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Conseil
Pontifical de la Pastorale pour les Migrants et les Personnes en Déplacement
I°
ère Rencontre internationale
de
Pastorale pour la Libération des Femmes de la Rue
Rome, 20-21 juin 2005
Document final
L'EVENEMENT
La rencontre s'est déroulée au siège du Conseil Pontifical de la Pastorale
pour les Migrants et les Personnes en Déplacement, à Rome. Outre les Supérieurs
du Conseil et cinq Officiers du Dicastère, elle a réuni deux évêques et différents
religieux, religieuses et laïcs, représentant les Conférences épiscopales de
dix-neuf pays d'Europe: Albanie, Allemagne, Angleterre, Belgique, Bosnie-Herzégovine,
Danemark (pour les pays nordiques), Ecosse, Espagne, Estonie, Hongrie, Irlande,
Italie, Montenegro, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Tchèque, Slovénie
et Suisse. Aux côtés des experts, des pays d'autres continents aussi avaient
envoyé leurs représentants: Inde, Nigeria, République démocratique du Congo
et Thaïlande. Il faut citer également les délégués de l'USG (Union des Supérieurs
Généraux) et de l'UISG (Union internationale des Supérieures générales), du
CELAM (Conseil épiscopal d'Amérique Latine), de la CICM (Commission Internationale
Catholique pour les Migrations), de l'Association "Comunità
Papa Giovanni XXIII", de la Légion de Marie et des représentants d'autres
associations, y compris celui de Caritas internationalis, tous
apostoliquement engagés dans ce secteur.
Après avoir salué les participants avec cordialité, S.Em. le Cardinal Stephen
Fumio Hamao, Président du Conseil Pontifical, a ouvert les travaux, en
soulignant l'importance du phénomène en question, qui requiert l'attention et
la charité pastorale de l'Eglise universelle et des Eglises particulières.
L'Archevêque Agostino Marchetto, Secrétaire du Conseil, a présenté le thème
et le programme de la Rencontre, et proposé des critères d'évaluation du phénomène
ainsi que quelques orientations pastorales. Son intervention était intitulée
"Les femmes de la rue aujourd'hui. Un défi pastoral". Dans son
discours, il a mis en relief l'importance et l'étendue de ce secteur de
l'apostolat, qui exige de nouveaux agents pastoraux. Il s'est également référé,
avec un souci profond, à ces êtres humains, dont un grand nombre vit dans des
situations où les droits personnels minimum ne sont pas respectés, leurs corps
étant l'objet de commerce et de trafic.
Les interventions successives des participants ont souligné différents aspects
de la "réalité" actuelle des femmes de la rue. L'Eglise qui a pour
celles-ci un regard miséricordieux et désire les accueillir chrétiennement,
invite à considérer les valeurs spirituelles et théologiques qui sont à la
base d'un engagement pastoral révélateur de la bienveillance de Dieu à l'égard
de ces femmes, dans la conscience générale des tragédies enfouies sous de
telles expériences. D'où le souci particulier pour le nombre croissant et
dramatique de femmes et de jeunes sexuellement exploitées, et la nécessité
d'une action pastorale urgente, en synergie, au-delà des initiatives d'accueil
généreuses et louables déjà existantes, et l'actuelle difficulté à insérer
ces actions dans les structures ecclésiales.
Mariette Grange, représentante de la CICM, a parlé sur: "Le trafic des êtres
humains, avec une attention particulière pour les femmes destinées à la
prostitution", tandis que l'intervention du Prof. Mario Pollo a offert une
"Vision d'ensemble après enquête", en donnant un tableau général
de la situation, à partir des réponses au questionnaire envoyé en son temps
à tous les participants. Celles-ci ont mis en lumière une certaine carence de
l'aspect spécifiquement pastoral. Enfin, Don Oreste Benzi, responsable de
l'Association "Comunità Papa Giovanni XXIII", a présenté le thème
"Pour une pastorale de la rédemption et de la libération".
La Table Ronde a réuni six experts: Sr Eugenia Bonetti, ISMC, de l'UISG; le P.
Ottavio Cantarello, SC, Directeur de la Communauté "Samuel", et envoyé
par la Conférence italienne des Supérieurs Majeurs; Mlle Sile Ni Chochlain, du
Conseil de la Légion de Marie; Sr Lalini Gunawardene, SBP; Sr Michelle Lopez,
SBP, du Centre "Fountain of Life" et Paolo Ramonda, Vice-Président de
l'Association "Comunità Papa Giovanni XXIII". Le but était de tracer
"les grandes lignes d'une pastorale spécifique".
Au terme de la Rencontre internationale, après l'échange de nouvelles,
opinions pastorales, expériences et réflexions, des initiatives importantes
ont été examinées, en tenant compte de la diversité des situations dans les
différents pays. Confirmant le propos de poursuivre le travail réalisé
pendant ces journées, dans un esprit de collaboration et en se prévalant d'une
certaine coordination, les participants ont examiné les "critères"
et les "stratégies" pour l'avenir, de même que les méthodologies et
les objectifs qui ont été résumés dans les conclusions et recommandations
suivantes.
CONCLUSIONS
Quelques points clé
1. La prostitution est une forme d'esclavage moderne
Il est important de reconnaître que l'exploitation sexuelle, la prostitution et
le trafic des êtres humains constituent tous des actes de violence contre
les femmes et, comme tels, ils sont une offense à leur dignité et une
violation grave des droits humains fondamentaux. Le nombre des femmes de la rue
s'est accru de façon dramatique dans le monde, pour de nombreuses et complexes
raisons économiques, sociales et culturelles. Dans certains cas, les femmes
impliquées ont connu la violence pathologique ou l'abus sexuel déjà dès leur
enfance. D'autres ont été induites à la prostitution pour avoir voulu
subvenir, en mesure suffisante, à leurs propres besoins ou à ceux de leurs
familles. Certaines veulent trouver dans l'homme la figure d'un père ou un fort
lien amoureux. D'autres entendent honorer des dettes invraisemblables et
certaines abandonnent des situations de pauvreté dans leurs pays d'origine, en
pensant que le travail qui leur est offert à l'étranger changera leur vie.
Quoi qu'il en soit, il est clair que l'exploitation sexuelle des femmes répandu
dans le tissu social à travers le monde est une conséquence d'un grand nombre
de systèmes injustes.
Beaucoup de femmes de la rue qui se prostituent dans ce qu'on appelle le Premier
Monde viennent du Second, du Tiers et du Quart Monde. En Europe et ailleurs,
nombre d'entre elles ont été victimes du trafic enraciné dans d'autres pays,
afin de répondre à une demande croissante de "consommateurs". Mais
ce ne sont pas toutes ces victimes qui se prostituent, tout comme les prostituées
ne sont pas toutes le fruit de ce trafic. L'esclavage humain n'est pas nouveau !
L'Organisation Internationale du Travail (OIT) estime qu'il y a actuellement
12,3 millions de personnes rendues esclaves dans le travail forcé, et que 2,4
millions d'entre elles environ sont victimes du trafic, phénomène qui fait
entrer annuellement dans les poches de ses organisateurs – dit-on – quelques
10 milliards de dollars US.
2. Lien entre migration, droits et trafic des êtres humains
Le lien entre migration, droits et trafic des êtres humains a été mis à jour
progressivement et des formes plus vastes de trafic (dettes à rembourser,
esclavage, exploitation sexuelle ou du travail) ont pu être identifiées et
analysées. La définition du trafic employée dans le Protocole des Nations
Unies pour la prévention, la suppression et la punition du trafic de personnes,
en particulier des femmes et des enfants, est celle généralement acceptée.
Ce Protocole, tout comme la Convention du Conseil de l'Europe sur l'action
contre le trafic, le considère comme une grave violation des droits humains et
une offense à la dignité de la personne.
Tandis que ceux et celles qui émigrent pour affronter les nécessités de la
vie, ainsi que les victimes de la contrebande ou du trafic partagent de nombreux
aspects de vulnérabilité, il existe aussi des différences importantes entre
migration, trafic et contrebande des êtres humains. En effet, les politiques de
macro-développement laissent souvent les femmes obérées de dettes et sans
travail. Elles émigrent pour pouvoir vivre et aider leurs familles et leurs
communautés. En aucun cas, les efforts déployés pour affronter le trafic et
la contrebande de personnes ne doivent omettre de prendre en considération le désir
des femmes d'émigrer pour améliorer leur vie et celle de leurs familles et de
leurs enfants.
3. Les causes de la prostitution
Pour développer une réponse pastorale efficace – ce qui est le but de
notre Rencontre internationale –, il est important de connaître les facteurs
qui poussent ou attirent les femmes à la prostitution, les stratégies mises en
œuvre par les intermédiaires et les souteneurs pour les tenir toujours sous
contrôle, les pistes des mouvements issus des pays d'origine vers ceux de
destination, et les ressources institutionnelles pour affronter les nécessités.
La communauté internationale et nombre d'ONG à travers le monde s'efforcent
toujours plus de faire face aux activités criminelles et de protéger les
personnes qui sont victimes du trafic des êtres humains. Elles ont ainsi développé
une vaste gamme d'interventions pour prévenir et réhabiliter.
4. Qui est la victime ?
C'est un être humain qui, dans de nombreux cas, crie pour demander de
l'aide, car vendre son propre corps dans la rue n'est pas une activité que l'on
choisirait librement de pratiquer. En effet, la femme est déchirée; elle est
pratiquement morte, au plan psychologique. Bien sûr, l'histoire de chaque
personne est différente, une histoire faite surtout de violence, d'abus, de découragement,
de bien peu d'estime de soi, de peur et d'absence d'autres occasions. Chaque
personne porte des blessures profondes qui doivent être soignées. Que
cherchent-elles? Un réseau de rapports, l'amour, la sécurité, l'affection,
l'affirmation, un avenir meilleur pour elles-mêmes et pour leurs familles.
Elles voudraient fuir la pauvreté et le manque d'occasions de réussites, et se
construire un avenir.
5. Qui est le "client"?
Lui aussi a des problèmes profondément enracinés car, dans un certain sens,
il est également devenu esclave. Un grand nombre d'entre eux a plus de 40 ans,
mais il y a aussi un nombre croissant de jeunes de 16 à 24 ans. L'analyse met
clairement en évidence que toujours plus d'hommes recherchent les prostituées
davantage par esprit de domination que par désir du plaisir sexuel. En effet,
dans les rapports sociaux et personnels, ils expérimentent une perte de pouvoir
et de masculinité et ils ne parviennent pas à développer des rapports de réciprocité
et de respect. De tels hommes recherchent donc les prostituées parce que cela
leur permet de vivre une expérience de contrôle et de domination totale sur la
femme, et ce pendant un certain temps.
Le "client" doit recevoir quelque chose de plus qu'une condamnation
sociale, et affronter toute la rigueur de la loi. Il doit aussi être aidé à résoudre
ses problèmes plus profonds et à trouver d'autres moyens de gérer ce qui lui
est propre. Acheter du sexe à une prostituée ne résout aucun problème né de
la solitude, de la frustration ou du manque de rapports authentiques.
6. Le rapport entre l'homme et la femme
Le rapport entre l'homme et la femme n'est pas un rapport d'égalité, car la
violence, ou la menace de violence, donne à l'homme des privilèges et un
pouvoir qui peuvent rendre les femmes silencieuses et passives. Celles-ci et les
enfants sont souvent envoyés dans la rue par la violence qu'ils subissent de la
part des éléments masculins présents sous leur toit, ceux-ci ayant "intériorisé"
la violence inoculée par les idéologies et présente dans les structures
sociales. Il est triste de devoir dire que des femmes participent aussi à
l'oppression et à la violence envers d'autres femmes, et certaines font même
partie des réseaux criminels en rapport avec la croissance de la prostitution.
La tâche de l'Eglise
7. L'Eglise a une responsabilité pastorale dans la promotion de la dignité
humaine des personnes exploitées à travers la prostitution et dans le
plaidoyer pour leur libération, en assurant même pour ce faire un soutien économique,
éducatif et formateur. C'est-à-dire que l'Eglise doit se charger de défendre
les droits légitimes des femmes.
8. En outre, pour répondre à leurs nécessités pastorales, l'Eglise doit dénoncer
prophétiquement les injustices et les violences perpétrées contre les femmes
de la rue, quels que soient l'endroit et les circonstances où elles se produisent.
L'Eglise doit aussi inviter tous les hommes et les femmes de bonne volonté à
s'engager pour soutenir la dignité humaine, en mettant fin à l'exploitation
sexuelle.
9. Une solidarité renouvelée est donc nécessaire dans l'Eglise et parmi les
Congrégations religieuses, les mouvements laïcs, les institutions et les
associations, afin d'assurer une plus grande "visibilité" et
davantage d'attention à la pastorale des femmes exploitées à travers la
prostitution, en ayant à l'esprit la Bonne Nouvelle de la libération intégrale
dans Jésus-Christ.
10. Dans leur attention aux nécessités des femmes tout au long des siècles,
les Congrégations religieuses, en particulier les Congrégations féminines,
ont scruté sans cesse les signes des temps, découvrant la valeur et
l'importance de leurs charismes dans beaucoup de nouveaux contextes sociaux. De
nos jours, dans la méditation fidèle de la Parole de Dieu et de la Doctrine
sociale de l'Eglise, les religieuses cherchent, dans le monde, des moyens
nouveaux pour donner un témoignage prophétique en faveur de la dignité des
femmes. Elles le font en offrant aux femmes de la rue une vaste gamme de
services dans des "unités externes", dans des centres d'accueil, des
logements et des maisons sûres, en réalisant des programmes de formation et d'éducation.
En outre, les membres de certains ordres contemplatifs assurent leur solidarité
en les soutenant par la prière et, lorsque c'est possible, par une aide financière.
11. Quoi qu'il en soit, des programmes de formation pour les agents pastoraux
sont nécessaires, afin de développer les compétences de ceux-ci et les stratégies
pourcombattre la prostitution et le trafic des êtres humains. Ce sont là des
manières importantes d'engager les prêtres, les religieux/ses et les laïcs
dans la prévention et la réinsertion des victimes. La collaboration et la
communication entre les Eglises d'origine et celles de destination sont aussi
considérées comme essentielles.
PROPOSITIONS GENERALES
12. L'action de l'Eglise pour libérer les femmes de la rue
Lorsqu'on affronte le sujet de la prostitution, il faut employer une approche
pluridimensionnelle. Elle doit impliquer aussi bien les hommes que les femmes,
dans une transformation réciproque, et placer les droits humains au centre de
toute stratégie. Tous les chrétiens sont appelés à être solidaires avec les
femmes prisonnières de la rue. Dans tous les cas, les hommes ont un rôle
important à jouer en aidant à réaliser l'égalité des sexes, dans un
contexte de réciprocité et de différences justes. Ceux qui exploitent les
femmes (et ce sont généralement des hommes), qu'il s'agisse des
"clients", des trafiquants ou des touristes du sexe, etc., doivent être
éduqués à propos aussi bien de la hiérarchie des valeurs humaines que des
droits humains. Ils ont également besoin d'entendre de la part de l'Eglise,
sinon de l'Etat, une condamnation ferme de leur péché et de l'injustice qu'ils
commettent.
13. Le rôle des Conférences épiscopales
Dans un Etat impliqué dans la prostitution fruit du trafic humain, les Conférences
épiscopales doivent assumer la responsabilité de dénoncer ce fléau social.
Il est nécessaire, en outre, de promouvoir le respect, la compréhension, la
compassion et une attitude qui s'abstienne de tout jugement – au sens
correct – envers les femmes prises dans le réseau de la prostitution.
Les prêtres et les agents pastoraux doivent aussi être encouragés à
affronter cet esclavage au plan pastoral.
14. Le rôle des Congrégations religieuses
Les Congrégations religieuses devront s'efforcer de miser sur la puissance de
leurs convictions et unir leurs forces pour informer, éduquer et agir. Elles
mettront l'accent sur les valeurs du respect réciproque et des relations
familiales saines, sur les valeurs de la communauté, en même temps que sur la
nécessité d'équilibre et d'harmonie dans les rapports interpersonnels entre
hommes et femmes. Il est urgent que les différents projets promus par les Congrégations
religieuses pour aider le retour à la maison des femmes prisonnières de la
prostitution de même que leur réinsertion sociale puissent bénéficier du
soutien financier adéquat. A ce propos, il est recommandé aux associations
religieuses opérant dans divers pays du monde pour assurer cette assistance,
d'organiser des rencontres dans ce but.
L'implication et le soutien du clergé sont importants également, aussi bien
pour la formation des jeunes, en particulier des hommes, que pour la réhabilitation
des "clients" du commerce du sexe, mais pas seulement pour cela.
15. Collaboration
a) La pleine collaboration entre les agences publiques et les agences privées
est nécessaire si l'on veut éliminer l'exploitation sexuelle.
b) Les moyens de communication également doivent collaborer entre eux pour
assurer une information correcte sur le problème.
c) L'Eglise doit demander l'application des lois qui protègent les femmes
du fléau de la prostitution et du trafic des êtres humains. Il est important
aussi de tout mettre en œuvre pour arriver à réaliser des mesures efficaces
pour s'opposer aux représentations avilissantes de la femme dans la publicité.
d) La communauté chrétienne doit être encouragée à collaborer avec les
autorités nationales et locales pour aider les femmes de la rue à trouver des
ressources alternatives pour vivre.
16. Rapports entre les victimes et les "clients"
a) Pour les victimes, la thérapie est longue et difficile. Les femmes de
la rue ont besoin d'être aidées pour trouver un logement, un milieu familial
et une communauté où elles se sentent acceptées et aimées, et où elles
peuvent commencer à reconstruire leur vie et leur avenir. Cela leur permettra
de retrouver confiance et estime de soi, et la joie de vivre et de recommencer
une vie nouvelle sans se sentir montrées du doigt.
b) La libération et la réinsertion exigent une acceptation et une compréhension
de la part de la communauté. Le chemin de guérison peut être facilité par un
amour authentique et par la proposition de différentes possibilités pouvant
aider à satisfaire les besoins profonds des jeunes femmes à la recherche de sécurité,
d'affirmation et d'occasions pour une vie meilleure. Le trésor de la foi (cf. Mt
6,21), si celle-ci est vivante malgré tout, ou si elle est découverte une
nouvelle fois, les aidera énormément, de même que la certitude de l'amour de
Dieu, miséricordieux et grand dans son amour.
c) Les "clients", par contre, ont besoin d'être informés mais
aussi formés à propos du genre, du respect, de la dignité, des valeurs
interpersonnelles et de toute la sphère des rapports et de la sexualité. Dans
une société où l'argent et le bien-être sont les valeurs dominantes, des
relations adéquates et une éducation sexuelle sont nécessaires pour une
formation holistique des divers groupes de personnes. Ce type d'éducation
permet d'explorer la vraie nature des rapports interpersonnels basés non pas
sur l'intérêt égoïste ou sur l'exploitation, mais sur la dignité de la
personne qui devrait être respectée et appréciée comme don de Dieu. Dans ce
contexte, il faut que soit rappelé au croyant que le péché est une offense au
Seigneur, celle-ci devant être évitée de toutes ses forces, avec la grâce de
Dieu.
17. Education et recherche
a) En étant attentif au groupe visé, il est important d'approcher le problème
de la prostitution sans négliger la vision chrétienne de la vie, à travers
les groupes de jeunes dans les écoles, les paroisses et les familles, afin de développer
des jugements cohérents sur les rapports humains, sur le genre, le respect, la
dignité, les droits humains et la sexualité. Les formateurs et les éducateurs
devront, certes, tenir compte du contexte culturel dans lequel ils travaillent,
mais ne pas permettre qu'un sentiment d'embarras les empêche de s'engager dans
un dialogue approprié sur ces arguments, en vue de créer une prise de
conscience et une préoccupation à propos de l'usage et de l'abus du sexe et de
l'amour.
b) Le lien entre violence et société patriarcale, ainsi que l'effet de
celles-ci sur les femmes, doivent être considérés et étudiés à tous les
niveaux de la société, en particulier quant à leur impact sur la vie
familiale. Les conséquences pratiques de la violence "intériorisée"
devront être identifiées clairement, pour les hommes comme pour les femmes.
c) Le phénomène complexe de l'aspect féminin des migrations devra être
étudié de façon à respecter la dignité mais aussi les droits des femmes.
d) Education et développement de la conscience sont vitaux si l'on veut
affronter l'injustice existant dans les relations entre les sexes et créer l'égalité
entre les genres, dans un contexte de réciprocité, en tenant compte des différences
justes. Les hommes comme les femmes doivent donc :
- être conscients de la façon dont les femmes sont exploitées, et
- connaître les droits et les responsabilités qui sont les leurs.
e) Les hommes, en particulier, doivent être impliqués dans des
initiatives
- à propos de la violence contre les femmes, la sexualité, le VHI/SIDA, la
paternité et la famille ;
- vis-à-vis du respect et de l'attention pour les femmes et les jeunes
filles, dans la réciprocité des relations, et
- à propos de l'examen et de la critique des normes traditionnelles liées à
la masculinité.
f) L'Eglise devra enseigner et diffuser sa Doctrine morale et sociale,
celle-ci offrant des orientations claires pour les attitudes à assumer et
invitant à lutter en faveur de la justice. S'engager à différents niveaux –
local, national et international – pour libérer les femmes de la rue est un
acte de vrai disciple chrétien, une expression d'amour chrétien authentique
(cf. 1 Co 13,3).
g) Il est essentiel de développer la conscience chrétienne et sociale des
personnes grâce à la prédication de l'Evangile du salut, l'enseignement et
différentes initiatives de formation.
h) Une formation spécifique des séminaristes, des jeunes religieux/ses et des
prêtres est indispensable afin qu'ils puissent acquérir les capacités et les
attitudes nécessaires pour travailler avec compassion avec les femmes prisonnières
de la prostitution et avec leurs "clients".
18. Prestation de services
a) L'Eglise peut offrir aux victimes de la prostitution une large variété de
services : logement, points de référence, assistance médicale, téléphone-S.O.S.,
assistance légale, centres-conseil, formation vocationnelle, éducation, réhabilitation,
défense et campagnes d'information, protection contre les menaces, liaisons
avec la famille, assistance pour le retour volontaire et la réinsertion dans le
pays d'origine, aide pour l'obtention du visa pour rester, lorsque le retour se
révèle impossible. Dans tous les cas, la rencontre avec Jésus-Christ, le bon
Samaritain et le Sauveur, est un facteur très important de libération et de rédemption,
pour les victimes de la prostitution également (cf. Ac 2,21 ; 4,12 ; Mc
16,16 ; Rm 10,9 ; Ph 2,11 et 1 Th 1,9-10).
b) Ceux qui travaillent directement avec les femmes victimes du trafic des êtres
humains à des fins de prostitution doivent recevoir une formation ad hoc
pour être en contacts avec elles, sans les mettre en danger.
c) Aborder les femmes et les jeunes filles de la rue en vue de leur rachat est
une entreprise complexe et exigeante. Il faut que soient mis sur pied des
activités visant à la prévention, mais aussi à une prise de conscience
croissante du problème dans les pays d'origine, de transit et de destination
des femmes qui font l'objet du trafic. Des initiatives de réinsertion sont par
contre très importantes, dans les pays d'origine, si les femmes y font retour.
Importantes aussi la défense et l'information, ainsi qu'un “réseau de
liaison”!
d) Les aspects légaux de la prostitution et du trafic des êtres humains –
interdiction, réglementation et abolition – doivent être respectés dans
tous les pays. Il faudrait s'inspirer des exemples de bonne application (c'est
le cas en Suède).
e) Des projets pluridimensionnels ecclésiaux pourraient fournir des signes
visibles d'intéressement et d'engagement au niveau des diocèses et/ou des
paroisses.
RECOMMANDATIONS FINALES
A l'intention des évêques
19. Il faudrait insérer les thèmes, à propos de l'exploitation sexuelle, du
trafic et de la contrebande des êtres humains, parmi ceux affrontés durant les
visites ad limina.
20. Il est suggéré aux évêques d'encourager, dans leurs Lettres pastorales,
la promotion et la protection de la dignité humaine des
femmes et des mineurs.
Pour les communautés locales
21. Il faut que dans les écoles et les paroisses soient mis en œuvre des
programmes éducatifs et de conscientisation à propos de la sexualité, du
respect réciproque et des relations interpersonnelles saines, en particulier
entre les hommes et les femmes, à la lumière de la Parole de Dieu et de la
Doctrine morale de l'Eglise.
22. Des programmes de formation et d'instruction professionnelle doivent être élaborés
à l'intention des agents pastoraux, comme faisant partie de la préparation à
leur ministère.
23. Il faut que soit renforcé un "réseau" entre tous les groupes
engagés dans la pastorale sur ce thème particulier, c'est-à-dire les
volontaires, les associations, les Congrégations religieuses, les Organisations
non gouvernementales (ONG), les groupes œcuméniques et interreligieux, etc.
A l'intention des Congrégations religieuses, du clergé diocésain et des Conférences
nationales de religieux/ses
24. Il faudrait que, dans les séminaires et dans les cours de formation
initiale et permanente des Congrégations religieuses d'hommes et de femmes, soient réalisés des programmes d'instruction et de
conscientisation à propos de l'exploitation sexuelle des femmes et des mineurs.
25. Les Conférences nationales de religieux/ses sont encouragées à nommer,
pour cette pastorale spécifique, une personne pouvant assurer la liaison au
sein d'un "réseau" qui soit actif dans le pays et hors du pays.
Pour la société en générale
26. L'exploitation sexuelle des femmes et des mineurs est une question qui
concerne toute la société, et pas seulement les femmes.
27. Il est nécessaire de concentrer l'attention sur le "client" comme
l'un des éléments du système de “consommation” qui est à la base du
commerce du sexe.
28. Il est important d'utiliser un langage et une terminologie adéquats
lorsqu'il est question du phénomène de l'exploitation sexuelle et de la
prostitution.
29. La société a le devoir d'offrir des ressources alternatives aux personnes
qui cherchent à "abandonner la rue" afin qu'elles puissent subvenir
à leurs besoins.
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