Monsieur le Président,
J’ai l’honneur d’apporter à cette Assemblée les
salutations cordiales et les encouragements du Pape Jean-Paul II aux Hauts
Représentants des pays du monde entier venus à New York redire leur confiance
dans l’oeuvre de l’Organisation des Nations Unies. C’est le voeu fervent
du Saint-Siège que, à l’aube du troisième millénaire, l’ONU contribue à
construire pour le bien de l’humanité une nouvelle civilisation, celle qui a
été appelée la "civilisation de l’amour".
1. La première tâche des Nations Unies est de maintenir et
de promouvoir la paix dans le monde. C’était le but essentiel des
fondateurs de l’Organisation et il reste actuel. Trop souvent encore la guerre
endeuille et fait souffrir les peuples. Face à la recrudescence des conflits,
en particulier les luttes civiles et ethniques, l’ONU a le devoir d’intervenir
dans le cadre de la Charte pour ramener la paix.
Au nom du Pape, je rends hommage à tout ce que l’ONU a déjà
fait en ce domaine et je salue la mémoire des soldats et des membres du
personnel civil qui ont trouvé la mort au cours des Opérations de maintien de
la paix.
La paix est toujours fragile et il convient de veiller à
éteindre les foyers de guerre aussi bien qu’à en éviter l’éclosion; c’est
pourquoi l’Organisation doit développer ses capacités de diplomatie
préventive. Pour sa part, le Saint-Siège approuvera toujours les initiatives
en faveur de la paix, entre autres celles destinées à renforcer le respect du
droit international et à limiter les armements.
2. La seconde tâche de l’ONU est la promotion du
développement. Aujourd’hui encore, une part importante de la population
mondiale vit dans des conditions de misère qui sont une offense à la dignité
humaine. Ceci est d’autant plus inacceptable que, dans le même temps, la
richesse se développe rapidement et que l’écart entre les riches et les
pauvres ne fait que s’accroître, à l’intérieur même des nations.
De plus, d’autres maux sont bien souvent associés à la
pauvreté, comme la guerre, la dégradation de l’environnement et les
catastrophes naturelles, ainsi que les épidémies. Comment ne pas souligner que
la plupart de ces fléaux touchent d’abord l’Afrique et ne pas invoquer pour
elle une attention spéciale et des efforts qui soient à la mesure de ses
besoins?
La situation exige donc une mobilisation morale et financière,
qui comprenne des objectifs précis en vue d’une diminution drastique de la
pauvreté, entre autres la remise de la dette des pays pauvres selon des
modalités plus incisives, un renouveau de l’aide au développement et une
généreuse ouverture des marchés. En outre, des programmes devront être
lancés afin que le progrès social aille de pair avec la croissance
économique. Le développement est une notion globale, qui a pour objectif la
promotion du bien et de la dignité de la personne, considérée dans son
intégralité. Et les moyens pour y parvenir se résument en un mot:
solidarité.
A ce propos, laissez-moi rappeler, Monsieur le Président, que
les engagements souscrits lors des conférences et réunions internationales
consacrées à ces questions doivent être respectés. Il est décevant que sur
des points fondamentaux comme la réduction de la dette ou le niveau de l’aide
publique au développement, si peu de progrès aient été réalisés.
3. La troisième tâche des Nations Unies est la promotion
des droits de l’homme. De nombreux documents ont été élaborés, aussi
bien pour définir ces droits que pour en garantir le respect par des
mécanismes appropriés. Ces efforts devront être poursuivis, car le combat
pour les droits de l’homme n’est jamais terminé et je citerai ici la
défense du premier d’entre eux, le droit à la vie, si souvent mis en péril.
Le Pape Jean-Paul II exprime d’ores et déjà son appui à la
Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la
xénophobie et l’intolérance, qui se tiendra l’année prochaine en Afrique
du Sud, et encourage toutes les initiatives destinées à empêcher la
dissémination du racisme et de l’intolérance.
Mais en plus de cette approche concrète des droits de l’homme,
il faut affermir ceux-ci en leur donnant une solide base éthique, car autrement
ils demeureront fragiles et sans fondations. A ce propos, on doit réaffirmer
que les droits de l’homme ne sont créés ou octroyés par personne, mais qu’ils
sont inhérents à la nature humaine. Selon le Saint-Siège, la loi naturelle,
inscrite par Dieu dans le coeur de chaque être humain, est un dénominateur
commun à tous les hommes et à tous les peuples. C’est un langage universel,
que tous peuvent connaître et sur la base duquel ils peuvent s’entendre.
4. Une quatrième tâche pour l’ONU est de garantir l’égalité
de tous ses Membres. En ce sens, certaines réformes seront nécessaires,
pour adapter sa structure aux réalités présentes et renforcer la légitimité
de son action. Il faut en effet que l’ONU soit pleinement représentative de
la communauté internationale et n’apparaisse pas comme dominée par quelques
uns.
L’écoute et le respect de chacun est impératif lorsqu’il s’agit
de prendre des décisions communes, mais plus particulièrement encore lorsque l’on
s’attache à définir des orientations qui touchent à des valeurs morales et
culturelles fondamentales. En ce domaine, il n’est pas légitime de prétendre
imposer, au nom d’une conception subjective du progrès, certains modes de vie
minoritaires. "Les Peuples des Nations Unies", mentionnés dans le
Préambule de la Charte, ont droit au respect de leur dignité et de leurs
traditions.
Dans cette optique, je me permets de rappeler la position du
Saint-Siège au sujet des sanctions imposées par l’Organisation pour obtenir
d’un Etat l’accomplissement de ses obligations internationales. Une
procédure claire d’examen et de révision devrait être mise en place dans
chaque cas, ainsi que des modalités opportunes afin que ces mesures ne fassent
pas peser leur poids avant tout sur des populations innocentes.
Monsieur le Président,
Les chrétiens, qui ont rappelé cette année la naissance de
Jésus à Bethléem, se sentent solidaires des efforts que la communauté
internationale entreprend pour que le monde de demain soit délivré de la
violence, des injustices et des égoïsmes. A cette oeuvre immense, l’Eglise
catholique se propose de contribuer avant tout par l’annonce de l’Evangile
du Christ car, sans progrès spirituel, le progrès matériel des nations sera
vain et illusoire. Cette conviction a guidé l’Eglise au long de son histoire
et c’est aussi son engagement pour le troisième millénaire.
Merci, Monsieur le Président.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.37 p.1, 11.
La Documentation catholique, n.2234 pp. 865-866.