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INTERVENTION DU SAINT-SIÈGE À LA 175ème SESSION DU
CONSEIL EXÉCUTIF DE L’UNESCO
INTERVENTION DE MGR FRANCESCO FOLLO*
Paris Mercredi 11 octobre 2006
Monsieur le Président,
Il est important de saluer le rôle que joue la COMEST au sein de
l’UNESCO pour la promotion d’une réflexion éthique dans le domaine des sciences
et de la technologie au plan de la communauté scientifique internationale. On ne
peut que vouloir favoriser l’universalité et l’effectivité de normes éthiques
dans ces domaines tant les enjeux sur l’environnement et le devenir du genre
humain sont importants. Vouloir élaborer un code éthique de conduite à
l’intention des scientifiques est donc une intention louable. Mais quelle est la
faisabilité d’un tel projet lorsque la démarche proposée reste principalement
inductive grâce à la création d’un Observatoire de l’éthique ? On consulte les
experts sur ce qu’ils font déjà, sur les questions auxquelles ils sont
confrontés, on analyse les codes de conduite et de déontologie déjà existants,
on s’accorde pour que les règles ne puissent pas compromettre les recherches et
les financements publics et en même temps utiles pour sauvegarder la liberté du
chercheur face à des pressions in-éthiques, on veut respecter les différences
culturelles des pays et en même temps élaborer des normes au plan international.
Bref, il s’agit encore une fois d’une œuvre titanesque d’analyse de l’existant
sans qu’une réflexion plus fondamentale sur l’exigence universelle du respect
de l’être humain ne soit menée pour fonder l’universalité des principes moraux
qui doivent lier la communauté scientifique.
Le point faible de la multiplication des morales sectorielles
que nous développons actuellement, c’est de réduire les problèmes moraux à des
questions purement éthico-techniques et d’oublier la question de
l’universalité des normes proposées. Seule une éthique philosophique
fondamentale devrait nous conduire à désigner ce qui est effectivement
humanisant pour toute l’humanité et par voie de conséquences ce que les
scientifiques ne peuvent pas faire. Mais pour cela il faut accepter de
redonner un rôle à la philosophie dans nos programmes éthiques.
C’est la philosophie qui permet de clarifier ce qui est en jeu
dans la question de la validité des modèles, théories utilisées par la science
et l’éthique. Elle aide l’une et l’autre à reconnaître plus adéquatement comment
leurs projets respectifs rencontrent le problème de la vérité. Or, la marque de
la vérité de l’humain, même si elle résulte d’une prise de conscience
historique, ne saurait être relativisée. La crise de la normativité éthique est
à chercher en amont, dans les présupposés philosophiques et anthropologiques
rarement explicités dans les débats des éthiques appliquées. Si l’éthique ne
veut pas devenir positiviste, elle ne peut donc pas se passer d’une base de
réflexion, de la voie d’accès au sens et à la vérité qu’est la philosophie.
Je vous remercie, Monsieur le Président, de votre attention.
*L'Osservatore Romano 23-24.10.2006 p.2. L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.44 p.9.
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