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INTERVENTION DU SAINT SIÈGE 
À LA 88ème SESSION DE LA CONFÉRENCE GÉNÉRALE
DE L’ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL

Lundi, 12 Juin 2000

 

Monsieur le Président,

La session annuelle de la Conférence internationale du Travail est une échéance importante qui donne la possibilité aux responsables des Gouvernements, aux Employeurs et aux Travailleurs de réfléchir ensemble sur la complexe et changeante problématique concernant la place du travail dans notre société.

A cet effet, le Rapport du Directeur Général sur les activités de l'Organisation en 1998-1999 est un instrument important pour faire un bilan des initiatives entreprises, pour échanger et évaluer les expériences à niveau national et régional. Il permet aussi de puiser un nouveau dynamisme, capable d'accepter les défis et d'analyser les perspectives des nouvelles possibilités qui s'offrent aujourd'hui pour affirmer la priorité du travail dans ses dimensions personnelles, familiales et communautaires face à l'exaltation presqu'incontestée du marché.

Il faut reconnaître - disait le Pape Jean-Paul II aux travailleurs lors de leur jubilé le 1er mai passé - que l'organisation du travail ne respecte pas toujours la dignité de la personne humaine, et que l'on ne tient pas compte comme il se doit de la destination universelle des ressources" (Osservatore Romano, éd. franç .9.5.2000, pag.5).

En regardant la situation, on ne peut pas ne pas souligner la présence massive du chômage dans plusieurs pays, la persistante amplitude du travail des enfants, la protection parfois insuffisante des travailleurs, les conséquences de la globalisation et de l'introduction des nouvelles technologies avec l'écart qui se creuse entre pays riches et pays pauvres mais aussi dans chaque pays, entre une minorité capable de tirer profit de la mondialisation et les autres, en grande partie des travailleurs peu qualifiés, qui sont laissés aux marges du processus économique.

Cette situation montre à l'évidence l'importance et l'actualité de la "Déclaration relative aux principes et droits fondamentaux au travail", que le Saint-Siège considère comme une réponse appropriée aux défis que représente la mondialisation. Le premier Rapport de suivi, "Votre voix au travail", par une mise en perspective d'une dynamique globale des problèmes rencontrés et des solutions apportées, propose, dans une démarche constructive, des orientations et des actions concrètes de coopération susceptibles de réduire les écarts qui demeurent et rappelle les responsabilités spécifiques des syndicats, des organisations d'employeurs et des gouvernements dans la mise en œuvre de ces actions, si l'on veut édifier une société du travail libre, de l'entreprise et de la participation (cfr. Enc. Centesimus Annus, N.35).

En effet, la période de transformation économique et sociale très rapide, que nous vivons, demande un changement culturel du rapport au travail dans toutes ses formes.

"Par le travail - écrivait il y a quelques jours le Pape au Mouvement mondial des travailleurs chrétiens - les hommes ont pour mission de bâtir un monde juste et fraternel où les travailleurs se voient reconnaître la place et la dignité auxquelles ils ont droit". (Osservatore Romano, éd. française, 23.5.2000, pag.10).

Or, dans une vision solidaire du travail, le drame du chômage, surtout quand il touche de grands segments de la population d'une manière presqu'endémique, est la négation de la réalisation de ce droit. Qu'on pense seulement au nombre de jeunes et de moins jeunes, qui n'ont pas encore goûté la saveur et la sueur d'un emploi régulier et garanti et qui doivent commencer leur vie sans espoirs et sans perspectives. Où encore aux migrants, à la recherche d'une vie meilleure pour eux et pour leur famille, avec leurs difficultés d'intégration non seulement économique, mais aussi socio-culturelle.

Le chômage est aussi un symptôme de l'inefficacité du système économique et un facteur non négligeable de marginalisation et d'exclusion, qui peut conduire au désespoir, à la désorientation morale sinon à la délinquance. Par contre, le travail met en valeur les capacités professionnelles du travailleur, rend possible sa participation active à la vie de la société dont il fait partie et garantit des espaces de liberté, qui vont au-delà de la sphère économique pour embrasser toute sa personnalité.

D'autre part, le changement continu de la structure quantitative et qualitative du travail, sous l'impulsion puissante des processus de globalisation, exigent l'élaboration de nouvelles stratégies de formation d'un personnel, qualifié professionnellement, pour affronter les défis lancés par les systèmes de production. L'expérience de ces années nous dit que, si la recherche de travailleurs avec des compétences qui répondent aux exigences et à la gestion de ce changement, est en hausse, les perspectives d'emploi pour ceux qui n'ont pas eu la possibilité de se qualifier ou de se re-qualifier, se réduisent de plus en plus.

Il faudrait donc s'interroger si les programmes et les priorités de nos systèmes d'éducation sont en mesure de former la mentalité de nos jeunes et de leur donner les connaissances et les instruments qui les préparent à affronter les exigences d'un travail de type nouveau, flexible et changeant dans le temps. Pour y arriver, une synergie entre tous les acteurs - institutions locales, organisations des employeurs et de travailleurs, associations sociales et religieuses - s'impose afin d'élaborer une offre différenciée de formation, qui réponde aux exigences du marché du travail, non seulement local, et des systèmes de production.

L'engagement pour résoudre ces problèmes concerne chacun de nous. "Il est essentiel - écrit encore le Pape dans le message déjà cité - que tous se mobilisent en faveur de l'insertion et de la réinsertion de l'ensemble de la population en âge d'avoir une activité professionnelle et que les situations de pauvreté et de détresse, qui offensent leur dignité, soient vaincues par une solidarité de plus en plus active".

                               

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