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Conseil Pontifical pour la Pastoral des Migrants et des Personnes en déplacement Rencontre sur la Pastoral du Tourismedans les pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du NordAllocution inauguraleSa béatitude Eminentissime le cardinal Nasrallah Boutros SFEIR 1. C’est pour nous une joie d'accueillir tous les participants à cette rencontre, particulièrement ceux qui ont fait un voyage pour venir au Liban afin d'être parmi nous, apportant à cette réunion une expérience et un regard des plus enrichissants, ancrés dans leur foi en l’utilité du tourisme religieux et leur conviction qu'il est urgent d'en prendre soin, en regard des immenses bénéfices spirituels, culturels et physiques qui en découlent. Nous sommes surtout heureux d'accueillir le représentant du Conseil Pontifical des Migrants, spécialement venu de Rome pour nous porter la bénédiction de Sa Sainteté le pape Jean-Paul II, d'ailleurs constamment présent parmi nous en la personne du nonce apostolique Mgr Luigi Gatti. Nous saluons également Leurs Excellences, les évêques ayant consacré une partie de leur temps pour suivre les travaux de cette rencontre et prendre part aux débats. Vous souhaitant plein succès dans vos travaux, nous espérons qu'i1s seront fructueux et bénéfiques pour les pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord. 2. Les sujets de réf1exion jetés sur le tapis, sont, pour nous et pour tous ceux qui ont la chance de visiter notre région, de grande importance et de haut intérêt. Les passant en revue, nous avons constaté qu'ils traiteront du tourisme dans les pays du Moyen-Orient, des pèlerinages aux Lieux Saints ainsi que de la situation actuelle en Irak, en Terre Sainte et au Liban. Des interventions exposeront la situation et l’état des lieux du tourisme en Syrie, au Maroc, en Jordanie, auxquels s'ajouteront des questions relatives à l’organisation des voyages et des pèlerinages aux Lieux Saints propres à certaines églises du. Liban dans leur diversité historique et liturgique. 3. Il ne fait aucun doute que le tourisme, d'un point de vue global, est aujourd'hui de grande importance. Nous pouvons constater que la majorité des pays y comptent pour améliorer leur situation économique. Il n'en fut que plus favorisé, par 1’expansion des moyens de transport, de sorte que, de nos jours, la plupart des personnes passent plus de temps dans les voitures et les avions que dans leurs maisons ou leurs bureaux. Le désir de connaissance étant, en outre, profondément ancré dans la nature humaine, il pousse constamment l’être humain à entrer en contact avec des civilisations et des cultures étrangères. C’est ainsi que, malgré la difficulté de voyager et la rareté des moyens de transport autrefois, bien des voyageurs ont pu nous laisser des récits ne manquant pas d'intérêt sur les plans historique et culturel, décrivant la vie des peuples, leurs langues, leurs coutumes, leurs traditions. 4.
Le tourisme religieux était jadis un phénomène très répandu. Il se
trouvait, en effet, parmi les croyants fervents et les ermites, bon nombre désireux,
non seulement de visiter les lieux où vécut le Christ, mais d'y vivre jusqu'à
la fin de leurs jours, et même, d'y étre inhumés. Plus d'un exemple montre ce
désir d'aller par les chemins que le Christ a empruntés. En 1987, lors de
notre séjour en Russie, il nous parvint que, pour bien des croyants russes, le
trajet durait souvent de longs mois avant d'atteindre le Lieux Saints. Certains
mouraient même en cours de route. Louis IX, roi de France, nous instruit
l’histoire, avait pour plus grand désir celui de visiter le Lieux Saints, ce
que firent François d'Assise et, plus proche de nous, Charles de Foucauld et
bien d'autres. L’immense majorité des chrétiens pieux nourrissaient l'ardent
désir de se rendre dans les Lieux Saints pour être comblés des bénédictions
de Dieu et en ramener un linceul. Est-il
besoin de rappeler ici que le pèlerinage compte en islam parmi les cinq piliers
de la relígion, à côté de la profession de foi, la prière, l’aumóne et
le jeûne? 5.
Mais la Terre Sainte n'est plus aujourd'hui qu'un bain de sang, tant lourdes
sont les injustices dont souffrent ses fils. Les écrans de télévision nous
transmettent tous les jours le spectacle tragique des drames qui s'y déroulent.
Le combat par le feu et le fer s'y poursuit de longue date. Morts, blessés, funérailles
et destruction des maisons y sont désormais le lot quotidien des habitants. L’insoutenable
paradoxe reste que, cet espace où a retenti le voix du Christ appelant au
pardon et à l’amour, est le même où ne résonnent plus aujourd'hui que le
bruit des armes qui massacrent, la colère des hommes, les lamentations des
fernmes. Tous
les habitants, quelles que soient leurs appartenances religieuses ou sociales,
sont victimes, sans distinction aucune, de la haine, de la violence, de la
vengeance. Et ceci est une honte pour l’humanité entière. Le
tourisme, sous toutes ses formes, et encore plus dans sa dimension religieuse,
se trouve entièrement paralysé, alors que les gens en ont grandement besoin.
Mais ce que nous craignons le plus, est que le feu ne ravage d'autres pays de la
région car, chaque jour qui vient est lourd de menaces. Cependant, nul n'ignore
les efforts de Sa Sainteté le pape pour épargner cette catastrophe à la région
et au monde. 6.
Nous ne développerons pas ici la question du tourisme en général ni celle du
tourisme religieux en particuher dans un pays comme le Liban, ayant constaté
qu'elles seront ultérieurement traitées et approfondies. Il
est évident que le Liban a, plus que d'autres pays, des caractéristiques
uniques faisant de lui un pays de tourisme par excellence et de tourisme
religieux de surcroît. Sa nature montagneuse et côtière, par exemple, offre
aux amateurs de ski et de natation la rare opportunité de pratiquer
altemativement leurs loisirs dans un écart de temps n'excédant pas la
demi-heure. Le pays, en outre, regorge de richesses historiques et de vestiges qui remontent à cinq mille ans. Quant
au tourisme religieux, il trouve au Liban un terrain de prédilection, le Liban
étant foncièrement pays biblique, béni par le Christ lui-même, lors de
sa visite à
Tyr et Sidon où Il guérit la fille de la Cananéenne, cette fernme à la foi inébranlable à
laquelle il a dit:
«Il ne sied pas de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens»
et qui lui répondit sans trouble aucun: «De grâce Seigneur aussi bien les
petits chiens mangent-ils des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres».
Louant sa foi profonde, il lui dit alors: «Ô
femme! Grande est ta foi! Qu'il advienne selon ton désir.» (Mt
15,21-28). C’est là
un bel exemple de
foi qui soulève les montagnes (Mt 21,21) et déracine le mûrier pour le
planter dans la mer (Lc 17,6). C’est cette même foi qui préserve et
sauve les chrétiens qui restent encore dans cet Orient qui l’était autrefois
presque entiérernent. 7. Dans son Message
pour la XXIIIème Journée Mondiale du Tourisme, Sa Sainteté le pape
Jean-Paul II dit, au sujet des avantages du tourisme et de son utilité,
qu'il peut être «un instrument efficace pour former la conscience. Une
approche moins agressive de l’environnement naturel aidera à découvrir et à
mieux apprécier les biens confiés à
la responsabilité de chacun». Il ajoute: «L'attention et le respect
pour la nature pourront favoriser des sentiments de solidarité envers les
hommes et les fernmes dont le milieu humain est constamment agressé par
l’exploitation, la pauvreté, la faim, le manque d'éducation et de santé. Il
revient à tous, mais surtout aux agents du secteur touristique, d'agir de façon
à ce que ces objectifs deviennent des réalités».[1] Oui, nous nous devons
de respecter la nature qui, d'ailleurs, se venge le plus souvent de celui qui
l’agresse. Nous venons récemment
d'en faire l’amère expérience lorsque, il y a quelques jours les pluies
diluviennes et la neige sont tombées avec violence inondant champs et vergers,
et emportant les buvettes construites sur les rives des fleuves parce que les
propriétaires n’avaient pas pris soin de respecter la distance minimale au
cours d'eau qu'l convient de prendre en compte dans de tels cas. Oui, la nature
se venge et les preuves en sont nombreuses. 8. Le tourisme a également
des aspects négatifs que soulignent les "Orientations pour la Pastorale du
Tourisme" publiées par la Commission Pontificale concernée. Il y est dit que «les
personnes qui l’encouragent ou qui en bénéficient l’utilisent trop souvent
à des fins illicites, dans certains cas comme instrument d'exploitation et,
dans d'autres cas, comme une occasion d'agression contre des personnes, des
cultures ou la nature».[2] C’est précisérnent
ce dont nous sommes témoins parfois dans le périmètre des sanctuaires, fréquentés
par certains, non par motif de piété mais pour le divertissement, ce qui en
perturbe grandernent l’ambiance. Il revient naturellement aux responsables des |