The Holy See
back up
Search
riga

 Pontifical Council for the Pastoral Care of Migrants and Itinerant People

People on the Move

N° 102, December 2006

 

 

Sur la route de la mobilité durable*

 

S.Exc. Mgr Georges GILSON

Archevêque émérite de Sens-Auxerre

 

1º) Pourquoi suis-je invité à ouvrir ce colloque? Je suis sensible à la proposition que m'a faite Mgr Marchetto et je remercie Mr le Cardinal Martino de me donner l'occasion de prendre la parole sur un sujet qui n'est pas indifférent à la pastorale et à l'apostolat qui marquèrent mon existence. Je me définis comme un «homme de l'automobile». Je suis né avec ... Mon père avait un des premiers permis de conduire... J'ai l'autorité de l'âge et de l'expérience.

Je suis de cette génération qui en Occident a vu s'imposer les moyens techniques et mécaniques de communication comme jamais... dans l'histoire de l'Humanité. Certes ce n'est pas la première fois que nous assistons à des déplacements de populations; l'Europe a connu des périodes de grandes invasions venant de l'Est. Certes ce n'est pas la première fois que nous assistons à la circulation commerciale des denrées et des objets; Rome n'aurait jamais imposé son empire sans sa capacité d'organiser les transports des marchandises et sans avoir développé son génie pratique de tracer des routes et de les construire, de les entretenir aussi ! Certes ce n'est pas la première fois que des Etats ont su avoir en mains, des armées qui ont gagné des batailles et dont les membres sont devenus des colonisateurs dans de vastes contrées. Certes ce n'est pas la première fois que les hommes ont su domestiquer la nature et avoir la maîtrise des forces animales qui libérèrent les humains de l'obligation de porter ou tirer. Nous avons tous en notre mémoire l'image de femmes africaines, droites et courageuses, portant sur leurs têtes, des charges ou des cruches.

Nous savons aussi comment le cheval a offert aux hommes d'ouvrir de nouveaux horizons et comment les boeufs de trait ont tiré des chars et des charrettes sur tous les chemins. Peu à peu, ainsi, les humains que nous sommes, nous nous sommes libérés de la charge de porter, de traîner, de tirer, de soulever, de labourer, de marcher, de faire travailler nos muscles, de développer les forces musculaires de nos corps. Bref d'être esclaves ! L'esclavage était une main d'oeuvre obligatoire dans un monde où les transports comme le travail manuel ne pouvaient se réaliser qu'avec l'engagement des corps humains.

J'étais il y a quelques semaines en pèlerinage sur les «pas de Saint Paul», j'ai visité les villes d'Ephèse et de Philippes dont les ruines témoignent du génie humain ; je suis monté à l'acropole d'Athènes et j'ai contemplé les colonnes des Propylées et du Parthénon. Comme les milliers de touristes présents sur la colline qui témoigne aux yeux du monde entier, de cette éblouissante civilisation hellène , je me suis posé la question du transport de ces monstres de pierres, les colonnes. Des milliers d'hommes les ont portées à ce sommet et ont dressé ces colonnes entre ciel et terre. Un défi ! Un exploit ! A quel prix ? Je suis allé un jour admiré les pyramides d'Egypte !

2°) Il fallait rappeler cela. Il faut aussi rappeler ce qu'enseignent les savants ethnologues qui travaillent les sols et fouillent notre histoire pour nous décrire l'évolution de notre espèce. Ils nous disent que sous l'influence non maîtrisée des vents et des températures. du chaud et du froid, nos ancêtres venant l'Afrique, auraient envahi notre planète en marchant vers le nord. Nous savons peu de chose... mais ce que nous savons est ce constat : l'homme est un marcheur. Nous dirions dans notre langage religieux, l'homme est un pèlerin. Il est un nomade. Il ne reste pas en place. Les horizons l'attirent. Il lui faut voir au delà. Il est un aventurier. Et s'il ne peut envahir d'autres espaces, il invente le sport qui est une autre manière de se dépasser et de risquer un plus ; ou il scrute le ciel pour découvrir des routes célestes qui le conduisent dans la lune ! Je me souviens des premiers pas sur le terrain de la lune. 1968 !

Une étape historique était franchie. L'adage que j'avais reçu de ma mère qui voulait m'éduquer à ne pas me perdre dans l'irréel : « Tu es dans la lune ! », cet adage perdait de sa vérité. Ma génération pouvait aller dans la lune. Elle pouvait rêver sortir de cette maison commune qu'est notre terre. Terre close et étroite ! Elle voyait un humain mettre ses pieds sur ce lieu inaccessible depuis toujours. Elle entrait dans un temps nouveau où elle devrait inventer aussi une organisation neuve de la circulation. Déjà elle devait le faire pour les transports des humains comme des marchandises par les airs. Les avions tracent des routes virtuelles et réelles tout à la fois.

Mais revenons aux routes terrestres. Sur ces chemins encombrés qui sillonnent toute la terre, nous nous découvrons être non seulement des voyageurs, mais des nomades. Le voyageur a un point d'attache ; il revient à sa maison ; il a une adresse et un domicile. Il est touriste ou ouvrier ... Il est pèlerin ou croisé. Le nomade renonce à son lieu de naissance pour s'aventurer dans les terres inconnues mais qui le font rêver trouver un monde meilleur. Sa mémoire reste vive ... mais la faim l'entraîne ailleurs. Il est un émigré, pour devenir dans le pays qui le reçoit ou le rejette, un immigré. Il est un routard qui cherche à travailler à des milliers de kilomètres de sa famille et de sa patrie. Sans pour autant abandonner ses origines et ses coutumes. Il est entre deux mondes. Souvent seul ! Le refus de communautarisme en nos Pays occidentaux crée une tension parfois insupportable ! L'immigré est en perte d'identité !

3°) Nous avons vécu trois révolutions techniques : La première, celle de l'électricité et du pétrole : les découvertes des sources énergétiques ont décuplé notre capacité de travailler et de porter les choses et les êtres ; l'intelligence a pris le dessus sur les muscles ! La seconde est celle de l'invention du moteur à explosion et de la puissance du moteur à réaction : nous avons décuplé notre capacité de courir, de nous déplacer, de circuler selon un autre registre de vitesse ; nous avons mieux maîtrisé le temps et diminué les distances. Nous sous sommes dans l'ère des fusées interplanétaires.

Enfin, la troisième révolution qui s'impose présentement : l'extraordinaire tissu de communications qui recouvre l'univers, nous donne de multiplier notre capacité de rester en liens avec celles et ceux qui sont loin ; la famille se fait proche alors qu'elle n'est plus sous le même toit ; les affaires se traitent dans l'immédiateté sans que les décisions impliquent d'être ensemble autour d'une table. Les absents... nous deviennent proches par la voix et l'image. La parole n'est pas confirmée par l'engagement du toucher. Elle rejoint l'absent, sans pour autant l'embrasser ! Elle n'est pas un sacrement. On ne baptise pas un enfant par internet ! On ne procrée pas non plus. Je vous confie ce fait : Des Equipes de prêtres en France servent dans des foyers de marins, à Marseille ou au Havre ... Aujourd'hui les paquebots transportant des centaines, des milliers de containers ne restent que quelques heures dans les ports ; la rotation doit être serrée, rapide : on décharge, on recharge en vingt-quatre heures. Les marins, -- je parle ici de philippins ne peuvent aller à terre que quelques heures ; ils vont au foyer des marins. Mais ils n'ont qu'un désir trouver un appareil électronique qui leur donne la possibilité par internet d'être en communication avec leur famille : et pendant deux ou trois heures, chacun parle aux siens. Une vie de famille à distance. Un proximité par les mots et le regard sur images. Les mains sont absentes ... L'autorité s'exprime par la présence parlante et le visage aux sourires tendus. On se parle ... C'est tout ! Bien sûr ici il nous faut introduire le portable ! J'ai constaté son omniprésence généralisée au Vietnam ! Je vous donne encore cette anecdote : j'étais au Vietnam, l'an passé. Je visitais un petit village rural près d'Hanoï ; c'était un petit village catholique. Je vais saluer le prêtre, curé jeune de cette paroisse du Nord Vietnam ; nous avons une heureuse conversation ... et en me reconduisant à la voiture, il me demande mon adresse à Paris. Je lui donne ma carte de visite ... Il me regarde et me dit : « non, Monseigneur, votre adresse Internet ! ». Je n'ai pas la maîtrise de cette technique ! Ainsi, nous sommes devenus des nouveaux « nomades ». Mieux, nous sommes devenus des « mobiles ». Expliquons-nous.

4°) Celui qui vous parle a toujours aimé « l'automobile ». Je n'ai jamais laissé à mon "chauffeur", le soin de me conduire ! La voiture fut très tôt pour moi, un jeu sportif ! Non à cause le vitesse qui peut être une tentation de puissance obscure, mais par ce jeu subtil de la maîtrise de soi. C'est l'homme qui est "automobile", pas l'engin mécanique. L'engin est "inerte". La technique est entre les mains et l'intelligence de celui qui tient le volant. Certes de nos jours, l'introduction de l'électronique dans la construction des mécaniques semble vouloir soumettre l'homme aux moyens sophistiqués de contrôle... Mais en définitive, c'est l'homme, le maître. « Je peux faire de la vitesse et prendre des risques outranciers ... Cependant, je ne fais pas ». C'est là un chemin éducatif exceptionnel de la liberté humaine. C'est la morale qui gagne ... C'est le refus d'être Caïn...

C'est oser aimer le respect de soi-même ! Et alors savoir « aimer son prochain comme soi­même ». Ainsi, je découvre que la puissance et la force sont toujours des moyens, des utilités, jamais des fins ! Il y a deux manières d'entrer dans une maison : on peut, par un coup d'épaule enfoncer la cloison et casser la porte elle-même ; on peut aussi avoir une clé en main et ouvrir la serrure ! L'homme civilisé se forge une clé ... ou la sollicite !

5°) Si vous cherchez dans un dictionnaire ( français !), deux autres mots sont imprimés proches du vocable « automobile » : l'autonomie et l'autorité. Intéressant ce rapprochement ! la voiture, et autres engins qui circulent sur les routes, tracent un chemin de liberté. Non pour me dispenser d'obéir aux lois et refuser toute contrainte, mais pour inscrire le code de la route dans la dynamique de ma conduite. Nul ne peut m'obliger d'aller à tel endroit ou de rejoindre tel lieu ! Mais si je prends l'initiative de m'y rendre, je respecte les aides de l'organisation des transports. Je fais autorité dans mon choix. Je porte donc une réelle responsabilité. Certes à cause du service que je dois aux personnes qui m'entourent ou que je véhicule dans mon automobile, ma famille surtout ... mais d'abord, je porte une responsabilité envers mon propre endroit, ma propre personne.

C'est moi que je dois respecter ! Je n'ai aucun droit de mettre en cause ma propre existence. Je ne peux jouer avec ma vie. Je ne peux être suicidaire ! L'homme est un « automobile » qui se conduit d'une manière autonome. Il n'est ni une girouette ni un automate ! Sa conscience est ce lieu spirituel où il exerce son autorité. De cette affirmation, découle l'engagement personnel à l'amour du prochain. Saint Paul ne dit pas autre chose. Mais loin de faire partager une morale simplement stoïcienne, il nous conduit à reconnaître la source. Avec les Evangélistes, il nous donne le commandement du Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

6°) Avant de nous poser la question de l'opportunité d'une réflexion et d'un discours « chrétien » sur la conduite automobile et sur la dimension "routière" pour notre temps, il me faut vous proposer une remarque préalable : peut-on éduquer le grand nombre au respect des codes et des lois ? Ou seuls, la peur du gendarme, les amendes et les tribunaux ... sont-ils la puissance qui a la capacité de réguler la circulation et la vie encombrée sur les routes humaines?

Dans nos pays où les voitures particulières et les véhicules lourds de transports de marchandises se sont imposés non seulement comme un besoin aussi puissant que celui de respirer ou de marcher, mais aussi comme un vecteur économique indispensable, -- et ce fait a envahi le monde entier ! --, les drames des accidents de la route ont conduit à une prise de conscience vraie. Vous connaissez les chiffres : toutes les trente secondes une personne meurt dans un accident de la route , 3.000 personnes et 500 enfants sont tués chaque jour sur les routes du monde. Et 85% d'entre eux meurent dans les pays en voie de développement.

Les faits sont là, froids dans les chiffres, mais douloureux dans les relations humaines. Les prises de conscience ont eu lieu dans trois espaces. Les familles d'abord. Les familles blessées par la perte d'un être cher. Quelle est la famille qui n'a pas pleuré après un accident mortel d'un jeune, d'un ami, d'un parent ? Ensuite, les ingénieurs des grandes entreprises de construction automobile se sont attaqués à cette situation qui exigeait des études plus performantes sur les engins eux-mêmes et sur les techniques de sécurité : « C'est dans le domaine de la prévention et de l'évitement de l'accident que résident les plus grandes sources de progrès. Dans cet esprit, Renault a généralisé l'aide au freinage d'urgence, qui permet, pour un conducteur roulant à 90 Km/h, de gagner 5 mètres de distance de freinage, soit la longueur d'un véhicule », soutient Mr Jean-Yves Le Coz, médecin, directeur de la sécurité routière chez Renault. Enfin, l'espace du monde des Assurances. Les accidents coûtent chers !

Je n'insiste pas. Les Etats ont des responsabilités particulières. Le bien commun l'exige. Ils doivent donner les routes viables et en prévoir l'entretien. Si dans nos pays, nous avons la chance d'avoir des réseaux routiers de bonne qualité, il n'en est pas ainsi dans beaucoup de pays en développement! Trop souvent les routes sont par elles-mêmes meurtrières ! Les Etats doivent aussi éduquer les populations. Les véhicules doivent être entretenus et en état non seulement de marche, mais de sécurité. Sinon, ils deviennent des "bombes ambulantes". Enfin, les Etats font les lois. Et les lois sont contraignantes. Elles demandent un engagement de la conscience. Elles font appel à l'obéissance. C'est ici que la question se pose : qui forme les consciences ? Qui éduque à l'obéissance ? qui a la capacité d'appliquer les lois ?

L'Etat fait appel au bras judiciaire et impose ses normes. Il envoie les gendarmes et les policiers. Il place des radars et « flashe » les voitures qui ne respectent les limitations de vitesse. Il organise les prises en charge rapide et efficace lors d'accidents sur les grands axes routiers. Il pénalise par une contrainte financière le conducteur qui a contrevenu à la règle. Il fait de la prévention routière une grande cause nationale. Chez nous, Mr Sarkozy, ministre de l'intérieur en a fait un lieu de combat citoyen. Il faut reconnaître que les résultats sont là. La France est sur le point de gagner une bataille au service de la vie. Les mentalités changent. Sans pour autant suivre les slogans de certains politiques qui condamnent l'automobile et voudraient imposer les transports en commun comme moyens communautaires de se déplacer.

Souffrance des familles, pertes financières énormes, recherches des savants et des techniciens, contraintes de la loi, volonté répressive de l'Etat... cela permet l'émergence en mon pays d'une autre manière de fréquenter les routes : nous nous situons sur « la route de la mobilité durable ». En quoi cette orientation qui est comme le salut de cette liberté de circuler grâce aux engins dont nous sommes les propriétaires au sens précis de ce terme, en quoi donc cela doit nous intéresser et nous engager au nom de notre Foi chrétienne ? En France n'est-ce pas la contrainte de la loi et la peur du gendarme, la politique volontariste d'un ministre et les faits dramatiques ... qui ont permis une évolution positive. Evolution que chacun reconnaît, mais considère comme précaire !

7°) Nous avons entre nos mains, non seulement l'expérience séculaire de l'Eglise, mais aussi l'enseignement fondamental du Concile Vatican II. Le récent « Compendium » de la Doctrine Sociale de l'Eglise donne d'utiles et fermes directives, confiant aux lecteurs la possibilité d'aller puiser dans les nombreuses prises de positions des Papes. Mr le Cardinal Martino, vous étiez récemment à Paris pour présenter ce volume ; je sais que vous avez visité l'Eglise Notre Dame de Pentecôte dans le quartier moderne des Affaires de la Défense, à l'Ouest de la Capitale française. Nous devons considérer cet enseignement moral comme l'engagement de notre Communauté ecclésiale. La source première en est bien sûr, la première partie de la Constitution Pastorale Gaudium et Spes, luctus et angor... : « L'Eglise et la Vocation humaine », « La dignité de la personne humaine ». Ce chapitre conclut sa réflexion sur une proclamation forte de notre Foi au Christ, " homme nouveau". Il le fait après avoir traversé en plusieurs pages trop souvent méconnues, le mystère de notre temps que sont les formes et les racines de l'athéisme ! Il y a deux mille ans alors que les philosophies grecques enfermaient les humains dans leur « destin », le Christ les a placés sur le chemin, la voie, la route de leur « vocation ». L'homme est un marcheur vers l'Eternel, qui répond à un appel. Il est touché par Dieu grâce à une vocation. « Viens ... suis-moi ! ».

Une seule fois, le Concile place le mot de « véhicules » dans un document conciliaire. Au chapitre second de Gaudium et Spes, luctus et angor. Je cite : « Or, il y a des gens qui , tout en professant des idées larges et généreuses, continuent à vivre en pratique comme s'il n'avaient cure des solidarités sociales ... Certains négligent des règles de la vie en société, comme celles qui ont trait à la sauvegarde de la santé ou à la conduite des véhicules, sans même se rendre compte que, par une telle insouciance, ils mettent en danger leur propre vie et celle d'autrui. », cf. GS n° 30.

8°) Pouvons-nous aller plus loin, dans notre recherche des sources ? Je le crois. Il nous faut puiser dans les Ecritures. Il nous faut puiser dans la théologie de l'Exode. Il nous faut suivre Jésus, notre Maître, sur les chemins de Palestine. Il nous faut saisir les fruits de l'Evangélisation du monde qui peu à peu, et non sans drames, a inscrit dans notre humanité, le respect de toute personne humaine. Il nous faut méditer sur ce chemin brûlant de l'amour des autres ... qu'est la voie du Golgotha. Il nous faut entendre le Christ, affirmer avec une grande disponibilité : « Je suis le chemin, la vérité et la vie », ( cf. Jn 14,6 ). Il nous faut relire la parabole du « Bon samaritain » en Luc 10.29-37. Il nous faut surtout accueillir le précepte du Seigneur : « aimez-vous les uns et les autres comme je vous ai aimés », cf. Jn. 13,35.

Il y a une originalité chrétienne de l'Amour, comme l'a rappelée notre Pape Benoît XVI dans son Encyclique. L'éros purifié et l'Agapè livré s'embrassent ... C'est ici que le commandement du Christ ne consiste pas à une invitation à l'imiter. Le «comme » ne nous introduit pas dans une simple comparaison ; il ne nous présente pas le Christ pour qu'il nous soit exemplaire ; il nous greffe sur cet Amour incommensurable de Dieu même en son Amour christique. Comme le sarment est greffé sur le Cep, ( cf. Jn 15,1-8 ). nous recevons du Christ de vivre selon l'Amour du Christ. Mystère de vie. L'Amour n'est pas une règle. Fut-elle d'or! Il est Dieu même. Nous en sommes les témoins choisis. Puissions-nous aussi l'être sur les routes du monde ! Puissons-nous construire une "civilisation de l'Amour", comme le rappelle judicieusement, le Compendium, cf. N° 580 !

 

Addendum 

1°) La route tue ! C'est un fait. Un fait toujours très grave. Des efforts dont l'importance n'a échappé à personne, ont conduit, en Europe, à des résultats qui sont loin d'être négligeables. Il faut s'en réjouir ! En France, pour l'année 2005, l'on est passé sous la barre des 5.000 décès d'accidentés de la route. C'est encore trop !

2°) Les causes des accidents : «Les accidents sont liés dans 90% des cas au comportement d'un conducteur, dans 30% à un problème d'infrastructure routière et dans 10% à une défaillance du véhicule ». Ainsi c'est la responsabilité personnelle qui est en jeu. Il importe cependant de préciser les divers statuts des conducteurs : celui qui assume la tâche de service public, celui qui est employé pour transporter des marchandises, celui dont lavoiture est un instrument indispensable pour son travail, celui pour qui le véhicule est essentiellement un moyen qui permet les déplacements familiaux pendant les vacances et le week-end, celui qui, jeune, aime avoir un engin de sport...

3°) Il s'agit donc d'éducation et du sens de ses propres responsabilités vis-à-vis de soi-même et par respect pour les autres. Notamment si l'on est père de famille ! La question qui est posée est celle-ci : quelle éducation ? qui a pouvoir pour cette éducation qui touche l'individu dans sa liberté même ? En France, devant les carences de la famille, devant les difficultés de l' engagement scolaire, devant la diminution réelle des mouvements chrétiens d'éducation et le peu d'influence sociale du catéchisme, devant l'importance des médias hors normes et des compétitions sportives etc., l' Etat a pris le relais et par la loi et la peur du gendarme, le pouvoir politique a fait bouger les mentalités et a obtenu des résultats positifs. Est-ce le triomphe de la répression ? Est-ce « durable » ?

4°) Je crois qu'il nous faut être attentifs à d'autres facteurs : le travail remarquable des constructeurs d'automobiles et autres engins routiers dans ce domaine de la sécurité, avec une tendance qui pourrait devenir dangereuse, d'enlever au conducteur une part de responsabilité et de maîtrise sur le véhicule pour le soumettre aux moyens électroniques. Le deuxième facteur à retenir : la construction et l'entretien d'un réseau routier de qualité ; sait-on quels accidents mortels en France ont lieu dans les routes secondaires et non sur les autoroutes, ( « 53% des décès surviennent sur les routes départementales ). Le troisième facteur, c'est les boissons alcoolisées et les drogues ; j'ai été archevêque en Bourgogne, Pays du vin par excellence ! Interdire à un bourguignon de ne pas goûter au vin alors qu'il est à table ! Enfin, je retiens un quatrième facteur : l'extraordinaire augmentation du nombre de motos montées par des hommes, souvent jeunes, dont la conduite routière est particulière et la vitesse déconcertante ... Le casque sur la tête ne suffit pas...

5°) Il est une autre considération : le courant écologique bouscule fondamentalement notre relation à la voiture et au "pétrole" ! La couche d'ozone est compromise. Elle l'est pour une large part à cause de ce qui s'échappe des véhicules !

L'automobiliste devient, plus qu'un « bouc émissaire », un « casseur» de la création ! Conflit planétaire ! N'est-ce pas là que l'Eglise doit avoir un enseignement, une mission ?

Riassunto 

Sulla strada della mobilità sostenibile 

L’intervento con cui S.E. Mons. Georges Gilson apre l’Incontro lascia trapelare che chi parla è esperto ed appassionato della materia. Egli ne traccia uno scenario di fondo partendo dalla rassegna di alcuni movimenti epocali che hanno contrassegnato la storia e la civiltà dell’uomo: le invasioni dell’Europa dall’Oriente, l’affermazione dell’Impero Romano tramite la creazione di un grandioso sistema viario, e il movimento lungo le rotte della colonizzazione. Poi l’Autore si sofferma sull’uso del cavallo e del bue, che hanno aperto nuovi orizzonti, e liberato l’uomo dalla schiavitù di faticosi lavori, realizzando straordinarie e imperiture opere, quali la città di Efeso, l’Acropoli di Atene, le piramidi d’Egitto. Egli richiama quindi la memoria storica di grandi movimenti che nel tempo segnarono l’evoluzione della specie umana. L’uomo, prima sotto la spinta di fattori climatici, poi per spirito di avventura e desiderio di conoscenza, si fece “viandante”, in termini religiosi “pellegrino”. Lungo le vie del mondo egli scoprì in sé anche la vocazione di “nomade”, nella speranza, sempre, di approdare ad un mondo migliore, ma restando a volte isolato tra due mondi, come può accadere all’immigrato. Il relatore ricorda altresì tre importanti rivoluzioni tecniche che moltiplicarono la capacità dell’uomo di lavorare, di trasportare, di muoversi velocemente, di ridurre le distanze, fino a permettere, oggi, di entrare e rimanere in contatto anche con chi è lontano; esse sono: l’elettricità, i motori a scoppio e a reazione, e quella straordinaria rete di comunicazione che ricopre l’universo: internet!

Mons. Gilson affronta poi l’altro fondamentale tema del suo intervento, quello della sostenibilità della mobilità sulla strada, concentrandosi sul più comune e familiare mezzo di trasporto, l’automobile, di cui egli stesso è grande fruitore. Sottolinea, dunque, come l’automobile possa stimolare un positivo esercizio del dominio di sé, perché l’uomo si faccia padrone della sua tecnologia. Egli può scegliere come usarla, non solo in ottemperanza alle leggi, ma incidendo il codice della strada nella dinamica della propria guida. Tutto questo può essere, infatti, un eccezionale percorso educativo per la libertà umana, che si esercita innanzitutto nella propria coscienza. È l’amore per il rispetto di noi stessi che determina la piena autorità della nostra scelta, perché non abbiamo diritto di mettere a rischio la nostra esistenza, né quella degli altri.

Egli si interroga su chi possa formare le coscienze ed educare la maggioranza delle persone ad un rispetto spontaneo delle norme. Naturalmente la tragedia degli incidenti stradali induce a una forte presa di coscienza. Sono coinvolte le famiglie colpite dal lutto, ma anche gli ingegneri delle grandi imprese di fabbricazione, che si impegnano nella ricerca di migliori tecniche di sicurezza. Entra infine in gioco la responsabilità degli Stati, che devono offrire e mantenere strade in buono stato ed educare i cittadini alla correttezza della guida e a curare i propri veicoli in nome della sicurezza di tutti.

La Francia sotto la spinta di questi fattori si sta ponendo sulla “via della mobilità sostenibile”, al di là forse delle coercizioni di legge, del timore della polizia o di qualche sforzo del Governo.

Il relatore, concludendo la riflessione, si chiede: “a quale titolo tutto questo deve suscitare il nostro interesse e interpellarci in nome della nostra fede cristiana?”. La Dottrina Sociale della Chiesa, in particolare la costituzione pastorale Gaudium et Spes, ma anche le Sacre Scritture, ci offrono validi orientamenti in proposito, e soprattutto motivazioni e stimoli in direzione del rispetto della persona umana. Tutto converge nell’Amore di Cristo e in Cristo, che “ci innesta nell’Amore incommensurabile di Dio stesso”, conferendoci la capacità di vivere secondo quell’Amore, che non è norma, ma Dio stesso. Un Amore di cui tutti possiamo essere testimoni sulle strade del mondo.

*****

Summary  

ON THEWAY TO SUSTAINABLE MOBILITY 

The talk, by which His Excellency Monsignor Gilson opened the meeting, disclosed that the speaker is an expert who is highly interested in the matter. He gave a background, starting from a review of some epochal movements that have marked the history and civilization of mankind: the various invasions of Europe by Eastern forces, the success of the Roman Empire through the creation of an enormous road system, and movement through the routes of colonization. Then the Author discussed the use of the horse and the ox, which opened new horizons, and freed man from the slavery of strenuous manual labor, allowing him to accomplish extraordinary and enduring achievements, like the city of Ephesus, the Acropolis of Athens, the pyramids of Egypt. Hethen recalled the historical memory of huge movements that marked the evolution of the human species through theages. Thehuman being became a "wayfarer",in religious terms, a "pilgrim", at first, spurredon by climatic factors, and later on, by aspirit ofadventureand a longing forknowledge.Along the roads of the world, man also discovered in himselfthevocation ofbeing a "nomad", foreverin thehope of reaching a better world,but at times remaining isolated between twoworlds,as what can happento the immigrant. Thespeaker also called to mind three important technical revolutions that multiplied man's capacity to work, to transport, to move fast, to shorten distances, up to the point,today, of making it possible to come, and remain, in contact with those who far away. These are:electricity, the internal combustion and reaction engines, and that extraordinary network ofcommunication that covers the universe: theinternet!

Msgr. Gilson then tackled another fundamentaltopic, that of sustainablemobility on theroad, focusing on the most common and familiar means oftransportation, the automobile, which hehimself uses a lot. He thus emphasized the fact that the automobile can stimulate a positive exercise of self-control,so that man may become the master ofhis own technology. He could choose the way to use it, not onlyincompliancewiththelaw, but also by letting the HighwayCode influence his own driving dynamics. Allthis, in fact, can be anexceptional educational program for humanfreedom, which is exercised first of all in one’s own conscience. It is the love of respect forourselvesthat determines the full authority ofourchoice, because we do not have the right to put our own existence at risk, nor that of others. 

He asks himself regarding who could form consciences and educate the majority of the people to a spontaneous respect for the rules. Naturally, the tragedy of road accidents induces the building of great awareness. Families in mourning are involved, but so also are the engineers of big manufacturing companies, who are busy researching for the best safety techniques. Finally, the responsibility of the States is also involved here. They have to offerand maintain the roads in good condition and educate the people to drive correctly and take care of their own vehicles for the sake of everyone’s safety. 

Driven by these factors, France is putting itself on the "way to sustainable mobility", maybe beyond the coercionof law, fear of the police or some effort of the Government.

The speaker concluded his reflections by asking himself "for what reason everything that has been mentioned previously should arouse our interest and get ourselves involved in the name of our Christian faith". The Social Doctrine of the Church, particularly the Pastoral Constitution Gaudium etSpes,but also the Holy Scriptures offer us valid guidelines in this regard. Above all, they offer motivations and incentives for respecting the human person. Everything converges in the Love of Christ and in Christ, which “engrafts us in the incommensurable Love of God Himself”, giving us the capacity to live according to that Love, which is not a norm, but God Himself. It is a Love to which we can all bear witness, on the roads of the world.

 


*Presentation à la IIème Rencontre Internationale de Pastorale de la Route, Citè du Vatican, 1er-2 décembre 2006.

 

top