C'est avec une profonde joie que j'ai accepté l'aimable
invitation à participer à ce Congrès international "Le Patrimoine
de la Passion: source inépuisable d'inspiration pour la culture". Le
sujet est à la fois original et utile. Original, car l'argument de la Passion
n'est pas d'ordinaire abordé sur le plan culturel; utile, car il permet de découvrir
la richesse du patrimoine spirituel et culturel des Peuples entrés en contact
au cours de l'histoire avec l'Évangile. La connaissance du passé est inéluctable:
elle devient inspiration pour le futur. La mémoire est l'espérance du futur.
L'engagement des fidèles à traduire leur foi en de multiples expressions de
la culture ne doit pas rester une expérience du passé, mais continuer
aujourd'hui pour se poursuivre demain. La richesse de la foi —une foi priée,
vécue et célébrée— alimente l'inspiration chrétienne pour interpréter
et représenter la réalité de la vie moderne. Au regard du passé, les
styles de vie, les modes et les techniques d'expression ont certes évolué,
mais l'inspiration demeure la même: la foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu.
"Pour nous les hommes et pour notre salut, Il descendit du ciel, par
l'Esprit-Saint Il a pris chair de la Vierge Marie et S'est fait homme. Crucifié
pour nous sous Ponce Pilate, Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il
ressuscita le troisième jour conformément aux Écritures et Il monta au
ciel; Il est assis à la droite du Père".
1. Le mot passion dérive de la parole latine passio.
Le verbe pati signifie supporter, souffrir. Par ce terme, les chrétiens
indiquent les souffrances de Jésus-Christ, mort en Croix à Jérusalem après
avoir subi de nombreux outrages physiques et moraux.
Ce mot de passion est resté en usage dans les
langues de tous les peuples qui ont accueilli le baptême. Nous le retrouvons,
sauf quelques nuances, dans toutes les familles linguistiques européennes:
latine, anglo-saxonne et slave. Ce fait, hautement significatif, révèle la
diffusion du terme et la nécessité de mieux en approfondir la signification.
Le récit de la Passion de Jésus-Christ est rapporté par
les quatre Évangélistes. A côté des références à la Passion présentes
en d'autres passages de l'Évangile, les péricopes de la Passion demeurent
les textes fondamentaux. Pour comprendre le sens profond de la réalité de la
Passion de Jésus, trois mises au point me paraissent opportunes.
La première se réfère à la façon dont Jésus a affronté
la mort. Pleinement conscient que la dramatique issue de sa vie terrestre
provenait du refus de son ministère de la part des Juifs, Jésus n'a pas pour
autant édulcoré la Mission reçue du Père d'annoncer et de témoigner la présence
du Royaume de Dieu. En totale obéissance filiale, Il a accepté sa fin
cruelle et l'a incorporée dans le Dessein salvifique du Père.
La valeur salvifique universelle du sacrifice de Jésus
est soulignée dans l'Écriture Sainte. C'est le second aspect à rappeler.
Les auteurs sacrés rapportent la Passion, non seulement comme un fait
historique réellement advenu, mais comme un événement salvifique vécu
par le Fils de Dieu dans l'histoire des hommes.
Les récits de la Passion, enfin, ne sont pas encore la
conclusion de l'Évangile: la narration du tombeau vide et des apparitions du
Crucifié ressuscité aux apôtres et aux disciples leur fait suite. Le mystère
de la Passion et de la Mort de Jésus doit toujours être compris à la
lumière de la Résurrection. L'humiliation du Fils de l'homme est ainsi
transfigurée par sa glorification: "s'étant comporté comme un homme,
il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort et à la mort sur une
croix! Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est
au-dessus de tout nom" (Phil 2,7-9). La Passion est pour la Résurrection.
La liturgie du Triduum pascal nous le rappelle: il ne constitue pas une simple
préparation à la solennité de Pâques, mais il est vraiment, selon saint
Augustin, le très saint Triduum du Christ crucifié, enseveli et ressuscité.
Il commence à la Messe vespérale In Caena Domini qui ouvre les célébrations
de la Bienheureuse Passion. Il porte le nom de Triduum pascal pour
qu'il apparaisse plus évident que la Pâques du Christ ressort de sa mort et
résurrection, c'est-à-dire de la nouveauté de vie qui surgit de la mort rédemptrice.
Un des symboles les plus éloquents de la Passion est la Croix.
A la lumière de la Résurrection, elle devient le signe de la victoire du
Seigneur sur la mort et sur le péché. Aussi la Croix est-elle dressée dans
les églises, les maisons et les lieux publics où les chrétiens se réunissent,
comme aux carrefours des villages et des cités. Elle est portée autour du
cou. La croix fait partie de la vie de l'homme et elle est le chemin
spécifique du chrétien: "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il
renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me
suive" (Lc 9, 23-24).
2. Les premières communautés chrétiennes ont
ressenti dès les origines l'urgence de vivre selon la logique pascale.
Le mystère de la Passion, Mort et Résurrection de Jésus, célébré dans
l'Eucharistie dominicale et spécialement au cours du Triduum pascal, trouve
dans le martyre, puis le monachisme, deux formes d'application
particulièrement éloquentes.
La participation à la Passion du Christ revêt
diverses formes au cours des siècles. Le rapport entre le martyre et
le Christ crucifié est trop manifeste pour qu'il y ait lieu d'y insister.
Saint Luc assimile la mort d'Étienne à celle de Jésus (Ac 7, 59-60; Lc
23, 34-46). Saint Ignace d'Antioche et saint Polycarpe en sont de bonnes
illustrations. Sainte Blandine va au martyre, "comme invitée à un repas
de noces" (Eusèbe, Hist. Eccl. 1, 55).
Au martyr qui donne sa vie en une seule fois succède le
moine qui immole la sienne chaque jour. Les Pères n'hésitent pas à
qualifier les moines de martyrs du temps de paix (Hilaire d'Arles, Vie de
saint Honorat 57, 3): la mortification quotidienne est équiparée au
martyre (saint Athanase, Vie de saint Antoine 46; saint Jérôme, Ep.
108, 31). Les ascètes sont appelés "disciples de la croix" car ils
"portent dans leur corps la passion du Christ" (Saint Basile, Ep.
223, 2).
La mortification, qui conforme la vie du moine à celle du
Crucifié (saint Jean Cassien, Institutions 4, 34-35), conduit à une
mort mystique, à un martyre qui "ne diffère pas du martyre
physique" (Eutychius de Constantinople, De Pasch. et Euchar. 5).
Les réformes monastiques des Xe et XIe siècles accentuent
l'orientation vers l'humanité du Christ et sa passion. La mystique de la
Passion, après avoir été assimilée au martyre et à la mortification des
ascètes, trouve une nouvelle formulation dans la "contemplation de la
passion du Seigneur". Le moine prie Jésus de "blesser des flèches
embrasées de son amour" l'âme qui le cherche, désirant lui être
spirituellement uni sur la croix, en compagnie de la Vierge (Jean de Fécamp, Méditations
7-8). Saint Anselme de Cantorbéry manifeste une attirance de compassion: il
regarde la plaie du côté pour avoir l'âme "transpercée de la douleur
la plus aiguë"; il voudrait charger la croix sur ses épaules pour
sentir "le poids de l'immense charité".
Saint Bernard apporte des éléments nouveaux dans la
mystique de la Passion: il enseigne que l'âme, par la méditation et
l'imitation du Crucifié, parvient dans la charité à l'union intime et
personnelle avec le Verbe incarné. L'école de la charité (schola
caritatis) est aussi école du Christ (schola Christi). L'Amour
crucifié pénètre l'âme, la brûle et la consume jusqu'à la faire mourir
à elle-même: ce martyre intérieur conduit à l'union mystique entre le
Christ et l'âme qui cherche Dieu. Pour Guillaume de Saint-Thierry, la
passion, "les opprobres, les crachats, les soufflets, la mort en
croix" parlent le langage de la charité. Jésus nous fait comprendre en
quoi consiste l'amour, lorsqu'il donne sa vie pour nous, nous aimant jusqu'au
bout. La méditation de la Passion équivaut à une communion spirituelle,
puisque l'Eucharistie appelle la "memoria passionis" et
l'union intime avec le Christ (Ep. ad fratres de Monte Dei 115).
Au XIIe siècle, la chrétienté perçoit que Jésus est né
pauvre, a vécu pauvre, est mort pauvre et nu sur la croix. Elle renoue ainsi
avec la tradition patristique qui a toujours vu un rapport étroit entre la
"sequela crucis" et la pratique de la pauvreté. Robert
d'Arbrissel et saint Norbert soulignent que le Christ s'est préparé à la
mort en laissant tout ce qu'il avait sur terre: sa bourse aux mains du traître,
son Église à Pierre, son corps aux disciples dans le Sacrement, les
disciples à Dieu, ses habits aux soldats, son corps mortel à ceux qui le
mettent en croix. Son dernier bien, sa mère, il la remet aux hommes.
Peu d'hommes ont eu une expérience de la passion aussi
intense et prolongée que le Poverello d'Assise. Saint François est l'image
du Christ souffrant, "cloué à la croix en corps et en esprit". Le
baiser au lépreux, image de Jésus couvert de plaies, change "toute
amertume en douceur". L'aspiration au martyre développe en lui le désir
ardent de mourir sur la croix avec le Christ; la stigmatisation transcrit en
sa chair que son livre est le Crucifié en qui il désire "se transformer
par son amour débordant" (saint Bonaventure, Legenda maior 9, 2).
Sainte Claire répète que son unique désir est de rester sur la croix avec
le Christ pauvre, "dont l'étreinte procure un bonheur sans fin" (Lettre
à Agnès de Bohème 1). Les premiers compagnons de François sont
persuadés que seul celui qui se dépouille de toutes les choses de la terre
et "monte sur la croix avec le Christ" (cf. Dante, Paradis
XI, 70) peut espérer l'union mystique avec le Verbe incarné. Saint Antoine
de Padoue veut, "avec les pieds de l'amour", parcourir jusqu'au bout
le chemin de la croix.
Au XIVe siècle, sainte Angèle de Foligno revit le drame
de la Passion et en décrit les scènes avec un réalisme impressionnant:
"Tout cela, je l'ai souffert pour toi". Même réalisme dans les
visions de Brigitte de Suède, surtout celle qu'elle eut à Jérusalem, dans
l'église de la Passion. Catherine de Sienne emprunte trois
"escaliers" célèbres: le premier jusqu'aux "pieds transpercés",
le second jusqu'au "côté ouvert" et le troisième jusqu'à la
"bouche, où le fiel a mis son amertume". Alors l'âme se repose sur
la croix, "heureuse et douloureuse" (Le Dialogue 49-76).
La Vita Jesu Christi de Ludolphe de Saxe suit
simplement l'Évangile, les commentaires des Pères et des auteurs
monastiques.
La Devotio moderna est orientée vers la méditation
et l'imitation de la vie et Passion du Seigneur. Thomas a Kempis propose une série
de méditations et de prières sur la vie et la passion du Christ (Opera,
éd. M.J. Pohl, t. 5, Fribourg, 1905).
Saint Ignace de Loyola dans ses Exercices spirituels
consacre une semaine à méditer la Passion. Ce n'est qu'après s'être rangé
résolument sous l'Étendard du Christ et s'être enrôlé à la suite du
Christ que le retraitant se voit proposer la méditation de la Passion: comme
le Christ, le disciple passera de la passion à la gloire de la résurrection.
Pour saint Jean de la Croix, l'imitation du Crucifié dans
son obéissance à la volonté du Père est indispensable pour qui veut
atteindre à la perfection. La croix, entendue comme engagement continu à la
souffrance, est la "porte étroite", la seule qui donne accès à la
divine Sagesse.
Nous n'oublions pas les autres manifestations quotidiennes
qui témoignent de la grande influence du mystère Pascal sur les fidèles,
leur vie spirituelle, familiale et sociale.
L'importance attribuée aux célébrations du Triduum
pascal, centre et sommet de l'année liturgique, apparaît clairement déjà
dans l'exigence des chrétiens du IIIe siècle de prolonger la célébration
du mystère pascal pendant cinquante jours. Par la suite, l'Église institue
une préparation adéquate à la fête de Pâques, le Carême, avec toutes ses
étapes de développement, transformation et réorganisation jusqu'à
l'aggiornamento du Concile Vatican II.
Je voudrais rappeler quelques expressions
traditionnelles de ces temps forts pour illustrer une fois encore
l'influence de la Passion, Mort et Résurrection du Seigneur sur la vie des
chrétiens et de l'Église. Je m'appuierai sur le trinôme de la prière, du
jeûne et de l'aumône, indiqué par Jésus lui-même (Cf. Mt 6, 1-18).
La prière, personnelle et communautaire,
s'intensifie en carême. L'Église demande à chaque chrétien de se confesser
et de communier au moins une fois l'an, généralement à Pâques. Il n'était
pas rare autrefois d'imposer une pénitence publique ou une réconciliation
visible entre les membres d'une communauté. Ces faits étaient préparés
avec soin par des célébrations liturgiques, d'intenses moments de méditation
et une prédication appropriée. Parmi les nombreuses prières nées de la
contemplation du Mystère pascal, la dévotion si répandue du Chemin de
Croix tient une place de choix. Dom Marmion disait à ses moines: "je
suis convaincu qu'en dehors des sacrements et des actes de la liturgie, il n'y
a pas de pratique plus utile pour les âmes que le Chemin de Croix fait avec dévotion"
(Le Christ dans ses mystères 14).
Les récits de la Passion étaient chantés, illustrés,
dramatisés, accompagnés par des représentations appropriées dans
les églises ou autour des lieux sacrés. Le philosophe Étienne Gilson était
saisi par de tels spectacles où "l'artiste perpétue pour nous le
spectacle charnel que Dieu a voulu donner" (La Passion). L'étude
du développement de la musique et des représentations dramatiques théâtrales
et artistiques s'élargit avec la vie des saints et en particulier des
martyrs incorporés plus intimement à la Passion de leur Maître. Le Père de
la littérature croate, Marko Marulic (1450-1524), profondément inséré dans
la Mort et Résurrection du Seigneur, en tire l'inspiration de ses œuvres,
aussi bien en langue latine que croate.
Quant à l'influence sur les mœurs, la pratique du
jeûne et des conseils relatifs aux aliments à consommer ou à éviter
pendant le Carême et surtout le vendredi, jour de la passion de Notre
Seigneur, est éloquente. Il convient de rappeler la bénédiction des
aliments le jour de la Résurrection. Le jour de Pâques perdure l'habitude de
consommer l'agneau en famille, signe de l'Agneau immolé pour nous. Les chrétiens
portent des Rameaux de palmiers et d'oliviers, bénis durant la procession du
dimanche des rameaux, dans leurs propres maisons, les champs et sur les lieux
de travail. Il y eut ensuite une invitation constante à la sobriété dans
les comportements durant le Carême, comme par exemple à ne pas célébrer
des noces trop fastueuses. De la nuit du Jeudi saint jusqu'à la veille de la
Résurrection, en souvenir du séjour du Seigneur dans le tombeau, les cloches
des églises ne sonnaient plus. Parmi les rites de la veillée pascale, qui
ont influencé la culture religieuse, nous pouvons rappeler, par exemple, la
liturgie de la lumière et en particulier la bénédiction du feu nouveau, la
préparation du cierge pascal et la proclamation de l'annonce pascale: Exultet!
L'invitation à pratiquer l'aumône a poussé de
nombreux hommes et de nombreuses femmes à se dépenser toujours plus en
faveur des pauvres. Divers ordres religieux d'hommes ou de femmes assistent
les malades, nourrissent les affamés, aident les nécessiteux: c'est que sur
leur visage ils reconnaissent les traits divins de Jésus-Christ souffrant et
mourant pour nous: "dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces
plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait" (Mt
25, 40). La volonté de maintenir vivante la mémoire de la Passion Glorieuse
du Christ par de nombreuses confréries, comme à Séville ou en Sicile, est
à relever: particulièrement actives durant la Semaine Sainte, elles sont
engagées tout au long de l'année en faveur de l'évangélisation et de la
promotion humaine, sous l'inspiration du message des Béatitudes.
Oui, la Passion glorieuse est devenue source de la
culture chrétienne. Cette constatation ne doit pas nous surprendre
puisque la religion est à l'origine de la culture et en accompagne le devenir
historique au cours des millénaires. Elle est nécessaire pour la naissance
d'une vraie culture et son absence en rend impossible le plein développement.
Au point de vue étymologique, culte et culture ont même racine: ils
proviennent du verbe latin colo qui signifie travailler, cultiver,
exercer. La culture imprégnée de la Passion est chrétienne
parce qu'inséparablement unie au Serviteur souffrant et glorifié, Jésus-Christ,
notre Sauveur.
3. Parmi les peuples slaves, les Croates sont les
premiers à avoir accueilli le Mystère pascal. Le Pape Jean-Paul II l'a
relevé lors de sa visite historique en Croatie en 1994: "Tu es le
Christ! Parmi les peuples slaves, les Croates ont fait les premiers cette
profession de foi" ("Homélie à Zagreb", Documentation
Catholique 2102 [1994] 887).
Vos ancêtres ont vécu en un pays où, par la grâce de
Dieu, le Christianisme a fleuri dès les temps apostoliques. Saint Paul
rappelle que son disciple Tite s'est rendu en Dalmatie (2 Tim 4,
10). Votre terre regorge du souvenir du Christianisme des premiers siècles,
comme le montrent les basiliques paléo-chrétiennes, les nombreux monuments
et les recherches archéologiques. Mais bien plus précieuse pour vous est la
mémoire de vos martyrs demeurés fidèles au Christ jusqu'à
l'effusion du sang et qu'a commémorés le Saint-Père: saint Quirinus, évêque
de Siscia; les saints Eusèbe et Pollionus, respectivement évêque et lecteur
de Cibale, les saints Venantius et Domnius de Salona, ainsi que saint Maur de
Parentium.
C'est par de telles racines que le Christianisme a
pu s'étendre parmi le peuple Croate. Comme les autres peuples chrétiens, il
a été pénétré par le message pascal et s'est laissé profondément
marquer et façonner en tous les domaines de la vie. Le présent congrès
indiquera avec plus de précision l'influence du christianisme sur la culture
croate et les nations voisines.
Je voudrais seulement souligner combien vos saints sont
marqués du mystère pascal. Deux ont subi le sort du maître: Saint
Nikola Taveliæ (1341-1391) à Jérusalem et Saint Marko Kri_evèanin
(1558-1619) à Košice en Slovaquie. Saint Léopold Bogdan Mandiæ (1866-1942)
est devenu l'apôtre de la réconciliation entre les hommes et Dieu par son
assiduité au confessionnal. Ces saints représentent la multitude innombrable
de ces hommes et de ces femmes de votre patrie qui ont vécu la vocation chrétienne
jusqu'à l'héroïcité du martyre.
4. Nous approchons de la fin du second millénaire de
christianisme. Le Saint-Père nous invite à nous préparer au grand Jubilé
de l'Année Sainte et il a consacré 1998 au Saint-Esprit. Nous sommes conviés
à redécouvrir "sa présence sanctificatrice à l'intérieur de la
communauté des disciples du Christ" (Exhortation apostolique Tertio
millenio adveniente n° 44).
Notre siècle a vu la prétention humaine de
construire la société sans tenir compte de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ
et de bâtir une société en opposition à l'Évangile. Le résultat fut
tragique: les deux idéologies antichrétiennes du nazisme et du communisme
ont semé destructions spirituelles et matérielles et de nombreuses victimes.
Aujourd'hui, nous pouvons compter avec plus de précision les millions de
morts des camps de concentration, de travail ou de rééducation, plus de 80
millions, selon le Livre noir du Communisme, publié récemment à
Paris.
Ces idéologies destructrices de la personne se sont
abattues sur votre pays, y causant destructions, souffrances et pertes
humaines. En de tels moments tragiques, les nouveaux et intrépides témoins
de Jésus-Christ et de l'Évangile ne vous ont jamais manqué. La figure la
plus prestigieuse demeure celle du Cardinal archevêque de Zagreb, Alojzije
Stepinac, "un authentique homme d'Église, disposé au sacrifice suprême
plutôt que de renier sa foi", selon l'émouvant et vibrant hommage que
lui a rendu le Saint-Père (Homélie aux Vêpres, Zagreb).
Ce sont les hommes configurés à Jésus-Christ qui
indiquent le chemin à suivre pour la construction d'une société plus juste
et humaine. Le chemin est celui du don total de soi, du renoncement à l'égoïsme
et du service désintéressé du prochain. C'est la voie de la Passion qui débouche
sur une vie nouvelle personnelle et communautaire: "si le grain de blé
tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte
beaucoup de fruit" (Jn 12, 24).
Les hommes apprennent peu de l'histoire! Ils recourent
encore à la force pour imposer leur volonté ou régler les conflits. Les
guerres récentes en Croatie, Bosnie-Herzégovine, au Rwanda, au Congo ou au
Sierra Leone le démontrent de manière éloquente. Les chrétiens pourtant ne
doivent jamais se décourager. Guidés par l'Esprit-Saint qui est l'Esprit du
Seigneur ressuscité, ils sont appelés à proposer de nouveau le Mystère
pascal et par la parole et par leurs actes: c'est l'engagement de la
Nouvelle Évangélisation.
La Passion a pénétré l'histoire de l'Europe entière.
S'il en fait disparaître les empreintes, le continent européen non seulement
perdra ses richesses culturelles, mais reniera son identité. Pourrions-nous
imaginer une Europe sans cathédrale, sans église, sans ces signes
architecturaux visibles de la Passion du Christ?
Je souhaite à votre Congrès d'apporter davantage de lumières
encore sur l'influence vivifiante du Mystère pascal dans la culture croate et
dans celle des peuples qui ont entendu la voix du Seigneur: "viens et
suis moi" (Mc 10, 22): ils ont pris le chemin avec courage et détermination,
convaincus avec Pierre que le Seigneur a seul les paroles de la Vie éternelle
(cf. Jn 6, 68). En définitive, la Croix est symbole d'amour suprême.
Comme le disait saint Thomas a Kempis: "la croix est le trésor inépuisable
de l'Église, la croix est le bois de l'amour" Crux lignum caritatis.
L'effondrement du communisme permet à la Croatie et à
d'autres pays de réfléchir en vérité et liberté sur son prestigieux passé,
pour y déceler et reconnaître les éléments essentiels de son identité
nationale et chrétienne. Ces bases portantes sont toujours valides et
capables d'inspirer votre présent pour construire un avenir d'espérance et
une civilisation de l'amour, au sein d'une Europe chrétienne et dans la
symphonie d'une Europe des Nations.
Dans les récits de la Passion, Marie, la Mère de Jésus,
occupe une place de choix. C'est à son intercession maternelle que nous
confions vos travaux, reprenant la prière conclusive de l'Angelus que les chrétiens
aiment répéter trois fois par jour: Gratiam tuam quaesumus Domine,
mentibus nostris infunde: ut qui, Angelo nuntiante, Christi Filii tui
Incarnationem cognovimus, per Passionem Eius et Crucem, ad resurrectionis
gloriam perducamur. Per eundem Christum Dominum nostrum. Amen!
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