NOTITIAE
UNE "CULTURE DE PAIX" POUR L'AMÉRIQUE LATINE
Les initiatives lancées et appuyées par l'UNESCO peuvent
être suivies d'effet: le 21 décembre, l'Assemblée générale des Nations
Unies adoptait une résolution appelant à "la promotion d'une culture de
la paix" basée sur "le respect des droits de l'homme, la démocratie,
la tolérance, la diversité culturelle et la réconciliation". Le
programme culture de paix de l'UNESCO est né en 1992, d'abord pour consolider
la paix dans des situations post-conflictuelles, ensuite pour prévenir aussi
les conflits dans quelque pays que ce soit. Cependant, c'est dans les
démocraties jeunes et tou-jours fragiles d'Amérique latine que l'Organisation
traduit le plus vigoureusement ce concept en actions. Grâce à Rigoberta Menchu
Tum, Ambassadeur de bonne volonté de l'UNESCO; par la création d'un réseau
régional de médiateurs; en aidant à la réintégration des soldats
démobilisés; avec des rencontres de responsables pour affiner la concept de
"gouvernabilité"; par des programmes radio en direction des femmes;
en revoyant de fond en comble des programmes de l'enseignement de l'histoire
centrés sur les seuls conflits.
"Dans la culture de la guerre, les conflits sont
résolus par la violence, physique ou symbolique. La culture de la paix, à
l'opposé, est inséparable du recours au dialogue, à la médiation, à la
reconnaissance de l'Autre, comme égal en droit et en dignité — qu'il
s'agisse des rapports entre États, entre communautés et groupes sociaux, entre
gouvernants et gouvernés, ou encore entre hommes et femmes. La culture de la
paix peut être ainsi définie comme l'ensemble des valeurs, des attitudes et
des comportements, des modes de vie et d'agir qui traduisent, en s'en inspirant,
le respect de la vie, de la personne humaine, de sa dignité et de ses droits,
le rejet de la violence, y compris toutes les formes de terrorisme et
l'attachement aux principes de liberté, de justice, de solidarité, de
tolérance et de compréhension tant entre peuples qu'entre groupes et entre
individus."
"Mais la culture de la paix ne saurait s'identifier à
un pacifisme abstrait, ou à une tolérance passive, qui en appellerait à la
cessation des hostilités et des violences sans proposer les mesures propres à
redresser les situations d'injustice, d'inégalité ou d'oppression. Parce
qu'elle est une morale "en action" la culture de la paix suppose un
engagement déterminé à oeuvrer à l'édification d'un monde acceptable par
tous, selon les mots d'Archibald MacLeish. Elle suppose la construction d'un
cadre de vie conforme à la notion de dignité humaine, où tous les exclus, les
isolés, les marginalisés trouveraient la possibilité d'une véritable
réinsertion sociale; elle suppose l'élimination de la pauvreté et de son
cortège de maux; elle suppose un partage plus équitable de la prospérité
comme du savoir et la possibilité, pour tout un chacun, de prendre ou de
rattraper le train de l'éducation; elle suppose aussi la consolidation des
processus démocratiques, parce que seule la démocratie peut assurer le droit
au droit et le respect de tous les
droits." (Extraits
de la Stratégie à moyen terme de l'UNESCO, 1996-2001; cf. Sources UNESCO,
nº 86, Janvier 1997, p. 7-8.)
L'UTILISATION DES ÉGLISES POUR DES MANIFESTATIONS
CULTURELLES
Le diocèse d'Angers vient de publier à l'usage des curés
affectataires des lieux de culte, et des organisateurs de manifestations
culturelles un double dossier susceptible d'intéresser nombre de personnes
confrontées à des demandes de plus en plus fréquentes d'utilisation des
églises dans un but culturel.
Des initiatives de plus en plus nombreuses permettent de
sauvegarder, restaurer et mettre en valeur le patrimoine culturel religieux
existant, comme aussi de trans-mettre aux générations nouvelles les richesses
de la culture chrétienne. Une authen-tique pastorale de la culture unit les
aspects culturels et religieux d'un patrimoine très diversifié, et permet
d'orienter la réponse à donner aux organisateurs de manifestations
culturelles, dont les églises affectées au culte constituent un lieu de
prédilection.
Quelques références fondamentales:
1. La Congrégation pour le culte divin abordait cette
question, dans une note du 5 novembre 1987: "Il convient d'ouvrir la
porte de l'église à un concert de musique sacrée ou religieuse, et de la
fermer à toute autre espèce de musique". Les règles suivantes
s'imposent: vérification du programme par l'Ordinaire diocésain, entrée libre
et gratuite dans l'église, tenue et comportement conformes au caractère du
lieu, engagement de l'organisateur pour les dépenses, assurances et remise en
état des lieux après la manifestation.
2. Le Conseil permanent de l'Épiscopat français fait
mention dans une note du 13 décembre 1988, de la situation juridique
française. La plupart des églises sont propriétés des communes, les
cathédrales sont propriétés de l'État, mais affectées au culte. Il
faut se réjouir de l'intérêt apporté par le public à la musique et
préserver la qualité du lieu de culte: On accueillera les concerts de musique
sacrée, mais "on pourra également accueillir d'autres types de
musique, de manière occasionnelle, du moment qu'elles ne s'opposent pas au
caractère particulier du lieu". Le Conseil permanent détaille les
garanties et les précisions que le curé affectataire doit recueillir des
organisateurs, mais il rappelle qu' "il appartient à chaque Évêque,
conformément au Droit, de déterminer des normes plus précises".
3. Au plan diocésain, un certain nombre d'Évêques ont
pris des dispositions spécifiques. Dans le diocèse d'Angers, par exemple, Mgr
Mazerat, par une ordonnance du 12 mai 1971, s'était réservé l'autorisation.
Son successeur, Mgr Orchampt a confirmé cette disposition en 1977 et en 1986,
et demandé que le programme lui soit préalablement communiqué.
Les organisateurs doivent s'adresser aux curés, et il
revient à ces derniers de demander l'autorisation à l'Autorité diocésaine,
en indiquant leur avis personnel motivé. Lorsque les demandes sont directement
envoyées à l'Évêché, elles sont envo-yées aux curés affectataires
concernés, car ils sont les mieux placés pour s'informer de toutes les
questions pratiques, et pour expliquer les raisons de l'attitude de l'Église
auprès de personnes qui ne sont pas toujours bien informées et dont certaines
peuvent ne pas comprendre immédiatement la façon de voir du Clergé en cette
matière. Une pratique s'impose: attendre la réponse positive de l'Autorité
diocésaine, avant de commencer l'information auprès du public.
L'autorisation ou le refus sont notifiés aux curés affectataires à qui il
revient de transmettre cette réponse aux demandeurs.
L'église est essentiellement lieu de prière et de culte
pour la communauté chré-tienne. C'est pour respecter ce caractère spécifique
que l'Église pose des conditions précises lorsqu'il s'agit d'en envisager une
autre utilisation, même occasionnelle.
L'augmentation considérable des demandes d'utilisation des
églises pour des manifestations culturelles signifie sans doute un regain
d'intérêt pour la culture, mais elle peut aussi traduire une certaine perte du
sens du sacré et du respect dû aux églises affectées au culte. Malgré
l'aide importante que constitue l'avis motivé des curés, l'examen attentif de
chaque cas suppose un travail considérable. Il faut souhaiter que dans chaque
diocèse l'Évêque puisse bénéficier de la compétence d'un prêtre, d'un
religieux, d'une religieuse ou d'un laïc particulièrement chargé de la
pastorale de la culture. La qualité du discernement en cette matière et
l'harmonie nécessaire à une vraie pastorale de la culture appellent un
engagement en ce sens.
Source: Pierre Ouvrard, Délégué épiscopal pour le
monde de la culture pour le diocèse d'Angers, Utilisation d'églises
affectées au culte pour des concerts ou d'autres manifestations culturelles.
LA VIE INTÉRIEURE: UNE NOUVELLE DEMANDE
L'Académie d'Éducation et d'Études Sociales de Paris a
choisi de centrer son cycle de huit conférences 1996-1997 sur La Vie
Intérieure. Affronté à une sérieuse crise d'identité, l'homme a besoin
de réapprendre à puiser dans le trésor de lumière et de sagesse dont chaque
personne est dotée par le Créateur qui a voulu créer l'homme à son image et
à sa ressemblance.
Le Président André Aumônier situe cette réflexion dans
l'ensemble de l'activité de l'Académie fondée en 1922: "Le
Christianisme, pour être plus précis, le Catholicisme Social a exprimé pour
nos aînés des principes d'action et une recherche permanente dont le terrain
privilégié était celui des relations entre partenaires sociaux, syndicalistes
et patrons, organisations représentatives des uns et des autres. De même
grâce au concours des économistes, les grands thèmes économiques était
fréquemment abordés. Les philosophes ont pris la relève. De nouvelles
questions éthiques voient le jour à la faveur des découvertes scientifiques
et des moyens qu'elles donnent aux hommes et aux femmes de disposer de leur vie
et de leur mort, sans parler des pressions morales et marchandes qui
accompagnent ces découvertes. De même les rapports économiques et sociaux
sont tributaire, eux aussi, de moyens de communication instantanés qui
privilégient l'opérateur financier sur le décideur économique, lui-même
déjà aux prises avec les progrès de la productivité qui entraîne la
délocalisation, l'une des nombreuses variantes des restructurations"
L'activité de l'Académie se situe au coeur des grandes
questions de l'homme et prend donc en compte l'évolution culturelle, sociale et
religieuse de notre temps, afin de discerner les enjeux de cette situation et
les appels auxquels les chrétiens se doivent de répondre. Pour cette raison,
l'Académie accorde une place de choix à la doctrine sociale de l'Église.
"Par enseignement social il faut entendre l'enseignement de l'Église pour
notre société notamment celle qui est en devenir. Dieu sait que les textes ne
manquent pas pour éclairer nos routes sur les chemins de l'éthique et ceux des
rapports économiques, sociaux et politiques entre continents".
Au moment où les membres de l'Académie prennent une
conscience de plus en plus vive d'une sécularisation généralisée, ils
souhaitent aborder le IIIe millénaire sous le signe de la Vie
Intérieure, qui correspond à une nouvelle demande.
Académie d'Éducation et d'Études Sociales, 47, rue de
l'Université, F-75007 Paris.
PREMIER FESTIVAL DES ARTS SACRÉS DE BORDEAUX
La première édition du Festival des Arts Sacrés de
Bordeaux s'est tenue dans la capitale de l'Aquitaine, du 27 mars au 3 avril
1997. Un ensemble d'expositions d'arts plastiques, de concerts, couronnés d'un
colloque auquel a participé le P. Bernard Ardura, nouveau Secrétaire du
Conseil Pontifical de la Culture, ont permis à un large public de bénéficier
d'un programme de qualité et très diversifié, entre l'église Notre-Dame, la
Bibliothèque de Bordeaux, le Théâtre du Port de la Lune, le Musée d'Art
contemporain, l'Espace Saint-Pierre et l'église Saint-Martin de Pessac.
Ce Festival est né d'une prise de conscience: l'histoire des
hommes ne s'est pas édifiée sur les seuls gestes ou comportements profanes.
Toute l'histoire des hommes, de leurs coutumes à leurs productions artistiques,
porte en elle un message fort et profond sur la dignité, la signification et la
valeur de la personne. Sous n'importe quelle latitude, celui qui part à la
découverte de cette histoire passionnante des hommes découvre, à chaque pas,
les liens très forts qui unissent en profonde symbiose la culture et le
"sacré". Dans cette perspective, Henri Marquier, Président du
Festival, précise: "Donner à voir, à entendre, à accueillir, en un mot
s'ouvrir avec intérêt et bienveillance aux formes d'expression des Arts
Sacrés dans leur diversité de langage, de culture, de nécessité religieuse
ou spirituelle, tel est le but que nous nous sommes proposés de
poursuivre".
Les amateurs de peinture et de sculpture ont pu ainsi
apprécier les oeuvres contemporaines de Jean-Michel Le Saux, Jean-Michel
Charpentier, François Ayrolles, Jean-Chrystophe Menu, Stéphane Peronnaud, tous
liés à Bordeaux, soit par l'origine, soit par leur récent établissement en
Aquitaine. Toutefois, la participation des artistes était largement ouverte,
notamment vers le Maghreb. En raison des liens anciens entre Bordeaux et le
Maroc, deux artistes, Hakim Ghazzali et Abdelhamid Kalmoun, respectivement
calligraphe et peintre, ont participé à ce Festival.
Avec Daniel Matrone, Pascal Copeaux, Michel Tranchant et le
Choeur de Chambre De Vive Voix, le Festival a fait une large place à la
musique instrumentale et au chant inspirés par la foi chrétienne, des Litanie
della Beata Vergine de Monteverdi au Salve Regina de Poulenc, de l'Ave
Verum de Mozart au Tantum ergo de Duruflé. La série de concerts a
manifesté la même ouverture culturelle que les expositions, en proposant
notamment les Musiques spirituelles en Catalogne interprétées par la
Capella Reial de Catalunya, tandis que les compositions marocaines étaient
exécutées par l'Orchestre Abderrahim Brioul de Casablanca.
A coté des oeuvres inspirées par la foi, il convenait de
présenter des oeuvres directement créées en vue de la célébration du culte.
La synagogue de Bordeaux a ainsi ouvert ses portes à la liturgie
hispano-portugaise séfarade et à la liturgie juive d'Europe centrale
ashkénaze, tandis que l'Ensemble de la Paix, sous la direction de Soeur
Marie Keyrouz, religieuse libanaise directrice de l'Institut International de
Chant Sacré de Paris, exécutait neuf Cantiques des Églises Orientales,
"ponts sacrés qui ont la puissance de modifier l'homme et d'éliminer en
lui tout ce qui apparaît dissonant à la Consonance Parfaite".
Le Père Bernard Ardura a participé au colloque sur Le
Sacré aujourd'hui, ce qu'en perçoivent nos contemporains. Trois
tables-rondes ont permis un tour d'horizon, en réunissant des personnalités du
monde littéraire, des artistes, et des personnalités religieuses représentant
les trois religions monothéistes. Une conviction s'impose: mis à part l'art
"de distraction", l'art est sacré, c'est l'expression spontanée de
l'homme inspiré par Dieu. Cette dimension religieuse fondamentale de l'art, qui
s'inscrit dans la création, trouve son expression fondatrice dans la
littérature biblique. Ceci implique pour l'artiste une mission: il légitime
l'homme placé dans ce monde avec mandat de coopérer à la création. On a
aujourd'hui l'impression que les biologistes et les économistes font
l'humanité de demain. Or, l'artiste inspiré par Dieu révèle une dimension
essentielle de l'homme et l'ouvrant au beau. De toute évidence, ce que nous
appelons le "sacré" ne correspond pas exactement au
"religieux", comme il ne correspond pas parfaitement au concept de
"sainteté". De fait, les trois religions monothéistes ne sont pas
des "religions" au sens des religions coutumières. Seules les trois
religions qui se réfèrent à une Révélation ont le sens de la Transcendance
au point de professer que Dieu est le Tout-Autre. Rien n'est saint en lui-même,
ni lieu, ni objet, sinon par la sainteté de Dieu. Le Christianisme, au moins
dans ses composantes catholique et orthodoxe, ne craint pas de parler de
"sacré", ni de "sacrifice", ni de culte, mais tout est
centré sur la personne du Christ: "Le Verbe s'est fait chair, et il a
demeuré parmi nous". Aujourd'hui, l'Église considère comme son bien le
plus "sacré" l'Eucharistie, par laquelle le Verbe de Dieu se fait
substantiellement présent à ses disciples. Et si elle parle de "lieux
sacrés" et de "temps sacrés", c'est toujours en référence au
Christ.
COLLOQUE À ROME SUR PIERRE-HENRI SIMON
Normalien, universitaire, écrivain, journaliste,
académicien —mais surtout un grand intellectuel chrétien engagé dans les
combats de son temps: Pierre-Henri Simon (1903/1972) a été, pour des
générations, une conscience, la voix d'un humanisme chrétien qui conjuguait
la foi en Dieu et l'action parmi les hommes. Un colloque lui a été consacré,
au Centre d'études Saint-Louis-de France, rassemblant, sous la présidence du
Cardinal Paul Poupard et du Professeur René Rémond (Fondation des Sciences
Politiques), des universitaires et des journalistes sur le thème: "Un
humaniste chrétien, témoin de son temps".
Colloque qui a fait éclater une évidence: l'actualité de
Pierre-Henri Simon. Dans sa vie, puisqu'il fut profondément engagé dans
l'histoire de son temps. Dans sa pensée, puisqu'il batailla avec courage aussi
bien contre le marxisme (accents prémonitoires près d'un demi-siècle avant la
chute du mur de Berlin!) que contre les puissances de l'argent, les injustices
sociales, les conformismes de tous bords, la négation des valeurs, les
snobismes intellectuels, les vertiges du vide. A travers les colonnes du Monde,
de 1952 à 1972, l'enseignement universitaire à Lille, à Gand puis à
Fribourg, les essais, les romans, dans une langue serrée, rigoureuse, forte, il
maintint le cap sur un humanisme chrétien vécu à travers les troubles et les
traumatismes du siècle. Deux dates marquent son oeuvre pour le grand public: L'Eglise,
les catholiques et l'argent en 1936, dont le seul début ("Cela
commence par un bruit de sous...") fait grincer les bien-pensants et les
tenants de l'ordre établi (du "désordre établi", disait-il): c'est
l'ouverture de l'Eglise au monde et aux problèmes sociaux. Et, en 1957, en
pleine guerre d'Algérie, Contre la torture, écrit, explique-t-il, au
nom de l'honneur de la France, qui lui vaudra de violentes critiques et des
menaces.
Une biographie qui s'identifie à son itinéraire spirituel,
tel que l'ont retracé les interventions au Colloque: profondément enraciné
dans sa terre, sa Saintonge natale, et sa famille, petite bourgeoisie cultivée,
études de lettres avec son oncle pharmacien, le bac au collège de la Rochelle,
l'entrée à l'Ecole Normale Supérieure en 1923 —il y rencontre Sartre, avec
lequel il ne s'entend guère: il lui reprochera beaucoup par la suite l'effet
corrosif de son existentialisme sur les jeunes. A l'Ecole, il participe au
groupe "tala" (ceux qui vont à la messe), qui donne à sa foi une
dimension intellectuelle nouvelle face à l'anticléricalisme ambiant. Il
s'engage: contre un relâchement qui semble annoncer la débâcle des années
40, il choisit les "Jeunesses patriotes": brève tentation
maurassienne, qui est en fait une manière de dire son amour pour sa terre, pour
la France. Puis agrégé, professeur à Saint Quentin, à Chartres, puis à
l'université libre de Lille: c'est la rencontre avec Mounier, le personnalisme,
la revue Esprit à laquelle il collabore, Maritain, le message d'un
catholicisme ouvert aux problèmes de la société . En 1938, l'enseignement à
Gand, puis la guerre: prisonnier, il passe cinq ans de captivité dans des camps
de plus en plus durs —organisant, pour le bon combat, une université
clandestine, la publication d'un bulletin d'information clandestin, écrivant
les premiers poèmes... Volonté de tenir, de résister, d'espérer. En 1946,
tenté par la politique, il reprend finalement l'enseignement, à Gand, puis à
Fribourg, tout en suivant l'actualité; il collabore dès 1952 au Monde,
où Beuve-Méry, son ami, l'a appelé... En 1962, ne pouvant plus mener de front
l'université et le journalisme, il quitte Fribourg et s'installe au
rez-de-chaussée du Monde. Il y assure la critique littéraire jusqu'en
1972 —jusqu'à la veille de sa mort. Bilan: une quarantaine d'ouvrages,
essais, pamphlets, critique littéraire, d'innombrables articles, des romans
remarquables, parfois occultés, à tort, par la célébrité du polémiste et
de l'homme engagé.
Soixante ans après L'Eglise, les catholiques et l'argent,
quarante ans après Contre la toiture, que représente Pierre-Henri Simon
pour un homme d'aujourd'hui? Le cardinal Poupard, qui l'a beaucoup lu avant
même de le connaitre personnellement, a bien voulu tirer un bilan du colloque.
—Pierre-Henri Simon était un humaniste chrétien: les
travaux ont mis dans une très vive lumière cette dimension fondamentale de son
oeuvre. J'ai retrouvé a l'occasion de ce colloque, mes notes de lectures,
depuis Les raisins verts (roman, 1950) jusqu'à son dernier roman, La
sagesse du soir (1971) —10 pages de notes pour ce dernier! Pour moi,
voyez-vous, ce fut certes un humaniste chrétien "témoin de son
temps", selon le titre du colloque. Mais la définition me semble
insuffisante: il n'a pas été seulement témoin, mais acteur, il a été un
écrivain engagé, et pas seulement par ses écrits. On peut citer bien sûr L'Ecole
et la Nation; L'Eglise, les catholiques et l'argent; Contre la
torture, mais aussi bien tout l'ensemble de son oeuvre: l'homme,
l'humanisme, sont deux mots qui reviennent toujours. En le relisant, à trente
ans de distance, je suis encore plus frappé de l'insistance avec laquelle
reviennent les mots "homme" et "humanisme", dans tous ses
livres, j'oserais presque dire: à toutes les pages. Face à ceux qui parlent de
défaite de l'humanisme, il pose deux affirmations: "il existe une nature
humaine, l'humanité se caractérise par la vie de l'esprit". Double
affirmation d'une remarquable simplicité et profondeur, et qui pourtant semble,
je dis bien "semble", dater aujourd'hui: car il y a comme une sorte de
dérive dans la littérature de notre temps. Il le relevait lui-même, dès
1969. Car il avait très bien pressenti et diagnostiqué cette dérive. A la
suite de la publication d'un ouvrage de Claude Mauriac, De la littérature à
l'a-littérature, il avait exprimé dans le Monde son
"désaccord courtois mais sévère", et soulignait "la
nécessité de méthode et de règles dans l'acceptation d'un héritage."
Et il ajoutait: "on substitue à la littérature expression d'une
conscience, l'écriture comme technique du langage... après avoir prouvé que
le langage est trahison des choses!" Pour lui, la création littéraire
était l'approfondissement de soi-même, non un jeu gratuit. Il préconisait la
rigueur de l'écriture —et quelle écriture était la sienne!— au service de
la réflexion, de la conscience. Il a indiqué lui-même, du reste, le sens de
sa vie et de son travail d'écrivain dans l'un de ses derniers ouvrages, Parler
sur l'homme: "je crois avoir le droit de dire que mon oeuvre est vouée
au salut de l'âme".
Q. —Quel a été son rôle, de ce point de vue, dans
l'histoire et les développements du catholicisme français?
R. —Il avait reçu de son milieu familial une foi qu'il
est convenu d'appeler sociologique: il est allé plus loin, mais n'a jamais
renié cette foi de son enfance, la foi des gens simples. Par la suite, ses
contacts avec Mounier, avec Maritain l'ont amené à un approfondissement des
exigences de l'Evangile, de la dimension intellectuelle de la foi. Il a
participé à ce grand mouvement de renouveau de l'Eglise qui devait déboucher
sur Vatican II: la vigueur de son écriture, son impact dans les médias de
l'époque, ont certainement contribué à faire passer dans le grand public cet
élan de renouveau. "Il n'y a de profonde révolution que morale"
disait-il. Et ceci aussi: "Mieux vaut pour l'Eglise être sans alliance,
que d'avoir de mauvaises alliances..." Le Concile Vatican II avait été
pour lui une grande joie. L'Eglise, disait-il, réalisait ce pour quoi il avait
combattu. Joie aussi pour la visite de Paul VI aux Nations Unies, pour le
discours que le pape y avait prononcé, le 4 octobre 1965, mettant en évidence
la transcendance de situation du Vatican en regard de la politique: Paul VI se
plaçait de fait au niveau d'un humanisme chrétien au sens où la politique
peut et doit être dirigée par une instigation morale. Trente ans après, cette
position reste toujours valable.
Q. —Ce n'était certes pas un chrétien
"installé": il a vécu toute sa vie, par sa profession d'enseignant,
de journaliste, en contact direct avec l'athéisme.
R. —Oui, il a véritablement pratiqué le dialogue avec
les non-croyants. Il comprenait d'ailleurs leur attitude, ce qu'il pouvait y
avoir de grandeur, chez un Camus par exemple, chez un Malraux. Mais il persiste
et signe, si j'ose dire. Il disait qu'il avait "le bonheur de croire":
la foi pour lui était quelque chose de "profondément raisonnable"
—à la manière de Pascal—, "mais non rationnel".
Q. —Les dernières années, les dernières oeuvres,
comme Ce que je crois en 1966 ou Sagesse du soir en 1971, font
apparaître une inquiétude montante face à ce que vous appeliez les dérives
de l'intelligence et de la société.
R. —Il avait une perception très claire, une grande
lucidité devant les effets dévastateurs de la négation des valeurs de l'homme
et de Dieu, de certaines modes intellectuelles. Devant ceux qui parlaient de
faillite de l'humanisme, devant ceux qui, "par démagogie, flattent et
louent ce qu'il y a de plus mauvais en l'homme", il exprimait son
"inquiétude profonde". "Je pense que l'être vaut mieux que le
néant, l'espérance que le désespoir", disait-il dans une interview en
1971 —ou encore: "il est plus difficile d'être bon que méchant".
Et cette formule lapidaire: "Je ne suis pas contre les aventures de
l'intelligence, mais contre les offenses faites à l'esprit". Qu'est-ce qui
le déçoit dans la production littéraire dont il doit rendre compte? "Une
existence qui exclut les valeurs et donne de l'homme une image décourageante
dans une ambiance de pessimisme et de grossièreté". Face à cet
avilissement de l'homme, il souligne: "l'humanisme affirme qu'il existe
dans l'homme un système de valeurs. Il exige de l'homme une volonté de
dépassement pour obtenir plus de conscience, de liberté et d'amour". Et
encore: "Il n'y a pas de morale si l'homme ne cherche pas à dépasser son
égoïsme dans le dévouement et la générosité. Des éléments solides
continuent à donner à la vie sa vraie dimension: la splendeur de l'arbre dans
la nature, la poutre sous les tuiles, le mât sur la barque et la croix sur le
monde".
Le colloque l'a bien fait apparaitre: Pierre-Henri Simon est
un penseur pour notre temps. Il est comme un signal qui exprime, à travers les
inquiétudes et les mutations, la profondeur de la foi. Il demeure, à trente
ans de distance, une voix amicale, pertinente, qui exprime des pensées fortes,
d'une actualité soulignée, aujourd'hui, par ce qu'il pressentait comme une
déshumanisation du monde. Lucidité niais aussi espérance, pour le citer
encore: "Je crois profondément à l'existence d'une puissance d'ordre et
de raison dans le monde. L'aventure cosmique a un sens. Je penche vers
l'angoisse lorsque je limite mon horizon aux problèmes temporels, mais dès que
je m'élève à un plan supérieur, j'espère. Le Christ a justement rendu
possible pour l'homme la vertu d'espérance". Il exhorte au courage, à la
défense des valeurs: "je voudrais savoir persuader les jeunes désabusés
d'aujourd'hui qui crient la fin de l'humanisme non parce qu'ils sont trop
savants, mais parce qu'ils ne savent plus les choses élémentaires, par exemple
que la personne est sacrée, la cruauté vile, l'honneur beau, et la bonté
toujours bonne". Et ce simple conseil pour l'homme en désarroi:
"faire son possible est toujours possible, et c'est déjà
perfection".
MEETING OF RELIGIONS IN INDIA FOR PEACE AND JUSTICE
About forty scholars and academicians from seven different
religions (Christianity, Hinduism, Islam, Buddhism, Jainism, Sikhism and Bahai'
Faith) met at the Indian Social Institute, New Delhi, India, for the National
Consultation on "Meeting of Religions and Cultures for Peace and
Justice" from 24-28 February, 1997, organised by the Commission for
Education and Culture of the Catholic Bishops' Conference of India, in
collaboration with the Pontifical Council for Culture.
The keynote address was delivered by Fr. David Smith,
Professor of Theology, Director, Justice and Peace Studies, University of St.
Thomas, USA. His Eminence, Paul Cardinal Poupard, sent a message through Fr.
Alex Rebello who was deputed to represent the Pontifical Council for Culture.
The text of the message will appear in the next issue of Cultures and Faith.
Each of the seven faiths presented its own perspective and
plan for peace and justice. The meeting addressed the prevalent Indian situation
and proved to be a real eye-opener in that the participants got to know and
appreciate one another. Walls of prejudice and mistrust crumbled as those taking
part in this consultation were able across the frontiers of religion and culture
to hammer out a formula to promote a culture of peace and justice by pooling
their resources. The need was felt not to compete but to collaborate and join
hands with all men and women of good will to work for peace and justice.
We give below the text of the concluding statement that was
presented to and passed by the participants.
We, the participants of this Consultation drawn from
Christianity, Hinduism, Islam, Buddhism, Sikhism, Jainism and Bahai' Faith, came
together to live, pray and reflect, going beyond mere tolerance and peaceful
co-existence to a better understanding, deeper appreciation and greater respect
of one another's religions and cultures with a view to promote peace and justice
in the present day Indian and global context.
We are deeply concerned at the divisive forces at work in our
country in the name of religion, disturbing and disrupting the peace and justice
fabric of our pluri-religious and multi-cultural society.
We note with pain and regret that erroneous reporting, false
media propaganda, misinformation, historical prejudices and distortions,
spreading rumours, political advantage and exploitation of the masses fan the
flames of communal frenzy, mutual distrust, religious fanaticism and
fundamentalism.
Therefore, we firmly and unitedly resolve and urge all those
who share this deep concern and conviction, to the following:
We appeal to all the religious leaders of our country to come
together more often in an atmosphere of trust and fraternity, availing of the
riches of the respective religious traditions and values in creating and
building a human community based on peace and justice, respecting all faiths. We
request the religious leaders to denounce and take active part in defusing the
tension among all sections of people, whenever the occasion arises.
We urge the political leaders of our country never to exploit
religion to sow the seeds of disharmony, division and mistrust and –on the
contrary– to strengthen the forces of national unity.
We make an earnest plea to the educationists of our country
to concentrate on young men and women in schools and institutions of higher
learning to incorporate the moral and ethical values of various religions in
order to foster mutual respect, tolerance and collaboration so that they may be
channels of peace and justice.
We appeal to the media, both electronic and print, to be true
and just in their reporting of events and incidents, mindful of the great
spiritual and cultural heritage of our country and sensitive to the feelings of
every individual Indian.
We call upon all men and women of good will to be alert
enough to nip in the bud any disruptive or divisive forces at work in their
respective environments and work for unity.
Being aware of the great strength and beauty of unity in
diversity, we, as citizens of India, commit ourselves to promote positively
peace and justice, reaching out particularly to the economically disadvantaged
and socially discriminated for the progress and prosperity of our dear
motherland.
New Delhi, 28 February, 1997
REINCARNATION AND THE CHRISTIAN MESSAGE
From Monday, 17 March, until Thursday, 20 March, an
international symposium was held at the Pontifical Gregorian University on Reincarnation
and the Christian Message. It was organized by the university's Faculty of
Missiology, under the patronage of the Pontifical Council for Inter–religious
Dialogue and the Pontifical Council for Culture.
The public sessions were held in the afternoon, in the Aula
Magna of the Gregorian. On the first day, the university's rector, Fr.
Giuseppe Pittau sj, welcomed everyone and handed over to the keynote speaker,
Cardinal Paul Poupard, whose address was entitled Death is swallowed up in
Victory (1 Cor 15.54). The Message of the Resurrection and Contemporary Culture.
He spoke first of all of a growing reluctance, in many Western cultures at
least, to face the reality of death; thus many welcome a version of
reincarnation which has little to do with the cycle of purifications common in
some Eastern conceptions. The Holy Father has insisted, in Tertio Millennio
Adveniente (§9), that our time for human fulfilment is limited to this
earthly life, an unrepeatable process. But New Age-style reincarnation
challenges this faith, as well as Christian hope and love. There needs to be
what the Cardinal called a "differentiated" Christian response to the
growing belief in reincarnation. Priests, deacons and catechists need a great
deal of help during their formation in knowing how best to preach the Christian
message of hope. Catholic cultural centres and a coherent pastoral policy
regarding culture, are excellent tools, and it is essential to find a place for
Christ in the new world of electronic media: all of this will lead to a new ars
moriendi, in a Christian life which takes death seriously but is filled with
the hope of the resurrection. The Cardinal was followed by Father John
Wijngaards mhm, the director of the Housetop catechetical centre in
London, who gave a very illuminating statistical breakdown of belief in
reincarnation among young people in Western culture. Perhaps the most alarming
facts were the numbers of Catholics who say they believe in it, and the number
of people who accept it with no reference to any system of belief: it is the
most attractive option in the supermarket of beliefs. The Monday session then
moved to an examination of contemporary syncretism, presented by Father Michael
Fuss, and an introduction to the thought of Allan Kardec, the father of
spiritism, by Father François Dermine op. The second afternoon was devoted to
other religious traditions, with presentations on Hinduism (Fr. Scaria
Thuruthiyil sdb), the Tibetan Book of the Dead (Dr. André Couture), an
African view (Dr. Martin Nkafu Nkemnkia) and an alarming, but entertaining,
introduction to Afro-Brazilian religions, in a context where many see "no
conflict in going to a Catholic church on Sundays, and a terreiro on
Fridays". Wednesday afternoon concentrated on psychological aspects of
belief in reincarnation. Father David Toolan sj spoke of near-death experiences,
Father Eugenio Fizzotti sdb of the structure of personal identity, and Dr.
Pierre Pelletier questioned whether past-life experiences are fact or fantasy.
The final afternoon concentrated on the Christian message as a response to
questions about death and reincarnation, with contributions from Cardinal
Francis Arinze and Bishop Pierre Raffin op of Metz.
In the mornings of the four days of the symposium a smaller
group met and heard quite a number of other contributions, mostly far more
technical than those given at the public sessions. Father Michael Fuss had
guided most of the preparations for the symposium, and was effectively the
organizer behind the scenes at this stage, too. Bishop Michael Fitzgerald
represented the Pontifical Council for Inter–religious Dialogue, and Father
Peter Fleetwood represented the Pontifical Council for Culture. A parallel task
of this group was to begin to formulate a response to the phenomenon of
reincarnation. A skeleton of a document had been provided, and some
contributions to its elaboration had been sent in before the symposium, but
questions were asked about the best way of framing a response. From the start,
great stress was placed on the need to see clearly who the intended audience of
such a response might be. It was suggested that it should be a positive
presentation of what the Catholic Church believes, without any hint of
denunciation, but attractive to those we might call "seekers". It
could be helpful to structure a text as questions and answers, provided
appropriate questions could be found, and attractive, even beautiful and poetic
words would be needed. Above all, it should be tailored to the needs of the
readers, not to those of the writers. Publication is in abeyance, because there
is wider curial involvement, so any developments would go first of all to the
interdicasterial working group on the New Age. The other major discussion in the
morning sessions was about a Catholic Internet site based in London, which could
provide reliable information on the Catholic faith and on New Age questions. The
group was very supportive of the clear and ambitious plans put forward by Father
John Wijngaards.
PROMOTING THE CULTURAL HERITAGE OF THE PHILIPPINES
The Episcopal Commission on Culture (ECC) of the Catholic
Bishops' Conference of the Philippines (CBCP), in cooperation with the National
Commission for Culture and the Arts (NCCA), organised a National Conference on
the Interrelationship between the Church, Historical Culture and the Arts at
Searsolin, Manresa Heights, Cagayan de Oro City, August 1-3, 1996. A full report
giving details of the proceedings was sent to the Pontifical Council for Culture
in March 1997.
The Conference had a threefold objective:
1. To plan for a joint undertaking of the Church and
State in the area of cultural development and the celebration of the Centenary
of the Philippine Revolution.
2. To deepen the understanding and appreciation of
how religious culture has affected the economic, social and political dimensions
of Filipino life and identity.
3. To deepen the awareness and appreciation by the
participants of their role as cultural workers in their respective milieus.
In the Opening Address, Carmen D. Padillia, Executive
Director NCCA stated: "The Church has served as the heart of the community,
the unifying force that binds the majority of our people in a fellowship of
love. It has stitched the fabric of society and strengthened its seams."
Bishop Honesto Ch. Pacana SJ, Chairman of the ECC, spoke of the role of the
Commission as facilitating the "meeting of Jesus with today's
culture."
During the Conference the following four papers were
presented:
1. "The Church in the 20th Century
Philippines" by Fr. Miguel A. Bernad SJ traced the relevance of national
growth and events to the life of the Church in the 20th century demonstrating
how "at one time the Church in the Philippines was dying, but fought for
its survival (and) today is alive."
2. "The Role of the Church in Social
Transformation: 1946-1996: Implications for the Future" by Most Rev.
Leonard Legaspi OP spoke of the three periods of the history of social
transformation in the Philippines i.e. the welfare period in the 1950s, the
developmental period in the 1960s and the period of liberation in the 1970s.
3. "The Church and its Churches from a
Democratic Perspective" by Dr. Fernando N. Zialcita outlined how
Christianity which preached "that all human beings were equal being the
children of One Father" contributed to the process of democratisation in
the Philippines.
4. "Why bother with Old Things? Thinking about
Church Patrimony and Faith" by Prof. Regaldo Trota Jose Jr. dwelt on the
types of Church Patrimony (architecture, liturgical paraphernalia, written and
graphic documents, etc) and the need to conserve these treasures.
The Conference jointly organised by the ECC and the NCCA
augurs well for the future as Church and State join hands in preserving,
promoting and making public the rich cultural heritage of the Philippines.
U.N.E.S.C.O. MEETING ON LINGUISTIC POLICY IN AFRICA
An intergovernmental meeting on linguistic policy in Africa
was organised by U.N.E.S.C.O. with the co-operation of the O.A.U. and the
Francophone Agency (ACCT) from 17th to 19th March, 1997 in Harare in which the
Holy See's Delegation, led by His Excellency, Mons. Peter Prabhu, Apostolic
Nuncio in Zimbabwe, participated. Fifty-one out of the fifty-four African
countries invited took part. Language experts from Canada, Switzerland and
India, which have a similar multilingual situation, were also invited to attend
and share their experiences.
The purpose of this meeting was twofold: first, to discuss
and debate as to the type of Africa that Africans want for themselves and for
their posterity; second, to make recommendations to the education ministers of
African countries for the formulation of practical language policies that are
necessary in Africa. In fact, these recommendations were to be passed on to the
Conference of African Education Ministers that was held on 20th and 21st March.
The two purposes are obviously related. For the language
policies that would be formulated would have to fit into the type of Africa that
Africans want for themselves and for their posterity. Several themes emerged on
the vision that Africans have for the future of their continent in general and
for their respective countries in particular.
It was held that there was need to indigenise the social and
political institution so that Africans could in increasing measure participate
in making decisions that affected their lives. Development was perceived in a
more global context as embracing justice and equity, as well as economy. The
need to respect human rights, particularly those of the minority, was
emphasised. Given the rich cultural and linguistic diversity, it would be
imperative to accept pluralism as a way of life that would create and promote in
this pluralistic society a culture of mutual acceptance and peaceful
co-existence. The fact that Africa as a continent is made up of several
individual nations implies that it is necessary to promote inter-regional
co-operation between the African states. Above all, it was felt necessary to
retain an African identity that would contribute to a proud and confident
African personality.
However, in order to make practical recommendations to the
education ministers as regards the formulation of linguistic policies, it was
thought necessary to make a factual assessment of existing African language
situations. For example, it was necessary to know first and foremost how many
languages there are, the purpose for which they are used, the attitudes that
people have to them and also where these languages are used by the media.
Data on these questions revealed some very interesting facts.
Nigeria, with a population of 105 million, is reported to have over 400
languages. Thirty million people in Zaire use 206 languages; Ethiopia has 97
languages for about 45 million; Cameroon has 185 languages for 8 million people;
Benin, with a population of 3 million, has 58 languages, while two million
Congolese have at their disposal 31 languages. Zimbabwe itself has eleven
national languages, not counting the different minor languages. Tanzania, with a
population of 28 million, has 120 languages. Mozambique has 24 local languages
that co-exist with Portuguese which is officialised but not nationalised. Thus
we have the mind-boggling phenomenon of well over a thousand languages that are
spoken in Africa!
The task next to be taken in hand was to categorize these
languages in terms of function, while being sensitive to the uniqueness of each
situation. Hence the languages were divided on the basis of whether they were
the mother tongue, the community language, the national language or the language
for African inter-communication.
Much of what was shared and exchanged will need to be
implemented for as the final declaration states "...the optimal use of
African languages is a prerequisite for maximising African creativity and
resourcefulness in development activities."
CATHOLIC RADIO IN POLAND
There are 160 private radio stations in Poland, which shows
what a competitive atmosphere there is; but a very popular element in that
scenario is Catholic radio, ranging from small, parish-based units with very
restricted broadcasting times, to very professional, commercially-run concerns.
The Redemptorists in Torun founded Radio Maryja, which aims at complete
national coverage through applications for over 50 local licences. This is
outside the All-Polish Catholic Radio Network (Ogólnopolskie Stowarzyszenie
Rog_o_ni Katolickich), also known as VOX, which links 33 regional
Catholic stations. This situation dates back to 1988, when the communist
government gave in to pressure to permit the foundation of Catholic radio
stations. Each diocese has the right to organize its own broadcasting station
and in 1993 62 Church stations were registered.
At the moment there is great debate about the contribution of
different Catholic radio stations to evangelization. Three basic models are
evident: the first is a purely religious approach, with prayers,
meditations, recitation of the rosary, catechesis and broadcast eucharist. The
chief exponent of this style is Radio Maryja, founded by Fr. Tadeusz
Rydzyk –it is related to the Italian Radio Maria, but has gradually
become rather estranged. Financial arrangements are not made public. The station
appeals to "quite a large group of extremely conservative people with
immense problems of finding their orientation in the rapidly changing Polish
society", and the Polish Bishops' Conference has occasionally felt
compelled to advise a more moderate approach. There are other "purist"
stations in Poland, like Radio Ave Maria (Jaroslaw) and AVE
(Radom). Most are financed by their diocese and listeners.
At the other end of the spectrum are "commercial and
competitive" Catholic radio stations. They aim at the 15 to 49 age group,
and claim to reach many who are not otherwise reached by the Church; typically,
they seek to be heard by people at work in offices and factories, so are very
competitive with secular stations. Hence Radio Plus can allow the
archbishop of Gdansk only 3 minutes for his weekly slot entitled
"Thinking out loud", in which he answers difficult theological
questions. Finance is exclusively from advertising, and turnover in some cases
is well above 1 million US Dollars.
Other stations compromise with mixed programming in a format
reminiscent of the BBC until the early 1960s: there is education, information
and entertainment aimed at different sorts of people throughout the day or week,
with a mixture of sport, religion, different sorts of music and entertainment.
These stations survive on a mixture of donations and advertising revenue, and
ratings vary in different areas (e.g. Radio Podlasia is heard by a third
of the people in its area – a rural zone east of Warsaw – since there is no
competition).
VOX has not yet settled into a clear role; the commercial
Catholic stations see the need for an effective network, which would have
greater appeal for potential customers and simplify media planning.
"Compromise" stations seem to want to stay as they are, but they are
losing younger viewers. The "purists" do not see the competitive
stations as Catholic, but want more religious stations than just Radio
Maryja. Agreements and joint policies will depend, to a great extent, on the
role of the Polish bishops, but "the first step in the direction of
co-operation has just been taken by the decision to produce a joint news
service, which will be taken over by almost all members of VOX – the
first moments when VOX will really be heard as one voice...". (International
Bulletin 1996/3 of the Catholic Media Council.)
EL ARTE COMO VEHÍCULO DE LA FE
Nota pastoral de la Conferencia Episcopal Toscana
La Conferencia Episcopal Toscana (CET) ha publicado una nota
pastoral sobre el arte como instrumento de evangelización y de catequesis,
titulada: "La Vida se ha hecho visible. La comunicación de la fe a
través del arte". Ante la inminencia del Jubileo del año 2.000, que
traerá a Italia a millones de peregrinos y turistas en busca de raíces
históricas y espirituales, y ante el constante aumento del turismo cultural,
los 19 obispos de la región toscana ilustran a sus fieles sobre el sentido
religioso del arte para ayudarles a redescubrir el sentido de la historia de la
salvación a través de las obras y monumentos producidos por la fe de los
toscanos de siglos pasados.
En 1991, en la visita ad limina de los obispos de la
Toscana, el Papa Juan Pablo II les había manifestado: "vuestras obras de
arte constituyen un formidable instrumento de catequesis". Ese mismo año
nacía en Florencia una "Delegación diocesana para la catequesis a través
del arte", con un programa de conferencias, de publicaciones y de visitas
guiadas a la catedral realizadas por jóvenes voluntarios de la asociación
internacional Ars et fides. El ejemplo fue cundiendo entre las diócesis
vecinas, culminando con el Simposio organizado por la Comisión para el culto
divino de la CET en octubre de 1996, sobre el tema: "El testimonio de las
piedras: las catedrales, abadías e iglesias históricas, en la
catequesis".
La nota recoge el fruto de esta serie de experiencias
pastorales, asumiendo la arquitectura y el arte de la tradición cristiana como
expresiones legítimas y necesarias del Evangelio. En la primera parte, dedicada
a "El arte y la misión de la Iglesia", se corrige la
concepción del arte como mera Biblia pauperum —imágenes didácticas
sustitutivas del texto sagrado— insistiendo en la concepción católica,
según la cual el arte puede tocar la realidad íntima de la persona. El
lenguaje de la belleza es capaz de llegar al corazón de los hombres para
hacerles conocer desde dentro la persona de Jesucristo que osamos representar
por medio de imágenes. Recordando las palabras de Pablo VI a los artistas
—"este mundo en el que vivimos tiene necesidad de la belleza para no caer
en la desesperación"— los obispos enumeran los beneficios espirituales
que se siguen de un redescubrimiento de la imagen cristiana: "un antídoto
contra la despersonalización y afeamiento de la experiencia visual, que es ya
ineludible en nuestra cultura; una reafirmación de los valores espirituales
inherentes al misterio cristiano; la visión "elocuente" del mundo
futuro; un gozo interior duradero; un sentido de la continuidad en el tiempo, o,
mejor, la continuidad del sentido de un tiempo al otro, desde el pasado hasta el
presente; un vínculo, un lazo de unión entre ancianos y jóvenes; un amor a la
belleza condividido por diversas generaciones que les hace "comulgar en la
admiración"".
La segunda parte de la nota se refiere a "El
arte sacro y la experiencia eclesial", con apartados sobre: "El
arte y la Palabra"; "Dios creador y la creatividad del hombre";
"El arte y la oración"; "Estilo y espiritualidad"; "El
arte y la vida"; "El arte y la comunión"; "El arte y la fe
en Cristo". En el arte cristiano es necesario pasar de la visión
del signo a la adoración del misterio. Para favorecer este paso, desde
los primeros siglos de vida de la Iglesia se desarrolló un estilo simbólico,
anicónico o no figurativo, que relativiza el aspecto natural de las cosas y que
pervive especialmente en la tradición oriental. Pero "a diferencia de la
imagen religiosa oriental "purificada" y "desmaterializada",
la tradición latina, heredera del naturalismo del arte grecorromano, ha
desarrollado un lenguaje visivo que se adhiere más a la experiencia sensible
del sujeto humano: un lenguaje caracterizado por elementos realistas, como la
anatomía y la perspectiva lineal.
"Esto, sin embargo, no implica una disminución del
papel espiritual de la obra de arte en la vida de oración del fiel y de la
comunidad. Al contrario, el naturalismo estilístico que nace en el medioevo
europeo e italiano (y toscano en particular) reviste un carácter francamente
místico. El redescubrimiento del cuerpo humano y del mundo natural, en la
pintura y escultura de las generaciones que vivieron la primera difusión de la
espiritualidad franciscana, hay que interpretarlo en la misma clave con que
Tomás de Celano explica el amor del Pobrecillo de Asís por las cosas de este
mundo: "En toda obra, alaba al Artífice, todo lo que encuentra en las
criaturas lo refiere al Creador. Exulta de gozo en todas las obras de la mano
del Señor, y a través de esta visión regocijante, intuye la causa y la razón
que las vivifica [...]. A través de las huellas impresas en la naturaleza,
sigue por doquier al Amado y hace de todo una escala para llegar a su
trono".
"En esta óptica, el realismo más o menos ideal que —desde
Nicola Pisano y Giotto hasta Donatello, Masaccio, Leonardo y Miguel-Ángel—
transforma el arte europeo, tiene un contenido altamente contemplativo"
(nº 10).
La última sección —"El arte toscano y la
catequesis"— confirma que el arte toscano se presta a una lectura en
clave religiosa y propone la elaboración de recorridos o itinerarios concretos
que muestren el arte en su progresión cronológica. En la perspectiva del Gran
Jubileo, la CET se ofrece a las autoridades civiles para garantizar una lectura
correcta del sentido histórico global de las obras de arte en el
contexto de un gran programa que ilustre la fe de la Iglesia. En este
sentido, se compromete a "preparar operadores culturales cristianos,
capaces de "dar razón de la esperanza" comunicada por los monumentos
y obras de arte: guías y acompañantes, pero también estudiosos, arqueólogos
y críticos "fervientes en el bien" y adoradores del Señor en sus
corazones (cf. 1 Pt 3, 13-15)" (nº 17). El último número de la sección
se titula "El Jubileo de la esperanza". Dicen los obispos que "la
"invasión" de nuestras Iglesias por parte de millones de visitantes
no debe ser motivo de turbación, sino una ocasión magnífica para acoger y
compartir. Queremos, sí, refrenar la vulgarización del turismo en las
iglesias, monasterios y santuarios; pero no queremos coartar a los turistas, los
cuales forman parte —aunque no siempre de modo consciente— de los peregrinos
de esta era en busca de sentido" (nº 18).
Cf. Timothy Verdon, "Attirerò tutti a me", Il
Regno. Quindicinale di attualità e documenti 42 (1997/6) 133-135;
Conferenza episcopale toscana, "La vita si è fatta visibile", Il
Regno 42 (1997/7) 193-201.
LA OFICINA INTERNACIONAL DE LA EDUCACIÓN CATÓLICA
Por tercera vez desde 1990, Año de la Alfabetización, un
miembro de La Oficina Internacional de la Educación Católica (OIEC)
recibe un premio internacional de alfabetización de la UNESCO. En 1990 había
sido premiado el Instituto de los Hermanos de las Escuelas Cristianas, en 1994
la Escuela Loreto Day en Calcuta y este año las "Petites Ecoles" del
distrito de La Saline en Port-au-Prince en Haití, obra de los Padres Salesianos
de Don Bosco, mencionado en el Boletín nº 12 de la OIEC.
En este Año Internacional de la Erradicación de la Pobreza
esta obra ejemplar de educación en favor de los más pobres ciudadanos de un
país de entre los más pobres del mundo ha merecido verdaderamente ser elegido
para esta recompensa, con ocasión del premio de alfabetización concedido por
la Asociación Internacional para la Lectura, de un valor de 15.000 US $.
El premio fue entregado por el presidente de Haití el 9 de septiembre de 1996
durante la celebración de la Jornada Internacional de Alfabetización, en
presencia de numerosos personajes locales.
En esta ocasión, la Comunidad de los Salesianos ha querido
dar un sentido concreto a su agradecimiento "comprometiéndose a proseguir
la tarea, con la ayuda de todos y de la comunidad internacional, en beneficio de
estos millares niños a quienes la pobreza impide participar en el gran festín
de la educación intelectual, cí-vica y moral." También ha querido hacer
hincapié en el compromiso de la OIEC en favor de la "Educación para
todos" y el papel que desempeña para facilitar la inser-ción del esfuerzo
de educación de la Iglesia en el esfuerzo de educación mundial.
Al mismo tiempo, en la sede de la UNESCO, Federico Mayor
aprovechó para hablar del analfabetismo en el mundo, subrayando que hoy en día
existen aproximadamente 880 millones de adultos analfabetos en los países en
desarrollo y más de 200 millones de adultos en situación de analfabetismo
funcional en los países industrializados; e insistió en que dicha situación
no es inevitable, sino resultado de la pasividad de los gobiernos y de la
sociedad. Sin embargo, anunció también que "existen, con respecto a 1990,
40 millones más de personas que saben leer y escribir, lo que nos permite
pensar que para el año 2000, 4/5 estarán alfabetizados, mientras sólo lo
estaban 3/4 en 1950". Concluyó diciendo que "en las áreas donde el
sistema de las Naciones Unidas da prueba de tenacidad, se pueden obtener
éxitos".
Por su parte, el Santo Padre, en su mensaje dirigido a la
UNESCO, quiso resaltar en particular "el trabajo hecho para que los niños
puedan beneficiarse de una educación y de una escolarización que les dé
posibilidades reales de obtener una existencia digna ... y la posibilidad de
ejercer plenamente sus responsabilidades de
ciudadanos". (Jacques Charzat, de la
Representación Permanente de la OIEC ante la UNESCO, en OIEC. Boletín
nº 16, enero-marzo 1997, p. 11.)
¿UNA NUEVA RELIGIÓN MUNDIAL EMERGENTE?
El Prof. Michael Fuss de la Pontificia Universidad Gregoriana
trata en un reciente artículo de Ecclesia 11 (Roma, 1997/1) 89-104 el
tema: ¿Nuevos salvadores para tiempos nuevos? La búsqueda de salvación en
la nueva religiosidad. Según el autor, el panorama de la religiosidad
contemporánea permite hablar de una nueva religión mundial emergente.
De la crisis sociocultural postmoderna va surgiendo, en el seno de la cultura
judeocristiana dominante, una nueva religiosidad natural caracterizada por el
subjetivismo, por un retorno a las tradiciones míticas arcaicas, por una
visión holística en relación a la naturaleza y por una exaltación del yo
("ego-building"). Del ateísmo hemos pasado al preteísmo.
La relación con un Dios personal que dona gratuitamente la salvación la
sustituye el intento de autoperfeccionamiento del hombre divinizado. Este cambio
de paradigma constituye un serio desafío para la evangelización de la cultura.
Si el número de adeptos de los nuevos movimientos religiosos parece reducido,
indica sin embargo la punta del iceberg de una conciencia religiosa
profundamente cambiada. Prueba de ello es, por ejemplo, la penetración de la
creencia en la reencarnación entre los mismos cristianos.
En la New Age la divinidad es la misma dinámica de
auto-organización del cosmos. Es un panteísmo difuso y transpersonal. Por otro
lado están las tendencias neo-paganas que divinizan a la vida. Es una
religiosidad cósmica y ecológica. Se vuelve a las religiones precristianas.
Del antropocentrismo se pasa al biocentrismo. El hombre llega a la divinidad —la
Vida— en la experiencia subjetiva de potenciación de su propia fuerza vital.
Estas tendencias están también en relación con el hedonismo.
Con este relativismo religioso la búsqueda del Absoluto
acaba en un misticismo natural de tipo cósmico y vital. Tendría por tanto
razón J. B. Metz cuando habla de una "crisis de Dios". Por ello, las
Iglesias cristianas han de proponer de nuevo la salvación verdadera. La
salvación exige por parte del hombre una preparación humilde y una apertura al
don gratuito y misericordioso de un Dios personal. Es esencial poner de relieve
el carácter personal de la salvación. El gran peligro del contexto
actual radica en la experiencia pseudorreligiosa que encierra al hombre en sí
mismo, en sus propios sentimientos de felicidad, haciéndole sentirse divino. Se
requiere, por tanto, disponerlo al diálogo con el Tú divino para que pueda
acoger la salvación verdadera.
LA NECESIDAD DE UN HORIZONTE ABSOLUTO
Carta desde la cárcel del Havel disidente
El Presidente de la República Checa, Václav Havel, está de
plena actualidad. El pasado 26 de abril recibió en su país la visita del Papa,
y poco antes había sido galardonado en España con el Premio Príncipe de
Asturias por su decisiva aportación a la convivencia en Europa. En marzo de
1982, el mismo Havel, entonces disidente del sistema comunista, escribía desde
la cárcel a su esposa Olga —recientemente fallecida— haciendo un análisis
de la crisis de identidad humana que caracteriza a nuestra época. La
reproducimos tal y como ha sido publicada recientemente por la revista La
nuova Europa.
"Hace tiempo, viendo un reportaje televisivo sobre la
cría de ganado vacuno, reparé en que, hoy por hoy, la vaca ha dejado de ser un
animal para convertirse en una máquina, con su input (el forraje) y su output
(la leche), sometida a un programa industrial determinado y con un encargado de
la producción, cuyo objetivo es el mismo de toda nuestra actual política
económica: aumentar los beneficios minimizando los costos. Así, la vaca nos es
útil, pero sacrificando su peculiaridad de vaca. Del mismo modo, la Bohemia
septentrional es ciertamente una fuente primaria de combustible (si se puede
considerar tal el humus con un poco de lignito) pero a costa de perder lo que la
caracteriza como región checa para convertirse en algo a medio camino entre la
luna y un vertedero.
"Pienso que unas naderías como éstas ilustran bastante
bien la transformación de nuestra civilización, y cuál será su desenlace,
antes o después. El hombre ha conquistado el mundo perdiéndolo de hecho, lo ha
subyugado destruyéndolo.
"Las causas más profundas de este giro trágico me
parecen evidentes. La crisis de la experiencia de un horizonte absoluto,
provocada por las mismas estructuras espirituales de nuestra civilización y
agravada constantemente por ellas, lleva a perder el significado de la
integridad de la existencia, de las relaciones recíprocas entre los seres y del
significado de su peculiaridad. Una vez que se desvanece la significatividad
misteriosa de los fenómenos del mundo —que ya no son ni misteriosos ni
portadores de significado— todo es sencillo y simple. Pero lo más grave está
en que la crisis de experiencia del horizonte absoluto lleva ineludiblemente a
una crisis de la responsabilidad fundamental del hombre hacia el mundo y para el
mundo, hacia sí y para sí. Y donde falta esta responsabilidad, como fundamento
significativo de la relación del hombre hacia aquello que está a su lado,
también se desmorona inevitablemente la identidad, entendida como el puesto
insustituible que tiene el hombre en el mundo y que nace de aquella relación.
De este modo se cierra el círculo, que podemos resumir con este aforismo: el
hombre, al privar a la vaca del último fragmento de su esencia animal, se priva
él mismo de su identidad humana y se asimila al animal.
"Así es. El gregarismo de la vida consumista, expresado
brillantemente por los aglomerados modernos y por la televisión; la
desintegración del hombre en sus funciones particulares que se hacen anónimas
(productor, consumidor, paciente, elector, etc.); su total impotencia frente a
las macroestructuras sociales anónimas; su compleja adaptación a la norma
"moral" común, representada por la renuncia a todo lo que supera el
horizonte de la vida gregaria; todo esto ha llevado a que la identidad humana se
precipite en una crisis que cada vez se hace más amplia y profunda.
"La crisis se manifiesta de mil modos: el hombre, en el
ovillo de las estructuras sociales "autocinéticas", se transforma en
una de sus moléculas, asimila sus características; es decir, pierde su propio
rostro, su voluntad y su lengua, y se convierte en una especie de frase hecha
materializada. Se acostumbra a ser manipulado por las estructuras, se rinde ante
ellas y acaba identificándose con ellas. Privado de un horizonte de la historia
con el que poder relacionarse creativamente, como sujeto agente, se precipita en
una dimensión "atemporal", y, privado del "horizonte
concreto" de su hogar (por ejemplo, vivimos en aglomerados que no se
distinguen los unos de los otros, se vaya donde se vaya), se encuentra en una
situación "sin espacio" (la disgregación del espacio existencial y
del tiempo y la disgregación de la identidad son vasos comunicantes). La
identificación ciega con el flujo irracional del "mundo de las
apariencias", la renuncia a la intervención personal en el mundo y a la
responsabilidad ante el mundo, aplanan y vanifican el "yo" humano, el
cual, de este modo, identifica fuera de sí mismo y fuera del ámbito de su
competencia cualquier relación entre lo que ha sido o será y lo que es,
destruyendo al mismo tiempo toda relación entre lo que existe en aquel preciso
instante con lo que existe en cualquier otra ocasión. De manera que el hombre,
al dejar de responder de sí mismo y de su propia vida, pierde necesariamente la
autoconciencia y la dignidad autónoma de persona y se transforma en un terrón
que queda incorporado en todo y a través de todo en el cenagal global.
"El mundo producido por el hombre moderno lo es a imagen
de su condición, y contribuye al mismo tiempo a su regresión. Es un mundo que,
digámoslo así, "se escurre" de entre las manos del hombre, impulsado
por fuerzas tanto más potentes cuanto más potente es su acción incansable e
imparable, y cuanto más arrastran al hombre con su "polo magnético"
a la impotencia, a la alienación, a la despersonalización, y, por último, al
abismo de la complacencia rutinaria e indiferente con esta condición
existencial.
"Que todo esto no es nada positivo, no es ningún
descubrimiento: hay miles de libros que tratan el tema desde distintos puntos de
vista. El hombre moderno es reflexivo, sabe calcularlo todo, y a menudo intuye
hacia dónde está precipitándose su mundo, pero al mismo tiempo constata su
propia incapacidad para intervenir.
"¿De verdad no se puede hacer nada?
"Si considero que para este mundo no soy más que un
tornillo sin identidad humana en medio de un mecanismo monstruoso, entonces
ciertamente será imposible que pueda reaccionar; es evidente que no podré
detener la destrucción del planeta, las mentiras perpetradas contra los pueblos
y la proliferación de los ingenios nucleares. Pero si en cambio considero lo
que representa originariamente cada uno de nosotros, y lo que posee —independientemente
de la condición en que se encuentra el mundo— es decir, la posibilidad
fundamental de convertirse, como ser humano autónomo, en responsable del mundo
y para el mundo; entonces es mucho lo que puedo hacer. Puedo intentar
comportarme, por ejemplo, como pienso que es justo, y como me dicta mi más
profunda convicción que todos deberían comportarse; a saber: con
responsabilidad. Y a la objeción de que todo esto no tiene ningún sentido,
respondo con mucha sencillez: ¡Sí que lo tiene!"
La nuova Europa. Rivista internazionale di cultura 6
(1997/2) 89-91. Cf. Alfa y Omega. Semanario de información religiosa,
nº 68, 26-4-1997, p. 23.
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