Monsieur le Président,
Alors que je participe pour la première fois au
Conseil ministériel de l’OSCE en qualité de Secrétaire pour les Relations du
Saint-Siège avec les États, j’ai l’honneur, en premier lieu, de transmettre à
cette assemblée les salutations et les vœux de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.
1. Plus de trente ans se sont écoulés depuis la signature de l’Acte final
d’Helsinki, et l’horizon géopolitique de l’OSCE s’est profondément transformé :
la «guerre froide» est terminée, l’architecture institutionnelle européenne a
évolué, le dialogue politique est-ouest se déroule à des «tables de négociation»
différenciées, dans de nombreux États participants la société est sujette à de
profondes mutations et parfois à de douloureuses transitions sur la voie de la
démocratisation et de l’intégration.
Cependant, à l’OSCE, on trouve des États participants appartenant à trois continents,
qui continuent à se rencontrer et à dialoguer, tandis que les Missions sur le
terrain s’emploient à mener à leur terme divers processus de transition. Ces
occasions ne peuvent donc qu’inviter à la responsabilité afin d’adapter et de «renforcer
l’efficacité» de l’Organisation, non pour en modifier les valeurs et les
principes de base, mais pour qu’elle garde tout son sens, à l’aube du 21e
siècle. En outre, pour avoir des démocraties «efficaces», il faut un
multilatéralisme «efficace».
Par conséquent, le Saint-Siège souhaite vivement que cette réunion renforce
et mette à jour l’acquis de l’OSCE, en affinant les instruments dont elle
dispose pour parvenir à son objectif final : la paix et la stabilité de la zone
euro-atlantique, à travers des sociétés sûres et prospères, qui promeuvent la
dignité de la personne humaine, en en reconnaissant donc la dimension religieuse
fondamentale.
2. Dans cette perspective, il est important d’offrir des réponses efficaces
aux défis qui, de l’extérieur, menacent les États participants. Je pense
notamment au terrorisme, et je crois que l’OSCE peut et doit continuer à appuyer
le cadre juridique international qui s’oppose à ce fléau. Les décisions qui
combattent l’utilisation d’internet à des fins terroristes et qui s’attaquent à
l’utilisation des passeports perdus ou volés sont donc bienvenues.
3. Il faut ensuite répondre avec détermination aux défis internes à
l’Organisation : parmi ceux-ci, demeure l’exigence de définir de manière
toujours plus claire les domaines de compétence de ses institutions. À ce sujet,
je tiens à rappeler que l’OSCE est essentiellement un forum politique, où les
engagements concernent la sécurité et sont adoptés par les Gouvernements, les
institutions devant prendre soin de leur mise en œuvre, sans les redéfinir, les
amplifier ou les modifier. Chaque Gouvernement compte donc sur l’impartialité
des institutions et sur leur intention sincère de respecter les structures de la
gouvernance et les procédures de l’Organisation.
Monsieur le Président,
4. Le Saint-Siège est heureux qu’à Bruxelles, on se propose aussi de mieux
définir et de mettre à jour le rôle de «catalyseur» joué par l’OSCE pour la
coopération régionale, au niveau économique et environnemental. Je me réfère
notamment au dialogue sur les transports et sur la sécurité énergétique, ainsi
qu’à la contribution dans le domaine des migrations et dans celui de l’intégration.
Il s’agit de problèmes émergents qui sont la cause d’injustices économiques et
sociales. Les antagonismes stratégiques qui sont à l’origine de la «course» aux
sources d’énergie sont connus. L’OSCE peut donc apporter son concours pour
maîtriser les divergences qui se sont manifestées entre les «protagonistes» de
cette «course», ainsi qu’entre eux et ceux qui, au contraire, en demeurent
exclus. Pour leur part, les migrations modifient la composition culturelle et
religieuse des Pays ; il devient donc toujours plus urgent d’encourager la
coopération entre les migrants et les communautés qui les accueillent, dans le
respect mutuel et dans la recherche du bien commun.
5. Concernant la dimension humaine, le Saint-Siège apprécie vivement les
documents qui entendent intensifier la lutte contre la traite des personnes,
avec une approche qui se focalise sur les victimes. Le fléau de l’exploitation
sexuelle des enfants, qui est souvent lié à la traite des personnes, requiert
aussi une attention spéciale. De la manière qui lui est propre, l’Église
catholique ne manquera pas de continuer à stimuler la conscience internationale
en ce qui concerne l’extension et la gravité de ces fléaux.
Le Saint-Siège est aussi particulièrement attentif à la question de la
tolérance. Cette année, on a vu apparaître le sens de la responsabilité des
systèmes éducatifs et des médias, ainsi que du langage politique, afin d’éviter
les stéréotypes, les préjugés, les intolérances en général, et le mépris des
religions en particulier. Entre autres, comment les religions peuvent-elles
promouvoir le respect et la compréhension avec autorité et efficacité, si elles
sont elles-mêmes victimes des stéréotypes et des préjugés ?
On ne peut pas oublier non plus que dans la zone de l’OSCE un prêtre
catholique a été assassiné et que des chrétiens ont été victimes de violences ou
d’agressions. Toutes les religions sont en danger à partir du moment où l’une
d’entre elles est victime de stéréotypes et de préjugés ! Toutes les religions
sont en danger tant que l’on méconnaît ou que l’on relativise les intolérances
rencontrées par l’une d’elles !
Comme l’a rappelé tout récemment le Pape Benoît XVI en Turquie, la
reconnaissance du rôle positif que rendent les religions au sein du corps social
peut et doit inciter nos sociétés à approfondir toujours davantage leur
connaissance de l’homme et à respecter toujours mieux sa dignité. Le
Saint-Siège souhaite donc que cette connaissance et ce respect apparaissent avec
transparence et honnêteté dans le travail de l’OSCE et de ses institutions, même
dans le domaine de la tolérance.
6. Je désire enfin renouveler à la Présidence belge ma vive satisfaction pour
sa gestion efficace au cours de l’année et pour l’hospitalité généreuse qui nous
a été réservée ces jours-ci, et j’adresse également tous mes vœux à la prochaine
Présidence espagnole.
Merci, Monsieur le Président.
*MC.DEL/31/06.
L'Osservatore Romano 7.12.2006 p.2.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.50 p.10.
La Documentation catholique 2007 n.2373 p.111-112.