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INTERVENTION DE L'OBSERVATEUR PERMANENT 
DU SAINT-SIÈGE AUPRÈS DE L'O.M.C., 
S..EXC. MGR DARMUID MARTIN, 
LORS DE LA IVème CONFÉRENCE MINISTÉRIELLE 
DE L'O.M.C. À DOHA (QATAR)*

Lundi, 12 novembre 2001

 


Permettez-moi tout d'abord d'exprimer mes remerciements et mes félicitations à Son Altesse Al Khalifa Al Thani et au peuple du Qatar pour l'accueil cordial que nous avons reçu et les dispositions exemplaires dont nous avons fait l'objet à l'occasion de cette Conférence. La reconnaissance de ma délégation s'adresse également au Président du Comité général et au Directeur général, pour leurs efforts inlassables au cours de la phase préparatoire.

Le Saint-Siège souhaite que cette IVème Conférence ministérielle à Doha constitue et entre dans les mémoires comme la "Conférence du développement" de l'OMC.

L'intégration des économies plus pauvres dans un système commercial mondial équitable est dans l'intérêt de tous. Le développement accru des pays plus pauvres représente une contribution au progrès mondial, à la sécurité internationale et à la paix. Dans une économie mondialisée, personne ne peut être insensible à la situation de ceux qui restent en marge. L'intégration est à la fois une valeur morale et économique.

Ne nous méprenons pas:  le monde a besoin d'une Organisation mondiale du Commerce. Toutefois, cela n'est trop souvent demeuré qu'une affirmation théorique, ou même idéologique. A l'avenir, l'Organisation mondiale du Commerce doit davantage évaluer dans quelle mesure exactement la libéralisation du commerce affecte les pays les plus pauvres, en termes concrets et contrôlables, et ce, pays par pays. Elle doit contribuer à identifier les facteurs qui empêchent encore les pays en voie de développement de réaliser les bénéfices qu'ils attendent de la participation au système commercial mondial. Elle doit tirer les leçons des pays qui ont réussi à faire en sorte que le commerce serve le développement, et les appliquer de façon appropriée. Elle doit appliquer les politiques qui contribuent à surmonter les obstacles que rencontrent les pays les plus pauvres. Le Saint-Siège salue les mesures qui ont été prises dans ce sens. Ces mesures doivent maintenant être traduites en réalité durable.

L'OMC ne peut se dispenser d'examiner ses résultats à la lumière des objectifs de développement mondial que la   Communauté    internationale s'est fixés en vue de la lutte contre la pauvreté. Ces objectifs de développement sont centrés sur la personne humaine. C'est la capacité créatrice et innovante de la personne qui est le moteur de toute économie moderne. Et c'est la vie des personnes, des individus et des familles qui souffre lors d'une récession économique.

Je voudrais juste soulever deux question spécifiques liées au commerce, qui sont d'un intérêt particulier pour la promotion du développement des pays les plus pauvres aujourd'hui. La première est le rapport entre les réglementations commerciales, et en particulier les normes relatives à la propriété intellectuelle, et à la santé. Les gouvernements ont la responsabilité primordiale de protéger  la  vie  et  la  sécurité  de  leurs  citoyens. La Conférence ministérielle devrait faire comprendre clairement que rien dans les réglementations du système commercial international ne devrait empêcher les gouvernements de répondre aux besoins publics urgents en matière de santé. Là où il existe une certaine flexibilité dans ces réglementations, il devrait y avoir un effort concerté afin de faire en sorte que cette flexibilité fonctionne pleinement, rapidement et sans obstacles.

Le deuxième domaine est celui de l'accès au marché des produits pour lesquels les pays les plus pauvres disposent d'un avantage. Dans le commerce international, comme dans tout secteur, des règles particulières existent pour protéger les plus faibles. Des mesures protectionnistes prolongées et d'autres pratiques commerciales qui apportent un bénéfice disproportionné aux secteurs les plus riches des économies mondiales ne peuvent constituer la base d'un système fondé sur des règles équitables. La réforme dans le domaine de l'accès au marché des produits des pays plus pauvres, en particulier dans le domaine de l'agriculture et du textile, ne peut être mise de côté indéfiniment, sans provoquer des dommages irréparables au système du commerce multilatéral lui-même.

Une application plus équitable d'un système commercial mondial fondé sur des règles représente une dimension essentielle de la politique du développement. Les pays les plus pauvres bénéficieront davantage des discussions liées au commerce si celles-ci sont soulevées dans le cadre d'une conception élargie du développement et de la solidarité. Une assistance technique doit être accessible pour faciliter la mise en œuvre des accords déjà existants de l'OMC, mais également pour améliorer la capacité commerciale des pays les plus pauvres. L'accès aux médicaments doit être accompagné d'investissements dans des programmes visant à un système médical efficace. L'accès au marché doit être accompagné par des investissements dans l'amélioration des méthodes et des normes en matière de production.

Certes, l'OMC ne peut prendre toutes les mesures découlant d'un tel programme de développement. Nous devons respecter la mission spécifique de l'OMC, qui est limitée au commerce. Mais nous devons également nous rappeler que c'est le même accord entre gouvernements qui est à l'œuvre dans d'autres organisations, y compris celles qui visent au respect des normes en matière de travail et de l'environnement. Seule une vision intégrée du développement et une coopération structurée entre organismes permettra aux objectifs liés au commerce et à ceux qui sont liés au développement d'aller de pair. "L'économie, nous rappelle le Pape  Jean-Paul II, n'est qu'un aspect, une dimension de toute l'activité humaine" et "la liberté économique n'est qu'un élément de la liberté humaine". Puisse cette Conférence ministérielle être un moment au cours duquel nous élaborons des politiques commerciales qui deviendront véritablement une force motrice pour le développement intégral de toute la famille humaine.

*WT/MIN(01)/ST/146.

L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n. 47 p.2, 3.

 

 

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