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Le
pèlerinage dans le grand Jubilé de l'An 2000
Introduction
I. Le pèlerinage d'Israël
II. Le pèlerinage du Christ
III. Le pèlerinage de l'Eglise
IV. Le pèlerinage vers le Troisième
Millénaire
V. Le pèlerinage de l'humanité
VI. Le pèlerinage du chrétien aujourd'hui
Conclusion
Introduction
1. " Nous ne sommes devant toi que des étrangers et des hôtes
comme tous nos pères " (1). Les paroles du Roi David devant
le Seigneur tracent le profil de l'homme non seulement biblique, mais
de toute créature humaine. En effet, le "chemin" est
un symbole de l'existence qui s'exprime à travers une gamme multiple
d'actions comme le départ et le retour, l'entrée et la sortie,
la descente et la montée, la marche et l'arrêt. Depuis son
apparition sur la scène du monde, l'homme marche à la recherche
de buts toujours nouveaux, scrutant l'horizon terrestre et tendant vers
l'infini: il navigue le long des fleuves et des mers, gravit les monts
sacrés au sommet desquels la terre rencontre le ciel de façon
idéale, parcourt également le temps, le marquant de dates
sacrées, ressent la naissance comme une entrée dans le monde
et la mort comme une sortie pour entrer dans le sein de la terre ou être
introduit dans les lieux divins.
2. Le pèlerinage, signe de la condition des disciples du Christ
dans ce monde (2), a toujours occupé une place importante dans
la vie du chrétien.
Au cours de l'histoire, le chrétien s'est mis en marche pour célébrer
sa foi dans les lieux qui rappellent la mémoire du Seigneur ou
dans ceux qui représentent des moments importants de l'histoire
de l'Eglise. Il s'est rendu dans des sanctuaires qui honorent la Mère
de Dieu et dans ceux qui conservent la mémoire vivante de l'exemple
des saints. Son pèlerinage a été un processus de
conversion, un désir d'intimité avec Dieu et une prière
confiante pour ses besoins matériels. Sous tous ses aspects multiples,
le pèlerinage a toujours été pour l'Eglise un merveilleux
don de grâce.
Dans la société contemporaine, caractérisée
par une profonde mobilité, le pèlerinage connaît un
nouvel élan. En vue de proposer une réponse adéquate
à cette réalité, la pastorale du pèlerinage
doit disposer d'un fondement théologique clair qui la justifie,
en développant une pratique solide et permanente dans le cadre
de la pastorale générale. Il faudra avant tout garder à
l'esprit que l'évangélisation représente la raison
ultime pour laquelle l'Eglise propose et encourage le pèlerinage,
afin d'en faire une expérience de foi profonde et mûre (3).
3. Les réflexions contenues dans ce document se proposent d'apporter
une aide à tous les pèlerins et aux respon-sables pastoraux
des pèlerinages, afin qu'à la lumière de la Parole
de Dieu et de la tradition séculière de l'Eglise, tous puissent
participer plus pleinement aux richesses spirituelles de la pratique du
pèlerinage. (top)
I. Le pèlerinage d'Israël
4. Depuis les débuts, selon l'enseignement de l'Ecriture Sainte,
puis tout au long des millénaires, apparaissent les signes d'un
pèlerinage d'Adam: celui-ci est marqué par la naissance,
des mains du Créateur, par l'entrée dans le créé
et par l'errance sans but qui s'ensuivit, loin du jardin de l'Eden (4).
Le pèlerinage d'Adam C de l'appel à marcher avec Dieu, à
la désobéissance et à l'espérance d'un salut
C révèle la pleine liberté dont le Créateur
l'a doté. Dans le même temps, il fait connaître l'engagement
divin à marcher à ses côtés et à veiller
sur ses pas.
A première vue, le pèlerinage d'Adam semble être une
déviation de l'objectif du lieu saint, le jardin de l'Eden. Mais
cet itinéraire peut lui aussi se transformer en une voie de conversion
et de retour. Sur Caïn vagabond veille la présence affectueuse
de Dieu, qui le suit et le protège (5). "Tu as compté,
toi, mes déboires C chante le Psaume 56, 9 C recueille mes larmes
dans ton outre! Ne sont-elles pas écrites dans ton livre?".
Le père prodigue d'amour suit la route de l'abandon du fils prodigue
de péché. C'est grâce à cette attraction divine
que chaque parcours erronné peut se transformer pour tout homme
en un itinéraire de retour et de joie (6). Il existe donc une histoire
universelle de pèlerinage qui comprend une étape obscure,
la "voie ténébreuse" (7), la voie tortueuse (8).
Mais également le retour-conversion sur la voie de la vie (9),
de la justice et de la paix (10), de la vérité et de la
fidélité (11), de la perfection et de l'intégrité
(12).
5. Le pèlerinage d'Abraham, représente, au contraire, le
paradigme de l'histoire même du salut auquel le fidèle adhère.
Le langage dans lequel il est décrit ("Quitte ton pays"),
les étapes de son itinéraire et les rapports vécus,
font déjà penser à un exode de salut, anticipation
idéale de l'exode du peuple tout entier. Abraham, en quittant sa
terre, sa patrie et sa maison paternelle (13), se met en marche avec confiance
et espérance vers l'horizon indiqué par le Seigneur, comme
nous le rappelle l'Epître aux Hébreux: "Par la foi,
Abraham obéit à l'appel de partir vers un pays qu'il devait
recevoir en héritage, et il partit ne sachant pas où il
allait. Par la foi, il vint séjourner dans la Terre promise comme
en un pays étranger, y vivant sous des tentes, ainsi qu'Isaac et
Jacob, héritiers avec lui de la même promesse. C'est qu'il
attendait la ville pourvue de fondations dont Dieu est l'architecte et
le constructeur [...] C'est dans la foi qu'ils moururent tous sans avoir
reçu l'objet des promesses, mais ils l'ont vu et salué de
loin, et ils ont confessé qu'ils étaient étrangers
et voyageurs sur la terre" (14). Ce n'est pas par hasard que le même
patriarche se définira comme "étranger et résident"
(15) également dans la terre promise et comme lui ses fils, Ismaël
(16) et Jacob, exilé en Paddân-Aram (17) et en Egypte (18).
6. C'est de la terre des pharaons que prendra naissance le grand pèlerinage
de l'exode. Les étapes telles que la sortie, la marche dans le
désert, l'épreuve, les tentations, le péché,
l'entrée en terre promise, deviennent le modèle exemplaire
de l'histoire même du salut (19), qui comprend non seulement les
dons de la liberté, de la Révélation au Sinaï
et de la communion divine, exprimés dans la Pâque ("passage")
et dans l'offrande de la manne, de l'eau et des cailles, mais également
l'infidélité, l'idolâtrie, la tentation de retourner
en esclavage.
L'exode acquiert une valeur permanente, il s'agit d'un "mémorial"
toujours vivant, qui est reproposé également dans le retour
de l'exil de Babylone, chanté par la seconde partie du Livre d'Isaïe
comme un nouvel exode (20), qui est célébré à
chaque Pâques d'Israël et qui se transforme en une représentation
eschatologique dans le Livre de la Sagesse (21). En effet, le but final
est la terre promise de la pleine communion avec Dieu dans une création
renouvelée (22).
Le Seigneur lui-même est pèlerin avec son peuple: "Yahvé
ton Dieu [...] a veillé sur ta marche à travers ce grand
désert. Voici quarante ans que Yahvé ton Dieu est avec toi
sans que tu manques de rien" (23). Il "nous a gardés
tout le long du chemin que nous avons parcouru" (24). En effet, il
rappelle avec nostalgie "l'affection de ta jeunesse, l'amour de tes
fiançailles, alors que tu marchais derrière moi au désert,
dans une terre qui n'est pas ensemencée" (25). C'est en vertu
de cette qualité radicale de pèlerin qu'il est dit au peuple
biblique: "Tu ne molesteras pas l'étranger ni ne l'opprimeras,
car vous-même avez été étrangers dans le pays
d'Egypte" (26). Au contraire, il devra "aimer l'étranger,
car au pays d'Egypte, vous fûtes des étrangers" (27).
7. La personne en prière se présente alors devant Dieu comme
"un étranger et un pèlerin" (28). Les Psaumes,
écrits tout au long des millénaires de l'histoire d'Israël,
attestent, précisément à travers la prière,
la conscience historique et théologique de l'itinéraire
de la communauté et de l'individu. Et c'est précisément
à travers le pèlerinage cultuel à Sion que la condition
d'étranger dans sa propre patrie (29) se transforme en un signe
d'espérance. L'"ascen-sion" qui au cours des trois grandes
solennités de Pâques, des Semaines et des Cabanes (30) conduit
Israël parmi des hymnes de joie (les "cantiques des montées")
(31) vers le mont Sion, devient une expérience de stabilité,
de confiance et d'engagement renouvelé à vivre dans la crainte
de Dieu (32) et dans la justice. Fondées sur le rocher du temple
de Jérusalem, symbole du Seigneur qui est une "pierre"
qui ne s'écroule pas (33), les tribus d'Israël louent le nom
du Seigneur (34), entrent en communion avec lui dans le culte, habitant
sous la tente de son sanctuaire et demeurant sur son mont sacré,
trouvant un salut indestructible (35) et une plénitude de vie et
de paix (36). C'est pourquoi "heureux les habitants de ta maison,
ils te louent sans cesse. Heureux les hommes dont la force est en toi,
qui gardent au cur les montées" (37). "Debout!
Montons à Sion, vers Yahvé notre Dieu!" (38).
8. Au Peuple de Dieu victime du découragement, accablé par
les infidélités, les prophètes indiquent également
un pèlerinage messianique de rédemp-tion, ouvert également
à l'horizon eschatologique dans lequel tous les peuples de la terre
convergent vers Sion, lieu de la Parole divine, de la paix et de l'espérance
(39). En revivant l'expérience de l'exode, le Peuple de Dieu doit
laisser l'Esprit lui ôter son cur de pierre et lui faire don
d'un cur de chair (40), il doit exprimer dans l'itinéraire
de sa vie la justice (41) et la fidélité amoureuse (42)
et s'élever comme lumière de tous les peuples (43), jusqu'au
jour où le Seigneur Dieu offrira sur le mont sacré "un
banquet pour tous les peuples" (44). Sur le chemin vers l'accomplissement
de la promesse messianique, chacun est dés à présent
appelé à la communion dans la gratuité (45) et dans
la miséricorde de Dieu (46). (top)
II. Le pèlerinage du Christ
9. Jésus-Christ entre en scène dans l'histoire comme "le
Chemin, la Vérité, la Vie" (47) et, dès le début,
il s'introduit dans le chemin de l'humanité et de son peuple, "en
quelque sorte uni lui-même à tout homme" (48). En effet,
il descend "avec Dieu" pour devenir "chair" (49) et
pour se placer sur les routes de l'homme. Dans l'incarnation, "c'est
Dieu qui vient en personne parler de lui-même à l'homme et
lui montrer la voie qui lui permettra de l'atteindre" (50). Alors
qu'il n'est encore qu'un enfant, Jésus part en pèlerinage
au temple de Sion pour être offert au Seigneur (51); devenu adolescent,
avec Marie et Joseph, il se rend dans la "maison de son Père"
(52). Son ministère public, qui s'accomplit sur les routes de sa
patrie, prend lentement l'aspect d'un pèlerinage vers Jérusalem,
que Luc en particulier définit au cur de son Evangile comme
un grand voyage qui a pour but non seulement la croix, mais également
la gloire de la Pâque et de l'Ascension (53). Sa Transfiguration
révèle à Moïse, à Elie et aux apôtres
son imminent "exode" pascal: "Ils parlaient de son départ,
qu'il allait accomplir à Jérusalem" (54). Les autres
évangélistes connaissent eux aussi cet itinéraire
exemplaire, sur les traces duquel doit se placer le disciple: "Si
quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même,
qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive" et Luc précise
"chaque jour" (55). Pour Marc, le parcours vers la Croix du
Golgotha est constamment marqué par des verbes et des mots exprimant
le mouvement et par le symbole du "chemin" (56).
10. Mais la route de Jésus ne finit pas sur le mont dit du Golgotha.
Le pèlerinage terrestre de Jésus touche à l'infini
et au mystère de Dieu, au-delà de la mort. Sur le mont de
l'Ascension est représentée l'étape définitive
de son pèlerinage. Le Seigneur ressuscité et élevé
au Ciel, tout en promettant de revenir (57), marche vers la maison du
Père pour nous y préparer une place, car là où
il sera, nous serons nous aussi avec lui (58). En effet, il résume
ainsi sa mission: "Je suis sorti d'auprès du Père et
venu dans le monde. A présent, je quitte le monde et je vais vers
le Père [...] Père, ceux que tu m'as donnés, je veux
que là où je suis, eux aussi soient avec moi afin qu'ils
contemplent ma gloire" (59).
La communauté chrétienne, animée par l'Esprit de
la Pentecôte, part sur les routes du monde, parcourant les diverses
nations de la terre (60), allant de Jérusalem à Rome, à
travers les routes de l'empire parcourues par les apôtres et les
annonciateurs de l'Evangile. A côté d'eux marche le Christ
qui, comme aux disciples d'Emmaüs, leur explique les Ecritures et
partage le pain eucharistique (61). Sur leurs traces se mettent également
en marche les peuples de la terre qui, en reparcourant spirituellement
l'itinéraire des Rois Mages (62), accomplissent les paroles du
Christ: "Beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place
au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des cieux"
(63).
11. Mais le but ultime de ce pèlerinage sur les routes du monde
n'apparaît cependant sur aucune carte terrestre. Il se situe au-delà
de notre horizon, comme ce fut le cas pour le Christ, qui avait marché
avec les hommes pour les conduire à la plénitude de la communion
avec Dieu. Il est significatif de noter que le "chemin" du Seigneur
est la route qu'il a déjà parcouru et qu'il parcourt maintenant
avec nous. Les Actes des Apôtres qualifient en effet la vie chrétienne
comme le "chemin" (64) par excellence. Ainsi, le chrétien,
après être allé faire de toutes les nations des disciples,
accompagné par la présence du Christ qui est avec nous jusqu'à
la fin du monde (65), après avoir "marché selon l'Esprit"
(66) dans la justice et dans l'amour, se propose comme but la Jérusalem
céleste, chantée dans l'Apocalypse. Ce chemin-vie est traversé
par une tension, une espérance ardente dans l'attente de la venue
du Seigneur (67). Notre pèlerinage possède donc une fin
transcendante, car nous sommes conscients d'être ici-bas des "étrangers
et hôtes" (68), mais destinés à être là-haut
concitoyens des saints [...] de la maison de Dieu" (69).
Comme Jésus, qui fut tué hors des portes de la ville de
Jérusalem, nous aussi "pour aller à lui [nous] sortons
en dehors du camp, en portant son opprobe. Car nous n'avons pas ici-bas
de cité permanente, mais nous recherchons celle de l'avenir"
(70). Là, Dieu demeurera avec nous, là, "de mort, il
n'y en aura plus; de pleur, de cri et de peine, il n'y en aura plus car
l'ancien monde s'en est allé" (71). (top)
III. Le pèlerinage de l'Eglise
12. En communion avec son Seigneur, l'Eglise, peuple messianique, est
également en route vers la ville future et permanente (72), transcende
les temps et les frontières et est entièrement tendue vers
le Royaume dont la présence est déjà à l'uvre
dans tous les pays du monde. Ces terres ont reçu la semence de
la Parole du Christ (73) et ont été irriguées également
par le sang des martyrs, témoins de l'Evangile. Comme l'avaient
fait Paul et les apôtres, les routes consulaires et impériales,
les pistes des caravanes, les routes maritimes, les villes et les ports
de la Méditerranée furent parcourues par les missionnaires
du Christ qui, en Orient et en Occident, furent bientôt confrontés
aux diverses cultures et traditions religieuses, s'exprimant non plus
uniquement en hébreux et en araméen, mais également
en grec et en latin, et, plus tard, dans une multiplicité de langues,
certaines déjà préannoncées dans la scène
de la Pentecôte (74): l'arabe, le syriaque, l'éthiopien,
le persan, l'arménien, le gothique, le slave, l'hindi, le chinois.
Les étapes de ce pèlerinage des messagers de la parole divine
se répandirent de l'Asie mineure à l'Italie, de l'Afrique
à l'Espagne et aux Galles, et, par la suite, de l'Allemagne à
la Bretagne, des pays slaves jusqu'en Inde et en Chine. Ils se poursuivirent
à l'époque moderne vers de nouveaux pays, en Amérique,
en Afrique, en Océanie, tissant ainsi le "chemin du Christ
au cours des siècles" (75).
13. Au cours des IV et V siècles, commencent ensuite diverses expériences
de vie monastique dans l'Eglise. La "migration ascétique"
et l'"exode spirituel" constituent deux motifs fondamentaux
qui les inspirèrent. A cet égard, certaines figures bibliques
assument dans la littérature patristique et monastique un rôle
paradigmatique. La référence à Abraham s'unit au
thème de la xeniteia (l'expérience de l'étranger:
la conscience de celui qui est hôte, migrant), qui constitue entre
autre le troisième degré de l'Echelle spirituelle de Jean
Climaque. La figure de Moïse, qui guide l'exode de l'esclavage d'Egypte
à la Terre promise, devient un thème caractéristique
de la littérature chrétienne antique, en particulier grâce
à la Vie de Moïse, de Grégoire de Nysse. Enfin, Elie,
qui gravit le mont Carmel et le mont Oreb, incarne les thèmes de
la fuite dans le désert et de la rencontre avec Dieu. Ambroise,
par exemple, est fasciné par le prophète Elie et considère
qu'il réalise en lui l'idéal ascétique de la fuga
saeculi.
La conception de la vie chrétienne comme pèlerinage, la
recherche de l'intimité divine, également à travers
le détachement des choses et des événements, la vénération
des lieux saints, poussent saint Jérôme et les disciples
Paola et Eustochia à quitter Rome et à se rendre vers la
terre du Christ: c'est ainsi qu'un monastère fut constitué
près de la grotte de la Nativité à Bethléem.
Celui-ci se situe dans la lignée des multiples hermitages, des
monastères byzantins, couvents de la Terre Sainte, mais répandus
également dans d'autres régions, surtout en Thébaïde
égyptienne, en Syrie, en Cappadoce. Dans cette lignée, le
pèlerinage dans le désert ou vers le lieu saint devient
le symbole d'un autre pèlerinage, celui-ci intérieur, comme
le rappelait saint Augustin: "Rentre en toi-même: la vérité
habite le cur de l'homme". Toutefois, ne demeure pas en toi-même,
mais "dépasse-toi également" (76) car tu n'es
pas Dieu: il est plus profond et plus grand que toi. Le pèlerinage
de l'âme, déjà évoqué par la tradition
platonique, acquiert à présent une nouvelle dimension, que
le Père de l'Eglise lui-même définit et représente
ainsi dans sa tension vers l'infini de Dieu: "On cherche Dieu pour
le trouver avec une plus grande douceur, on le trouve pour le chercher
avec une plus grande ardeur" (77).
Le concept selon lequel le "lieu saint est l'âme pure"
(78) deviendra également un appel constant afin que la pratique
du pèlerinage sur les lieux saints devienne un signe du progrès
dans la sainteté personnelle. Les Pères de l'Eglise parviennent
ainsi à relativiser le pèlerinage "physique",
cherchant à dépasser tout excès et malentendu. Grégoire
de Nysse, en particulier, fournit le principe fondamental d'un jugement
correct du pèlerinage. Bien qu'ayant visité avec dévotion
la Terre Sainte, il affirme que le véritable chemin à entreprendre
est celui qui conduit le fidèle de la réalité physique
à celle spirituelle, de la vie dans le corps à celle dans
le Seigneur, et non pas le passage de la Cappadoce à la Palestine
(79). Saint Jérôme répète lui aussi le même
principe. Dans la Lettre 58, il révèle qu'Antoine et les
moines ne visitèrent pas Jérusalem, et que pourtant, les
portes du Paradis se sont tout de même ouvertes pour eux; et il
affirme qu'un motif de louange pour les chrétiens n'est pas le
fait d'avoir été dans la ville sainte, mais d'avoir vécu
saintement (80).
Sur cet itinéraire intérieur de lumière dans la lumière
(81), sur la lignée de l'appel du Christ à être "parfaits
comme notre Père céleste est parfait" (82) apparaît
le profil d'un pèlerinage particulièrement cher à
la tradition spirituelle byzantine: c'est l'aspect "extatique"
qui sera développé sur la base de la doctrine mystique de
Denys l'Aréopagite, de Maxime le Confesseur et de Jean Damascène.
La divinisation de l'homme est le grand but d'un long voyage de l'esprit
qui place le croyant dans le cur même de Dieu, réalisant
ainsi les paroles de l'Apôtre: "Je suis crucifié avec
le Christ; et ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi"
(83) pour lequel "la Vie c'est le Christ" (84).
14. Au IV siècle, lorsque les persécutions de l'empire romain
cessèrent, les lieux du martyre furent ouverts à la vénération
publique et commença la série des pèlerinages, dont
témoignent également des documents comme les journaux de
voyage des pèlerins eux-mêmes, en particulier en Terre Sainte,
parmi lesquelle resplendit le témoignage d'Ethérie au début
du V siècle.
Mais le pèlerinage concret, qui parcourt les voies du monde, s'étend
dans de nouvelles directions. Si la conquête arabe de Jérusalem
de 638 rend plus difficile la rencontre avec les mémoires chrétiennes
de la Terre Sainte, de nouveaux itinéraires s'ouvrent en Occident.
Rome, lieu du martyre de Pierre et de Paul et siège de la communion
ecclésiale autour du Successeur de Pierre, devient un but fondamental.
C'est ainsi que naissent les multiples "Voies romaines" ad Petri
sedem, parmi lesquelles ressort la Voie francigène qui traverse
toute l'Europe pour se diriger vers la nouvelle ville sainte. Mais il
y a également le but de la tombe de saint Jacques à Compostelle.
Il y a les sanc-tuaires mariaux de la Sainte Maison de Lorette, de Jasna
Góra à Cz{l-eogonek}stochowa, les arrêts aux grands
monastères médiévaux, forteresses de l'esprit et
de la culture, les lieux qui incarnent la mémoire de grands saints,
comme Tours, Canterbury, ou Padoue. A travers eux s'est créé
en Europe un réseau qui a "promu l'entente réciproque
entre des peuples et nations si divers" (85).
En dépit de quelques excès, ce grand phénomène
qui touche des masses populaires, animées par des convictions simples
et profondes, alimente la spiritualité, accroît la foi, stimule
la charité, anime la mission de l'Eglise. Les "pèlerins
ramenant des palmes de Terre Sainte", les "pèlerins allant
à Rome", les "pèlerins", avec leurs habits
spécifiques, constituent presque un "ordre" à
eux seuls qui rappelle au monde la nature de pèlerin de la communauté
chrétienne, tendue vers la rencontre avec Dieu et la communion
avec lui.
Une configuration particulière est attribuée au pèlerinage
avec l'apparition, au XI et XIII siècle, du mouvement des croisades.
En lui, l'ancien idéal religieux du pèlerinage vers les
lieux saints des Saintes Ecritures se mêle aux nouvelles instances
et idées de cette époque historique, c'est-à-dire
la formation de la classe chevaleresque, avec les tensions sociales et
politiques, le réveil d'impulsions commerciales et culturelles
dirigés vers l'Orient, la présence de l'Islam en Terre Sainte.
Les conflits de pouvoir et d'intérêt ont souvent prévalu
sur l'idéal spirituel et missionnaire et ont conféré
de multiples aspects aux diverses croisades, tandis qu'entre les Eglises
d'Orient et d'Occident s'élevait le mur de la division. Cela eut
également un effet sur la pratique du pèlerinage, qui révéla
certaines ambiguïtés bien représentées par Saint
Bernard de Clairvaux. Celui-ci avait été l'ardent prédicateur
de la seconde Croisade, mais il n'hésitait pas également
à célébrer la Jérusalem spirituelle présente
dans le monastère chrétien comme but idéal du pèlerin:
"C'est Clairvaux cette Jérusalem unie à la Jérusalem
céleste par sa piété profonde et radicale, par sa
conformité de vie, par une certaine affinité spirituelle"
(86). Un hymne médiéval, encore présent dans la liturgie,
exaltait clairement la Jérusalem céleste qui s'édifiait
sur terre à travers la consécration d'une église:
"Jérusalem, ville bienheureuse, / appelée image de
paix, / construite aux cieux / par des pierres vivantes" (87).
15. Désormais, se profilait à l'horizon saint François,
qui avec ses frères, devait avoir une présence séculière
en Terre Sainte pour préserver les lieux saints chers à
la chrétienté, C dans une coexistence pas toujours facile
avec d'autres communautés ecclésiales d'Orient C et soutenir
les pèlerins. Aux environs de 1300 se constitua une Societas Peregrinantium
pro Christo, qui considérait le pèlerinage comme une uvre
également missionnaire. Mais précisément alors, en
1300, était proclamé à Rome le Jubilé, qui
devait faire de la Ville éternelle une Jérusalem vers laquelle
devaient se diriger des armées entières de pèlerins,
comme ce sera le cas lors de la longue série d'Années Saintes
qui se succédèrent. L'unité culturelle et religieuse
de l'Occident européen médiéval fut également
alimentée par ces expériences spirituelles. Lentement, pourtant,
on se dirigeait vers de nouveaux modèles plus complexes qui touchèrent
également la nature du pèlerinage.
16. La révolution copernicienne fit évoluer la condition
de l'homme pèlerin dans un monde immobile, le faisant participer
à un univers en marche perpétuelle. La découverte
du Nouveau Monde permit de dépasser la vision centrée sur
l'Europe, avec l'apparition de cultures différentes et de mouvements
extraordinaires de personnes et de groupes. La chrétienté
d'Occident perdit son unité, centrée sur Rome, et les divisions
confessionnelles rendirent plus difficiles les pèlerinages, parfois
également constestés "comme des occasions de péché
et de mépris des commandements de Dieu... En effet, il arrive qu'une
personne fasse le pèlerinage à Rome et dépense cinquante
ou cent florins, ou même plus, et laisse son épouse et ses
enfants, et parfois même son prochain à la maison en proie
à la pauvreté" (88). Dans le cadre de l'éclatement
de l'image classique de l'univers, le pèlerin se sentit toujours
moins errant dans la maison commune du monde, maintenant sous-divisée
en Etats et Eglises nationales. C'est ainsi que se définissaient
des buts moins lointains et alternatifs comme ceux des Monts sacrés
et des sanctuaires mariaux locaux.
17. Toutefois, en dépit d'une certaine vision statique qui a imprégné
la communauté chrétrienne des XVIII et XIX siècles,
le pèlerinage continua dans la vie de la communauté chrétienne.
Dans certains lieux, comme en Amérique latine et dans les Philippines,
il soutint la foi du peuple croyant pendant des générations;
dans d'autres, il s'ouvrit à une spiritualité nouvelle,
avec de nouveaux centres de foi édifiés sur les bases d'apparitions
mariales et de dévotions populaires. De Guadalupe à Lourdes,
d'Aparecida à Fatima, de Santo Niño de Cebu à Saint
Joseph de Montréal, le témoignage de la vitalité
du pèlerinage et du mouvement de conversion qu'il suscite s'est
multiplié. La conscience renouvelée d'être le Peuple
de Dieu en chemin était donc en train de devenir l'image la plus
expressive de l'Eglise rassemblée par le Concile Vatican II. (top)
IV. Le pèlerinage vers le Troisième Millénaire
18. Le Concile Vatican II a représenté "un événement
providentiel" destiné à constituer également
une "préparation immédiate au Jubilé du second
millénaire" (89). Cette assise ecclésiale s'est célébrée
C depuis sa convocation à travers la réunion, à Rome,
des pasteurs des Eglises locales, jusqu'à sa conclusion, à
travers un Jubilé extraordinaire qui devait se tenir dans les diocèses
locaux C dans le cadre symbolique d'un grand pèlerinage commun
de la communauté ecclésiale tout entière. Cet aspect
fut traduit par certains gestes emblématiques, comme ceux des deux
Papes pèlerins, Jean XXIII à Lorette au début du
Concile (1962) et Paul VI en Terre Sainte au cur des assises conciliaires.
A ces deux signes purement spirituels s'ajoutèrent ensuite les
pèlerinages pontificaux qui se succédèrent sur les
routes du monde pour annoncer l'Evangile, sa vérité et sa
justice, en commençant par ceux de Paul VI aux Nations unies et
à Bombay.
19. Le même langage conciliaire représentait l'Eglise dans
son expérience de chemin spirituel et missionnaire, compagne de
voyage aux côtés de l'humanité toute entière.
En effet, il s'agissait de rechercher les voies les plus efficaces pour
"nous renouveler nous-même, pour nous trouver de plus en plus
fidèles à l'Evangile du Christ" (90). L'Eglise de Dieu
"en pèlerinage" devient ainsi une image dominante dès
les débuts de la célébration conciliaire (91). L'Eglise
était "un signal dressé pour le peuple lointain"
(Is 5, 26) pour offrir à tous l'orientation de son propre chemin
vers la vérité et la vie" (92). La rencontre avec les
peuples, qui se manifesta de façon symbolique à travers
la visite de Paul VI à l'ONU, fut définie comme l'"épilogue
d'un pèlerinage difficile" (93). Le Concile lui-même
apparut comme une ascension spirituelle, tandis que les Pères conciliaires
saluèrent les hommes de pensée comme des "pèlerins
en marche vers la lumière" (94).
20. Le pèlerinage de Paul VI en Terre Sainte sus-mentionné
fut présenté par le Pontife lui-même à la lumière
de la spiritualité de la peregrinatio dans ses composantes fondamentales.
A travers la visite dans les lieux sacrés, celui-ci entendait exalter
les mystères centraux du salut, de l'Incarnation et de la Rédemption;
il voulait être un signe de prière, de pénitence et
de renouveau; il s'efforçait de réaliser la triple finalité,
c'est-à-dire d'offrir au Christ son Eglise, de promouvoir l'unité
des chrétiens et d'implorer la miséricorde divine en faveur
de la paix entre les hommes (95).
Ce fut le Concile lui-même dans ses constitutions qui présenta
l'Eglise tout entière comme "à la fois présente
dans le monde et pourtant étrangère" (96). Sa nature
d'Eglise en pèlerinage, répétée à plusieurs
reprises (97), révèle un aspect trinitaire: elle a sa source
dans la mission du Christ "envoyé par le Père"
(98); c'est pourquoi nous aussi "nous procédons, nous vivons,
nous tendons vers lui" (99) et l'Esprit Saint est le guide de notre
chemin qui s'accomplit sur les traces du Christ (100). L'Eucharistie et
la Pâque, qui constituent le cur de la lilturgie (101), renvoient
leur nature à l'exode d'Israël et au banquet de pèlerinage
et d'alliance qui l'inaugure (102) et qui le conclut (103).
21. L'Eglise en pèlerinage devient spontanément missionnaire
(104). Le commandement du Christ ressuscité: "Allez donc,
de toutes les nations faites des disciples" (105) met précisément
l'accent sur la notion d'"aller", modalité inséparable
de l'évangélisation ouverte au monde. La Parole de Dieu
(106) et l'Eucharistie (107) représentent le viatique et le trésor
de cet itinéraire.
En retraçant avec ferveur une synthèse du chemin de l'humanité
avec ses conquêtes et ses égarements (108) le Concile présente
l'Eglise comme une compagne de voyage de la famille humaine, indiquant
un objectif transcendant qui va au-delà de l'histoire terrestre
(109). Il en résulte donc un contrepoint entre pèlerinage
et engagement dans l'histoire (110) et le monde est lui aussi appelé
à à offrir sa contribution à l'Eglise elle-même
dans un dialogue vivant et intense (111).
22. Depuis l'événement conciliaire, l'Eglise a vécu
son expérience de pèlerinage non seulement dans le renouveau,
dans l'annonce missionnaire, dans l'engagement en faveur de la paix, mais
également à travers de multiples témoignages du Magistère
ecclésial, en particulier à l'occasion des années
jubilaires de 1975, 1983 et 2000 (112). Le Saint-Père Jean-Paul
II s'est fait pèlerin dans le monde: il est le premier évangélisateur
des deux dernières décennies. A travers son itinéraire
apostolique et son magistère, il a guidé et sollicité
toute l'Eglise à se préparer au troisième millénaire,
désormais tout proche. Les voyages pastoraux pontificaux constituent
"des étapes d'un pèlerinage dans les Eglises locales...,
pèlerinage de paix et de solidarité" (113).
23. Un but fondamental du pèlerinage historique actuel de l'Eglise
est le Jubilé de l'An 2000, vers lequel s'achemine le fidèle
sous le ciel de la Trinité. Cet itinéraire doit être
moins spatial qu'intérieur et vital, pour reconquérir les
grandes valeurs de l'année jubilaire biblique (114). Lorsque retentissait
le son du cor qui marquait cette date en Israël, les esclaves recouvraient
la liberté, les dettes étaient remboursées afin que
tous puissent retrouver dignité personnelle et solidarité
sociale, la terre offrait spontanément ses dons à tous,
rappelant qu'à son origine se trouve le Créateur dont "la
terre se rassasie du fruit de [ses] uvres" (115). C'est ainsi
que doit naître une communauté plus fraternelle, semblable
à celle de Jérusalem: "Tous les croyants ensemble mettaient
tout en commun; ils vendaient leurs propriétés et leurs
biens et en partageaient le prix entre tous selon le besoin de chacun"
(116). "Qu'il n'y ait donc pas de pauvre chez toi [...] Se trouve-t-il
chez toi un pauvre, d'entre tes frères, [...] Tu n'endurciras pas
ton cur ni ne fermeras ta main à ton frère pauvre"
(117). (top)
V. Le pèlerinage de l'humanité
24. Le pèlerinage qui, depuis Abraham, se déroule à
travers les siècles est le signe d'un mouvement plus vaste et universel
de l'humanité. En effet, l'homme apparaît au cours de son
histoire séculaire comme homo viator, un voyageur assoiffé
de nouveaux horizons, affamé de paix et de justice, en quête
de la vérité, désireux d'amour, ouvert à l'absolu
et à l'infini. La recherche scientifique, les développements
économiques et sociaux, la réapparition permanente de tensions,
les migrations qui parcourent notre planète, le mystère
même du mal et les autres énigmes qui concernent l'être
humain interpellent constamment l'humanité, l'orientant vers des
parcours tracés par les religions et les cultures.
A notre époque également, l'humanité semble en marche
vers des objectifs positifs de diverses natures: l'intégration
mondiale dans des systèmes globaux, mais aussi une plus grande
sen-sibilité pour le pluralisme et le respect des différentes
identités historiques et nationales, le progrès scientifique
et technique, le dialogue interreligieux, les communications qui se diffusent
dans l'aréopage du monde entier, à travers des instruments
toujours plus efficaces et immédiats. Cependant, sur chacune de
ces routes se présentent, sous des formes et des modalités
nouvelles, des obstacles anciens et constants: les idoles de l'exploitation
économique, de la domination politique, de l'arrogance scientifique,
du fanatisme religieux.
La lumière de l'Evangile guide les chrétiens pour découvrir
dans ces manifestations de la civilisation contemporaine, les nouveaux
"aréopages" grâce auxquels annoncer le salut et
découvrir les signes de l'inquiétude qui conduit les curs
à la maison du Père.
Il n'apparaît pas étrange que dans le tourbillon de ces mutations
permanentes l'humanité éprouve également de la lassitude
et nourrisse le désir d'un lieu, qui pourrait être un sanctuaire,
où reposer, un espace de liberté qui rende possible le dialogue
avec soi-même, avec les autres et avec Dieu. Le pèlerinage
du chrétien accompagne cette recherche de l'humanité et
lui offre la certitude du but, la présence du Seigneur "car
il a visité et racheté son peuple" (118).
25. Certains "pèlerinages universels" revêtent
une signification particulière. Nous pensons en premier lieu aux
grands mouvements de groupe, de masse, parfois de populations entières,
qui affrontent d'énormes sacrifices et risques pour échapper
à la faim, aux guerres, aux catastrophes naturelles et pour rechercher
pour eux et leurs proches une plus grande sécurité et le
bien-être. Personne ne doit rester un spectateur indifférent
face à ces flux énormes qui parcourent l'humanité
comme des courants, et qui se répandent sur la surface de la terre.
Personne ne doit se sentir étranger face aux injustices qui sont
souvent à leur racine, aux drames personnels et collectifs mais
également à l'espérance qui y fleurit de parvenir
à un avenir différent et à une perspective de dialogue
et de coexistence pacifique multiraciale. Le chrétien, en particulier,
doit devenir le bon Samaritain sur la route de Jérusalem à
Jéricho, prêt à secourir et à accompagner son
frère à l'auberge de la charité fraternelle et de
la coexistence solidaire. Nous pouvons être conduits à cette
"spiritualité du chemin" par la connaissance, l'écoute
et le partage de l'expérience de ce "peuple de la rue"
singulier que sont les nomades, les gitans "fils du vent".
26. Ceux qui poursuivent des objectifs différents dans le but du
tourisme, d'une exploration scientifique et du commerce sont également
des pèlerins du monde. Il s'agit de phénomènes complexes
qui, en raison de leurs vastes proportions, sont souvent à l'origine
de conséquences nocives. Personne ne peut ignorer qu'ils sont fréquemment
cause d'injustices, de l'exploitation des personnes, de l'érosion
des cultures ou de la dégradation de la nature. Cependant, ils
conservent de par leur nature des valeurs de recherche, de progrès
et de promotion de la compréhension réciproque entre les
peuples, qui méritent d'être développées.
Il est indispensable de faire en sorte que ceux qui appartiennent à
ces catégories puissent conserver une spiritualité propre
et une quête intérieure. Il est également nécessaire
que les agents touristiques et commerciaux ne soient pas dominés
par des seuls intérêts économiques, mais qu'ils soient
conscients de leur fonction humaine et sociale.
27. Une forme particulière de pèlerinage de l'esprit humain,
lié au précédent et caractéristique de notre
époque, est le pèlerinage informatique ou virtuel, qui se
déroule sur le réseau de la télécommunication.
Ces parcours, malgré tous les risques et les déformations
ou déviations qu'ils comportent, peuvent être des vecteurs
de l'annonce de la foi et de l'amour, de messages positifs, de contacts
féconds et efficaces. Il est donc important de s'engager sur ces
routes en empêchant la dérive et la disparition de la véritable
communication dans le "bruit de fond" d'une myriade d'informations.
28. Ceux qui entreprennent des parcours culturels et sportifs sont également
de grands "pèlerins laïcs". Les grandes manifestations
artistiques, surtout musicales, où affluent plus particulièrement
les jeunes, le flux des visiteurs dans les musées qui peuvent souvent
se transformer en oasis de contemplation, les Jeux olympiques et les autres
formes de réunions sportives représentent des phénomènes
qui ne peuvent pas être ignorés, également en raison
des valeurs spirituelles qu'ils comportent et qui doivent être sauvegardés
au-delà des tensions, de la massification et des conditionnements
extrinsèques de nature commerciale.
29. Il existe des expériences de pèlerinage plus spécifiquement
chrétiennes. Des prêtres, mais aussi des familles entières,
de nombreux jeunes se déplacent ou acceptent d'être envoyés
loin de chez eux, pour collaborer comme missionnaires, hommes et femmes,
à travers leur travail professionnel, ou leur témoignage,
ou encore l'annonce explicite de l'Evangile. Il s'agit d'une forme de
pèlerinage qui se développe toujours davantage, comme un
don de l'Esprit. On s'engage lors des périodes de vacances ou de
congé; ou bien l'on y consacre des années entières
de sa vie.
Des images emblématiques de ces mouvements géographiques
mais surtout spirituels de notre époque, sont également
les grandes assemblées cuméniques, au cours desquelles
la prière pour le don de l'unité rassemble les chrétiens
sur un chemin commun. Il faut également remarquer l'importance
des rencontres interreligieuses qui voient converger les pèlerinages
d'hommes et de femmes de toutes confessions vers un but commun d'espérance
et d'amour, comme cela s'est produit lors de la prière mondiale
interreligieuse pour la paix convoquée à Assise en 1986.
30. Un véritable réseau d'itinéraires se développe
donc sur notre planète. Certains sont religieux, au sens strict
du terme, ils ont pour but des villes et des sanctuaires, des monastères
et des lieux historiques; dans d'autres cas la recherche des valeurs spirituelles
se manifeste dans les déplacements vers des lieux naturels d'une
rare beauté, îles ou déserts, cimes ou profondeurs
des abysses marins. Cette géographie complexe des déplacements
humains contient en elle le germe d'une aspiration profonde à un
horizon transcendant de vérité, de justice et de paix; elle
témoigne d'une inquiétude qui trouve dans le caractère
infini de Dieu le havre où l'homme peut se remettre de ses angoisses
(119).
La marche de l'humanité, dans ses tensions et ses contradictions,
fait alors partie du pèlerinage inéluctable vers le Royaume
de Dieu que l'Eglise est engagée à annoncer et à
accomplir avec courage, loyauté et persévérance,
appelée par son Seigneur à être le sel, le levain,
la lampe et la ville sise sur le mont. Ce n'est qu'ainsi que s'ouvriront
des sentiers sur lesquels "Amour et Vérité se rencontrent,
Justice et Paix s'embrassent" (120).
Sur cet itinéraire, l'Eglise part en pèlerinage avec tous
les hommes et avec toutes les femmes qui cherchent avec un cur sincère
la vérité, la justice, la paix, et même avec ceux
qui errent ailleurs car C comme le rappelle Paul, en citant Isaïe
C Dieu affirme: "J'ai été trouvé par ceux qui
ne me cherchaient pas, je me suis manifesté à ceux qui ne
m'interrogeaient pas" (121).
31. C'est pourquoi, tous les peuples et tous les hommes peuvent s'orienter
vers cet objectif du Royaume, en exprimant leur adhésion également
à travers le geste explicite et emblématique du pèlerinage
dans les diverses "villes saintes" de la terre, c'est-à-dire
dans les lieux de l'esprit où le message de la transcendance et
de la fraternité retentit de la manière la plus forte. Parmi
ces villes, ne doivent également pas manquer les lieux profanés
par le péché de l'homme et, successivement, comme par un
instinct de réparation, consacrés par le pèlerinage:
nous pensons, par exemple, à Auschwitz, lieu emblématique
du supplice du peuple juif en Europe, la Shoà, ou à Hiroshima
et Nagasaki, des terres dévastées par l'horreur de la guerre
atomique.
Mais, comme on l'a dit, deux villes acquièrent une valeur de signe,
non seulement pour les chrétiens mais pour tous: Rome, symbole
de la mission universelle de l'Eglise et Jérusalem, lieu sacré
et vénéré par tous ceux qui suivent la voie des religions
issues d'Abraham, la ville d'où "vient la Loi et la parole
de Yahvé" (122). Elle nous indique le but ultime du pèlerinage
de toute l'humanité, c'est-à-dire "la Cité sainte
qui descend du ciel, de chez Dieu" (123). C'est vers elle que nous
avançons en chantant: "Nous sommes un peuple qui marche /
et en marchant nous désirons atteindre ensemble / une ville qui
ne finira jamais / sans peine ni souffrance, / une ville d'éternité"
(124).
Précisément alors que l'Eglise apprécie la pauvreté
du moine pèlerin bouddhiste, la voie contemplative du Tao, l'itinéraire
sacré de l'hindouisme à Benares, le "pilier" du
pèlerinage aux sources de sa foi, propre au musulman, et tout itinéraire
vers l'absolu et vers les frères, elle s'unit à tous ceux
qui de façon passionnée et sincère se consacrent
au service des plus faibles, des réfugiés, des exilés,
des opprimés, en entreprenant avec eux un "pèlerinage
de fraternité".
Tel est le sens du Jubilé de miséricorde qui se profile
à l'horizon du troisième millénaire, objectif visant
à la création d'une société humaine plus juste,
dans laquelle les dettes publiques des nations en voie de développement
seront remises et où l'on effectuera une plus juste redistribution
des biens de la terre, dans l'esprit de la prescription biblique (125).
(top)
VI. Le pèlerinage du chrétien aujourd'hui
32. Chaque chrétien est invité à s'insérer
et à participer au grand pèlerinage que le Christ, l'Eglise
et l'humanité ont accompli et doivent continuer à accomplir
dans l'histoire. Le sanctuaire vers lequel il se dirige doit devenir par
excellence "la tente de la rencontre", comme la Bible appelle
le tabernacle de l'alliance (126). En effet, une rencontre fondamentale
a lieu, qui révèle diverses dimensions et se présente
sous de multiples aspects. C'est à partir de cette série
d'aspects que nous pouvons définir une pastorale du pèlerinage.
Vécu comme une célébration de sa foi, le pèlerinage
est pour le chrétien une manifestation cultuelle à accomplir
en fidélité à la tradition, avec un sentiment religieux
intense et comme accomplissement de son existence pascale (127). La dynamique
propre au pèlerinage révèle avec clarté certaines
étapes que le pèlerinage rejoint, et qui deviennent un paradigme
de toute sa vie de foi: le départ rend évidente sa décision
d'aller jusqu'au but et de rejoindre les objectifs spirituels de sa vocation
baptismale; le chemin le conduit à la solidarité avec ses
frères et à la préparation nécessaire pour
la rencontre avec son Seigneur; la visite au Sanctuaire l'invite à
l'écoute de la Parole de Dieu et à la célébration
sacramentelle; le retour, enfin, lui rappelle sa mission dans le monde,
comme témoin du salut et constructeur de paix. Il est important
que ces étapes du pèlerinage, vécues en groupe ou
individuellement, soient caractérisées par des actes cultuels
qui en révèlent la dimension authentique, en utilisant dans
ce but les textes suggérés par les livres liturgiques.
Les aspects que chaque pèlerinage doit nécessairement inclure
doivent s'accorder harmonieusement avec le juste respect pour les traditions
de chaque peuple et être adaptés aux situations des pèlerins.
Il reviendra à la Conférence épiscopale de chaque
pays de tracer les orientations pastorales les plus appropriées
aux diverses situations et d'instituer les structures pastorales nécessaires
pour les réaliser. Dans la pastorale diocésaine du pèlerinage,
l'on reconnaîtra un rôle distinct aux sanctuaires. Toutefois,
les paroisses et d'autres groupes ecclésiaux devront également
être représentés dans ces structures pastorales, puisqu'ils
sont les protagonistes et les points de départ du plus grand nombre
de pèlerinages.
L'action pastorale devra faire en sorte que, à travers les caractéristiques
propres à chaque pèlerinage, le croyant accomplisse un itinéraire
de foi essentiel (128). Grâce à une catéchèse
adaptée et à un accompagnement attentif par des agents de
pastorale, la présentation des aspects fondamentaux du pèlerinage
chrétien ouvrira de nouvelles perspectives à la pratique
du pèlerinage dans la vie de l'Eglise.
33. Le but vers lequel tend l'itinéraire parcourut par le pèlerin
est tout d'abord la tente de la rencontre avec Dieu. Isaïe rapportait
déjà ces paroles de Dieu: "Ma maison sera appelée
maison de prière pour tous les peuples" (129). "Au terme
du chemin, pendant lequel son cur ardent aspire à voir le
visage de Dieu" (130), dans le sanctuaire où s'accomplit la
promesse divine: "mes yeux et mon cur y seront toujours"
(131), le pèlerin rencontre le mystère de Dieu, découvrant
son visage d'amour et de miséricorde. Cette expérience est
accomplie de façon particulière dans la célébration
eucharistique du mystère pascal, où le Christ est "au
sommet de la révélation de l'insondable mystère de
Dieu" (132); c'est là que l'on contemple Dieu, toujours disposé
à la grâce en Marie, la Mère de Dieu (133) et qu'on
le glorifie, admirable à travers tous ses saints (134).
Dans le pèlerinage, l'homme reconnaît que "par sa naissance
il est appelé au dialogue avec Dieu" (135), et à travers
celui-ci il est donc aidé à redécouvrir que, pour
"rester dans l'intimité de Dieu", le chemin qui lui est
offert est le Christ, le Verbe fait chair. L'itinéraire du pèlerin
chrétien doit révéler ce "point essentiel qui
différencie le christianisme des autres religions" (136).
Dans son ensemble, le pèlerinage doit manifester "que pour
l'homme le Créateur n'est pas une puissance anonyme et éloignée:
il est le Père" (137), et nous sommes tous ses fils, frères
dans le Christ Seigneur. Il faut orienter l'engagement pastoral afin que
cette vérité fondamentale de la foi chrétienne (138)
ne soit pas obscurcie par les cultures et les coutumes traditionnelles,
ni par de nouvelles modes ou mouvements spirituels. L'action pastorale
visera cependant à une constante inculturation du message évangélique
dans chaque culture locale de chaque peuple.
Enfin, l'efficacité des sanctuaires sera toujours davantage mesurée
par leur capacité à répondre au besoin croissant
que l'homme éprouve, dans le rythme frénétique de
la vie moderne, d'un "contact silencieux et recueilli avec Dieu et
avec lui-même" (139). Le parcours et l'objectif du pèlerinage
conduiront à la floraison de la foi et à l'intensité
de la communion avec Dieu dans la prière; ce que le prophète
Malachie annonçait doit donc être accompli en esprit: "Mais,
du levant au couchant, mon Nom est grand chez les nations, et en tous
lieu un sacrifice d'encens est présenté à mon nom,
ainsi qu'une offrande pure. Car grand est mon Nom chez les nations! dit
Yahvé Sabaot" (140).
34. Le pèlerinage conduit à la tente de la rencontre avec
la Parole de Dieu. L'expérience fondamentale du pèlerin
doit être celle de l'écoute, car "de Jérusalem
vient la parole de Yahvé" (141). L'engagement primordial du
voyage saint est donc celui de l'évangélisation, qui est
souvent associée aux lieux saints eux-mêmes (142). L'annonce,
la lecture et la méditation de l'Evangile doivent accompagner les
pas du pèlerin et la station dans le sanctuaire, pour que s'accomplisse
ce que le Psalmiste affirmait: "Une lampe sur mes pas, ta parole,
une lumière sur ma route" (143).
Les moments du pèlerinage, en raison des circonstances qui les
suscitent, des buts qu'ils poursuivent, de leur proximité des nécessités
et des joies quotidiennes, sont déjà un terrain favorable
à l'accueil de la Parole de Dieu dans les curs (144); ainsi
la Parole devient force de la foi, aliment spirituel, source pure et éternelle
de vie spirituelle (145).
Toute l'action pastorale au service du pèlerinage doit concentrer
ses efforts sur la façon dont le pèlerins approche la Parole
de Dieu. Il faut tout d'abord organiser un processus catéchétique
adapté aux circonstances de sa vie de foi, exprimant sa réalité
culturelle, à travers des moyens de communication réellement
accessibles et dont l'efficacité est prouvée. D'autre part,
cette présentation catéchétique, alors qu'elle tient
compte des événements qui sont célébrés
dans les lieux visités et de leur caractère particulier,
ne devra pas oublier la hiérarchie nécessaire dans la présentation
des vérités de foi (146), ni leur situation au sein de l'itinéraire
liturgique auquel toute l'Eglise participe (147).
35. Le pèlerinage conduit ensuite à la tente de la rencontre
avec l'Eglise, "assemblée de ceux que la Parole de Dieu convoque
pour former le Peuple de Dieu et qui, nourris du Corps du Christ, deviennent
eux-mêmes Corps du Christ" (148). L'expérience de la
vie commune avec les frères pèlerins devient également
l'occasion de redécouvrir le Peuple de Dieu en marche vers la Jérusalem
de la paix, dans la louange et dans le chant, dans l'unique foi et dans
l'unité de l'amour d'un seul Corps, celui du Christ. Le pèlerin
doit se sentir membre de l'unique famille de Dieu, entouré par
de nombreux frères dans la foi, sous la conduite du "grand
Pasteur des brebis" (149) qui nous conduit "aux sentiers de
la justice à cause de son nom" (150), guidés de façon
visible par les pasteurs qu'il a chargé de la mission de conduire
son peuple.
Lorsqu'il est entrepris par une communauté paroissiale, par un
groupe ecclésial, par une assemblée diocésaine ou
par des regroupements plus vastes, le pèlerinage devient un signe
de la vie ecclésiale (151). Dans ces cas, il est possible de prendre
davantage conscience que chacun des participants fait partie de l'Eglise,
selon sa propre vocation et son propre ministère.
La présence d'un animateur spirituel revêt une importance
particulière. Sa mission appartient pleinement au ministère
sacerdotal, pour lequel les prêtres "rassemblent la famille
de Dieu, fraternité qui n'a qu'une âme, et par le Christ
dans l'Esprit, ils la conduisent à Dieu le Père" (152).
Pour accomplir son ministère, il doit posséder une préparation
catéchétique spécifique, afin de transmettre avec
fidélité et clarté la Parole de Dieu, ainsi qu'une
préparation psychologique adaptée, pour pouvoir accueillir
et comprendre les diversités de tous les pèlerins. La connaissance
de l'histoire et de l'art lui sera également très utile,
pour être en mesure d'introduire le pèlerin dans la richesse
catéchétique qui naît des uvres d'art, qui représentent
des témoignages permanents de foi ecclésiale dans les sanc-tuaires
(153).
D'autre part, dans leur ministère, les prêtres ne peuvent
absolument pas oublier la fonction spécifique qui revient aux laïcs
dans le contexte vivant de l'Eglise-communion (154). Leur participation
active à la vie liturgique (155) et catéchétique,
leur responsabilité spécifique dans la formation des communautés
ecclésiales (156) et leur capacité de représenter
l'Eglise face aux nécessités humaines les plus variées
(157), les habilitent à collaborer C après une préparation
spécifique adéquate C à l'animation religieuse du
pèlerinage en assistant les frères tout au long de leur
chemin commun.
Le soin pastoral des pèlerinages requiert un accompagnement spirituel
également pour ceux qui entreprennent un pèlerinage en petits
groupes ou individuellement. Dans tous les cas, les responsables de l'accueil
dans le sanc-tuaire prédisposeront les moyens nécessaires,
afin que le pèlerin se rende compte que son chemin fait partie
du pèlerinage de foi de toute l'Eglise.
La rencontre du pèlerin avec l'Eglise et sa conscience d'être
une partie du Corps du Christ, devront passer à travers un renouveau
de son engagement baptismal. Le pèlerinage reproduit d'une certaine
façon le chemin de foi qui, un jour, le conduisit aux fonts baptismaux
(158), et qui s'exprime à présent de façon renouvelée
dans la participation sacramentelle.
36. Le sanctuaire est cependant également la tente de la rencontre
dans la réconciliation. En effet, c'est là que la conscience
du pèlerin est ébranlée; c'est là qu'il confesse
ses péchés, c'est là qu'il est pardonné et
qu'il pardonne, c'est là qu'il devient une créature nouvelle
à travers le sacrement de la réconciliation, c'est là
qu'il éprouve la grâce et la miséricorde divines.
Le pèlerinage reproduit donc l'expérience du fils prodigue
dans le péché, qui connaît la dureté de l'épreuve
et de la pénitence, s'engageant également dans les difficultés
du voyage, du jeûne, dans le sacrifice. Mais il connaît également
la joie de l'étreinte avec le Père riche de miséricorde,
qui le ramène de la mort à la vie: "Mon fils que voilà
était mort et il revenu à la vie; il était perdu
et il est retrouvé" (159). Les sanctuaires devront donc être
le lieu où le sacrement de la réconciliation est célébré
avec intensité, avec participation, avec une liturgie bien conduite,
avec des ministres disponibles et le temps nécessaire, avec des
prières et des chants, afin que la conversion personnelle porte
le sceau divin et soit vécue de façon ecclésiale.
Le pèlerinage, qui conduit au sanc-tuaire, doit être un chemin
de conversion soutenu par la ferme espérance de l'infinie profondeur
et de la force du pardon offert par Dieu; un chemin de conversion qui
"constitue la composante la plus profonde du pèlerinage de
tout homme sur la terre in statu viatoris, en état de cheminement"
(160).
37. Le but du pèlerinage doit être la tente de la rencontre
eucharistique avec le Christ. Si la Bible est par excellence le livre
du pèlerin, l'Eucharistie en est le pain qui le soutient sur son
chemin, comme ce fut le cas pour Elie qui marchait vers l'Horeb (161).
La réconciliation avec Dieu et avec les frères débouche
sur la célébration eucharistique. Elle accompagne déjà
les différentes étapes du pèlerinage qui doit refléter
l'événement pascal de l'exode, mais surtout l'épisode
du Christ qui célèbre sa Pâques à Jérusalem,
au terme de son long voyage vers la Croix et la gloire. C'est pourquoi,
selon les indications liturgiques générales et celles de
chaque Conférence épiscopale, "dans les sanc-tuaires
seront plus abondamment offerts aux fidèles les moyens de salut
en annonçant avec zèle la Parole de Dieu, en favorisant
convenablement la vie liturgique surtout pour la célébration
de l'Eucharistie et de la pénitence, ainsi qu'en entretenant les
pratiques éprouvées de piété populaire"
(162).
Une attention pastorale particulière sera réservée
aux pèlerins qui, en raison de leurs conditions de vie ordinaires,
se rendent dans les sanctuaires pour célébrer des occasions
particulières d'écoute de la Parole de Dieu et de célébration
eucharistique. Puissent-ils découvrir dans la joie de cet événement
l'appel à se comporter dans la vie quotidienne comme des messagers
et des constructeurs du Royaume de Dieu, de sa justice et de sa paix.
38. On comprend alors également pourquoi le pèlerinage est
aussi la tente de la rencontre avec la charité. Une charité
qui est tout d'abord celle de Dieu, qui nous a aimés le premier
en envoyant son Fils dans le monde. Cet amour ne se manifeste pas seulement
à travers le don du Christ comme victime expiatoire de nos péchés
(163), mais également à travers les signes miraculeux qui
rétablissent et qui consolent, comme le Christ le fit au cours
de son pèlerinage terrestre et comme cela se renouvelle dans l'histoire
des sanctuaires.
"Si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi, nous
aimer les uns les autres" (164). La charité doit déjà
être mise en acte par le pèlerin sur son chemin, en secourant
les plus indigents, en partageant la nourriture, le temps et les espérances,
tout en ayant conscience que c'est ainsi que l'on crée de nouveaux
compagnons de route. Une expression louable d'une telle charité
est la tradition, introduite en beaucoup d'endroits, selon laquelle les
offrandes que les fidèles présentent comme l'expression
de leur dévotion consistent en biens qui peuvent être distribués
parmi les plus pauvres. L'action pastorale doit animer ces gestes, en
s'appuyant sur une catéchèse toujours respectueuse des sentiments
des pèlerins et à travers des initiatives qui expriment
l'objectif des offrandes. A ce propos, il faut souligner l'uvre
entreprise dans certains sanctuaires, pour soutenir des institutions caritatives
ou des projets d'assistance en faveur des communautés des pays
en voie de développement.
Une charité particulière doit être réservée
aux malades en pèlerinage, en se rappelant des paroles du Seigneur:
"Dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus
petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait"
(165). L'assistance aux pèlerins malades est l'expression la plus
significative de l'amour qui doit alimenter le cur du chrétien
en marche vers le sanctuaire. Les pèlerins malades doivent être
accueillis de manière particulière et à travers une
hospitalité plus chaleureuse. Il sera donc nécessaire que
les structures d'accueil, les services offerts, les communications et
les transports soient organisés, équipés et gérés
avec dignité, attention et amour.
Pour ce qui les concerne, les malades devront se laisser irradier par
l'amour du Christ de façon à vivre la maladie comme un chemin
de grâce et un don de soi. Leur pèlerinage dans les lieux
où la grâce de Dieu s'est manifestée à travers
des "signes" particuliers, les aide à être des
évangélisateurs auprès des autres compagnons de souffrance.
Ainsi, d'"objets de compassion", ils deviennent des sujets engagés
et actifs, de véritables "pèlerins du Seigneur"
le long de toutes les routes du monde.
39. Le pèlerinage conduit cependant également à la
tente de la rencontre avec l'humanité. Toutes les religions du
monde, comme on l'a dit, possèdent elles aussi leurs itinéraires
sacrés et leurs villes saintes. Dans chaque lieu de la terre, Dieu
va à la rencontre de l'homme pèlerin et proclame une convocation
universelle à participer pleinement à la joie d'Abraham
(166). Les trois grandes religions monothéistes sont en particulier
appelées à retrouver "la tente de la rencontre"
dans la foi, pour témoigner et construire la paix et la justice
messianique, face aux nations pour la rédemption de l'histoire.
La pastorale doit porter une attention particulière au fait que
de nombreux sanctuaires chrétiens sont le but de pèlerinage
de croyants d'autres religions, en raison d'une tradition séculaire
ou de la récente immigration. Cela appelle l'action pastorale de
l'Eglise à y répondre par des initiatives d'accueil, de
dialogue, de secours et une fraternité authentique (167). L'accueil
réservé aux pèlerins les aidera certainement à
découvrir le sens profond du pèlerinage. Le sanctuaire doit
être pour eux le lieu de ce respect que nous devons manifester à
travers la pureté de notre foi dans le Christ, unique sauveur de
l'homme.
Il faut aussi observer que le chrétien ne doit pas être présent
aux seules grandes assemblées cuméniques et aux rencontres
interreligieuses, mais aussi aux côtés de tous ceux qui cherchent
Dieu avec un cur sincère en parcourant les voies de l'esprit
"comme à tâtons et qui le trouvent, car il n'est pas
loin de chacun de nous" (169). Le pèlerinage lui-même,
souvent accompli en terre étrangère, conduit à la
connaissance d'usages, de coutumes, de cultures différentes. Il
doit alors se transformer en une occasion de communion solidaire avec
les valeurs d'autres peuples, nos frères dans l'humanité
qui nous rassemble et dont tous tirons notre origine dans l'unique Créateur.
Le pèlerinage est également un moment de coexistence avec
des sujets d'âge et de formation diverses. Il faut partir ensemble
en voyage pour pouvoir ensuite avancer dans la vie ecclésiale et
sociale. Les jeunes peuvent le faire lors de leurs marches et des Journées
mondiales de la Jeunesse; les personnes âgées et les malades,
parfois avec les jeunes, dans des pèlerinages vers les sanctuaires
plus traditionnels. Les pèlerins, dans leur multiple diversité,
accomplissent ensemble ce que le Psalmiste souhaitait: "Rois de la
terre, tous les peuples, princes, tous les juges de la terre, jeunes hommes,
aussi les vierges, les vieillars avec les enfants! Qu'ils louent le nom
de Yahvé: sublime est son nom, lui seul, sa majesté par-dessus
terre et ciel!" (170).
40. Le pèlerinage a également pour but la tente de la rencontre
personnelle avec Dieu et avec soi-même. Egaré par la multiplicité
de ses occupations et par la réalité quotidienne, l'homme
a besoin de se redécouvrir à travers la réflexion,
la méditation, la prière, l'examen de conscience, le silence.
Dans la tente sainte du sanctuaire, il doit s'interroger sur ce qu'il
"reste de la nuit" de son esprit, comme le dit Isaïe dans
son chant de la sentinelle: "Le matin vient, puis encore la nuit.
Si vous voulez interroger, interrogez! Revenez! Venez!" (171). Les
grandes questions sur le sens de l'existence, sur la vie, sur la mort,
sur le destin ultime de l'homme doivent retentir dans le cur du
pèlerin afin que le voyage ne soit pas seulement un mouvement du
corps, mais également un itinéraire de l'âme. Dans
le silence intérieur, Dieu se révélera précisément
comme le "bruit d'une brise légère" (172) qui
transforme le cur et l'existence. Ce n'est qu'ainsi que, lorsqu'il
reviendra chez lui, il ne retombera pas dans la distraction et dans la
superficialité, mais qu'il conservera une étincelle de la
lumière reçue dans l'âme et qu'il ressentira le besoin
de répéter à l'avenir cette expérience de
plénitude personnelle "gardant au cur les montées"
(173).
Alors, le pèlerin parcoura à nouveau l'itinéraire,
en l'accompagnant par la prière liturgique de l'Eglise et par les
exercices de dévotion les plus simples, par la prière personnelle
et des moments de silence, par la contemplation qui naît du cur
des plus pauvres, qui "tournent leur regard vers la main de leur
maître" (174).
41. Lorsqu'on est en pèlerinage, on a également l'occasion
d'entrer dans la tente de la rencontre cosmique avec Dieu. Souvent, les
sanctuaires sont situés dans des lieux extraordinaires, ils expriment
des formes artistiques fascinantes, ils rassemblent en eux d'antiques
mémoires historiques, ils sont les expressions de cultures poussées
et populaires. Il est alors nécessaire de faire en sorte que le
pèlerinage n'exclut pas cette dimension de l'esprit. Il est important
de comprendre que, dans une plus grande disponibilité à
apprécier la nature, se révèle une précieuse
dimension spirituelle de l'homme moderne. Que cette contemplation devienne
le thème de moments de réflexion et de prière, de
façon à ce que le pèlerin rende louange au Seigneur
pour les cieux, qui racontent sa gloire (175), et qu'il se sente appelé
à être un ministre du monde dans la piété et
la justice (176).
Il faut également remarquer que, par certains côtés,
chaque pèlerinage révèle un aspect du tourisme religieux
qui doit être soigné non seulement pour l'enrichissement
personnel de la personne, mais également pour la plénitude
de l'esprit. La contemplation de la beauté est source de spiritualité.
C'est pourquoi, "les objets votifs d'art populaire et les témoignages
de piété, exposés dans les sanctuaires ou dans des
lieux proches, seront conservés et gardés en sûreté"
(177). On doit montrer ces trésors au pèlerin, grâce
à des guides, afin que, à travers la beauté artistique
et la spontanéité des témoignages séculaires
de foi, il puisse chanter à Dieu sa joie et son espérance
"avec art" (178), qu'il puisse retrouver dans la contemplation
des choses admirables la sérénité, car "la grandeur
et la beauté des créatures font, par analogie, contempler
leur Auteur" (179).
L'action pastorale doit également tenir compte de tous ceux qui
parcourent les voies des pèlerinages pour d'autres raisons, telles
que la culture ou les loisirs. La façon de présenter les
divers lieux et monuments doit manifester leur relation explicite avec
le chemin des pèlerins, avec le but spirituel auquel ils conduisent
et avec l'expérience de foi qui est à leur origine et qui
les anime encore. Ces informations doivent être offertes aux organisateurs
de ces voyages, pour qu'ils soient entrepris dans le plus grand respect
et qu'ils contribuent véritablement à l'enrichissement culturel
des voyageurs et à leur croissance spirituelle.
42. Enfin, le pèlerinage est très souvent la voie pour entrer
dans la tente de la rencontre avec Marie, la Mère du Seigneur.
Marie, en qui se retrouvent le pèlerinage du Verbe vers l'humanité
et le pèlerinage de foi de l'humanité (180), est "celle
qui avance dans le pèlerinage de la foi" (181), devenant l'"Etoile
de l'évangélisation" (182) sur le chemin de toute l'Eglise.
Les grands sanctuaires marials (comme Lourdes, Fatima ou Lorette; Cz{l-eogonek}stochowa,
Altötting ou Mariazell; Guadalupe, Aparecida ou Luján), et
les petits sanctuaires, que la dévotion populaire a érigés
en grand nombre dans des milliers de localités, peuvent être
des lieux privilégiés pour rencontrer son Fils qu'elle nous
donne. Son sein a été le premier sanctuaire, la tente de
la rencontre entre la divinité et l'humanité sur laquelle
l'Esprit Saint est descendu et "la puissance du Très-haut
a étendu son ombre" (183).
Le chrétien se met en voyage avec Marie sur les routes de l'amour,
rejoignant Elisabeth qui incarne les surs et les frères du
monde avec qui établir un lien de foi et de louange (184). Le Magnificat
devient alors le chant par excellence non seulement de la peregrinatio
Mariae mais également de notre pèlerinage dans l'espérance
(185). Le chrétien se met en voyage avec Marie sur les routes du
monde pour monter jusqu'au Calvaire et être à ses côtés
comme le disciple bien-aimé afin que le Christ la lui donne comme
Mère (186). Le chrétien se met en voyage avec Marie sur
les routes de la foi, rejoignant à la fin le Cénacle où,
avec elle, il reçoit de son Fils ressuscité le don de l'Esprit
Saint. (187).
La liturgie et la piété chrétienne offrent au pèlerin
de nombreux exemples de la façon dont il peut avoir recours à
Marie, comme compagne de pèlerinage. Qu'on y fasse référence,
en tenant tout d'abord compte du fait que les exercices de piété
concernant la Vierge Marie doivent clairement exprimer la dimen-sion trinitaire
et christologique de façon intrinsèque et essentielle (188).
En nourrissant une dévotion mariale authentique (189), les pèlerins
enrichiront leur profonde dévotion à la Mère de Dieu
de nouvelles formes et manifestations de leurs sentiments intimes. (top)
Conclusion
43. Le pèlerinage symbolise l'espérance de l'homo viator
qui, à peine sorti du sein maternel, s'avance sur le chemin du
temps et de l'espace de son existence; l'expérience fondamentale
d'Israël, qui est en marche vers la terre promise du salut et de
la pleine liberté; l'expérience du Christ qui, de la terre
de Jérusalem monte jusqu'au ciel, ouvrant la voie vers le Père;
l'expérience de l'Eglise, qui poursuit sa route dans l'histoire
vers la Jérusalem céleste; l'expérience de toute
l'humanité, qui se dirige vers l'espérance et la plénitude.
Chaque pèlerin devrait confesser: "Par la grâce de Dieu,
je suis homme et chrétien, par mes actions un grand pêcheur,
par ma condition un pèlerin sans toît de la plus humble espèce,
qui erre de lieu en lieu. Tout mon bien n'est qu'un sac sur mes épaules,
avec un peu de pain sec et une Sainte Bible que je porte sous la chemise.
Je n'ai rien d'autre" (190).
La Parole de Dieu et l'Eucharistie nous accompagnent dans ce pèlerinage
vers la Jérusalem céleste, dont les sanctuaires sont le
signe vivant et visible. Lorsque nous l'auront rejointe, les portes du
Royaume s'ouvriront, nous abandonneront l'habit de voyage et le bâton
de pèlerin et nous entrerons dans notre maison définitive
"pour être avec le Seigneur toujours" (191). Il sera là
au milieu de nous "comme celui qui sert" (192) et il soupera
avec nous et nous avec lui.
Le 11 avril 1998, le Souverain Pontife Jean-Paul II, a approuvé
la publication du présent document.(top)
Cité du Vatican, 25 avril 1998
S. Em. Giovanni Cardinal CHELI, Président
S. Exc. Mgr Francesco GIOIA, Secrétaire
Notes
1) 1 Cr 29, 15.
2) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Lumen Gentium, n. 49.
3) Cf. Conseil national de la Conférence épiscopale italienne
pour la Pastorale del Temps libre, du Tourisme et du Sport, Pastorale
du Pèlerinage, 1996, p. 44.
4) Cf. Gn 3, 23-24.
5) Cf. ibid. 4, 15.
6) Cf. Lc 15, 11-32.
7) Pr 2, 13; 4, 19.
8) Cf. ibid. 2, 15; 10, 9; 21, 8.
9) Cf. ibid. 2, 19; 5, 6; 6, 23; 15, 24.
10) Cf. ibid. 8, 20; 12, 28; Ba 3, 13; Is 59, 8.
11) Cf. Ps 119, 30; Tb 1, 3.
12) Cf. Ps 101, 2.
13) Cfr Gn 12, 1-4.
14) He 11, 8-9.13.
15) Gn 23, 4.
16) Cf. ibid. 21, 9-21; 26, 12-18.
17) Cf. ibid. 28, 2.
18) Cf. ibid. 47 et 50.
19) Cf. 1 Co 10, 1-13.
20) Cf. Is 43, 16-21.
21) Cf. Sg. 11-19.
22) Cf. ibid. 19.
23) Dt 2, 7.
24) Jos 24, 17.
25) Jr 2, 2.
26) Es 22, 20.
27) Dt 24, 17; cf. 10, 18.
28) Ps 39, 13; 119, 19.
29) Cf. Lv 25, 23.
30) Cf. Ex 34, 24.
31) Cf. Ps 120-134.
32) Cf. Ps 128, 1.
33) Cf. Dt 32, 18; Ps 18, 3; 46, 2-8.
34) Cf. Ps 122, 4.
35) Cf. Ps 15, 1.5.
36) Cf. Ps 43, 3-4.
37) Ps 84, 5-6.
38) Jr 31, 6; cf. Is 2, 5.
39) Cf. Is 2, 2-4; 56, 6-8; 66, 18-23; Mi 4, 1-4; Za 8, 20-23.
40) Cf. Jr 31, 31-34.
41) Cf. Is 1, 17.
42) Cf. Os 2, 16-18.
43) Cf. Is 60, 3-6.
44) Ibid. 25, 6.
45) Cf. ibid. 55, 1-2.
46) Cf. Ez 34, 11-16.
47) Jn 14, 6.
48) Jean-Paul II, Encycl. Redemptor hominis, 18.
49) Jn 1, 2.14.
50) Jean-Paul II, Lettre apost. Tertio millennio adveniente, n. 6.
51) Cf. Lc 2, 22-24.
52) Ibid. 2, 49.
53) Cf. Lc 9, 51; 24, 51.
54) Ibid. 9, 31.
55) Mt 16, 24; cf. Mt 10, 38 et Lc 9, 23.
56) Cf. Mc 8, 27.34; 9, 33-34; 10, 17.21.28.32-33.46.52.
57) Cf. Ac 1, 11.
58) Cf. Jn 14, 2-3.
59) Jn 16, 28; 17, 24.
60) Ac 2, 9-11.
61) Cf. Lc 24, 13-35.
62) Cf. Mt 2, 1-12.
63) Mt 8, 11.
64) Cf. Ac 2, 28; 9, 2; 16, 17; 18, 25-26; 19, 9.23; 22, 4; 24, 14.32.
65) Cf. Mt 28, 19-20.
66) Ga 5, 16.
67) Cf. Ap 22, 17.20.
68) Ep 2, 19; 1 P 2, 11.
69) Cf. Ep 2, 19
70) He 13, 13-14.
71) Ap 21, 4.
72) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. Dogm. Lumen Gentium, n. 9.
73) Cf. Ac 8, 4.
74) Cf. Ac 2, 7-11.
75) Jean-Paul II, Lettre apost. Tertio millennio adveniente, n. 25.
76) Cf. Saint Augustin, De vera religione 39, 72: CCL 32, 234; PL 34,
154.
77) Saint Augustin, De Trinitate 15, 2, 2: CCL 50, 461; PL 42, 1058.
78) Origène, In Leviticum XIII, 5: SCh 287, 220; PG 12, 551.
79) Cf. Saint Grégoire de Nysse, Lettre 2, 18: SCh 363, 122; PG
46, 1013.
80) Cf. Saint Jérôme, Lettre 58, 2-3: CSEL 54, 529-532; PL
22, 580-581.
81) Cf. Ps 36, 10.
82) Mt 5, 48.
83) Ga 2, 20.
84) Ph 1, 21.
85) Jean-Paul II, Discours lors de la visite à Vienne (10 septembre
1983): ORLF n. 38 du 20/09/83; AAS 76 (1984), p. 140.
86) Saint Bernard, Lettre à l'Evêque de Lincoln. Let. 64,
2: PL 182, 169sq.
87) "Urbs Ierusalem beata, dicta pacis visio, quae construitur in
coelis, vivis ex lapidibus". Brev. Rom., Comm. de Dedic. Eccl., Himnus
ad Vesp.
88) Martin Luther, A la Noblesse chrétienne (1520), WA 6, 437.
89) Jean-Paul II, Lettre apost. Tertio millennio adveniente, n. 18.
90) Conc. cum. Vat. II, Message au monde (20-10-1962): AAS 54 (1962)
p. 822.
91) Cf. Jean XXIII, Discours lors de l'ouverture du Concile Vatican II
(11-10-1962): ORLF n. 41 du 12/10/62; AAS 54 (1962) p. 790; Paul VI, Discours
lors de l'ouverture de la Deuxième session du Concile Vatican II
(29-9-1963): ORLF n. 40 du 04/10/63; AAS 55 (1963) p. 842.
92) Paul VI, Discours lors de la clôture de la troisième
session du Concile Vatican II (21-11-1964): ORLF n. 48 du 27/11/64; AAS
56 (1964) p. 1013.
93) Paul VI, Discours à l=Assemblée des Nations unies (4-10-1965):
ORLF n. 41 du 08/10/65; AAS 57 (1965) p. 878.
94) Conc. cum. Vat. II, Message au monde (8-12-1965): AAS 58 (1966)
p. 11.
95) Cf. Paul VI, Discours lors de la clôture de la Deuxième
session du Concile Vatican II (4-12-1963): ORLF n. 50 du 13/12/63; AAS
56 (1964) p. 39.
96) Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Sacrosanctum concilium, n.
2.
97) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Lumen Gentium, nn. 7-9.
98) Ibid., n. 3; cf. n. 13.
99) Ibid., n. 3.
100) Cf. Conc. cum. Vat. II, Décret Ad gentes, n. 5.
101) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Sacrosanctum concilium,
n. 7; n. 10.
102) Cf. Ex 12, 1-14.
103) Cf. Jos 5, 10-12.
104) Cf. Conc. cum. Vat. II, Décret Ad Gentes, n. 2; Const.
dogm. Lumen gentium, n. 17.
105) Mt 28, 19.
106) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Dei verbum, n. 7.
107) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 38.
108) Cf. ibid., nn. 1-7.
109) Cf. ibid., n. 3; n. 11.
110) Cf. ibid., n. 43.
111) Cf. ibid., n. 44.
112) Exhortation apostolique Nobis in animum de Paul VI, 25-3-1974, sur
les besoins croissant de l'Eglise en Terre Sainte; Lettre apostolique
Apostolorum limina di Paul VI, 25-5-1974, pour l'indiction de l=Année
Sainte 1975; Exhortation apostolique Gaudete in Domino de Paul VI, 9-5-1975,
sur la joie chrétienne de l'Année Sainte; Lettre apostolique
Aperite portas Redemptori de Jean-Paul II, 6-1-1983, pour l'indiction
du Jubilé de 1983; Lettre apostolique Redemptionis anno de Jean-Paul
II, 20-4-1984, sur Jérusalem, patrimoine sacré de tous les
croyants, en conclusion du Jubilé de 1983; Lettre apostolique Tertio
millennio adveniente de Jean-Paul II, 10-11-1994.
113) Jean-Paul II, Audience générale du 9 avril 1997, en
référence à la visite pastorale à Sarajevo,
ORLF n. 15 du 15/04/97.
114) Cf. Lv 25.
115) Ps 104, 13.
116) Ac 2, 44-45.
117) Dt 15, 4.7.
118) Lc 1, 68.
119) Cf. Saint Augustin, Confessions I, 1: CCL 27, 1; PL 32, 661; XIII,
38, 53: CCL 27, 272sq.; PL 32, 868.
120) Ps 85, 11.
121) Rm 10, 20; cf. Is 65, 1.
122) Is 2, 3.
123) Ap 21, 2.
124) "Somos un pueblo que camina y juntos caminando queremos alcanzar
una ciudad que no se acaba sin pena ni tristeza ciudad de eternidad"
(Chant latino-américain).
125) Cf. Lv 25.
126) Cf. Ex 27, 21; 29, 4.10-11.30.32. 42.44.
127) Cf. Congrégation pour le Culte Divin, Orientations et propositions
pour la célébration de l=année mariale (3 avril 1987):
Notitiae 23 (1987) pp. 342-396.
128) Cf. Jean-Paul II, Discours à un groupe d'évêques
des Etats-Unis en visite ad limina (21 septembre 1993): ORLF n. 43 du
26/10/93; AAS 86 (1994) p. 495.
129) Is 56, 7.
130) Jean-Paul II, Discours aux participants au I Congrès mondial
de la Pastorale des Sanctuaires et des Pèlerinages (28 février1992):
ORLF n. 11 du 17/03/92, Insegnamenti de Jean-Paul II, XV, 1 (1992) 420.
131) 1 R 9, 3.
132) Jean-Paul II, Encyc. Dives in misericordia, n. 8.
133) Cf. ibid., 9.
134) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. Dogm. Lumen gentium, n. 50.
135) Conc. cum. Vat. II, Const. Past. Gaudium et spes, n. 19.
136) Jean-Paul II, Lettre apost. Tertio millennio adveniente, n. 6.
137) Paul VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi, n. 26.
138) Cf. Catéchisme de l'Eglise catholique, n. 240.
139) Jean-Paul II, Lettre pour le VII Centenaire du Sanctuaire de la Sainte
Maison de Lorette (15 août 1993): ORLF n. 41 du 12/10/93; Insegnamenti
de Jean-Paul II, XVI, 2 (1993) 533.
140) Ml 1, 11.
141) Is 2, 3.
142) Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. Catechesi tradendae, n. 47.
143) Ps 119, 105.
144) Cf. Jean-Paul II, Discours aux directeurs diocésains français
de pèlerinage (17 octobre 1980): ORLF n. 44 du 28/10/80; Insegnamenti
de Jean-Paul II, III, 2 (1980) 894-897.
145) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, n. 21.
146) Cf. Paul VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi, n. 25.
147) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Sacrosanctum concilium,
n. 102; Collectio Missarum de beata Maria Virgine, Introductio, n. 6.
148) Catéchisme de l'Eglise catholique, n. 777.
149) He 13, 20.
150) Ps 23, 3.
151) Cf. Jean-Paul II, Discours aux évêques français
à l'occasion de leur visite "ad limina" (4 avril 1992):
ORLF n. 14 du 07/04/93; AAS 85 (1993) p. 368.
152) Conc. cum. Vat. II, Décret Presbyterorum ordinis, n.
6.
153) Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Pastores dabo vobis
(4 avril 1992), nn. 71-72; AAS 84 (1992) pp. 782-787.
154) Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. Christifideles laici, n. 18.
155) Cf. ibid., n. 23.
156) Cf. ibid., n. 34.
157) Cf. ibid., n. 7.
158) Cf. Jean-Paul II, Homélie dans la Basilique d'Aparecida, Brésil
(4 juillet 1980): ORLF n. 29 du 15/07/80; Insegnamenti de Jean-Paul II,
III, 2 (1980) 99.
159) Lc 15, 24.
160) Jean-Paul II, Encyc. Dives in misericordia, n. 13.
161) Cf. 1 R 19, 4-8.
162) Code de Droit canonique, can. 1234 1.
163) Cf. 1 Jn 4, 10.
164) Ibid. 4, 11.
165) Mt 25, 40.
166) Cf. Paul VI, Exhort. apost. Gaudete in Domino, c. V.
167) Cf. Jean-Paul II, Encyc. Redemp-toris missio, n. 37.
168) Cf. 1 Tm 2, 5.
169) Ac 17, 27.
170) Ps 148, 11-13.
171) Is 21, 11-12.
172) 1 R 19, 12.
173) Psl 84, 6.
174) Cf. Ps 123, 2.
175) Cf. Ps 19, 2.
176) Cf. Sg 9, 3.
177) Code de Droit canonique, can. 1234 ' 2.
178) Ps 47, 8.
179) Sg 13, 5; cf. Rm 1, 19-20.
180) Cf. Paul VI, Exhort. apost. Marialis cultus, n. 37.
181) Jean-Paul II, Encyc. Redemptoris Mater, n. 25.
182) Paul VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi, n. 82.
183) Lc 1, 35.
184) Cf ibid. 1, 39-56.
185) Cf. Jean-Paul II, Encyc. Redemp-toris Mater, n. 37.
186) Cf. Jn 19, 26-27.
187) Cf. Ac 1, 14; 2, 1-4.
188) Cf. Paul VI, Exhort. apost. Marialis cultus, n. 25.
189) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 67.
190) Anonyme, Récits d'un pèlerinage russe, c. I.
191) 1 Th 4, 17.
192) Lc 22, 27.
193) Cf. Ap 3, 20.
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