INTERVENTION DU SAINT-SIÈGE À LA XV SESSION DU GROUPE
D'EXPERTS DE LA CONVENTION SUR L’INTERDICTION OU LA LIMITATION DE L’EMPLOI
DE CERTAINES ARMES QUI PEUVENT PRODUIRE DES EFFETS TRAUMATIQUES EXCESSIFS OU
INDISCRIMINÉS (CCW) (GENÈVE, 28 AOÛT - 6 SEPTEMBRE 2006)
INTERVENTION DE S.E. MGR SILVANO MARIA TOMASI, C.S.*
Genève Vendredi 1er septembre 2006
Monsieur le Coordonnateur!
Dans le cadre de nos travaux sur les sous-munitions, on ne peut
que constater que la série de conflits armés des cinquante dernières années ont
été à chaque fois un appel pressant et renouvelé aux différents Etats et
particulièrement aux Etats Parties à la CCW afin qu’ils prennent au sérieux les
conséquences de l’utilisation des sous-munitions. La dernière guerre du Liban
nous apporte d’une façon tragique les preuves du drame humanitaire qui se
déploie sous nos yeux. Les images et les témoignages qui nous arrivent sont
alarmants. Cela est confirmé par les premières statistiques données par les
Nations Unies qui montrent la gravité et l’étendue de ce problème.
Les raisons pour agir, Monsieur le Coordonnateur, ne sont pas
une construction de l’esprit ni d’ordre théorique mais malheureusement elles
sont offertes par les dizaines de victimes innocentes et par les souffrances qui
accompagnent des milliers de familles pendant de longues années. Jusqu’à présent,
nous n’avons pas entendus des preuves convaincantes de la part de ceux qui
considèrent ces armes comme légitimes. De toute façon, toute arme a été dite
légitime avant d’être interdite ou régulée. N’était-ce pas le cas des armes
chimiques, biologiques, incendiaires ou à laser ? Le fait de déclarer une arme
particulière légitime ne la rend pas plus acceptable ni moins inhumaine.
Monsieur le coordonnateur!
L’amélioration de la qualité des sous-munition ne peut pas être
à elle seule la solution. Ramener le taux d’échec à un ou deux pour cent ne
signifie rien en soi. Un pour cent de cent mille bombelettes cela fait beaucoup.
Le ciblage, la proportionnalité sont aussi des éléments à prendre en
considération.
Le Saint-Siège considère qu’une réflexion de fond concernant la
nature et l’utilisation des sous-munitions est nécessaire sans tarder. Les
victimes des conflits passés et les victimes potentielles des conflits à venir
ne peuvent pas attendre des années de négociations et de discussions. Pour cela,
un moratoire sur l’utilisation de ces armes s’impose. En même temps, les Etats
Parties à la CCW doivent se mettre au travail. La Conférence d’examen qui se
prépare devrait être en mesure d’adopter un mandat spécifique pour commencer la
discussion et la négociation d’un instrument efficace pour éradiquer les risques
liés aux sous-munitions. Le droit humanitaire international devrait être mieux
respecté et plus enrichi dans ce domaine si nous ne voulons pas qu’une cause
supplémentaire vient perpétuer la pauvreté et le sous développement dans un
certain nombre de pays déjà lourdement handicapés.
Je vous remercie Monsieur le Coordonnateur !
*L’Osservatore Romano, 8.9.2006 p.2.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.41 p.9.
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