Message du Saint-Père aux participants
au Congrès mondial des Mouvements ecclésiaux
Très chers frères et surs dans le Christ!
1. Nous rendons grâces à Dieu à tout moment
pour vous tous, en faisant mention de vous sans cesse dans nos prières.
Nous nous rappelons en présence de notre Dieu et Père
l'activité de votre foi, le labeur de votre charité, la
constance de votre espérance, qui sont dus à notre Seigneur
Jésus-Christ (1 Th 1, 2-3). Ces paroles de l'Apôtre
Paul retentissent avec une joie reconnaissante dans mon cur, tandis
que, dans l'attente de vous rencontrer au Vatican, je vous envoie à
tous un salut chaleureux et je vous assure de ma proximité
spirituelle.
J'adresse une pensée affectueuse au Président du Conseil
pontifical pour les Laïcs, le Cardinal James Francis Stafford; au
Secrétaire, Mgr Stanislaw Rylko, ainsi qu'aux collaborateurs du
dicastère. Mon salut s'étend aux responsables et aux délégués
des divers mouvements, aux pasteurs qui les accompagnent et aux éminents
rapporteurs.
Au cours des travaux du Congrès mondial, vous traitez le thème
suivant: Les Mouvements ecclésiaux: communion et mission au
seuil du troisième millénaire. Je remercie le Conseil
pontifical pour les Laïcs, qui s'est chargé de la promotion et
de l'organisation de cette importante rencontre, ainsi que les Mouvements
qui ont accueilli avec une grande disponibilité l'invitation que je
leur ai adressée lors de la veillée de Pentecôte d'il
y a deux ans. A cette occasion, je formais le vu que, dans la marche
vers le grand Jubilé de l'An 2000, au cours de l'année
consacrée à l'Esprit Saint, ces derniers offrent un témoignage
commun et qu'en communion avec les pasteurs et en liaison avec
les initiatives diocésaines, [ils apportent] dans le cur de
l'Eglise leur richesse spirituelle, éducative et missionnaire,
comme une expérience précieuse et une proposition de vie chrétienne
(Homélie lors de la Veillée de Pentecôte, n.7, dans
L'Osservatore Romano du 27-28 mai 1996).
Je souhaite de tout cur que votre Congrès et la rencontre
du 30 mai 1998 sur la Place Saint-Pierre, mettent en lumière la
vitalité féconde des Mouvements dans le Peuple de Dieu, qui
s'apprête à franchir le seuil du troisième millénaire
de l'ère chrétienne.
2. Je pense en cet instant aux Colloques internationaux organisés
à Rome en 1981, à Rocca di Papa en 1987, à Wroclaw en
1991. J'ai suivi leurs travaux avec attention, les accompagnant par la prière
et un encouragement constant. Dès le début de mon
pontificat, j'ai attribué une importance particulière au
cheminement des Mouvements ecclésiaux et j'ai eu l'occasion d'apprécier
les fruits de leur présence multiple et croissante au cours de mes
visites pastorales dans les paroisses et de mes voyages apostoliques. J'ai
constaté avec plaisir leur disponibilité à mettre
leurs énergies au service du Siège de Pierre et des Eglises
locales. J'ai pu les mentionner comme des nouveautés qui attendent
encore d'être accueillie et mises en valeurs de façon adéquate.
Je vois aujourd'hui, et je m'en réjouis, qu'ils manifestent une
conscience personnelle plus mûre. Ils représentent l'un des
fruits les plus significatifs de ce printemps de l'Eglise, déjà
annoncé par le Concile Vatican II, mais malheureusement souvent
entravé par le processus de la sécularisation qui se développe.
Leur présence est encourageante car elle révèle que
ce printemps progresse, manifestant la fraîcheur de l'expérience
chrétienne fondée sur la rencontre personnelle avec le
Christ. Malgré la diversité de leur forme, les Mouvements se
caractérisent par une conscience commune de la nouveauté
que la grâce baptismale apporte dans la vie, par une aspiration
particulière à approfondir le mystère de la communion
avec le Christ et avec les frères, par une solide fidélité
au patrimoine de la foi transmis par le flux vivant de la Tradition. Tout
cela donne origine à une impulsion missionnaire renouvelée,
qui conduit à rencontrer les hommes et les femmes de notre époque,
dans les situations concrètes dans lesquelles ils se trouvent, et à
poser un regard plein d'amour sur la dignité, sur les besoins et
sur le destin de chacun.
Telles sont les raisons du témoignage commun qui, grâce
au soutien que le Conseil pontifical pour les Laïcs vous apporte et à
l'esprit d'amitié, de dialogue et de collaboration avec tous les
Mouvements, se concrétise actuellement dans ce Congrès
mondial et qui, dans quelques jours, se manifestera surtout lors de la Rencontre
attendue de la Place Saint-Pierre. Un témoignage commun
qui, par ailleurs, s'est déjà manifesté et a été
mis à l'épreuve au cours de la phase de travail préparatoire
de ces deux événements.
La présence significative parmi vous de Supérieurs et de
représentants d'autres dicastères de la Curie romaine, d'évêques
provenant de divers continents et nations, de délégués
de l'Union internationale des Supérieures générales,
d'invités de diverses institutions et associations, indique que
toute l'Eglise est concernée par cette initiative, confirmant que
la dimension de communion est essentielle dans la vie des Mouvements. En
outre, la dimension cuménique est présente et rendue
tangible par la présence de délégués
fraternels d'autres Eglises et Communions chrétiennes, à qui
j'adresse un salut particulier.
3. L'objectif de ce Congrès mondial est, d'un côté,
d'approfondir la nature théologique et la tâche missionnaire
des Mouvements et, de l'autre, de favoriser l'édification réciproque
à travers l'échange de témoignages et d'expériences.
C'est pourquoi votre programme traite les aspects cruciaux de la vie des
Mouvements suscités par l'Esprit du Christ, pour un nouvel élan
apostolique de tout le groupe ecclésial. Au moment de l'ouverture
des travaux, je désire proposer à votre attention quelques réflexions
que nous aurons certainement l'occasion de souligner à nouveau au
cours de la célébration sur la Place Saint-Pierre, le 30 mai
prochain.
Vous représentez plus de cinquante Mouvements et nouvelles
formes de vie communautaire, qui sont l'expression d'une varité
multiforme de charismes, de méthodes éducatives, de modalités
et de finalités apostoliques. Une multiplicité vécue
dans l'unité de la foi, de l'espérance et de la charité,
en obéissance au Christ et aux pasteurs de l'Eglise. Votre
existence elle-même est un hymne à l'unité dans la
variété des formes voulue par l'Esprit et elle lui rend témoignage.
En effet, dans le mystère de communion du Corps du Christ, l'unité
n'est jamais une banale homogénéité, la négation
de la diversité, de même que la variété des
formes ne doit jamais devenir particularisme ou dispersion. Voilà
pourquoi chacune de vos réalités mérite d'être
valorisée, en raison de la contribution particulière qu'elle
apporte à la vie de l'Eglise.
4. Qu'entend-t-on aujourd'hui par Mouvement? Le terme est
souvent appliqué à des réalités diverses entre
elles, parfois même dans leur configuration canonique. Si, d'un côté,
elle ne peut certainement pas être exhaustive, ni fixer la richesse
des formes suscitées par la créativité vivifiante de
l'Esprit du Christ, de l'autre, elle indique cependant une réalité
ecclésiale concrète à participation majoritairement
laïque, un itinéraire de foi et de témoignage chrétien
qui fonde sa propre méthode pédagogique sur un charisme précis
donné à la personne du fondateur dans des circonstances et
selon des modes déterminés.
L'originalité propre du charisme qui donne vie à un
Mouvement ne prétend pas, et il ne le pourrait pas, ajouter quoi
que ce soit à la richesse du depositum fidei, conservé par
l'Eglise avec une fidélité pleine d'ardeur. Cependant, elle
constitue un soutien puissant, un appel suggestif et convainquant à
vivre pleinement, avec intelligence et créativité, l'expérience
chrétienne. C'est là que se trouve la condition nécessaire
pour apporter des réponses adéquates aux défis et aux
urgences des temps et des circonstances historiques toujours diverses.
Dans cette optique, les charismes reconnus par l'Eglise représentent
des voies pour approfondir la connaissance du Christ et pour se donner
plus généreusement à Lui, en s'enracinant en même
temps toujours davantage dans la communion avec tout le peuple chrétien.
C'est pourquoi, ils méritent l'attention de chaque membre de la
Communauté ecclésiale, à commencer par les pasteurs, à
qui est confié le soin des Eglises particulières, en
communion avec le Vicaire du Christ. Les Mouvements peuvent ainsi offrir
une précieuse contribution à la dynamique vitale de l'unique
Eglise, fondée sur Pierre, dans les diverses situations locales, en
particulier dans les régions où l'implantatio Ecclesiae est
encore à ses débuts ou confrontée à de
nombreuses difficultés.
5. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de souligner comment dans l'Eglise
il n'existe pas de contraste ou d'opposition entre la dimension
institutionnelle et la dimension charismatique, dont les Mouvements sont
une expression significative. Toutes deux sont co-essentielles à la
constitution divine de l'Eglise fondée par Jésus, car elles
concourent ensemble à rendre présent le mystère du
Christ et son uvre salvifique dans le monde. Ensemble, elles visent également
à renouveler, selon leurs propres méthodes, la conscience
personnelle de l'Eglise, qui peut elle-même se définir, d'une
certaine façon, comme un mouvement, dans la mesure où
elle constitue un événement dans le temps et dans l'espace
de la mission du Fils, à travers l'action du Père dans la
puissance de l'Esprit Saint.
Je suis persuadé que ces considérations seront
approfondies de façon appropriées au cours des travaux de
votre Congrès, que j'accompagne de ma prière, afin qu'ils
fassent naître des fruits abondants au bénéfice de
l'Eglise et de l'humanité tout entière.
Avec ces sentiments, et dans l'attente de vous rencontrer Place
Saint-Pierre, lors de la Veillée de Pentecôte, je vous donne
de tout cur une Bénédiction apostolique spéciale,
ainsi qu'à ceux que vous représentez.
Du Vatican, le 27 mai 1998
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