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Déclaration
Comité International de Liaison Catholiques-Juifs
La 14e rencontre du Comité de Liaison (ILC), la première qui ait eu lieu en
Amérique, a été jugée « importante » par les chrétiens comme par les juifs, ces
derniers étant nettement plus nombreux qu'a la rencontre précédente, à Prague (c
.f. SIDIC vol. XXIII n °3 - 1990, p. 26-281. Elle a permis l'approfondissement
de sujets déjà abordés lors de la rencontre de Prague, les 3-6 sept. 1990,
centrés avant tout sur les relations entre juifs et chrétiens (antisémitisme,
nécessité de la « teshuva », éducation), mais aussi une réflexion qui, ces bases
une fois établies, s'attache davantage au travail que juifs et chrétiens peuvent
faire ensemble, à la collaboration nécessaire pour aborder les grands problèmes
du monde actuel, aussi bien nationaux qu'internationaux.
A noter aussi:
— la décision adoptée de créer un Comité restreint, se réunissant 2 ou 3 fois
par an, pour assurer la continuité et l'efficacité du travail du ILC;
— le souhait exprimé par le Cardinal Bernardin que les Archives du Vatican
concernant la He Guerre Mondiale et l'Holocauste soient ouvertes à certains
chercheurs;
— la signature par les membres catholiques (de la Commission nommée par le St
Siège) d'un texte évoquant l'importance de relations diplomatiques entre le
Vatican et l'Etat d'Israël pour l'avenir des relations judéo-chrétiennes.
Déclaration commune du Comité international de liaison entre catholiques et
juifs (représentant la Commission du St. Siège pour les relations religieuses
avec les juifs) et le Comité juif international pour les consultations
interreligieuses: American Jewish Committee, B'nai B'rith/AntiDefamation League,
Israel Jewish Committee for Interreligious Relations, Synagogue Council of
America, World Jewish Congress.
Se rencontrant pour la première fois dans l'Hémisphère occidental, des
représentants du IJCIC et de la Commission du St Siège se sont retrouvés à
Baltimore (U.S.A.) du 4 au 7 mai 1992. C'était la I4e rencontre du Comité international de liaison entre juifs et
catholiques. Les deux présidents du Comité international de liaison (ILC) sont Mr Edgar Bron
man, président du Congrès juif mondial et le Cardinal Edward Cassidy, du Saint
Siège. La liste des participants est donnée en annexe (1). Le groupe a été
accueilli à « St Mary's Seminary and University » par Mgr William H. Keeler,
archevêque de Baltimore.
Sous le Signe de la Teshuva
Cette rencontre a poursuivi la ligne des profitables échanges de la dernière
session, qui s'est tenue à Prague du 3 au 6 sept. 1990 et qui à la fois «
condamnait l'antisémitisme ainsi que toute autre forme de racisme en tant que
péché contre Dieu et contre l'humanité, et affirmait que nous (catholiques) ne
pouvions être authentiquement chrétiens et approuver l'antisémitisme ».
Poursuivant ce thème, avant que ne débutent les échanges proprement dits, les
délégations catholiques et juives ont été accuellies dans les locaux du U.S.
Holocaust Memorial Museum à Washington D.C., et ont reçu des informations
détaillées sur cette institution qui arrive presque à son achèvement dans la
capitale du pays.
L'ouverture officielle de la rencontre eut lieu au cours d'une session publique,
à St. Mary's, avec le discours de bienvenue de l'archevêque de Baltimore, Mgr
William Keeler, qui mit en relief la tradition du pluralisme religieux dans les
Amériques, et celle de la liberté religieuse, particulièrement dans l'Etat de
Maryland, qui a justement été créé dans ce dessein. Les déclarations initiales,
celles de Mr Bronfman et du Cardinal Cassidy, ont toutes deux souligné le fait
que cette rencontre devait être considéréé comme une continuation et un
approfondissement de la rencontre historique du ILC à Prague en septembre 1990. Depuis Prague, les délégués ont reconnu à la fois les progrès réalisés, les
nouvelles possibilités offertes et de nouveaux défis à relever.
Se souvenant que 1992 marque le sooe anniversaire de l'expulsion des juifs
d'Espagne (expulsion qui a touché les musulmans aussi), les délégués ont bien
accueilli l'acte par lequel le Cardinal Cassidy reconnaissait que la teshuva
(repentance) était, pour l'Église catholique, la réponse qui convenait à cet
acte tragique d'intolérance. Le Cardinal reprit à son compte les paroles de
repentance exprimées par l'archevêque de Tolède et Primat d'Espagne, devant une
délégation de la Conférence centrale des Rabbins américains, le 26 mars 1992:
« 1492 a été un temps de persécutions, de rejet, d'expulsion, de spoliation, de
conversion forcée, d'exil et même de mort... 1492, et bien d'autres dates,
postérieures ou antérieures, ont créé une scission entre nos deux peuples. Un
mur a été élevé, en un certain sens plus fort et plus impénétrable que le Rideau
de fer, taillé en pièces il y a si peu de temps... 1992 devrait être une année
de teshuva... mais aussi, en même temps, une année de joie. La teshuva, en fait,
ne détruit pas mais libère, grâce à la miséricorde de Dieu et à la disponibilité
de nos frères à la réconciliation ».
De particulière importance a été, depuis la rencontre de Prague, la déclaration
unanime des évêques de Pologne sur les relations entre catholiques et juifs, qui
a été lue en chaire à chacune des Messes, dans toutes les paroisses de Pologne,
le 20 janvier 1991; particulièrement importantes ont été aussi, dans la période
qui a suivi la rencontre de Prague, les visites du Pape Jean Paul II en Hongrie,
en Pologne et dans les Républiques fédérées tchèques et slovaques, ses
rencontres avec les communautés juives et les déclarations significatives faites
à ces occasions, ainsi que sa confirmationpublique de la déclaration de Prague
et les réflexions faites à son sujet, comme par exemple à Rome à l'occasion du
25e Anniversaire de Nostra Aetate. Ces déclarations du Pape ont mis en lumière
l'importance de l'Agrément de Prague, comme l'a mis aussi en lumière le fait que
le Synode historique des évêques européens ait repris ce thème des travaux du
ILC et qu'il ait consacré une importante section de sa déclaration finale à ce
sujet.
Les délégués à la Conférence ont reçu un rapport très positif de la visite de la
délégation du ILC en Pologne, Hongrie et dans les Républiques fédérées tchèque
et slovaque en février 1992. Au cours de sa visite à Auschwitz, la délégation a
constaté les progrès concrets réalisés dans la construction du nouveau couvent
et du Centre d'études, et elle a reçu l'assurance de la part des autorités
locales que tous les efforts seront honnêtement faits pour achever le couvent
avant la fin de cette année, et arriver à ce que soit résolue de manière
satisfaisante pour les deux parties cette pénible question. La délégation a joui
de toute l'hospitalité et la coopération possibles de la part des autorités
catholiques et juives dans tous les pays visités, repartant avec l'impression
que l'Agrément de Prague commençait à porter des fruits. Les discussions de la
le rencontre du ILC ont cependant dû aussi faire face à de nouveaux défis, tels
que les nouvelles manifestations d'antisémitisme qui se succèdent en Europe et
la nécessité de créer un climat qui permette de faire face ensemble aux divers
problèmes.
Nécessité d'une plus grande coopération
Ces nouveaux défis mettent en évidence la nécessité urgente d'intensifier notre
coopération. C'est de cette manière que, spécialement dans le domaine de
l'éducation et de la formation (préparation des futurs enseignants et
responsables de nos communautés religieuses), nous pourrons contrecarrer les
nouvelles manifestations d'antisémitisme ou de racisme de tous genres, telles
que nous les voyons apparaître dans toute l'Europe de l'Ouest, et de l'Est
particulièrement. Nous voyons la nécessité de travailler ensemble pour soutenir
les droits de toutes les minorités et pour lutter contre l'exploitation sexuelle
et économique des femmes et des enfants. Afin d'établir une telle atmosphère de
coopération, le rôle de notre Comité de direction doit être renforcé et devenir
un instrument plus effectif pour répondre à des « challenges » très divers et,
si possible, les anticiper. C'est pourquoi le Comité de direction va dorénavant
se réunir au moins deux fois par an.
Ces efforts conjoints doivent être associés, dans la poursuite du travail, à
davantage de collaboration avec les organisations internationales existantes,
telles que les Nations-Unies au niveau mondial et l'Organisation des Etats
américains et européens, et d'autres institutions européennes et
intergouvernementales au niveau régional, ainsi que certaines organisations
non-gouvernementales en général. Il est particulièrement urgent de nous engager
ensemble pour les principes démocratiques et contre les mouvements nationalistes
extrémistes qui menacent la démocratie: cela, comme l'a fait remarquer la partie
catholique, a été l'un des thèmes et des soucis majeurs du récent Synode spécial
des évêques européens.
Suggestions
Le ILC a marqué, durant la rencontre de Baltimore, le 50e anniversaire du début
des déportations massives de juifs vers les camps de la mort, lors de la Seconde
guerre mondiale. Approfondissant la réflexion sur la Shoa amorcée à Prague, le
Rd. P. Bernard Dupuy, 0.P., de Paris, a exposé une réflexion chrétienne profonde
sur la Shoa et sur la tâche sacrée de tikkun olam (« réparation du monde ») qui
nous incombe, après cette horreur unique (2). Ces réflexions, ainsi que les
réponses également émouvantes qui y ont été faites, font partie du processus de
dialogue qui permettra à la Commission du Saint Siège d'élaborer une déclaration
sur la Shoa et l'antisémitisme adressée à l'Église catholique dans son ensemble.
Dans son importante allocution au groupe des délégués, au cours de la séance
publique, le Cardinal Joseph Bernardin, de Chicago, a décrit l'histoire
particulière des relations entre catholiques et juifs aux Etats-Unis, au cours
de laquelle juifs et catholiques ont lutté coude à coude contre la
discrimination au sein de leurs propres communautés, puis contre la
discrimination envers les Américains africains lors des mouvements pour les
droits civils. Dans sa conclusion, il indiquait quelques sujets importants pour
l'agenda social du ILC et pour le dialogue catholico-juif au niveau local. L'un
de ces sujets, même s'il doit être examiné plus à fond par les autorités
compétentes du Saint Siège, doit être mentionné dans cet esprit de simplicité et
de franchise qui a caractérisé la rencontre elle-même. Le Cardinal Bernardin a
suggéré que les Archives du Vatican relatives à la période de la He Guerre
Mondiale et de l'Holocauste, ainsi qu'à ses répercusions immédiates, soient
ouvertes à des chercheurs sérieux dont les candidatures seraient étudiées cas
par cas, ce qui représenterait une exception à la procédure normale.
Les diverses contributions
Dr. Joseph Burg, d'Israël, a parlé de façon éloquente de la nature d'un
pluralisme religieux atteignant « par delà la tolérance» à l'égalité, et de la
nécessité de reconnaître la valeur d'un tel pluralisme. Mardi 5 mai, la
rencontre commença par la lecture d'un psaume et le rappel dans la prière, par
Mgr Pier Francesco Fumagalli, de plusieurs de nos membres ou amis morts depuis
la rencontre de Prague. Ce sont: le Dr. Desider Galsky, président du Conseil des
communautés juives de Bohême et Moravie; Mgr Pietro Rossano, évêque auxiliaire
de Rome; Mgr Francis Mugavero, évêque de Brooklyn; Mme Caroline Feldman, épouse
du Dr Leon Feldman; Mgr Gerald Mahon, évêque auxiliaire de Westminster; et Mr
Fritz Becker, répresentant du Congrès juif mondial à Rome. Que leur mémoire soit
en bénédiction et qu'elle nous inspire, tandis que nous continuons le travail!
Cette session a été marquée par une série de rapports qui ont été faits sur
l'état des relations entre chrétiens et juifs en différents pays ou régions. Le
professeur Israël Gultman, d'Israël, Mr Jerzy Turowicz (3) et Mgr Stanislaw
Jadecki, de Pologne, ont fait des exposés sur les développements historiques et
contemporains en Pologne (le texte de Mr Turowicz a été lu « in absentia » par
Fr. William Martyn, S.A., de New York). Mr Jean Kahn, président du Congrès juif
européen, a fait un rapport sur la montée de l'intolérance, de la xénophobie et
de l'antisémitisme sous diverses formes en Europe de l'Ouest. Rabbi Henry Sobel,
de Sâo Paolo (Brésil), a exprimé l'opinion que, malgré la récente attaque à
l'ambassade d'Israël à Buenos Aires, l'antisémitisme ne semble pas être
actuellement institutionalisé ni politiquement viable en Amérique Latine, mais
qu'il est plutôt sporadique et isolé. Les livres scolaires et programmes des
séminaires, les déclarations des évêques sur les jeux de la Passion, les
émissions même de la TV aident à populariser le dialogue en Amérique Latine.
La session de l'après-midi permit plusieurs présentations qui furent à la fois
une provocation et une interpellation: sur les possibilités d'une action sociale
commune, par Mgr George G. Higgins de Washington, et sur les droits de l'homme
par le Dr Gerhart Riegner de Genève. Suivirent les interventions: — sur les
problèmes de l'environnement, de Mgr Diarmuid Martin, du Conseil pontifical «
Justice et Paix », — sur une équitable distribution des ressources pour les
soins médicaux, de Rabbi A. James Rudin de New York — et sur d'autres questions
d'éthique sociale, de Rabbi David Rosen et du Dr Geoffrey Wigoder, d'Israël.
L'après midi du 5 mai a été marquée par la réception qui eut lieu à St Mary's
Seminary and University. L'accueil des invités et des membres du ILC était
assuré par Mgr Keeler (leur hôte) et par le maire de Baltimore, Kurt Schmoke. Mr
Bronfman et le Cardinal Cassidy, en tant que coprésidents, prononcèrent quelques
mots de reconnaissance, ainsi que Rabbi Jerome Davidson, président du Synagogue
Council of America.
Les sessions du mercredi, sur l'éducation et, plus spécifiquement, sur la
manière dont on apprend à se connaître mutuellement dans les livres et
programmes d'éducation, ont été présidées par Rabbi Mordecai Waxman et le Dr
Eugene J. Fisher. Le Rd.P. Remi Hoeckman, 0.P., parlant au nom de la
Congrégation du Saint Siège pour l'Education Catholique, soutint fortement le
projet de programmes visant à éliminer l'antijudaisme dans l'éducation des
chrétiens. Mme Judith Banki, de l'American Jewish Committee, et Rabbi Leon
Klenicki, de l'Anti-Defamation League of B'nai B'rith, firent une présentation
de « l'enseignement du mépris » classique dans l'enseignement et dans les
homélies catholiques, des progrès substantiels faits ces dernières années et des
difficultés irrésolues qui demeurent. Le même après-midi, en lien avec
l'assemblée plénière, un certain nombre de recteurs, doyens et représentants
d'institutions catholiques et juives d'études supérieures se réunirent pour
chercher les moyens de promouvoir une compréhension plus profonde entre
catholiques et juifs au niveau académique.
Dans la soirée du 6 mai, le groupe était reçu pour la prière et le dîner par
Rabbi Joel Zaiman, ancien président du Synagogue Council of America, auprès de
la Congrégation Hizuk Amuno.
Conclusions
Pour conclure, le ILC demande que les Conférences nationales des évêques et les
Communautés juives correspondantes trouvent chaque année l'occasion d'une
réflexion commune sur les buts et les possibilités de dialogue et de coopération
entre juifs et catholiques. Le 1LC promet son aide soit pour se procurer, soit
pour recommander des documents d'étude appropriés pour ces réflexions annuelles.
Dans le contexte du jour où les juifs célèbrent le Yom Ha Atzmaut (le jour de
l'indépendance d'Israël, le 7 mai), tout en reconnaissant que la question des
relations diplomatiques entre l'Etat d'Israël et le Saint Siège relève d'abord
et avant tout de la compétence du gouvernement de l'Etat d'Israël et de la
Secrétairerie d'Etat du Vatican, les participants à la conférence, conscients de
l'importance de cette question aussi pour les relations judéocatholiques en
général, exprimentl'espoir que des progrès significatifs puissent bientôt se
réaliser à cet égard.
Les membres du ILC sont unanimes dans l'espérance que cette rencontre, qui a
ouvert des voies nouvelles en tant de domaines et s'est trouvée affrontée à de
nouveaux défis, aura pu contribuer à sa manière à l'instauration d'un monde
nouveau: un monde où les problèmes qui ont obscurci le passé seront considérés
comme anormaux et non pas normaux, où les différences seront abordées dans un
dialogue tranquille et constructif, et non plus sous le choc d'accusations
pénibles, où il y aura toujours davantage de motifs d'espérer, malgré le mal qui
menace nos traditions religieuses antiques.
1) Nous n'avons pu joindre cette liste ici, faute de place.
2) et 3) Les exposés du P. Bernard Dupuy et de M. Jerzy Turowicz ont été publiés
dans la DC du 21.6.1992, N. 2052, pp. 386-394
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