PLENARIA '97
PASTORALE ET CULTURE: QUÉBEC-CANADA
Guy MARCHESSAULT
Université Saint-Paul, Ottawa
1ère question: Quelle vision de l'humain?
Un changement
profond de paramètre
Nous vivons en des temps de changements nombreux et profonds. Qu'arrive-t-il
alors au chrétien, à la chrétienne, soumis à un tel
brassage culturel? Comment vivent-ils leur foi? La foi chrétienne
arrivera-t-elle seulement à se communiquer en langage d'aujourd'hui, pour
les gens d'aujourd'hui, spécialement les nouvelles générations?
Il est clair que, dans la culture d'ici (et même d'un peu partout), le
chrétien et la chrétienne sont à la recherche de leur
identité, qu'ils découvrent non plus surtout à travers des
institutions et sagesses transmises, mais plutôt dans le vécu et
les expériences qui sont les leurs ici et maintenant.
Une des principales résultantes du Siècle des Lumières
et du rationalisme scientifique, c'est le désir d'autonomie réflexive
de chacun-chacune, qui se veut libre dans ses choix. C'est pourquoi les
arguments d'autorité sont dorénavant massivement rejetés.
Les «valeurs reçues» cèdent le pas devant les faits,
nouveaux définisseurs de situations, créant un contexte plus
proche de l'indifférence et du relativisme face à toute foi
religieuse. De même, les principes se révèlent impuissants à
contenir les attirances d'une société de consommation qui déferle
avec tous ses attraits sur nos vies.
Cela pose une question délicate sur la transmission des héritages,
entre autres la foi chrétienne, ainsi que sur le rôle des
institutions, dont l'Église. Ces données expliquent aussi, sans
doute, une désertion de plus en plus accélérée des
pratiques religieuses, un refus net des réponses dogmatiques toutes
faites ou des interventions autoritaires de tous ordres, chez des esprits formés
à des choix personnels, de plus en plus individualistes.
La base de la culture actuelle, c'est donc le «sujet interprétant».
Ce sujet passe tout ce qui lui arrive au crible de son besoin d'autonomie, en même
temps que de sa sensibilité personnelle et de son authenticité.
Finis les principes et les idées pures; tout doit prendre racine dans son
vécu et ses expériences.
Quelques caractéristiques majeures
À partir de ce constat général, essayons de cerner un
peu mieux quelques caractéristiques principales de la culture d'ici. Nous
parlerons plus de culture populaire (anthropologique) que de cultures cultivée
(humaniste) et scientifique. Et nous tenterons de décrire davantage le
Canada français, conscient toutefois que les principaux traits qui s'en dégagent
ressemblent de plus en plus à de grands mouvements à l'échelle
planétaire.
Les profonds changements sociaux produits depuis les années 1950 ont
provoqué la mise en place de plus d'autonomie personnelle et le déclin
des autorités. Toute la culture s'est transformée rapidement tout
en s'uniformisant: éloignement de la vie traditionnelle et de ses
valeurs, concurrence plutôt que permanence, etc. En même temps, les
façons de s'habiller, de circuler, d'acheter, de consommer, d'écouter
la musique, etc. se sont standardisées sur toute la planète,
souvent en fonction des modes.
Il en découle un certain nombre de comportements-types: le personnel
devient plus important que le communautaire; le privé l'emporte sur le
public; l'affectif touche plus que le notionnel; l'expression particulière
a plus d'impact que la religion civile; l'autonomie individuelle est facilement
heurtée par toute autorité; les approches pratiques sont mieux reçues
que les mystiques.
La recherche de sens apparaît à la fois rationaliste,
individualiste, syncrétique (elle puise allègrement dans le marché
des opinions), affective, accessible à tous, dynamique et efficace. Fait à
noter: la culture savante s'est départie de la question du sens: chaque
chercheur creuse son domaine particulier, souvent en deçà des
questions éthiques qu'il soulève; les universités se déclarent
incompétentes à discerner le sens de l'existence humaine ou le
sens de l'univers. Cette situation révèle bien l'impuissance
devant les nouvelles questions soulevées par les progrès des
sciences et des techniques.
Toutes ces caractéristiques trouvent leur point d'expression
culminant dans la culture médiatique, cette «superculture»
(Hervé Carrier) qui, tablant sur un extraordinaire marché des
opinions, est en train d'englober tous les autres aspects.
Les principaux indicateurs de crise
Ces changements drastiques entraînent ce qu'on a souvent dénommé
la crise actuelle. Cette crise s'exprime durement; ses répercussions sont
importantes, entre autre en ce qui concerne la religion au Canada français:
défection des appartenances et des réseaux de liens affectifs qui
constituent le tissu social; multiplication des cultures parallèles et
sectaires; besoin de se réapproprier le savoir, besoin de donner un
nouveau sens à la vie; croissance et expansion des nouvelles formes de
pouvoirs; distances entre les générations.
Un certain nombre d'indicateurs révèlent aujourd'hui les
principales conséquences de cet état de crise caractérisant
notre culture. Retenons les plus importants:
1. Superficialité de la vie. La société de
consommation oriente vers le matérialisme. On se réfugie dans la
consommation sans limite, ce qui fait plaisir au système de production.
Tout est orienté vers «la qualité totale», «la
qualité de vie», la performance, le divertissement, de quoi capter
les intérêts et acculer les gens à l'incroyance pratique. Le
bonheur est défini pour ici-bas et accessible tout de suite et tout le
temps. Quand on rencontre des obstacles (par ex. dans les relations humaines),
on cherche alors des recettes, des trucs pour s'en sortir à court terme.
2. Nombreux revers dans les vies affectives. La relation de couple
devient périlleuse. Les échecs familiaux se multiplient.
L'approche prônée par l'Église est perçue comme
totalement dépassée et est en pratique refusée parce
qu'elle traîne des sous-entendus inacceptables: suspicion du corps et de
la sexualité, pressions sur le for interne. etc.
3. Contestation des jeunes générations vis-à-vis
des «baby-boomers», et maintenant des personnes âgées. Dénonciation
du moralisme antérieur: trop souvent basé sur la culpabilité,
l'obsession, l'hypocrisie. Déçus des comportements de leurs aînés,
dénonçant les valeurs matérialistes et les institutions
dominantes, les jeunes se réfugient dans les seuls lieux qu'ils peuvent
investir en toute impunité: leur vie privée et leur corps. Cela
conduit à une crise des normes éthiques: démoralisation des
consciences (perte du sens de l'amour, de la fidélité, du mariage,
avortement). Cela conduit aussi à une recherche des sensations fortes à
tout prix: tout, tout de suite et tout le temps (sexualité, musique,
drogues, aventures... ).
4. Le social, le politique, le communautaire en prennent un coup.
D'autant plus que les leviers de pouvoir appartiennent à des groupes
financiers sans figure obéissant aux lois économiques
internationales du plus fort visant le rendement à court terme (c'est ce
qu'on exige des gestionnaires) et ne laissant prise à aucune action concrète.
De plus en plus, les puissances de l'argent et du rendement dominent, créant
une mentalité fataliste chez les laissés-pour-compte: autochtones,
immigrants, assistés sociaux, chômeurs...
5. Montée du chômage. Suite aux jeux économiques
sans frontières, les pays écopent, les chômeurs se
multiplient, surtout chez les jeunes, dont l'avenir apparaît souvent bouché.
Les économies, même les plus fortes, deviennent fragiles,
instables. L'état-providence est minimisé, à cause de ses débordements
bureaucratiques, au profit des lois du marché libre et sauvage de la
concurrence.
6. Des réactions de fond, cependant, se manifestent peu à
peu. Elles se préoccupent de recherche des racines, ou d'un sens à
la vie. Sous l'abondance des biens matériels, on sent la crise du
spirituel. Tout a été «désenchanté». Bien
des gens espèrent maintenant une nouvelle source d'enchantement: à
travers le nouvel âge, des sectes, des expériences touchant le
mysticisme, bien souvent à travers un sacré «sauvage».
Ainsi naît comme une nouvelle conscience des humains, au-delà des
valeurs matérialistes, au-delà de la consommation. Le bonheur est
ailleurs. Mais les Églises chrétiennes ne savent pas quoi faire
pour se réajuster à ces nouvelles attentes et rêvent encore
le plus souvent d'attirer des gens à la paroisse: elles n'ont pas saisi
qu'il faut aller vers les autres, et non essayer d'attirer les autres vers soi;
l'esprit institutionnel l'emporte encore sur l'esprit de mission.
7. Pendant ce temps, plein de nouveaux lieux significatifs naissent.
Des réactions se manifestent partout. Par exemple, les mouvements
pacifistes ont dénoncé avec un certain succès l'usage des
techniques à des fins militaires. Le mouvement écologiste prône
le respect de la nature, de l'environnement, et critique le système
industriel déshumanisé; mais la droite revient en force, triomphe à
nouveau, contraignant le mouvement écologique à des reculs. Les
femmes revendiquent un nouveau rebalancement des rapports avec les hommes, aux
niveaux légal, familial, du travail, etc. L'expression artistique n'a
jamais connu autant d'ébullition, même si elle est quelquefois récupérée
par les industries culturelles. On repense l'éducation, la santé,
la culture.
8. Enfin, le pluralisme s'impose partout. Le lieu par excellence de
son expression, ce sont les médias de communication de masse. Cette libre
circulation des opinions, autrefois restreinte par l'Église dans le but
de sauvegarder la doctrine... et aussi son pouvoir, se voit maintenant ouverte à
tous, en principe. En pratique, elle demeure soumise à de nouveaux
censeurs: les responsables des médias, les «gate-keepers», dont
la tâche est de juger, dans l'ensemble des prises de parole et des faits
humains en circulation, ce qui mérite d'être exposé au grand
public à travers les médias. Dans cette nouvelle agora, tous ont
le droit d'avancer toute réflexion, de telle sorte qu'à une minute
d'avis, des opinions absolument contradictoires seront exposées, sans que
personne d'autre que les publics ne décident par eux-mêmes de leur
pertinence. Finis, donc, les monopoles idéologiques, moraux, doctrinaux,
religieux. Dorénavant, pour exposer ses points de vue, il faut apparaître
sur l'agora médiatique, la foi représentant dorénavant
seulement un participant parmi bien d'autres, comme lorsque chaque groupe d'intérêt
possède un kiosque parmi des centaines d'autres dans une foire.
L'influence déterminante des médias
Les médias constituent donc le principal lieu (pas l'unique) de
production ou de reflet du sens personnel et collectif. Ils assurent la «construction
sociale de la réalité», au quotidien. Ils se trouvent ainsi
en quasi-constante contestation de toute vision fermée du monde (c'est
ainsi que se présente encore souvent la vision chrétienne). La
culture médiatique populaire se caractérise, entre autres, par
deux traits essentiels à l'expression culturelle d'ici: le libre marché,
le désir inconscient.
Les médias obéissent eux aussi aux lois de l'offre et de la
demande. Loin d'être critiques de l'économie, ils en vivent et
l'encouragent (par la publicité). Ils obéissent à certains
postulats, toujours les mêmes: les propriétaires, pour faire le
plus d'argent possible, entendent recueillir le plus de publicité
possible, et pour cela doivent rejoindre les auditoires les plus larges
possibles, grâce au langage du spectacle divertissant. C'est la loi de
l'offre et de la demande en pleine action.
Mais, derrière ces larges auditoires, se cachent bien des désirs
inconscients. Les innombrables modèles offerts en pâture rejoignent
tôt ou tard chacun d'entre nous: qu'ils soient de l'ordre de la persuasion
(propagande, publicité, relations publiques, information) ou de
l'imaginaire (jeux, divertissements, happenings, fictions). Il s'agit de règles
à la fois d'ajustement à la réalité et d'échappatoire
dans le rêve: désirs d'être à la fois «in»
et «out», besoins vécus à travers des sortes de
transferts psychologiques d'ordre mimétique ou cathartique.
Les médias sont alors à la fois définisseurs et miroirs
de toutes ces tendances qu'on a décrites ci-haut. Point de surprise qu'on
leur en tienne rigueur. Ce sont eux qui ont fait sauter le monopole du pouvoir
religieux contrôlant la prise de parole dans l'opinion publique. Ce sont
eux qui se révèlent être le «marché ouvert»
de toutes les idéologies en circulation sur la planète. C'est à
travers eux que s'exprime le monde des désirs de consommation, semant une
certaine superficialité en même temps qu'un engouement intempestif
pour la surconsommation (ex. par la publicité). Ce sont eux, aussi, qui
présentent des modèles de comportement dont l'influence,
difficilement mesurable, n'en est pas moins réelle. Ce sont eux, enfin,
qui offrent à leurs auditoires une variété croissante de «visions
du monde», souvent en parfaite contradiction les unes avec les autres, mais
toujours laissées au libre-choix des publics, considérés
adultes. Nous sommes renvoyés une fois de plus à l'agora publique.
Mais, contrairement à la vision trop souvent purement pessimiste
manifestée dans l'Église, cette culture, nourrie de «in»
et de «out», de désir du réel et de l'imaginaire, peut
aussi rejoindre directement, dans ses modèles proposés, le besoin
actuel de recherche de sens, de vision du monde, de «spiritualité».
Et cela au-delà de toutes les frontières. D'ailleurs, à
l'intérieur de tout moment culturel naissent des contre-cultures, sortes
d'antidotes prophétiques nécessaires à l'engourdissement,
contestations parallèles, dont les formes donneront à leur tour
naissance aux nouvelles expressions culturelles. C'est ainsi, par exemple, qu'il
faut réinterpréter positivement les contestations des jeunes vis-à-vis
de leurs aînés.
Une nouvelle culture basée sur le provisoire ne cesse de se
manifester chez nous, avec ou contre les forces du marché. Les arts en
sont témoins. Théâtre, films, danse, poésie, littérature
(tous bien près des médias), etc., cherchent de nouvelles révélations
esthétiques, qui leur permettent de dire des valeurs neuves, ou de dire
nouvellement d'anciennes valeurs redécouvertes. Les témoins - y
compris évangéliques - y ont tout naturellement leur place. dans
la mesure même de leur charisme prophétique.
En cela, les médias provoquent un renouvellement incessant, qui
s'exprime à travers l'esthétique et la créativité.
En même temps, les médias ouvrent aussi vers plus de
conscientisation, à travers l'information notamment. Ils nourrissent et
renouvellent les contestations nécessaires: pacifisme, environnement,
nouvelles visions du monde. Au-delà du danger de nivellement par le bas
lié à l'industrialisation de la culture, ils se révèlent
souvent comme les langages neufs venant de la base, qui nous parlent de rupture,
de nouvelles symboliques, de besoin de créativité: des thèmes
bien évangéliques. Dans cette perspective précise, on peut
les considérer comme des lieux extraordinaires d'éveil de
spiritualité.
Quelles sont les idées propagées et les attitudes adoptées
en contradiction avec la vraie conception de l'homme révélée
en Jésus-Christ et proclamée par l'Église? demandait la
première question. Après ce qu'on vient de dire, il apparaîtra
clairement que, l'idée fondamentale de toute notre approche, c'est
justement de renoncer à étaler comme certitude qu'il n'y ait
qu'une seule «vraie conception de l'homme révélée en Jésus-Christ
et proclamée par l'Église». C'est justement cela qui n'est
plus reçu aujourd'hui. Ce qui n'enlève rien, par ailleurs, à
la qualité de la vision du monde propre aux chrétiens, qui garde
toute sa valeur. Une valeur à proposer, et plus jamais à imposer.
2e question: Quelle culture?
De notre réponse à la première question, on aura vite
compris que, dans la culture qui est la nôtre ici, il n'est plus question
de faire «la promotion d'une culture chrétienne»; mais plutôt,
qu'il y ait des chrétiennes et chrétiens témoignant en
pleine culture populaire. C'est déjà assez dramatique que,
notamment depuis l'arrivée des médias de masse au XVIe siècle,
l'Église ait à ce point défendu une «culture chrétienne»
toujours en marge des cultures courantes. Elle en porte aujourd'hui les conséquences:
elle se voit tous les jours plus marginalisée par rapport à la
culture populaire, sans parler des scientifiques, des artistes...
L'option d'évangélisation doit ici être établie
sans équivoque: va-t-on vers le monde, vers les gens chez eux («ad
gentes»)? ou continue-t-on à vouloir attirer les gens chez soi, dans
l'Église? Si on choisit la deuxième option, c'est la fin, tout au
moins dans notre culture. Si l'on choisit l'option plus orientée vers le
peuple, il semble qu'il serait approprié de renverser complètement
l'ordre de présentation des choix d'agirs pastoraux indiqués dans
la question pour attribuer de nouvelles priorités, en ne négligeant
pas de les situer toujours d'abord dans le «ad gentes»: l'expression
artistique, l'action sociale (notamment auprès des plus démunis),
le dialogue philosophique et interculturel, la recherche anthropologique et
historique, la façon de vivre la foi, l'expérience des communautés
de foi, la réflexion théologique, la proclamation de la Parole et
la catéchèse, les célébrations liturgiques.
Ce mouvement de présence des chrétiens et chrétiennes à
leurs cultures doit prendre en compte la démarche classique
d'acculturation-inculturation. Elle doit aussi assurer un respect intégral
de chaque groupe culturel dans ses valeurs les plus structurantes.
3e question: Quelle pastorale de la culture?
L'institution ecclésiale d'ici est encore bien timide dans son
approche à la culture. Elle a vécu trop longtemps en marge. Par
contre, l'Église, c'est d'abord les chrétiens et chrétiennes,
qui eux et elles sont intimement impliqués dans leurs cultures
respectives. On ne part donc pas de rien.
L'idée, c'est non pas de fonder des activités culturelles
religieuses en parallèlle, en marge encore une fois, mais bien plutôt
d'être là, en pleine pâte culturelle, comme le levain de l'évangile,
au coeur de sa culture. Les expressions religieuses traditionnelles transmises
de générations en générations ont inspiré
pendant des siècles les expressions culturelles globales du Canada français.
Mais, elles ont vieilli; malheureusement, peu d'esprit de créativité
a pu s'exercer et s'apprendre devant l'immutabilité des formules
culturelles chrétiennes antérieures. Dorénavant, on aura
besoin de nouvelles expressions culturelles à inventer, et c'est un défi
très compliqué, car les vieilles générations restent
bloquées sur les anciennes formules, tandis que les plus jeunes ne savent
pas encore nommer leur foi en termes culturels actuels.
De timides essais ont pourtant été mis en branle ici et là.
Au niveau social: des centres d'éducation populaire (le Centre
Saint-Pierre, à Montréal, par exemple), des coops de tous genres,
l'accompagnement des groupes défavorisés qui se prennent en main,
des témoignages d'autorités ecclésiales en faveur des démunis...
Les communautés religieuses de femmes et d'hommes y ont joué un rôle-clé.
C'est probablement le plus important lieu d'intervention ecclésiale
structurée dans la nouvelle culture. Il conserve à l'Église
institution une crédibilité morale certaine.
D'autres organismes assurent un minimum de références à
des personnes en cheminement dans leur foi: centres de consultation, pour les
nouvelles religions, de catéchèse des adultes, etc.
Un effort remarquable a été tenté par l'épiscopat
du Québec, au cours des dernières années, vis-à-vis
des médias de masse: sondage sur la perception publique de l'Église
québécoise, contacts avec les journalistes à Montréal
et en régions, formation intensive de 170 cadres supérieurs
(incluant les évêques) de l'Église québécoise à
l'intervention médiatique compétente. Un important colloque se déroule
en juin 1996, dont le thème est justement consacré aux valeurs de
création dans les médias: le colloque est sous la responsabilité
de l'Office des communications sociales, le lieu de rasssemblement des
catholiques francophones canadiens concernant les médias.
Enfin, différents groupes, encore clairsemés, tentent des
rapprochements avec les artistes, ou donnent leur chance à quelques-uns
d'entre eux: musique, chant, peinture, etc. Il y aurait ici beaucoup à développer.
Car, finalement, ce sont les artistes qui un jour ou l'autre trouveront les
nouvelles formules, les nouveaux symboles, les nouvelles métaphores,
assez signifiants pour définir les imaginaires collectifs, dont on peut rêver
que la foi chrétienne ne soit pas tout à fait absente (après
avoir connu des instants si glorieux ici par le passé).
Somme toute, c'est surtout grâce à des témoins prophétiques,
en paroles et en actions, que l'Église en agir pastoral peut rejoindre le
«sujet interprétant» de la culture actuelle chez nous, y
compris à travers les médias de communication de masse, ces
dangereux mais merveilleux marchés ouverts des visions du monde.
PROMOTING CHRISTIAN CULTURE IN THE UNITED
STATES
Kevin L. FLANNERY, S.I.
Pontifical Gregorian University
1. In the United States of America where I was born and brought up
there has always been a general presupposition that religion is a good thing.
There has never really existed the social phenomenon of
anti-clericalism, although certainly there have been anticlerical individuals in
our nation's history and there has been a good amount of institutional
anti-Catholicism. Thus, there is a basic openness to religion which makes the
Unites States at least potentially fertile ground in which the Catholic faith
might continue to flourish and grow.
There are however a number of factors working against this prospect. One is
certainly materialism: the ideals propounded in the media most often represent
simply the satisfaction of hedonistic and selfish desires. Newspapers are full
of stories about those who have "made their million" (or millions) and
who have therefore reached the empyrean, as it is perceived, of American
culture. One finds this materialistic mind-set throughout American culture, so
it is not just something that the media force upon the American people; it is
part of American society itself and needs to be cut through if the Gospel is to
take root and grow.
Another factor that stands in the way of future evangelization is the
coverage in the media of priest-pederasty cases. The many reports of priests who
have molested children, especially boys, has done much certainly to discourage
vocations to the priesthood and male religious life. Most healthy young American
men of the age when they might choose a vocation think twice about joining an
organization (religious order or diocese) which they perceive to contain a
significant number of men with sexual difficulties of this sort. This perception
may or may not always be a correct one; the problem still exists.
Another factor working against the Gospel in American culture is the
insistence, especially in academic circles, on "political correctness."
"Political correctness" is basically a list of doctrines rather
unthinkingly regarded as what the thinking person ought to think. These
doctrines very often conflict with Church teaching, particularly with respect to
so-called "women's issues" (abortion, sexual freedom) and academic
freedom. The agenda of the politically correct is often explicitly
anti-Catholic.
Another factor comes from within the Church itself. Within certain quarters
of the Catholic Church there is so much antipathy for Catholic teaching that
often people who develop an interest in the faith are either put off by the lack
of unity that they actually find among Catholics or, having been convinced by
the arguments made against Catholicism by Catholics, they decide that the
Catholic faith is not worth bothering about.
Despite these factors, however, there are still many conversions to the
Catholic faith in the United States. These may be attributable to the inherently
religious character of the American people which I mentioned above or to
dissatisfaction with the often simplistic understanding of Christianity coming
from the major Protestant churches. Or they may be attributable to
dissatisfaction with materialism and political ideology. Any such factors must,
however, of course, be considered less important than the ultimate cause of
conversion, the grace of God.
2. The most important "privileged way" by means of which
the Church promotes Christian culture is certainly the Eucharist. This is the
means by which she has drawn people to herself from the beginning. One need only
recall the many Catholic convert authors who say that they were attracted to the
Church by the Mass.
The Church, however, I believe, must be very careful not to think of the
Eucharist primarily as a means of attracting people. The focus must
always be on the God we worship, from whom we ask forgiveness of our sins and
help in our difficulties. Otherwise the Mass becomes mere theater. Theater, of
course, can and does often attract spectators; but it is not especially good at
nurturing faith and prayer. That comes rather from realizing that the God of the
universe is present in our churches. This realization might be promoted by
ensuring that our churches are houses primarily of prayer, places in which
others feel the indwelling presence of the Holy Spirit.
It might also be promoted by better translations of the prayers used during
the Church's liturgy. The English language Sacramentary, as it now stands, can
best be described as "secularized." As many references as possible to
the transcendence of the God we worship have been systematically eliminated in
its translation. I am afraid that the use of so-called "inclusive language"
is of a piece with this movement away from the sacred. Whatever the merits of
inclusive language (and, stylistically, they are certainly few), it introduces
into worship itself a political agenda. Such language, and the ideology
it promotes, may attract a certain class of activist; but, again, it does little
to promote prayer and awareness of our utter dependence on God our Father.
As for other cultural exchanges that might promote the faith, the most
important thing, I believe, is for bishops especially to explain clearly why the
Church takes the stands it does, especially when these stands contradict the
standard or politically correct opinions of those who control the media
(including often the Catholic media). It is truly extraordinary, for instance,
how little success the Church has had in getting across to the American
population why women cannot be ordained to the priesthood. Of course, loyal
Catholics simply accept the Church's teaching in this regard; but they can
rarely explain why this teaching does not constitute an injustice.
3. One important means of evangelization are the documents published
by the United States Catholic Conference (i.e., the Conference of Bishops).
These are often discussed in media (especially in newspapers and opinion
magazines), and this discussion (one hopes) eventually has its effect on the
more general population. The bishops need to be careful, however, I believe,
that their message is primarily a religious message, otherwise their teaching
will be put in the same category as any other type of political advocacy. For
the moment, I believe they have avoided such a situation.
I might add too that the collective nature of a conference of bishops can
make difficult - if not impossible - a clear and incisive type of
evangelization. The documents that a conference produces must obviously be "committee
documents." Thus, there is certainly room for initiatives by individual
bishops. A good example of this type of evangelization would be the document
authored by Bishop Myers (Peoria) on abortion. I understand that he is presently
working on a pair of documents on catechesis. One hopes that they may enjoy the
same success (even fame) that his letter on abortion had.
There are, of course, in the United States a number of Catholic cultural
centers, and various groups sponsor "Catholic culture weeks," art
exhibits and the like. But I should think that the most important such means of
evangelization are our permanent institutions: Catholic high schools and
universities in their everyday operation. The effectiveness of this work, of
course, depends upon the extent to which teachers and professors are truly
committed to the Catholic faith.
EL EVANGELIO, FUENTE DE CULTURA VERDADERA
Mons. Fernando-Antônio FIGUEIREDO
Obispo de Santo Amaro (Brasil)
1. ¿Cuál es la visión del hombre?
Podemos decir que, después del ocaso de ciertas ideologías que
marcaron el siglo XX, el hombre de nuestro tiempo decidió llevar adelante
un proceso de autocrítica de los supuestos iluministas que generaron
tales ideologías. Sin embargo, considerando que el sustento básico
del Iluminismo fue la conceptualización del hombre en cuanto sujeto
autoreferido, ciertas perspectivas autodenominadas postmodernas han extrapolado
este proceso proclamando la necesidad de un adelgazamiento del sujeto
(Vattimo) que se coloca en el horizonte de ya conocidos planteamientos antifundacionalistas
(Wittgenstein, Heidegger) o antihumanistas (Foucault, Derrida).
Parece abrirse, pues, un horizonte nihilista que en una sintomática
resurrección de perspectivas nietzscheanas amenaza la comprensión
del hombre en cuanto persona; esto es, en cuanto fundamento de
todos los posibles dinamismos sociales, culturales y económicos. Ello no
sería tan preocupante si se planteara tan sólo en el ámbito
de las teorías filosóficas; sin embargo, estas perspectivas se
expresan en dinamismos concretos de rechazo de la dignidad de la persona, como
las prácticas de la ingeniería genética o la presentación
del mercado o de la tecnología como únicos
referenciales configuradores de la sociedad adveniente, capaces de disolver en sí
mismos a la persona o de tornarla una simple metáfora o epifenómeno
de sus procesos inmanentes.
Así, la visión del hombre que se delinea, ya a finales
de nuestro conturbado siglo XX, parece ser la desconfianza del hombre en
relación a la dignidad de su propio ser. Ya no se trata, por
tanto, de una simple desfiguración de la realidad humana, sino de una
aterradora renuncia a la pregunta por aquello que hay de más específico
en la criatura humana, para, de esa forma, abandonarla a los dinamismos de
facto que presenciamos en el mundo contemporáneo.
En el ámbito pastoral, el contacto con tantos jóvenes que
pierden el gusto por la vida o que encuentran el ilusorio
sentido de la misma tan sólo en los dinamismos de consumo alentados por
el mercado, suscita una honda pregunta acerca de si las perspectivas antes
indicadas ya calaron en quienes constituyen la esperanza del mundo y de
la Iglesia.
Sin embargo, en el mismo ámbito pastoral, encontramos que esos jóvenes
dan todavía testimonio de aquella chispa divina que, configurando
la interioridad humana, no se apaga tan fácilmente. Así,
la inquietud, el hambre de infinito, la propia búsqueda de razones
para vivir aunque sean encontradas de modo pragmático y efímero
parecen confirmar que, como decía Pascal, «el hombre supera
infinitamente al hombre».
El horizonte que percibimos no parece indicar, pues, que el hombre de hoy
haya llevado adelante una simple apuesta irresponsable por el pesimismo; sino
que es, esencialmente, la descripción viva del drama que se
experimenta después de haber perdido de vista los fundamentos que
le permiten al ser humano descubrir su inmenso valor. Y, en cuanto drama,
no constituye de por sí una tragedia, sino, más bien, un
desafío profundo a la Iglesia para que ella posibilite que, en el
dinamismo tensional entre apuesta o renuncia por el hombre,
venza no sólo en el plano categorial, sino, sobre todo, en el ámbito
vivencial de nuastros jóvenes aquella Luz que impide que el
hombre se perciba a sí mismo de modo negativo y autocondenatorio.
2. ¿Hacia qué cultura?
Si consideramos como indicaba el Santo Padre en su memorable Discurso
a la UNESCO de 1980 que «la cultura es aquello a través de
lo cual el hombre, en cuanto hombre, se hace más hombre, "es" más,
accede más al "ser"» (nº 7), entonces podríamos
decir que la cultura hacia la cual debemos encaminarnos es, simplemente, la
cultura esencialmente considerada, esto es, la cultura en cuanto proceso de humanización
o personalización, dinamismos que siempre permean el lenguaje
pontificio al caracterizar la cultura.
En ese sentido, cabría también preguntarse hasta qué
punto el surgimiento de planteamientoss y prácticas antihumanistas
no es reflejo de una profunda crisis en los propios dinamismos culturales, en la
medida en que no consiguen diferenciar, en sí mismos, aquello que es
verdaderamente cultural y aquello que desencadena un proceso de anticultura;
o sea, aquello que verdaderamente humaniza y aquello que se vuelve contra el
propio hombre.
Asumiendo esta esencial consideración preliminar, podemos destacar
que, en medio de procesos despersonalizantes sean estos filosóficos,
económicos o tecnológicos parece también necesario
recuperar espacios de encuentro, en donde las personas sean capaces de
reconocer mutuamente su dignidad, desplegando así auténticos
dinamismos de humanización. Pensamos, por ejemplo, en la familia, las
parroquias, los movimientos eclesiales, las escuelas, las universidades, que
son, todos ellos, ámbitos en los que la Iglesia estuvo siempre presente,
comprendiéndolos como auténticas comunidades en donde el hombre se
cultiva en el reconocimiento y despliegue de su dignidad fundamental.
En ese sentido, si a partir de nuestra observación inicial
la cultura es proceso de humanización, eqoV, esto es, dinamismo
habitual, coincidente con un tipo de costumbre en la que el
hombre descubre y cultiva su ser específico, reviste también
particular importancia considerar que esta cultura sólo se despliega
plenamente en cuanto se constituye como indicamos en el párrafo
anterior en espacio de encuentro, esto es, en cuanto hqoV, que
significa morada, ámbito en el cual y desde el cual el hombre
descubre que puede habitar humanamente el mundo, diferenciándose
de la naturaleza y otorgando sentido, desde esta habitación, a
todo lo que aparece como inferior a él.
Sin entrar en consideraciones más detalladas sobre otros aspectos
antropológicos que debieran ser rescatados y promovidos en los procesos
contemporáneos que nos anuncian nuevas configuraciones culturales,
creemos que estos procesos deben salvaguardar al menos los dos
dinamismos esenciales antes descritos: el dinamismo de humanización
o personalización, y, por eso mismo, el dinamismo de encuentro,
que no es sino una ocasión para subrayar el carácter
imprescindible del amor, sin el cual el hombre jamás podrá
configurar una cultura a la altura de la dignidad humana revelada por
Jesucristo.
3. ¿Con qué pastoral de la cultura?
Elaborar una pastoral de la cultura supone prestar atención a las
situaciones específicas en que cada persona y cada pueblo plantea las
preguntas sobre su propia condición humana, preguntas éstas cuyos
intentos de respuesta redimensionan o inhiben sus peculiares situaciones
culturales, esto es, sus particulares estilos de vida (Gaudium et
spes, nº 53). En ese sentido, la eficacia de los programas de pastoral
de la cultura parece depender, en gran medida, del vigor y de la coherencia de
los testigos del Evangelio (obispos, presbíteros, religiosos, laicos,
etc.) en cuanto están encarnados, compartiendo una misma cultura, una
específica morada común.
Sin embargo, permítasenos plantear un cierto horizonte que nos
parece que debe estar presente en una pastoral más amplia y global de la
cultura a partir de un pasaje fundamental de la Constitución
pastoral Gaudium et spes, que fue llamada por el Santo Padre en un
seminario internacional, realizado en noviembre del año pasado,
conmemorando los 30 años de su promulgación la carta
magna para promover y defender la dignidad humana: «el hombre, que es
la única criatura en la tierra a la que Dios ha amado por sí
misma, no puede encontrarse plenamente a sí mismo sino en la donación
sincera de sí mismo» (nº 24).
Este pasaje, citado en repetidas ocasiones por Juan Pablo II, nos parece que
ofrece una clave pastoral que, por su honda perspectiva antropológica,
permite, por eso mismo, defender y promover los dinamismos esenciales de la
cultura que hemos destacado anteriormente: el dinamismo de humanización
y el dinamismo de encuentro.
En relación con el dinamismo de humanización, el
documento conciliar nos recuerda que el hombre es fin en sí mismo,
nunca medio, ni siquiera para Dios, que ha querido dotar a su criatura
de libertad. En el antes citado discurso a la UNESCO, Juan Pablo II reafirmaba
esta radical apuesta que la Iglesia hace por el hombre, con las siguientes
palabras: «Hay que afirmar al hombre por él mismo y no por
ningún otro motivo o razón». Y añadía: «El
conjunto de las afirmaciones que se refieren al hombre pertenece a la sustancia
misma del mensaje de Cristo y de la misión de la Iglesia» (nº
10).
En ese sentido, el hombre es más él mismo en la medida en que
se descubre desde Aquél que, amándolo, lo constituye en su
dignidad. Fuera de Dios el hombre corre el riesgo de dudar de su propio valor,
pues sujeto únicamente a sus dinamismos contingentes puede
llegar a creer como se descubre, por ejemplo, en la perspectiva sartreana
que su propia libertad carece de sentido, al carecer de un fundamento y de un
horizonte que la oriente.
Así, la cultura, entendida como dinamismo de humanización,
viene a solicitar, desde sus propias raíces, una pastoral que le descubra
su sentido en Dios. No se trata, entonces, de la necesidad de estrategias
pastorales que se coloquen en medio de las culturas, suplicando ser
atendidas; sino de un profundo servicio a las propias culturas, que sin el
Evangelio no pueden nunca alcanzar la plenitud de sus más genuinos
anhelos de humanización.
Pero el pasaje de la Gaudium et spes continúa: «el
hombre no puede encontrarse plenamente a sí mismo sino en la donación
sincera de sí mismo». Y es aquí que aparece el fundamento
antropológico de lo que hemos denominado dinamismo de encuentro
como esencial a toda cultura en cuanto cultura. Si la cultura no se despliega en
lazos de solidaridad, de reconciliación, de verdadero amor cristiano,
entonces no consigue promover un auténtico proceso de humanización.
En nuestra cultura llamada postmoderna, la ilusión de que el hombre
podría realizarse a sí mismo desencadenando procesos narcisistas,
relativistas o individualistas, no es sino una señal de hasta qué
punto el Evangelio del Amor se torna también indispensable para rescatar
los auténticos dinamismos de encuentro y de comunión que
caracterizan el sentido originario de toda cultura.
En la IV Asamblea General del Episcopado Latinoamericano se intuyó
esta necesidad, proponiéndose como horizonte para los próximos años
la configuración de una cultura de la reconciliación y de la
solidaridad (Santo Domingo, nº 77). Ese horizonte que, por
diversas razones, apela de un modo particular en nuestras tierras
latinoamericanas, podría orientar una pastoral más amplia que
salvaguarde a la cultura en uno de sus dinamismos esenciales, el del encuentro
de las múltiples fragmentaciones, teóricas y prácticas, que
amenazan, no simplemente una u otra cultura particular, sino la posibilidad
antropológica misma de la configuración cultural en cuanto tal.