Co 2, 16) ;

  • elle doit être en accord avec l’enseignement de l’Église et le sensus fidelium (le sens de la foi des fidèles) ;

  • elle doit contribuer à l’édification de l’Église, en promouvant l’unité et la charité ;

  • ceux qui exercent ce charisme doivent faire preuve de maturité spirituelle et morale ;

  • ceux qui exercent un charisme doivent en répondre au leadership pastoral.

96. Le discernement peut être considéré comme une sagesse spirituelle et une pratique acquise dans la dynamique de la vie chrétienne sous la conduite du Saint-Esprit ; il ne doit en aucun cas être réduit à un ensemble de règles ou à une méthode d’évaluation. Il y a un moyen de discernement qui transcende le rationnel, une sensibilité spirituelle qui a une dimension intuitive.

97. Pour les catholiques, la dimension ecclésiale est essentielle en matière de discernement. Le peuple de Dieu tout entier est appelé à discerner les mouvements de l’Esprit. Cependant, aucun charisme ne peut être dispensé d’être soumis à la surveillance des pasteurs de l’Église. Tout en opérant dans le cadre de ces principes, les catholiques accueillent volontiers l’invitation des pentecôtistes à s’ouvrir davantage aux voies surprenantes de l’Esprit et à ses manifestations.

98. Les pentecôtistes insistent sur la responsabilité propre à chaque croyant d’attendre, d’exercer et de discerner les charismes. Le discernement des charismes doit être pratiqué en communauté et non dans l’isolement, et doit faire l’objet d’une surveillance. La grande variété des structures ecclésiales pentecôtistes et le degré élevé d’autonomie qui existe parmi les Églises pentecôtistes indépendantes ne permet pas toujours d’assurer une surveillance adéquate. Les pentecôtistes reconnaissent de plus en plus la valeur de la communauté ecclésiale et l’importance de collaborer avec le leadership. En cela, ils trouvent un terrain commun et un exemple positif chez les catholiques.

Leurs points de départ étant différents, catholiques et pentecôtistes accueillent volontiers cette occasion d’apprendre réciproquement de leurs traditions respectives et d’intégrer ce qu’ils ont appris à leur approche.

99. Catholiques et pentecôtistes s’accordent sur la nécessité d’offrir une éducation et une formation théologiques à tous les niveaux, tant aux fidèles qu’à leurs leaders, en y incluant aussi un enseignement sur la théologie des charismes et sur la façon de les exercer correctement. Cette éducation et cette formation contribueront à assurer la bonne santé des communautés chrétiennes et leur croissance vers la maturité.

100. La compréhension et l’exercice des charismes, ainsi que leur surveillance, requièrent un rapport personnel profond avec Dieu. Les charismes fleurissent tout particulièrement dans les milieux qui favorisent la croissance spirituelle permanente des individus et de la communauté tout entière. En ce qui concerne les charismes dans la vie chrétienne en général, la vertu de l’humilité et la disposition à apprendre sont essentielles.

101. L’exercice de n’importe quel charisme, et plus particulièrement l’exercice de ceux qui peuvent attirer l’attention sur une personne, est potentiellement exposé aux manipulations et aux abus. En cultivant leur vie spirituelle, les chrétiens sont mieux préparés à recevoir et à exercer les charismes avec intégrité. Les mystères de Dieu sont inexhaustibles, et il continue à nous inviter à aspirer à sa grâce et à nous ouvrir à ses dons divins : « Ô profondeur de la sagesse, de la richesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables ! » (Rm 11, 33).

102. La surveillance pastorale des charismes peut bénéficier du recours aux sains principes des sciences humaines, qui peuvent être utiles dans les questions liées à l’exercice et au discernement des charismes, ainsi que dans le contexte plus général du leadership pastoral.

103. Conscients des importants défis posés par notre culture post-moderne qui met fortement l’accent sur l’individualisme, le matérialisme et la sécularisation, catholiques et pentecôtistes invitent les fidèles à mettre leur confiance en Dieu et dans les charismes du Saint-Esprit. Pourtant, c’est dans cette même culture qu’ils témoignent auprès de tant de personnes, en particulier auprès des jeunes à la recherche du sacré et de ce qui transcende ce monde pour découvrir un sens et un but plus profonds à leur vie. C’est pourquoi les participants à ce dialogue veulent vivre pleinement ce moment de l’histoire, dans lequel ils voient une occasion de découvrir des moyens nouveaux et créatifs pour inspirer chez les autres le désir de s’ouvrir au Saint-Esprit et d’avoir confiance en ses charismes.

104. Les participants à ce dialogue sont prêts à relever le défi œcuménique représenté par leur appréciation commune des charismes. Alors qu’ils deviennent chaque jour plus conscients de l’action de l’Esprit dans leurs communautés respectives, ils sont désireux de chercher ensemble des moyens pour présenter avec une plus grande unité la beauté de la vie dans l’Esprit, enrichie par les charismes, à leurs frères et sœurs des communautés de foi du monde entier. Les charismes sont destinés à être un facteur d’unité au sein de l’unique corps du Christ, et tout enseignement sur eux doit favoriser cette unité. Comme l’a dit saint Paul, de toutes les expressions des charismes, l’amour est le plus grand (1 Co 12, 31).

V. Résumé et conclusions

105. Ensemble, catholiques et pentecôtistes reconnaissent que les charismes accordés par le Saint-Esprit au Peuple de Dieu sont destinés à l’usage de tous les chrétiens, et ne sont pas limités uniquement à ceux qui participent aux mouvements de « Renouveau ». Demander ces charismes dans la prière, les attendre, avoir confiance dans leur exercice responsable, contribue à l’édification de l’Église et à l’efficacité de son ministère dans le monde. C’est pourquoi catholiques et pentecôtistes sont invités à redécouvrir le rôle des charismes et raviver l’utilisation de ces dons dans leurs communautés respectives. Les participants à ce dialogue souhaitent encourager les autres chrétiens à faire de même.

106. L’exercice des charismes, lorsqu’il s’accompagne de la sainteté de vie, glorifie Dieu et favorise la propagation de l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre (cf. Ac 1, 8). Le Pape François a déclaré que le mouvement de Renouveau est « un courant de grâce, un souffle rénovateur de l’Esprit pour tous les membres de l’Église... Vous, les charismatiques, avez une grâce spéciale pour prier et travailler pour l’unité des chrétiens, afin que le courant de grâce puisse traverser toutes les Églises chrétiennes » (Discours au Mouvement du Renouveau charismatique, 3 juillet 2015).

107. Ceux qui exercent un charisme ne doivent pas céder à la tentation de l’utiliser simplement pour leur avantage personnel. Catholiques et pentecôtistes doivent également éviter tout exercice qui semblerait mettre les paroles prophétiques au-dessus de la Parole de Dieu. Un discernement approprié contribue à éviter les problèmes pastoraux et permet de mieux apprécier la signification spirituelle des charismes. À ce propos, Jack Hayford, un leader qui fait autorité dans le Mouvement pentecôtiste global, a dit :

Notre accueil des dons spirituels ne doit jamais être en contradiction avec la Parole de Dieu. Demandons au Saint-Esprit d’être présent parmi nous et de répandre ses dons sur nous selon sa volonté. Tous les dons sont présents dans l’Église et chaque croyant est appelé à administrer ces dons avec sagesse, de façon libre et responsable. Aspirons ardemment à leur manifestation, sans être crédules quant à leur apparition. Les Écritures appellent à la gratuité dans le ministère, à la soumission en esprit et à l’ordre dans l’exercice des dons est scriptural, et c’est donc ce sur quoi il faut insister... »[5].

108. Durant le temps passé ensemble au cours de ce Dialogue, les participants ont senti la présence du Saint-Esprit dans leurs prières, dans leurs discussions, ou simplement en étant ensemble. Ils se sont efforcés de percevoir ensemble les inspirations prophétiques de l’Esprit dans les paroles prononcées par chacun d’eux. Ils se sont mis ensemble à l’écoute des bruissements et des gémissements inexprimables de l’Esprit (1 R 19, 12 ; Rm 8, 26) et ont senti son souffle passer parmi eux. Ce dialogue a été en soi une sorte d’expérience « charismatique », remplie des dons du Saint-Esprit.

109. Ce qui résulte clairement de cette réflexion menée ensemble, c’est qu’il existe une convergence significative dans la façon dont pentecôtistes et catholiques considèrent ces dons et cherchent à assurer leur exercice correct. Étant donné que c’est le Saint-Esprit qui accorde ces charismes à l’unique corps du Christ (1 Co 2, 27 ; Rm 12, 4-8 ; Ep 4, 4-16), l’existence d’une telle unité autour de ces charismes n’a rien de surprenant. Des divergences subsistent néanmoins dans la façon dont catholiques et pentecôtistes envisagent ces dons, leur exercice, le discernement et la surveillance.

110. Au terme de ces cinq années de réflexion, il apparaît clairement que si l’unité du corps du Christ est l’œuvre du Saint-Esprit (cf. 1 Co 12, 13), les charismes, qui sont des dons gratuits, doivent être vus comme des outils qui contribuent au rétablissement de l’unité voulue par le Christ (cf. Jn 17, 21).

111. En attendant, catholiques et pentecôtistes sont appelés à exercer leurs charismes individuels avec une conscience renouvelée du rôle qu’ils peuvent jouer dans l’édification de l’Église et dans la promotion de l’unité des chrétiens. Catholiques et pentecôtistes sont également convaincus que, comme le déclarait Novatien, un chrétien du IIIe siècle, en réfléchissant sur la vraie foi de l’Église :

C’est le Saint-Esprit qui a affermi l’âme et l’esprit des disciples, qui leur a dévoilé les mystères évangéliques, qui a fait briller en eux la lumière des choses divines ; ainsi fortifiés, pour le nom du Seigneur ils n’ont craint ni la prison ni les chaînes : bien au contraire, ils ont méprisé même les puissances et les tortures de ce monde, armés et fortifiés désormais par Lui ; ayant en eux les dons que ce même Esprit distribue et destine à l’Église, Épouse du Christ, comme des joyaux. En effet, c’est lui qui, dans l’Église, établit des prophètes, instruit les docteurs, guide la parole, fait des prodiges et des guérisons, accomplit des merveilles, accorde le discernement des esprits, assigne les charges de gouvernement, inspire les décisions, met en place et régit tous les autres charismes, donnant ainsi à l’Église du Seigneur sa perfection et son accomplissement partout et en tout point » (Novatien, De Trinitate, 29.9-10 [CCL 4, 70] cité par Jean-Paul II dans sa Lettre encyclique Veritatis splendor, 108).

112. La façon dont les résultats de ce dialogue pourront être partagés et diffusés deviendra évidente à mesure que les lecteurs de ce rapport décideront de les appliquer à leur propre situation. Les participants à cette phase du dialogue invitent les lecteurs à prendre en considération une ou plusieurs des possibilités suivantes pour utiliser ce rapport de façon créative :

· il pourrait servir de texte commun en vue de discussions plus approfondies entre pentecôtistes classiques et catholiques au niveau local ou national ;

· il pourrait être utilisé dans les études sur l’œcuménisme, s’agissant du premier document bilatéral où les charismes sont traités de façon approfondie ;

· les professeurs pourraient inclure ce rapport dans les cours qui traitent des divers dialogues bilatéraux auxquels participe l’Église catholique, dans les cours qui traitent du pentecôtisme ou du Renouveau charismatique, ou dans les cours de spiritualité ;

· les étudiants qui se préparent au ministère pourraient tirer profit d’une lecture attentive de ce rapport alors qu’ils examinent les possibilités de développer une compréhension, une appréciation et une collaboration œcuméniques plus poussées entre catholiques et pentecôtistes dans l’avenir ;

· les pasteurs, le clergé et tous ceux qui sont engagés dans le ministère pastoral pourraient trouver ce rapport utile pour illustrer leur prédication ou pour donner des avis pratiques sur la façon d’offrir un enseignement et un leadership là où ces dons sont présents ;

· dans les communautés locales ou les paroisses, les enseignants de cours bibliques et ceux des écoles du dimanche pourraient trouver ce rapport utile pour expliquer la position de leur Église et celle de leurs partenaires catholiques ou pentecôtistes, en le lisant à la lumière des passages de la Bible qui parlent directement des charismes (par ex. 1 Co 12-14, Rm 12, 3-8 ; Ep 4, 7-16 et 1 P 4, 10-11).

113. Les participants à ce Dialogue ont découvert qu’ils avaient beaucoup de choses en commun en matière de charismes, tout en reconnaissant qu’il reste encore beaucoup de travail à faire avant que catholiques et pentecôtistes puissent récolter ce que le Saint-Esprit est en train de semer dans leurs communautés respectives. Comme l’a observé le Pape François : « Si vraiment nous croyons en la libre et généreuse action de l’Esprit, nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres ! Il ne s’agit pas seulement de recevoir des informations sur les autres afin de mieux les connaître, mais de recueillir ce que l’Esprit a semé en eux comme don aussi pour nous » (La joie de l’Évangile, 246).

114. Les participants à ce Dialogue présentent ce rapport avec l’espoir qu’il incitera tous ses lecteurs à être toujours plus fidèles à l’Évangile, à s’ouvrir totalement au Saint-Esprit de Dieu, et à mieux apprécier tous les disciples de Notre Seigneur Jésus Christ. Les participants à cette phase du Dialogue international catholique-pentecôtiste sont convaincus que des rapports tels que celui-ci peuvent être un outil efficace pour rapprocher les catholiques et les pentecôtistes. En devenant toujours plus proches du Christ et en ayant toujours davantage confiance en la conduite du Saint-Esprit qui les accompagne constamment, ils espèrent et ils prient pour que d’autres les rejoignent dans leur poursuite de l’unité à laquelle le Seigneur les a appelés (cf. Ep 4, 3). Leur participation à ce cheminement permanent représenterait un don substantiel à la cause de la promotion de l’unité des chrétiens.

Appendice 1

Participants*

Participants catholiques

S. Exc. Mgr Michael F. Burbidge, Évêque de Raleigh, NC, États-Unis. Coprésident (2011-2015) CD

Rév. Ján Ďačok, Université Pontificale Grégorienne, République de Slovaquie/Rome (2012) DT

†Dr Ralph Del Colle, Marquette University, Milwaukee, WI, États-Unis (2011)

Dr Mary Healy, Sacred Heart Seminary, Detroit, États-Unis/International Catholic Charismatic Renewal Services [ICCRS] (2013-2015) DT

Rév. Peter Hocken, Vienne, Autriche (2014) DT (absent)

Rév. Lawrence Iwuamadi, Institut œcuménique de Bossey, Nigeria/Suisse (2013-2015)

Sr Maria Ko, FMA, Holy Spirit Seminary/Faculté Auxilium, Hong Kong, Chine/Rome (2011-2015)

Rév. Marcial Maçaneiro, SCJ, Université Pontificale catholique de Paraná, Curitiba, Brésil (2011-2015)

Dr Teresa Francesca Rossi, Centro Pro Unione/Université Pontificale Saint Thomas d’Aquin, Rome (2011-2015) DT

Mgr Juan Usma Gómez, Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Vatican/Colombie, Cosecrétaire (2011-2015) CD

Participants pentecôtistes

Rév. Cecil M. Robeck, Jr., Assemblies of God, USA. Coprésident (2011, 2013-2015) CD, DT

Rév. David Cole, Open Bible Churches, États-Unis, Églises pentecôtistes-charismatiques d’Amérique du Nord. Coprésident par interim (2012), cosecrétaire (2011-2015) CD

Rév. Jelle Creemers, Evangelische Theologische Faculteit, Louvain, Belgique) (2013) O

Rév. Nino González, Assemblies of God, États-Unis (2011)

Rév. Veli-Matti Kärkkäinen, Église pentecôtiste de Finlande, Finlande) (2012) DT

Rév. S. David Moore, International Church of the Foursquare Gospel, États-Unis (2011-2015)

Mme Karen Jorgerson-Murphy, Assemblies of God, États-Unis) (2011) O

Rév. Opoku Onyinah, Church of Pentecost, Ghana (2011-2014) DT

Dr Daniel Ramírez, United Methodist Church, États-Unis (2011) O

Rév. Joseph Suico, Assemblies of God, Philippines (2011)

Rév. Paul Van Der Laan, Verenigde Pinkster Evangeliegemeenten, Pays-Bas (2011)

Rév. Keith Warrington, Elim Church, Angleterre (2011) DT


*. (CD: Comité directeur; DT: Document de travail; O: Observateur)

Appendice 2

Documents de travail

2011 Rome

Rév. Keith Warrington, « Les charismes : signification spirituelle, discernement et implications pastorales »

Dr Teresa Francesca Rossi, « Les charismes dans l’Église: notre domaine commun. Un point de vue catholique »

2012 Helsinki

Rév. Veli-Matti Kärkkäinen, « Pratique pentecôtiste et théologie du discernement: un rapport intermédiaire »

Rév. Fr. Ján Ďačok, SJ, “Discernement. Un point de vue catholique »

2013 Baltimore, MD, États-Unis

Rév Opoku Onyinah, « Guérison. Un point de vue pentecôtiste »

Dr Mary Healy, « Un point de vue catholique sur la guérison »

2014 Sierra Madre, CA, États-Unis

Rév. Cecil M. Robeck, Jr., « Un point de vue pentecôtiste sur les dons prophétiques »

Mgr Peter Hocken, « La prophétie »

Appendice 3

Rapports précédents

Rapport final 1972-1976, dans : Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Service d’information [SI] 32 (1976/III), 35-40

Rapport final 1977-1982, dans : SI 55 (1984/ II-III), 78-88

Vue d’ensemble sur la koinonia, dans : SI 75 (1990/IV), 182-195

Évangélisation, prosélytisme et témoignage commun, dans : SI 97 (1998/I-II), 38-57

Devenir chrétien : perspectives tirées des Écritures et des écrits patristiques. Quelques réflexions actuelles, Rapport de la cinquième phase du Dialogue international entre des Églises et des responsables pentecôtistes classiques et l’Église catholique (1998-2006), dans : SI 129 (2008/III), 163-219.

Page web
http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/chrstuni/sub-index/index_pentecostals_it.htm

 


[1]. Rapport du Comité de coordination (Rome, 26 octobre 1971), dans J. Sandidge, Roman Catholic/Pentecostal Dialogue (1977-1982): a Study of Developing Ecumenism (Louvain 1985), vol. 1, p. 52.
[2]. Ce document utilise les termes “charismes” (du grec charismata) et “dons spirituels” (du grec pneumatikoi) comme des synonymes, tout en reconnaissant que certains spécialistes les distinguent en fonction de l’usage qu’en fait Paul en 1 Co 12, 14. Pour nombre de pentecôtistes et de catholiques, le terme “dons spirituels” est plus familier que celui de “charismes”. Toutes les citations bibliques sont tirées de la Bible des communautés chrétiennes TOB (2014).
[3]. En Esaïe 11, 1-2, le Messie est décrit comme étant doté de l’Esprit de sagesse, d’intelligence, de conseil, de force, de science et de crainte de Dieu (les Septante y ajoutent la piété). Dans la tradition catholique, ces dons sont considérés comme les sept dons sanctifiants de l’Esprit, donnés à tous les chrétiens par le baptême et la confirmation (voir Thomas d’Aquin, Summa Theologica I-II, q. 68 ; Léon XIII, Divinum Illud Munus 9 ; Catéchisme de l’Église catholique (paru en 1992) par. 1831). Ces dons sont donc distincts des charismes, accordés dans une mesure différente selon les personnes.
[4]. Dès la première phase du Dialogue catholique-pentecôtiste (1972-1989), les deux parties ont affirmé le mandat scriptural de discernement spirituel (cf. Rapport final I, 38).
[5]. Jack Hayford, Glory on Your House (Tarrytown, New York, Chosen Books, 1991), 208.
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