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INTERVENTION DU SAINT-SIÈGE
INTERVENTION DE MGR FRANCESCO BRUGNARO*
Aubagne-en-Provence (Marseille) Monsieur le Président, Au nom du Saint-Siège, comme Observateur permanent auprès de
l’Organisation mondiale du Tourisme (O.M.T.), je vous remercie vivement pour
l’invitation à participer au Congrès mondial du tourisme social (BITS); je suis
chargé de vous saluer, ainsi que les Responsables, les Autorités
gouvernementales et locales et tous les participants. 1. «Vers un tourisme de développement et de solidarité»,
ce thème, qui sera étudié et approfondi au cours de ces journées, exprime de
manière intéressante la prise de conscience progressive du BITS et son
engagement pour que, au nom de la solidarité, on associe l’accès aux
vacances, le développement du territoire et la lutte contre la pauvreté par le
tourisme, pour faire de la solidarité une des lignes-force de plus entre le nord
et le sud du monde. 2. Le développement intégral de l’homme et le développement
solidaire de l’humanité constituent un des axes pour faire passer de conditions
de vie moins humaines à des conditions de vie plus humaines. Et cette croissance
ne se réduit pas aux dimensions purement économiques et techniques, mais
implique pour chaque personne l’acquisition de la culture, le respect de la
dignité d’autrui, le rejet de toute forme de terrorisme, la reconnaissance «des
valeurs suprêmes et de Dieu qui en est la source et le terme». Le développement
du tourisme au profit de tous doit aussi répondre à l’exigence d’une justice à
l’échelle mondiale, qui garantit non seulement une paix planétaire mais aussi un
juste partage des biens de la terre et de la culture humaine, rendant possible
la réalisation d’un «humanisme intégral» (cf. Paul VI, Encyclique
Populorum progressio, nn. 21, 42: AAS 59 (1967) pp. 267, 278). 3. Le Code mondial d’éthique du tourisme doit être pour
chaque pays qui s’ouvre au tourisme pour les beautés de la nature ou de la
culture une référence de valeur qui fonde le développement touristique, qui
implique et régit le plus possible de protagonistes: gouvernements,
administrations nationales, régionales et locales, entreprises et associations
professionnelles, agences non-gouvernementales, organismes en tous genres liés à
l’industrie touristique; de même que les communautés d’accueil, les organes de
presse et les touristes eux-mêmes. Aucun secteur lié au tourisme
– gouvernements, secteurs privés, travailleurs et organisations associatives –
ne peut estimer le rendre durable sans que la personne humaine ne soit reconnue
comme source de droits et de devoirs. Une attention particulière doit être
portée à la défense et à la garantie des droits des plus faibles: enfants,
femmes, pauvres, personnes âgées, travailleurs non protégés, immigrés, etc...,
qui peuvent être les victimes d’un tourisme sans règle, au profit des plus
riches qui peuvent parfois considérer les personnes comme des biens de
consommation. 4. Il est opportun, dans un tel contexte, de donner toute sa
place à la liberté de mouvement des personnes, qui est un droit de la
personne humaine et de sa vocation naturelle à la participation universelle aux
biens de la terre et des cultures. C’est pourquoi une sollicitude particulière
est requise envers les pauvres et ceux qui vivent dans des situations de
marginalité, auxquels, de toute façon, les conditions de vie interdisent une
croissance convenable (cf. Jean-Paul II, Encyclique
Sollicitudo rei socialis,
n. 42: AAS 80 (1988) pp. 572-573). On doit être tout aussi vigilant pour la
défense des beautés naturelles et des biens culturels en relation avec
des communautés et des populations qui, sous la pression d’un tourisme qui obéit
à des intérêts incontrôlés, sont mises face à la renonciation ou à l’abandon de
ce qui leur appartient naturellement, même en échange d’améliorations. On doit
aussi reconnaître la figure particulière du pèlerin-touriste, qui suit
des itinéraires en référence à l’histoire de la foi qu’il professe, aux
traditions religieuses liées à des peuples et à des territoires (de toutes les
religions et toutes les croyances). D’autre part, des formes caractéristiques de
tourisme religieux se réalisent sur toute la planète; sa contribution
économique et financière n’est pas indifférente et sa place culturelle et
relationnelle n’est pas insignifiante. 5. Monsieur le Président, je crois que donner au tourisme une
âme humanisante et solidaire correspond non seulement à l’action du Saint-Siège,
mais constitue un nouveau perfectionnement de l’importante Déclaration-programme
de Montréal qui, voici maintenant dix ans, proposait «une vision humaniste et
sociale du tourisme». Je vous remercie. *L'Osservatore Romano 24.5.2006 p.2. L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.22 p.10. La Documentation catholique, n.2365 p.828-829.
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