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INTERVENTION
DE S.EXC. MGR
PIERO MONNI, OBSERVATEUR
PERMANENT DU SAINT-SIÈGE,
LORS DU SOMMET MONDIAL SUR L'ÉCOTOURISME* (Québec,
Canada, 19-22 mai 2002)
Mardi, 21
mai 2002
Le monde contemporain évolue rapidement; des solutions
urgentes pour ses problèmes s'imposent, dans un contexte où le phénomène
de la mondialisation concerne non seulement la sphère du politique et de l'économie,
mais aussi la dimension sociale, culturelle et spirituelle de l’être
humain.
Dans un tel contexte, le secteur du tourisme joue un rôle
considérable, secteur qui, bien qu’il soit, «à peine sorti de
l'adolescence» et qu’il apparaisse comme une industrie encore fragile
et changeante, représente aujourd’hui la troisième industrie
d’exportation au niveau mondial. Le rôle que le tourisme joue à l'intérieur
du phénomène de la mondialisation revêt encore plus d'importance lorsque
l’on considère qu’il s’agit d'une industrie qui, au lieu d'exporter des
marchandises, importe des consommateurs. Ce constat met en évidence le
fait que, dans une optique purement économique pour ce secteur, c’est le
lieu de production qui est le «facteur» le plus important, car c’est le
lieu lui-même qui constitue le produit.
Toutefois, si l'on élargit le champ d'observation au-delà de
la sphère économique et si l’on prend en compte les trois dimensions précédemment
citées, les dimensions sociale, culturelle et spirituelle, on note qu’elles
sont partie intégrante et essentielle du lieu; malgré cela, ces
dimensions risquent de subir de profonds conditionnements et de profondes
mutations si les flux dérivant du tourisme ne sont pas adéquatement orientés
pour sauvegarder ces dimensions, avec le risque de provoquer des dommages irrémédiables
à la «matière première» du tourisme et, ce qui est encore plus grave, de
violer la dignité humaine des populations locales. On ne peut en effet
oublier, comme l’a rappelé récemment le Saint-Père, «ces propositions
touristiques de 'paradis artificiels', où sont exploités à des fins
purement commerciales les populations locales, au bénéfice d'un tourisme
qui, en certains cas, ne respecte même pas les droits humains les plus élémentaires
des habitants du lieu» (Allocution du Saint-Père aux participants à
l'Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la Pastorale des Migrants
et des Personnes en Déplacement, n. 2,29 avril 2002).
Un tel constat a poussé les experts et les personnes qui œuvrent
dans ce secteur à définir des stratégies à court et à long terme, qui ont
permis, entre autre, de faire apparaître une nouvelle typologie du tourisme:
l’écotourisme, ébauché par le Code mondial d’Éthique du Tourisme,
adopté par l'Organisation mondiale du Tourisme en octobre 1999.
Notre rencontre a précisément comme objectif de contribuer
à la définition d’une meilleure compréhension de ce concept, encore sujet
à des interprétations différentes.
Le souhait de nombreux participants est que le débat qui nous
avons en ce lieu offre d’intéressants points de réflexion au Sommet
mondial sur le Développement durable, qui aura lieu à Johannesburg du 26 août
au 4 septembre 2002. De nombreuses imbrications existent entre l’écotourisme
et le développement durable, qui, comme vous le savez, est fondé sur l’idée
de relier entre elles trois dimensions du développement: économique, social
et environnemental.
Pour sa part, le Saint-Siège veut contribuer lui aussi à ce
débat, en indiquant quelques-uns des principes et des valeurs qui sont, ou
devraient être, à la base de l’écotourisme. Ce dernier ne doit pas en
effet se limiter à mettre en contact les touristes avec une nature non pollué
ou avec les sociétés rurales; il doit aussi devenir un moyen concret pour
sauvegarder le patrimoine naturel et surtout les traditions culturelles,
spirituelles et religieuses.
Cela signifie que, pour le développement de l'écotourisme,
il est indispensable d’avoir comme point de référence le caractère
central de l’être humain, rappelant le principe premier adopté par la Déclaration
de Rio sur l’Environnement et le Développement de 1992, principe selon
lequel «l’être humain est au centre des préoccupations du développement
durable». Une telle approche comporte inévitablement une révision et une réorganisation
des systèmes opérationnels qui visent à obtenir des résultats économiques
et financiers immédiats au détriment d’un écotourisme durable, qui
requiert le maintien du patrimoine culturel commun. L’écotourisme offre en
effet l’occasion de ne pas privilégier uniquement les initiatives
commerciales, mais de réserver aux valeurs humaines, culturelles et
spirituelles, leur juste place, avec le soutien de tous les protagonistes
concernés.
On voit ainsi que, pour l’écotourisme, il est urgent, en
raison du principe de subsidiarité, de pouvoir s’appuyer sur des normes et
sur des initiatives toujours plus adaptées, pour garantir la participation
des communautés locales et indigènes dans l’organisation, le contrôle et
la gestion des activités touristiques, ainsi que dans les processus de décision
qui leur sont liés. En fonction de ces comportements, il sera intéressant
d’évaluer l’impact de l’écotourisme sur la protection de
l’environnement et sur le développement socio-économique des communautés
locales elles-mêmes.
Le point de départ doit donc être la sauvegarde de la base
culturelle, spirituelle et religieuse indispensable pour sensibiliser à ce
problème ceux qui veulent s’engager dans ce secteur. La population locale
ne peut être tenue à l’écart de ce processus innovateur et productif,
mais elle doit être partie prenante des nouvelles valeurs qui se présentent,
y compris les bénéfices liés à un développement social équilibré. De
cette façon, on pourra parvenir à une harmonieuse association entre le
patrimoine culturel de ceux qui sont accueillis et les traditions locales.
Cela requiert un processus prudent et équilibré d’ouverture réciproque et
d’intégration, avec, au point de départ, des parcours adaptés d’éducation
et de formation au respect de la sauvegarde de la création et des autres
cultures et civilisations, parcours qui conduisent aussi à un changement
progressif des modèles de production et de consommations qui sont
insoutenables.
Afin qu’ils soient efficaces même pour un développement
correct de l’écotourisme, de tels parcours d’éducation et de formation,
proposés aux populations locales et plus particulièrement à celles qui
arrivent, doivent être basés sur les exigences de la responsabilité, du
souci du bien commun, de l’équité entre les générations et à l'intérieur
de chaque génération, de la solidarité universelle et, comme cela a déjà
été dit, de la subsidiarité.
* L'Osservatore Romano 24.5.2002 p.2.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.25 pp.9,10.
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