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INTERVENTION DU SAINT-SIÈGE À LA 170ème SESSION DU
CONSEIL EXÉCUTIF DE L'UNESCO
DISCOURS DE MGR FRANCESCO FOLLO*
Paris (France)
Vendredi 8 octobre 2004
Le Saint-Siège vous remercie, Monsieur le Président, pour la Parole.
Si l'Unesco veut pouvoir favoriser l'universalité et l'effectivité des normes éthiques comme le stipule le document sur l'éthique de l'économie finalisé à la lumière des débats tenus à Fribourg en novembre 2003, il faut qu'elle ose engager une réflexion plus fondamentale sur l'exigence universelle du respect de l'être humain. Car le point faible de la multiplication des morales sectorielles que nous développons actuellement, c'est de réduire les problèmes moraux à des questions purement éthico-techniques et d'oublier la question de l'universalité des normes proposées. Seule une éthique philosophique fondamentale devrait nous conduire à désigner ce qui est effectivement humanisant pour toute l'humanité. Mais pour cela il faut accepter de redonner un rôle à la philosophie dans nos
programmes éthiques.
La première raison pour introduire la réflexion philosophique en éthique est que la philosophie comme discours sur le réel et le sens est l'agent médiateur du dialogue qui peut se nouer entre science et éthique. Avons-nous assez songé que pour qu'une compréhension mutuelle existe entre deux champs de réflexion hétérogènes tels que celui de la science et de l'éthique, il faut qu'il existe un lieu intermédiaire qui pourrait être un champ de références partagées? En étudiant l'intelligibilité de la structure du réel en totalité, en découvrant comment l'expérience est structurée et comment le champ général du sens est constitué, la philosophie constitue le champ médiateur entre science et éthique et leur fournit des concepts et des modèles pour une intelligibilité du monde.
La deuxième raison pour introduire la réflexion philosophique en éthique est de pouvoir débattre de la validité de la norme et de son universalité. C'est la philosophie qui permet de clarifier ce qui et en jeu dans la question de la validité des modèles, théories utilisées par la science et l'éthique. Elle aide l'une et l'autre à reconnaître plus adéquatement comment leurs projets respectifs rencontrent le problème de la vérité. Or, la marque de la vérité de l'humain, même si elle résulte d'une prise de conscience, ne saurait être relativisée. La crise de la normativité éthique est à chercher en amont, dans les présupposés philosophiques et anthropologiques rarement explicités dans les débats des éthiques appliquées. Si l'éthique ne veut pas devenir positiviste, elle ne peut donc pas se passer d'une base de réflexion, de la voie d'accès au sens et à la vérité qu'est la philosophie.
La troisième raison pour introduire la philosophie en éthique est que cette réflexion de sagesse sur la totalité du champ de l'expérience devrait aider à articuler l'éthique au patrimoine culturel et religieux des diverses communautés humaines. Le concept de sens si précieux pour déclarer la validité d'une pratique humaine est d'une importance stratégique en philosophie dans l'analyse de l'existence humaine. Le sens désigne cet horizon à partir duquel le langage, l'action, la pensée, le vouloir et l'affectivité deviennent compréhensibles.
La philosophie peut alors contribuer à spécifier les contributions respectives à la vie du sens que représentent les sciences et les diverses formes du croire religieux. D'où l'importance de se reposer la question philosophique de la formation concrète d'un "nous" de l'humanité capable de porter les garanties du respect de chacun.
Je vous remercie, Monsieur le Président.
*L'Osservatore Romano 14.10.2004 p.2.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.42 p.9.
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Quand la philosophie peut avoir une vertu pour l’éthique
I. Pour un nouveau programme de réflexion en éthique
fondamentale
En se voulant la conscience des Nations Unies, l’UNESCO se
donnait pour mission d’encourager toute pensée au service du
respect de la dignité humaine et de la protection des droits de
l’homme et des libertés fondamentales. Or, dans un monde en
profonde transformation où la mondialisation introduit partout
le pluralisme des références et avec lui une relativisation sans
précédent des traditions, il devient urgent de se donner des
repères éthiques car tous les possibles ne sont pas désirables
et compatibles avec les impératifs de justice, d’égalité et de
solidarité véhiculés par la règle des droits de l’homme. Les
traditions ne représentent plus une réserve de savoirs-faire
dans laquelle il suffirait de puiser pour savoir comment bien
vivre et respecter la dignité de tout être humain. Avec le monde
pluraliste et fragmenté de la mondialisation, chacun est renvoyé
à sa conscience et le bien risque d’être un bien subjectif et
singulier. Aucun comportement éthique déterminé ne peut aujourd’hui
réclamer l’assurance de l’évidence et de l’universalité. Cela
permet de comprendre le succès des fondamentalismes et des
intégrismes de toutes sortes qui, par l’imposition violente d’un
principe d’autorité indiscutable, tentent de refouler la
généralisation du pluralisme.
Dans un tel contexte, ce n’est donc pas un hasard si, au seuil
du XXIème siècle, l’UNESCO a voulu se doter d’une mission
éthique. Si l’on veut défendre la dignité de la personne humaine,
il faut pouvoir en rendre raison et de manière universelle. Nous
ne pouvons que nous féliciter de voir que l’éthique des sciences
et de la technologie, comprenant le Programme de Bioéthique et
la Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques
et des technologies, ait été initiée par l’UNESCO. Nous ne
pouvons qu’encourager l’élargissement de la réflexion éthique de
l’UNESCO qui ne saurait se limiter à l’impact des développements
scientifiques et technologiques. Nous souhaitons même voir
l’UNESCO aller plus loin et ne pas se contenter d’une réflexion
éthique sectorielle et appliquée (bioéthique, problèmes de l’eau
et de l’environnement, développement durable, etc...).
En effet, si l’on peut louer la préoccupation d’encadrer
éthiquement le progrès technologique et scientifique et de
nourrir le forum intellectuel mondial par des références
normatives articulées à la défense de la dignité humaine, il
nous faut réfléchir très fondamentalement au type d’éthique
appliquée et procédurale que promeut la réflexion de L’UNESCO.
Car l’éthique mise en œuvre par les programmes de l’UNESCO
appartient à cette seule référence. Le danger principal que nous
entrevoyons dans cette manière de désigner les normes, c’est de
manquer la véritable universalisation des conduites seule
capable de désigner ce qui est effectivement humanisant pour
toute l’humanité. Voilà pourquoi, nous appelons de tous nos vœux
un nouveau type de réflexion éthique qui soit au fondement des
éthiques sectorielles développées ces dernières années et qui
permettrait de «favoriser l’universalité et l’effectivité des
normes» comme le souhaitait le programme interdisciplinaire sur
l’éthique de l’économie de l’UNESCO réuni à Fribourg en novembre
2003 (SHS-2003/Conf.608/2, p. 12)
II. La tentation d’en rester à une éthique sectorielle
appliquée
Pourtant nous sommes tentés de nous limiter à une éthique
sectorielle appliquée pour au moins trois raisons.
Premièrement par ce que nous appartenons à un monde pluriel
incapable d’envisager un fondement philosophique et métaphysique
commun aux normes que nous pouvons cependant adopter ensemble.
Nous n’avons pas de philosophie commune et nous assistons à une
crise des fondements de l’éthique. Les normes peuvent être
légitimées de façon plurielle et il n’est même plus évident de
leur trouver un fondement philosophique. A ce titre, l’UNESCO
est héritière de la formulation de la Déclaration universelle
des droits de l’homme de 1948. La Déclaration n’explicite plus
aucun fondement métaphysique, alors que les Déclarations du
XVIIIème siècle reconnaissaient encore le droit naturel comme
légitimation du «non arbitraire » des droits exprimés. En 1948,
l’obligation éthique de respecter la personne est à la mesure de
ce dont il est fait mémoire: l’expérience historique d’un régime
de mort et de barbarie qui correspond au déni de la dignité de
tout être humain. C’est par la médiation de l’expérience
négative de la Shoah et de sa mémoire que l’humanité entend
fonder les droits de l’homme sur la « foi » en la dignité de la
personne humaine. S’ouvrait là un moyen d’attester l’humain dans
son universalité sans se référer à un fondement transcendant. La
reconnaissance universelle des droits de l’homme se fait alors
indirectement par l’expérience même de leur déni au coeur de la
barbarie, du génocide et de la terreur. Il s’agit là d’un
jugement moral de la sagesse pratique qui, sur fond d’horreur
historique, discerne les chemins qui conduisent à la vie et ceux
qui conduisent à la mort. Mais notons que sans la mémoire
historique de l’horreur, cette réflexion de sagesse et ce
discernement éthique se trouverait tout autant fragilisée qu’en
l’absence de philosophie commune. Une histoire révisionniste
pourrait faire oublier la norme du respect de la dignité.
Deuxièmement, nous sommes tentés d’en rester à une éthique
sectorielle appliquée parce que les problèmes éthiques qui nous
obligent à nous situer sont, la plupart du temps, nés des
développements scientifiques et technologiques qui nous privent
d’une sagesse acquise dans nos traditions. Nous le savons, la
grande difficulté des situations rencontrées en éthique
appliquée née des progrès techniques et scientifiques, c’est
leur indétermination éthique. Quand je parle d’indétermination,
je veux dire qu’il n’y a pas de catégorisation habituelle pour
juger de la situation. On se sent dans l’incapacité d’en dire le
sens tant la situation est nouvelle et sans repères antérieurs.
Je pense par exemple pour la bioéthique aux comas dépassés. La
personne est aux yeux de la médecine biologiquement vivante et
pourtant sans aucune communication consciente et apparente avec
l’extérieur. Le cas américain de Karen Quinlan a défrayé la
chronique. On ne savait plus ce qui était humanisant de faire
pour ce corps comateux. Et pourtant dans ces cas, où aucune
norme éprouvée par nos traditions éthiques n’est connue, il faut
pouvoir agir, et agir éthiquement, c’est-à-dire lever l’indétermination
en faveur de la qualification ultime de l’existence. Seuls les
scientifiques et experts semblent habilités à décrire,
comprendre, expliquer et résoudre ces cas. Le danger est alors
de tomber dans une différenciation des morales sectorielles qui
produit une fragmentation de la vie humaine. Il n’est pas rare
de voir le même homme adopter des morales différentes selon les
rôles qu’il est appelé à jouer. Et plus il y a de rôles à jouer
dans notre société contemporaine, plus le sujet risque d’être
clivé, de faire coïncider son « soi » avec son rôle et ainsi de
se perdre dans une pluralité d’éthiques. Alors qu’il va vouloir
privilégier le respect de la personne à tout prix dans sa morale
individuelle, il ne verra pas, dans le cadre de licenciements,
d’autre moyen pour être cohérent avec les règles du jeu du
libéralisme économique que de mettre en jeu une éthique
utilitariste qui sacrifie les hommes au profit du plus grand
bien pour le plus grand nombre. Dans le meilleur des cas, le
travail d’articulation du sens que le sujet opère pour garder
une option fondamentale de vie le fait vivre dans des tensions
continuelles.
Nous sommes enfin troisièmement tentés d’en rester à une éthique
sectorielle, parce que les développements de ces nouvelles
éthiques appliquées se sont autonomisés par rapport à une
réflexion philosophique osant fonder l’universalité des normes.
L’exemple de la bioéthique en Occident est exemplaire. Elle
s’est constituée en grande partie sous l’impulsion de l’éthique
théologique catholique ou protestante mais finalement en se
comprenant comme «éthique séculière » susceptible d’offrir un
cadre de référence pour le débat public, elle s’est de fait
élaborée en réaction à l’égard de ces traditions. Le théologien
est devenu « éthicien » et la question de l’articulation entre
éthique séculière et éthique religieuse a été renvoyée aux
convictions privées. Dans cette situation nouvelle, la méthode
la plus fréquemment employée pour lever l’indétermination de la
situation, consiste à remplacer l’interprétation classique
défaillante par la discussion rationnelle afin de parvenir à un
consensus. Du point de vue méthodologique, cette éthique
appliquée procédurale, destinée à résoudre un cas spécifique, ne
considère que la dimension communautaire de la décision morale.
Elle abandonne aux convictions personnelles les critères de bien
et de mal qui ne font pas consensus au plan social. Toute
référence aux concepts de vérité ou d’absolu sont prohibés de l’échange
tolérant. Un vote final constitue une convention relative et une
norme provisoire qui n’exprime plus une exigence du bien
absolument parlant, mais ce qui est «juste» pour la société à ce
moment précis de son histoire. En fait, en renvoyant les
exigences primordiales du bien et du mal du côté des convictions
personnelles, la société s’érige en fondement ultime des valeurs
morales et n’arrive plus à dire un universel valable pour tous.
Finalement, nous aurions le sens du bien de notre culture
occidentale du XXIème siècle et les systèmes normatifs
particuliers de chaque culture, fruits de la créativité humaine,
n’auraient aucune commune mesure. On retrouve ici le
perspectivisme éthique.
Finalement, le point faible de cette multiplication des morales
sectorielles, c’est de réduire les problèmes moraux à des
questions purement éthico-techniques et d’oublier la question de
la configuration de la vie. Une simple éthique sectorielle
appliquée risque de renouveler l’erreur d’une casuistique
limitée à découvrir la loi qui vaut et s’applique aux cas
singuliers et individuels sans pour autant lier cette loi à la
vérité d’une humanisation et de son respect.
III. Pourquoi il nous faut revenir à une éthique
fondamentale
Il est donc important, si l’UNESCO veut pouvoir favoriser l’universalité
et l’effectivité des normes éthiques comme le stipule le
document sur l’éthique de l’économie finalisé à la lumière des
débats tenus à Fribourg en novembre 2003, d’oser engager une
réflexion plus fondamentale sur l’exigence universelle du
respect de l’être humain. Seule une éthique philosophique
fondamentale devrait nous y conduire. Mais pour cela il faut
accepter de redonner un rôle à la philosophie dans nos
programmes éthiques.
La première raison pour introduire la réflexion philosophique en
éthique est que la philosophie comme discours sur le réel et le
sens est l’agent médiateur du dialogue qui peut se nouer entre
science et éthique. A première vue, et parce que depuis
longtemps il n’y a plus de philosophie unique, il semble qu’il
n’y ait aucune raison d’introduire ce troisième terme dans le
contexte du dialogue science-éthique. Mais avons-nous assez
songé que pour qu’une compréhension mutuelle existe entre ces
deux champs de réflexion hétérogènes, il faut qu’existe un lieu
intermédiaire qui pourrait être un champ de références partagées
? En étudiant l’intelligibilité de la structure du réel en
totalité, en découvrant comment l’expérience est structurée et
comment le champ général du sens est constitué, la philosophie
constitue le champ médiateur entre science et éthique et leur
fournit des concepts et des modèles pour une intelligibilité du
monde.
La deuxième raison pour introduire la réflexion philosophique en
éthique est de pouvoir débattre de la validité de la norme et de
son universalité. C’est la philosophie qui permet de clarifier
ce qui est en jeu dans la question de la validité des modèles,
théories utilisées par la science et l’éthique. Elle aide l’une
et l’autre à reconnaître plus adéquatement comment leurs projets
respectifs rencontrent le problème de la vérité. Or, la marque
de la vérité de l’humain, même si elle résulte d’une prise de
conscience historique, ne saurait être relativisée. Que tout
puisse être vrai ou faux selon les circonstances détruit toute
possibilité d’affirmer le vrai et le bien avec certitude.
Pensons au débat concernant les pratiques d’euthanasie et de
soins palliatifs qui prétendent, chacune à leur façon, respecter
la valeur du respect de la dignité de la personne souffrante en
fin de vie. Tous revendiquent le respect de la même valeur.
Chacun la fonde selon ses choix philosophiques. Mais finalement,
en fondant deux normes d’action sur la même valeur, ce sont des
anthropologies qui s’affrontent sous l’accord tacite d’une même
valeur. Aussi, la crise de la normativité éthique est à chercher
en amont dans les présupposés philosophiques et
anthropologiques rarement explicités. Si l’éthique ne veut pas
devenir positiviste, elle ne peut donc pas se passer d’une base
de réflexion, de la voie d’accès au sens et à la vérité qu’est
la philosophie.
La troisième raison pour introduire la philosophie en éthique
est que cette réflexion de sagesse sur la totalité du champ de
l’expérience devrait aider à articuler l’éthique au patrimoine
culturel et religieux des diverses communautés humaines. Le
concept de sens si précieux pour déclarer la validité d’une
conduite éthique est d’une importance stratégique en philosophie
dans l’analyse de l’existence humaine. Le sens désigne cet
horizon à partir duquel le langage, l’action, la pensée, le
vouloir et l’affectivité deviennent compréhensibles. La
philosophie peut alors contribuer à spécifier les contributions
respectives à la vie du sens que représentent les sciences et
les diverses formes du croire religieux. La question qui peut
leur être posée est la suivante : quelle clarté particulière est
projetée sur la réalité de l’existence? Car comme l’a souligné
le philosophe belge Marc Maesschalck, une des ambiguïtés de l’éthique
procédurale postmoderne, est d’éviter précisément «ce débat sur
la transformation des contextes de fondations des valeurs »
mettant ainsi hors jeu le processus historique et communautaire
de formation des valeurs et de la libre raison publique dans
notre espace démocratique. Des sociétés différentes produisent
des projets de vie différents, des visions de vie bonne
dissemblables, des types de caractères représentatifs divergents
et des vertus distinctes. D’où l’importance de se reposer la
question philosophique de la formation concrète d’un «nous»
capable de porter les garanties du respect de chacun. La
solution semble bien celle de l’éducation du coeur à partir de
ce qui «vaut en soi » d’être goûté et transmis pour que la
promesse de vie qui se transmet à travers le simple fait d’être
mis au monde puisse se réaliser. Parce qu’elle est ouverture à
un avenir authentique, la promesse d’existence comporte en-elle
même, une force d’obligation celle de ne pas faire obstacle à ce
que peut et doit devenir cette promesse de vie et d’humanisation
pour chacun.
Mais qui nous dira, me direz-vous, dans la crise fondationnelle
de l’éthique pluraliste contemporaine «ce qui vaut en soi »?
Suffit-il de se référer aux convictions et valeurs éprouvées
historiquement par une culture, au «noyau dur des droits de l’homme
pour nos sociétés occidentales ? Suffit-il pour fonder ce noyau
dur de se référer à une généalogie historique des protestations
en faveur de la liberté et de la dignité humaine ? Aucun sage,
comme l’a souligné le théologien protestant Eric Fuchs ne peut
fonder sur de simples faits de vie historiques que la vérité et
le bonheur, la justice et la liberté, la vie et l’avenir soient
possibles. Trop d’échecs et d’épreuves viennent faire constater
le contraire. Pourtant, c’est ce que l’on peut «croire» et
fonder en vertu d’une promesse d’existence. Car d’où peut venir
cette confiance, sinon de cette promesse existentielle
fondamentale signifiée dès la naissance par l’entrée de tout
être humain dans une communauté de parole qui l’invite à vivre
et à croire qu’un avenir lui est ouvert?
Or, cette vérité de la précédence d’une promesse qui peut être
lue anthropologiquement appartient aussi à notre tradition
théologique qui ne cesse de lier la question de l’homme à l’affirmation
de l’amour prévenant de Dieu. Cette promesse de vie pour chacun
et tous n’a son sens véritable que si ce n’est pas nous qui l’avons
inventée. La Révélation nous livre cette idée-force que l’humanité,
dans toute sa diversité et ses infirmités morales, n’en n’est
pas moins dotée d’une dignité inaliénable. Pourtant cette vérité
que nous proclamons comme faisant partie de notre foi, n’est pas
notre exclusivité ni en tant qu’idée, ni en tant qu’expérience.
Nous ne devrions pas craindre alors d’entrer en dialogue
philosophique avec de telles traditions au service du respect
universel de la dignité de la personne humaine.
Notes:
Marc MAESSCHALK, « Le débat théologique autour du procéduralisme
en éthique », Revue d’éthique et de théologie morale « Le
Supplément», n° 213, juin 2000, P. 165. On peut aussi se réferer
à son ouvrage Pour une éthique des convictions. Religion et
rationalisation du monde vécu, Bruxelles Facultés universitaires
Saint Louis, 1994.
Eric FUCHS et Pierre-André STUCKI, Au nom de l’Autre. Essai sur
le fondement des droits (le l’homme, Genève : Labor et Fides,
1985, en particulier p. 101-124.
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