STUDIA
RAISON PHILOSOPHIQUE ET CHRISTIANISME
A L’AUBE DU TROISIÈME MILLÉNAIRE
Discours d’ouverture
Congrès international à l’Unesco, Paris, 24 mars 2000
Paul Card. POUPARD
Président du Conseil Pontifical de la Culture
1. C’est pour moi un privilège d’ouvrir ce
Congrès international à l’Unesco sur le thème :
" Raison philosophique et christianisme à l’aube du troisième
millénaire ". Ce Congrès, organisé conjointement par la
Conférence Mondiale des Institutions Universitaires Catholiques de
Philosophie et l’Association des professeurs de philosophie des Facultés
catholiques de France, sous le patronage de l’Unesco, témoigne d’une
belle vitalité philosophique, aussi bien des personnes que des institutions,
aussi bien en France que dans le monde, et je m’en réjouis doublement,
aussi bien en tant qu’ancien Recteur de l’Institut Catholique de Paris, qu’en
ma qualité de Président du Conseil Pontifical de la Culture.
Et mes vœux vont tout à la fois et aussi bien à la jeune
et prometteuse Conférence Mondiale qu’à l’Association française déjà
riche de son demi-siècle d’existence.
Le panorama de cette rencontre est impressionnant,
aussi bien pour la qualité des intervenants et leur provenance géographique
que pour la diversité des thématiques qui reflète la prise en compte des
enjeux de la philosophie, son enseignement et sa recherche, au sein du monde
catholique, et la volonté affirmée de soutenir le rayonnement de la pensée
philosophique d’inspiration chrétienne dans la culture contemporaine.
La situation à cet égard, telle que je puis la deviner de
mon observatoire romain, comme de mes multiples rencontres à travers les
continents est certes fort diversifiée dans l’espace à l’aube du
troisième millénaire, comme elle le fut dans le temps, depuis les origines
du christianisme et son premier déploiement en son berceau méditerranéen et
en sa première matrice culturelle hébraico-gréco-romaine, déjà si
contrastée jusqu’aux avatars actuels de la post-modernité. Mais en tout
temps " la foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent
à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la
vérité " (Fides et Ratio).
2. En tout temps aussi, note Eric Weill, dans sa Logique de la
philosophie (Vrin, 1974, p. 431), " la philosophie est toujours
la même, non parce qu’elle persiste, mais parce qu’elle commence
toujours ". Aussi en va-t-il du binôme " Philosopher et
croire ", illustré naguère avec bonheur par Philippe Capelle à
partir du témoignage des Pères : " La tradition théologique
et dogmatique s’est constituée au voisinage de la conceptualité
philosophique ". Et notre doyen-président d’évoquer avec
maîtrise " trois grandes figures du tout premier âge
patristique : Justin, Clément d’Alexandrie et Tertullien ",
qui tous les trois se sont employés, mais de manière bien différente,
" au règlement des rapports naissants entre la philosophie et la
foi, avec une maîtrise qui est restée à bien des égards
exemplaires ". Si pour Justin, toute vérité est chrétienne, et
pour Clément d’Alexandrie, la philosophie ouvre la route au Christ, car
" la philosophie, fût-elle inutile, s’il est utile d’établir
son inutilité, elle devient utile ", Tertullien lui-même – à l’affirmation
fameuse : " Qu’y a-t-il de commun entre un philosophe et un
chrétien ? ", " dit la foi chrétienne au sein d’une
langue philosophique qu’il connaît bien, tout en prenant soin d’inscrire
dans cette langue la nouveauté de la Parole qu’il confesse " (Études,
octobre 1995, p. 365-374).
Pour ma part, en la dernière Pentecôte, voulant proposer
à toute l’Église quelques orientations " Pour une pastorale de
la culture ", je soulignais " le défi de conduire l’homme
vers la transcendance, de lui enseigner à reparcourir le chemin qui part de
son expérience intellectuelle et humaine, pour aboutir à la connaissance du
Créateur, en utilisant avec sagesse les meilleurs acquis des sciences
modernes, à la lumière de la droite raison ". Et j’ajoutais :
" Une culture cohérente, fondée sur la transcendance de l’esprit
face à la matière, requiert une sagesse où le savoir scientifique se
déploie dans un horizon éclairé par la réflexion
métaphysique ". Pour conclure en ces termes : " En
notre culture éclatée qui peine à intégrer la foisonnante accumulation des
savoirs, les merveilleuses découvertes des sciences et les remarquables
apports des techniques modernes, la pastorale de la culture requiert comme
présupposé une réflexion philosophique qui s’attache à organiser et
structurer l’ensemble des savoirs, et affirme, ce faisant, la capacité de
vérité de la raison et sa fonction régulatrice dans la culture "
(Pour une pastorale de la Culture, Documentation Catholique, t.
XCVI, 4 juillet 1999, p. 606-627). Nemo theologus nisi philosophus.
Avec une acribie pénétrante, le regretté philosophe
Etienne Borne, qui m’honorait de son amitié, soulignait l’apparent
paradoxe de notre actuel moment culturel : " La philosophie a
toujours vécu et prospéré en état de crise, c’est-à-dire de
perpétuelle interrogation sur elle-même ". Et il ajoutait :
" Le ‘culturalisme’ contemporain, en l’enfermant dans la
clôture d’une culture déterminée, est pour la philosophie un ennemi
majeur... Car il n’est pas de culture authentique qui ne soit plurielle,
inachevée, ouverte à quelque dépassement inter et supra culturel ; et
il n’est pas de philosophie qui, par sa destination à l’universel, ne
porte au-delà des horizons proprement culturels. Un Platon ou un Descartes
sont des représentants, combien éminents et exemplaires, de la culture, soit
de la Grèce, soit de l’Europe classique ou pré-classique ; mais ils
sont aussi porteurs d’une révolution culturelle subversive de l’ordre
hellénique et de ses résignations fatalistes ou de l’ordre classique et de
ses sécurités rationalistes ", Philosophia semper reformanda.
Et Etienne Borne de conclure sa Communication à l’Académie des Sciences
Morales et Politiques : " Il est remarquable que le premier
responsable de l’Église romaine témoigne pour la foi chrétienne en usant
du langage philosophique de l’humanisme et du personnalisme et fasse de l’homme
le chemin privilégié dans la recherche du Dieu vivant " (Menaces
sur la philosophie, Académie des Sciences Morales et Politiques, p.
1-11).
3. Mesdames et Messieurs, raison philosophique et christianisme à l’aube
du troisième millénaire, ou l’exercice philosophique et la pensée
croyante, pour reprendre l’intitulé d’une autre réflexion stimulante de
Philippe Capelle (Études, juillet-août 1999, p. 51-62), après l’incompatibilité
de principe si souvent, trop souvent ressassée, de Martin Heidegger, et la
volonté encore largement partagée de la part des philosophes, de séparation
nette des deux champs d’élaboration, voire d’intention de cantonner la
philosophie dans un rôle ancillaire de la part des théologiens, se trouvent
aujourd’hui dans une situation nouvelle, dont témoigne notre Congrès avec
éclat, de part l’intérêt manifesté vers le monde des idées
théologiques par nombre de personnes, et non des moindres, sur le quadruple
terrain historico-politique, exégétique, phénoménologique,
éthico-politique, et ce, à partir de la confrontation inaugurale du sujet
philosophant à une énigme et à un mystère indomptables. Le nouvel
" âge herméneutique de la raison ", cher au Doyen Jean
Greisch, loin de disqualifier la métaphysique, la présuppose au contraire
comme la marque d’un irréductible élan d’interrogation vers cet au-delà
qui pour le chrétien est au cœur de la tension entre le déjà-là et le
pas-encore. Ainsi, dans l’histoire déjà bimillénaire des relations
paisibles ou tumultueuses entre la raison philosophique et le christianisme,
après la récapitulation théologique d’Origène et Augustin, la
répartition thomiste entre le principe d’autonomie de la raison
philosophique et son intégration théologique, la diffraction antagoniste de
Descartes et Luther, et l’accomplissement philosophique de Lessing, au
rebours de la récapitulation philosophique originelle, nous trouvons-nous
aujourd’hui, aussi loin de l’absorption réciproque que de la séparation
mutuelle, devant deux postures irréductibles du penser humain, l’une et l’autre
également replacées devant leur condition originelle qui est celle de la
finitude et du mystère, avec la double requête de demande philosophique de
" théologie " et de demande théologique de
" philosophie ", dans une conversation à trois, où la
science est l’invitée incontournable.
La foi n’est pas un cri. Elle n’est pas non plus
une recréation de la raison au sens ontologique, mais une reconstitution de
la raison, au sens historique de l’histoire du salut. En charge du dialogue
de l’Église avec les non-croyants, je me dois toujours de rappeler une
présupposition nécessaire à ce dialogue, c’est qu’entre croyants et
non-croyants il existe toujours un minimum de structure relationnelle
universelle sans laquelle il n’y aurait aucune communication possible, qu’elle
soit surnaturelle ou naturelle. La foi reconnaît cette possibilité qui
découle de la création et permet la rédemption. Babel n’est jamais le
dernier mot dans l’histoire de l’humanité. Et la Pentecôte sera toujours
l’irruption de l’Esprit qui parle toutes les langues des hommes pour leur
partager la bonne nouvelle de l’amour de Dieu.
Le fait de philosopher dans la foi met en cause aussi bien
la philosophie que la théologie et les oblige à se confronter. Le
transcendant n’est pas inaccessible et si l’infini se révèle à des
esprits finis, il leur donne à penser infiniment. Nous dirions aujourd’hui,
en termes différents, certes, mais selon la même inspiration que le
philosophe d’Aix : la connaissance ne s’épuise jamais dans l’une
de ses composantes et est toujours en quête d’intégralité au point de
jonction de l’immanence et de la transcendance. Son analyse intégrale
décèle le surgissement de la transcendance dans l’immanence. La méthode d’implication
décèle en nous une fissure ouverte. Tous les êtres ne suffisent pas à
remplir notre première exigence d’être.
4. L’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu éprouve un
besoin naturel de connaître et de comprendre le monde dans lequel il vit,
les êtres qui le peuplent, la nature qui l’environne, le sens de sa vie et
de sa mort. Longtemps unifié, le savoir humain peine à l’évidence depuis
plusieurs siècles à retrouver une vue organique cohérente satisfaisante
pour l’esprit. L’émergence des sciences modernes et leur spécialisation
croissante, comme aussi les difficultés de concilier les acquis progressifs
du savoir et les affirmations traditionnelles de la foi, ont provoqué comme
une sorte de schizophrénie dans l’intelligence, une dichotomie dans la
culture, et un éloignement progressif de deux visions du monde incapables d’intégrer
les ordres différents de vérité dans une synthèse organique.
Pour nombre d’esprits cultivés, la foi que professe l’Église
est à ranger parmi les visions d’un passé depuis longtemps dépassé. Et
en même temps la quête insatisfaite de réponses pertinentes aux questions
essentielles : qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où
allons-nous ?, nourrit une angoisse profonde devant les défis de l’existence
et conduit souvent à chercher ailleurs de quoi combler les besoins du cœur,
la soif de certitude, le désir d’infini toujours récurrent. Un écart
dangereux s’est creusé entre la présentation du message chrétien et l’image
du monde vulgarisée dans le public par l’enseignement et les médias.
Si le scientisme simpliste apparaît comme ce qu’il est
réellement, une science égarée hors frontières, son parfum qui imprègne
le nouveau savoir rend comme insignifiantes et obsolètes certaines images
véhiculées par une catéchèse dont les efforts d’adaptation et les
tentatives de renouveau ne réussissent pas à combler le décalage
fondamental avec la langue, les concepts, les images, les modes de penser et
de s’exprimer des femmes et des hommes d’aujourd’hui, à commencer par
les jeunes dont l’imaginaire est de plus en plus modelé à leur insu par la
culture médiatique dominante.
Il ne suffit pas d’affirmer qu’il existe deux ordres de
savoir distincts, celui de la raison et celui de la foi, et qu’il ne peut y
avoir en principe d’opposition entre ces deux ordres de connaissance, puisqu’ils
dérivent l’un et l’autre, d’une seule et même source de vérité.
Encore faut-il de façon pertinente établir entre eux une cohérence
organique, une intégration réelle, faute de laquelle la connaissance
scientifique qui a pour elle l’évidence constatable de ses retombées
techniques élimine totalement les affirmations énoncées au nom d’une
révélation dont les données répétées dans les énoncés traditionnels
apparaissent sans portée réellement repérable et perceptible.
Pour jeter un pont entre l’Église et le monde
contemporain, comme le Concile Vatican II a voulu le faire par la Constitution
pastorale Gaudium et Spes, il faut le construire avec des matériaux
dont la solidité mise à l’œuvre permette le passage d’une rive à l’autre.
En d’autres termes, il n’est pas de culture qui ne soit unifiée entre des
ordres de savoir, distincts certes mais compatibles et complémentaires, au
point qu’un réel échange s’établisse, une complémentarité s’affirme,
une interdépendance se réalise. A cet égard, ce ne sont pas des adaptations
superficielles d’expression conceptuelle qui peuvent apporter des réponses
satisfaisantes. Sous peine de schizophrénie ruineuse, le croyant a besoin de
percevoir par son intelligence la vérité qu’il professe et que son cœur
aime.
L’immanent n’est pas opaque, mais s’ouvre au
transcendant, l’univers ruisselle d’intelligence, le visible est porteur
de l’invisible, le matériel du spirituel, le sensible de l’intelligible.
Nouer la gerbe de nos connaissances convergentes, c’est l’effort
millénaire sans cesse renaissant et sans cesse renouvelé d’une culture
qui, bien loin de cesser d’être humaine en devenant chrétienne, trouve en
ce surcroît de plénitude de quoi combler son irrémédiable finitude.
La connaissance des réalités essentielles emprunte des
chemins divergents, mais les voies scientifiques, philosophiques et
théologiques, dans leurs épistémologies spécifiques, se conjuguent pour y
parvenir. La présence du génie philosophique au cœur du savoir permet de déceler
par l’exercice remarquable de la raison humaine la dimension plénière du
réel, dont la foi et la science perçoivent, de manière différente et sans
antagonisme, des données complémentaires. La recherche du Sens dans l’immanence
des décisions quotidiennes atteste sans conteste la permanence d’une
certaine Transcendance. Où cette transcendance trouve-t-elle son fondement,
son expression et ses critères ? Comment dès lors formuler de manière
intelligible pour la culture contemporaine le rapport entre le transcendant et
l’immanent, le divin et l’humain, le bonheur et le salut, le quotidien et
le sacré ?
5. C’est dire, dans le prolongement même de l’Encyclique Fides
et Ratio, à la fois la présence irréductible de la philosophie dans
la tradition chrétienne et l’importance que l’Église continue d’accorder
à l’enseignement et à la réflexion philosophique, dans le sillage des
grandes figures de penseurs d’hier et d’aujourd’hui qui ont jalonné l’histoire
de l’intelligence philosophique, particulièrement en christianisme. C’est
dire aussi l’importance majeure des médiations institutionnelles dans l’exercice
de la pensée en général et l’exercice philosophique en particulier. La
tenue même de ce Congrès l’atteste avec éclat. Et je voudrais dire ici,
en cette circonstance solennelle, combien la place de la philosophie dans l’Université
catholique est nécessaire plus que jamais. Car l’intelligence chrétienne
ne s’exerce pleinement que dans la confrontation incessante avec la culture
et les diverses manières dont celle-ci se comprend elle-même, comme le
souligne si heureusement le document élaboré par les Doyens des Facultés
Catholiques de Philosophie en France (La philosophie dans l’Église,
Documentation Catholique, t. XCV, 1998, p. 341-346).
Vous me permettrez aussi, en tant que Président du Conseil
Pontifical de la Culture, de souligner le rôle irremplaçable de la
philosophie dans le dialogue interculturel et le dialogue interreligieux. Le
document récent du Conseil Pontifical de la Culture que j’ai cité le
souligne sans ambages. Et les réunions continentales que le Conseil
Pontifical de la Culture suscite à travers le monde, de Bangalore à Québec,
de Kinshasa à Ljubjlana, de Nairobi à Bangkok, de Séville à Maynooth, et
de San Francisco à Tokyo, hier à Yaoundé, et demain à Lvov, manifestent
quelle pénétration d’analyse et quelle puissance de synthèse
philosophique requiert la recherche constante du juste équilibre dans la
tension fondamentale entre l’aspiration à l’universel et la prise en
considération du potentiel axiologique et de pensée transmis par des
traditions enracinées en des cultures particulières. Comment ne pas le
souligner ici même en cet aéropage de l’Unesco unique au monde où le
jeune Pape Jean-Paul II a voulu venir lui-même au tout début de son fécond
pontificat s’adresser aux femmes et aux hommes de culture du monde entier,
en ce Paris d’où l’originalité de la voix française se fait sentir dans
le concert polyphonique des nations. Paris, permettez sans chauvinisme à l’ancien
Recteur universitaire parisien que je suis de le souligner avec satisfaction,
Paris, terre d’accueil, espace de stimulantes rencontres culturelles et de
féconds échanges intellectuels, comme en témoigne ce Congrès que j’ai l’honneur
d’ouvrir ce soir.
Un mot encore pour conclure, en guise d’ouverture, d’un
autre ordre, pour le dire avec Pascal. L’homme se sait fini et il se veut
infini, bien plus il veut l’infini. C’est Lui qu’il attend. Renouer le
lien entre la raison philosophique finie et le christianisme porteur d’infini,
à l’aube du troisième millénaire, demeure une exigence incontournable. Et
mes vœux vous accompagnent avec ma gratitude sur ce long chemin que vous
entendez désormais parcourir ensemble à la recherche inlassable du vrai, de
cette vérité qui pour le chrétien philosophe n’est plus simplement un
concept abstrait à poursuivre avec ardeur, mais une personne à aimer de tout
son cœur.
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[Italiano]
Aprendo il Congresso internazionale all’UNESCO su Ragione filosofica e
cristianesimo all’alba del terzo millennio, il Cardinale Paul Poupard
sottolinea il bisogno naturale dell’uomo, creato ad immagine di Dio, di
conoscere e di comprendere il mondo nel quale vive. Nella nostra cultura
disgregata, la pastorale della cultura richiede, come presupposto, una
riflessione filosofica che si sforzi di organizzare e strutturare il sapere
nel suo insieme. E’ compito di filosofi e teologi qualificati
identificare con competenza, al centro della cultura scientifica e tecnologica
dominante, le sfide e i punti di ancoraggio per l’annuncio del Vangelo.
[English]
Cardinal Paul Poupard’s opening address at UNESCO’s international
congress entitled Philosophical Reason and Christianity at the Dawn of the
Third Millennium stressed that human persons, who are created in God’s
image, naturally need to know and understand the world in which they live. In
our fragmented culture, a pastoral approach to culture needs to start from
philosophical reflection, in order to achieve an organisation and structure of
knowledge as a whole. Qualified philosophers and theologians
could identify those points in the dominant scientific and technological
culture which might serve as footholds for proclaiming the Gospel.
[Español]
La Conferencia con la cual inició el Congreso Internacional en la UNESCO tuvo
como tema, La razón filosófica y cristiana al alba del tercer milenio,
fue sustentada por el Cardenal Paul Poupard, quien remarcó la
necesidad natural del hombre, creado a imagen de Dios, de conocer y comprender
el mundo en el que vive. En nuestra cultura fragmentada, la pastoral de la
cultura exige como presupuesto una reflexión filosófica que se comprometa a
organizar y estructurar el saber en su integridad. La tarea de filósofos y
teólogos cualificados es identificar con sabiduría, en medio de la cultura
científica y tecnológica dominante, los retos y los puntos de motivación
para el anuncio del Evangelio.
*
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I RAPPORTI TRA LA CULTURA
ITALIANA E IL "FATTO CRISTIANO"
III "Forum" del Progetto Culturale della Chiesa
Italiana,
Pieve di Cento (Bologna), 24 marzo 2000
Giacomo Card. BIFFI
Arcivescovo di Bologna
Quando il Cardinale Giovanni Colombo, più di venticinque
anni fa, mi propose di diventare vicario episcopale per la cultura, una delle
mie obiezioni è stata: "Ma io non so che cosa sia la cultura".
"Non preoccuparti – mi rispose – perché non lo sanno neanche gli
altri".
Non so se le cose stiano ancora cosi. È innegabile però
che quanti oggi parlano di "cultura" danno quanto meno l’impressione
che non assegnino sempre al termine lo stesso valore. I significati sono
diversi, a seconda di chi parla o scrive; talvolta sono diversi addirittura
entro lo stesso discorso, la stessa pagina, la stessa frase. E così si può
dialogare e discutere anche a lungo sui programmi culturali senza intendersi
nemmeno sull’argomento del discorso; e perciò senza probabilità di
arrivare a qualche conclusione plausibile.
Sono decine e decine le definizioni di cultura che sono
state date, ciascuna con qualche particolarità sua e con qualche elemento
proprio. Non si può ovviamente passarle qui tutte in rassegna; e tuttavia un
minimo di chiarificazione si impone, se si vuol affrontare senza candidarsi
alla disperazione il tema dei rapporti tra cultura e fede, anzi tra cultura e
"fatto cristiano".
A questo fine mi affido, per cavarmela, all’ipotesi che
siano tre i sensi fondamentali in grado di mettere un po’ d’ordine e di
orientarci (o almeno di preservarci dallo smarrirci) nella foresta
lussureggiante delle innumerevoli accezioni.
La ragione precipua di questa pluralità si può ravvisare
nella circostanza che la parola "cultura" da un paio di secoli è
andata assumendo via via nuovi contenuti, che si sono aggiunti a quelli
precedenti senza metterli però mai fuori uso. Così alla concezione
originaria, che abbiamo ereditato dall’antichità classica, se ne è
aggiunta nel secolo scorso un’altra, mutuata dalle discipline antropologiche
ed etnologiche, e lungo il secolo ventesimo una terza che privilegia la
dimensione ideologica, normativa. comportamentale.
Cercheremo in primo luogo di tracciare per ciascuna delle
tre concezioni un’immagine essenziale; così potremo tentare, in secondo
luogo, di capire quale spazio e quale compito specifico possa e debba avere il
cristianesimo in tutte e tre le forme di cultura che saranno state descritte.
I. I significati fondamentali di cultura
1. La "coltivazione dell’uomo"
All’origine c’è una figura di derivazione agricola:
"cultura" è coltivazione dell’uomo nella sua vita interiore. In
questo senso già Cicerone e Orazio parlavano di una "cultura animi"
e di una "cultura hominis".
Il concetto è più vasto di quello di "paideia",
che si riferisce alla prima età e all’età evolutiva. Qui si tratta dell’intera
esistenza: l’uomo può e deve essere continuamente arricchito in ogni sua
stagione. Si tratta, per così dire, di una progressiva
"umanizzazione": l’uomo diventa uomo in una misura sempre più
ampia e in un’attuazione sempre più compiuta.
Questa "coltivazione" si realizza mediante l’assimilazione
dei "valori assoluti"; vale a dire, il vero, il bene o il giusto, il
bello. Solo la verità, la giustizia, la bellezza sanno nutrire l’uomo, l’aiutano
a crescere e ne fanno sbocciare tutte le virtualità.
Sempre restando in questa prospettiva, si passò poi a
indicare con lo stesso vocabolo non solo l’azione del "coltivare",
ma anche il suo risultato. "Cultura" di un uomo è il suo patrimonio
spirituale acquisito: i suoi "guadagni" intellettuali, morali ed
estetici.
A cominciare dalla metà del Settecento, con la progressiva
esaltazione dell’idea di "popolo" e di "nazione", il
termine "cultura" acquista una dimensione , per così dire,
spiccatamente sociale. E si principiò a parlare della "cultura" di
un paese, di una gente, di una comunità, identificandola nei mezzi
"sociali" e nei risultati "sociali" di questa attività:
prima di tutto le scuole, gli istituti di ricerca, le forme di comunicazione
delle idee; poi la produzione filosofica, letteraria, artistica, musicale.
2. La somma delle "elaborazioni" di un popolo
Dalla seconda metà del secolo scorso avviene un vero e
proprio capovolgimento. Si delinea un nuovo concetto nel quale l’uomo non è
più il destinatario e il termine di un’azione (come nella visione
"classica"), bensì il soggetto e il principio, e non
individualisticamente ma secondo una dimensione, per così dire, corale. Il
vocabolo comincia a significare tutto ciò che, provenendo comunque da un
insieme di uomini, ne diventa possesso comune, proprio e caratterizzante.
Non ha qui alcuna rilevanza il "valore"
intrinseco del prodotto. "Cultura" di un popolo è la totalità dei
suoi elaborati e dei suoi comportamenti. In questo senso si possono ritenere
dati "culturali", alla stessa stregua del Partenone e delle opere di
Platone, le selci scheggiate dei primitivi, le fiabe dei pigmei, le
consuetudini tribali di convivenza, di alimentazione, di lavoro.
Ed è naturale che prevalga l’uso plurale del termine: ci
sono tante culture quanti sono i raggruppamenti umani. Si può parlare, ad
esempio, di una cultura etrusca, di una cultura romagnola, di una cultura
indonesiana; e si può anche allestire un museo della cultura contadina e
della cultura montanara.
3. La "scala dei valori"
Da poco più di mezzo secolo si va imponendo un’altra e
ben diversa accezione: con il termine "cultura" si intende una
particolare interpretazione della realtà, che assurge a criterio di giudizio
e di comportamento.
La parola viene così a indicare un sistema condiviso di
valutazione delle idee, degli atti, degli eventi; e quindi anche un complesso
di "modelli" di vita socialmente esaltati o quanto meno socialmente
accolti. Ogni "cultura" intesa così comporta, come si vede, una
"scala di valori" proposta e accettata entro un determinato
raggruppamento.
In questo senso si può ravvisare, tra le molte, una
cultura collettivistica, una cultura liberistica, una cultura radicale,
eccetera.
Questa sommaria catalogazione dovrebbe ridurre i rischi
delle ambiguità e dei malintesi nell’impresa di cogliere i rapporti
necessari o almeno possibili tra il fatto cristiano e la sua auspicabile
"inculturazione". Torneremo dunque a esaminare successivamente i
vari concetti di cultura che sono stati elencati, non più per se stessi ma
all’interno di questo problema specifico.
II. Le varie inculturazioni della fede
1. La "coltivazione cristiana dell’uomo"
La Rivelazione, oltre a donarci una "teologia
antropologica", fondata sulla manifestazione dell’uomo Cristo Gesù,
immagine perfetta del Padre, ci regala anche una "antropologia
teologica", che riconosce nel Figlio di Dio incarnato, morto per noi e
risorto, l’archetipo di ogni autentica umanità; ed è la sola antropologia
davvero esauriente: "Solamente nel mistero del Verbo incarnato trova luce
il mistero dell’uomo" (Gaudium et spes 22), dice mirabilmente il
Concilio Vaticano II, dal momento che, aggiunge, "Cristo… svela
pienamente l’uomo all’uomo" (ib.).
Sicché è chiaro che la "coltivazione" adeguata
dell’uomo è quella che nasce ed è nutrita dalla fede, cioè dalla
conoscenza che partecipa a quella che Dio ha delle sue creature. D’altronde,
secondo la parola di Gesù, il primo e il vero e l’unico coltivatore dell’uomo
è il Padre (cfr. Gv 15,1): ogni altra "cultura hominis", che
non sia in qualche modo riverbero e attuazione nel tempo di quella del Padre,
rischia sempre di essere arbitraria e manipolante.
Anche la "coltivazione cristiana" si avvarrà –
come ha sapientemente intuito già il mondo antico – del vero, del giusto,
del bello. Anzi, questi valori potranno e dovranno essere ricercati per se
stessi, senza sacralizzazioni superflue, nella certezza che, quando sono
autentici, sempre essi ci avvicinano e ci conformano a Cristo, il quale è la
verità, la giustizia, la misericordia, la bellezza,
divenute misteriosamente figura e realtà di uomo attingibile e viva.
2. Il "patrimonio culturale cristiano"
Nei duemila anni della nostra storia, molti contributi
decisivi dati alla elevazione interiore dell’uomo e molti tra i frutti più
nobili e preziosi dello spirito in tutti i campi (letteratura, arti
figurative, architettura, musica, filosofia, diritto, eccetera) portano
incancellabili in sé i segni della loro origine dalla fede cristiana. È il
nostro "tesoro di famiglia".
Il problema per la comunità dei credenti è quello di
ridivenire consapevole – e quindi di reimpossessarsi conoscitivamente ed
emotivamente – di questa immensa ricchezza.
Va poi notato – contro ogni tentazione di interiore
grettezza – che dobbiamo apprezzare e avvalorare come provvidenziale
nutrimento dell’anima ogni irradiazione di verità, di giustizia, di
bellezza, dovunque appaia e comunque si manifesti.
Gli autori possono essere intenzionalmente lontanissimi
dalla militanza ecclesiale (e noi li lasceremo rispettosamente dove vogliono
stare, senza battezzarli arbitrariamente), ma i loro "valori", se
sono sul serio "valori", sono sempre cosa nostra, perché
oggettivamente sono sempre riflesso della luce di Cristo; e tutti possono
confluire nella "cultura cristiana". Come dice san Tommaso:
"Omne verum, a quocumque dicatur, a Spiritu Sancto est" (I-II,
q.109, a.1, ad 1: "Ogni verità, da chiunque sia detta, viene dallo
Spirito Santo").
3. I "mezzi per la coltivazione cristiana"
La "coltivazione cristiana dell’uomo", se non
vuol restare soltanto un’astratta e vana affermazione di principio, deve
avere i mezzi per assolvere i propri compiti.
È un argomento di eccezionale gravità, e andrebbe
ampiamente trattato e vigorosamente affrontato, in particolare alla presenza
di uno stato e di altri potentati di varia natura che sempre più estesamente
occupano gli spazi esistenziali e si impadroniscono degli strumenti di
comunicazione, di formazione, di socializzazione, in palese contrasto col
principio di sussidiarietà.
In una società che non aspiri a diventare un
"regime" – comunque si denomini e si colori – chi a diverso
titolo detiene di fatto il potere non deve tanto imporre una propria cultura
quanto favorire le culture delle legittime aggregazioni; tra le quali la prima
– sia per la sua determinante presenza nella storia della nostra nazione sia
per il suo imparagonabile apporto al configurarsi di una identità italiana
– è senza dubbio la realtà cattolica.
In ogni caso, anche nelle situazioni esterne più
svantaggiose, le comunità cristiane devono instancabilmente adoperarsi per la
sussistenza, lo sviluppo, l’affermazione della loro inconfondibile vita
culturale.
4. La "cristianità"
Una "cultura" nel senso antropologico-etnologico
che s’è visto – e cioè tutto il complesso degli "elaborati
umani" collettivi – va riconosciuta a ogni insieme di persone
individuabile come popolo. In essa trovano posto le tradizioni, le costumanze,
le forme di lavoro e di vita, il folclore, i comuni prodotti dell’ingegno e
dell’abilità manuale, che una data gente ben definita riconosce come
propri.
Esiste un "popolo cristiano", socialmente
percepibile e identificabile come tale? O, che è lo stesso, esiste una
"cristianità"?
L’indole stessa dell’avvenimento cristiano esige che la
"comunione" – mistero trascendente ed eterno – aspiri
continuamente a farsi "comunità"; cioè una realtà compaginata,
commisurata al tempo e storicamente determinata.
La fede chiede – per intrinseco dinamismo – di
investire e trasformare tutto l’uomo in tutte le sue dimensioni, personale,
familiare, sociale. Perciò in nessun momento della sua vicenda la Chiesa può
mancare di dare vita a una "cristianità", secondo forme che mutano
col mutare delle epoche e dei luoghi ma che non possono venire meno in
assoluto.
La nostra attuale "cristianità" potrà anche
essere di minoranza, diversamente da quella di qualche secolo fa; ma non per
questo deve essere meno vivace e meno fortemente caratterizzata. E non potrà
mai delinearsi come fenomeno privo di permanenza nel tempo, senza premesse e
senza radici: essa sarà tanto più vitale ed efficace quanto più sarà
ispirata e avvalorata non solo dai princìpi eterni del Vangelo, ma anche
dalla sempre desta memoria del suo passato.
Come si vede, il rilancio di una "cultura
cristiana" intesa così è condizionato dalla ravvivata coscienza dell’esistenza
di un "popolo cristiano", con la sua storia, le sue consuetudini, le
sue feste, le sue opere, le sue multiformi manifestazioni.
5. La "scala cristiana dei valori"
Quando un raggruppamento umano arriva a riconoscere e ad
accettare comunemente quali siano i "valori" dell’esistenza e come
vadano tra loro gerarchizzati, si configura una "cultura" secondo l’accezione
che in questi ultimi decenni è andata sempre più imponendosi. E, a meno di
ridurre il cristianesimo a pura esteriorità folcloristica o a mero fatto di
coscienza individuale, sarà incontestabile che debba esistere ed essere
pubblicamente proclamata una "cultura cristiana" in questo senso,
cioè una "scala cristiana dei valori".
Qui bisogna dire che le comunità cristiane devono
prepararsi ad affrontare a occhi aperti, senza chiusure indebite ma anche
senza irenistiche ingenuità, le tensioni e gli inevitabili contrasti tra le
diverse "culture" che di fatto convivono in una società
pluralistica.
Ci rallegreremo di ogni concordanza insperata e inattesa, e
la onoreremo nei nostri propositi operativi e nei nostri atti. Ma più
frequentemente dovremo registrare le dissonanze, facendo bene attenzione a non
sacrificare mai la verità da cui siamo stati misericordiosamente raggiunti e
illuminati, né a compromettere mai la nostra inalienabile identità.
È difficile e raro che convengano sulla stessa scala di
valori coloro che affermano e coloro che negano un disegno divino all’origine
delle cose; coloro che affermano e coloro che negano una vita eterna oltre la
soglia della morte; coloro che affermano e coloro che negano l’esistenza di
un mondo invisibile, di là dalla scena vistosa e labile di ciò che appare;
coloro che credono e coloro che non credono nel Cristo crocifisso e risorto,
Figlio unigenito del Dio vivente, salvatore unico e necessario dell’universo,
Signore della storia e dei cuori.
Noi non imponiamo a nessuno la nostra "cultura".
Ma nemmeno possiamo tollerare che l’imposizione ideologica di una
"cultura" estranea ci snaturi o ci impedisca di esistere e di
crescere come popolo di Dio, redento dal sangue del Signore Gesù, secondo la
visione delle cose che noi liberamente e razionalmente accogliamo nell’atto
di fede.
Conclusione
Come si vede, il rapporto fede-cultura non è estrinseco e
occasionale: è, in qualche modo, trascendentale, anche se è variamente
attuato nel succedersi delle epoche storiche e nel variare delle situazioni.
La fede, restando fede, deve farsi "cultura": lo
deve a se stessa, alla radicalità e alla totalità del rinnovamento che essa
introduce nell’uomo e nell’intero universo. Essa non mortifica e non
trascura nessuna delle positività autentiche che incontra nel suo dispiegarsi
nel tempo e nel mondo; tutte anzi le assume, le purifica, le esalta, le
trasfigura in una "cultura" originale e inequivocabile, mantenendo
la sua tipicità e la sua irriducibilità: le assume, le purifica, le esalta,
le trasfigura nella "cultura cristiana".
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[Français]
Lors du IIIème " Forum " du Projet Culturel de l’Église
Italienne, le Cardinal Giacomo Biffi a analysé Les rapports entre la
culture italienne et la " réalité concrète du
christianisme ". Partant de la signification fondamentale du mot
" culture " (" le fait par l’homme de se
cultiver ", " l’échelle des valeurs ", etc.),
il s’est arrêté aux différentes formes de l’inculturation de la foi et en
a conclu que le rapport foi-culture n’est pas extrinsèque et occasionnel,
mais, d’une certaine façon, transcendantal, même s’il s’est constamment
réalisé dans l’histoire et dans des situations variées. La foi, demeurant
foi, doit aussi devenir " culture ".
[English]
At the third Forum session on the Cultural Project of the Church
in Italy, Cardinal Giacomo Biffi gave an analysis of The links between
Italian culture and Christianity. He began with the basic meanings of
"culture" (personal cultivation, a set of values etc.), and spoke
about the various ways faith is inculturated. He concluded that the
faith-culture relationship is not extrinsic or occasional, but transcendental,
even though it takes on many guises at different times in history and in varying
situations. Faith, while remaining true to itself, must become culture.
[Español]
En el III Forum del proyecto Cultural de la Iglesia italiana, el Cardenal
Giacomo Biffi hace un análisis sobre Las relaciones entre la cultura
italiana y el "hecho cristiano". Partiendo de los significados
fundamentales de cultura (el "cultivo del hombre", la escala de
valores, etc.), se detiene en las diferentes formas de inculturación de la fe y
concluye diciendo que la relación fe-cultura no es extrínseca y ocasional,
sino de alguna manera trascendente, a pesar de que se haya realizado
diversamente en el transcurso de las épocas históricas y diferentes
situaciones. La fe, permaneciendo siempre como fe, debe hacerse
"cultura".
*
* *
A DIALOGUE OF CULTURES – CULTURAL ISSUES IN MISSION
Consultation of Catholic Bishops’ Conference of India
Mumbai, March 7-9, 2000
Archbishop Ivan DIAS
Member of the Pontifical Council for Culture
Introduction
A Consultation on "Dialogue of Cultures –
Cultural Issues in Mission" was organized by the CCBI Commission for
Proclamation from 7 to 9 March, 2000 at the Institute of Indian Culture,
Mumbai. The Consultation brought together forty-three persons, among them
bishops, theologians, sociologists, anthropologists and others. It was agreed
upon to record the main themes and ideas that were shared in the Consultation
and to prepare a consolidated text of the same. The following summary contains
the thrust of their reflections.
A. The Present Context
The cultural and religious diversity of our country has
been a great asset and enrichment for all our peoples. We want to celebrate
this diversity today. even as it has now come under threat from communal
ideologies and divisive forces, often in the name of a false and homogenized
identity. The unity of our peoples can and must be in and through diversity
and not in an enforced uniformity of culture, religion or collective identity
as advocated by some sections of the people in India. Such an attempt would
only promote intolerance, disastrous for all our peoples and our country.
B. Focus of the Papers
1. The Pluralistic Culture under Threat
The Hindutva claim that India be called a Hindu nation is
unacceptable. India has been home to several religions and cultures whether of
indigenous groups, of invaders or of immigrants or of emerging communities.
The ethos of India has imbibed the contributions of all these religious
cultures. Thus India is a pluralistic country comprising multi-ethnic,
multi-lingual, multi-religious and multi-cultural characteristics. The
dialogue of cultures should be based, not on the unrealistic claims that India
is Hindu but on the realistic scenario of India.
But today this notion of Indian reality is under great
threat. The Hindu fundamentalist organizations, through their homogenization
policy, claim that the Christian religion is foreign to India and that the
tribals and dalits are backward Hindus. The tribals and the dalits however
reject this superimposed identity. They are struggling for their survival,
human dignity and cultural identity. The Phule/Ambedkar movement in Indian
society represents the effort of downtrodden masses to construct an
alternative identity for themselves, based on the cultural values of equality,
fraternity and social justice. Conversion movements have been one of the means
by which they have been moving up in the social ladder of Indian society. A
large number of dalits and tribals have converted to Buddhism, Sikhism, Islam
and Christianity.
The Church makes the Gospel incarnate in different
cultures. It brings a prophetic challenge to every culture to remove negative
features and all such elements that oppose justice and make life less
meaningful. This process of inculturation has been a characteristic feature of
the tribals. The Church has helped the tribals especially in Chotanagpur and
Northeast India to find a new identity and to get adjusted to modern life,
confronted with fast social changes. At least in the states of Mizoram,
Nagaland and Meghalaya, Christianity is the majority religion. When the
indigenous peoples came in contact with the dominant culture they found it
difficult to dialogue with it as the latter thought that they had perfect
answers to all the questions. The engulfing fire of the modern mass media
characteristic of the dominant culture affected them with negative
consequences. Of late, the fundamentalist Hindus have been very active in the
Northeast. In the situation of insurgency they have been accusing the
Christian missionaries of destroying the tribal culture and turning them
against the national interest.
While we reject such charges as unjust, the Church must pay
closer attention to issues like cultural identity, national integration and
development; it must be more discerning before judging what is good and bad in
a culture. Mission as a process of dialogue between cultures necessarily
entails the engagement of two or more cultures at any time, at the end of
which both are affected. In this context the Church is challenged to respond
to the real issues and problems faced by the people. Walking side by side with
the tribal people, she is asked to share their thoughts and feelings and go
forward with them. Moreover, the Church can be an agent of reconciliation
among tribes that are caught up in internecine conflicts.
2. Gospel and Culture
Cultural values and identities of different communities are
being rediscovered, refined and sharpened by new challenges in the modern
world. These differences are to be seen as opportunities for learning from one
another. In the new millennium leaders who will thrive will be those who can
handle cultural differences with success. We all will need to work towards a
measure of cultural literacy and sensitivity.
In this post-colonial age the Church reaffirms culture as
an important dimension of her mission in the world. It is necessary to
retrieve the profound meaning of faith as it is unfolded in the Old and New
Testaments. For Israel faith was a radical commitment to God, the best example
of which is the faith of Abraham. The same is true also about the New
Testament, where we find Jesus demanding a very personal commitment from the
people to become his disciples and the members of the kingdom of God. For Paul
the inner meaning of faith was the decisive factor for belonging to the new
dispensation in Christ.
3. Inculturation
During the past several centuries the Church was not in a
position to face the challenges of inculturation. The reason was that, due to
the impact of the Reformation and Rationalism, faith in the Catholic tradition
was presented in rationalistic terms and less in personal categories. Thanks
to the insights of Vatican II, however, faith is now seen more as a personal
commitment and related to and affecting the day-to-day life of the people
where the impact of culture is also very much visible. Moreover, the new
emphasis on faith should also enable the Church to promote a shift of
perspective from orthodoxy to orthopraxis.
In this critical period the Church in India has to evolve a
new and daring approach to the cultural issues of this country and discover
ways and means of facing and transforming them. At the same time, we have to
admit the fact that inculturation is a two-way process, according to which
there is also the need of an inter-culturation, which is the awareness of the
existence of a plurality of cultures and of their mutual influence. The Church
has to learn many things from the people she is evangelizing.
Following the Second Vatican Council, the Church has been
inviting all Catholics to a dialogue in an attempt to acknowledge, preserve
and promote the spiritual and moral values found in other religions, in
society and in culture (NA 2; EN 53; RM 55; EA
31). It seeks to join hands with them to work towards a world of peace,
liberty, human dignity, social justice and moral values. The Dialogue of
Cultures leads to the discovery of the relationship between the working of the
Holy Spirit in the Christian faith and the Spirit’s persevering action in
all cultures. For it is the same Spirit who, since creation, has been at work
in every culture.
For a Dialogue of Cultures in India, we need persons who
are deeply rooted in their Christian faith and are well versed in Indian
cultures, persons who (like the Church) "can communicate the Gospel in a
way which is faithful both to her own Tradition and to the Asian soul" (EA
6). Thus inculturation should be the cultural expression of one’s faith and
the faith expression of one’s culture. At the same time our efforts at
inculturation must be meaningful to those who look at us from the outside, as
it were.
From the Christian perspective the Dialogue of Cultures is
part of the process of Evangelization. For the seed of mission (i.e. the
Kingdom of God as proclaimed by Jesus) has to be sown in the soil of dialogue,
nourished in the waters of inter-culturation, and cared for by the process of
inculturation in order to bring forth the fruit of proclamation. But this
process has to do primarily with genuine "understanding" which is
always understanding a world of relationships, and not so much with
"information" which focuses on objectified relationships. The
Dialogue of Cultures is built on mutual trust and understanding which is best
promoted by the four-fold dialogue of life, action, religious experience and
theological exchange.
It is through inculturation one recognizes the enriching or
dehumanizing elements that are operative in cultures. Inculturation, then, is
the process through which the Spirit guides us to discern the chaff of false
values from the wheat of genuine growth. Taking the beliefs of Avatara (cosmic
presence) and Incarnation (historical presence) as illustrations,
inter-culturation draws attention to the fact that the Avatara is
characterized by the trans-historical dimension and the Incarnation by the
historical dimension. For the Avatara to be meaningful today it has to
assimilate the historical dimension, just as for the Incarnation to be
meaningful today it has to assimilate the trans-historical dimension. To be
inculturated then the Avatara traditions have to cultivate an historical
response-ability, the ability to respond to the claims of history; and the
Incarnation traditions have to cultivate a trans-historical response-ability,
the ability to respond to the claims of the trans-historical dimension.
The great hope which Vatican II aroused remains yet to be
realized fully. As a result, the churches have not shown the desired creative
vigour and originality of organic growth. The task of inculturation is
rendered even more challenging today than in the early centuries or Church
history, because the Christian faith has come to us in a form already
inculturated elsewhere. A further challenge of cultural alienation comes from
globalization and modernisation. Since the proper locus of inculturation is
the local Church the starting point of inculturation must be a lived
solidarity with the people of a region. No area of life can be excluded from
inculturation, though spirituality, worship, theology and catechesis merit
special attention. If the Church in India is to fulfil its historic role in
the development of the Christian Message she will have to tread the path of
inculturation, relying on the Spirit who alone is the prime agent of
inculturation.
C. Highlights of group and general discussions
1. Indian Identity
The Indian identity is a citizen’s right on the basis of
the constitution of the country. According to certain ideologues, race,
religion and culture are the criteria in defining Indian identity. As
Christians we should go beyond defensive strategies and challenge the
fundamentalist outlook by working for genuine national integration. The
melting-pot model needs to be replaced by a mosaic model that celebrates the
diversity of India’s pluralistic context. Use of print and other media and
collaboration with secular forces are of great help in this effort.
2. Dialogue in the context of Hindutva and Dalit perceptions
Dialogue will have to be at different levels since it is
directed to different groups. There must be an attitude of openness to give
and to receive. At the same time effort must be made to counter the
misinformation campaign of the Hindutva. Our effort at socio-economic
transformation is a threat to vested interests. Our dialogue will be one of
life and action with members of other religions and with all people of good
will.
Dialogue is an ongoing process. The more we get involved
with people, the more the process of inculturation takes place in day-to-day
life. Sometimes we want to evangelize others without at the same time being
ready to be enriched by them. At times, we Catholics are not well informed
about the goodness found in other religions and cultures.
3. Inequality & Casteism in the Church
This scandal must be corrected by re-educating the
Christian community at all levels on gospel values. We need to make conscious
efforts in this regard. Homilies, Catechesis, Small Christian Communities and
other pastoral programmes could have this objective. A special focus is to be
given to the empowerment of the disadvantaged/marginalized groups within the
Church.
4. Empowering marginalized Cultures
We face a special challenge in empowering people of
marginalized cultures. One way to do this is through education of youth. Rural
uplift is of special significance in this regard. We have a particular
obligation to empower the local Christian community.
We need to be open to whatever is good in other cultures.
This will be fostered by mutual appreciation and acceptance contributing to
complementarity and harmony among cultures.
5. Mobilization of Tribal groups
In this context, we need to work for unity among Christian
Adivasis and those of other faiths. Efforts should be made to solve local
problems through tribal councils and other traditional structures of
self-rule.
We need to create awareness of the hidden agenda of the
Hindutva through a) publications b) public relations c) highlighting the
Christian contribution towards tribal welfare.
Protection of tribal land is the key to empower the tribal
groups. For this purpose we need to collaborate with NGOs and other secular
agencies that have similar objectives as well as by networking with other
Christian denominations. It is also essential to have recourse to legal
remedies. A professional approach to the problem is a must. Establish network
of communication to disseminate information on cases of atrocities and
violence.
6. Cultural Literacy and Inculturation
The process of inculturation since Vatican II has to take
further roots going beyond certain cosmetic changes in liturgical services.
This demands an in-depth study and analysis of cultures, proficiency in local
languages, understanding of folk cultural forms, sharing the life style of the
people, especially the poor and participation in their struggles. Faith
reflections on this experience can create local theologies.
7. Globalization and Marginalization
While the fast evolving process of globalization can have
many positive effects, like networking for human rights, ecological concern,
etc., in actuality it has been used by neo-liberal capitalism to enable the
rich to emerge richer and richer. The global media has undermined local
cultures, identities and values. The dalits, the tribals, women and the
unorganized working class are further oppressed and marginalized. Mission in
this context calls for support of the little traditions, protection of smaller
cultures, development of socio-economic leadership of the lower classes and
political mobilization of the poor.
8. A New Model of the Church
The Holy Spirit is the prime agent of dialogue. We need a
participatory model for the Church in which the laity are the cutting edge of
our commitment and involvement in the world. Hence they should be encouraged
to be creative. However, the creative expressions in the celebration of
sacraments require proper catechesis. In the church communion and organization
should be balanced; freedom and responsibility need to be integrated. Church
leaders need to be aware that, while power is external, authority comes from
within.
In the Church, the hierarchical authority and the
charismatic dimension should work with greater co-ordination and harmony.
D. Recommendations
1. Through our institutions and other activities promote
the cultural pluralism of India. Include the positive values of other
religions and cultures in our education programme from the primary level.
2. Include the laity at every level of pastoral planning in
order to facilitate the process of inculturation.
3. To remove the evil of casteism, class and gender
inequality within the Church, make conscious efforts to re-educate all
sections in the church through a new catechesis.
4. With the help of mass media and in collaboration with
other Churches, followers of other religious traditions and secular forces
defend and promote the secular character of the constitution.
5. Empower marginalized communities through education of
their youth and upliftment programme for them. Promote self-help groups among
the rural poor in view of their integral development.
6. Network with NGOs and other human rights movements to
safeguard and to defend the tribal ownership and use of land.
7. Make the learning of the local language and tools of
cultural analysis obligatory in the priestly and religious in their formation
programmes, and lay leadership training through encounter with local cultures
and other activities as well as through institutes at the regional level.
8. Ensure stability and avoid frequent transfer of Church
personnel, which will involve learning of new languages and interacting with
new cultures again and again.
9. Learn also from the negative experiences of the recent
times to be culturally aware and socially inserted in various cultural
contexts.
10. Organize more culture awareness programmes for Church
leaders at various levels, especially at the diocesan and congregational
levels.
11. Set up think tanks at Diocesan and regional levels to
deal with socio-cultural problems.
Conclusion
As we step into the third millennium of Christianity we
face new and exciting challenges. Our country is passing through a critical
phase of its history, with the dis-harmonizing forces of Hindutva and certain
consequences of globalization that are indeed de-humanizing. Undeterred we
move forward together with our brothers and sisters of other religious
traditions of this vast country. We are encouraged by the words of Pope John
Paul II in Ecclesia in Asia (50) "The people of Asia need Jesus
Christ and his Gospel. … Trusting in the Lord who will not fail those whom
he has called, the Church in Asia joyfully makes her pilgrim way into the
Third Millennium. Her only joy is that which comes from sharing with the
multitude of Asia’s peoples the immense gift which she herself has received
– the love of Jesus the Saviour. Her one ambition is to continue his mission
of service and love, so that all Asians "may have life and have it
abundantly" (Jn 10:10)".
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[Français]
L’Archevêque Ivan Dias de Bombay présente les conclusions de la
Consultation sur "Le Dialogue des Cultures – Questions Culturelles en
Mission" organisée par la Conférence Épiscopale de l’Inde.
Considérant la réalité de la culture de l’Inde plurielle, il en vient à
examiner le rapport entre l’Évangile et la culture, ainsi que la situation
de l’inculturation de la foi. Ayant revu les différentes urgences
(inégalité et système des castes, marginalité et globalisation, etc.), le
compte-rendu s’achève par une série de recommandations.
[Italiano]
L’Arcivescovo Ivan Dias di Bombay presenta le conclusioni della
Consultazione su "Un dialogo delle culture – Questioni culturali nella
missione", organizzata dalla Conferenza Episcopale dell’India.
Considerando la realtà della cultura pluralistica dell’India, viene
esaminato il rapporto tra Vangelo e cultura, nonché la situazione dell’inculturazione
della fede. Dopo aver analizzato le diverse emergenze (ineguaglianze e sistema
di caste, marginalizzazione e globalizzazione, ecc.), il resoconto si conclude
con una serie di raccomandazioni.
[Español]
El Arzobispo de Bombay, Mons. Ivan Dias, presenta las conclusiones de
la Consulta en "El Dialogo de las Culturas – Cuestiones Culturales
en la Misión", organizada por la Conferencia Episcopal de la India.
Considerando la realidad de la cultura pluralista India, se examina la
relación entre Evangelio y cultura, y también la situación de la
inculturación de la fe. Recorriendo las diferentes urgencias (desigualdades,
sistema de clases sociales, marginación y globalización, etc.), el informe
concluye con una serie de recomendaciones.
*
* *
EL DESAFÍO DE LA VISITA TURÍSTICA GUIADA
EN LOS LUGARES RELIGIOSOS DE EUROPA
IV Congreso Europeo de Guías de Turismo
Santiago de Compostela, 11 febrero 2000
P. Bernard Ardura, O.Praem.
Secretario del Consejo Pontificio de la Cultura
Queridos amigos reunidos con ocasión del IV Congreso
Europeo de Guías de Turismo:
Esta hermosa ciudad de Compostela personifica, no sólo el
santuario por excelencia, sino también la peregrinación y su entramado
europeo, a Europa misma, que se ha ido constituyendo a lo largo de estos dos
milenios de cristianismo.
Para responder a la cuestión que me han planteado los
organizadores del Congreso, quisiera proponeros una reflexión acerca del
significado de la peregrinación y sus relaciones con la visita turística,
que constituye vuestra responsabilidad. Espero así poner de relieve algunos
elementos fundamentales que nos permitirán descubrir el enorme alcance
cultural de la actividad que tenéis entre manos cuando acogéis turistas
venidos de horizontes extremadamente diversos, cuyos escasos conocimientos
culturales a menudo no les permiten captar el significado de los lugares que
visitan, sobre todo cuando se trata de lugares, monumentos u obras de arte,
cuya naturaleza religiosa parece quedar fuera del alcance de su comprensión
inmediata.
En el origen de la visita turística: la peregrinación a
los santos lugares
A pocos kilómetros de las murallas de Roma, el historiador
nos podría mostrar un muro, cercano a la Via Appia, en el sitio llamado Ad
Catacumbas, en el cual, en un lugar ligado a la memoria de Pedro y Pablo,
algunos visitantes han dejado en la segunda mitad del siglo III y a comienzos
del IV, algunos centenares de graffitti con los cuales invocaban la
intercesión de los dos Apóstoles. Uno de estos devotos afirma ser ciudadano
de Benevento, otros dos, quizá africanos, piden una buena navegación; pero
la mayor parte son probablemente de la Urbe. Iban de visita a la Via Appia,
especialmente el 29 de junio, día de la conmemoración conjunta de Pedro y
Pablo en Roma. Estos son los primeros testimonios de peregrinos cristianos,
evidentemente enmarcados en el desarrollo del culto a los mártires, donde la
santificación del tiempo y del espacio se implican mutuamente.
Aun cuando la peregrinación cristiana se inserta en el
contexto más amplio de la peregrinación practicada en muchas religiones, se
distingue de éstas, especialmente a partir de la época de Constantino, con
la creación de una red de lugares bíblicos objeto de veneración, ligados a
tal o cual personaje o acontecimiento del Antiguo o del Nuevo Testamento, y
especialmente a Cristo. Así nació el concepto de "Tierra Santa" en
la cultura del pueblo cristiano. Los cristianos tenían ya su propia historia.
Desde el siglo II, tienen también una geografía.
Sin embargo, a diferencia del Islam o del Judaísmo
anterior al año 70, las peregrinaciones cristianas se colocan en la
categoría de las adiaphora, es decir, de las prácticas indiferentes,
ni recomendadas ni prohibidas. Esto explica la gran variedad de
peregrinaciones cristianas en general y también a Tierra Santa. Ante todo, no
es posible apreciar una continuidad perfecta entre las peregrinaciones de los
tiempos bíblicos y los de época cristiana, aunque sean a Jerusalén, porque
el motivo de la peregrinación puede ser muy diferente.
En cualquier caso, dependiendo del tipo de peregrinación,
el peregrino hace memoria, actualiza los acontecimientos y personajes de la
Historia Sagrada, o recoge el testimonio de la fe apostólica, por ejemplo, en
Roma o en Compostela, y por tanto, se inserta en la trama de la Iglesia que
peregrina a través de los siglos, es decir, en la comunión de los santos
vivida y experimentada. Esto significa que el mismo peregrinar recibe su
calificación particular de la finalidad perseguida y del tipo de lugar santo
visitado.
Por ejemplo, el Santo Padre, en su reciente Carta sobre
la Peregrinación a los lugares de la Historia de la Salvación, evoca su
peregrinación a Nazaret en 1965. Escribió entonces páginas llenas de
emoción. El peregrino encuentra en el lugar y a través de los siglos aquello
que está buscando gracias a la mediación del lugar sagrado: "¡Oh,
saber que las piedras sobre las que camino en Nazaret, son las mismas que su
pie tocaba cuando Ella era aún tu lugar, único en el mundo! ¡Encontrarte a
través de una piedra que fue tocada por el pie de tu Madre!" (Juan Pablo
II, Carta sobre la peregrinación a los lugares ligados a la historia de la
salvación, n. 4).
Fundamentalmente, la vida cristiana es una peregrinación.
Los Hechos de los Apóstoles, al describir la vida de los discípulos
la llaman "el camino". En efecto, los discípulos siguen al maestro
en toda la peregrinación de su Encarnación, que san Juan sintetiza en estas
palabras: "He salido del Padre y he venido al mundo. Ahora dejo de nuevo
el mundo y voy al Padre…".
Sin embargo, la meta última de la peregrinación de Cristo
no es un templo terreno. Él mismo, el nuevo templo del culto nuevo, lanza el
desafío en el Templo de Jerusalén: "Destruid este templo y yo lo
reedificaré en tres días". La meta última de la peregrinación de
Cristo es el Padre, que lo ha mandado y junto al cual retorna, una vez
cumplida la misión. La meta última de la vida cristiana es la Jerusalén
celeste, en la cual ya no habrá templo, "porque el Señor Dios,
Todopoderoso, y el Cordero son su templo" (Ap 21,22), pero el
cristianismo es la religión de la Encarnación y de la Redención que Cristo
ha operado en la historia de la humanidad. La resurrección misma es un
acontecimiento que trasciende la historia, pero que ha sucedido en la historia
y en un lugar preciso, el sepulcro excavado en la roca, a escasos pasos del
Gólgota.
Por una parte, el cristianismo no considera –
contrariamente al Islam o al Hinduismo – que haya una ciudad o un lugar
sagrado único como la Meca o Benarés adonde todos los fieles tengan que
acudir en peregrinación, porque la comunidad de los discípulos se une en
torno a Cristo resucitado cuando el obispo o su colaborador, el sacerdote,
celebra la Eucaristía.
Por otra parte, la peregrinación está profundamente
inserta en la vida de la Iglesia, porque la fe cristiana está estrechamente
ligada a Jesús, enviado por el Padre y encarnado en la cultura del pueblo
elegido, que atrae a todos desde su cruz gloriosa y acompaña a todas las
personas de buena voluntad por el camino que conduce a su Reino.
Al igual que otras prácticas religiosas, la peregrinación
cristiana se enraíza en la peregrinación judía. Para el judío del Antiguo
Testamento, Jerusalén es la ciudad santa, en la que el Señor ha establecido
su morada, y hacia ella caminan todas las naciones. La Jerusalén del Antiguo
Testamento atrae hacia la gloria del Señor a los elegidos de Israel y hacia
su luz a los pueblos del mundo entero. El judío adulto sube a Jerusalén para
celebrar la Pascua, al menos una vez en la vida. Leyendo el Evangelio de San
Juan, en efecto, vemos que el ministerio de Jesús está marcado por sus
repetidas subidas a Jerusalén, y finalmente, su destino se cumple en
Jerusalén, en el periodo de las celebraciones pascuales.
Para los discípulos de Jesús, la cruz, la resurrección y
la ascensión hacen de Jerusalén la "Ciudad Santa" (Mt 27,53), pero
con un significado diverso del Antiguo Testamento. En el misterio pascual de
Cristo, toda la ley queda superada y es llevada a cumplimiento. Con el único
sacrificio del Hijo de Dios, la Jerusalén terrena pierde su papel y su
esplendor histórico y acabará destruida por los romanos el año 70.
Para los cristianos, la Jerusalén histórica queda
sustituida por "la Jerusalén de arriba, nuestra madre" (Gal 4,26),
que baja "del cielo, de junto a Dios… como una novia ataviada para su
esposo" (Ap 21,2). Esta nueva Jerusalén es la Iglesia que viene de
arriba, enviada al mundo entero gracias ministerio de los Apóstoles con la
potencia del Señor resucitado, para comunicar a todas las gentes las
enseñanzas del Señor Jesús y engendrar nuevos discípulos a través del
bautismo.
La peregrinación a Jerusalén y Tierra Santa es una
práctica cristiana muy antigua. Lo confirma el famoso de viaje de la Beata
Egeria, que reproduce la peregrinación que hizo, Biblia en mano, de la Pascua
del año 381 a la del 384.
Muy pronto los cristianos se llegaron a las tumbas de los
mártires, y especialmente a Roma, a las de Pedro y Pablo a partir del siglo
III y sobre todo a partir de la construcción de la Basílica Vaticana, por
obra de Constantino a principios del siglo IV.
Después, los cristianos veneraron los sepulcros o las
reliquias de otros santos, especialmente los mencionados en los Evangelios,
como por ejemplo Santiago, aquí en Compostela, o Marta, María Magdalena y
Lázaro en Provenza, los fundadores de una iglesia particular, o iniciadores
de un amplio movimiento religioso, como san Martín de Tours en Francia, o san
Benito en Italia, san Cirilo y Metodio en Europa Central, san Nicolás en
Italia, san Bonifacio en Alemania y Países Bajos, san Patricio y san
Columbano en Irlanda, etc.
En la Edad Media, la condición del peregrino es muy
especial. El peregrino es un personaje muy considerado, porque su mismo
peregrinar se asimila a un estado de vida cercano a lo que hoy llamamos la
vida consagrada, si bien este compromiso espiritual se limita a un cierto
periodo de la vida: algunos meses o años. Protegido por la autoridad
eclesiástica y bien acogido por el pueblo, el peregrino es considerado como
un hombre de Dios, que no duda en afrontar los peligros del camino, del clima,
de los bandidos, de la enfermedad, para cumplir un voto. Peregrino en la
tierra, está en camino hacia la salvación eterna. De ahí que el peregrino
sea acogido como el mismo Cristo en los monasterios y abadías que desde el
comienzo se han dotado de una "hospedería" para acoger a los
forasteros.
Siendo en cierto sentido miembro de un estado de vida, el
peregrino lleva un "uniforme": una túnica larga hasta los talones,
un ceñidor de cuerda o de cuero, un cruz roja cosida sobre la espalda, lleva
una capa con capucha y un sombrero de fieltro llamado "galero". En
su caminar se apoya en un bastón del cual pende la cantimplora. Los
peregrinos de Palestina llevan como distintivo una palma, los de Roma las
llaves, o la verónica, los de Santiago, la concha.
La relación entre guía turística y monumento religioso
En otros términos, al alba del III Milenio, y en una
época en la que los viajes y las visitas turísticas, conocen un desarrollo
sin precedentes, ¿qué espera la Iglesia de los guías turísticos en el
plano cultural y en el modo de presentar los monumentos y el conjunto del
patrimonio religioso?
En Europa, asistimos a una sensibilización creciente con
respecto al patrimonio religioso histórico-artístico, que, más allá de la
simple protección de éste, se propone presentar a los turistas, cada vez
más numerosos, la memoria de la que este patrimonio es portadora, la
intención de su creador, y su significación profunda. El interés por el
patrimonio religioso europeo no se agota en una visita puramente técnica y
una explicación de las características estéticas de los monumentos y de las
obras, sino que exige llegar hasta la fuente de su belleza, suscitando en el
alma del visitante un impulso que lo lleve a redescubrir el significado
profundo del mensaje transmitido por el genio artístico, creador de la obra.
Así, la obra de arte de inspiración religiosa es ricamente fecunda: el
interés que despierta invita al observador a alcanzar el pasado en el
presente para tender su espíritu hacia el futuro. La obra de arte, y con
mayor razón, la que traduce una inspiración religiosa, es portadora de
dinamismo. En este sentido, el patrimonio cultural religioso no puede
reducirse nunca meramente a una "cosa" de interés artístico e
histórico, sino que invita a quien la contempla a entrar en la
"experiencia cultura religiosa" que está en su origen.
Esta afortunada evolución de la mentalidad se observa
tanto en la sociedad civil como en la Iglesia, como lo atestigua la campaña
lanzada este año por el Consejo de Europa con el título: Europa, nuestro
patrimonio común. Conviene, en efecto, tomar conciencia de la amplitud de
los bienes culturales religiosos en Europa: en Francia o en Italia, en
Alemania o en Gran Bretaña, en España o en Portugal, como por lo demás, en
el conjunto del continente, la gran mayoría de los bienes culturales
visitados por los turistas pertenecen a la Iglesia, o tienen en ella su
origen, o están en cierto modo vinculados a la dimensión religiosa y
cultural del pueblo cristiano. Fácilmente se percibe la importancia de unas
buenas relaciones entre la Iglesia y el Estado y entre la Iglesia y los guías
turísticos.
En la categoría específica de los bienes culturales de la
Iglesia, conviene llamar la atención sobre un hecho preciso: estos bienes son
asimismo portadores de otro interés, el interés religioso. Se trata de
bienes muebles o inmuebles que, además de su importancia real desde el punto
de vista cultural, presentan una relación específica con el interés
religioso de la comunidad eclesial, bien como edificios u objetos utilizados
en la celebración del culto, bien como testimonios de la fe que los ha
inspirado, bien por su valor simbólico de Credo profesado por la
comunidad creyente.
Notemos aquí una dato esencial para la comprensión del
valor específico del patrimonio cultural religioso: su interés religioso
nunca se presenta como "valor añadido" a su interés cultural, sino
que está íntimamente ligado a él. La fe lleva necesariamente a una visión
del mundo, y esta visión se despliega en una cultura. ¿Cómo se puede, pues,
separar el interés religioso de estos bienes de su interés cultural, siendo
así que estos dos intereses se manifiestan en la misma expresión material
artística? Esta constatación fundamenta toda consideración sobre el
patrimonio cultural religioso. En esta línea, conviene deducir un principio
orientador: si el interés religioso y cultural es inseparable en este
patrimonio, la visita guiada que se ofrece a los turistas tendrá que
inscribirse en la lógica de este hecho.
En el mes de octubre de 1992, la Conferencia Episcopal
Italiana aprobó un documento titulado Los bienes culturales de la Iglesia
en Italia: Orientaciones. De él, entresaco algunas frases particularmente
significativas: "Para la celebración de la liturgia y el ejercicio de su
misión, la Iglesia siempre ha favorecido la creación de bienes culturales
susceptibles de estimular una comunicación más directa entre los fieles en
el seno de la Iglesia y el mundo circundante, promoviendo un enriquecimiento,
tanto de la Iglesia misma, cuanto de las diferentes culturas… A la inmensa
cantidad de bienes culturales, de los que Italia es especialmente rica, ya su
calidad, hay que añadir la evolución del concepto de patrimonio
histórico-artístico: poco a poco ha ido emergiendo una reflexión teológica
precisa sobre los bienes culturales; el sentido de su función se ha ido
afinando con vistas a poder disfrutarlos mejor, que también tenga en cuenta
la naturaleza de los productos del arte y de la cultura; poco a poco se va
afianzando la percepción según la cual los bienes culturales son parte
integrante del culto y de la evangelización" (Introducción).
A la hora de destacar algunos valores frente a los
turistas, es necesario insistir en un hecho: la liturgia y el culto
constituyen el "contexto funcional", la razón de ser, el destino
natural del patrimonio cultural religioso. En este contexto, este patrimonio
tiene la posibilidad de comunicar su mensaje y de ser leído del modo más
adecuado. Por esta razón, su plena puesta en relieve por parte de los guías
turísticos, tiene que hacer referencia al uso que la comunidad creyente hace
de ellos en el culto. Las otras formas de valorización, por muy legítimas y
útiles que resulten, son secundarias y derivadas. Si se sustraen de su
contexto funcional de origen y se colocan fuera de su contexto físico
específico, los bienes culturales de carácter religioso, como por lo demás,
los bienes culturales en general, pierden gran parte de su significación
originaria. No se podría reconocer toda la riqueza de los bienes culturales
eclesiásticos si se omitiera el tener en consideración su valor
catequético. Han nacido, en efecto, como testimonios de la fe y de la
tradición católicas. Por este motivo, es muy importante en la visita
turística hacer resaltar el mensaje de fe que llevan dentro y que constituye
su razón última de ser.
Una colaboración necesaria entre la Iglesia y los guías
turísticos
Esta colaboración es más importante que nunca, teniendo
en cuenta las condiciones propias de nuestro tiempo. Por una parte, el
patrimonio cultural religioso europeo con su historia rica y diversificada,
diferenciada hasta el contraste, ha ido haciendo emerger a lo largo de los
siglos, no sólo algunas constantes históricas, sino también, y sobre todo,
algunos valores perennes que, englobándolos, sobrepasan los bienes culturales
europeos.
Estos valores revelan en cierto sentido el alma europea y
trazan los contornos de una identidad cultural bien precisa. El patrimonio de
Europa halla su fuente en lo más noble y elevado que hay en el hombre: la
ética y el sentido de su responsabilidad propia, la espiritualidad y el
sentido de la dignidad de la persona humana, el arte que expresa su
aspiración a lo bello, lo bueno y lo verdadero. Por esta razón, este
patrimonio es ante todo portador de sentido. La difusión de las grandes
corrientes religiosas, artísticas, científicas, técnicas y comerciales, que
han hecho a Europa y siguen siendo indispensables para su desarrollo, ocupan
un lugar privilegiado, y los lugares religiosos, particularmente los que
están vinculados a las rutas de peregrinación como el camino de Santiago de
Compostela o la Via Francigena, aparecen como vectores eminentes de estas
grandes corrientes. O mejor, son crisoles de una simbiosis armónica entre la
espiritualidad, el arte y la cultura entendida en su acepción más amplia.
Pensemos, por ejemplo, en el santuario de Asís, donde el genio indiscutido de
Giotto, inspirado por la fe, ofrece la imagen más elocuente del humanismo
cristiano, no sólo a sus contemporáneos, sino, a través de los siglos,
también a nosotros.
Evidentemente, los guías turísticos tienen derecho a
esperar de la Iglesia una colaboración que se concreta ya en algunos países,
y que se debería concretar en todas partes proponiendo una formación que
complemente la formación estética y turística, pues nuestro patrimonio
exige ser descifrado y comprendido con los valores que constituyen y fundan su
trama.
Bastará poner dos ejemplos. Para Europa, el hombre es una
persona libre y digna de respeto. Desde hace 2000 años el continente vive, no
sin dificultad, esta convicción, introducida por los cristianos en el imperio
romano: el hombre ha sido creado por amor, hecho para amar y ser amado.
Consecuentemente, los derechos de la persona humana son inalienables, pues son
derechos divinos: derecho a la vida, a la dignidad, a la libertad, al
respeto, pues su identidad lleva la marca de lo divino. Cada vez que en la
historia europea se han violado los derechos divinos del hombre, su
dignidad humana ha sido pisoteada. Porque lleva en sí la memoria de su
origen, el hombre europeo tiende hacia el futuro y desea la eternidad más
allá de la caducidad de su condición presente. El marxismo y las ideologías
que se presentaban bajo la apariencia de religiones ateas y que no
fueron sino un engaño, han intentado reducir y encerrar en la condición
terrestre esta tensión del hombre hacia el absoluto, pero sin lograr colmar
ni saciar su sed de eternidad. Así, la visión europea de la historia,
cultivada y alimentada especialmente en los lugares religiosos, se caracteriza
por su sensibilidad a los valores que traspasan el tiempo y su caducidad y
hacen al hombre más hombre, abriéndole su futuro. Todo lo que puede
enriquecer al hombre se conserva y transmite, y configura nuestro patrimonio
cultural europeo. Desde la antigüedad, los cristianos se han esforzado en
recoger los elementos más positivos de las civilizaciones anteriores. Los han
fecundado y llevado a su desarrollo en la verdad del hombre revelado por
Cristo. El hombre europeo se caracteriza por su esfuerzo creativo para
edificar el futuro, salvaguardando su patrimonio para transmitirlo a las
generaciones venideras. Ahora bien, el descubrimiento de estos valores
esenciales para la comprensión del patrimonio europeo no es una cosa obvia, y
supone una cierta iniciación para la que la Iglesia parece estar mejor
calificada.
Tomemos un segundo ejemplo más concreto, el de una abadía
cisterciense. La espiritualidad monástica occidental alcanza su apogeo con la
orden cisterciense. Por esta razón, Cîteaux representa al mismo tiempo un
hito para la espiritualidad, el arte y la cultura. Cîteaux une en una
síntesis extraordinaria la vida común y la soledad, los valores del monacato
antiguo y los de la reforma gregoriana. Cîteaux es original hasta el punto de
que se habla habitualmente de escuela cisterciense de espiritualidad. No
sorprende, pues, que un movimiento espiritual tan rico en valores, y tan
potente en toda Europa, encarne también una de las más bellas tradiciones
culturales y artísticas, especialmente en el campo de los manuscritos y de la
arquitectura. Con razón se habla de arte cisterciense.
La voluntad de despojarse para vivir la interioridad, el
fervor y la regularidad, se expresan hasta en la elección de los lugares
donde construir la abadía y en el estilo cisterciense característico de
estas construcciones. La abadía cisterciense, al menos en los lugares donde
permanece aislada, se ofrece al visitante rodeada de un mundo salvaje, bosques
y espesuras. Siendo una entidad bien definida y bien delimitada, se asocia sin
embargo muy estrechamente al mundo que la rodea. Acercarse lentamente,
caminando en silencio: esta es la primera condición para descubrir la abadía
cisterciense.
La obra de arte que la predicación de san Bernardo ha
hecho germinar se levanta como la Ciudad Santa en medio del desierto. Pocas
veces el vínculo entre espiritualidad y arte se hace tan visible. Basta una
docena de hombres que han escogido vivir la vida común lejos del mundo y en
la estricta observancia del carisma benedictino, y he aquí un centro de vida,
de espiritualidad y de civilización. Escogen el lugar más apto,
asegurándose la posesión (condición indispensable para toda creación
monástica) e inmediatamente estos monjes erigen las cruces a lo largo de los
senderos para delimitar la propiedad monástica, antes de asegurar dos bienes
indispensables para el perfeccionamiento de la nueva fundación: el agua y la
piedra. Desecar los terrenos para transformarlos en pastizales y en campos
ocupa una parte importante de los primeros años que siguen a la fundación.
Pero apenas se puede, los cistercienses se consagran a la construcción de lo
que será su abadía.
En la intuición de san Bernardo, el monje se presenta a la
puerta de la abadía empujado por el deseo de convertirse. El ideal
cisterciense se inserta en el corazón de la espiritualidad cristiana, en la
medida en que está orientado hacia el dominio del hombre y del universo, para
re-formar uno y otro, es decir, devolverlos a su forma primitiva,
anterior al pecado. En esta perspectiva, la abadía suele ser considerada como
una realización concreta del deseo inscrito en el corazón humano de
reencontrar el paraíso, perdido por culpa del hombre pecador. El trabajo
manual ha sufrido también una transformación radical en la orden de
Cîteaux. Este hecho demuestra la influencia de una espiritualidad específica
sobre la cultura. Al comienzo, en Cîteaux, y en el espíritu mismo de san
Bernardo, el valor del trabajo se consideraba en función de su papel en la
ascética y la renuncia, como represión de las pulsiones del cuerpo y rechazo
de vivir a expensas de los fieles: la comunidad cisterciense tenía que ser
autosuficiente. En la sucesión de los días y los años, el trabajo manual de
los cistercienses se transforma notablemente. Poco a poco se va viendo en el
contexto espiritual de una comunidad completamente consagrada a la obra de
Dios. En esta perspectiva, el trabajo manual no se limita a ser fuente de
sufrimiento y de producción material. Se convierte en cooperación de los
monjes a la construcción del Reino de Dios. Es, esencialmente, contribuir a
la reconstrucción del orden del mundo, amenazado por la entrada del
pecado en la creación. El trabajo no se reduce a una penitencia por los
pecados, pues, ya antes del pecado original, Adán recibió la misión de
colaborar con Dios para perfeccionar la naturaleza, gracias a la inteligencia
ya la actividad humanas. La fatiga provocada por el trabajo es, ciertamente,
el estipendio del pecado, pero el acto de trabajar se inscribe en la
naturaleza misma del hombre.
En efecto, en el alma del cisterciense, no hay nada que
separe el cultivo de su parcela del ámbito de la oración y el premio del
trabajo manual realizado con este espíritu se puede comparar al premio de la
oración, porque el trabajo, como la oración, es ofrenda a Dios, alabanza del
Creador, cooperación con su obra creadora. A lo largo de los decenios, la obra
de Dios de los monjes sacerdotes adquiere progresivamente un carácter
complejo, y la de los hermanos conversos o legos, coincide casi totalmente con
el trabajo manual, que se convierte de este modo en la liturgia de los
pobres. Cuando san Bernardo, enfermo, agotado, casi en las últimas,
trabaja en los campos y en los bosques, nos descubre una profunda sinergia
entre los trabajos del cuerpo y los del alma.
En el mundo extraordinario, pero duro y áspero, del siglo
XII, los cistercienses de san Bernardo reflexionan sobre el universo, sobre
sus bellezas y fealdades. Meditan sobre el tiempo y la eternidad. Y como su fe
en la encarnación del Verbo les inspira una visión pacífica del mundo, a
pesar de la presencia del mal, los cistercienses dedican una parte
considerable de su actividad a bonificar y fertilizar la creación. Así, el
arte y la cultura de Cîteaux comienzan con desecar las tierras, desbrozarlas,
irrigar los campos. Estos trabajos, purificando a los que se dedican a ellos,
los llevan a concebir de manera más fuerte y límpida las líneas del
edificio de piedra. El arte y la cultura surgidos de Cîteaux son
purificación, re-forma, restitución de la creación a su orden
primordial. En definitiva, el inmenso trabajo cisterciense, en las actividades
artesanales o agrícolas, como en las Bellas Artes, es siempre un trabajo de
purificación, de reordenación de la naturaleza a fin de que vayan
apareciendo de nuevo progresivamente sobre la faz de la tierra los rasgos de
lo divino.
El papel pedagógico de los guías turísticos es hoy tanto
más necesario cuanto que muchos de nuestros contemporáneos no poseen las
bases elementales de cultura religiosa y de cultura general para captar
fácilmente el mensaje del patrimonio religioso y saborear su belleza propia,
que supera incluso su estética.
En 1999, el Consejo Pontificio de la Cultura ha publicado
un documento titulado Para una pastoral de la cultura, que propone, en
el no 37, una serie de iniciativas que se pueden emprender en el
campo del patrimonio cultural y del turismo religioso, especialmente:
"En el contexto del desarrollo del tiempo libre y
del turismo religioso, algunas iniciativas permiten salvaguardar,
restaurar y dar valor al patrimonio cultural religioso existente, como
también transmitir a las nuevas generaciones las riquezas de la cultura
cristiana" (Cf. Juan Pablo II, Discurso a la primera Asamblea plenaria
de la Comisión Pontificia para los bienes culturales de la Iglesia,
Insegnamenti XVIII/2, 1995, 837-841), fruto de una síntesis armoniosa
entre la fe cristiana y el genio de los pueblos. Desde esta perspectiva,
parece deseable promover y animar un cierto número de propuestas:
– introducir la pastoral del turismo y del tiempo libre y
la catequesis a través del arte, entre las actividades específicas
habituales de la diócesis.
– idear itinerarios de devoción en una diócesis o en
una región, siguiendo el entramado de lugares de la fe, que constituyen el
patrimonio espiritual y cultural de ésta.
– hacer de las iglesias lugares abiertos y acogedores,
resaltando los elementos, algunas veces, modestos pero significativos.
– prever una pastoral de los edificios religiosos más
frecuentados, para hacer que los visitantes se beneficien del mensaje del cual
aquellos son portadores y publicar documentos simples y claros elaborados por
los organismos competentes.
– crear organizaciones de guías católicos, capaces de
ofrecer a los turistas un servicio cultural de calidad animado por el
testimonio de la fe. Tales iniciativas pueden también contribuir en la
creación de puestos de trabajo, aunque temporales, para los desempleados
jóvenes o menos jóvenes.
– animar las asociaciones en nivel internacional, como la
E.C.A., la Asociación de Catedrales de Europa.
– crear y desarrollar los museos de Arte Sagrado y de
Antropología Religiosa, que seleccionen la calidad de los objetos expuestos y
la presentación pedagógica viva, uniendo el interés por la fe y por la
historia, evitando que los museos se conviertan en depósitos de objetos
muertos.
– suscitar la formación y la multiplicación de fondos,
incluso de bibliotecas, especializadas en el patrimonio cultural, cristiano y
profano, de cada región, con amplias posibilidades de contacto del mayor
número de personas con este patrimonio.
– animar a las librerías católicas e incluso crearlas,
sobre todo en las parroquias y los santuarios de peregrinación, con
responsables cualificados, susceptibles de aconsejar de manera útil, a pesar
de las dificultades para la edición y comercialización del libro en muchos
países."
Conclusión: Nuestro pasado es hoy portador de esperanza
La cultura elaborada en Europa bajo el impulso de la fe
cristiana y transmitida por los cristianos al conjunto del Continente, expresa
de modo excepcional esta memoria de Europa que constituye su lengua común.
Representa uno de sus fundamentos de unidad. Hoy día tenemos de ello una
conciencia más viva: sólo la cultura puede unir a los europeos en una
comunidad de hombres y mujeres libres y creativos. La política, cuando se
reduce a los solos intereses de un grupo, divide a los hombres y las naciones.
Los intereses económicos, que en apariencia nos unen, con harta frecuencia
preparan conflictos que después no se pueden apagar.
La crisis de Europa, puesta en evidencia en estos últimos
años, es signo de una crisis del alma europea. Hegel, en su época, se
entristecía por la división de Europa. Identificaba la causa de ésta en los
conflictos políticos y soñaba una Europa unida en forma de un estado ideal.
Pero una Europa semejante será siempre una tentación del
totalitarismo europeo. Europa, en su principio y en su memoria está
toda ella orientada hacia el hombre, hacia la persona; tiende a convertirse en
una comunidad de hombres libres y respetados. Los sitios y monumentos
religiosos europeos ilustran magníficamente esta tensión del hombre que vive
sobre la tierra, pero cuyo espíritu, insaciable, le recuerda su vocación de
eternidad. Para ello, los lugares y monumentos religiosos de Europa son
lugares privilegiados de espiritualidad y de cultura, de belleza y de
esperanza. No nos engañemos: la simbiosis entre espiritualidad, cultura,
arte, no es una prerrogativa de la Edad Media. Esta simbiosis se extiende a
todos los siglos y continua dando fruto al alba del III milenio. Nuestro
congreso es un testimonio elocuente de ello: el patrimonio constituido a lo
largo de los siglos sigue estando vivo, y fecunda nuestro presente y nuestro
futuro. Nuestro pasado es hoy, portador de esperanza.
-
- -
[Français]
Lors de son intervention au " IVème Congrès Européen des
Guides Touristiques ", organisé à Saint-Jacques-de-Compostelle, le Père
Bernard Ardura a donné une conférence intitulée : Le défi des
visites guidées touristiques sur les sites religieux d’Europe. Le
pèlerinage aux lieux saints étant à l’origine des visites touristiques, il
existe un lien étroit entre les guides touristiques et les monuments
religieux : les lieux et les monuments religieux expriment la symbiose
entre la spiritualité, la culture et l’art. De là, naît la nécessité d’une
collaboration entre l’Église et les guides touristiques.
[English]
At the fourth European Congress of Tourist Guides, at Santiago de Compostela, Father
Bernard Ardura presented The Challenge of Guiding Tourists at Religious
Sites in Europe. Pilgrimages to holy sites were the first form of tourism,
so there is a close link between the guiding profession and religious monuments:
religious sites and monuments are an expression of the symbiosis between
spirituality, culture and art. Hence the need for co-operation between the
Church and tourist guides.
[Italiano]
Intervenendo al "IV Congresso Europeo delle Guide Turistiche",
organizzato a Santiago de Compostela, P. Bernard Ardura presenta La
sfida della visita turistica guidata ai luoghi religiosi d’Europa. Il
pellegrinaggio ai luoghi santi è all’origine delle odierne visite turistiche,
perciò esiste uno stretto legame tra l’istituzione ed il ruolo delle guide
turistiche e i monumenti religiosi: i luoghi e i monumenti religiosi esprimono
la simbiosi tra spiritualità, cultura e arte. Da qui nasce la necessità di una
collaborazione tra la Chiesa e le guide turistiche.
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