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LES FAMILLES CONFESSIONNELLES MONDIALES

 

Parmi les organismes engagés dans le mouvement œcuménique il y en a un qui, tout en n’ayant pas de constitution officielle, revêt dans la conjoncture œcuménique une certaine importance: le Secrétariat des «Familles confessionnelles».

Chaque année avant Noël, les représentants des grandes familles confessionnelles se réunissent à Genève pour mettre en commun leurs expériences et se pencher sur tel ou tel sujet qu’ils ont choisi d’étudier.

Quelles sont les familles confessionnelles qui participent à ces réunions ? Ce sont: «Anglican Consultative Council, Alliance mondiale baptiste, Convention mondiale des églises du Christ (Disciples), Comité mondial de consultation des Amis (Quakers), Fédération luthérienne mondiale, Conseil mondial méthodiste, Conférence mondiale des Mennonites, Églises vieilles-catholiques, Églises orthodoxes, Alliance réformée mondiale, Armée du Salut, Conférence générale des Adventistes du 7éme jour ». Le Secrétariat pour l’unité des chrétiens y envoie un observateur.

Comme on peut le voir d’après cette liste, les familles confessionnelles regroupent des Églises nationales ou régionales qui se réclament de la même origine (Anglicanisme, Luthéranisme, Calvinisme, Réformés, etc.), dans une même communion spirituelle.

L’an dernier, le Secrétariat des «Familles confessionnelles» s’est penché sur le problème du rôle œcuménique des familles confessionnelles et du Conseil œcuménique. Lors de ses dernières réunions, le Secrétariat des familles confessionnelles a patronné deux études, l’une sur la liberté religieuse dans le monde, et l’autre sur les dialogues bilatéraux. C’est ainsi qu’un ouvrage a été publié «Confessions in dialogue» qui rassemble les documents concernant les dialogues existant aujourd’hui dans la chrétienté. Ce livre est en cours de réédition. 

Le «chairman» de la conférence des familles confessionnelles est l’évêque anglican John Howe, secrétaire de l’Anglican Consultative Council. 

Le secrétaire général est le dr. Beach, délégué pour l’Angleterre et l’Europe du nord des «Adventistes du 7ème jour».

Le Secrétariat de la conférence des familles confessionnelles se tient en étroites relations avec le département de «Foi et Constitution» du Conseil œcuménique des Églises. 

*** 

RELATIONS AVEC LE JUDAÏSME

 

Les relations religieuses de l’Église catholique avec le Judaïsme mondial par l’intermédiaire du Secrétariat pour l’Unité des Chrétiens ont été marquées depuis la dernière Plenaria par une série d’événements notables.

Ces événements sont présentés ci-dessous, selon leur ordre de succession chronologique. 

 

I. Création d’une Commission pour les relations religieuses avec le Judaïsme 

Créée en date du 22 octobre 1974, la Commission a été présentée au cours d’une conférence de presse au Vatican par le P. Carlo Martini, S.J., avec la participation de Mgr. Moeller et du P. Pierre M. de Contenson, O.P., secrétaire de la nouvelle Commission. Une Commission parallèle pour l’Islam, mais rattachée au Secrétariat pour les Non-Chrétiens, a été créée simultanément. 

 

II. Séjour à Jérusalem du Secrétaire de la nouvelle Commission

Le P. de Contenson a séjourné à Jérusalem du 10 au 28 novembre 1974. Au cours de ce séjour il a rendu visite aux diverses autorités de l’Église catholique à Jérusalem: le Patriarche latin; l’Évêque Grec-Catholique, Mgr. Achkar, évêque de Lattaquié, remplaçant temporaire de Mgr. Capucci; le Custode de Terre Sainte. Il a pu rencontrer longuement certains prêtres engagés dans un ministère auprès des catholiques d’expression hébraïque, ou travaillant de façons diverses en milieu israélien.

Le Secrétaire de la Commission pour les relations religieuses avec le Judaïsme a rendu visite au Patriarche Grec-orthodoxe et à d’autres autorités chrétiennes: le Patriarche Orthodoxe arménien; le Propst luthérien; les responsables locaux anglicans, etc.

D’autres instituts et centres ont été également visités par le P. de Contenson, ainsi l’Institut œcuménique de Tantur, l’Ecole biblique dominicaine, l’Institut biblique O.F.M., le «Religious News Center» O.F.M., la Fraternité œcuménique, le «Jerusalem Rainbow Club», le Centre Ratisbonne, etc.

Mais surtout, ont été rencontrées de nombreuses personnalités israéliennes: certains fonctionnaires du Ministère des Affaires Religieuses et du Ministère des Affaires Etrangères, les deux Chefs Rabbins d’Israël, plusieurs professeurs de l’Université hébraïque de Jérusalem, des dirigeants du parti MAPAM, divers intellectuels, etc.

 

III. Publication des «Orientations et suggestions…» 

Portant la date du Ier décembre 1974 et la signature du Cardinal Jean Willebrands, Président de la Commission pour les relations religieuses avec le Judaïsme, a été publié le 3 janvier 1975, un document intitulé «Orientations et suggestions pour l’application de la Déclaration conciliaire “Nostra Aetate” (n. 4)» (v. Service d’Information, n. 26).

A part certaines retouches apportées au cours des derniers mois, le texte de ce document est celui-là même qui fut approuvé après amendements par la dernière Plenaria du Secrétariat pour l’Unité, compte tenu des modifications demandées par cette Plenaria réunie en novembre 1973. 

A) L’accueil réservé à ce texte par les catholiques engagés dans le dialogue avec le Judaïsme et surtout par les milieux juifs ouverts à l’idée d’un tel dialogue a été en général très favorable et même chaleureux, en dépit de certaines réserves, prévisibles d’ailleurs, dont les motivations tactiques ne sont généralement pas négligeables.

Voici les principaux points qui ont été relevés avec faveur:

Il y a tout d’abord le fait qu’un document d’application de Nostra Aetate n. 4 ait enfin été publié; cette publication apparaissant comme un signe que le problème du développement de relations religieuses entre catholiques et juifs n’est pas négligé par l’Église.

On a chaleureusement approuvé les allusions aux affrontements millénaires et à un passé déplorable, ainsi qu’au génocide hitlérien; on a surtout beaucoup souligné la condamnation nette de l’antisémitisme et de la discrimination.

La mention des efforts et progrès déjà accomplis dans divers pays a aussi retenu l’attention.

On s’est réjoui que les Orientations invitent les chrétiens à apprendre par quels traits essentiels les Juifs se définissent eux-mêmes, à connaître l’autre tout en le respectant dans une grande ouverture d’esprit et dans une défiance de ses propres préjugés.

On a relevé l’affirmation de la richesse du Judaïsme actuel en valeurs religieuses et de sa continuité avec le passé.

On a souvent apprécié, comme un témoignage de confiance et une preuve que l’Église considère les Juifs comme des partenaires valables, la mention d’une possibilité de prière commune en certaines circonstances, ainsi que l’invitation à une action commune pour la justice et pour la paix.

L’action commune pour la paix et pour la justice sociale a été très largement considérée comme un lieu privilégié des relations futures entre Catholiques et Juifs et la brièveté du chapitre consacré à ce thème dans le Document n’a pas empêché certains de le considérer comme un des passages les plus importants du texte romain.

On a souligné l’importance des directives concernant le souci d’être exact dans les traductions et commentaires de texte scripturaires.

On s’est également réjoui de l’invitation à insérer l’étude du Judaïsme parmi les matières à enseigner dans les établissements catholiques d’enseignement.

Enfin on s’est félicité de l’appel lancé aux diverses autorités catholiques pour qu’elles créent des organismes et nomment des responsables en vue de développer, à leur propre niveau, le dialogue judéo-chrétien. 

B) Il est juste d’ajouter que les réserves de certains se sont transformées en critiques acerbes dans quelques milieux juifs plus intransigeants ou plus engagés. Dans la mesure où ces critiques émanent de groupes israéliens pris dans la politique nationale ou au contraire de personnalités assez en pointe dans la diaspora, ces critiques doivent toujours être interprétées soit en référence à des problèmes de politique intérieure israélienne, soit dans le cadre des tensions constantes et des rivalités qui peuvent opposer entre elles les diverses organisations juives.

Quoi qu’il en soit, on peut résumer ainsi l’ensemble des critiques adressées aux «Orientations et suggestions…»:

a) Ce texte passe sous silence le lien spirituel qui, aux yeux des Juifs, existe entre la religion juive, la notion de «peuple» et la terre d’Israël.

b) Le rappel, dans le document lui-même, du devoir pour l’Église d’annoncer Jésus Christ est un encouragement au prosélytisme et contredit ce qui est dit par ailleurs dans le même document sur le respect de la foi des Juifs.

c) Certaines formules à propos des relations entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament ne sont pas acceptables pour les Juifs.

D’autres remarques ont également été exprimées:

d) La mention de la possibilité d’une prière en commun est inadmissible dans la stricte perspective du Judaïsme Orthodoxe.

e) La position du problème de la responsabilité de la passion et de la mort de Jésus reste celle proposée par le Deuxième Concile du Vatican, elle est donc tout aussi ambiguë et insatisfaisante pour les Juifs.

f) L’existence de l’Etat d’Israël n’est pas mentionnée, même pas comme un fait marquant très profondément le Judaïsme contemporain.

g) En outre, certains passages de ce texte semblent supposer une certaine infériorité du Judaïsme par rapport au Christianisme.

h) Enfin, ce document n’est pas le fruit d’un travail commun, d’un dialogue: c’est un acte unilatéral de l’Église catholique.

C) A ces réserves et critiques, il convient de prêter beaucoup d’attention, elles touchent en effet très souvent à des équivoques et des difficultés qui se situent au coeur du dialogue judéo-chrétien

Voici une brève présentation de certaines réponses possibles: 

1. Élaboré en effet par les autorités de l’Église catholique pour les Catholiques, le document ne cherche aucunement à donner une description du Judaïsme tel que les Juifs l’entendent eux-mêmes. Une telle description dans un document catholique serait très difficile à donner de façon satisfaisante pour tous. De la même façon, il serait sans doute difficile à des Juifs de donner dans un document élaboré par eux une description du catholicisme que nous pourrions juger adéquate.  

2. N’étant pas le fruit d’un dialogue, même si en fait il a bénéficié de relations déjà heureusement engagées ici et là, ce document cherche précisément à créer du côté catholique et pour l’Église tout entière, dans le cadre même de sa foi, les conditions permettant à un dialogue de se développer, si, dans leur propre ligne, nos frères juifs décident d’y correspondre. 

3. Dans cette perspective, l’intention du document est avant tout pratique. Il vise à suggérer et à encourager toutes les attitudes et actions qui, à quelque niveau que ce soit, peuvent favoriser un dialogue et une action commune de Catholiques et de Juifs. En outre, le texte insiste sur la nécessité de faire quelque chose à tous les niveaux: et encourage tout particulièrement les initiatives locales ainsi qu’une coopération en ce domaine avec d’autres chrétiens. C’est cela qui caractérise ce texte qui se présente donc comme une première ébauche, mais de portée mondiale, comme un point de départ proposé à tous, et non comme une limite opposée à des développements: déjà en cours. 

4. L’intention majeure et la portée du document étant ainsi définies, la réponse à la critique h) se trouve donnée par là même.

5. A la critique a), on peut répondre par ce qui est dit ci-dessus en n. 1, mais en précisant que la mention de la place de la terre et du peuple dans la religion juive aurait dans ce document une signification politique puisqu’on n’y trouve évoqué de façon expresse aucun autre élément essentiel de la foi juive, tel que le Sabbat, la circoncision, etc. 

6. La critique d) doit conduire à distinguer soigneusement entre ce que les Juifs désignent le plus souvent par prière, à savoir un acte cultuel et liturgique d’une communauté ou de représentants, et l’écoute de la Parole ou sa méditation silencieuse par plusieurs assemblés, qui sont pour le Catholique une des formes possibles de la prière; d’ailleurs le document dit que cela est possible quand les deux partenaires en sont d’accord. 

7. Pour ce qui est des critiques e), b), c) et g), il doit être clairement admis que le dialogue entre Catholiques et Juifs suppose le respect de la foi juive par les Catholiques, mais aussi par ces mêmes Catholiques la fidélité à toutes les composantes essentielles de leur propre foi. Il est bien évident qu’il ne pourrait y avoir de dialogue si le respect mutuel et la fidélité de part et d’autre n’étaient pas concrètement compatibles. 

 

IV. Réunion du Comité de liaison entre l’Église Catholique et le Judaïsme 

La réunion du Comité de Liaison était la quatrième depuis sa fondation en 1970. Le programme de la rencontre a été dominé par les nouvelles perspectives ouvertes grâce à la création de la Commission et à la publication des «Orientations et suggestions…». L’ensemble du Comité de liaison a eu le sentiment qu’une étape nouvelle dans les relations entre Juifs et Catholiques pouvait bien être ainsi inaugurée.

La mise en route d’une étude commune sur les «droits de l’homme» a été également ressentie comme pouvant être source d’un travail important et enrichissant. 

 

Annexe 1: Communiqué de presse concernant la réunion du Comité de liaison.

 

V. Audience pontificale accordée aux membres du Comité de liaison 

Le climat nouveau créé par les initiatives catholiques et la tenue à Rome de la réunion du Comité de liaison ont connu leur couronnement dans l’audience accordée par le Saint-Père aux membres du Comité de liaison.

C’est dans sa bibliothèque privée que le Pape a reçu le Comité, présenté par le Cardinal Jan Willebrands. Le ton des allocutions officielles, l’attitude des personnalités en présence à l’occasion de ces allocutions, mais plus encore les échanges privés entre le Saint-Père et les divers participants, qui ont suivi les échanges officiels, ont été marqués par une chaleur mutuelle, un caractère de détente, de simplicité et de franchise, qui ont impressionné tous les participants.

Ajoutons enfin que cette audience a bénéficié de la part de L’Osservatore Romano d’une publicité de première classe à laquelle tous ont été très sensibles. 

Annexe 2: Adresse du porte-parole juif du Comité de liaison et Allocution du Saint-Père au Comité de liaison (L’Osservatore Romano du 11 Janvier 1975, an. 115, n. 8).  

 

Conclusion 

En dépit des espoirs que peuvent susciter les événements récents rappelés ci-dessus, il ne faut pas se dissimuler que les relations judéo-chrétiennes sont difficiles par suite de la convergence de divers facteurs.

1. Un premier facteur est actuellement très important à cause de ses incidences affectives mais on peut espérer que cette importance ira en s’atténuant si le dialogue se développe: Les Juifs, pour leur part, ont actuellement encore très présentes à leur mémoire et à leur sensibilité les souffrances qu’ils ont endurées au cours d’un passé ancien ou récent et ils en attribuent la responsabilité principale aux chrétiens car les motivations pseudo-théologiques de l’antisémitisme leur en paraissent la cause principale. Alors que les chrétiens, pour leur propre part, ignorent très largement ces souffrances endurées par les juifs ou en tout cas ne s’y intéressent pas, en même temps que, de bonne foi, ils ne pensent pas que leur Église y ait eu une réelle part de responsabilité. 

2. Un autre facteur de difficultés est peut-être pour l’essentiel fondamental et permanent. Il réside dans les différences radicales qui distinguent le judaïsme du christianisme. Ces différences sont surtout repérables au plan des idées de base autour desquelles s’organisent les deux traditions religieuses telles qu’elles sont actuellement vécues, en dépit de tout ce qu’elles ont pourtant en commun. A ce plan, il faut signaler de façon toute particulière les interprétations divergentes données par le judaïsme et le christianisme précisément de tout ce qui leur est commun.

Ces différences sont également apparentes assez facilement si l’on considère la diversité de structuration interne de chacun de ces deux ensembles humains que constituent le judaïsme d’une part et le catholicisme d’autre part. 

3. Le facteur fondamental et permanent qui vient d’être évoqué se trouve de plus renforcé par une situation actuelle que l’on peut espérer provisoire et que l’on peut décrire globalement comme une situation d’ignorance d’autant plus dommageable qu’elle est inconsciente.

Pour nous en tenir au côté catholique, remarquons qu’en fait c’est en toute bonne foi encore que dans leur quasi-totalité les catholiques s’imaginent connaître le judaïsme contemporain, comprendre ce que font ou disent les juifs, et même parfois savoir ce que les chrétiens devraient dire ou faire pour dialoguer avec les juifs. Leur conviction se fonde sur le fait que, comme catholiques, ils ont des juifs une image constituée essentiellement par ce qu’ils croient lire au sujet des juifs dans le Nouveau Testament et ce que leur enseigne sur le judaïsme l’interprétation chrétienne de l’Ancien Testament. 

Il est difficile pour un catholique de bonne foi de réaliser que: 

a) La lecture que nous faisons aujourd’hui du Nouveau Testament est, à propos des juifs, orientée et colorée par les siècles ultérieurs de mésentente et d’affrontements. 

b) L’interprétation chrétienne de l’Ancien Testament, dans la lumière du Nouveau Testament, est très différente de l’interprétation qu’en donne le judaïsme actuel et d’ailleurs elle est assez éloignée de l’interprétation littérale la plus immédiate.

c) Le judaïsme contemporain est le fruit actuel d’une évolution qui a continué après les débuts de l’ère chrétienne et c’est encore actuellement une conviction présentant une vitalité réelle et originale qui mérite tout autant, et sans doute plus que d’autres, notre respect et notre attention.

Ces difficultés actuelles étant brièvement suggérées, formons le vœu que le Document d’application de Nostra Aetate (n. 4) soit mis en œuvre à tous les niveaux et dans toutes les parties de l’Église, de telle façon que s’estompe le plus rapidement possible le souvenir des affrontements du passé, que les ignorances présentes se dissipent et que, en dépit des divergences fondamentales profondes, un vrai dialogue s’instaure entre Chrétiens et Juifs, qui se proclament tous deux Fils d’Abraham, ainsi d’ailleurs que les Musulmans, mais chaque groupe selon sa propre perspective.

 

* * * 

Annexe I

Communiqué de presse 

La quatrième réunion annuelle du Comité International de Liaison entre l’Église catholique et le Judaïsme mondial s’est tenue à Rome du 7 au 10 janvier 1975.

La réunion fut alternativement présidée par le Rabbin Joseph Lookstein, président de l’«International Jewish Committee for Interreligious Consultations», par le Rabbin Henry Siegman, par le Révérend Edward Flannery et par le Père Bernard Dupuy, O.P.

Les récents développements dans l’ordre des relations judéo-chrétiennes ont été pris en considération. La création d’une Commission pour les relations religieuses avec le Judaïsme et la publication des observations et suggestions pour l’application de Nostra Aetate (n. 4) ont été appréciées comme des démarches encourageantes pour appliquer concrètement la Déclaration conciliaire sur les relations entre l’Église catholique et le Judaïsme en divers domaines essentiels. Le document forme un cadre pour le développement des relations judéo-chrétiennes dans un esprit de respect mutuel, et implique une juste acceptation des différences fondamentales. Il ouvre de nouvelles perspectives pour la clarification ultérieure de problèmes importants et qui sont parfois l’objet de controverses.

La délégation juive a apprécié plusieurs points des «Orientations» en particulier la condamnation de l’antisémitisme, la reconnaissance de la permanence d’un développement de l’histoire et de la tradition religieuse du Judaïsme même après les débuts du christianisme, l’encouragement à une étude du Judaïsme dans les programmes de l’enseignement catholique et l’appel en faveur d’une action sociale commune.

La partie juive a soulevé quelques questions à propos de divers points des «Orientations…» y compris l’absence de toute référence à la signification essentielle du «peuple» et de la «terre» dans la foi juive. Ont été également mises en question l’affirmation des «Orientations…» sur l’obligation pour les catholiques de témoigner de leur foi au sein même du dialogue, et les suggestions concernant la prière en commun.

La délégation catholique a clairement montré que, ni le document pris globalement, ni aucune de ses parties, ne devait pouvoir être compris comme une tentative de prosélytisme du peuple juif.

De plus, la délégation catholique a déclaré que le document ne recommande pas de façon générale la prière en commun, il se borne à faire allusion aux cas où les deux parties l’accepteraient.

Au cours de la réunion, on a aussi discuté de la notion des droits de l’homme dans la tradition chrétienne et dans la tradition juive, avec la participation de membres de la Commission pontificale Justice et Paix. On décida de continuer cette étude et de prévoir dans l’avenir une coopération concrète dans le domaine des droits de l’homme.

Vers la fin de la réunion, il y eut un échange d’informations sur tout un ensemble de questions intéressant les deux parties, sur le programme pour l’avenir et sur l’efficacité des méthodes de travail du Comité de Liaison.

Sa Sainteté le Pape Paul VI reçut en audience les membres du Comité de Liaison, le vendredi 10 janvier, en présence du Cardinal Jean Willebrands, Président de la Commission pour les relations religieuses avec le Judaïsme. 

Les participants à cette réunion étaient: 

 

Du côté catholique 

Membres du Comité de liaison: 

S. E. Mgr. Roger Etchegaray, archevêque de Marseille, France;

S. E. Mgr. Francis F. Mugavero, évêque de Brooklyn, N.Y. USA;

Mgr. Charles Moeller, vice-président de la Commission pour les relations religieuses avec le Judaïsme, Rome;

P. Pierre-M. de Contenson, O.P. secrétaire de la Commission pour les relations religieuses avec le Judaïsme, Rome;

P. Bernard Dupuy, O.P., secrétaire du Comité épiscopal français pour les relations avec le Judaïsme, Paris.

 

Experts: 

Mgr. Andrea di Montezemolo, pro-secrétaire de la Commission pontificale Justice et Paix;

Mgr. Bernard Lalande, expert de «Justice et Paix»; P. Romano Rossi, expert de «Justice et Paix».

P. Edward Flannery, secrétaire du «Secretariat for Catholic-Jewish relations of the National Conference of Catholic Bishops in the USA», Washington D.C.;

Prof. Cornelius Rijk, directeur de SIDIC (Service International de Documentation Judéo-Chrétienne), Rome.

 

Du côté juif 

Membres du Comité de liaison: 

Rabbi Joseph Lookstein, président de l’«International Jewish Committee on Interreligious Consultations» (IJCIC) et vice-président du «Synagogue Council of America» New York, USA.

Dr. Joseph L. Lichten, consulteur de la «Anti- Defamation League of B’nai B’rith» Rome;

Dr. Gerhart Riegner, secrétaire général du Congrès juif mondial, Genève, Suisse;

Rabbi Henri Siegman, vice-président exécutif du «Synagogue Council of America», New York, USA;

Rabbi Marc Tanenbaum, directeur national de «Interreligious Affairs of the American Jewish Committee», New York, USA;

Prof. Shemaryahu Talmon, président du «Jewish Council for Interreligious Relations in Israel», Jérusalem.

 

Suppléants et experts: 

Dr. Fritz Becker, représentant permanent à Rome du Congrès juif mondial;

Dr. Ernst Ludwig Ehrlich, directeur pour l’Europe de «B’nai B’rith», Bâle, Suisse,

Prof. Louis Henkin, de «Columbia University Law School», New York, USA;

Dr. Zachariah Schuster, consulteur de l’«American Jewish Committee», Paris, France. 

 

* * *  

Annexe 2 

Adresse du porte-parole juif (Dr. Gerhart Riegner)
du Comité de liaison

 

Sainteté, 

Le Comité Juif International pour les Relations Interconfessionnelles est profondément heureux de bénéficier de la présente audience.

C’est là une occasion importante qui nous est offerte. Les relations entre l’Église catholique et le peuple juif ont connu bien des périodes malheureuses. La présente réunion, nous l’espérons, débute une nouvelle étape de nos relations.

A notre époque, le peuple juif a subi la plus grande tragédie de son histoire: l’annihilation d’une très grande partie des juifs européens. A notre époque également, le peuple juif a vu la renaissance de l’Etat d’Israël.

La création par Votre Sainteté d’une Commission pour les Relations Religieuses avec le Judaïsme et les «Observations et suggestions pour l’application de la Déclaration conciliaire “Nostra Aetate” (n. 4)» encourageront une meilleure compréhension et amélioreront les relations entre Catholiques et Juifs, dans un esprit de respect mutuel et d’acceptation de nos différences fondamentales.

Nous accueillons avec faveur la condamnation de l’antisémitisme au moment où cette vieille haine est de nouveau propagée par des ennemis du peuple juif.

Nous sommes heureux de l’invitation lancée aux chrétiens de chercher à apprendre «par quels traits essentiels les juifs se définissent eux-mêmes dans leur réalité religieuse vécue». Nous espérons que cet effort conduira à une appréciation plus large de la place essentielle que peuple et terre tiennent dans la foi juive. Nous apprécions chaleureusement la reconnaissance, faite par Votre Sainteté dans son récent discours au Sacré Collège, de la place de Jérusalem dans la nostalgie et l’amour aussi du peuple juif.

Nous recevons favorablement l’invitation à une action sociale en commun. Le combat pour la justice et la paix universelles est un impératif fondamental du Judaïsme. Nous désirons vivement travailler avec les chrétiens pour la justice sociale et la paix au service de tous et partout. Une telle collaboration peut également beaucoup contribuer à développer la compréhension mutuelle et l’estime réciproque.

Nous exprimons notre profond et chaleureux respect à Votre Sainteté mais aussi à tous les catholiques du monde entier.

Que Celui qui a établi la paix dans son ciel l’accorde également à toute l’humanité.

            

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