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Pontifical Council for the Pastoral Care of Migrants and
Itinerant People
People on the Move
- n.
85, April 2001
Migration et pluralisme religieux
Les musulmans en Europe[1]
Hans Vöcking
Segretariato della CCEE
[English summary,
Italian summary]
1. La réalité de la migration des musulmans dans les pays européens
Quelques millions de personnes rattachées d’une manière ou d’une autre aux
religions différentes du christianisme vivent aujourd’hui en Europe. Pour
certains des pays de l’Europe, il s’agit d’une réalité nouvelle. Pour
les pays anciennement colonisateurs, comme la Russie, la Grande Bretagne, l’Espagne,
la France, les Pays-Bas et l’Italie, il s’agit déjà d’une rencontre de
longue date. Les pays comme la Bulgarie, l’Hongrie et l’ex-Jougoslavie
connaissent la présence de l’islam depuis leur occupation par l’Empire
Ottoman.
La présence et le développement des religions comme l’islam, le bouddhisme
ou l’hindouisme sont liés ou bien au colonialisme, ou bien aux flux
migratoires après la deuxième guerre mondiale qui on amené des populations,
attirées par le développement économique et industriel, ou bien encore par
des demandes d’asile politique per des gens qui fuient des pays qui ne
respectent pas les droits de l’homme, ou enfine par une situation économique
qui incite les habitants à partir pour chercher à construire une nouvelle
existence en Europe. Sans ce flux migratoire, les religions non-chrétiennes
seraient restées en fait marginal. Alors que, maintenant c’est un fait
populaire et social en cours d’implantation profonde dans l’espace européen.
La société en Europe est véritablement devenue une société multi-religieuse,
ce qui n’a été ni prévu ni voulu.
Les clés de compréhension du devenir des religions non-chrétiennes se
trouvent dans les analyses des processus migratoires. On ne peut pas enfermer
ces religions dans les catégories d’une religion immigrée ou transplantée
d’un ailleurs à un ici. Mais il convient de prendre en compte le fait que le
processus de mise en forme des religions est sous-tendu par le processus de
co-inclusion progressive et réciproque entre les populations d’origine
musulmane p.ex. et celle de plus ancienne souche européenne.
Les mouvements migratoires suivent, aujourd’hui en Europe, la croissance ou la
décroissance de l’économie et la situation politique dans beaucoup de pays.
Depuis 1945, il y a eu plusieurs vagues migratoires. Ce sont celles de la
reconstruction immédiatement après la 2ème guerre mondiale, celle
du boom économique dans les années soixante, celle des années septante, celle
de l’après-crise économique provoquée par l’augmentation du prix de pétrole
en 1973 et celle enfin, depuis de la moitié des années quatre-vingts, qui
prend plutôt la forme de l’asile politique et de la cladestinité.
Pour comprendre la situation actuelle des immigrés musulmans et leur influence
sur la société d’accueil, il faut jeter ce regard historique. La dimension
temporelle est présente dans l’intégration subjective des migrants qui
modifient leurs projets et leurs comportements au furet à mesure de leur intégration. Mais elle est ressentie, également, par les
chrétiens européens de souche qui découvrent progressivement la présence
d’un groupe avec une autre vision religieuse et culturelle.
Mais, aujourd’hui, ce ne sont pas seulement des musulmans immigrés que les
chrétiens rencontrent, c’est l’islam avec ses organisations et la diversité
de ses courants qui prend place dans l’environnement social, culturel et
religieux de nos pays.
2. Un peu d’histoire
L’islam apparaît en Arabie au 7ème siècle à la suite de la prédication
de Muhammad. Après sa mort en 632, ses disciples mettent par écrit les paroles
qu’il affirmait lui être venues de Dieu. Ce recueil de textes forme un livre,
le Coran. Le message essentiel que l’on y trouve est la proclamation qu’il
n’y a qu’un seul Dieu Créateur et Juge des hommes. On y trouve également
des exhortations à la fidélité et à l’obéissance, à la prière et à la
solidarité. La façon concrète d’appliquer toutes ces recommandations n’est pas précisée par
le Coran, mais les premiers musulmans imitent, pour l’essentiel, le
comportement de Muhammad.
Un siècle plus tard, les armées arabes ont conquis un immense empire s’étendant
de l’Espagne à l’Inde. Les musulmans, bien qu’au pouvoir, n’y sont
encore qu’une petite minorité au sein de populations dont les coutumes sont
bien différentes des leurs. Le besoin se fait donc sentir de préciser le
contenu exact de la foi musulmane et des règles qui en découlent. C’est
ver le 9ème siècle, que les savants musulmans développent l’art
de commenter le Coran et de défendre la foi, tandis que les juristes
s’attachent à déduire du Coran et de l’exemple de Muhammad les règles qui
doivent régir tous les faits et gestes du croyant musulman dans tous les
domaines de son activité.
C’est le moment de grandeur de la pensée musulmane. Une intense activité
intellectuelle se manifeste: l’antique héritage de la pensée grecque ou
babylonienne a été traduit en arabe, des savants font progresser les sciences:
mathématiques, astronomie, botanique, médecine etc. L’islam aussi se
structure: sa théologie se formule et se définit, son droit devient un immense
chantier visant à déterminer le juste comportement en toutes actions sociales,
culturelles et religieuses.
Petit à petit, en effet, s’est installée dans les coeurs des musulmans la
conviction que Dieu est au-dessus de nos idée qu’il n’est pas possible
à l’homme de le connaître et que, par voie de conséquence, s’il a parlé
dans le Coran, ce ne pouvait pas 1’être en vue de se révéler Lui-même,
mais pour révéler sa volonté. La tâche primordiale du croyant consiste donc
à lire le Coran pour y trouver la LOI à suivre.
Au bout de trois siècles environ, pour de multiples raisons, cette fermentation
s’est ralentie puis s’est assoupie. Dans le domaine religieux la communauté
musulmane a sécrété un corps de lettrés qui se considèrent comme
essentiellement chargés de transmettre sans modification l’héritage du 9ème
siècle: la loi islamique telle que l’ont définie les juristes de cette époque.
Le reveil sera brutal: il se produit au début du 19ème siècle par
l’expansion coloniale des puissances européennes et qui entrent dans l’ère
d’un développement industriel et technique. L’empire musulman perd du
territoire: la Grèce devient indépendante en 1830, puis les pays du Balkans.
D’autre sont conquis par des colonisateurs européens. Le monde musulman
s’interroge tout en sachant que le Coran dit que "la promesse que Dieu
leur a faite de leur donner la terre en héritage, alors qu’ils sont les
bons serviteurs?". Ce scandale oblige la communauté musulmane à chercher
les raison pour lesquelles Dieu semble les abandonner. L’Europe triomphante de
l’époque ne se prive pas de leur suggérer une réponse simple: C’est l’Islam,
religion du fatalisme, qui est à l’origine de votre retard ! Pour la
conscience du croyant musulman ceci ne peut être accepté : L’Islam est
une révélation venant de Dieu, l’Islam ne peut être en faute. Si faute il y
a, elle doit être cherchée dans la conduite des musulmans, leur façon de concevoir l’Islam ou de le pratiquer.
Les écrits musulmans des deux derniers siècles essaient donc tous de répondre
à ces deux question:
-
qu’est-ce que l’Islam?
-
comment faut-il le pratiquer?
A ces deux questions, les réponses varieront selon les personnes, les pays et
les circonstances, mais, sous de multiples formes, le croyant musulman se
trouve obligé d’y répondre quotidiennement: en effet, c’est au jour le
jour que les contraintes de la vie moderne se font sentir, et le musulman veut
faire son choix en restant fidèle aux exigences de la parole de Dieu, telle
qu’il trouve dans le Coran et dans sa tradition religieuse. Ces deux questions
se posent aussi aux musulmans qui vivent dans une situation de minorité en
Europe.
Mais est-il possible de vivre dans notre siècle, marqué par la science et la
technique, dans la fidélité à une tradition du 7ème siècle? Si
le Coran est vraiment la parole de Dieu, son enseignement est éternellement
valable. Faut-il pourtant, le comprendre comme le comprenaient les Lettrés du 9ème
siècle? Leur interprétation est-elle infaillible? Les règles définies par
les juristes de cette époque sont-elles valables pour tous les temps et tous
les lieux?
Ils avaient codifié la vie familiale en soumettant la femme à l’autorité de
son père ou de son mari, en l’obligeant à rester chez elle ou à se voiler,
en donnant au mari le droit exclusif de répudiation, en acceptant, enfin, la
polygamie au profit du mari. Cet état de choses est-il vraiment voulu par Dieu?
La femme croyante, aujourd’hui, doit-elle considérer qu’elle est obligée
de se voiler en public?
De nouvelles techniques ont fait leur apparition: faut-il les adopter? l’Islam
a toujours condamné les images: cette condamnation doit-elle s’étendre à la
photographie? Au siècle dernier, un jeune lettré égyptien, débarquant à
Marseille, découvre qu’on impose aux voyageurs une quarantaine: "cette
institution est-elle licite, se demande-t-il. Elle offre aux mortels de fuir la
prédestination?" Mais que penser aussi de la transfusion, des
transplantations, du contrôle des naissances et de certains actes cultuels?
Les lettrés musulmans du 9ème siècle avaient défini la loi, la
charî’a, dans un contexte de supériorité politique et militaire. L’Islam
était religion d’Etat. Aujourd’hui plus de la moitié d’un milliard de
musulmans du monde vivent dans des pays où il ne sont qu’une minorité et les
pays où ils vivent ne sont pas des pays à constitution islamique. Peut-on
vivre en vrai musulman dans un Etat qui ne l’est pas? Les musulmans
doivent-ils militer pour arriver au pouvoir et changer les lois du pays?
C’est chaque jour que le musulman est ainsi mis en demeure de se situer
face aux défis de la modernité, de la religion chrétienne et les exigences de
sa foi telles qu’elles ont été formulées par l’Islam classique médiéval.
Cette situation explique les courants d’opinion qui se sont formés dans les
milieux musulmans, aussi dans le contexte européen, mais leurs propositions,
d’ailleurs souvent contradictoires, concernent tous les musulmans qui vivent
dans la société européenne.
3. La présence des musulmans au pluriel
3.1 Les musulmans traditionnels
Les musulmans de ce courant ont en commun le souci d’une pratique
traditionnelle et d’une foie communautaire où sont vécues certaines des
valeurs religieuses. Fidèles à Dieu et à Muhammad ils sont attachés aux
rites et aux coutumes pratiqués dans les pays d’origine. Ils sont volontiers
conservateurs dans le domaine familial et social. Souvent, ils appartiennent au
monde des confréries traditionnelles ou modernes. En Europe ils vivent
douloureusement des situations d’exil dans lesquelles ils essayent de vivre la
tradition apprise dans la mesure du possible.
3.2 Les réformistes
Le premier courant qui est né fut celui des réformistes. C’est au siècle
dernier que les scientifiques musulmans, vivant au sein de cet islam
traditionnel, ont subi les premiers chocs de la modernité et se sont mis au
travail pour repenser le noyau dur de leur foi et formuler une nouvelle façon de vivre l’Islam dans le monde moderne. Pour atteindre ce but, il faut
puiser les lois islamiques que la nation prend pour référence à cette source
pure, la source du premier jaillissement. Il importe de comprendre l’Islam
comme l’ont compris les compagnons de Muhammad et leur successeurs de bonne
souche.
Autrement dit, leur méthode consistait à étudier le Coran et les traditions
de Muhammad, mais, en outre, ils avaient décidé de suivre les opinions et les
façons de faire des trois premières générations de musulmans, dits les
"anciens". Leur recherche s’est poursuivie jusqu’autour des
années 1950. Leur travail a eu une énorme influence, ils ont publié des
revues et des livres. Les plus connus furent Mohammed Abduh (1849-1905), et
Rachid Ridâ’ (1865-1935) en Egypte, Ben Bâdis (1889-1940) en Algérie et
bien d’autres. Ils ont déclenché un mouvement de réforme, de retour à l’Islam
essentiel et de fidélité stricte au Coran.
En décidant de suivre les "anciens", ils partaient du principe que
ces premières générations étaient plus parfaites que les musulmans actuels,
et que les premiers temps de l’Islam formaient un idéal insurpassable.
Cette idéalisation du passé les a finalement conduits à canoniser les
solutions proposées par les lettrés du 9ème siècle, puisque
ceux-ci appartenaient à ces générations mythiques. Au terme de leur
recherche, l’Islam, dans son noyau essentiel est resté un Islam médiéval,
et l’on retombait dans le traditionalisme. Dans la plupart des mosquées ou
des salles de prières en Europe ont trouve cette interprétation de l’Islam.
3.3 Les musulmans laïcs
La recherche des réformistes était menée par des hommes dont la culture
devait beaucoup aux sciences religieuses mais qui étaient peu au fait des développements
du monde moderne. Cependant, des solutions pragmatiques devaient être trouvées,
sans retard, pour gouverner les pays musulmans. Les milieux au pouvoir était
constitué d’hommes dont la formation était surtout séculière: avocats, ingénieurs,
médecins ou militaires, ils voyaient bien les problèmes à résoudre et se
mirent à la relecture sans se préoccuper de disputes théologiques ou
juridiques.
Certains, tel Habib Bourghiba, premier président de la Tunisie moderne,
essayaient de moderniser le pays de façon empirique, en cherchant une solution politique ou technique à un problème
politique ou technique. Mais c’était déjà faire le choix d’une approche séculière
du gouvernement. D’autres, en premier lieu desquels Kemal Atatürk
(1880-1938), se mirent en devoir de moderniser leur pays en le sécularisant le
plus possible pour le soustraire à l’influence rétrograde des lettrés
religieux de l’Empire Ottoman.
Pendant l’Entre-deux-guerres, la Turquie devint ainsi un état laïc. La charî’a
musulmane fut abolie, les universités et les écoles religieuses supprimées,
une nouvelle législation adoptée qui était largement inspirée des codes
européens. L’Islam cessa d’être religion d’Etat. Pour moderniser plus
rapidement le pays, Kemal Atatürk imposa même l’habit européen, le
calendrier grégorien, le système métrique et l’alphabet latin. Cette révolution
culturelle fut imposée d’une main de fer et accompagnée d’une lutte sans défaillance
contre les milieux religieux. La Turquie actuelle en est le résultat. Dans le même
ligne d’une approche séculière du pouvoir politique, mentionnons aussi le
parti Ba’th qui gouverne actuellement la Syrie et l’Iraq depuis l’indépendance
de ces pays. Un grand nombre des immigrés en Europe venant de ces pays ont été
éduqués dans cette vision musulmane et ils la défendend aussi dans le
contexte européen.
3.4 Les Intégristes ou le raidissement traditionaliste
L’entreprise de sécularisation brutale entraîne de multiples protestations
dans les milieux musulmans pieux. Les gouvernants "laïcs" devinrent
suspects aux yeux des "religieux" qui voyaient dans leurs politiques
des efforts déguisés pour imposer une laïcité offensive visant à détruire
l’esprit de la religion.
Contre le sécularisme ou la laïcité qui distingue le religieux des autres
domaines de l’existence, des mouvements se firent jour qui réclamaient au
contraire, le règne de la religion sur tous les autres domaines. Les réformateurs
furent remplacés par des courants plus fondamentalistes. Le plus connu est
celui des Frères Musulmans (FM), fondé en 1927 par l’égyptien Hasan
el-Banna (1906-1949). Pour lui"L’Islam est un ordre englobant qui porte sur tous les aspects de la vie".
"Ordre englobant" est le mot clé et à retenir. Ce courant cherche avant tout, dans l’Islam,
la volonté de Dieu. L’important est de placer toute la vie humaine dans
l’obéissance. Le militant de cette mouvance est plus préoccupé de lois à
appliquer que de dévotions à faire. La société vit dans le"désordre", elle a besoin de revenir à "l’ordre"voulu par Dieu. Héritant des travaux des réformistes, le courant
fondamentaliste accepte en bloc comme divine toute la législation médiévale
de l’Islam. D’où leur propension à répéter sans cesse: l’Islam
interdit de l’Islam interditique, l’Islam commande que, l’Islam dit que.
Ce raidissement avait aussi pour cible l’influence massive des valeurs et des
idées européennes. Les indépendances des pays avec une tradition musulmane séculière
avaient bien pu couper les liens politiques de dépendance à l’égard des
anciennes métropoles. Mais elles n’avaient pas arrêté les échanges
culturels, économiques et commerciaux. Au contraire, elles les avaient souvent
accélérés et un facteur important était la migration. D’où une"occidentalisation"des meurs et des modes de vie que l’on remarque sur toute la surface de la
planète. Les fondamentalistes musulmans se sentent assiégés dans leurs
derniers retranchements par cette influence étrangère.
Mohamed Talbi, Professeur de l’histoire à l’université de Tunis, les décrit
ainsi:" Dans ce phénomène, il y a une large part d’authentique ressourcement -
sur le plan du culte de la foi par exemple de refus des valeurs étrangères
considérées comme inadéquates ou trompeuses et aliénantes. Le torrent
occidental, qui déferle avec force sur l’Islam, n’a pas apporté en effet
avec lui que les alluvions fertilisantes, et trop souvent l’ivraie l’a
importé sur le bon grain. D’où la violence de certaines réactions. La désislamisation
surtout est ressentie avec douleur par ceux qui ont conservé la foi. Pour
comprendre leurs réactions ce qui ne signifie pas les excuser il faut bien
réaliser que la blessure les atteint au plus profond de leur être. Le passage
à une société tolérante et pluraliste ne se fait pas sans heurts et
sans drames. Dans bien des cas le durcissement de la foi, accompagné du
repliement de certains cercles sur eux-mêmes, est le contrecoup d’une désislamisation
très poussée particulièrement au niveau des couches urbaines de formation
occidentale, et surtout à celui des universités où se produisent justement
les tensions les plus graves."L’étudiant islamique" est engendré par celui qui ne l’est plus. Dans ce contexte, des phénomènes
de minorités avec des complexes se comprimant dans un superbe isolement ou se
libérant en une tumultueuse agressivité sont inévitable".[2]
Très rapidement, dès les années 1950, ces mouvements se sont retrouvés en
conflit ouvert avec les pouvoirs en place, de tendance plutôt séculière, laïcs.
Les Frès Musulmans, en particulier, sont finalement passés à l’opposition
ouverte ou sont partis pour l’Europe, tandis que certaians de leurs membres
glissaient dans l’action clandestine violente. En Egypte, en Syrie, en
Turquie, en Jordanie et dans tout les pays autour de la Méditerranée, les
attentats, les complots, les arrestations et les procès de militants se sont
succédés à un rythme sans cesse accéléré. Les Frères musulmans ont été
interdits, leurs guides et idéologues arrêtés et exécutés. Ceux qui vivent
en Europe se sont organisés pour continuer une politique d’opposition vis-à-vis
des pays d’origine et pour encadrer les musulmans qui vivent dans les pays
européens.
3.5 L’islamisme ou le radicalisme militant
Ainsi est né un courant de pensée beaucoup plus militant que l’on a appelé
islamisme en le distinguant du mot l’Islam qui désigne la religion dans son
ensemble. L’islamisme pourrait se définir ainsi: c’est un courant où le
fondamentalisme initial s’est doublé d’une double convicion:
-
pour ré-islamiser la société, il faut conquérir le pouvoir, c’est à
dire, il faut créer un Etat islamique,
-
pour conquérir le pouvoir, il est légitime d’employer la violence révolutionnaire.
La révolution iranienne en 1979 a participé de cet idéal, et a souvent
galvanisé les militants des autres pays. La révolution islamique était
possible, et même elle était en marche. Cette approche de la religion a modifié
considérablement les mentalités de ceux qui s’y adonnaient. Les dimensions
spirituelles et mystiques de la foi ont presque toujours été perdues de vue au
profit d’un combat socio-politique qui mobilise toutes les énergies. De plus,
l’idéal de la "jihâd", la guerre sainte, a pris une nouvelle
signification. Les Musulmans ordinaires, modérés, et leurs gouvernements sécularisés,
ont été qualifiés d’apostats qu’il est licite de tuer pour sauver
l’Islam pur et dur.
Le maître à penser de cette tendance est Sayyid Qutb (1906-1966) ; un Frère
Musulmans emprisonné par Nasser, puis jugés et exécuté. Cette tendance
radicale de l’Islam actuel attire beaucoup l’attention des observateurs
occidentaux qui ont tendance à y voir l’expression normale de l’Islam que
l’on veut ainsi définir comme une religion violente et arriérée par nature.
Curieusement, ces observateurs entrent parfaitement dans les vues des islamistes
eux-mêmes qui voudraient être reconnus par tous, à commencer par les autres
musulmans, comme les seuls vrais musulmans. C’est ici qu’il faut donner la
parole à un autre courant de pensée dont on parle fort peu.
3.6 La nébuleuse moderniste
Les convulsions de l’Islam actuel n’opposent pas seulement les islamistes et
les laïques. L’immense majorité des musulmans d’aujourd’hui ne se
retrouvent ni dans l’approche radicale des uns, ni dans la pensée désislamisée
des autres. Pendant de longues annés, cette majorité silencieuse se contentait
de vivre sa foi dans un contexte moderne en essayant de sauver l’essentiel.
Les violents affrontements de ces dernières années ont obligé ces croyants
ordinaires à formuler les raisons religieuses qu’ils avaient de ne basculer
ni dans un camp ni dans l’autre. Plus récemment, un nombre d’intellectuels
et de penseurs religieux musulmans ont commencé de donner une formulation théologique
à ce qui n’avait longtemps été qu’une réaction empirique. Beaucoup de
livres paraissent maintenant pour définir l’Islam de façon nouvelle, en totale rupture avec les approches islamistes ou traditionalistes
qui canonisent l’Islam juridique du 9ème siècle.
Le Prof. Ali Merad pense qu’il faut donner la priorité au spirituel: si, être
musulman, c’est être témoin d’une foi et solidaire d’une communauté
plus d’une interrogation s’impose alors à l’esprit. D’abord sur le
contenu même de la foi, ensuite sur le sens de la solidarité communautaire qui
apparaît au regard de certains, comme l’un des emblèmes distinctifs de
l’islamisme. Parler de la foi, en terme musulmans, c’est aborder un thème
entouré d’un halo d’ambiguïté: s’agit-il de la foi coranique, celle
qu’ont pu assumer, à l’exemple du Prophète, les croyants et les "compagnons
de la première heure", dans la ferveur entretenue de la flamme sacrée de
la Révélation ? Ou s’agit-il de la loi systématique par les
"docteurs de la Loi" avec ses implications collectives ou comme source
de vie, et support d’une quête spirituelle?. (Le Monde 10.12.1978)
Les modernistes sont frappés du fait que le Coran, dans son ensemble, est fait
d’exhortations générales à la loi, à la justice, à l’équité, à
l’honnêteté et ne présente des règles précises que dans une toute petite
quantité des versets, au maximum deux cents versets. Ils désavouent donc
l’approche des penseurs médiévaux qui ont cherché, avant tout, dans le
Coran, des lois et des règles.
Tandis que les traditionalistes imaginent les premiers temps de l’Islam comme
un Age d’Or vers lequel il faudrait revenir, les modernistes, au contraire,
soulignent les débuts difficiles de l’Islam naissant, et rappellent que ce
n’est que progressivement que le Coran a enseigné les réformes à faire et
les conversions à accomplir. Dieu ne donnait pas un système de lois fixes,
mais impulsait à l’humanité un mouvement vers une perfection à atteindre
plus tard dans l’histoire. Le Soudanais Mahmud Muhammad Taha le dit dans les
termes suivant:"Les musulmans disent que la charî’a musulmane et une charî’a parfaite et
c’est vrai. Mais sa perfection réside plutôt dans sa capacité d’évoluer
et d’intégrer toutes les forces vives de la vie individuelles et collective
et d’orienter cette vie vers des degrés de progrès permanent, en fonction de
la vitalité et du renouvellement qu’a su atteindre cette vie
individuelle et collective. Les musulmans réagissent quand ils nous entendent
parler de la nécessité de faire évoluer la charî’a, et disent: ‘la charî’a
islamique est parfaite, elle n’a donc pas besoin d’évoluer, car n’évolue
que ce qui est déficient’. En fait, c’est exactement le contraire: seul ce
qui est parfait est capable d’évolution"[3].
Les lettrés musulmans de l’époque classique sont donc accusés d’avoir
trahi l’Islam en bloquant son dynamisme initial, en le remplaçant par un système juridique qu’ils ont sacralisé. Ils l’ont trahi aussi
en tentant d’imposer leur autorité au pouvoir politiques, sous le prétexte
qu’il n’y avait pas de distinction entre le politique et le religieux. Pour
ce faire, ils ont invoqué l’exemple du Prophète qui aurait été à la fois
prophète et chef d’état. Le courant moderniste lit l’histoire différemment.
Pour lui, le prophète n’était pas un chef d’état quelles qu’aient été
ses aventures guerrières. Les musulmans actuels n’ont pas à rechercher le
pouvoir politique au nom de l’Islam. Il peut se vivre de façon plus intériorisée même quand on est une minorité musulmane vivant en
Europe. Souheib Bencheick, Mufti de Marseille pense:"Ce n’est qu’à travers le politique qu’on oblige, qu’on intimide et
qu’on impose. Or, l’Islam n’a jamais demandé à ses adeptes d’obliger,
d’imposer ou d’intimider: Jamais ! Il appelle ses adeptes à appeler
les autres". Appelle à la voie de Dieu, nous t’avons envoyé pour l’humanité entière.
Le Prophète Mohamed dit:"Transmettez mon message, même s’il ne s’agit que d’un seul verset". Le croyant est appelé à transmettre. Mais Dieu merci, Dieu nous a montré
le méthode ou la manière comment inviter."Appelle à la voie de Dieu par la sagesse et le sermon du bien". Cela reste vraiment un discours qui invite à une moralité qui essaie de
convaincre rationnellement aussi. Cela s’arrête là. Nous ne somme pas les
tuteurs de Dieu, mais nous en sommes les instruments. Nous sommes les chercheurs
de Dieu et non les propriétaires. Donc une telle séparation, et j’en suis
profondément convaincu, renvoie le religieux à son véritable statut qui est là
comme témoin. La société a vraiment besoin d’une force morale. Et la
religion ne peut être cette autorité morale que lorsqu’elle est écarté de
tout ce qui est pouvoir, de tout ce qui est politique. Le politique, lui, ne
marche qu’à travers des alliances, des compromis, des contraintes, des
compromissions, etc. La force morale doit transcender tout cela. C’est
pourquoi, une laïcité bien définie, bien adaptée ne peut être qu’un
bienfait pour l’épanouissement de l’Islam et, surtout, pour la beauté de
l’Islam. L’Islam en perd cet obscurantisme et cette manière superstitieuse.
Nous avons malheureusement avec l’interférence du politique et du religieux
non seulement une contrainte étatique et une pression sociale, mais une crainte
de culpabilité superstitieuse qui atteint jusqu’aux capacités de réflexion
de l’homme.(El Watan, 1.2.1996, p. 1, 9)
Naturellement, les penseurs du courant moderniste se heurtent à la plupart des
lettrés qui continuent d’interpréter le Coran comme il l’a été par le
passé, comme une message dicté mot-à-mot à Muhammad, si bien que tout doit y
être à la lettre comme venant de Dieu. On assiste donc maintenant à l’apparition
d’une nouvelle approche du Coran dont les versets apparaissent toujours comme
venant de Dieu mais à travers une expression marquée par son époque. Fazlur
Rahmân l’exprime dans son livre"Islam "ainsi : "Le Coran déclare en effet : L’Esprit fidèle l’a fait descendre sur
ton cœur pour que tu sois au nombre des avertisseurs". (Coran26, 194), et encore: Dis: Qui est l’ennemi de Gabriel (qu’il soit),
car c’est lui qui a fait descendre sur ton cœur le Livre’ (Coran 2,97).
Mais il manquait à l’orthodoxie (en fait, à toute la pensée médiévale)
d’avoir les instruments intellectuels nécessaires pour allier, dans sa
formulation du dogme, l’Altérité et le caractère verbal de la Révélation
d’une part, et, d’autre part, son lien intime avec l’œuvre et la
personnalité religieuse du Prophète, c’est-à-dire qu’il lui manquait la
capacité intellectuelle de dire, à la fois, que le Coran est entièrement la
Parole de Dieu et aussi, dans un sens ordinaire, la parole de Mohammed. Le Coran
affirme clairement les deux idées, car s’il insiste sur le fait qu’il est
descendu sur le ‘cœur’ du Prophète, comment peut-il être extérieur?(New York : Doubleday Ancor Book, 1968, p. 25)
Sans abandonner leur fois dans l’origine divine du Coran, certains auteurs
commencent donc à en examiner le texte pour le ré-interpréter à la lumière
des sciences modernes. Cette entreprise rencontre de multiples oppositions tant
on craint que la foi en soit sapée dans ses fondements. Mais l’idée fait son
chemin.
4. Les problèmes des musulmans en Diaspora européenne
Les problèmes, aux quels les musulmans en Europe sont affrontés, peuvent être
classés ainsi :
Famille et Femme :
-
le voile
-
l’autorité paternelle
-
l’héritage et le témoignage des femmes
-
quelle forme de mariage (civil, contrat de mariage d’après la charî’a),
le divorce ou la répudiation,
-
polygamie
Education :
-
du fils et de la fille dans la famille
-
dans les écoles mixtes ou dans la séparation entre garçons et filles
-
participation aux cours de l’entraînement sportif, à ceux de biologie, à
l’éducation sexuelle
-
quelle formation religieuse, dans l’enseignement public ou dans la mosquée.
En quelle langue, arabe, turque ou dans la langue du pays d’accueil ?
Modernité :
-
la photo: culte ou image ?
-
les assurances: une protection contre Dieu ou une affaire banale qui ne
touche pas à la toute-puissance de Dieu ?
-
les transplantations d’organes et la transfusion ?
-
le problème des abonnements: est-ce qu’on peut payer une chose qui n’est
pas encore"créée" ?
-
la législation en Europe et le code pénal islamique classique
Politique :
-
faut-il créer un Etat islamique mais lequel ?
-
les musulmans dans la diaspora européenne doivent-ils organiser dans un
parti politique islamique pour participer au pouvoir ou doivent-ils s’insérer
dans les partis existants sans une vision islamique ou programme islamique ?
-
variété des constitutions ou lois fondamentales et des projets politiques
5. Fin
Il ne fait pas de doute que les musulmans en Europe n’ont pas encore trouvé
leur chemin et que les turbulences actuelles ne sont pas près de s’apaiser.
Les musulmans dans la diaspora européenne se trouvent à un carrefour et les
courants et les problèmes que nous venons de décrire tirent dans les
directions différentes. On comprend également les hardiesses des uns et les
peurs des autres à vrai dire chaque musulman se sent intimement sollicité par
toutes ces tendances à la fois. La frontière entre les différents courants
passe au milieu des coeurs.
A long terme, cependant, il semble plus que probable que l’influence de la
modernité fera pencher la balance vers une réinterprétation de l’Islam qui
tienne compte des valeurs plus que des lois, des choix personnels plus que des
systèmes imposés, de la dimension historique et du progrès plus que la
nostaligie de l’Age d’Or. Une nouvelle façon d’appréhender le réel et de se situer dans l’espace et le temps va nécessairement
conduire à l’adoptation progressive des options modernistes par le plus grand
nombres.
L’Islam n’en sera pas détruit et les musulmans resteront en Europe. Mais
l’essentiel de l’Islam restera, c’est-à-dire la foi dans l’existence de
Dieu unique et la mission de Muhammad. Mais il en sera profondément transformé.
Cela demandera donc aussi aux observateurs que nous sommes d’ajouster
constamment leurs définitions et de ne pas imaginer éternel le modèle médièval
de l’Islam classique.
Notes:
[1]Cet exposé se base sur l’article du P. Jean-Marie Gaudeul M.Afr. :
L’Islam au Carrefour, paru dans Vivant Univers, (1997) 430-431, p.40-50.
[2]Islamoschristiana 7 (1981) p. 287 ; voir aussi l’article de M.
Talbi dans le même n°: "Islam et Occident au-delà des affrontements, des ambiguïtés et des complexes", p57-77)
[3]Etudes Arabes, 70-71 (1986) p. 229)
MIGRATIONS AND RELIGIOUS
PLURALISM: THE REALITY OF THE MIGRATION OF MUSLIMS IN
EUROPEAN COUNTRIES
Summary
1. The prospect of economic and industrial progress, as well as political asylum
for refugees, have attracted Muslims, among others. Today, it is not only
immigrant Muslims that Christians meet. It is Islam, with its organizations and
various trends, that takes its place in the social, cultural and religious
milieus of European countries.
2. After giving a short historical survey of Islam, the author notes that today
Muslims are forced to face the challenges of modernity, the Christian religion
and the requirements of their faith as formulated by classical Islam which dates
back to the middle ages. Muslims do not constitute a monolithic block.
3. Six main categories can be distinguished:
- there are the traditional Muslims who have in common the desire of
practicing their faith according to the tradition they received, while painfully
facing situations which make it hardly possible.
- the reformist trend was born in the XIX° century. Some Muslim scholars
tried to overcome the first shocks of modernity by trying to preserve the core
of Islam without going back to the medieval tradition. It is probably the most
common trend among Muslims.
- the "lay-Muslims". Habib Bourgiba, first President of modern
Tunisia, tried to modernize his country by looking fortechnical solutions to political or economic problems, in a secular approach to
governance. The regime of Kemal Ataturk between the two world wars made of
Turkey a secular country, where Islam is no longer the state religion.
Immigrants from countries like Turkey or Iraq have been educated in this Muslim
vision and they defend it even in an European context.
- the integrists react against secularism or laicism, claiming that
religion should reign over all domains of human activity. It should bring the
'order' that society badly needs. This is typical of people like the
"Muslim Brothers" in Egypt or elsewhere, who accept persecution and
exile. Many have come to Europe.
- Islamism is a much more radical version of Islam. It is that of the
Iranian Revolution of 1979 which has been taken as an example by extremists in
many other countries. The renewal of Islam can only be obtained through
political power which must be conquered at all costs. Killing becomes licit and
good in order to bring back the order willed by God
- others belong to the modernist group, in which a vast majority of today's
Muslims can be found. They neither feel at home in the radical approach nor in
"de-islamized" thinking. It is a majority which long remained silent,
content in living up to their faith in the modern context while doing their best
to remain faithful to what they feel is essential. They have come to refuse all
forms of extremism. Modernists are struck by the fact that, on the whole, the
Koran is made up of general exhortations to the values of law, justice,
equality, honesty, and that it offers precise rules in very few cases. They
contest the approach of medieval thinkers who looked in the Koran above all for
laws and rules. They accuse the literature of the classical period to have
betrayed Islam by blocking its initial dynamism and replacing it with a
juridical system which they made sacred evoking the example of the Prophet who,
they say, was both a prophet and a head of state. They believe, on the contrary,
that it is by his wisdom and pious sermons that the believer can give witness to
the truth. Society does need a moral strength which religion can bring only if
it is stripped of what is power and political. Yes, the verses of the Koran come
from God, but through an expression marked by their times.
4. The problems of Muslims in the European diaspora can be classified as
follows:
-
The woman and the family: the veil, the father's authority, marriage, polygamy
-
Education: of boys and girls, separated or in coed, training in sports, sex
education, religion courses, language.
-
Modernity: photograph, image or veneration? Health insurance or trust in God?
Organ transplant, civil law and traditional Islamic law.
-
Politics: work for an Islamic state, but which one? In diaspora, is it
necessary to create an Islamic party or is it enough to join secular parties? A
variety of constitutions or fundamental laws and political programmes
5. As a conclusion, it is clear that the Muslims in Europe have not yet found
their own way and that present day turbulence is not calming down soon. It seems
more than likely, however, that the influence of modernity will tend towards a
re-interpretation of Islam giving priority to values over laws, to personal
choices over imposed systems, to the historical dimension and progress over
nostalgia of a "golden age". All observers should therefore be ready
to constantly adjust their definitions and analysis. They should not imagine
that the medieval model of classical Islam is made to last for ever.
MIGRAZIONI E PLURALISMO
RELIGIOSO: I MUSULMANI IN EUROPA
Riassunto
1. Il progresso economico e industriale nonché la prospettiva di asilo politico
per i rifugiati hanno attratto, tra gli altri, anche i musulmani. Oggi i
cristiani non incontrano soltanto i musulmani immigrati, ma anche l’Islam con
le sue organizzazioni e la diversità delle sue correnti che si fa strada
nell’ambiente sociale, culturale e religioso dei nostri paesi.
2. Dopo una breve presentazione storica dell’Islam, l’autore afferma che i
musulmani oggi si trovano di fronte alla necessità di prendere posizione nei
confronti della modernità e della religione cristiana e delle esigenze della
propria fede come formulate dall’Islam classico medioevale. I musulmani non
costituiscono un blocco monolitico.
3. Possiamo distinguere sei categorie principali:
- ci sono i musulmani tradizionali che hanno in comune il desiderio di
una pratica tradizionale della loro fede e che devono affrontare situazioni
dolorose che lo rendono difficilmente possibile.
- I riformisti. Questa tendenza è nata nel XIX secolo. Alcuni studiosi
musulmani hanno cercato di superare i primi choc della modernità cercando di
mantenere l’essenza dell’Islam senza tornare alla tradizione medioevale. Si
tratta probabilmente della tendenza più comune tra i musulmani.
- I musulmani laici. Habib Bourgiba, primo Presidente della Tunisia
moderna, ha cercato di modernizzare il suo paese cercando soluzioni ai problemi
politici ed economici, con un approccio secolare del governo. Il regime di Kemal
Ataturk tra le due guerre mondiali ha fatto diventare la Turchia un paese
secolare, dove l’Islam non è più la religione di stato. Gli immigranti dai
paesi come la Turchia o l’Iraq sono stati educati in questa visione musulmana
e la difendono anche nel contesto europeo.
- Gli intregralisti reagiscono contro il secolarismo o la laicità,
affermando che la religione dovrebbe regnare in ogni campo dell’attività
umana e portare l’ “ordine” di cui la società ha tanto bisogno. Ciò è
tipico di persone come i “Fratelli Musulmani” in Egitto o in altri paesi, i
quali accettano la persecuzione e l’esilio. Molti di loro sono giunti in
Europa.
- L’Islamismo o il radicalismo militante. È quello della
Rivoluzione Iraniana del 1979 che è stata presa ad esempio dagli estremisti di
molti altri paesi. Il rinnovamento dell’Islam potrà avvenire soltanto
attraverso il potere politico che deve essere conquistato ad ogni costo.
Uccidere diventa lecito e buono per riportare l’ordine voluto da Dio.
Altri appartengono al gruppo modernista in cui possiamo trovare la
stragrande maggioranza dei musulmani che non si ritrovano nelle ideologie
radicali o islamistiche. È una maggioranza rimasta a lungo silenziosa,
contentandosi di vivere la propria fede in un contesto moderno cercando di
salvare l’essenziale. Sono arrivati a rifiutare ogni estremismo. I modernisti
sono colpiti dal fatto che il Corano, nel suo insieme, è fatto di esortazioni
generali alla legge, alla giustizia, all’eguaglianza, all’onestà, e
presenta regole precise in ben poche situazioni. Contestano quindi l’approccio
dei pensatori medioevali che nel Corano hanno cercato soprattutto legge e
regole, e accusano il periodo classico di aver tradito l’Islam, bloccandone il
dinamismo iniziale e sostituendolo con un sistema giuridico sacralizzato
invocando l’esempio del Profeta che sarebbe stato allo stesso tempo un profeta
e un capo di stato. Essi credono al contrario che il credente possa testimoniare
la verità con la saggezza e sermoni pii. La società non ha bisogno di una
forza morale che la religione può apportare. Sì, i versi del Corano vengono da
Dio, ma attraverso un’espressione contrassegnata dai suoi tempi.
4. I problemi dei musulmani nella diaspora europea possono essere classificati
in questo modo:
-
la donna e la famiglia: il velo, l’autorità paterna, il matrimonio, la
poligamia;
-
l’educazione: ragazzi e ragazze, separati o in scuole miste, la formazione
sportiva, l’educazione sessuale, i corsi di religione, la lingua;
-
la modernità: fotografia come immagine o culto? Assicurazione sanitaria o
fiducia in Dio? Trapianto di organi, legge civile e legge tradizionale islamica;
-
la politica: lavorare per uno stato islamico, ma quale? Vivendo in diaspora, è
necessario creare un partito islamico o basta inserirsi nei partiti
secolari esistenti? Varietà di costituzioni o leggi fondamentali e programmi
politici.
5. In conclusione, è chiaro che i musulmani in Europa non hanno ancora trovato
la propria strada e che le turbolenze attuali non sono prossime a calmarsi.
Sembra più che probabile tuttavia che l’influenza della modernità farà
pendere la bilancia verso una re-interpretazione dell’Islam che tenga conto
dei valori più che delle leggi, delle scelte personali più che dei sistemi
imposti, della dimensione storica e del progresso più che la nostalgia dell’
“età d’oro”. Tutti gli osservatori dovrebbero quindi essere pronti ad
adattare costantemente le loro definizioni e non pensare che il modello
medioevale dell’Islam classico sia fatto per durare per sempre.
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