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CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE L'UNITÉ DES CHRÉTIENS

 

IMPORTANT

Ceci est la version internationale de la Semaine de prière
pour l’année 2013

Pour vous procurer la version spécialement adaptée à votre situation locale, veuillez contacter la Conférence épiscopale de votre pays
ou le Synode de votre Église

Traduction de l’original anglais réalisée
par la Conférence des Évêques de France en collaboration
avec le Conseil pontifical pour la promotion
de l’unité des chrétiens

 

Textes pour
la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

et pour toute l’année 2013

Que nous demande le Seigneur ?
(cf. Mi 6,6-8)

Conjointement préparés et publiés par
le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens
la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Eglises

 

À TOUS CEUX QUI ORGANISENT
LA SEMAINE DE PRIÈRE POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS

Rechercher l’unité tout au long de l’année

Dans l’hémisphère nord, la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens est célébrée du 18 au 25 janvier. Ces dates furent proposées en 1908 par Paul Wattson de manière à couvrir la période entre la fête de saint Pierre et celle de saint Paul. Ce choix a donc une signification symbolique. Dans l'hémisphère Sud, où le mois de janvier est une période de vacances d'été, on préfère adopter une autre date, par exemple aux environs de la Pentecôte (ce qui fut suggéré par le mouvement Foi et Constitution en 1926) qui représente aussi une autre date symbolique pour l’unité de l’Église.

En gardant cette flexibilité à l’esprit, nous vous encourageons à considérer ces textes comme une invitation à trouver d'autres occasions, au cours de l'année, pour exprimer le degré de communion que les Églises ont déjà atteint et pour prier ensemble en vue de parvenir à la pleine unité voulue par le Christ.

Adapter les textes

Ces textes sont proposés étant bien entendu que, chaque fois que cela sera possible, on essayera de les adapter aux réalités des différents lieux et pays. Ce faisant, on devra tenir compte des pratiques liturgiques et dévotionnelles locales ainsi que du contexte socioculturel. Une telle adaptation devrait normalement être le fruit d’une collaboration œcuménique. Dans plusieurs pays, des structures œcuméniques sont déjà en place et elles permettent ce genre de collaboration. Nous espérons que la nécessité d'adapter la Semaine de prière à la réalité locale puisse encourager la création de ces mêmes structures là où elles n'existent pas encore.

Utiliser les textes de la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens

· Pour les Églises et les Communautés chrétiennes qui célèbrent ensemble la Semaine de prière au cours d'une seule cérémonie, ce livret propose un modèle de Célébration œcuménique de la Parole de Dieu.

· Les Églises et Communautés chrétiennes peuvent également se servir pour leurs célébrations des prières ou des autres textes de la Célébration œcuménique de la Parole de Dieu, des textes proposés pour les Huit Jours et du choix de prières en appendice de cette brochure.

· Les Églises et Communautés chrétiennes qui célèbrent la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens chaque jour de la semaine, peuvent trouver des suggestions dans les textes proposés pour les Huit Jours.

· Les personnes désirant entreprendre des études bibliques sur le thème de la Semaine de prière peuvent également se baser sur les textes et les réflexions bibliques proposés pour les Huit Jours. Les commentaires de chaque jour peuvent se conclure par une prière d'intercession.

· Pour les personnes qui souhaitent prier en privé, les textes contenus dans cette brochure peuvent alimenter leurs prières et leur rappeler aussi qu'elles sont en communion avec tous ceux qui prient à travers le monde pour une plus grande unité visible de l’Église du Christ.

 

TEXTE BIBLIQUE pour 2013 [1]

(Michée 6,6-8)

Avec quoi me présenter devant le Seigneur, m’incliner devant le Dieu de là-haut ? Me présenterai-je devant lui avec des holocaustes ? Avec des veaux d’un an ? Le Seigneur voudra-t-il des milliers de béliers ? des quantités de torrents d’huile ? Donnerai-je mon premier-né pour prix de ma révolte ? Et l’enfant de ma chair pour mon propre péché ? On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur exige de toi : Rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu.

La Bible – Traduction œcuménique – TOB

 

INTRODUCTION AU THÈME DE L’ANNÉE 2013

Que nous demande le Seigneur ?
(cf. Mi 6,6-8)

À l’occasion de son centenaire, le Mouvement des Étudiants chrétiens de l’Inde (SCMI) a été invité à préparer le matériel de la Semaine de prière pour l’unité 2013, et a associé la Fédération universitaire catholique indienne et le Conseil national des Églises en Inde à cette préparation. Au cours de cette étape préparatoire, la réflexion sur la signification de la Semaine de prière pour l’unité a fait apparaître qu’en un contexte de graves injustices envers les Dalits, tant dans la société indienne que dans l’Église, il ne fallait pas dissocier la recherche de l’unité visible du démantèlement du système des castes et de la valorisation de la contribution des plus pauvres des pauvres à l’unité.

Dans le contexte indien, les Dalits constituent des communautés estimées « hors-castes ». Ce sont les populations les plus touchées par le système des castes, qui est une forme rigide de stratification sociale basée sur des notions de pureté et d’impureté rituelles. Dans ce système, chaque caste est estimée ou « plus haute » ou « plus basse ». Les communautés dalites sont considérées comme celles qui sont le plus impures et qui rendent impur ; on les situe donc en-dehors du système des castes, et on les qualifiait même autrefois d’« intouchables ». Il résulte donc de ce système que les Dalits sont marginalisés socialement, sous-représentés politiquement, exploités économiquement et asservis culturellement. Or, près de 80% des chrétiens indiens sont d’origine dalite.

En dépit de progrès fantastiques survenus au XXe siècle, les Églises de l’Inde ont conservé les divisions doctrinales héritées d’Europe et d’ailleurs. La désunion des chrétiens indiens, à l’intérieur même des Églises et entre elles, est encore accentuée par le système des castes. Celui-ci, tout comme l’apartheid, le racisme ou le nationalisme, représente un gros défi pour l’unité des chrétiens en Inde, et par conséquent pour le témoignage éthique et ecclésial de l’Église, en tant qu’unique Corps du Christ. La question des castes, en ce qu’elle divise l’Église, est donc une question doctrinale aiguë. C’est dans ce contexte que, cette année, la Semaine de Prière pour l’unité chrétienne nous invite à approfondir le texte biblique bien connu de Michée 6,6-8, en se concentrant sur la question « qu’attend de nous le Seigneur » qui en fait le thème principal. L’expérience dalite sert donc de creuset pour permettre l’émergence de réflexions théologiques à partir du thème biblique.

Michée faisait partie des douze petits prophètes de l’Ancien Testament qui ont prophétisé en Juda entre environ 737 et 690 avant J.C. Il était originaire de Morèsheth, au sud-ouest de Jérusalem, et a prophétisé sous les règnes de Yotam, Akhaz et Ezékias, de Juda (Michée 1,1). Il a vécu dans les mêmes conditions politiques, économiques, morales et religieuses que son contemporain Isaïe et fut témoin, avec lui, de la destruction de Samarie et de l’invasion du Royaume du Sud par le roi d’Assyrie, en 701 avant J.C. Le chagrin avec lequel il pleure le sort de son peuple imprègne la tonalité de son livre, et sa colère vise les responsables (2,1-5) et les prêtres qui ont trahi ce peuple.

Le livre de Michée appartient à la tradition littéraire de la Prophétie. Ce qui est au cœur de son message est l’oracle du jugement. L’ouvrage se divise en trois parties, nous faisant passer du jugement en général (ch. 1-3) à la proclamation du salut (ch. 4-5), puis au jugement au sens strict et à la célébration du salut (ch. 6-7). Dans la première partie, Michée critique sévèrement ceux qui détiennent l’autorité, tant politique que religieuse, parce qu’ils abusent de leur pouvoir et volent les pauvres. Ils « arrachent la peau de dessus les gens » (3,2) et « jugent pour un pot de vin » (3,11). En deuxième partie du livre, Michée exhorte le peuple à se mettre en pèlerinage vers « la Montagne du Seigneur… Il nous montrera ses chemins, et nous marcherons sur ses routes » (4,2). Dans la troisième partie, il est révélé que le jugement de Dieu s’accompagne d’un appel à attendre le salut dans l’espérance et avec foi dans le Dieu qui « ôte le péché et passe sur les révoltes » (7,18). Cette espérance s’oriente résolument vers le Messie qui sera « la paix » (5,4) et viendra de Bethléem (5,1) pour apporter le salut « jusqu’aux confins de la terre » (5,3). Michée appelle en définitive toutes les nations du monde à s’unir à ce pèlerinage, pour avoir part à la justice et à la paix qui sont leur salut.

Le vibrant appel de Michée à la justice et à la paix se concentre dans les chapitres 6,1 – 7,7, dont un extrait constitue le thème de la Semaine de Prière pour l’unité des chrétiens de cette année. Michée situe la justice et la paix dans l’histoire des relations entre Dieu et l’humanité, mais insiste pour affirmer que cette histoire a un besoin absolu de référence éthique claire. Comme d’autres prophètes de la fin de la monarchie israélienne, Michée rappelle au peuple que Dieu l’a sauvé de l’esclavage de l’Égypte et l’a appelé, à travers l’alliance, à vivre dans une société édifiée sur la dignité, l’égalité et la justice. De ce fait, on ne peut séparer la vraie foi en Dieu de la sainteté personnelle et de la quête de justice sociale. Plutôt que de s’en tenir à des cultes, oblations et holocaustes (6,7), le salut que Dieu apporte sur l’esclavage et l’humiliation quotidienne exige plutôt de notre part de « respecter le droit, aimer la fidélité et [nous] appliquer à marcher avec [notre] Dieu » (cf. 6,8).

Sur bien des plans, on peut comparer la situation que le peuple de Dieu a connue au temps de Michée à celle de la communauté dalite en Inde d’aujourd’hui. Les Dalits sont eux aussi victimes d’oppression et d’injustice de la part de ceux qui ne leur reconnaissent ni droit, ni dignité. Michée comparait ceux qui exploitent les pauvres par cupidité à ceux qui « mangent la chair de mon peuple… » (3,3). En rejetant des rituels et des sacrifices appauvris par le désintérêt pour la justice, Michée exprime ce que Dieu voudrait : une justice qui se situe au cœur de notre religion et de ses rituels. Son message est prophétique en un contexte où les discriminations envers les Dalits sont légitimées à partir de critères religieux et de notions de pureté ou d’impureté rituelles. La foi trouve ou perd son sens selon le rapport qu’elle entretient avec la justice. Dans la situation dalite actuelle, l’insistance de Michée sur l’aspect moral de notre foi nous invite à nous demander ce que Dieu attend vraiment de nous : nous en tenir à des sacrifices, ou marcher avec Lui dans la justice et la paix ?

Le chemin à suivre par le disciple du Christ implique nécessairement qu’il marche sur la voie de la justice, de la miséricorde et de l’humilité. La métaphore de la « marche » a été choisie comme lien entre les huit journées de prière parce qu’en désignant une activité vivante, intentionnelle et permanente, elle est porteuse du dynamisme qui caractérise le disciple chrétien. De plus, le thème de la 10e assemblée du Conseil œcuménique des Églises qui se tiendra à Busan, en Corée, en 2013 – « Dieu de vie, conduis-nous vers la justice et la paix » – consonne avec l’image du Dieu-Trinité qui accompagne l’humanité et chemine dans l’histoire humaine en invitant tous les peuples à s’associer à sa propre marche.

Les huit sous-thèmes de la semaine qui évoquent divers types de marches nous permettent d’approfondir différentes manières pour le vrai disciple chrétien de marcher sur la route de la justice où se trouve la vie (Prov 12,28a).

1er jour : marcher en conversant. Nous réfléchissons à l’importance des pratiques du dialogue et de l’échange, en ce qu’ils permettent de surmonter les obstacles. Les aptitudes à la parole et à l’écoute sont reconnues comme essentielles, tant en œcuménisme que dans les luttes pour la libération des peuples de la terre. Cette authentique conversation peut nous permettre de mieux reconnaître le Christ.

2e jour : marcher avec le corps brisé du Christ. En reconnaissant la solidarité qui unit le Christ crucifié et les « peuples brisés » de la terre, comme les Dalits, nous cherchons nous-mêmes, comme chrétiens, à partager cette solidarité plus profondément. Ceci dévoile, en particulier, la relation entre eucharistie et justice, et invite les chrétiens à découvrir les modalités pratiques d’une vie eucharistique dans le monde.

3e jour : marcher vers la liberté. Nous sommes aujourd’hui invités à célébrer les efforts de toutes les communautés opprimées à travers le monde qui, comme les Indiens dalits, protestent contre tout ce qui asservit les êtres humains. Nous-mêmes, chrétiens engagés vers une plus grande unité, apprenons que l’élimination de tout ce qui sépare les êtres humains entre eux, est fondamentale pour parvenir à la plénitude de la vie, à la liberté dans l’Esprit.

4e jour : marcher en enfants de la terre. La prise de conscience de notre place dans la création de Dieu nous rapproche entre nous, car elle nous fait percevoir que nous dépendons aussi bien les uns des autres que de la terre. En tenant compte de l’urgence à prendre soin de l’environnement, et à parvenir à un vrai partage et à une justice vis-à-vis des biens de la terre, les chrétiens sont appelés à se comporter en témoins actifs, dans l’esprit de l’année jubilaire.

5e jour : marcher en amis de Jésus. Notre réflexion d’aujourd’hui porte sur les images bibliques de l’amitié et de l’amour humains, en ce qu’ils sont des modèles de l’amour de Dieu pour tout être humain. Si nous nous considérons comme les amis bien-aimés de Dieu, cela comporte des conséquences pour les relations au sein de la communauté de Jésus. Il ne peut y avoir de barrières d’exclusion dans l’Église, puisque c’est une communauté où tous sont également les amis bien-aimés de Jésus.

6e jour : marcher au-delà des barrières. Faire route avec Dieu, c’est marcher au-delà des barrières qui divisent ses enfants et leur font du mal. Les lectures bibliques de cette journée montrent diverses manières de surmonter les barrières humaines, et culminent dans l’enseignement de saint Paul qui nous dit : « Vous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme : car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ » (Ep 3,27-28).

7e jour : marcher dans la solidarité. Marcher humblement avec Dieu, c’est cheminer dans la solidarité avec tous ceux qui luttent pour la justice et la paix. Cette marche a des conséquences non seulement sur les croyants individuels, mais aussi sur la nature et la mission véritables de l’ensemble de la communauté chrétienne. L’Église est appelée et rendue capable de partager la souffrance de tous, en prenant la défense et le soin des pauvres, des nécessiteux et des marginalisés. Tout ceci est implicite dans notre prière pour l’unité chrétienne de cette semaine.

8e jour : marcher en célébrant. Les textes bibliques de cette journée abordent la célébration, non pas au sens où il faudrait se réjouir que tout se soit bien passé, mais au sens de célébrer en signe d’espérance en Dieu et en sa justice. Pareillement, la célébration de la Semaine de Prière pour l’unité des chrétiens manifeste notre espérance que notre unité se réalisera lorsque Dieu le voudra et par les moyens qu’il voudra.

Ce que Dieu nous demande aujourd’hui, c’est de marcher sur le sentier de la justice, de la miséricorde et de l’humilité. Prendre ce chemin de disciple, c’est marcher sur la voie étroite du royaume de Dieu, et non pas d’emprunter l’autoroute des empires actuels. Lorsqu’on prend ce chemin de droiture, on s’expose aux ardeurs du combat, à l’isolement qui va de pair avec la contestation, et au risque encouru par la résistance « aux pouvoirs et aux dominateurs » (Ep 6,12). C’est particulièrement vrai lorsqu’en se prononçant ouvertement en faveur de la justice, on est conduit à être traités en fauteurs de troubles et en perturbateurs de la paix. Dans ce contexte, il nous faut bien comprendre que la paix et l’unité ne sont entières que lorsqu’elles sont fondées sur la justice.

Puisque la Semaine de Prière pour l’unité des chrétiens s’intéresse aux communautés dalites indiennes, cette marche de disciples s’exprime métaphoriquement par « une marche au son du tambour dalit ». Diverses communautés dalites sont en effet associées à un battement rituel et professionnel du tambour, dans des villages indiens. Le battement du tambour dalit n’est pas seulement destiné à invoquer la présence du divin, mais aussi à permettre à la communauté de traverser avec sécurité les moments de transition, en conjurant ce qui est considéré comme le mal. Ce battement de tambour particulier a été repris de nos jours pour célébrer la culture et l’identité dalites. Par conséquent, lorsqu’il est question ici d’une « marche de disciples au son du tambour dalit », on se réfère à une vie de disciples qui fait constamment mémoire de la présence inébranlable de Dieu chez les plus marginalisés. On rappelle aussi une manière d’être disciples qui reconnaît la force résiliente des Dalits pour affronter le mal et contribuer au bien-être de la société au sens large. Il nous est ainsi remis en mémoire une existence de disciples consistant à affirmer que la culture et l’identité dalites font partie des lieux inattendus où s’expérimente la présence du Seigneur (cf. Mt 25,40). Cette vie de disciples entend déboucher sur une solidarité véritable ainsi que sur des formes d’unité chrétienne, libres de toute discrimination ou exclusion injustes.

L’une des professions associées à certaines communautés dalites indiennes est celle de « fabricants de sandales ». Ce moyen particulier de survie des communautés dalites symbolise leur expérience de se forger ensemble une existence dotée de sens dans la résilience et l’espérance, même si leurs conditions de vie sont dégradantes et deshumanisantes. Au cours de ces méditations quotidiennes, cette capacité de survie des Dalits dans l’épreuve pourrait être pour nous comme des sandales avec lesquelles marcher dans la droiture, là où nous vivons, pour y faire ce que Dieu nous demande. « Tout ce qui peut ressembler à des préjugés fondés sur les castes dans les relations entre les chrétiens – comme le disait le pape Jean Paul II – va à l’encontre de la solidarité humaine authentique, constitue une menace pour la véritable spiritualité et fait gravement obstacle à la mission évangélisatrice de l’Église » [2]. Que notre Dieu de justice, d’unité et de paix nous transforme en signes authentiques de solidarité humaine en nous affermissant pour réaliser ce qu’Il nous demande.

 

PRÉPARATION DU MATÉRIEL DE LA SEMAINE DE PRIÈRE
POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS 2013

Le projet initial grâce auquel a pu être réalisé ce livret a été proposé par le Mouvement des étudiants chrétiens de l’Inde (SCMI), en association avec la Fédération universitaire catholique indienne (AICUF) et le Conseil national des Églises en Inde (NCCI). Nous remercions chaleureusement tous ceux qui ont pris part à ce projet, en particulier :

S.Ém. le Métropolite Dr Geevarghese Mar Coorilos, Président (SCMI) (Église malankare jacobite syrienne)
Mme Bernadine, Fédération universitaire catholique indienne (AICUF) (Église catholique)
Dr Aruna Gnanadason, ancienne étudiante membre du SCMI (Église de l’Inde du Sud)
Dr Peniel Rufus Rajkumar, United Theological College (Église de l’Inde du Sud)
P. Vineeth Koshy, Conseil national des Églises en Inde (NCCI) (Église malankare orthodoxe syrienne)
Mme Anita Hepsibah, SCMI (Église de l’Inde du Sud)
Mme Chrisida Nithyakalyani, SCMI (Église évangélique luthérienne Tamil)
Rév. Raj Bharath Patta, SCMI (Église évangélique luthérienne Andhra).

Les textes élaborés par ce groupe ont été mis au point de façon définitive par les membres du Comité international nommé par la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises et le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. Ce Comité international s’est réuni avec des membres et des partenaires du SCMI au mois de septembre 2011 à Bangalore (Inde) et remercie très sincèrement le SCMI pour sa généreuse hospitalité en cette circonstance.

 

CÉLÉBRATION ŒCUMÉNIQUE

Introduction à la célébration

Que nous demande le Seigneur ?
(cf. Michée 6,6-8)

La célébration de cette année reflète la jeunesse du Mouvement des Étudiants chrétiens de l’Inde (SCMI). Elle part de la réalité vécue par les Dalits et nous donne l’occasion de partager leur spiritualité. Certains éléments de célébration sont empruntés au contexte dalit indien ; parmi eux figurent l’usage de tambours, et le bhajan – manière locale de chanter de façon particulière les paroles qui expriment la foi en Dieu. Un troisième élément, tout à fait spécifique, est le partage du témoignage de foi destiné à illustrer la spiritualité dalite : respect du droit, goût de la fidélité et détermination à marcher avec Dieu (cf. Mi 6,6-8). La célébration s’achève sur un geste de partage, qui est courant dans les communautés dalites : le partage de semences en germe ou d’un jeune arbre symbolisant l’appel à l’espérance et à la transformation.

Tout au long de la Semaine de prière, les chrétiens de partout approfondissent fraternellement et œcuméniquement ce que signifie respecter le droit, aimer la fidélité et s’appliquer à marcher humblement avec Dieu. Ce thème est développé pendant les huit jours à partir de la métaphore de la marche. Pour les communautés dalites, la marche vers la libération est inséparable de la marche vers l’unité. Notre marche de cette semaine au côté des Dalits et de tous ceux qui aspirent au droit, fait donc pleinement partie de la prière pour l’unité chrétienne.

Les chrétiens indiens devraient rejeter les divisions entre castes de même que les chrétiens du monde devraient refuser d’être divisés entre eux : « Le Christ est-il divisé ? » (1 Co 1,13). Nous nous rassemblons donc pour prier afin de parvenir à cette unité que le Christ veut pour son Église, et nous nous savons appelés à abattre ces murs de divisions existant à la fois parmi nous et entre nous.

Structure de la célébration

La célébration comporte successivement six éléments : ouverture, louange et action de grâces, confession des péchés et assurance du pardon, Liturgie de la Parole et témoignage de foi, prières d’intercession, bénédiction et envoi.

1. La célébration s’ouvre sur un prélude de battement de tambours qui, pour les communautés dalites indiennes, symbolise à la fois la célébration de la vie et la résistance à l’oppression. C’est le signe de la résilience de toutes les communautés qui luttent pour la justice et la libération dans le monde. On peut trouver un exemple de tambours dalits sur le site :

http://www.youtube.com/watch?v=7HDT7OmzUdw&feature=related.

Les communautés ne disposant pas de tambours peuvent trouver un geste ou un instrument approprié pour exprimer la même intention. Les éléments d’invocation ont été empruntés aux écrits du célèbre lauréat indien du Prix Nobel, Rabindranath Tagore. L’ouverture s’achève sur un Bhajan, c’est-à-dire une prière chantée entonnée par un animateur et reprise avec recueillement par l’assemblée (langue Telugu). On peut trouver des exemples de Bhajans sur internet.

2. Louange et action de grâce.

3. Confession des péchés, assurance du pardon. En signe de cette assurance, l’assemblée est invitée à se déplacer pour échanger un signe de paix pendant qu’il peut y avoir un morceau de musique.

4. La liturgie de la Parole s’ouvre sur la lecture du texte de la Semaine de Prière (Michée 6,6-8.). Elle est suivie d’un témoignage de foi, emprunté à la situation de vie réelle d’une femme nommée Sarah, membre de la communauté dalite. L’incident relaté s’est produit en 2008, à Khandamal, dans l’État d’Orissa, au centre de l’Inde où l’on a assisté pendant un mois à une flambée de violence alors que les chrétiens (majoritairement Dalits) étaient attaqués par des extrémistes Hindous. Des lieux de cultes chrétiens et des habitations ont été détruits. L’Orissa est l’une des régions les plus pauvres de l’Inde, traditionnellement associée aux secteurs de la société qui connaissent les plus fortes discriminations. Les violences ont fait 59 morts ; 115 églises chrétiennes ont été détruites, des habitations ont été endommagées et 50.000 chrétiens sans-abris ont cherché refuge en forêt puis dans des camps de réfugiés érigés par le gouvernement indien. Entre 80 et 90% environ des chrétiens de l’Inde sont des convertis dalits. À l’image de Sarah, dans le récit, la majorité des Dalits n’a pas été payée pour devenir chrétienne, comme on l’entend dire parfois ; beaucoup de Dalits se sont convertis après être venus dans les missions pour y chercher refuge contre le système oppressif des castes. Ils demandaient cette liberté dont ils croyaient pouvoir jouir par la puissance de guérison du Dieu libérateur.

5. Un témoignage de foi semblable, emprunté au contexte où l’on se trouve, peut être proposé à ce moment.

6. L’assemblée est alors invitée à méditer silencieusement sur ces témoignages de foi pendant que l’on continue d’écouter la Parole de Dieu.

7. Prière d’intercession.

8. Bénédiction et envoi : Dans les communautés dalites, on a l’habitude typique de partager de la nourriture. Il est donc suggéré de prévoir une collation commune à l’issue de la célébration.

Déroulement de la célébration

Que nous demande le Seigneur ?
(cf. Michée 6,6-8)

P. : Président
A. : Assemblée

I. Ouverture

1. Prélude (accompagné du battement des tambours dalits ou d’une autre musique appropriée).

(Le président adresse quelques mots de bienvenue à l’assemblée).

2. Appel à prier

P. Jésus disait, « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». Faisons silence pour reconnaître la présence du Dieu Trinité au milieu de nous.

(Silence)

II. Louange et action de grâces

(Le Président invite les participants à se tenir par la main pour former une chaîne humaine unie et solidaire pendant ces intentions de prière).

P. Nous te louons, toi notre Dieu, pour nous avoir créés avec toutes nos diversités. Nous te rendons grâce pour le don de nos multiples cultures, langues, expressions de la foi, coutumes, traditions et appartenances ethniques. Nous te remercions de la multiplicité des traditions ecclésiales qui ont conservé à nos communautés leur force et leur vitalité, y compris en des lieux où elles sont minoritaires. Apprends-nous à célébrer nos différences d’identités et de traditions, afin que nous tissions des liens d’amitié et de fraternité qui nous conduisent vers une plus grande unité.

A. Qu’il est bon et doux de vivre ensemble en frères et sœurs dans l’unité !

P. Nous te louons, Jésus Christ, pour nous avoir réconciliés avec Dieu et entre nous par ta mort et ta résurrection, et pour nous avoir enseigné à respecter la dignité et la valeur de toute personne humaine. Nous te remercions de ta présence en nos vies quotidiennes, et de l’appel que tu nous adresses à être solidaires de ceux dont la dignité est brisée par des structures politiques, sociales et économiques. Apprends-nous à célébrer l’espérance de parvenir à dépasser, en toi, tout le mal de notre monde.

A. Qu’il est bon et doux de vivre ensemble en frères et sœurs dans l’unité !

P. Nous te louons, Esprit Saint, pour nous avoir fait le don de dépendre les uns des autres et d’être mutuellement solidaires, ce don qui constitue notre héritage de peuples et d’Églises. Apprends-nous à préserver les liens d’unité dont nous jouissons quand nous te supplions de rester avec nous. Inspire-nous le chemin vers la pleine unité visible à la fois entre nous et avec tous les peuples et mouvements impliqués dans des luttes de survie.

A. Qu’il est bon et doux de vivre ensemble en frères et sœurs dans l’unité !

III. Confession des péchés, assurance du pardon

P. Nous savons que, dans le Christ, nous sommes déjà un. Mais notre faiblesse humaine ne nous a pas toujours amenés à témoigner de cette réalité. Confessons maintenant nos péchés de désunion et recherchons la guérison du Seigneur.

(Silence)

A. Nous nous prosternons humblement devant toi, ô notre Dieu, en nous rappelant notre péché et la désunion dont nous sommes responsables. Nous reconnaissons que nous préservons des barrières humaines héritées de castes, de classes, d’appartenances ethniques, du pouvoir et de tout ce qui maintient les chrétiens séparés. Nous te demandons pardon d’avoir souvent utilisé notre histoire et le passé de nos Églises pour instaurer des discriminations entre nous, et meurtrir l’unité à laquelle le Christ nous a appelés. Pardonne-nous notre désunion et aide-nous à continuer de lutter en faveur de l’unité, au nom de Jésus, ton Fils. Amen.

Supplication

A. Viens au milieu de nous, Jésus, et guéris-nous de notre désunion. Conduis-nous sur les chemins de la droiture afin que tous puissent trouver la vie.
Viens au milieu de nous, Jésus, et apprends-nous à écouter les cris de ceux qui sont poussés vers la marginalisation.
Viens au milieu de nous, Jésus, et inspire-nous de travailler avec tous ceux qui luttent pour leur libération, afin que nous bâtissions l’unité dans ton corps brisé. Amen.

Assurance du pardon

P. Si nous confessons nos péchés, fidèle et juste comme il est, il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité (1 Jean 1,9).

(Le Président invite les membres de l’assemblée à partager cette assurance du pardon en s’avançant les uns vers les autres pour se donner la paix. Ce moment peut être accompagné d’un morceau de musique).

IV. Liturgie de la Parole

Première lecture : Michée 6,6-8

Un témoignage de foi

Lorsqu’ils sont venus chercher Sarah Digal, elle n’était pas là. Elle avait fui, avec ses cinq enfants et sa belle-mère dans une remorque, pour se mettre en sécurité dans la jungle distante d’un kilomètre. Alors, ils ont mis le feu à tout ce qu’elle avait laissé : une image de Jésus encadrée, une Bible en langue oriya, des ustensiles de cuisine, quelques vêtements, des nattes et du linge. Avant que Sarah n’ait pu revenir sur la pointe des pieds, après s’être assurée qu’il n’y avait plus de danger, sa maison avait disparu. Il ne restait que des braises, des cendres et de la fumée. Les voisins sont venus lui témoigner leur sympathie. Sarah a jeté un grand coup d’œil, s’est tenue bien droite, et a tiré fermement son sari sur sa tête. Elle a commencé à prier : « Seigneur, pardonne-nous nos péchés. Jésus, toi seul es saint. Sauve-nous du malheur. Libère-nous, Seigneur. » Les mots se bousculaient. Les enfants de Sarah se sont joints à elle, peu à peu. Elle pleurait en suppliant Dieu de la délivrer. Ses voisins et d’autres personnes des environs sont venus l’entourer. Ce simple lien de compassion humaine rappelle en même temps avec vigueur que rien ne peut séparer qui que ce soit de son Dieu. « Je préfère mourir plutôt que de cesser d’être chrétienne », a dit Sarah dans ses larmes. Voilà une chrétienne dalite, fidèle et courageuse !

(Ajouter un autre témoignage de foi)

P. Méditons en silence sur ces témoignages de foi et de courage. En admirant la foi de notre sœur Sarah et de tant d’autres, laissons-nous interroger sur nos propres cheminements dans la foi.

(Silence)

Psaume 86,11-16

Seigneur, montre-moi ton chemin
et je me conduirai selon ta vérité ;
unifie mon cœur pour qu’il craigne ton nom.

Le chemin de droiture conduit à la vie.

Seigneur mon Dieu, je veux te célébrer de tout mon cœur,
et glorifier ton nom pour toujours.
Car ta fidélité est grande envers moi
et tu m’as délivré des profondeurs des enfers.

Le chemin de droiture conduit à la vie.

Dieu ! des orgueilleux m’ont attaqué ;
et une ligue de tyrans en veut à ma vie ;
ils ne tiennent pas compte de toi.

Le chemin de droiture conduit à la vie.

Mais toi, Seigneur, Dieu miséricordieux et bienveillant,
lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté.
Tourne-toi vers moi ; aie pitié de moi,
donne ta force à ton serviteur
et sauve le fils de ta servante.

Le chemin de droiture conduit à la vie.

Deuxième lecture : Galates 3,26-28

(On peut chanter une acclamation de l’Évangile).

Évangile : Luc 24,13-35

(On peut choisir un cantique approprié).

Homélie

Prières d’intercession

P. Tandis que nous marchons en conversant, reconnaissons tous les efforts accomplis par le mouvement œcuménique pour parvenir à l’unité que le Christ veut pour son Église.

A. Envoie ton Esprit : qu’il affermisse nos résolutions et approfondisse nos échanges, afin que la prière de Jésus se réalise en nous.

P. Tandis que nous marchons avec le corps brisé du Christ, nous avons douloureusement conscience d’être toujours dans l’impossibilité de nous rassembler pour la fraction du pain. Hâte le jour où nous pourrons réaliser la pleine communion, à la table du Seigneur.

A. Brûle nos cœurs du désir de dépasser tout ce qui nous sépare, pour que nous puissions reconnaître l’unique Christ à travers nos propres blessures.

P. Tandis que nous marchons vers la liberté, faisons mémoire des communautés dalites et de tous ceux qui connaissent des formes de discriminations semblables : que l’unité des Églises soit un signe d’espérance dans les situations d’injustice.

A. Affermis l’engagement de nos Églises pour qu’elles fassent de la place dans notre société et nos communautés, et permets-leur de vivre dans la dignité et la liberté. Fais que leurs propres dons et leur présence nous transforment.

P. Tandis que nous marchons en enfants de la terre, nous comprenons que nous sommes des pèlerins dans le don merveilleux de la création qui nous est fait. Accorde-nous de respecter la terre dont tu es le créateur, et rends-nous sensibles au soin que nous lui devons.

A. Fais que ton Esprit renouvelle la création et nous rende attentifs aux souffrances de ceux qui n’ont pas de terre, et sont souvent porteurs d’une tradition de respect prudent envers la terre elle-même et les ressources dont elle dispose.

P. Tandis que nous marchons en amis de Jésus, sachons accompagner les communautés marginalisées du monde auxquelles Jésus choisit de s’identifier pour dépasser des siècles d’opprobre en quête de liberté et de dignité. Entrons dans l’amitié avec ces amis du Christ qui, comme les chrétiens dalits, sont souvent persécutés pour L’avoir choisi et avoir rejeté les castes.

A. Augmente et approfondis notre proximité et notre amitié avec toi, et des uns envers les autres, pour que nous demeurions vrais et fidèles à ton appel.

P. Tandis que nous marchons en franchissant les obstacles, bâtissons des communautés d’unité et d’égalité.

A. Donne-nous le courage de surmonter les obstacles culturels ou structurels qui nous empêchent de reconnaître la présence de Dieu les uns chez les autres.

P. Tandis que nous marchons dans la solidarité avec des femmes comme Sarah et d’autres victimes de discriminations ou d’injustices, secouons notre inertie.

A. Entoure-nous de ton amour, puisque nous affirmons que chacun de ceux que nous rencontrons est à l’image de Dieu. Rends-nous capables d’établir la justice en nous permettant d’éliminer les structures génératrices d’inégalités sociales.

P. Tandis que nous marchons en célébrant, nous découvrons que l’unité partagée au sein de nos communautés rend profondément témoignage à l’Évangile de la foi et de l’espérance. Puisque nous célébrons cette unité, réjouissons-nous également de nos riches diversités qui reflètent la vie de la Trinité.

A. Fais que nous sachions célébrer la merveilleuse diversité de la vie humaine, jaillie de luttes pour la dignité et la survie au milieu de l’oppression, et permets-nous d’y voir un signe de ta fidélité inébranlable pour ton peuple.

P. Nous te demandons tout cela, ô notre Dieu, au nom de Jésus Christ.

A. Amen.

Notre Père (chacun dans sa langue)

Bénédiction et envoi

P. Sois avec nous, toi le Dieu Trinité qui nous nourris, et rappelle-nous ton dessein sur chacun de nous et sur nos Églises.

A. Amen

P. Marche au-devant de nous, toi le Dieu Trinité qui nous fortifies, et conduis-nous sur le chemin de l’unité.

A. Amen

P. Invite-nous à la vie en abondance, toi le Dieu Trinité qui nous soutiens, puisque nous voici rassemblés et que nous en appelons à toi.

A. Amen

P. Allez dans le monde pour guérir et être guéris.

A. Nous rendons grâce à Dieu.

Cantique final

(En signe d’unité dans le Christ, on suggère de partager une collation).

 

MÉDITATIONS BIBLIQUES ET PRIÈRES
POUR LES « HUIT JOURS »

1er Jour Marcher en conversant
   
Lectures  
Gn 11. 1-9 L’histoire de la tour de Babel et l’héritage de notre diversité
Ps 34, 11-18 « Venez… écoutez ». Dieu nous invite au dialogue
Ac 2, 1-12 L’effusion de l’Esprit, le don de la compréhension
Lc 24, 13-25 La conversation avec Jésus ressuscité sur la route

Commentaire

Marcher humblement avec Dieu signifie marcher comme un peuple dont les membres parlent entre eux et avec le Seigneur, toujours attentifs à ce qu’ils entendent. Notre célébration de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens commence donc par une réflexion sur des passages des Écritures qui nous disent ce qui est fondamental : parler entre nous. Dire sa pensée à l’autre a été un facteur déterminant dans le mouvement œcuménique car s’est ainsi créée une ouverture qui a permis d’apprendre les uns des autres, de partager ce que nous avons en commun, de faire entendre nos différences et d’y être attentifs. De cette façon, nous développons notre capacité à nous comprendre. Ces dons qui sont le fruit de la recherche de l’unité appartiennent à l’appel fondamental qui nous est fait de répondre à ce que Dieu nous demande : si nous parlons en vérité, la justice s’accomplit et nous apprenons la bienveillance. Les exemples de libération concrète dont nous sommes témoins dans le monde entier montrent clairement que les personnes contraintes à vivre dans la pauvreté sortent de leur isolement grâce au dialogue.

Le passage de la Genèse et le récit de la Pentecôte qui nous sont proposés aujourd’hui nous renvoient tous les deux à ces initiatives humaines et à la place qu’elles acquièrent dans le plan divin de libération des peuples. D’abord, l’histoire de la tour de Babel décrit comment là où n’existe aucune barrière linguistique, de grandes choses deviennent possible. Toutefois, le récit nous dit aussi comment il est possible de se saisir d’un tel potentiel et de l’utiliser à des fins propres : « se faire un nom » est la raison pour laquelle est édifiée cette ville immense. Ce projet conduira finalement à la confusion des langues. Depuis, accéder à notre humanité propre exige de nous d’être patients et attentifs vis-à-vis de celui qui nous est étranger. Grâce à l’effusion de l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte et par la puissance de la résurrection du Christ s’offre à nous une nouvelle possibilité de nous comprendre malgré nos différences. Aujourd’hui, nous sommes appelés à pratiquer le don de la parole et à écouter en nous tournant vers le Seigneur, vers la liberté. Nous sommes appelés à marcher dans l’Esprit.

Sur la route d’Emmaüs, les disciples échangent des propos en marchant ensemble mais ils éprouvent aussi un sentiment de perte et d’espérance déçue. Nos Églises qui connaissent la désunion à différents niveaux, nos sociétés fragmentées par les préjugés et la crainte de l’autre peuvent s’y reconnaître. Cependant, voici que Jésus décide d’entrer dans la conversation précisément à ce moment – non pas en se glissant dans le rôle du savant professeur mais en accompagnant ses disciples dans leur marche. Son désir de partager nos échanges et le fait que nous y répondions en lui demandant de rester avec nous et de continuer la conversation avec nous permettent qu’ait lieu la rencontre vivante avec le Seigneur ressuscité.

Tous les chrétiens savent ce que signifie rencontrer Jésus et connaissent la puissance de sa parole qui « brûle en nous ». Cette expérience de la résurrection nous appelle à une plus profonde unité en Christ. Continuer à parler entre nous et avec Jésus – même quand nous sommes désorientés – nous permet de marcher ensemble vers l’unité.

Prière

Seigneur Jésus Christ, nous proclamons dans la joie que nous sommes en toi et nous te rendons grâce car tu nous appelles à un dialogue d’amour avec toi. Ouvre nos cœurs pour que nous puissions partager toujours plus intimement ta prière au Père afin que nous soyons un, de sorte qu’en marchant ensemble nous nous rapprochions les uns des autres. Donne-nous le courage de témoigner ensemble de la vérité et fais que nous accueillions dans nos échanges ceux qui perpétuent la désunion. Envoie ton Esprit pour qu’il nous donne la force de contester dans nos sociétés, dans nos pays et dans le monde entier les situations où la dignité et la compassion sont absents. Toi qui es le Dieu de la vie, conduis-nous à la justice et à la paix. Amen.

Pistes de réflexion

· Comment pouvons-nous échanger en vérité quand tant de différences nous séparent ?

· Nos discussions visent-elles à nous permettre de réaliser de grands projets pour notre propre compte ou à nous conduire à la vie nouvelle qui nous donne l’espérance en la résurrection ?

· Quelles sont les personnes avec lesquelles nous acceptons de discuter et quels sont ceux que nous excluons de nos débats ? Pourquoi ?

2e Jour Marcher avec le corps brisé du Christ
   
Lectures  

Ez 37, 1-14

« Ces ossements peuvent-ils revivre ? »
Ps 22, 1-8 Le serviteur de Dieu, raillé et injurié, crie vers Dieu
He 13, 12-16 L’appel à aller à la rencontre de Jésus « en dehors du camp »
Lc 22, 14-23 Jésus rompt le pain, faisant don de lui-même avant sa passion

Commentaire

Marcher humblement avec Dieu signifie entendre son appel à sortir des lieux de notre propre confort et à accompagner les autres, en particulier ceux qui souffrent.

« Nos ossements sont desséchés, notre espérance a disparu, nous sommes en pièces ». Dans les paroles d’Ezéchiel, nous reconnaissons l’expérience que vivent aujourd’hui de nombreuses personnes du monde entier. En Inde, ce sont les « personnes brisées » des communautés dalites dont les existences nous parlent de manière saisissante de ces souffrances, souffrances auxquelles prend part le Christ crucifié. Avec les personnes blessées en tout temps et en tout lieu, Jésus crie vers le Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Les chrétiens sont appelés à parcourir le chemin de la croix. L’Épitre aux Hébreux nous explique non seulement la réalité salvifique de Jésus souffrant à la place des réprouvés mais également la nécessité pour les disciples de « sortir du camp » pour le rejoindre. Quand nous rencontrons des exclus et que nous reconnaissons dans leurs souffrances celui qui a été crucifié, nous ne devrions pas avoir d’hésitation : vivre en Christ, c’est être solidaire de ceux qui sont exclus et dont il partage les souffrances.

Le corps du Christ, brisé sur la croix, a été « brisé pour vous ». Le récit de la dernière cène anticipe celui des souffrance et de la mort du Christ : depuis, nous le célébrons au cours de chaque eucharistie comme la victoire sur la mort. Dans cette célébration chrétienne, le corps brisé du Christ est son corps glorieux et ressuscité ; son corps est rompu pour que nous puissions prendre part à sa vie et, en lui, être un seul corps.

Pour nous, chrétiens en marche vers l’unité, l’eucharistie peut souvent se révéler comme le lieu où le scandale de notre division devient tristement évident car nous savons que pour le moment, nous ne pouvons recevoir ensemble ce sacrement comme nous le devrions. Cette situation nous invite à renouveler nos efforts pour parvenir à une plus grande communion.

Les lectures de ce jour nous offrent une autre piste de réflexion. Marcher avec le corps brisé du Christ, c’est découvrir comment vivre ensemble de manière eucharistique : partager notre pain avec ceux qui ont faim, renverser les murs de la pauvreté et de l’inégalité sont autant d’« actions eucharistiques » dans lesquelles les chrétiens sont tous appelés à joindre leurs efforts. Le Pape Benoît XVI également conçoit précisément de cette manière l’eucharistie dans l’Église : il ne s’agit pas uniquement de croire et de célébrer ce sacrement mais aussi de le vivre (Sacramentum caritatis). En accord avec la conception orthodoxe de la « liturgie après la liturgie », il est reconnu qu’« il n’y a rien d’authentiquement humain » qui ne trouve dans l'eucharistie la forme appropriée pour être vécu en plénitude (SC 71).

Prière

Dieu de compassion, ton Fils est mort sur la croix pour qu’en son corps brisé, nos divisions puissent être abolies. Pourtant, nous l’avons crucifié encore et encore par notre désunion, en inventant un système de sociétés qui fait obstacle à ton amour et mine la justice que tu veux pour ceux qui ont été exclus des dons de ta création. Envoie-nous ton Esprit pour qu’il apporte son souffle vital et la guérison à tout ce qui est brisé en nous afin que nous puissions rendre témoignage ensemble de la justice et de l’amour du Christ. Marche à nos côtés jusqu’au jour où nous pourrons partager un seul pain et une seule coupe à la même table. Toi qui est le Dieu de la vie, conduis-nous à la justice et à la paix. Amen.

Pistes de réflexion

· Dans la perspective de la tradition prophétique où Dieu veut la justice plutôt que des rites dans l’iniquité, demandons-nous : comment l’eucharistie – le mystère du Christ brisé et la vie nouvelle – est-elle célébrée dans les lieux que nous fréquentons ?

· Que pourrions-nous faire ensemble, en tant que chrétiens, pour témoigner davantage de notre unité en Christ là où vivent ceux qui sont brisés et rejetés ?

3e Jour Marcher vers la liberté
   
Lectures  

Ex 1, 15-22

Les sages-femmes obéissent à la loi divine contrairement aux ordres du Pharaon
Ps 17, 1-6 La prière confiante de celui qui s’ouvre au regard de Dieu
2 Co 3, 17-18 La liberté glorieuse des enfants de Dieu en Christ
Jn 4, 4-26 Parler avec Jésus conduit la Samaritaine à une vie plus libre

Commentaire

Marcher humblement avec le Seigneur signifie toujours aller vers la liberté qu’il offre à tous les hommes et la recevoir. C’est dans cet esprit que nous le célébrons. Nous célébrons le mystère de cette lutte pour la liberté que nous rencontrons même là où l’oppression, les préjugés et la pauvreté constituent de lourds fardeaux. Le refus déterminé d’ordres ou de conditions de vie inhumains – comme ceux imposés par le Pharaon aux sages-femmes du peuple juif réduit en esclavage – peut apparaître un acte bien infime. Mais on rencontre souvent ce genre d’action en faveur de la liberté dans nos sociétés. Cette quête si déterminée d’une vie en plénitude est comme un don de l’espérance qu’offre l’Évangile à tous les êtres humains qui sont, de diverses manières, prisonniers de structures inégalitaires à travers le monde.

La rencontre de Jésus avec la Samaritaine auprès du puits nous introduit au passage progressif de la discrimination injuste et du préjugé à la liberté. Cette femme s’interroge avant tout sur les préjugés auxquels elle est confrontée et cherche à alléger les fardeaux qui pèsent sur sa vie. Ces préoccupations forment le point de départ de sa conversation avec Jésus. Lui-même commence à parler avec elle parce qu’il a besoin d’une aide concrète (il a soif) et parce que l’un et l’autre s’interrogent sur les préjugés sociaux qui font apparaître cette aide problématique. Peu à peu, le chemin vers une vie plus libre s’ouvre à cette femme, au fur et à mesure que les paroles de Jésus mettent en lumière la réalité complexe de sa vie. En définitive, ces éclairages personnels ramènent la conversation en un point où ce qui divise ces deux groupes de personnes – où faut-il prier ? – se trouve dépassé. « La prière en esprit et en vérité » est ce qui est demandé. Ce n’est qu’ainsi que nous pouvons apprendre à nous libérer de tout ce qui nous écarte de la vie partagée, de la vie en plénitude.

Être appelés à une plus grande liberté en Christ nous invite à approfondir notre communion. Tout ce qui nous sépare – en tant que chrétiens lorsque nous recherchons l’unité et en tant qu’être humains quand nous sommes séparés par d’injustes traditions et des inégalités – nous rend prisonniers et invisibles les uns pour les autres. Notre liberté en Christ nous donne, au contraire, cette vie nouvelle dans l’Esprit qui nous permet de regarder ensemble la gloire de Dieu « à visage découvert ». Dans la lumière de cette gloire, nous apprenons à nous voir réciproquement en vérité en devenant toujours plus semblables au Christ pour parvenir à la plénitude de l’unité chrétienne.

Prière

Ô Dieu qui nous libère, nous te rendons grâce pour la ténacité et la foi nourrie par l’espérance de tous ceux qui se battent pour la dignité et la plénitude de vie. Nous savons que tu relèves ceux qui sont abattus et que tu libères ceux qui sont captifs. Ton Fils Jésus marche à nos côtés et nous montre le chemin vers la vraie liberté. Donne-nous d’apprécier ce que nous avons reçu et de nous fortifier pour surmonter tout ce qui, en nous, nous rend esclaves. Envoie-nous ton Esprit afin que la vérité fasse de nous des êtres libres et que nous puissions proclamer d’une seule voix ton amour au monde. Toi qui es le Dieu de la vie, conduis-nous à la justice et à la paix. Amen.

Pistes de réflexion

· Y a-t-il des moments où, même dans nos propres communautés chrétiennes, les préjugés et les idées reçues – en raison du milieu social, de l’âge, du sexe, de la race, du niveau d’instruction – nous empêchent de nous voir sans voile les uns les autres dans la lumière de la gloire de Dieu ?

· En tant que chrétiens, quelles initiatives concrètes, si modestes soient-elles, pourrions-nous mettre en œuvre ensemble pour progresser vers la liberté des enfants de Dieu (Rm 8, 21) dans nos Églises et, plus généralement, dans la société ?

4e Jour Marcher en enfants de la terre
   
Lectures  

Lv 25, 8-17

La terre est pour le bien commun, pas pour le gain personnel
Ps 65, 5-13 L’effusion féconde de la grâce de Dieu sur la terre
Rm 8, 18-25 Toute la création attend la rédemption
Jn 9, 1-11 De la boue, des corps, de l’eau : Jésus accomplit une guérison

Commentaire

Si nous sommes appelés à marcher humblement avec Dieu, il nous faut ne jamais oublier que nous sommes nous-mêmes partie intégrante de la création et les bénéficiaires des dons de Dieu. Le monde prend aujourd’hui de plus en plus conscience qu’une meilleure compréhension de notre place réelle dans la création doit devenir pour nous une priorité. En particulier, les chrétiens sont de plus en plus sensibles à la question de l’écologie et à la manière dont elle s’inscrit dans le projet de « marcher humblement avec Dieu », notre créateur. Car tout ce que nous possédons est l’œuvre de Dieu et nous vient de lui. Cela ne nous appartient pas, nous ne pouvons donc en faire ce que nous voulons. Pour cette raison, chaque année les chrétiens sont appelés à participer entre le 1er septembre et le 4 octobre à un « Temps pour la création » que célèbrent un nombre croissant d’Églises. En 1989, le Patriarche Dimitrios Ier proclamait le 1er septembre jour de prière pour l’environnement. L’année liturgique dans l’Église orthodoxe commence ce jour-là par une commémoration de la création du monde par Dieu. Le 4 octobre, de nombreuses Églises des traditions occidentales fêtent saint François d’Assise, l’auteur du « Cantique des créatures ». C’est donc le souci du respect de la création dans les traditions chrétiennes, orientale et occidentale, qui marquent le début et la conclusion de ce Temps pour la création.

L’histoire chrétienne est une histoire de rédemption pour l’ensemble de la création, c’est l’histoire même de la création. Le fait qu’en Jésus Christ Dieu s’est fait personne humaine en un lieu et à une époque déterminés est une conviction centrale qui réunit tous les chrétiens. Notre foi commune en l’incarnation porte en elle une reconnaissance profonde de l’importance de la création – des corps, de la nourriture, de la terre, de l’eau et de tout ce qui nous fait vivre en temps qu’habitants de cette planète. Jésus fait pleinement partie de ce monde. Il peut sembler quelque peu choquant d’apprendre que Jésus accomplit une guérison en crachant par terre et en faisant de la boue avec sa salive ; mais c’est pleinement cohérent avec notre foi que le monde créé participe du dessein de Dieu qui est de nous conduire à la vie nouvelle.

Partout dans le monde, ce sont généralement les plus pauvres qui travaillent la terre mais qui souvent ne peuvent jouir des fruits qu’elle donne. Pourtant ce sont bien ces communautés qui entretiennent la terre avec un soin particulier, leur sagesse s’exprimant ainsi de façon concrète à travers les travaux de l’agriculture.

Prendre soin de la terre nous amène à réfléchir à des questions fondamentales, par exemple comment les êtres humains peuvent vivre au sein de la création de manière plus humaine pour tous. Que le travail et la propriété de la terre soient si souvent source d’inégalités économiques et de conditions de travail dégradantes est un motif de profonde inquiétude pour laquelle les chrétiens doivent s’unir dans l’action. Les dangers de l’exploitation de la terre sont déjà dénoncés dans l’Ancien Testament, en particulier dans les instructions données dans le Livre du Lévitique pour l’Année de jubilé : la terre et ses fruits ne nous sont pas donnés pour que nous « exploitions nos compatriotes » ; au contraire, tous doivent pouvoir bénéficier du travail de la terre. Il ne s’agit pas d’une simple « idée religieuse » ; cela dépend de pratiques économiques et commerciales tout à fait réelles qui décident de la façon dont la terre est administrée, achetée et vendue.

Prière

Dieu de la vie, nous te rendons grâce pour la terre et pour ceux qui en prennent soin et la font fructifier. Fais que ton Esprit de vie nous aide à prendre conscience que nous sommes nous-mêmes membres de cette création où tout est lié. Puissions-nous apprendre à aimer la terre et à l’écouter quand elle gémit. Puissions-nous marcher ensemble sur les pas du Christ, apporter la guérison partout où la terre est meurtrie et assurer un juste partage des ressources qu’elle produit. Toi qui es le Dieu de la vie, conduis-nous à la justice et à la paix. Amen.

Pistes de réflexion

· Les lectures de ce jour invitent les chrétiens à s’unir avec conviction pour agir ensemble pour le bien de la terre. En tant que chrétiens, dans quels domaines de notre vie mettons-nous en pratique l’esprit de l’année de jubilé ?

· Dans nos communautés chrétiennes, quels sont les domaines dans lesquels nous nous rendons complices de situations où la terre est sauvagement exploitée et son intégrité mise en danger ? Dans quels cas pourrions-nous unir davantage nos efforts pour apprendre et enseigner le respect vis-à-vis de la création de Dieu ?

5e Jour Marcher en amis de Jésus
   
Lectures  

Ct 1, 5-8

L’amour et la bien-aimée
Ps 139, 1-6 Tu m’as cherché et tu me connais
3 Jn 2-8 Accueillir nos amis dans le Christ
Jn 15, 12-17 Je vous appelle mes amis

Commentaire

Marcher humblement avec Dieu ne veut pas dire marcher seul. Cela signifie marcher avec ceux qui sont des signes vivants de la présence de Dieu parmi nous, ceux qui sont nos amis. « Je vous appelle amis » dit Jésus dans l’Évangile de Jean. Dans la liberté que nous offre l’amour, nous pouvons choisir nos amis et être choisis à notre tour comme ami. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis » dit Jésus à chacun d’entre nous. L’amitié de Jésus pour chacun de nous transfigure et transcende nos relations avec notre famille et la société. Elle nous parle de l’amour profond et inépuisable de Dieu pour nous tous.

Le poème d’amour contenu dans la Bible, le Chant de Salomon, s’est prêté à diverses interprétations ; on peut y voir l’amour de Dieu pour Israël ou encore l’amour du Christ pour l’Église. Témoignage de la passion entre des amants, il transcende les limites imposées par la société. Quand la bien-aimée dit à son bien-aimé : « Je suis noire, mais jolie », elle supplie cependant peu après : « Ne faites pas attention si je suis noiraude ». Mais le bien-aimé la regarde et choisit l’amour, comme Dieu en Christ.

Que demande le Seigneur à ceux qui sont appelés à marcher avec Jésus et ses amis ? En Inde, c’est une invitation aux Églises à accueillir et à traiter les Dalits sur un pied d’égalité, comme les amis de leur ami commun. Un tel appel à être amis avec les amis de Jésus est une autre manière de comprendre l’unité des chrétiens pour laquelle nous prions cette semaine. Les chrétiens du monde entier sont appelés a être les amis de tous ceux qui luttent contre les discriminations et l’injustice. Notre pèlerinage vers l’unité des chrétiens exige de nous que nous marchions humblement avec Dieu avec – et comme – les amis de Jésus.

Prière

Dès le premier instant de notre existence, Jésus, tu nous a offert ton amitié. Ton amour embrasse tous les peuples, particulièrement ceux qui, à cause des barrières érigées par les humains, sont exclus ou rejetés du fait de leur caste, de leur race ou de leur couleur. Remplis de la confiance et de l’assurance de la dignité que nous trouvons en toi, puissions-nous marcher dans la solidarité les uns vers les autres, et accueillir chacun dans l’Esprit, comme les enfants de Dieu. Toi qui es le Dieu de la vie, conduis-nous à la justice et à la paix. Amen.

Pistes de réflexion

· Dans la société où vous vivez, avec qui le Christ vous invite-t-il à entrer en amitié ?

· Qu’est-ce qui empêche les amis de Jésus de devenir amis entre eux ?

· En quoi être les amis d’une même personne, Jésus, pose un défi aux Églises divisées ?

6e Jour Marcher au-delà des barrières
   
Lectures  

Rt 4, 13-18

La progéniture de Ruth et Booz
Ps 113 Dieu, soutien des plus démunis

Ep 2, 13-16

Le Christ a détruit le mur de séparation qui était entre nous
Mt 15, 21-28 Jésus et la Cananéenne

Commentaire

Marcher humblement avec Dieu signifie dépasser les barrières qui divisent et portent atteinte aux enfants de Dieu. Les chrétiens de l’Inde ont conscience de leurs divisions. Très tôt, Saint Paul constata dans la communauté chrétienne des divisions dévastatrices entre les Gentils et les Juifs convertis au Christ. Face à cet obstacle et à tous ceux qui suivront, Paul proclame que le Christ « est notre paix. Dans sa chair, il a fait une unité de ce qui était divisé, il a détruit le mur de séparation qui était entre nous ». Dans un autre passage de l’Évangile, Paul nous dit également : « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ » (Ga 3,27-28). En Christ, toutes les barrières solidement ancrées du monde ancien – de même que celles qui leur ont succédé – ont été abattues car, par la Croix, Jésus a créé en lui une nouvelle humanité.

Dans un monde où les barrières religieuses sont souvent difficiles à franchir, les chrétiens de l’Inde qui représentent une faible minorité dans un contexte multi-religieux nous rappellent l’importance du dialogue et de la coopération entre les religions. L’Évangile de Matthieu nous parle du difficile chemin que Jésus – avec ses disciples – choisit de parcourir pour dépasser les barrières de la religion, de la culture et du genre quand il se trouve face à la femme cananéenne qui implore Jésus de guérir sa fille. La foi de cette femme, sa situation désespérée ont raison de la réaction viscérale et instinctive des disciples, qui serait de la renvoyer, et de l’hésitation même de Jésus. À partir de ce moment, Jésus et les disciples surmonteront les barrières imposées par les hommes et les limites du monde ancien. Un épisode semblable est déjà relaté dans l’Ancien Testament. Le Livre de Ruth, la femme moabite issue d’une culture et d’une religion différentes, se conclut par la liste de sa descendance avec l’israélite Booz. Leur fils Oved engendra Jessé, père de David. L’ascendance du Roi-héros de l’ancien Israël nous montre que la volonté de Dieu ne peut s’accomplir que si les hommes apprennent à aller au-delà des barrières religieuses et culturelles. Aujourd’hui, marcher avec Dieu exige de nous que nous franchissions les murs qui nous séparent des autres chrétiens et des fidèles des autres religions. Le pèlerinage vers l’unité des chrétiens nécessite que nous marchions dans l’humilité avec Dieu en dépassant les barrières qui nous divisent les uns des autres.

Prière

Père, pardonne-nous notre avidité, nos préjugés et notre mépris qui sont autant de murs que nous élevons continuellement et qui nous divisent dans notre propre Église et nous séparent des autres Églises, des personnes des autres religions et de ceux que nous considérons moins importants que nous. Que ton Esprit nous donne le courage de dépasser ces limites et d’abattre les barrières qui nous coupent les uns des autres. Avec le Christ, puissions-nous alors parvenir en une terre inconnue où porter sa Parole d’amour et avec elle l’harmonie et l’unité au monde entier. Toi qui es le Dieu de la vie, conduis-nous à la justice et à la paix. Amen.

Pistes de réflexion

· Quels sont les murs de division qui séparent les chrétiens dans notre société ?

· Quels sont les murs de division qui séparent les chrétiens des autres traditions religieuses dans notre société ?

· Quelles sont les différences et les similitudes existant entre dépasser les barrières qui séparent les chrétiens les uns des autres et celles édifiées entre les chrétiens et les membres des autres religions ?

7e Jour Marcher dans la solidarité
   
Lectures  

Nb 27, 1-11

Le droit d’héritage des femmes
Ps 15 Qui sera reçu dans le sanctuaire de Dieu ?

Ac 2, 43-47

Les disciples mettaient tout en commun
Lc 10, 25-37 Le bon Samaritain

Commentaire

Marcher humblement avec Dieu signifie marcher de manière solidaire avec tous ceux qui se battent pour la justice et la paix. Une question se pose alors à ceux qui prient pour l’unité des chrétiens pendant cette semaine : quelle unité cherchons-nous ? Pour la Commission Foi et Constitution, qui comprend des membres du Conseil œcuménique des Églises ainsi que de l’Église catholique, l’unité signifie « l’unité visible dans une même foi et dans une même communion eucharistique ». Le mouvement œcuménique cherche à surmonter les obstacles hérités du passé et ceux qui divisent actuellement les chrétiens mais il le fait dans la perspective d’une unité visible où la nature et la mission de l’Église sont liées au service de l’unité de tous les hommes et à la victoire sur tout ce qui blesse la dignité des êtres humains et nous sépare. Comme la Commission Foi et Constitution le déclare :

L’Église a la vocation et la mission de partager les souffrances de tous en plaidant la cause des pauvres, des démunis et des exclus et en leur manifestant sa sollicitude. Cela implique aussi d’analyser d’un regard critique les structures injustes, de les dénoncer et de travailler à leur transformation… Ce témoignage fidèle peut amener les chrétiens à souffrir personnellement au nom de l’Évangile. Confrontée aux fractures des relations humaines, l’Église est appelée à guérir et à réconcilier et à être l’instrument dont Dieu se sert pour apporter la réconciliation là où il y a division et haine. (Nature et mission de l’Église)

Les Églises de l’Inde nous offrent de nombreux exemples d’initiatives prises dans le but de guérir et de réconcilier. Il y a encore peu de temps, la législation chrétienne en Inde concernant les héritages défavorisait les filles. Les Églises ont soutenu la demande d’abrogation de cette loi archaïque. Pour que les femmes soient plus justement considérées, on invoqua l’histoire des filles de Celofehad où Moïse porte leur cause devant le Seigneur pour demander justice quant aux droits des filles. Ce témoignage biblique a encouragé les chrétiens dalits à se battre pour la justice.

Une des images bibliques évoquant fortement l’Église unie en solidarité avec les opprimés est la parabole du Bon Samaritain. Comme les Dalits, le Bon Samaritain fait partie d’une communauté méprisée et rejetée et est le premier dans le récit qui s’inquiète de l’homme abandonné sur le bord de la route et proclame par son geste solidaire l’espérance et le réconfort offerts par l’Évangile. Marcher vers l’unité des chrétiens et marcher humblement avec Dieu, solidaires de tous ceux qui sont en quête de justice et de bonté, sont inséparables.

Prière

Seigneur, toi qui es Trinité, par ta vie tu nous offres un modèle unique d’interdépendance, de relations vécues dans l’amour et de solidarité. Fais que nous soyons unis pour vivre à ton image. Apprends-nous à partager les uns avec les autres l’espérance que nous transmettent tous ceux qui luttent pour la vie partout dans le monde. Que leur courage nous incite à surmonter nos propres divisions, à vivre entre nous dans une sainte harmonie et à marcher ensemble, dans la solidarité. Toi qui es le Dieu de la vie, conduis-nous à la justice et à la paix. Amen.

Pistes de réflexion

· Dans votre société, qui sont ceux qui ont besoin de la solidarité de la communauté chrétienne ?

· Quelles Églises vous manifestent ou vous ont manifesté leur solidarité ?

· Dans le milieu où vous vivez, de quelle manière une plus grande visibilité de l’unité des chrétiens pourrait-elle favoriser la solidarité des Églises avec ceux qui ont soif de justice et de bonté ?

8e Jour Marcher en célébrant
   
Lectures  

Ha 3, 17-19

Se réjouir en un temps de détresse
Ps 100 La louange de Dieu sur la terre entière

Ph 4, 4-9

Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps
Lc 1, 46-55 Le chant de Marie

Commentaire

Marcher humblement avec Dieu signifie marcher et célébrer. Quiconque se rend en Inde est frappé par la détresse et les épreuves endurées par les Dalits mais aussi par l’espérance et le sens de la célébration qu’ils portent en eux.

Les lectures bibliques de ce jour sont empreintes d’espérance et de réjouissance. Le prophète Habaquq se réjouit dans le Seigneur en une période de sécheresse et de mauvaise récolte. Dieu marchera avec son peuple et l’accompagnera dans les difficultés : avoir une telle assurance, c’est déjà célébrer dans l’espérance. La Bienheureuse Vierge Marie se rend chez sa cousine Elizabeth pour célébrer sa grossesse. Son Magnificat est un chant d’espérance qu’elle élève vers le Seigneur avant même la naissance de son enfant. Et de sa prison, Paul exhorte la communauté chrétienne de Philippes à magnifier le Seigneur : « Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ». Dans la Bible, célébrer Dieu et espérer en sa fidélité sont étroitement liés.

De la même manière, les célébrations qui caractérisent la culture dalite témoignent d’un Évangile de foi et d’espérance qui s’est forgé à travers le combat des Dalits pour le respect de leur dignité et leur survie. Cette semaine, en priant pour l’unité des chrétiens, nous pensons en particulier à la célébration de la vie que nous rencontrons en Inde, et plus spécialement aux Dalits qui restent fidèles à leur identité chrétienne malgré les difficultés qu’ils endurent pour pouvoir vivre tout simplement. De même, célébrons-nous dans l’espérance l’unité qui doit encore se faire parmi nous, malgré les difficultés dont nous avons conscience. Cette célébration est enracinée dans l’espérance que la prière du Christ : « Que tous soient un » s’accomplira quand Dieu le voudra et par les moyens qu’il voudra. Elle est enracinée dans la gratitude, car seul Dieu peut nous donner cette unité, et dans la reconnaissance de l’unité que nous vivons déjà en amis de Jésus et qui s’exprime dans un même baptême. Elle est enracinée dans la conviction que Dieu appelle chacun de nous à rechercher cette unité, qu’il ne négligera aucun de nos efforts et que nous pouvons mettre en lui toute notre confiance comme Paul nous y invite : « En toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâces, faites connaître vos demandes à Dieu ». Marcher vers l’unité chrétienne exige que nous marchions humblement avec Dieu dans la célébration, la prière et l’espérance.

Prière

Dieu de grâce, fais que ton Esprit Saint remplisse nos communautés de joie et du désir de te célébrer pour que nous puissions chérir l’unité que déjà nous partageons et poursuivre avec ferveur notre recherche de l’unité visible. Nous nous réjouissons de la foi et de l’espérance des peuples qui refusent de laisser bafouer leur dignité et nous voyons en eux ta grâce merveilleuse et ta promesse de liberté. Enseigne-nous à partager leur joie et à prendre pour exemple leur courage et leur fidélité. Ranime notre espérance et soutiens-nous dans notre résolution afin qu’au nom du Christ nous marchions unis dans l’amour, élevant d’une seule voix notre louange et chantant ensemble une même prière d’adoration. Toi qui es le Dieu de la vie, conduis-nous à la justice et à la paix. Amen.

Pistes de réflexion

· Dans la société où vous vivez, quelles difficultés rencontrez-vous dans votre recherche de la justice ? Quels motifs de vous réjouir avez-vous cependant rencontrés en chemin ?

· Dans votre milieu de vie, quelles difficultés entravent la route vers l’unité ? Quels motifs de vous réjouir avez-vous cependant rencontrés en chemin ?

 

INTRODUCTION AU CHRISTIANISME EN INDE

Les Églises dans leur contexte [3]

Les Églises en Inde ont un passé riche et complexe. Héritiers du mouvement missionnaire chrétien du XVIe siècle, les chrétiens continuent à être très impliqués dans la vie de la nation, notamment dans les secteurs de l’éducation et de la santé. C’est à travers ces activités et la conversion au christianisme que les missions ont apporté leur plus grande contribution, offrant ainsi aux franges de la société indienne victimes de discriminations sociales les moyens de faire reconnaître leur dignité et d’apprendre à se respecter elles-mêmes. Les chrétiens forment en Inde la troisième plus grande religion du pays avec environ 24 millions de fidèles, à savoir 2,3 % environ de la population totale indienne qui compte aujourd’hui 1,2 milliard d’habitants. Ces chiffres sont empruntés au recensement de 2001 – les conclusions de celui de 2011 laissant entrevoir une croissance marginale du nombre des chrétiens en Inde. La partie la plus importante de cette population chrétienne appartient à l’Église catholique. Les Églises de tradition orientale présentes sur le territoire, et dont l’importance est particulièrement significative au Kerala, sont l’Église orthodoxe syrienne du Malankar, l’Église syrienne indépendante du Malabar, l’Église jacobite syrienne du Malankar, l’Église syrienne Mar Thoma du Malankar et l’Église syro-malabare catholique. Les principales confessions protestantes comprennent l’Église de l’Inde du Sud (CSI), l’Église de l’Inde du Nord (CNI), les Églises presbytérienne, baptiste et luthérienne ainsi que les communautés évangéliques.

La présentation habituelle de l’histoire des Églises en Inde, faisant remonter ses origines aux mouvements missionnaires occidentaux, a récemment été contestée. Quant à l’hypothèse que l’on rencontre parfois et qui voudrait que ces dernières années, le cœur du christianisme soit en train de « migrer vers le sud », Ninan Koshy écrit : « Ceux qui disent que ‘l’aube du christianisme est en train de se lever sur l’hémisphère sud’ oublient apparemment que le christianisme a vu le jour dans le sud… Nous n’assistons pas à l’expansion d’une religion occidentale mais à la renaissance d’une religion qui est née et a fait ses premiers pas en Asie ».[4]

Selon la tradition de la Mar Thoma ou « Église de Thomas », saint Thomas évangélisa la Côte du Malabar située dans l’État du Kerala, au sud-ouest de l’Inde. Il semble qu’il ait prêché dans tous les milieux sociaux et ait converti environ dix-sept mille personnes, notamment des membres des quatre castes principales. La légende veut que saint Thomas soit mort martyr à Chennai (Madras) ; sa tombe se trouverait aujourd’hui dans la cathédrale de Saint Thomas. Koshy cite le célèbre historien asiatique K. M. Panikkar selon lequel « le christianisme s’implanta dès ses origines dans diverses régions de la Perse, de l’Inde et de la Chine. L’Église du Malabar revendique une origine apostolique qui lui viendrait de saint Thomas. Quoi qu’il en soit, des autorités étrangères attestent de son existence dès 182 ap.J.-C ».

Ces premiers chrétiens de l’Inde qui entrèrent en contact avec la tradition syrienne orientale (perse) forment aujourd’hui l’Église de l’Orient ou encore Église chaldéenne. Il est ultérieurement prouvé que les chrétiens nestoriens, dont le nombre grandit en Perse, se propagèrent en Chine au cours du VIIe siècle.[5] On en déduit que les marchands et les missionnaires nestoriens ainsi que d’autres venus de Syrie arrivèrent en Inde au cours des premiers siècles. Ainsi naquirent en Inde les Églises orthodoxes qui conservent une forte présence dans ce pays. Les siècles suivants, d’autres groupes provenant de Syrie, de Perse et de Babylone vinrent renforcer la présence chrétienne tandis que le premier diocèse fut établi au début du XIVe siècle par le premier missionnaire catholique, Jordanus Catalani.

Développement de l’activité missionnaire et prémices du mouvement œcuménique

Comme nous l’avons mentionné plus haut, l’activité missionnaire, qui coïncida avec le projet de colonisation et l’installation de puissances européennes en Inde, représente l’autre cause déterminante de l’apparition du christianisme en Inde. L’activité missionnaire de l’Église catholique commença avec la colonisation portugaise à la fin du XVe siècle et se poursuivit sous l’influence, entre autres, de saint François Xavier et ses compagnons jésuites. Les missions protestantes en Inde débutèrent en 1706 à Tranquebar et connurent un essor considérable au XIXe siècle. Généralement, on s’accorde sur le fait que le mouvement missionnaire occidental contribua de manière substantielle à la croissance du christianisme en Inde.

L’histoire de la mission en Inde ressemble à une mosaïque complexe – surtout en raison de l’étendue du pays et de la multitude des sociétés missionnaires qui cherchèrent à s’y établir. Chacune d’elles arrivait avec ses idées préconçues et ses spécificités doctrinales, de même que sa propre manière de gérer les rapports avec les puissances colonisatrices. Ayant néanmoins entrepris leur action dans la même intention évangélisatrice, les missions s’aperçurent très vite qu’elles devaient également instruire et former les populations locales de même que participer au développement des personnes désirant se convertir au christianisme. Les efforts que le mouvement missionnaire déploya très tôt dans le domaine des soins médicaux fournit même le modèle sur lequel s’organisèrent les services de santé en Inde après la déclaration d’indépendance en 1947.

En accordant son soutien aux programmes éducatifs des missionnaires, le gouvernement colonial entendait façonner des citoyens paisibles et disciplinés pouvant fournir le personnel dont son administration avait besoin. Mais la prédication missionnaire et la création d’une communauté chrétienne eurent des répercussions non seulement aux niveaux culturel et social : elles mirent l’accent, parfois même avec l’aide des missionnaires, sur le respect des droits humains. Ce travail contribua à la formation en Inde d’une population capable de critiquer les systèmes existants, de protester contre l’injustice du gouvernement colonial et finalement de s’engager dans une lutte de libération du colonialisme.

Il est également important de signaler le phénomène d’expansion du christianisme et l’établissement d’Églises dans le nord-est de l’Inde qui regroupe sept états au nord et à l’est du Bangladesh, reliés au reste de l’Inde par l’état du Bengale-occidental. Dans ces états, 90 % de la population du Nagaland, 87 % du Mizoram et 71 % du Meghalaya est chrétienne. Avec le soutien et l’appui financier des dirigeants coloniaux, la Mission baptiste américaine (American Baptist Mission) et la Mission presbytérienne galloise (Welsh Presbyterian Mission) entreprirent leur action autour de 1816 parmi les populations majoritairement tribales (ou indigènes) vivant dans cette région. Aujourd’hui, deux tiers des chrétiens habitant ces états font remonter leur origine à ces deux missions. Les missionnaires catholiques arrivèrent dans ces territoires en 1850 et contribuèrent au cours des siècles au développement des infrastructures éducatives de cette région. Après la Seconde guerre mondiale, des groupes et missions pentecôtistes ou assimilés s’installèrent dans la région, marquant de leur empreinte les formes de célébration et la spiritualité dans ces états. Le développement de structures ecclésiales indigènes dans cette région particulièrement sensible du point de vue politique, avec l’exclusion des missions étrangères par le gouvernement indien, a permis que se développe un christianisme ancré dans la culture des populations indigènes. Le Conseil chrétien du nord-est de l’Inde et le Conseil national des Églises ont contribué aux efforts œcuméniques dans cette région.

Le Kerala est un autre état possédant une forte présence chrétienne couvrant près de 20 % de la population. On compte parmi ces croyants jusqu’à trois millions de chrétiens orthodoxes. À partir du IVe siècle, ces chrétiens entrèrent en contact avec le Patriarcat syrien d’Antioche qui est à l’origine de la structure ecclésiale et liturgique syriaque occidentale de la tradition orthodoxe syrienne ayant pris forme en Inde. Les fidèles qui maintiennent ce lien appartiennent à l’Église jacobite syrienne orthodoxe du Malankar. Les autres chrétiens orthodoxes affirment que le lien avec Antioche n’apparut qu’au XVIe siècle. Ceux qui soutiennent cette version constituent l’Église orthodoxe syrienne du Malankar (également connue sous le nom d’« Église indienne orthodoxe ») qui devint une Église autocéphale par l’éta-blissement d’un catholicosat indien en 1912. Au XVIe siècle les missionnaires catholiques arrivèrent au Kerala et établirent l’Église catholique syro-malabare. C’est sous l’influence des missionnaires protestants travaillant avec les chrétiens syriens que l’Église syrienne Mar Thoma du Malabar apparut comme une communauté distincte au début du XIXe siècle.

Le mouvement œcuménique en Inde

Le mouvement missionnaire en Inde a influencé le mouvement œcuménique de deux manières, avec des résultats extrêmement différents. D’une part, il a fait naître le désir de l’unité et d’une action commune entre les Églises. La vitalité croissante du mouvement œcuménique partout dans le monde entraîna de nombreux événements importants en Inde également, en particulier la naissance de l’Église de l’Inde du Sud en 1947 – première réalisation concrète d’une union organique d’Églises dans le monde – et, quelques années plus tard, la formation de l’Église de l’Inde du Nord. Il permit aussi la création de nouveaux et importants outils œcuméniques : l’Association chrétienne de jeunes gens (YMCA), l’Association chrétienne de jeunes femmes (YWCA), le Conseil national des Églises en Inde et la Conférence épiscopale de l’Inde ainsi que le Mouvement des étudiants chrétiens et la Fédération des universités catholiques de l’Inde. Mais cela signifia d’autre part l’importation en Inde de tout un héritage confessionnel identitaire. « Ce qui est triste, c’est qu’avant même de devenir une Église confessante dans un contexte missionnaire, les Églises les plus jeunes furent projetées de manière prématurée dans une situation ‘confessionnelle’ qui n’était pas la leur : avant de devenir une communauté chrétienne, on leur demandait de devenir une Église presbytérienne, luthérienne, méthodiste ou anglicane ».[6]

En 1965 avec le Deuxième Concile du Vatican, le dialogue entre l’Église catholique et les autres Églises commença à évoluer dans un esprit nouveau et la coopération entre elles s’intensifia également en Inde. La Conférence épiscopale de l’Inde travaille en étroite collaboration avec le Conseil national des Églises, notamment pour les relations avec le gouvernement. Aujourd’hui, ils font ensemble pression afin que ce dernier intervienne lorsque des chrétiens sont la cible d’émeutes collectives. Ils travaillent ensemble sur la législation pour la protection des droits des minorités qui comprennent les droits des chrétiens dalits et la liberté religieuse.

Alors que les Églises du monde entier se préparent à célébrer la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2013, les Églises en Inde commémorent de leur côté deux importants événements œcuméniques. Il y a cent ans, en 1912, naissait l’organisation œcuménique étudiante la plus ancienne de l’Inde, le Mouvement chrétien étudiant de l’Inde (SCMI), à l’occasion d’un grand rassemblement pour une Conférence de tous les étudiants de l’Inde organisée par l’Association chrétienne de jeunes gens (YMCA) au Serampore College dans le Bengale occidental. Les membres de l’YMCA indienne décidèrent de fonder une unité distincte regroupant les jeunes des universités. Suite aux débats lors de la rencontre de Serampore, une organisation pour les étudiants indiens, indépendante de l’YMCA fut créée. Depuis cent ans, le SCMI a permis une communion entre les étudiants, les professeurs et les anciens étudiants et a pour objectif de traduire dans une action concrète la foi que partagent ces chrétiens. Présent dans treize régions du pays, le SCMI à travers ses activités a encouragé les étudiants à participer à la transformation de l’Église et de la société. Le SCMI est actif dans la promotion de valeurs telles que l’œcuménisme, l’unité, la justice et la paix. Il a formé de jeunes leaders intègres et engagés et encourage au partenariat avec toutes les traditions ecclésiales, les personnes de toutes croyances et des autres organisations œcuméniques de jeunes gens telles que le YWCA, le YMCA et la Fédération des universités catholiques de l’Inde (AICUF). Elle est affiliée à la Fédération mondiale des étudiants chrétiens (WSCF).

Le département pour la jeunesse du Conseil national des Églises en Inde (NCCI) a joué un rôle significatif dans la préparation du matériel pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2013. Le NCCI est une instance commune aux Églises protestantes et orthodoxes en Inde et représente 13 millions de chrétiens répandus sur l’ensemble du territoire. Il constitue une plate-forme de réflexion et d’action pour les Églises et les autres organisations chrétiennes qui peuvent ainsi se conseiller et s’assister mutuellement et agir ensemble dans tous les domaines de la vie et du témoignage chrétiens en Inde. Les chrétiens orthodoxes ont joué quant à eux un rôle essentiel dans le mouvement œcuménique indien. À noter également que le NCCI fêtera son centième anniversaire en 2014. Le Conseil et ses membres ont participé activement à la construction de la nation pendant ces cent dernières années. Il est autonome et englobe, promeut et coordonne les divers ministères des Églises. La Commission pour la jeunesse du NCCI encourage les activités œcuméniques et interreligieuses au niveau national.

Le troisième partenaire ayant contribué à la préparation des textes pour la Semaine pour l’unité est la Fédération des universités catholiques de l’Inde, mouvement étudiant catholique engagé dans la recherche d’une société nouvelle et juste. Fondé en 1915 comme Catholic Young Men’s Guild (CYMG – Association de jeunes gens catholiques), il a été transformé en 1949 en un mouvement étudiant national, la All India Catholic University Federation (AICUF). Celle-ci est reconnue par la Conférence épiscopale de l’Inde et est affiliée à Pax Romana, le Mouvement international des étudiants catholiques. Au fil des ans, l’AICUF s’est constamment renouvelée et refondée en cherchant à répondre aux nouveaux besoins et réalités du monde universitaire, de l’Église et de la société indienne. L’AICUF a également travaillé avec le SCMI et d’autres mouvements de jeunesse en Inde sur des questions touchant à la vie du pays.

Devenir l’Église en Inde

Les chrétiens de l’Inde se trouvent aujourd’hui confrontés à deux questions cruciales : le système des castes et le repli identitaire.

Le système des castes met gravement en péril, à la fois dans et entre les Églises, l’unité des chrétiens en Inde et, par conséquent, le témoignage moral et ecclésial de l’Église comme unique corps du Christ. Il est source de divisions entre les Églises et représente également une question doctrinale épineuse. C’est pourquoi le thème de cette Semaine de prière pour l’unité des chrétiens a été choisi pour souligner combien la quête de la justice et de la paix est intrinsèquement liée à la prière pour l’unité des chrétiens.

Les Églises indiennes d’origine missionnaire se sont battues pour se libérer de leur passé missionnaire et affirmer leur identité propre et leur vocation à être une Église indienne. L’œcuméniste indien M. M. Thomas, tout en admettant le lien inévitable qui s’est tissé avec la culture occidentale en raison de la domination coloniale, affirme que les chrétiens et les Églises rassemblées en Inde doivent conserver un esprit critique par rapport aux aspirations de la nation : « Les chrétiens n’ont pas à s’excuser de leurs relations avec la culture occidentale. Mais ils doivent s’excuser de leur approche exempte de critique de la culture occidentale. Aujourd’hui, quand les objectifs de notre nation épousent ceux de l’occident, il nous est impossible de les évaluer de façon critique à la lumière de notre foi en Christ. Nous pourrons contribuer à un œcuménisme ‘laïc’ seulement si nous vivons nous-mêmes un œcuménisme ‘chrétien’. » [7]

Les Églises en Inde ont tenté de cerner ce que signifie vivre et témoigner dans un contexte multi religieux où les chrétiens ne forment qu’une très petite minorité. Vivant au contact des grandes traditions religieuses mondiales, les chrétiens en Inde ont offert une importante contribution en étant pionniers et en apportant une fraîcheur théologique nouvelle au débat œcuménique sur le dialogue et la coopération avec les fidèles des autres religions.

Relire l’histoire ecclésiale du point de vue de la catégorie de chrétiens qui y sont majoritaires

Le fait que par leur conversion à la foi en Christ, nombre de pauvres et d’exclus en Inde se sont libérés du joug de la discrimination religieuse et rituelle, est considéré comme la plus remarquable contribution que le mouvement missionnaire ait apporté dans le domaine de la conversion au christianisme. Lors d’un récent colloque international, le Pr Susie Tharu, éminente auteur et spécialiste en sociologie, déclarait que « le génie de l’Église en Inde dépend de sa forte composante dalite ». [8] Il semble en effet que 80-90 % des chrétiens en Inde soient d’origine dalite. Dans certaines parties de l’Inde, 100 % des chrétiens sont des Dalits convertis.

D’un côté, la question de la conversion est un véritable défi au niveau mondial où relations interreligieuses et proclamation de l’Évangile doivent s’équilibrer. Les Dalits de l’Inde, d’autre part, diraient que la conversion des Dalits de l’hindouisme au christianisme est une forme importante de dissidence dalite. Au début de la Première guerre mondiale, environ un million de chrétiens en Inde étaient des Dalits ; on en compte aujourd’hui approximativement vingt-quatre millions. Ayant souvent lieu à la demande pressante des groupes hors-caste opprimés, les conversions à la foi chrétienne sont un défi non seulement pour la caste hindoue supérieure mais aussi pour les membres de la caste supérieure convertis au christianisme, voire pour les missionnaires eux-mêmes. [9] Malheureusement, cette partie de l’histoire n’a retenu que peu d’attention : « L’histoire des Dalits chrétiens a été seulement considérée comme un épisode extrêmement secondaire dans celle bien plus vaste des missions ou des Églises… » [10]

Aujourd’hui, les Dalits connaissent encore l’oppression et l’exclusion, si bien qu’ils se sentent parfois plus proches, du point de vue identitaire et dans leur lutte, de Dalits professant une autre foi plutôt que des membres de leur propre communauté chrétienne. Comme pour l’apartheid en Afrique du Sud, ce scandale devrait inciter tous les chrétiens à s’interroger sur les limites et l’intégrité de leur engagement en faveur de l’unité des chrétiens.

L’engagement des Églises se poursuit

Malgré ces nombreux défis à relever, les Églises en Inde tentent de rester fidèles à leur engagement et poursuivent lentement leur expansion en continuant à affermir les liens œcuméniques jusqu’ici établis et en se fixant de nouveaux champs d’action pour leur ministère. Être une minorité a parfois poussé les Églises à se limiter à survivre plutôt qu’à témoigner de manière consciente et audacieuse en Inde de leur foi en Christ. La présence chrétienne en Inde doit devenir « le futur de ceux qui sont sans espoir… La Croix du Christ, la communauté du Christ souffrant et la création opprimée nous confirment la nécessité d’une présence chrétienne ». [11]

 

SEMAINE DE PRIÈRE
POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS

Thèmes 1968-2013

C’est en 1968 que débuta officiellement la collaboration
entre la Commission Foi et Constitution du COE
et le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens
pour la préparation de ces textes.

1968 Pour la louange de sa gloire (Ep 1, 14)
To the praise of his glory

1969 Appelés à la liberté (Ga 5, 13)
Called to freedom
(Réunion préparatoire à Rome, Italie)

1970 Nous sommes les coopérateurs de Dieu (1 Co 3, 9)
We are fellow workers for God
(Réunion préparatoire au Monastère de Niederaltaich, République Fédérale d’Allemagne)

1971 ... et la communion du Saint-Esprit (2 Co 13, 13)
... and the communion of the Holy Spirit
(Réunion préparatoire à Bari, Italie)

1972 Je vous donne un commandement nouveau (Jn 13, 34)
I give you a new commandment
(Réunion préparatoire à Genève, Suisse)

1973 Seigneur, apprends-nous à prier (Lc 11, 1)
Lord, teach us to pray
(Réunion préparatoire à l’Abbaye de Montserrat, Espagne)

1974 Que tous confessent : Jésus Christ est Seigneur (Ph 2, 1-13)
That every tongue confess: Jesus Christ is Lord
(Réunion préparatoire à Genève, Suisse)
(En avril 1974, une lettre fut adressée aux églises-membres ainsi qu’à d’autres parties intéressées à la création de groupes locaux pouvant participer à la préparation du livret de la Semaine de Prière. Un groupe australien fut le premier à s’engager concrètement en préparant en 1975 le projet initial de livret pour la Semaine de Prière.)

1975 La volonté du Père : tout réunir sous un seul Chef, le Christ (Ep 1, 3-10)
God’s purpose: all things in Christ
(Projet de texte élaboré par un groupe australien - Réunion préparatoire à Genève, Suisse)

1976 Appelés à devenir ce que nous sommes (1 Jn 3, 2)
We shall be like him or Called to become what we are
(Projet de texte élaboré par la Conférence des églises des Caraïbes - Réunion préparatoire à Rome, Italie)

1977 L'espérance ne déçoit pas (Rm 5, 1-5)
Enduring together in hope
(Projet de texte élaboré au Liban, en pleine guerre civile. Réunion préparatoire à Genève, Suisse)

1978 Vous n'êtes plus des étrangers (Ep 2, 13-22)
No longer strangers
(Projet de texte élaboré par un groupe œcuménique de Manchester, Angleterre)

1979 Soyez au service les uns des autres pour la gloire de Dieu (1 P 4, 7.11)
Serve one another to the glory of God
(Projet de texte élaboré en Argentine - Réunion préparatoire à Genève, Suisse)

1980 Que ton Règne vienne (Mt 6, 10)
Your kingdom come
(Projet de texte élaboré par un groupe œcuménique de Berlin, République Démocratique d’Allemagne - Réunion préparatoire à Milan, Italie)

1981 Un seul Esprit - des dons divers - Un seul corps (1 Co 12, 3b-13)
One Spirit - many gifts - one body
(Projet de texte élaboré par les Pères de Graymoor, USA - Réunion préparatoire à Genève, Suisse)

1982 Que tous trouvent leur demeure en toi, Seigneur (Ps 84)
May all find their home in you, O Lord
(Projet de texte élaboré au Kenya - Réunion préparatoire à Milan, Italie.)

1983 Jésus Christ - Vie du monde (1 Jn 1, 1-4)
Jesus Christ - the Life of the World
(Projet de texte élaboré par un groupe œcuménique d’Irlande - Réunion préparatoire à Céligny [Bossey], Suisse)

1984 Appelés à l'unité par la Croix de notre Seigneur (1 Co 2, 2 et Col 1, 20)
Called to be one through the cross of our Lord
(Réunion préparatoire à Venise, Italie)

1985 De la mort à la Vie avec le Christ (Ep 2, 4.7)
From death to life with Christ
(Projet de texte élaboré en Jamaïque - Réunion préparatoire à Grandchamp, Suisse)

1986 Vous serez mes témoins (Ac 1, 6.8)
You shall be my witnesses
(Textes proposés en Yougoslavie [Slovénie] - Réunion préparatoire en Yougoslavie)

1987 Unis dans le Christ, une nouvelle création (2 Co 5, 17-6,4a)
United in Christ - a New Creation
(Projet de texte élaboré en Angleterre - Réunion préparatoire à Taizé, France)

1988 L'Amour de Dieu bannit la crainte (1 Jn 4, 18)
The love of God casts out fear
(Projet de texte élaboré en Italie - Réunion préparatoire à Pinerolo, Italie)

1989 Bâtir la communauté : un seul corps en Christ (Rm 12, 5-6a)
Building community: one body in Christ
(Projet de texte élaboré au Canada - Réunion préparatoire à Whaley Bridge, Angleterre)

1990 Que tous soient un... afin que le monde croie (Jn 17)
That they all may be one... That the world may believe
(Projet de texte élaboré en Espagne - Réunion préparatoire à Madrid, Espagne)

1991 Nations, louez toutes le Seigneur (Ps 117 et Rm 15, 5-13)
Praise the Lord, all you nations
(Projet de texte élaboré en Allemagne - Réunion préparatoire à Rotenburg an der Fulda, République Fédérale d’Allemagne)

1992 Je suis avec vous... allez donc (Mt 28, 16-20)
I am with you always ... Go, therefore
(Projet de texte élaboré en Belgique - Réunion préparatoire à Bruges, Belgique)

1993 Porter le fruit de l'Esprit pour l'unité des chrétiens (Ga 5, 22-23)
Bearing the fruit of the Spirit for Christian unity
(Projet de texte élaboré au Zaïre - Réunion préparatoire près de Zurich, Suisse)

1994 La maison de Dieu : appelés à n'avoir « qu'un cœur et qu’une âme » (Ac 4, 32)
The household of God: called to be one in heart and mind
(Projet de texte élaboré en Irlande - Réunion préparatoire à Dublin, Irlande)

1995 Koinônia : communion en Dieu et entre nous (Jn 15, 1-7)
Koinonia: communion in God and with one another
(Projet de texte élaboré par Foi et Constitution - Réunion préparatoire à Bristol, Angleterre)

1996 Voici, je me tiens à la porte et je frappe (Ap 3, 14-22)
Behold, I stand at the door and knock
(Projet de texte élaboré au Portugal - Réunion préparatoire à Lisbonne, Portugal)

1997 Au nom du Christ... laissez-vous réconcilier avec Dieu (2 Co 5, 20)
We entreat you on behalf of Christ, be reconciled to God
(Projet de texte élaboré en Scandinavie - Réunion préparatoire à Stockholm, Suède)

1998 L’Esprit aussi vient en aide à notre faiblesse (Rm 8, 14-27)
The Spirit helps us in our weakness
(Projet de texte élaboré en France - Réunion préparatoire à Paris, France)

1999 Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est avec eux (Ap 21, 3)
He will dwell with them as their God, they will be his peoples
(Projet de texte élaboré en Malaisie - Réunion préparatoire au Monastère de Bose, Italie)

2000 Béni soit Dieu... qui nous a bénis en Christ (Ep 1, 3-14)
Blessed be God who has blessed us in Christ
(Projet de texte élaboré par le Conseil des Eglises du Moyen-Orient - Réunion préparatoire au Sanctuaire de La Verna, Italie)

2001 Je suis le chemin et la vérité et la vie (Jn 14, 1-6)
I am the Way, and the Truth, and the Life
(Projet de texte élaboré en Roumanie - Réunion préparatoire à la Casa de Odihna, Roumanie)

2002 Car chez toi est la fontaine de la vie (Ps 36 [35], 10)
For with you is the fountain of life (Ps 36 : 5-9)
(Projet de texte élaboré par le Conseil des Conférences Épiscopales Européennes (CCEE) et la Conférence des Églises Européennes (CEC) - Réunion préparatoire au Centre œcuménique d’Ottmaring, Augsbourg, République Fédérale d’Allemagne)

2003 Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile (2 Co 4, 7)
We have this treasure in clay jars
(Projet de texte élaboré en Argentine - Réunion préparatoire au Centre œcuménique ‘Los Rubios’, Málaga [Espagne])

2004 Je vous donne ma paix (Jn 14, 27)
My peace I give to you
(Projet de texte élaboré à Alep, Syrie - Réunion préparatoire à Palerme, Sicile, Italie)

2005 Le Christ, unique fondement de l’Eglise (1 Co 3, 1-23)
Christ, the one foundation of the church
(Projet de texte élaboré en Slovaquie - Réunion préparatoire à Piestaňy, Slovaquie)

2006 Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux (Mt 18, 20)
Where two or three are gathered in my name, there I am among them
(Projet de texte élaboré en Irlande - Réunion préparatoire à Prosperous, County Kildare, Irlande)

2007 Il fait entendre les sourds et parler les muets (Mc 7, 37)
He even makes the deaf to hear and the mute to speak
(Projet de texte élaboré en Afrique du Sud - Réunion préparatoire au Château de Faverges, Haute-Savoie, France)

2008 Priez sans cesse (1 Th 5,17)
Pray without ceasing
(Projet de texte élaboré aux USA - Réunion préparatoire à Graymoor, Garrison, USA)

2009 Ils seront unis dans ta main (Ez 37, 17)
That they may become one in your hand
(Projet de texte élaboré en Corée - Réunion préparatoire à Marseille, France)

2010 De tout cela, c’est vous qui êtes les témoins (Lc 24, 48)
You are witnesses of these things
(Projet de texte élaboré en Écosse – Réunion préparatoire à Glasgow, Écosse)

2011 Unis dans l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et la prière (cf. Ac 2, 42)
One in the apostles' teaching, fellowship, breaking of bread and prayer
(Projet de texte élaboré à Jérusalem – Réunion préparatoire à Saydnaya, Syrie)

2012 Tous, nous serons transformés par la Victoire de notre Seigneur Jésus Christ
(cf. 1 Co 15,51-58)
We will all be changed by the Victory of our Lord Jesus Christ
(Projet de texte élaboré en Pologne – Réunion préparatoire à Varsovie, Pologne)

2013 Que nous demande le Seigneur ? (cf. Mi 6,6-8)
What does God require of us ?
(Projet de texte élaboré en Inde – Réunion préparatoire à Bangalore, Inde)

 

QUELQUES DATES IMPORTANTES
DANS L’HISTOIRE DE LA SEMAINE DE PRIERE
POUR L’UNITE DES CHRETIENS

1740 env. En Écosse, naissance d'un mouvement pentecôtiste avec des liens en Amérique du Nord, dont le message pour le renouveau de la foi appelle à prier pour toutes les Eglises et avec elles.

1820 Le Révérend James Haldane Stewart publie : Conseils pour l'union générale des chrétiens, en vue d'une effusion de l'Esprit (Hints for the outpouring of the Spirit).

1840 Le Révérend Ignatius Spencer, un converti au catholicisme romain, suggère une ‘ Union de prière pour l'unité ’.

1867 La première assemblée des évêques anglicans à Lambeth insiste sur la prière pour l'unité, dans l'introduction à ses résolutions.

1894 Le Pape Léon XIII encourage la pratique de l'Octave de la Prière pour l'unité dans le contexte de la Pentecôte.

1908 Célébration de « l'Octave pour l'unité de l’Église » à l'initiative du Révérend Père Paul Wattson.

1926 Le Mouvement « Foi et Constitution » commence la publication de « Suggestions pour une Octave de prière pour l'unité des chrétiens ».

1935 En France, l'abbé Paul Couturier se fait l'avocat de la « Semaine universelle de prière pour l'unité des chrétiens sur la base d'une prière conçue pour l'unité que veut le Christ, par les moyens qu'Il veut ».

1958 Le Centre « Unité chrétienne » de Lyon (France) commence à préparer le thème pour la Semaine de prière en collaboration avec la Commission « Foi et Constitution » du Conseil œcuménique des Eglises.

1964 À Jérusalem, le Pape Paul VI et le Patriarche Athénagoras Ier récitent ensemble la prière du Christ « que tous soient un » (Jn 17).

1964 Le Décret sur l’œcuménisme du Concile Vatican II souligne que la prière est l'âme du mouvement œcuménique, et encourage la pratique de la Semaine de Prière.

1966 La Commission « Foi et Constitution » et le Secrétariat pour l'unité des chrétiens (aujourd’hui Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens) de l'Église catholique décident de préparer ensemble le texte pour la Semaine de Prière de chaque année.

1968 Pour la première fois, la Semaine de prière est célébrée sur la base des textes élaborés en collaboration par « Foi et Constitution » et le Secrétariat pour l'unité des chrétiens (aujourd’hui Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens).

1975 Première célébration de la Semaine de prière à partir de textes préparés sur la base d’un projet proposé par un groupe œcuménique local. Ce nouveau mode d’élaboration des textes est inauguré par un groupe œcuménique d’Australie.

1988 Les textes de la Semaine de prière sont utilisés pour la célébration inaugurale de la Fédération chrétienne de Malaisie rassemblant les principaux groupes chrétiens de ce pays.

1994 Le groupe international ayant préparé les textes pour 1996 comptait entre autre des représentants de la YMCA et de la YWCA.

2004 Accord entre Foi et Constitution (Conseil œcuménique des Églises) et le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (Église catholique) pour que le livret de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens soit officiellement conjointement publié et présenté sous un même format.

2008 Célébration du centenaire de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (l’Octave pour l’unité de l’Église, son prédécesseur, fut célébrée pour la première fois en 1908).

 

Traduction de l’original anglais,

Conférence des Évêques de France
et Conseil pontifical
pour la promotion de l’unité des chrétiens


[1] Citations scripturaires :
Les citations bibliques en version française reproduites dans ces pages sont empruntées à la Nouvelle Traduction œcuménique de la Bible (TOB), © Bibli’O – Société biblique, française et Éditions du Cerf, 2010. Tous droits réservés.

[2] Discours du pape aux évêques de Madras-Mylapore, Madurai et Pondicherry-Cuddalore, le 17 novembre 2003.

[3] Ce texte est publié sous l’entière responsabilité du groupe œcuménique de l’Inde spécialement constitué pour la rédaction du projet de textes pour la Semaine de prière pour l’unité 2013.

[4] Ninan Koshy, A History of the Ecumenical Movement in Asia, Volume I, Hong Kong, Christian Conference of Asia, Asia-Pacific WSCF, 2004, p. 6.

[5] Ibid, p. 10.

[6] Hans-Ruedi Weber, Out of all Continents and Nations: A Review of Regional developments in the Ecumenical Movement, A History of the Ecumenical Movement Volume 2, 1948-1968, Ed. Harold C. Fey, Geneva, World Council of Churches, 1970, pp. 72-73.

[7] M. M. Thomas, The Common Evangelistic Task of the Churches in Asia, Documents et compte-rendu de l’EACC. Prapat, Indonésie, 1957, cité par Koshy, op. cit., p. 28.

[8] Discours conclusif de Susie Tharu lors d’un colloque international sur le thèmes « Caste, religion et culture » organisé par le Conseil œcuménique des Églises, le Centre pour les études sociales et la culture, le Conseil national des Églises en Inde et le Mouvement chrétien des étudiants de l’Inde à Cochin (Kerala), du 1er au 4 mai 2011. Il est important de rappeler brièvement qui sont les Dalits en Inde. Le système des castes hindou prévoit quatre niveaux hiérarchiques : les Brahmanes qui forment la caste sacerdotale, les Kshatriyas auxquels sont confiés les pouvoirs politique et militaire, les Vaishyas s’occupant du commerce et les Shudras regroupant les travailleurs. Les trois premières castes constituent le groupe traditionnellement considéré comme pur et qui domine l’ensemble du secteur économique et social, ils sont également appelés « twice born », « deux-fois-nés ». La quatrième caste est traditionnellement considérée comme suspecte et est la classe dominée du point de vue social et économique. On les appelle aussi les « once born », ceux qui sont nés une fois. En dehors de cette structure, on compte ne serait-ce qu’en Inde 160-180 millions de personnes cataloguées comme « hors-castes », « intouchables », « caste extérieure », « basse caste » ou « paria » - ou encore Dalits ou « peuple brisé ». Le mot Dalit est employé non pas pour désigner une autre caste identitaire mais dans la volonté de donner un nom à un mouvement anti-caste collectif. Pour plus d’informations, lire l’article de Sathianathan Clarke, « Dalit Theology : An Introductory and Interpretive Theological Exposition, in Dalit Theology in the Twenty-first Century, Discordant Voices, Discerning Pathways. Ed. Sathianathan Clarke, Deenabandhu Manchala and Philip Vinod Peacock, (New Delhi: Oxford University Press, 2010), pp. 4-5.

[9] Cf. par exemple Stanley, Brian, 2009, The World Missionary Conference, Edinburgh, 1910, Studies in the History of Christian Missions, William B. Eerdmans Publishing Company, Grand Rapids, Michigan/Cambridge, UK, pp. 153-154.

[10] Webster John C. B., “Dalit Christian History: Themes and Trends”, rapport présenté à la Jawaharlal Nehru University, Département d’histoire, février 2011, New Delhi. Manuscrit. John Webster a beaucoup écrit sur l’histoire des Dalits chrétiens, y compris un livre révolutionnaire The Dalit Christians : A History, 1992 (qui en est à sa troisième édition), Edwin Ellen Press, San Francisco.

[11] Jurgen Moltmann, Theology Today, Vol. 28 No. 1, Avril 1971, 6-23, Princeton Theological Seminary, Westminster John Knox Press, USA.

 

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