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Pontifical Council for the Pastoral Care of Migrants and Itinerant People
People
on the Move
N° 105, December 2007
IIIème
Congrès asiatique de pastorale des pèlerinages et sanctuaires
Document final
I. L’événement
Pèlerinages et Sanctuaires, lieux d’espérance. C’est sur ce
thème central que s’est déroulé le IIIème Congrès asiatique
de pastorale des pèlerinages et sanctuaires, organisé par le Conseil
Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en
déplacement, en collaboration avec la Commission épiscopale pour la
pastorale de la mobilité humaine de la Conférence épiscopale du Japon et
l’archidiocèse de Nagasaki. Il a réuni des évêques, des directeurs de
pèlerinages et des recteurs de sanctuaires provenant des pays suivants :
Australie, Corée, Japon, Inde, Indonésie, Kazakhstan, Philippines,
Taiwan, Thaïlande et Vietnam. Les trois journées de travail, du 15 au 17
octobre 2007, se sont déroulées à Nagasaki (Japon), ville qui possède un
sanctuaire dédié aux 26 martyrs crucifiés pour leur foi en 1597.
A une époque travaillée par des divisions, des violences et des
calamités naturelles, les pèlerinages et les sanctuaires sont des lieux
de l’espérance qui naît de la rencontre avec Dieu. Cet engagement
soutient les communautés, en les renforçant dans la foi, en renouvelant
leur style de vie, grâce à la conversion, à la réconciliation et à la
prière, et les stimule au témoignage de l’Evangile, à la mission et à l’unité,
en surmontant les divisions. Concrètement, les pèlerinages et les
sanctuaires sont des phares qui annoncent et témoignent de l’Evangile,
en prêtant attention aux dialogues œcuméniques, interreligieux et
interculturels. Pour mieux réaliser cette tâche, le Congrès s’est
présenté comme un laboratoire auquel participer activement, comme un
espace d’écoute, d’approfondissement et de dialogue pour grandir dans l’espérance.
La session inaugurale s’est ouverte par le discours de bienvenue du
Nonce apostolique au Japon, S. Exc. Mgr Alberto Bottari de Castello,
suivi par celui du Vice-Président de la Conférence épiscopale japonaise
et archevêque d’Osaka, S. Exc. Mgr Leo Jun Ikenaga, qui a relevé que
ceux qui ont la possibilité d’entreprendre des pèlerinages à l’étranger
sont toujours plus nombreux. Ils font une expérience de Dieu, des saints
et de l’Eglise locale qu’ils visitent, recevant un encouragement pour
leur foi. En même temps, en accueillant les pèlerins, les responsables
des sanctuaires grandissent à leur tour dans la foi. Ensuite, S. Exc.
Mgr Marcellin Taiji Tani, Président de la Commission pour la pastorale
de la mobilité humaine et évêque de Saitama, a rappelé les paroles du
Pape Jean-Paul II en visite à Hiroshima en 1981, quand le Saint-Père
affirma que « se souvenir du passé, c’est s’engager pour l’avenir ». Le
Japon, a souligné Mgr Tani, ayant vécu l’expérience unique de la
souffrance provoquée par les bombes atomiques, est le lieu idéal pour
prier pour la coexistence pacifique entre les peuples. Ce fut ensuite au
tour du Gouverneur de la Préfecture de Nagasaki, M. Genjiro Kaneko, de
prendre la parole pour illustrer brièvement l’histoire et la culture de
la ville dans laquelle le christianisme a fleuri avec l’arrivée, en
1550, du premier missionnaire : saint François-Xavier. Puis le
Gouverneur a demandé aux congressistes d’appuyer l’appel, formulé par sa
Préfecture, en collaboration avec l’archidiocèse de Nagasaki, d’inscrire
les « Lieux chrétiens de Nagasaki » dans la liste de l’UNESCO du
Patrimoine Mondial de l’Humanité (World Heritage Fund).
Les travaux du Congrès ont été introduits par S. Exc. Mgr Agostino
Marchetto, Archevêque-Secrétaire du Conseil Pontifical organisateur. Il
a tout d’abord évoqué les deux précédentes rencontres de Manille (2003)
et de Séoul (2005), avant de développer le thème de ce Congrès. Il a
fait observer que les pèlerins s’orientent vers les sanctuaires poussés
par l’espérance, prérogative des êtres humains, qui émerveille même Dieu,
dans la vision de Péguy. Mais il ne faut pas se méprendre à propos de
celle-ci, en la réduisant aux besoins matériels humains qui requièrent
des réponses immédiates. Dans le pèlerinage, on va à la rencontre de
Dieu, source de toute espérance. Au long de ce chemin vers l’Absolu, le
rôle des agents pastoraux est important pour soutenir et guider les
fidèles, afin que la prière et le recueillement nécessaire ne manquent
pas. Parlant ensuite des sanctuaires, Mgr Marchetto a affirmé qu’on
pouvait les considérer comme des « stations intermédiaires » de notre
itinéraire terrestre, des lieux où il est possible de prendre un nouvel
élan et une nouvelle vigueur en chemin vers le Royaume en plénitude
promis par Dieu. Dans les sanctuaires, tous les pèlerins, y compris les
agents pastoraux qui les accompagnent, sont invités à s’approcher du
Sacrement de pénitence pour se réconcilier avec Dieu, avec eux-mêmes et
pour s’ouvrir aux autres dans la charité. Dans le pèlerinage, donc, et
au sanctuaire, les fidèles doivent regarder au-delà de ce qu’ils
considèrent correspondre à leurs nécessités matérielles pour comprendre
quels sont les vrais biens à rechercher. Le premier bien est la vie,
matérielle et spirituelle, qui est un don de Dieu et, comme telle, doit
être appréciée et aimée. Celui qui n’éprouve pas d’amour pour la vie ne
peut pas avoir de charité envers son prochain et ne peut donc pas faire
le bien. Dans les moments d’angoisse et de désespoir, on peut parfois
oublier l’importance de ce don, mais la présence de l’agent pastoral,
par son rappel à la foi et à l’espérance, pourra fournir la capacité d’avoir
la patience et l’humilité d’accepter le mystère de Dieu, en Lui faisant
confiance même dans l’obscurité. L’archevêque a conclu son intervention
en adressant aux participants un appel à organiser aussi des pèlerinages
vers les sanctuaires des pays d’Asie, pour s’aider et devenir plus
solidaires entre membres de la famille du Christ, encore numériquement
exiguë sur ce continent.
Les participants ont ensuite écouté les suggestions et les réflexions
en matière de pèlerinages et de sanctuaires de S. Exc. Mgr Orlando B.
Quevedo, OMI, archevêque de Cotabato (Philippines), Secrétaire général
de la Fédération des Conférences épiscopales d’Asie (FABC). Son
intervention était construite autour du fait que sur un continent comme
l’Asie où les gens sont généralement dotés d’un sens profond du sacré et
du spirituel, on peut s’étonner qu’il y ait si peu de pèlerinages
inter-asiatiques dans les différents sanctuaires. De fait, partant de
son expérience circonscrite aux Philippines, il a remarqué que beaucoup
de pèlerinages ont pour destination les sanctuaires d’Europe et de Terre
Sainte, organisés par des agences de voyage en collaboration avec des
groupes religieux. Toutefois, ces pèlerinages sont éloignés des
possibilités et des rêves des personnes ayant des disponibilités
financières normales, à cause des coûts de voyage, qui seraient certes
moindres à destination des nations asiatiques. Il a également fait
remarquer que la visite de musulmans dans les sanctuaires du continent
pourrait être l’occasion d’un dialogue sur des sujets comme la prière,
les besoins humains et spirituels, la paix et l’harmonie. Cette visite
peut être considérée comme un signe du pèlerinage commun de la famille
humaine vers le Royaume de Dieu en plénitude, thème très présent dans la
pensée des évêques d’Asie.
Mgr John Murphy, Directeur en Australie de l’Office catholique pour
les Migrants et les Réfugiés, a parlé de la préparation de la XXIIIème
Journée mondiale de la Jeunesse, qui aura lieu à Sydney du 15 au 20
juillet 2008. Le thème sera : « Vous allez recevoir une force, celle de
l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins » (Ac
1, 8). La Journée mondiale de la Jeunesse (JMJ) est le plus grand
rassemblement international de jeunes. Elle fut instituée par Jean-Paul
II pour la première fois en 1986. Elle représente une occasion pour les
jeunes du monde entier, de 16 à 35 ans, d’accomplir un pèlerinage de foi
et, pour l’Eglise, de se renouveler dans le pays d’accueil. Les
Australiens se préparent activement à accueillir cette rencontre pour le
mois de juillet de l’an prochain. Cinq cent mille personnes sont
attendues, provenant d’Australie et des autres continents. Une semaine
enthousiasmante de formation et de célébrations de foi a été programmée.
Après avoir adressé aux participants un discours de bienvenue dans
son diocèse, l’archevêque de Nagasaki, S. Exc. Mgr Joseph Mitsuaki
Takami, PSS, a prononcé une conférence très approfondie sur le thème
« L’espérance s’appuie sur celui qui peut sauver » (Si 34,
13). Celle-ci a constitué une source d’inspiration et de réflexion pour
les participants. Il a commencé par affirmer que chaque pays possède de
nombreux endroits où les personnes peuvent se rendre pour mettre leur
confiance dans des songes, divinations et présages, mais que la
véritable espérance réside avant tout dans la « crainte de Dieu »,
accompagnée de bénédictions d’assistance et de protection divines. Il a
ensuite partagé avec les congressistes « l’espérance selon l’Ecriture »,
en la divisant en cinq milieux spécifiques. Dans le premier, « l’espérance
messianique », l’archevêque a rappelé comment s’est développée l’espérance
du peuple juif, en commençant par Abraham et les Patriarches, pour
arriver au prototype incarné par le roi David, avec un développement
dans le « Serviteur de Yahvé » et dans le « Fils de l’Homme ». En même
temps, on passa d’une espérance plutôt collective à une emphase sur la
libération individuelle. Le deuxième milieu a concerné la manière dont
s’est transformée l’« espérance juive en espérance chrétienne », avant
tout continuation de l’espérance même dans laquelle le peuple juif avait
mis sa confiance. La promesse faite à Abraham est désormais pleinement
réalisée dans le Christ. L’archevêque a ensuite présenté un troisième
point, à savoir l’« objet de l’espérance chrétienne », tournée
maintenant vers le Christ. Saint Paul est le théologien par excellence
de la vertu de l’espérance et sa perspective clarifie l’ensemble de l’Evangile,
bien que Jean aussi, dans sa première lettre, traite des thèmes
eschatologiques lorsqu’il affirme : « Nous lui serons semblables, parce
que nous le verrons tel qu’il est » (1 Jn 3, 2). Par conséquent,
avant de souligner ce qui distingue les trois vertus théologales de foi,
espérance et charité, et leur rapport, il a exposé la place qu’occupe
l’« espérance chrétienne dans la vie chrétienne ». Mgr Takami a
également rappelé que l’espérance disparaîtra le jour où tout sera
révélé et que, entre-temps, il faut pratiquer la vertu de patience et
vivre le temps présent, le regard tourné vers la gloire future. Enfin,
il a considéré « l’espérance dans le pèlerinage », dont le prototype est
représenté par le pèlerinage des Juifs au temple de Jérusalem, à partir
duquel se développa une compréhension du grand pèlerinage eschatologique
vers la Jérusalem céleste. Dans son attachement à l’histoire, l’Eglise
continue ses propres pèlerinages dans les différents sanctuaires pour
manifester une communion dans la foi et dans la prière et, surtout, pour
rappeler à tout son peuple le voyage d’espérance le plus grand, celui
qui va vers le Seigneur, Sauveur de l’univers. C’est avant tout l’espérance
qui pousse l’âme chrétienne à « courir pour obtenir la récompense »,
c’est l’esprit de détermination qui vit selon le Christ et qui supporte
les épreuves de la vie.
Le Rév. P. Javier Gonzalez, OP, Doyen du Département de Droit
canonique de la Faculté ecclésiastique de l’Université de Santo Tomás à
Manille (Philippines), est intervenu sur le sujet suivant : « Que
votre foi soit en Dieu comme votre espérance » (1 P 1, 21),
une approche théologique de l’espérance et du salut. Aujourd’hui,
quand nous regardons notre monde marqué par les divisions, les guerres,
les violences, les injustices et menacé par une « culture de la mort »
destructrice, nous devons faire reposer notre espérance et notre
confiance en Dieu. De la sorte, nous n’espérons pas simplement en
une amélioration ou en un changement dans un futur vague, incertain et
lié à un résultat souhaité, mais en quelque chose qui arrive
maintenant : c’est-à-dire que nous nous alignons sur les buts, les
valeurs et l’éthique de Dieu. Nous nous unissons à la communauté de Dieu.
A un niveau plus profond, nous « laissons » Dieu être Dieu, nous croyons
et nous avons confiance en Sa Sagesse infinie pour résoudre nos
problèmes.
Le fait de mettre notre foi et notre espérance en Dieu nous permet de
trouver le sens, le courage et même la joie d’affronter des situations
irréparables. Ceci comporte au moins deux conséquences immédiates,
à savoir une foi vivante dans le « Dieu de l’espérance » comme origine
et fondement, et la jouissance réelle d’une joie et d’une paix
victorieuses, comme fruit immédiat. Placer notre foi et notre espérance
en Dieu nous fait regarder notre monde avec un optimisme théologique,
traiter l’humanité avec respect et compassion, conserver pure notre foi
et illuminer à nouveau l’espérance en nous. En appliquant ensuite tout
cela à la vie et au ministère des Recteurs de sanctuaires, plusieurs
défis spécifiques se présentent, comme prêcher de façon crédible la
Parole de Dieu, encourager la vie liturgique, promouvoir la
participation à la communauté ecclésiale, favoriser des formes
approuvées de dévotion populaire, réaliser le dialogue œcuménique et
être prophètes de la patrie céleste.
Le Rév. P. Leszek Niewdana, SVD, professeur à l’Université catholique
Fu Jen à Taipeh (Taiwan), a abordé le thème « L’espérance ne déçoit
pas » (Rm 5, 5), grâce à la Parole de Dieu, à la Liturgie et à la
Diakonia. Une approche
pastorale, spirituelle et sociologique de l’espérance. Il a fait
observer qu’au cours des vingt-cinq dernières années le néolibéralisme
est devenu une idéologie puissante partagée par un nombre croissant de
Gouvernants. Il se base sur le modèle du libre marché et sur le concept
de compétition dans tous les domaines. Malgré les résultats positifs,
comme la création d’un bien-être sans précédent, la réduction de la
pauvreté, en particulier en Asie, l’augmentation de la liberté
individuelle et l’utilisation de la créativité humaine, le projet
néolibéral a également eu des influences négatives sur la société en
général, sous forme, par exemple, de stagnation des bas et moyens
salaires (entraînant donc un appauvrissement), une plus grande disparité
entre les salaires, l’incertitude de l’emploi, des migrations
économiques, etc… Ceci a apporté, dans la vie de millions d’individus,
davantage d’insécurité, d’instabilité et un sens de déracinement ou de
marginalisation. Le P. Niewdana a souhaité présenter les résultats
positifs et négatifs du modèle néolibéral comme des sources potentielles
pour « donner un fondement » à l’espérance, ou pour réduire l’espérance
à une seule métaphore ultra simplifiée qui, à la fin, peut aboutir à une
déception dans la recherche de sens et de valeur dans la vie. Pour les
chrétiens, l’espérance qui ne déçoit pas est celle qui est réalisée dans
leur propre existence frénétique historique, mais qui, en même temps,
est constamment orientée vers le bonheur de la vie éternelle. En tant
que telle, l’espérance chrétienne est une force spirituelle ancrée dans
les attentes ultimes relatives à l’existence qui, en même temps, sert de
support à la condition présente. Ce qui soutient cette espérance, c’est
la Parole de Dieu, la Liturgie et la Diaconie, qui renforcent le sens de
la stabilité, de l’enracinement et de l’appartenance et qui ont le
potentiel pour former une « spirale d’espérance » dans laquelle
manifester une préoccupation pour les autres peut inspirer la vie de l’autre
et la sienne.
Les participants se sont réunis à deux reprises en groupes d’étude et
leurs réflexions, avec les suggestions apparues au cours des travaux,
ont constitué la base nécessaire à la rédaction des conclusions et des
recommandations de ce document final.
La troisième et dernière journée s’est ouverte par la lecture du
télégramme du Saint-Père, signé par le Cardinal Tarcisio Bertone, par
lequel le Pape assurait qu’il était spirituellement proche des
participants dans la prière. « Le pèlerinage – était-il écrit – a été
une pratique de foi dès l’aube du christianisme. Manifestant la
véritable nature de l’Eglise, les pèlerins témoignent de Jésus-Christ,
qui est le chemin, la vérité et la vie, et, de cette manière, ils
révèlent à la société l’espérance qui ne déçoit pas (cf. Rm 5,
5). Les Sanctuaires associés à de grands saints ou à des événements
significatifs de l’histoire du salut sont des refuges accueillants de
paix et d’harmonie, qui permettent à tous de puiser en profondeur aux
sources spirituelles de la sérénité, de la vérité et de l’amour ». Le
Saint-Père, en les encourageant tous, a confié les participants à l’intercession
des Martyrs de l’Asie et leur a imparti sa Bénédiction Apostolique.
Trois exposés ont ensuite été présentés.
Mgr Peter Cañonero, Président de l’Association des Recteurs de
Sanctuaires et des Directeurs de Pèlerinages (ASRP) des Philippines, a
parlé de l’embryon de l’Association pour toute l’Asie et de son futur
développement souhaitable. Il a commencé par rappeler les débuts, en
2003, à l’occasion de la Première Rencontre Asiatique à Manille, sur le
thème Le Sanctuaire: lieu d’accueil et de rencontre, évoquant le
désir du Pape Jean-Paul II de voir se renforcer les liens de
collaboration entre les diverses Eglises d’Asie. Les résultats positifs
de cette rencontre et de la suivante, à Séoul, sur le thème
Pèlerinages et Sanctuaires, dons du Dieu-amour en Asie aujourd’hui,
ont conduit à affronter l’importante question de l’avenir de l’Association.
Mgr Cañonero a rappelé que chaque sanctuaire possède un charisme
spécial, qui s’adresse à différents groupes de pèlerins qui espèrent
ardemment trouver ce dont ils sont en quête. Mgr Cañonero a ensuite
affirmé que, pour aller de l’avant, l’Association asiatique doit
chercher à préserver la spécificité de chaque sanctuaire et la
spontanéité qui découle de chacun d’eux. Il a également souhaité que l’Association
soit un guide pour ces sanctuaires qui cherchent une assistance et que
l’on n’adopte pas de règles restrictives. Il a terminé en encourageant
chaque sanctuaire à être un lieu de rencontre avec le Seigneur et à
travailler avec les Evêques diocésains afin que cela puisse devenir une
réalité.
Le P. Renzo de Luca, SJ, Recteur du Sanctuaire des Vingt-Six Martyrs
de Nagasaki, a présenté plusieurs mises à jour par rapport à son dernier
rapport sur l’expérience de pèlerinage à ce sanctuaire et à la colline
des Martyrs. Il a illustré la façon dont on proclame l’Evangile dans le
sanctuaire, avant tout lors des messes célébrées le dimanche et les
jours de fête. La préparation au mariage est particulièrement importante
pour l’évangélisation et, en effet, avec l’autorisation de la Conférence
épiscopale, des mariages entre non-baptisés peuvent y être célébrés.
Cela permet une période de « catéchèse » pré- et post-matrimoniale
prolongée. Il a ensuite parlé du ministère particulier de la prédication
et de l’enseignement pour ceux qui viennent expressément comme pèlerins,
notamment pour beaucoup qui viennent de Corée. Enfin, il a fait
référence au dialogue œcuménique, en mettant un accent particulier sur
la catéchèse et sur la coopération avec les Kakure Kirishitan,
ceux qu’on appelle les Chrétiens Cachés, qui ont choisi de suivre la
tradition et le mode de prière des temps de la persécution au Japon.
Dans la deuxième partie de son intervention, le P. de Luca a parlé des
changements qui se sont opérés dans la « proclamation mixte ». Ils
concernent les visites des écoles et les visites guidées, le dialogue
interreligieux et ceux qui sont en quête de guérison. La « proclamation
indirecte » a enregistré des changements au niveau du nombre de
personnes qui viennent à l’église pour des recherches historiques et
techniques. Les échanges culturels ont connu eux aussi un certain
développement, bien que l’on soit préoccupé par les attentes de ceux qui
sont uniquement en quête d’exotisme ou de mystère. L’orateur a poursuivi
en indiquant la nécessité d’éviter toute ambiguïté entre le domaine de
la recherche et celui de la proclamation, qui pourrait conduire à des
équivoques. Enfin, chose importante, il a terminé en affirmant que le
plus grand défi pour le sanctuaire est de chercher à exercer une
influence sur la société matérialiste.
Le P. Xavier Packiasami, Recteur du Sanctuaire-Basilique de
Notre-Dame de la Santé de Vailankanni (Inde), a illustré l’histoire et
le travail pastoral de ce lieu de pèlerinage. Selon la tradition, la
Vierge apparut à deux garçons, non catholiques, au XVIème et
au XVIIème siècle, accomplissant miracles et guérisons. Le
Sanctuaire, surnommé le « Lourdes de l’Orient », fut élevé au rang de
Basilique mineure en 1962 par le Pape Jean XXIII. En 2002, le Conseil
Pontifical pour la Pastorale de la Santé y a célébré la dixième Journée
Mondiale des Malades. Dans son Message, le Pape Jean-Paul II rappela que
« ce sanctuaire consacré à la Mère de Dieu est vraiment un point de
rencontre pour des membres de diverses religions et un exemple
exceptionnel d’harmonie et d’échanges interreligieux ». Ceci rend le
Vailankanni unique. L’Inde est une terre multiculturelle, multilinguiste
et multireligieuse et le sanctuaire est devenu une « maison d’amour »
qui attire les personnes au-delà de leur caste, de leur religion et de
leur nationalité. On y célèbre constamment des messes et des cérémonies
dévotionnelles, étant donné l’afflux incessant de visiteurs qui y
viennent pour implorer l’intercession de la Vierge. Les innombrables
guérisons accomplies en font un sanctuaire vraiment puissant. Il est
également doté d’un centre pour faire des retraites, d’un autre pour des
rencontres, d’une maison pour personnes âgées et d’une autre pour les
orphelins.
Les liturgies du Congrès se sont déroulées avec une bonne
participation des fidèles de la ville. La première, dans la Cathédrale
Urakami, a été présidée par S. Exc. Mgr Agostino Marchetto; la deuxième,
au Sanctuaire des 26 Martyrs, par S. Exc. Mgr Mitsuaki Takami, PSS, et
la troisième, dans l’église d’Oura, par S. Exc. Mgr Joshua Mar Ignathios,
de l’Inde. Ces trois églises font partie des « Lieux chrétiens de
Nagasaki », dont on souhaiterait qu’elles fussent inscrites au
Patrimoine commun de l’humanité. Pour appuyer cette requête, présentée
conjointement par la Préfecture et par l’Archidiocèse de Nagasaki, les
participants au Congrès ont souscrit une lettre adressée au Directeur du
World Heritage Centre de l’UNESCO.
Au terme des travaux, les participants ont approuvé les conclusions
et recommandations suivantes :
II.
Conclusions
1) Beaucoup de ceux qui visitent Nagasaki sont attristés par les
images de destruction provoquées par la bombe atomique. La nouvelle
cathédrale d’Urakami et le bien-être de la ville sont, en revanche, des
signes de l’espérance d’un peuple qui a rendu la reconstruction possible.
2) En appliquant cela à la situation actuelle, nous constatons que
nos sanctuaires sont visités par de nombreuses personnes spirituellement
souffrantes, en quête de compassion, de compréhension et de guérison.
Une des premières forces de guérison est leur espérance en Dieu, en l’Eglise
et en l’humanité. Les responsables de la pastorale des pèlerinages et
des sanctuaires ont reçu de Dieu la mission d’aider ces personnes à Le
connaître, Lui, l’unique et vrai Sauveur.
3) Le pèlerinage, pratiqué dans la majeure partie des religions du
monde et qui existait déjà avant même la révélation biblique, est un
voyage accompli par les croyants pour prier en un lieu consacré par une
manifestation divine ou par les actions d’une grande figure religieuse.
C’est une recherche de Dieu et une rencontre avec Lui dans le contexte
de la liturgie.
4) L’Evangile nous dit que Jésus, dès son enfance, avait coutume de
se rendre en pèlerinage à Jérusalem pour les fêtes. Il a déclaré que sa
mort et sa résurrection ont fait de son corps glorifié le nouveau temple, le
véritable centre de culte pour ses disciples (Jn 2, 19-21 ; 4,
21-23). A partir de ce moment-là, la vie du nouveau peuple de Dieu, l’Eglise,
accomplit son vrai pèlerinage eschatologique (2 Co 5, 6-10 ;
He 13, 14), qui est aussi le nouvel Exode (Ac 3, 15 ; 5, 31 ;
1 Co 5, 7 ; He 9, 11-12) ; son but est la patrie céleste (He
11, 16) où « le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout, est son temple, ainsi
que l’Agneau » (Ap 21, 22). En tout cas, l’Eglise, qui vit dans
l’histoire, est un pèlerinage permanent vers les différents sanctuaires
pour exprimer sa communion dans la foi et dans la prière et, surtout,
pour nous rappeler qu’elle est en chemin vers le Seigneur, Sauveur du
monde et sous sa conduite. Voilà pourquoi le chrétien fait reposer en
Lui son espérance, qui ne déçoit jamais, mais rachète pour toujours.
5) L’espérance qui accompagne toute notre vie est l’esprit de notre
détermination à vivre selon l’enseignement du Christ et à affronter
toutes les épreuves. La certitude vient de la promesse de Dieu et de la
croix qui rachète, et a pour garantie la résurrection du Christ, notre
« prémice » (1 Co 15, 12-33). C’est l’amour unit à la foi qui
suscite et anime cette espérance.
6) Les sanctuaires sont des lieux de la présence de Dieu: le mystère
du sanctuaire nous rappelle non seulement notre origine dans le Seigneur,
mais aussi que l’amour de Dieu pour nous est éternel. Il est avec nous
en ce moment spécifique de l’histoire, avec toutes les contradictions et
les souffrances du présent. Par conséquent, les sanctuaires évoquent la
présence vivante de Dieu parmi nous et pour nous ; ce sont des lieux où
sa fidélité nous rejoint et nous transforme. Là, l’Esprit agit d’une
façon spéciale à travers les signes de la nouvelle alliance que les
sanctuaires possèdent et rendent disponibles.
7) La signification essentielle des sanctuaires dans la vie de l’Eglise,
traduite spécifiquement en termes pastoraux, est résumée par le canon
1234, le dernier des cinq que le Code de droit canonique consacre aux « Sanctuaires ».
Au § 1, ce canon affirme : « Dans les sanctuaires seront plus
abondamment offerts aux fidèles les moyens de salut en annonçant avec
zèle la parole de Dieu, en favorisant convenablement la vie liturgique
surtout pour la célébration de l’Eucharistie et de la pénitence, ainsi
qu’en entretenant les pratiques éprouvées de piété populaire ». Nous,
participants, nous acceptons pleinement l’esprit et la lettre de ce
canon. Ce texte, en effet, perçu dans le contexte de notre réflexion sur
la foi et l’espérance mises en Dieu, anticipe pour les Recteurs des
sanctuaires des défis importants, qui devraient devenir une des
priorités ou préoccupations principales dans l’accomplissement de leur
ministère pastoral. Défis, préoccupation œcuménique et autres ministères
qui découlent de la signification prophétique des sanctuaires
représentent des voies privilégiées pour ranimer l’espérance dans le
monde.
8) Les participants ont affirmé que l’œcuménisme, dans l’acception
large du terme, est le but final du voyage, un but qui ne peut pas être
atteint sans le dialogue. La vision de l’Eglise catholique en Asie est
précisément celle de l’« Eglise-en-Dialogue », comme l’affirme la
Fédération des Conférences épiscopales d’Asie (FABC) : « Nous nous
engageons à porter le message de Jésus à toutes les nations du continent.
Notre contribution réside dans le témoignage de notre foi et dans la
facilitation d’un dialogue de foi et de vie, d’Evangile et de culture,
d’Eglise et de société ». C’est un mouvement vers le dialogue avec d’autres
religions, cultures et civilisations, si nécessaire aujourd’hui dans de
nombreuses parties du monde.
9) Les pèlerinages et les sanctuaires constituent des occasions et
des lieux privilégiés de paix et de réconciliation, même en situation de
non-plénitude de communion, où se réunissent non seulement les fidèles
catholiques, mais aussi des croyants d’autres religions. Pour reprendre
les paroles prononcées récemment par le Saint-Père Benoît XVI, nous
souhaitons qu’ils « deviennent des lieux de rencontre pour l’unité dans
le respect des diversités légitimes ».
10) Enfin, nous réaffirmons que les pèlerinages peuvent être des
occasions pour mieux se connaître, pour donner une impulsion aux lieux
de culte et pour faire grandir la communion et la solidarité entre les
communautés qui forment l’unique Eglise. Ce soutien entre les membres de
la famille du Christ en Asie doit servir partout la cause de l’évangélisation
et de la promotion humaine.
III.
Recommandations
1) Les sanctuaires devraient être des lieux de prière et de renouveau
complet, en mesure d’offrir constamment des occasions de s’approcher du
Sacrement de la Réconciliation, pour accompagner spirituellement une
authentique conversion et réconciliation et pour la guérison
psychologique et spirituelle. Ils devraient inclure aussi des programmes
de renouveau familial, en particulier entre les membres de la famille,
et des célébrations significatives de l’Eucharistie, avec prédication de
la Parole de Dieu qui inspire et donne une nouvelle vigueur.
2) La catéchèse pour les pèlerins chrétiens devrait être
kérygmatique et capable de conduire les personnes à Dieu, notre
Père. Elle devrait être dispensée en particulier à de petits groupes de
familles, de jeunes, d’enfants et de migrants. On pourrait aussi prévoir
des formes de présentation de la foi chrétienne pour les visiteurs non
chrétiens.
3) Un certain type de pastorale devrait également être offert aux
pèlerins pour approfondir leur foi et la conscience du Mystère de Dieu,
du Divin, avec une lecture basée sur la foi de l’histoire du
sanctuaire, des instructions, des homélies, des présentations
audio-visuelles, etc…
4) Les pèlerinages et les sanctuaires devraient être des lieux de
solidarité, accessibles aux gens du peuple, avec une préoccupation
particulière pour les pauvres, en fournissant des services sociaux et
des structures où les pèlerins puissent se reposer et reprendre courage.
La charité peut également être exprimée par l’accueil, l’écoute et la
compréhension des pèlerins.
5) Les pèlerinages et les sanctuaires doivent être des occasions et
des lieux de justice, de paix et de sauvegarde de la création. Ce
devrait être des endroits pour dénoncer la violence, l’injustice, la
culture de la mort et de destruction, aussi bien de l’humanité que de l’environnement.
Ils devraient aussi fournir des occasions pour une catéchèse appropriée
contre la discrimination et l’usage inutile de la force.
6) Les pèlerinages et sanctuaires doivent être des occasions et des
lieux d’auto-purification et de transformation, plutôt que des centres
de « commercialisation spirituelle ». Les pèlerins doivent être
encouragés à purifier leur foi et à vaincre la tentation humaine de n’« utiliser »
les pèlerinages et les sanctuaires que pour demander de « petites
faveurs » à Dieu. Dans le sanctuaire, il est essentiel de rechercher
avant tout la « Grâce » du Seigneur, et non pas d’abord des grâces avec
un « g » minuscule, ou des faveurs.
7) La pastorale devrait faire en sorte que le contexte religieux et
de prière des sanctuaires ne passe pas au second plan par rapport aux
préoccupations matérielles et commerciales. L’accent doit être mis sur
les pèlerinages comme voyages spirituels plus que comme excursions
touristiques.
8) Il faudrait accorder une attention spéciale pour éviter l’influence
du pentecôtisme, alors que celui-ci est une « religion d’exaltation
émotionnelle » et oriente les personnes vers des formes non structurées
de religiosité.
9) Les Recteurs de sanctuaires doivent être responsables et
transparents quant à l’utilisation des offrandes reçues pour des projets
de charité, des programmes et des causes méritoires, selon les
intentions des donateurs et les dispositions des autorités
ecclésiastiques.
10) Il faudrait instituer des Associations nationales de pèlerinages
et de sanctuaires sur le modèle de l’expérience des Philippines, tendant
à faire partie d’une Association Asiatique des Pèlerinages et
Sanctuaires mûre. Il existe déjà un lien particulier entre les
sanctuaires dédiés aux martyrs, présents dans différents pays. En outre,
un network devrait être créé avec la liste des sanctuaires
asiatiques et des lieux de pèlerinage les plus significatifs.
11) Attentifs à l’importance du dialogue œcuménique et interreligieux
et conscients de la complexité des questions qui y sont liées, les
Directeurs de pèlerinages et les Recteurs de sanctuaires devraient
encourager des rencontres et des discussions aux niveaux œcuméniques et
interreligieux. De même, la pastorale devrait être attentive à la
formation en ce qui concerne la foi et promouvoir des relations
interreligieuses harmonieuses dans le contexte asiatique, selon les
orientations de l’Eglise à cet égard.
12) Les Directeurs de pèlerinages et les Recteurs de sanctuaires
encourageront la participation à la XXIIIème Journée Mondiale
de la Jeunesse (Sydney, 15-20 juillet 2008), dans la mesure où celle-ci
crée une atmosphère pour redécouvrir l’importance de la foi dans la vie
des jeunes. Si la participation physique s’avérait difficile, il serait
bon tout de même de prier pour le succès spirituel de ce rassemblement
et pour que les jeunes continuent de suivre Jésus-Christ après
l’événement.
Au cours de ces journées de communion, de réflexion e de prière, les
participants ont ressenti la présence et l’aide des Martyrs de Nagasaki.
Ceux-ci ont offert leur vie pour que tous puissent croire en l’amour du
Père, en la mission salvifique du Fils et en la conduite infaillible de
l’Esprit Saint. Que la Vierge, les martyrs et les saints de ce continent
ne cessent d’éclairer le chemin de l’Eglise en Asie.
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