Monsieur le Président!
Je tiens tout d’abord à vous exprimer les félicitations de la
délégation du Saint-Siège pour votre élection à la Présidence de cette
importante Conférence.
Convaincus que l’interdiction des armes biologiques est un
élément fondamental dans la construction de la paix et de la sécurité de toute
la famille humaine et après l’échec de la 5ème Conférence d’examen
sur les armes biologiques, les Etats Parties à la BWC sont devant un défi dont
les enjeux sont si importants pour toute l’humanité que seul le succès est
envisageable. Il est, à cette occasion, de la responsabilité de tous de
renforcer la norme que la Convention ne cesse de rappeler. Tous les tabous ne
sont pas à éradiquer. Bien au contraire. Certains sont la condition nécessaire
de la vie en société ou de la vie tout court. Utiliser la vie pour détruire la
vie, utiliser la science qui devrait lutter contre la maladie et la souffrance
pour propager la mort devrait rester le tabou absolu. En plus de son caractère
illusoire, l’idée même d’utiliser des armes biologiques pour gagner une guerre
devrait rester du domaine de l’impensable.
Cette intuition et cette conviction sont très anciennes dans le
conscient et l’inconscient collectifs de l’humanité. Si les tentations étaient
grandes à certains moments de l’histoire pour briser ce tabou salvifique, la
révolution dans le domaine des sciences de la vie et de la biotechnologie
associée à certaines tendances suicidaires font craindre le pire pour l’humanité
toute entière, même pour ceux qui pensent pouvoir tirer profit de l’utilisations
des armes biologiques. Il y a urgence que des mesures pratiques au niveau
national, régional et international soient prises afin de prévenir l’irréparable.
Le bioterrorisme ne peut être contré que par une volonté et une action commune
dans les domaines de la sûreté et de la biosécurité.
L’universalisation de la Convention devrait être une priorité.
Aucun Etat ne devrait rester en dehors sous quel prétexte que ce soit. Cela
devrait par conséquence se traduire par une coopération sans faille et de bonne
foi au-delà des intérêts économiques et commerciaux des uns et des autres.
Dans l’effort conjugué des Etats Parties et afin de prendre en
compte, entre autres, les risques de l’utilisation double (dual-use) des
sciences de la vie, il faudrait associer tous les acteurs impliqués dans la
recherche, l’industrie, la gestion ou le contrôle. Les scientifiques, les
universités, les industriels, les agences gouvernementales, les agences
internationales doivent se sentir ensemble responsables de l’utilisation de la
biotechnologie pour la promotion de la vie et le développement humain intégral
qui devrait profiter à tous les pays à travers une recherche et une industrie
responsable, et bien sûr à travers la coopération internationale. Je voudrais
ici mettre l’accent sur l’importance de la formation éthique des étudiants et
des chercheurs dans le domaine des sciences de la vie. Des codes de conduites
devraient être élaborés, disséminés et respectés par toutes les personnes
impliquées dans ce domaine. Les convictions éthiques sont un préalable sur
lequel pourrait se greffer avec succès les lois et le contrôle de l’Etat et des
Organisations internationales compétentes.
Pour que la Convention ne reste pas lettre morte, il est
indispensable que les Etats Parties privilégient la transparence et l’adoption
de mesures qui renforcent la confiance. Aucun Etat n’est capable tout seul de
gagner la guerre contre la prolifération des armes biologiques. La transparence
est le meilleur moyen pour construire progressivement la confiance. Mais une
question fondamentale reste posée : Que faire quand la confiance fait défaut ?
Les Etats Parties ont le devoir de mettre en place un certain nombre de mesures
pour montrer la bonne foi et le strict respect des obligations par les uns et
les autres.
Monsieur le Président!
La Convention sur les armes biologiques est un élément
indispensable de la sécurité et même de la survie de l’humanité. Les Etats
Parties ont les moyens de réussir. Et ils l’ont montré en 2002 quand ils ont
trouvé des solutions acceptées par tous afin de sortir de l’impasse. La 6ème
Conférence d’examen devrait être un nouveau point de départ. Trouver le cadre et
les mécanismes pour continuer, sur une base régulière, la discussion, les
échanges et les négociations devraient être possibles. Il est vital que le
processus initié en 2002 reste vivant et efficace. Les risques et les
difficultés sont importants. Seul notre volonté commune est capable de les
éviter et de les surmonter.
Je vous remercie Monsieur le Président!
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