INSTRUMENTUM LABORIS
CITÉ DU VATICAN
1997
© Secrétairerie Générale du Synode des Évêques
et Libreria Editrice Vaticana.
Ce texte peut être reproduit par les Conférences épiscopales
ou avec leur autorisation à condition que son contenu ne soit pas modifié
et que deux exemplaires de la publication soient envoyés à la Secrétairerie
Générale du Synode des Évêques, 00120 Cité
du Vatican.
PRÉFACE
L'initiative de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, indiquée
très explicitement dans la Lettre Apostolique Tertio millennio
adveniente, de convoquer une Assemblée Spéciale pour l'Amérique
du Synode des Évêques, s'insère dans une série
d'autres assemblées synodales à caractère continental en
vue de la célébration du Jubilé de l'an 2000. La première
de ces assemblées, qui se réfère au continent africain, a déjà
eu lieu en 1994, tandis que les autres, concernant l'Asie, l'Océanie et
l'Europe, seront célébrées au cours des dernières
années de ce deuxième millénaire. L'Assemblée Spéciale
pour l'Amérique se réunira cette année, en 1997, après
une longue période de préparation jalonnée de divers
moments significatifs: la consultation pour la définition du thème
et son approbation par le Saint-Père, la publication des Lineamenta(3
septembre 1996) avec le questionnaire destiné à aider à la
réflexion et envoyé aux parties intéressées, l'indictiodu
synode par le Souverain Pontife(10 février 1997), c'est-à-dire la
communication officielle des dates de la réunion de l'assemblée
synodale et, pour finir, la publication du présent document de travail ou
Instrumentum laboris qui, tenant compte des réponses au document de préparation,
se présente comme l'ordre du jour proposé pour le débat
synodal.
L'intérêt suscité auprès des Églises
particulières en Amérique par l'annonce de la célébration
de l'Assemblée Spéciale pour ce continent se reflète dans
l'important pourcentage de réponses reçues au questionnaire des
Lineamenta. En effet, sur 24 Conférences épiscopales 23
ont répondu, c'est-à-dire 96 %, le pourcentage le plus élevé
de réponses jamais atteint dans l'histoire des assemblées
synodales. De plus, grâce au document de préparation, de nombreuses
Églises locales ont profité de cette occasion pour réfléchir
en commun sur les divers aspects proposés par le thème synodal,
apportant ainsi leur propre synthèse au processus de préparation
de l'Instrumentum laboris. Avec les réponses des Conférences
épiscopales et des autres parties intéressées, celles dont
il était «par droit» de leur compétence d'y répondre,
le Conseil pré-synodal et la Secrétairerie Générale
ont, avec l'aide d'experts, procédé ensuite à la rédaction
du présent document de travail, qui a fait l'objet de la quatrième
et de la cinquième réunion du Conseil pré-synodal qui se
sont déroulées à Rome, respectivement du 6 au 8 mai et du 2
au 4 juillet 1997. Durant la première de ces réunions, les membres
ont étudié un premier projet de texte qui contenait une synthèse
des réponses divisées selon les grands thèmes suggérés
par le questionnaire. La seconde réunion a été consacrée
à l'étude d'un second projet qui intégrait, dans un texte
unique, les diverses parties du premier projet ainsi que les observations inhérentes
opportunément présentées par les membres du Conseil pré-synodal.
Au cours de la réalisation de la synthèse des réponses
reçues, la priorité a toujours été donnée à
trois aspects, que l'on retrouve d'ailleurs comme constantes dans le texte définitif,
à savoir: les convergences, les divergences et les nuances des unes et
des autres, qui permettent de donner une vision plus objective de la réalité.
Ainsi, par exemple, à maintes reprises de fortes différences sont
apparues entre l'Amérique Latine et les États-Unis d'Amérique
et le Canada, cependant il convient de préciser tout de suite que sous
ces différences, qui résultent souvent d'étiquettes qui
leur ont été appliquées dans le passé, il existe des
éléments communs beaucoup plus forts qui les unissent encore plus.
De la même manière, quand se présentent certains problèmes
d'ordre général qui concernent tout le continent, il est nécessaire
d'indiquer immédiatement certaines nuances qui donnent une vision moins
simpliste et beaucoup plus objective de la réalité. De plus, il y
a lieu de signaler que le présent document expose non seulement les
convergences et les divergences avec leurs propres nuances, mais aussi les
points qui, selon les suggestions ressortant des réponses, doivent faire
l'objet d'une étude plus approfondie. Dans ces cas-là, bien que
ces aspects n'aient pas été traités d'une manière
complète et exhaustive, ils ont été néanmoins brièvement
mentionnés afin de pouvoir les inclure dans l'agenda du débat
synodal.
L'Instrumentum laboris, présenté dans les
quatres langues officielles de l'Assemblée Spéciale (espagnol,
anglais, portugais et français), conserve, dans ses grandes lignes, la
structure du document de préparation qui, à son tour, suit les
aspects proposés par le thème de l'assemblée synodale: La
rencontre avec Jésus-Christ vivant - chemin de conversion - chemin de
communion - chemin de solidarité. De cette manière, le
document de travail se compose d'une Introduction, de quatre Parties et d'une brève
Conclusion.
L'introduction focalise l'attention sur le thème synodal et sur
les trois caractéristiques fondamentales qui définissent l'identité
religieuse en Amérique: la racine chrétienne commune, la vitalité
d'une Église jeune et le pluralisme culturel. La première partie,
intitulée «La Rencontre avec Jésus-Christ vivant», développe
les grands principes qui garantissent l'annonce de la vérité complète
sur le mystère du Christ, ainsi que le thème de la relation entre Évangile
et culture (les caractéristiques dominantes de la culture contemporaine,
les cultures indigènes et afro-américaines, les cultures des
peuples immigrants, la piété populaire, l'éducation et les
moyens de communication sociale). La deuxième partie traite du concept de
la conversion à Jésus-Christ et présente les aspects
positifs et négatifs de la réalité ecclésiale et du
monde dans le contexte américain. La troisième partie consacrée
au thème de la communion, montre la communion en Jésus-Christ
comme la base et la finalité de l'évangélisation et
introduit, en plus, la thématique de l'ecclésiologie de la
communion au Concile Vatican II pour exposer, ensuite, les difficultés liées
à la communion intra-ecclésiale et la situation de l'Église
catholique dans le contexte religieux du continent (relations oecuméniques,
dialogue interreligieux et le problème des sectes et des autres
mouvements religieux). La quatrième partie affronte le thème de la
solidarité rappelant l'attention sur la conscience solidaire de l'Église
en Amérique et sur l'utilisation faite par l'Église de la Doctrine
Sociale pour répondre aux grands défis de la société
contemporaine sur le continent (la pauvreté, la dette extérieure
et la culture de la mort, entre autres). Le document se termine par une brève
conclusion, qui reprend les coordonnées du thème synodal en
rapport avec la nouvelle évangélisation au seuil du troisième
millénaire, invoquant la protection de Notre-Dame de Guadalupe pour
annoncer Jésus-Christ vivant, chemin de conversion, de communion et de
solidarité dans tout le continent.
Jan P. Cardinal Schotte, C.I.C.M.
Secrétaire Général
INTRODUCTION
Le thème de l'Assemblée Spéciale
1. Tandis que tout le Peuple de Dieu s'apprête à célébrer
avec joie le début du Troisième Millénaire, en même
temps que les 2000 ans de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ,
les Pasteurs de l'Église qui est en Amérique, répondant à
la convocation du Saint-Père, se réunissent pour la première
fois en une Assemblée Spéciale du Synode des Évêques
pour ce continent, afin de réfléchir sur le thème: La
rencontre avec Jésus-Christ vivant, chemin pour la conversion, la
communion et la solidarité en Amérique.(1) Ce thème
permet de connaître la situation actuelle de l'Église de ce
continent et la manière dont Elle peut se préparer au mieux pour
affronter les nouveaux défis de l'évangélisation pour
l'avenir, dans le cadre des finalités proposées par le Souverain
Pontife pour l'Assemblée synodale:(2)
- promouvoir une nouvelle évangélisation en tout le
continent comme expression de communion épiscopale;
- augmenter la solidarité entre les diverses Églises
particulières dans les différents domaines de l'action
pastorale;
- mettre en lumière les problèmes de la justice et les
relations économiques internationales entre les nations de l'Amérique,
en tenant compte des énormes inégalités entre le Nord, le
Centre et le Sud.
2. Les divers éléments qui composent la thématique de
l'Assemblée Spéciale s'articulent entre eux d'une manière
telle que les trois coordonnées fondamentales - la conversion, la
communion et la solidarité - s'inscrivent directement et intrinsèquement
dans le grand thème de la rencontre avec Jésus-Christ, comme leur
source et leur fondement. Tout comme la Parole de Dieu le démontre
clairement, ces trois concepts de base résultent de la rencontre
personnelle avec le Fils de Dieu fait homme. C'est Jésus qui invite les
hommes et les femmes de tous les temps à ce changement de vie (metanoia
- cf. Mc 1, 15), qui est le premier pas pour entrer en communion (koinonia)
avec le Seigneur lui-même et avec ses disciples (cf. Ac 2, 42). La
communion de ceux qui croient au Christ s'achemine finalement, sur les traces du
Serviteur de Dieu, à vivre dans un esprit de solidarité et de
service (diakonia), à l'égard des plus petits (cf. Mt
25, 40).
Étant donné que la rencontre avec Jésus-Christ est à
l'origine de la conversion, de la communion et de la solidarité, chacune
des parties respectives de ce texte donnera une importance particulière
sur les effets de cette rencontre dans la vie personnelle et communautaire des
croyants. De plus, ces trois parties sont étroitement liées entre
elles:
- c'est seulement par la conversion à l'Évangile de Jésus-Christ
que la véritable communion et l'authentique solidarité sont
possibles;
- la communion avec le Christ et avec son Église est, en même
temps, la base pour une conversion personnelle permanente et le fondement sur
lequel se réalise la solidarité;
- la solidarité, en tant qu'expression des valeurs essentielles du
Royaume de Dieu, met en évidence le but vers lequel convergent la
conversion et la communion.
L'identité religieuse de l'Amérique
3. Au premier abord, il semblerait tout à fait artificiel d'utiliser
le simple terme d'«Amérique», pour englober dans ce concept le
vaste territoire qui comprend les diverses régions du continent (Amérique
du Nord, du Centre, du Sud et les Caraïbes), d'autant plus que c'est
apparemment le critère géographique qui prédomine dans
cette dénomination, au détriment des autres aspects liés
aux différences historiques, ethniques, culturelles et économiques
qui caractérisent les diverses nations de ce territoire. Cependant, d'un
point de vue religieux, on peut parler d'une identité chrétienne
de l'Amérique, qui remonte à la proclamation de l'Évangile
dans le Nouveau Monde, après la découverte du continent, il y a déjà
plus de cinq cents ans. Le fait même d'avoir planté la croix en
terre américaine, lorsque Christophe Colomb aborda dans l'Île de
San Salvador(3), a représenté un signe prophétique
qui annonçait déjà comment les siècles successifs
seraient intrinsèquement liés, avec leurs grandeurs et leurs échecs,
au mystère de la Rédemption de Notre Seigneur Jésus-Christ.(4)
En effet, après cette découverte, des colons et des immigrants
en provenance de divers pays d'Europe, ainsi qu'un nombre considérable
d'africains victimes du commerce des esclaves, débarquèrent sur
les nouvelles terres. Cette situation, qui constituait un fait historique commun
à tout le continent, s'est développée avec des caractéristiques
particulières selon les diverses régions. Ce mouvement migratoire,
au contact des populations indigènes américaines donna, dans de
nombreux cas, lieu à de nouvelles expressions culturelles reflétant
souvent les marques caractéristiques de chacune de ces civilisations. Par
la suite, arrivèrent, au siècle dernier, de nouveaux immigrants en
provenance de l'Europe, et plus récemment de l'Asie et de l'Océanie,
poussés par un idéal et une espérance de vie meilleure.
Dans de nombreuses zones du continent, la majorité des immigrants étaient
de religion catholique, par contre, dans d'autres zones les catholiques ne représentaient
qu'une minorité, alors que prédominaient les membres des autres
confessions religieuses chrétiennes qui étaient nées de la
Réforme Protestante du XVIème siècle.
4. Tous ces facteurs ont contribué à ce que les diverses
nations d'Amérique soient aujourd'hui composées d'une famille,
riche et variée, multi-ethnique et pluri-culturelle, dans laquelle on
peut distinguer, entre autres, les caractéristiques fondamentales
suivantes:
- Une racine chrétienne commune dans laquelle se
reconnaissent les différents peuples avec leurs traditions et leurs
expressions culturelles, au-delà de leurs diversités humaines et
temporelles. Cet héritage commun se présente avec des nuances différentes.
En effet, en Amérique Latine cette racine commune est, en plus d'être
chrétienne, catholique, tandis que le reste du continent peut seulement être
qualifié de chrétien, sans pour cela lui en exclure, dans une
moindre proportion, une note de catholicisme.
- Une histoire, riche d'anciennes civilisations, mais qui n'a reçu
l'annonce de l'Évangile que depuis 500 ans. On peut donc dire que cette
racine chrétienne commune a une histoire relativement jeune. Par conséquent,
l'Église de ce continent est une Église jeune caractérisée
par une grande vitalité et une force de renouveau qui est source d'espérance
et de joie.
- Cette racine chrétienne commune s'incarne dans une pluralité
d'expressions culturelles qui embrassent une vaste sphère de réalités,
tant du point de vue socio-politique et économique qu'ethnique. Cette hétérogénéité
est une richesse qui représente un champ fertile pour entreprendre un
travail de communion et de solidarité, que l'Église peut favoriser
avec la nouvelle évangélisation.
Ces traits caractéristiques de l'identité américaine
impliquent une grande responsabilité de la part de l'Église dans
la mesure où elle est appelée à être le sel de la
terre et la lumière du monde (cf. Mt 5, 13-14) pour que son témoignage
contribue à la construction d'une société plus juste et
pour préparer ainsi l'arrivée du Royaume des Cieux.
5. L'intention de l'Instrumentum laboris est de présenter les
premiers fruits du processus de préparation, en synthétisant les réponses
apportées aux questions proposées par les Lineamenta, et
offrir ainsi un document de base pour le débat synodal dans l'Assemblée
Spéciale pour l'Amérique du Synode des Évêques. Par
conséquent, ce document soumet à la réflexion et à
la discussion les principales convergences et divergences ressortant des réponses,
les aspects qui doivent être approfondis et les observations par rapport
au thème synodal, en vue du débat que les Pères Synodaux
soutiendront lors de leur convocation par le Saint-Père.
PREMIÈRE PARTIE
LA RENCONTRE AVEC JÉSUS-CHRIST VIVANT
Chapitre I : le mystère du Christ
Le mystère du Christ et la personne humaine
6. Sur les traces de l'Apôtre Saint Paul, dont toute sa vie a consisté
à annoncer le Christ mort et ressuscité, evangelizare Jesum
Christum (cf. Ga 1, 16), l'Église en Amérique désire
une fois de plus centrer sa mission évangélisatrice sur l'annonce
et la présentation de la personne de Jésus-Christ vivant. Les réponses
aux Lineamenta, confirmant la validité du thème synodal,
sont en accord sur l'opportunité d'annoncer Jésus-Christ en terme
de rencontre personnelle, comme réponse à la sensibilité de
l'homme contemporain par rapport à la dignité de la personne et à
la valeur de l'individu en tant que sujet.
C'est le Christ vivant, mort et ressuscité, présent
aujourd'hui dans son Église, qui désire rencontrer ceux qui vivent
sur ce continent afin de leur offrir sa Parole d'amour et d'espérance en
ce moment crucial de notre histoire qui marque le passage du Deuxième au
Troisième Millénaire. En communion avec le Saint-Père, les évêques
d'Amérique affirment que la mission fondamentale de l'Église est
d'évangéliser, c'est-à-dire d'orienter la conscience et les
coeurs de tous les hommes et de toutes les femmes de bonne volonté vers
une rencontre avec le Christ, en les aidant à se familiariser avec la
profondeur du mystère de la Rédemption, qui s'est réalisé
défintivement dans le Fils de Dieu.(5) L'annonce du mystère de Jésus-Christ
est, par conséquent, destinée à favoriser la rencontre
personnelle avec Lui. L'Église en Amérique désire servir
Dieu et l'homme en accomplissant sa principale finalité, que le Saint-Père
a défini au début de son pontificat en ces termes: «que tout
homme puisse retrouver le Christ, afin que le Christ puisse parcourir la route
de l'existence, en compagnie de chacun, avec la puissance de la vérité
sur l'homme et sur le monde contenue dans le mystère de l'Incarnation et
de la Rédemption, avec la puissance de l'amour qui en rayonne».(6)
En conséquence, il y a lieu, aujourd'hui, de se demander comment annoncer
Jésus-Christ dans l'actuel contexte géographique, historique et
culturel de la réalité américaine de manière à
provoquer efficacement la rencontre entre Dieu, incarné en Jésus-Christ,
et l'homme en qui réside un désir insatiable de Dieu.(7)
Annoncer la vérité complète sur le mystère
de Jésus-Christ
7. Dans ce dialogue de salut avec l'homme, l'Église offre la vérité
qui lui fut confiée par Jésus-Christ lui-même, avec une «ouverture
universelle»(8) et missionnaire. Pour accomplir cette mission, suivant
l'indication du Pape Jean-Paul II dans son Encyclique Redemptor hominis,
elle tourne son regard vers «le Christ, Rédempteur de l'homme, le
Christ, Rédempteur du monde [... ] parce que c'est seulement en Lui, le
Fils de Dieu, que se trouve le salut»,(9) selon les paroles de l'Apôtre
Saint Pierre «Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de
la vie éternelle» (Jn 6, 68). En Lui se réalise
pleinement le mystère de la rédemption qui a une double dimension,
divine et humaine.(10)
Dans cette perspective, les réponses aux Lineamenta montrent
un intérêt spécial pour offrir aux fidèles la vérité
intégrale sur le mystère du Christ, sur sa Personne, son oeuvre et
son message. Il est le Verbe de Dieu qui s'est incarné dans le sein de la
Vierge Marie et qui est né à Bethléem, qui a vécu
dans le village de Nazareth et là-bas s'est soumis à ses parents,
qui croissa en taille, en sagesse et en grâce devant Dieu et les hommes
(cf. Lc 2, 51-52). Il est la Parole de Dieu faite chair qui annonça
avec des paroles et des signes la bonne nouvelle du Royaume de Dieu et qui
proclama la grâce du salut (cf. Lc 4, 17-21). Il est le Messie
tant attendu qui guérissa les malades, qui pardonna les pécheurs
et s'assit à leur table (cf. Lc 7, 36-50), qui fit
personnellement l'expérience de la valeur de l'amitié avec Marthe,
Marie et Lazare (cf. Lc, 10, 38-42). Il est le Serviteur souffrant qui
endura l'agonie au Gethsémani, mais qui accepta librement de boire la
coupe que le Père lui offrait (cf. Lc 22, 39-44). Il est le Fils
de Dieu qui mourut sur la croix et le troisième jour ressuscita d'entre
les morts pour notre salut. Il est l'Époux qui donna sa vie pour son Épouse,
l'Église (cf. Ep 5, 25) et qui dès la première
Pentecôte l'accompagna toujours dans ses épreuves et ses
vicissitudes, la sanctifiant par l'Esprit Saint. Il est le Christ Ressuscité
qui est assis à la droite de Dieu le Père, victorieux du péché
et de la mort, le Grand Prêtre qui intercède en faveur de toute
l'humanité (cf. He 4, 14 - 5, 10). Il est le Seigneur du temps et
de l'éternité qui viendra à la fin des temps pour juger les
vivants et les morts. Il est, en un mot, l'image du Dieu invisible (cf. Col
1, 15) et en même temps il est l'homme parfait «qui a restauré
dans la descendance d'Adam la ressemblance divine altérée dès
le premier péché».(11)
8. La présentation, d'une manière complète, du mystère
du Christ suppose non seulement la valorisation adéquate du fait de
l'incarnation, par laquelle le Fils de Dieu a assumé une nature humaine -
se faisant véritablement semblable à nous en tout, à
l'exception du péché (cf. He 4, 15) - mais aussi la juste
appréciation de sa nature divine, selon laquelle le Verbe de Dieu était
avec Dieu et était Dieu (cf. Jn 1, 1). Il existe depuis l'éternité
comme le Dieu véritable et en Lui habite toute la plénitude de la
divinité (cf. Col 1, 17). C'est seulement par une compréhension
équilibrée des deux natures et de leur parfaite unité dans
la seconde Personne de la Sainte Trinité que l'être humain peut
aborder le mystère de Jésus-Christ, présent dans l'histoire
d'aujourd'hui en tant que Tête de l'Église qui «est son Corps»
(cf. Ep 1, 22-23). C'est seulement dans le Verbe incarné que peut
s'éclaircir le mystère de l'homme, puisque le Fils de Dieu fait
homme, l'image du Dieu invisible est en même temps l'homme parfait, révélation
définitive de Dieu le Père à l'humanité et chemin
pour que cette dernière puisse trouver le sens de son existence.(12)
Un grand nombre de réponses aux Lineamenta mettent en évidence
la nécessité de présenter intégralement le mystère
de Jésus-Christ afin de pouvoir apporter une réponse claire aux
confusions dans lesquelles se trouvent parfois certains membres du Peuple de
Dieu, réduisant la vie du Christ à l'un ou l'autre aspect de sa
vie, de sa Personne ou de son oeuvre de salut. Dans ce but, la nouvelle évangélisation,
qui s'adresse à tous les hommes et à toutes les femmes du
continent américain, suppose une annonce renouvelée qui «contiendra
aussi toujours - base, centre et sommet à la fois de son dynamisme - une
claire proclamation que, en Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme,
mort et ressuscité, le salut est offert à tout homme, comme don de
grâce et miséricorde de Dieu».(13) Quand le Saint-Père,
Jean-Paul II, a invité les évêques de l'Amérique
Latine, à Port-au-Prince, à entreprendre une nouvelle évangélisation
de l'Amérique, il a ajouté: «nouvelle dans son ardeur,
nouvelle dans ses méthodes et nouvelle dans son expression»,(14)
c'est-à-dire, qu'il faisait allusion à la nouveauté dans
les attitudes des évangélisateurs, puisque l'Évangile et
son contenu, qui est Jésus-Christ, ne peut vieillir, étant donné
qu'il est la source de vie, toujours nouvelle et toujours actuelle.
Enfin, quelques réponses en provenance de l'Amérique Latine
indiquent, probablement du fait de l'influence du contexte socio-culturel, que
c'est l'image du Christ souffrant de la passion qui prédomine parmi ces
peuples, éclipsant même parfois l'image du Christ ressuscité.
Pour annoncer le mystère de Jésus-Christ d'une manière
complète, il est suggéré de promouvoir une annonce plus
incisive de la résurrection qui peut, sans tomber dans un triomphalisme
trop terrestre, être un véritable message d'espérance pour
les hommes et les femmes abattus par la douleur et la tristesse.
Le mystère de Jésus-Christ annoncé à l'homme
et à la culture
9. Évangéliser l'homme signifie aussi évangéliser
sa culture, son éthique et ses valeurs, son idéal de justice et de
vérité. C'est pourquoi, un des objectifs les plus importants de la
nouvelle évangélisation consiste précisément à
transformer les cultures du dedans, les enrichissant avec les valeurs chrétiennes
qui découlent de la foi, de manière que le message du Christ pénètre
dans les consciences des personnes et se projette dans l'ethos des
peuples.(15) Suivant les orientations du Pape Paul VI dans l'Exhortation
Apostolique Evangelii nuntiandi, les réponses au questionnaire
des Lineamenta réaffirment la rupture qui existe entre Évangile
et culture comme étant «le drame de notre temps.»(16) Il
importe, donc, d'évangéliser les personnes, d'une manière
individuelle, mais aussi les cultures elles-mêmes, car l'objectif est «d'atteindre
et comme de bouleverser par la force de l'Évangile les critères de
jugement, les valeurs déterminantes, les points d'intérêts,
les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les modèles de
vie de l'humanité, qui sont en contraste avec la Parole de Dieu et le
dessein du salut»,(17) c'est-à-dire, «il importe d'évangéliser
[...] la culture et les cultures de l'homme, dans le sens riche et large que ces
termes ont dans Gaudium et spes».(18) Ainsi, grâce à
l'inculturation, «l'Église incarne l'Évangile dans les
diverses cultures et, en même temps, elle introduit les peuples avec leurs
cultures dans sa propre communauté; elle leur transmet ses valeurs, en
assumant ce qu'il y a de bon dans ces cultures et en les renouvelant de l'intérieur».(19)
10. Le concept de culture qui est implicite dans la constitution conciliaire
mentionnée ci-dessus, a par la suite été approfondi dans le
document de la IIIème Conférence Générale de l'Épiscopat
Latino-américain de Puebla en ces termes: la culture est «la façon
particulière dont, dans un peuple, les hommes cultivent leur relation
avec la nature, avec eux-mêmes et avec Dieu afin d'arriver à un
niveau véritablement et pleinement humain (Gaudium et spes 53)».(20)
La culture est, par conséquent, «ce style de vie commun» qui
caractérise un peuple et qui comprend les divers aspects de la vie de ce
peuple: «l'ensemble des valeurs qui l'animent et des faiblesses qui le débilitent
[...] les formes au moyen desquelles ces valeurs ou ces faiblesses s'expriment
et se manifestent, c'est-à-dire les coutumes, la langue, les institutions
et les structures de la vie sociale. En un mot, la culture est donc la vie d'un
peuple».(21) La synthèse entre culture et foi n'est pas seulement
une exigence de la culture, mais aussi de la foi, car une foi qui ne devient pas
culture est une foi qui n'est pas pleinement vécue.(22)
11. En réponse aux questions des Lineamenta sur le thème
de la culture, des descriptions ont été données sur
certains aspects de la culture contemporaine à qui l'Église
souhaite annoncer l'Évangile de Jésus-Christ. La culture moderne a
enregistré tant de réussites et de progrès humains dans le
domaine scientifique et technique, comme aussi dans celui de la liberté
et des droits de la personne humaine; cependant, un grand nombre d'autres
aspects négatifs les ont aussi accompagnés, comme par exemple la
pollution et l'épuisement des ressources naturelles, la transgression des
limites éthiques dans le domaine scientifique et biogénétique,
le développement matériel au détriment du social, le
scepticisme philosophique et le relativisme moral.(23) Face à cette réalité
complexe et provocatrice, il y a lieu de s'interroger: Comment le message de l'Église
peut-il atteindre les nouvelles cultures, les formes actuelles de l'intelligence
et de la sensibilité ? Comment l'Église du Christ peut-elle
composer avec l'esprit moderne, si orgueilleux de ses réalisations et en
même temps aussi préoccupé pour l'avenir de la famille
humaine ? Qui est Jésus-Christ pour les hommes et les femmes
d'aujourd'hui? Pour pouvoir répondre à ces questions, il faut
tenir compte des deux principes fondamentaux liés à
l'inculturation, à savoir: la compatibilité des cultures avec l'Évangile
et la communion avec l'Église universelle.(24)
Chapitre II : l'annonce de Jésus-Christ dans le contexte culturel de
l'Amérique
L'Évangile et la culture
12. Une synthèse des réponses relatives à l'évangélisation
de la culture met en évidence certaines tendances générales
qui, dans les sociétés contemporaines de l'Amérique, reflètent
en même temps les courants culturels au niveau international, telles que:
- le pluralisme qui se présente en Amérique sous
diverses formes: une affirmation de l'identité des divers groupes
ethniques, linguistiques et nationaux; une diversité de courants de pensée
comme manifestation de la liberté d'expression; une coexistence de
diverses traditions culturelles et religieuses dans un même contexte
social; une ouverture, à travers le monde des communications, à
une richesse d'information qui élargit les horizons de la connaissance
humaine, etc.
- le sécularisme qui propose une vision de la vie où
les valeurs transcendantes sont absentes, mais qui en même temps provoque
indirectement en l'homme d'aujourd'hui une recherche du sens ultime de son
existence.
- le subjectivisme et le relativisme moral qui provoque chez
l'homme contemporain une grande crise et confusion de la conscience, qui aboutit
automatiquement à une dévalorisation de l'ordre moral objectif et à
une survalorisation de la subjectivité personnelle. Ces caractéristiques
conduisent à une perte du sens du péché.
- la globalisation de la culture qui comporte des aspects positifs
dans la mesure où elle offre la possibilité d'un enrichissement
par inter-communication, mais qui en même temps oriente les cultures vers
une homogénéité de contenus et de valeurs, entraînant
la perte de l'identité individuelle. Cet effet peut être tout
particulièrement préoccupant quand est en jeu le profil chrétien
et catholique des cultures locales.
- la conscience de l'importance de certaines valeurs, dont quelques
unes d'entre elles se rapportent à la dignité de la personne
humaine, telles que la liberté, la vie et la justice; d'autres concernent
l'aspiration aux réalités spirituelles et transcendantes qui est
innée chez l'être humain.
- l'urbanisation qui lance de nouveaux défis pour l'évangélisation,
non seulement à cause des nouveaux problèmes qui se créent à
la suite de cette culture urbaine (la pauvreté et l'indigence des classes
marginalisées, le déracinement, l'anonymat, la solitude,
l'immoralité et la violence, etc.), mais aussi parce que la structure
urbaine exige de nouvelles méthodes pastorales faisant appel aux moyens
et techniques modernes de communication.
On peut dire que les caractéristiques énumérées
ci-dessus sont communes à tout le continent, bien qu'elles se présentent
avec des nuances régionales et locales diverses. Par exemple, le phénomène
de l'urbanisation pose le problème de la marginalité sociale, tant
dans les quartiers pauvres ou favelas de l'Amérique Latine que
dans les zones en marge des grandes villes de l'Amérique du Nord. De la même
manière, la conscience de certaines valeurs, telles que la justice, la
liberté et la vie, se manifeste dans des expressions culturelles différentes
selon le degré de développement économique et les problèmes
politiques de la société respective, bien qu'en réalité
il s'agisse des mêmes idéaux de base.
L'Évangile et les cultures indigènes et afro-américaines
13. L'intérêt pour la relation entre Évangile et culture
s'étend, dans les réponses aux Lineamenta, au thème
de l'évangélisation des cultures indigènes et afro-américaines
qui, à des degrés divers, représentent une composante de
tous les pays d'Amérique. Ces cultures constituent l'héritage des
civilisations qui existaient sur le continent avant l'arrivée des
premiers évangélisateurs, ou bien qui sont le fruit des
immigrations qui ont immédiatement suivi l'arrivée des
colonisateurs. Dans tous les cas, on peut dire que l'une et l'autre culture ont,
dès le début, accueilli avec simplicité de coeur le message
de la Bonne Nouvelle. Toutefois, l'évangélisation de ces cultures
ne s'est pas terminée avec l'annonce du kerygma. Aujourd'hui
encore, tout comme il en ressort des réponses au questionaire du document
de préparation pour l'Assemblée synodale, une plus grande présence
de l'Église s'avère nécessaire dans les cultures indigènes
et afro-américaines pour transformer intérieurement les valeurs
culturelles authentiques en les intégrant au christianisme afin que la
foi illumine les diverses cultures.
14. On assiste, parmi les groupes indigènes et afro-américains,
à une prise de conscience du droit de conserver la propre identité
culturelle. L'Église en Amérique, en communion avec le Magistère
du Saint-Père, est consciente de l'importance de ces droits et elle
s'efforce d'apporter à ces peuples le message de l'Évangile, tout
en se préoccupant, en même temps, de promouvoir leurs
revendications légitimes.(25) Selon les réponses au questionnaire
des Lineamenta, parmi les valeurs de ces cultures compatibles avec la
foi chrétienne figurent: le grand amour pour sa propre terre, le respect
pour les ancêtres et pour les traditions communautaires, le sens religieux
de la vie et de la mort qui s'exprime dans des célébrations
rituelles animées par des danses, de la musique et des chants, tout comme
la croyance en une vie dans l'au-delà. De plus, ces réponses
mettent aussi en évidence les aspects qui ont besoin d'être purifiés,
puisque toutes les cultures sont un produit de l'homme et, par conséquent,
marquées elles aussi par le péché. Parmi les coutumes et
les comportements nécessitant une purification on relève:
l'alcoolisme (fréquemment lié à la célébration
des fêtes), le fétichisme, la superstition, la sorcellerie, le
syncrétisme religieux, le fatalisme, la magie noire, la pratique des guérisseurs,
et d'autres conceptions mythiques qui se concrétisent en des pratiques
incompatibles avec la foi chrétienne.
L'Évangile et les cultures des peuples immigrants
15. L'évangélisation des cultures des immigrants, qui n'est
pas moins importante que l'évangélisation des cultures indigènes
et afro-américaines, constitue une réalité dans presque
toutes les sociétés de l'Amérique depuis la fin du siècle
dernier. Les réponses aux Lineamenta indiquent la présence
de deux grands courants d'immigration: l'un provenant fondamentalement de
l'Europe et dans une plus petite mesure de l'Asie, et l'autre un mouvement à
l'intérieur du continent américain lui-même. Le premier
mouvement d'immigration s'est vérifié avec une plus grande
intensité dans certains pays plutôt que d'autres, mais en général
on peut dire que les immigrants ont apporté avec eux des valeurs humaines
authentiques, telles que le sens de la famille et du travail, l'amour de la
patrie, la solidarité avec les plus pauvres, la valeur de la parole donnée,
le sens de la justice, ainsi que des valeurs religieuses, tant catholiques
(principalement de rite latin, mais aussi d'autres Églises orientales)
que d'autres confessions chrétiennes (de diverses familles protestantes
et aussi d'Églises orthodoxes), et de religions non-chrétiennes
(Judaïsme et dans une moindre mesure Islamisme). Tandis que dans certains
pays, comme le Canada et surtout les États-Unis, le flux d'immigration était
composé de nombreux courants en provenance principalement de différents
pays et cultures d'Europe et dans une moindre mesure d'Asie, dans le reste du
continent ce même phénomène témoigne de la présence
d'immigrants à prédominance espagnole et italienne.
16. Le second mouvement comprend des migrations massives du Sud, du Centre
et des Caraïbes, vers le Nord du continent. Un grand nombre de réponses
aux Lineamenta sont d'accord pour reconnaître qu'une collaboration
plus étroite doit exister entre les Églises «a quo»
et «ad quem» pour promouvoir un accompagnement adéquat
des immigrants afin qu'ils puissent recevoir une assistance pastorale de la part
de prêtres provenant de leur région. De la même manière,
des suggestions sont faites pour promouvoir les formes de religiosité
populaire que les immigrants ont apportées avec eux, telles que les fêtes
familiales, les fêtes religieuses et les jours des saints-patrons, les célébrations
traditionnelles associées à Noël et à la Semaine
Sainte, tout comme aussi les processions et les dévotions se rattachant
aux vocables spécifiques du Christ, de la Très Sainte Vierge et
des saints. Dans les États-Unis d'Amérique, la présence
toujours plus significative d'immigrants latino-américains représente,
dans de nombreux cas, un élément de richesse pour la culture de ce
pays. De nombreux immigrants, en majorité catholiques, ont apporté
avec eux des valeurs authentiques: le sens de la famille, la religiosité
populaire, le folklore et leurs propres traditions. Les évêques de
ce pays reconnaissent la valeur de ce style de vie et de ces coutumes dans
lesquelles s'exprime la foi catholique, bien qu'ils signalent, en même
temps, la nécessité d'évangéliser continuellement
ces expressions populaires de l'Amérique Latine pour les purifier et les
intégrer d'une manière appropriée pour un plus grand
enrichissement des cultures chrétiennes locales.
L'Évangile et la religiosité populaire
17. Un autre aspect qui ressort des réponses aux Lineamenta
en relation avec le thème de l'évangélisation de la culture
est la religiosité populaire. Dans les peuples de l'Amérique
Latine et dans les groupes latino-américains qui vivent en Amérique
du Nord, cette expression de la culture est fondamentalement une expression de
la foi catholique, tandis que dans les autres parties du continent on pourrait
seulement dire que ce sentiment religieux est généralement chrétien.
De toute manière, dans l'un et l'autre cas, on constate qu'au cours de
ces derniers temps le simple, mais non pas moins profond, sentiment religieux de
ces peuples a fait l'objet d'une attention toute spéciale dans l'action
pastorale des Églises locales de toute l'Amérique.
Certains signes montrent l'importance qu'assume la culture religieuse
populaire, ce sont: la participation toujours plus grande dans les pélerinages
aux sanctuaires (spécialement les sanctuaires mariaux), la tradition dans
les familles de baptiser les enfants, le culte aux âmes du purgatoire et
la célébration de Messes pour les défunts, les fêtes
patronales avec leurs caractéristiques processions et la célébration
de la Sainte Messe (à laquelle assiste généralement un
grand nombre de personnes), le culte des saints, non pas seulement ceux de l'Église
universelle mais aussi de ceux du continent américain, etc.(26) Ces
expressions de la religiosité populaire, comme tant d'autres aussi,
offrent d'excellentes occasions aux fidèles pour rencontrer Jésus-Christ
vivant. En effet, la communauté ecclésiale, en se réunissant
pour célébrer la Parole et pour recevoir les sacrements en mémoire
des saints, rappelle d'une manière particulière ceux qui dans leur
vie ont fidèlement imité le Sauveur du monde, et entre en
communion avec ceux qui font partie de l'Église céleste. C'est la
raison pour laquelle la religiosité populaire, purifiée et dûment
catéchisée, peut devenir un élément décisif
pour la nouvelle évangélisation. C'est un point sur lequel
converge la majorité des réponses aux Lineamenta.
18. Comme le confirment les réponses au document de préparation,
dans le cadre de la religiosité populaire, tout en ne se limitant pas
exclusivement à cette catégorie, la dévotion à la
Vierge Marie occupe une place privilégiée, ce qui représente
un signe très évident de l'identité catholique. Le Peuple
de Dieu en Amérique est un peuple marial. Les nombreux vocables avec
lesquels les croyants L'invoquent en sont une attestation, tout comme le sont
aussi les innombrables sanctuaires mariaux élevés un peu partout
sur le continent américain. Parmi les nombreux vocables, le plus renommé
est celui de Notre-Dame de Guadalupe, dont l'origine remonte à
l'apparition de la Vierge en terre américaine à Juan Diego sur la
colline du Tepeyac (Mexique) en 1531. Cet événement marial a
toujours été considéré comme un signe de protection
de la Mère de Dieu pour tous les hommes et toutes les femmes du continent
américain, à partir des paroles célestes adressées
par la Vierge à Juan Diego: «Ne suis-je pas ici, moi, qui suis ta mère?
N'es-tu pas sous mon ombre, sous ma protection? [...] Que rien d'autre ne
t'afflige ni te perturbe». Quelques réponses aux Lineamenta
soulignent la manière dont le culte à cette invocation mariale a,
au cours de ces derniers temps, pris toujours plus d'ampleur, sans que ne
diminue pour autant la dévotion à la Vierge selon les vocables
locaux, unissant tous les peuples catholiques d'Amérique dans la
confession d'une même foi en la Mère du Rédempteur. C'est ce
qui se vérifie non seulement dans les pays latino-américains mais
aussi dans les États-Unis d'Amérique, où la popularité
croissante de cette dévotion s'explique, entre autres, par la présence
de catholiques latino-américains dans ce pays. Le Pape Jean-Paul II
propose la dévotion mariale à Notre-Dame de Guadalupe comme un
grand exemple d'évangélisation parfaitement inculturée,
avec ces paroles: «Le visage métis de la Vierge du Tepeyrac résume
le grand principe de l'inculturation: l'intime transformation des authentiques
valeurs culturelles par leur intégration dans le christianisme, et
l'enracinement du christianisme dans les différentes cultures».(27)
Pour cette raison, le Saint-Père a décidé d'honorer la Mère
de Dieu en terre américaine avec le titre de: «Étoile de la
Première et de la Nouvelle Évangélisation».(28)
19. Parmi les manifestations de religiosité populaire mariale se détachent:
la récitation du chapelet, les pèlerinages et les visites aux
sanctuaires qui sont fréquemment des moments privilégiés
pour recevoir les sacrements, les vocables et invocations mariaux qui ont donné
leur nom aux sanctuaires, chapelles et villes, l'art religieux qui offre des
images de dévotion et témoigne de la foi mariale du peuple, les fêtes
patronales, le mois consacré principalement à la dévotion à
Marie, les promesses et les voeux qui expriment la dimension mariale de la foi
des croyants, etc. Dans les Églises locales de toute l'Amérique,
des efforts sont faits pour cultiver et renforcer constamment cette dévotion
mariale en vue d'une rencontre personnelle avec le Christ, en y intégrant
des aspects affectifs et doctrinaux qui guident les fidèles vers la
pratique sacramentelle et la croissance en la foi, l'espérance et la
charité. De nombreuses réponses signalent que la dévotion
mariale est authentique dans la mesure où elle conduit à un
engagement de vie chrétienne plus cohérent, où la foi se
manifeste par la charité envers les frères les plus nécessiteux
et par un plus grand engagement dans l'évangélisation, tant au
niveau personnel que dans le cadre des structures ecclésiales.
L'Évangile et l'éducation
20. En relation avec le thème de l'évangélisation de la
culture, diverses réponses aux Lineamenta indiquent la présence
pastorale de l'Église en Amérique dans le domaine de l'éducation
à tous les niveaux. Deux raisons fondamentales motivent la présence
de l'Église dans ce domaine: 1) l'intérêt pour la personne,
dont l'éducation stimule les capacités spécialement
humaines et prépare de cette manière le terrain pour recevoir la
Bonne Nouvelle, et 2) l'intérêt pour la société,
puisque c'est à travers l'éducation que se forment les attitudes
pour le comportement dans la vie et les valeurs qui définissent le profil
d'une culture dans laquelle peuvent croître les valeurs évangéliques.
Pour évangéliser la culture dans le domaine de l'éducation,
de la pensée et de la recherche, l'Église en Amérique peut
compter sur un vaste réseau d'écoles, de collèges,
d'universités et de facultés, qui accomplissent une oeuvre évangélisatrice
efficace et une importante tâche de promotion humaine. Pour profiter au
mieux de ce potentiel, les réponses aux Lineamenta suggèrent
de prendre les aspects suivants en considération:
- le maintien d'une claire et nette identité catholique dans
les centres d'éducation de l'Église aux divers niveaux, surtout en
ce qui concerne l'orientation chrétienne de base des programmes et des
initiatives pastorales. Un centre d'éducation de l'Église doit,
avant tout, être une école de croissance dans la foi.
- l'élaboration de programmes éducatifs destinés
non seulement à dispenser une instruction professionnelle efficiente,
mais aussi, et surtout, à offrir une vision et une culture inspirée
aux valeurs de l'Évangile qui puisse être assimilée en
termes d'attitudes de comportement humain et chrétien. Dans ce sens, il
est important d'offrir, par des programmes éducatifs, une réelle
intégration du savoir dans une vision chrétienne du monde.
- la coordination de la pastorale de l'éducation aux niveaux
national, diocésain et local au moyen d'organismes ecclésiaux,
surtout pour l'élaboration des programmes et textes de formation
religieuse. À cet égard, le nouveau Catéchisme de l'Église
catholique peut être un instrument précieux.
- la formation de professeurs, qui sont professionnellement capables
et engagés chrétiennement, représente un autre aspect
indispensable de l'évangélisation de la culture dans le domaine de
l'éducation.
- l'intensification du travail éducatif de l'Église dans les
secteurs défavorisés, avec des écoles gratuites
dans les agglomérations urbaines et rurales, ainsi que des écoles
d'arts et métiers, est un excellent témoignage que l'Église
peut offrir pour la promotion de la personne et le développement culturel
d'une société.
- la présence de l'Église dans les universités et
les autres organismes d'éducation, qu'ils soient d'État ou
privés non-confessionnels, par l'intermédiaire d'aumôniers
et de professeurs catholiques, est aussi un champ privilégié pour
l'évangélisation de la culture.
Étant donné que la tâche d'évangélisation
dans le domaine de l'éducation s'adresse principalement aux jeunes, il y
aurait lieu de prendre en compte, comme il en ressort des réponses, les
catégories de la culture des jeunes, avec ses formes caractéristiques
d'expression (la musique, le sport, les activités de loisirs, l'amitié,
la vie communautaire, etc.), mais aussi avec ses défis spécifiques
(la drogue, la violence, la sexualité, la marginalité, le conflit
des générations, la solitude, etc.).
L'Évangile et les moyens de communication sociale
21. Toutes les réponses aux Lineamenta coïncident
largement sur le fait que l'un des «aréopages modernes»(29) qui
requiert une évangélisation urgente est celui des moyens de
communication sociale. La raison fondamentale de cette nécessité
urgente est dictée par l'influence qu'exercent ces moyens sur la presque
totalité des individus. On parle précisément d'une «culture
de masse», qui incide sur les personnes, changeant leur manière de
penser, leurs valeurs et leur style de comportement. Par contre, de nombreuses réponses
confirment la faible présence - et dans certains cas son absence complète
- de l'Église dans le domaine des moyens de communication sociale. Un
point d'accord commun est la nécessité de promouvoir ce thème
sur deux niveaux:
1) L'utilisation des moyens de communication pour transmettre le message de
l'Évangile et le Magistère de l'Église. À ce niveau,
même quand l'Église en Amérique dispose d'une série
de moyens pour transmettre ses nouvelles (périodiques, publications
diverses, émissions de radio et de télévision, réseaux
informatiques, etc.), il semble que l'utilisation de ces moyens soit très
souvent inadéquate par manque de mise à jour technique, de
ressources économiques et de personnel suffisamment qualifié.
2) L'intégration du message de l'Évangile dans cette «nouvelle
culture» créée par la communication moderne, puisque l'évangélisation
même de la culture actuelle dépend en grande partie de l'influence
des media.(30) À ce niveau, la nécessité se fait
sentir d'imprégner des valeurs de l'Évangile les principes éthiques
qui sont à la base du maniement de l'information, le contenu de la
communication qui se transmet aux masses, les objectifs avec lesquels on
travaille dans le monde des communications.
Plusieurs réponses indiquent que fréquemment l'objectif des
agents de communication est le bénéfice économique et non
pas la promotion de la personne.
DEUXIÈME PARTIE
LA RENCONTRE AVEC JÉSUS-CHRIST VIVANT,
CHEMIN POUR LA CONVERSION
Chapitre I : La conversion à Jésus-Christ
La rencontre avec Jésus-Christ vivant provoque la conversion
22. C'est un fait que dans l'Histoire du Salut, après le péché
originel, chaque fois que Dieu va à la rencontre de l'homme pour
dialoguer avec lui, il le fait pour provoquer en cet être humain la
conversion du coeur. Déjà dans l'Ancien Testament, la prédication
de la pénitence est dirigée vers une conversion intérieure
du coeur, c'est-à-dire, à un refus du péché et à
une adhésion à Dieu (cf. Jon 3, 4-10; Am 5, 15;
Ba 1, 3-5; Ps 35, 13; 51, 3-6). En continuité avec la prédication
de l'Ancien Testament, Jésus-Christ a commencé son ministère
en annonçant la Bonne Nouvelle du Royaume et en invitant à se
convertir: «Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche:
repentez-vous et croyez à l'Évangile» (Mc 1, 15).
D'une certaine manière, c'est toute la vie chrétienne qui se
trouve résumée dans ces paroles du Christ: «On ne peut
parvenir au Royaume annoncé par le Christ que par la metánoia,
c'est-à-dire par le changement et le renouvellement intime et total de
l'homme tout entier, dans ses pensées, ses jugements et sa vie».(31)
L'Église primitive a fidèlement suivi les traces de son fondateur,
annonçant son message du salut et invitant toutes les personnes à
se repentir et à se faire baptiser au nom de Jésus-Christ pour la
rémission de leurs péchés (cf. Ac 2, 37-38). L'Apôtre
Saint Paul a proclamé aussi la dimension cosmique de la réconciliation,
disant que le Père a jugé bon de réconcilier par Lui tous
les êtres pour Lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant
la paix par le sang de sa croix (cf. Col 1, 20).
23. La conversion est un concept complexe qui suppose un changement profond
du coeur sous l'influence de la Parole de Dieu. Cette transformation intérieure
s'exprime dans les oeuvres et par conséquent dans la vie tout entière
du chrétien.(32) Le péché est une réalité qui
touche fondamentalement en premier lieu la personne individuelle. Cependant,
comme elle vit en relation constante avec les autres êtres humains, avec
lesquels elle construit la société au moyen d'institutions et de
structures, il est possible de déceler certaines réalités
sociales contaminées par le péché de personnes libres et
responsables. C'est en ce sens que l'on peut parler d'une dimension sociale du péché
qui a une incidence dans la vie de tant d'hommes et de femmes, et plus concrètement
de «structures du péché», comme le Pape Jean-Paul II
appelle ces relations d'injustice qui caractérisent l'organisation
sociale de nombreux pays d'Amérique.(33)
Dans cette perspective, le présent document, qui contient les réponses
au questionnaire des Lineamenta, traite non seulement de la nécessité
d'une conversion personnelle - qui trouve le chemin pour son plein
accomplissement dans le sacrement de la pénitence ou de la réconciliation
- mais aussi de l'urgence d'une conversion de certains aspects de la vie
intra-ecclésiale et de la société humaine. Il s'agit de réalités
complexes qui, étant la conséquence d'actions humaines qui ne sont
pas toujours en accord avec la volonté divine, ont besoin d'être éclairées
par l'Évangile pour servir à l'homme et à son salut
personnel. Ce sont dans ces milieux que Jésus-Christ doit entrer pour
provoquer la conversion des hommes et donc le renouvellement de leurs relations
sociales.
L'Église prêche la conversion
24. L'Église, en tant que communauté des croyants en chemin
vers la patrie céleste, a besoin de se purifier, et tandis qu'elle prêche
la conversion à l'Évangile, elle se sent elle-même appelée
à se convertir en permanence à Jésus-Christ afin de pouvoir
mieux accomplir sa mission évangélisatrice. Ce n'est pas l'Église
en tant qu'institution divine, assistée par l'Esprit Saint et de ce fait
infaillible dans la transmission de la Révélation, qui doit se
convertir, mais l'Église en tant que communauté constituée
d'hommes et de femmes touchés par le péché qui a besoin de
se convertir constamment dans ses membres et dans ses structures pastorales,
pour apporter un témoignage authentique de l'approche du Royaume des
Cieux.(34) Les Pasteurs de l'Église qui vit en Amérique, répondant
à l'appel du Saint-Père en préparation à la célébration
du Grand Jubilé de l'An 2000, invitent tous les membres du Peuple de Dieu
du continent américain à réaliser un sincère examen
de conscience, comme premier pas vers une véritable conversion: «Au
seuil du nouveau millénaire, les chrétiens doivent se mettre
humblement en présence du Seigneur pour s'interroger sur les
responsabilités qu'ils ont, eux aussi, dans les maux de notre temps».(35)
Chapitre II : La conversion dans l'Église et dans la société
Signes concrets du réveil religieux dans l'Église
25. De nombreux signes positifs de joie et d'espérance réconfortent
et consolent le Peuple de Dieu en Amérique tandis qu'il s'achemine au
milieu des tristesses et des angoisses de notre temps.(36) Pour cette raison, en
abordant le thème de la conversion, le questionnaire des Lineamenta
propose en premier lieu une constatation des signes de vitalité
religieuse qui caractérisent la situation actuelle de l'Église sur
le continent américain. Ces aspects sont présentés dans les
réponses au document de préparation comme les fruits les plus précieux
du Concile Oecuménique Vatican II et des documents du magistère épiscopal
qui en permanence s'efforce de l'appliquer.
Voici parmi les aspects qui reflètent cette réalité,
ceux qui méritent d'être mentionnés:
- Un fort sentiment de communion et de participation dans la vie de
l'Église aux différents niveaux: la collégialité
entre les Pasteurs au sein de la Conférence épiscopale, la
communion des évêques avec les prêtres, les religieux et les
laïcs dans la vie pastorale des diocèses, la planification pastorale
dans les paroisses avec la participation active des religieux et des laïcs,
etc.
- Une augmentation sensible, dans certaines régions, de vocations
au sacerdoce et à la vie consacrée s'est enregistrée au
cours de ces dernières années. De plus, bien que dans de nombreux
cas ces vocations soient encore en nombre insuffisant pour répondre aux
exigences des Églises particulières, certaines d'entre elles font
preuve d'esprit de solidarité missionnaire à l'égard
d'autres diocèses plus nécessiteux au niveau des vocations.
- Une meilleure prise de conscience de l'importance de la formation du
clergé, tant dans les séminaires que durant la vie
sacerdotale. De nombreuses réponses mentionnent la contribution positive
que représente, en ce sens, l'Exhortation Apostolique synodale Pastores
dabo vobis, offrant de nouveaux chemins pour le renouveau de la spiritualité
sacerdotale.
- Un témoignage dévoué de vie sacerdotale de la
part de nombreux prêtres engagés dans la nouvelle évangélisation
et exerçant avec enthousiasme leur ministère. Il s'accompagne
aussi, très souvent, d'un intérêt significatif pour des expériences
communautaires de prière, de travail apostolique, de vie en commun, de
retraites spirituelles, etc.
- Une croissante participation active des fidèles à la
liturgie,(37) en en faisant non pas seulement un moment de communion
personnelle avec Dieu mais aussi le centre de la vie pastorale de la communauté
ecclésiale. Le renouveau liturgique du Concile Vatican II a été
bien accueilli dans tous les secteurs du Peuple de Dieu, dont les membres ont
redécouvert la valeur de la liturgie comme une rencontre avec Dieu et
avec les autres, comme une célébration de la communion ecclésiale.
- Une plus grande conscience pour les laïcs (38) du don du baptême,
qui les conduit vers un plus profond engagement ecclésial,
apostolique et missionnaire. De la même manière, les laïcs
prennent en général de plus en plus conscience de la nécessité
de s'engager pour la transformation de la société selon
les valeurs de l'Évangile, participant à la défense de la
vie et de la famille, à la promotion de la solidarité, de la
justice, des droits de la personne humaine et de l'écologie, aux causes
pour la paix et pour la réconciliation dans les zones où règne
la violence, à l'aide en solidarité avec les plus nécessiteux
à travers des oeuvres d'assistance, etc.
Aspects urgents de conversion dans la réalité intra-ecclésiale
26. Précisément parce que l'Église est «une réalité
complexe formée d'un élément humain et d'un élément
divin»,(39) des ombres viennent aussi ternir son image de signe et
d'instrument du salut qui proviennent de la condition de pécheur de ses
membres. Par conséquent, l'Église en Amérique, étant
en même temps sainte et ayant besoin d'être purifiée,
recherche sans cesse la pénitence et le renouvellement.(40) C'est ce que
démontrent certains aspects mis en évidence par les réponses
aux Lineamenta, à savoir:
- La nécessité se fera toujours plus sentir pour un témoignage
de sainteté plus vibrant et plus transparent de la part des évangélisateurs
- évêques, prêtres, diacres, hommes et femmes consacrés
ou laïcs - chacun selon leurs dons et fonctions particulières. La
sainteté de chaque Membre du Peuple de Dieu, dans les occupations et les
circonstances de la vie, est le moyen le plus efficace pour accomplir la tâche
de la nouvelle évangélisation.
- Dans plus d'une occasion, se vérifie un manque de communion
surtout en ce qui concerne la coordination et la collaboration des charismes à
l'intérieur de l'Église. En particulier, on attire l'attention sur
un manque d'harmonie entre le charisme de la vie consacrée et celui de
l'autorité de l'évêque, entre le charisme du clergé
diocésain et des autres charismes de service de l'Église. En
outre, le clergé diocésain devrait être plus ouvert pour
accueillir tous ceux qui, dans la vie consacrée aussi bien que les
mouvements ecclésiaux, peuvent apporter leurs dons et charismes
respectifs au service de la communauté ecclésiale.
- On constate parfois un manque de syntonie de la part de certains théologiens
avec le Magistère de l'Église, surtout par rapport à
certains thèmes touchant au dogme et à la morale. On comprendra
aisément que ces dissensions créent une grande confusion pour les
membres du Peuple de Dieu, et - ce qui encore pire - engendrent des divisions
qui portent atteinte à la communion ecclésiale. Il faudrait
toujours garder en mémoire ces sages paroles reprises par le Saint-Père,
Jean-Paul II: in necessariis, unitas, in dubiis, libertas, in omnibus,
caritas.(41)
- Assez souvent, se vérifie une certaine inefficacité
pastorale résultant d'une inadéquation des structures
pastorales, soit qu'elles ne correspondent plus aux nouvelles situations de la
société, soit qu'elles ne donnent pas d'opportunité
suffisante pour l'engagement des laïcs.
- Une application incomplète du Concile Oecuménique
Vatican II, surtout pour certaines questions relatives aux structures diocésaines
et paroissiales (spécialement en ce qui concerne la constitution et le
fonctionnement des conseils pastoraux et administratifs). Une meilleure
diffusion des enseignements conciliaires et pontificaux au moyen de programmes
de formation aux différents niveaux pourrait aider efficacement la mise
en pratique de ces aspects, et d'autres aussi, du Concile Vatican II.
- Un manque de renouvellement dans les méthodes de la catéchèse,
tant en ce qui concerne la préparation à la réception des
sacrements (surtout les sacrements du baptême, de la confirmation et du
mariage) que pour la formation permanente. À cet égard, des
suggestions sont faites pour mieux appliquer le Catéchisme de l'Église
catholique et l'Exhortation Apostolique Catechesi tradendae.(42)
- Une application incorrecte, dans certains cas, des principes du renouvellement
liturgique proposé par le Concile Oecuménique Vatican II.
Parfois, en effet, bien qu'ayant procédé avec de bonnes intentions
en vue de mieux adapter la liturgie à la culture populaire, il en a résulté
des pratiques liturgiques arbitraires qui ont masqué la nature
transcendante de la célébration liturgique.(43)
Aspects positifs de la société contemporaine par rapport à
l'Évangile
27. Répondant à l'invitation du Concile Oecuménique
Vatican II de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons,
ses attentes, ses aspirations,(44) le questionnaire des Lineamenta
propose de porter son regard sur les réalités temporelles pour y découvrir
quelques signes positifs qui prédisposent l'homme contemporain à
la rencontre avec Jésus-Christ. Les réponses contiennent les éléments
suivants:
- Une croissante conscience de la dignité de la personne humaine
et de ses droits inaliénables, ainsi que le sens de la
justice. Cela se manifeste, entre autres aspects, par un refus de tout type
de discrimination sociale comme une conséquence au respect pour la
personne, et par une recherche toujours plus transparente de l'administration
de la justice.
- Un respect pour la nature qui s'exprime par une prise en considération
attentive des problèmes écologiques. C'est un aspect
positif dans la mesure où il prédispose d'une manière adéquate
l'être humain à prendre conscience qu'il fait partie de la création
et l'invite à respecter l'oeuvre du Créateur.
- Un intérêt très marqué pour les valeurs
spirituelles et une attention pour les réalités
transcendantes. Si cet intérêt prend, parfois, des formes de
syncrétisme et des pratiques pseudo-religieuses, il n'en constitue pas
moins une base pour le dialogue entre l'Église et l'homme d'aujourd'hui
qui aspire toujours à la Parole de la Vie.
- Un fort sentiment de solidarité et de générosité
qui se manifeste par une sensibilité croissante pour les besoins du
prochain. Ce signe positif, qui se reflète dans tant d'organisations
humanitaires, caractérise non seulement les diverses réalités
nationales mais aussi les relations internationales.
Aspects de la société contemporaine qui nécessitent
une conversion
28. Dans nos sociétés du continent américain, il y a
aussi des aspects qui requièrent une conversion et un changement
d'attitudes. L'Église en Amérique, attentive à la réalité
sociale, a exprimé par de nombreux documents de ses Pasteurs, son désir
constant d'éclairer les réalités temporelles à la
lumière de l'Évangile. Il ressort des réponses aux Lineamenta
les aspects sociaux suivants qui nécessitent une conversion:
- Dans le milieu familial, on décèle fréquemment
une conception de la liberté et un idéal d'amour humain sans
obligation. Les séparations et les divorces sont toujours plus fréquents,
entraînant la destruction de la famille. Les pratiques contraceptives et
l'avortement conduisent à la perte du sens de la valeur de la vie et à
la diffusion d'une «culture de la mort». La violence familiale est un
fait réel et en continuelle augmentation. L'identité de l'homme et
de la femme se perd et, en même temps une formation inadéquate à
la sexualité si divulgue sans aucun discernement dans le domaine de l'éducation.
L'enfance, la femme, la jeunesse et les personnes âgées sont des
catégories qui requièrent une plus grande attention.
- Dans le secteur économique, une plus grande justice
distributive fait défaut dans de nombreuses sociétés d'Amérique:
le chômage s'accroît, les salaires sont bas, l'inégalité
augmente de plus en plus entre les riches et les pauvres. Sur tout le continent
américain se note cette différence indiquée par le Pape
Jean-Paul II dans sa Lettre Encyclique Redemptoris missio: «le modèle
de développement qu'a édifié l'hémisphère
nord et qu'il répand dans le sud, où le sens religieux et les
valeurs humaines qui s'y trouvent risquent d'être emportés par
l'envahissement de la consom-mation».(45) Diverses réponses
signalent, en plus, le besoin urgent d'apporter une solution au problème
de la dette extérieure dans le contexte de la célébration
jubilaire, comme proposé par le Saint-Père dans sa Lettre
Apostolique Tertio millenio adveniente.(46)
- Dans le domaine social, un processus d'ubanisation va en s'accélérant,
lié au développement de la société industrielle et à
l'accroissement démographique. L'expansion des grandes villes, qui s'avère
très souvent désordonnée et incontrôlée,
s'accompagne de problèmes sociaux sérieux tels que pauvreté,
déracinement, trafic et consommation de stupéfiants, prostitution
des enfants et des jeunes, alcoolisme, dépersonnalisation, etc.
- Au niveau politique, une conception de la politique prédomine
parfois, perdant de vue le bien commun. Il n'est pas rare que la classe
dirigeante de la société vive éloignée des nécessités
du peuple et se laisse guider par des intérêts de parti. Fréquemment,
il règne un esprit de démagogie dans les structures du
pouvoir et la corruption s'y répand. Cette situation engendre un
manque de confiance par rapport aux institutions politiques, surtout en ce qui
concerne l'administration de la justice qui n'est pas toujours transparente, égalitaire
et efficace.
- Au niveau culturel, un laïcisme athée règne
parfois dans les milieux intellectuels et culturels. Peu nombreux sont les laïcs
chrétiens engagés dans les universités et dans les milieux
intellectuels, professionnels et artistiques. Une plus grande présence de
laïcs chrétiens fait défaut dans les moyens de la
communication sociale. Il existe, dans certains cas, une aussi carence de
principes éthiques qui conduit certains agents de la communication à
un manque d'objectivité dans la transmission de la vérité.
Les déficiences dans le domaine de l'éducation sont évidentes,
surtout, dans l'analphabétisme et dans la réduction de l'éducation
à une simple instruction qui laisse très peu de place aux valeurs
transcendentales.
TROISIÈME PARTIE
LA RENCONTRE AVEC JÉSUS-CHRIST VIVANT,
CHEMIN POUR LA COMMUNION
Chapitre I : La communion en Jésus-Christ
Jésus-Christ, l'Évangélisateur
29. L'origine et la finalité de la communion dans l'Église est
Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, qui a racheté le genre
humain par sa passion, sa mort et sa résurrection, et qui dans son Église,
animée par l'Esprit Saint, désire rencontrer chaque homme et
chaque femme pour lui offrir le salut. Les Évangiles sont riches
d'exemples de personnes qui, après avoir rencontré Jésus
durant leur vie terrestre, sont devenus ses disciples: Pierre et les autres Apôtres
(cf. Mt 4, 18-22), Marie de Magdala (cf. Lc 8, 1-3), Zachée
(cf. Lc 19, 1-10), les aveugles de Jéricho (cf. Mt 20,
29-34), la femme samaritaine (cf. Jn 4, 4-42), Lazare et ses soeurs (cf.
Jn 11, 1-44) et tant d'autres. Après la résurrection, Jésus
est apparu à ses disciples, comme par exemple à ceux qui étaient
découragés sur la route d'Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35)
pour leur expliquer le sens de ses souffrances et de sa mort à la lumière
des Ecritures et pour se faire reconnaître au moment précis de la
fraction du pain. Dans toutes ces occasions, Jésus-Christ annonce avec sa
présence, ses paroles et ses signes la Bonne Nouvelle du salut. C'est
pourquoi on peut dire qu'Il est l'évangélisateur par excellence,
comme le Pape Paul VI l'exprimait dans l'Exhortation Apostolique Evangelii
nuntiandi: «Jésus lui-même, Évangile de Dieu, a été
le tout premier et le plus grand évangélisateur».(47) La
mission évangélisatrice de l'Église découle du
mandat donné par Jésus-Christ à ses Apôtres.
En annonçant la Bonne Nouvelle, Jésus-Christ appelle à
la conversion, invitant à vivre en communion avec Lui et avec ses
disciples afin que cette convivialité dans la charité ait comme
fruit la solidarité fraternelle. Le concept de communion se trouve, donc,
«au coeur de l'autoconnaissance de l'Église, en tant que mystère
de l'union personnelle de chaque homme avec la Trinité divine et avec les
autres hommes, commencée par la foi, et orientée vers la plénitude
eschatologique dans l'Église céleste, tout en étant déjà
une réalité en germe dans l'Église sur terre».(48) Les
réponses aux Lineamenta confirment la nécessité
d'annoncer Jésus-Christ vivant, suivant son exemple d'Evangélisateur
parfait, pour faire croître la communion avec Dieu et avec le prochain,
comme une réalité déjà présente dans la vie
de l'Église d'aujourd'hui et comme un signe eschatologique de la Vie éternelle.
L'évangélisation pour la communion en Amérique
30. L'évangélisation du Nouveau Monde, commencée il y a
déjà plus de 500 ans, amène un grand nombre d'hommes et de
femmes à la rencontre de Jésus-Christ et fleurit par le témoignage
de tant de saints qui jalonnent l'histoire de l'Église en Amérique.
Les saints en terre américaine rendent le mystère du Christ présent
qui devient comme un idéal accessible et possible pour les hommes et les
femmes du continent. Leur vie n'est pas seulement un témoignage personnel
de Jésus-Christ mais aussi une expression de la communion dans son Corps
Mystique, l'Église. Cette dimension à la fois christologique et
ecclésiologique de la sainteté a contribué, tout comme elle
continue à le faire encore aujourd'hui, à ce qu'un grand nombre de
personnes se rapprochent de Jésus-Christ et entrent en communion avec Lui
dans l'Église. À cet égard, la majorité des réponses
aux Lineamenta confirment l'importance de la dévotion aux saints
dans la piété des peuples d'Amérique.
La nouvelle évangélisation, qui a été une des préoccupations
de l'Église catholique depuis le Concile Oecuménique Vatican II et
plus particulièrement encore à l'approche de la célébration
du Grand Jubilé de l'An 2000, représente selon un grand nombre de
réponses aux Lineamenta une tâche qui a pour principal
objectif de guider la personne vers une expérience profonde de Dieu à
travers le mystère du Christ. Pour cela, il est nécessaire
d'entrer en dialogue avec les personnes individuelles et avec les cultures dans
lesquelles elles vivent. L'Assemblée Spéciale pour l'Amérique
offre aux Pasteurs une occasion spéciale pour constater comment se vit le
mystère de la communion dans les Églises particulières,
comment il est vécu entre elles à l'intérieur d'un même
pays, et comment il est vécu entre elles sur tout le continent américain.
Tout pareillement, il sera possible de vérifier de quelle manière
l'Église en Amérique peut être un signe et un instrument de
la communion pour tout le continent.
Chapitre II : L'ecclésiologie de la communion dans le Concile Oecuménique
Vatican II
Les fondements ecclésiologiques : foi, sacrements et mission
31. L'ecclésiologie de la communion est un concept central et
fondamental des documents du Concile Oecuménique Vatican II,(49) un fait
facilement constatable à la lecture des quatre constitutions
conciliaires: sur l'Église (Lumen gentium), sur la Divine Révélation
(Dei Verbum), sur la Sainte Liturgie (Sacrosanctum concilium) et
sur l'Église dans le monde de ce temps (Gaudium et spes). La
constitution dogmatique Dei Verbum présente la révélation
comme l'oeuvre salvatrice de Jésus, qui à travers ses paroles et
ses signes invite à entrer en communion avec Dieu et avec les autres
hommes.(50) La constitution dogmatique Lumen gentium décrit l'Église
comme un sacrement universel de salut, c'est-à-dire comme un signe et un
instrument de communion avec Dieu et entre les hommes.(51) La constitution
dogmatique Sacrosanctum concilium enseigne comment l'Église,
durant sa pérégrination sur la terre vers la plénitude du
Royaume, trouve sa source et le sommet de sa vie ecclésiale dans la célébration
de l'Eucharistie, mémorial du mystère pascal de Jésus-Christ.(52)
Finalement, la constitution Gaudium et spes décrit la
contribution spécifique que l'Église peut offrir à la société
en faveur de l'unité du genre humain, en portant témoignage de la
communion dans le Christ qui est le fondement de l'unité dans l'Église.(53)
32. Parlant du rôle spécifique assumé par les évêques
dans la mission d'évangélisation de l'Église et dans la
construction de l'unité, le Concile Oecuménique Vatican II
souligne les éléments essentiels de la communion ecclésiale
en ces termes: «Au moyen de la fidèle prédication de l'Évangile
faite par les Apôtres et par leurs successeurs, c'est-à-dire les évêques
avec leur chef qui est le successeur de Pierre, par l'administration des
sacrements et par le gouvernement dans l'amour, sous l'action du Saint-Esprit, Jésus-Christ
veut que son peuple s'accroisse et il accomplit la communion dans l'unité
par la profession d'une seule foi, par la célébration
commune du culte divin, par la concorde fraternelle de la famille de
Dieu».(54) Par conséquent, les caractéristiques essentielles
de la communion dans l'Église sont: la profession d'une même foi,
la célébration du culte et la concorde fraternelle dans la vie de
la communauté ecclésiale, tant ad intra, c'est-à-dire
dans son unité intérieure, que ad extra, dans son effort
missionnaire pour évangéliser le monde.
33. Le questionnaire des Lineamenta ne comprend pas de question sur
la vision de l'Église en tant que mystère de communion; par
contre, il existe des demandes sur la situation particulière de l'Église
en Amérique, c'est-à-dire, les facteurs qui créent des
division dans le domaine ecclésial (question n· 4) et l'accueil fait
par les fidèles à l'ecclésiologie de la communion proposée
par le Concile Vatican II (question n· 5). Pour cette raison, les réponses
adoptent un ton plutôt informatif qui décrit la situation actuelle
de l'Église en Amérique. Il est, cependant, évident que les
réponses supposent une ecclésiologie de communion suivant la
description des divers aspects de la vie ecclésiale (catéchèse,
liturgie, témoignage chrétien, etc.), et que cette conception ecclésiologique
se base sur la foi, les sacrements et un esprit communautaire qui anime la vie
intérieure de l'Église et son activité missionnaire. Compte
tenu de ce postulat fondamental, il ressort aussi clairement des réponses
que la communion requiert la participation active de tous les fidèles,
selon la variété de leurs propres charismes et ministères. À
cet égard, il apparaît que la participation au niveau de la
communion représente l'un des fruits les plus précieux résultant
de l'accueil fait au Concile Oecuménique Vatican II en Amérique.
La communion de l'Église catholique en Amérique
34. L'Amérique est un continent dont la majorité de ses
habitants sont de religion catholique.(55) Toutefois, la communion en cette même
Église catholique pour tout le continent est marquée par une série
de facteurs géographiques, historiques et culturels qui la conditionnent
et la déterminent. Ainsi, nombre de réponses aux Lineamenta
indiquent des différences substantielles entre les réalités
ecclésiales de l'Amérique Latine et du reste du continent, tout en
reconnaissant, d'un autre côté, qu'il serait tout à fait
illogique de caractériser simplement les grandes zones géographiques
en se basant seulement sur leurs différences, sans tenir compte de
certains facteurs qui pourraient s'avérer être d'une importance décisive
pour en comprendre la réalité globale. Par exemple, la présence
d'immigrants latino-américains dans quelques régions du Nord crée
une certaine similitude entre les communautés ecclésiales de cette
région avec celles du Sud, du Centre et des Caraïbes du continent.
En outre, dans chaque pays et dans chaque Église locale, il existe une
variété de facteurs ethniques, culturels, historiques et sociaux
qui, loin d'empêcher l'unité dans la foi, dans les sacrements et
dans la vie en commun, enrichissent réellement la communion la rendant
ainsi plus dynamique et plus vivante.
35. De nombreuses réponses aux Lineamenta signalent que la
vie des Églises particulières dans chacun des pays du continent
est influencée, non seulement par la diversité des origines
ethniques des membres de ces communautés, mais aussi par les spécifiques
circonstances historiques, culturelles et économiques. En Amérique
Latine, la communion ecclésiale a souvent été influencée
par un contexte social très complexe qui a donné lieu à la
naissance de communautés ecclésiales de base et à la théologie
de la libération.(56) Dans le reste de l'Amérique, par contre,
l'expérience de la communion ecclésiale a souvent été
influencée par la tradition civile de la démocratie conduisant
certains fidèles, sincèrement désireux de participer à
la vie de l'Église, à être tentés d'édifier la
communauté ecclésiale avec les mêmes critères que
ceux de la communauté civile (droit au dissentiment, la volonté de
la majorité comme élément décisif pour les questions
gouvernatives et sociales, etc.). Selon les réponses au questionnaire des
Lineamenta, une telle conception ne tient adéquatement pas compte
du fait que l'Église, en tant que mystère de la communion,
implique fondamentalement la dimension verticale (communion avec Dieu) en plus
de la dimension horizontale (communion entre les hommes). C'est précisement
la première dimension qui distingue l'Église de n'importe quelle
autre institution humaine et qui rend possible la dimension de la communion
entre les personnes, au sens authentiquement chrétien du terme. En effet,
l'Église est un peuple dont l'unité se fonde dans l'unité
du mystère trinitaire: le même Esprit qui réunit l'unique et
indivise Trinité, unit indissolublement le genre humain au Fils de Dieu
qui est l'inépuisable source d'où jaillit sans cesse la communion
dans l'Église et de l'Église.(57)
36. L'Assemblée Spéciale du Synode des Évêques
pour l'Amérique représente une opportunité d'une valeur
inestimable car elle réunira les Pasteurs du Peuple de Dieu en provenance
des Églises qui appartiennent aux deux parties certainement les plus
significatives du continent: le Nord et le Sud. En effet, c'est dans ces deux
grandes zones - qui sont géographiquement et aussi socio-culturellement
différentes - que se manifeste la grande division qui caractérise
la situation du monde à la fin de ce deuxième millénaire,
c'est-à-dire la tension entre les hémisphères nord et sud. À
la lumière d'une ecclésiologie de la communion, il semble évident
que l'Assemblée synodale puisse être un signe et un instrument
efficaces pour l'union de tous les membres du Peuple de Dieu et des Églises
locales du continent, en communion avec le Pasteur Universel de l'Église
et, en même temps, un témoignage authentique d'unité et de
solidarité pour la société civile en Amérique et
pour le monde entier.
L'influence et l'accueil fait au Concile Vatican II
37. Les réponses aux Lineamenta sont unanimes pour reconnaître
que le Concile Oecuménique Vatican II a profondément marqué
non seulement la vie liturgique et communautaire des Églises particulières,
mais aussi la manière de penser des catholiques par rapport à l'Église
et au rôle qu'ils accomplissent dans l'Église. Tous les membres du
Peuple de Dieu ont été positivement influencés par le
Concile:
- Les évêques: une des réalités qui
ressort avec une plus grande importance est l'institution des Conférences
épiscopales, qui constituent une occasion privilégiée pour
vivre de riches expériences de collégialité entre les
Pasteurs d'un même pays. De même, la communion collégiale
entre les évêques de diocèses suffragants et leur respectif
Archevêque Métropolitain est une aide efficace pour une
coordination adéquate et une uniformité des critères
pastoraux, ce qui représente un signe positif d'unité ecclésiale.
- Les prêtres et les diacres: dans divers diocèses, des
initiatives positives de communion sont entreprises par des prêtres et des
diacres avec leur évêque, et entre eux, pour mieux servir le Peuple
de Dieu qui leur est confié (Conseils pastoraux diocésains, Doyennés
pastoraux, réunions du clergé, etc.)
- Les laïcs: actuellement, beaucoup de laïcs conçoivent
la communion ecclésiale comme un grand don de l'Esprit Saint, qui doit être
accueilli avec gratitude et en même temps vécu avec un sentiment
profond de responsabilité.(58) Nombreuses sont les manières,
signalées dans les réponses aux Lineamenta, dont se réalisent
la communion des laïcs dans les Églises locales en Amérique:
participation dans les diverses commissions et organismes aux niveaux diocésain
et paroissial, collaboration à la planification de la liturgie, à
l'enseignement du catéchisme, aux activités missionnaires, à
l'élaboration de programmes paroissiaux et diocésains de la
pastorale, etc.
- La vie consacrée: les réponses aux Lineamenta
font ressortir une croissante et active participation des hommes et des femmes
consacrés dans la vie des Églises particulières donnant
ainsi un témoignage de communion et de service.(59) Comme fruit de la IXème
Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques,
sur le thème de la vie consacrée, de nouvelles structures pour le
dialogue et la collaboration sont mises en place dans de nombreuses parties du
continent en vue de stimuler la coopération entre les Instituts de vie
consacrée et les Sociétés de vie apostolique, entre eux, et
avec l'évêque diocésain.
En plus des diverses vocations parmi le Peuple de Dieu mentionnées précédemment,
les réponses aux Lineamenta soulignent l'influence positive du
Concile Oecuménique Vatican II et du Magistère post-conciliaire
sur d'autres groupes qui exercent un rôle actif dans la communion ecclésiale:
a) les femmes, dont le rôle est toujours plus important dans la vie de l'Église
répondant aux nécessités pastorales;(60) b) les jeunes,
dont l'attention pastorale assume le caractère d'une véritable
priorité, qui peut faire l'objet d'une collaboration entre les Pasteurs
de tout le continent; c) la famille en tant qu'Église domestique et la
première école de foi et de communion chrétienne.
Chapitre III : Difficultés pour la communion intra-ecclésiale
Facteurs de division
38. Tout d'abord, il faut indiquer que de nombreuses réponses aux
Lineamenta signalent l'existence d'un sentiment d'unité et de
collaboration entre les évêques, les prêtres, les hommes et
les femmes consacrés, les mouvements ecclésiaux et laïcs,
comme une caractéristique des Églises locales, qui est beaucoup
plus fort que les éléments qui occasionnent des tensions.(61)
Toutefois, ceci ne signifie pas qu'il n'existe pas de facteurs de division, par
exemple:
- un manque de conversion, qui se manifeste dans des attitudes telles que:
l'autoritarisme, le cléricalisme, l'anticléricalisme, le refus de
l'autorité de l'Église, l'individualisme;
- un manque de dialogue provenant d'une incapacité, de la part de
certains membres du Peuple de Dieu, à travailler en équipe;
- une absence de plans pastoraux d'ensemble, d'où un manque
d'uniformité dans les critères à suivre pour l'action évangélisatrice;
- une très faible participation effective des laïcs dans
certains secteurs de la vie ecclésiale;
- l'existence de certaines conceptions de la vie de l'Église qui
n'acceptent pas pleinement l'ecclésiologie de communion du Concile
Vatican II;
- un manque de formation sur une théologie de la communion et de la
solidarité pastorale entre les divers membres du Peuple de Dieu: évêques,
prêtres, hommes et femmes consacrés, mouvements ecclésiaux
et laïcs;
- une collaboration insuffisante de la part de certains mouvements ecclésiaux
pour travailler en communion avec les structures pastorales diocésaines;
- une diversité d'opinion relative à l'aspect économique,
tant en ce qui concerne la rémunération liée à
l'administration des sacrements, que pour les différences engendrées
par une inégalité de critères sur le soutien du clergé;
- une polarisation idéologique de certains membres de l'Église,
fréquemment étiquetée en termes de traditionalisme ou
progressisme, qui rencontre de nombreux points de conflit au sujet de la justice
sociale, la théologie morale, la liturgie, etc.
- des attitudes contestataires par rapport à certains thèmes déjà
expressément définis par le Magistère, et qui sont celles
de certains membres du Peuple de Dieu qui insistent sur leurs propres idées
créant ainsi de fortes oppositions: l'ordination sacerdotale des femmes,
le célibat sacerdotal, l'indissolubilité du mariage, etc.
Enfin, il semble qu'il existe, sous-jacentes à ces tensions et à
leur base même, des conception implicites du mystère de Jésus-Christ
qui se reflètent en autant de courants de pensée sur le mystère
de l'Église et sur la programmation de l'action pastorale. En effet, étant
donné le lien intime qui existe entre le mystère du Christ et la
nature de l'Église,(62) il est facile de comprendre qu'un déséquilibre
dans la christologie se traduit automatiquement par une ecclésiologie
incomplète qui, à son tour, se reflète dans une praxis
pastorale dont les critères fondamentaux ont tendance à
s'identifier non pas tant à l'Évangile mais bien plutôt aux
courants idéologiques qui lui sont étrangers. D'où
l'importance de réaliser une annonce complète du mystère du
Christ en s'appuyant sur des critères objectifs de la Révélation
et de fidélité au Magistère de l'Église.
Jalons pour surmonter les divisions
39. Pour pouvoir surmonter les obstacles qui empêchent la communion
dans l'Église, les réponses aux Lineamenta indiquent la nécessité
de promouvoir des structures ecclésiales et des attitudes personnelles
qui puissent faciliter le dialogue. Nombreuses sont les suggestions en faveur de
la programmation d'une pastorale d'ensemble au moyen de plans nationaux, diocésains
et paroissiaux. Pour cela, il convient, comme il l'a été signalé
dans les réponses, d'encourager une ouverture d'esprit pour accepter la
collaboration de tous les membres du Peuple de Dieu, spécialement les laïcs
qui peuvent, grâce à leurs charismes et ministères, enrichir
le dialogue et la réflexion pastorale.
Il est fréquemment indiqué qu'il existe, à la base des
divisions à l'intérieur de l'Église, le problème de
la conduite personnelle des membres directement impliqués dans ces
tensions. C'est la raison pour laquelle certaines attitudes, qui peuvent jouer
un rôle important dans l'édification de l'unité, sont
mentionnées, telles que: la prière personnelle et communautaire
pour demander les dons de l'Esprit Saint, la disposition intérieure pour
une conversion permanente dirigée vers la recherche de la vérité
et la vie de charité, la disponibilité pour participer aux activités
communautaires à tous les niveaux, le respect des autres et la patience
pour comprendre leurs positions, l'honnêteté non seulement pour
exposer clairement les propres idées, mais aussi pour accepter les
critiques qui reflètent d'autres points de vue, etc.
40. Une autre opinion commune pour surmonter les tensions au niveau
universel de l'Église dans toute l'Anérique consiste, d'après
les réponses au questionnaire, à promouvoir un meilleur contact,
communication et collaboration entre les Églises particulières des
différentes régions et pays du continent. Suivant cette ligne
d'action, diverses Rencontres internationales d'évêques ont déjà
eu lieu avec la participation des représentants des Conférences épiscopales
de l'Amérique Latine, du C.E.L.AM. (Conseil Épiscopal Latino-américain),
de la Conférence nationale des Évêques catholiques des États-Unis
d'Amérique et de la Conférence Canadienne des Évêques
catholiques. Ces réunions, tout comme les Conférences générales
de l'Épiscopat Latino-américain, constituent d'excellentes
occasions pour vivre une expérience de collégialité épiscopale.
Ces événements contribuent certainement au renforcement des liens
de communion dans l'Église qui est en Amérique. Un autre exemple
qui démontre la communion intra-ecclésiale est l'initiative prise
par certains diocèses d'envoyer des prêtres comme missionnaires
dans d'autres Églises locales dont les vocations sont insuffisantes ou
bien pour accompagner, au niveau pastoral, les immigrants (spécialement
les latino-américains dans les États-Unis d'Amérique et au
Canada).
Chapitre IV : L'Église catholique dans le contexte religieux de l'Amérique
Généralités
41. Les réponses au questionnaire des Lineamenta concernant
ce sujet distinguent trois types de communautés religieuses avec
lesquelles l'Église catholique en Amérique est en contact: a) les
communautés chrétiennes avec lesquelles il existe une relation de
collaboration oecuménique qui se dirige lentement vers une communion; b)
les communautés non-chrétiennes avec lesquelles seul un dialogue
interreligieux est possible; et c) les divers groupes connus génériquement
comme mouvements religieux et «sectes».(63) À cet égard,
on peut dire qu'il existe une différence significative entre ces pays
dont traditionnellement leurs habitants appartiennent en majorité à
l'Église catholique et ceux dont les catholiques sont une minorité.
Les réponses en provenance des pays de ce dernier groupe, tels que les États-Unis
d'Amérique et le Canada, se caractérisent généralement
par une présentation positive de la situation oecuménique et du
dialogue interreligieux. Par contre, les réponses provenant du premier
groupe, c'est-à-dire des pays à majorité catholique tels
que ceux de l'Amérique Latine, présentent moins de contacts oecuméniques
et interreligieux. La différence entre ces deux réalités
s'explique par la situation historique de chacune de ces zones par rapport à
leur tradition religieuse respective. Cependant, les différences doivent être
ici un peu excessives puisque, par exemple, l'activité des mouvements
religieux et des sectes semble atteindre de telles proportions alarmantes dans
tout le territoire américain, au point que de nombreux catholiques
abandonnent l'Église pour entrer dans ces sectes ou pour suivre le chemin
du courant syncrétiste appelé couramment New Age.
Oecuménisme
42. La réalisation d'efforts significatifs en faveur de l'oecuménisme
est liée, pour chaque Église particulière, à la présence
historique de communautés chrétiennes qui n'étaient pas en
pleine communion avec l'Église catholique, comme par exemple les
Orthodoxes, les Luthériens, les membres des Églises Réformées,
les Méthodistes et autres Confessions similaires qui cherchent activement
à surmonter les divisions. En règle générale, dans
les régions où ces communautés ne comptent pas un grand
nombre de membres, très peu de contacts oecuméniques actifs sont
maintenus avec l'Église catholique. C'est ce qui se vérifie précisément
dans de nombreux diocèses et Conférences épiscopales du sud
du continent, bien que cela ne signifie pas que des initiatives oecuméniques
ne soient pas entreprises, et même avec des résultats positifs:
participation dans les Conseils des Églises aux niveaux continental et
national, dialogue théologique, collaboration sur le plan des droits de
la personne humaine, prière en commun avec les frères séparés
pour demander l'unité, coopération pour l'utilisation de certains
moyens de communication et aussi dans des oeuvres de charité. En plus de
ces initiatives, le thème de l'oecuménisme est inclus dans les
programmes de formation des séminaires et des centres de préparation
catéchétique. Malgré ces résultats positifs, la nécessité
se fait sentir d'accroître la conscience oecuménique des fidèles
catholiques dans les régions où l'Église catholique est
majoritaire. D'un autre côté, il s'avère que beaucoup de chrétiens
non catholiques de ces régions appartiennent à des communautés
fondamentalistes et militantes, qui utilisent souvent des méthodes
agressives à l'égard des Églises catholiques et semblent
avoir peu d'intérêt pour l'unité.
43. Dans les pays où les catholiques sont traditionnellement une
minorité, une plus intense activité oecuménique est déployée
tant au niveau diocésain que paroissial. La sensibilité oecuménique
est encouragée dans les universités et facultés catholiques
tout comme la catéchèse. Les membres du Peuple de Dieu dans ces régions
du continent américain - clergé et laïcs - participent fréquemment
au Conseils des Églises et dans les organisations oecuméniques. L'Église
catholique «co-parraine» un dialogue bilatéral aux niveaux
national, régional et local. Les contacts avec les communautés chrétiennes
non-catholiques les plus conservatrices et fondamentalistes semblent plus
faciles quand il s'agit de collaborer dans le domaine des activités en
faveur de la vie que d'engager un dialogue au niveau théologique. Néanmoins,
quelques thèmes regardant la moralité sexuelle et le rôle de
la femme ont été, au cours de ces derniers temps, source de
conflits entre l'Église catholique et les autres communautés chrétiennes.
En général, la Semaine de prière pour l'unité
des chrétiens est l'activité oecuménique qui est la plus
universellement mise en pratique dans tout le continent. Par ces rencontres, le
mouvement oecuménique se développe de plus en plus, grâce à
la prière et à la conversion qui sont l'âme de tout l'oecuménisme.
D'autres formes de collaboration dans des activités sociales et de charité
aussi bien que par le dialogue théologique sont aussi entrepris, sans négliger
toutefois l'aspect fondamental de la prière.(64)
Dialogue interreligieux
44. En ce qui concerne les relations avec les religions non-chrétiennes,
certaines réponses en provenance du continent sud-américain
mentionnent les communautés juives, et dans une plus petite proportion la
communauté islamique, comme étant les plus importantes de cette
catégorie, bien qu'elles restent néanmoins une minorité.
D'autres religions d'origine asiatique comme le Bouddhisme ou l'Hindouisme sont
moins répandues. Cependant, ces spiritualités orientales exercent
toujours plus d'attrait, même dans les milieux chrétiens où
elles sont considérées comme une espèce de «mode
culturelle». En abordant ce sujet, certaines réponses font aussi
allusion à la tendance à surévaluer certains éléments
des religions indigènes d'Amérique. Ces tendances ont donné
lieu à la dite théologie pluraliste des religions, qui associe les
idées philosophiques et religieuses de l'Asie avec celles du monde indigène
américain.(65)
Les réponses, qui reflètent l'état de la situation dans
le continent nord-américain, indiquent une plus grande proportion d'adhérents
aux religions non-chrétiennes, spécialement le Judaïsme et, à
un degré moindre, l'Islamisme. Dans cette partie de l'Amérique, l'Église
catholique a maintenu divers contacts avec ces communautés et les Conférences
épiscopales ont établi des structures pour promouvoir des
rencontres interreligieuses. Certains diocèses ont, également,
entretenu un bon dialogue avec les juifs et les musulmans. Un des plus
importants domaines de collaboration est celui de l'éducation
universitaire. Actuellement, l'Église catholique et quelques communautés
juives, qui partagent certaines valeurs communes, ont un poids considérable
dans la société, bien qu'elles ne soient pas numériquement
parlant majoritaires.
Nouveaux mouvements religieux et sectes
45. La situation concernant les nouveaux mouvements religieux et les sectes
est très complexe et présente diverses variantes en fonction des
différents contextes culturels.(66) Parmi leurs caractéristiques
les plus frappantes, il convient de mentionner le prosélytisme et le
fanatisme religieux. Ce problème a été abordé par un
grand nombre de réponses à la demande n· 8 du questionnaire
des Lineamenta, affirmant que ces deux signes distinctifs s'opposent à
tout type de dialogue. En effet, de telles attitudes essaient de persuader les
personnes à changer leurs propres convictions religieuses en utilisant
certains moyens, tels que:(67)
- critiquer et tourner injustement en ridicule les Églises et leurs
pratiques religieuses;
- l'usage de la violence, surtout la contrainte morale et la pression
psychologique, avec l'utilisation de certaines techniques publicitaires dans les
moyens de communication sociale;
- la manipulation des pouvoirs politique et économique comme moyen
d'acquérir de nouveaux membres pour leur secte ou mouvement religieux;
- l'offre explicite ou implicite d'aide dans les domaines de l'éducation,
de la santé et de l'assistance matérielle et financière,
comme moyen pour obtenir des adeptes;
- les attitudes et les pratiques qui exploitent les besoins des personnes,
la fragilité psychologique ou le manque d'éducation, spécialement
dans les situations d'épuisement et de désespoir, sans aucun
respect pour la liberté et la dignité humaine.
46. Il existe, dans tout le continent, un consensus général
par rapport à ce problème sérieux que représentent
les nouveaux mouvements religieux et les sectes en raison du prosélytisme
et du fanatisme qui les caractérisent. Ils se développent avec une
telle extension qu'en Amérique Centrale, aux Caraïbes et en Amérique
du Sud on utilise le terme «invasion», faisant allusion au fait que
nombre de ces groupes proviennent principalement des États-Unis d'Amérique
avec d'abondantes ressources économiques pour le déroulement de
leurs campagnes. De plus, on mentionne l'existence d'un «plan coordonné»
de la part de toutes les sectes pour altérer l'identité religieuse
actuelle de l'Amérique Latine qui, comme il l'est indiqué dans
l'introduction de ce document, non seulement est essentiellement chrétienne
mais aussi catholique. En général, les mouvements religieux et les
sectes prêchent avec agressivité contre l'Église catholique.
En outre, ils dirigent leurs campagnes de prosélytisme vers les marginaux
de la société, les immigrants, les prisonniers, les malades dans
les hôpitaux, et en général vers tous ceux qui vivent dans
les zones périphériques des grandes villes, là où la
présence de l'Église catholique ne se fait parfois pas assez
sentir. Certains propagateurs de ces sectes interprètent la Bible d'une
manière fondamentaliste, donnant des réponses toutes prêtes
aux personnes qui se trouvent dans des situations de grande incertitude. Ils
organisent des groupes pour l'étude de la Bible et prononcent aussi des
discours sur les places en invitant les personnes à fréquenter
leurs propres lieux de culte. En général, les sectes font appel à
l'émotivité et à la sensibilité superficielle pour développer
leur action de propagande. Dans beaucoup de groupes coordonnés par ces
mouvements, des prières sont récitées pour la guérison
physique des malades et des aumônes sont distribuées pour se gagner
les personnes. Attirés par ces tactiques, beaucoup de catholiques ont, au
cours de ces dernières années, abandonné la pratique de
leur foi pour entrer dans ces nouveaux mouvements religieux et dans ces sectes.
47. En plus des groupes identifiés génériquement comme
nouveaux mouvements religieux et sectes, les réponses signalent aussi
l'existence d'un courant de pensée connu sous le nom de «New Age»,
qui se diffuse très rapidement dans tout le continent et qui prend même
des proportions de phénomène mondial. Cette philosophie, partant
du relativisme, propose de surmonter la problématique de la personne en
tant que sujet par un retour extatique à une sorte de danse cosmique,
tout en offrant, en même temps, un modèle complètement
antirationaliste de la religion, une mystique moderne, selon laquelle Dieu n'est
pas une personne distincte du monde, mais bien plutôt une énergie
spirituelle qui inonde le Tout.(68) Dans cette perspective, une rencontre
personnelle avec Dieu est tout simplement impensable, et le mystère de
l'incarnation du Fils de Dieu est encore plus incompréhensible. Pour
cette raison, les réponses expriment une sérieuse préoccupation
face au phénomène du «New Age» qui influe négativement
sur l'identité religieuse de l'Amérique, et plus spécialement
sur la foi chrétienne et catholique. Il ne s'agit pas d'un «ennemi»
qui se laisse regarder bien en face, car il ne se présente pas comme un
mouvement religieux ou une secte nettement bien définie, mais bien plutôt
d'un mode de pensée qui se répand comme un courant intellectuel et
spirituel, qui imprègne silencieusement la culture contemporaine dans un
grand nombre de ses expressions.
48. Diverses sont les suggestions pour faire face au défi que
constituent les mouvements religieux, les sectes et autres tendances comme le
New Age. La IVème Conférence Générale de l'Épiscopat
Latino-américain a proposé une série de mesures spécifiques
qui, d'une certaine manière, ont déjà été
mises en pratique dans diverses parties du continent, telles que: l'amélioration
de la formation par la catéchèse; une plus grande attention aux célébrations
liturgiques spécialement pour la préparation de l'homélie;
plus de collaboration entre les prêtres et les laïcs pour une évangélisation
plus personnalisée (spécialement dans le milieu familial et parmi
les jeunes); purification et promotion de la piété populaire;
renforcement de l'identité de l'Église en cultivant ses aspects
les plus caractéristiques (dévotion à l'Eucharistie et à
la Vierge, communion avec le Pontife Romain et avec son évêque),
etc.(69) En général, il existe un consensus unanime quant à
l'opportunité de renforcer les communautés catholiques à
tous les niveaux en renouvelant leurs structures de communion et de mission,
ainsi qu'en maintenant vivante la foi en Jésus-Christ par la méditation
et la réflexion de la Parole de Dieu, par la prière (personnelle
et communautaire), par la pratique des sacrements (surtour de l'Eucharistie) et
par le renouvellement de la piété populaire. Un instrument
efficace pour surmonter ces défis est la collaboration des Pasteurs entre
eux (au niveau des Conférences épiscopales et des rencontres régionales
des Archevêques Métropolitains avec leurs respectifs évêques
suffragants) pour pouvoir développer une pastorale organique sur le
sujet, qui se traduise effectivement en actions conjointes.
L'Église catholique en tant que communauté évangélisatrice
49. Le mystère de la communion dans l'Église est intimement lié
à sa mission évangélisatrice. Jésus-Christ lui-même
s'est référé à l'unité de l'Église
comme à un aspect qui stimule et renforce la mission: «afin que tous
soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi
soient en nous, afin que le monde croie que tu m'as envoyé» (Jn
17, 21). Le thème de la relation entre communion et mission peut être
abordé dans deux contextes: celui de l'Église en Amérique
et celui de l'Église Universelle. En référence au premier
contexte, le Pape Jean-Paul II a présenté comme objectifs de
l'Assemblée synodale: promouvoir une nouvelle évangélisation
sur tout le continent comme expression de communion épiscopale; accroître
la solidarité entre les diverses Églises particulières dans
les différents domaines de l'action pastorale; mettre en lumière
les problèmes de la justice et des rapports économiques
internationaux entre les nations de l'Amérique.(70) Dans la troisième
partie de ce document, divers éléments sont apparus afin de réaliser
une meilleure coopération entre les diverses Églises locales d'Amérique
quant à l'activité pastorale, qui feront l'objet du débat
synodal. Cependant, au-delà de cette perspective continentale, la
relation entre communion et mission peut être considérée
dans un plus large contexte. En effet, l'Église catholique du continent
peut offrir à l'évangélisation du monde entier un témoignage
évangélique de communion d'une valeur inestimable. Par exemple, si
l'on considère que presque la moitié des catholiques dans le monde
vivent en Amérique, il conviendrait de réfléchir - comme le
suggèrent les réponses aux Lineamenta - sur le rôle
que peut jouer ce continent pour l'évangélisation des autres régions
continentales. D'une manière analogue, si l'on considère que ce
continent s'étend de l'hémisphère Nord à l'hémisphère
Sud, il est évident que tous les efforts que pourra accomplir l'Église
en Amérique pour vivre plus intensément la communion au niveau
ecclésial, contribueront efficacement à trouver des pistes pour
surmonter les tensions au niveau international entre le Nord et le Sud.
QUATRIÈME PARTIE
LA RENCONTRE AVEC JÉSUS-CHRIST VIVANT,
CHEMIN POUR LA SOLIDARITÉ
Chapitre I : La révélation en Jésus-Christ et la
solidarité divine
La solidarité dans l'Alliance de l'Ancien Testament
50. Le concept chrétien d'une solidarité universelle, en tant
qu'expression du commandement d'amour, est fondé sur la foi en Dieu créateur
de l'univers, qui se révèle toujours comme un Dieu solidaire à
l'égard de l'homme au milieu de ses tribulations dans l'histoire. Les récits
de la création révèlent la solidarité divine du Créateur
avec sa créature: quand l'homme tombe dans le péché, Dieu
ne l'abandonne pas mais maintient son amour, lui promettant le salut (cf. Gn
3, 15). L'amour divin exprime la solidarité en ce sens qu'il se manifeste
comme un lien par lequel Dieu s'engage à réaliser l'aspiration au
bonheur de l'homme. La solidarité de Dieu se manifeste dans les diverses
alliances qu'Il célèbre avec les hommes tout au long de l'Histoire
du salut, mais surtout par l'Alliance avec le peuple élu à qui il
donna, durant l'Exode, le Décalogue sur le Mont Sinaï (cf. Ex
20, 1-17). L'exode d'Egypte est le modèle et le point de référence
de toutes les interventions libératoires de Dieu.(71) Il s'engage pour le
salut de son peuple et exige en contrepartie qu'il lui soit exclusivement fidèle,
à Lui le Seigneur de l'Alliance. La fidélité au Dieu de
l'Alliance suppose, de la part du peuple fidèle, un engagement religieux
et éthique qui se manifeste dans la sainteté du culte et dans le
respect pour la vie.
51. Dans la Loi divine, la loyauté fondamentale au Dieu de l'Alliance
est proclamée par le commandement de l'amour divin (cf. Dt 6, 5)
dans lequel est annoncé l'engagement d'aimer son prochain (cf. Lv
19, 18). Ce lien entre religion et éthique est une caractéristique
de l'Ancien Testament. Les prophètes, à partir de cette
particularité, cherchent, pour cette raison, à maintenir toujours
vivante, avec leurs prédications, la préoccupation pour les
pauvres, critiquant les abus engendrés par la richesse et le pouvoir (cf.
Am 5, 7-11; Mi 3, 1-4). Ils ne se contentent pas de critiquer le
mal, mais ils invitent à la conversion à Dieu et à observer
les exigences de justice et de droit (cf. Ez 18, 21). Ils dénoncent
ouvertement l'injustice commise envers les faibles, qui est un péché
en tant que violation de l'alliance et rupture de la communion avec Dieu,
soulignant la responsabilité personnelle dans les problèmes de la
communauté (cf. Jr 31, 29-30). Les prophètes annoncent
aussi, comme un signe de présence du Royaume de Dieu dans l'histoire, une
Nouvelle Alliance par laquelle la société humaine sera régénérée
et purifiée de l'injustice (cf. Jr 31. 31-34). La liturgie
suppose ce lien entre le culte divin et la solidarité fraternelle (cf.
Ps 15, 1-5; 24, 3-5). Le peuple d'Israël espère en la rédemption
des opprimés comme une manifestation de l'amour et de la solidarité
de Dieu (cf. Ps 18, 3).
La solidarité dans la Nouvelle Alliance
52. Dans le Nouveau Testament, l'incarnation du Fils de Dieu est
l'expression la plus grande de la solidarité du Dieu de l'Alliance avec
l'humanité pécheresse (cf. Jn 1, 14). La Bonne Nouvelle prêchée
par Jésus-Christ n'abolit en rien la Loi et les Prophètes, et
maintient surtout intact l'impératif d'amour de Dieu et du prochain (cf.
Mt 5, 17; Mc 12, 28-34). En effet, Jésus prêche la
Bonne Nouvelle, en appelant à la conversion. Ses bienheureux sont les
doux, les pauvres, ceux qui ont le coeur pur et ceux qui sont persécutés
pour la justice (cf. Mt 5, 3-11). L'exaltation des formes concrètes
de l'exercice de la miséricorde acquiert une signification eschatologique
dans la parabole du Jugement dernier où l'interrogatoire du Juge est
centré sur l'amour envers les plus petits (cf. Mt 25, 31-46).
Dans l'enseignement de Jésus, le Bon samaritain est proposé comme
un modèle de comportement solidaire pour sa charité envers le
prochain (cf. Lc 10, 29-37). Dans la communauté chrétienne
naissante, la fraternité est mise en évidence et des formes concrètes
de solidarité et de communion des biens sont encouragées (cf. Ac
2, 42-45; 2Co 8, 7-15). Le christianisme primitif conçoit l'unité
de l'amour de Dieu et du prochain comme une exigence fondamentale de la foi (cf.
1 Jn 4, 20), et en même temps considère ce commandement
comme la plénitude de la loi (cf. Rm 13, 8-10).
Chapitre II : L'Église et la solidarité
La conscience solidaire de l'Église en Amérique
53. Les réponses aux Lineamenta font apparaître
l'existence d'une profonde conviction, à la lumière de la révélation
divine, de la nécessité pour les Églises particulières
d'Amérique d'une solidarité globale, qui comprennent les différentes
régions et réalités humaines et spirituelles de tout le
continent. L'Assemblée Spéciale pour l'Amérique du Synode
des Évêques représente une occasion providentielle pour
promouvoir la Nouvelle Evangélisation sur tout le territoire du continent
anéricain; pour augmenter la solidarité entre les Églises
particulières; pour éclairer les problèmes de justice dans
les relations entre le Nord et le Sud de ce continent.(72)
Le Magistère Pontifical a, surtout au cours de ce dernier siècle
et à de nombreuses occasions, abordé le thème de la
question sociale(73) et le Pape Jean-Paul II a plus spécifiquement
manifesté sa préoccupation pour une plus grande solidarité
universelle comme expression du respect pour la dignité de la personne et
de la vocation chrétienne à suivre Jésus-Christ.(74) L'Église
en Amérique, conjointement à l'Église répandue sur
toute la terre, tandis qu'elle s'achemine vers le Grand Jubilé de l'An
2000, cherche en même temps à scruter les signes des temps du
continent américain qui attendent une réponse à la lumière
de l'Évangile.(75) À cet égard, spécialement au
cours de ces derniers temps, les Pasteurs du Peuple de Dieu, en communion avec
le Vicaire du Christ, se sont efforcés d'éclairer, à l'aide
de leurs enseignements et d'une série d'initiatives, la réalité
humaine dans la multiplicité de ses facettes.
54. Les réponses au questionnaire des Lineamenta indiquent
une conscience très nette de la relation qui existe entre évangélisation
et promotion humaine. Témoins des tribulations de nombre de familles, qui
constituent les cellules fondamentales de l' «écologie humaine»
et qui sont les véritables «sanctuaires de la vie»,(76)les
Pasteurs du Peuple de Dieu en Amérique se sont, de multiples façons,
efforcés de promouvoir des initiatives de solidarité tant dans
leur Église diocésaine qu'au niveau de la Conférence épiscopale,
comme par exemple: en organisant des campagnes qui illustrent les principes de
la Doctrine sociale de l'Église; en cherchant à mettre ces
principes en pratique à travers des structures ecclésiales (telles
que les Commissions nationales et diocésaines de Justice et Paix
et de Caritas) ou d'autres organisations de la pastorale spécialisée
dans les questions sociales; en essayant de soulager les souffrances de la société
humaine actuelle au moyen de collectes diocésaines et nationales, de
fonds de solidarité et de campagnes en faveur du partage des biens,
sollicitant également l'aide généreuse d'organisations
catholiques ou autres institutions internationales ou nationales, en fournissant
une assistance juridique gratuite pour ceux qui ne peuvent pas faire face aux
honoraires des professionnels privés, etc. Les réponses confirment
la générosité spontanée de tout le Peuple de Dieu à
l'occasion de ces initiatives de leurs Pasteurs. De plus, dans de nombreux cas,
ce sont les laïcs eux-mêmes qui, grâce à la créativité
qui les caractérise de par leur mission dans le monde, suggèrent
et proposent des projets pour répondre aux urgences des plus nécessiteux.
55. La conscience solidaire se manifeste aussi dans la charité comme
une expression naturelle et profonde de la foi des croyants. L'institution des
Caritas diocésaines et nationales est une réalité
dans presque tous les diocèses des pays américains. Nombre de réponses
aux Lineamenta signalent la générosité des fidèles
qui non seulement répondent avec leurs aumônes aux besoins des plus
pauvres, mais s'engagent aussi personnellement pour un service désintéressé,
que ce soit dans des circonstances normales ou lors de grandes catastrophes qui
frappent à l'improviste un grand nombre de personnes. Dans de nombreuses
régions, des structures coopératives de solidarité ont été
mises en place dans lesquelles interviennent les communautés au niveau
diocésain ou paroissial qui aident d'autres communautés qui possèdent
moins de ressources, concrétisant de cette manière la solidarité
entre les Églises. Toutefois, malgré cette attitude positive qui
se manifeste spontanément chez les fidèles, ces mêmes réponses
aux Lineamenta maintiennent le besoin d'une formation systématique
en vue d'une plus grande conscientisation de l'importance de la solidarité
sociale, comme expression d'une fraternité qui ne soit pas seulement une
union humanitaire mais, fondamentalement, une communion spirituelle dans le
Christ.
L'aide de solidarité que reçoit l'Église en Amérique
56. L'aide de solidarité reçue par l'Église qui est sur
le continent peut être classifiée en fonction de sa provenance en:
solidarité ecclésiale et solidarité extra-ecclésiale.
Pour répondre à la demande sur le premier type de collaboration,
les réponses mentionnent l'aide de solidarité que reçoivent
depuis plusieurs décennies les diverses Églises particulières
de toute l'Amérique de la part d'institutions ecclésiales d'autres
continents, spécialement de l'Europe. Figurent parmi ces organisations:
Misereor, Adveniat, Kindermissionwerk, Kirche in not,
la Conférence épiscopale Italienne et différents
diocèses et paroisses européennes qui jouent le rôle de «marraines»
pour des institutions similaires en Amérique en envoyant des
contributions. Nombreuses sont les oeuvres de promotion sociale et les
structures d'évangélisation qui ont pu être entreprises grâce
à cette action concrète de solidarité dans différents
domaines: éducation, santé, logement, construction d'églises,
formation catéchistique et théologique, pastorale des vocations,
activité missionnaire, etc. En ce qui concerne la solidarité
extra-ecclésiale, les réponses indiquent la collaboration de
certains organismes civils aux niveaux municipal, provincial et national qui
considèrent l'Église comme une institution de confiance et, en même
temps, comme un collaborateur complémentaire pour leurs programmes de
promotion sociale. Toutefois, il est constaté que ce type de
collaboration n'est possible que lorsqu'il existe des relations cordiales entre
l'Église et l'État.
La solidarité ecclésiale s'est aussi manifestée, au
cours de ces dernières années, par des aides provenant non pas
seulement d'institutions de l'Église en-dehors du continent mais aussi
des Églises particulières de l'Amérique elle-même.
D'ailleurs, certaines réponses signalent la Conférence épiscopale
des États-Unis d'Amérique et la Conférence Canadienne des Évêques
catholiques comme organismes ecclésiaux qui collaborent dans des
programmes de développement pour de nombreux diocèses nécessiteux
d'Amérique Latine. Ces manifestations concrètes de solidarité
inter-ecclésiale sur tout le continent non seulement démontrent l'évidente
conscience de la solidarité fraternelle dans l'Église qui vit en
Amérique mais qu'elles constituent aussi un témoignage évangélique
de communion pour toute la société humaine.
La Doctrine Sociale de l'Église
57. L'expérience chrétienne est complexe, du fait qu'elle doit
exprimer l'éthique de la justice et les exigences de la solidarité
fraternelle. La foi chrétienne suppose une éthique sociale du
christianisme que la Doctrine Sociale de l'Église propose systématiquement
comme directives pour le disciple du Christ dans sa vie personnelle et
familiale, culturelle et sociale. Il résulte des réponses au
questionnaire des Lineamenta que l'Épiscopat des Églises
particulières d'Amérique est généralement convaincu
que la Doctrine Sociale de l'Église est un instrument utile et nécessaire
pour réaliser une pastorale de la solidarité chrétienne.
Cette doctrine sociale formule les principes de réflexion pour voir la réalité,
les critères de jugement moral pour évaluer le conflit social
entre réalité humaine et idéal chrétien, et les règles
capables d'éclairer l'action concrète de l'individu et de la
communauté pour promouvoir le bien commun et surmonter le désordre
moral et l'injustice sociale.(77) De plus, les principes fondamentaux de
la Doctrine Sociale de l'Église, qui se basent sur la dignité de
l'homme, sont le principe de la solidarité et le principe de la complémentarité.
En vertu du premier principe, chaque homme est appelé à contribuer
au bien commun de la société. En vertu du second principe, l'État
ne peut se substituer aux libres initiatives ni aux responsabilités des
individus et des groupes sociaux intermédiaires aux niveaux où ils
peuvent agir.(78)
58. Quant à la diffusion de la Doctrine Sociale de l'Église,
un grand nombre de réponses aux Lineamenta informent au sujet de
diverses initiatives entreprises par des Églises locales et des Conférences
épiscopales: organisation de cours, groupes de travail, conférences
et semaines sociales; publication d'articles et d'essais dans des journaux
locaux, revues et bulletins ecclésiaux; enseignement dans des séminaires,
universités et écoles catholiques; etc. De plus, de nombreuses
institutions ecclésiales s'intéressent à la Doctrine
Sociale de l'Église, que ce soit aussi bien pour l'étudier ou pour
l'approfondir que pour mettre en pratique ses principes. De nombreuses Conférences
épiscopales sont dotées d'une Commission destinée à
promouvoir la pastorale sociale; son intervention dans les problèmes
sociaux du pays se révèle habituellement très positive, du
fait qu'elle contribue à éclairer avec les principes de la
Doctrine Sociale de l'Église le dialogue entre syndicats et patronat, et
entre gouvernement et ouvriers. L'action de médiation de l'Église
dans ces cas est généralement bien acceptée des deux côtés.
Néanmoins, malgré ce travail considérable de
divulgation, les mêmes réponses reconnaissent qu'il y a encore
beaucoup à faire dans l'Église pour faire connaître et
appliquer la Doctrine Sociale de l'Église. Cette situation résulte,
selon les réponses aux Lineamenta, du peu de réceptivité
par rapport à la dimension sociale de la foi qui d'une certaine manière
reflète, à son tour, une formation incomplète tant des laïcs
que du clergé. Le thème de l'unité essentielles entre la
foi et les oeuvres (cf. Jc 2, 14), entre le culte et la vie chrétienne
(cf. Mt 5, 23-24), entre la vie spirituelle et la pratique du principe évangélique
de l'amour du prochain, doit encore s'enraciner plus profondément dans la
conscience d'un grand nombre de membres du Peuple de Dieu.
Chapitre III : Domaines de la solidarité en Amérique
Le défi de l'Évangile
59. Le destinataire du dessein de la communion et du salut dans le Christ
est l'homme, «la première route et la route fondamentale de l'Église,
route tracée par le Christ lui-même, route qui, de façon
immuable, passe par le mystère de l'Incarnation et de la Rédemption».(79)
L'annonce de l'Évangile ne peut se faire séparément des
problèmes de la condition humaine, tant sur le plan spirituel que
temporel.(80) La communauté des disciples de Jésus-Christ continue
à être l'Église du Bon samaritain, qui cherche toujours à
porter secours aux affligés (cf. Lc 10, 29-37). La promotion
humaine est, par conséquent, intimement liée à l'évangélisation,
parce que l'homme auquel s'adressent les valeurs de l'Évangile n'est pas
un être abstrait, mais qu'il est sujet aux questions sociales et économiques
concrètes.(81)
60. Les réponses en provenance des pays d'Amérique Latine
signalent diverses situations angoissantes que vivent tant de peuples de cette
zone géographique et culturelle: le fossé qui se creuse toujours
davantage entre les riches et les pauvres; la situation complexe créée
par la dette internationale;(82) la pénurie d'emploi et les salaires
insuffisants, une situation qu'il ne sera pas possible de résoudre à
moins qu'un sursaut de la conscience humaine ne provoque un mouvement général
de solidarité;(83) la récession économique et l'inflation;
la spéculation financière et la fuite des capitaux; le commerce
des armes et les tensions dues à la guerre; le problème du trafic
des stupéfiants; la corruption dans l'administration publique et le désintéressement
du bien commun;(84) les conditions d'indigence dans lesquelles vivent beaucoup
de familles (famine et maladie, carences sur le plan de l'assistance sanitaire
et sociale, absence de logement décent et d'éducation). Toutes ces
réalités sont perçues comme un signe sérieux de désordre
éthique qui réclame un changement de mentalité, et invite
toute l'Église à s'engager à prendre la personne humaine,
dans sa réalité concrète et intégrale, comme but de
sa mission évangélisatrice.
61. Dans d'autres pays du continent, principalement au Canada et aux États-Unis
d'Amérique, il existe des situations sociales qui, d'une certaine manière,
sont analogues à celles qui viennent d'être décrites. Elles
sont la source de préoccupations pour l'Église, principalement
dans deux domaines culturels: les immigrants et les zones en marge des grandes
villes, où il existe des problèmes sociaux complexes tels que: le
chômage, des conditions de vie misérables (famine, absence de
logement et manque d'hygiène), toxicomanie et violence, incapacité
pour de nombreux immigrés de s'insérer dans la société,
délinquance juvénile, etc. Dans ces cas précis, les
communautés chrétiennes vivent ces problèmes comme des
exigences évangéliques de service à son prochain et
essaient d'apporter une réponse adéquate du point de vue de
l'assistance matérielle qui est, en même temps, un message et un témoignage
de charité chrétienne. Dans ces activités sociales, on
constate qu'il existe un bon esprit de collaboration entre l'Église
catholique et les autres confessions chrétiennes, tout comme avec les
autres religions. Il n'en est pas de même avec les sectes et les autres
mouvements religieux similaires.
Solidarité et Amour pour les pauvres
62. Les paroles du Pape Jean XXIII conservent toute leur valeur, surtout
pour l'Amérique, quand il déclarait que l'Église, étant
l'Église de tous, veut avant tout être l'Église des
pauvres.(85) Le débat sur l'Église et les pauvres durant le
Concile Vatican II a revêtu une grande signification: L'Église
reconnaît dans les pauvres, comme dans un reflet moral, l'image de son
divin Fondateur, pauvre et humble, s'employant avec sollicitude à
soulager leur détresse et veut servir le Christ en eux.(86) L'appel à
la sollicitude à l'égard du drame de la pauvreté s'est répété
avec insistance: Paul VI, s'adressant aux paysans en Colombie, a parlé du
pauvre comme un «sacrement du Christ»;(87) et dans l'Exhortation
Apostolique Evangelii nuntiandi il a confirmé le lien entre l'Évangile
du Christ et la question de la libération de la misère, comme une
exigence de la justice et de la charité chrétienne.(88)
63. Les Pasteurs des Églises particulières sur le continent américain,
soutenus par les orientations du Magistère Pontifical, encouragent tous
les membres de l'Église à mieux accomplir leurs devoirs de chrétiens
afin de vaincre le fléau humiliant de la misère, résultant
des structures du péché qui font que les riches deviennent
toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. Jean-Paul II, en
visite sur le continent américain, a recommandé l'engagement
social en faveur de la justice et d'une juste répartition des biens.(89)
Les Églises particulières en Amérique, suivant cette
invitation du Successeur de Pierre, développent une intense activité
pour la pastorale de la solidarité chrétienne en faveur de
l'enfance et de la femme, des paysans et des ouvriers, des malades et des
prisonniers, des émigrants et des immigrants, des pauvres et des exclus.
En de nombreuses occasions, les évêques d'Amérique Latine
ont invité tout le Peuple de Dieu à s'occuper, d'une manière
particulière, du problème de la pauvreté: en proclamant que
l'authenticité de l'évangélisation se manifeste par l'amour
pour les nécessiteux, en appelant à un engagement dans le service
aux frères qui souffrent et en assumant une nette option préférentielle
et solidaire pour les pauvres.(90)
Communautés ecclésiales et solidarité
64. La IIème Conférence Générale de l'Épiscopat
Latino-américain de Medellín a défini la communauté
ecclésiale de base comme étant la cellule première de la
structure ecclésiale qui, à son propre niveau, est responsable de
la richesse de la foi et de son expansion, aussi bien que de la promotion
humaine et du développement.(91) Le concept de communauté ecclésiale
de base, à de nouveau été le thème de la IIIème
Conférence Générale de l'Épiscopat Latino-américain
qui en a distingué trois caractéristiques: la dimension
communautaire qui permet à ses membres d'entrer en intime relation
interpersonnelle dans la foi; la dimension ecclésiale, selon laquelle la
communauté qui célèbre les sacrements cherche à
vivre les implications du nouveau commandement dans la solidarité
fraternelle et par l'engagement de vie; la dimension structurelle selon laquelle
la communauté, formée d'une manière stable par peu de
membres, est conçue comme une cellule vivante et fondamentale d'une
grande communauté.(92) À ces éléments fondamentaux,
le Pape Paul VI, expliquant la dimension ecclésiale qui est l'essence même
de ces communautés, a ajouté deux caractéristiques de base:
la communion avec l'Église (locale et universelle) et la communion avec
les Pasteurs et avec le magistère de l'Église.(93)
Dans de nombreuses Églises locales d'Amérique Latine, ces
petites communautés chrétiennes ont été considérées
comme une option pastorale décisive pour le renouvellement de la vie ecclésiale,
étant donné les énormes dimensions et exigences de la
structure diocésaine et paroissiale. Toutefois, ces mêmes documents
du magistère épiscopal latino-américain reconnaissent que
les communautés de base ont, dans certains endroits, été
manipulées à des fins politiques et séparées de la
communion des évêques, perdant ainsi leur dimension ecclésiale.(94)
Néanmoins, les réponses aux Lineamenta font l'éloge
des petites communautés ecclésiales, en tant que centres où
un grand nombre de chrétiens peuvent réaliser une expérience
ecclésiale de communion et de solidarité fraternelle.
La dette extérieure et l'équilibre de l'économie
globale
65. L'Église qui vit en Amérique, tout en annonçant l'Évangile,
s'efforce toujours d'éclairer les hommes et les femmes du continent sur
leur mission dans la construction d'une solidarité fraternelle où
règnent la justice et la paix. Les liens de solidarité acquièrent
une importance particulière quand il s'agit de la relation entre le Nord
et le Sud, surtout en ce qui concerne le problème de la dette extérieure.
Les réponses aux Lineamenta suggèrent que les moyens de résoudre
une situation aussi complexe peuvent seulement se trouver, dans le cadre de la
globalisation de l'économie internationale, à partir des principes
éthiques fondamentaux selon lesquels chacune des parties assume
solidairement les responsabilités pour la construction du futur.(95)
Bien que la dette extérieure ne soit pas l'unique cause de la pauvreté
de nombre de pays en voie de développement, on ne peut ignorer qu'elle a
contribué à créer des conditions de misère extrême
qui se présentent, aujourd'hui, comme un défi urgent qui
interpelle la conscience des membres du Peuple de Dieu. Nombreuses sont les
caractéristiques énumérées dans les réponses
au document de préparation: famine et misère, manque du nécessaire
pour survivre, pour la santé et l'alimentation, chômage, absence de
logement décent et d'éducation, etc. Cette situation de souffrance
pour tant de familles pauvres d'Amérique, se retrouve dans la population
rurales et chez les ouvriers des villes, parmi les afro-américains et les
indiens d'Amérique. Un christianisme engagé en faveur de la
justice a un vaste champ d'action à sa disposition. Beaucoup de réponses
aux Lineamenta réaffirment l'appel du Pape Jean-Paul II pour
trouver une solution au problème de la dette internationale «proposant
que le Jubilé soit un moment favorable pour penser, entre autres, à
une réduction importante, sinon à un effacement total de la dette
internationale».(96) Il est, en outre, suggéré de traiter le
thème dans le contexte plus large de la globalisation de l'économie
mondiale en cherchant toujours à rétablir d'une manière adéquate
l'ordre de la justice sociale.
Solidarité et promotion de la culture de la vie
66. L'être humain, appelé à une plénitude de vie
qui consiste en sa participation à la vie divine, est le sujet auquel l'Église
annonce le salut réalisé par le Christ à travers son mystère
pascal. Le Magistère pontifical de ces dernières années révèle
la préoccupation spéciale des Papes pour le thème de la
famille et de la protection de la vie humaine dans toutes les phases de son
existence.(97) L'Église en Amérique a également manifesté,
par ses nombreuses initiatives pastorales, son adhésion à la préoccupation
du Saint-Père au sujet de la promotion de la vie humaine, qui rappelle
dans sa Lettre Encyclique Evangelium vitae la responsabilité que
tout être humain a devant Dieu pour sa propre vie et pour celle de son
prochain.(98) Parmi les principaux domaines de promotion de la vie, signalés
par les réponses aux Lineamenta, il convient de citer:
- La famille comme lieu privilégié où naît
la vie et se développe la personne.(99) Dans ce domaine, il existe aux
niveaux diocésain et national divers instituts et organisations ecclésiales
pour promouvoir dans les familles le sens de la fidélité
conjugale, de la paternité responsable, de l'éducation chrétienne
des enfants, de la solidarité avec les autres familles et, en général,
de la croissance du foyer familial comme «Église domestique»
suivant l'exemple de la Sainte Famille de Nazareth. Une attention particulière
est accordée à la diffusion des informations sur les méthodes
naturelles de planification familiale, l'aide aux mères célibataires
et aux personnes âgées qui ne font pas partie d'une famille.
- L'assistance sanitaire s'étendant à toutes les étapes
de la vie humaines. Dans ce domaine, l'Église déploie une activité
non seulement d'accompagnement spirituel des malades mais aussi, dans certains
cas, de véritable service sanitaire en collaborant avec les initiatives
civiles dans les hôpitaux et les centres médicaux. Parmi tant de
champs d'action, peuvent être mentionnés: les maladies les plus
graves comme le cancer et le SIDA, la toxicomanie, l'alcoolisme, les handicaps
physiques et mentaux, etc.
- La bioéthique chrétienne comme ensemble des
principes éthiques en rapport avec la vie. Dans ce domaine, il s'agit
d'illuminer, à partir des valeurs de l'Évangile, les nouveaux
problèmes que pose la science avec ses découvertes et ses nouveautés.
À cet égard, des initiatives sont indiquées telles que la
création d'instituts sur la bioéthique, la préparation
d'agents pastoraux spécialisés, l'introduction de la thématique
dans les programmes des universités catholiques et des séminaires,
etc. Cependant, les réponses reconnaissent qu'il y a encore beaucoup à
faire pour affronter ce grand défi de notre temps.
- La promotion d'une culture de la vie devant l'expansion d'une «culture
contraire à la solidarité qui, dans de nombreux cas, se présente
comme une véritable culture de la mort».(100) Nombreux sont les
signes négatifs qui sont la manifestation d'une espèce de «conjuration
contre la vie» dans les sociétés d'Amérique: la
violation des droits de la personne humaine, la légalisation de
l'avortement, l'acceptation de l'euthanasie, les programmes de stérilisation,
etc. À maintes reprises, les évêques ont, individuellement
et collégialement, fait entendre leur voix de Pasteurs, à travers
leurs propres prédications et dans les documents émanants des Conférences
épiscopales, s'adressant au Peuple de Dieu et à tous les hommes de
bonne volonté pour leur faire prendre conscience de la responsabilité
individuelle et sociale concernant le don divin de la vie.
CONCLUSION
67. L'Assemblée Spéciale pour l'Amérique du Synode des Évêques,
outre à participer au processus de préparation de la célébration
jubilaire du Troisième Millénaire, représente dans
l'histoire de l'Église en Amérique un événement
d'une singulière importance. En effet, l'assemblée synodale témoigne
de la sollicitude pastorale du Vicaire du Christ et de tous les Pasteurs du
Peuple de Dieu en Amérique afin de rassembler les divers peuples et
nations dans la confession d'une même foi en Jésus-Christ vivant,
chemin de conversion, de communion et de solidarité. De cette manière,
la célébration synodale se donne l'objectif d'apporter une réponse
aux grands défis du contexte socio-culturel américain, en réfléchissant
à la lumière du mystère de Jésus-Christ, le même
hier, aujourd'hui et à jamais (cf. He 13, 8), sur les thèmes
de la nouvelle évangélisation, la promotion humaine et la culture
chrétienne dans le Nouveau Monde.
L'Instrumentum laboris offre à la réflexion des Pères
synodaux la synthèse des réponses au questionnaire du document de
préparation. La présentation des sujets essaie de refléter
la réalité complexe du continent américain et sert de base
au débat synodal, constituant ainsi un moment de discernement et de
dialogue fraternel d'une grande importance. De la réflexion collégiale
sur les thèmes exposés dans le document de travail pourraient
surgir les problèmes communs et les enrichissantes particularités
locales, les dons de l'Esprit sous forme de charismes et de ministères,
sans parler des défis et des possibilités liés à la
culture contemporaine américaine. Tout ceci aidera l'Église qui
vit sur le continent à découvrir son identité, tandis
qu'elle s'engage, avec un nouvel élan, dans la nouvelle évangélisation.
68. Face à ce défi que représente cette évangélisation
dans le panorama complexe de la réalité du continent américain,
l'Assemblée Spéciale pour l'Amérique du Synode des Évêques
désire proclamer avec une nouvelle force le mystère de Jésus-Christ
vivant, mort et ressuscité, vivant dans l'histoire de notre temps et présent
d'une manière toute particulière dans son Église, pour que
tous découvrent en Lui:
- le vrai chemin qui conduit à l'authentique conversion personnelle
et au renouvellement des structures sociales, afin que la vie humaine et la vie
en société puissent recevoir la semence du Royaume de Dieu et
produire des fruits de vie nouvelle, de paix, de justice et de miséricorde;
- le vrai chemin qui conduit à la communion dans la charité,
qui rend visible Celui qui par amour s'est fait chair et a habité parmi
les hommes pour que tous puissent contempler sa gloire (cf. Jn 1, 14) et
participer au don divin de la civilisation de l'amour;
- le vrai chemin qui conduit à la solidarité, pour que cet idéal,
qui est une exigence du bien commun, soit respecté par tous les membres
de la famille humaine et prévale face à la volonté caduque
de domination.(101)
69. Tout comme les Apôtres qui, ensemble avec Marie, ont persévéré
dans la prière et ont reçu la force de l'Esprit Saint pour
commencer à proclamer la Bonne Nouvelle (cf. Ac 2, 1-13), de même
les Pasteurs du Peuple de Dieu en Amérique, unis dans la foi avec le
Successeur de Pierre et sous la protection de la Mère de Dieu et Mère
de l'Église, invoquent l'Esprit Saint pour qu'il descendent sur eux afin
de poursuivre avec des forces renouvelées la mission d'annoncer le
message du salut au milieu des joies et des espoirs, des tristesses et des
angoisses des hommes et des femmes de l'Amérique de notre temps.(102) Que
Notre-Dame de Guadalupe, Étoile de la Première et de la Nouvelle Évangélisation,
guide les pas de ceux qui, sur le continent américain, s'acheminent à
la rencontre de Jésus-Christ vivant, Seigneur du temps et de l'éternité:
«l'Alpha et l'Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin»
(Ap 22, 13).
TABLES DES MATIÈRES
PRÉFACE ............................................................................................3
INTRODUCTION
Le thème de l'Assemblée Spéciale
.........................................................6
L'identité religieuse de l'Amérique.......................................................7
Première Partie: LA RENCONTRE AVEC JÉSUS-CHRIST VIVANT
Chapitre I: Le mystère du Christ
Le mystère du Christ et la personne humaine
.............................10
Annoncer la vérité complète sur le mystère de Jésus-Christ
.......11
Le mystère de Jésus-Christ annoncé à l'homme et à
la culture ...13
Chapitre II: l'annonce de Jésus-Christ dans le contexte culturel
de l'Amérique
L'Évangile et la culture
.............................................................. 15
L'Évangile et les cultures indigènes et afro-américaines
............17
L'Évangile et cultures des peuples immigrants
...........................18
L'Évangile et la religiosité populaire
..........................................19
L'Évangile et l'éducation
............................................................22
L'Évangile et les moyens de communication sociale .................24
Deuxième Partie: LA RENCONTRE AVEC JÉSUS-CHRIST VIVANT,
CHEMIN POUR LA CONVERSION
Chapitre I: La conversion à Jésus-Christ
La rencontre avec Jésus-Christ vivant provoque la conversion ..25
L'Église prêche la conversion
......................................................26
Chapitre II: la conversion dans l'Église et dans la société
Signes concrets du réveil religieux dans l'Église
........................27
Aspects urgents de conversion dans la réalité intra-ecclésiale
....29
Aspects positifs de la société contemporaine par rapport à
l'Évangile.......... 31
Aspects de la société contemporaine qui nécessitent une
conversion......................32
Troisième Partie: LA RENCONTRE AVEC JÉSUS-CHRIST
VIVANT, CHEMIN POUR LA COMMUNION
Chapitre I: La communion en Jésus-Christ
Jésus-Christ, l'Évangélisateur
......................................................34
L'évangélisation pour la communion en Amérique
......................35
Chapitre II: l'ecclésiologie de la communion dans le Concile
Oecuménique Vatican II
Les fondements ecclésiologiques: foi, sacrements et mission.....36
La communion de l'Église catholique en Amérique.....................38
L'influence et l'accueil fait au Concile Vatican
II........................39
Chapitre III: difficultés pour la communion intra-ecclésiale
Facteurs de division
.....................................................................41
Jalons pour surmonter les divisions
............................................43
Chapitre IV: l'Église catholique dans le contexte religieux de
l'Amérique
Généralités
...................................................................................44
Oecuménisme
..............................................................................45
Dialogue interreligieux
................................................................46
Nouveaux mouvements religieux et sectes .................................47
L'Église catholique en tant que communauté évangélisatrice
.....51
Quatrième Partie: LA RENCONTRE AVEC JÉSUS-CHRIST VIVANT,
CHEMIN POUR LA SOLIDARITÉ
Chapitre I: La révélation en Jésus-Christ et la
solidarité divine
La solidarité dans l'Alliance de l'Ancien Testament
...................52
La solidarité dans la Nouvelle Alliance
......................................53
Chapitre II: L'Église et la solidarité
La conscience solidaire de l'Église en Amérique
........................54
L'aide de solidarité que reçoit l'Église en Amérique
...................56
La Doctrine Sociale de l'Église
...................................................57
Chapitre III: Domaines de la solidarité en Amérique
Le défi de l'Évangile
...................................................................58
Solidarité et amour pour les pauvres
...........................................60
Communautés ecclésiales et solidarité
........................................61
La dette extérieure et l'équilibre de l'économie
globale ..............62
Solidarité et promotion de la culture de la vie
............................63
CONCLUSION
................................................................................66
TABLES DES MATIÈRES
....................................................................68
NOTES
(1) Cf. Jean-Paul II, Lettre Apostolique Tertio millennio adveniente
(10 novembre 1994), 38: AAS 87 (1995) 30. Cf. aussi comme antécédent:
Discours d'ouverture, IVème Conférence Générale
de l'Épiscopat Latino-américain (12 octobre 1992), 17: L'Osservatore
Romano, Suppl., 16 octobre 1992, IX.
(2) Cf. Lineamenta, 2.
(3) Cette petite île, appelée Guanahani, fut rebaptisée
par Christophe Colomb sous le nom de San Salvador, bien qu'aujourd'hui
on la connaisse comme île Watling et se trouve aux Bahamas.
(4) Cf. Jean-Paul II, Lettre Apostolique aux Religieux et Religieuses
d'Amérique Latine à l'occasion du V ème Centenaire de
l'Evangélisation du Nouveau Monde, 29 juin 1990, 1: AAS 83
(1991) 22.
(5) Cf. Jean-Paul II, Lettre Encyclique Redemptor hominis (4 mars
1979), 10: AAS 71 (1979) 275.
(6) Jean-Paul II, ibidem, 13: AAS 71 (1979) 282.
(7) Cf. Saint Augustin, Confessions I, 1: CCL 27, 1.
(8) Jean-Paul II, Lettre Encyclique Redemptor hominis (4 mars 1979),
4: AAS 71 (1979) 261.
(9) Cf. ibidem, 7: AAS 71 (1979) 268.
(10) Cf. ibidem, 9-10: AAS 71 (1979) 272-275.
(11) Concile Oecuménique Vatican II, Constitution Pastorale sur l'Église
dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 22.
(12) Cf. Jean-Paul II, Lettre Encyclique Redemptor hominis 11: AAS
71 (1979) 277.
(13) Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (8 décembre
1975) 27: AAS 68 (1976) 23.
(14) Jean-Paul II, Discours à l'Assemblée du Conseil Épiscopal
Latino-américain, Port-au-Prince, Haïti (9 mars 1983) III: AAS
75 (1983) 778.
(15) Jean-Paul II, Discours d'ouverture, IVème Conférence
Générale de l'Épiscopat Latino-américain (12 octobre
1992), 20: L'Osservatore Romano, Suppl., 16 octobre 1992, XIII.
(16) Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (8 décembre
1975), 20: AAS 68 (1976) 19.
(17) Ibidem, 19: AAS 68 (1976) 18.
(18) Ibidem, 20: AAS 68 (1976) 18; cf. Concile Oecuménique
Vatican II, Constitution Pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps
Gaudium et Spes, 53.
(19) Jean-Paul II, Lettre Encyclique Redemptoris missio (7 décembre
1990) 52: AAS 83 (1991) 300.
(20) Document de la IIIème Conférence Générale
de l'Épiscopat Latino-américain de Puebla (1979), 386.
(21) Jean-Paul II, Discours aux représentants du monde de la
culture à l'Université catholique de Santiago du Chili, (3
avril 1987), 2: AAS 80 (1988) 158.
(22) Cf. Jean-Paul II, Lettre instituant le Conseil Pontifical pour la
Culture (20 mai 1982): texte original en italien dans L'Osservatore
Romano, 21-22 mai 1982, 3.
(23) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution Pastorale sur
l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 4-9.
(24) Cf. Jean-Paul II, Lettre Encyclique Redemptoris missio (7 décembre
1990) 54: AAS 83 (1991) 301.
(25) Les documents du Magistère du Saint-Père Jean-Paul II sur
ce sujet sont très nombreux: Discours aux indigènes de
l'Amazonie, Manaos, 10 juillet 1980; Discours aux indigènes du
Guatemala, Quetzaltenango, 7 mars 1983; Discours aux indigènes de
l'Equateur, Latacunga, 31 janvier 1985; Discours aux indigènes du
Pérou, Iquitos, 14 février 1985; Discours aux Indiens d'Amérique
du Nord, Phoenix, 14 septembre 1987; Discours aux peuples indigènes
du Canada, Fort Simpson, 20 septembre 1987; Discours aux populations
autochtones du Paraguay, Mission de «Santa Teresita», 17 mai 1988;
Lettre Apostolique aux Religieux et Religieuses de l'Amérique Latine à
l'occasion du Vème Centenaire de l'Évangélisation du
Nouveau Monde, 29 juin 1990, 7: AAS 83 (1991) 26-27; Message aux
indigènes du continent américain, Saint Domingue, 12 octobre
1992; Message aux afro-américains du continent américain, Saint
Domingue, 12 octobre 1992; Discours aux communautés autochtones du
Mexique et des autres pays latino-américains, Izamal, 11 août
1993. De la même manière, le sujet des indigènes a été
largement traité par les Conférences Générales de l'Épiscopat
Latino-américain de: Rio de Janeiro, 84; Medellín, 1, 14; 4, 3;
12, 11; et Saint Domingue, 20, 107, 110, 245, 248; et sur les afro-américains:
Puebla, 365, 410, 415; Saint Domingue, 107, 110, 167, 244 et 249.
(26) Parmi les saints les plus populaires, il faut citer: Les martyrs Jean
de Brebeuf, Isaac Jogues et ses compagnons, Roch González; les saints:
Rose de Lima, Toribio de Mogrovejo, François-Xavier Cabrini, Martin de
Porres, Elizabeth Ann Seton, Jean Macias, Rose Philippine Duchesne, Ezéchiel
Moreno, Pierre Claver, François Solano, Thérèse des Andes,
François Fabres Cordero, Marie-Anne de Jésus Paredes y Flores; les
Bienheureux Kateri Tekawitha, Junipero Serra, Catherine Drexel, Jean Diego,
Marie de l'Incarnation, Michel Pro et Raphaël Guizar y Valencia, Marie de
Saint Joseph et Joseph de Anchieta ainsi que tant d'autres saints et bienheureux
qui ont donné un témoignage de l'Évangile en Amérique.
(27) Jean-Paul II, Discours d'ouverture, IVème Conférence
Générale de l'Épiscopat Latino-américain (12 octobre
1992), 24: L'Osservatore Romano, Suppl., 16 octobre 1992, XIV; cf.
Document de la IIIème Conférence Générale de l'Épiscopat
Latino-américain de Puebla, 446; Document de la IVème Conférence
Générale de l'Épiscopat Latino-américain de Saint
Domingue, 15.
(28) Jean-Paul II, ibidem, 31: L'Osservatore Romano, Suppl.,
16 octobre 1992, XV; Cf. Lettre Apostolique aux Religieux et Religieuses de
l'Amérique Latine à l'occasion du Vème Centenaire
de l'Évangélisation du Nouveau Monde, 29 juin 1990, 31: AAS
83 (1991) 45.
(29) Jean-Paul II, Lettre Encyclique Redemptoris missio (7 décembre
1990) 37: AAS 83 (1991) 284.
(30) Cf. idem.
(31) Paul VI, Constitution Apostolique Paenitemini (17 février
1966), I: AAS 58 (1966) 179.
(32) Cf. Jean-Paul II, Exhortation Apostolique post-synodale Reconciliatio
et paenitentia (2 décembre 1984), 4: AAS 77 (1985) 189-195.
(33) Cf. Jean-Paul II, Homélie au Sanctuaire de Notre-Dame de
Zapopan (Mexique- 30 janvier 1979), 3: AAS 71 (1979) 230. Cf. aussi:
Document de la IIIème Conférence Générale de l'Épiscopat
Latino-américain de Puebla, 452.
(34) Cf. Document de la IVème Conférence Générale
de l'Épiscopat Latino-américain de Saint Domingue, 30.
(35) Jean-Paul II, Lettre Apostolique Tertio millennio adveniente
(10 novembre 1994) 36: AAS 87 (1995) 27.
(36) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution Pastorale sur
l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 1.
(37) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution sur la Sainte
Liturgie Sacrosanctum concilium, 14.
(38) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur
l'Église Lumen gentium, 33-34.
(39) Ibidem, 8.
(40) Cf. idem.
(41) Jean-Paul II, Allocution au Conseil permanent de l'Épiscopat
Italien (23 janvier 1979) 3: AAS 71 (1979) 366 reprennant les
paroles des Pères de l'Église.
(42) Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Catechesi tradendae (16
octobre 1979), 35-50: AAS 71 (1979) 1307-1317.
(43) Cf. IIIème Conférence Générale de l'Épiscopat
Latino-américain de Puebla, 940: «Célébrer la liturgie
avec des expressions culturelles, selon une saine créativité.
Promouvoir des adaptations adéquates, en particulier pour les groupes éthniques
et le simple peuple; en prenant soin cependant à ce que la Liturgie ne
soit pas instrumentalisée à des fins contraires à sa
nature, en maintenant fidèlement les normes du Saint-Siège et en évitant
toute pratique arbitraire dans les célébrations liturgiques».
(44) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution Pastorale sur
l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 4.
(45)Jean-Paul II, Lettre Encyclique Redemptoris missio (7 décembre
1990), 59: AAS 83 (1991) 307.
(46) Jean-Paul II, Lettre Encyclique Tertio millenio adveniente (5
novembre1994), 51: AAS 87 (1995) 36.
(47) Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (8 décembre
1975), 7: AAS 68 (1976) 9.
(48) Congrégation Pour La Doctrine De La Foi, Lettre aux évêques
de l'Église catholique sur certains aspects de l'Église considérée
comme communion (28 mai 1992) 3: AAS 85 (1993) 839.
(49) Cf. IIème Assemblée Générale Extraordinaire
Du Synode Des Évêques, Vingtième anniversaire de la
conclusion du Concile Oecuménique Vatican II, Message au Peuple de
Dieu (7 décembre 1985).
(50) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur
la Divine Révélation, Dei Verbum, 2, 4, 17.
(51) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur
l'Église Lumen gentium, 1, 3, 48.
(52) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution sur la Sainte
Liturgie Sacrosanctum concilium, 5-10, 47-48.
(53) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution Pastorale sur
l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 42.
(54) Concile Oecuménique Vatican II, Décret sur l'Oecuménisme
Unitatis redintegratio, 2.
(55) Cf. Secrétairerie d'État, Annuarium Statisticum
Ecclesiae, Typis Vaticanis 1995, 18.
(56) Sur les communautés ecclésiales de base: cf. Paul VI,
Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975),
58: AAS 68 (1976) 46-49; Jean-Paul II, Lettre Encyclique Redemptoris
missio (7 décembre 1990), 51: AAS 83 (1991) 298-299;
Exhortation Apostolique post-synodale Ecclesia in Africa (14 septembre
1995), 89: AAS 88 (1996) 56. Sur la théologie de la libération:
cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction sur la liberté
chrétienne et la libération, Libertatis conscientia (22
mars 1986), AAS 79 (1987) 554-599.
(57) Cf. Jean-Paul II, Exhortation Apostolique post-synodale Christifideles
laici (30 décembre 1988), 19: AAS 81 (1989) 424.
(58) Cf. ibidem, 20: AAS 81 (1989) 426.
(59) Cf. Jean-Paul II, Exhortation Apostolique post-synodale Vita
consecrata (25 mars 1996), 14-16, 41-58, 72-74: AAS 88 (1996)
387-390, 414-431, 447-450.
(60) Cf. Assemblée Spéciale pour l'Amérique, Lineamenta,
39.
(61) Jean-Paul II a clarifié le rôle respectif des laïcs,
du clergé et des religieux dans le contexte d'une vision de l'Église
comme communion dans les Exhortations Apostoliques post-synodales: Christifideles
laici (30 décembre 1988), 18-31: AAS 81 (1989) 421-448; Pastores
dabo vobis (25 mars 1992), 11-18: AAS 84 (1992) 673-686; et Vita
consecrata (25 mars 1996), 41-58: AAS 88 (1996) 414-431.
(62) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur
l'Église Lumen gentium, 8.
(63) Une distinction similaire est faite par les évêques des
Commissions Oecuméniques et des Questions Hispaniques de la Conférence
des Évêques catholiques des États-Unis d'Amérique et
de la Section Oecuménique du C.E.L.AM., dans le document intitulé
Fostering Ecumenism in the U.S. Hispanic Community, Origins 24,
1994-1995, 659: «We recognize the difference between those historic
Christian churches and ecclesial communities who are open to dialogue and the
quest for full unity and those Christian groups who are not open to dialogue,
some of whom take a negative attitude toward Catholicism, and also those
aggressive movements which are outside the Christian community. We realize that
we have different relationships with all of these groups.» (Texte original
en anglais).
(64) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Décret sur l'Oecuménisme
Unitatis redintegratio, 8a; Jean-Paul II, Lettre Encyclique Ut Unum
Sint (25 mai 1995), 21-27: AAS 87 (1995) 934-938.
(65) Cf. Joseph Ratzinger, Conférence à la Rencontre des
Présidents des Commissions épiscopales d'Amérique Latine
pour la Doctrine de la Foi, (mai 1996, Guadalajara, Mexique): L'Osservatore
Romano, édition hebdomadaire en français (1er novembre 1996),
4-6.
(66) Cf. Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens,
Guide pour l'application des principes et normes sur l'oecuménisme
(25 mars 1993), 36: AAS 85 (1993) 1052. Ce document distingue très
clairement entre activités oecuméniques et la réponse aux défis
que représentent les sectes et les nouveaux mouvements religieux, établissant
comme critère pour cette distinction la reconnaissance mutuelle des
parties qui interviennent à cet égard et une certaine communion
qui, bien qu'imparfaite, existe déjà entre elles. Pour une étude
plus approfondie du sujet, consulter le document de ce même Conseil
Pontifical intitulé Sects or New Religious Movements: A Pastoral
Challenge, dans «Information Service», 61 (1986) 144-154 (Texte
original en anglais).
(67) Cf. Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens,
Document d'étude du groupe mixte de travail de l'Église catholique
et du Conseil Oecuménique des Églises, Le défi du prosélytisme
et l'appel au témoignage commun (25 septembre 1995), 19: Service
d'Information, 91 (1996) 80 (texte original en français).
(68) Cf. Joseph Ratzinger, Conférence à la Rencontre des
Présidents des Commissions épiscopales d'Amérique Latine
pour la Doctrine de la Foi (mai 1996, Guadalajara, Mexique): L'Osservatore
Romano, édition hebdomadaire en espagnol (1er novembre 1996), 5.
(69) Cf. Document de la IVème Conférence Générale
de l'Épiscopat Latino-américain de Saint Domingue (1992) 139-152.
(70) Cf. Jean-Paul II, Lettre Apostolique Tertio millenio adveniente
(10 novembre 1994), 38: AAS 87 (1995) 30; Discours d'ouverture,
IVème Conférence de l'Épiscopat Latino-américain
(Saint Domingue - 12 octobre 1992), 17: L'Osservatore Romano, Suppl., 16
octobre 1992, IX; Assemblée Spéciale pour l'Amérique, Lineamenta,
2.
(71) Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction sur la
liberté chrétienne et la libération, Libertatis
conscientia (22 mars 1986), 44-45: AAS 79 (1987) 571-573.
(72) Cf. Assemblée Spéciale pour l'Amérique, Lineamenta,
65.
(73) Cf. Pie XI, Encyclique Quadragesimo anno (15 mai 1931): AAS
23 (1931) 177-228; Jean XXIII, Encyclique Mater et magistra (15 mai
1961): AAS 53 (1961) 401-464; Encyclique Pacem in terris (11
avril 1963): AAS 55 (1963) 257-304; Paul VI, Encyclique Populorum
progressio (26 mars 1967): AAS 59 (1967) 257-299; Lettre Apostolique
Octogesima adveniens (15 mai 1971)): AAS 63 (1971) 401-441;
Jean-Paul II, Encyclique Laborem exercens (14 septembre 1981): AAS
73 (1981) 577-647; Encyclique Sollicitudo rei socialis (30 décembre
1987): AAS 80 (1988) 513-586.
(74) Cf. Jean-Paul II, Discours aux participants de la première réunion
conjointe sur la coopération internationale pour le développement
africain, La solidarité humaine est le respect de la dignité
(22 novembre 1984), 3: Insegnamenti VII (1984) 1266 (texte original en
anglais).
(75) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution pastorale sur
l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 4.
(76) Cf. Jean-Paul II, Encyclique Centesimus annus (1er mai 1991),
39: AAS 83 (1991) 841-843; Concile Oecuménique Vatican II, Décret
sur l'apostolat des laïcs Apostolicam actuositatem, 11.
(77) Cf. Paul VI, Lettre Encyclique Octogesima adveniens (15 mai
1971) 4: AAS 63 (1971) 403-404; Jean-Paul II, Encyclique Sollicitudo
rei socialis (30 décembre 1987), 8: AAS 80 (1988) 520; Discours
d'ouverture de la Conférence de Puebla (28 janvier 1979), III, 7:
AAS 71 (1979) 203.
(78) Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction sur la
liberté chrétienne et la libération, Libertatis
conscientia (22 mars 1986), 73: AAS 79 (1987) 586.
(79) Jean-Paul II, Encyclique Redemptor hominis, (4 mars 1979), 14:
AAS 71 (1979) 284-286.
(80) Cf. Jean-Paul II, Lettre Encyclique Redemptoris missio (7 décembre
1990), 59: AAS 83 (1991) 307-308.
(81) Cf. Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (8 décembre
1975), 31: AAS 68 (1979) 26-27.
(82) Cf. Commission Pontificale «Justice et Paix», Au service
de la communauté humaine: Une considération éthique de la
dette internationale (27 décembre 1986).
(83) Cf. Paul VI, Lettre Apostolique Octogesima adveniens (15 mai
1971), 18-19: AAS 63 (1971) 414-415; Jean-Paul II, Encyclique Laborem
exercens (14 septembre 1981), 18: AAS 73 (1981) 622-625.
(84) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution pastorale sur
l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 26.
(85) Cf. Jean XXIII, Message radiophonique aux fidèles catholiques du
monde entier à un mois de l'ouverture du Concile Oecuménique
Vatican II (11 septembre 1962): AAS 54 (1962) 682.
(86) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur
l'Église, Lumen gentium, 8.
(87) Cf. Paul VI, Discours aux paysans de Colombie (23 août
1968): AAS 60 (1968) 620.
(88) Cf. Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (8 décembre
1975), 38: AAS 68 (1976) 30.
(89) Cf. Jean-Paul II, Discours d'ouverture à la IIIème
Conférence Générale de l'Épiscopat Latino-américain
(28 janvier 1979 - Puebla) III, 1-7: AAS 71 (1979) 198-204.
(90) Cf. IIIème Conférence Générale de l'Épiscopat
Latino-américain (1979 - Puebla) 382, 707, 1134.
(91) Cf. IIème Conférence Générale de l'Épiscopat
Latino-américain (1968 - Medellin) XV, 10.
(92) Cf. IIIème Conférence Générale de l'Épiscopat
Latino-américain (1979 - Puebla) 641.
(93) Cf. Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (8 décembre
1975) 58: AAS 68 (1976) 46-49.
(94) Cf. IIIème Conférence Générale de l'Épiscopat
Latino-américain (1979 - Puebla) 98, 630.
(95) Cf. Commission Pontificale «Justice et Paix», Au service
de la communauté humaine: une considération éthique de la
dette internationale (27 décembre 1986).
(96) Cf. Jean-Paul II, Lettre Apostolique Tertio millennio adveniente
(10 novembre 1994), 51: AAS 87 (1995) 36.
(97) Cf. Paul VI, Encyclique Humanae vitae (25 juillet 1968): AAS
60 (1968) 481-503; Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris
consortio (22 novembre 1981): AAS 74 (1982) 81-191; Encyclique Evangelium
vitae (25 mars 1995): AAS 87 (1995) 401-522.
(98) Cf. Jean-Paul II, Encyclique Evangelium vitae (25 mars 1995)
75-77: AAS 87 (1995) 488-490.
(99) Cf. Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris consortio
(22 novembre 1981) 18-64: AAS 74 (1982) 100-158.
(100) Jean-Paul II, Lettre Encyclique Evangelium vitae (25 mars
1995) 12: AAS 87 (1995) 414.
(101) Cf. Jean-Paul II, Discours d'ouverture à la IVème
Conférence Générale de l'Épiscopat Latino-américain,
III, 15: L'Osservatore Romano, Suppl., 16 octobre 1992, XII.
(102) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution pastorale sur
l'Église dans le monde de ce temps, Gaudium et spes, 1.