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Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants
et des Personnes en déplacement
Orientations pour la Pastorale du Tourisme
Introduction(nos 1-2)
I. La réalité du tourisme
aujourd'hui(nos 3-17)
1) Tourisme et temps libre (nos
4-5)
2) Tourisme et personne (nos
6-10)
3) Tourisme et société (nos
11-13)
4) Tourisme et théologie (nos
14-17)
II. Objectifs pastoraux(nos 18-30)
1) Accueil (nos 19-21)
2) Vivre chrétiennement le
tourisme (nos 22-29)
3) Collaboration entre Eglise et
société (n° 30)
III. Structures pastorales(nos 31-35)
1) Le Conseil Pontifical pour la
Pastorale des Migrants et des Personnes en déplacement (n° 32)
2) Les Conférences épiscopales
(n° 33)
3) Les diocèses (n° 34)
4) Les paroisses (n° 35)
Conclusion(n° 36)
Introduction
1. L'Eglise a
exprimé son attention pastorale à l'égard du phénomène touristique en 1969
à travers le Directoire Peregrinans in terra.[1]
Le tourisme se présentait alors comme une plate-forme offrant de nombreuses
possibilités pour le progrès des personnes et des peuples. Cependant, dès
cette époque, l'Eglise se montrait vigilante par rapport à certains dangers
qui pouvaient dériver d'une pratique du tourisme ne tenant pas suffisamment
compte des critères moraux.
Avec le temps, le tourisme a connu une forte évolution, touchant des millions
de personnes et se transformant par de nombreux aspects en un des principaux
vecteurs de l'activité économique. L'expansion de l'activité touristique a bénéficié
à de nombreuses personnes et à des pays entiers mais, en même temps, elle
s'est souvent révélée source de dégradation de la nature et des personnes
elles-mêmes. L'effort pastoral de l'Eglise a accompagné cette évolution.
Suivant les indications du Directoire Peregrinans in terra et les autres
indications du Saint-Père, de nombreux évêques, prêtres, religieux et laïcs
se sont engagés dans un travail pastoral créatif et constant pour imprégner
de sens chrétien cette dimension de la vie humaine.
Au cours de cette décennie, bien des chrétiens ont acquis une vision plus
complète du tourisme, découvrant ses aspects positifs et négatifs. Pour de
nombreuses communautés ecclésiales, le phénomène du tourisme a cessé d'être
une réalité marginale ou un motif de dérangement de la vie ordinaire, pour se
transformer en une occasion d'évangélisation et de communion. Le tourisme
pourrait devenir « un facteur d'une importance fondamentale dans l'édification
d'un monde ouvert à la coopération entre tous, grâce à la connaissance réciproque
et à l'approche directe de réalités diverses».[2]
Les diocèses et les Conférences épiscopales se sont d'ailleurs donnés des
structures pastorales adéquates, selon les exigences de chaque lieu.
Ce document, qui recueille toutes les exigences et les indications valables de Peregrinans
in terra, ainsi que les expériences des diverses Eglises locales, se
propose de fournir une réflexion et des critères pastoraux sur le tourisme, en
réponse aux nouvelles circonstances.
2. Le tourisme actuel est un fait social et économique aux multiples dimensions,
qui peut impliquer les personnes de diverses façons. On compte chaque année
des centaines de millions de touristes internationaux ou à l'intérieur de leur
pays. En outre, des millions de gens sont concernés par le phénomène
touristique comme travailleurs, promoteurs et agents du tourisme ; d'autres sont
employés dans des activités auxiliaires ou, plus simplement, résident dans
des localités touristiques. La pastorale du tourisme s'adresse à toutes ces
catégories de personnes.
Les destinataires de ce document sont les évêques qui, dans le cadre de leurs
Eglises, animent et dirigent l'action pastorale. Le document s'adresse
aussi aux prêtres, aux religieux et aux religieuses ; il interpelle aussi les
laïcs, appelés à exercer leur activité d'évangélisation dans ce domaine spécifique
de la réalité sociale et séculière.
A ces destinataires, chacun selon son propre rôle, il revient d'imprégner le
tourisme des valeurs humaines et chrétiennes proclamées par l'Evangile de Jésus-Christ.
(top)
I. LA RÉALITÉ DU TOURISME
AUJOURD'HUI
3. Le besoin qu'à l'homme de se déplacer a été accentué par le développement
rapide des moyens de transport, ainsi que par une plus grande liberté de
circulation des personnes et des biens entre les différents états et par une
homogénéisation juridique et sociale plus concertée. Par le passé, des
conditions naturelles ou sociales adverses ont poussé ou contraint des groupes
plus ou moins importants à changer de lieu de résidence. Cependant, jamais ne
manquèrent les voyageurs qui se mirent en routeavec le désir de connaître d’autres peuples, d'établir des relations avec d'autres cultures et d'acquérir une vision plus
globale de la réalité. Ce sont là des exemples de ce que l'homme moderne a
cherché, d'abord à travers la première formation le 'Grand Tour', puis
à travers le tourisme actuel.
Dans le monde diversifié de la mobilité, le tourisme trouve sa définition spécifique
comme activité qui se développe durant le temps libre. C'est désormais une
convention sociale que de considérer comme voyage touristique un déplacement
hors de son lieu habituel de résidence pour une période supérieure à
vingt-quatre heures et inférieure à un an, dont la finalité n'est pas l'exercice
d'activités rémunérées. En d'autres circonstances, le motif du voyage
devient également compatible avec la pratique d'activités typiquement
touristiques : c'est le cas des déplacements de ceux qui souhaitent satisfaire
des objectifs commerciaux, des travailleurs encadrés dans des entreprises
internationales, des participants à des congrès et à des activités de
formation, des sportifs et des travailleurs du monde du spectacle. Ainsi, la
pratique du tourisme présente un plus large éventail de motivations et une
multiplicité de formes. La référence au temps libre et à sa signification
finalisée à la réalisation humaine demeure le critère pour évaluer et
mettre en valeur la pratique du tourisme.
4. Le phénomène touristique, surtout aujourd'hui, attire avant tout l'attention
en raison des dimensions qu'il a atteintes et des perspectives de son expansion.
Au milieu du XXème siècle, lorsque le tourisme est devenu accessible à
beaucoup dans les pays industrialisés, on comptait environ 25 millions de
touristes internationaux. Depuis, ils sont passés à 698 millions en l'an 2000.
Une croissance encore plus forte a été enregistrée pour le tourisme sur le
territoire national des différents pays. Environ 1.600 millions d’arrivées
internationales pour raisons touristiques sont prévues pour 2020.[3]
L'industrie touristique s'est transformée en l'une des premières forces économiques
dans le monde entier et détient la première place dans plusieurs pays.
L'aspect dynamique et croissant du tourisme s'est accompagné d'une force
novatrice et créatrice, grâce à laquelle l'offrande s'est toujours mieux
adaptée aux nécessités et aux attentes des personnes. Aujourd'hui le tourisme
présente une grande variété de formes et constitue une réalité multiple et
en continuelle mutation.
En même temps, toutefois, l'activité touristique présente des aspects négatifs.
Les personnes qui l'encouragent ou qui en bénéficient l'utilisent trop souvent
à des fins illicites, dans certains cas comme instrument d'exploitation, et,
dans d'autres cas, comme une occasion d'agression contre des personnes, des
cultures ou la nature. Il ne faut pas s'en étonner si l'on tient compte du fait
que le tourisme n'est pas une réalité isolée, mais fait partie intégrante de
notre civilisation, dont il reproduit la dynamique, tant positive que négative.
Pour définir et fonder une pastorale du tourisme correcte, il faut prendre
conscience de la réalité du phénomène le plus complètement possible. Ce
document ne prétend pas offrir une telle analyse ; ce ne serait d'ailleurs pas
possible. Il semble cependant nécessaire d'attirer l'attention sur certains
aspects de première importance. En ce sens, quatre points méritent d'être
soulignés : la nature du temps libre et son rôle dans la vie des hommes et des
femmes d'aujourd'hui ; l'importance du tourisme pour la personne ; l'incidence
du tourisme dans l'ensemble de la société ; la réflexion sur le tourisme guidée
par la Parole de Dieu. (top)
1. Tourisme et temps libre
5. Travail et repos scandent le rythme naturel de l'existence de l'homme. Tous
deux sont nécessaires pour que les aspects essentiels de la vie de la personne
puissent se développer, dans la mesure où l'un et l'autre constituent des
domaines de créativité authentique.
Dans l'histoire de l'humanité, le travail a toujours été considéré comme
une nécessité douloureuse et les conditions de travail ont souvent été pénibles
et même violentes. Le processus qui a conduit à une amélioration a été long
; bien que s'étant accéléré à l'époque moderne, ses bienfaits n'atteignent
qu'une partie de l'humanité. A cause des progrès technologiques les plus récents,
non seulement les conditions de travail ont changé, mais également la nature même
du travail, apportant des mutations substantielles dans la vie des personnes.
L'une des plus significatives est précisément une plus grande disponibilité
de temps libre.
Ce sont surtout la pratique du « week-end » et des congés payés qui ont
contribué à augmenter le temps libre. Par ailleurs, dans la vie de l'homme d'aujourd'hui,
le temps libre occupe une place très importante durant la période de la
jeunesse et au terme de la vie active, périodes qui se sont considérablement
allongées.
Il est nécessaire de réaffirmer que tous ne jouissent pas de cette possibilité
et que dans le monde, même dans les pays les plus développés, des millions de
gens ne disposent ni de temps libre, ni des moyens économiques et culturels
pour le vivre comme une véritable possibilité.
6. En outre, nous devons constater que cette plus grande disponibilité de temps
ne semble cependant pas suffisante pour satisfaire toutes les sollicitations que
propose la société, sous forme d'activités de formation, sociales ou orientées
vers le repos et le bien-être ; ou pour prendre en compte la quantité
croissante d'informations souvent incontournables pour assurer à la personne
pleine intégration et pleine participation à la société. De cette
discordance entre le temps effectivement disponible et le temps désiré jaillit
une angoisse qui se répercute inévitablement sur les relations familiales et
sociales.
En tout cas, le travail demeure la base de l'intégration et de la participation
de l'homme à la société, ainsi que le fondement de la vie familiale,[4]
et la condition de la réalisation de cette « vérité fondamentale, que l'homme,
créé à l'image de Dieu, participe par son travail à l'ouvre du Créateur ».[5]
Toutefois, avec le travail, le temps libre apparaît toujours plus comme
possibilité de réalisation personnelle et comme espace de créativité, comme
un droit qui contribue à la pleine dignité de la personne.
Face à cette considération du temps libre, il ne faut pas perdre cette idée
du repos, présente comme exigence de la nature humaine, qui manifeste en elle-même
une valeur inaliénable. Le repos, en effet, ne se réduit pas à la récupération
nécessaire de la fatigue du travail. Il trouve sa vraie signification quand l'homme
le consacre à 'du temps pour Dieu’, le reconnaissant comme Seigneur et
Sanctificateur, et quand il se dévoue généreusement au service des autres, en
particulier de sa famille. Avec l'idée du temps libre c'est davantage
l'autonomie de la personne et son effort d'autoréalisation qui sont soulignés,
dimensions qui ne peuvent atteindre leur plénitude que dans la fidélité à
Dieu, Créateur et Sauveur.
Les moyens dont l'homme dispose pour vivre le temps libre de façon vraiment
positive sont nombreux. Certains favorisent le repos, contribuent à la récupération
physique ou au perfectionnement des capacités personnelles. Certains profitent
à la dimension individuelle de la personne, d'autres à la dimension sociale.
Certains sont permanents, d'autres sporadiques. Ainsi, la lecture, les
manifestations culturelles et festives, le sport ou le tourisme font désormais
pleinement partie de la vie quotidienne, comme expression même du temps libre.
Ceux qui ont la chance de bénéficier de ce temps s'efforceront d'en découvrir
toute la dimension humaine et de le gérer d'une manière responsable, en s'engageant
pour que, le plus tôt possible, tous les hommes puissent disposer pleinement de
ce droit fondamental. (top)
2. Tourisme et personne
7. Le repos constitue pour les personnes un important motif les incitant à bénéficier
de temps libre. C'est aussi le motif le plus fréquent pour faire du tourisme.
Le voyage et le séjour plus ou moins prolongé en un lieu différent de sa résidence
habituelle prédisposent la personne à une distance par rapport au travail et
autres obligations inhérentes à sa responsabilité sociale. Le repos apparaît
ainsi comme une parenthèse dans la vie ordinaire.
Le danger existe alors que le repos soit considéré comme un doux far niente.
Sans aucun doute, une telle conception ne correspond pas à la réalité
anthropologique du repos. De fait, le repos consiste principalement à récupérer
un plein équilibre personnel que les conditions de la vie ordinaire tendent à
détruire. Pour cela, la seule cessation de toute occupation ne suffit pas, mais
il faut créer les conditions nécessaires à la récupération de l'équilibre.
Le tourisme est en mesure de faciliter ces conditions non seulement parce qu'il
comporte un éloignement du lieu de résidence et du milieu habituels, mais
aussi parce que de multiples activités rendent possibles de nouvelles expériences.
Un contact renouvelé avec la nature, une connaissance plus directe du
patrimoine artistique et monumental, des relations plus humaines avec d'autres
renforcent la construction harmonieuse de la personne.
8. L'activité touristique entretient un rapport très étroit avec la nature.
Le touriste, immergé dans une vie quotidienne dominée par la technique, désire
prendre un contact direct avec la nature, jouir de la beauté des paysages,
connaître les mœurs des animaux et la flore sauvage acceptant efforts et
risques. La nature constitue l'espace idéal pour entreprendre et développer
le tourisme.
Une meilleure conscience écologique est en train de transformer les relations
de l'homme avec la nature. A l'exemple de saint François d'Assise,[6]
l'homme doit s'habituer à voir en chaque chose de la création un frère et une
sœur pour pouvoir remonter au Créateur et dire: « Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toute ta création ».[7]
Une perception objective de la limite des ressources et de leur destruction causée
par tant d'activités humaines, ainsi qu'une connaissance plus profonde des équilibres
et une meilleure appréciation des diversités naturelles, imposent un code de
conduite que le tourisme doit faire sien, presque comme une condition de sa
survie. En outre, son rapport particulier avec les milieux qui se sont révélés
écologiquement plus vulnérables - îles, côtes, montagnes, forêts - impose
au tourisme une responsabilité spécifique qui doit être assumée
conjointement par les promoteurs, les agents du tourisme, les touristes et les
communautés locales.
C'est ainsi que sont apparues de nouvelles propositions de tourisme et de
nouvelles habitudes qui doivent être encouragées en raison de leur caractère
formateur et humain. La connaissance directe de la nature à travers les voyages
visant à découvrir ses merveilles ; l'exercice du respect de son équilibre grâce
à un tourisme plus sobre ; le contact plus personnalisé rendu possible par un
tourisme en groupes restreints, comme celui qui est favorisé, par exemple, par
le tourisme rural, modifient de manière positive les habitudes quotidiennes de
la personne, constamment sollicitée par la société de consommation.
9. L'intérêt pour la culture d'autres peuples détermine aussi, souvent le
choix du voyage. Le tourisme offre la possibilité d'une connaissance directe,
d'un dialogue sans intermédiaires qui permet aux visiteurs et aux visités de découvrir
la richesse de leur patrimoine respectif. Ce dialogue culturel, qui favorise la
paix et la solidarité, constitue un des biens les plus précieux dérivant du
tourisme.
En préparant son voyage, le touriste se disposera à cette rencontre, cherchant
une documentation adéquate pour l'aider à comprendre et à apprécier le pays
qu'il s'apprête à visiter. Il s'informera du patrimoine artistique, de l'histoire,
des coutumes, de la religion et de la situation sociale du peuple qu'il
rencontrera. Ainsi, le dialogue qui s'instaurera sera fondé sur le respect
des personnes, il constituera un lieu vivant de rencontre et évitera le danger
de réduire la culture en objet de simple curiosité.
Pour sa part, la communauté locale proposera au touriste son patrimoine
artistique et sa culture, en ayant clairement conscience de son identité propre
et en encourageant les synergies qu'engendre tout dialogue authentique.
Inviter le touriste à connaître sa culture exige de la vivre profondément et
de la protéger jalousement. L'homogénéisation rapide des mœurs et des formes
de vie que l'on constate dans le monde entier advient fréquemment au détriment
de l'égale dignité qu'il faut reconnaître aux diverses civilisations. Le
tourisme ne doit pas devenir un instrument de dissolution ou de destruction,
presque une invitation pour les communautés locales à imiter tout ce qui est
étranger, avec le risque de compromettre les valeurs qui lui sont propres, à
cause d'injustes sentiments d'infériorité ou d'intérêts économiques. En
effet, de même qu'il est utile que le touriste se documente préalablement sur
son voyage, il est tout aussi nécessaire que la communauté locale présente au
touriste son patrimoine culturel de manière authentique, accessible, avec des
informations et des guides adaptés, et avec d'amples possibilités de
participation active à son mode de vie.
Un dialogue authentique contribuera, entre autres, à mieux conserver et
valoriser le patrimoine artistique et culturel des peuples, notamment à travers
un soutien économique généreux.
10. Dans le monde diversifié du tourisme, diverses propositions acquièrent en
elles-mêmes une signification particulière et révèlent certaines valeurs
humaines.
C'est le cas de la « fin de semaine » qui offre l'occasion de brefs déplacements,
presque toujours dans le milieu géographique proche, et qui encourage beaucoup
le développement du tourisme intérieur. Il s'agit d'une expérience aisément
accessible et fréquente, qui offre la possibilité de découvrir ses propres
racines culturelles et spirituelles. Il en va de même des déplacements motivés
par des célébrations locales qui concourent de façon spéciale à réunir les
familles et à renforcer les liens entre les personnes.
Le tourisme par groupe d'âge connaît un grand développement. Pensons au
tourisme des jeunes, effectué pour une bonne part dans le cadre de leur
formation. Ces voyages favorisent l'apprentissage de la vie en groupe et la découverte
des cultures d'autres peuples, à des moments particulièrement significatifs de
la vie. En d'autres occasions, l'objectif est la participation à des
manifestations sportives, à des festivals ou à d'autres événements spéciaux.
Les manifestations de violence qui accompagnent parfois ces rencontres devraient
pousser les jeunes à exercer leur sens des responsabilités pour le respect et
la vie en commun.
Les personnes du troisième âge ont, elles aussi, de nombreuses occasions de
pratiquer le tourisme, grâce aux conditions socio-économiques qui permettent
de multiples activités appropriées à l'âge de la retraite. Le tourisme leur
offre l'occasion de faire des connaissances et des expériences qui leur étaient
impossible à d'autres périodes de leur vie. Pour les personnes de cet âge, le
tourisme convenablement vécu peut devenir un moyen propice pour revigorer la
conscience de leur rôle actif dans la société, pour les stimuler à la créativité
et pour élargir les horizons de leur vie.
Enfin, le secteur touristique est activement impliqué dans d'autres initiatives
qui attirent des millions de personnes et qui mettent en relief des aspects spécifiques
du tourisme. Parmi ceux-ci méritent d'être mentionnés « les parcs d'attraction
à thème », les festivals, les manifestations sportives, les expositions
nationales et universelles, et des célébrations particulières comme - par
exemple - le choix d'un lieu comme capitale de la culture ou comme siège d'une
journée mondiale. (top)
3. Tourisme et société
11. En raison des dimensions atteintes jusqu'à présent, l'activité
touristique s'est transformée en l'une des principales sources d'emploi, tant
pour les emplois directs ou indirects qu'elle entraîne que pour les services
induits. C'est précisément pour cette raison que de nombreux pays se sont
orientés vers le tourisme, même si une vision adéquate des conditions de
travail fait souvent défaut. Pour sauvegarder la dignité des personnes qui
travaillent dans le tourisme, en plus du respect des droits des travailleurs
reconnus par la communauté internationale, il sera bon de prendre en considération
certains aspects spécifiques qui exigent des mesures particulières.
La première caractéristique est son caractère saisonnier. L'activité
touristique, en général, suit des rythmes saisonniers, avec une intensité
particulière à certaines périodes de l'année.
Cela entraîne une offre de travail fluctuante, avec des emplois temporaires et
variables, qui placent le travailleur dans une situation d'incertitude et de précarité.
Viennent s'y ajouter l'intensité du travail; avec des horaires particuliers ;
l'éloignement temporaire du lieu de résidence; la désagrégation désastreuse
de la vie familiale et sociale et une désorientation pour la pratique
religieuse. Dans une telle situation, l'adoption et la mise en ouvre rigoureuse
des lois qui réglementent les conditions de travail sont nécessaires, de même
que les conventions d'assurance sociale et l'adoption de mesures capables de
garantir à chaque travailleur une vie familiale et une participation à la vie
sociale et religieuse.[8]
Un second aspect important concerne la formation. S'il apparaît évident que la
pratique de l'activité touristique suppose une haute préparation des
promoteurs et des agents touristiques, il faudrait également exiger une
formation adéquate de tous les travailleurs. Dans les deux cas, il faut tenir
compte du fait que l'activité touristique requiert une préparation spécifique,
qui ne concerne pas seulement l'aspect technique du travail, mais aussi les
conditions dans lesquelles il se déroule, à savoir les relations humaines.
Dans le tourisme, il est encore plus évident que « de même qu'elle procède
de l'homme, l'activité humaine lui est ordonnée ».[9]
Toute l'activité touristique est au service des personnes et se conçoit comme
l'offre de moyens afin que, dans leur temps libre, les personnes puissent
atteindre les buts qu'elles se sont fixées.
De tels principes devraient également valoir pour tous les secteurs d'activités
qui constituent le monde du tourisme : des agences aux moyens de transport en
passant par les activités dérivées, qui, trop souvent tentent de tirer du
tourisme un profit rapide et excessif.
12. Ces dernières décennies, le tourisme international a représenté pour bon
nombre de pays un facteur déterminant de développement et il continuera de l'être
à l'avenir. Son influence s'étend non seulement à l'activité économique,
mais aussi à la vie culturelle, sociale et religieuse de la société tout entière.
Les effets du tourisme n'ont pas toujours été positifs pour le développement
de la société. Ainsi sont apparues certaines exigences qui doivent nécessairement
être respectées pour sauvegarder les droits des personnes et l'équilibre de
l'environnement. Ces conditions sont rassemblées dans les propositions en vue
d'un tourisme s'adaptant aux principes d'un « développement durable » , dont
certains points méritent d'être soulignés.
Le principe de co-responsabilité est la condition fondamentale qui s'impose à
l'activité touristique dont la planification et la gestion des profits est
requise aux agents touristiques, aux autorités civiles et aux communautés
locales. L'exercice de ce principe doit être correctement réglé par les
autorités publiques dans le cadre des principes internationaux, qui régissent
la coopération entre les Etats, et les organismes institutionnels qui
organisent le développement global du pays.
L'activité touristique doit s'harmoniser le plus possible avec l'économie de
la nation entière pour ce qui a trait aux infrastructures et aux services, en
particulier aux communications et à l'usage des ressources. C'est une grande
injustice que de fournir aux centres touristiques des services dont la communauté
locale ne dispose pas habituellement. Ceci se révèle encore plus condamnable
quand il s'agit des moyens nécessaires à une subsistance digne, comme l'approvisionnement
en eau, ou à la santé publique.
La contribution que le tourisme est appelé à apporter au développement économique
du pays doit stimuler l'utilisation et la croissance des produits provenant de
l'activité traditionnelle, comme l'agriculture, la pêche et l'artisanat. Cette
contribution requiert également le transfert de connaissances par la formation
des cadres dirigeants et des travailleurs. L'emploi des ressources provenant de
la production locale devra être compatible avec le maintien de son caractère
traditionnel, sans que celui-ci soit contraint de subir une transformation
uniquement due à des facteurs exogènes non assimilés.
En outre, il est important que le développement économique de l'activité
touristique respecte les conditions et même les limites dictées par le milieu
environnant. Dans les aires les plus vulnérables, comme les côtes, les petites
îles, les bois et les zones protégées, le tourisme doit non seulement s'imposer
une auto-limitation raisonnable, mais également assumer une part considérable
des coûts de leur protection.
Le respect de ces règles est particulièrement nécessaire dans les pays en
voie de développement. Chacun sait que dans de nombreux cas l'initiative
touristique a causé de graves dommages non seulement à la vie sociale, à la
culture, à l'environnement, mais aussi à l'économie du pays, avec l'illusion
d'un développement immédiat. Il faut adopter les mesures nécessaires pour
freiner ce processus là où il est en cours et empêcher qu'il puisse perdurer
dans l'avenir.
13. Une compréhension correcte des structures du tourisme actuel, ne peut pas
ne pas mentionner son rapport avec le processus de mondialisation de l'économie.
En effet, le tourisme présente dans sa nature des éléments qui ont été à
l'origine de la mondialisation et qui l'accélèrent aujourd'hui. L'ouverture
des frontières aux personnes et aux entreprises, l'homogénéisation législative
et économique ont toujours favorisé le tourisme qui pourrait être présenté
comme la face captivante de la mondialisation, en raison de son ouverture aux
cultures et à sa capacité à susciter le dialogue et la vie en commun.
Une certaine mondialisation comporte de graves conséquences pour les pays et l'humanité.
Les écarts se sont accentuées entre pays riches et pays pauvres ; une nouvelle
forme d'esclavage et de dépendance des pays les plus faibles s'est instaurée,
de même qu'une suprématie de l'ordre économique qui attente à la dignité de
la personne.[10]
Dans un tel cadre, on voit s'aggraver les pires effets qui, un peu partout,
accompagnent le développement touristique : l'exploitation des personnes,
surtout des femmes et des enfants, dans le cadre du travail et à des fins
sexuelles, la diffusion de pathologies qui mettent gravement en danger la santé
d'amples couches de population ; le trafic et la consommation de drogues ; la
destruction physique de l'identité culturelle et des ressources vitales, etc.
Certes, on ne peut pas faire porter à la mondialisation la faute de ces plaies
de l'humanité, ni même considérer le tourisme comme l'unique responsable,
mais on ne peut pas non plus ignorer que tous les deux peuvent les favoriser.
« La mondialisation, a priori, n'est ni bonne ni mauvaise. Elle sera ce
que les personnes en feront. Aucun système n'est une fin en soi et il est nécessaire
d'insister sur le fait que la mondialisation, comme tout autre système, doit être
au service de la personne humaine, de la solidarité et du bien commun ».[11]
Cette observation vaut également pour le tourisme, qui doit toujours
sauvegarder la dignité de la personne, aussi bien du touriste que de la
communauté locale.
En réalité, le tourisme peut assumer le rôle de promoteur de la «
mondialisation dans la solidarité » tant souhaitée par Jean-Paul II,[12]
en développant les initiatives contre la marginalisation globale et personnelle
dans le domaine du transfert des connaissances, du développement des cultures,
de la conservation du patrimoine et de la gestion de l'environnement. (top)
4. Tourisme et théologie
14. Face à un phénomène d'une aussi vaste portée, qui influe si profondément
sur la conduite des personnes et des peuples, l'Eglise n'a pas hésité à
suivre la mission confiée par le Seigneur et à chercher les moyens adéquats
pour scruter les signes des temps et proclamer l'Evangile. Toutes les dimensions
de la vie humaine, en effet, ont été transformées par l'action salvifique de
Dieu et tous les hommes sont appelés à accueillir le don du salut dans la
nouveauté de cette vie où resplendissent la liberté et la fraternité des
enfants de Dieu. Le temps consacré au tourisme ne peut en aucune façon être
exclu de l'histoire d'amour incessante où Dieu visite l'homme et le fait
participer à sa gloire. Plus encore, une perception attentive des valeurs qui
peuvent se manifester en pratiquant le tourisme suggère la possibilité de
comprendre plus intensément plusieurs aspects centraux de l'histoire du Salut.
Dans la pratique du tourisme, le chrétien est invité à renouveler d'une manière
spéciale l'action de grâce pour le don de la Création, où resplendit la
beauté du Créateur, pour le don de la liberté pascale, qui le rend solidaire
de tous ses frères dans le Christ Seigneur, et pour le don de la fête par
lequel l'Esprit Saint l'introduit dans la patrie définitive, désir et but de
son pèlerinage en ce monde. C'est cette dimension « eucharistique » qui doit
faire du tourisme un temps de contemplation, de rencontre et de joie partagée
dans le Seigneur « à la louange de sa gloire » (Ep 1, 14).
15. L'histoire du Salut s'ouvre avec les pages de la Genèse. Au commencement,
le premier geste de l'amour et de la sagesse de Dieu culmine dans la création
de l'homme et de la femme à son « image et ressemblance » (Gn 1, 26). Image
et ressemblance de cet amour divin qui, dès l'origine des temps, se manifeste
comme force créatrice. L'homme et la femme reçoivent l'invitation à une créativité
humaine qui doit reconnaître dans l'amour ses semblables et « rendre habitable
» la terre. Image et ressemblance qui est également présente dans l'exigence
du repos, qui célèbre l'amour modelé dans la beauté de l'ouvre créée.
La création est le premier don fait à l'homme afin qu'il « la cultive et la
garde » (Gn 2, 15). Dans sa mission, l'homme doit considérer avant tout que «
sorti comme il l'est des mains de Dieu, le cosmos porte la marque de sa bonté.
C'est un monde beau, digne qu'on l'admire et qu'on en jouisse, mais aussi destiné
à être cultivé et développé ».[13]
Cette mission inclut aussi la connaissance et l'expérience de la multiplicité
et de la variété de la création (cf. Si 42, 24), comme l'illustre bien le témoignage
du voyageur biblique : « On a beaucoup appris quand on a beaucoup voyagé et un
homme d'expérience parle avec intelligence. Celui qui n'a pas été à l'épreuve
connaît peu de choses, mais celui qui a voyagé déborde de savoir-faire. J'ai
beaucoup vu au cours de mes voyages et j'en ai compris plus que je ne saurais
dire. Bien des fois j'ai été en danger de mort et j'ai été sauvé [par mon
expérience] » (cf. Si 34, 9-12).
La création est donnée à l'homme comme source de subsistance et comme moyen
de développement d'une vie digne, à laquelle doivent participer tous les
membres de la famille humaine. Les pages de la Bible rappellent de diverses façons
ce sens fondamental de l'ordre divin : « Soyez féconds, multipliez, emplissez
la terre et soumettez-la » (Gn 1, 28). Cela concerne aussi le repos du sabbat,
qui s'étend à toute la création par l'institution de l'année sabbatique,
dont l'un des objectifs est précisément de souligner que les biens confiés à
l'homme sont à la disposition de tous (cf. Lv 25, 6 ; Is 58, 13-14). Voilà
pourquoi l'accaparement égoïste des biens, l'accumulation des richesses au détriment
des autres et le gaspillage dans le superflu figurent parmi les racines les plus
profondes de l'injustice qui offense Dieu.
En définitive, à aucun moment l'homme ne doit oublier que toute la création
est le don qui lui parle continuellement de la bonté de son Dieu et Créateur.
Dans l'expérience intime de ce don, la contemplation de la création accompagne
l'homme dans sa vie religieuse (cf. Ps 104), lui inspire la prière (cf. Ps 148)
et l'anime dans l'espérance du salut promis (cf. Rm 8, 19-21 ; 2 P 3, 13 ; Ap
21, 1 ; Is 65, 17). Tel est le sens que l'homme doit donner au temps du repos,
qui s'est beaucoup allongé, grâce à la sagesse et à la technique que Dieu
lui a permis de pouvoir développer.
16. L'histoire de l'homme est celle d'un temps libéré et à libérer. La présence
du péché dans le monde, ce refus de donner une réponse d'amour au dialogue
commencé par Dieu, a blessé à mort la créativité humaine, qui se développe
dans le travail et dans le temps libre. Une fois brisée la communion avec Dieu,
avec les autres, avec la nature elle-même, l'homme érige son égoïsme en
pouvoir absolu et tombe dans un esclavage qui lui empêche de consacrer son
temps à Dieu, aux autres et à la beauté.
Toutefois, Dieu ne cesse d'offrir son alliance aux hommes. C'est Dieu lui-même
qui, observant les souffrances de son peuple, « descend » le libérer (Ex 3,
7-10) et le conduit vers une patrie où la fécondité de la terre sera le cadre
symbolique d'une vie de justice et de sainteté. Le code de conduite du peuple
élu se base entièrement sur cet invitation : « Soyez saints, car moi, le
Seigneur votre Dieu, je suis Saint » (Lv 19, 2). Le sabbat, jour du repos, est
institué comme célébration de la liberté reçue et comme mémoire de la
solidarité (cf. Dt 5, 12-15).
A travers cette histoire, l'humanité est conduite vers les temps définitifs,
car seul celui qui « s'anéantit lui-même, prenant la condition d'esclave » (Ph
2, 7), le Christ Ressuscité, peut concéder à l'homme la pleine liberté. En
lui, « humanité nouvelle » (cf. Ep 2, 15), l'homme est créé à nouveau dans
la liberté et dans l'amour, pour que dans l'« obéissance de la foi » (Rm 1,
5) il soit saint dans toute sa conduite.
C'est un don que chacun reçoit et qui « est aussi utile aux autres, construit
l'Eglise et les communautés fraternelles dans les différents domaines de l'existence
humaine sur terre ».[14] Le don
de soi est ce qui confère une force transformatrice à l'action du chrétien
dans la vie familiale et sociale, dans le travail, dans son repos et dans ses
loisirs. Dans le temps libre, en effet, le don de soi acquiert la signification
d'une plus grande gratuité, car il consent d'offrir davantage de son temps.
« La Pâque possède et confère la liberté qui anime le temps libre comme son
principe le plus intime » et celui-ci, à son tour, « devra permettre à l'homme…
de réaliser l'humanisme authentique,… celui de l'homme pascal ».[15]
Pour le chrétien, le tourisme entre donc pleinement dans le dynamisme pascal du
renouveau : il est célébration du don reçu, il est voyage de rencontre vers
d'autres personnes avec lesquelles célébrer la joie du salut, c'est un temps
à partager dans l'action solidaire qui se rapproche de la restauration de
toutes choses dans le Christ (cf. Ac 3, 21).
17. Quand il proclame la résurrection du Seigneur, le chrétien confesse la
certitude que son chemin et l'histoire sont guidés par l'amour du Père vers «
un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21, 1). En outre, en Cheminant dans
le monde, le chrétien vit la fête promise surtout dans la célébration
dominicale où « la participation à la " Cène du Seigneur " est en
effet une anticipation du banquet eschatologique des " noces de l'Agneau
" (Ap 19, 9) ».[16] Illuminé
par la certitude de cette espérance « le repos des dimanches et des jours de fête
revêt une dimension " prophétique ", puisqu'il affirme non seulement
le primat absolu de Dieu, mais aussi le primat et la dignité de la personne qui
l'emporte sur les exigences de la vie sociale et économique ».[17]
Le temps du repos et le temps libre offrent l'occasion de connaître et d'évaluer
tout ce qui, dans l'histoire passée et présente des peuples, anticipe « la
gloire qui doit se révéler en nous » (Rm 8, 18) et en toute l'humanité ,
accueillie par le Père. En particulier, les réalisations aux quelles ont donné
forme la recherche spirituelle, la foi religieuse, la compréhension des choses
et l'amour de la beauté, sont regardées comme « la gloire et l'honneur des
nations » (Ap 21, 26) conduites à la Jérusalem nouvelle (cf. Is 60, 3-7 ; Ml
1, 11). Contemplation qui, à son tour, réaffirme l'engagement pour la dignité
de la personne, le respect de la culture des peuples et la sauvegarde de l'intégrité
de la création. (top)
II. OBJECTIFS PASTORAUX
18. Le monde du tourisme constitue une réalité diffuse et multiforme qui exige
une attention pastorale spécifique. L'objectif central de la pastorale du
tourisme est de susciter les conditions optimales qui aident le chrétien à
vivre le tourisme comme un moment de grâce et de salut. Le tourisme peut être
considéré, sans aucun doute, comme un de ces nouveaux aréopages d'évangélisation,
un de ces « vastes domaines de la civilisation contemporaine et de la culture,
de la politique et de l'économie »,[18]
où le chrétien est appelé à vivre sa foi et sa vocation missionnaire.
Cet objectif global indique que la pastorale du tourisme doit être inclue dans
l'ensemble des tâches pastorales de l'Eglise. Par conséquent, la pastorale du
tourisme doit s'inscrire de façon organique dans la pastorale ordinaire et être
coordonnée avec les autres secteurs, comme la famille, l'école, les jeunes, la
promotion sociale, la gestion des biens culturels et l’œcuménisme.
La communauté chrétienne locale, dont la paroisse est l'expression la plus
directe, constitue le lieu où se développe la pastorale du tourisme. De fait,
c'est dans la communauté locale qu'est offert au touriste l'accueil chrétien
qui l'accompagne dans sa vie de croyant et qu'est donnée l'hospitalité à tout
visiteur sans distinction ; c'est en elle que le chrétien est éduqué au
voyage ou à l'activité professionnelle dans le tourisme. L'effort des
communautés dispose à établir des liens de collaboration pour promouvoir les
valeurs humaines et spirituelles que le tourisme peut favoriser. Chacun de ces
aspects importants requiert une attention différenciée et attentionnée, dont
la plus ou moins grande urgence peut varier selon les circonstances du lieu et
les possibilités de la communauté locale. (top)
1. Accueil
19. « N'oubliez pas l'hospitalité, car c'est grâce à elle que quelques-uns,
à leur insu, hébergèrent des anges » (He 13, 2).[19]
Ces mots indiquent très bien le point clef de la pastorale du tourisme et l'identifient
à l'une des attitudes fondamentales qui doivent caractériser toute la
communauté chrétienne.[20] L'accueil
des touristes et l'accompagnement dans leur recherche de la beauté et du repos
doivent être motivés par la conviction que cet homme « est la première route
et la route fondamentale de l'Eglise, route tracée par le Christ lui-même,
route qui, de façon immuable, passe par le mystère de l'Incarnation et de la Rédemption
».[21]
C'est dans la célébration eucharistique, creuset de toute communauté ecclésiale,
que l'accueil offert au visiteur trouve son expression la plus profonde. En
elle, la communauté vit son union avec le Christ ressuscité, construit son
unité avec les frères[22] et
offre le témoignage le plus explicite que la communion va bien au-delà des
liens de sang et de culture. L'universalité de l'Eglise convoquée par le
Sauveur résonne avec une force particulière dans cette rencontre de frères
provenant de lieux si différents, unis dans une prière proclamée en différentes
langues.
Afin que la célébration eucharistique, en particulier celle du dimanche, rende
réellement visible ces caractéristiques, on fera en sorte que tous, touristes
et résidents, puissent y participer. Naturellement, il est fondamental de préserver
le caractère spécifique de la célébration, qui provient non seulement de sa
nature, mais aussi de l'identité de l'Eglise locale qui la célèbre. En ce
sens, il est opportun d'introduire l'usage des langues des touristes dans la célébration,
sans entraver pour autant la participation de la communauté locale, ni altérer
le rythme de la célébration. En plus des monitions ou des lectures, il sera
opportun de distribuer des livrets ou feuillets liturgiques, ou pourvoir à un
moment de préparation avant le début de la célébration, pour permettre aux
touristes d'y participer pleinement.[23]
La célébration de l'Eucharistie est le moment le plus fréquent de rencontre
entre la communauté du lieu et les touristes, mais il ne doit pas être le seul.
Toutes les autres occasions où la communauté locale se réunit pour célébrer
sa foi, en particulier lors des principaux temps de l'année liturgique,
constituent des occasions pour inviter les touristes et pour offrir une aide
fraternelle à leur vie de foi. En outre, la communauté locale doit programmer
des rencontres et préparer des moyens d'information pour stimuler et encourager
les touristes à tirer profit de ce temps particulier.
Il ne faut pas oublier que la célébration eucharistique est le fondement de la
vie de la communauté dans la charité et dans la solidarité. Le touriste ne
peut pas être exclu de cet aspect essentiel de la vie de foi. Il est nécessaire
qu'il s'intéresse réellement aux problèmes de la communauté d'accueil. A son
tour, celle-ci doit lui faire connaître sa propre réalité et lui offrir des
occasions concrètes de manifester qu'il partager la vie de cette communauté.
Une attention spéciale sera réservée à l'accueil des visiteurs membres
d'autres confessions chrétiennes et, avec une diligence particulière, on ira
au devant de leurs demandes pour leur célébration de la foi. Souvent le phénomène
touristique constitue une occasion primordiale d'engagement oecuménique et se révèle
être le moyen le plus immédiat pour faire découvrir aux chrétiens la douleur
de la séparation et percevoir l'urgence de prier et de travailler pour l'unité.
Il s'agit d'une situation que l'on doit accueillir comme un don que l'Esprit
fait à son Eglise, auquel il faut répondre avec entier dévouement et pleine générosité.
20. Dans le tourisme, le chrétien, tant celui qui fait partie d'une communauté
d'accueil que le touriste lui-même, est appelé à témoigner de sa foi et à
redécouvrir une occasion de vivre la vocation missionnaire qui est la base de
ses droits et devoirs de chrétien.[24]
Surtout dans les lieux de forte concentration touristique, la communauté chrétienne
doit prendre conscience qu'elle est « par nature missionnaire »[25]
et annoncer l'Evangile avec courage, générosité et respect, en dénonçant
les injustices et en offrant des chemins d'espérance, même si la durée du séjour
du touriste est relativement brève et sa capacité d'attention conditionnée
par diverses circonstances.
Dans ce contexte tous les éléments qui forment le patrimoine religieux,
culturel et artistique de la communauté locale acquièrent un relief
particulier. Les monuments, les ouvres d'art et toutes les manifestations
culturelles ou inhérentes à sa tradition, doivent être proposés au visiteur
sous une forme qui rende visible leur lien avec la vie quotidienne de la
communauté. La communauté approfondira de la sorte son passé, se le réappropriera
et se sentira encouragée dans son désir d'avancer vers l'avenir en fidélité
au Seigneur.
21. Une autre occasion particulièrement importante, où l'accueil des visiteurs
doit être très soigneusement préparé, concerne les lieux particulièrement
significatifs sur le plan religieux, qui font partie des destinations proposées
aujourd'hui aux touristes.
Parmi ces lieux se distinguent les sanctuaires, destinations des pèlerinages
chrétiens, où accourent aussi en grand nombre les touristes, soit pour des
motifs culturels, soit pour des temps de repos et d'attrait religieux. Dans un
monde toujours plus sécularisé, dominé par le sens de l'immédiat et du matériel,
ces visites peuvent être le signe du désir d'un retour à Dieu. Aussi, les
sanctuaires auront soin d'offrir un accueil adapté à ces visiteurs, qui les
aide à reconnaître le sens de leur démarche et à comprendre le but auquel
ils sont appelés.[26] Cet
accueil, par les moyens mis en oeuvre, sera certainement différent de celui qui
est réservé aux pèlerins. Les exigences du respect dû à l'identité du lieu
étant sauves, on évitera toute forme d'exclusion ou de marginalisation à l'égard
des visiteurs. Le meilleur service que l'on puisse offrir pour les conduire à réfléchir
sur leurs sentiments religieux sera de leur expliquer la nature religieuse du
lieu et le sens du pèlerinage qu'on y accomplit.[27]
En d'autres occasions, le lieu religieux est visité pour sa haute valeur
artistique ou historique ; c'est le cas des cathédrales, des églises, des
monastères et des abbayes. L'accueil qui y est offert ne peut se limiter à une
information historique ou artistique, même particulièrement soignée, mais
doit aussi mettre en évidence leur identité et leur finalité religieuses. En
outre, il conviendra de rappeler que pour bon nombre de touristes ces visites
constituent souvent une occasion unique de connaître la foi chrétienne. En même
temps, il faudra éviter de perturber les célébrations religieuses en cours,
en programmant les temps de visite en fonction des exigences du culte.
Les responsables pastoraux du lieu exhorteront à la disponibilité et formeront
à l'accueil des visiteurs. A cette fin, ils stimuleront la coopération des fidèles
en fournissant, à ceux qui sont intéressés, une préparation non seulement
technique, mais aussi spirituelle, qui les aide à découvrir dans ce service un
moyen de vivre et de témoigner de leur foi.[28]
Le devoir de l'accueil requiert aussi une organisation particulière à
l'occasion d'autres manifestations de la foi qui attirent un grand nombre de
touristes par leur caractère traditionnel et populaire. L'attention pastorale
est appelée à orienter le sens religieux qui anime ces visiteurs vers une foi
au Dieu vivant plus authentique et personnelle. Cette même attention doit s'étendre,
autant que possible, à la promotion de ces manifestations par le biais des
agences touristiques. Il sera donc nécessaire de solliciter la collaboration
des agents de voyage, en fournissant une information claire et sérieuse sur la
signification religieuse de ces manifestations.
Dans beaucoup de pays, spécialement en Asie, le visiteur montre un véritable
intérêt envers les grandes traditions religieuses. Les Eglises locales
pourront contribuer à rendre cette rencontre réellement fructueuse, en faisant
participer le touriste au « dialogue de vie et de cour »[29]
qu'elles sont appelées à promouvoir.
Au chrétien qui visite des lieux vénérés par les fidèles d'autres
religions, il est bon de rappeler qu'il doit comporter avec le plus grand
respect, en adoptant une attitude ne blessant pas la sensibilité religieuse de
ceux qui l'accueillent. Qu'il profite le plus possible de ces occasions pour
manifester son respect, à travers les paroles et les gestes, et qu'ainsi « il
reconnaisse, préserve et fasse progresser les valeurs spirituelles, morales et
socioculturelles qui se trouvent en [ces religions] ».[30]
(top)
2. Vivre chrétiennement le tourisme
22. La rencontre avec le Christ, scellée par la grâce baptismale, appelle le
chrétien à suivre l'impulsion de l'Esprit Saint et à transformer toute sa vie
afin que « le Christ puisse parcourir la route de l'existence, en compagnie de
chacun, avec la puissance de la vérité sur l'homme et sur le monde contenue
dans le mystère de l'Incarnation et de la Rédemption, avec la puissance de
l'amour qui en rayonne ».[31]
Telle est la réalité qui constitue la mission de l'Eglise et qui se révèle
comme le cœur de son action pastorale, jusque dans la réalité du tourisme.
Il faudra avant tout que chacun reconnaisse que l'effort pour vivre en chrétien
son temps de tourisme doit nécessairement être soutenu par une profonde vision
chrétienne du tourisme. En premier lieu, la méditation attentive de l'Ecriture
le disposera à la contemplation de Dieu à travers la beauté de la création,
à la communion avec ses frères dans la nouvelle humanité sauvée, à la fête,
enfin, comme manifestation de l'espérance qui soutient tout le monde et rénove
toute chose. Illuminé par cette lumière, le chrétien découvrira que son
temps de repos et de tourisme est un temps de grâce, une occasion exigeante qui
l'appelle à la prière, à la célébration de sa foi et à la communion avec
les frères.
Pour qu'il puisse donner effectivement une forme chrétienne à son tourisme, le
chrétien doit participer à la célébration de la foi avec la communauté
locale, en particulier à l'Eucharistie le Jour du Seigneur et aux moments les
plus significatifs de l'année liturgique, qui coïncident souvent avec le temps
des vacances.[32] Sachant qu'il
ne doit se sentir étranger dans aucune communauté et qu'il devrait se sentir
chez lui et dans une même famille dans n'importe quelle partie du monde, il
s'engagera personnellement pour faciliter la participation des autres touristes
aux célébrations liturgiques. Si nécessaire, il fera valoir auprès des
responsables du tourisme son droit à disposer des conditions nécessaires pour
pratiquer sa foi.
A tout moment, le chrétien doit s'abstenir non seulement de comportements
contraires à sa vocation, mais aussi de mots, gestes et attitudes pouvant
offenser la sensibilité des autres. En particulier, il devra éviter une
conduite comportant l'ostentation de sa richesse ou le gaspillage des
ressources. Bien plus, le témoignage chrétien du touriste doit se concrétiser
par l'aide aux plus nécessiteux, en réservant pour eux une partie de l'argent
prévu pour le voyage.
Une telle attitude de vie, alimentée par la prière, sera surtout adoptée
lorsque les circonstances du lieu rendront plus difficile la participation du
touriste aux moments religieux de la communauté, comme cela peut se passer dans
les pays à minorité chrétienne. Dans ces cas-là, le chrétien doit se sentir
particulièrement appelé à vivre sa foi à travers le témoignage de son
comportement, en cherchant à instaurer avec prudence et respect un dialogue
religieux avec les personnes qu'il rencontre.
23. La plupart du temps, le voyage est entrepris en famille. On sait bien que
dans la société contemporaine, de nombreuses circonstances rendent difficiles
la vie familiale, la communication entre ses membres, la vie commune et l'échange.
L'usage même du temps libre, orienté souvent par les préférences
individuelles, ne parvient même pas à corriger cette situation. C'est ainsi
que le tourisme en famille peut être proposé comme un moyen efficace
d'intensifier et même de recomposer les liens familiaux. Le projet d'un voyage
en commun, dont le bon déroulement requiert la participation responsable de
tous, multiplie les possibilités de dialogue, améliore la compréhension et
l'appréciation mutuelles, renforce l'estime de chacun au sein de la famille et
stimule la générosité de l'aide réciproque.[33]
Le tourisme familial offre aux parents une précieuse occasion de jouer un rôle
de catéchistes auprès de leurs enfants par l'exemple et le dialogue. Faire du
tourisme en famille constitue une occasion exceptionnelle d'enrichissement de la
personne sur le plan de la culture de la vie, du respect des valeurs morales et
culturelles et de la sauvegarde de la création. N'oublions pas que la dimension
de liberté, particulièrement présente dans le tourisme, stimule et forme la
responsabilité.
24. La pratique du tourisme associe également des groupes de personnes, soit
pour raisons d'âge ou d'autres circonstances de la vie active et sociale.
L'attention pastorale de l'Eglise prend ces groupes en considération et offre
son aide tant aux promoteurs touristiques qu'aux touristes eux-mêmes, afin que
tous puissent vivre ces circonstances spécifiques dans toute leur richesse
humaine et spirituelle.
Les voyages effectués par des groupes d'adolescents et de jeunes, généralement
dans le cadre de leur formation scolaire méritent d'être mentionnés d'abord.
Les organisateurs de ces voyages, en particulier ceux qui appartiennent au
secteur de l'éducation d'inspiration chrétienne ou à des organisations de
formation similaires, doivent s'efforcer d'offrir les conditions opportunes pour
que ces expériences de voyage conduisent les jeunes à approfondir le sens de
leur foi. De même, il sera bon de saisir les initiatives du volontariat, qui
consacre une partie de ses vacances à l'aide aux situations d'urgence ou au développement.[34] Une
attention pastorale particulière devrait aussi être accordée, aussi bien dans
les pays d'origine que dans ceux d'arrivée, aux jeunes qui profitent des
vacances pour effectuer un séjour dans des pays étrangers afin d'apprendre une
langue.
D'autre part, les occasions de voyage offertes au troisième âge sont toujours
plus nombreuses. Ce doit être des « voyages de joie », caractérisés par une
incessante action de grâces et par un « sens d'abandon confiant dans les mains
de Dieu » car « c'est ainsi qu'on garde et qu'on développe le goût de la
vie, ce premier don de Dieu ».[35]
Cependant, l'accès au tourisme n'est pas à la portée de tous ; trop de
personnes ne peuvent pas encore profiter de ses bienfaits tant sur le plan
personnel que culturel et social. Sous le nom de « tourisme social », de
nombreuses associations travaillent à rendre le tourisme accessible à tous,
tant à travers des initiatives qui aident les personnes et les familles à
trouver un financement que par la planification et le développement d'activités
touristiques déterminées. L'attention pastorale de l'Eglise doit tendre à
apprécier et à soutenir ces initiatives qui placent réellement le tourisme au
service de la réalisation de la personne et du développement social. Il ne
manque pas non plus d'associations qui, par le biais du tourisme, offrent des
occasions d'insertion très efficaces à ceux qui se trouvent en situation de
solitude et de marginalisation. Par sa participation, l'Eglise offre un témoignage
de la prédilection particulière de Dieu pour les plus humbles.
25. Le tourisme, comme nous l'avons déjà souligné, représente un chapitre très
important de l'économie mondiale et constitue un réseau d'activités qui se développent
aujourd'hui dans le cadre des structures d'une économie de marché[36]
engagée dans un processus de mondialisation. En conséquence, un objectif
fondamental de la pastorale du tourisme sera de faire en sorte que l'ensemble de
ce secteur soit compris et éclairé par la doctrine sociale de l'Eglise.
Le tourisme fait apparaître avec évidence une vérité fondamentale qui doit
orienter toute l'activité économique et que Jean-Paul II a résumée par ces
mots : « Plus que jamais aujourd'hui, travailler, c'est travailler avec les
autres et travailler pour les autres : c'est faire quelque chose avec quelqu'un
».[37] De fait, toute
l'activité touristique tourne autour de la personne et cherche à satisfaire
certaines de ses aspirations intimes et personnelles. Ce lien spécial avec la
personne impose à l'activité touristique des exigences éthiques majeures qui
se manifestent dans le respect de la dignité et des droits de l'homme, dans la
mise en ouvre du principe de solidarité et de justice dans les rapports de
travail et de l'option préférentielle pour les pauvres.
La pastorale du tourisme devra donc encourager des initiatives permettant aux
agents et travailleurs chrétiens du secteur touristique de connaître la
doctrine sociale de l'Eglise, avec une référence particulière à ce secteur,
et d'y conformer leur comportement.
26. En ce qui concerne les entrepreneurs et les promoteurs du tourisme, il sera
bon de souligner plusieurs aspects de la pensée sociale de l'Eglise, particulièrement
significatifs pour leur activité.
Ainsi, dans la promotion du tourisme, en particulier dans la création de
nouvelles destinations ou dans l'ouverture de nouveaux espaces pour l'activité
touristique, il faut mettre en valeur les investissements comme « option morale
et culturelle ».[38] C'est-à-dire
qu'il faut se laisser guider par les critères qui considère l'activité économique
comme un service des personnes et des communautés et pas seulement comme une
source de revenus.
La question écologique, liée au tourisme sous une forme hautement sensible,
est un aspect dont il faut absolument tenir compte dans la promotion de
l'activité touristique. Pour répondre au « problème moral »[39]
que la crise écologique représente pour le monde actuel, il est nécessaire de
promouvoir des initiatives respectueuses de l'environnement, tout en
sauvegardant les priorités de la communauté locale, en allant même, si nécessaire,
à limiter l'activité touristique. Tout effort visant à responsabiliser les
chrétiens pour qu'ils adoptent un style de vie modéré et solidaire dans leurs
voyages dans les pays en voie de développement restera vain si les agents et
promoteurs touristiques ne sont pas guidés par une sensibilité adéquate.
Les critères moraux et chrétiens qui doivent inspirer la promotion du tourisme
trouveront une application efficace par une collaboration nécessaire entre les
opérateurs, les responsables politiques et les représentants de la communauté
locale. Pour l'opérateur touristique chrétien, cette collaboration constitue
une occasion de témoignage, de communion et d'annonce du Royaume de Dieu dans
la justice et dans la fraternité.
27. L'offre de programmes touristiques, la présentation de destinations ou la
publicité sur les activités de la période de vacances constituent l'aspect le
plus visible et le plus invitant du monde du tourisme, à travers lequel les
personnes voient leurs désirs et leurs rêves se parer de couleurs et
d'attraits. Il est évident que, dans ces circonstances, on exige des promoteurs
la véracité de leurs informations, l'absolu respect de la dignité des
personnes et de la physionomie des lieux présentés, et l'honnêteté en ce qui
concerne les offres et l'absolu fiabilité sur le plan des services proposés.
Si la pratique du tourisme est une expression de la liberté de la personne,
toute l'information qui la promeut doit favoriser l'exercice de la liberté
responsable.[40] Cette
responsabilité des promoteurs s'étend à l'ensemble du voyage et inclut la
disponibilité à recevoir ensuite les observations et les suggestions utiles
des usagers.
Le service que les promoteurs offrent aux touristes coïncide naturellement avec
la vertu chrétienne de la charité qui s'exerce à travers un conseil approprié
et en partageant les difficultés et les joies du chemin. Les promoteurs chrétiens
devront se distinguer par la rectitude et le respect avec lesquels ils présentent
les lieux de signification religieuse. Ils prendront soin également d'inclure
et de mentionner dans leurs programmes l'attention prévue pour les éventuelles
exigences spécifiques de chaque religion.
La pastorale du tourisme proposera des initiatives visant à procurer aux
promoteurs touristiques l'occasion de réfléchir sur les critères de leur
pratique. Il sera également très important qu'ils reçoivent, avec la
collaboration d'autres personnes, une information adaptée aux exigences de leur
profession sur les lieux ou les événements religieux qui figurent d'ordinaire
comme destinations touristiques. Cette action mérite d'être entreprise en
collaboration avec les organismes compétents d'autres pays, afin que les
objectifs proposés soient également atteints dans l'organisation du tourisme
international. Pour réaliser ces propositions, la présence des organismes de
la pastorale du tourisme sera utile dans les foires et salons du secteur.
28. Le touriste est souvent accompagné par des guides qui permettent
d'atteindre plus aisément les objectifs de son voyage. Les guides deviennent
assez souvent pour le touriste les artisans les plus immédiats du succès ou de
l'échec de leurs vacances. En vérité, on ne considérera jamais assez
l'influence que les guides peuvent exercer sur les touristes et par conséquent
la responsabilité qu'ils ont de se doter d'une formation adéquate à
l'exercice de leur profession.
Voilà pourquoi il faudra encourager les associations et les rencontres où les
chrétiens qui travaillent comme guides puissent mettre à jour leur formation
humaine et spirituelle et se soutenir mutuellement dans un travail requérant le
respect, le dévouement et l'attention envers le bien spirituel des touristes.
Ils devront tenir compte du fait que leur rapport particulier avec les touristes
sollicite d'une manière exigeante leur témoignage de foi.
Quand les guides présentent aux touristes des lieux, des objets ou des événements
à caractère religieux, ils doivent le faire avec beaucoup de compétence, en
étant pleinement conscients qu'ils sont en quelque sorte de véritables évangélisateurs,
faisant toujours preuve de respect et de prudence.
Les initiatives pastorales qui ont trait aux guides peuvent s'ouvrir aussi à la
catégorie des « animateurs », qui continuent d'augmenter numériquement et
qui sont toujours plus présents dans la journée des touristes. Ils tiennent en
main une bonne partie de la clef qui permettra de transformer le temps libre en
un espace significatif, de sain divertissement et de croissance humaine et
spirituelle.
29. Ceux qui promeuvent le tourisme et ceux qui travaillent dans ce secteur revêtent
un rôle spécifique dans l'accueil des visiteurs, ils en sont même, d'une
certaine façon, les premiers artisans. Par leur travail, ils sont en contact
avec les visiteurs et sont les premiers à connaître leurs attentes et leurs déceptions
éventuelles. Souvent, ils deviennent aussi leurs confidents et peuvent servir
de conseillers et de guides.
Le chrétien qui exerce sa profession dans le tourisme découvre la grande
responsabilité qui est la sienne dans cette situation. De son honnêteté
professionnelle et de son engagement chrétien dépend la réussite du séjour
du visiteur, tant sur le plan humain que sur le plan spirituel.
Pour répondre à ce défi, les chrétiens exerçant leur profession dans le
secteur du tourisme doivent pouvoir compter sur le ferme soutien de la communauté
et des agents pastoraux. Il est indispensable de leur offrir une préparation spécifique
durant leur période de formation, aussi bien dans les écoles professionnelles
qu'à travers d'autres initiatives complémentaires. Pour la programmation des célébrations
et de la catéchèse, il faudra également tenir compte de leurs horaires de
travail.
La pastorale du tourisme doit se montrer particulièrement sensible à l'égard
de la situation particulière des travailleurs de ce secteur. Une attention
religieuse et sacramentelle adaptée à leurs conditions de travail sera nécessaire,
sans entraver les temps et les rythmes de la vie communautaire. Cette adaptation
sera également prise en considération pour favoriser la participation des
travailleurs à la vie paroissiale, aux mouvements apostoliques ou à la
formation de groupes spécifiques ou de mouvements spécialisés. Cette
formation est un instrument d'action pastorale et doit être encouragée par
tous les moyens aussi bien dans le cadre du travail qu'en dehors de celui-ci.
Certaines situations requièrent une attention spéciale, comme la grave
condition dans laquelle se trouvent les travailleurs par rapport à leur vie
familiale. Les conditions de travail déjà citées peuvent en effet avoir une
incidence sur la vie normale de la famille, des époux entre eux ou des parents
vis-à-vis de leurs enfants, tant pour des raisons d'horaires que parce que le
travailleur est contraint de vivre loin de sa famille.
Les jeunes en période de formation et au début de la vie active constituent un
autre groupe pour lequel il faudra prévoir un service spécifique. Ces jeunes
vivent un moment décisif de leur vie personnelle et il leur sera très utile de
pouvoir compter sur l'appui de l'Eglise. A cet égard, la paroisse, les groupes
et les centres permettant de se retrouver à l'occasion de réunions de
formation, de réflexion et de célébration de la foi jouent un rôle
essentiel.
La condition des femmes qui travaillent dans le secteur touristique est une
autre priorité que la pastorale du tourisme ne doit pas oublier. Il est nécessaire
d'intensifier et de soutenir toutes les initiatives qui conduisent à un plus
grand respect de la dignité des femmes et de leur place spécifique dans la
famille et dans la société. (top)
3. Collaboration entre Eglise et société
30. Pour sa mission dans le monde, l'Eglise, d'une part « offre à
l'humanité sa coopération sincère pour établir une fraternité universelle
»[41] pour permettre d'atteindre
des objectifs conformes à la dignité humaine. D'autre part, elle est «
convaincue que, pour préparer les voies à l'Evangile, le monde peut lui
apporter une aide précieuse et diverse par les qualités et l'activité des
individus ou des sociétés qui le composent ».[42]
Ce service réciproque de l'Eglise et de la société se réalise avant tout par
la mission spécifique des laïcs. C'est pourquoi la pastorale du tourisme doit
instaurer et encourager une collaboration avec les administrations publiques,
les organisations professionnelles et autres associations qui travaillent dans
le tourisme, afin que puisse se propager la vision chrétienne des choses et développer
« la possibilité implicite d'un nouvel humanisme »[43]
dans le tourisme.
Guidé par ce principe, le Saint-Siège a ouvert une Mission d'Observation
permanente auprès de l'Organisation Mondiale du Tourisme. Depuis 1980, cette
Organisation a décrété une Journée Mondiale du Tourisme, le 27 septembre de
chaque année, et, en 1999, elle a adopté le Code éthique mondial du tourisme.
Pour sa part, l'Eglise s'unit à la célébration de cette Journée en lui
donnant un sens spirituel grâce au message annuel du Pape. Elle partage aussi
les principes d'inspiration du Code mentionné.
De même, les Conférences épiscopales et chaque évêque chercheront
d'entretenir un dialogue permanent avec les administrations publiques,
nationales et locales, ainsi qu'avec les associations d'agents touristiques et
de travailleurs de ce domaine, afin que la collaboration de l'Eglise dans l'édification
d'un monde plus juste, plus pacifique et plus solidaire se traduise en actions
concrètes.
Il faudra aussi chercher à tous les niveaux une étroite collaboration avec les
associations qui luttent contre les situations qui portent atteinte à la dignité
humaine et dans lesquelles le tourisme a sa part de responsabilité, comme pour
ce qu'on appelle le « tourisme sexuel », la toxicomanie, la destruction de
l'environnement, l'érosion de l'identité culturelle ou la destruction du
patrimoine. En particulier, le chrétien a le devoir de dénoncer ces graves
situations et de faire ce qui est en son pouvoir pour les éliminer. (top)
III. STRUCTURES PASTORALES
31. La mission évangélisatrice est un devoir qui incombe à l'Eglise, par fidélité
à la mission reçue du Seigneur. Tous les membres de l'Eglise sont appelés
à participer à cette tâche fondamentale dans une diversité qui rende plus
digne la véritable égalité de tous dans l'« activité commune pour l'édification
du Corps du Christ ».[44] Pour
accomplir cette mission évangélisatrice, l'Eglise cherche des moyens toujours
plus adéquats, disposée à les rénover selon les nécessités des temps,[45]
attentive principalement à respecter et à assumer « avec audace et prudence
»[46] les aspects spécifiques
et la « langue » de chaque peuple.[47]
Le développement du tourisme, son importance croissante pour les peuples, a mérité
l'attention pastorale de l'Eglise qui l'a suivi dès ses premiers pas, animée
par l'expérience avec laquelle, au cours des siècles, elle a accompagné le
chemin de tant de pèlerins.[48]
Consciente que les nouvelles dimensions du phénomène touristique réclament «
des efforts concertés de la part des différents membres des communautés chrétiennes
»,[49] l'Eglise a proposé
certains critères pour coordonner le travail dans les différents milieux
d'activité. Dans la ligne des précédentes interventions, les orientations qui
suivent entendent alimenter l'effort conjoint de ceux qui se sentent appelés à
travailler plus directement dans le monde du tourisme. (top)
1. Le Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en déplacement
32. Par la Lettre apostolique sous forme de Motu Proprio Apostolicae
caritatis du 19 mars 1970, le Pape Paul VI instituait la « Commission
Pontificale pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en déplacement »,
dépendant de la Congrégation pour les Evêques. L'institution créée par ce
document acquiert un rôle de grande importance dans la société actuelle, en
raison de l'énorme croissance des déplacements rendus possibles par le progrès
de la technique. En ce qui regarde en particulier le tourisme, ce même document
signale qu'il « concerne une énorme masse de personnes et, dans le domaine
social, constitue une nouveauté présentant des caractéristiques précises ».[50]
Avec la Constitution apostolique Pastor bonus (28 juin 1988) fut institué
le Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en déplacement,
en remplacement de la Commission précédente et en en assumant les compétences.
Se référant au tourisme, Pastor bonus affirme que ce Conseil Pontifical
« s'emploie à ce que les voyages entrepris pour des raisons de piété, d'étude
ou de délassement favorisent la formation morale et religieuse des fidèles, et
assiste les Eglises locales afin que tous ceux qui se trouvent hors de leur
domicile puissent bénéficier d'une assistance pastorale adéquate ».[51]
Dans l'accomplissement de la mission qui lui est confiée, le Conseil Pontifical
a pour objectifs principaux de :
1. Promouvoir et coordonner une analyse permanente du développement du phénomène
touristique, en particulier son incidence sur la vie spirituelle et religieuse
des personnes et des communautés.
2. Proposer des lignes d'action pastorale pouvant être adoptées de façon
conjointe ou par des groupes de pays.
3. Maintenir un contact permanent avec les Conférences épiscopales afin de
coordonner et de soutenir les initiatives pastorales dans le secteur du
tourisme.
4. Collaborer avec les centres d'études ecclésiastiques supérieurs et les
instituts de recherche qui incluent l'étude du tourisme dans leurs programmes.
5. Programmer la célébration annuelle de la Journée mondiale du tourisme, en
rédigeant et en distribuant du matériel catéchétique sur le thème de cette
Journée.
6. Entretenir des contacts réguliers avec l'Observateur permanent du Saint-Siège
auprès de l'Organisation Mondiale du Tourisme.[52]
(top)
2. Les Conférences épiscopales
33. Les Conférences épiscopales sont un organisme constitué pour que « la
confrontation des idées [permette] de réaliser une sainte harmonie des forces
en vue du bien commun des Eglises ».[53]
La Lettre apostolique Apostolos suos précise : « Lorsqu'ils abordent
des questions nouvelles et qu'ils font en sorte que le message du Christ éclaire
et guide la conscience des hommes pour résoudre les problèmes nouveaux suscités
par les mutations de la société, les évêques réunis dans la Conférence épiscopale
exercent ensemble leur fonction doctrinale, bien conscients des limites de leurs
déclarations, qui n'ont pas le caractère d'un magistère universel, tout en étant
officiel et authentique et en communion avec le Siège apostolique ».[54]
Dans l'activité des Conférences épiscopales, l'attention pastorale accordée
aux thèmes qui déterminent des changements novateurs de la société et la
proposition de « formes et modalités d'apostolat appropriées aux
circonstances de temps et de lieux »[55]
occupent une place préférentielle.
Le tourisme est sans aucun doute un des thèmes qui exigent l'attention des Conférences
épiscopales. De fait, il s'agit d'une expérience encore nouvelle pour la société
et, en particulier, pour les communautés dont le territoire et le patrimoine
culturel deviennent une destination du tourisme international. D'autre part, la
nouveauté du tourisme réside dans son évolution constante et crée de
nouveaux styles de vie et de nouvelles habitudes.
Nous évoquons ici quelques initiatives concrètes pouvant être adoptées par
les Conférences épiscopales dans le domaine du tourisme :
1. Fournir à tous les évêques un cadre mis à jour des tendances du mouvement
touristique dans leur pays, ses modalités, les incidences sociales sur la
population et sur le monde du travail et les besoins religieux des touristes.
Cette information devra aussi bien se référer au tourisme interne qu'au
tourisme international. Quand le volume atteint par le développement du
tourisme dans un pays le requiert, il sera bon que ce travail d'étude et
d'analyse soit confié à un observatoire permanent rattaché à une université
catholique ou à un institut ecclésiastique du pays.
2. Créer un programme de formation spécifiquement orienté vers les agents de
la pastorale du tourisme, qui puisse être adopté par les différents séminaires
et instituts de formation, afin que tous les diocèses puissent disposer de prêtres
et d'agents pastoraux dûment préparés.
3. Offrir un ensemble d'orientations à la pastorale ordinaire, pour fournir à
tous les fidèles une catéchèse adéquate pour le temps libre et le tourisme.
4. Etablir des contacts avec d'autres Conférences épiscopales, quand les
circonstances le requièrent, afin d'ouvrir des voies de collaboration entre
pays de départ et pays d'arrivée, pour l'échange d'agents pastoraux et pour
l'utilisation d'informations et de matériel liturgique dans les différentes
langues.
5. Promouvoir des programmes de formation pour les guides touristiques, surtout
pour ceux qui accompagnent les visites dans des lieux à caractère religieux et
pour les élèves des écoles et centres de formation touristique et hôtelière.
6. Inclure le tourisme parmi les thèmes affrontés par les « Centres culturels
catholiques ».[56]
7. Prévoir des formes possibles de coopération entre les diocèses afin que
l'assistance religieuse puisse être mieux fournie dans les lieux de grande
concentration saisonnière pour motifs touristiques.
8. Etablir des contacts avec les confessions chrétiennes en vue de la
collaboration oecuménique dans les hauts lieux touristiques.[57]
9. Maintenir le dialogue avec les autorités publiques et d'autres organismes
intéressés, afin d'établir des formes de collaboration appropriées aux
initiatives de programmation et de supervision de l'activité touristique, en
veillant en particulier à la défense de l'identité culturelle des communautés
locales, aux droits des travailleurs employés dans le secteur, à l'usage
correct du patrimoine artistico-religieux et au respect avec lequel les
visiteurs doivent être accueillis.
10. Promouvoir la présence de l'Eglise dans les Salons professionnels du
secteur.
Pour coordonner toutes ces activités, il est opportun d'instituer un organisme
au sein de la Conférence épiscopale[58],
qui puisse disposer d'un groupe d'experts représentant les différents secteurs
du tourisme. (top)
3. Les diocèses
34. Le tourisme, tant comme activité accomplie par les personnes durant leur
temps libre que comme secteur de travail où beaucoup exercent leur profession,
ou encore comme ensemble d'activités caractérisant un lieu comme destination
touristique, est présent dans une grande partie de la société contemporaine.
Intégré de cette façon dans la vie quotidienne des communautés, le tourisme
est une dimension que la pastorale diocésaine doit considérer comme une
composante ordinaire et, en tant que telle, figurer parmi les secteurs qui font
l'objet d'une attention régulière de la part de l'Ordinaire du lieu et de ses
conseils consultatifs.
Parmi les objectifs de la pastorale du tourisme au niveau diocésain, ceux qui
suivent ne doivent pas manquer :
1. Offrir une vision chrétienne du tourisme qui conduise les fidèles à vivre
cette réalité avec un l'engagement de leur foi, de témoignage et avec une
attitude missionnaire. Cet objectif sera pris en considération dans la prédication,
dans la catéchèse et dans l'usage des moyens de communication sociale. De même,
on tâchera de faire en sorte qu'une formation adéquate soit fournie dans les
écoles pour faire apprécier les valeurs du tourisme conformes à la dignité
et au développement des individus et des peuples.
2. Former des agents pastoraux capables de promouvoir de façon spécifique le
travail pastoral dans ce domaine. Quand les nécessités des diocèses
l'exigent, on offrira à plusieurs prêtres et laïcs la possibilité d'une plus
ample formation spécifique.
3. Etudier la réalité du tourisme dans le diocèse, formuler les critères
pastoraux et proposer dans les Conseils presbytéraux et pastoraux[59]
les actions à entreprendre. L'attention religieuse accordée aux touristes, intégrée
dans le programme diocésain d'activité pastorale, doit se dérouler selon les
termes adaptés à leur langue et culture, sans que cela constitue une réalité
à part, en évitant de nuire à la vie de la communauté locale.
4. Adopter des mesures dans les périodes de plus grande affluence touristique
pour optimiser le service des paroisses les plus visitées, en prévoyant, si nécessaire,
le déplacement de prêtres d'autres paroisses et la collaboration de prêtres
d'autres diocèses ou d'autres pays.
5. Rendre explicite l'accueil des touristes par l'Eglise diocésaine grâce à
une lettre de l'évêque, spécialement au début des périodes d'activité
touristique plus intense et, grâce à des informations facilitant la
participation aux célébrations et à la vie de l'Eglise locale.
6. Encourager la formation de groupes et d'associations, ainsi que la
collaboration de volontaires, pour la gestion du patrimoine de l'Eglise ouvert
aux visiteurs et pour l'accueil des touristes, afin d'offrir des horaires
d'ouvertures suffisamment amples.
7. Edifier des paroisses et des centres communautaires plus adaptés à la
pastorale du tourisme, en tenant compte des nouvelles réalités urbaines et
sociales.
8. Entretenir des contacts avec les responsables d'autres confessions chrétiennes
afin de prendre des mesures pouvant contribuer à un meilleur service religieux
de leurs fidèles, en suivant les critères et les normes établis par le
Saint-Siège et par les Conférences épiscopales.
9. Encourager la collaboration avec les autorités publiques et administratives
locales, avec les associations de travailleurs et d'opérateurs touristiques et
avec les autres organisations intéressées par le tourisme.
10. Créer une Commission diocésaine de pastorale du tourisme qui coordonne et
anime la pastorale du secteur et dont fasse partie des experts des diverses catégories
de personnes du monde du tourisme. (top)
4. Les paroisses
35. La paroisse, qui « rassemble dans l'unité tout ce qui se trouve en elle de
diversités humaines et les insère dans l'universalité de l'Eglise »[60],
principalement quand elle se réunit pour célébrer le jour du Seigneur[61],
est la première école d'hospitalité. Elle s'ouvre pour accueillir ceux qui
sont de passage et prépare ses fidèles au voyage qu'ils veulent entreprendre.
Ceux qui se proposent de vivre un témoignage sincère de leur foi dans le monde
du tourisme trouvent en elle un soutien.
Considérer la communauté paroissiale comme un point de rencontre et de soutien
de l'action pastorale implique avant tout que la paroisse soit présente, avec
ses propres structures, dans les lieux où le tourisme s'effectue. Le signe
visible des églises et des centres paroissiaux constitue le premier geste et le
geste concret de l'accueil. A travers cette présence, la paroisse invite tous
les visiteurs à participer à la célébration de la foi et à la communion
fraternelle.
Toutefois, dans l'orientation de la pastorale du tourisme, la communauté
paroissiale ne peut pas uniquement s'occuper de l'accueil des visiteurs. Elle
devra également préparer ses fidèles à pratiquer chrétiennement le tourisme
et soutenir ceux qui vivent et travaillent dans le tourisme.
Faisant siens les objectifs proposés par l'Eglise diocésaine, les paroisses
peuvent entreprendre un certain nombre d'actions concrètes comme celles-ci :
1. Développer une catéchèse sur le temps libre et le tourisme, quand le
conseille la réalité du lieu, tant pour les chrétiens résidents que pour les
touristes.
2. Encourager et soutenir des actions de soutien et de prévention en faveur de
groupes qui peuvent être victimes d'une promotion erronée du tourisme ou du
comportement des touristes.
3. Promouvoir, accueillir et stimuler l'action des groupes d'apostolat consacrés
en particulier aux personnes qui vivent et travaillent dans le secteur du
tourisme, même lorsqu'ils ne se trouvent pas dans la paroisse même[62].
4. Former un groupe permanent de laïcs pour étudier et conseiller les actions
pastorales devant être entreprises dans le domaine du tourisme.
5. Sur les lieux d'intense présence touristique, adapter les services aux nécessités
des touristes, pour faciliter le contact personnel, la célébration de la foi,
la prière individuelle et le témoignage de la charité.
6. Créer des services spécifiques pour les travailleurs du tourisme, selon
leurs horaires et leurs conditions de travail.
7. Proposer des mesures adéquates pour que les visiteurs puissent participer
aux célébrations eucharistiques dans leur langue ou selon d'autres expressions
propres à leur culture, toujours dans le respect des dispositions liturgiques
en vigueur.
8. Maintenir de façon appropriée l'information sur les services paroissiaux et
se soucier que les touristes puissent en disposer dans les hôtels, dans les
lieux d'information ou à travers d'autres moyens de diffusion. (top)
CONCLUSION
36. Le tourisme est la circonstance idéale dans laquelle l'homme ressent qu'il
est pèlerin dans le temps et dans l'espace : « Vivifiés et rassemblés en son
Esprit, nous marchons vers la consommation de l'histoire humaine qui correspond
pleinement à son dessein d'amour : "ramener toutes choses sous un seul
chef, le Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la
terre" (Ep 1, 10) »[63].
L'Eglise suit l'itinéraire exemplaire de son Maître et Seigneur[64]
et enseigne aux hommes à découvrir leur véritable vocation. Dans le cœur de
tous les hommes, en effet, se manifeste une inquiétude profonde pour leur
condition d'Homo viator, leur soif de nouveaux horizons, la certitude
radicale que le but de leur existence ne peut être atteint que dans l'infini de
Dieu[65].
Cette recherche de l'homme devient évidente et explicite dans le tourisme. Pour
satisfaire son désir de connaître d'autres personnes et d'autres cultures,
pour développer de nouvelles capacités personnelles et faire de nouvelles expériences,
les hommes et les femmes ne renoncent pas à consacrer une partie de leur temps
libre au tourisme. Cette recherche qui s'exprime dans le tourisme, se réalise
non seulement lorsque l'homme peut entreprendre de grands voyages ou des
aventures à risque, mais elle est particulièrement évidente dans l'effort des
individus et des familles pour se procurer un ou plusieurs jours de repos
ensemble, dans les inconvénients d'un voyage pour rendre visite à des membres
de la famille ou à des amis et dans la collaboration que requiert une excursion
de groupe.
Après avoir rencontré Dieu dans des conditions psychologiques favorables, dans
la beauté de la nature et de l'art, le touriste sentira le besoin de dire comme
saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans
repos tant qu'il ne repose en toi ».[66]
Et encore : « J'ai tardé à t'aimer, Beauté si ancienne et si neuve, j'ai
tardé à t'aimer ! Ah, voilà : tu étais dedans, moi dehors, et je te
cherchais. Je t'ai goûté : j'ai faim et soif de toi».[67]
Après s'être ouvert à une fraternité universelle, en participant à un «
dialogue entre les civilisations et les cultures pour bâtir une civilisation de
l'amour et de la paix »,[68]
le touriste s'unira au chant du Psalmiste : « Oui, il est bon, il est doux pour
des frères de vivre ensemble et d'être unis ! » (Ps 133, 1).
Avec Marie, Mère de Dieu et image de l'Eglise,[69]
chaque touriste, étonné par la beauté contemplée dans la création (cf. Sg
13, 3), pourra magnifier le Seigneur (cf. Lc 1, 46) et raconter les ouvres
merveilleuses qu'il a accomplies (cf. Si 42, 15-43, 33), portant ainsi un
message d'espérance à ses frères en humanité. (top)
De la Cité du Vatican, le 29 juin 2001, Solennité des Saints Apôtres Pierre
et Paul
+ Mgr Stephen Fumao Hamao
Président
+
Mgr Francesco Gioia
Secrétaire
Notes:
[1]CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire général pour la pastorale du
tourisme (30 avril 1969).
[2]Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale du Tourisme de l'an 2000,
5.
[3]Statistiques fournies par l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), le 30
janvier 2001.
[4]Cf. JEAN-PAUL II, Lettre encycl. Laborem exercens (14 septembre 1981),
10.
[5]Ibid., 25.
[6]JEAN-PAUL II par la Lettre apost. Inter sanctos (29 novembre 1979) a déclaré
saint François d'Assise « patron céleste des écologistes ».
[7]SAINT FRANÇOIS, Le cantique des créatures (été 1224).
[8]Cf. JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Laborem exercens (14 septembre 1981),
23.
[9]CONCILE OCUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution pastorale Gaudium et Spes,
35 ; cf. JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Laborem exercens (14 septembre
1981), 26.
[10]Cf. JEAN-PAUL II, Exhortation apostolique Ecclesia in Asia (6 novembre
1999), 39.
[11]JEAN-PAUL II, Discours à l'Académie Pontificale des Sciences Sociales
(28 avril 2001), 2.
[12]JEAN-PAUL II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix de 1998, 3.
[13]JEAN-PAUL II, Lettre apostolique Dies Domini (31 mai 1998), 10.
[14]JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptor hominis (4 mars 1979), 21.
[15]JEAN-PAUL II, Homélie au stade de Funchal, Ile de Madère, Portugal (12
mai 1991), 6.
[16]JEAN-PAUL II, Lettre apostolique Dies Domini (31 mai 1998), 38.
[17]Ibidem, 68.
[18]JEAN-PAUL II, Lettre apostolique Tertio millennio adveniente (10 novembre
1994), 57.
[19]Les premiers chrétiens ont toujours considéré l'hospitalité comme un devoir
fondamental et comme l'une des expressions les plus authentiques de la charité.
Elle est considérée comme une importante vertu humaine et chrétienne, comme
une manifestation de la vie communautaire, comme un droit inviolable de l'étranger,
comme une voie pour parvenir à Dieu, comme un don qui vient du ciel, comme une
possibilité de faire le bien et d'expier ainsi ses péchés (cf. Saint GRÉGOIRE de NAZIANCE,
Orat. 8, 12 : SCh 405, 270 ; Saint Ambroise de Milan, De Abrah. I,
5, 32-40 : PL 14, 456-459 ; Saint Maxime de Turin, Serm. 21, 1-2 :
CCL 23, 79-81 ; Saint Grégoire le Grand, Hom. in Evang. II, 23, 2 : PL
76, 1183).
[20]Rappelons l'éloge significatif de Clément De Rome : « En effet, celui qui
s'arrête chez vous ne reconnut pas votre foi solide et ornée de toute vertu,
n'admira pas votre sage et aimable piété dans le Christ, n'exalta pas votre généreuse
pratique de l'hospitalité » (Ep. Ad Corint. 1, 2 : SCh 167,
101).
[21]JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptor hominis (4 mars 1979), 14.
[22]De fait l'Eucharistie est « signe d'unité » et « lien de charité » (Saint
AUGUSTIN, In Ioan. Tract. 26, 13 : PL 35, 1613) ; cf ; aussi CONCILE OCUMÉNIQUE
VATICAN II, Constitution dogmatique sur l'Eglise Lumen gentium, 3, 11.
[23]Dans ce contexte, il faut rappeler que l'Institutio Generalis Missalis Romani(20
avril 2000) incluent aussi, parmi ceux qui exercent le ministère liturgique,
les personnes qui accueillent les fidèles à la porte de l'Eglise et qui
s'occupent d'eux (cf. n° 105 d.).
[24]Cf. CIC, can. 225.
[25]CONCILE OCUMÉNIQUE VATICAN II, Décret Ad Gentes, 2.
[26]Cf. CONSEIL PONTIFICAL POUR LES MIGRANTS ET LES PERSONNES EN DÉPLACEMENT, Le
Sanctuaire. Mémoire, présence et prophétie du Dieu vivant (8 mai 1999),
6.
[27]C'est surtout en se rendant en Terre Sainte qu'il est possible de rencontrer le
visage caché et mystérieux de Dieu à travers les témoins silencieux du
Christ qu'étaient les lieux et les objets, et de mieux comprendre la Parole de
Dieu. Saint Jérôme affirme : « De même que les historiens grecs se
comprennent mieux quand on a vu Athènes et que le troisième livre de Virgile
[de l'Enéide] est plus compréhensible quand on a navigué de la
Troade... à la Sicile et, de là, jusqu'aux bouches du Tibre, on comprend mieux
l'Ecriture Sainte quand on a vu de ses propres yeux la Judée et que l'on a
contemplé les ruines des antiques cités » (Praef. In Liber Paralip. : PL
29, 423).
[28]Cf. CONSEIL PONTIFICAL DE LA CULTURE, Pour une pastorale de la culture
(23 mai 1999), 37.
[29]Cf. JEAN-PAUL II, Exhortation apostolique Ecclesia in Asia (6 novembre
1999), 31.
[30]CONCILE ŒCUMÉNIQUE VATICAN II, Déclaration sur les relations de l’Eglise
avec les religions non chrétiennes Nostra aetate (28 octobre 1965), 2.
[31]JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptor hominis (4 mars 1979),
13.
[32]De la sorte se vérifie ce que souhaitait saint Jean Chrysostome,: « Nos
esprits se sentent élevés plus haut, l’âme devient plus forte,
l’engagement plus intense, la foi plus ardente » (De Droside martyre 2 :
PG 50, 685B); Théodoret de Cyr affirme dans sa notice sur Siméon le
Stylite : « Celui qui vient pour un spectacle s’en retourne instruit des
choses divines » (Hist. relig. 26, 12 : SCh 257, 188).
[33]Cf. JEAN-PAUL II, Angelus, Castel Gandolfo, (1er août 1999).
[34]JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio (7 décembre
1990), 82.
[35]JEAN-PAUL II, Lettres aux personnes âgées (1er octobre
1999), 16.
[36]Cf. JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Centesimus annus (1er
mai 1991), 42.
[37]Ibidem, 31.
[38]Ibidem, 36. JEAN-PAUL II précise : « Je pense au fait que même
le choix d’investir en un lieu plutôt que dans un autre, dans un secteur de
production plutôt qu’en un autre, est toujours un choix moral et culturel ».
[39]JEAN-PAUL II, Message pour la célébration de la Journée mondiale de la
paix 1990, 15.
[40]Cf. JEAN-PAUL II, Message pour la XVème Journée Mondiale des
communications sociales1981, 3.
[41]CONCILE ŒCUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution pastorale sur l’Eglise dans le
monde de ce temps Gaudium et spes, 3.
[42]Ibid., 40.
[43]JEAN-PAUL II, Discours aux évêques de la Ligurie (5 janvier 1982), 5.
[44]CONCILE ŒCUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen
gentium, 32.
[45]CONCILE ŒCUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution sur la sainte Liturgie Sacrosanctum
concilium, 1.
[46]PAUL VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975),
40.
[47]Ibid., 63 (cf. 59-64).
[48]Cf. PIE XII, Pour le congrès mondial des “ Skâl-clubs” (19
octobre 1952).
[49]JEAN-PAUL II, Discours au IIIème Congrès mondial de la
pastorale du tourisme (9 octobre 1984).
[50]PAUL VI, Lettre apostolique Apostolicae caritatis, (19 mars 1970).
[51]JEAN-PAUL II, Constitution apostolique Pastor bonus (28 juin 1988), 151.
[52]Etant entendu la validité de ce qu’établit l’article 46 de la
Constitution apostolique Pastor bonus quant aux compétences de la
Seconde Section de la Secrétairerie d’Etat.
[53]CONCILE ŒCUMÉNIQUE VATICAN II, Décret sur la charge pastorale des évêques
dans l’Eglise Christus Dominus, 37.
[54]JEAN-PAUL II, Lettre apostolique Apostolos suos (21 mai 1998),
22.
[55]CIC, can.447.
[56]La nature et la mission de ces centres sont décrites par le CONSEIL PONTIFICAL
DE LA CULTURE, Pour une pastorale de la culture (23 mai 1999), 32.
[57]CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE L’UNITÉ DES CHRÉTIENS, Directoire
pour l’œcuménisme (25 mars 1993), 102-142, 161-162.
[58]Cf. CIC, can. 451.
[59]Cf. CIC, can. 459, 511.
[60]CONCILE ŒCUMÉNIQUE VATICAN II, Décret sur l’apostolat des laïcs Apostolicam
actuositatem, 10.
[61]JEAN-PAUL II, Lettre apostolique Dies Domini (31 mai 1998),35-36.
[62]Cf. JEAN-PAUL II, Discours à la Congrégation pour le Clergé, (20
octobre 1984), 6.
[63]CONCILE ŒCUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution pastorale sur l’Eglise dans le
monde de ce temps Gaudium et spes, 45.
[64]Cf. CONSEIL PONTIFICAL POUR LES MIGRANTS ET LES PERSONNES EN DÉPLACEMENT, Le
pèlerinage dans le Grand Jubilé de l’An 2000(25 avril 1998), 9-11.
[65]Cf. Ibid., 24-31.
[66]SAINT AUGUSTIN, Confessions, 1, 1, 1 : CSEL 33, 1.
[67]SAINT AUGUSTIN, Confessions, 10, 27, 38 : CSEL 33, 255.
[68]JEAN-PAUL II, Message pour la XXIIème Journée mondiale du
Tourisme de l’année 2001, 5.
[69]Cf. CONCILE ŒCUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen
gentium, 63.
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