|
LES RELATIONS ENTRE L'EGLISE CATHOLIQUE ET LE JUDAISME
Si on veut donner un aperçu du développement des relations entre l'Eglise et le
Judaïsme pendant l'année 1970-1971, on peut distinguer deux niveaux de contacts
et de travail: le niveau national et le niveau international, la situation dans
les Eglises nationales et la situation sur le plan de l'Eglise universelle.
1. Dans quelques pays, surtout aux Etats Unis, le contact avec le
Judaïsme est abordé d'une manière sérieuse. Des réunions d'études et de
dialogues ont régulièrement lieu dans un vrai et profond respect mutuel. On y
aborde les multiples questions qui se posent entre Juifs et chrétiens, dans un
esprit de recherche sincère et d'approfondissement religieux.
Dans la grande majorité des nations et des diocèses on n'a pas encore aperçu la
question et on n'en fait rien, la déclaration du Concile Vatican II « Nostra
Aetate » y reste lettre morte.
2. Sur le plan de l'Eglise universelle.
a) Au mois de décembre 1970 a eu lieu, dans la salle du Secrétariat pour l'unité,
une première rencontre entre les représentants du «Comité international Juif
pour les Consultations Interreligieuses » et membres du Secrétariat pour l'Unité
et d'autres dicastères romains de l'Eglise catholique. La réunion, qui était
inaugurée par le Cardinal Willebrands, a étudié un projet de l'organisation des
rapports entre l'Eglise catholique et le Judaïsme sur le plan international.
Dans la session deux séries de questions ont été discutées: les questions qui
concernent directement les relations entre Juifs et Catholiques et les questions
qui regardent la collaboration entre les deux pour le bien être de l'humanité.
A la fin on a proposé la création d'un Comité de liaison qui guidera l'étude et
le travail à faire dans les deux domaines.
b) Après la rencontre entre catholiques et Juifs au Secrétariat pour l'Unité des
Chrétiens en décembre 1970, un Comité de liaison composé de cinq membres
de chaque cété, a été créé.
Les membres catholiques, nommés par Son Eminence le Cardinal J. Willebrands avec l'approbation du Saint
Père, sont:
Son Exc. Mgr. Roger Etchegaray
Archevéque de Marseille, président du Conseil des Conférences épiscopales
européennes.
Son Exc. Mgr. Francis Mugavero
Evêque de Brooklyn (Etats Unis), modérateur du Secrétariat pour les relations
entre catholiques et Juifs du Conseil national des évêques catholiques aux Etats
Unis.
Rév. Père Jérôme Hamer
Secrétaire général du Secrétarìat pour l'Unité des Chrétiens, Rome.
Rév. Père Bernard Dupuy
Secrétaire de la Commission épiscopale pour les relations avec le Judaïsme en
France, Paris.
Mr. 1'Abbé Cornelius Rijk
Chargé du bureau pour les relations entre catholiques et juifs attaché au
Secrétariat pour l'Unité, Rome.
Les membres juifs délégués du Comité international Juif pour les Consultations Interreligieuses,
représentant les majeures organisations juives qui constituent ce Comité, sont:
Rabbin Arthur Hertzberg
Président du Comité international Juif pour les Consultations Interreligieuses,
Englewood, N. I., Etats Unis.
Dr. Gerhart Riegner
Secrétaire général du Congrès Juif mondial, Genève.
Rabbin Henry Siegman
Vice-président exécutif du Conseil Synagogal de l'Amérique, New York.
Rabbin Marc Tanenbaum
Directeur national des affaires interreligieuses du Comité Juif américain, New
York.
Prof. Zvi Werblowsky
Président du Conseil Juif pour les contacts interreligieuses en Israël,
Jérusalem.
Dr. Joseph Lichten
Observateur au nom du B’nai B’rith Antidefamation League.
Le but de ce Comité de liaison était défini ainsi: l'amélioration de la
compréhension mutuelle entre les deux communautés religieuses, échange
d'informations et coopération éventuelle dans les domaines de responsabilité et
d'intérêt commun.
La première réunion du Comité de liaison eut lieu dans le Consistoire juif à Paris du 14 au 16 décembre 1971 et
elle fut alternativement présidée par les présidents des deux délégations, le
Rév. Père Jérôme Hamer et le Rabbin Arthur Hertzberg. Les participants furent
accueillis par le grand Rabbin de France, Jacob Kaplan.
Etant donné que c'était la première fois que le Comité de liaison se réunissait
dans sa composition officielle, un certain temps fut consacré à éclaircir
l'arrière fond historique du Comité. Dans ce contexte, le Rév. Père Hamer, se référant à Regimini Ecclesiae
art. 94 et art. 28, a expliqué la position et les limites de la tâche des
représentants catholiques. Tandis qu'il appartient au Conseil pour les affaires
publiques de l'Eglise catholique « de traiter tout ce qui concerne les rapports
avec les gouvernements civils » (art. 28), il est de la compétence du
Secrétariat de traiter « les questions concernant les Juifs sous l'aspect
religieux » (art. 94). Cela ne restreint en aucune façon le champ d'exercice de
notre fonction, mais nous trace une méthode et nous donne un éclairage. Du côté
juif, on remarqua qu'une telle division des compétences cré souvent une certaine
difficulté, parce que d'après la conception juive toutes les questions
concernant les Juifs et le Judaïsme ont un aspect religieux. Une étroite
collaboration entre les deux organismes à Rome fut dès lors suggérée et
souhaitée.
Sur la base du « Memorandum of Understanding » de décembre 1970, le Comité
étudia deux questions concernant les relations entre l'Eglise catholique et le
Judaïsme: la manière dont la relation entre communauté religieuse, peuple et
terre est conçue dans les traditions juive et catholique, la promotion des
droits de l'homme et de la liberté religieuse.
Après ample discussion, on décida de nommer deux petites commissions mixtes,
qui, composées d'experts dans les domaines respectifs seront chargés d'étudier
ces deux problèmes en examinant les sources spirituelles de part et d'autre.
Elles seront priées de soumettre leur rapport avant le ler novembre
1972 au Comité de liaison qui décidera de la manière dont il sera utilisé.
On estima qu'il serait préférable que dans certains domaines on arrive, dans la
mesure du possible, à une position commune, tandis que dans d'autres le but
principal des études sera de clarifier tant les convergences que les différences
en vue d'une compréhension mutuelle authentique.
Il y eut ensuite un échange d'informations sur la manière dont le monde juif
considère l'Eglise et sur quelques situations où les Juifs se trouvent en
difficulté ou en danger. La question de l'information réciproque fut considérée
comme un point très important de l'ordre du jour des réunions futures.
Concernant la proposition d'une étude commune, soumise à Sa Sainteté le Pape
Paul VI par Monsieur Robert Aron (en janvier 1970), on a observé que quelques
points de cette proposition furent inclus dans le « Memorandum of Understanding
» (Rome 1970) et que d'autres points seraient traités dans une étape ultérieure
de nos études communes.
Les délibérations, qui, pour la première fois dans l'histoire, ont réuni des
représentants officiels de la communauté juive mondiale et de l'Eglise
catholique en un Comité de liaison qui continuera à se réunir par la suite, se
sont déroulées dans un climat de franchise et de cordialité.
On espère que le Comité mixte sera capable de contribuer effectivement à la mise
en ceuvre des directives du Concile.
|