KLINGENTHAL '93
DIEU ET L'HOMME EUROPEEN
Mgr Franc RODÉ
Secrétaire du Conseil
Pontifical de la Culture
"Similes illis fiant qui faciunt ea, et omnes qui confidunt in eis"
- "Que leurs auteurs leur ressemblent et tous ceux qui comptent sur elles".
C'est ainsi que le Psaume 135 (134), verset 18, formule le rapport entre
l'homme et les idoles qu'il adore. En fait, l'homme s'est toujours conformé
à l'idée qu'il se formait des dieux qu'il adorait; ou plutôt,
il se faisait une idée des dieux, conforme à ce qu'il était
lui-même. Aussi les dieux de la Grèce et de Rome, des peuples
germaniques et slaves reflétaient-ils l'image de l'homme européen
dans ses diverses expressions et dans la variété de ses conditions
sociales et politiques: beaux, lumineux et lascifs chez les Grecs, forts et
batailleurs chez les Romains, ténébreux et sévères
chez les Germains, tantôt paisibles, tantôt cruels chez les Slaves.
Toutes ces divinités ont en commun qu'elles sont imprévisibles et
capricieuses, dangereuses au point qu'il est impossible de se fier à
elles. Tout au plus est-il possible d'apaiser leur courroux par des offrandes et
des sacrifices. Mais le destin de l'homme, au fond, ne les intéresse pas.
"Le joug des dieux pèse sur l'homme". Ce mot de l'expérience
grecque, traduit, sans nul doute, le sentiment commun de tous les peuples européens
devant leurs divinités.
Le Dieu intérieur
Lorsque le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de Jésus-Christ
se révèle à l'homme européen, un long face-à-face
commence, exaltant et dramatique, où se mêle d'abord un sentiment
inouï de libération, de gratitude et d'amour, et plus tard, hélas,
un sentiment de révolte qui va jusqu'à la négation.
Ce Dieu, dont les hérauts proclament le message au cours du premier
millénaire jusqu'aux extrémités de l'Europe, est "le
Dieu fidèle, juste et droit" (Deut 32,4), un Dieu sérieux,
responsable et loyal. L'homme peut se fier à Lui. Entre ce Dieu
et chaque être humain existe un rapport ontologique tout à fait
unique, car l'être humain n'existe que par l'appel que Dieu lui adresse.
C'est cet appel par le nom qui fait de l'homme une personne, le toi de
celui qui dit: je suis. Ce Dieu proche et intime, l'interlocuteur
premier et le plus immédiat, éveille l'homme et affermit sa
conscience de lui-même. Un espace intérieur se crée ainsi,
l'intériorité chrétienne, qui aura une influence immense
dans notre histoire.
Devant ce Dieu, comme devant un miroir, l'homme européen s'interroge
sur lui-même, se découvre peu à peu, connaît sa
grandeur et sa misère, ses possibilités et ses limites, bref, sa vérité.
Un affinement psychologique s'ensuit, un ajustement du sens esthétique,
un approfondissement spirituel d'où naissent la plupart des oeuvres d'art
européen. Pensons seulement à la beauté lumineuse des icônes
de l'Eglise d'Orient, ou aux visages tout intérieurs de Rembrandt. Ces
chefs-d'oeuvres n'ont pu naître que dans l'atmosphère toute pénétrée
de la révélation du Dieu vivant, de la force d'un coeur et d'un
esprit croyant, de l'expérience de l'imitation du Christ. L'art chrétien
n'a pu naître que parce qu'une expérience millénaire de la rédemption
et un nouveau rapport avec Dieu avaient développé une forte
conscience de l'existence, la force du caractère, une sensibilité
intense et noble.
Ce Dieu proche, juste et droit, devient également l'archétype
et la norme de l'agir moral de l'homme. Il est en connivence avec la conscience
morale, ce que Socrate appelait son daimon. Bientôt il s'y
identifie. Aussi la voix de la conscience devient-elle la voix de Dieu. Désormais,
Dieu nous est intérieur, contrairement aux dieux païens qui
restaient toujours des dieux du dehors, extérieurs à l'homme.
Certainement ils imposaient une loi, ils punissaient les transgressions, ils ne
toléraient pas les excès, surtout l'excès d'orgueil, la
hybris. Mais entre eux et l'homme il n'y avait pas de véritable
lien intérieur, et donc point de responsabilité proprement dite.
Aussi la notion de faute morale, de péché, est-elle
absente de la conception grecque, comme en général des religions
païennes. N'existe que la conception tout extérieure de
transgression, qui n'évite pas une certaine duplicité et
hypocrisie de l'homme devant les dieux. Le christianisme est tout différent.
Le péché est une blessure à la sainteté de Dieu et
en même temps une blessure à la dignité de l'homme, une
blessure qui atteint l'homme au plus profond de lui-même.
De ce fait, les possibilités de bien se trouvent énormément
élargies, car c'est ce Dieu intérieur et proche qui en exige la réalisation
et qui en est le soutien constant et ferme, de même que le mal acquiert
une gravité qu'il n'avait pas dans les religions païennes. Ici, le
mal était pour ainsi dire innocent, instinctif. En revanche, dans le
christianisme, il acquiert toute sa formidable stature d'atteinte à la
sainteté de Dieu.
Cette identification de Dieu avec le bien, implique, pour l'homme, une
exigence de dépassement jusqu'aux limites du possible. Et c'est justement
ce qui nous convient et ce qui a donné tant de saints et de héros à
l'Europe. Paul Claudel l'a dit superbement: "Quantum potes, tantum
aude! Voilà la grande force, la grande doctrine, la grande école
d'énergie qui a fait de l'Europe ce qu'elle est, qui fait que nous sommes
des Européens et non pas de Hindous ou des Chinois. La force du
christianisme, c'est tout d'abord qu'il est un principe de contradiction. Ses
exigences, en apparence déraisonnables, sont les seules cependant qui
soient réellement à la mesure de nos forces et de notre raison.
Elles ne mutilent rien, elles sont catholiques, c'est-à-dire
universelles, elles en appellent à l'homme tout entier: son intelligence,
sa volonté, et sa sensibilité. Elles nous obligent à un état
permanent de mobilisation contre les passions, contre le doute facile, et, pour
cette guerre perpétuelle, nous n'avons pas trop de toutes nos facultés.
Ce principe de contradiction est également nécessaire à
l'art. Seul il donne le moyen de composer. Le conflit essentiel que le
Christianisme anime en nous, c'est le grand ressort, comme il est le plus grand
ressort de notre vie morale et sociale. Il ne nous permet pas la complaisance et
la satisfaction" (cité par Henri Massis, De l'homme à
Dieu, p. 188-119).
Le Dieu créateur
Ce Dieu créateur de l'espace intérieur et éveilleur d'énergies
morales remet le monde entre les mains de l'homme, afin qu'il le domine (Gen
1,28).
Ce monde est création au sens propre et fort du terme, c'est-à-dire
une réalité produite par un acte libre et souverain. Il n'est pas
naturel, il ne va pas de soi, il ne se justifie pas par lui-même,
comme dans les conceptions matérialistes modernes. Il n'est pas le résultat
d'une mise en ordre d'un chaos primitif sans provenance précise, ou sans
provenance du tout, puisqu'il est censé être éternel, sujet à
d'éternelles et inexorables transformations, selon la conception de tous
les paganismes. Ce monde a été créé au
commencement et il a un caractère de grâce. Autrement
dit, il n'était absolument pas nécessaire que le monde fût,
il est, parce qu'il a été créé. Le monde n'est pas
une nécessité, mais un fait.
Le concept de création, tel qu'il nous a été légué
par la théologie chrétienne, exclut l'idée que les choses
créées soient de simples images contenues dans la conscience
divine, un jeu irréel de l'imagination d'un être infini, comme le
conçoit la pensée hindoue. Ce que Dieu crée, il le crée
en plénitude, conférant à son oeuvre une subsistance et une
activité propres, une intelligibilité intime et une magistrale
perfection qui peuvent même créer une illusion d'autonomie absolue.
Mais Dieu court le risque!
Ce monde solidaire et magnifique a été remis entre les mains
de l'homme, afin qu'il le domine et le conduise à la perfection qu'il ne
peut atteindre sans lui. Se savoir investi d'une mission divine devant le monde:
voilà un autre facteur qui a déterminé la conscience européenne
et a fait naître l'attitude typique de l'Européen devant la réalité,
une attitude qui diverge si profondément des autres attitudes que nous
connaissons. C'est de cette conscience d'une mission divine dans un monde livré
à l'intelligence et à la hardiesse de l'homme que naissent les
grandes découvertes des terres in-connues et leur conquête, la
splendeur si charnelle des villes européennes -je pense à
Toledo ou à Salamanque- et finalement la science et la technique
modernes.
Le drame de l'athéisme
Tout ceci comportait évidemment des risques énormes que Dieu
n'a pas hésité à courir. Le risque d'une révolte
contre le Dieu proche et intime, ressenti comme l'autre menaçant
et écrasant, le risque de concevoir le monde comme une réalité
indépendante de Dieu et se suffisant à elle-même.
Pour une large part, l'homme européen n'a pas pu - ou pas voulu - éviter
cet écueil. Et c'est son drame, le drame de son athéisme et la
tragédie de ses utopies terrestres.
Quelle histoire que celle de Dieu dans la conscience européenne
depuis deux cents ans! Depuis le XVIIIe siècle, un antagonisme croissant
se fait jour entre Dieu et l'homme. Dans une atmosphère de ressentiment
et d'injures, celui-ci pose de plus en plus nettement le dilemme: ou lui ou moi.
La révolte se fait de plus en plus hardie et trouve sa grande voix poétique
en Nietzsche, pour qui la mort de Dieu dans la conscience de l'homme est comme
une nouvelle aurore, et l'horizon, enfin, libre (Le gai savoir, §
343).
Comment l'homme européen en est-il arrivé là? "L'explication
la plus profonde de cet événement est sans doute à chercher
dans la révolte de l'homme contre Dieu. Mais il serait beaucoup plus
simple et avant tout injuste de ne voir les choses que sous cet angle. L'homme
qui s'est révolté a beaucoup souffert aussi. C'est une grande détresse
de ressentir Dieu comme 'l'autre'" (Romano Guardini, Le monde et la
personne, Paris, Seuil, 1959, p. 47). Sa révolte est souvent une réponse
à de graves négligences et notamment à un rapport jugé
peu respectueux de l'autorité religieuse envers la personne. Car ce
rapport est aperçu, le plus souvent, comme le rapport de Dieu au monde.
Quoi qu'il en soit, l'homme européen doit réapprendre à
entrer en contact avec ce Dieu proche, son toi le plus immédiat
et son interlocuteur indispensable, s'il veut recouvrer sa santé
psychique et sa paix intérieure. Il faut que disparaisse cette terrible déformation
du sentiment et cette erreur monstrueuse de l'intelligence qui font percevoir
Dieu comme l'autre jaloux et mesquin, comme un être qui se situe
à côté, au-dessus et même contre
l'homme. Car tout cet ensemble d'idées modernes relatives à
l'autonomie du monde et de l'homme, toute cette lutte contre l'hétéronomie
sous ses diverses formes, reposent en définitive sur cette fallacieuse
transformation de Dieu en l'autre. Pour que la foi en Dieu créateur
et sauveur redevienne possible, il est nécessaire que l'homme européen
réapprenne à voir en Lui la véritable source de sa liberté
et de sa dignité.
En regardant les oeuvres de beauté dont le génie chrétien
a parsemé l'Europe, des cathédrales aux églises de
villages, des crucifix de campagne aux tableaux des grands maîtres, tels
le Greco, Botticelli ou Raphaël, en écoutant surtout les
chefs-d'oeuvres de la musique sacrée, tels la Passion selon saint
Matthieu de Bach, ou les Messes de Mozart, cela ne devrait pas être trop
difficile, ou même impossible.
Ce qui me ravit à chaque fois, en écoutant telle ou telle
messe de Mozart, c'est l'expérience intime de l'immense majesté
divine qui s'exprime dans la triple invocation - in crescendo - du Sanctus,
et de la joie triomphale qu'éprouve l'homme dans la contemplation de
cette majesté. Là, l'homme dit tout son bonheur devant la
grandeur, la puissance et la gloire de Dieu qui transparaît dans la création.
Loin de se sentir écrasé par elle, comme cela a été
si souvent le cas par la suite, Mozart y trouve une source de joie débordante.
C'est que, dans le tréfonds de son coeur, il éprouve la vérité
de cette pensée de saint Irénée: gloria Dei, vivens
homo, c'est-à-dire que la gloire de Dieu est aussi la sienne, à
cause du lien essentiel, ontologique, vital, qui existe entre Dieu et l'homme.
Puisse l'homme européen redécouvrir et revivre en profondeur
ce rapport fondamental qui le lie avec Dieu. Pour son bonheur et pour sa joie!
EUROPA - PERSPECTIVAS TEOLOGICAS
Dr. Gösta HALLONSTEN
Suecia
Hoy Europa ya no es el continente cristiano, y tampoco el
centro del cristianismo. El centro de gravedad se ha desplazado: las más
grandes numéricamente son las Iglesias del Tercer Mundo. En éstas
se dan también del modo más visible los signos de una revitalización
de la fe cristiana y la correspondiente inculturación del Evangelio. Al
mismo tiempo, la vieja Europa, fuertemente marcada por una progresiva
secularización y liberalización de la sociedad, se esfuerza por
conseguir la unificación económica y política de sus
numerosos pueblos y naciones. ¿Qué papel podría jugar en este
proceso de unificación el cristianismo, que está indisolublemente
ligado a la identidad histórica de los pueblos cristianos, pero que hoy
parece más un viejo artículo de exportación que un producto
propio del mercado europeo?
No es fácil responder a una cuestión tan compleja. Tampoco es
mi tarea reflexionar sociológica y políticamente sobre el papel
del cristianismo en la futura Europa. Aquí se trata de exponer puntos de
vista teológicos. De este modo puedo invertir la perspectiva y preguntar:
¿qué tarea tiene la Iglesia y tienen los cristianos en la Europa
futura? ¿qué es teológicamente de particular importancia para
el futuro de Europa y para la tarea de la nueva evangelización de nuestro
continente? ¿qué testimonio se espera de nosotros en la Europa
actual?
En esta intervención quisiera tocar brevemente tres temas que me
parecen particularmente importantes. Se trata, en primer lugar, de la libertad y
la verdad; segundo, de la relación entre tradición e inculturación;
y tercero, conectado con el segundo, del núcleo de la fe cristiana: de la
Trinidad.
1. La libertad de conciencia y de religión, de la que gozamos
hoy en Europa, es un resultado de la historia espiritual europea. La fe
cristiana ha participado decisivamente en el desarrollo de la libertad y de los
derechos del hombre, aunque la Iglesia sólo haya reconocido plenamente la
libertad religiosa con el Concilio Vaticano II. No hace falta que me detenga
sobre esto (Cfr. W. Kasper, Die theologische Begründung der
Menschenrechte, en Die Kirche und die Menschenrechte. Historische und
theologische Reflexionen, Päpstlicher Rat Justitia et Pax, hg. vom
Sekr. der Deutschen Bischofskonferenz, Arbeitshilfen 90). Es bien conocido que
el cristianismo, por una parte, ha sido un estímulo esencial para la
Ilustración y la irrupción de los derechos del hombre, y que, por
otra, la emancipación del hombre europeo se ha orientado contra la
Iglesia (Cfr. W. Löser, Europa -Aufgabe für Christen, pp.
17-18). Actualmente esto se percibe, por así decir, a nivel de masas:
Europa está constituida, en medida creciente, por sociedades en las que
la libertad es concebida como autonomía. No sólo como autonomía
en el sentido de que el deber y la ética se fundan en el hombre mismo,
sino en el de que todo vínculo a una autoridad y a una verdad objetiva u
orden de valores es considerada como heteronomía. La sociedad pluralista
tiende, como es sabido, a una relativización de la verdad.
Esta situación, que a veces es caracterizada como postmoderna, es una
oportunidad para la Iglesia en tanto que muchos resentimientos contra la fe
cristiana desaparecen. Ya que todo es posible, la fe es considerada como una
oferta entre otras en el mercado de las posibilidades.
Para la Iglesia el desafío consiste en anunciar la libertad en el
sentido del Evangelio. Y esto significa libertad por medio de la verdad, y
verdad por medio de la libertad. El Concilio Vaticano II en la Declaración
sobre la libertad religiosa ha dicho: "Por razón de su dignidad,
todos los hombres, por ser personas, es decir, dotados de razón y de
voluntad libre y, por tanto, enaltecidos con una responsabilidad personal, son
impulsados por su propia naturaleza a buscar la verdad, y además tienen
la obligación moral de buscarla, sobre todo la que se refiere a la religión"
(Dignitatis humanae, 2). Con esto el Concilio enseña una libertad
que implica deberes. - La Iglesia está obligada a anunciar el Evangelio
(Cfr. Redemptoris Missio, 7). Todo hombre está obligado a buscar
la verdad.
La libertad religiosa y los derechos del hombre en general hoy pueden ser
vistos como un nuevo ethos mundial (Cfr. W. Kasper, o.c., p. 45). Y aquí
es muy importante, a mi parecer, que la libertad religiosa debe tener una
fundamentación, según la expresión del Concilio, no sólo
subjetiva, sino también objetiva (Cfr. W. Kasper, o.c., p. 51).
La verdad sólo puede ser conocida y reconocida en la libertad. Por eso la
búsqueda y el hallazgo de la verdad presupone la libertad religiosa. "Pero
por otra parte la libertad se funda en la verdad que la precede; la libertad
existe a causa de la verdad y encuentra su cumplimiento en el reconocimiento de
la verdad " (Ibid.). En mi patria todo esto apenas se entiende.
Pero yo pienso que en la concepción de la relación entre libertad
y verdad se decide en cierta medida el papel que jugará el cristianismo
en la identidad cultural de los pueblos europeos. Aunque los hombres pueden
decir que no a la fe, el anuncio de la Buena Nueva es una llamada a buscar la
verdad en libertad, es un reto a la decisión y pone un interrogante a la
indiferencia (Cfr. E. Straub, Die Selbstvergessenheit des Abendlandes. Die
Frohe Botschaft als Letztbegründung einer säkularen Welt?, en Internationale
katholische Zeitschrift 4/92).
Pero si el Evangelio presupone y promueve la libertad religiosa y los
derechos humanos, esto implica también para la Iglesia un futuro bastante
abierto en Europa. Ciertamente, ella está obligada a defender el derecho
del cristianismo de estar en la vida pública y de anunciar la verdad. Más
aún, la Iglesia tiene que insistir en que la sociedad se construye sobre
un orden verdadero de valores y en que el poder no es algo absoluto. El orden
social ha de presuponer su finitud congénita. Esto significa que aun
cuando ya no tengamos una sociedad cristiana, sin embargo esta sociedad secular
tiene que reconocer que la ética y la convivencia humana no puede basarse
sólo en la inmanencia, sino que ha de presuponer a Dios o la
trascendencia (Cfr. J. Ratzinger, Kirche, Ökumene, Politik).
Pero esta vasta tarea de la Iglesia ha de ser llevada a cabo bajo el
presupuesto de la libertad de cada hombre a buscar la verdad y de ser fiel a la
verdad encontrada, aunque ésta no pueda ser reconocida como verdad
por mí ni por la Iglesia. La nueva evangelización de Europa, de la
cual podemos esperar con razón una revitalización del cristianismo
en nuestro continente, tiene que hacer su camino a través del "sí"
de cada individuo al Evangelio. Esta es realmente una nueva evangelización,
pues la "vieja evangelización" de los pueblos de Europa fue las
más de las veces un fenómeno colectivo. Aquí veo
actualmente dos peligros que evitar: el sueño de una vuelta a la sociedad
cristiana unitaria, y por otro lado, el contentarse con la concepción
pluralista relativista de la libertad. Por el contrario, una importante
perspectiva teológica para Europa sería desarrollar ampliamente y
hacer que se afirme la noción de libertad y de verdad del Concilio.
2. Paso al segundo punto, que trata de la tradición y la
inculturación. Se podría establecer ya la tesis y yo lo hago ahora
citando a un jesuita alemán: "En el Concilio Vaticano II la Iglesia
ha renunciado a la pretensión de hecho y en parte también teológicamente
fundada de que la cultura europea, especialmente en su configuración
greco-romana, sea la única expresión adecuada o al menos la más
apropiada, de la fe y doctrina de la Iglesia, incluida la reflexión teológica"
(L. Bertsch, Europa - Aufgabe für Christen, p.142). Esta tesis es
ciertamente verdadera. En las encíclicas papales y en otros documentos
eclesiásticos se trata también frecuentemente de la tarea de la
inculturación (Cfr. Redemptoris Missio, 52-54; Commission Théologique
Internationale. Textes et Documents (1969-85) pp.336-340). Pero ahora se
plantea esta cuestión: en la tradición cristiana, que tan íntimamente
ligada está con el cristianismo europeo y que se ha expresado en la forma
de pensar greco-romana, ¿qué hay todavía de obligatorio para
la Iglesia universal? Naturalmente es una pregunta muy amplia, estrechamente
relacionada con la valoración del lenguaje de los dogmas y con la cuestión
de su teología contextual. Aquí sólo quisiera mencionar
esta cuestión, ya que de alguna manera pertenece a la percepción
de la herencia europea. Si se considera la historia de los dogmas y de la teología
de la Iglesia antigua como un tipo de inculturación de lo cristiano en la
cultura greco-romana, entonces se plantea la cuestión de en qué
medida esta inculturación puede hacer marcha atrás. O dicho más
claramente: si puede haber una relectura de la historia antigua de los
dogmas, que no tenga que hacer primero el camino laborioso a través de
esa historia. Basil Studer escribe en su libro Gott und unsere Erlösung
im Glauben der Alten Kirche: "El desarrollo de la doctrina sobre Dios y
nuestra salvación a lo largo del cristianismo antiguo enseña,
entre otras cosas, en qué medida la tradición apostólica no
puede ser entendida y mantenida con firmeza sin la posterior tradición
eclesial" (p.16).
No es mi intención empezar aquí una discusión sobre
cuestiones de historia de los dogmas y de hermenéutica (para ello remito
sobre todo a Die Interpretation von Dogmen de la Comisión Teológica
Internacional 1989). Quisiera sólo plantear la cuestión de qué
posición ocupa la herencia europea, no sólo para la Iglesia en
Europa, sino también para la Iglesia en todo el mundo, y por
consiguiente también si es una tarea particular para Europa.
La tradición cristiana y sobre todo los dogmas están
indisolublemente ligados a la historia espiritual de la primitiva Europa. Si el
Evangelio debe ser inculturado en otras culturas, esto no significa una supresión
o relativización de esa historia. La inculturación del Evangelio
en la cultura greco-romana, que ha configurado Europa, no es una inculturación
entre otras. El anuncio de la Iglesia antigua sigue siendo una norma para los
cristianos de hoy, si bien una norma normata de la fe. Si esto es así,
a mi modo de ver, a la Iglesia en Europa y a Europa en general les toca una
tarea especial: no sólo conservar el contenido del anuncio de la Iglesia
primitiva -esa tarea compete a toda la Iglesia-, sino también
salvaguardar el horizonte de comprensión y la herencia histórico-espiritual
en los cuales se formuló el dogma (Cfr. Die Interpretation der Dogmen,
C.III.3, B.II.2 y A). Esto favorecería también la unidad con las
Iglesias orientales, que, en el fondo, es decisiva para el futuro del
cristianismo en Europa.
3. Mi tercer punto está estrechamente ligado al segundo.
Europa vive hoy un proceso de unificación, aunque también nuevas
divisiones y conflictos bélicos. Europa está constituida por2 un
mosaico de pueblos y naciones, cuyo denominador común es la herencia
greco-romana. La fe cristiana no produce automáticamente la unidad y la
paz, y de esto Europa tiene profundas experiencias. El Evangelio tiene que ser
aceptado y vivido libremente.
Pero, en su núcleo, contiene la fe en el Dios Trinitario, es decir,
en el Dios que es unidad en comunión. El convencimiento cristiano sobre
la libertad y la dignidad de la persona humana está anclado en el corazón
de la fe cristiana. El ser de Dios es relacional. Dios existe, ante todo, en una
comunión tripersonal, en una comunión de amor, en la que la comunión
de personas es al mismo tiempo total y libre. Un libro del teólogo
ortodoxo John Zizioulas sobre la eclesiología se titula Being as
Communion - "Ser como comunión". El piensa que la teología
patrística, sobre todo la doctrina trinitaria, es en cierta medida una
superación de la ontología griega y así contiene también
un mensaje para nuestro tiempo: la comunión es la noción clave de
la teología patrística y también la clave para nuestros
problemas (Cfr. Being as Communion. Studies in Personhood and the Church,
pp.71-72 y también el cap.2, "Truth and Communion"). Esto
significa que en la doctrina trinitaria está implícita la ontología,
la antropología, la doctrina de la libertad e incluso de la sociedad. Con
esto no quiero defender una especie de "funcionalización" de la
doctrina trinitaria. Al contrario. La religión es instrumentalizada
demasiado a menudo en nuestro tiempo, como algo que se puede utilizar para un
fin determinado. Sin embargo la fe cristiana no anuncia un Dios que puede llenar
las lagunas de nuestro sistema inmanente, o que de algún modo se revela
utilizable socialmente. El Dios trino es anunciado y adorado a causa de sí
mismo. El contenido de la fe cristiana no es sólo lo que Dios ha hecho
por nosotros, sino Quién es Él en sí mismo (Cfr. W. Löser,
Europa - Aufgabe für Christen, p.17). Pero la verdad sobre Dios es
la verdad sobre el hombre. Por eso es tan importante la ortodoxia, la fe
verdadera (Cfr. J. Zizioulas, o.c., p.15).
Los pueblos europeos se hicieron bautizar en otro tiempo en el nombre del
Dios trino. La profesión de fe en Dios Padre, Hijo y Espíritu
Santo forma parte de la herencia europea. El papel del cristianismo en la
identidad cultural de los pueblos europeos no se puede pensar sin esta profesión
de fe. No anunciamos un fundamento originario trascendente e impersonal del
mundo. Tampoco anunciamos un Absoluto que está frente al hombre de modo
heterónomo. Anunciamos el Dios tripersonal, el Dios de la libertad, el único
que garantiza y posibilita la libertad del hombre en la sociedad. En cuanto
imagen de Dios, el hombre es persona, es decir es libre y puede
autotrascenderse. Ser persona significa también comunión
libremente elegida con otras personas. La Iglesia es un icono de la Trinidad.
Precisamente por eso la Iglesia es "signo y salvaguardia de la
trascendencia de la persona humana" - Ecclesia...signum est et
tutamentum transcendentiae humanae personae (Gaudium et spes, 76).
POLITIQUE CHRETIENNE OU CHRETIENS EN
POLITIQUE?
Mgr Roland MINNERATH
Université de Strasbourg,
France
La formulation du titre de cette brève communication a peut-être,
au premier abord, un côté rassurant. Le christianisme, c'est évident,
ne s'épuise pas en politique ni en morale sociale ni en projet
d'organisation de la société humaine. Il est foi dans le règne
de Dieu inauguré par le Christ dans la vie de son Eglise en marche vers
la cité définitive. Sa morale est marquée par la tension
que le règne déjà proclamé et pas encore établi
provoque dans la vie de tout croyant. Elle est une morale pour le pèlerinage,
un viatique. C'est dans son attente de la cité de Dieu que le
christianisme puise les ressorts ultimes de son éthique sociale et
politique. Qu'on se rassure, il n'y a pas de politique tirée de
l'Ecriture sainte, comme le prétendait avec quelque excuse Bossuet et
que le répètent sans excuse les fondamentalistes d'aujourd'hui.
Pas plus que l'Evangile n'est un message politique, la foi n'appelle le chrétien,
en première ligne, à un engagement politique. La révélation
biblique nous enseigne que l'homme et sa destinée collective ne se réduisent
pas à des projets terrestres. La cité humaine ne saurait absorber
tout l'homme ni tout l'horizon des espérances humaines. Le christianisme
pense au contraire anoblir la cité en lui reconnaissant un statut
transitoire propre au provisoire de ce monde par rapport au définitif de
Dieu. Car c'est dans les moments uniques du transitoire qui dure (cf. 2 Pierre
3,3-13) qu'il s'agit de mettre en oeuvre une cité digne de l'homme et de
sa destinée.
I. Les chrétiens catholiques se sont habitués à
partir de Léon XIII et surtout depuis Vatican II à considérer
comme leur devoir de participer à l'aménagement de la cité
terrestre en tâchant d'y apporter le souffle de l'Evangile. La chose
n'allait pas de soi dans le premier siècle qui a suivi le triomphe des
Lumières, de la Révolution française et du libéralisme.
Ce qu'on appelle la modernité, dont les racines plongent bien plus
profond dans le temps, apparaissait globalement incompatible avec la Révélation
biblique: un monde qui s'était affranchi de tout lien avec le Créateur,
qui mettait l'homme et sa subjectivité au centre du monde, la morale
personnelle et sociale n'ayant plus d'autre norme que la loi positive changeant
au gré des fluctuations des volontés individuelles.
L'Eglise hiérarchique soulignait la contradiction entre les principes
de la modernité fondés sur le subjectivisme et l'hédonisme
et la conception chrétienne traditionnelle d'un ordre créé
par Dieu dont participent tous les êtres, dans leur dimension personnelle
et sociale. Les principes de liberté, de démocratie, de liberté
religieuse même étaient rejetés parce qu'ils niaient l'ordre
naturel objectif duquel découlent tous les droits et les devoirs des
hommes. Ils renversaient l'ordre séculaire sur lequel s'était édifié
la civilisation européenne. Aux revendications de la liberté
moderne, l'Eglise répondait par les devoirs envers la vérité
objective, inscrite dans la nature créée. Pour la société,
la liberté était affranchissement de toute norme transcendante;
pour l'Eglise elle était toujours recherche et adhésion à
l'ordre voulu par Dieu.
La première rencontre de l'Eglise avec la modernité s'est soldée
par les condamnations sans équivoque du Syllabus (1864): il n'est
pas possible de se réconcilier et de pactiser avec le progrès,
le libéralisme et la culture moderne (DS 2980). Bref, la modernité
était rejetée en bloc. Dans le conflit déclaré, ou
la modernité ou le christianisme devait l'emporter. Les Encycliques de Léon
XIII le montrent encore: on misait sur le triomphe d'une politique chrétienne,
qu'on n'imaginait pas autrement que par un retour à l'ordre ancien, où
la vérité révélée par Dieu dans la nature et
dans l'Ecriture se traduirait sous forme de lois contraignantes pour tous.
II. Bien vite il apparut que l'attitude du refus global de la
modernité tournait au détriment des valeurs mêmes que l'on
cherchait à sauver. Puisqu'on ne pouvait plus changer globalement la société
et la faire revenir à un passé idéalisé, ne
valait-il pas mieux coopérer avec elle pour, éventuellement, infléchir
ses orientations. A partir de Léon XIII nous assistons ainsi à une
suite de "ralliements", non pas aux principes de la modernité,
mais aux nouvelles réalités politiques grâce aux possibilités
de participation qu'elles offraient. Les chrétiens pouvaient accepter
l'idée de démocratie, de république. Ils entraient donc en
politique.
Cette deuxième étape de la rencontre avec la modernité
a trouvé son achèvement doctrinal dans la Constitution Gaudium
et Spes de Vatican II. Non seulement la participation des catholiques à
tous les niveaux de la vie sociale et politique est encouragée, mais ce
monde libéral moderne n'est plus globalement condamné. On admet
maintenant que, même éloigné de Dieu, il conserve des
aspirations à la vérité et à la justice qu'il faut développer
et promouvoir. Les croyants sont donc invités à assumer ce qui est
moralement bon dans les systèmes sociaux et politiques, et à
recourir à la persuasion pour promouvoir les valeurs évangéliques
dans la société et la législation.
Des distinctions, plus ou moins rigoureusement respectées selon les
contextes nationaux et les époques, sont cependant bien affirmées:
l'Eglise comme telle, représentée par le Magistère hiérarchique,
ne se confondra pas avec une politique particulière ni un parti donné.
L'engagement chrétien se définit à partir des valeurs évangéliques
et des grands principes de la doctrine sociale de l'Eglise. La hiérarchie
rappelle les principes, et les laïcs, qui ont la mission spécifique
de sanctifier l'ordre temporel, les mettent en oeuvre dans le pluralisme légitime
des options temporelles.
Ce rapprochement avait été facilité par deux considérations
distinctes et mêmes opposées:
a) Sur la lancée de quinze siècles de christianisme en
Europe, la morale de la modernité offrait, à bien des égards,
en ses débuts, l'aspect d'un christianisme sécularisé:
l'individu sujet de droits, l'impartialité de la justice, la solidarité
sociale, la protection des plus faibles, l'Etat de droit, les mécanismes
de contrôle des pouvoirs constitués, l'alternance démocratique,
le droit des gens accusaient leur origine chrétienne et apparaissaient
comme des développements nullement contraires à l'ordre moral
objectif. La société libérale, sauf l'introduction du
divorce civil, ne rejetait ni le mariage monogame, ni la notion de famille, ni
(sauf en France, fin XIX·s) l'éducation religieuse dans l'école
publique. Le sens de l'honneur, du travail, de la justice, du don de soi, de la
générosité, étaient cultivés et enseignés
comme morale civile voire républicaine. En fait c'était la morale
humaine telle que l'Eglise l'avait enseignée pendant des siècles.
Il paraissait donc possible aux chrétiens de s'engager dans les mêmes
objectifs que la société sécularisée.
b) L'autre phénomène fait apparaître l'envers du
décor. Il a consisté et consiste encore en un détournement épistémologique
des notions chrétiennes, qui une fois vidées de l'intérieur,
reçoivent un tout autre sens. La modernité a souvent réussi
à entraîner dans son sillon beaucoup de bonnes volontés chrétiennes,
sous couvert d'égalité, de liberté, de fraternité,
aujourd'hui de droits de l'homme. Encore aujourd'hui peu nombreux sont ceux qui
font la différence entre les droits de l'homme selon J.J. Rousseau et
selon l'Evangile. Le chrétien, passé par le moule de la culture
dominante, ne se rend pas toujours compte du décalage entre croyance et
foi, arbitraire et liberté, solidarité et charité, projet
et espérance, entre l'anthropocentrisme de la culture et le
christocentrisme de la foi.
La modernité met en évidence que des pans entiers du
christianisme sont en travail de "pseudomorphose", terme de la
physique des métaux, utilisé par H.I. Marrou pour désigner
la mutation de la religiosité païenne au II· siècle.
Aujourd'hui, ce concept est applicable au christianisme: dans l'enveloppe
inchangée des mots, de rites, des symboles chrétiens, le contenu
se transforme et se charge d'un sens nouveau, purement séculier, sur un
horizon d'où le mystère de Dieu est absent.
Dans les rangs du catholicisme on a assisté à une réduction
de la perspective de l'eschatologie chrétienne à celle des utopies
séculières. Des mouvements politiques totalitaires et révolutionnaires
ont attiré des théolo giens et des militants chrétiens, qui
disaient y trouver une actualisation de l'Evangile et de sa préférence
pour les pauvres. On a vu tel évêque latino-américain
proclamer que Cuba ou le Nicaragua sandiniste était le paradis de
l'Evangile. Dans la production vulgarisée de la théologie de
la libération, l'espérance chrétienne consistait à
attendre patiemment le triomphe du communisme là où il ne sévissait
pas encore. Une politique chrétienne, plus dogmatique que celle
des époques de chrétienté, était ainsi réinventée
sans nuances, sous forme de reddition sans condition aux idéologies les
plus anti-chrétiennes de la modernité.
III. Au moment où nous parlons, l'écroulement du
versant marxiste et totalitaire de la modernité ne laisse plus sur les
rangs que le libéralisme individualiste et hédoniste. A son égard,
dans le contexte occidental, le discernement n'a pas toujours été
exercé. L'expérience d'un siècle de participation des chrétiens
à la vie publique a eu pour résultat non pas d'infléchir
mais de légitimer un peu plus la modernité. Longtemps la démarche
était celle de deux trains qui courent parallèlement et dont les
rails se croisent de temps en temps. Croyants et incroyants luttent pour les
droits de l'homme, la paix, la justice, les premiers, parce qu'ils les savent
fondés sur la nature créée par Dieu et donc intangibles;
les seconds pour d'autres motifs. Sur des objectifs précis, on constatait
que les voies se croisent souvent.
Ainsi le droit civil à la liberté en matière de
religion. Pour l'Eglise, ce droit est ancré dans la nature de l'homme qui
ne peut accéder à Dieu que librement. Dans les documents
internationaux, la démarche religieuse équivaut à une
opinion subjective et doit être respectée à ce titre. Les
deux perspectives sont foncièrement différentes, mais dans les
faits, force est de constater que la seconde ménage à la première
un espace suffisant pour qu'elle puisse se développer. La Déclaration
Dignitatis humanae de Vatican II théorise indirectement cette
attitude en suggérant par deux fois la notion de coïncidence ou
d'accord pour exprimer la rencontre, au moins partielle, des deux perspectives
(cf. par 9 & 13). La même Déclaration reconnaît aussi que
la liberté de l'Eglise est suffisamment garantie par la liberté
religieuse dans l'Etat de droit (Par. 15). Il y a donc des recoupements sur le
terrain du droit entre les requêtes de la foi et les présupposés
de la modernité.
Sans doute, ces regroupements sont-ils précaires, plus conjoncturels
que structurels. Des vérifications périodiques s'imposent pour
constater s'ils demeurent. Mais plus la société s'éloigne
de son humus chrétien d'origine, moins les rails auront l'occasion de se
croiser.
La participation des chrétiens à l'édification de la
cité commune ressemble à une main prêtée aux oeuvres
d'un architecte qui n'est pas des leurs. Certainement y eut-il des moments dans
l'histoire européenne récente où leur contribution a été
plus décisive. On recourt généralement aux ressources
morales du christianisme restées intactes lorsqu'il s'agissait de sortir
de crises majeures. Quand il fallut reconstruire l'Europe occidentale d'après
guerre, ce sont des hommes avec des programmes inspirés par la doctrine
sociale de l'Eglise qui ont exercé le pouvoir. Leur action est à
l'origine de l'Europe communautaire. Les changements intervenus depuis 1989 en
Europe centrale et orientale sont partis d'un syndicat catholique en Pologne et
de pasteurs protestants dans l'ancienne Allemagne de l'Est. L'Eglise a fourni à
l'Europe des concepts intégrateurs comme celui de subsidiarité.
Elle a combattu et obtenu que la liberté religieuse soit inscrite dans
les préoccupations de la CSCE et systématiquement défendue
depuis l'Acte final d'Helsinki (1975).
Mais, globalement la société a poursuivi son développement
hors de l'influence chrétienne, dans les domaines sensibles du contrôle
des naissances, de l'avortement, de la bio-éthique, de l'euthanasie, de
la xénophobie, du racisme, etc.
Aujourd'hui, qui propose une alternative cohérente au nihilisme
ambiant, sinon l'Evangile du Christ?
IV. Depuis quelques années il est question de notre entrée
dans la post-modernité. A bien des égards, celle-ci apporte une
nouvelle donne à l'engagement politique du chrétien.
Peut-on définir la post-modernité? Là où elle
existe, elle est caractérisée par la fin des utopies politiques.
C'est clair depuis 1989. Le messianisme politique avait pris la relève de
l'eschatologie chrétienne depuis que la modernité promettait le
bien-être ou même la société parfaite sur terre.
Maintenant rien.
- La post-modernité commence à douter du mythe du progrès,
quantitatif et qualitatif, qui avait permis aux deux siècles précédents
de se lancer dans une course en avant, en évitant de poser les questions
essentielles de l'homme.
- Des facteurs habituels d'intégration sociale ne jouent plus leur rôle:
la croissance économique, gage d'équilibre et de cohésion
sociales; la science dont les applications à la bioéthique et à
l'énergie nucléaire inspirent plus de crainte que d'espérance.
- La post-modernité se traduit par une angoisse devant l'avenir, pas
par des certitudes conquérantes. Or, une civilisation n'est créatrice
que si elle se fonde sur des certitudes qu'elle veut propager. Quelle
consistance offre l'Europe entre Maastricht et Sarajevo? Quel scandale que le décalage
croissant entre les réalités et les protestations verbales sur les
droits de l'homme?
- La post-modernité se prête au dérapage dans
l'irrationnel, les gnoses, les sectes, le new age promettant à l'individu
atomisé une communion cosmique, là où est devenue
impossible une communion sociale ou simplement familiale.
- La post-modernité ne favorise en aucun cas un retour au
christianisme. Elle ne manifeste aucune inquiétude à connaître
le Dieu transcendant et incarné, créature et rédempteur du
monde et de l'homme.
V. Devant cette nouvelle donne, de quels atouts dispose l'Eglise?
L'engagement politique tient aujourd'hui de la prouesse. Il réclame dévouement
au bien public sous la constante menace des médias et la vigilance des
juges. Il faut être sans peur et sans reproche, pour constater
qu'on est souvent impuissant. Car où se situe aujourd'hui le pouvoir qui
fait naître les consensus et oriente les choix? Il est diffus dans tout le
corps social, dans une nébuleuse d'alliances qui se nouent et se dénouent
dans les groupes institutionnalisés comme les syndicats, les instituts de
lobbying, les ONG, les Tendenzbetriebe, mais aussi dans les pressions de
la rue. Tout pouvoir passe par la maîtrise des medias, dont le propre est
de manipuler l'opinion. L'image qu'ils nous renvoient de la réalité
des événements est toujours déformée pour servir à
la communication de masse, comme l'avait bien vu Mac Luhan.
A mesure qu'elle n'a plus de contenu à véhiculer, la
communication perfectionne ses supports. Dans une réunion internationale,
il n'est pas possible de discuter, par exemple, des fondements des droits de
l'homme; mais on s'étendra volontiers sur les mécanismes de leur
protection et l'allocation des ressources. Notre culture est devenue celle des
moyens, qui ne se rendent pas encore compte qu'ils n'ont plus de fin.
Aussi la priorité est-elle aujourd'hui, pour ceux que la modernité
n'a pas encore hypnotisés, de retrouver les racines de la foi. L'Eglise
n'a rien à apporter au monde si elle fait mine de courir après lui
et y dissout le sel de l'Evangile. Les croyants doivent se ressourcer à
la foi vivante que l'Esprit suscite en son Eglise. En croyants, ils ont à
vivre toutes les exigences de la vie nouvelle du Christ et à en témoigner.
L'urgence n'est pas dans de nouvelles structures institutionnelles. Beaucoup
se leurrent encore sur l'influence que l'Eglise peut avoir lorsqu'elle apparaît
comme un groupe de pression parmi des groupes de pression, lorsqu'elle fait
semblant d'être un partenaire comme les autres, au risque de perdre sa
propre signification qui est d'être la communauté tout autre,
incarnée, certes, dans des situations concrètes, mais porteuse
d'un message qui n'est pas son propre produit. La façon la plus efficace
de neutraliser l'Eglise, c'est de la banaliser. Or, l'Evangile est toujours une
provocation et une alternative au monde qui se comprend exclusivement à
partir de lui-même.
En participant avec d'autres à relever les défis de notre
temps, les chrétiens n'ont pas à cautionner la société,
ni à la condamner, mais y projeter la lumière de l'Evangile.
Montrer que la Parole de Dieu veut que l'homme vive, qu'elle est appel et
invitation adressée à l'homme et non un carcan de contraintes.
Il ne s'agit pas de déserter les lieux multiples où s'élaborent
les orientations porteuses de l'avenir, car il est urgent de redonner aux mots
d'homme, de droit, de liberté un contenu puisé aux sources de
l'anthropologie chrétienne. Il faut défendre l'Etat de droit, qui
garantit le respect des libertés des personnes et de leurs associations
naturelles ou volontaires comme la famille ou la communauté religieuse.
Mais sans illusion: la société multiculturelle ne subsistera pas
elle-même sans l'intériorisation des valeurs morales que lui a léguées
le christianisme. Nous en sommes loin.
Par rapport à la modernité classique, la perspective est,
peut-être, aujourd'hui, renversée. Celle-ci postulait qu'il n'y a
pas de vérité transcendante et qu'au nom de la liberté
subjective d'opinion, on pouvait aussi éventuellement croire en Dieu.
Dieu et la foi étaient tolérés sous le toit commun de
l'indifférentisme et de l'agnosticisme.
La nouveauté, que quelques nostalgiques ne veulent toujours pas
prendre en compte, est que deux siècles de modernité ont enlevé
au christia-nisme toute illusion de se proposer comme un système de
contrainte. Après que les systèmes de référence de
la modernité se sont aussi effondrés, le christianisme ne va pas rêver
de redevenir un système intégral, comme ce fut possible en
d'autres temps. L'Eglise a mieux à faire: évangéliser en
profondeur, éduquer la liberté, prêcher l'espérance,
montrer que la vie morale n'est pas soumission à une loi externe et
aveugle, mais réponse libre à un appel que le Créateur a
inscrit dans les consciences, et auquel la grâce nous permet de répondre.
Il n'y aura plus de politique chrétienne, à moins
qu'on en vienne à comprendre un jour que ce n'est pas le libéralisme
sans Dieu qui nous a donné la liberté, mais Dieu qui a voulu qu'on
le cherche et qu'on le suive librement. Dépouillé, comme Jésus,
de tout pouvoir de contraindre, le christianisme est à nouveau la porte
vers le royaume de la liberté dans la vérité.
Aux chrétiens de faire comprendre aux autres hommes que le cadre
toujours perfectible de la cité terrestre ne sera humainement habitable
pour tous, que si quelques-uns, au moins, ne perdent pas de vue que la patrie définitive
est celle que Dieu nous a préparée dans les cieux (cf. He
11,16; 13,14).
CHRISTIANITY, EUROPEAN GOVERNMENTS AND THE
CULTURAL IDENTITY OF NON-DOMINANT GROUPS IN THE 19TH AND 20TH CENTURIES
Donal A. KERR
St Patrick's College, Maynooth, Ireland
The history of Christianity wrote Christopher Dawson is
indispensable to the understanding of western Europe itself.
A survey of European history shows the key-role of Christianity in the
development and flowering of its culture, religious, intellectual, artistic and
political. Europe, as we know it, is the child of faith and Christian genius.
Christianity is the mother of that great civilisation and its many cultures.
Minorities posed special problems, however, but the manner in which Christianity
cherished or rejected the cultural identity of those minorities can be seen as a
litmus test of the genuineness of the Christian inspiration of the state itself.
I. Treatment of non-dominant groups during the 19th and 20th centuries
A. The 19th century and the Empire States
By the 19th century active religious persecution had ceased in most of
Europe although discrimination - political, social and educational - continued
strongly in vigour. In the European states, whether they were empires or new
states issuing from the French Revolution, in addition to the dominant group,
with its privileged religion, and consequently higher social status, other
non-dominant groups of different religious, usually Christian, groups persisted.
Among those groups can be mentioned Jews in most continental countries and
particularly, Poland, Russia, Austria and Germany; Armenians in Turkey, Catalans
in Spain, Irish in the United Kingdom; after the first World War, many of these
groups became dominant and new non-dominant groups were created - Germans in
Poland and Czechoslovakia; Austrians in the South Tirol or Alto Adige;
Hungarians in Yugoslavia; Baltic nationalities and Ukrainians in the Soviet
Union etc. Up to comparatively recently, however, and still in some places,
these groups were discriminated against on religious, cultural or ethnic
grounds. In the new state of Ireland, although the general ethos was a Catholic
one, a high degree of tolerance was achieved and the civil rights of all
religions, including the Jews, were guaranteed in the constitution of 1937, at
the very time when Jews were coming under increasing attack.
Before 1914 the great empires - Russia, Austria, Germany, Britain, to whom
could be added the French, Italians and Hungarians - believed in a type of
cultural mission to bring a higher degree of civilisation to non-dominant
groups. Since religion played an important role in maintaining the integrity of
the minority religious group, governments, were either unwilling to tolerate
that religion, or sought to control it usually through its leaders. Different
governments at different times displayed different tacties and so a first
consideration must be the different types of states and governments. Czarist
Russia was autocratic in its dealings with religious non-dominant groups whereas
the Habsburg monarchy, from the 'Privileges' of 1690-1 and, especially, after
the Toleration Patent of 1781, was tolerant in its approach to religious groups.
Furthermore, the United Kingdom, France and the modern nation-states, such as
Italy, all differed in their attitude to the cultural identity of non-dominant
groups.
An interesting 19th century illustration of both the similarities and the
differences of approach is provided by the attitude of the four great empire
states towards bishops and other religious leaders. Russia, Austria and Germany
all sought Russification or Germanisation of the Polish Catholics. The
Prussian/German king/emperor, by persistent tactics, introduced German-speaking
bishops even to the primatial see. The Czars deliberately kept episcopal sees
vacant in the hands of pliable administrators and deported uncooperative bishops
to Siberia. All the while the Czar protested to the Holy See that he was acting
as the protector of the Catholic Christians committed by God to his care. The
Austrians, more open to Catholic or papal pressure, tended, nevertheless, to
appoint Slovak bishops. In the Austrian dominions, too, the Orthodox Serbs had
their own Patriarch in Karlowitz, which was both a sign of their religion and
their nationality. A different situation existed in Ireland where Protestant
Britain had long denied the legal existence of the Catholic church. When finally
the state did recognise that the Church was not going to disappear and sought to
control the appointment of its bishops, it was unsuccessful because it was too
late. Although Rome accepted the British proposal to nominate the bishops, it
could not get Irish Catholics, clerical and lay, ti accept it and the plan was
finally abandoned in 1829. Unlike Czarist Russia, Britain was a constitutional
state and, by then, was limited in the means it could adopt.
B. National and Totalitarian States: 19th and 20th century
In those older empires and kingdoms, people were more often bound together
by a common fidelity to the Church and to the person of the prince. Many modern
states sought to replace that by an ideology of the nation state. These new
nation-states, taking up the slogans of 'liberty, equality and fraternity',
appeared committed to religious liberty and human rights. Although they
proclaimed an ideal of neutrality towards religion - a Free Church in a Free
State - the separation of Church and state did not always make for the religious
freedom of the minority groups. Liberalism was often totalitarian in its
tendencies and illiberal in its actual politics. Indeed, the all-powerful
nation-state often proved less tolerant of non-dominant groups than older
empires such as hat of the Habsburgs, for minorities appeared to detract from
the new state's sovereignty and its prior claims of universal, even total,
allegiance. The Italian state after 1871, in its search for the unified national
idea, had difficulty in accepting the cultural identity of German, Slovene or
Friulian minorities and, to a lesser extent, the French experienced similar
difficulties in their perception of the Bretons. The cultures of many minorities
were seen as survivals of an inglorious past which were best consigned to
oblivion.
Modern totalitarian states, recognising no limit on the power of the state
and uninfluenced by Christian ideas in their political action, adopted far more
brutal methods to achieve absorption of non-dominant groups as happened in the
post-war period. Minority beliefs, then came to be seen as an irritant or,
indeed, a security threat. Some modern states took extreme means to remove that
perceived threat. During the war, the massacre of the Jews and the other
minorities showed the most extreme form of intolerance. Since then the world has
witnessed the events in the post-war Communist bloc where religious minorities
were totally suppressed or forcibly assimilated into other groups as in the
Ukraine and Romania. Hungary, Yugoslavia and Czechoslo-vakia, discredited and
imprisoned bishops - the trials Cardinals Mindszenty and Stepinac spring to mind
- or appointed their own nominees in their place.
C. Religion and Cultural Imperialism
Christian Churches - Orthodox, Catholic and Protestant - played a part in
this ill-treatment of non-dominant groups. Often the reason was essentially
political - the pressure of the state to achieve national unity and the
Churches' acquiescence. For some, however, the reason was religious and the
question must be asked why was this so. When the minority had a different
religion the claim of Christianity to truth could, and did, drive Christians to
political intolerance; the identity between Church and State made it possible to
persecute. Yet the resort to force was an aberration from the gospel and from
the witness of the martyrs. The dilemma existed from the time of Augustine. The
beginnings of a solution emerged with Francisco de Vitoria's criticism of the
Spanish treatment of the native 'Indians' of America. Vitoria was followed by
Hugo Grotius, who severed law from theology and placed the principle of justice
in the unalterable Law of Nature. In the 18th century, in the wake of the wars
of religion, widespread toleration began to gain ground. The Enlightenment
philosophized about it and revolutionary France proclaimed it to the world. In
both cases the practice fell far short of the ideal.
D. Ambivalence of Minorities
In the nineteenth century most of the minority groups were in
Austria-Hungary (Czechs, Slovaks, Croats, Poles, Slovenes, Bosnian Muslims,
Bosnian Serbs, Italians, etc); in Russia (Poles, Ukrainians, Finns, Latvians,
Lithuanians, Estonians, Jews; in Turkey (Serbs, Croats, Armenians, Greeks,
Bulgarians etc; in Germany (Poles); United Kingdom (Irish, Welsh and Scottish).
After the first world war, many non-dominant groups became dominant groups, as
happened in Czechoslovakia, Yugoslavia, Poland and Ireland and dominant groups
became non-dominant as the Germans in Polish Silesia, Czechoslovakia and the
South Tirol. The attitude of those non-dominant groups had its own ambivalence.
When non-dominant these groups clamoured for full rights; when dominant they
often refused those rights to the new minorities and used force to assimilate
them. Although this attitude could be perceived as hypocrisy it was rather their
vision of the over-riding claims of their new state. Insecure, obsessed by the
need of national unity and determined not to be a subject people again, they
found it difficult to accommodate other ethnic groups. This was particularly
true after the first World War in central Europe although examples are not
lacking after the second World War.
II. Christian Religions' role in preserving the cultural identity of
non-dominant groups
A. Religion and Political Autonomy
Both before and after the first world war minorities faced pressure to
conform to the dominant culture and political structure. Most of them resisted
this pressure and religion played an important role in their effort to maintain
their traditions and their integrity. Religion produced strong convictions and
loyalties among its faithful and these convictions were translated into social
and political attitudes. From Catalonia to Romania, the Churches were
instrumental in preserving ethnic cultural identity. In Poland, national
independence and Catholicity went hand in hand whether under the Czars or under
Communism. In Yugoslavia the national idea owed its origins to the Croatian
Catholic Bishops Strossmayer although after his death it was taken over by
secular nationalists. Today in Bosnia, Croat and Catholic, Serb and Orthodox,
are almost interchangeable terms (Erns Chr. Suttner, Die Herausforderung für
die Kirchen beim Zusammenbruch Jugslawiens; Sprachgruppen und Volksgruppen in
ehemaligen Jugoslawien, Una Sancta: Zeitschrift für ökumenische
Begegnung, pp. 247-60). A Serb patriarch could write in the 18th century:
'The Serb people has only one common symbol, namely the great and Holy
Church which has been preserved when all else perished' (L. Hadrovics, Le
peuple serbe et son Eglise sous la domination turque, Paris, 1947, pp.
119-20, cited in Robin Okey, The Serbo-Croat speaking lands, Donal A.
Kerr, ed., Religion, State and Ethnic Groups (New York and London,
1992), p. 54). When Tocqueville and Beaumont visited Ireland in the 1830s they
formed the same opinion of Ireland and the Catholic religion. Beaumont wrote:
Le peuple irlandais est dans son église (Gustave de Beaumont,
L'Irlande sociale, politique et religieuse (Paris, 1863), ii. 38). For
the Armenians, too, scattered in a Diaspora across eastern and central Europe,
their ability to maintain their identity came from their profession of
Christianity (Ernst Christoph Suttner, Armenians and other ethnic religious
minorities, Kerr, Religion, p. 96).
In 19th and 20th century Ireland, too, Catholicism provided the badge of
identity. In Northern Ireland today the term Nationalist and Catholic are almost
interchangeable, as indeed are Protestant and Unionist. In England itself the
Irish constituted the largest minority and among them loyalty to their
fatherland strengthened their loyalty to the Catholic faith (Sheridan Giley,
The Catholic Faith of the Irish Slums: London, 1840-70, H.J. Dyos, and
M. Wolff, eds Immigrants and Minorities in British Society (1978); Irish
Catholicism in Britain, Kerr, Religion, pp. 229-54).
B. Cultural, Educational and Social Activity
The enshrinement of a minority group's literature in the written word gave
its culture an authority and a standing in the group's own eyes. For many
non-dominant groups the Christian religion played an important and direct role
in the commitment of their literature to writing. From about 600 a.d. on, the
monks wrote down and developed the beautiful and extensive old Irish literature
- with its sagas, religious, nature, epic and love poetry. Something similar
applies to the Armenians, the Welsh, and the Orthodox Communities in the Balkan
lands.
A further important factor was the Christian priority of preaching the
Gospel. Missionaries realised the importance of using a language that was
intelligible to the people in their catechesis. Cyril and Methodius are one
example among many. After the Reformation Protestant evangelists made extensive
use of the Scriptures while the Council of Trent insisted on vernacular in
catechesis and preaching. Vernacular catechisms multiplied. As a result of this
religious activity many languages were written down for the first time and this
commitment of their language to print made minority groups conscious of their
won culture and identity. In many ethnic groups it was often the local clergy
who were the first to write down their literature and traditions. By thus
presiding at the birth of their literature, Christianity gave a new dignity to
the culture of the minority (Vittorio Peri, Two ethnic groups in the modern
Italian state, Kerr, Religion, pp. 140-78).
In Croatia, Bishop Vrhovac of Zagreb (1751-1827) took the lead in promoting
the writing of the Croatian language and in the preservation of folklore, songs
and proverbs. Later Archbishop Josip Strossmayer 1815-1905) also promoted
Croatian culture and literature and founded the Yugoslav Academy of Arts.
Strossmayer held that true nationalism, both Croatian and serbian and true
Christianity, both Orthodox and Catholic, would be best achieved through
education and culture (Stella Alexander, Religion and National
Identity in Yugoslavia, Mews, Religion, p. 597).
Education was an instrument by which the state sought to assimilate and the
religious group sought to defend, ethnic culture and identity. Confessional
schools were often the means by which the values of the minority were preserved
and handed on. The secularising state attack on Catholic education during the
Kulturkampf was defeated by a combination of German and Polish Catholics. For
the Poles this Kulturkampf was a struggle for both religious and national
identity. In Carinthia, the Catholic Church's encouragement of the use of the
Slovene language in its churches and in the schools helped consolidate Slovene
identity. From the middle of the 19th century the Hermangoras fraternity in
Klagenfurt provided the country people with pious books in Slovene through a
network of local priests. The same was true in Southern Burgenland where the
clergy founded choirs and cultural clubs, theatregroups (Andreas Moritsch and
Gerhard Baumgartner, The Process of National Differentiation with rural
communities in Southern Carinthis and Southern Burgenland, 1850-1940, David
Howell, ed., Roots of Rural Ethnic Mobilisation (New York and London,
1993), pp. 99-143. In Rumania, both the Orthodox Church and the eastern rite
Catholic Church (Uniat) contributed substantially towards preserving Rumanian
identity. The rich Rumanian folklore was cherished as a basis for development.
Later, however, the unified action of the mid-nineteenth century between the two
Churches did not last (Octavian Bârlea, Metropolia Bisericii Române
Unite proclamatâ in 1855 la Nlaj: die Metropolie der Rumänischen
Unierten Kirche verkündet im Jahre 1855 in Blaj, Perspective, x
(1987) nr. 37-8; Octavian Bârlea, Spre o noua fata a Bisericii Române
Unite: zu einem neuen Antlitz der Rumänischen Unierten Kirche, Perspective,
xii (1987) nr. 51-2). In Bosnia, the Franciscan Friars and the Sisters of Mercy
were foremost in founding schools. The Catholic Franciscan, Ivan Jukic, and the
Orthodox monk Pelagic were foremost in seeking cultural development through the
mother tongue (Okey, Education in Bosnia, pp. 320-1). This was largely
based on Herder's philosophy.
In Italy, after the peace of St Germain in 1919 the Italian state pressed
forward with a policy of italianisation. This Italianising drive increased with
the advent to power of the Fascists. The Catholic Church played an extremely
important part in protecting the culture of the German minority in South Tirol
and Johannes Geilser, bishop of Bressanone (Brixen) spoke out strongly against
any attempt to deprive the people of their mother-tongue. His statement caused
great annoyance to the state authorities. The strong presence of the Church and
religious orders in the South Tirol made it possible for the Church to provide
schools where German and German culture was transmitted. In the upper Adige, the
Church in general was involved in defending the cultural heritage of the
Tirolese. Religious seminaries at Bressanone (Brixen) and Dorf Tirol and similar
religious schools, in addition to training students destined for the priesthood,
educated lay students who wanted a German education (Angelo Ara, Italian
Educational Policy Towards National Minorities, 1860-1940, Janusz Tomiak,
ed., Schooling, Educational Policy and Ethnic Identity (London and New
York, 1991), pp. 283-7). Later, towards the end of the Second World War, when
the area fell under the control of Franz Hofer, Gauleiter of Tirol-Vorarlberg,
the clergy again were the most powerful protectors of the people (Josef Gelmi,
La chiesa e la questione etnica nel Sudtirolo dal 1900 al 1945, ed.
Vittorio Peri, Le Minoranze nella Mitteleuropa (1900-1945) (Gorizia,
1991), pp. 327-36). The fate of the Slovene minority in the valleys of Natisone
and Carnia and that of the Friulians in the Udine was harder. After continuous
pressure by the Italian state, the Fascist government, in 1931, prohibited the
clergy from preaching or catechising in the Slavic language (Aldo Moretti, Guerra,
Politica e Cultura Pro e Contro una Minoranza: il caso Friuli (1900-1945),
Peri, Minoranze, pp. 305-11). The role of the church was more
complicated because the clergy were divided. In the Val d'Aosta and
Giulia-Venetia it was individual clergy, and mainly the lower clergy, who took a
stand against the suppression of the culture. In 1926, Archbishop Rossi wrote
that he wished the priests to preach in Italian but added we do not
prohibit, however, the use of the dialect where it is necessary or useful, and
particularly in catechesis. In general, however, the Church proved a support
for all harassed cultures. The Church was truly a Noah's Ark for the cultures of
all the groups under threat in Italy during this period (Angelo Ara, Scuola
e minoranze nazionali nella Venezia Giulia tra le due guerre mondiali, Peri,
Minoranze, p. 220. The phrase was applied by Ettore Passerin d'Entreves
to the preservation of French in Valle d'Aosta in his article La lotta per
l'autonomia e la difesa del francese in Valle d'Aosta, Sandro Fontana, Il
fascismo e le autonomie locali (Bologna, 1973, p. 252).
In the Basque country, which was always deeply Catholic, the role played by
the Church in preserving the Basque culture was also significant. A Jesuit,
Father Larramendi was one of the first to write the language, while another
priest, Resurección de Azkue, forced the authorities, in 1899, to include
the language in the school curriculum. The priest, too, used Euskera (Basque) in
their pastoral work and in teaching catechism (Jose Luis Garcia Garrido, Spanish
Education Policy Towards Non-Dominant Linguistic Groups, 1850-1940, Tomiak,
Schooling, pp. 299,315; Santiago Petschen, The Spanish Royal
Privilege of Patronato, Kerr, Religion, pp. 279-203). In Catalunya,
the role of the Church leaders were more divided in their approach but the great
Benedictine Monastery of Monserrat proved crucial in the preservation and
development of the Catalan culture. This support was crucial for, particularly,
during the regime of Primo de Rivera, severe penalties were decreed for
disrespect for the Spanish tongue and using other languages in its place (Antoni
Milian i Massana, The Catalan Language in the Conflict between Centralism
and Autonomy, 1850-1940, Sergij Vilfan, ed., Ethnic Groups and Language
Rights (New York and London, 1993), pp. 71-2). In Wales, ministers of
religion (Methodists, Baptists, Independents and Wesleyans) played a formative
role as leaders in Welsh life and in preserving its ancient Welsh language
(Robert Tudor Jones, Religion, Nationality and State in Wales, 1840-90,
Kerr, Religion, pp. 261-76). During the last century the many language
revival movements usually found their most enthusiastic supporters among the
clergy, particularly the lower clergy.
In Northern Ireland, the government, provided a denominational school system
for the Catholic minority. Since the government's policy was discriminatory in
other respects, Catholics warmly welcomed this system and still cling to it,
perceiving it as a vehicle for passing on their values and as one of the few
concessions to their separate identity conceded to them. In the Republic of
Ireland, which is 90% Catholic, the state funds schools for Catholics,
Protestants and Jews, and, interestingly, only recently funded a school for the
tiny Islamic community in the country.
C. Religious leaders and minority identity
The role of religious leaders was a significant one for on them fell the
public responsibility for their religious group. They were often invested with a
dual role - sacral and secular. In its dominions the Ottoman government, in the
millet system conceded to the heads of the Orthodox Churches both civil
and religious power and some control of policing. In Montenegro, which fiercely
resisted Turkish power, the bishops of Cetinje, the Petrovic family, combined
political and religious power during much of the 18th and 19th century and
constituted a symbol of national identity. Although in other countries this
personal union was not as close yet there, too, religious leaders played a role
that was perceived to be political. In Croatia, the role of the Franciscan
friars has been noted. The major national role played by bishops such as
Archbishop John MacHale (1701-1881) and, more recently, Cardinal Tomás O
Fiaich, (1923-89), in Ireland, Makarios in Cyprus, provide interesting examples.
In general, although governments sought, often with some success, to control
them, bishops and other religious leaders, believing that ethnic cultures
enshrined traditional religious values, emerged as the strongest defenders of
those cultures (Santiago Petschen, The Spanish Royal Privilege of Patronato
- a political arm of contro over the Catalan minority, Kerr, Religion,
pp. 179-203).
D. Devotional Life
The fundamental motivation of a religious faith springs from the individual
conscience. In many groups the survival of its ethnic identity had much to do
with the collective prayers, hymns and other devotions of the group. Sodalities
and devotional associations brought them together and resulted in the
strengthening of their feelings of identity. In Wales, hymn singing in Welsh
played a significant part. In Ireland, to some extent, the recital of what was
called the paidrín páirteach, or shared prayer, -the rosary-,
played an important role in keeping the group together. On the level of social
action, priests and religious leaders promoted savings associations, peasant
cooperatives, insurance organisations and competed with the Socialists in
founding political parties and trade unions.
This examination of the role of Christianity in preserving the cultural
identity of non-dominant groups, does not claim to be comprehensive and has
omitted important minorities such as the Jews, who have suffered so grievously
at the hands of the Christian Europe (Mordechai Breuer, Orthodox Judaism in
Eastern and Western Europe, in Kerr, Religion, pp. 79-93, provides a
sensitive approach to some aspects of this question, together with an excellent
bibliography). This survey may be sufficient, however to indicate the centrality
of Christianity in preserving the cultural identity of non-dominant groups
throughout Europe. Without the protection and support of the Churches, many of
these cultures would have suffered more and may even have perished. Unlike
liberalism, which was largely identified with dominant nationalism and had
little interest in non-dominant cultures, the Churches, however, had long been
pioneers in the development of vernacular languages. Wary of the values of
Liberalism. More importantly, they respected the traditional values of the
native culture.
There have been, however, successes as well as failures in the political
sphere. Wales has preserved its culture heritage without, generally, insisting
on political independence from the United Kingdom. The Irish Free State, despite
a Catholic ethos in its law-making, was tolerant of its minorities and
proclaimed its recognition of the Jewish religious minority in its constitution
of 1938 at a time when Jews were coming in for persistent persecution. In recent
decades much more progress has been made. In 1971, the good-will of Alcide de
Gasperi and the Austrian government worked out a solution for the Alto Adige or
South Tirol that was embodied in an Austro-Italian Treaty and backed by the
International Court of Justice. The European Community assured further progress
particularly in establishing a Council for Local and Regional Entities (Santiago
Petschen, La Europa de las regiones (Barcelona, 1992), pp. 46-8;
93-102). The most recent striking example of harmonious progress came in 1993
when Czechs and Slovaks agreed to separate peacefully to allow Slovakia its
political and cultural independence. Similar efforts in different parts of the
former Soviet Union have not, however, totally eliminated tensions and
conflicts.
Conclusion
Treatment of non-dominant groups - a test of Christian inspiration
The treatment of minorities and their cultures is relevant if only because
in a united Europe we shall be minorities. There are more profound motives. The
manner in which Christian majorities treated the culture of minorities
constitutes an important test of the genuineness of the Christian inspiration.
In 1790, Pope Pius VI condemned the Declaration of the Rights of Man but, on
the other hand, French churchmen playing a leading part in formulating it. Given
the sanguinary nature of the Revolution and the anti-religious attitude of 19th
century Liberalism, it is not surprising that Gregory XVI and Pius XI adopted
too defensive an attitude.
The question of minorities is closely bound up with that of human rights as
became so obvious during the second world war. During the anguish of that war,
when his country was occupied, Jacques Maritain wrote: Christianity has
taught to the peoples the unity of the human race and the natural equality of
all men, children of the same God and redeemed by the same Christ, the
inalienable dignity of every soul fashioned by God. After the horrors of
that war, the nations decided that the rights of the individual should be
guaranteed internationally. In this changed climate, the Church responded more
positively to this new Declaration of Human Rights. Like the French clergy in
1789 but with a far happier outcome, Angelo Giuseppe Roncalli, then nuncio in
Paris, played a significant part in the formulation of the draft Universal
Declaration of Human Rights which was signed in Paris on 10 December 1948 (Seán
MacBride, The Universal Declaration - 30 Years After, Alan D. Falconer,
ed. Understanding Human Rights: an interdisciplinary study (Dublin,
1980), p. 9). Later he issued his encyclical Pacem in Terris and, later
again, the Second Vatican Council provided the philosophical and religious
underpinning for human rights in its splendid statement on religious freedom,
Dignitatis Humanae. During the discussion on the document, the exiled
cardinal archbishop of Prague, Joseph Beran, who had the distinction of being
imprisoned by both Nazis and Communists, made a moving and emotional plea:
"in my country, the Catholic Church at this time seems to be
suffering expiation for defects and sins committed in times gone by in her name
against religious liberty, such as ... the burning of John Huss ... So history
also warns us, that in this Council the principle of religious liberty and
liberty of conscience must be enunciated most clearly and without any
restrictions, which might stem from opportunistic motives. If we do this, even
in the spirit of penance for such sins of the past, the moral authority of our
Church will be greatly increased and the whole world will reap the benefit."
In 1973, Paul VI spoke strongly on the necessity of respecting the rights to
self-determination and independence (Franc Rodé, Eglise, pp.
46-9, gives an excellent summary of recent papal pronouncements). It is
especially, however, John Paul II who made the strongest appeal for respect for
minorities and their cultures. In 1989, he devoted his New Year's message to
this subject describing the rights of minorities as one of the most delicate
questions of our time (Originaire de l'Europe centrale, Jean-Paul II est
particulièrement sensible au problème des minorités
nationales, Franc Rodé, Eglise, p. 47).
He laid down two firm principles. The first is the inalienable dignity of
every person: all find their true identity in relationship with other persons or
groups and this collective identity must be protected. The second principle is
the unity of the whole human race and this unity has its origin in God the
creator. If it respects those twin pillars, Christianity will cherish the
cultures of all its peoples and create a united but diverse and multi-coloured
Europe for the second millennium.
L'EGLISE, EDUCATRICE DES PEUPLES EUROPEENS
Marguerite LENA
Communauté apostolique
Saint-François Xavier, France
De qui parler, un matin de Pentecôte, entre hommes et femmes de toutes
les nations d'Europe, sinon de Celui qui fit irruption au Cénacle de Jérusalem
pour embraser intérieurement les disciples rassemblés, et libérer
en eux une parole pour tous les peuples? L'Esprit Saint, que l'Ancien Testament
appelle, en une belle formule du livre de la Sagesse, L'Esprit Saint de l'éducation,
commence en cette première Pentecôte sa mission d'éducateur
auprès de ceux qu'il vient d'engendrer à la vie du Ressuscité
dans le sein de l'Eglise. Il commence cette mission comme le fait toute éducation
humaine: il leur apprend à parler. De sorte que la langue qu'il leur
enseigne sera désormais à bon droit et pour toujours la langue
maternelle de l'Eglise. Mais cette langue n'est pas l'hébreu, le latin ou
le grec; elle n'est pas davantage une langue culturellement inédite, ni
une glossolalie indistincte. La langue maternelle de l'Eglise est tout
simplement la langue de l'autre, celle dans laquelle chacun, quelles que
soient son origine et sa culture, peut entendre retentir pour lui, de manière
absolument singulière, la Parole universelle du salut. Dans l'événement
inaugural de la Pentecôte, le mystère de Babel n'est pas aboli,
mais inversé. Le lieu même de nos différences culturelles,
creusé jusqu'à son socle symbolique le plus profond, la diversité
des langues, devient l'espace d'une rencontre dilatée aux dimensions du
monde.
Penser aujourd'hui la mission commune des éducateurs en Europe,
est-ce remonter en-deçà de Babel, proposer aux jeunes l'idéal
d'une Europe autosuffisante, lançant d'un seul élan un ambitieux
projet d'efficacité et de puissance? Est-ce à l'inverse se résigner
à Babel, perpétuer les divisions dont notre sol est labouré
et notre présent déchiré? Ou est-ce aller au-delà de
Babel, vers notre commune naissance dans l'Esprit de Pentecôte?
Membre d'une communauté apostolique qui, depuis plus de trois générations,
se réclame, dans sa mission auprès des jeunes, d'une éducation
selon l'esprit, je voudrais dire combien, dans l'actuelle configuration de
l'Europe, cette tradition éducative peut être une opportunité
à saisir et une fidélité à garder, si elle demeure
attentive à la riche polyphonie du terme d'esprit et vigilante
aux requêtes du présent. A l'appui de cette conviction, j'évoquerai
quelques aspects permanents et quelques défis actuels de l'aventure européenne
de l'éducation.
L'Europe n'a jamais limité à un seul modèle
institutionnel ou pédagogique ses pratiques éducatives. Des académies
antiques aux écoles monastiques ou cathédrales, des facultés
médiévales à nos modernes universités, elle a su
inventer une étonnante diversité de formes et de lieux de
transmission. Cette diversité a le mérite de laisser ouvert le
geste de transmettre, si bien que demeurent aussi ouverts son destinataire et
son objet: l'homme inépuisable, irréductible à tout concept
opératoire, impossible à circonscrire dans une anthropologie
close. Ce surcroît, ce débordement permanent hors des catégories
de l'objectivation et de la détermination s'appelle la vie de l'esprit.
Dans une conférence faite à Vienne en 1935, comme un acte de résistance
spirituelle en pleine montée du nazisme, Husserl s'interrogeait sur
l'identité européenne. Il donnait pour acte de naissance à
l'Europe l'avènement grec de la réflexion philosophique, en
entendant par là l'éveil de la conscience à sa propre intériorité
réflexive et la déchirure, en avant d'elle, d'un horizon - ou d'un
"telos" - infini.
Retenons ici quatre des formules de cette conférence, qui ont valeur
emblématique pour notre propos:
- "Il n'y a pas de zoologie des peuples". Contre tous les
risques de dérapage dans l'irrationnel de la race ou le fusionnel de la
nature, Husserl marque nettement la césure: un peuple se reconnait dans
sa culture, dans l'affrontement et le consentement réciproque des libertés.
L'éducation ne peut alors être comprise en termes de dressage ou de
conditionnement: c'est de l'éveil de l'esprit en sa liberté qu'il
s'agit.
- "L'être spirituel est fragmentaire": on ne
totalise pas le monde des personnes humaines: l'universel ne se laisse rejoindre
qu'à partir de la particularité des cultures et de la singularité
insubstituable des sujets. Il faut alors, inlassablement, recentrer l'agir éducatif
sur son destinataire, ne jamais sacrifier la personne aux intérêts
d'un système, quel qu'il soit.
- "L'homme est l'être aux tâches infinies":
l'existence personnelle ne saurait s'enclore sur elle-même ni s'égaler
elle-même; une mystérieuse loi d'exode la déporte sans cesse
en avant d'elle-même, hors de ses prises, au-delà de ses
objectivations et de ses oeuvres propres. Une éducation fidèle à
cette loi d'exode ne peut que relancer sans cesse sa vigilance et son exigence,
de sorte que l'enfant puisse discerner et honorer toute sa tâche d'homme.
- "Les idées sont plus fortes que toutes les puissances
empiriques": il y a des échecs selon l'événement
qui sont des réussites selon l'esprit. Une éducation selon
l'esprit ne craint pas de privilégier ces réussites, fussent-elles
plus lentes, plus tâtonnantes et moins spectaculaires que d'autres.
Les thèses husserliennes sont peut-être trop tributaires de
l'idéalisme philosophique et de l'optimisme des Lumières pour
faire plein droit aux pesanteurs socioéconomiques, au pluralisme des
cultures, au tragique de l'histoire. Mais elles posent de solides verrous contre
toute tentation d'objectivation positiviste ou de surplomb dogmatique du devenir
historique; elles interdisent également la résignation sceptique
devant une histoire en miettes ou la réduction de nos horizons à
nos seules performances techniques. Une fois vérifié dans la chair
de notre continent l'échec éducatif des idéologies, des
scepticismes et des utilitarismes techniques, c'est sans doute faire simplement
preuve de réalisme que de mettre l'éveil et la formation de
l'esprit au premier plan de nos urgences éducatives. Je retiens trois
raisons à cela.
La première concerne notre rapport à l'histoire. Nous sommes
en présence, en amont, de formidables déplacements de notre mémoire
culturelle, qu'il s'agisse du retour de parts refoulées de celle-ci, de
la perte d'un certain nombre de nos référentiels symboliques, ou
de la chute en désuétude de beaucoup de nos héritages. En
aval, nous sommes devant un avenir fortement indéterminé, marqué
par l'incertitude économique et l'effacement des grandes synthèses
idéologiques. Simultanément, une nouvelle configuration de la
temporalité est en train de naître avec les révolutions
technologiques qui modélisent, simulent et démultiplient les
virtualités et les stratégies de l'action tout en restant muettes
sur ses fins. Une adaptation de surface à ces mutations, par
conditionnement extérieur ou par limitation du regard au court terme ne
saurait suffire. Il faut au contraire, pour les assumer, un surcroît de
vie de l'esprit: car l'esprit est à la fois mémoire, présence
intériorisée et gardée de ce qui a été, et création
continue d'imprévisible nouveauté. En éveillant en des
jeunes la capacité de se souvenir et de comprendre, de discerner et de créer,
de s'engager et de durer dans leurs choix, nous ne préjugeons pas de leur
avenir, ni du nôtre: nous leur offrons seulement le pouvoir de ne pas le
subir. Et nous sommes ainsi fidèles à la manière dont
l'Europe a su, tout au long de son histoire, et malgré bien des vertiges
contraires, garder mémoire de ses sources sans jamais s'y aliéner,
inventer sans abolir le donné, soumettre inlassablement la tradition à
la réflexion et le passé à l'avenir.
Par ailleurs, notre Europe connaît en ce moment un considérable
remaniement des catégories du même et de l'autre, de l'identité
et de la différence. Les jeunes Européens se sentent aujourd'hui
presque d'emblée citoyens d'un monde qu'ils traversent comme un village.
Mais cette universalisation, qui fait spontanément abstraction des différences,
entraîne souvent par là même une subtile méconnaissance
de l'autre, précisément dans ce qui constitue son altérité.
D'autre part, la fragilité des racines affectives, sociales, géographiques
de beaucoup de jeunes favorise à l'inverse les revendications
identitaires et les repliements sécuritaires, avec toutes les menaces de
violence qu'ils comportent.
Ici encore, c'est au foyer de la vie de l'esprit qu'il faut porter hardiment
le geste éducatif: celui qui a découvert la vie de l'esprit n'a
pas besoin de se cramponner fébrilement à une identité défensive
ou agressive; il possède l'étrange et miraculeux pouvoir de faire
sien ce qui est autre, d'accueillir l'autre sans l'annexer, de se quitter sans
se perdre, de se trouver sans se chercher. L'Europe connaît de longue date
cette expérience. Son identité est faite de ses différences.
Son sol et sa mémoire sont lacérés de séparations
douloureuses dont elle a su faire, non sans heurts, des rencontres créatrices.
Entre Athènes et Jérusalem, entre le monde antique et les peuples
barbares, entre Rome et Byzance, c'est toujours la sollicitation de l'autre qui
a suscité et fécondé son identité. Ses hauts-lieux
sont des passages: Cluny et Cordoue, Vienne et Venise... Aujourd'hui où
elle devient plus que jamais ce qu'elle a toujours été, terre
d'asile ou d'élection, carrefour mouvant de nationalités
plurielles, ses éducateurs ont à être eux aussi plus que
jamais ce qu'ils sont: des passeurs qui acceptent que deviennent autres en ceux
qui les reçoivent les biens dont ils sont les porteurs.
Un dernier défi requiert l'éducation selon l'esprit: il s'agit
du juste rapport de l'intériorité et de l'extériorité,
qui fait l'esprit dans sa manifestation, et le préserve dans son secret.
Nous sommes en présence d'une Europe de plus en plus pénétrée
et façonnée par nos oeuvres: le paysage urbain, technologique, médiatique,
est comme un immense miroir de nos savoirs et de nos pouvoirs, et la tentation
est grande de céder ici au vertige de Prométhée ou à
celui de Narcisse: réduire l'esprit à ses oeuvres, le priver de
son secret au seul bénéfice de sa manifestation, ou encore réduire
sa manifestation à ce qui offre prise au calcul économique ou à
l'information médiatique. Alors menacent à la fois l'oppression et
l'exclusion. Oppression, chaque fois que les objectivations de la vie de
l'esprit, au lieu de servir l'approfondissement de l'existence, viennent en
alourdir l'élan. Exclusion, chaque fois que nos conquêtes refoulent
au-dehors tous ceux qui ne peuvent se reconnaître en ce miroir de science
et de puissance, parce qu'ils n'en sont ni les acteurs ni les bénéficiaires.
Dans son histoire récente, l'Europe a appris des dissidences aux mains
nues et aux courages invincibles qu'une parole de vérité pèse
plus lourd que l'oppression et peut faire tomber le mur qui sépare les
attitudes extérieures des certitudes intérieures. L'Europe appelle
aujourd'hui des éducateurs aux mains nues et aux courages invincibles qui
fassent vaciller les murs de l'exclusion sociale et de la marginalisation juvénile;
des veilleurs et des éveilleurs qui gardent à la vie de l'esprit
la pudeur de son secret en même temps que l'audace de sa manifestation.
Je ne pense pas que suffise à ces tâches ce que Husserl
appelait magnifiquement, au terme de sa conférence, l'héroïsme
de la raison. Il y faut une sainteté de la raison. Car les tentations
de l'esprit sont à la mesure de sa vocation, et les démissions de
l'esprit plus mortelles que d'autres. L'Europe des ghettos et des rideaux de
fer, des mythologies et des idéologies, en a fait cruellement l'expérience.
Aujourd'hui, non seulement de nouvelles séparations se dessinent ou se
durcissent sur notre sol - entre nationalités, entre générations,
entre bénéficiaires et exclus du travail, de la croissance, de la
santé, de la culture -, mais la fracture croissante entre le Nord et le
Sud de notre planète vient bouleverser nos assurances et accuser nos
suffisances. Face à ces défis, le recours humaniste aux valeurs de
l'esprit ne suffit pas.
Nous devons alors nous risquer plus avant, jusqu'à ce point où
l'Esprit Saint se joint à notre esprit pour en guérir la blessure,
en creuser l'intériorité, en convertir et dilater l'élan.
L'éducation selon l'esprit se surdétermine alors, en même
temps qu'elle s'affranchit de ses résonances idéalistes. Au foyer
de la vie de l'esprit nous ne trouvons plus seulement une liberté inaliénable
mais fragile, face à des valeurs dont l'universalité reste souvent
formelle et l'effectivité toujours menacée. Nous pressentons la présence
discrète, concrète, efficace, du Paraclet: Esprit de conseil et de
force, de sagesse et de paix. Dans une Europe largement sécularisée,
nous avons besoin de lui pour inventer la parole originale et respectueuse, créatrice
et courageuse qui doit être aujourd'hui la nôtre.
Les éducateurs chrétiens sont en effet confrontés ici à
une double tentation. D'une part, face à cette mobilité du monde
qui tend à dissoudre les identités et à effacer les repères,
nous avons tendance à marquer fortement notre différence, et à
l'étayer vigoureusement sur tout ce qui, dans le riche passé de
notre continent, est né de la sève chrétienne, au risque de
confondre parfois la particularité légitime de ces traditions
culturelles avec la singularité propre de la foi. Mais au nom même
de la destination universelle de cette foi, nous ne pouvons nous limiter à
revendiquer nos traditions. Nous avons alors, à l'inverse, souci de
trouver le langage commun qui nous permettra de rejoindre une société
certes marquée par des héritages chrétiens, mais largement
sécularisée et pluraliste. Nous parlons alors plus volontiers de
valeurs chrétiennes, ou même de valeurs, tout
simplement, que de Jésus Christ. Mais nous risquons ainsi de remplacer le
foyer brûlant et personnel de la confession chrétienne de la foi -
le Christ ressuscité - par des idées générales, et
d'en réduire l'attestation à notre plus petit commun dénominateur
humaniste. Dans ces hypothèses, nous avons subrepticement remplacé,
soit la singularité du Don de Dieu par notre propre particularité,
soit l'universalité de son dessein d'amour par un universel à
notre mesure.
Or nous avons à conduire les jeunes, d'un même geste, au large
du mystère de l'homme et au coeur du Mystère chrétien,
prolongeant ainsi auprès d'eux le double élan qui animait le
Concile Vatican II, vers l'homme et vers le Christ. Seul l'Esprit Saint qui
sonde les profondeurs de Dieu et qui creuse celles de l'homme peut convertir nos
richesses particulières au service de l'universalité du dessein de
salut, et remplir l'universalité encore formelle de notre souci de
l'homme avec la plénitude concrète de son Don.
Lui qui a été répandu sur toute chair pour nous
rappeler toutes choses et nous annoncer les réalités à
venir, il peut garder en nous mémoire des dons de Dieu à
l'Europe, dans l'Eglise et hors de l'Eglise, sans mutilation ni récupération.
Il peut nous donner le courage de l'avenir. Sous l'épiclèse de
l'Esprit, et quelles que soient les forces de mort qui travaillent notre
histoire, nous savons que notre mémoire est déjà purifiée
par un pardon, que notre avenir est déjà sauvé par une
promesse. La tension entre le déjà et le pas encore,
qui fait l'assurance et l'impatience de l'existence chrétienne, a sa
source au fond de nos coeurs, dans le gémissement ineffable de
l'Esprit.
Lui qui ne parle pas de lui-même, qui ne donne rien qu'il n'ait reçu
d'un autre, qui ne garde rien de ce qu'il a reçu, il peut susciter en
nous cette large respiration du même et de l'autre, de l'accueil et du
don, qui correspond si profondément aux aspirations des jeunes et aux
meilleures traditions de la conscience européenne. Il peut convertir les
tentations de domination, qui ont si souvent pesé sur notre rapport aux
autres peuples, en une diaconie dont les formes sont encore largement à
inventer avec eux.
Lui, enfin, qui creuse et dilate l'intériorité du coeur, non
pour encourager une mystique d'évasion ou d'abstention, mais pour
susciter la parole et les oeuvres de l'amour dans l'histoire, il saura nous
garder du double vertige de Prométhée et de Narcisse: nous dégager
du piège de nos oeuvres propres et du reflet, accusateur ou flatteur, peu
importe ici, qu'elles nous renvoient de nous-mêmes. Car il garde le secret
de chacun, son nom pour Dieu et pour toujours, en même temps qu'il nous
exile au-delà de nous mêmes, vers les infinis dérangements
de l'amour.
Dans la lumière de l'Esprit de Dieu, les formules de Husserl dont
nous étions partis peuvent alors être dépassées sans être
reniées:
- "Il n'y a pas de zoologie des peuples". Il y a le Corps
du Christ et l'Eglise sacrement de salut pour tous les peuples, ayant mission
d'assumer, de purifier et de servir leurs identités culturelles contrastées
pour les offrir au Christ héritier des nations. Une éducation
selon l'Esprit de Dieu est une forme de diaconie culturelle dont l'école
et l'université peuvent être des haut-lieux.
- "L'être spirituel est fragmentaire". Chaque
enfant, chaque jeune est image de Dieu, insubstituable, irremplaçable.
Mais par là même il est aussi relié à tous, secrètement
habité et comme travaillé du dedans par la communion trinitaire.
Une éducation selon l'Esprit a grâce pour conduire au seuil de ce
mystère.
- "L'homme est l'être aux tâches infinies".
Mais l'infini n'est pas seulement l'inaccessible télos qui
dynamise nos efforts et stimule l'agir éducatif. L'infini est entré
dans notre histoire. Il a voulu habiter la nuée obscure de nos coeurs.
Une éducation selon l'Esprit prend pour modèle l'immense douceur
et l'inépuisable exigence de cette proximité.
- "Les idées sont plus fortes que toutes les puissances
empiriques. Les idées, pas toujours, mais bien Celui qui a vaincu
le monde, et qui a répandu sur nous son Esprit sans mesure. Une éducation
selon l'Esprit ne demande finalement aux éducateurs que d'ouvrir à
ce Don tout leur être et tout leur agir. La force de leur action est à
ce prix.
A l'école de ce Maître intérieur, notre Europe encore
balbutiante, incertaine de son avenir, pourra se remettre à parler, comme
une langue maternelle inoubliée, cette étrange langue de Pentecôte
qui conjugue les différences sur le mode de la communion.
PERSPECTIVAS SOBRE EL FUTURO DEL CRISTIANISMO
EN EUROPA
Prof. Dr. Serguei AVERINTSEV
Moscú, Rusia
Ciertamente no soy profeta ni hijo de profeta, y hablar sobre el futuro de
nuestra fe en nuestra amadísima Europa está por encima de mis
fuerzas. Si me atrevo a proponer a esta digna asamblea las consideraciones que
siguen, lo hago, por así decir, per sanctam oboedientiam, por la
santa obediencia, siguiendo el deseo explícito del Spiritus Rector
de este coloquio, pero contando también con la ayuda del Creator
Spiritus.
Ante todo, quisiera llevar a cabo mi tarea manteniéndome igualmente
lejos de dos tonterías opuestas: la Escîla del optimismo y el
Caribdis del pesimismo.
A nosotros, los cristianos, no nos está permitido el pesimismo,
porque sabemos por experiencia que nuestro Dios, a pesar de todos los ideólogos
y teólogos de la muerte de Dios, no está muerto, sino que vive.
Sabemos que la comunidad de los que permanecen fieles no es vencida por las
puertas del infierno, incluso donde estas puertas parecían tan poderosas,
como era el caso de mi patria en la época del bolchevismo. Sabemos también
que la Providencia está siempre dispuesta a realizar algo totalmente
inesperado e inimaginable por hombres y demonios, hoy igual que en tiempos, por
ejemplo, de Santa Juana de Arco, la personificación más singular
de la Europa cristiana. La táctica de Dios es de lo más
sorprendente, inagotablemente sorprendente, como ya deberíamos saber por
la experiencia de la historia y por la vivencia personal. ¿No es acaso
precisamente esta peculiar eficacia de la Providencia, que echa por tierra todos
los cálculos de los que hacen pronósticos, la indicada en el Salmo
2, cuando habla de que Dios se ríe de sus enemigos (irridebit
inimicos suos)?
Ya que lo que acabo de decir es cierto, el pesimismo se muestra desprovisto
de sentido. Pero puesto que todo, absolutamente todo lo demás en el mundo
es incierto, el optimismo se revela como mentira. Por consiguiente, el hombre
está mal orientado. Dicho con palabras de Schiller:
Mientras él cree en el tiempo dorado,
en el que el bien y lo noble vencerán,
el bien y lo noble combaten eternamente,
y el enemigo nunca sucumbirá.
La auténtica esperanza cristiana, una virtud teologal, "la
segunda virtud", cantada de modo tan bello por Péguy, la "esperanza
contra toda esperanza" paulina, la imposible, la única que no ha
engañado a nadie, es, por su propia esencia, profundamente ajena al
optimismo y al pesimismo. G.K. Chesterton alababa la disposición de los
cristianos auténticos de avanzar con alegre valentía en la
oscuridad, hacia un posible fracaso terreno, sin ninguna garantía:
Los hombres del Este pueden contar las estrellas
y anotar los tiempos y los triunfos,
pero los hombres sellados por la Cruz de Cristo
avanzan alegremente en la oscuridad.
El futuro de la esperanza no se identifica con el futuro de los futurólogos.
Los pensamientos de Dios, nos enseña la Biblia, son distintos, totalmente
distintos de los nuestros.
En otro tiempo, un poeta romántico como Novalis pudo titular su
famoso fragmento "Cristiandad, o Europa". Ciertamente, incluso
entonces, en 1799, justamente al final del siglo de Voltaire y Diderot, después
de las experiencias de la política de descristianización de los
jacobinos franceses -experiencias inauditas desde Diocleciano-, ese título
sonaba artísticamente antiguo, como conviene a una obra romántica.
Sin embargo, todavía era posible esa expresión. Desde entonces han
transcurrido menos de dos siglos, y ¿dónde nos encontramos hoy?
La noción archieuropea y paneuropea de "Cristiandad" -en
latín christianitas, en inglés christendom, en
francés chrétienté, atestiguado ya en la canción
de Rolando, etc.-, esta noción clave, acuñada por la mentalidad
medieval y válida también para la situación de comienzos de
la edad moderna, ha devenido para nosotros tan lejana e irreal.
En todo el mundo, en todos los continentes, en los círculos
culturales más diversos están presentes los cristianos; a veces la
fe de nuestros hermanos recién convertidos parece más fresca que
la nuestra. Sí, los cristianos están presentes en todas partes,
pero en general como una minoría y muy a menudo como una minoría
atacada y amenazada. Esto lo hemos visto también en Europa. En las
ciudades de Occidente las antiguas y venerables catedrales son superadas
espectacularmente en altura por los modernos edificios comerciales, y en
ocasiones también por las mezquitas surgidas recientemente. Por las
calles de Moscú, mi ciudad natal, anteayer capital de los ortodoxos,
donde ayer resonaba "la internacional", se oyen hoy los cantos de Hare
Krishna (han llegado a ser un elemento de la vida cotidiana moscovita hasta tal
punto que una sátira actual contra Eltsin ha sido concebida como una
parodia de estilo hare krishna). Los descendientes de la larga serie de
generaciones cristianas, tanto si siguen siendo nominalmente cristianos y
pertenecientes a esta o aquella confesión, como si se llaman agnósticos
o librepensadores, en realidad con demasiada frecuencia se muestran adoradores
del espíritu radicalmente secularizado de nuestro tiempo, teniendo como
valores fundamentales la "eficiencia", el "estar en buena forma"
y la permisividad, quizá con la astrología y cosas semejantes como
sustitutos del misterio. O bien, cansados del secularismo, se convierten a las
religiones "exóticas", comprendido el islam, para no hablar de
los extraños demonios de la subcultura juvenil del llamado New Age.
Y donde hay cristianismo auténtico y realmente vivido, cada vez menos
es heredado de los padres, por la tradición familiar o al menos
determinado por la pertenencia étnica. Recordemos, por ejemplo, los
nombres de los protagonistas de la cultura católica del siglo XX: entre
ellos el número de los convertidos es muy elevado. Los antecesores de
G.K. Chesterton habían sido puritanos, por tanto muy anticatólicos.
Jacques Maritain era de procedencia hugonote, mientras su mujer Raissa, de
origen judío-oriental. Gertrud von Le Fort pertenecía a una vieja
generación de emigrantes hugonotes. El Cardenal Lustiger y tantas
personalidades cristianas preeminentes de distintas confesiones han sido hebreos
de nacimiento. En cuanto a la élite ortodoxa, sólo quiero citar al
francés Olivier Clément, un teólogo de relevancia ecuménica,
que también era descendiente primero de hugonotes y después de
ateos, y que luego se convirtió a la fe gracias al ejemplo de
intelectuales rusos emigrados.
Una vez más vale, lo que había valido en tiempos de
Tertuliano: "fiunt, non nascuntur Christiani" - cristiano se
llega a ser, no se nace. Los papeles tradicionales se intercambian cada vez con
más frecuencia, y a los cristianos del Tercer Mundo no les resulta extraño
el pensamiento de evangelizar de nuevo Europa, como nosotros rusos, desde
siempre pueblo archiortodoxo, fuimos evangelizados otra vez en la época
soviética por un judío de nacimiento, el gran sacerdote misionero
ortodoxo Alexander Men', recientemente asesinado. Es verdad que nuestra amadísima
Europa sigue siendo "la hija mayor de la Iglesia", como antes se
llamaba Francia, aunque tomanado literalmente la cuestión de la antigüedad,
este privilegio pertenece al cristianismo copto, sirio y armeno. En cualquier
caso, debemos recordar el hecho desengañante de que, en el curso de la
historia de la salvación, el derecho de primogenitura a veces ha sido
quitado a uno y dado a otro, y que en la parábola del hijo pródigo
la figura del hijo mayor no juega el papel más satisfactorio. También
la admonición de Juan el Bautista, de que Dios es suficientemente
poderoso para sacar de las piedras del camino hijos de Abraham, suena hoy muy
actual. Debo reconocer que, sentimentalmente, yo mismo soy un chauvinista
europeo obstinado, como lo fueron bastantes rusos cultivados (Dostojewsky habla
de las "piedras sagradas de Europa" y también nuestro poeta
Ossip Mandelstam hablaba entusiasmado de Europa). Pero estamos llamados a seguir
la voz de la conciencia, no la del sentimiento.
En cierto sentido, a veces parecen volver los tiempos de la Carta a
Diogneto, conmovedor monumento literario del cristianismo primitivo (siglo
II). Allí se lee: "Ni el país, ni la lengua, ni las
costumbres distinguen a los cristianos de los demás hombres. Compartimos
los deberes civiles con los ciudadanos y las contrariedades con los extranjeros.
Todo país extranjero es para nosotros como una patria, y toda patria como
un país extranjero".
Hasta aquí la Epistula ad Diognetum. Así como
entonces, antes del nacimiento del orden medieval -aquel orden que, una vez
nacido, resistía seguro de sí durante largos siglos, y era
aceptado como algo natural, de nuevo ahora hay cristianismo sin cristiandad, fe
sin garantías, vida sin evidencias naturales.
Los rusos hemos experimentado esta situación del modo más
radical en la época bolchevica, cuando todo lo que de la tradición
cristiana se podía destruir fue destruido, sin escrúpulos, sistemáticamente
y en gran estilo, de modo que sobrevivió sólo la fe desnuda,
abandonada a sí misma. ¡Qué convincente es la fe si se halla
completamente abandonada a sí misma, desprovista de apoyo, y si las
lenguas de fuego del Espíritu sólo pueden estallar en el aire -omnia
possideat, non possidet aëra Minos! Ahora, como es sabido, ha pasado el
tiempo de las persecuciones y nos amenaza más bien el peligro opuesto:
una parodia burda del "establishment" ortodoxo del estilo zarista tardío.
Pero precisamente los trazos grotescos de esta parodia nos recuerdan una verdad
que fue pagada demasiado cara para ser hoy olvidada. Me parece que para el
futuro, y no sólo para el nuestro, la experiencia de la "situación
límite" soviética de la fe no carece de importancia. El príncipe
de este mundo, princeps huius mundi, de quien ayer hemos visto con
dolorosa claridad la faz llena de odio, la cara de la bestia del apocalipsis,
sigue siendo el mismo hoy, y esto de ningún modo vale sólo para
los países ex-comunistas. Sólo ha cambiado sus tácticas, no
sus objetivos.
Esto no lo digo en el sentido de un cierto pánico pseudoapocalíptico,
propio de los fundamentalistas y de los llamados tradicionalistas, ¡Dios me
libre! Pero verdaderamente sería una lástima si el ethos cristiano
de resistencia propio del pasado totalitario se perdiese para el cristianismo
futuro. Porque la resistencia sigue siendo un imperativo cristiano en todas las
circunstancias, una norma de vida cristiana: la oposición al príncipe
de este mundo -también allí donde esta resistencia poco o nada
tiene que ver con la política. "Nolite conformari huic saeculo",
nos enseña Pablo: nosotros no debemos adaptar acomodaticiamente nuestra
alma y nuestro espíritu a este mundo. Esta adaptación, que
llamamos conformismo, le está absolutamente vedada al cristiano: nolite
conformari! Aunque hoy no percibamos algunas verdades espirituales tan clara
e inmediatamente como nuestros antecesores del tiempo clásico de la
cristiandad, esta verdad nos ilumina de modo tan penetrante como sólo a
pocos se ha mostrado desde la época cristiana primitiva del "primer
amor": un cristianismo conformista es una contradictio in adiecto.
No en balde Nuestro Señor ha sido llamado "signo de contradicción"
(Lc. 2,34). Pero no hemos de rechazar sólo el conformismo político,
sino también el ético, el conformismo en la concepción
global del mundo y en el estilo de vida, el conformismo de la moda y de la
modernidad. Un cristiano que no esté dispuesto a que se burlen de él
y lo ultrajen por vivir diferentemente de como lo hacen los hijos de este mundo
y de como el gusto del tiempo quiere, no merece ser llamado cristiano.
Una vez más advierto que no se confunda erróneamente lo que he
dicho: no tengo ninguna simpatía por el "zelotismo", tan
sentimental y a la vez tan inhumano, ni por el "fariseísmo",
que todavía intenta cargar a los fieles con pesos insoportables, ni por
el restauracionismo soñador. Hay que evitar todos los conflictos inútiles
con la realidad de nuestro tiempo. En principio, estoy plenamente de acuerdo con
el aggiornamento católico, aunque en concreto lamento algunos
errores. Y por lo que se refiere a la situación del Este, en especial de
Rusia, soy partidario, con la contrariedad de no pocos compatriotas, de un aggiornamento
ortodoxo todavía por llegar. Pero es ciertamente incuestionable que en
ninguna circunstancia el espíritu del tiempo debe convertirse en la última
instancia de la conciencia, de la doctrina y del ethos cristianos.
Este espíritu del tiempo, para decirlo con el Cardenal Poupard, se
revela como un relativismo total, dispuesto a aceptarlo todo, menos la cuestión
de la verdad absoluta. Este espíritu del tiempo favorece la revolución
sexual, que actúa no sólo de modo permisivo, sino agresivo, y que
hasta es capaz de ejercer un terror moral, que deja muy atrás todos los
errores de la hipocresía de otro tiempo, cumpliéndose la regla
general según la cual las represalias de una revolución son más
efectivas que las del antiguo régimen. Si el ethos cristiano permanece
fiel a sí mismo, se convierte inevitablemente en un desafío para
el modo de pensar que celebra su victoria y que quiere obligar a todos a una
rendición sin condiciones.
La protección terrena e inmanente que el sistema del viejo orden
parecía dar a los fieles es irrecuperable. Para el presente y para el
futuro previsible nos vemos invitados a una profunda meditación sobre el
texto de la Carta a los Hebreos 13,14: "No tenemos aquí
ciudad permanente, sino que buscamos la que ha de venir" (non enim habemus
hic manentem civitatem, sed futuram inquirimus).
Evidentemente no debemos formular juicios globales. Dios conserva todavía
aquí y allá en Europa algunos fragmentos del cristianismo de otro
tiempo: oasis donde la hermosa herencia de la piedad tradicional determina el
estilo de vida. Estamos obligados a valorar estos oasis y en lo posible a
protegerlos. Quizá ofrecerán todavía consolación y
enseñanza a nuestros niños. Pero, ¿no penetra también
allí la modernidad con sus consecuencias, como la ya mencionada revolución
sexual? Para el heroico catolicismo polaco la permisividad cuasi democrática
deviene un enemigo más peligroso que la ideología comunista y la
ocupación soviética de antes. En todo caso, los oasis son
precisamente eso: oasis en un amplio desierto. Y "el desierto crece",
como había predicho Nietzsche. En el desierto, no en otro lugar, la voz
del profeta manda preparar los caminos del Señor (Is. 40,3). ¡Bienaventurado
el que en el desierto moderno manifiesta el ethos de los antiguos padres del
desierto! Por lo que sé, así entiende su tarea la parisina
Comunidad de Jerusalén: enfrentarse al desierto en el corazón de
una metrópolis moderna.
Si Dios quiere, de la acción de los nuevos padres del desierto
resurgirá una nueva cristiandad. Será algo nuevo, jamás
vivido todavía: pues Dios no se repite - El "hace nuevas todas
las cosas". Pero para el futuro próximo, hasta donde alcanza mi
débil mirada, veo el desarrollo ulterior de los resultados lógicos
de la situación del desierto, es decir del "cristianismo sin
cristiandad".
Debemos identificar con precisión el adversario principal. No se
trata de un ateísmo fundado científica o pseudocientíficamente.
Este ateísmo está medio muerto desde hace tiempo, y el futuro próximo
está dispuesto a darle el golpe de gracia. La "experiencia" del
ateísmo, tan detalladamente discutida por los teólogos y filósofos
de la religión del siglo XX -recordemos por ejemplo el "Theos Atheos"
de un Leopold Ziegler- se ha acabado, en cuanto problema. Si alguna vez tuvo un
contenido autónomo, lo cual es en si discutible, ese contenido fue
digerido desde hace tiempo a fondo por el pensamiento cristiano. Pero en sí
misma la caída del ateísmo no constituye todavía una ocasión
para la alegría de los creyentes. Hubo épocas más ingenuas,
cuando para los apóstatas de la cristiandad el pensamiento de Dios seguía
siendo tan enorme y genuinamente importante que sólo su negación
formal y teórica permitía librarse de él. Ahora estos
tiempos han pasado. El relativisimo y pragmatismo radical, junto con la práctica
de la vida a la moda, crean un específico estado del alma, en el que
ciertamente no se niega la cuestión de la existencia de Dios, pero se le
roba toda seriedad. Visto antropológicamente, esto es mucho peor que el
ateísmo.
El cristianismo del futuro debe oponer a este mal una seriedad firme,
inflexible, que deshaga el engaño. Para llevar a cabo esta tarea, no es
necesario ser específicamente "conservador" ni específicamente
"liberal" y "progresista", sino sólo convincente.
Probablemente habrá siempre teólogos relativamente "conservadores"
y relativamente "liberales". Pero en cuanto ideas, tanto el
conservadurismo teológico como su necesariamente correlativo liberalismo
teológico tienen que perder esencialmente su sentido, pues según
su acepción, ambas tendencias están demasiado determinadas por la
situación de la desintegración de la vieja cristiandad: el
conservadurismo se esforzaba por conservar los vínculos en vías de
descomposición, mientras que la teología liberal trataba de
liberar la fe individual de esos vínculos. Es fácil ver que en una
Secular City el conservadurismo ya no salvaguarda nada, como tampoco la
teología liberal libera a nadie. El primero se reduce a una nostalgia sin
esperanza, la segunda a un activismo sin sentido.
El futuro son las generaciones venideras. El cristianismo debe mostrarse
convincente para ellos. Por esto es necesario recordar un juicio de T.S. Elliot:
a los jóvenes valiosos no hay que ofrecerles de ninguna manera algo cómodo,
sino un cristianismo lo más exigente posible. La comodidad sólo
les escandaliza.
Para ser convincentes y para entusiasmar e iluminar la élite futura,
el cristianismo debe distanciarse con suficiente claridad de los objetivos
heterogéneos, como por ejemplo los objetivos nacionalistas. Precisamente
hoy experimentamos en la Europa del Este un progreso catastrófico del
nacionalismo, que trae consigo incluso una imitación moderna de las
guerras de religión de la época confesionalista, por ejemplo en
Yugoslavia. Pero esperemos que este ímpetu nacionalista, que ha sido
provocado por la momentánea situación de "vacío ideológico"
postotalitario y que carece de motivos sólidos, tenga una vida breve.
Luego, probablemente habrá una reacción inevitable. Todo lo que
ahora está comprometido con el nacionalismo será entonces
despreciado, como sucede hoy con todo lo que había estado comprometido
con el totalitarismo. Los objetivos heterogéneos deforman siempre el
sentido del mensaje cristiano. Estamos llamados a buscar primero el reino de
Dios; "todo lo demás" - el bienestar de nuestra patria terrena
o de toda la civilización, también la prosperidad de Europa - se
nos dará por añadidura, y no al revés. Las generaciones
venideras no preguntarán por el cristianismo nacional o liberal, sino por
el cristianismo cristiano.
Por eso, buscarán también la Una Sancta antes que la
identidad confesional. Más arriba he hablado de que la fe cristiana y sus
formas concretas se heredarán cada vez menos por derecho de nacimiento.
Este hecho está ligado ciertamente a muchos procesos de destrucción,
que son desfavora bles para ciertas evidencias de la tradición, pero a la
vez significa una nueva oportunidad para la reunificación de los
cristianos. Porque con la fe heredada uno recibe también los viejos
prejuicios y resentimientos confesionales. Con la cultura religiosa tradicional
se hereda también la exclusividad de esa cultura. Pero para quien se
decidirá por Cristo en medio del desierto creciente del relativismo
total, las viejas listas de agravios comunes de las diversas confesiones apenas
tendrán importancia. Ciertamente la verdadera síntesis de los
tipos culturales condicionados por las confesiones sigue siendo una tarea para
el futuro que exige muchos esfuerzos. Hoy sólo algunas comunidades
totalmente extraordinarias, como la abadía benedictina de Chévetogne
en Bélgica, hacen pregustar esa síntesis. Probablemente es un
signo de los tiempos que esta abadía, que ya antes se servía de la
colaboración de pintores ortodoxos de iconos de Grecia o de la diáspora
rusa para la decoración de sus iglesias, haya conseguido recientemente la
cooperación de un preeminente monje pintor ruso, el Padre Zenón.
Pero Chévetogne sigue siendo un lugar totalmente especial, un caso
excepcional.
La tarea de esta síntesis es bastante difícil, a causa del
fuerte peligro de una confusión general ecléctica y sincretista,
que amenaza con causar todavía ulteriores pérdidas al ya
desorientado sentido del estilo. Sin embargo el buen resultado de esa tarea sería
una ayuda enorme para la solución de tantas otras tareas vitales del
cristianismo. El occidente cristiano necesita urgentemente el sentido oriental
del misterio, del temor de Dios, del pecado, de la originaria distancia óntica
entre el Creador y la creación. De lo contrario, los jóvenes del
occidente, que no se cansan de buscar la verdadera religión, se dirigirán
al oriente no cristiano, por ejemplo al islámico. El oriente cristiano
necesita con no menor urgencia la reflexión teológica occidental
en la moral y en el derecho, la experiencia occidental de la confrontación
plurisecular con el Iluminismo, el sentido de la sinceridad intelectual y de los
matices, la sabiduría espontánea y llena de humor de bastantes
santos occidentales como Francisco de Asís o Felipe Neri. De lo
contrario, en el oriente siempre se continuará a aprovecharse del derecho
a la existencia de la civilización democrática en contra del
cristianismo.
Sólo así se podrá alcanzar el nuevo equilibrio y la
nueva totalidad de lo cristiano, capaces de enfrentarse a todos los desafíos
del futuro.