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CONSEIL PONTIFICAL POUR LA FAMILLE
RENCONTRE DU CARDINAL
ENNIO ANTONELLI
PRÉSIDENT DU CONSEIL PONTIFICAL POUR LA FAMILLE
AVEC LES MEMBRES DES COMMISSIONS
DE LA FAMILLE DES DIOCÈSES CATHOLIQUES
“IDENTITÀ CRISTIANA E
PLURALISMO RELIGIOSO”
Beyrouth, 13 février 2010
1. Le pluralisme religieux se diffuse partout dans le monde en raison de
la globalisation. Mais au Liban il a des connotations culturelles, sociologiques
et politiques.
2. Pour un chrétien il existe un danger de relativisme religieux (ou
d’indifférence) et le risque de réduire la religion à l’éthique (où ne comptent
ni la confession de foi, ni l’appartenance au Christ et à l’Eglise, ni la
liturgie, comme s’il s’agissait seulement de traditions ou de formalités
extérieures négligeables).
3. Il est devenu nécessaire d’offrir une éducation appropriée à une
identité chrétienne dans le même temps forte et ouverte.
4. On comprend qu’un musulman, bien sûr non conditionné par un fanatisme
ou par des intérêts politiques, et ouvert à la modernité occidentale, puisse
réduire la religion à l’éthique (respect envers le prochain, justice, loyauté,
sincérité, confiance, collaboration) et minimise les différences qui distinguent
les religions entre elles. On comprend aussi qu’il puisse considérer le
Christianisme comme une éthique et Jésus comme un maître (ce qui compte dans
cette optique, c’est son enseignement, ses valeurs et les principes moraux de
l’Evangile), relativisant ainsi sa personne, la communauté religieuse qu’il a
fondée, les sacrements chrétiens, la doctrine de foi.
5. Le Christianisme contient une éthique, mais il ne se réduit pas à une
éthique.
6. Le Christianisme est une relation vivante, de personne à personne, avec
Jésus Christ, Fils de Dieu fait homme, crucifié et ressuscité, Seigneur et
Sauveur, vivant et toujours présent dans la vie de chacun de nous et dans
l’histoire de l’Eglise et de l’humanité jusqu’à la fin du monde. Voilà que je
suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.
7. Avant même son enseignement, c’est la personne même de Jésus qui est
d’une importance décisive, et ensuite la relation personnelle qu’on entretient
avec lui, comme ses disciples, ses amis, ses frères et ses collaborateurs.
Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, porte beaucoup de fruit. Sans moi
vous ne pouvez rien faire (Jean 14).
Celui qui aime son père ou sa mère, sa femme, son fils ou sa fille plus que moi,
n’est pas digne de moi.
Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit anathème (1 Cor 16,22) (c’est sans doute l’anathème le plus beau qui ait jamais été
prononcé dans toute l’histoire de l’Eglise!). Le chrétien ne se met pas au
dessus des autres, mais il considère le Christ comme unique, et incomparable,
digne d’être aimé plus que toute autre personne et plus que toute chose. La
relation personnelle avec le Seigneur Jésus ne se réduit pas à une éthique, mais
elle inclut aussi une éthique
8. L’éthique chrétienne confirme et assume les dix commandements, assurant
ainsi la sauvegarde des biens humains fondamentaux.
9. L’éthique chrétienne assume les dix commandements dans la perspective
de l’amour comme don et communion. C’est pourquoi elle les confirme et les
dépasse.
a) Tu ne tueras pas. Il ne s’agit pas seulement de ne pas tuer; on doit servir la vie et son
développement intégral (physique, spirituel, social); on doit vouloir le bien
des autres avec le même sérieux qu’on veut son propre bien (Faites aux autres ce
que vous voudriez qu’on vous fît); on doit réaliser ce qui est juste et ce qui
est un don gratuit, selon ses propres possibilités, y compris par sacrifice, et
cela va jusqu’au pardon des ennemis.
b) Tu ne commettras pas d’adultère. Il ne s’agit pas seulement d’éviter l’exercice de la sexualité en dehors du
mariage, mais d’intégrer positivement la sexualité, entendue comme énergie
psycho-physique de relation dans l’amour compris comme don de soi, comme accueil
réciproque, communion, collaboration, projet de vie ensemble.
c) Tu ne voleras pas. Il ne s’agit pas seulement de prendre injustement les biens d’autrui, mais
d’engager ses propres biens matériels, en plus de sa propre subsistance décente,
comme des instruments au service de l’amour du prochain, évidemment d’une façon
qui soit ordonnée (la famille propre, les pauvres, l’Eglise, le bien commun de
la société).
d)Tu ne mentiras pas. Il ne s’agit pas seulement de ne pas tromper, mais
de communiquer avec sincérité et confiance (oui, oui; non, non); communiquer la
vérité; communiquer les biens spirituels, la foi, l’Evangile.
10. L’éthique chrétienne est l’éthique de l’amour, entendu non comme un
simple sentiment, mais comme le fait d’accomplir le vrai bien, faire la vérité
dans la charité. L’intelligence et l’amour sont inséparables.
11. L’éthique chrétienne est nécessaire pour ressembler au Christ,
accueillir son Esprit Saint, participer à sa vie de Fils de Dieu, comme ses
frères, ses collaborateurs et ses cohéritiers. Elle est nécessaire pour que nous
devenions un avec le Christ, pour vivre comme lui et avec lui.
12. L’éthique vécue par le chrétien est plus un don reçu que le simple
accomplissement d’un devoir. L’amour que nous vivons est un amour qui nous est
participé par le Seigneur Jésus par la communication de l’Esprit Saint. C’est la
grâce qui nous rend capables d’observer les commandements. Nos mérites sont des
dons accueillis qui nous disposent à en accueillir d’autres (cfr saint
Augustin).
13. Nous devons nous confier dans la grâce, et non dans nos propres forces.
Nous pouvons avoir confiance, même si nous ne réussissons pas à observer
pleinement les exigences de l’éthique chrétienne, pourvu que nous reconnaissions
humblement que nous sommes pécheurs, que nous désirions sincèrement nous
convertir, que nous priions pour obtenir la grâce nécessaire et que nous
fassions entretemps le bien que nous sommes capables de faire.
14. Les sacrements ne sont pas seulement des pratiques religieuses
simplement humaines ou des rites seulement traditionnels et sociaux. Ils sont
des actes du Christ, voulus par lui pour manifester et communiquer la grâce, le
don de l’Esprit Saint.
15. Selon l’Evangile, Jésus a enseigné que les usages et les rites sans
l’amour ne servent à rien, et que ce sont des comportements hypocrites.
Cependant, il n’a jamais enseigné que l’on peut se passer des rites religieux.
Il est vrai qu’il a relativisé et aboli quelques institutions religieuses, mais
il en a aussi créées d’autres (par exemple, le Baptême, l’Eucharistie).
16. L’Eucharistie est le centre de la vie chrétienne. C’est le Christ qui
rend présent son sacrifice pascal dans le signe du pain à manger et du vin
offert à boire, et il se donne à nous avec tout l’amour par lequel il est mort
pour nous sur la Croix, amour par lequel il continue toujours à aimer son
Eglise. L’Eucharistie nous insère dans l’Alliance nuptiale du Christ Epoux avec
l’Eglise son Epouse. Nous pouvons devenir un avec lui et partager son amour
salvifique envers tous les hommes et envers tout ce qui est authentiquement
humain. Nous pouvons devenir toujours davantage l’Eglise son Epouse et son Corps
dans l’histoire. Vouloir être chrétiens sans participer à la messe du dimanche,
c’est comme vouloir être chrétiens sans Jésus Christ.
17. L’Eglise est le Corps du Christ dans le monde, c’est-à dire l’actuation
et l’expression visible de sa présence. Elle est sacrement, c’est-à-dire
visibilité de l’invisible, soit au niveau de l’Eglise universelle, soit au
niveau des églises particulières. La perspective sociologique est totalement
inappropriée et erronée. Nous ne pouvons relativiser l’Eglise, ni nous en
dispenser, parce qu’elle est le prolongement du Christ. Adhérer au Christ
revient à adhérer à son Eglise. Et même on peut dire que l’Eglise est notre
vraie famille.
18. Tout ce qui est dans l’Eglise n’est pas l’Eglise. Les erreurs et les
péchés faits par les chrétiens existent dans l’Eglise, ils l’obscurcissent et la
salissent; mais ces péchés ne sont pas de l’Eglise; au contraire ils sont
anti-ecclésiaux et pour cette raison, il faut se réconcilier avec Dieu et avec
l’Eglise au moyen du sacrement de la réconciliation (pénitence et confession).
Un grand pape du Moyen-Age, Grégoire VII, disait qu’il ya des toiles d’araignée
dans le Temple, mais que les toiles d’araignée ne sont pas le Temple. L’Eglise
doit être toujours nettoyée et réformée («semper riformanda»); mais elle n’est
pas pécheresse en elle-même, mais sainte.
19. Nous sommes l’Eglise dans la mesure où nous sommes un avec le Christ, de
façon spirituelle et visible, dans la mesure où nous accueillons la vérité de la
foi et nous la professons, dans la mesure où nous accueillons la charité du
Christ et nous la manifestons dans l’amour réciproque et l’amour envers tous.
Nous sommes l’Eglise, chacun dans une mesure plus ou moins forte, selon les dons
de Dieu et selon notre accueil, en partant des grands saints jusqu’aux pécheurs
qui sont encore insérés dans l’Eglise par des liens partiels de communion.
20. L’identité du chrétien est une alliance nuptiale avec le Christ, une
identification passionnée avec lui, une appartenance joyeuse et reconnaissante à
lui et à l’Eglise, laquelle transcende l’appartenance à une culture, une nation,
ou une société politique.
21. L’identité chrétienne est ouverte, parce que le Christ est le Sauveur de
tous les hommes et de tout ce qui est authentiquement humain. Devenir un avec
lui dans l’amour, c’est vouloir le bien temporel et éternel de tous.
22. C’est pourquoi le chrétien est disposé à reconnaître la vérité et le bien
qui se trouvent dans les autres hommes de toute religion ou de toute culture; il
est prêt à dialoguer, à collaborer, à sceller des amitiés, et à admettre aussi
le mariage mixte.
23. En même temps, le chrétien désire évangéliser tous les hommes, partager
sa foi et son expérience du Christ, transmettre et manifester l’amour du Christ,
en professant sa propre foi et en la proposant aux autres avec respect et amour,
comme s’il disait: je suis heureux d’être chrétien et je serais encore plus
heureux si tu l’étais toi aussi (cfr I Jean 1: Ce que nous avons vu, entendu,
contemplé et touché de nos mains, nous vous l’annonçons aussi à vous, pour que
vous entriez en communion avec nous et avec le Père et son Fils Jésus Christ, et
ainsi notre joie sera parfaite).
24. L’évangélisation est une proposition de la foi respectueuse de la liberté
d’autrui, jointe à l’estime de ses valeurs et de sa tradition. C’est pourquoi
elle ne se confond pas avec le prosélytisme, animé d’un esprit de conquête, de
pouvoir, de supériorité (quand ce n’est pas de mépris pour les autres et pour
leurs valeurs).
25. Le dialogue est un bien, mais l’évangélisation est un bien plus grand. Le
mariage mixte est un bien, mais le mariage sacramentel est un bien plus grand.
26. En tant que grâce du Christ, le mariage sacrement est un don plus grand
que le mariage naturel. Toutefois, le don peut être accueilli et vécu de façon
plus ou moins grande; il peut même être trahi et complètement gaspillé.
27. En tant que grâce du Christ, le mariage sacrement est avant tout une
communion sponsale avec le Christ, et ensuite communion réciproque entre les
époux et ouverture aux enfants, à l’Eglise et à la société. Il est l’actuation
et la manifestation de l’alliance nuptiale du christ avec l’Eglise. Les
chrétiens devraient le préférer au mariage mixte et, dans la mesure du possible,
le réaliser.
28. Le mariage mixte est aussi un grand bien, une valeur humaine naturelle,
un don de Dieu Créateur, et qui est placé lui aussi sous l’influence du Christ
Sauveur et de sa grâce rédemptrice qui s’étend de différentes manières à tous
les hommes et à toutes les réalités humaines. Ce mariage offre des occasions de
croissance personnelle et permet de constituer une vraie communauté d’amour et
de vie, de contribuer au dialogue entre les religions et à la paix. Un couple
mixte bien réussi peut parfois être meilleur, sous un certain angle, qu’un
couple chrétien peu harmonieux.
29. Mais le mariage mixte est inférieur au mariage sacrement en tant que ce
dernier est un don de Dieu et une offre de communion avec le Christ et avec
l’Eglise. En outre il présente des difficultés spécifiques en ce qui concerne
les relations entre les époux, l’éducation des enfants, les rapports avec les
familles d’origine et l’appartenance concrète aux communautés religieuses
respectives. Pour cette raison, l’Eglise se réserve de concéder une dispense
pour la validité, ce qu’elle fait avec une grande prudence.
30. L’amour conjugal ne se réduit pas au sentiment et à une gratification
sexuelle réciproque; il consiste plutôt dans le fait de faire la vérité dans le
couple selon le dessein de Dieu qui correspond au bien authentique des personnes
(unité, don réciproque, total, pour toujours, avec une ouverture aux enfants);
c’est un projet de vie partagé auquel il convient d’orienter toutes ses énergies
et pour lequel il faut s’engager même avec sacrifice. Autrement, il ne s’agit
pas d’amour mais de convergence d’égoïsme et d’instrumentalisation réciproque.
31. Dans le mariage mixte, le conjoint chrétien respecte pleinement la
liberté de l’autre et ne fait pas de prosélytisme. Toutefois, il reste fidèle au
Christ, vit intensément un rapport personnel avec le Christ et ne le cache pas.
Il cherche plutôt à rendre présent et à manifester l’amour et la présence du
Christ devant l’autre conjoint et devant ses enfants.
32. Dans une société pluraliste et surtout dans un mariage mixte, éduquer à
une identité forte et ouverte devient une entreprise très délicate, longue et
difficile. Deviennent nécessaires clarté doctrinale et exercice pratique de vie,
discernement et de fréquentes vérifications.
33. L’éducation à vivre dans le pluralisme religieux en société et
éventuellement en famille, doit commencer par les enfants et les adolescents, se
poursuivre par les jeunes et les fiancés, continuer par les familles,
spécialement par les couples qui ont choisi un mariage mixte. Il faut une
collaboration des paroisses, des associations, des écoles, des universités, des
médias.
34. L’objectif central de l’éducation chrétienne est le rapport personnel
avec Jésus Christ, Sauveur de tous les hommes et de tout ce qui est humain. Le
rapport avec lui, conscient et passionné, nous préserve tant de la confusion et
de l’indifférence religieuse que de la fermeture sectaire. Le Christ ne détruit
aucune valeur humaine, mais il les rénove toutes, parce qu’en apportant
lui-même, il a apporté toute nouveauté (Origène). Etre chrétien n’est pas un
motif de vanité, mais de joie et de gratitude; ce n’est pas un motif pour nous
retenir supérieurs, mais pour être plus humbles et plus responsables.
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