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INTERVENTION DU SAINT-SIÈGE
À LA IV SESSION ORDINAIRE DU
CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME

INTERVENTION DE S.E. MGR SILVANO M. TOMASI*

Genève 22 mars 2007  

 

Monsieur le Président,

1. L'accroissement significatif de l'intérêt porté à la religion en raison de son impact sur la vie des personnes et des sociétés dans le monde est un phénomène qui trouve, à juste titre,  un  écho également au sein du Conseil des Droits de l'Homme. Les atteintes aux droits des croyants, et même la violence directe contre eux, les restrictions imposées par l'Etat, les abus et les persécutions indues, les insultes publiques à l'égard des convictions  religieuses, persistent malheureusement et exigent des solutions. La Délégation du Saint-Siège apprécie et soutient pleinement l'ouverture du nouveau Conseil en vue de promouvoir une vision universelle de la protection des droits de l'homme. L'une des principales contributions du Conseil est son approche globale et en accord avec les dispositions prévues par les instruments et les déclarations en matière de droits de l'homme qui soutiennent clairement, parmi les autres droits, la liberté de religion, d'expression, de conscience, de culte privé et public, et le respect des convictions religieuses pour les croyants de toutes confessions, ainsi que pour les non-croyants.

2. La Délégation du Saint-Siège constate avec préoccupation l'apparition d'un apparent dilemme entre le respect dû aux religions et le droit à la liberté religieuse, comme s'il s'agissait d'aspects incompatibles et s'excluant mutuellement. Au contraire, il s'agit de valeurs complémentaires qui ne peuvent exister l'une sans l'autre.

La dimension religieuse de la personne  humaine,  son  attitude  face à la transcendance et les exigences éthiques qui en découlent, représentent une expression concrète et fondamentale de sa capacité de libre auto-détermination. Il s'agit d'un point de référence fondamental pour le comportement personnel et social. Les religions peuvent offrir, et offrent effectivement,  une  base  solide pour la défense des valeurs de la justice personnelle et sociale, ainsi que pour le respect des autres et de la nature.

3. Au cours de l'histoire, de tristes épisodes de fanatisme religieux ont eu des conséquences sociales tragiques. Pourtant, les religions font partie des facteurs sociaux qui, avec la science, ont le plus contribué au progrès de l'humanité, à travers la promotion des valeurs culturelles, artistiques, sociales et humanitaires. C'est pourquoi toute religion qui prêche ou accepte la violence, l'intolérance et la haine, se rend elle-même indigne de ce nom. D'autre part, nous ne pouvons manquer de constater qu'à côté du fanatisme pseudo-religieux, il existe parfois des signes d'un certain fanatisme anti-religieux, qui dénigre la religion, ou, d'une manière générale, les fidèles d'une religion, en leur attribuant la responsabilité d'actions violentes menées aujourd'hui ou par le passé par certains membres de cette religion. La critique légitime de certaines formes de comportements de la part de fidèles d'une religion ne devrait pas se transformer en insulte ou en diffamation injuste, ou encore en raillerie offensante contre des personnes, des pratiques, des rites ou des symboles vénérés par cette religion. Le respect des droits et de la dignité des autres devrait définir la limite de tout droit, y compris celui de la libre expression et de la manifestation des opinions d'une personne, y compris les opinions religieuses.

4. Le respect de la personne humaine, et de sa dignité implique le respect de sa liberté, dans le domaine religieux, de professer, pratiquer et exprimer publiquement sa religion, sans faire l'objet de railleries, d'insultes ou de discriminations. Le respect de la religion signifie le respect de ceux qui ont choisi de la suivre et de la pratiquer de façon libre et pacifique, en privé et en public, de façon individuelle ou collective. L'atteinte portée à une religion, en particulier celle d'une minorité, exerce une certaine pression sur ses disciples, qui auront plus de difficultés à professer, pratiquer et manifester cette religion en public.

5. Le sujet de la religion et le sujet de la liberté est toujours la personne humaine, dont la dignité est à l'origine des droits fondamentaux. Le respect de toute religion est fondé en définitive sur le respect dû à toutes les personnes qui, dans l'exercice de leur liberté, la suivent et la pratiquent. Bien sûr, ce respect ne peut impliquer le mépris ou les atteintes des droits de personnes qui ne suivent pas la même religion ou qui ont d'autres convictions. De cette façon, la question du respect dû aux religions devrait être fondée de façon explicite sur les droits de la liberté religieuse et de la liberté d'expression. Par conséquent, la promotion du respect des droits à la liberté religieuse et à la liberté d'expression ne devraient pas laisser de côté le respect des religions, des croyances et des opinions concrètes au sein desquelles ces droits sont exercés. On ne peut pas considérer  la  dérision  du  sacré comme un droit à la liberté. Dans le plein respect du droit d'expression, des mesures ou des instruments doivent être développés, en accord avec les dispositions en matière de droits de l'homme, afin de protéger le message des communautés religieuses contre le risque de manipulation et afin d'éviter que ses membres ne soient présentés de façon irrespectueuse.

Monsieur le Président,

6. En conclusion, un Etat véritablement démocratique se doit de considérer la liberté de religion comme un élément fondamental du bien commun, digne d'être respecté et protégé, et créer les conditions pour permettre à ses citoyens de vivre et d'agir librement. Si le débat se concentre uniquement sur la tolérance religieuse et la diffamation de la religion, il limite l'étendue de ses droits et la contribution qu'offrent les religions. En fait, pourrait s'accroître l'impression selon laquelle la religion est tolérée sur la base de conditions culturelles, ethniques, politiques, qui pourraient changer et revêtir la forme de contraintes, et qu'elle n'est pas reconnue comme un droit de l'homme fondamental et inhérent à toute personne humaine. Une approche d'ensemble, qui considère le respect de la religion comme étant enraciné dans la liberté dont chaque personne humaine a le droit de jouir dans un cadre équilibré de droits partagé avec les autres et la société, semble être une façon raisonnable d'agir.

Merci, Monsieur le Président.


*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.17 p.10.

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