SYNODE DES ÉVEQUES
ASSEMBLÉE SPÉCIALE POUR L'ASIE
JÉSUS-CHRIST, LE SAUVEUR, ET SA MISSION
D'AMOUR ET DE SERVICE EN ASIE: «...POUR QU'ILS AIENT LA VIE, ET
QU'ILS L'AIENT EN ABONDANCE» (JN 10,10).
LINEAMENTA
PRÉFACE
Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, dans sa Lettre Apostolique Tertio
millenio adveniente, 38 (10 novembre 1994), a exprimé son intention
de convoquer une Assemblée Spéciale du Synode des Évêques
pour l'Asie. Peu de temps après cette annonce, le Saint-Père a
nommé un Conseil pré- synodal de la Secrétairerie Générale
du Synode des Évêques pour l'Assemblée Spéciale pour
l'Asie, composé pour la plus grande partie d'évêques d'Asie.
La Secrétairerie Générale a dès lors commencé
immédiatement le processus de préparation de cette Assemblée
Spéciale en envoyant une lettre de consultation à toutes les
parties intéressées du continent asiatique, à savoir les
Conférences épiscopales et les Églises orientales, ainsi
que les membres de la Curie Romaine et l'Union des Supérieurs Majeurs,
dans le but de définir un thème qui ait une importance actuelle,
un intérêt universel et une urgence particulière et qui
devra être traité au cours de cette Assemblée synodale spéciale.
Les résultats de cette consultation furent ensuite analysés et
discutés par le Conseil pré-synodal de l'Assemblée Spéciale
pour l'Asie, et une série de recommandations furent formulées pour
être soumises au Saint Père.
Prenant en considération les propositions du Conseil, le Saint-Père
fit ensuite le choix suivant du thème de l'Assemblée Spéciale:
Jésus-Christ, le Sauveur, et sa mission d'amour et de service en
Asie: «... Pour qu'ils aient la vie, et qu'ils l'aient en abondance»(Jn
10, 10). La formulation du thème a pour intention de répondre
aux circonstances actuelles dans lesquelles se trouve l'Église en Asie,
aussi bien que d'évaluer les circonstances actuelles qui touchent tous
les peuples et les cultures du continent asiatique. En mettant en pleine lumière
la centralité de la Personne du Christ, Sa Mission comme Médiateur
et comme Seul et Unique Sauveur dans le Plan éternel du Salut de Dieu, l'Église
en Asie et tous ses membres seront mieux préparés à remplir
la mission d'évangélisation, d'amour et de service, du Christ en
Asie, «pour qu'ils aient la vie et l'aient en abondance» (Jn10,
10).
Afin de présenter ce thème du Synode d'une manière
générale, la Secrétairerie Générale, en
collaboration avec les membres de Conseil pré- synodal et de théologiens
du continent asiatique, ont rédigé les Lineamenta, le
premier d'une série de documents relatifs à l'Assemblée Spéciale
pour l'Asie. Comme son nom l'indique, le présent document est un exposé
sur les grandes lignes du thème. Le seul but de ce texte est de favoriser
une réflexion commune sur le thème, et de faire naître des
suggestions ou des observations. Pour cette raison, une série de
Questions apparaît à la fin du document.
Dans l'espoir que ces Lineamenta engendreront beaucoup
d'observations et de suggestions de toutes les composantes de l'Église en
Asie de telle sorte que les Conférences épiscopales, les
Patriarches et les Archevêques Majeurs des Églises Orientales
puissent avoir les informations nécessaires pour rédiger leurs réponses
officielles. Donc, les Lineamenta en eux-mêmes ne font pas partie
des travaux de l'Assemblée Spéciale. Un «Document de travail»
ou Instrumentum laboris sera rédigé plus tard sur la base
des réponses officielles venant du continent asiatique et de celles des
Dicastères de la Curie Romaine et de l'Union des Supérieurs
Majeurs. Ces groupes auront la tâche d'extraire l'essentiel des nombreuses
contributions qu'ils recevront et de l'utiliser pour la préparation de
leurs rapports officiels qu'ils devront soumettre à la Secrétairerie
Générale. Des réponses substantielles permettront aux Pères
du Synode, réunis en Assemblée Spéciale, de disposer de la
matière nécessaire pour approfondir ce thème qui est d'une
grande importance pour l'Église en Asie.
Par conséquent, toute l'Église en Asie est invitée
à y participer: prêtres religieux et diocésains, religieux
et religieuses, laïcs hommes et femmes, séminaires et instituts de
théologie, conseils pastoraux, mouvements et groupes catholiques,
communautés paroissiales ainsi que toutes les organisations ecclésiales.
Plus nombreuses seront les réponses, plus complètes et
substantielles seront les informations pour ceux qui auront la responsabilité
de la rédaction des rapports officiels. Cela permettra en outre d'assurer
et de compléter le caractère essentiel du texte de l'Instumentum
laboris, document qui sera le centre de l'attention et de la discussion à
l'Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour
l'Asie.
En préparant une réponse aux Lineamenta, il faut
garder à l'esprit les points suivants: le nombre et la variété
des questions dressées dans la section finale du document ont été
délibérément choisis pour servir de guide en structurant
les réflexions sur le thème de l'Assemblée Spéciale
pour l'Asie. Ces questions donc, et non le texte des Lineamenta, doivent
servir de base à toutes les réponses. À ce propos, toutes
les observations devraient se référer explicitement aux questions
concernées. De même, il n'est pas nécessaire de répondre
à toutes les questions. Cela dépend des circonstances
individuelles concrètes, et ceux qui répondent sont libres de
choisir les questions qui leur paraissent importantes.
Sur le continent asiatique, les réponses des communautés
et des groupes ecclésiaux à l'intérieur d'un archidiocèse
ou d'un diocèse, sont envoyées à l'évêque
local qui utilisera de telles informations pour rédiger sa réponse.
La réponse de l'évêque est ensuite communiquée au
corps épiscopal dont il est membre. Les propositions de ces corps épiscopaux,
et celles de la Curie Romaine et de l'Union des Supérieurs Majeurs,
devraient parvenir à la Secrétairerie Générale au
plus tard le 1 août 1997. Cette date prévue doit être
gardée à l'esprit de tous ceux qui souhaitent contribuer de
quelque manière que ce soit à ce processus de réflexion.
Avec la publication des Lineamenta une étape cruciale de
la préparation de l'Assemblée Spéciale commence, un moment
qui repose sur la coopération et les prières de chacun des membres
de l'Église. Le mystère de la communion enseigne que l'Église
s'étend au-delà des frontières d'une nation ou d'un
continent même au-delà du monde tel que nous le connaissons à
travers le temps et l'éternité. Comme l'Église en Asie se
prépare pour cette célébration spéciale de la
communion des évêques, elle doit le faire en communion mystique
avec toute l'Église. Dans cet esprit, elle est soutenue au cours de cette
période de préparation par les prières et les bonnes
oeuvres de tous les membres de l'Église, particulièrement par
celles de la communauté céleste des Saints et des Martyrs d'Asie,
et, comme dans toute entreprise, elle se tourne sur la Vierge Marie pour obtenir
son indéfectible assistance.
Jan P. Cardinal Schotte, C.I.C.M. Secrétaire Général
INTRODUCTION
1. L'Assemblée Spéciale du Synode des Évêques
pour l'Asie est un moment de grâce particulier pour l'Église dans
le continent asiatique. Étymologiquement, le mot «synode»
signifie «marcher ensemble». Les Églises particulières
d'Asie ont besoin de marcher ensemble. Dans le contexte asiatique, cela signifie
avancer ensemble comme Église vers le Troisième Millénaire
et proclamer le Seigneur Jésus-Christ, en paroles et en actes, non
seulement à tous les frères et soeurs qui sont à l'intérieur
de l'Église en Asie, mais à tous les peuples du continent.
En premier lieu, l'Église en Asie a besoin de marcher ensemble avec
le Seigneur Jésus-Christ ressuscité, comme le firent les disciples
d'Emmaüs, et de lui demander d'ouvrir tous les coeurs aux Écritures
de sorte que chaque personne puisse voir le sens toujours nouveau et
l'application de la Parole de Dieu aux situations actuelles variées en
Asie. Elle prie aussi pour que l'Asie vienne à Le reconnaître dans
la fraction du pain comme la source de la vie et de toute plénitude
offertes partout à tous les peuples.
En se préparant pour le Synode, l'Église en Asie cherche «à
marcher selon l'Esprit» (Gal 5, 16), lui qui, à travers
l'histoire, a illuminé les sages et les saints de l'Asie dans la
recherche de la plénitude de la vérité et de la vie, et qui
a rendu le peuple d'Asie capable de reconnaître sa présence et d'en
profiter par les rayons de vérité présents dans leurs
philosophies et leurs religions.
En «marchant ensemble», l'Église souhaite continuer
d'avancer dans la tradition vivante de l'Église qui est, dans l'Église
des Apôtres et leurs enseignements, l'Église des Pères et
leur patrimoine théologique et spirituel précieux, l'Église
des grands missionnaires de l'Europe et de l'Asie, l'Église des Saints du
Moyen-Âge et des théologiens, l'Église de la réforme
et du renouveau amené par les Conciles de Trente, de Vatican I et de
Vatican II.
Dans son cheminement synodal, l'Église en Asie n'est pas seule. Elle
est accompagnée par le Saint-Père, le Pasteur de l'Église
universelle, par son Magistère, et par tous les membres de l'Église
qui sont hors du continent asiatique et qui, à travers la communion
mystique, sont unis à leurs frères et soeurs d'Asie par la
solidarité et la prière.
Outre son caractère universel, le cheminement synodal a une dimension
asiatique particulière. L'Église en Asie, fidèle à
son Seigneur, cherche à marcher avec tous les peuples de l'Asie frères
et soeurs unis à travers des vies et des cultures communes, dont
les destinées sont reliées entre elles, dont la richesse
religieuse et spirituelle est nécessaire à l'Église pour
qu'elle accomplisse son propre chemin, et avec qui elle veut partager l'inépuisable
richesse du salut de Jésus-Christ. L'Église en Asie veut
accompagner les cultures et les coutumes sociales des peuples asiatiques, et les
purifier de tout ce qui est contraire à l'Évangile du Christ, de
telle sorte qu'elle n'apparaisse pas comme une étrangère sur le
continent sur lequel elle vit, et où, en union avec son Seigneur, elle
fait siennes «les joies et les espoirs, les souffrances et les anxiétés
du peuple».(1)
CHAPITRE I
RÉALITÉS ASIATIQUES
UN CONTINENT VASTE AVEC D'ABONDANTES RESSOURCE
Les grandes religions et les cultures
2. Géographiquement parlant, il est difficile de déterminer la
liste des pays qui constituent le continent asiatique. Cependant, en ce qui
concerne le Synode, le continent asiatique peut être considéré
comme la vaste surface s'étendant entre le Moyen-Orient et l'Extrême-Orient.
Ceci comprend le Moyen-Orient, les pays du Golfe, les pays du Sud asiatique, les
pays du Centre asiatique, les pays du Sud-Est asiatique, la Sibérie
asiatique, et les pays de l'Extrême-Orient.
Cette grande étendue a été la mère de nombreuses
races et de peuples nombreux, et le panthéon de grandes religions
mondiales qui ont résultées de la longue recherche des peuples
d'Asie sur le sens et la destinée de l'humanité et de l'univers.
Sans aucun doute, quelques-uns des systèmes religieux, philosophiques,
sociaux et linguistiques et quelques-unes des organisations connues de
l'histoire les plus profonds et les plus élaborés, proviennent des
sages asiatiques, des saints et des visionnaires religieux depuis les temps immémoriaux.
Ceux-ci ont guidé les destinées de millions de peuples à
travers les siècles et les millénaires.
Le Judaïsme, quoique peu représenté en Asie, est vraiment
une religion mondiale, ayant ses enseignements sur Dieu, le créateur et
le miséricordieux, sur la personne humaine, qui possède la liberté
et la dignité, et qui pourtant a besoin de la Rédemption du péché,
et sur l'eschatologie. L'Hindouisme est implacable dans sa recherche de l'ultime
réalité, de l'Absolu, et de la libération de la personne du
mal sous toutes ses formes, par le chemin de la connaissance désintéressée
et du dévouement. Il met l'accent sur le silence, la contemplation, le détachement
et la non-violence. Le Bouddhisme cherche à indiquer à l'individu
un chemin en dehors de la situation existentielle de souffrance à travers
les Huit Nobles Chemins menant finalement à la totale libération.
Il insiste sur la compassion comme vertu primordiale. Le Bouddhisme a été
modifié dans plusieurs pays par l'influence des grands idéaux éthiques
et mystiques du Confucianisme et du Taoïsme. Ceux-ci accordent une grande
importance aux relations harmonieuses dans la société. L'Islam est
marquée par sa doctrine du Dieu unique, le créateur, qui est tout
miséricordieux et qui pardonne. Il appelle à la totale soumission à
ses commandements à travers l'obéissance, la prière, l'aumône,
le jeûne et le pélerinage à La Mecque. La Religion
Traditionnelle voit le tout du cosmos, c'est à dire le monde
visible de la nature et des êtres humains et le monde invisible des
esprits, comme «s'interpénétrant». La Religion
Traditionnelle insiste sur la communion et l'harmonie avec Dieu, les esprits, la
nature et les membres proches de la famille, du clan et de la tribu.
Les peuples d'Asie
3. La plus grande richesse de l'Asie vient de ses peuples pourvus de
cultures riches et vieilles de plusieurs millénaires, généralement
connues pour leur insistance sur les habitudes frugales et industrieuses, aussi
bien que pour leur persévérance et leur courage.
Les valeurs religieuses et culturelles, comme l'amour de la recherche
philosophique, de la contemplation, de la simplicité, du détachement,
du silence, de la non-violence, etc., sont considérées par les
peuples asiatiques comme de puissants atouts. Le sens profond de la religion,
l'amour de la famille, le respect de la vie, la compassion pour tous les êtres,
l'amour et la proximité de la nature, le respect des parents, des aînés
et des ancêtres, et le sens de la communauté sont d'autres sources
de force pour les peuples d'Asie.
La pluralité des religions a été un fait constant de
l'histoire en Asie. En dépit des tensions occasionnelles et même
des guerres, l'Asie a démontré un haut degré de tolérance
religieuse et de coexistence pacifique. Il y a eu en tout temps un dialogue
vital entre les religions, un sens de l'accommodation et un désir
d'enrichissement mutuel. En dépit du procès de modernisation et de
sécularisation, les religions asiatiques manifestent de la vitalité
et une capacité à se renouveler comme il apparaît dans des
mouvements de réforme. Ces groupes vont vers plus de concertation
maintenant que dans le passé. Il y a aussi des signes d'une soif profonde
pour les valeurs spirituelles connues par les peuples dans tous les chemins de
la vie, spécialement par les jeunes. Ce phénomène est aussi
accompagné par l'apparition de nouveaux mouvements religieux.
Une conscience asiatique grandissante
4. Le sens d'«être asiatique» grandit dans les peuples
d'Asie, résultant d'une prise de conscience partagée de la
richesse et de la variété des cultures de l'Asie, d'un héritage
religieux et culturel commun, de l'expérience vécue du
colonialisme, de la possession commune des valeurs religieuses, de l'héritage
asiatique de sagesse contenu dans les livres des grands fondateurs religieux,
des hommes réfléchis et des sages, comme par exemple de Confucius,
et des intérêts économiques mutuels.
Bien qu'ancienne, l'Asie est en même temps un continent très
jeune. Plus de 60% de la population est composée de jeunes. Ils
constituent l'espoir et l'avenir de l'Asie. Une nouvelle génération
de travailleurs compétents, de scientifiques, et de techniciens grandit
chaque jour et laisse augurer de bonnes choses pour le développement de
l'Asie.
À différents niveaux, les peuples d'Asie ont commencé à
travailler ensemble et à coopérer pour une Asie meilleure. Au
niveau gouvernemental, des groupements continentaux comme l'Association du
Sud-Est Asiatique (ASEAN), la Conférence Régionale Sud-Asiatique
(SARC) et d'autres associations économiques et culturelles de nations
contribuent déjà au progrès des peuples d'Asie. À
des niveaux non gouvernementaux, beaucoup d'initiatives privées sont en
train de faire progresser le sort des pauvres.
Même si les signes des temps sont parfois différents d'un pays à
l'autre en Asie, des modèles communs sont discernables partout. Dans
toute l'Asie, il y a une conscience du pouvoir des peuples pour changer les
structures injustes qui existent dans la société. On oeuvre pour
une plus grande justice sociale, pour une participation plus importante dans le
gouvernement et l'industrie, pour l'égalité des chances dans l'éducation
et le travail, ainsi que pour une juste participation aux ressources de la
nation. Les peuples deviennent de plus en plus conscients de leur dignité
et droits humains, de leurs droits légaux, etc. Les minorités
ethniques, sociales et culturelles longtemps assoupies, prennent conscience de
leur capacité à devenir des agents de changement de la société.
L'Esprit de Dieu est réellement à l'oeuvre dans la transformation
de la société en général, et, en particulier, dans
l'aspiration du peuple à la plénitude de vie.
Les autres aspects relatifs au continent asiatique, comme le développement
socio-économique, la situation politique et l'impact qui en résulte
sont plus difficiles à décrire.
ÉPREUVES ET LUTTES
Développement socio-économique
5. Dans le domaine du développement, les situations sur le continent
asiatique sont si diverses qu'elles défient toute classification sous une
seule catégorie. Quelques pays d'Asie sont extrêmement développés,
tandis que d'autres sont encore en phase de développement au moyen de
politiques économiques réalisables. En certains cas, un pareil développement
a coûté la perte des valeurs sociales et religieuses
traditionnelles. Cependant, quelques pays asiatiques ont pu adapter ces
principes à l'économie moderne et à la vie politique sans
effets contraires. Pourtant d'autres ont été moins heureux dans le
domaine du développement et restent parmi les quelques pays les plus
pauvres du monde. Dans le processus du développement, le matérialisme
et la sécularisation gagnent aussi du terrain, spécialement dans
les centres urbains. Ces idéologies qui détruisent les valeurs
sociales et religieuses traditionnelles, menacent les grandes cultures de l'Asie
avec un dommage incalculable.
Il ne faut pas sous-estimer l'impact des moyens de communication sociale
dans les changements rapides qui ont eu lieu dans le continent asiatique. Le
Pape Paul VI, voyant de loin ses effets, les décrivait comme un moyen de
transformation sociale très puissant.(2) Là où les mass-média
ont contribuées très positivement au développement dans
nombre de pays d'Asie, les effets bénéfiques peuvent parfois être
contrebalancés par le fait que ces moyens risquent d'être manipulés
par ceux qui y sont directement intéressés. En certains cas, les
mass-média sont contrôlées par de puissantes forces
politiques, économiques et idéologiques. Puisque les moyens de
communication sociale peuvent être quelques fois un moyen d'invasion
culturelle détruisant les valeurs religieuses et familiales
traditionnelles de l'Asie, l'éducation et la formation à leur
usage est très important.(3)
Certains éléments socio-économiques s'entrelacent
autour des éléments positifs qui inffluent sur le changement dans
le continent asiatique. En dépit de plusieurs décennies d'indépendance,
de plans économiques et d'un juste partage d'une bonne partie des
ressources naturelles et humaines, beaucoup de gouvernements asiatiques n'ont même
pas réussi à créer les conditions minimales de vie humaine
pour leurs peuples. Réfléchissant sur cette situation, le Pape
Jean-Paul II remarquait: «Je pense à l'exploitation des
travailleurs, à l'exclusion d'un grand nombre de gens des avantages d'une
société avancée, au manque de protection sociale, à
l'analphabétisme, à l'usage de la drogue et d'autres "paradis
artificiels", à la diffusion des jeux d'argent et de la violence, à
la corruption que l'on rencontre dans les grandes villes et aux conditions de
vie inhumaines que des millions de gens sont obligés de supporter dans
les banlieues surpeuplées des centres urbains».(4)
Plusieurs pays d'Asie sont pris dans le cercle vicieux de la malnutrition,
de la sous-nutrition, de l'explosion incontrôlée de la population
et de l'urbanisation non-planifiée avec tous les maux sociaux et moraux
qui l'accompagnent, en plus des problèmes politiques. Dans beaucoup de
pays asiatiques, plus de 50% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté.
Il y a, en Asie, un grand nombre d'handicapés physiques, d'aveugles, de
sourds et de maladies contagieuses.
Même si le respect pour les femmes, les liens de famille étroits,
le soin des personnes âgées et l'amour des enfants sont parmi les
valeurs culturelles de l'Asie profondément enracinées, certaines
femmes sont parfois traitées comme des êtres humains de seconde
classe, et souffrent de discrimination sous diverses formes. La prostitution féminine
organisée, et même celle d'enfants, augmente dans certaines régions
d'Asie. Une telle situation tragique semble s'accroître dans quelques
pays, avec quasiment l'approbation de la société en général
et le consentement des pouvoirs religieux et politiques.
Dans le même temps, il y a des millions de Dalits (de «marginalisés»)
qui, pendant des siècles et voire des millénaires, ont été
tenus économiquement, culturellement et politiquement en marge de la société.
En outre, des peuples indigènes et des tribus de toute l'Asie ont aussi vécu
depuis des temps immémoriaux, dans un isolement social, culturel et
politique par rapport à la majorité de la population. Cependant,
aux niveaux national, régional et international ces peuples obtiennent
une reconnaissance croissante.(5)
La situation politique
6. La situation politique sur le continent asiatique est aussi variée
que ses dimensions sociales et économiques. Beaucoup de teintes idéologiques
forment le spectre politique de l'Asie. Il y a des formes théocratiques
de gouvernement avec une religion officielle d'État, et des systèmes
légaux qui laissent peu d'espace à la liberté religieuse.
Quelques pays, bien que ne se déclarant pas ouvertement théocratiques,
réduisent les minorités, pour tous les aspects pratiques de la vie
quotidienne, à l'état de citoyens de seconde classe ayant peu de
considération pour leurs droits humains fondamentaux. Dans d'autres pays
d'Asie, la liberté religieuse est niée. Les croyants qui sont dans
cette situation sont regardés comme traîtres à leur pays;
ils subissent la persécution et doivent se cacher. Génocides, déportation
de populations à une grande échelle, imposition de cultures et de
règles étrangères, élimination ou suppression de
toutes les voix dissidentes ou critiques, ont été exercés
par quelques gouvernements. Dans certains cas, ce triste état de fait se
poursuit. Cette situation politique fait obstacle au développement intégral
de la personne, comme l'affirme le Pape Jean-Paul II: «Il fait obstacle au
développement humain intégral en exigeant une rupture, souvent
imposée par la force, avec les traditions, et inflige à un grand
nombre de personnes une grande souffrance, y compris la faim, par des plans économiques
qui manquent de réalisme et des priorités malencontreuses, telles
que de coûteux armements».(6)
Dans le même temps, beaucoup de pays en Asie se caractérisent
par une corruption endémique à tous les niveaux du gouvernement et
de la société. Il en résulte que les gens semblent être
sans aide, même pour s'élever contre les politiciens corrompus, les
représentants de justice, les administrateurs et les bureaucrates. Cette
situation se complique davantage par les divisions au sein du peuple. Dans de
nombreux cas, des organisations multinationales et nationales, des agences et
des entreprises industrielles tendent à se rejoindre pour créer un
progrès unilatéral dont les bénéfices n'atteignent
pas les pauvres. Ainsi, les pauvres stagnent dans leur pauvreté, ou même,
deviennent encore plus pauvres.
Ces facteurs conduisent inévitablement à des situations de
conflit comme on en est témoin en Asie au niveau régional,
national et international. Ces conflits ont pris des formes ethniques,
religieuses, politiques et économiques. Tous ces conflits retardent le développement
intégral et le progrès des peuples. Les plus affectés sont
les pauvres. En Asie, de tels combats ont eu pour résultat des millions
d'immigrés: travailleurs, réfugiés et demandeurs d'asile.
Ces personnes en quête de survie et de perspectives d'avenir ont souvent à
faire face à l'hostilité, la discrimination et un futur incertain.
Leurs liens familiaux sont souvent brisés, ce qui crée des problèmes
moraux et sociaux plus graves.
D'autre part, le développement non-planifié et incontrôlé
de beaucoup de pays en Asie conduit à un désastre écologique.
L'avidité et la gabegie dans l'exploitation des ressources naturelles par
des puissants en collusion avec des gouvernements, des bureaucrates, des
complexes industriels militaires, épuisent les précieuses
ressources naturelles desquelles dépendent les générations
présentes et futures.
Beaucoup de pays d'Asie sont grevés du lourd fardeau d'une dette
internationale qui détourne leur revenu national vers les intérêts
à verser pour la dette. Entre la médiocre gestion économique,
la corruption et les intérêts de la dette, il ne reste que peu de
moyens pour la croissance économique nationale et pour les services
sociaux dont on a grandement besoin.
La globalisation de l'économie et le processus de modernisation ne
prennent pas toujours en compte les besoins fondamentaux de la population. Dans
ce processus, les pauvres sont encore les laissés pour compte sur le
chemin d'une société plus égalitariste. Une telle situation
conduit aussi à un boulversement culturel, social et démographique.
RÉDEMPTION EN JÉSUS-CHRIST
7. Chacune des réalités de l'Asie sont des situations vivantes
et des contextes dans lesquels la mission salvifique de l'Église doit
s'accomplir. C'est dans cette même Asie avec ses ressources, ses
forces et ses défis que les disciples de Jésus-Christ sont
envoyés, de telle sorte que tous les peuples d'Asie puissent avoir la vie
et l'aient en abondance, c'est-à-dire, à la fois dans sa dimension
horizontale et transcendentale. Comme disciples de Jésus-Christ, les
membres de l'Église s'approchent de la situation asiatique avec la
puissance qui vient de la Croix du Christ. Jésus-Christ a porté
les fardeaux de tous les peuples de tous les temps. Il les a rachetés et
sanctifiés pour le salut de tous. Ceci est la source de la puissance et
de l'inspiration pour l'Église. Humblement, l'Église veut prendre
sur elle les fardeaux de la vie et les porter avec ses frères et soeurs,
et les faire racheter par Jésus- Christ à travers sa mort
salvatrice et sa résurrection.
La mort et la résurrection de Jésus-Christ remplit d'espoir et
de force le coeur de ses disciples en Asie pour qu'ils se renouvellent, et par là,
renouvellent le continent asiatique. L'Église en Asie, quoique numériquement
un petit troupeau, veut faire siennes les réalités, les
potentialités et les espoirs de l'Asie.(7) Dieu a envoyé son Fils
dans le monde pour qu'il puisse avoir la vie. L'Asie est une partie de ce «monde»
où il continue à être présent: «Ce Fils demeure
au coeur de l'histoire de l'humanité comme le Rédempteur. La Rédemption
imprègne toute l'histoire humaine, y compris celle qui se situe avant le
Christ, elle prépare l'avenir eschatologique de l'homme. Elle est cette
lumière qui "brille dans les ténèbres et que les ténèbres
ne parviennent pas à étouffer" (Jn 1,5). La puissance
de la Croix du Christ et de sa Résurrection est toujours plus grande que
tout le mal dont l'homme pourrait et devrait avoir peur».(8)
CHAPITRE II
ÉVANGÉLISATION EN ASIE
CHRISTIANISME EN ASIE
Les origines apostoliques
8. S. Paul écrivit aux Galates: «Mais quand vint la plénitude
des temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme, né sujet de la
Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer
l'adoption filiale» (Gal 4, 4-5). C'est en Asie que Jésus-Christ
est né selon la chair. C'est en Asie qu'il a prêché la Bonne
Nouvelle, qu'il a souffert, qu'il est mort, qu'il est ressuscité, qu'il a
envoyé le Saint-Esprit sur ses disciples, et les a envoyés aux
extrémités du monde proclamer la Bonne Nouvelle et réunir
les communautés de croyants.
L'histoire de l'évangélisation commença à Jérusalem
le jour de la Pentecôte. La première communauté chrétienne
s'est formée là. De Jérusalem, elle s'étendit à
Antioche. De là, elle s'étendit vers l'Ouest et vers l'Est.
Quelques-uns des premiers Conciles se tinrent en Asie. Plusieurs des grands Pères
de l'Église étaient des asiatiques. La plupart des premières
traditions liturgiques, des familles et des patriarchats ont leurs origines en
Asie. C'est en Asie que Pierre, Jacques et Jean et les autres Apôtres de Jésus
ont prêché l'Évangile et fondé les premières Églises
telles que les Églises de Jérusalem et d'Antioche.
Suivant la tradition, la Mésopotamie et la Babylonie furent évangélisées
par les Apôtres Barthélemy et Thomas. Une tradition semblable
soutient qu'après l'établissement de l'Église de Babylonie
(Chaldée), Barthélemy prit la route de terre vers le Sud-Ouest de
l'Inde et y prêcha l'Évangile. L'Apôtre Thomas prit la route
de la mer vers l'Inde du Sud et fonda l'Église sur la côte de
Malabar vers les années 50 après Jésus-Christ.
La tradition selon laquelle S. Thomas l'Apôtre fonda la communauté
chrétienne sur la côte des Malabars en Inde du Sud est beaucoup
plus probante que la tradition de Barthélemy. Bien qu'il n'y ait pas d'évidence
historique absolument convaincante, l'existence d'une communauté chrétienne
là-bas vers la fin du premier siècle, témoigne
favorablement en faveur de son historicité. D'ailleurs, leur liturgie,
leur langage liturgique, leur organisation ecclésiale, leur théologie
et leur spiritualité ont été largement influencées
par l'Église syriaque.
Expansion missionnaire
9. Le chrétienté syriaque a été un mouvement
missionnaire qui s'étendit non seulement en Asie du Sud, mais aussi à
travers l'Asie centrale jusqu'à la Chine. Entre le IVème siècle
et le VIIème siècle, luttant contre nombre d'obstacles géographiques
et politiques, ils portèrent l'Évangile dans la vaste région
du Turkistan, de la Mongolie et de la Chine. C'était réellement
une «Église en feu» avec un zèle missionnaire. La «stèle
de Hsianfu», monument de pierre découvert en 1625 en Chine du Nord
avec des écrits chinois et syriaques, donne un indice de la diffusion du
christianisme en Chine par les soins des missionnaires syriaques orientaux.
La plupart de ces premiers missionnaires et de ces évêques étaient
des moines; d'autres étaient des marchands et des chrétiens
ordinaires. Ils utilisaient la Bible pour éduquer les gens. Ils
employaient des symboles bouddhistes , confucianistes et taoïstes pour
exprimer leur foi chrétienne et ainsi, rendaient le message chrétien
intelligible aux hommes dans leurs cultures propres.
Au XIIIème siècle, un essai d'évangélisation de
l'Asie fut tenté par les franciscains. Le plus célèbre
missionnaire de cette époque fut Jean de Montecorvino en Chine. Il eut
pour successeur Jean de Marignoli qui passa par l'Inde et y établit
quelques communautés chrétiennes. Même si les communautés
fondées par les franciscains moururent finalement à cause des persécutions,
l'héroïsme des missionnaires ainsi que leur amour pour Jésus-
Christ et pour le peuple, sont dignes d'admiration et source d'inspiration.
MISSION CHRÉTIENNE MODERNE EN ASIE: XVIÈMEXVIIÈME
SIÈCLE
Témoignage missionnaire remarquable
10. Au XIIIème siècle, des navigateurs, des explorateurs, des
mercenaires, des commerçants et des compagnies de commerce furent guidés
par l'esprit d'exploration, le goût de l'aventure et le sens du profit.
Tout d'abord avec Marco Polo et avec Vasco de Gama (1498), ils débutèrent
une longue période d'exploration coloniale qui mis la plupart des pays
d'Asie sous la coupe coloniale du Portugal, de l'Espagne, de la Hollande, de la
France et de l'Angleterre. Ce fut aussi une période de grande entreprise
missionnaire. Avec l'éveil de l'expansion coloniale et l'établissement
de centres de commerce en Asie, les missionnaires commencèrent à
affluer dans nombre de parties de l'Asie. Ainsi les franciscains, les jésuites,
les dominicains, les augustiniens, les carmes et les théatins établirent
des maisons en Asie entre 1510 et 1640.
S. François-Xavier se détache comme le plus grand des
missionnaires modernes. Durant le court laps de temps de 10 ans, il fonda des Églises
le long de la côte de l'Ouest de l'Inde, de Goa au Cap Comorien, au Sri
Lanka, en la presqu'île malaise et finalement au Japon. Là, il
adopta des méthodes différentes de celles qu'il employait parmi
les pêcheurs de l'Inde du Sud. Sa sainteté transparente, son
activité infatigable, sa vie de prière et sa catéchèse
constante, constituaient les raisons de son succès comme missionnaire.
La voie missionnaire tracée par François-Xavier fut également
suivie en Asie, du XVIème au XVIIIème siècle, par des
missionnaires brillants, instruits et saints. Ainsi, Alexandre Valignano, Matteo
Ricci, Ferdinand Verbiest, Adam Schall, Bento de Gomes et Vincent Lebbe en Chine
et au Japon essayèrent d'entrer en dialogue avec les cultures et les
religions de ces pays, et essayèrent d'inculturer l'Évangile, la
liturgie et le langage théologique d'une manière qui leur soit
intelligible. Des efforts similaires furent faits en Inde par des missionnaires
aussi importants que Robert de Nobili, Constant Beschi et Jean de Britto, qui
cherchèrent à appliquer le christianisme au système des
castes prévalant en Inde. Quelque chose d'équivlalent fut fait par
Alexandre Rhodes au Vietnam.
D'autres efforts importants d'évangélisation furent ceux de
Rodolphe Aquaviva et de ses compagnons à la cour mongole d'Akbar. Bien
que ces essais aient échoué, leur portée pour l'avenir de
la mission ne peut pas être niée. Les entreprises de Joseph Vaz, un
prêtre oratorien indien, connu comme l'apôtre du Sri Lanka, firent
beaucoup pour l'implantation de la foi catholique en dépit de la persécution
des colons hollandais. Sa sainteté et l'originalité de ses méthodes
missionnaires étaient le secret de son succès.
L'évangélisation de la Corée fut lancée par
Pierre Ly, un laïc, et ses compagnons. De là, le christianisme en
Corée eut pour caractéristique d'être fondé par des
laïcs. Depuis ce temps, les laïcs ont joué un rôle très
important dans l'évangélisation du peuple coréen. Des
milliers d'hommes, de femmes et d'enfants portèrent témoignage de
leur foi à travers le martyr pendant les persécutions à
intervalle du XIIIème et XIXème siècle. De même, au
Japon la foi fut conservée vivante par des laïcs pendant des périodes
considérablement longues au cours des persécutions du XVIIème
au XIXème siècle. Des exemples similaires d'héroïsme
et de martyre sont multiples, même aujourd'hui, en Corée et dans
d'autres pays subissant la persécution.
Le plus grand succès de l'histoire de l'évangélisation
en Asie au cours de cette période est celle des Philippines. Le mérite
devrait en revenir tout d'abord aux missionnaires espagnols. Aujourd'hui, les
Philippines sont le seul pays en Asie où le catholicisme est prédominant,
comptant près de la moitié de la population catholique de l'Asie.
Difficultés et obstacles de la mission
11. Les efforts missionnaires modernes en Asie, comme toutes les autres
entreprises humaines, ont eu leur défauts et leurs obstacles. Le manque
de place nous empêche d'entrer dans les détails, les descriptions
des mérites ou des démérites des différents événements
et controverses. Et ceci ne peut pas être non plus l'occasion d'une évaluation
convenable de l'évangélisation globale de l'Asie. Ceci doit être
fait par chaque Église locale d'Asie. Mais dans une présentation
de ce genre, certains événements méritent d'être
rappelés.
En premier lieu le système du Patroado - patronage de la
mission par le gouvernement et le souverain portugais- avec ses droits
concernant l'érection des diocèses et les nominations ecclésiastiques,
bien que d'abord bien intentionné, devint plus un obstacle qu'une aide au
libre développement des tentatives missionnaires dans différentes
parties de l'Asie. La condamnation des audacieux efforts missionnaires quant à
l'inculturation, à l'adaptation et au dialogue mirent aussi fin à
un début très prometteur.
La suppression de la Compagnie de Jésus pendant environ quarante ans
priva les jeunes communautés chrétiennes d'Asie de soin pastoral
pendant un long laps de temps et retarda le progrès de l'évangélisation.
Quelquefois, les rivalités entre les instituts missionnaires, les ordres
religieux et les tendances nationalistes s'élevèrent comme un
obstacle au progrès de la mission comme les recommandations du Pape Benoît
XV l'ont clairement établi.(9) De la même façon, l'hésitation
de quelques missionnaires à promouvoir le clergé indigène
dans les premiers siècles de la mission en Asie, n'a pas aidé le
progrès de la mission.(10)
L'imposition de la juridiction de l'Église latine sur les chrétiens
de l'Église de S. Thomas en Inde du Sud, conduisit à la
malheureuse division en plusieurs Églises et causa des tensions entre l'Église
latine et l'Église syro-malabare. Ces divisions et ces tensions
inter-ecclésiales qui dans quelques cas se poursuivent encore
ont nuit au progrès de la mission en Inde et ailleurs.
Le grand siècle de la mission
12. Pour différentes raisons, la première période de la
mission chrétienne sembla se terminer par un échec presque total, à
l'exception des Philippines. Cependant, après les efforts missionnaires
du XVIème au XIXème siècle, un nouveau réveil et élan
missionnaire apparut à la fois en Asie et en Europe. De nombreuses Congrégations
religieuses à la mentalité missionnaire surgirent en Europe durant
les XIXème et XXème siècle. Plusieurs de ces congrégations
oeuvrent encore en Asie. Pendant la même période, un certain nombre
de Congrégations religieuses indigènes d'hommes et de femmes
furent fondées en Asie, et particulièrement en Inde et aux
Philippines.
Pendant le XIXème siècle, pour la première fois dans
l'histoire des missions, des femmes s'aventurèrent dans des pays
lointains en Asie pour porter témoignage au Christ et à son Évangile
et pour servir les pauvres, les orphelins, les handicapés, les lépreux,
etc. Elles devinrent ainsi une partie essentielle de la mission en Asie, spécialement
pour la préparation des catéchumènes et l'éducation
des enfants. La valeur de leur témoignage a été crucial
dans le progrès de l'évangélisation en Asie.
Beaucoup de facteurs tels que les grandes distances, le manque de
connaissance de tant de langues locales et de dialectes, des coutumes
populaires, etc. menèrent à la formation et au développement
de catéchètes pour l'évangélisation. Une grande
partie du succès de la mission en Asie doit être attribuée à
leurs efforts. Beaucoup d'entre eux ont été des exemples éclatants
de vie chrétienne et de sainteté.
Un bon nombre de séminaires se consacrèrent spécifiquement
à la formation de missionnaires et s'établirent tant en Europe
qu'en Asie. Le premier d'entre eux fut le séminaire de Propaganda
Fide fondé à Rome en 1628. Le séminaire de Kandi (Sri
Lanka) fut fondé en 1893 pour l'Asie du Sud. Le premier noviciat jésuite
fut ouvert en Inde en 1847. Le séminaire de Penang en Malaisie fut ouvert
durant la première moitié du XIXème siècle.
Vers la fin du XIXème siècle, l'évangélisation
progressa dans plusieurs parties de l'Asie. Pendant cette période,
Constant Lieven et ses compagnons jésuites obtinrent la conversion en
masse des Adivasis de la zone de Chotanagpur en Inde centrale. Cette jeune Église
compte actuellement environ deux millions de catholiques.
Événements significatifs
13. Le rétablissement de la hiérarchie syro-malabare par le
Pape Léon XIII est un événement important dans la vie de l'Église
tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Inde, parce
qu'un très grand nombre de missionnaires et de religieux opérant
en des diocèses latins de l'Inde proviennent de cette Église.
Nombre de prêtres et de religieux ayant leur ministère dans des
pays d'Asie et d'Afrique proviennent aussi de cette Église. En outre, un
grand nombre de travailleurs migrants appartenant à cette Église
est présent dans toute l'Inde et les États du Golfe.
Cette période, dans l'histoire de la mission chrétienne en
Asie coïncide avec les mouvements d'indépendance dans toute l'Asie.
Dans la plupart des pays asiatiques, l'Église s'est accrue numériquement
pendant cette période, et est devenue, en certains lieux, une minorité
ayant une influence notable. Ces Églises se sont investies principalement
dans les domaines de l'éducation, du développement des programmes
de santé et des oeuvres de charité.
L'Église en Indonésie, qui a commencé avec l'apostolat
de S. François-Xavier, a fait des progrès impressionnants pendant
les cent dernières années à cause des efforts missionnaires
significatifs des Pères du Verbe Divin. L'Indonésie a un grand
nombre de laïcs bien instruits et bien formés, un beau réseau
d'écoles, d'universités, et une presse qui recueille beaucoup
d'attention dans le pays.
La Corée du Sud a témoigné d'un extraordinaire
mouvement de conversion à l'Église durant les dernières décennies
à tous les niveaux de la société. Bien que le mouvement se
soit ralenti, il se poursuit encore. Un mouvement similaire de conversion a eu
lieu au Sud-Vietnam en dépit de la prise de pouvoir du communisme en
1975.
Au Nord-est de l'Inde, pendant les cent dernières années, le
mouvement de conversion qui a débuté avec l'arrivée des
premiers missionnaires salvatoriens a été poursuivi principalement
par les salésiens de Don Bosco. On compte aujourd'hui environ un million
de chrétiens en ce lieu, et leur nombre croît rapidement.
La prise de pouvoir du communisme en Chine a conduit à une persécution
renouvelée et à l'exode de nombreux catholiques du continent vers
Taiwan et ailleurs. Un exode semblable sur une large échelle a eu lieu de
la Corée du Nord vers la Corée du Sud, et du Nord-Vietnam vers le
Sud- Vietnam. Au Cambodge, la plupart des catholiques a péri dans le génocide
effrayant sous le régime des Khmers rouges.
Selon les estimations, il y a près d'un million d'ouvriers
catholiques migrants dans les États du Golfe, la plupart provenant de
l'Inde et des Philippines. La liberté religieuse de ce groupe est sévèrement
restreinte.
Les années de l'après-concile ont été marquées
par un changement dramatique dans la compréhension de la mission, de sa méthode
et de la plupart de ses comportements. Les incertitudes théologiques de
Vatican II se sentent dans les incertitudes missiologiques. Celles-ci, à
leur tour, se reflètent dans le champ concret de la mission. Est-ce que
la mission consiste à annoncer Jésus-Christ et à rassembler
des communautés chrétiennes? Est- ce la promotion du Royaume de
Dieu et de ses valeurs de Justice et de Paix? Est-ce l'inculturation? Est-ce une
promotion humaine et la libération? Et si ce sont toutes ces choses
ensemble, quelle est la principale? D'autres questions théologiques et
christologiques, telles que le salut des adeptes d'autres religions et leur
relation à Jésus-Christ et à son Église, sont
actuellement débattues par les missiologues et les missionnaires.
LEÇONS APPRISES DE L'HISTOIRE DE LA MISSION EN ASIE
Contributions significatives
14. L'histoire de la mission catholique en Asie serait incomplète
sans une brève mention de la contribution de la Congrégation de
Propaganda Fide appelée aujourd'hui Congrégation pour l'Évangélisation
des Peuples. Pendant près de cinq siècles d'évangélisation
en Asie Propaganda Fide a fortement soutenu la promotion du clergé
indigène à travers des documents variés, des décrets
et des recommandations. Elle a encouragé la nomination de membres du
clergé indigène comme évêques et la création
de nombreux nouveaux diocèses. Elle a aussi encouragé
l'implantation de séminaires et de congrégations religieuses.
C'est aussi cette même Congrégation qui a demandé aux congrégations
religieuses de prendre en charge des territoires de mission pour l'évangélisation.
Beaucoup de Papes ont manifesté un intérêt personnel
pour l'oeuvre de l'évangélisation en Asie. Ceci se reflète
spécialement dans une série d'encycliques missionnaires et de
documents sur la théologie de la mission, ses méthodes, ses
relations oecuméniques, la relation du Christianisme avec les religions
présentes à l'échelon mondial, la relation entre la mission
et la justice sociale, le développement humain, la libération et
la promotion.(11) Le premier de ceux-ci fut Maximum illud qui a été
appelée la grande charte de la mission catholique moderne. Fidei
donum de Pie XII a stimulé la croissance des sociétés
missionnaires en Asie et un mouvement missionnaire de ces jeunes Églises
vers d'autres pays.
La mission de l'Église et son activité missionnaire sont le
travail de l'Esprit Saint qui est son agent transcendant.(12) En même
temps, c'est aussi une entreprise humaine. Comme n'importe quelle autre
entreprise humaine, elle a eu ses limites et ses échecs. Donc, la mission
est semper reformanda, autrement dit, elle doit toujours se renouveler
et se réformer pour s'adapter aux temps et aux besoins des peuples. Un
tel processus exige un examen de conscience, un repentir pour les erreurs du
passé et un renouveau pour la mission du Christ dans le Troisième
Millénaire. Il faut aussi rendre grâce à Dieu pour ce qui a été
accompli dans le passé par les missionnaires, tant étrangers que
locaux.
À part quelques exceptions, l'Église en Asie est
principalement le résultat des sacrifices héroïques, de la
sainteté et du zèle des missionnaires des temps passés.
Aujourd'hui, dans presque tous les pays d'Asie, l'Église est présente
et peut donner le témoignage de Jésus-Christ. Les jeunes Églises
d'Asie sont devenues majeures avec leurs propres hiérarchies, leur clergé,
leurs religieux et leur laïcat. Elles ont aussi les structures nécessaires
telles que les séminaires, les centres de formation, les centres de
pastorale, les instituts de théologie, les revues théologiques,
une formation qualifiée et un personnel enseignant. Elles ont une présence
significative dans les mass- médias avec un bon nombre d'hebdomadaires et
même de quotidiens dans quelques pays. Il y a un relativement bon nombre
de vocations aux ministères variés de l'Église. Les
structures continentales pour les évêques d'Asie, comme la Fédération
des Conférences des Évêques d'Asie (FABC), et d'autres pour
les religieux en Asie, comme l'Asian Meeting of Religious (AMOR), réunissent
ces Églises particulières d'Asie et les aident à coordonner
leurs activités missionnaires et pastorales.
Signes positifs pour l'avenir
15. Vatican II a été, et est encore, une grande source de
renouveau dans les Églises particulières asiatiques. Des événements
ecclésiaux d'importance majeure en Asie, tels que les Congrès
eucharistiques internationaux et les visites du Pape Paul VI et Jean-Paul II ont
été des moments significatifs qui ont stimulé la croissance
de l'Église en Asie.
Il y a aussi beaucoup de signes positifs pour la mission en Asie. Le laïcat
et sa formation font l'objet d'une plus grande attention aujourd'hui. Ceci
signifie aussi que les Églises locales deviennent plus conscientes de
leur vocation missionnaire et de leur responsabilité. Beaucoup de
nouveaux domaines de la mission, tels que la vie en Ashram sont sous expérimentation.
Ainsi, un bon nombre d'Ashrams ont surgi en Asie, spécialement en
Inde, au Japon et aux Philippines sous des noms et des structures variés.
Ils sont devenus des centres de dialogue, d'inculturation, de spiritualité
asiatique, de contemplation, d'expérience de Dieu, de partage d'expérience
spirituelle et de contact avec les adeptes d'autres religions. Les Églises
particulières d'Asie sont maintenant profondément enracinées
dans l'oeuvre de la promotion humaine et de la libération. Elles
soutiennent les réfugiés, les migrants, les couches sociales
opprimées, les tribus et les prolétaires. Elles promeuvent et défendent
les droits légaux des minorités et des marginalisés comme
faisant partie de la mission de l'Église.
Un signe important que les Églises locales deviennent maintenant des «Églises
qui envoient des missionnaires» au lieu d'être exclusivement ou
presque des «Églises qui reçoivent des missionnaires»,
est la naissance de nouvelles Sociétés missionnaires asiatiques.
Durant les quatre premiers siècles de la mission en Asie, les agents de
la mission étaient principalement des membres d'ordres religieux de congrégations
et d'instituts missionnaires. Aujourd'hui, les Églises locales d'Asie ont
de nombreux instituts missionnaires asiatiques. La Société des
missions étrangères des Philippines, la Société
missionnaire de S. Thomas et les Hérauts de la Bonne Nouvelle en Inde, la
Société missionnaire coréenne et la Société
missionnaire thaï sont des exemples d'Églises locales devenant des «Églises
en mission».
L'Église en Asie, bien que «petit troupeau», est appelée
à être le levain parmi les peuples d'autres religions et de
traditions séculaires. Sa source d'inspiration et sa puissance est le
Seigneur crucifié et ressuscité et le don de son Esprit Saint.
Toute réalité asiatique est un défi et une opportunité
à transformer par la mission d'amour et de service de l'Église
pour la vie dans toute sa plénitude.
CHAPITRE III
LE DESSIN DE DIEU DANS L'HISTOIRE
L'ESPRIT DE DIEU DANS LA CRÉATION
16. L'ensemble de la création a son origine en Dieu. L'auteur sacré
commence à juste raison son récit de la création par les
mots: «Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre» (Gn
1, 1). Ce n'est pas tant la chronologie de l'univers ni l'histoire de l'humanité
qu'il avait à l'esprit, que la théologie et l'eschatologie de
toutes choses comme la base de la propre révélation progressive du
salut et d'une communication personnelle de Dieu à l'humanité. En
même temps, Dieu a ordonné toutes choses pour partager sa gloire,
sa vérité, sa bonté et son harmonie avec toutes les créatures,
mais d'une manière unique avec l'humanité. Cette action divine est
un effet de l'infinie sagesse de Dieu et de sa bonté: «Par une
disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté,
le Père éternel a créé l'univers. Il a voulu élever
les hommes jusqu'au partage de la vie divine».(13) Il est dit que la gloire
de Dieu est le but de la création. Mais en réalité, la
gloire divine consiste à partager sa vie avec l'humanité. S. Irénée
dit: «La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant».(14) Un passage de S.
Bonaventure exprime bien cela: «Dieu créa toutes choses non pas pour
accroître sa gloire mais pour la manifester et la communiquer».(15)
Le dernier but de la création est la gloire de Dieu, dans la mesure où
elle est partagée par les hommes, de telle sorte que Dieu soit tout en
tous.
Le récit la Genèse de la création de l'univers et de
l'homme sert d'introduction aux Écritures dans le but d'exprimer et de définir
les dimensions religieuses essentielles de la personne humaine, c'est à
dire son origine, sa destinée, sa nature, son image transcendante, le
besoin existentiel de Dieu pour être vraiment homme, la bonté
essentielle de toute créature, la vocation de la réalisation de
soi en Dieu, la désobéissance à Dieu, et la bonté
essentielle de toute créature, le mystère du péché
et du mal dans le monde, le drame stupéfiant de l'ignorance religieuse et
morale, le rejet par l'homme du plan salvifique de Dieu, l'origine de la
souffrance, la souffrance et la mort, et l'aspiration personnelle à la plénitude
de vie, de vérité et d'harmonie.(16) Les premiers chapitres de la
Genèse sont vraiment un grand drame en même temps qu'un exposé
profond, théologique, spirituel et anthropologique qui explique l'origine
de l'humanité, sa situation présente et sa vocation dernière.
TOUCHÉ PAR L'ESPRIT TRANSCENDANT DE DIEU
Une anthropologie chrétienne
17. Toute l'activité créatrice et salvifique du monde provient
du Dieu Un. C'est seulement par l'appropriation qu'une activité particulière
est attribuée à l'une des Trois Personnes divines dans la lumière
de la révélation du Nouveau Testament. De là, partout où
l'Esprit de Dieu est présent, on comprend que le Logos est aussi
présent.
Toutes les personnes sont essentiellement et essentiellement touchées
par l'Esprit transcendant de Dieu. Elles sont en constante recherche,
interrogation et ont un ardent désir de la plénitude de vie.
L'Esprit de Dieu les pousse et les conduit à la communion avec lui. De ce
point de vue, le Pape Jean-Paul II dit: «L'Esprit est donc à
l'origine même de l'interrogation existentielle et religieuse de l'homme
qui ne naît pas seulement de conditions contingentes mais aussi de la
structure même de son être».(17)
L'Esprit de Dieu, donc, est montré comme agissant dès
l'origine de la création, faisant surgir l'ordre, l'harmonie et la beauté
à partir du chaos (cf. Gn 1, 1 sq.). Le domaine de son activité
est l'ensemble de la Création et particulièrement la famille
humaine. La manifestation spécifique et historique de l'activité
salvifique de l'Esprit en Israël et dans la pratique chrétienne ne
fait que poursuivre et perfectionner l'oeuvre créatrice-salvifique des
origines.(18) L'Esprit a jeté la semence de la vérité
salvifique et de la grâce parmi tous les peuples, leurs cultures, leurs
philosophies et leurs religions comme l'enseigne Vatican II: «Il a répandu
sur nous sans compter sa miséricorde et ne cesse de la répandre,
en sorte que lui, qui est le créateur de tous les êtres, devienne
enfin "tout en tous"».(19)
Les profonds désirs du coeur
18. L'activité salvifique de l'Esprit est en quelque manière
présente dans les différentes religions et philosophies du
continent asiatique à travers lesquelles les peuples de toutes croyances
ont trouvé leur chemin vers Dieu. L'Église veut respecter et bâtir
sur cette présence salvifique de l'Esprit de Dieu parmi les peuples de
l'Asie. De ce point de vue, le Pape Jean-Paul II a dit: «L'approche de l'Église
envers les autres religions est dictée par un double respect: respect
pour l'homme dans sa quête de réponses aux questions les plus
profondes de sa vie, et respect pour l'action du Saint Esprit dans l'homme».(20)
Le désir et la recherche de l'accomplissement, de la libération
et de la plénitude de vie n'ont pas été mieux exprimés
que dans certaines prières traditionnelles si familières aux
asiatiques. Le Pape Paul VI a cité une de ces prières lors d'une
visite au continent asiatique:
«De l'irréel, conduis-moi au réel; De l'obscurité,
conduis-moi à la lumière; De la mort, conduis-moi à
l'immortalité (Br 1, 3, 28)».(21)
Le désir humain de la vie et de la plénitude, de l'amour et de
la communion rend possible aux personnes d'accepter la communication personnelle
de Dieu non seulement dans la Création mais aussi dans l'histoire quand
Dieu choisit de se révéler et de se communiquer comme leur Voie,
leur Vérité et leur Vie (cf. Jn 14, 6).
Le désir de Dieu et de plénitude de vie qu'a l'homme est
constamment frustré par le péché. Bien que créé
à l'image de Dieu, les personnes ne reconnaissent pas toujours et
n'aiment pas leur Créateur et n'obéissent pas à ses
commandements inscrits dans leur conscience. Le récit du péché
originel illustre la présence du mal sous quelques formes dans le monde
depuis le commencement, quelque désaccord radical, une rupture ou une déviation
existentielle, quelque ignorance coupable de l'humanité depuis son
origine et une inexplicable insubordination au plan salvifique de Dieu.
LE PLAN DU SALUT DE DIEU DANS L'HISTOIRE
L'Esprit de Dieu à l'oeuvre
19. En dépit de la présence du péché, reconnu
comme la racine de la condition présente de l'humanité, les
personnes ne sont pas laissées sans les rayons de la vérité
de Dieu et la grâce salvifique: «Lui-même donne à tous
la vie et le souffle et toutes choses».(22) «En lui nous avons la vie,
le mouvement et l'être [...] nous sommes aussi de sa race» (Ac
17, 25-28). Le Concile Oecuménique Vatican II enseigne: «Sans arrêt,
il montra sa sollicitude pour le genre humain, afin de donner la vie éternelle
à tous ceux qui par la constance dans le bien cherchent le salut».(23)
Les semences de la Parole cachées parmi les nations ou manifestement
connues, les richesses spirituelles qu'il a communiqué aux nations,(24)
et les éléments de vérité et de grâce qu'il a
accordés aux peuples(25) sont tous des moyens de salut pour tous les
peuples, et c'est à travers ceux-ci que l'Esprit de Dieu les conduit au
salut.
La révélation salvifique et le salut de Dieu ne sont pas restés
un «ensemble vague et incertain de vérités religieuses, à
l'origine venant de Dieu, mais s'égarant sans la sanction du miracle, ou
sans un lieu fixe comme des pèlerins voyageant de partout dans le monde».(26)
Elle n'est pas restée un mystère caché. Elle trouve une
expression concrète dans la continuité de l'histoire du salut.
C'est le même Esprit de Dieu à l'oeuvre de la création et
dans le monde «pécheur» des hommes qui a révélé
Jésus-Christ, lorsqu'il est venu. Une telle révélation de
salut n'est pas une addition accidentelle à l'action salvifique de
l'Esprit de Dieu dans le monde, mais son achèvement et son
authentification. Le péché ne pouvait pas pour toujours faire échouer
le plan de Dieu dans la création d'êtres humains à sa propre
image. Dieu a continué son oeuvre créatrice jusqu'à ce que
le nouvel Adam, Jésus-Christ, soit révélé à
l'humanité.
La mission de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, doit être placée
dans le contexte de la volonté salvifique universelle de Dieu à
l'oeuvre dans le monde depuis le commencement. Ainsi les Pères de l'Église
ont parlé de l'Esprit précédant, accompagnant et suivant la
mission de Jésus-Christ dans l'histoire. Et l'Esprit précède,
accompagne et suit la mission de Jésus parce qu'il n'y a qu'un seul plan
de salut, à savoir la participation à la vie trinitaire de Dieu.
Le Père a commencé ce dessein de salut déjà dans la
création par la mission de l'Esprit et le logos, il l'a continuée
dans la mission de Jésus- Christ qui était accompagné de
l'Esprit.
L'Incarnation du Fils a eu lieu sous la puissance du Saint-Esprit (cf.Mt
1, 18). Jésus est oint par l'Esprit de Dieu dans le Jourdain, et conduit à
son expérience du désert. Jésus est oint par l'Esprit et
commence son ministère salvifique en paroles et en actions dans la
puissance de l'Esprit. Le ministère public d'annonce du Règne de
Dieu, d'enseignement, de guérison et de restauration de la multitude et
la vie de ceux qui étaient malades était fait sous la puissance de
l'Esprit. Les Actes disent: «Vous savez ce qui s'est passé dans
toute la Judée: Jésus de Nazareth, ses débuts en Galilée,
après le baptême proclamé par Jean: comment Dieu l'a oint de
l'Esprit Saint et de puissance, lui qui a passé en faisant le bien et en
guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du
diable, car Dieu était avec lui» (Ac 10, 37-38).
La révélation salvifique de Dieu trouve son accomplissement
dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Sa mort sur la
Croix fut un sacrifice offert dans l'Esprit comme la Lettre aux Hébreux
nous le dit: «Combien plus le sang du Christ, qui par un Esprit éternel
s'est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il notre
conscience des oeuvres mortes pour que nous rendions un culte au Dieu vivant»
(Hb 9, 14).
La mission de Jésus et de l'Esprit
20. Un des effets de la vie et de la mort salvifique de Jésus fut le
don de l'Esprit Saint à ses disciples. Le jour de sa Résurrection,
Jésus se tint au milieu de ses disciples et leur insuffla le Saint-Esprit
en disant: «Recevez l'Esprit Saint» (Jn 20, 22). À
partir de ce jour de la Pentecôte, l'Esprit poursuit l'oeuvre salvifique
de Jésus dans l'Église. L'Esprit fut déversé sur les
disciples pour continuer l'action salvifique de Jésus, en rendant présent
sa Parole et sa mort et sa résurrection salvifiques dans les sacrements
de l'Église de sorte que les gens de tout temps et de tout lieux puissent
participer au mystère Pascal de Jésus. La tâche de l'Esprit
est de modeler tous les peuples à l'image de Jésus-Christ dans son
obéissance à la volonté du Père, et ainsi de recréer
l'image de Dieu dans les personnes de telle sorte qu'elles puissent trouver la
plénitude de communion avec Dieu.
En ceci, il y a un cycle salvifique et non des parallèles
salvifiques: le Père envoyant le Logos et l'Esprit dans la création
et ensuite à Israël, et le même Esprit accompagnant la vie, la
mort et la résurrection de Jésus. Jésus, à son tour,
envoie le même Esprit sur ses disciples dans un acte salvifique définitif.
L'Esprit est à l'oeuvre dans l'annonce de Jésus-Christ, recréant
chaque personne dans la ressemblance à Jésus-Christ de sorte que
tous puissent partager la vie du Père, du Fils et de l'Esprit.
La présence de l'Esprit dans la création et dans l'histoire
humaine n'était pas une fin en elle-même, isolée de la
mission de Jésus-Christ. La présence salvifique de l'Esprit dans
l'humanité était de conduire tous les peuples à la pleine
participation de la vie de Dieu en Jésus-Christ, son Fils. Toute
l'activité divine créatrice, salvifique et sanctifiante
est toujours l'activité de la Sainte Trinité, le Père, le
Fils et l'Esprit. C'est seulement par appropriation qu'une activité
particulière peut être attribuée à une personne de la
Trinité ou à une autre. Ainsi, partout où l'Esprit est présent,
le Logos est aussi présent. Mais cette présence salvifique
secrète est maintenant rendue manifeste en Jésus-Christ et son Église
comme S. Paul le dit: «Ce mystère resté caché depuis
les siècles et les générations et qui maintenant vient d'être
manifesté à ses saints» (Col 1, 26). Comme ministre
dans le plan divin de Dieu, S. Paul devait prêcher afin «qu'ils aient
maintenant connaissance, par le moyen de l'Église, de la sagesse infinie
de Dieu» (Ep 3, 10).
Les Pères de l'Église s'opposèrent à une
division de l'économie du salut en trois époques et sous la
direction d'une seule des trois personnes divines. Toutes les trois sont impliquées,
disent-ils, dans chacune et dans toutes les opérations divines.(27) On
peut conclure que la présence salvifique de l'Esprit parmi les peuples
d'Asie avec ses dons multiples a pour but de les conduire tous à Jésus-Christ
et de les rendre conformes à son image.
PAR L'ESPRIT VERS LE CHRIST, PLÉNITUDE DE VIE
21. D'une part, il peut y avoir lieu de se réjouir pour n'importe
quelle vérité de salut et de grâce que l'Esprit a accordée
aux peuples asiatiques dans leur sens profond de la religion, des philosophies
et des cultures, comme le Pape Jean-Paul II le dit: «Il faut accueillir
toutes les formes de la présence de l'Esprit avec respect et
reconnaissance».(28) Ces manifestations de l'Esprit sont abordées
avec grand respect. D'autre part, il faut admettre que l'Esprit est présent
dans tous les peuples dans le but de les conduire à Jésus- Christ.
Le résultat est que l'Église a proclamé Jésus-Christ
et continue de le faire de telle sorte que tous les peuples d'Asie puissent
recevoir de Lui la plénitude de l'Esprit et arriver à la plénitude
du salut, qui est la participation à la vie du Dieu Trinitaire.
La mission du Logos et de l'Esprit dans l'histoire de l'humanité
et de ses religions, loin de vanifier ou marginaliser de quelque manière
que ce soit la mission de Jésus-Christ, est précisément de
conduire à Jésus-Christ. Le Pape Jean-Paul II le dit dans les
termes suivants: «Il ne se substitue donc pas au Christ, et il ne remplit
pas une sorte de vide, comme, suivant une hypothèse parfois avancée,
il en existerait entre le Christ et le Logos».(29) Les «semences
du Verbe» jetées par l'Esprit mûrissent pour la vie éternelle
à travers le Verbe incarné, crucifié et ressuscité.
La mission de l'Esprit et le Verbe dans l'histoire constituent une unique
mission. La volonté salvifique universelle de Dieu et la volonté
particulière de Dieu révélées en Jésus-Christ
se complètent. S'il n'y avait pas l'universel, les êtres ne
seraient pas capables de recevoir le particulier, et si le particulier n'était
pas là, le général n'aurait pas de substance ou de crédibilité.
Le plan universel de Dieu pour le salut et la plénitude de vie ont
une forme concrète et une forme humaine dans l'incarnation de son Fils, Jésus-
Christ. Le Concile Oecuménique Vatican II avait ceci présent à
l'esprit quand il déclarait: «Ce dessein universel de Dieu pour le
salut du genre humain ne se réalise pas seulement d'une manière
pour ainsi dire secrète dans l'âme des hommes, ou encore par des
initiatives, même religieuses, au moyen desquelles ils cherchent Dieu de
bien des manières [...] ces initiatives ont besoin d'être éclairées
et redressées [...] Dieu a décidé d'entrer dans l'histoire
humaine d'une façon nouvelle et définitive, en envoyant son Fils
dans notre chair».(30)
Tout ceci est très vrai dans la situation asiatique. C'est pourquoi
l'Église en Asie doit, et veut proclamer Jésus-Christ à ses
frères et soeurs dans le continent de telle sorte qu'ils puissent être
enrichis par les inépuisables richesses de Jésus-Christ. À
son tour, l'Église sera enrichie par les profondes semences de vérité
et de bonté présentes parmi eux à travers le dialogue. À
ce propos, le Pape Jean-Paul II a déclaré: «En réalité,
c'est toujours l'Esprit qui agit quand il vivifie l'Église et la pousse à
annoncer le Christ, ou quand il répand et fait croître ses dons en
tous les hommes et en tous les peuples, amenant l'Église à les découvrir,
à les promouvoir et à les recevoir par le dialogue».(31)
CHAPITRE IV
JÉSUS-CHRIST, LA BONNE NOUVELLE DE DIEU DU SALUT POUR TOUS
LA PERSONNE DU CHRIST
Plénitude et plénitude de vie
22. Jésus-Christ est la Bonne Nouvelle du salut de Dieu au monde
entier. La foi enseigne que Dieu L'a envoyé dans le monde pour sauver
l'humanité et qu'il est vraiment le Fils de Dieu. Il est venu pour que
tous les peuples puissent avoir la vie et l'avoir en abondance. Il est venu de
Dieu. Mais Il est venu aussi du continent asiatique. Il a fait l'expérience
des conditions et de réalités asiatiques. Il est né pauvre
dans une étable. Il fut un réfugié en Afrique. Sa vie fut
constamment menacée depuis son tout début. Il vécu du
travail de ses mains. Il passa en faisant le bien. Il était un messager
itinérant de Dieu, proclamant le Règne de Dieu, un règne de
paix entre Dieu et tous les êtres humains.
La foi proclame que Jésus-Christ est la plénitude de vie, de vérité
et de bonté. Tous les espoirs et les désirs du coeur humain
trouvent leur accomplissement en Lui. Toutes les aspirations spirituelles à
la guérison et à la plénitude, à la liberté
et à la justice, à la dignité humaine et à l'amour
trouvent leur accomplissement en Lui. C'est également en Lui que se réalisent
la quête de la libération finale, l'accomplissement et la libération
de tous les genres d'ignorance, la libération du péché et
la libération de tout égoïsme, qui est la source de tout péché
et de tout mal dans le monde. Il accomplit tout ceci par le don parfait de lui-même
à Dieu le Père dans sa kénose ou en «se vidant de
lui-même» par obéissance, même jusqu'à la mort.
La résurrection de Jésus est la garantie que Dieu a mis son sceau
sur la mission de Jésus-Christ envers l'humanité, une mission de Rédemption
et de salut pour tous les peuples du monde. Le Pape Jean-Paul II nous enseigne
que: «Dans cette Parole définitive de sa Révélation,
Dieu s'est fait connaître en plénitude: il a dit à l'humanité
qui il est. Et cette Révélation définitive que Dieu
fait de lui-même est la raison fondamentale pour laquelle l'Église
est missionnaire par sa nature. Elle ne peut pas ne pas proclamer l'Évangile,
c'est-à-dire la plénitude de la vérité que Dieu nous
a fait connaître sur lui- même».(32)
Jésus-Christ n'est pas seulement la plénitude de la Révélation
de Dieu, mais aussi la plénitude de la révélation pour
chaque personne. La plénitude de la divinité était heureuse
d'habiter en Lui comme dit S. Paul: «Car Dieu s'est plu à faire
habiter en lui toute la Plénitude et par lui à réconcilier
tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en
faisant la paix par le sang de sa croix» (Col 1, 19-20). En Lui,
l'humanité atteint son expression la plus haute possible. Jésus-Christ
est la définition nouvelle, définitive et parfaite de ce que
chaque personne est. Dans ce sens, il est la plénitude de la révélation
de l'homme aussi, comme le Concile OecuméniqueVatican II l'a très
justement dit: «Telle est la qualité et la grandeur du mystère
de l'homme, ce mystère que la Révélation chrétienne
fait briller aux yeux des croyants. C'est donc par le Christ et dans le Christ
que s'éclaire l'énigme de la souffrance et de la mort qui, hors de
son Évangile, nous écrase».(33) Le Pape Jean-Paul II réitère
le fait que le sens définitif de l'homme devient clair en Jésus-Christ,
sa mort et sa résurrection dans les termes suivants: «Le Christ Rédempteur
révèle pleinement l'homme à lui-même [...] L'homme
qui veut se comprendre lui-même jusqu'au fond [...] doit s'approcher du
Christ [...] La Rédemption réalisée au moyen de la Croix a
définitivement redonné à l'homme sa dignité et le
sens de son existence dans le monde».(34)
Jésus-Christ: le Seul et l'Unique Sauveur
23. Jésus-Christ est le Fils de Dieu envoyé par le Père
pour apporter la vie et la plénitude à l'humanité. Le terme
traditionnel de cet acte est «Rédemption». Jésus est la
sagesse de Dieu pour le salut humain comme nous le dit S. Paul: «nous
proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie
pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs,
c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu» (1 Cor 1,
23- 24).
Suivant la Révélation chrétienne, Jésus-Christ
est la voie, la vérité et la vie. En d'autres termes, tout le
salut vient de Lui, passe par Lui et est en Lui. Lui seul est le médiateur.
Ceci ne doit pas être un obstacle à d'autres voies de médiation
de salut: «La médiation unique et universelle du Christ, loin d'être
un obstacle sur le chemin qui conduit vers Dieu, est la voie tracée par
Dieu lui-même».(35) La médiation de salut par Jésus-Christ
n'exclue pas que d'autres formes de médiations, de degrés et de
formes différentes, participent de Sa seule et unique médiation.
Ainsi, dans cette perspective, elles acquièrent un nouveau sens et une
nouvelle valeur. Mais il faut en même temps soutenir qu'elles ne sont pas
une médiation parallèle ou complémentaire de la sienne.(36)
Différentes christologies contemporaines ont une valeur positive:
elles aident à relire les Évangiles et le Nouveau Testament et à
les appliquer au présent. Ces christologies cherchent à prendre en
compte les implications sociales de l'Évangile de Jésus-Christ. Là
où une telle relecture de l'Évangile peut conduire à
détruire n'importe quelle léthargie spirituelle et sociale, ou
autosatisfaction ou complaisance dans la présentation de la personne du
Christ, la re-écriture des Évangiles basée sur un
programme social, politique et culturel est une injustice à la foi.
L'histoire enseigne que de telles relectures sont vite écartées
avec les idéologies qui les inspirent. Les Évangiles ont besoin d'être
relus avec les Apôtres, l'Église primitive, le Magistère de
l'Église, les cultures et les peuples du continent asiatique, mais jamais
unilatéralement.
Un tel problème existe bien en Asie aujourd'hui comme le reconnaît
la Fédération des Conférences des Évêques
d'Asie dans ses documents. Par exemple, l'introduction aux Documents de la Fédération
des Conférences des Évêques d'Asie (FABC) de 1970 à
1991 dit que ce n'est pas un secret que des questions radicales avaient été
soulevées au sujet de l'unicité de Jésus- Christ dans
l'histoire du salut et du soi-disant «mythe de l'unicité chrétienne».(37)
Ceci a été traité à nouveau dans la Cinquième
Assemblée plénière du FABC: «Ces théologiens
sont peut être une minorité, mais ils sont une minorité qui
fait du bruit. L'inspiration intérieure, la ligne de force et la
motivation pour la mission chrétienne qui sont inséparablement
reliées à l'affirmation de l'unicité et la centralité
du Christ comme Sauveur doivent être sauvegardées».(38)
Adapter la foi chrétienne aux cultures d'Asie n'est pas vouloir
proclamer un Jésus-Christ partiel ou un Jésus-Christ réduit
aux dimensions humaines et culturelles. Tandis que les christologies asiatiques
doivent interpréter Jésus-Christ pour les asiatiques, comme cela a
été fait par d'autres durant les vingt siècles d'existence
de l'Église, toutes les christologies doivent être mesurées
par rapport à la foi des Apôtres, l'Église apostolique et le
témoignage du Nouveau Testament. Aucune christologie sectaire ou partiale
ne peut s'opposer au véritable Jésus-Christ des Évangiles.
Il est plus qu'un réformateur social, un libérateur politique, le
maître d'une spiritualité, un champion des droits de l'homme ou un
libérateur des marginalisés.
JÉSUS CHRIST: LE DON DE L'ÉGLISE À L'ASIE
Proclamer le Christ
24. Le don du salut de Dieu n'est pas un ensemble de doctrines, si élevées
soient-elles, ni même un code de principes ascétiques. Ils ne
provient pas de l'adoration que les hommes offrent à Dieu. C'est un don
unique de Dieu parce que c'est la personne de Jésus lui-même. En
lui, la divinité et l'humanité se rencontrent dans une union
salvifique. Il accomplit le salut en lui-même, et donc accomplit le salut
en sa propre personne. En effet, S. Paul le dit explicitement: «le Christ Jésus
qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et rédemption»
(1 Cor 1, 30).
La foi de l'Église en Jésus-Christ est née de son expérience
du Seigneur ressuscité et du don du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte.
En ce sens, elle est une foi en un Dieu trinitaire comme en témoigne la
plus ancienne tradition de l'Église et des Écritures. Ce n'est pas
le résultat d'un cheminement théologique et christologique rendu nécessaire
par la philosophie grecque ou par d'autres philosophies plus tardives. La
formulation de cette expérience en formules de foi et en propositions
dogmatiques a pris beaucoup de temps, mais le point constant de référence
était la Tradition apostolique et les Écritures.
L'Église ne peut abandonner sa foi en Jésus-Christ par égard
pour une fausse inculturation ou un irénisme, en dépit du fait que
l'Asie ait une telle variété de cultures et de religions. Si elle
le faisait, l'Église ne serait pas fidèle à elle-même.
Il faut admettre que la foi trinitaire puisse être une pierre
d'achoppement pour des cultures si divergentes. Pourtant, si cette foi est vécue
dans l'amour, le service et l'humilité, elle recevra une acceptation
croissante, comme cela en a été de tous temps dans l'histoire de
l'évangélisation. Ceci donne une lourde responsabilité aux
chefs de l'Église pour qu'ils deviennent vraiment conformes au Christ
dans leurs vies. C'est une vie de témoignage qui gagne les coeurs, et pas
les enseignements abstraits.
Par sa vie, ses paroles, sa passion, sa mort et sa résurrection, Jésus
a révélé aussi ce que la Rédemption, le salut humain
signifie, et comment il faut l'atteindre. Par conséquent, l'événement
de Jésus-Christ a une application universelle au-delà des frontières
de l'Église. Ceci est la raison pour laquelle l'Église veut
proclamer Jésus-Christ au monde, parce qu'elle croit que c'est en lui que
le salut humain trouve son accomplissement et à travers lui que ce salut
vient à tous.
La société pluri-culturelle et pluri-religieuse d'Asie,
cherche la vraie humanité, la totale libération de toutes ces
forces oppressives et la plénitude de vie. Jésus-Christ est celui
qui offre toutes ces choses et plus encore. Les peuples d'Asie ont toujours
accueilli les saints, les sages et les visionnaires qui leur ont apporté
le message de la vérité et de la vie. Il n'y a aucun doute que
l'Asie accueillera de plus en plus Jésus-Christ pourvu que les membres de
l'Église cherche à devenir des hommes et des femmes de Dieu qui
ont vu et touché ce qu'ils proclament comme le dit S. Jean: «Ce qui était
dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de
nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché
du Verbe de vie [...] nous vous l'annonçons» (1 Jn 1, 1-2).
Cette annonce n'est pas faite pour un motif terrestre, mais pour partager
avec d'autres la vie nouvelle que Jésus a apportée, ainsi que la
communion partagée dans l'Église. L'Église cherche à
proclamer le Christ parce qu'elle a expérimenté l'amour salvifique
de Dieu. S. Jean dit encore: «Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a
donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas,
mais ait la vie éternelle» (Jn 3, 16). L'Église le
fait parce qu'elle a besoin de partager sa communion avec le Dieu Trinité
dont jouissent ses membres: «ce que nous avons vu et entendu, nous vous
l'annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous» (1
Jn 1, 3). Une telle communion ne pourra qu'accroître, et en aucune
manière détruire, l'unité de l'Asie.
Le salut offert à tous
25. Le salut de Jésus-Christ est offert à tous. Il n'est le
privilège d'aucun groupe particulier, parce que le salut vient de Dieu et
est donné gratuitement. Jésus a envoyé ses disciples avec
la mission de le proclamer à tous les peuples: «Allez donc, de
toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et
du Fils et du Saint-Esprit» (Mt 28, 19). Partout où les êtres
humains l'acceptent dans leurs coeurs en soumission à la loi de Dieu et
la vivent dans la charité, d'une certaine manière ils participent à
l'obéissance de Jésus et à son amour. Tandis que Dieu veut
que tous les peuples viennent à la connaissance de son Fils à
travers la foi et le baptême, il veut aussi que son salut ne soit pas
refusé à ceux qui ne le connaissent pas, sans faute de leur part,
mais à cause de raisons historiques et culturelles. Il offre à
tous la possibilité d'être associés à son Mystère
Pascal.(39)
Le Mystère Pascal de Jésus-Christ consiste en sa passion, sa
mort et sa résurrection. Ce mystère découle de son obéissance
suprême à son Père et de son amour pour ses disciples et
tous les hommes. C'est pourquoi partout où les peuples obéissent à
la volonté de Dieu et montrent de l'amour pour leur prochain à
travers des actes concrets, ils participent à leur manière au Mystère
Pascal de Jésus. En même temps, cette tâche de la sequela
et de l'imitation du Christ est rendue difficile à cause de la présence
du péché. On a besoin de la grâce de Dieu. Une telle grâce
est offerte à tous par le Saint- Esprit, mais elle demeure toujours la grâce
salvifique de Jésus-Christ.
Le salut en Jésus-Christ a une nouveauté et une puissance
particulière parce que c'est Dieu qui l'offre. Son but ultime est la
participation à la vie même de Dieu. Il concerne le salut de la
personne humaine toute entière. Il répond aux désirs les
plus profonds du coeur. De là, il doit être proclamé aux
peuples de toutes les religions, races, nationalités et cultures, aux
hommes de tous temps et de tous lieux. Il ne peut y avoir ni changement, ni
addition au plan salvifique de Dieu en Jésus-Christ pour l'humanité:
Christus heri et hodie, ipse et in saecula, «Jésus-Christ
est le même hier, aujourd'hui et pour toujours» (Hb 13, 8).
Ceci est la foi des Apôtres, la foi des martyrs des premiers siècles,
la foi des chrétiens de tous les temps. Ceci est la foi prêchée
même dans les situations culturelles difficiles de l'Asie. Avec S. Pierre,
l'Église porte témoignage à son Seigneur avec les mots: «Tu
es le Christ, le Fils du Dieu vivant» (Mt 16, 16).
L'Église offre aux peuples d'Asie son unique et plus grand trésor,
Jésus-Christ. Tout ce que l'Église offre par ailleurs n'est qu'à
cause de Jésus- Christ. Le Pape Jean-Paul II a mis en évidence que
«c'est la lumière du Christ qui permet à l'Église
de proclamer hardiment la dignité et les droits fondamentaux de chacun et
de tous devant de grandes injustices. C'est l'amour de Dieu révélé
dans le Christ qui la conduit à appliquer avec courage l'enseignement
social de l'Église aux situations concrètes des peuples de l'Asie
et à promouvoir le progrès social et un plus grand développement
matériel et culturel. C'est le service du Christ qui soutient ses
institutions éducatives et caritatives».(40)
Les peuples d'Asie cherchent la libération et la plénitude de
vie. Une telle quête de liberté, de dignité, de communion et
de plénitude de vie ne peut trouver son achèvement qu'en Jésus-Christ,
comme les évêques d'Asie l'ont affirmé dans leur Première
Assemblée Générale à Taipé: «Nous
croyons que c'est seulement dans et à travers Jésus-Christ et son Évangile
et par la vertu du Saint-Esprit que ces recherches peuvent mener à leur réalisation.
Car le Christ seul, nous le croyons, est pour chaque homme "le Chemin, la Vérité
et la Vie" (Jn 14, 6), "la vraie lumière qui éclaire
tout homme" (Jn 1, 9)».(41)
Tandis que l'Église loue Dieu pour sa présence salvifique et
son activité parmi les peuples asiatiques, elle n'est pas inattentive à
la présence du péché et à ses effets à tous
les niveaux de la société asiatique, maintenant des centaines de
millions de gens esclaves de beaucoup de maux sociaux. C'est dans ce contexte
qu'elle a besoin de proclamer aux peuples d'Asie la dignité, la liberté
et la paix que Jésus-Christ a conquise. Il a partagé l'humble état
du peuple asiatique. Il a pris sur lui la condition humaine, dans toute sa
faiblesse et l'a élevée à la droite de Dieu en gloire et en
plénitude de Vie. Son Évangile a toujours été un
levain dans chaque société. Son Évangile a inspiré
des dizaines de milliers de missionnaires en dépit de leurs
limites humaines , à venir en Asie pour oeuvrer pour tous, spécialement
les illettrés, les malades et les pauvres. L'Église est convaincue
qu'en offrant Jésus-Christ, elle offre le levain de la dignité
humaine dans toutes ses dimensions temporelle et eschatologique.
Jésus-Christ est au centre de la vie et du ministère de l'Église.
Il est au centre des vies de chacun de ses membres parce qu'il est le chemin
vers Dieu et vers le salut. Il est le centre du ministère de l'Église
parce que le ministère de l'Église consiste à offrir Jésus-Christ
aux peuples de l'Asie. Jésus-Christ est la route à double voie
vers Dieu et vers les peuples de l'Asie , comme le dit Jean-Paul II: «Jésus-Christ
est la route principale de l'Église. Lui-même est notre route vers "la
maison du Père" et il est aussi la route de tout homme».(42) En
Jésus-Christ la recherche asiatique du salut trouvera son achèvement
temporel et eschatologique. De ce point de vue, Jean-Paul II a dit aux évêques
d'Asie: «Le salut qui vous concerne en tant qu'évêques est le
salut réalisé et offert par le Christ: le salut de la personne
toute entière, un salut qui est complet et universel, unique et
absolu, plénier et total. L'apôtre chrétien n'est pas
simplement un travailleur social; la foi chrétienne n'est pas une simple
idéologie ou un programme humanitaire».(43)
CHAPITRE V
L'ÉGLISE COMME COMMUNION
POURSUIVRE LA MISSION DE JÉSUS-CHRIST ET DE L'ESPRIT
Conduire toutes choses à leur achèvement
26. Le dessein salvifique de Dieu ne s'épuise pas dans la mission du
Christ et de l'Esprit. Une fois leur mission accomplie, les effets du salut
devaient être accessibles à tous les peuples de tous les temps.
Ceci fut fait par la fondation de l'Église, la communauté des
croyants réunis en Jésus- Christ par le ministère de Jésus
et l'oeuvre de l'Esprit. La communauté des disciples est venue à
l'existence par la puissance du Seigneur ressuscité, Jésus-Christ,
et par le Saint-Esprit descendu sur eux. Comme le dit le Catéchisme de l'Église
Catholique: «La mission du Christ et de l'Esprit Saint s'accomplit dans l'Église,
Corps du Christ et Temple de l'Esprit Saint».(44)
L'Église est le corollaire nécessaire à la mission du
Fils et de l'Esprit et leur activité salvifique dans le monde. Elle
n'est, en aucune façon, un appendice à leur mission ou quelque
chose de marginal ou de complémentaire. L'Église est la conséquence
nécessaire et essentielle de la divine mission salvifique: «Ainsi la
mission de l'Église ne s'ajoute pas à celle du Christ et de
l'Esprit Saint, mais elle en est le sacrement».(45) Son seul but est de
continuer la mission salvifique de l'Esprit dans le monde. Sa mission est unique
de plusieurs façons: être le messager des paroles de Jésus
et le canal des effets salivifiques de sa mort et de sa résurrection de
telle sorte que les peuples de tous les temps puissent entrer en contact avec
les paroles et les actions salvifiques de Jésus et trouver leur salut: «par
tout son être et dans tous ses membres elle est envoyée pour
annoncer et témoigner, actualiser et répandre le mystère de
la communion de la Sainte Trinité».(46)
Dans l'Église, le dessein de salut du Père, les paroles et les
actions salvatrices de Jésus et la puissance de salut de l'Esprit sont
gardés vivants, rendus présents, vécus et proclamés.
C'est à l'Église qu'est confiée la mission de salut du Fils
par l'Esprit. En effet, Jésus dit à ses disciples, après sa
résurrection: «Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je
vous envoie. Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit: "Recevez
l'Esprit Saint"» (Jn 20, 21-22). Ceci signifie que la mission
de l'Église est analogue à la mission du Fils puisque son but est
de continuer sa mission.
La présence de l'Esprit dans le monde, dans les cultures et les
religions a pour but de conduire tous les hommes au mystère de Jésus-Christ:
«L'Esprit prépare les hommes, les prévient par sa grâce,
pour les attirer vers le Christ. Il leur manifeste le Seigneur ressuscité,
Il leur rappelle sa parole et leur ouvre l'esprit à l'intelligence de sa
Mort et de sa Résurrection. Il leur rend présent le mystère
du Christ».(47)
La mission originelle de l'Église ne peut pas être différente
de la mission du Fils reçue du Père par l'Esprit. La mission du Père
consistait tout d'abord à communiquer sa vie divine à tous par son
Fils dans l'Esprit. Le Père a envoyé le Fils de telle sorte que
tous puissent avoir la vie et l'avoir en abondance. Il est clair, d'après
le Nouveau Testament, que la vie à laquelle Jésus se réfère,
est avant tout la vie de l'Esprit. C'est la vie éternelle ou la vie de la
grâce.
L'Église est née de la mission du Fils par le Saint-Esprit. À
partir du jour de la Pentecôte, la mission du Christ devient la mission de
l'Église.(48) L'Église a, sur la terre, une double mission: être
le Royaume de Dieu comme l'était Jésus; et le proclamer et le
porter dans le coeur de tous les hommes. Sa mission est d'être le Royaume,
de le faire grandir jusqu'à sa plénitude, et d'être à
son service. Ceci signifie que l'Église est quotidiennement appelée
à devenir de plus en plus le Règne de Dieu par son écoute
constante de la parole de Dieu, par la célébration du mystère
de Jésus dans l'Eucharistie et les sacrements, par la prière, la
contemplation et les oeuvres de charité et de justice. D'autre part, elle
peut proclamer le Royaume très concrètement, c'est-à-dire
en proclamant Jésus-Christ comme le Royaume, et en invitant tous les
hommes à l'accepter dans la foi.(49)
L'Église est ainsi le signe et l'instrument du Règne de Dieu
pour tous les peuples du monde, car Dieu veut que tous les peuples soient sauvés
et viennent à la connaissance de la vérité à travers
l'unique médiateur, Jésus- Christ (cf. 1 Tm 2, 5).
L'Église est née de la mission et pour la mission. C'est
pourquoi l'Église est dite missionnaire dans sa propre nature.(50) Son
existence découle de la mission et la conduit à la mission. Ceci
est la raison pour laquelle le Pape Paul VI reprit les paroles des Pères
synodaux de la IIIème Assemblée Générale Ordinaire
du Synode des Évêques (1974): «Nous souhaitons réaffirmer
que le mandat d'évangéliser tout homme constitue la mission
essentielle de l'Église».(51) Ce sens de la mission dérive de
la propre communication par Dieu de sa vie trinitaire à l'Église.
La mission dans le mystère de la Communion
27. L'Église est principalement le mystère du dessein divin
d'amour et de salut.(52) Avant toutes choses, l'Église est le lieu
de sa rencontre avec l'humanité en Jésus-Christ par l'Esprit
Saint. L'Église est la communauté où Dieu réalise
son plan d'amour et de salut, où il révèle le mystère
intime de sa vie et le communique à tous les hommes. L'Église
n'est pas essentiellement une organisation, une institution de bienfaisance ou
une entreprise efficace, mais le mystère de la Communion trinitaire: «Ô
Trinité lumière bienheureuse, Ô primordiale Unité!
Dieu est éternelle béatitude, vie immortelle, lumière sans
déclin. Dieu est Amour: Père, Fils et Esprit Saint. Librement,
Dieu veut communiquer la gloire de sa vie bienheureuse».(53) Le plan du
salut de Dieu en Jésus-Christ provient de cet amour trinitaire: «Il
se déploie dans l'oeuvre de la création, dans toute l'histoire du
salut après la chute, dans les missions du Fils et de l'Esprit, que
prolonge la mission de l'Église».(54)
La koïnonia de l'Église avec la vie de la Sainte Trinité,
le Père, le Fils et le Saint-Esprit, conduit à la koïnonia
ecclésiale, à la fraternité, à la communion.
L'Assemblée Extraordinaire du Synode des Évêques de 1985 a
parlé de l'ecclésiologie de la communion comme étant la
notion centrale de tous les documents conciliaires et la force qui motive tout
le renouveau postconciliaire. Le Document final du Synode résume les
principaux points d'une telle ecclésiologie: 1) l'ecclésiologie de
la communion est fondée sur la Communion trinitaire; 2) l'Église,
peuple de la nouvelle assemblée, est le signe et la force qui relie la
communion entre Dieu et l'humanité; 3) l'Église est
essentiellement une communion de tous les disciples de Jésus en Lui et
entre eux; 4) l'Église est le lieu et le symbole de la communion de tous
les peuples.
La participation à la Communion trinitaire relie tous les membres de
l'Église dans une communion unique que l'on appelle le Corps du Christ.
Mais l'Église a une dimension humaine et ainsi est sujette au péché
de division. Beaucoup de divisions dans l'histoire ont blessé la
communion des Églises particulières en Asie. Ainsi, les relations
inter-ecclésiales ont été gâtées pendant des
siècles entre des Églises de différentes traditions
liturgiques et ecclésiales, les juridictions ecclésiastiques, les
méthodes missionnaires et l'attention pastorale. Ces blessures ont été
partiellement guéries, mais une guérison complète doit
encore venir. Partout où la communion est affaiblie, le témoignage
de l'Église, sa puissance d'évangélisation et son efficacité
sont aussi affaiblies.
Ce que le Pape Jean-Paul II a dit aux évêques de l'Église
Syro- Malabare à propos de la communion ecclésiale et du dialogue
constant avec les évêques de l'Église latine, est applicable
à toute l'Église en Asie d'une façon ou d'une autre: «La
première forme de communion est celle qui unit tous ceux qui croient
au Christ, fils de l'unique Église du Christ. Il faut entreprendre
chaque chose dans une atmosphère de confiance et d'objectif commun, en
examinant les différentes situations avec objectivité et en
s'efforçant de les résoudre dans un esprit de collaboration sincère.
Les conflits doivent être écartés, car le bien ne peut
provenir que de l'amour».(55)
La plupart des communautés ecclésiales d'Asie est composée
de différents groupes ethniques, linguistiques, culturels et sociaux.
Dans la plupart des pays d'Asie, les communautés homogènes sont
rares. Ainsi, les émigrés chrétiens, chinois, philippins,
coréens et indiens, constituent une partie des communautés chrétiennes
locales en beaucoup d'endroits d'Asie. De même, les chrétiens
vivants ou non en tribu, les communautés multi- tribales, les chrétiens
Dalits ou non, forment une part de nombre de communautés chrétiennes.
Des tensions et des rivalités parmi les différents groupes de chrétiens
qui composent les communautés hétérogènes et entre
le clergé et le laïcat sont un contre-témoignage à la
nature tout à fait essentielle de l'Église comme communion avec la
Trinité et entre eux.(56)
Le témoignage crédible de l'Église comme communion dépend
du dépassement des divisions susmentionnées de telle sorte qu'elle
puisse être un signe effectif et un instrument de communion pour les
peuples de l'Asie. L'Exhortation apostolique post-synodale Christifideles laïci
l'a si bien exprimé: «la communion engendre la communion et
se présente essentiellement comme communion missionnaire [...]La
communion et la mission sont profondément unies entre elles, elles se
compénètrent et s'impliquent mutuellement, au point que la communion
représente la source et tout à la fois le fruit de la mission: la
communion est missionnaire et la mission est pour la communion».(57)
VERS UNE COMMUNION PARTAGÉE
La mission vers les autres
28. La communion avec les autres Églises chrétiennes pour
porter un témoignage commun à Jésus-Christ est très
importante aujourd'hui. Dans le passé, les hostilités et les
rivalités entre les catholiques et les différentes Communautés
ecclésiales issues de la Réforme en Europe furent importées
en Asie dans le sillage de l'expansion coloniale. Les Églises particulières
catholiques en Asie ont pour tâche spécifique le développement
d'un esprit oecuménique en Asie pour porter un témoignage commun à
Jésus-Christ comme le recommande le Comité de Conseil théologique
de la FABC dans la Thèse II: «En Asie aujourd'hui, les chrétiens,
bien qu'ils soient un "petit troupeau" en beaucoup d'endroits, animés
par l'Esprit qui récapitule toutes choses dans l'unité, sont appelés
à jouer un rôle de service et de catalyseur qui facilite la
collaboration inter-religieuse. Ce défit demande à toutes les Églises
de porter le même témoignage qu'elles croissent ensemble vers une
plus grande communion oecuménique».(58)
À l'approche du Troisième Millénaire, l'Église
en Asie cherche à se décharger du fardeau de la division et à
marcher vers une unité plus grande sinon une complète unité.
Ceci requiert un examen de conscience sincère et l'acceptation de la
responsabilité des erreurs du passé dans lesquelles, par moment,
toutes les parties étaient impliquées.(59) Tous les croyants,
d'une certaine manière, sont responsables des péchés de
division de l'Église, du passé et du présent. Tous ont
besoin de se repentir des blessures douloureuses portées à la
communion ecclésiale lors du dernier millénaire et au-delà.
Tous ont besoin de croître vers une plus grande unité des chrétiens.(60)
L'Église en Asie est un «petit troupeau», une très
petite minorité, excepté aux Philippines. Elle vit parmi des
centaines et des milliers de frères hindous, bouddhistes, musulmans et
d'adeptes de la Religion Traditionnelle. L'Église en Asie a pour tâche
très spéciale d'être un sacrement d'unité parmi les
adeptes de toutes les religions. La communion est nourrie par un vrai dialogue,
souvent abordé dans de nombreux documents de la FABC dans le passé.(61)
L'Église doit devenir vraiment universelle, catholique. Être
catholique est la vraie nature de l'Église. C'est un don du Seigneur.
Bien que l'Église ait une communion très particulière et
donc une unité qui lui est propre, elle n'est pas une communion et une
unité exclusives. Elle doit être une unité inclusive puisque
l'Esprit de Dieu et sa Parole, le Logos, étaient déjà
présents dans le monde, conduisant tout à son but final: le caractère
d'universalité qui orne le peuple de Dieu est un don de l'Esprit du
Seigneur lui-même par lequel l'Église catholique, sans cesse et
efficacement, cherche le retour de toute l'humanité et de tous ses biens
sous l'empire du Christ- Tête dans l'unité de son Esprit.(62)
La communion avec la Sainte Trinité ne devrait pas affaiblir la
communion déjà existante et l'harmonie avec les frères
parmi lesquels elle vit. Ceci est ce que le pape Paul VI a dit: «L'Église
respecte et estime ces religions non-chrétiennes parce qu'elles sont
l'expression vivante de l'âme de vastes groupes humains. Elles portent en
elles l'écho de millénaires de recherche de Dieu, recherche
incomplète mais réalisée souvent avec sincérité
et droiture de coeur. Elles possèdent un patrimoine impressionnant de
textes profondément religieux. Elles ont appris à des générations
de personnes à prier».(63)
Dans son activité d'évangélisation, l'Église
cherche à guérir les divisions séculaires dans la société
asiatique par son propre exemple de communion vécue, montrant ainsi que
l'unité est possible. De même, elle cherche les moyens de
promouvoir une telle communion parmi les peuples par le dialogue et la
collaboration.(64)
De là, la mission chrétienne respecte toutes les religions et
leurs adeptes. Dans le passé, la mission chrétienne, la
proclamation de Jésus-Christ et la conversion signifiait parfois aussi
une séparation de son propre peuple et de sa culture. La mission chrétienne
ne veut pas être une aliénation, mais une plus grande communion et
harmonie avec tous les frères. La fin ultime de toute mission est la
communion avec Dieu et avec les autres: «Le dernier but de la mission est
de faire participer les hommes à la communion qui existe entre le Père
et le Fils».(65)
La mission comme Sacrement de l'unité
29. L'Église est souvent appelée aussi le Royaume de Dieu,
c'est-à-dire, le Règne de Dieu. La vie du Christ est vécue
dans la communauté où ses enseignements sont reçus et vécus.
Par la puissance de sa mort et de sa résurrection et celle de son Esprit,
l'Église est capable d'accepter la volonté du Père et
d'aimer les autres comme l'a fait Jésus. À travers son obéissance
jusque dans la mort, Jésus est devenu le parfait Royaume ou Règne
de Dieu. De même, par la suite, l'Église est appelée à
devenir le Règne de Dieu.
La vie du Christ est communiquée à l'Église par la
Parole, les sacrements et une vie chrétienne de telle sorte que
l'imitation du Christ puisse se former graduellement chez les croyants: «Tous
les membres doivent tendre à lui ressembler, jusqu'à ce que le
Christ soit formé en eux (cf. Gal 4, 19)».(66) C'est la
vocation première de l'Église que de se conformer à l'image
de Jésus-Christ comme le dit S. Paul: «Car ceux que d'avance il a
discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire
l'image de son Fils, afin qu'il soit l'aîné d'une multitude de frères»
(Rm 8, 29).
L'Église est la communauté sur laquelle la lumière de
Dieu a brillé, et à partir de laquelle la lumière du Christ
se réfléchit sur le monde. De façon significative la
Constitution dogmatique du Concile Vatican II sur l'Église commence par
ces mots: «Lumen gentium cum sit Christus...(Puisque le Christ est
la lumière des nations)».(67) L'Église est appelée à
être la lumière du Christ pour le monde. Elle n'a pas d'autre lumière
qui lui soit propre: «L'Église n'a pas d'autre lumière que
celle du Christ; elle est, selon une image chère aux Pères de l'Église,
comparable à la lune dont toute la lumière est reflet du soleil».(68)
L'Église existe pour transmettre la lumière du Christ à
tous les peuples de la terre: «Elle désire ardemment illuminer tous
les hommes de la lumière du Christ qui brille sur le visage de l'Église».(69)
Dans la mesure où l'Église est conformée à
l'image du Christ, elle est l'Église et ainsi est capable de devenir une
lumière pour les nations. Sa mission première est d'être
semblable au Christ et de faire son possible pour le devenir davantage. Ainsi,
l'Église devient ainsi un sacrement du Christ. Ceci signifie d'une
certaine façon que l'Église est un signe efficace de Jésus-
Christ. Ceux qui sincèrement cherchent sa face peuvent le reconnaître
dans le visage de la communauté ecclésiale. En elle et à
travers elle, ils peuvent entendre sa parole, faire l'expérience de son
amour, de sa miséricorde, de son pardon et de sa bonté. C'est ce
qu'entend le Concile lorsqu'il affirme que: «L'Église, pour sa part,
est dans le Christ comme un sacrement ou, si l'on veut, un signe et un moyen
d'opérer l'union intime avec Dieu et l'unité de tout le genre
humain».(70)
CHAPITRE VI
LA MISSION D'AMOUR ET DE SERVICE DE L'ÉGLISE EN ASIE
L'ÉVANGÉLISATION EN ASIE AUJOURD'HUI
Compréhension renouvelée
30. Il est vrai que l'évangélisation aujourd'hui s'entend dans
un sens plus large que par le passé. L'évangélisation est
une réalité complète, et comprend beaucoup d'éléments
qui lui sont essentiels tels que le fait de rendre témoignage à l'Évangile,
de travailler pour les valeurs du Royaume, de lutter pour la libération
et la promotion de l'homme, le dialogue, le partage mutuel de l'expérience
de Dieu, l'inculturation, le dialogue avec d'autres religions, etc.(71) Au cours
des siècles, les parties accidentelles de la mission de l'Église,
la façon dont elle s'inculture et ses méthodes changent. Il y a
toujours besoin d'une nouvelle évangélisation. Et Jésus-Christ
reste le centre et le sommet de sa mission et de sa proclamation.
Pour plusieurs raisons théoriques et historiques, dans certaines
parties de l'Asie on a exprimé l'opinion, ces trois dernières décennies,
que l'heure de la mission était révolue. Maintenant, l'heure est
au dialogue et à l'inculturation. Le pluralisme radical de la religion et
du salut semble être devenu lui-même un dogme. Parfois, la culture
individuelle est tellement absolutisée que la conversion est considérée
comme une violence faite à l'autre. D'autres réclament que la
mission de l'Église consiste seulement en l'annonce des valeurs du
Royaume, de la promotion humaine et de la libération.
Se référant à de telles tendances, Paul VI avait déjà
réaffirmé, en 1975, la nécessité et l'urgence de
l'annonce de Jésus-Christ: «Nous voulons relever surtout aujourd'hui
que ni le respect et l'estime envers ces religions, ni la complexité des
questions soulevées ne sont pour l'Église une invitation à
taire devant les non-chrétiens l'annonce de Jésus-Christ».(72)
Jésus-Christ: le message de l'évangélisation
31. Jésus-Christ est la Parole du Père au monde, pour la vie
du monde. Jésus-Christ est l'annonce salvifique du Père au monde.
De même, Jésus- Christ est l'annonce de l'Esprit Saint au monde. Au
baptême de Jésus dans le Jourdain, le Père et l'Esprit, de
façons différentes, ont proclamé Jésus- Christ comme
le Fils bien aimé envoyé dans le monde pour le salut de tous (cf.
Mt 3, 13-17). Dès lors, la tâche principale de l'Église
est d'annoncer Jésus-Christ pour la vie du monde.
La priorité de l'annonce de Jésus-Christ parmi toutes les
activités de l'évangélisation a été soulignée
à plusieurs reprises par le Concile et le Magistère de l'Église,
parce que c'est l'essence de la foi et la continuation même de l'oeuvre du
salut de Jésus-Christ. L'annonce est l'essence même de l'expérience
ecclésiale du Dieu-Trine. Abandonner l'annonce, c'est abandonner cette
expérience unique de Dieu. Ceci a été écrit en des
termes très explicites par Paul VI: «Il n'y a pas d'évangélisation
vraie si le nom, l'enseignement, la vie, les promesses, le Royaume, le mystère
de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, ne sont pas annoncés».(73)
Les différents aspects de l'évangélisation sont reliés
entre eux par l'élément central qu'est l'annonce de Jésus-Christ:
«La proclamation de Jésus-Christ est le centre et l'élément
primordial de l'évangélisation sans lequel tous les autres éléments
perdraient leur cohésion et leur validité».(74) Ainsi, l'évangélisation
est avant tout l'offre, de la part de Dieu, du salut en Jésus-Christ qui
peut être acceptée ou refusée. On ne peut pas picorer et
choisir. La raison de la nécessité, de l'urgence et de la
motivation de cette annonce de Jésus-Christ tient au fait que c'est en
Lui que le salut de Dieu est offert. Le Pape Paul VI a rendu ceci très
clair dans Evangelii nuntiandi: «L'évangélisation
contiendra aussi toujours comme base, centre et sommet à la fois
de son dynamisme une claire proclamation que, en Jésus-Christ, le
Fils de Dieu fait homme, mort et ressuscité, le salut est offert à
tout homme, comme don de grâce et de miséricorde».(75)
La raison de cette insistance sur Jésus-Christ n'est pas une manie
sectaire, mais parce que le salut de Dieu n'est pas un salut immanent, comme le
Pape Paul VI le dit ensuite. Ce n'est pas la rencontre des besoins matériels
ou même spirituels de l'homme. Il n'est pas réduit au cadre de
l'existence temporelle et de tous les désirs humains. Le salut offert par
Dieu en Jésus- Christ dépasse toutes ces limites pour atteindre la
plénitude dans une communion avec le seul et l'unique Absolu divin: le
salut transcendant et eschatologique qui a été déjà
réalisé en Jésus-Christ.(76)
Les agents de l'évangélisation
32. Dans les premiers siècles, l'Église se considérait
elle-même comme le sujet de la mission. On a récemment remis
l'accent sur la compréhension originelle de l'Église comme
missionnaire. Si l'Église est missionnaire dans sa nature propre, alors
l'Église toute entière est missionnaire. Ainsi, par exemple, la
communauté entière d'Antioche était concernée dans
l'envoi de Paul et de Barnabé pour évangéliser les
Nations.(77) Le présupposé comme le soutient Jean-Paul Ier
est que ce qui fut fait au commencement du christianisme est valide et urgent
pour la mission de l'Église aujourd'hui. La mission universelle de l'Église
est confiée à l'Église universelle et chaque Église
particulière est envoyée à tous les peuples.(78)
À l'intérieur de la communauté ecclésiale, les
premiers agents de la mission sont les évêques car Jésus a
donné aux Douze Apôtres le mandat d'aller dans le monde entier et
de prêcher l'Évangile (cf. Jn 20, 21; Mt 16, 15;
Lc 24, 47; Ac 1, 8).(79) Les évêques sont consacrés
pour la mission étendue au monde entier.(80) L'activité
missionnaire est le devoir le plus grand et le plus saint de l'Église.(81)
Dans la situation théologique, «missiologique» et
missionnaire actuelle de l'Asie, la proclamation de Jésus-Christ est
l'aspect central de la foi et de la vie de l'Église. Il incombe aux
pasteurs de l'Église de donner la priorité à la
proclamation dans tous leurs plans pastoraux. Ils doivent d'abord être vus
comme des évangélisateurs et seulement en second lieu comme des
administrateurs. C'est ce qu'ont dit les Apôtres au sujet de l'annonce: «Il
n'est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux
tables [...] Quand à nous, nous resterons assidus à la prière
et au service de la parole» (Ac 6, 2-4). L'expression «parole
de Dieu» renvoie non à une homélie ou à un sermon,
mais à l'annonce de Jésus-Christ dans le sens strict du mot.
Tous les prêtres partagent avec l'évêque la mission
universelle ad gentes de l'Église. «Le don spirituel que les
prêtres ont reçu à l'ordination les prépare non pas à
une mission limitée et restreinte, mais à une mission de salut
d'ampleur universelle, "jusqu'aux extrémités de la terre"(Ac
1, 8); n'importe quel ministère sacerdotal participe, en effet, aux
dimensions universelles de la mission confiée par le Christ aux Apôtres».(82)
Leur mission transcende les frontières de leur paroisse, leur diocèse,
de leur pays ou de leur Église sui iuris, et ils sont appelés
à prêcher l'Évangile au monde entier. Cela est spécialement
vrai, comme le dit Jean-Paul II, dans les régions où les chrétiens
sont en minorité.(83) Chaque prêtre doit avoir «un coeur de
missionnaire».(84)
C'est quelque chose de très réconfortante de noter que
beaucoup d'Églises particulières asiatiques ont déjà
fondé des Instituts missionnaires pour envoyer des missionnaires dans
d'autres pays, même si elles-mêmes ont besoin de missionnaires pour
leur propre pays. Les évêques asiatiques ont pour responsabilité
particulière de promouvoir des instituts missionnaires et d'être généreux
en personnel pour les pays de mission.(85)
Les Ordres religieux, les Congrégations et les Instituts
missionnaires ont joué un rôle remarquable dans l'évangélisation
de l'Asie depuis les origines. La vie consacrée est un moyen d'évangélisation
particulièrement privilégié, comme l'a dit Paul VI.(86) Les
personnes consacrées par les voeux religieux peuvent s'adonner pleinement
au travail de l'évangélisation en raison du choix radical des
conseils évangéliques, leur disponibilité totale, leur
l'originalité dans les méthodes missionnaires comme le
montre l'histoire de l'évangélisation , leur générosité
et leur grande mobilité.(87)
L'Asie a été, et est encore, bénie avec un nombre
relativement important de vocations dans les congrégations religieuses,
les instituts missionnaires, et spécialement les frères et les
soeurs. Parmi eux, il y a un immense potentiel d'évangélisation
pour la mission qui doit encore être pleinement exploité. Vatican
II et le Magistère de l'Église demande même aux Instituts
religieux de vie active d'envisager l'élargissement des apostolats
traditionnels pour y inclure l'activité missionnaire: «Ces
Instituts, qu'ils poursuivent ou non une fin strictement missionnaire, doivent
se demander s'ils peuvent et s'ils veulent étendre leur activité
en vue de l'expansion du Royaume de Dieu».(88)
La mission ad gentes concerne spécialement le laïcat en
Asie puisque le champ d'évangélisation est si vaste et en raison
des nombreux problèmes culturels et sociaux. Il est de leur devoir
d'apporter l'Évangile aux millions de gens qui ne connaissent pas encore
Jésus-Christ.(89) Pour accomplir ce devoir et ce privilège d'être
vraiment missionnaire, il faut être attentif aux mentalités et aux
moyens de fonctionnements des Églises particulières d'Asie, spécialement
aux structures et aux programmes de formation du laïcat.
L'institution de catéchistes missionnaires en Asie remonte au XVIème
siècle puisqu'ils ont alors immensément contribué à
la première évangélisation, au catéchuménat
et à la préparation des fidèles aux différents
sacrements. Sans leur contribution, l'Église en Asie ne serait pas ce
qu'elle est aujourd'hui. Il faut accorder une grande attention à cette
institution, spécialement dans le domaine des structures de formation et
pour qu'ils aient une juste sécurité financière.(90)
Dans le contexte asiatique, les familles chrétiennes ont un rôle
spécial à jouer dans la mission évangélisatrice de
l'Église. De même, les femmes et la jeunesse ont un rôle spécial
à jouer puisqu'ils peuvent avoir accès à des groupes
sociaux que les missionnaires professionnels ne peuvent approcher.
Le Saint-Esprit est toujours au travail dans l'Église, inspirant de
nouveaux mouvements pour la vie chrétienne et la mission. Parmi eux, il y
a les communautés chrétiennes de base, les Focolarini, les
mouvements charismatiques, etc. Leur potentiel évangélisateur et
missionnaire doit encore pleinement utilisé. Il y a plusieurs mouvements
ecclésiaux de cette sorte en Asie aujourd'hui, qui peuvent être
impliqués dans la mission ad gentes. Le Pape Jean-Paul II affirme
qu'ils sont un élément essentiel et indéniable dans la
fondation de nouvelles Églises.(91) Le Pape les recommande à
l'attention missionnaire et pastorale de tous: «Je recommande donc qu'on
les développe et que l'on recoure à eux pour redonner de la
vigueur, surtout chez les jeunes, à la vie chrétienne et à
l'évangélisation, dans une vision pluraliste des formes
d'association et d'expression».(92)
L'Église en Asie attend un renouveau missionnaire de telle sorte que
chacun s'aperçoive qu'il est un agent de mission: évêques,
prêtres diocésains, religieux -frères et soeurs- et toutes
les parties du peuple de Dieu.
Les pistes de l'évangélisation
33. La mission d'évangélisation de l'Église dépend
entièrement de la crédibilité donnée par le témoignage
de vie de l'évangélisateur. Jésus est venu comme le témoin
vivant de l'amour de Dieu et de son pardon. Les premiers chrétiens ont prêché
l'Évangile par le témoignage de leur vie et par la parole.
Beaucoup de missionnaires en Asie, dans le passé, ont donné un héroïque
témoignage à l'amour de Dieu et à la compassion au milieu
de leur peuple. Les Églises particulières d'Asie sont appelées
à être des Églises qui témoignent.
Le premier commandement missionnaire de Jésus à ses disciples
fut d'être ses témoins: «et vous serez mes témoins à
Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie et jusqu'aux extrémités
de la terre» (Ac 1, 8). Il n'y a pas de mission sans témoignage
adéquat. Les asiatiques ne se convainquent ni par une logique, une
doctrine ou une quelconque autorité, mais par la puissance du témoignage
et de la sainteté.(93) Le Pape Paul VI a appelé le témoignage
«le test de la vérité, la pierre de touche de l'évangélisation».(94)
La mission chrétienne en Asie demande le témoignage
individuel et communautaire tant en étant semblable au Christ
qu'en accomplissant des actions similaires à celles du
Christ.(95) Jésus est appelé «le témoin fidèle»
(Ap 1, 5), et «le témoin fidèle et véridique»
(Ap 3, 14). L'Église en Asie cherche à être le témoin
fidèle et vrai de Jésus-Christ de telle sorte qu'elle puisse
poursuivre effectivement sa mission. Les premiers disciples de Jésus allèrent
à leur mission armés seulement de la puissance du Saint-Esprit et
de la Parole de Dieu: «Pour eux, ils s'en allèrent prêcher
en tout lieu, le Seigneur agissant» (Mc 16, 20). La Parole de Dieu
qui a d'abord été proférée et ensuite mise par écrit
comme «Écriture», et de nouveau proclamée, avait, de
tout temps, la première place dans l'évangélisation. La
Parole a une puissance en elle-même pour l'Évangile: «il est
une force de Dieu pour le salut» (Rm 1, 16). Toute prédication,
y compris la proclamation missionnaire, a besoin d'être nourrie par la
Parole de Dieu.(96)
Le missionnaire aime profondément la Parole de Dieu, la méditant
et la proclamant avec la conviction de quelqu'un qui en vit. Les peuples d'Asie
aiment leurs écritures. Ils sont aussi fascinés par la Bible.
C'est pour cela que la Parole de Dieu et la Bible sont au centre de toute
activité évangélisatrice.
La source secrète de la puissance et de l'efficacité de la
mission salvatrice de Jésus était sa contemplation
quotidienne et sa communion avec le Père, dans la prière.
La mission est la contemplation en action. Ceci est particulièrement vrai
dans un continent où l'expérience de Dieu est d'avantage prisée
que les doctrines religieuses ou les oeuvres. Donc, si le missionnaire n'a pas
une profonde expérience de Dieu dans la prière et la
contemplation, il aura peu d'influence spirituelle et portera peu de fruit.
Le Pape Jean-Paul II parlant de son expérience des religions
asiatiques dit: «Mon contact avec les représentants des traditions
spirituelles non-chrétiennes, en particulier en Asie, m'a confirmé
que l'avenir de la mission dépend en grande partie de la contemplation».(97)
L'Église en Asie a besoin d'une vraie spiritualité missionnaire de
prière et de contemplation. Une personne vraiment religieuse gagne
rapidement du respect et des disciples en Asie. «La prière, le jeûne
et les différentes formes d'ascétisme sont tenus en haute considérations.
La renonciation, le détachement, l'humilité, la simplicité
et le silence sont considérés comme de grandes valeurs».(98)
L'importance de la prière et de la contemplation en Asie, comme moyen
de mission, est soulignée encore par l'Exhortation Apostolique post-
synodale sur la Vie Consacrée: «Cela permettra de témoigner
efficacement de la vigueur des traditions d'ascèse et de mystique chrétiennes
et cela favorisera même le dialogue inter-religieux».(99)
La proposition de salut faite par Dieu à l'humanité est
toujours une question de dialogue. Dieu a parlé dans un langage
humain et a employé des symboles pour communiquer son message de salut et
de vie à travers son Fils Jésus-Christ. Toute la mission de Jésus
n'a été qu'un dialogue permanent avec l'humanité. C'est
seulement de la manière par laquelle la mission de Dieu envers l'humanité
s'est accomplie en Jésus-Christ que l'Église peut mener à
bien sa mission.
Toute la mission de l'Église est ainsi une mission de dialogue. Le
dialogue est donc une partie de la mission d'évangélisation de l'Église,
comme moyen de connaissance mutuelle, d'enrichissement et de communication du
message du salut et de la vie de Jésus-Christ.(100) Dans un dialogue
vrai, on donne et on reçoit. L'Église reçoit les richesses
religieuses et culturelles des nations avec qui elle dialogue, et à son
tour, elle leur communique les richesses du salut en Jésus-Christ.
Même si le dialogue est essentiel et est partie prenante de toute
activité évangélisatrice de l'Église, il n'épuise
pas toute la réalité de l'évangélisation, n'est pas
un substitut pour la mission ad gentes, et moins encore ne doit être
perçu comme étant en opposition avec l'annonce de Jésus-Christ.(101)
Dans le contexte asiatique, le dialogue est de première importance
pour l'avenir de la mission chrétienne puisqu'il se trouve face à
des cultures et des religions millénaires. L'Église en Asie, par
conséquent, doit entrer toujours plus profondément en dialogue
avec les grandes religions de l'Hindouisme, du Bouddhisme, de l'Islam et de la
Religion Traditionnelle, sans tomber en même temps dans le syncrétisme,
l'éclectisme ou le relativisme de la foi chrétienne.(102)
Une autre piste à considérer dans la mission de l'évangélisation,
est celui de l'inculturation. S. Jean commence son Évangile en
disant que «le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous»
(Jn 1, 14). L'incarnation est le fondement ultime et le modèle de
toute inculturation de la foi chrétienne. L'Évangile et tout ce
qu'il implique doit devenir véritablement incarné dans toutes les
cultures et parmi tous les peuples de telle sorte que l'Évangile puisse évangéliser
toutes les cultures et tous les peuples. De là, l'inculturation implique
l'incarnation de l'Évangile dans une culture, et l'Évangile à
son tour évangélise la culture en la purifiant de tout ce qui est
pécamineux et déshumanisant, et en ennoblissant tout ce qui est
bon et positif en elle.
Une telle double inculturation est un besoin urgent en Asie afin que l'Évangile
puisse ne pas apparaître comme un corps étranger. L'inculturation dépasse
de beaucoup la simple adaptation. C'est une véritable incarnation: «elle
signifie une intime transformation des authentiques valeurs culturelles par leur
intégration dans le christianisme, et l'enracinement du christianisme
dans les diverses cultures humaines».(103) C'est un processus profond, qui
embrasse tout, et en même temps difficile et lent. C'est une véritable
symbiose entre la culture et l'Évangile. On ne peut pas surestimer
l'importance de l'inculturation dans le contexte des cultures et de l'histoire
de l'Asie, puisqu'il est essentiel pour l'Église de devenir «un
signe plus compréhensible de ce qu'elle est et un instrument plus adapté
à sa mission».(104)
Jésus a rendu sa mission spirituelle évidente et intelligible à
travers ses paroles et ses actes. L'Église, à l'exemple du Maître,
s'engage en faveur de la libération de l'homme et sa promotion
dans toutes ses activités d'évangélisation. Il devrait en être
ainsi tout particulièrement en Asie où des centaines de millions
de gens vivent encore dans une pauvreté inhumaine. La pauvreté écrasante
fait partie de ces réalités asiatiques qui poussent à redéfinir
et à modifier le concept de l'évangélisation en Asie.
Tous les documents de la FABC de Taïpé à Manille, ont
souligné l'importance de la libération et de la promotion humaine
dans l'activité évangélisatrice de l'Église en Asie.
Celle-ci est appelée à être du coté des pauvres «qui
luttent pour surmonter tout ce qui les condamne à rester en marge de la
vie: la famine, les maladies chroniques, l'analphabétisme, la pauvreté,
l'injustice [...] les situations de néocolonialisme économique et
culturel».(105) La solidarité avec les pauvres, l'entraide dans leur
combat pour la justice, le réveil de la conscience de la société
aux besoins des pauvres, les oeuvres de charité sont tous des moyens
d'exprimer le salut intégral que Dieu offre à l'humanité en
Jésus-Christ.(106)
Formation à la mission
34. Une véritable théologie catholique de la mission doit
nourrir tous les séminaires et les centres de formation des religieux en
Asie. C'est vital pour l'avenir de la mission en Asie. Ce qui est demandé,
c'est une théologie de la mission en union avec les vingt siècles
de tradition chrétienne et le Magistère explicite de l'Église.
Si les fondements christologiques et ecclésiologiques de la mission chrétienne
s'affaiblissent, c'est alors la mission chrétienne qui en pâtira.
Quelquefois, le pluralisme radical de l'Occident est répété
dans un autre langage en Asie: «Tout cela a un impact fragilisant sur la
motivation pour la mission comme les vocations missionnaires elles-mêmes,
puisque ce n'est pas un secteur insignifiant de l'Église qui est concerné:
les séminaristes en cycle d'étude sont aussi touchés».(107)
En même temps qu'une théologie positive de la mission, il est nécessaire
de dispenser une formation missionnaire dans les séminaires d'Asie et les
centres de formation. Une formation ordonnée vers la mission ne sera pas
seulement théorique, mais comprendra aussi l'exposé de l'action
concrète de la mission et de l'annonce, comprenant l'histoire de la
mission, les méthodes missionnaires utilisées dans le passé,
la connaissance des religions asiatiques, leurs textes sacrés, leurs
coutumes, etc.
La formation missionnaire appelle à un renouveau de la mission comme
l'a clairement souligné la Cinquième Assemblée Plénière
de la FABC à Bandung.(108) L'étendue et la complexité du
continent asiatique, les difficultés de l'évangélisation et
la pauvreté des moyens créent un grave problème pour l'évangélisation.
Mais ils sont aussi des défis et des opportunités pour les
disciples de Jésus-Christ et ils appellent à un sens renouvelé
de la mission.
En dernier lieu, la mission c'est le missionnaire. Dans toute formation à
la mission, la personne de l'évangélisateur est le secret du succès
ou de l'échec de la mission. Jésus s'est entièrement
identifié avec sa mission. Pareillement, l'évangélisateur
doit s'identifier à tout ce que la mission devrait être. Tout ce
qu'elle devrait être, le missionnaire devrait l'être. Quand le
missionnaire donne le témoignage vivant d'une personne pardonnée
et renouvelée par Jésus-Christ, la mission devient crédible.
MARIE, MÈRE ET MODÈLE DE L'ÉVANGÉLISATION EN
ASIE
Mère de l'Église
35. Il est significatif que Marie ait assisté au début de l'Église
le jour de la Pentecôte où l'Esprit fut communiqué aux Apôtres
et aux disciples de Jésus. Les Actes nous disent que les Onze étaient
réunis en prière dans la Chambre Haute: «Tous d'un même
coeur étaient assidus à la prière avec quelques femmes,
dont Marie mère de Jésus et avec ses frères» (Ac
1, 14). La scène manifeste que l'Église a toujours été
accompagnée par la présence maternelle et l'exemple de Marie, la Mère
du Seigneur.
L'Église en Asie se réunissant à la veille du Troisième
Millénaire et attendant une nouvelle Pentecôte, se tourne vers
Marie, la Mère de l'Église. Il y a deux raisons pour agir ainsi:
la première, parce que Marie, à travers le mystère de sa
naissance virginale, est la Mère du Seigneur; la seconde, parce qu'elle
est devenue en vertu de ses souffrances au pied de la Croix, la Mère
mystique de tous les croyants.
En outre, le Seigneur Jésus, en mourant, a donné Marie comme Mère
à Jean son disciple, pour l'accompagner dans son cheminement de disciple
et d'apôtre. Jean l'Évangéliste nous dit: «Or près
de la Croix de Jésus se tenait sa mère [...] Jésus donc
voyant sa mère et, se tenant près d'elle, le disciple qu'il
aimait, dit à sa mère: "Femme, voici ton Fils". Puis il
dit au disciple: "Voici ta mère". Dès cette heure-là,
le disciple l'accueillit chez lui» (Jn 19, 25-27). De même,
l'Église et les disciples du Seigneur ont pris Marie pour Mère.
Marie fut la première à recevoir l'Évangile, la Bonne
Nouvelle du salut en Jésus-Christ apportée par l'ange Gabriel de
la part de Dieu.(109) Sans aucune réserve, elle répondit par un «Amen»
inconditionnel et irrévocable. À son exemple, les chrétiens
cherchent à accueillir l'Évangile et toutes ses valeurs dans leur
vie personnelle. En second lieu, Marie a partagé la Bonne Nouvelle par
l'amour et le service avec Élisabeth et Zacharie. Les membres de l'Église
désirent être aussi serviteurs intérieurement et extérieurement
d'autres chrétiens et de leurs frères non-chrétiens
par des actes d'amour et de service.
Modèle d'évangélisation
36. Depuis le tout début de l'Église, Marie fait partie de l'évangélisation
catholique. Il suffit de lire les Pères de l'Église pour voir
comment ils parlaient de Marie dans sa relation à l'Église et de
la relation de l'Église à Marie. L'histoire entière de l'évangélisation
dans les continents et pays est accompagnée par la figure de Marie. Il
est dit que Thomas l'Apôtre, dans son périple missionnaire, emporta
avec lui une image de Marie peinte par S. Luc. Cette anecdote contient un
message pour tout évangélisateurs. L'existence même de la légende
prouve que Marie faisait partie de la proclamation missionnaire de l'Église
primitive. Depuis ce temps, les missionnaires ont emporté avec eux
l'image de Marie, non sur du bois ou une toile, mais dans leur coeur, selon la
théologie mariale prévalant dans leur pays. Ces mêmes
missionnaires ont présenté à leurs convertis Marie comme Mère
du Christ et de tous les croyants, aussi bien que comme modèle à
imiter et à vénérer.
Les sanctuaires mariaux abondent dans toute l'Asie, depuis le Moyen-Orient
jusqu'à l'Extrême- Orient, depuis l'Inde jusqu'aux Philippines ou à
la Corée. Ces sanctuaires sont visités chaque année par des
millions de non-chrétiens à travers toute l'Asie. On peut dire par
conséquent que Marie conduit les gens à Jésus, car son
image est inséparable du divin enfant qu'elle porte dans ses bras.
La figure de Marie a une valeur évangélisatrice et
humanisante. Dans beaucoup de cultures en Asie, la mère est l'objet d'un
grand respect. Des expressions telles que «Mère Inde», «Mère
Dieu» ou «Mère terre» sont fréquemment entendues en
Asie. D'où des vocables comme «Mère de Dieu» ou «Mère
du Seigneur» ne sont pas des expressions extraordinaires pour les
asiatiques. Ils évoquent dans leurs coeurs des résonances
religieuses familières.
De plus, la figure de Marie peut être un symbole extrêmement
puissant pour la libération des femmes en Asie. Marie occupe la place la
plus élevée et la plus vénérée dans la
Tradition chrétienne. Elle est le modèle de tout ce que l'Église
est appelée à être et sera comme l'enseigne Vatican II: «La
Mère de Dieu est la figure de l'Église, et cela dans l'ordre de la
foi, de la charité et de l'union parfaite avec le Christ».(110) Ce même
Concile affirme que Marie est entrée dans l'histoire du salut comme
personne d'autre ne l'a fait.(111)
Partout et à chaque fois qu'elle fait l'objet de la prédication
et de la vénération, elle conduit les gens vers son Fils. De même
qu'elle a accompli son pèlerinage jusqu'à la condition de parfaite
disciple de Jésus, elle invite tout le monde à en faire
autant.(112) Ceci est la raison pour laquelle l'Église en Asie, dans ses
efforts d'évangélisation, regarde vers Marie. L'Église en
Asie cherche à accomplir comme Marie le même pèlerinage de
foi en Jésus-Christ, un pèlerinage d'espoir, dans l'attente de
l'heure de Dieu pour la récolte des semences de la Parole déjà
jetée en terre, et un pèlerinage de charité dans l'humble
service et le respect de tous.
Marie et les missionnaires
37. Marie a toujours inspiré la fondation de nombreuses congrégations
missionnaires dans l'Église. Ceci est particulièrement vrai de
centaines de milliers de religieux, frères et prêtres, et de
religieuses. Des centaines de congrégations locales ont été
inspirées et soutenues par l'exemple de Marie, de son service, son amour
et sa charité. Le Concile dit avec raison: «La Vierge fut dans sa
vie un modèle de cet amour maternel dont doivent être animés
tous ceux qui, associés à la mission apostolique de l'Église,
coopèrent à la régénération des hommes».(113)
Ceci est quelque chose de caractéristique de l'évangélisation
catholique.
L'Église en Asie, par conséquent, se tourne vers Marie pour
lui demander son intercession, son exemple, sa conduite et sa force afin de
continuer sa mission comme le dit le Concile: «Aussi, l'Église, en
son travail apostolique également, regarde-t-elle avec raison vers celle
qui engendra le Christ conçu donc de l'Esprit Saint et né de la
Vierge, afin qu'il naisse et grandisse également dans le coeur des fidèles
par le moyen de l'Église».(114)
À l'aube du Troisième Millénaire, l'Église en
Asie se tourne par conséquent vers Marie pour une nouvelle inspiration,
pour qu'elle la guide et intercède pour elle dans sa difficile mission de
proclamer son Fils aux peuples de l'Asie.(115) L'Église en Asie est
fortifiée par sa présence sur le chemin incertain du Troisième
Millénaire de l'évangélisation. Mais dans ce voyage, elle
chemine le long du sentier déjà parcouru par la Vierge Marie.(116)
CONCLUSION
38. À l'approche du Troisième Millénaire, l'Église
de Jésus-Christ jette un regard tourné vers le futur pour voir ce
qui pourrait lui être réservé en Asie, et ce que ce même
avenir réserve à tous les peuples de l'Asie chrétiens
aussi bien qu'adeptes des autres religions. Elle remercie joyeusement le
Seigneur pour le don de la foi, pour la connaissance salvatrice de Jésus-Christ,
pour l'effusion du Saint-Esprit, pour tous les missionnaires qui ont apporté
l'Évangile au continent asiatique, en commençant par S. Thomas
l'Apôtre. Elle souhaite faire mémoire des grands apôtres et
martyrs du continent asiatique: S. François-Xavier, De Britto, André
Kim, Paul Miki et ses compagnons, Théophane Vénard et les martyrs
thaïs, Bx Joseph Vaz, B.se Alphonse, Bx Chavara Kuriakose et des milliers
d'autres.
L'Église veut être une communauté dont toutes les parole
et les actions portent témoignage à la plénitude de la vie
divine qui est la sienne en raison de sa communion avec la Sainte Trinité.
Comme dans l'Église primitive, elle cherche à prêcher le
Christ crucifié et ressuscité, de telle sorte que les richesses de
sa vie puissent être communiquées à ceux qui ouvriront leur
coeur aux invitations de l'Esprit pour la conversion. L'Église encourage
tous ses membres en Asie à utiliser la préparation pour l'Assemblée
Spéciale du Synode des Évêques pour l'Asie comme une
opportunité pour se retrouver ensemble dans la mission évangélique
de l'Église en poursuivant plus intensément une vie quotidienne de
renouveau spirituel et de régénération, selon l'état
de vie de chacun de telle sorte que la vie du Christ puisse briller désormais
à travers un véritable témoignage commun. L'Église
se rend compte que le repentir est un élément important du
processus de renouveau (cf. Lc 24, 47). De ce point de vue, Elle appelle
tous ses membres à convertir leurs coeurs et à se repentir des
fautes du passé et des divisions qui ont put rendre difficile pour les
peuples d'Asie la contemplation de la face de Jésus-Christ.
Comme communauté de disciples qui ont reçu le pardon à
travers une nouvelle effusion de l'Esprit promis par Jésus, l'Église
désire donner le témoignage de son Seigneur dans toutes les régions
de l'Asie et dans tous les secteurs de la vie: «Mais vous allez recevoir
une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous; vous serez alors mes
témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la
Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre» (Ac 1,
8). En raison du don de l'Esprit de Jésus-Christ, l'Église ne peut
pas s'empêcher d'être une communauté missionnaire, prête
à proclamer Jésus-Christ à tous les peuples d'Asie sans
s'occuper de leur positon ou de leur état de vie.
Cette annonce de Jésus-Christ s'accomplit toujours dans le dialogue,
qui en grande part exigera l'engagement à un échange avec les
religions et les cultures des peuples d'Asie. L'Église fait ceci non
comme «une étrangère au pays», mais comme quelqu'un qui
va commencer le Troisième Millénaire de sa vie et de son existence
sur le continent asiatique. Dans ce dialogue, l'Église veut proclamer ce
que Dieu a révélé en son Fils Jésus-Christ. Ce
message est un message de vie, la vie dans toute sa plénitude. Il est la
réponse à ce que tous les coeurs en Asie ont désiré
secrètement pendant des siècles et des millénaires.
Comme Servante du Seigneur, Servante du Royaume, et Servante des peuples de
l'Asie, l'Église désire continuer à annoncer le Christ par
des actions concrètes d'amour et de service des peuples d'Asie dans leur
recherche de Dieu et dans leur aspiration à la dignité humaine et à
une vie meilleure. «Comme servante de Yahwé et de l'humanité,
l'Église invitera aussi à une participation plénière
dans la communauté chrétienne ceux qui y sont conduits par
l'Esprit de Dieu».(117) Ce service est fait dans un esprit de compassion
pour tous, spécialement pour les plus pauvres. Dans chaque situation, l'Église
cherche à être comme son Seigneur, le Bon Samaritain, qui est venu
soigner et guérir les blessures du péché, de l'injustice,
de l'oppression, de l'exploitation sous toutes ses formes. «Cette
compassion sera même perçue plus profondément, et permettra à
tout homme spécialement les pauvres, les démunis et les
opprimés d'accueillir la personne du Christ, qui s'est uni lui-même
à chaque être humain, bien qu'il puisse en être inconscient».(118)
Comme le Grand Jubilé de l'An 2000 approche, l'Église, en
guise d'encouragement et de motif certain d'espérer, ne peut oublier les
grands moments de l'évangélisation en Asie. Le Jubilé nous
rappelle la prédication et le témoignage des Apôtres qui
pour la plupart ont accompli leur ministère sur le continent asiatique.
Cette période du Jubilé marque aussi le 7ème centenaire de
l'évangélisation de la Chine par Jean de Montecorvino, le 5ème
centenaire de S. François-Xavier et de la mission moderne en Asie, le 4ème
centenaire de l'évangélisation des Philippines et le 4ème
centenaire des martyrs du Japon.(119)
En rappelant le passé, l'Église cherche à avancer dans
l'histoire de la mission catholique en Asie. L'occasion peut servir de nouveau départ
pour l'évangélisation: «nouveau» dans ses comportement
envers les religions et les cultures, «nouveau» dans ses méthodes
et «nouveau» dans les pistes de mission. Cette mission d'évangélisation
n'est pas entreprise dans un esprit de rivalité ou d'intérêt
personnel, mais en communion et en harmonie avec tous les peuples de l'Asie. De
cette manière, la face du Christ brillera à travers l'Église
de telle sorte que tous les peuples de l'Asie puissent voir et croire (cf. Jn
20, 8), et par là expérimenter l'amour du Christ, son pardon et sa
grâce, et partager la plénitude de vie de l'Église que le
Christ est venu donner: «Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné
son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la
vie éternelle» (Jn 3, 16).
QUESTIONS
CHAPITRE I : LES RÉALITÉS DE L'ASIE
1. Pouvez-vous décrire quelques uns des aspects positifs aussi bien
que des imperfections de l'évangélisation dans votre région
en relation avec les réalités asiatiques, par exemple:
religieuses, socio-économiques, politiques, etc.? À la lumière
de ces réalités, quels sont les domaines spécifiques qui
devraient recevoir une particulière attention et quelles devraient être
les approches spécifiques de l'Église dans sa mission d'évangélisation
en Asie?
CHAPITRE II : L'ÉVANGÉLISATION EN ASIE
2. Évaluez l'état des activités missionnaires de l'Église
en Asie et dans votre région (les structures, les programmes, les
mouvements, etc.). Mentionnez les manières spécifiques de
promouvoir et d'aider l'activité missionnaire de l'Église en Asie.
3. Qu'est-ce qui est fait pour la formation des agents de l'activité
missionnaire, par exemple les évêques, le clergé, les
religieux, les séminaristes, les laïcs, les instituts missionnaires,
les mouvements ecclésiaux, etc.? À votre avis, qu'est-ce qui
devrait être fait dans ce domaine?
CHAPITRE III : LE DESSEIN SALVIFIQUE DE DIEU DANS L'HISTOIRE
4. Qu'est-ce qui est fait dans votre région pour aider les membres de
l'Église à tirer une meilleur connaissance des traditions des
autres religions en Asie? Qu'est-ce que l'Église peut apprendre de son
dialogue avec les autres religions asiatiques, et de la connaissance obtenue?
Jusqu'où les aspects positifs des religions asiatiques peuvent-ils être
utilisés et développés dans l'accomplissement de la mission
de l'Église d'apporter le salut à tous les peuples de l'Asie?
CHAPITRE IV : JÉSUS-CHRIST LE SAUVEUR: LA BONNE NOUVELLE DE DIEU À
TOUS LES HOMMES
5. Dans votre région, comment est perçue la Personne du Christ
et comment est-elle proposée dans la mission de l'Église de
L'annoncer ainsi que son salut aux peuples d'Asie? Décrivez les moyens où
l'Église peut maintenir la centralité de l'annonce de Jésus-Christ
lorsqu'elle est confrontée à des situations politiques, sociales
ou culturelles très difficiles? De quelle manière l'Église
peut-elle présenter Jésus-Christ comme le seul et unique Sauveur
ainsi que l'universalité du salut en Lui?
CHAPITRE V : L'ÉGLISE COMME COMMUNION
6. Évaluez dans votre région la compréhension qu'a l'Église
du besoin et de sa responsabilité d'accomplir la mission du Christ dans
l'Esprit. Comment s'accomplit la formation à ce point de vue dans les
différents niveaux de la vie de l'Église? Mentionnez quelques
efforts concrets entrepris par l'Église dans le domaine de la mission
dans votre région, et leurs résultats. Décrivez les différents
éléments qui devraient être pris en compte dans les
initiatives futures dans ce secteur.
7. Faites l'évaluation de la manière dont la communion ecclésiale
est vécue dans l'Église locale de votre région. Montrez
comment les différentes Églises chrétiennes donnent un témoignage
commun dans leurs activités missionnaires. Comment les personnes d'autres
religions voient ces communautés chrétiennes? Indiquez les voies
par lesquelles les communautés ecclésiales peuvent devenir plus
conscientes de leur unité dans le Christ et la montrer plus concrètement
dans la mission d'évangélisation en Asie de l'Église.
8. Quels efforts sont faits dans votre région pour encourager une
plus grande compréhension oecuménique et une plus grande unité
entre les différentes Églises et les différentes traditions
ecclésiales?
9. Qu'est-ce qui est fait par l'Église en Asie pour entrer en
dialogue avec les autres religions de votre région: le dialogue hindo-chrétien,
islamo-chrétien, ou avec le Bouddhisme ou la Religion Traditionnelle,
etc.? Quels sont les différents niveaux où s'accomplit ce
dialogue? Quels en sont les résultats concrets? Quel devrait être
le souci de l'Église dans ce secteur pour le futur?
CHAPITRE VI : LA MISSION D'AMOUR ET DE SERVICE DE L'ÉGLISE EN
ASIE
10. Décrivez l'étendue de l'inculturation dans les différents
aspects et les différents domaines de la vie de l'Église dans
votre région (par exemple, la théologie chrétienne, la
liturgie, la spiritualité, l'art liturgique, l'architecture, etc.), et
ses effets en relation avec la mission de l'Église. Quelle est la
contribution que votre région apporte aux efforts d'inculturation de l'Église
universelle?
11. Comment la doctrine sociale de l'Église est-elle utilisée
dans la mission d'évangélisation d'amour et de service de l'Église
en Asie (la promotion humaine et le développement, les situations de
guerre civile et de conflit ethnique, les réfugiés, les migrants,
les marginalisés, etc.)?
12. Qu'a fait l'Église dans votre région pour utiliser les
moyens de communication sociale dans sa mission d'évangélisation,
spécialement la presse, la radio, la télévision, les films,
la vidéo, internet, etc.? Quelles initiatives doivent être
prises dans le futur?
13. Comment pourriez-vous décrire la spiritualité et la dévotion
mariale de votre région comme moyen d'évangélisation et de
catéchèse? La figure de Marie est perçue et appréciée
comme le modèle parfait du disciple du Christ? Est-ce que la dévotion
mariale conduit les gens à une vraie imitation de Jésus-Christ?
15. Faites vos suggestions et vos remarques sur d'autres sujets relatifs au
thème du Synode, qui ne sont pas compris dans cette série de
questions.
Cité du Vatican 1996
(1) CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution pastorale sur
l'Eglise dans le monde de notre temps Gaudium et spes, 1.
(2) Cf. PAUL VI, Lettre apostolique Octogesimo adveniens, 20 :
AAS 63 (1971) 415-416.
(3) Cf. JEAN-PAUL II, Lettre au Délégués, FÉDÉRATION
DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES D'ASIE , Cinquième Assemblée
Plénière, Bandung (Indonésie), 17-27 juillet 1990: FABC
PAPERS, n. 59, p.2.
(4) Ibid.
(5) Cf. ORGANIZATION DES NATIONS UNIES, Rapport de la Conférence
Internationale sur Population et Développement, Le Caire (Egypte),
5-13 spetembre 1994, D, 6.21 ff.
(6) JEAN-PAUL II, Lettre au Délégués, FÉDÉRATION
DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES D'ASIE , Cinquième Assemblée
Plénière, Bandung (Indonésie), 17-27 juillet 1990: FABC
PAPERS, n. 59, p.2.
(7) Cf. CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution pastorale sur
l'Eglise dans le monde de notre temps Gaudium et spes, 1.
(8) JEAN-PAUL II, Entrez dans l'espérance, (Paris,
Plon-Mame, 1994), p. 318.
(9) Cf. BENOIT XV, Lettre apostolique Maximum illud, 9: AAS
11 (1919) 445.
(10) Cf. ibid, 7: AAS (1919) 443.
(11) Cf. BENOÎT XV, Lettre apostolique Maximum illud, 9:
AAS 11 (1919) 440-455; PIE XI, Lettre encyclique Rerum ecclesiae
: AAS 18 (1926) 65-83; PIE XII, Lettre encyclique Evangelii
praecones: AAS 43 (1951) 497-528; Lettre encyclique Fidei donum:
AAS 49 (1957) 225-248; JEAN XXIII, Lettre encyclique Princeps
pastorum: AAS 51 (1959) 833- 864; PAUL VI, Exhortation apostolique
Evangelii nuntiandi: AAS 68 (1976) 5-76; JEAN- PAUL II, Lettre
encyclique Redemptoris missio: AAS 83 (1991) 249-340.
(12) Cf. JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemporis missio, 21 :
AAS 83 (1991) 268.
(13) CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur l'Église
Lumen gentium, 2.
(14) S. IRÉNÉE, Adversus Haereses, 4, 20, 7: SC 100,
II, pp. 648-649.
(15) S. BONAVENTURE, In Secundum Librum Sententiarum 1, 2.2.1:
Opera omnia, Ad Claras Aquas (prope Florentiam), Typographia Collegii S.
Bonaventurae, 1885, II, p. 44.
(16) Cf. CATÉCHISME DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, n. 289.
(17) JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 28: AAS
83 (1991) 274; cf. JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Dominum et Vivificantem,
53: AAS 78 (1986) 875-876.
(18) Cf. JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Dominum et Vivificantem,
53: AAS 78 (1986) 874-876.
(19) CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Décret sur l'activité
de l'Église missionnaire Ad gentes 3, 11, 15.
(20) JEAN-PAUL II, Visite apostolique en Inde (1-10 février 1986),
Discours au membres des religions non chrétiennes, (3 février
Madras), 2-4: AAS 78 (1986) 762-765.
(21) PAUL VI, Enseignements, 1964, II, (Cité du Vatican:
Typographie Polyglotte Vaticane, 1965), p. 693.
(22) CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur l'Église
Lumen gentium, 16.
(23) CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur la
Révélation Divine Dei Verbum, 3.
(24) Cf. ibid., 11.
(25) Cf. ibid., 9.
(26) JOHN HENRY CARDINAL NEWMAN, The Arians of the 4th Century,
(Longmans: London, 1872), pp. 80-81.
(27) Cf. S. JEAN CHRYSOSTOME, Homiliae in Romanos 13,8: PG 60, 519 .
(28) JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 29: AAS
83 (1991) 275.
(29) Ibid.
(30) CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Décret sur l'activité
de l'Église missionnaire Ad gentes, 3.
(31) JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 29: AAS
83 (1991) 275.
(32) JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 5: AAS
83 (1991) 254.
(33) CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution pastorale sur
l'Eglise dans le monde de notre temps Gaudium et spes, 22.
(34) JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptor hominis, 10: AAS
71 (1979) 274- 275.
(35) JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 5: AAS
83 (1991) 254.
(36) Cf. ibid.
(37) G. ROSALES and C.G. AREVALO, ed., For All The Peoples of Asia:
Federation of Asian Bischop's Conferences Documents from 1971 to 1991,
(Quezon City, Philippines, Claretian Publications, 1994), p. XXI.
(38) FEDERATION OF ASIAN BISHOPS' CONFERENCES , Report of the Workshop:
The Church in Asia and Mission in the 1990's, Cinquième Assemblée
Plénière, Bandung (Indonésie), 17-27 juillet 1990: FABC
PAPERS, n. 59, p. 53.
(39) Cf. CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution pastorale
sur l'Eglise dans le monde de notre temps Gaudium et spes, 22.
(40) JEAN-PAUL II, Lettre au Délégués, FÉDÉRATION
DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES D'ASIE , Cinquième Assemblée
Plénière, Bandung (Indonésie), 17-27 juillet 1990 : FABC
PAPERS, n. 59, p. 3.
(41) FÉDÉRATION DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES
D'ASIE, Première Assemblée Plénière, Taipé
(Taiwan), 22-26 avril 1974, 7: G.ROSALES and C.G. AREVALO, ed., For All the
Peoples of Asia: Federation of Asian Bishop's Conferences Documents from 1971
to 1991, (Quezon City, Philippines, Claretian Publications, 1994), p. 13.
(42) JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptor hominis, 13: AAS
71 (1979) 282.
(43) JEAN-PAUL II, Lettre aux Délégués, FÉDÉRATION
DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES D'ASIE , Cinquième Assemblée
plénière, Bandung (Indonésie), 17-27 juillet 1990: FABC
PAPERS, n. 59, p. 3.
(44) CATÉCHISME DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, n. 737.
(45) Ibid., n. 738.
(46) Ibid.
(47) Ibid., n. 737.
(48) Cf. ibid., n. 730.
(49) Cf. CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur
l'Église Lumen gentium, 5.
(50) Cf. CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Décret sur l'activité
de l'Église missionnaire Ad gentes, 2.
(51) TROISIÈME ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE DU
SYNODE DES ÉVÊQUES (1974) « L'Évangélisation
dans le monde contemporain », Déclaration des Pères du
Synode, 4: L'Osservatore Romano, Edition hebdomadaire en Anglais, 7
novembre 1974, p. 3 ; cf. PAUL VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi,
14 : AAS 66 (1976) 13.
(52) Cf. CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur
l'Église Lumen gentium, 2 sq.
(53) CATÉCHISME DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, n. 257.
(54) Ibid.
(55) JEAN-PAUL II, Discours d'ouverture du Synode de l'Église
syro-malabare, 6: L'Osservatore Romano, édition hebdomadaire
en langue française, 16 janvier 1996, p. 6.
(56) Cf. FÉDÉRATION DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES
D'ASIE, Final Statement, Troisième Assemblée Plénière,
Bangkok (Thaïlande), 20-27 Octobre 1982: G. ROSALES AND C.G. AREVALO, ed.,
For All the Peoples of Asia: Federation of Asian Bishops' Conferences
Documents from 1971 to 1991, (Quezon City, Philippines: Claretian
Publications, 1994), pp. 49-65.
(57) JEAN-PAUL II, Exhortion apostolique post-synodale Christifideles
laici, 32: AAS 81 (1989) 451-452.
(58) Cf. FÉDÉRATION DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES
D'ASIE, Bureau d'évangélisation, Conclusions of the
Theological Consultation, Hua Hin (Thaïlande), 3-10 novembre 1991,
1-54: G.ROSALES and C.G. AREVALO, ed., For All the Peoples of Asia:
Federation of Asian Bishop's Conferences Documents from 1971 to 1991,
(Quezon City, Philippines, Claretian Publications, 1994), p. 335-347.
(59) Cf. CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Décret sur l'OecuménismeUnitatis
redintegratio, 3.
(60) Cf. JEAN-PAUL II, Lettre apostolique Tertio millennio adveniente,
34: AAS 87 (1995) 26-27.
(61) FÉDÉRATION DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES
D'ASIE, par exemple, Déclarations de la Troisième Assemblée
Plénière, Bangkok (Thaïlande) 20-27 octobre 1982; Quatrième
Assemblée Plénière, Tokyo (Japon) 16-25 septembre 1986;
Conférence Panasiatique sur l'évangélisation, Suwon (Corée)
24-31 août 1988; Cinquième Assemblée Plénière,
Bandung (Indonésie), 17-27 juillet 1990; Sixième Assemblée
Plénière, Manille (Philippines), Janvier 1994.
(62) Cf. CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur
l'Église Lumen gentium, 13.
(63) PAUL VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, 53:
AAS 68 (1976) 41.
(64) Cf. INSTITUT ÉPISCOPAL POUR LES ACTIVITÉS
INTERRELIGIEUSES SUR LA THÉOLOGIE DU DIALOGUE - BIRA IV/2, Statement
of the Final Assembly, Hua Hin (Thailand), 21-26 February 1991, 1-58:
G.ROSALES and C.G. AREVALO, ed., For All the Peoples of Asia: Federation of
Asian Bishop's Conferences Documents from 1971 to 1991, (Quezon City,
Philippines: Claretian Publications, 1994), p. 325-334.
(65) JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redomptoris missio, 23: AAS
83 (1991) 270.
(66) CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur l'Église
Lumen gentium, 7.
(67) Ibid., 1.
(68) CATÉCHISME DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, n. 748.
(69) CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur l'Église
Lumen gentium, 1
(70) Ibid.
(71) Cf. FÉDÉRATION DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES
D'ASIE, Final Statement, Conférence Panasiatique sur l'évangélisation,
Suwon (Corée), 24-31 août 1988: FABC PAPERS, n. 64, p.20-23; PAUL
VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, 17- 21: AAS 68
(1976) 17-20; JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 17,
52-59: AAS 83 (1991) 264-265, 299-308.
(72) PAUL VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, 53:
AAS 68 (1976) 41-42.
(73) Ibid., 22: AAS 68 (1976) 20.
(74) FÉDÉRATION DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES
D'ASIE, Final Statement, Conférence Panasiatique sur l'évangélisation,
Suwon (Corée), 24-31 août 1988, 6: FABC PAPERS, n. 64, p. 20-21.
(75) PAUL VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, 27:
AAS 68 (1976) 23.
(76) Cf. ibid.
(77) Cf. JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 61:
AAS 83 (1991) 310.
(78) Cf. ibid., 6: AAS 83 (1991) 310.
(79) Cf. CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Décret sur l'activité
de l'Église missionnaire Ad gentes, 23.
(80) Cf. CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur
l'Église Lumen gentium, 23; JEAN-PAUL II, Lettre encyclique
Redemptoris Missio, 61, 63: AAS 83 (1991) 309-312.
(81) Cf. CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Décret sur la charge
Pastorale des Évêques Christus Dominus, 1 sq.
(82) CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Décret sur le ministère
et la vie des prêtres Presbyterorum ordinis, 10; Décret sur
l'activité de l'Église missionnaire Ad gentes, 39;
JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 67: AAS 83
(1991) 315.
(83) Cf. ibid.
(84) Ibid ; cf. aussi le Guide pour les activités
pastorales des prêtres, CEP, 1989.
(85) Cf. JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 66:
AAS 83 (1991) 314; CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Décret
sur l'activité de l'Église missionnaire Ad gentes, 23-27.
(86) Cf. PAUL VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi,
69: AAS 68 (1976) 58-59.
(87) Cf. ibid.; JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris
missio, 69: AAS 83 (1991) 317; CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN
II, Décr. Ad gentes, 40.
(88) JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 69: AAS
83 (1991) 317.
(89) Cf. JEAN-PAUL II, Exhortation apostolique post-synodale Christifideles
laici, 35: AAS 81 (1989) 457; Lettre encyclique Redemptoris
missio, 71: AAS 83 (1991) 318.
(90) Cf. ibid., 73-74: AAS 83 (1991) 320-322.
(91) Cf. JEAN-PAUL II, Exhortation apostolique post-synodale Christifideles
laici, 35: AAS 81 (1989) 458.
(92) JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 72: AAS
83 (1991) 320.
(93) Cf. PAUL VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, 41:
AAS 68 (1976) 31-32.
(94) Ibid., 24: AAS 68 (1976) 21.
(95) Cf. FÉDÉRATION DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES
D'ASIE, Final Statement, Cinquième Assemblée Plénière,
Bandung (Indonésie), 17-25 juillet 1990, 4.1: FABC PAPERS, n. 59, p. 34.
(96) Cf. CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur
la Révélation Divine Dei Verbum, 21.
(97) JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 91: AAS
83 (1991) 338.
(98) FÉDÉRATION DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES
D'ASIE, Report of the Workshop: A Spirituality of Our 1990's, Cinquième
Assemblée Plénière, Bandung (Indonésie), 17-25
juillet 1990, 4.1: FABC PAPERS, n. 59, p. 57.
(99) JEAN-PAUL II, Exhortation apostolique post-synodale Vita
consecrata, 8: AAS 88 (1996) 383.
(100) Cf. JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 55:
AAS 83 (1991) 302-304.
(101) Cf. ibid.
(102) Cf. JEAN-PAUL II, Lettre aux Délégués, FÉDÉRATION
DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES D'ASIE, Cinquième Assemblée
Plénière, Bandung (Indonésie), 17-25 juillet 1990: FABC
PAPERS, n. 59, p. 4 ; Lettre encyclique Redemptoris missio, 55-56 : AAS
83 (1991) 302-305.
(103) ASSEMBLÉE EXTRAORDINAIRE DU SYNODE DES ÉVÊQUES
(1985), Rapport final, II, D, 4.
(104) JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 52:
AAS 83 (1991) 300.
(105) PAUL VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, 30:
AAS 68 (1976) 26.
(106) Cf. JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 58-60:
AAS 83 (1991) 305-309.
(107) FÉDÉRATION DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES
D'ASIE, Report of the Workshop: The Church in Asia and the Mission in the
1990's, Cinquième Assemblée Plénière, Bandung
(Indonésie), 17-25 juillet 1990: FABC PAPERS, n. 59, p. 53.
(108) FÉDÉRATION DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES
D'ASIE, Final Statement, Cinquième Assemblée Plénière,
Bandung (Indonésie), 17-25 juillet 1990, 3: FABC PAPERS, n. 59, pp.
31-33.
(109) Cf. CONCILE OECUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur
l'Église Lumen gentium, 53.
(110) Ibid., 63.
(111) Cf. ibid., 65.
(112) Cf. ibid.
(113) Ibid.
(114) Ibid.
(115) Cf. JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 92:
AAS 83 (1991) 339.
(116) Cf. JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris Mater, 25sq:
AAS 79 (1987) 393sq.
(117) FÉDÉRATION DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES
D'ASIE , Final Statement, Cinquième Assemblée Plénière,
Bandung (Indonésie), 17-25 juillet 1990, 6.3: FABC PAPERS, n. 59, pp. 36.
(118) Ibid. 6.4; cf. JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris
missio, 14: AAS 83 (1991) 262-263; CONCILE OECUMÉNIQUE
VATICAN II, Constitution pastorale sur l'Eglise dans le monde de notre temps
Gaudium et spes,22.
(119) Cf. JEAN-PAUL II, Lettre apostolique Tertio millenio adveniente,
25: AAS 87 (1995) 21.
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