Pour compléter la présentation des Centres Culturels présents
au Colloque de Chantilly, voici quelques brèves notices d'information sur
dix-huit Centres particulièrement engagés dans le dialogue
culturel.
CENTRE CULTUREL LES FONTAINES
Marc HOËL, SJ
Chantilly, France
Notre Centre a commencé en septembre 1970, en un temps où la
société française et l'Eglise de France traversaient une
crise sociale, politique et culturelle, assez profonde.
La distance de Paris (40 km) ne rendait pas les déplacements trop
difficiles. Mais elle imposait de faire des séminaires résidentiels
de deux ou plusieurs jours. L'étendue et la beauté du parc, le
silence, le contact avec la nature pouvaient être un argument très
attractif. Déjà, d'ailleurs, la bibliothèque et les bonnes
conditions de vie et de travail dans la maison avaient attiré des
chercheurs (étudiants et professeurs, français et étrangers).
Le public attendu pouvait provenir des milieux enseignant, soignant, étudiant,
des animateurs et responsables de paroisses, de mouvements sociaux et
confessionnels.
Enfin, pour augmenter encore l'ouverture internationale, le Centre participa
activement à la fondation de deux réseaux: le Centre Européen
de Recherche Interdisciplinaire de Chantilly (en liaison avec une dizaine
d'Universités et de Centres universitaires) et l'Institut Robert Schuman
pour l'Europe (en liaison avec plusieurs ONG).
En 1988, fut créé enfin Fontauberge, une sorte
d'auberge de jeunesse pour jeunes européens.
Quels sont les objectifs du Centre? Etre un carrefour, un oasis, un échangeur.
Bref, un lieu ouvert de rencontres. Nous voulons aider nos contemporains à
prendre la mesure des changements qui s'opèrent dans notre société
et permettre aux chrétiens les plus actifs de se situer,
intellectuellement et spirituellement, par rapport à ces changements.
Notre programme lui-même montre que l'Eglise prend intérêt à
tous les problèmes humains d'aujourd'hui: il comporte un secteur problèmes
de société; un secteur biblique et théologique, des
sessions d'expression corporelle et artistique et enfin des sessions de
rencontre inter-confessionnelle ou inter-religieuse.
Une philosophie ou l'esprit qui anime tout ce travail: malgré
les apparences, l'homme moderne, urbanisé, est culturellement comme un
nomade. Il a besoin, dans son désert, d'oasis, de points d'eau. Il a
besoin de lieux d'accueil et d'échanges.
Nous avons aussi peu à peu compris que chacun et chaque groupe
(national, confessionnel ou culturel) doit devenir conscient de la mémoire
collective qui l'habite et qui configure ses sentiments et ses jugements
actuels. Nous pensons que la réconciliation, déjà si
difficile entre les individus, est impossible entre les groupes s'il n'y a pas
de prise en compte des mémoires collectives. La fidélité à
l'Evangile lui-même, qui appelle à l'accueil de l'étranger
et à l'amour des ennemis, nous oblige ainsi certainement à un
travail d'explicitation culturelle.
Pour cette raison, il nous semble important d'aborder en priorité les
questions-frontières: politique et foi, science et théologie, éthique
et management, corps et vie spirituelle, l'art et le sacré, rencontres
entre juifs, chrétiens et musulmans.
Il est clair que, pour aller ainsi aux frontières, nous devons en même
temps nous tenir fermement au centre: Dieu, le Christ, l'Eglise. Des sessions
sont consacrées à la formation théologique, pastorale et
spirituelle. L'Eucharistie dominicale et quotidienne, proposée à
ceux qui le veulent, est au coeur de la vie du centre.
Nous sommes convaincus qu'un cadre de beauté, un climat d'amitié
et de respect mutuel favorisent grandement l'effort de la réflexion et de
l'intelligence. Le parc, la décoration intérieure des locaux, des
expositions et parfois des concerts contribuent beaucoup à faire du
Centre un lieu de ressourcement humain et religieux.
CENTRE D'ETUDES DIOCESAIN LES GLYCINES
Jean LANDOUSIES, C.M.
Alger, Algérie
Le Centre d'Etudes Diocésain se veut essentiellement un lieu pour la
rencontre entre l'Eglise et le monde algérien, dans le domaine de
la culture et du dialogue inter-religieux. Depuis des siècles, les sociétés
arabo-musulmanes ont la conviction d'avoir été méprisées
par les sociétés de l'Occident de tradition chrétienne.
Dans certains milieux, l'Eglise est regardée comme l'instrument, voire
l'instigatrice de ce qui est dénoncé comme une agression
politique, culturelle ou religieuse. Dès lors, il est essentiel pour
cette Eglise de manifester de façon concrète, une attention
respectueuse à l'ensemble du patrimoine culturel algérien, dans la
diversité de ses composantes: arabo-musulmane, berbère...
Le Centre pourrait se concevoir comme un lieu de formation à
l'accueil du pluralisme culturel et religieux, aussi bien pour les chrétiens
que pour les musulmans. Il s'agit de faire l'expérience que toute culture
ne peut être elle-même et se développer que dans un contact
positif avec les autres. Etant plus assuré dans sa culture, il devient
plus facile de rencontrer les autres dans ce qu'ils sont et de s'en enrichir.
Toutes les activités du Centre sont ouvertes à un public algérien
généralement de milieu universitaire: étudiants,
enseignants, chercheurs.
Utiliser les moyens dont nous disposons - bibliothèque, formation
linguistique, conférences, rencontres islamo-chrétiennes, Revue de
Presse - c'est encore une façon de se situer par rapport aux autres dans
une perspective de recherche commune.
Le Centre propose aux chrétiens une formation permanente par
correspondance, des possibilités de sessions intensives ou de cours
d'approfondissement. Une religieuse spécialiste en droit musulman assure
cette formation et publie des fascicules ronéotés concernant le
Droit et la religion en Islam, les problèmes de la famille au Maghreb.
Tout cet engagement pour la rencontre avec le monde musulman ne serait pas
possible sans un renouvellement permanent de nos motivations spirituelles et théologiques.
Aussi, le Centre favorise et organise un effort de réflexion théologique
sur la Mission, le dialogue interreligieux, les religions... Il le fait en
particulier à travers des dossiers de "formation permanente"
permettant un travail personnel ou en groupe, des journées bibliques...
(cette année, par exemple le thème retenu est celui de religion et
modernité)... La visée est de permettre une réflexion "en
situation" sur des questions qui engagent la vocation de notre Eglise dans
sa rencontre avec le pays.
CEEBA - CENTRE D'ETUDES ETHNOLOGIQUES DE
BANDUNDU
Hermann HOCHEGGER, SVD
Bandundu, Zaïre
Le CEEBA a été fondé le 3 avril 1965 par Hermann
Hochegger SVD, avec l'idée de créer un institut d'anthropologie
culturelle dans le Zaire. C'était le début d'un dialogue avec la
culture des populations de quatre diocèses du Zaire. Depuis lors, chaque
année les participants ont abordé un thème différent
à partir de recherches préparatoires et 27 colloques ont été
organisés par la suite... Le 28è colloque du CEEBA se tiendra en décembre
de cette année. Voici un rappel de quelques sujets du dialogue
interculturel engagé annuellement depuis 1965:
- 1965: Le mariage, la vie conjugale/familiale et l'éducation coutumière.
- 1973: La notion de Dieu dans les mythes et dans la vie quotidienne.
- 1983: Espace rituel et temps sacrés dans la religion ancestrale.
- 1992: Rites et interdits de la Bible comparés aux rites et tabous
de la tradition religieuse du Zaire.
A part les rencontres annuelles, tout au long de l'année nous avions
du temps pour des recherches particulières. Dès le début,
la linguistique et la mythologie ont retenu notre intérêt. Nous
avons commencé à enregistrer l'ensemble de la littérature
orale en langue maternelle.
CEEBA est au service de l'inculturation, ce qui signifie que deux cultures
se rencontrent, sont en contact étroit dans lequel chaque culture
acquiert des éléments nouveaux, nés de la rencontre. Dans
le processus de l'interaction, chaque culture enrichit l'autre, mais doit garder
aussi son identité. Est-ce possible?
Le mariage de deux cultures engendre un enfant qui a hérité de
deux côtés. Changer de religion comporte toujours un changement
dans la culture. La religion est le coeur de la culture. Est-ce possible de
changer de coeur, sans changer son identité?
Le CEEBA a trois objectifs de travail: la recherche, les publications et
l'enseignement. Au Grand Séminaire de Kalonda (où étudient
les séminaristes de cinq diocèses) le directeur du CEEBA assure
pendant deux décennies les cours de l'introduction à
l'anthropologie culturelle et le dialogue avec la religion traditionnelle.
Malgré les problèmes du moment, le CEEBA continue son travail.
L'équipe de chercheurs choisit un thème d'enquête sur un
sujet particulier chaque année. Nous ferons une étude de révision
de la terminologie chrétienne en kikongo, notre langue de prédication
et de liturgie. En rapport avec les problèmes du développement, on
doit examiner le droit foncier coutumier qui présente un problème
pour les cultivatrices (qui doivent parfois donner la moitié de la récolte
au chef coutumier).
Le CEEBA continue ses recherches de dialogue avec la mythologie locale, études
de thèmes particuliers, comme le motif du décepteur (trickster),
l'interdit violé, les objets merveilleux etc.
Le CEEBA essaie d'organiser avec des anthropologues anglophones une édition
anglaise de 20 volumes du dictionnaire des rites. Nous préparons un
recueil de récits de la Bible, transmis à l'oralité
africaine par les catéchumènes et jeunes chrétiens du pays.
De même un volume de récits concernant les contes de Perrault,
de Grimm et des fables de La Fontaine, tels qu'ils sont racontés dans un
contexte actuel du pays. Une série de conférences-débats
sera organisée concernant les problèmes de sorcellerie, du mariage
chrétien et de la vie familiale.
CENTRE THOMAS MORE
Antoine LION, O.P.
L'Arbresle, France
Le Centre Thomas More, créé en 1970, est situé dans le
couvent dominicain de la Tourette, à L'Arbresle près de Lyon,
construit par Le Corbusier de 1956 à 1959. Toujours animé par des
dominicains, lieu d'église dans la culture contemporaine, il poursuit
aujourd'hui son histoire en affrontant l'exigence de renouvellement. L'aventure
du Centre Thomas More est à la conjonction d'une architecture, d'hommes,
d'un projet.
A la fin des années soixante, le couvent ne restait habité que
par une poignée d'hommes qui avaient le choix entre vendre ce bâtiment,
ou y lancer des projets nouveaux. En 1970, ils décidèrent de
prendre ce risque. Avec audace, ils définirent des orientations
novatrices pour l'époque: ouvrir largement l'accueil aux gens de passage,
permettant ainsi à beaucoup de non-croyants de fréquenter quelque
temps une communauté religieuse; créer un lieu de recherches et
d'expériences vécues dans le domaine de la spiritualité;
enfin se lancer dans l'aventure du Centre Thomas More.
On commença, dès 1972, à se tourner plus largement vers
les sciences humaines et à ouvrir des débats sur des sujets qui
n'avaient rien de spécifiquement religieux. L'activité du Centre
Thomas More s'en trouva grandement développée et on commença
de marcher vers le régime qui fut adopté jusqu'à ce jour,à
savoir d'organiser sur place durant chaque année universitaire une
vingtaine et parfois plus de colloques, de débats ou de rencontres.
D'autres disciplines encore ont pris de l'importance dans l'histoire du
centre, telle la sémiotique, que celle-ci soit appliquée à
l'étude des textes et en particulier des textes religieux ou qu'elle se déploie
dans le domaine de l'image et de l'oeuvre d'art. La philosophie elle-même
a pris sa place dans les débats au fil des années. Quant à
la théologie proprement dite, elle est souvent au coeur de discussions
qui se mènent dans nos murs, mais les théologiens ne se
rencontrent pas sans que d'autres disciplines soient convoquées pour
participer à la discussion.
Mentionnons encore des domaines où l'activité du Centre est
croissante et qu'il entend poursuivre dans les années à venir: la
réflexion sur l'Europe, qui s'est développée depuis les
mutations de 1989 (sans que cela fasse reculer une attention particulière
aux pays en développement, notamment du fait de la présence fréquente
d'africanistes); des recherches sur l'esthétique et la culture artistique
contemporaine: dans ce domaine, le Centre n'oublie pas l'architecture et
voudrait désormais consacrer au moins un colloque par an à des
questions de fond ayant trait à l'architecture. Il pense aussi être
un lieu de réflexion privilégié pour les débats
autour de l'art religieux contemporain.
MOUVEMENT CULTUREL ANTELIAS
Georges ABI SALEH
Liban
Le Mouvement Culturel Antelias (MCA) travaille dans un pays
multi-confessionnel, relativement jeune (Etat indépendant depuis 50 ans),
qui a connu une crise majeure (1958) et une guerre civile de 16 ans (1975-1990).
Le MCA croit en un Liban-modèle, voué à une mission régionale
et même mondiale: un espace de dialogue islamo-chrétien et
inter-religieux et de coexistence pacifique et constructive entre citoyens de
diverses communautés religieuses. Cette position coïncide d'ailleurs
avec l'esprit du Synode pour le Liban lequel, selon le Pape, n'est pas seulement
un pays, mais une mission.
En résumé, c'est cette option qui constitue l'idée
forte et directrice de notre activité culturelle et qui nous porte à
accepter volontairement un témoignage quotidien. Ce témoignage se
concrétise par les manifestations suivantes:
- Professer la foi chrétienne et la pratiquer en respectant la foi
des autres.
- Soutenir que l'amour et la liberté sont les valeurs les plus
importantes qui mènent à l'humanisation de l'homme.
- Démontrer que les vertus chrétiennes d'ouverture, de
dialogue, de réconciliation et de solidarité humaine sont des
valeurs salutaires pour toutes les populations du Moyen-Orient, et notamment
pour les chrétiens arabes.
Les Activités Propres du MCA
Le salon du livre a lieu tous les ans au début de mars dans la
grand-salle du couvent de Saint-Elie et dure dix jours. Y participent les éditeurs
libanais et quelques grands éditeurs arabes et européens.
Le Festival de l'Enfance et de la Jeunesse, ou Espace-joie né
au cours des années sombres de la guerre, et se perpétuant depuis,
tous les ans, ce Festival groupe des livres et des jeux éducatifs, des
activités artistiques (théâtre, musique, chant et danse...)
et des stands spécialisés: projection de films éducatifs,
théâtre de marionnettes, ateliers d'informatique, travaux manuels,
connaissance des animaux, des plantes etc.
Le Colloque Culturel National est un débat de spécialistes et
de penseurs sur un thème choisi. Ce colloque est le couronnement d'une série
de conférences et de tables rondes sur le même thème. Des
recommandations sont adoptées à la séance de clôture
et les actes du colloque sont intégralement publiés. Le MCA a créé
en 1988, en ses propres locaux, une bibliothèque publique ouverte tous
les jours de la semaine. Notre bibliothèque est l'unique bibliothèque
publique dans une région relativement très peuplée de la
banlieue nord-est de Beyrouth.