Cité du Vatican
1998
Ce texte des Lineamenta a été inséré
sur le site Internet du Vatican:
http:// www.vatican.va
© Copyright 1998 - Secrétairerie Générale du
Synode des Évêques et Libreria Editrice Vaticana.
Ce texte peut être reproduit par les Conférences épiscopales,
ou avec leur autorisation, à condition que son contenu ne soit pas
modifié et que deux exemplaires de la publication soient envoyés
à la Secrétairerie Générale du Synode des Évêques,
00120 Cité du Vatican.
AVANT-PROPOS
Le thème choisi par le Saint-Père pour la Dixième
Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques
«Episcopus minister Evangelii Iesu Christi propter spem mundi»,
àcélébrer durant le Jubilé de l'An 2000,
revêt une double signification: celle de la conclusion d'un itinéraire
et celle d'une célébration de communion.
Le Synode sur la vocation et la mission des laïcs dans l'Église
et dans le monde, qui s'est tenu en 1987, a lancé un processus qui
pourrait se ranger sous le titre suivant: «la vie des corps ecclésiaux
après le Concile Vatican II».
Le Synode, qui a vu le jour durant ce Concile, est devenu une fidèle
«Traditio Concilii», en en reproduisant d'une certaine manière
la structure, la méthode, l'esprit, mais surtout, en transmettant,
en méditant et en élaborant des arguments et des
propositions conciliaires.
Ce fut donc ainsi que le «corpus laicorum», «christifideles
scilicet qui, utpote baptismate Christo concorporati» (Lumen gentium,
31) trouva une lumineuse illustration dans la Septième
Assemblée synodale de 1987. Y accèdent, comme premier pas,
tous les fils de l'Église qui par le baptême sont constitués
membres du peuple saint de Dieu.
En 1990, le Synode s'occupa , lors de la Huitième Assemblée,
de la formation des prêtres, de ce «corpus presbyterorum»
dans lequel «les prêtres...sont tous unis entre eux par une
intime fraternité sacerdotale» (Presbyterorum ordinis,
8).
La Neuvième Assemblée s'intéressa ensuite au
thème de la vie consacrée, c'est-à-dire, de ces
personnes qui, en tant que que «corpus vitae consecratae»,
à travers la pratique des conseils évangéliques
suivent plus librement le Christ, en l'imitant plus fidèlement (cf.
Perfectae caritatis, 1).
Enfin, à la Dixième Assemblée a été
réservé le thème de l'évêque dans sa prérogative
de serviteur héraut de l'Évangile, de concert avec tous les
autres évêques avec lesquels il forme un «collegium
seu corpus episcoporum» (Lumen gentium, 22).
Le cheminement synodal, amorcé avec la méditation sur
la vocation et la mission des laïcs, passant ensuite par les autres états
de vie, à savoir, des prêtres et des personnes consacrées,
arrive à son achèvement avec cette Dixième Assemblée
dédiée à l'évêque, comme apôtre de
l'Évangile de Jésus-Christ (cf. Rm 1, 1.9).
Mais puisque le Corps Mystique du Christ est un, la diversité
des membres ne peut subsister fonctionnellement que dans une unité
supérieure qui confère compacité et vitalité
au corps tout entier, qui est l'Église. En effet, «les
pasteurs savent parfaitement...qu'eux-mêmes n'ont pas été
institués par le Christ pour assumer à eux seuls toute la
mission salvatrice de l'Église envers le monde» (Lumen
gentium, 30).
C'est pour cela que laïcs, prêtres, personnes consacrées
et évêques tendent vers l'unique fin et poursuivent l'unique
but: faire croître l'unique Corps du Seigneur jusqu'à sa
pleine maturité (cf. Ep 4, 13) dans la communion, puisqu' «en
divers genres de vie et parmi des occupations différentes, c'est
une unique sainteté que cultive ceux qui sont mus par l'Esprit de
Dieu; obéissant à la voix du Père ... ils suivent le
Christ pauvre, humble et chargé de la Croix pour mériter de
participer à sa gloire» (Lumen gentium, 41).
Le cheminement synodal, qui est «communion de voies»
(Jean-Paul II aux Présidents des Conférences épiscopales
d'Europe: L'Osservatore Romano, 2 décembre 1992, p. 5),
commence dans la communion, se développe dans la communion et mène
à la communion.
Ce document des Lineamenta est destiné à
alimenter et à stimuler la réflexion de tous ceux qui, se
lançant, déjà depuis les Églises locales, sur
cet itinéraire de communion qu'est le Synode, cherchent à
exprimer par la prière et la méditation les instances et les
desseins propres à leur communauté.
Les propositions, les indications et les attentes devront être
étudiées et examinées par les évêques
dans les Conférences épiscopales ou dans les organismes
similaires et ensuite adressées à la Secrétairerie Générale
du Synode. Le Questionnaire à pour but de concentrer
l'attention sur les points particuliers de doctrine et de pratique ecclésiales.
Si dans certains cas le besoin se fait sentir de traiter d'arguments non
inclus au Questionnaire, non seulement une ample liberté de
manoeuvre est accordée mais plus encore toute initiative dans ce
sens, approfondissant et enrichissant l'étude du thème du
Synode, est la bienvenue.
Les réponses au Questionnaire devront parvenir à
la Secrétairerie Générale du Synode avant le 30
septembre 1999 pour permettre de composer l'Instrumentum laboris,
qui sera le texte de référence pour les Pères de
l'Assemblée «jubilaire» du Synode des Évêques.
Événement qui sera un summum de chronologie chrétienne
et de communion ecclésiale.
Jan P. Card. SCHOTTE, C.I.C.M.
Secrétaire Général du Synode des Évêques
INTRODUCTION
1. L'infinie richesse du mystère du Christ revit dans le mystère
de l'Église et se manifeste dans la variété des
vocations et la diversité des états de vie selon lesquels
s'articule la communion ecclésiale. Sous les diverses formes concrètes
de leur réalisation, ils correspondent à l'ensemble des dons
répandus sur les baptisés par l'Esprit Saint (cf. 1Co
12,4-6). Engendrés par l'unique origine trinitaire commune, les
divers états de vie sont intimement reliés entre eux, de
sorte qu'ils sont ordonnés les uns aux autres et qu'ils s'édifient
réciproquement lorsqu'ils sont vécus dans leur identité
et complémentarité respectives. Puis, chacun d'eux, et tous
ensemble, ils sont ordonnés à l'expansion et à la
croissance de l'Église, de telle sorte que, suivant leur déploiement
organique, ils contribuent à l'accomplissement de la mission de
celle-ci dans le monde.(1)
Après que le Concile Vatican II ait mis en évidence la
grande réalité de la communion ecclésiale, celle-ci
n'étant pas uniformité mais don de l'Esprit qui passe aussi
dans la variété des charismes et des états de vie,
l'exigence s'est fait sentir de mieux en expliciter l'identité,
ainsi que la vocation et la mission spécifique de l'Église.(2)
C'est pour cette raison que les trois dernières Assemblées
Ordinaires du Synode des Évêques ont porté sur eux
leur attention, Assemblées qui ont été suivies des
trois Exhortations apostoliques de Jean-Paul II Christifideles laici
sur la vocation et la mission des fidèles laïcs, Pastores
dabo vobis sur le sacerdoce ministériel et Vita consecrata
sur l'état de ceux et celles qui suivent plus fidèlement le
Christ dans la profession des conseils évangéliques de
chasteté, pauvreté et obéissance. Il s'en est suivi
une conscience plus vive de leur importance et de la valeur de leur présence
constitutive dans la vie de l'Église, conformément à
la volonté du Seigneur.(3) Ainsi, comme l'a rappelé le
Concile Vatican II, l'élément hiérarchique tout
autant que celui charismatique sont coexistenciels au sein de l'Église
et participent tous deux à son renouveau,(4) de façon différente
mais toujours dans un échange réciproque continu.
2. L'expérience post-conciliaire a aussi démontré
combien le renouvellement voulu par le Concile a dépendu et dépend
des évêques. Il ne pouvait en être autrement, du fait
de leur ministère de constructeurs, garants et gardiens de la
communauté chrétienne dont ils ont été nommés
les pasteurs, au nom du Christ. Chacun d'eux, dans sa propre Église
particulière, est le promoteur efficace de la vie des fidèles
laïcs et le gardien attentif de la vie consacrée; quant aux prêtres,
ils sont ses nécessaires collaborateurs et conseillers dans son
ministère et sa charge d'enseignement, de sanctification et de
gouvernement du peuple de Dieu.(5)
Aujourd'hui encore, alors que l'Église parvient au seuil du
Troisième Millénaire, il est donc urgent que, comme dans le
passé, les évêques s'engagent dans leur ministère
avec détermination et courage pour son renouveau, suivant les
directives du Concile Vatican II, de façon à ce que, grâce
à son oeuvre, le monde puisse être «transformé
selon le dessein de Dieu et qu'il parvienne ainsi à son
accomplissement».(6)
3. C'est pour cette raison que le Saint-Père Jean-Paul II
a choisi pour thème de la Xème Assemblée Ordinaire du
Synode des Évêques: «L'évêque, Serviteur de
l'Évangile de Jésus-Christ pour l'espérance du monde».
Thème qui veut souligner avant tout que l'espérance de
l'homme, de tous les hommes et de tout l'homme, est Jésus-Christ.(7)
Ce même thème se propose d'ajouter que la totalité
du service de chaque évêque est pour l'espérance, un
service d'annonce et de témoignage de l'espérance en tant
qu'annonce du Christ. Chaque évêque doit pouvoir faire siens
les mots de saint Augustin: «Quels que nous soyons, ne mettez pas
votre espérance en nous. En tant qu'évêque, je
m'abaisse à vous dire: je veux me réjouir avec vous, et non être
exalté. Je ne félicite aucunement ceux dont j'aurais découvert
qu'ils mettaient leur espérance en moi: ils doivent être
corrigés, non pas rassurés; ils doivent changer et non pas être
encouragés [...] Ne placez pas votre espérance en nous, pas
dans les hommes. Si nous sommes bons, nous sommes des ministres; si nous
ne sommes pas bons, nous sommes des ministres. Mais si nous sommes de bons
et fidèles ministres, alors nous sommes vraiment des ministres».(8)
La préparation à la Xème Assemblée Ordinaire
du Synode des Évêques, et ensuite ses travaux, ne pourront
que se dérouler à la lumière de l'enseignement du
Concile Vatican II sur les évêques, successeurs des Apôtres,
«lesquels, avec le Successeur de Pierre, Vicaire du Christ et Chef
visible de toute l'Église, gouvernent la maison du Dieu vivant».(9)
4. Chaque évêque, qui participe à la plénitude
du sacrement de l'Ordre, est le principe et le fondement visible de l'unité
dans l'Église confiée à son service pastoral. Il
oeuvre pour que celle-ci puisse grandir en tant que Famille du Père,
Corps du Christ et Temple de l'Esprit, dans la triple fonction qu'il est
appelé à assumer en elle: enseigner, sanctifier et
gouverner. Il est la présence vivante et actuelle du Christ «pasteur
et évêque» de nos âmes (1 P 2, 25),
vicaire, dans l'Église particulière, non seulement de sa
parole, mais aussi de sa personne elle-même.(10) En outre, puisque
l'Église est la communion de toutes les Églises, en édifiant
son Église particulière, l'évêque contribue à
l'édification de l'Église tout entière qui est dans
le Christ «un signe et un moyen d'opérer l'union intime avec
Dieu et l'unité de tout le genre humain».(11) Donc, avec la
croissance de l'Église, grandit aussi «le corps de la nouvelle
famille humaine qui offre déjà quelque ébauche du siècle
à venir».(12)
Le Concile Vatican II lui-même a remis à l'honneur la réalité
du collège épiscopal qui succède au Collège
des Apôtres et est l'expression privilégiée du service
pastoral assuré par les évêques en communion entre eux
et avec le Successeur de Pierre. En tant que membres de ce Collège,
tous les évêques «ont été consacrés
non seulement pour un diocèse, mais pour le salut du monde entier»(13)
et, institués par le Christ conformément à sa volonté,
«ils sont tenus d'avoir pour toute l'Église une sollicitude
qui, sans s'exercer par un acte de juridiction, contribue considérablement
au bien de l'Église universelle».(14)
Ce Magistère est présent dans tous les documents du
Concile Vatican II comme un des principes les animant, alors que dans le décret
Christus Dominus, il trouve plus spécifiquement déterminée
la mission pastorale des évêques. Le Code de Droit Canon,
promulgué en 1983, en a ensuite repris la forme, en en fixant même
le statut juridique. Mais déjà dix ans plus tôt, afin
d'illustrer la figure idéale de l'évêque adapté
à notre époque et de décrire plus précisément
son profil moral, ascétique et mystique, la Congrégation
pour les Évêques avait publié le Directoire Ecclesiae
imago (22 février 1973) aujourd'hui encore d'une grande
actualité et valeur.(15)
5. Célébrée en octobre 1969, la Ière Assemblée
Extraordinaire du Synode des Évêques, centrée sur le
thème de la collégialité des évêques
dans l'Église, eut la possibilité de réfléchir
de façon approndie sur la doctrine conciliaire à propos de
la communion sacramentelle entre les évêques. En outre, la réalité
même du Synode des Évêques est un instrument extrêmement
valable de communion. Réunis en Synode cum Petro et sub Petro,
les évêques apportent leur expérience de pasteurs des Églises
particulières et «rendent visible et activte cette coniunctio
qui constitue la base théologique et la justification ecclésiale
et pastorale du fait de se réunir en Synode».(16)
La Xème Assemblée Ordinaire du Synode des Évêques
sera certainement l'occasion de vérifier que plus la communion des évêques
entre eux est solide, plus la communion de l'Église s'en trouve
enrichie. De plus, leur ministère lui-même se trouvera
renforcé et consolidé par l'échange réciproque
des expériences. Insérée dans le contexte du Grand
Jubilé de l'An 2000 et centrant son attention sur la figure même
de l'évêque en tant que serviteur de l'Évangile pour
l'espérance du monde, la prochaine Assemblée synodale
ordinaire prévoit parmi ses objectifs de mettre en lumière
le fait que c'est aux évêques qu'«incombe la noble tâche
d'être les premiers à proclamer les "raisons de l'espérance"
(cf. 1 P 3,15): cette espérance soutenues par les promesses
de Dieu, par la fidélité à sa parole qui a pour
certitude inébranlable la résurrection du Christ, sa
victoire définitive sur le mal et le péché».(17)
Du reste, l'avènement du Troisième Millénaire, avec
l'union de tous les chrétiens, réclame des évêques
qu'ils valorisent et approfondissent dans les domaines ecclésial et
civil, «les signes de l'espérance présents en cette fin
de siècle, malgré les ombres qui les dissimulent souvent à
nos yeux».(18)
L'espérance chrétienne est étroitement liée à
l'annonce courageuse et intégrale de l'Évangile, qui occupe
une place de choix parmi les fonctions principales des évêques.
C'est pourquoi, au-delà de leurs devoirs et tâches multiples,
«au-dessus de tous soucis et difficultés inhérents au
travail quotidien dans la vigne du Seigneur, avant tout et au-dessus de
tout il faut placer l'espérance».(19)
CHAPITRE I
CONTEXTE ACTUEL DE LA MISSION DE L'ÉVÊQUE
6. Le Concile Vatican II une fois terminé, les Pères
conciliaires retournèrent dans leurs Églises locales
respectives. Avec les textes doctrinaux et pastoraux, ils apportèrent
aussi aux prêtres - leurs tout premiers collaborateurs - et à
tous les autres membres du peuple de Dieu l'exigence d'une nouvelle figure
de l'évêque, conforme à l'aspect de l'Église en
tant que communion, mis en lumière par le Concile qui en avait
rappelé l'origine ultime et le modèle transcendant dans le
mystère divin de la communauté trinitaire.(20) En même
temps, outre la doctrine relative au caractère et à la
nature collégiale de l'ordre épiscopal, ils apportèrent
également la richesse d'une expérience précieuse vécue
dans la collégialité. Il était alors implicite qu'après
cela, la figure de l'évêque n'aurait jamais plus été
la même.
Nouvelle mise en valeur de la figure de l'évêque
7. En effet, on voyait émerger la nécessité de
mettre en valeur la fonction et l'autorité de l'évêque,
de façon différente. Et ce, non seulement quant à
l'aspect extérieur, dont se chargea aussi très vite le Siège
Apostolique, comme dans la Lettre motu proprio Pontificalia insignia
de Paul VI (21 juin 1968) ou encore dans l'Instruction Ut sive
sollicite (31 mars 1969) qui ont ramené les symboles et les vêtements
épiscopaux à plus de simplicité et plus de conformité
à l'esprit humble et pauvre qui doit toujours resplendir dans ceux
qui assument une responsabilité toute spéciale au service
des fidèles.
Toutefois, la nouvelle mise en valeur de la figure de l'évêque
touchait plus spécialement sa signification spirituelle et morale,
chargée du tout premier charisme de l'apostolicité. L'évêque
est l'économe de la grâce du sacerdoce suprême, le maître
authentique qui proclame avec autorité la parole de Dieu à
propos de la foi et des moeurs.
8. Dans la Lettre apostolique en préparation au Jubilé de
l'An 2000, Jean-Paul II rappelle que, pour l'Église, il est juste
et bon d'inviter ses fils à entrer par la Porte Sainte, en se
purifiant de leurs erreurs, de leurs infidélités et de leurs
incertitudes grâce au repentir. Etplus encore, l'Église
elle-même entend prendre en charge le péché de ses
enfants.(21)
Il est donc opportun qu'à la fin du deuxième millénaire,
dans un humble geste de repentir, la Xème Assemblée
Ordinaire du Synode des Évêques reconnaisse qu'au cours de
ses manifestations historiques le ministère épiscopal a été
compris par certains plus comme une forme de pouvoir et de prestige que
comme l'expression d'un service.
9. Dans son Magistère, le Concile Vatican II a, à
plusieurs reprises, rappelé la doctrine de saint Cyprien, évêque
de Carthage, dont il a repris l'idée de l'inclusion mutuelle de l'Église
dans l'évêque et de l'évêque dans l'Église:
l'Église est le peuple uni à son sacerdoce, le troupeau réuni
autour de son pasteur.(22) C'est cette même idée qui a guidé
le décret Christus Dominus en décrivant l'Église
particulière comme une portion du peuple de Dieu confiée à
son pasteur; et celui-ci, assisté par le presbyterium, le
rassemble dans le Saint-Esprit, grâce à l'Évangile et à
l'Eucharistie.(23)
Certainement positifs sont des faits comme le désir ardent et la
demande récente de nombreux fidèles à vivre la
communion avec leur évêque, leur intérêt à
vouloir le rencontrer personnellement, à dialoguer avec lui, à
confronter leurs idées dans l'analyse et dans la vérification
des situations locales et dans les programmes pastoraux. La demande
pressante de ceux qui ont un sentiment ecclésial aigu renferme en
effet le besoin que l'évêque constitue toujours plus un signe
lumineux de cette communion de charité,(24) dont l'Église
elle-même est le sacrement dans le monde.
Nouvelles instances et nouvelles difficultés du ministère
épiscopal
10. Cette donnée, qui trouve sa réponse institutionnelle
dans la constitution de lieux spécifiques pour participer à
la vie de l'Église particulière, comme les Conseils presbytéraux
et pastoraux et la célébration de Synodes diocésains,
comporte pour l'exercice du ministère épiscopal des
difficultés autres encore que celles d'ordre commun. Il existe le
risque que toute une série d'engagements de divers ordre et se succédant
rapidement les uns les autres viennent remplir la journée d'un évêque
et que des circonstances particulières, qui dérivent aussi
du rôle public qui est le sien dans la société civile
de certains pays, puissent le distraire de ses devoirs premiers. Il arrive
alors que l'évêque se trouve totalement absorbé par
des sollicitations telles que l'aspect administratif et bureaucratique prévaut
sur le rapport personnel et spirituel du pasteur avec son troupeau. Le rôle
public des évêques nécessite lui aussi un discernement
sérieux.
À cela viennent s'ajouter d'autres difficultés dérivant,
par exemple, de la vaste étendue du territoire diocésain ou
bien du nombre des fidèles, ou encore de l'idée qui persiste
encore dans certaines régions que l'évêque est une
personne importante et influante à qui il est possible de
s'adresser pour obtenir des faveurs ou des facilités en tous
genres.
11. En vérité, la difficulté dont il est question
est celle consistant à se faire réellement «tout à
tous» (1 Co 9, 22). Mais dans tous les cas, chaque évêque
est tenu, dans ses engagements quotidiens, à rechercher et à
réaliser le juste équilibre entre le gouvernement intérieur
d'une communauté et le devoir missionnaire d'annoncer l'Évangile
aux hommes. Il est tout aussi nécessaire de rechercher un équilibre
entre la contemplation et l'action.
De plus, puisque les honneurs épiscopaux constituent
effectivement une charge lourde et fatigante, l'accent est mis davantage
sur l'importance de la coopération des prêtres. Dans le cas
présent, il ne s'agit pas d'une simple opportunité pratique,
étant donné que la coopération nécessaire des
prêtres a ses racines dans l'événement sacramentel
lui-même.(25) D'autre part, tous les chrétiens ont le droit
et le devoir, conformément à leur vocation propre et aux
dons de l'Esprit Saint, de coopérer, personnellement ou en groupe, à
la mission de l'Église. Il revient donc à l'évêque
de reconnaître et de respecter ce sain pluralisme des responsabilités,
de l'accueillir, de le mettre en valeur et de le coordonner avec sa
sagesse pastorale, afin d'éviter une dispersion inutile et néfaste
des énergies.(26) En agissant de la sorte, il sera présent
dans l'Église particulière non seulement avec la force de sa
propre personnalité, mais davantage en tant que ministre, réalisant
une présence de communion.
Les urgences de la communauté chrétienne
12. Pour l'Église, le Concile Vatican II a constitué une véritable
grâce de Dieu et un immense don de l'Esprit Saint. Ce Concile a fait
naître de nombreux fruits spirituels pour l'Église
universelle et pour les Églises particulières, mais aussi
pour les hommes de notre époque. Il a constitué en
particulier un acte profond d'amour envers Dieu, envers l'humanité
et envers l'Église dont, dans ses textes, il a exposé la
nature et la structure fondamentale voulue par le Seigneur, la vocation
oecuménique et l'activité apostolique et missionnaire.
La IIème Assemblée Extraordinaire du Synode des Évêques
de 1985 a constaté avec satisfaction et espoir qu'une grande partie
des fidèles avait répondu aux sollicitations de l'Esprit et
accueilli le magistère du Concile Vatican II avec ardeur, y adhérant
avec coeur au point de mettre en évidence un sensus Ecclesiae
accru. Celui-ci, qui comporte une connaissance plus profonde de l'Église,
un amour plus grand pour l'Église et un fort sentire in
Ecclesia, a provoqué un renforcement du dynamisme missionnaire
et un engagement dans le dialogue oecuménique pour que soit rétablie
l'union visible entre les chrétiens.
Chez les fidèles laïcs en particulier, s'est véritablement
accru le sens de la coresponsabilité et de la volonté de
participer à la vie et à la mission de l'Église. Après
le Concile, on a aussi assisté, parallèlement à
l'associationnisme traditionnel, à la naissance et au développement
de nouvelles réalités agrégatives qui, sous un aspect
et avec des finalités spécifiques et différentes,
participent à la mission de l'Église consistant à
annoncer l'Évangile comme source d'espérance et de renouveau
pour la société.(27) L'exigence aussi de mettre davantage en
valeur le «génie» de la femme est toujours plus ressentie
dans la communauté des fidèles. La vie consacrée -
qui a fait l'objet d'une réflexion approfondie durant la dernière
Assemblée Ordinaire du Synode des Évêques, réflexion
suivie de l'Exhortation Apostolique Vita consecrata - se diffuse
au plan universel et trouve même une vigueur surprenante dans
certaines Églises. À ces phénomènes réconfortants
est étroitement liée une vigueur nouvelle de l'adhésion
au Christ, lumière de tous les peuples et espérance de
l'homme.
Diminution de la ferveur et subjectivisation de la foi
13. Cependant, surtout dans les populations chrétiennes de longue
tradition, la croissance n'a pas toujours été apte à
soutenir l'impact du sécuralisme qui, depuis longtemps, ronge les
racines religieuses du coeur humain. Dans le milieu ecclésial, il
existe nombre de phénomènes préoccupants et négatifs,
comme l'ignorance religieuse, qui persiste et même augmente chez
beaucoup de croyants; la faible incidence de la catéchèse,
suffoquée par les messages plus largement diffusés et
persuasifs des moyens de communication sociale; le pluralisme théologique,
culturel et pastoral compris de façon incorrecte; la persistance
d'un sentiment de méfiance et presque d'intolérance envers
le magistère hiérarchique; les poussées unilatérales
et réductives de la richesse du message évangélique.(28)
Parmi les effets, il faut noter l'apparition d'un «manque de
ferveur [...] d'autant plus grave qu'il vient du dedans; il se manifeste
dans la fatigue et le désanchantement, la routine et le désintérêt,
et surtout le manque de joie et d'espérance».(29) À
cela viennent aussi s'ajouter la rupture entre la foi et la vie, entre
l'accueil de l'Évangile et sa traduction concrète dans les
comportements et les choix quotidiens, ainsi que l'émergence, parmi
les fidèles, d'un subjectivisme, parfois exaspéré, se
manifestant surtout dans le domaine éthique et moral, mais aussi
dans les contenus de la foi.
Le phénomène de la subjectivisation de la foi, qui
accompagne la croissance de l'individualisme, est hélas présent
chez un grand nombre de chrétiens et aboutit à la diminution
de la sensibilité à l'ensemble objectif et général
de la doctrine de la foi. On voit au contraire se diffuser l'adhésion
subjective à ce qui plaît et est conforme à l'«expérience»
propre. Des difficultés de cette sorte exigent que les évêques
tout particulièrement, aux côtés de leurs prêtres,
multiplient leurs efforts pour que la parole de Dieu parvienne en totalité
aux fidèles et que ceux-ci puissent recevoir, inaltérées,
la splendeur et l'intensité d'amour de la «vérité
qui leur aurait valu d'être sauvés» (2 Th
2,10).
Dans Veritatis splendor (25 mars 1995) où Jean-Paul II
repropose les fondements de l'agir en tant que chrétien et le
rapport essentiel existant entre vérité et liberté,
on retrouve le besoin de présenter la lumière de l'Évangile
et l'enseignement compétent de l'Église sur les principes
qui se trouvent à la base de la vie morale et qui la soutiennent.
14. En vérité, il faut reconnaître que l'exercice du
magistère épiscopal était relativement simple lorsque
la vie de l'Église se déroulait dans des conditions différentes
et pouvait aisément inspirer les cultures et participer à
leurs formes d'expressions. Dans la crise contemporaine du langage et de
la pensée, il est certain que tout est devenu plus ardu, plus
difficile; et c'est même justement dans l'annonce de la vérité
que les évêques voient leur foi et leur courage défiés
et mis à dure épreuve.
C'est à eux toutefois que revient le devoir inaliénable d'être
les gardiens de la Vérité, sans toutefois ignorer les
nombreux problèmes que rencontre aujourd'hui un croyant désireux
de progresser dans l'intelligence de la foi. À chaque évêque,
l'Apôtre adresse l'exhoration à toujours puiser ses énergies
dans la grâce qui est dans le Christ (cf. 2 Tm 2,1), à
annoncer la Parole dans toutes les circonstances, opportunément ou
non, à veiller en supportant les souffrances et à accomplir
son oeuvre d'annonceur de l'Évangile (cf. 2 Tm 4,1-5).
Il est très important, dans ce but, d'entretenir de façon
vivante et visible la communion hiérarchique avec l'évêque
de Rome et d'amplifier les liens collégiaux avec les autres évêques,
en particulier au cours des diverses assemblées épiscopales.(30)
La vie matrimoniale et familiale
15. La famille constitue l'un des «chemins» les plus
importants de l'Église au seuil du Troisième Millénaire,
ainsi que l'a déclaré Jean-Paul II dans sa Lettre du
2 février 1994. Si l'on regarde la vie de l'Église
aujourd'hui, on remarque que, parmi les chrétiens, a grandi la
conviction que le couple et la famille chrétiens sont source de
sanctification. Chez les époux en particulier, s'est accrue la
conscience de leur propre vocation à la sainteté et de la
signification positive et chrétienne de la sexualité. Dans
ce domaine, au cours des dernières décennies, un soutien
essentiel a été apporté par le magistère du
Concile Vatican II, exposé dans la Constitution pastorale Gaudium
et spes à laquelle le Siège Apostolique a ajouté
de nombreuses autres interventions, depuis l'Encyclique Humanae vitae
de Paul VI jusqu'à l'Exhortation Familiaris consortio de
Jean-Paul II.
Cependant, à notre époque, la famille doit affronter de
nombreuses menaces, qui vont de la mentalité consumériste à
l'hédonisme diffus, de la permissivité morale à la
dangereuse publicité pour des formes de déviations
sexuelles. Il n'est pas rare que les moyens de communication sociale présentent
comme des schémas de vie sociale des comportements dégradants
de la dignité de la personne et donc, en opposition à la vie
morale indiquée par l'Évangile et enseignée dans l'Église.
À cela viennent s'ajouter le mythe de l'«explosion démographique»
et les craintes à l'égard d'une surpopulation qui empêcherait
l'humanité de pourvoir à ses besoins vitaux. Ces phénomènes
et ces craintes ouvrent la voie au fléau de l'avortement et à
l'euthanasie, en particulier parce qu'ils sont alimentés par une «culture
de mort» envahissante et parfois insidieuse, contre laquelle s'est élevée
la voix de Jean-Paul II dans l'Encyclique Evangelium vitae (25
mars 1995).
Dans le domaine de la vie humaine, enfin, la biologie et la bioingénierie
se sont orientées vers les forces les plus cachées de la
nature et, s'appropriant des méthodologies les plus hardies pour
les dominer et les utiliser, elles ont réalisé d'énormes
progrès. On n'ignore cependant pas les graves risques qui existent
de dépassement des frontières et d'abus, ainsi que les
profondes interrogations anthropologiques et morales dérivant d'opérations
qui, en attentant à la vie et à la dignité de
l'homme, constituent des formes inacceptables de manipulation et d'altération.
Tout cela ne cesse d'alarmer et de préoccuper les évêques
en premier lieu, bien conscients que la famille se trouvera renforcée
uniquement si elle correspondra à la vocation du Père céleste
qui appelle ses fils à vivre dans la fidélité à
l'union conjugale, à procréer de façon responsable et
à s'engager avec amour dans l'éducation des enfants.
À une époque où beaucoup semblent avoir perdu le
lien entre la vérité, le bien et la liberté, les évêques
ressentent avec urgence le besoin de rappeler, par la voix de saint Irénée,
évêque de Lyon, que la «gloire de Dieu, c'est l'homme
vivant et la vie de l'homme, c'est la vision de Dieu».(31) D'où
la nécessité que l'homme vive selon les exigences de sa
dignité de créature de Dieu et de fils dans le Fils, rédempteur
de l'homme. Une éminente forme de charité envers les hommes
est celle qui consiste à ne diminuer en rien la doctrine salutaire
du Christ, en accompagnant l'annonce de la vérité par la
patience et la bonté dont le Seigneur Jésus nous a donné
l'exemple.
Les vocations au ministère sacerdotal et à la vie consacrée
16. L'attention des évêques à la formation des
futurs prêtres et leur souci pour le manque de prêtres ont
toujours été présents dans les discussions des
diverses Assemblées du Synode des Évêques, et plus
particulièrement celle de 1990. On a alors pu constater, dans
nombre d'Églises particulières, un réveil et une
augmentation réconfortants des vocations au ministère
sacerdotal, pour lesquels il faut remercier le Seigneur; par contre, dans
d'autres Églises, plus spécialement en Europe occidentale et
en Amérique du Nord, persiste une diminution sensible du clergé,
aggravée par un vieillissement des prêtres engagés
dans la pastorale. D'autre part, là aussi où l'augmentation
des vocations se fait sensiblement sentir, il reste toujours un écart
entre la croissance numérique et les exigences des fidèles.
Cela comporte des difficultés évidentes pour le ministère
épiscopal et donne lieu, pour nombre d'évêques, à
des préoccupations profondes. En effet, chaque communauté
chrétienne a sa source permanente dans le sacrement de
l'Eucharistie, dont le prêtre est le ministre. En outre, la présence
de vocations sacerdotales est une prémisse nécessaire pour
la croissance de l'Église et un contrôle de sa vitalité
spirituelle.
Une autre grave nécessité pour l'Église - qui a
toujours besoin de ces témoins du «siècle futur» -
est l'augmentation des vocations à la vie consacrée. Leur présence
est une condition indispensable à l'oeuvre de la nouvelle évangélisation.
C'est pour cette raison que la promotion des vocations au ministère
sacré et à la vie consacrée, tout comme leur
formation adéquate, doivent constituer un devoir du peuple de Dieu
tout entier. Ce doit être un souci prioritaire de tous les évêques,
afin que soit assuré le chemin d'espérance pour la diffusion
de l'Évangile et l'édification constante du Corps du Christ,
l'Église.
Le défi des sectes et des nouveaux mouvements religieux
17. Le subjectivisme de la foi et la permissivité morale, tout
comme une formation religieuse carente et une moindre expérience de
la vie liturgique et ecclésiale exposent les fidèles d'un
grand nombre de communautés chrétiennes d'Europe, de l'Amérique
et de l'Afrique, à être attirés par la prolifération
des sectes, ou «nouvelles formes de religiosité» comme on
les appelle aujourd'hui. Elles ont reçu l'attention de la IIème
Assemblée Extraordinaire du Synode des Évêques en
1985: à cette occasion, la question fut posée de savoir si,
dans les milieux catholiques également, le sens du sacré
avait été manifesté de façon suffisante.(32)
Le Saint-Siège est ensuite intervenu sur le sujet, dans un document
spécial articulé, préparé par plusieurs Dicastères
romains.(33) Les Conférences épiscopales aussi, et plus
particulièrement les Conférences générales de
l'Épiscopat latinoaméricain, ont réfléchi sur
le thème. Jean-Paul II s'y réfère fréquemment
lorsqu'il reçoit les évêques venus en visite ad
limina ou bien à l'occasion de ses nombreux voyages
apostoliques.
Il apparaît clairement que ces «nouveaux mouvements religieux»
ont bien peu en commun avec une recherche authentique de Dieu et c'est
pour cela qu'ils se proposent comme une alternative, aussi bien dans leurs
doctrines que dans leurs méthodes, en opposition à l'Église
catholique et aux autres Églises et communautés ecclésiales.
Il est nécessaire de réagir à la diffusion de ces
nouveaux mouvements religieux, dans des activités pastorales
mettant en leur centre la personne, avec sa dimension communautaire et son
désir d'un rapport personnel authentique avec Dieu. De toutes façons,
leur présence même suggère la nécessité
de ranimer la catéchèse à tous les niveaux, en
l'adaptant à la mentalité des populations et à leur
langage, en plaçant toujours au centre la richesse insondable du
Christ, unique Sauveur de l'homme. C'est en tout premier lieu aux évêques
dont les Églises particulières sont le siège d'un tel
phénomène qu'il revient d'orienter la pastorale suivant un
tel itinéraire et de sauvegarder les valeurs de la piété
populaire. Il sera alors possible d'endiguer le prosélytisme des
sectes, sans exercer d'attaques personnelles ou prendre des positions
contraires à l'esprit de l'Évangile, mais au contraire dans
l'esprit de charité qui accueille la personne pour l'évangéliser.
Le contexte de la société humaine
18. Les urgences existant aujourd'hui dans la vie de l'Église et
dont certaines, les plus emblématiques sans doute, ont été
rappelées de façon sommaire, sont liées à
l'histoire des hommes dans laquelle vit l'Église, et même
subissent son influence. En effet, l'Église est le peuple de Dieu,
pèlerin à la recherche de la cité future et éternelle
(cf. He 13,14). Bien que, par vocation, elle transcende les temps
et les frontières des nations, car elle doit atteindre tous les
lieux de la terre, l'Église, conformément à
l'enseignement du Concile Vatican II, entre dans l'histoire des
hommes,(34) participe aux événements de leur vie, est
solidaire de leurs joies et de leurs espérances, de leurs
tristesses et de leurs angoisses, en particulier celles des pauvres et de
tous ceux qui souffrent.(35)
Toutefois, il est vrai que, par rapport à l'époque où
a été célébré le Concile, la scène
mondiale d'aujourd'hui se trouve profondément changée.
D'autre part, nombre des mutations survenues actuellement ne pouvaient être
prévues par les Pères Conciliaires, ou du moins sous la
forme où elles ont eu lieu.
Une scène mondiale différente
19. En effet, les nations et les équilibres internationaux se présentent
sous un aspect différent: les progrès réalisés
dans tous les domaines par la science et la technique ont posé de
nouveaux problèmes; dans la bioingénierie et dans les
communications, on a vu se produire de véritables révolutions
technologiques qui ont ouvert de nouvelles possibilités pour un
contrôle de la nature, des processus sociaux et de la vie humaine
elle-même. L'athéisme contemporain lui aussi est différent,
ne se référant plus à une forme d'athéisme
scientifique ou humaniste, mais bien à un athéisme pratique
et à l'indifférence religieuse. Sous cette forme, il a
toujours été présent dans l'histoire; mais
aujourd'hui, il prend corps de façon plus envahissante et
presqu'anonyme, en particulier dans les régions du monde de
tradition chrétienne ancienne .
De tout cela, en même temps que d'énormes possibilités,
on a vu naître de nouvelles menaces pour la vie des hommes.
Les défis que les profondes mutations des actions humaines lancent à
l'Église sont multiples et il serait impossible de les citer tous
ici; ils touchent la personne humaine et sa vie, depuis sa conception
jusqu'à sa conclusion dans la mort, l'environnement menacé
dans ses équilibres fondamentaux, la convivialité civile et
le développement des peuples, la force inédite qu'ont les
nouveaux moyens de communication de créer ou de modifier une
culture et d'influencer les processus économiques et politiques.
Dans une telle situation, la lettre encyclique Centesimus annus présentait
la triple instance d'une écologie de l'environnement, d'une écologie
des hommes et d'une écologie de la société.(36)
20. Dans la seconde moitié de ce siècle finissant, le
grand thème de la paix dans le monde se présente également
sous des formes diverses. Celle-ci s'insère dans le nouveau cadre
de la «globalisation». Avec, en particulier, l'apport du monde
des communications, le monde est en train de devenir toujours plus un «village
global». Toutefois, en opposition, on voit se développer une
orientation vers la fragmentation, marquée par l'affirmation exaspérée
et parfois fictive d'identités culturelles, politiques, sociales et
religieuses.
Et il se produit alors que, tandis que les anciens murs se sont écroulés,
de nouvelles barrières ont été dressées. Et
si, aujourd'hui, il n'existe pas de conflits généralisés,
on voit persister par contre les conflits locaux et internes qui
interpellent la conscience de populations entières dans toutes les
régions du monde. La perte de nombreuses vies humaines et l'énorme
vague de réfugiés, d'exilés et de rescapés,
blessés dans leur corps et dans leur âme, sont un résultat
par trop négatif qui bloque le développement des droits de
l'homme, maintient les processus de paix dans un état de crise
permanente et constitue un obstacle au bien commun de la société.
Il est aberrant de constater que, de façon souvent répétée,
on prétend justifier les luttes et les conflits avec autrui par des
raisons d'ordre religieux. Le phénomène du fondamentalisme
ou fanatisme religieux est, sans aucun doute, à condamner.
Cependant, il a besoin d'être étudié attentivement
dans ses motivations car il n'est pratiquement jamais d'ordre uniquement
religieux; en certains cas, le sentiment religieux devient un instrument
pour atteindre des objectifs, politiques ou économiques.
21. Tout aussi lourd est le poids de la pauvreté et de la misère
qui pèse sur des populations entières alors que, dans les
pays économiquement plus développés, le sens de la
solidarité diminue. Les frontières entre la richesse et la
pauvreté ne délimitent pas seulement les pays riches des
pays pauvres et encore en voie de développement, mais elles
traversent aussi l'intérieur de ces mêmes sociétés.
Aujourd'hui, la question sociale est rendue plus complexe par les différences
des cultures et des systèmes de valeurs entre les divers groupes de
populations, qui ne correspondent pas toujours au degré de développement
économique mais contribuent par contre à créer de
plus larges fossés. À cela viennent s'ajouter le fléau
de l'analphabétisme, la présence de diverses formes
d'exploitation ou d'oppression économique, sociale, politique et même
religieuse, de la personne humaine et de ses droits, les discriminations
de toutes sortes, plus spécialement les plus odieuses, celles basées
sur la différence des races. Parmi d'autres formes de pauvretés,
on trouve la difficulté, ou l'impossibilité, d'accéder
aux niveaux supérieurs d'éducation, l'incapacité de
participer à la constitution de son propre pays, la négation
ou la limitation des droits humains et, parmi ceux ci, le droit à
la liberté religieuse.
La liste pourra certainement s'allonger encore, en y ajoutant d'autres
facteurs qui sèment la lassitude dans les coeurs et dans les
esprits et menacent sérieusement les espérances pour un
avenir meilleur. Par exemple, la corruption de la vie publique existant
dans divers pays; le marché de la drogue et de la pornographie, qui
rongent ultérieurement la fibre morale, la résistance et les
espérances des peuples; les énormes sommes d'argent utilisées
pour les armements, non seulement pour la défense mais aussi pour
procurer la mort; un comportement non correct dans les rapports
internationaux et dans les échanges commerciaux au détriment
des pays en développement, les restrictions à la libre
profession de la foi, encore imposées dans certains pays.
Quelques orientations des espérances humaines
22. En énonçant et en examinant ces urgences, et sans
vouloir ignorer la gravité et la profondeur des problèmes,
l'Église, qui se prépare à entrer dans le troisième
millénaire chrétien, continue à faire sien
l'optimisme fondé sur l'espérance chrétienne, tel que
l'a présenté la constitution pastorale Gaudium et spes
du Concile Vatican II. En effet, si l'on regarde de plus près
l'histoire des hommes au seuil du nouveau millénaire, on ne peut
pas ne pas voir les signaux d'espérance; l'histoire semble même
traversée par un chaud courant de liberté, qui fait se
mouvoir les hommes et les femmes partout sur la terre.
Dans son discours du 5 octobre 1995 à l'Organisation des Nations-
Unies, Jean-Paul II a porté tout particulièrement son
attention sur cette histoire et il en a illustré le sens à
la lumière des exigences inévitables de la loi morale
universelle. Il a également invité les nations à
prendre le risque de la liberté, en réaffirmant les droits
humains fondamentaux et la dignité et la valeur de la personne
humaine, dans les nouveaux contextes d'une société
multiethnique et multiraciale et de la mondialisation de l'économie,
dans la recherche d'un juste équilibre entre les deux pôles
de la particularité et de l'universalité. En effet, les
droits des nations ne sont autres que les droits humains pris au niveau spécifique
de la vie communautaire. De là naît le respect des «différences»
comme source d'une compréhension plus profonde du mystère de
l'homme.(37)
En passant du deuxième au troisième millénaire chrétien,
la vie des hommes montre aussi qu'elle accorde un intérêt
prometteur et sensible, bien que fragile par rapport aux angoisses et aux
préoccupations, pour les valeurs de l'esprit et qu'elle est
parcourue par un besoin plus diffus d'intériorité, d'une
plus grande attention aux responsabilités de l'homme envers la
nature et d'une conscience accrue des occasions actuelles, afin de
construire une civilisation nouvelle et meilleure et un monde où
tous soient impliqués, dans une collaboration courageuse et
solidaire pour la promotion de la justice et de la paix et pour un réveil
moral en faveur du respect de la dignité et des droits humains dans
le monde.
Les évêques, témoins et serviteurs de l'espérance
23. L'Église ressent dans sa chair les tensions et les
oppositions qui affligent les hommes de notre époque et elle veut,
dans tous ses membres, être présente pour défendre la
dignité de l'homme et de sa promotion intégrale. Jésus
lui-même a déclaré qu'il s'identifie avec tous les
pauvres de ce monde et que c'est suivant cette identification qu'il jugera
à la fin des temps (cf. Mt 25,31-46).
Au seuil du Troisième Millénaire, l'Église a
conscience «que son message social trouvera une crédibilité
avant tout dans le témoignage de ses oeuvres, puis dans sa cohérence
et dans sa logique interne. De cette conscience aussi dérive son
amour préférentiel pour les pauvres, qui n'est jamais ni
exclusive ni discriminante envers d'autres groupes».(38) À
l'image de Jésus qui, «à la vue des foules [...] en eut
pitié car ces gens étaient las et prostrés comme des
brebis qui n'ont pas de berger» (Mt 9,36), c'est là
une tâche qui doit être assumée personnellement par les
évêques.
24. L'histoire de l'Église est peuplée de personnages d'évêques
qui, en vertu de l'impératif de la mission épiscopale, se
sont engagés profondément dans la promotion et dans la défense
courageuse de la dignité humaine. En effet, celle-ci représente
une valeur évangélique qui ne peut jamais être méprisée
sans offenser gravement le Créateur. Ces personnages
n'appartiennent pas seulement aux époques passées; ils sont
aussi de la nôtre. Certains ont même apporté un témoignage
de sang au sein de leurs Églises particulières et de l'Église
universelle. Aux nombreux évêques qui, aux côtés
de leurs prêtres, des religieux et des laïcs, ont souffert en
prison et été marginalisés sous les régimes
totalitaires de l'Est et de l'Ouest au cours des dernières décennies,
viennent aujourd'hui s'en ajouter d'autres qui, comme le Bon Pasteur, ont
donné leur vie pour leur troupeau.
Uni à celui de nombreux fidèles, leur sacrifice qui complète
et allonge le martirologe d'une Église qui, au terme du deuxième
millénaire, «est devenue à nouveau une Église de
martyrs»,(39) prouve avec efficacité que le message social de
l'Évangile n'est pas une théorie abstraite, mais une vie qui
est donnée.
25. Être semeur d'espérance signifie accomplir une mission à
laquelle l'Église ne peut se soustraire. La totalité du
service épiscopal est pour l'espérance, un ministère
pour «une vivante espérance» (1 P 1,3) du peuple
de Dieu et pour chaque homme. Pour cela, il est donc nécessaire que
l'évêque oriente tout son ministère évangélisateur
au service de l'espérance, en particulier pour les jeunes, qui se
trouvent menacés par des mythes illusoires et par le pessimisme de
rêves qui s'évanouissent, et pour tous ceux qui, affligés
par les formes multiples de la pauvreté, tournent leur regard vers
l'Église comme vers leur unique recours, en vertu de son espérance
surnaturelle.
Serviteur de l'espérance, chaque évêque doit la
conserver solide en lui-même, car elle est le don pascal du Seigneur
ressuscité et est fondée sur le fait que l'Évangile,
au service duquel l'évêque est principalement, est un bien
total, le point crucial réunissant tout le ministère épiscopal.
Sans l'espérance, toute son action pastorale resterait stérile.
Par contre, le secret de sa mission réside dans l'inflexibilité
de son espérance.
CHAPITRE II
CARACTÈRES IDENTIFIANT LE MINISTÈRE DE L'ÉVÊQUE
26. La IIème Assemblée Extraordinaire du Synode des Évêques
a indiqué la Koinonia-Communio comme le concept central de
l'ecclésiologie de Vatican II. Présente dans la Tradition
vivante de l'Église et patrimoine commun en Orient et en Occident
pendant quasiment tout le premier millénaire de l'ère chrétienne,
cette ecclésiologie constitue le chemin qui porte au renouveau de
la vie ecclésiale, ainsi que le fondement de tout le ministère
pastoral tout au long du pèlerinage de l'Église à
travers l'histoire humaine.(40)
Que l'Église soit un mystère de communion est une
affirmation qui ne se rapporte pas seulement à ses structures extérieures,
mais plutôt à sa nature intime et à sa réalité
plus profonde, qui touchent le coeur du mystère de la Sainte Trinité.
En effet, comme l'a rappelé le Concile, l'Église est un
peuple réuni conformément à l'unité du Père,
du Fils et de l'Esprit Saint;(41) elle a son origine dans la Trinité,
elle subsiste dans la Trinité et elle va vers la Trinité. «Ce
qui constitue et définit, de par la volonté de son Fondateur
et Fondement, la nature et la mission de l'Église détermine également
la nature et la mission de la fonction épiscopale».(42)
Le ministère de l'évêque dans son rapport avec la
Sainte Trinité
27. Chaque identité chrétienne se révèle à
l'intérieur du mystère de l'Église comme un mystère
de communion trinitaire dans une tension missionnaire. Le sens et
l'objectif du ministère épiscopal doivent être également
compris dans l'Ecclesia de Trinitate, envoyée pour faire
des disciples et les baptiser au nom du Père et du Fils et du
Saint-Esprit (cf. Mt 28, 18-20).
C'est pourquoi, dans les rapports entre chaque évêque et
les fidèles de l'Église particulière qui lui ont été
confiés, on doit voir reflétées les relations entre
les personnes divines de la Trinité dans l'unité: dans le Père,
la source de l'autorité; dans le Fils, la source du service, et
dans l'Esprit, la source de la communion. Ainsi, «la parole «communion»
nous conduit jusqu'au principe même de la vie trinitaire qui se
rejoint dans la grâce et le ministère de l'épiscopat.
L'évêque est l'image du Père, il rend le Christ présent
comme Bon Pasteur, il reçoit la plénitude de l'Esprit Saint
d'où jaillissent les enseignements et les initiatives ministérielles
afin de pouvoir édifier, à l'image de la Trinité et à
travers la parole et les sacrements, cette Église où Dieu se
donne aux fidèles qui lui ont été confiés».(43)
Le ministère épiscopal dans son rapport avec le Christ et
les Apôtres
28. Le ministère épiscopal se configure dans l'Église
comme le ministère de la succession apostolique. Le témoignage
ininterrompu de la Tradition reconnaît dans les évêques
ceux qui détiennent «la lignée issue de la souche
apostolique»,(44) en succédant aux apôtres en tant que
pasteurs de l'Église.
Certes, les Douze sont uniques en tant que témoins du mystère
du Verbe incarné, crucifié et ressuscité. Mais entre
la Pâque du Seigneur et sa venue dans la gloire, ce sont les évêques
qui, après la disparition des Apôtres, ont hérité
de cette mission. En s'appuyant sur l'eph'aphax apostolique, en
vertu du sacrement de l'Ordre, ils sont revêtus d'une exousia
qui, vécue en communion avec le Successeur de Pierre, «a pour
but de permettre de perpétuer, dans le temps, le visage du
Seigneur, qui est constitué par l'Église tout entière,
en veillant de façon particulière à ce que ses traits
essentiels et ses caractéristiques spécifiques, qui le
rendent unique parmi tous les visages de la terre, ne soient pas altérés».(45)
29. Ministres de l'apostolicité de toute l'Église de par
la volonté du Seigneur, et revêtus de la puissance de
l'Esprit du Père, qui soutient et qui guide (Spiritus
principalis), les évêques sont les successeurs des Apôtres
non seulement dans l'autorité et dans la sacra potestas,
mais aussi dans la forme de vie apostolique, dans les souffrances
apostoliques pour annoncer et diffuser l'Évangile, dans les soins
aimants et miséricordieux pour les fidèles qui leur sont
confiés, dans la défense des faibles, dans l'attention
constante envers le peuple de Dieu.
Rendus semblables au Christ de manière toute spéciale par
la plénitude du sacrement de l'Ordre et appelés à
participer à sa mission, les évêques le rendent présent
de façon sacramentelle; c'est pour cela qu'ils sont appelés «vicaires
et légats du Christ»(46) dans les Églises particulières
où ils sont amenés à gouverner en son nom. En effet,
c'est par leur ministère que le Seigneur Jésus continue
d'annoncer l'Évangile, de diffuser sur les hommes la sainteté
et la grâce par l'intermédiaire des sacrements de la foi et
de guider le peuple de Dieu dans son voyage terrestre jusqu'au bonheur éternel.
Le ministère épiscopal dans son rapport avec l'Église
30. Don de l'Esprit à l'Église, l'évêque est
avant tout, comme tous les autres chrétiens, un fils et un membre
de l'Église. De cette Sainte Mère, il a reçu le don
de la vie divine dans le sacrement du Baptême et la première éducation
dans la foi. Avec tous les autres fidèles, il partage
l'incomparable dignité des fils de Dieu, qu'il doit vivre en
communion et dans un esprit de fraternité reconnaissante. D'autre
part, en continuant à être un fidèle du Christ parmi
les autres, il est aussi, en vertu de la plénitude du sacrement de
l'Ordre, celui qui est pour les fidèles un maître, un
sanctificateur et un pasteur, agissant au nom et dans la personne du
Christ. Bien sûr, il ne s'agit pas de deux rapports simplement mis
en parallèle, mais bien d'un rapport réciproque et intime,
ordonnés comme ils le sont pour puiser tous deux à la
richesse du Christ unique et du sacerdoce unique.(47) Cependant, un évêque
devient «père» justement parce qu'il est pleinement un «fils»
de l'Église.
C'est pour cela que, comme le rappelait déjà le Directoire
Ecclesiae imago, l'évêque «doit unir en lui-même
les dispositions du frère et du père, du disciple du Christ
et du maître dans la foi, du fils et, d'une certaine façon,
du père de l'Église, puisqu'il est le ministre de la régénération
surnaturelle des chrétiens».(48)
Le lien qui unit l'évêque à l'Église a
souvent été décrit comme un lien conjugal mystique.
En vérité, c'est le Christ l'époux unique de l'Église.
En tant que signe sacramentel du Christ Chef, l'évêque l'est également
du Christ Époux. En reflétant de manière visible et
spéciale l'image de l'Époux, l'évêque doit
aussi en être le témoin crédible au sein de la
communauté. Revêtu de la charité conjugale du Rédempteur,
il est engagé à faire fleurir dans l'Église «la
largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de l'amour du Christ»,
et à la faire apparaître comme remplie «de la plénitude
de Dieu» (Ep 3,18 et ss).
C'est de cette façon que l'évêque accomplit sa tâche
de paître le troupeau du Seigneur, c'est-à-dire comme réponse
à l'amour et comme amoris officium.(49) De telle sorte, il
fait grandir l'espérance dans son Église particulière
car, par son service, elle conserve la certitude que la charité
pastorale de Jésus Christ ne viendra jamais à manquer, cette
charité à laquelle participe chaque évêque.
L'évêque dans son rapport avec ses prêtres
31. Le ministère de l'évêque se détermine par
rapport aux diverses vocations des membres du peuple de Dieu et, avant
tout, par rapport aux prêtres, même religieux, et au presbyterium
qu'ils constituent au sein de son Église particulière.(50)
Les documents du Concile Vatican II (51) ont jeté une nouvelle lumière
sur l'ancienne réalité du collège sacerdotal en tant
que corps organique, constitué de tous les prêtres incardinés
dans une Église particulière ou bien à son service, réuni
autour de l'évêque dans le gouvernement pastoral de chaque Église.
Ce lien profond se base sur la participation, bien qu'à des degrés
différents, à l'unique et identique sacerdoce du Christ et à
la même mission apostolique conférée par un tel
sacerdoce. De par la nature et la mission qui sont les siennes, le
sacerdoce ministériel apparaît, dans la structure de l'Église,
comme un don de l'Esprit, comme un charisme, «signe de la priorité
absolue et de la gratuité de la grâce qui est donnée à
l'Église par le Christ ressuscité».(52)
Le Concile Vatican II a décrit les rapports réciproques
entre les évêques et le presbyterium par des images
et une terminologie variées. Il a indiqué l'évêque
comme «père» du presbyterium (53) mais, au rappel
de la paternité spirituelle, il a ajouté celui de la
fraternité, de l'amitié, de la collaboration nécessaire
et du conseil. Toutefois, il est vrai que la grâce sacramentelle
parvient au corps sacerdotal à travers le ministère de l'évêque
et qu'elle lui est donnée en vue de la coopération subordonnée
avec l'évêque pour la mission apostolique. Cette même
grâce unit le presbyterium aux diverses fonctions du ministère
épiscopal. En vertu de ce lien sacramentel et hiérarchique,
les prêtres, ses indispensables collaborateurs et conseillers, son
aide et son instrument, assument à leurs divers niveaux les devoirs
et les préoccupations de l'évêque, rendent celui-ci présent
dans chaque communauté.(54)
32. Le rapport sacramentel-hiérarchique se traduit dans la
recherche, constamment pratiquée, d'une communion affective et
effective entre l'évêque et les membres du presbyterium,
conférant consistance et signification à l'attitude intérieure
et extérieure de l'évêque à l'égard de
ses prêtres. Forma factus gregis ex animo (cf. 1P
5,3), l'évêque doit l'être avant tout pour son clergé,
auquel il se propose comme un exemple de prière, de sensus
Ecclesiae, de zèle apostolique, de dévouement à
la pastorale d'ensemble et de collaboration avec tous les autres fidèles.
En outre, c'est l'évêque qui, en premier lieu, est
responsable de la sanctification de ses prêtres et de leur formation
permanente. À la lumière de ces instances spirituelles et
des attitudes de chacun, tout comme en réponse aux exigences créées
par le caractère organique de l'action pastorale et pour le bien
des fidèles, l'évêque agit de façon à
engager le ministère des prêtres le plus adéquatement
possible.
33. À l'attitude de l'évêque à l'égard
de chaque prêtre s'ajoute la conscience d'avoir auprès de soi
un presbyterium diocésain. C'est pourquoi il ne peut négliger
de nourrir en eux la fraternité qui les unit sacramentellement et
de promouvoir parmi eux l'esprit de collaboration dans une action
pastorale d'ensemble qui soit efficace.
L'évêque doit même, chaque jour, s'engager pour que
tout le corps sacerdotal ait conscience et sentent de façon concrète
qu'il n'est ni marginalisé ni abandonné mais bien qu'il est
membre et partie d'un «unique corps sacerdotal réparti, bien sûr,
dans diverses tâches».(55) Dans ce sens, l'évêque
valorise le Conseil presbytéral et tous les autres organes formels
et informels de dialogue et de coopération avec ses prêtres,
en ayant conscience que le témoignage de communion affective et
effective entre l'évêque et les prêtres engendre des
encouragements efficaces à la communion dans l'Église
particulière à tous les autres niveaux.
34. À côté des prêtres, dans la communion
ministérielle et hiérarchique de l'Église, il y a également
les diacres, ordonnés non en vue du sacerdoce, mais du ministère.
En servant les mystères de Dieu et de l'Église dans la
diaconie de la parole, de la liturgie et de la charité, de par leur
niveau dans l'Ordre sacré les diacres sont en lien étroit
avec l'évêque et son presbyterium.(56) Il s'en suit
donc que l'on peut affirmer que l'évêque est le premier
responsable du discernement de la vocation des candidats,(57) de leur
formation spirituelle, théologique et pastorale. Et c'est toujours
l'évêque qui, en tenant compte des besoins pastoraux et de la
condition familiale et professionnelle des candidats, leur confie les tâches
ministérielle de sorte que leur présence s'insère de
façon organique dans la vie de l'Église particulière
et que leur formation permanente ne soit pas négligée.
Le ministère de l'évêque dans son rapport avec les
personnes consacrées
35. La vie consacrée est l'expression privilégiée
de l'Église Épouse du Verbe et même sa partie intégrante,
placée «au coeur même de l'Église comme un élément
décisif pour sa mission»,(58) comme le rappelle dès le
début l'Exhortation Apostolique Vita consecrata. À
travers elle, dans la variété de ses formes, en devenant
visible de façon typique et permanente, sont en quelque sorte
rendus présents dans le monde les traits caractéristiques de
Jésus, vierge, pauvre et obéissant et indiqués comme
une valeur absolue et eschatologique. L'Église tout entière
est reconnaissante à la Sainte Trinité pour le don de la vie
consacrée. Par la présence de celle-ci, on peut constater
que la vie de l'Église ne s'épuise pas dans la seule
structure hiérarchique, comme si elle n'était composée
que de ministres sacrés et de fidèles laïcs, mais
qu'elle se réfère à une structure fondamentale
articulée plus vaste et plus riche, charismatique et
institutionnelle, voulue par le Christ lui-même et incluant la vie
consacrée.(59)
La vie consacrée est donc un don de l'Esprit, auquel il est
impossible de renoncer, un élément constitutif de la vie et
de la sainteté de l'Église. Elle est nécessairement
dans une relation hiérarchique avec le ministère sacré,
en particulier avec celui du Souverain Pontife et celui des évêques.
Dans son Exhortation Apostolique post-synodale, Jean-Paul II a rappelé
le lien particulier de communion existant entre les diverses formes de vie
consacrée, les Sociétés de vie apostolique et le
Successeur de Pierre, lien dans lequel leur caractère universel et
leur connotation supradiocésaine ont leurs racines.
36. Du fait que la vie consacrée est intimement liée au
mystère de l'Église et au ministère de l'épiscopat,
uni collégialement dans la communion hiérarchique avec le
Successeur de Pierre, le Collège épiscopal tout entier est
responsable à son égard. Ainsi que l'énonçaient
déjà les notes directrices de Mutuae relationes, le
Christ-Chef confie aux évêques unis au Souverain Pontife le
devoir de prendre «soin des charismes religieux, d'autant plus que
l'indivisibilité même du ministère pastoral les rend
responsables de la perfection de tout le troupeau. De la sorte, en
promouvant la vie religieuse, en la protégeant conformément à
son caractère propre, les évêques remplissent un véritable
devoir pastoral».(60)
Dans le cadre des indications présentées dans ce document
et de ce qui a été mis en lumière au cours de la IXème
Assemblée Ordinaire du Synode des Évêques et dans le
magistère pontifical proposé par l'Exhortation Apostolique
post-synodale Vita consecrata, une instance est constamment présente:
celle d'amplifier les rapports mutuels entre les Conférences épiscopales,
les Supérieurs majeurs et leurs Conférences respectives,
afin de favoriser la richesse des charismes et d'agir pour le bien de l'Église
universelle et particulière. Ceci, évidemment, en respectant
leurs responsabilités respectives et dans la conscience commune que
la communion dans l'Église universelle se réalise à
travers la communion dans les Églises particulières.
Du fait que, comme le Concile l'a enseigné, les Églises
particulières sont formées «à l'image de l'Église
universelle et [que] c'est dans toutes ces Églises particulières
et par elles qu'est constituée l'Église catholique, une et
unique»,(61) les personnes consacrées, partout où elles
se trouvent, vivent leur vocation pour l'Église universelle au sein
d'une Église particulière déterminée, dans
laquelle elles réalisent leur présence d'Église et
assurent des rôles significatifs. En particulier, du fait du caractère
prophétique inhérent à la vie consacrée, dans
chaque Église particulière, elles sont l'annonce vécue
de l'Évangile de l'espérance, les témoins éloquents
du primat de Dieu dans la vie chrétienne et de la puissance de son
amour dans la fragilité de la condition humaine.(62) D'où,
pour le développement harmonieux de la pastorale diocésaine,
l'importance de la collaboration entre chacun des évêques et
les personnes consacrées.(63)
37. L'Église est infiniment reconnaissante aux nombreux évêques
qui, tout au long de son histoire jusqu'à aujourd'hui, ont considéré
la vie consacrée comme un don spécifique de l'Esprit au
peuple de Dieu au point d'avoir eux-même fondé des familles
religieuses, dont un grand nombre sont encore actives aujourd'hui au
service de l'Église universelle et des Églises particulières.
De plus, le fait que l'évêque se consacre à la
sauvegarde de la fidélité des instituts à leur
charisme est un motif d'espérance pour ces instituts, en
particulier pour ceux qui se trouvent en difficulté.
Le ministère de l'évêque dans son rapport avec les
fidèles laïcs
38. Le Concile Vatican II, l'Assemblée Ordinaire du Synode des Évêques
de 1987 et la subséquente Exhortation Apostolique de Jean-Paul II,Christifideles
laici, ont largement illustré la vocation et la mission des fidèles
laïcs dans l'Église et dans le monde.(64) La dignité
baptismale, qui les fait participer au sacerdoce du Christ, ainsi qu'un
don particulier de l'Esprit, leur confèrent une place appropriée
dans le Corps de l'Église et les appellent à participer,
selon leurs modalités propres, à la mission rédemptrice
qu'elle assure, sur le mandat du Christ, jusqu'à la fin des siècles.
À leur égard en particulier, l'Église reconnaît
et souligne la valeur rédemptrice de la qualité séculière
d'une grande partie de leurs activités. En effet, les laïcs
assument leurs caractéristiques chrétiennes propres dans
beaucoup de domaines, parmi lesquels les espaces de la vie et de la
famille, de la politique, du monde professionnel et social, de l'économie,
de la culture, de la science, des arts, de la vie internationale et des
masses-médias.
Dans leurs nombreuses activités, les fidèles laïcs
sont appelés à allier à leurs talents respectifs et à
leurs compétences acquises, le témoignage limpide de leur
foi en Jésus-Christ. Engagés dans les réalités
temporelles, les laïcs, tout comme chaque chrétien, sont appelés
à rendre compte de l'espérance théologale (cf. 1P
3,15) et à se soucier des activités inhérentes au
monde d'aujourd'hui, justement parce que stimulés par l'attente
d'une «nouvelle terre».(65)
En vertu de leur place dans le monde, les laïcs peuvent exercer une
grande influence sur la culture, en en élargissant les perspectives
et les horizons d'espérance. De la sorte, ils apportent aussi une
contribution particulière à son évangélisation,
d'autant plus nécessaire que persiste encore à notre époque
le drame de la séparation entre l'Évangile et la culture. De
plus, dans le domaine des communications, qui influencent profondément
la mentalité des personnes, les laïcs ont une responsabilité
particulière, surtout en vue d'une divulgation correcte des valeurs
éthiques.
39. Bien que, par vocation, la plupart des laïcs assurent des tâches
séculières, il ne faut pas oublier qu'ils appartiennent à
une unique communauté ecclésiale dont ils constituent une
grande partie au plan numérique. Après le Concile Vatican
II, on a vu se développer avec bonheur de nouvelles formes de
participations responsables des laïcs, hommes et femmes, à la
vie des communautés diocésaines et paroissiales. Ils sont
donc présents dans les divers conseils pastoraux, assurent un rôle
grandissant dans différents services tels que l'animation de la
liturgie ou de la catéchèse et sont engagés dans
l'enseignement de la religion catholique dans les écoles, etc.
Un certain nombre de laïcs accepte aussi d'assumer de telles tâches
de façon permanente et parfois même pour toute la vie. Cette
collaboration des fidèles laïcs est certainement très
précieuse pour les exigences de la «nouvelle évangélisation»,
en particulier là où le nombre des ministres ordonnés
est insuffisant.
40. Le développement du phénomène associatif aussi
constitue une grande richesse pour l'Église post-conciliaire. Avec
la diversité de leurs aspirations, aux côtés des réalités
associatives plus anciennes, les nouvelles offrent à nombre de fidèles
un soutien irremplaçable pour le progrès de leur vie chrétienne
et participent à faire grandir l'ensemble de l'Église.
L'Exhortation Apostolique postsynodale Christifideles laici a
rappelé que, dans leur pluralisme légitime, toutes ces
associations, ces groupes et ces mouvements doivent toutefois converger
dans la finalité qui les anime: participer de façon
responsable à la mission de l'Église consistant à
apporter la lumière de l'Évangile.(66)
C'est à la mission pastorale de l'évêque qu'il
revient d'accueillir et de favoriser la complémentarité
entre les réalités associatives de différentes
inspirations, de veiller sur leurs attitudes, sur la formation théologique
et spirituelle de leurs animateurs et sur la bonne insertion de tous dans
la communauté diocésaine.
41. Signe de Dieu qui appelle à l'espérance (cf. Ep
4,4), les évêques doivent surtout l'être pour les fidèles
laïcs qui, insérés dans le vif des nombreux problèmes
du monde et dans les difficultés de la vie quotidienne, sont
particulièrement exposés au désarroi et à la
souffrance. Il arrive aussi qu'à cause de leurs options spécifiquement
chrétiennes, ils se sentent et soient véritablement isolés
au milieu des autres. Dans ces circonstances, la présence pastorale
de l'évêque et de son presbyterium doit les soutenir
pour qu'ils continuent à être des chrétiens riches
d'une forte espérance, et pour les aider à vivre dans la
certitude que le Seigneur se tient toujours près de ses enfants.
En outre, il n'est pas rare que les diverses difficultés de la
vie induisent certains fidèles laïcs à «fuir le
monde», en quelque sorte, et à privatiser leurs propres
convictions religieuses. Pour ces raisons également, il est
important pour eux qu'ils trouvent dans l'évêque et dans son
presbyterium un appui solide pour assurer l'unité de leur
vie et la fermeté de leur foi. Enfin, dans leur service pastoral,
les évêques doivent accorder un intérêt tout
particulier aux laïcs qui sont dans l'erreur ou qui se trouvent «éloignés»,
en les recherchant grâce à l'aide d'autres fidèles laïcs
et en s'efforçant de les aider à reprendre part activement
dans la vie de l'Église.
42. La réflexion sur les fidèles laïcs doit aussi
englober la nécessité de leur formation appropriée.
Il est évident, d'autre part, que l'évêque doit être
attentif à apporter son soutien, spécialement au plan
spirituel, à tous ceux qui collaborent de plus près à
la mission ecclésiale. Il est donc toujours urgent que les fidèles
laïcs puissent, suivant une catéchèse systématique,
aborder la Parole de Dieu exprimée dans les Écritures et
interprétée de façon authentique par le Magistère
de l'Église.
Il faut, dans la formation des fidèles laïcs, reconnaître
une place toute spéciale à la Doctrine sociale de l'Église,
afin qu'elle puisse les éclairer et les encourager dans leurs
actions, selon les exigences pressantes de la justice et du bien commun
auxquelles ils doivent apporter leur contribution décisive dans les
oeuvres et les services urgents que réclame la société.
Tout aussi importante est la formation des jeunes à la vie
matrimoniale et familiale, en confirmant leurs espérances et leurs
attentes d'un amour profond et authentique à la lumière du
dessein de Dieu sur le mariage et sur la famille. Dans la mesure où
leurs oeuvres sont motivées par la charité et expriment la vérité
de leur état laïcal, les fidèles laïcs servent
l'avènement du Royaume de Dieu.
L'évêque dans son rapport avec le collège épiscopal
et avec son chef
43. Envoyé au nom du Christ en tant que pasteur d'une Église
particulière, l'évêque a soin de la portion du peuple
de Dieu qui lui a été confiée et il l'aide à
croître en tant que communion dans l'Esprit, au moyen de l'Évangile
et de l'Eucharistie. C'est pourquoi, en tant que personne individuelle,
son ministère consiste à être le principe visible et
le fondement d'unité dans l'Église particulière qui
lui a été confiée - dans l'unité de la foi,
des sacrements et du régime ecclésiastique - et donc de la
représenter et de la gouverner en vertu des pouvoirs qui lui ont été
conférés.(67)
Toutefois, chaque évêque est le pasteur d'une Église
particulière en tant que membre du Collège des évêques.
Chaque évêque se trouve au sein de ce même Collège
en vertu de la consécration épiscopale et grâce à
la communion hiérarchique avec le Chef et avec les membres du Collège.(68)
Tout cela entraîne pour le ministère de l'évêque
des conséquences très importantes qu'il convient de prendre
en considération, même de façon synthétique.
44. La première conséquence est qu'un évêque
n'est jamais seul. Cela est vrai non seulement par rapport à sa
situation dans son Église particulière, comme cela a été
dit, mais aussi dans l'Église universelle, relié comme il
est - par la nature même de l'épiscopat uno et
indiviso(69) - au Collège épiscopal tout entier, Collège
qui succède au Collège apostolique.
C'est pour cette raison que chaque évêque est simultanément
en rapport avec l'Église particulière et avec l'Église
universelle. Principe visible et fondement de l'unité dans son Église
particulière, chaque évêque est aussi un lien visible
de la communion ecclésiastique entre son Église et l'Église
universelle. C'est pourquoi, même s'ils résident aux quatre
coins du monde, en préservant toujours la communion hiérarchique
avec le Chef et les membres du Collège épiscopal, tous les évêques
assurent une consistance et une figure au caractère catholique de
l'Église;(70) et ils confèrent en même temps à
l'Église particulière qui leur est confiée la même
note de catholicité.
Ainsi, chaque évêque est une sorte de point de conjonction
entre son Église particulière et l'Église
universelle, et un signe visible de la présence de l'Église
unique du Christ dans son Église particulière. Dans la
communion des Églises, l'évêque représente donc
son Église particulière et, en celle-ci, il représente
la communion des Églises. En effet, par le ministère épiscopal,
les portiones Ecclesiae vivent la totalité de l'Une-Sainte,
et la totalité de la Catholique-Apostolique est présente en
elles. (71)
45. La seconde conséquence sur laquelle il est juste de s'arrêter
est que c'est justement cette union collégiale, ou communion
fraternelle de charité, ou encore affection collégiale -
ainsi s'exprime le Concile - qui est la source du souci que, par
institution et commandement du Christ, chaque évêque doit
avoir pour l'Église tout entière et pour les autres Églises
particulières, ainsi que pour «ces régions du monde où
la Parole de Dieu n'a pas encore été annoncée, ou
dans lesquelles, en raison surtout du petit nombre de prêtres, les
fidèles sont en danger de s'éloigner des commandements de la
vie chrétienne et plus encore de perdre la foi elle-même».(72)
D'autre part, les dons divins à partir lesquels chaque évêque
édifie son Église particulière - c'est-à-dire
l'Évangile et l'Eucharistie - sont déjà les mêmes
qui non seulement constituent chacune des autres Églises particulières
en tant que réunion dans l'Esprit, mais les ouvre aussi à la
communion avec toutes les autres Églises. En effet, l'annonce de l'Évangile
est universelle et, par la volonté du Seigneur, elle s'adresse à
tous les hommes et est immuable dans le temps. En outre, de par sa nature
même et de même que toutes les autres actions liturgiques, la
célébration de l'Eucharistie est un acte de l'Église
entière, elle appartient au Corps tout entier de l'Église,
elle le manifeste et l'implique.(73) De là aussi naît le
devoir pour chaque évêque, en tant que légitime
successeur des apôtres et membre du Collège épiscopal,
d'être, de quelque façon, responsable de l'Église tout
entière (sponsor Ecclesiae).(74)
Ceci étant dit, il apparaît clairement que, dans le Collège
épiscopal, chaque évêque, dans l'exercice de son
ministère, rencontre l'évêque de Rome et se trouve en
communion vivante et dynamique avec lui, le Successeur de Pierre et le
Chef du Collège, ainsi qu'avec tous ses autres frères évêques
du monde entier.
46. Individuellement mais aussi avec ses autres frères évêques
et de concert avec toute l'Église, les évêques
trouvent dans la Chaire de Pierre le principe et le fondement visible de
l'unité dans la foi et de la communion. La communion hiérarchique
avec l'évêque de Rome exige aussi que, dans leur magistère
dans le cadre de leur diocèse, les évêques expriment
leur engagement fidèle d'adhésion au magistère du
Pape, y compris le magistère ordinaire, le diffusent selon les
formes les plus appropriées, y contribuent de différentes façons,
personnellement ou à travers leur Conférence épiscopale
et, le cas échéant, en prennent la défense.
Cette collaboration avec le Souverain Pontife a une forme spécifique
dans le Synode des Évêques, dans lequel se réalise un échange
fructueux d'informations et de suggestions et où, à la lumière
de l'Évangile et de la doctrine de l'Église, sont définies
les orientations communes qui, après avoir été
approuvées par le Successeur de Pierre, offrent des avantages aux Églises
locales elles-mêmes. De cette façon, l'Église tout
entière est valablement soutenue pour entretenir la communion dans
la pluralité des cultures et des situations. On retrouve une
finalité identique dans les visites ad limina.
47. Pour ce qui est de la collaboration des évêques, le
Concile Vatican II a vivement exprimé le souhait que la vénérable
institution des Conciles provinciaux et pléniers retrouve une
nouvelle vigueur,(75) de même qu'il a souligné l'utilité
des plus récentes Conférences épiscopales.(76)
Celles-ci, en particulier, accueillent le patrimoine commun que l'Église
a reçu du Seigneur par l'intermédiaire de la Révélation
et, sans ne jamais perdre de vue son universalité garantie par le
Siège de Pierre, elles font leur possible pour qu'il soit adapté
au visage des populations au sein desquelles elle vit.
Un autre point de référence pour l'activité de
chaque Conférence épiscopale est constitué par
l'identité et par la responsabilité personnelle de chaque évêque
participant, et par la communion qui conduit à se soutenir réciproquement
dans l'oeuvre d'évangélisation et à répondre
efficacement aux difficultés pastorales communes. La crédibilité
de la prédication, l'efficacité du ministère
pastorale et la communion de l'évêque appelé à
servir parmi ses fidèles dépendent du témoignage
commun des évêques de chaque Conférence.
48. Toutefois, les rapports réciproques entre les évêques
vont bien au-delà de leurs rencontres institutionnelles. La
conscience vive de leur collégialité épiscopale doit
les stimuler à réaliser entre eux, particulièrement
dans le cadre de la province ou de la région ecclésiastique
elle-même, les multiples expressions de la fraternité
sacramentelle allant de l'accueil et de l'estime mutuels aux nombreuses
attentions de charité. Le directoire Ecclesiae imago
mentionne également d'autres formes de collaboration, par exemple
l'assistance réciproque avec l'échange de prêtres y
consentant, l'unification des Séminaires et d'autres services de
l'apostolat lorsque cela s'avère nécessaire.(77)
En outre, la communion entre les évêques doit s'exprimer
dans les cas où des nécessités spéciales de l'Église
particulière rendent utile la présence d'un évêque
coadjuteur ou d'un évêque auxiliaire. Pour ce qui est de ces évêques,
nommés en certaines circonstances pour assister l'évêque
diocésain dans son service à l'Église particulière,
le Concile souligne la nécessité que, en tant que premiers
coopérateurs, ils entourent l'évêque diocésain
avec obéissance et respect et que ce dernier les estime et les aime
comme des frères.(78)
Les évêques doivent, enfin, réserver une attention
particulière et une préoccupation spéciale à
leurs frères évêques qui sont plus dans le besoin, en
particulier ceux qui souffrent à cause de l'isolement, de l'incompréhension
et de la solitude, et ceux qui, malades ou âgés, ont demandé
au Souverain Pontife de pouvoir renoncer à leur charge, pour le
bien de l'Église particulière et conformément à
la discipline ecclésiastique en vigueur, et ont abandonné le
gouvernement du diocèse. Outre le fait qu'ils appartiennent
toujours au Collège épiscopal, ces évêques
continuent à apporter beaucoup à l'Église, par leurs
prières, leur expérience et leurs conseils.
Ainsi, dans la réalité du Collège épiscopal,
soutenu par le Pape et par ses frères dans l'épiscopat,
chaque évêque trouve, en plus des soutiens nécessaires
pour réaliser sa mission, également une nourriture efficace
pour son espérance afin d'affronter avec courage les divers problèmes
susceptibles de naître dans la vie de l'Église et de soutenir
l'espérance des fidèles confiés à ses soins de
pasteur.
Au service de la communion pour l'espérance
49. Au coeur de ces nombreuses relations qui, puisant au mystère
de la communion trinitaire, réalisent la communion des fidèles
dans l'Église particulière, vus les différents ordres
et selon les divers charismes et ministères auxquels ils donnent
naissance et qui s'amplifient dans la communion des évêques
et des Églises, la personne de l'évêque apparaît
dans la richesse de son essence d'homme de communion, autour duquel vient
concrètement se tisser l'unité des fidèles. Ce ministère
de communion est soutenu par l'espérance, qui doit alimenter
quotidiennement l'engagement de chaque évêque à
construire chaque jour l'Église qui lui a été confiée,
en communauté de foi et d'amour parmi les hommes. L'espérance
théologale de l'évêque est basée sur le Christ
et est communiquée à la portion du peuple de Dieu dont il a
la charge, soutenue par la communion avec le Souverain Pontife et avec
tous les autres évêques.
De son côté, la communion ouvre la voie à l'espérance,
car la parole qui, à travers le témoignage de la communion,
parvient à chaque homme, est un message d'espérance et parce
que, comme l'a écrit l'Apôtre, la charité est la vertu
qui «espère tout» (1Co 13,7). Contre les ferments
désagrégeants qui menacent la vie de l'Église et du
monde, l'évêque est serviteur, constructeur, promoteur,
garant, défenseur et gardien de l'Église-communion qui,
justement en cela, est semence, principe et ferment de communion dans
l'humanité.
CHAPITRE III
LE MINISTÈRE PASTORAL DE L'ÉVÊQUE
DANS SON DIOCÈSE
50. Lorsqu'il appela ses Apôtres, le Seigneur Jésus
les envoya, ainsi que le rappelle le Concile en résumant
les données évangéliques, tout d'abord au milieu des
enfants d'Israël, puis à toutes les nations afin que «revêtus
de son autorité, ils fassent de tous les peuples ses disciples, les
sanctifient et les gouvernent».(79) Aux fidèles qu'il appelle
pour qu'ils soient les Successeurs des Apôtres dans l'Église,
c'est-à-dire les évêques, le Christ confère le
triple ministère (triplex munus) d'enseigner, de sanctifier
et de gouverner.
Reçues dans l'ordination épiscopale, ces trois fonctions
sont exercées par les évêques en personne et au nom du
Christ, assumant, de façon éminente et visible, le rôle
du Christ-Maître lui-même, Pontife et Pasteur.(80) C'est donc
grâce à leur très haut ministère que le Christ
même devient présent parmi les croyants et, que par les évêques,
il prêche la Parole de Dieu, administre les sacrements de la foi,
dirige et gouverne le peuple du Nouveau Testament sur le chemin vers la béatitude
éternelle.(81)
51. Ces trois fonctions, qui attribuent une forme à la mission de
l'évêque et constituent la trame de sa vie quotidienne, tout
comme dans le Christ ne sont autres que trois aspects distincts de son
unique mission de Médiateur et trois aspects d'une activité
salvifique unique; dans le ministère de l'évêque également,
ils doivent donc être considérés de façon
unitaire, de sorte que tout en enseignant, l'évêque sanctifie
et guide aussi la portion du peuple de Dieu confiée à ses
soins pastoraux; et, tout en sanctifiant, il enseigne et guide, et
lorsqu'il exerce son gouvernement pastoral, il enseigne et sanctifie. «La
base de cette triple fonction consistant à enseigner, sanctifier et
gouverner, et de tout cet éminent travail, dans lequel il se donne
tout entier et tout ce qu'il a (cf. 2 Co 12,15), c'est l'âme
du pasteur, dont la règle suprême est l'exemple et
l'enseignement de Jésus le Bon Pasteur», (82) qui est le
Chemin vers le Père, parce qu'Il est lui-même la Vérité
et la Vie.
Bien qu'ils doivent être considérés de façon
unitaire, il est aussi nécessaire de saisir l'intention du Concile
qui, lorsque dans son Magistère énonce ces tria munera
à propos de l'évêque et des prêtres, préfère
placer l'enseignement avant les deux autres. En cela, Vatican II reprend
idéalement la succession présente dans les mots que le
Ressuscité a adressés à ses disciples: «Tout
pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez
donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant
[...] et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai
prescrit» (Mt 28,19-20). Dans cette priorité donnée
à la tâche épiscopale d'annoncer l'Évangile, et
qui caractérise l'ecclésiologie conciliaire, chaque évêque
peut retrouver le sens de cette paternité spirituelle qui faisait écrire
à saint Paul: «Auriez-vous en effet des milliers de pédagogues
dans le Christ, que vous n'avez pas plusieurs pères; car c'est moi
qui, par l'Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus»
(1Co 4,15).
L'évêque envoyé pour enseigner
52. La fonction qui, plus que tout autre, identifie l'évêque
et qui, d'une certaine façon, résume tout son ministère,
est ainsi que l'enseigne le Concile celle de vicaire et ambassadeur du
Christ dans l'Église particulière qui lui est confiée.(83)
Or, l'évêque exerce sa fonction sacramentelle en tant
qu'expression vivante du Christ, justement en exerçant le ministère
de la Parole. En tant que ministre de la Parole de Dieu, qui agit dans la
force de l'Esprit et grâce au charisme du service épiscopal,
il manifeste le Christ au monde, le rend présent dans la communauté
et le communique avec efficacité à tous ceux qui lui accorde
une place dans leur vie.
L'annonce de l'Évangile excelle donc parmi les divers devoirs des
évêques qui sont «les hérauts de la foi [...] les
docteurs authentiques, revêtus de l'autorité du Christ, qui
prêchent au peuple commis à leur soin les vérités
de foi à croire et à appliquer dans la pratique de la vie».(84)
Cela entraîne que toutes les activités de l'évêque
doivent avoir pour but de proclamer l'Évangile, «force de Dieu
pour tout homme qui croit» (Rm 1,16), d'orienter et d'aider
le peuple de Dieu à rendre l'obéissance de la foi
(cf. Rm 1,5) à la Parole de Dieu et à embrasser
l'enseignement du Christ dans sa totalité.
Mais encore: que l'évêque soit magister fidei et
doctor veritatis ne signifie pas qu'il soit le maître de la
vérité. Comme on peut le déduire du signe de l'Évangéliaire
ouvert au-dessus de sa tête pendant la prière de
l'ordination, l'évêque est serviteur de la vérité.
C'est pourquoi, loin de la manipuler et de l'annoncer selon son bon
plaisir, il la communique avec une fidélité rigoureuse et la
propose à tous les hommes, à temps et à contretemps,
sans violence, mais avec humilité, courage et persévérance,
en espérant toujours dans la Parole du Seigneur (cf. Ps
119,114).
53. L'objet du magistère épiscopal est brillamment exprimé
dans le Concile Vatican II qui l'identifie unitairement dans la foi
à laquelle croire et à pratiquer dans la vie.(85) Puisque le
centre vivant de l'annonce est le Christ, le Christ lui-même,
crucifié et ressuscité, c'est Lui que l'évêque
doit annoncer: le Christ, unique sauveur de l'homme, le même hier,
aujourd'hui et toujours (cf. He 13,8), le centre de l'histoire et
de toute la vie des fidèles.
À partir de ce centre, qui est le mystère du Christ Fils éternel
du Père, lequel, par l'Esprit, s'est fait homme en la Vierge Marie
et est mort et ressuscité pour notre salut, rayonnent toutes les
autres vérités de la foi, ainsi que l'espérance pour
chaque homme. Le Christ est la lumière qui illumine tous les hommes
et tous ceux qui sont régénérés en lui reçoivent
les prémices de l'Esprit qui les rendent capables d'accomplir la
loi nouvelle de l'amour.(86)
54. La tâche de l'annonce vitale, de la garde fidèle du dépôt
de la foi, tâche qui est exercée par l'évêque en
communion avec le Pape et avec tous ses autres frères évêques,
implique le devoir de défendre, en utilisant les moyens les plus
adaptés, la Parole de Dieu de tout ce qui pourrait en compromettre
la pureté et l'intégrité, tout en reconnaissant la
juste liberté dans l'approfondissement ultérieur de la
foi.(87)
Aucun évêque ne peut manquer à un tel devoir, même
s'il lui en coûtera sacrifice ou incompréhension. Tout comme
l'apôtre saint Paul, l'évêque est conscient d'être
envoyé pour proclamer l'Évangile «sans la sagesse du
langage pour que ne soit pas réduite à néant la croix
du Christ» (1Co 1,17); comme lui, l'évêque aussi
annonce «le langage de la Croix» (1Co 1,18), non pas
comme un consentement humain, mais comme une révélation
divine. L'évêque doit se soucier aussi bien de l'unité
dans la charité que de l'unité dans la vérité.
En effet, l'Évangile dont il est devenu ministre est un langage de
vérité.
Cette tâche consistant à défendre la Parole de Dieu
doit être exercée avec un sens réaliste serein, sans
exagérer ni minimiser l'existence de l'erreur et de la fausseté
que la responsabilité pastorale de l'évêque oblige à
identifier, sans s'étonner de trouver dans l'actuelle génération
de l'Église, tout comme dans le passé, non seulement le péché
mais dans quelque mesure encore l'erreur et la fausseté. Reste
toujours valide le fait que tant l'écoute assidue et l'étude
de la Parole de Dieu que le ministère de protection du dépôt
révélé et de vigilance de l'intégrité
et de la pureté de la foi sont des synonymes de la charité
pastorale.(88)
55. Maître de la foi, l'évêque est aussi éducateur
de la foi, à la lumière de la Parole de Dieu et du Magistère
de l'Église. L'engagement d'éduquer à la foi est étroitement
lié à celui de nourrir la foi du peuple de Dieu avec une catéchèse
authentique. C'est là un moment fondamental de toute l'oeuvre d'évangélisation,
qui mérite toute l'attention des évêques en tant que
pasteurs et maîtres, en tant que «catéchètes par
excellence». C'est parce qu'ils sont tels que les évêques
coopérent avec l'Esprit Saint à la formation d'un peuple évangélisateur
et catéchisant, doué de l'enthousiasme et du dynamisme
provenant de la foi proclamée fidèlement et vécue
dans la joie.
L'évêque sert la Parole de Dieu sous des formes très
variées et multiples. À ce sujet, le Directoire Ecclesiae
imago rappelait cette forme particulière de prédication à
la communauté déjà évangélisée,
l'homélie, qui excelle sur toutes les autres de par son
contenu liturgique et son lien avec la proclamation de la Parole grâce
à la lecture des Saintes Écritures. Une autre forme
d'annonce est celle que l'évêque exerce dans ses Lettres
pastorales.(89) Chaque évêque doit s'interroger sur les
actes dans lesquels il traduit son devoir consistant à enseigner.
56. Lorsqu'il annonce, l'évêque doit se sentir et se
montrer engagé personnellement sur le long chemin du dialogue oecuménique
entrepris par le Concile Vatican II, pour le faire progresser ultérieurement
dans le but de recomposer l'unité visible entre les chrétiens.
Il est le premier à prêcher l'Évangile, en étant
attentif à montrer le mystère de l'unité de l'Église,
conformément aux principes catholiques de l'oecuménisme
indiqués dans le décret conciliaire Unitatis
redintegratio et confirmés par Jean-Paul II dans l'Encyclique
Ut unum sint.
57. Le charisme magistériel des évêques est unique
dans sa responsabilité et il ne peut être délégué
en aucune façon. Cependant, il ne se trouve pas isolé dans
l'Église. Chaque évêque exerce son service pastoral
dans une Église particulière où, en liaison étroite
avec son ministère et sous son autorité, les prêtres
sont ses premiers collaborateurs, auxquels viennent s'ajouter les diacres.
Une aide très valable est assurée également par les
religieuses et les religieux et par un nombre croissant de fidèles
laïcs qui, selon la constitution de l'Église, collaborent en
annonçant et en vivant la Parole de Dieu.
Grâce aux évêques, la foi catholique authentique est
transmise aux parents pour qu'à leur tour, ils la transmettent à
leurs enfants, et toujours grâce aux évêques, les
enseignants et les éducateurs à tous les niveaux, peuvent
recevoir l'assurance de leur foi. L'ensemble du laïcat témoigne
de cette pureté de foi que les évêques s'attachent
courageusement à conserver et il est important que chaque évêque
ne manque jamais de le soutenir et, par des centres appropriés, de
lui fournir les moyens pour obtenir une formation de base adéquate
et permanente.
58. Pour réaliser cette annonce, la collaboration avec les théologiens
se révèle comme étant particulièrement utile,
eux qui s'appliquent suivant leur méthode propre à
approfondir la richesse insondable du mystère du Christ. Tout en
ayant des fonctions diverses, le magistère des pasteurs et le
travail théologique dépendent tous deux de l'unique Parole
de Dieu et ont un même but, qui est celui de conserver le peuple de
Dieu dans la vérité qui libère. De là aussi naît
le rapport entre le magistère et la théologie et, pour les évêques,
la tâche d'assurer aux théologiens l'encouragement et le
soutien qui les aident à réaliser leurs activités
dans la fidélité à la Tradition et en étant
attentifs aux urgences de l'histoire.(90)
En dialogue avec tous ses fidèles, l'évêque saura
reconnaître leur foi, en accueillir les intuitions, la renforcer, la
libérer de toute adjonction superflue et lui donner un contenu
doctrinal approprié. Dans ce but, et pour élaborer aussi des
catéchismes locaux qui tiennent compte des situations et des
cultures différentes, le Catéchisme de l'Église
Catholique constituera un point de référence pour que
soient soigneusement gardées l'unité de la foi et la fidélité
à la doctrine catholique.(91)
59. Appelé à proclamer le salut en Jésus-Christ, l'évêque
doit, par son annonce, représenter au sein du peuple de Dieu le
signe de la certitude de la foi. Si, tout comme l'Église, il n'a
pas de solutions déjà préordonnées pour résoudre
les problèmes des hommes, il est cependant le ministre de la
splendeur d'une vérité capable d'en illuminer le chemin.(92)
Tout en ne possédant pas de connaissances spécifiques dans
le domaine de la promotion de l'ordre temporel, l'évêque, en
exerçant son ministère et en éduquant à la foi
les personnes et les communautés dont il a la charge, prépare
toutefois les fidèles laïcs qui, transformés intérieurement,
changeront à leur tour le monde avec les solutions qu'il leur
revient de proposer conformément à leurs compétences
respectives.
Rendre présente dans le monde la puissance de la Parole
salvifique, voilà le grand acte de charité pastorale qu'un évêque
offre aux hommes. Se souvenant de la figure du Bon Pasteur dont il doit
représenter l'image, sa préoccupation est que la Parole de
Dieu arrive à tous les fidèles, même à ceux
qui, en théorie ou en pratique, ont abandonné la foi chrétienne.
C'est là le premier motif pour lequel il a été appelé
à l'épiscopat et envoyé à une portion du
peuple de Dieu, la puissance de la Parole étant capable de faire éclore
en eux la raison la plus grande de l'espérance.
L'évêque envoyé pour sanctifier
60. À l'origine de la réunion du peuple de Dieu in Ekklesia,
c'est-à-dire en convocation sainte, se trouve la proclamation de la
Parole de Dieu. Mais celle-ci trouve et atteint sa plénitude dans
le Sacrement. En effet, la Parole et le Sacrement forment un tout, sont
inséparables l'une de l'autre et doivent être considérés
comme deux aspects, ou moments, d'une même oeuvre salvifique. Tous
deux rendent actuel et agissant le salut réalisé par le
Christ et ce, dans toute son efficacité. Le Christ même,
Verbe éternel incarné, est la racine du lien intime qui
relie la Parole au Sacrement, lequel, en outre, se trouve singulièrement
en consonnance avec la complémentarité qui existe dans la
vie humaine entre les mots et les actions. Cela est vrai pour tous les
sacrements, mais de façon particulière et excellente pour la
sainte Eucharistie, qui est la source et le sommet de toute l'évangélisation.(93)
Du fait de cette unité entre la Parole et le Sacrement, de la même
façon que les Apôtres ont été envoyés
par le Ressuscité pour faire des disciples dans toutes les nations
et pour les baptiser (cf. Mt 28,19), chaque évêque
aussi, successeur des Apôtres, en vertu de la plénitude du
Sacrement de l'Ordre qui lui a été conféré, reçoit,
outre la mission de héraut de l'Évangile, celle d'«économe
de la grâce du suprême sacerdoce».(94) En effet, le
service consistant à annoncer l'Évangile, «est ordonné
au service de la grâce des sacrements de l'Église. Comme
ministre de la grâce, l'évêque réalise, dans les
sacrements, le munus sanctificandi auquel vise le munus
docendi qu'il exerce parmi le peuple de Dieu qui lui est confié».(95)
61. Cette fonction de sanctification est inhérente à la
mission de l'évêque. C'est justement en rapport aux
Sacrements, dont certains sont ordonnés à la perfection de
l'individu et d'autres à la perfection de la collectivité,
que saint Thomas d'Aquin appelait l'évêque perfector.(96)
En effet, dans son Église particulière, celui-ci est le
dispensateur principal des mystères de Dieu: de l'Eucharistie avant
tout, qui est au centre du service sacramentel de l'évêque
qui, en la présidant, apparaît surtout aux yeux de son peuple
comme l'homme du culte nouveau et éternel rendu à Dieu,
institué par Jésus-Christ par le sacrifice de la Croix.
Ensuite, il dispense aussi le Baptême, en vertu duquel les fidèles
participent au sacerdoce royal du Christ; il est encore le ministre
ordinaire de la Confirmation, le dispensateur des Ordres sacrés et
le modérateur de la discipline pénitentielle.(97)
Le Concile Vatican II lui aussi répète que les évêques
sont perfectores, mais il ne limite pas cette fonction au ministère
sacramentel; il l'élargit à l'ensemble de leur mission du
fait que, par leur charité pastorale, ils deviennent
personnellement des signes vivants de la sainteté, celle-ci prédisposant
à l'accueil de l'Évangile. C'est pourquoi il les exhorte à
faire progresser tous les fidèles, selon les vocations particulières
de chacun, sur le chemin de la sainteté, en étant les
premiers à leur donner l'exemple de la sainteté dans la
charité, dans l'humilité et dans la simplicité de la
vie, et à sanctifier «les Églises qui leur sont confiées
pour qu'en elles soient pleinement manifestés les sentiments de l'Église
universelle du Christ».(98)
62. L'évêque est le grand prêtre de l'Église
particulière, spécialement lorsqu'il préside la
Synaxe Eucharistique.(99) Là, lorsque se réalise le moment
le plus élevé de la vie de l'Église, se réalise
également le moment le plus élevé du munus
sanctificandi, que l'évêque exerce en la personne du
Christ, Grand Prêtre éternel. C'est pourquoi, l'Eucharistie
se trouvant au centre de son service sacramentel et en se montrant
justement en train de présider la célébration de
l'Eucharistie en tant que premier ministre du culte nouveau et éternel,
l'évêque aime célébrer les mystères
divins le plus souvent possible avec ses fidèles et, bien que
n'oubliant pas de le faire souvent dans les autres lieux de son Diocèse,
il aime toutefois particulièrement célébrer
l'Eucharistie dans l'Église cathédrale.
En effet, celle-ci, où se trouve la Chaire à partir de
laquelle l'évêque éduque son peuple par l'enseignement
authentique de la Parole de Dieu, est l'Église-mère et le
centre du Diocèse. Dans l'Église cathédrale, et sous
la présidence de l'évêque, les Églises
particulières trouvent là un signe de leur unité, de
leur vitalité surnaturelle et, plus spécialement dans la célébration
de l'Eucharistie, de leur participation à l'unique Église
catholique.
63. L'un des principaux devoirs de l'évêque est de faire en
sorte que dans les communautés de l'Église particulière
les fidèles aient la possibilité d'accéder à
la table du Seigneur, surtout le dimanche, jour où l'Église
célèbre le mystère pascal et où les fidèles,
dans la joie et le repos, rendent grâces à Dieu qui les «a
engendrés de nouveau par la Résurrection de Jésus-Christ
d'entre les morts, pour une vivante espérance» (1P
1,3).(100)
Dans de nombreuses régions, non seulement chez les Églises
nouvelles et plus jeunes, mais aussi dans les territoires d'ancienne
tradition chrétienne, du fait du manque de prêtres ou pour
d'autres raisons graves, il est toujours plus difficile d'assurer la célébration
eucharistique. Ce qui accroît le devoir de l'évêque d'être
l'économe de la grâce, toujours attentif à
discerner la présence de besoins réels et la gravité
des situations, en distribuant avec sagesse les membres de son clergé
et en faisant en sorte que, même dans de tels cas d'urgence, les
communautés de fidèles ne restent pas privés pendant
longtemps de l'Eucharistie. Cela est aussi valable pour les fidèles
qui, à cause de la maladie, du grand âge ou pour d'autres
motifs raisonnables, peuvent recevoir l'Eucharistie uniquement chez eux ou
dans le lieu où ils vivent.
64. La Liturgie est la forme la plus noble de louange à la Sainte
Trinité. Dans la liturgie, et plus spécialement avec la célébration
des Sacrements, le peuple de Dieu qui se trouve réuni exprime et réalise
son essence sacrée et organique de communauté
sacerdotale.(101) En exerçant le munus sanctificandi, l'évêque
agit pour que toute l'Église particulière devienne une
communauté d'orants, une communauté de fidèles persévérants
et tous unis dans la prière (cf. Ac 1,14).
Étant lui-même le premier pénétré,
avec son presbyterium, de l'esprit et de la force de la Liturgie,
l'évêque a le souci de favoriser et de développer dans
son Diocèse une éducation intense permettant de découvrir
les richesses contenues dans la Liturgie, célébrée
selon les textes approuvés et vécue avant tout comme un événement
d'ordre spirituel. En tant que responsable du culte divin dans l'Église
particulière, et tout en dirigeant et en protégeant la vie
liturgique du Diocèse, en oeuvrant de concert avec les évêques
de sa Conférence épiscopale et dans la fidélité
à la foi commune, il en soutient aussi l'effort pour que, suivant
les exigences des temps et des lieux, elle se trouve enracinée dans
les cultures, compte tenu de ce qui, en elle, est immuable parce que
d'institution divine, et de ce qui, au contraire, est susceptible d'être
changé.(102)
65. Dans un semblable contexte, l'évêque tourne son
attention aussi vers les diverses formes de piété chrétienne
populaire et vers leur rapport avec la vie liturgique. Du fait qu'elle
exprime l'attitude religieuse de l'homme, cette piété
populaire ne peut être ni ignorée, ni traitée avec
indifférence ou mépris car, ainsi que l'écrivait Paul
VI, elle est riche en valeurs.(103) Elle a toutefois toujours besoin d'être
évangélisée pour que la foi qu'elle exprime devienne
un acte toujours plus mûr. Une pastorale liturgique authentique,
bibliquement formée, saura s'appuyer sur les richesses de la piété
populaire, les purifier et les orienter vers la liturgie comme une
offrande des peuples.(104)
66. Sous toutes ses différentes formes, la prière elle-même
est le lieu où s'exprime l'espérance de l'Église.
Chaque prière de l'Épouse du Christ, qui désire
l'union parfaite avec l'Époux, est résumée dans cette
évocation que lui suggère l'Esprit: «Viens !» (Ap
22,17).(105) L'Esprit prononce cette prière avec l'Église et
dans l'Église. Elle est l'espérance eschatologique, l'espérance
de l'accomplissement définitif en Dieu, l'espérance du
Royaume éternel, qui se réalise dans la participation à
la vie trinitaire. Donné en consolateur aux apôtres, l'Esprit
Saint est le gardien et l'animateur de cette espérance dans le
coeur de l'Église. «Dans la perspective du troisième
Millénaire après le Christ, alors que »l'Esprit et l'Épouse
disent au Seigneur Jésus: Viens !». Cette prière est
chargée, comme toujours, d'une portée eschatologique, destinée
à donner aussi sa plénitude de sens à la célébration
du grand Jubilé. C'est une prière tournée vers le
salut à venir, auquel l'Esprit Saint ouvre les coeurs par son
action au cours de toute l'histoire de l'homme sur la terre».(106)
En ayant conscience de cela, l'évêque s'engage chaque jour,
par son témoignage personnel, la parole, la prière et les
sacrements, à communiquer aux fidèles la plénitude de
la vie dans le Christ.
L'évêque envoyé pour gouverner et guider le peuple
de Dieu
67. La fonction ministérielle de l'évêque se complète
dans le devoir de guider la portion du peuple de Dieu qui lui a été
confiée. La Tradition de l'Église a toujours assimilé
cette tâche à deux figures que, dans le témoignage des
Évangiles, Jésus s'applique à lui-même: celle
du Bon Pasteur, et celle du Serviteur. Le Concile décrit ainsi le
devoir propre des évêques de gouverner les fidèles: «les
évêques gouvernent les Églises locales qui leur sont
confiées en qualité de vicaires et légats du Christ;
ils le font par leurs conseils, leurs paroles persuasives, leurs exemples,
mais aussi par des décisions faisant autorité et par le
pouvoir sacré. Ce pouvoir, ils ne s'en servent cependant que pour élever
leur troupeau dans la vérité et dans la sainteté, se
rappelant que quiconque est le plus grand doit se faire le plus petit, et
qui est chef, comme le serviteur (cf. Lc 22,26-27)».(107)
Jean-Paul II explique qu'«on doit insister sur le concept de service,
qui vaut pour tout ministère ecclésiastique, à
commencer par celui des évêques. Oui, l'épiscopat est
davantage un service qu'un honneur. Et s'il est aussi un honneur, il l'est
lorsque l'évêque, successeur des Apôtres, sert dans un
esprit d'humilité évangélique, à l'exemple du
Fils de l'homme [...] C'est dans cette lumière du service en
bons pasteurs qu'il faut comprendre l'autorité, que l'évêque
possède en propre, même si elle est toujours soumise à
celle du Souverain Pontife».(108) C'est pour cela, qu'en toute raison
le Code de Droit Canon indique un tel devoir comme munus pastoris
et lui ajoute la caractéristique de sollicitudo.(109)
68. Celle-ci n'est ailleurs rien d'autre que la caritas pastoralis.
Il s'agit de cette vertu par laquelle on imite le Christ, «bon»
Pasteur par le don de sa vie. Elle se réalise donc non seulement en
pratiquant les actions ministérielles, mais davantage par le don de
soi, prouvant l'amour du Christ pour ses brebis.
L'une des expressions de la charité pastorale est alors la compassion,
à l'imitation du Christ, le Grand Prêtre, capable de compatir
la faiblesse humaine parce qu'éprouvé lui-même en
toutes choses, comme nous, exception faite du péché (cf.
He 4,15). Cette compassion que l'évêque indique et
vit comme signe de la compassion du Christ ne peut cependant être séparée
du signe de la vérité du Christ. En effet, une autre
expression de la charité pastorale est la responsabilité
en face de Dieu et en face de l'Église.
Dans le gouvernement de son Diocèse, l'évêque doit
aussi être attentif à ce que soit reconnue la valeur de la
loi canonique de l'Église, dont l'objectif réside dans le
bien des personnes et de la communauté ecclésiale.(110)
69. La charité pastorale rend l'évêque anxieux de
servir le bien commun de son Diocèse qui, subordonné à
celui de l'Église tout entière, est ce vers quoi converge le
bien des communautés particulières du Diocèse. À
cet égard, le DirectoireEcclesiae imago indiquait les
principes fondamentaux de l'unité, de la collaboration responsable
et de la coordination.(111)
Grâce à la charité pastorale, qui est le principe
intérieur unifiant de toute l'activité ministérielle,
«peut se réaliser l'exigence essentielle et permanente d'unité
entre la vie intérieure et de nombreux actes et responsabilités
du ministère. Or cette exigence est plus que jamais impérieuse
dans un contexte socio-culturel et ecclésial fortement marqué
par la complexité, la fragmentation et la dispersion».(112)
C'est pourquoi elle doit déterminer les manières de penser
et d'agir de l'évêque et ses relations avec les personnes
qu'il rencontre.
En conséquence, la charité pastorale exige des styles et
des formes de vie qui, à l'imitation du Christ pauvre et humble,
permettent d'être proche de tous les membres du troupeau, du plus
grand au plus humble, dans la disponibilité à partager avec
eux leurs joies et leurs douleurs non seulement en pensée et dans
la prière, mais aussi avec eux, afin qu'à travers la présence
et le ministère de l'évêque qui les approche tous sans
rougir ni faire rougir, ils puissent tous faire l'expérience de
l'amour de Dieu pour l'homme.(113)
70. La tradition ecclésiastique indique plusieurs formes spécifiques
suivant lesquelles l'évêque réalise son ministère
de pasteur dans son Église particulière. Nous en
rappellerons plus particulièrement deux: la première qui a,
pour ainsi dire, la forme de l'engagement personnel et la seconde, au
contraire, une forme synodale.
La visite pastorale n'est pas une simple institution juridique,
prescrite à l'évêque par la discipline ecclésiastique,
ni non plus une sorte d'instrument d'enquête.(114) Dans la visite
pastorale, l'évêque se présente de façon concrète
comme le principe visible et le fondement de l'unité dans l'Église
particulière; elle reflète «l'unique et absolument
admirable visite que le 'Prince des pasteurs' (1 P 5,4), l'évêque
de nos âmes (cf. 1 P 2,25) le Christ Jésus, a
faite à l'humanité en venant rachetant son peuple (cf. Lc
1,68)».(115) En outre, puisque, avant que d'être un territoire,
le Diocèse est une portion du peuple de Dieu confié aux
soins pastoraux d'un évêque, le Directoire Ecclesiae
imago écrit avec à-propos que, dans la visite pastorale,
la première place est occupée par les personnes. Pour mieux
se consacrer à elles, il est donc opportun que l'évêque
délègue à d'autres personnes le soin d'examiner les
questions de caractère plus administratif.
La célébration du Synode Diocésain, dont le Code de
Droit Canon définit le profil juridique,(116) occupe sans aucun
doute une place importante parmi les devoirs pastoraux de l'évêque.
En effet, le Synode est le premier organisme indiqué par la
discipline ecclésiastique à travers lequel la vie d'une Église
particulière se déroule et se développe. Tout comme
celle des organismes dit «de participation», sa structure répond
à des exigences ecclésiologiques fondamentales et est
l'expression institutionnelle de réalités théologiques
telles que, par exemple, la coopération nécessaire du presbyterium
au ministère de l'évêque, la participation de tous les
baptisés au devoir prophétique du Christ, le devoir des
pasteurs de reconnaître et promouvoir la dignité des fidèles
laïcs, en ayant volontiers recours à leurs conseils avisés.(117)
Dans sa réalité, le Synode Diocésain s'insère
dans le contexte de la coresponsabilité de tous les diocésains
autour de leur évêque pour le bien du Diocèse et, dans
sa composition, telle qu'elle est définie par la discipline
canonique en vigueur, il est l'expression privilégiée de la
communion dans l'Église particulière. En définitive,
il s'agit, dans le Synode, d'écouter ce que dit l'Esprit à
l'Église particulière, en gardant une foi solide et en
restant fidèles dans la communion, ouverts à la mission,
disponibles aux besoins spirituels du monde et remplis d'espérance
devant les défis qu'il propose.
71. De par sa charge pastorale, l'évêque est le président
et le ministre de la charité dans son Église particulière.
En l'édifiant par la Parole et par l'Eucharistie, il lui ouvre
aussi les voies privilégiées et auxquelles il est impossible
de renoncer, afin de vivre et de témoigner de l'Évangile de
la charité. Dans l'Église apostolique déjà,
les Douze avaient choisi «sept hommes de bonne réputation,
remplis de l'Esprit et de sagesse» auxquels ils confièrent le «service
aux tables» (cf. Ac 6,2-3). Saint Paul lui-même avait
comme point fixe de son apostolat le fait de penser aux pauvres, en nous
laissant l'indication d'un signe fondamental de la communion entre les chrétiens.
De même, aujourd'hui encore, l'évêque est appelé
à assumer personnellement la charité et à l'organiser
dans son propre diocèse, à l'intérieur de structures
appropriées.
De cette façon, il témoigne de ce que les tristesses et
les angoisses des hommes, en particulier des pauvres et de tous ceux qui
souffrent, sont aussi les tourments des disciples du Christ.(118) Bien sûr,
les pauvretés sont différentes et, aux anciennes, sont
venues s'en ajouter de nouvelles. Dans de telles situations, l'évêque
se trouve en première ligne pour encourager à aller vers de
nouvelles formes d'apostolat et de charité, là où
l'indigence se présente sous de nouveaux aspects. Servir,
encourager, éduquer à ces engagements de solidarité
et de proximité en faveur de l'homme, en renouvelant chaque jour
l'ancienne histoire du Samaritain, cela constitue déjà en
soi un signe d'espérance pour le monde.
CHAPITRE IV
L'ÉVÊQUE, MINISTRE DE L'ÉVANGILE
POUR TOUS LES HOMMES
72. La vie et le ministère pastoral de l'évêque
doivent toujours être pénétrés de l'espérance
contenue dans l'annonce de la Bonne Nouvelle, dont il est le premier
responsable dans l'Église particulière. Son service,
toutefois, n'inclut pas uniquement les fidèles de son Église
particulière, et toute l'Église n'est pas seulement non plus
l'objet de sa sollicitude pastorale. Plutôt, la position même
de l'évêque dans l'Église et la mission qu'il est
appelé à y accomplir le font être le premier
responsable du mandat permanent reçu par l'Église d'avoir à
porter l'Évangile à ceux qui ne connaissent pas encore le
Christ, rédempteur de l'homme.
Dans ce chapitre, on examinera la mission de l'évêque dans
son rapport prophétique avec la réalité dans laquelle
la communauté, qu'il préside au nom du Christ Pasteur,
avance dans son pèlerinage terrestre vers la Cité céleste.
L'attention est donc tournée vers le mandat missionnaire que le
Seigneur a donné à son Église et vers quelques autres
secteurs de l'évangélisation, tels que: le dialogue avec les
religions non chrétiennes, la responsabilité de l'évêque
au regard du monde sur des thèmes de la vie politique, sociale, économique
et de la paix. Dans ces domaines aussi, en effet, l'évêque
est appelé à susciter l'espérance des réalités
transcendantes et des réalités eschatologiques.
Le devoir missionnaire de l'évêque
73. Le mandat confié par le Seigneur ressuscité à
ses Apôtres concerne toutes les nations. Mieux encore, dans la
personne même des Apôtres, «l'Église a reçu
une mission universelle, qui ne connaît pas de limites et concerne
le salut dans toute sa richesse selon la plénitude de vie que le
Christ est venu nous apporter (cf. Jn 10,10)».(119)
Pour les successeurs des Apôtres aussi, le devoir d'annoncer l'Évangile
n'est pas restreint au milieu ecclésial. L'Évangile est
toujours pour tous les hommes. L'Église elle-même est
sacrement de salut pour tous les hommes, et son action ne se limite pas à
ceux qui acceptent son message. Elle est plutôt «force
dynamique sur le chemin de l'humanité vers le Règne
eschatologique, elle est signe et promotrice des valeurs évangéliques
parmi les hommes».(120) C'est pourquoi les successeurs des Apôtres
sont toujours responsables de le propager sur toute la terre.
Les évêques, donc, signes personnels du Christ dans leurs Églises
particulières, sont aussi appelés à être, dans
le monde, signes de l'Église présente dans l'histoire de
tous les hommes. Consacrés non seulement pour un diocèse,
mais pour le salut du monde entier,(121) ils sont, avec l'évêque
de Rome, en tant que membres du Collège épiscopal et en tant
que pasteurs des Églises particulières, directement
responsables de l'évangélisation de ceux qui ne
reconnaissent pas encore dans le Christ l'unique sauveur et ne reposent
pas encore en lui leur espérance.
Dans ce contexte, on ne peut oublier les évêques
missionnaires qui, aujourd'hui comme hier, illustrent la vie de l'Église
par leur générosité et leur sainteté. Certains
d'entre eux ont été aussi fondateurs d'Instituts
missionnaires.
74. Il revient à l'évêque, en tant que pasteur d'une
Église particulière, d'en promouvoir l'activité
missionnaire, de la diriger et de la coordonner. Il répond à
son devoir d'engager à fond l'élan missionnaire de son Église
particulière, quand il suscite, promeut et guide l'activité
missionnaire dans son diocèse. Par là même, il «rend
présents et pour ainsi dire visibles l'esprit et l'ardeur
missionnaire du Peuple de Dieu, en sorte que le diocèse tout entier
devient missionnaire».(122)
Dans son zèle pour l'activité missionnaire l'évêque
se montre, ici aussi, serviteur et témoin de l'espérance. La
mission, en effet, est bien sûr motivée par la foi et elle
est «précisément la mesure de notre foi en Jésus-Christ
et en son amour pour nous».(123) Mais puisque la bonne nouvelle pour
l'homme de tous les temps est la nouveauté de la vie à
laquelle tout homme est appelé et destiné, la mission est
aussi animée par l'espérance et elle est, elle-même,
fruit de l'espérance chrétienne.
En annonçant le Christ ressuscité, les chrétiens
annoncent Celui qui inaugure une nouvelle ère de l'histoire; ils
proclament au monde la Bonne Nouvelle d'un salut intégral et
universel, qui contient les arrhes d'un monde nouveau dans lequel la
douleur et l'injustice feront place à la joie et à la beauté.
Ils prient donc comme Jésus leur a enseigné à le
faire: «Que ton Règne vienne» (Mt 6,10).
L'activité missionnaire, enfin, dans son but ultime de mettre à
disposition de tout homme le salut donné par le Christ une fois
pour toutes, tend par elle-même à la plénitude
eschatologique. Grâce à elle le Peuple de Dieu s'accroît,
le Corps du Christ se dilate et le Temple de l'Esprit s'agrandit jusqu'à
la consommation des siècles.(124)
Le dialogue interreligieux
75. En tant que maîtres de la foi, les évêques
doivent aussi donner sa juste place au dialogue interreligieux. Il est évident
pour tous, en effet, que dans les circonstances historiques actuelles, ce
dialogue a assumé une urgence nouvelle et immédiate. Pour de
nombreuses communautés chrétiennes, en fait, en Afrique et
en Asie par exemple, le dialogue interreligieux fait pour ainsi dire
partie intégrante de la vie quotidienne des familles, des communautés
locales, des milieux de travail et des services publics. Pour d'autres, au
contraire, en Europe occidentale par exemple, et de toute façon
dans les pays de plus ancienne chrétienté, il s'agit d'un phénomène
nouveau. Mais même là, il arrive de plus en plus fréquemment
que des croyants de religions et de fois diverses se rencontrent
facilement et souvent vivent ensemble, en raison des migrations des
peuples, des voyages, des communications sociales et des choix personnels.
Il est donc nécessaire de réaliser une pastorale qui
promeuve l'accueil et le témoignage en rappelant les principes
exposés par le Concile dans le décret Nostra aetate:
respect à avoir pour les croyances non chrétiennes et, pour
autant qu'elles comportent de positif, possibilité de défendre
avec leurs fidèles quelques valeurs essentielles de l'existence;
engagement enfin à rencontrer ces hommes et ces femmes pour une
recherche commune de la vérité.
76. Le dialogue interreligieux, comme l'a rappelé Jean-Paul II,
fait partie de la mission évangélisatrice de l'Église
et rentre dans les perspectives du Jubilé de l'An 2000.(125) Parmi
les raisons principales, le décret Nostra aetate inclut
celles qui découlent de la profession de l'espérance chrétienne.
Tous les hommes, en effet, ont une origine commune en Dieu, en tant que créatures
aimées et voulues par Lui, et ont une destinée commune dans
son amour éternel. La fin ultime de chaque être humain est en
Dieu.
Dans ce dialogue, les chrétiens doivent toujours témoigner
leur espérance dans le Christ, unique Sauveur de l'homme; mais ils
ont aussi bien des choses à apprendre. Ceci, toutefois, ne peut et
ne doit en rien diminuer le devoir et la détermination des chrétiens
de proclamer, sans hésitations, l'unicité et l'absolu du
Christ rédempteur. Le chrétien, en effet, ne repose en nul
autre son espérance et le Christ est l'accomplissement de toutes
les espérances. Il est «l'attente de ceux qui, en chaque
peuple, attendent la manifestation de la bonté divine».(126)
Mais le dialogue doit aussi être conduit et réalisé
par les fidèles catholiques avec la conviction que l'unique vraie
religion subsiste «dans l'Église catholique et apostolique à
qui le Seigneur Jésus a confié le mandat de la faire connaître
à tous les hommes».(127)
77. Tous les fidèles et toutes les communautés chrétiennes
sont appelés à pratiquer le dialogue interreligieux, bien
que pas toujours avec la même intensité ni au même
niveau. Là où, cependant, les situations le demandent ou le
permettent, chaque évêque dans son Église particulière
a le devoir d'aider, par son enseignement et par son action pastorale,
tous les fidèles à respecter et à estimer les
valeurs, les traditions, les convictions des autres croyants; et il doit
aussi promouvoir une formation solide et adéquate des chrétiens
eux-mêmes, pour qu'ils sachent donner un témoignage convaincu
du don essentiel de la foi chrétienne.
L'évêque doit aussi veiller à la dimension théologique
du dialogue interreligieux, là où il se tient dans son Église
particulière, en sorte que ne soient jamais passés sous
silence ou non affirmés l'universalité et le caractère
unique de la Rédemption opérée par le Christ, unique
Sauveur de l'homme et révélateur du mystère de
Dieu.(128) Ce n'est que dans la cohérence avec sa propre foi, en
effet, que l'on peut partager, confronter, enrichir les expériences
spirituelles et les formes de prière, en tant que voies de
rencontre avec Dieu.
Le dialogue interreligieux, toutefois, ne concerne pas seulement le
domaine doctrinal: il s'étend à une pluralité de
rapports quotidiens entre les croyants, qui sont appelés au respect
réciproque et à la connaissance commune. Il s'agit de ce que
l'on appelle le «dialogue de la vie» là où les
croyants des diverses religions témoignent réciproquement
leurs propres valeurs humaines et spirituelles afin d'aider à la
coexistence pacifique et à la collaboration pour une société
plus juste et plus fraternelle. En favorisant et en suivant attentivement
un tel dialogue, l'évêque rappellera toujours aux fidèles
que cet engagement naît des vertus théologales de la foi, de
l'espérance et de la charité, et croît avec elles.
Responsabilité envers le monde
78. Les chrétiens s'acquittent de la mission prophétique
reçue du Christ en rendant leur présence dans le monde
porteuse d'espérance. C'est pourquoi le Concile rappelle que «l'Église
fait route avec toute l'humanité et partage le sort terrestre du
monde; elle est comme le ferment et, pour ainsi dire, l'âme de la
société humaine appelée à être renouvelée
dans le Christ et transformée en famille de Dieu».(129)
La prise en charge de responsabilités au regard du monde entier
et de ses problèmes, de ses demandes et de ses attentes, fait
partie elle aussi de l'engagement pour l'évangélisation
auquel l'Église est appelée par le Seigneur. Un tel
engagement implique en première personne chaque évêque,
en le rendant attentif à la lecture des «signes des temps»
afin de réveiller par là une nouvelle espérance chez
les hommes. En cela, il agit en ministre de l'Esprit qui, aujourd'hui
aussi, au seuil du troisième millénaire, ne cesse d'opérer
de grandes choses pour que soit renouvelée la face de la terre. À
l'exemple du Bon Pasteur, il indique à l'homme la voie à
suivre et, comme le Samaritain, il se penche sur lui pour guérir
ses blessures.
79. L'homme est aussi essentiellement un «être d'espérance».
Il est vrai que bien des événements, dans les diverses
parties de la terre, conduiraient au scepticisme et au découragement:
ainsi en est-il des défis qui, aujourd'hui, se dressent contre
l'espérance. L'Église, pourtant, trouve dans le mystère
de la croix et de la résurrection de son Seigneur le fondement de
la «bienheureuse espérance». C'est là qu'elle
puise la force de se mettre, et de rester, au service de l'homme et de
chaque homme.
L'Évangile, dont l'Église est servante, est un message de
liberté et une force de libération qui, tout en dévoilant
et en jugeant les espérances illusoires et trompeuses, porte à
leur achèvement les aspirations les plus authentiques de l'homme.
De plus, le coeur de cette bonne nouvelle est que, par sa croix et sa résurrection,
et par le don de l'Esprit Saint, le Christ a ouvert des voies nouvelles de
liberté et de libération pour l'humanité.
Divers sont les domaines dans lesquels l'évêque est appelé
à guider sa communauté en soulignant les engagements à
prendre et les comportements à avoir pour y faire parvenir la force
rénovatrice de l'Évangile et y donner des signes effectifs
d'espérance. Parmi eux sont ceux qui regardent la doctrine sociale
de l'Église. Celle-ci, en effet, non seulement n'est pas étrangère
au message chrétien, mais elle en est partie essentielle, parce
qu'elle propose les conséquences directes de l'Évangile dans
la vie de la société. Sur elle, d'ailleurs, le Magistère
s'est arrêté à plusieurs reprises, en l'illustrant à
la lumière du mystère pascal d'où l'Église
puise toujours la vérité sur l'histoire et sur l'homme; en
rappelant aussi qu'il revient ensuite aux Églises particulières,
en communion avec le Siège de Pierre et les unes avec les autres,
de la porter à des réalisations concrètes.
80. Un premier domaine concerne le rapport avec la société
civile et politique. Il est évident, à cet égard, que
la mission de l'Église est une mission religieuse et que l'objectif
privilégié de son action est l'annonce de Jésus-Christ
à tous les hommes, l'unique Nom «donné aux hommes sous
le ciel par lequel nous devions être sauvés» (Ac
4,12). Il en découle, entre autre, la distinction sur laquelle le
Concile a insisté, entre la communauté politique et l'Église.
Indépendantes et autonomes sur leur propre terrain, elles ont
pourtant en commun d'être au service de la vocation personnelle et
sociale des mêmes personnes humaines.(130)
C'est pourquoi l'Église, ouverte de par le mandat du Seigneur à
tous les hommes de bonne volonté, n'est pas, et ne pourra jamais être,
concurrente de la vie politique; mais elle n'est pas non plus étrangère
aux problèmes de la vie sociale. Ainsi, restant dans sa compétence
propre de promotion intégrale de l'homme, l'Église peut
chercher des solutions même pour les problèmes d'ordre
temporel, surtout là où la dignité de l'homme est
compromise et où ses droits les plus élémentaires
sont piétinés.
81. Dans ce cadre entre aussi l'action de l'évêque, qui
reconnaît l'autonomie de l'État et pour cette raison évite
la confusion entre la foi et la politique, en servant, par contre, la
liberté de tous. Étranger à des formes qui conduisent
à identifier la foi à une expression politique déterminée,
il cherche avant tout le Royaume de Dieu; c'est ainsi que, en assumant un
amour plus fort et plus pur pour aider ses frères et pour
accomplir, sous l'impulsion de la charité, les oeuvres de justice,
il se présente comme gardien du caractère transcendant de la
personne humaine et comme signe d'espérance.(131) La contribution
spécifique qu'offre un évêque sur ce terrain est celle
même de l'Église, c'est-à-dire «sa conception de
la dignité de la personne qui apparaît en toute plénitude
dans le mystère du Verbe incarné».(132)
L'autonomie de la communauté politique n'implique pas, en effet,
son indépendance des principes moraux; au contraire, une politique
privée de références morales conduit inévitablement
à la dégradation de la vie sociale, à la violation de
la dignité et des droits de la personne humaine. C'est pourquoi l'Église
a à coeur de voir conservée, ou restituée, à
la politique, l'image du service à rendre à l'homme et à
la société. Parce que c'est ensuite le devoir propre des fidèles
laïcs de s'engager directement dans la politique, l'évêque
doit se préoccuper d'aider ses fidèles à débattre
de leurs problèmes et à assumer leurs décisions à
la lumière de la Parole de Vérité; il doit veiller
avec soin à soutenir leur formation de telle sorte qu'ils soient
motivés dans leurs choix par une sollicitude sincère pour le
bien commun de la société dans laquelle ils vivent - c'est-à-dire
le bien de tous les hommes et de tout l'homme -; il doit enfin insister
pour qu'il y ait cohérence entre la morale publique et la morale
privée.
82. La sollicitude pour les pauvres a une place particulière dans
le processus d'évangélisation et est un lieu privilégié
où annoncer l'espérance. On aborde par là le domaine
relatif à la vie économique et sociale dont, comme l'a
rappelé le Concile, l'homme est l'auteur, le centre et le but.(133)
D'où le souci qu'a l'Église de faire que le développement
ne soit pas compris dans un sens exclusivement économique, mais
bien dans un sens intégralement humain.
L'espérance chrétienne est, bien sûr, orientée
vers le Royaume des cieux et vers la vie éternelle. Cette
destination eschatologique, toutefois, n'atténue pas l'engagement
pour le progrès de la cité terrestre. Au contraire, elle lui
donne sens et force. Et même «l'élan de l'espérance
préserve de l'égoïsme et conduit au bonheur de la
charité».(134) La distinction entre le progrès
terrestre et la croissance du Royaume, en effet, ne signifie pas leur séparation
puisque la vocation de l'homme à la vie éternelle, plus que
l'abolir, renforce le devoir de l'homme de mettre en acte les énergies
reçues du Créateur pour le développement de sa vie
temporelle.
83. L'Église n'a pas pour devoir spécifique d'offrir des
solutions aux problèmes économiques et sociaux; mais sa
doctrine sociale contient un ensemble de principes indispensables à
la construction d'un juste système économique et social. Ici
aussi, l'Église a un «évangile» à annoncer,
dont chaque évêque, dans son Église particulière,
doit se faire porteur, en indiquant que le coeur en est dans les Béatitudes
évangéliques.(135)
Enfin, puisque le commandement de l'amour du prochain est très
concret, il convient que l'évêque promeuve dans son diocèse
des initiatives appropriées et exhorte à surmonter les
attitudes éventuelles d'apathie, de passivité et d'égoïsme
individuel et de groupe. Il importe également que l'évêque
réveille par son enseignement la conscience chrétienne de
chaque citoyen, en l'incitant à agir, en solidarité active
et avec les moyens à sa disposition, pour défendre son frère
contre tout abus qui porte atteinte à sa dignité humaine. Il
doit, à cet égard, toujours rappeler aux fidèles que
le Christ est présent en chaque pauvre et en tout être dans
le besoin (cf. Mt 25,31-46). La figure même du Seigneur présenté
comme le juge eschatologique est la promesse d'une justice finalement
parfaite pour les vivants et pour les morts, pour les hommes de tous les
temps et de tous les lieux.(136)
84. Les thèmes de la justice et de l'amour du prochain appellent
spontanément celui de la paix: «un fruit de justice est semé
dans la paix pour ceux qui produisent la paix» (Jc 3,18).
La paix qu'annonce l'Église est la paix du Christ, le «prince
de la paix» qui a proclamé la béatitude des «artisans
de paix qui seront appelés enfants de Dieu» (Mt 5,9).
Tels sont non seulement ceux qui renoncent à l'usage de la violence
comme méthode habituelle, mais aussi tous ceux qui ont le courage
d'agir pour supprimer tout obstacle à la paix. Ces artisans de paix
savent bien qu'elle commence dans le coeur de l'homme. Ils agissent donc
contre l'égoïsme qui empêche de voir les autres en frères
et soeurs dans une unique famille humaine; ils sont en cela soutenus par
leur espérance en Jésus-Christ, le Rédempteur
innocent dont la souffrance est un indéfectible signe d'espérance
pour l'humanité. Le Christ est la paix (cf. Ep 2,14) et
l'homme ne trouvera pas la paix s'il ne rencontre pas le Christ.
La paix est une responsabilité universelle, qui passe à
travers les mille petits actes de la vie quotidienne. Par leur manière
habituelle de vivre avec les autres, les hommes font leur choix pour ou
contre la paix. La paix attend ses prophètes et ses bâtisseurs.(137)
Ces architectes de la paix doivent se trouver tout d'abord dans les
communautés ecclésiales, dont l'évêque est le
pasteur.
Il convient donc qu'il ne laisse perdre aucune occasion de promouvoir
dans les consciences l'aspiration à la concorde et qu'il favorise
l'entente entre les personnes dans le don à la cause de la justice
et de la paix. Il s'agit là d'un devoir ardu, qui demande du dévouement,
des efforts à toujours refaire et une action éducative
constante, surtout auprès des nouvelles générations,
afin qu'elles s'engagent, dans un renouveau de joie et d'espérance
chrétienne, dans la construction d'un monde plus pacifique et
fraternel. L'agir pour la paix est lui aussi parmi les tâches
prioritaires de l'évangélisation. C'est pourquoi la
promotion d'une authentique culture du dialogue et de la paix est elle
aussi un engagement fondamental de l'action pastorale d'un évêque.
85. Voix de l'Église qui, en évangélisant, appelle
et convoque tous les hommes, l'évêque n'omet pas d'agir concrètement
et de faire entendre sa parole sage et équilibrée pour que
les responsables de la vie politique, sociale et économique,
recherchent les solutions les plus justes possibles pour résoudre
les problèmes de la vie collective dans la cité.
Les conditions dans lesquelles les pasteurs sont appelés à
accomplir leur mission en ces domaines sont souvent très
difficiles, tant pour l'évangélisation que pour la promotion
humaine; c'est là surtout que se montre combien et comment la
disponibilité à la souffrance doit entrer dans le ministère
épiscopal. Sans elle, les évêques ne peuvent se donner
vraiment à leur mission. Grande, donc, doit être leur foi
dans l'Esprit du Seigneur ressuscité, et leur coeur doit toujours être
plein de l'«espérance qui ne déçoit pas» (Rm
5,5).
CHAPITRE V
L'ITINÉRAIRE SPIRITUEL DES ÉVÊQUES
86. Les chapitres précédents ont décrit les traits
généraux du contexte dans lequel un évêque,
aujourd'hui, est appelé à accomplir, dans l'Église,
sa mission de maître authentique de la foi, qui, sans fléchissements
ni compromis, annonce, enseigne et défend la vérité;
sa mission de sanctificateur et d'administrateur fidèle des dons
divins; sa mission enfin de père, proche de ceux que la miséricorde
du Père céleste a confiés à ses soins, dans
toutes leurs nécessités et surtout dans leur besoin de Dieu.
Au milieu de son peuple, l'évêque est l'image vivante de Jésus
Bon Pasteur, qui marche avec son troupeau.
On a aussi rappelé que l'évêque vit sa mission de
pasteur quand, dans les liens du Collège épiscopal, il est
uni à l'évêque de Rome et à ses frères évêques,
ayant recours à toutes les instances ecclésiastiques qui
peuvent l'aider dans le service qui lui est confié par le Seigneur
et par l'Église. On a enfin souligné que la mission de l'évêque
est aussi vaste que l'est la mission même de l'Église dans le
monde.
Exigences de sainteté dans la vie de l'évêque
87. Il s'agit donc d'un ministère très élevé
et exigeant, d'un idéal devant lequel celui qui a été
appelé, sentant la faiblesse et l'inadéquation de ses
forces, est pris d'une crainte compréhensible. C'est pourquoi l'évêque
doit être animé de cette espérance même qui l'a
fait serviteur dans l'Église et dans le monde. Il répète
comme l'apôtre Paul: «Je peux tout en celui qui me fortifie»
(Ph 4,13) et, comme lui, il est certain que «l'espérance
ne déçoit pas, parce que l'amour de Dieu a été
versé dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été
donné» (Rm 5,5).
Ensuite, pour ne pas être inférieur à un ministère
si lourd de responsabilité, il doit discerner dans la charité
pastorale le lien de la perfection épiscopale et comme le fruit de
la grâce et du caractère du sacrement reçu. C'est
pourquoi il doit toujours se conformer d'une manière toute spéciale
au Christ Bon Pasteur tant dans sa vie personnelle que dans l'exercice du
ministère apostolique, de sorte que les sentiments du Christ (cf.
1Co 2,16) l'envahissent en tout et pour tout dans sa pensée,
ses sentiments, ses choix et ses actions.(138)
À vingt ans de la clôture du Concile, l'Assemblée
extraordinaire du Synode des Évêques de 1985 constatait que «les
saints et les saintes ont toujours été la source et
l'origine du renouveau, dans les circonstances les plus difficiles de la
vie de l'Église».(139) Il est certain que l'Église a
toujours aussi besoin de pasteurs rayonnants, non seulement par leurs
qualités humaines, mais aussi par leur sainteté. Ce sont ces
pasteurs qui réussissent à réveiller un projet de vie
sacerdotale chez les jeunes d'aujourd'hui.
Dans ce chapitre, donc, on voudrait signaler quelques lignes de l'itinéraire
spirituel de l'évêque, en tant qu'itinéraire d'évangélisation
et de sanctification du peuple de Dieu, en soulignant le lien étroit
qui relie la sainteté personnelle de l'évêque à
l'exercice de son ministère. Le ministère lui-même,
d'autre part, exercé avec fidélité et courage dans la
docilité à l'Esprit Saint, est source de sainteté
pour l'évêque et de sanctification pour les fidèles
confiés à ses soins de pasteur, en valorisant les diverses
voies de sainteté selon les divers charismes.
Dimensions de la spiritualité de l'évêque
88. Évidemment, cet itinéraire spirituel de l'évêque
s'enracine dans la grâce des sacrements du Baptême et de la
Confirmation: c'est par eux que, comme tout fidèle, il a été
rendu capable de croire en Dieu, d'espérer en Lui et de L'aimer par
les vertus théologales, de vivre et d'agir sous la motion de
l'Esprit Saint par ses dons très saints. De ce point de vue, il a à
vivre une spiritualité qui ne diffère pas de celle des
autres disciples du Seigneur, qui Lui ont été incorporés
et sont devenus temples de l'Esprit. L'évêque vit donc aussi
une spiritualité de baptisé et de confirmé, nourri de
la sainte Eucharistie et dans le besoin du pardon du Père, en
raison de la fragilité humaine. Il a à parcourir avec les prêtres
de son presbyterium les voies spécifiques de spiritualité
de ceux qui sont appelés à la sainteté au titre
nouveau qui découle de l'Ordre Sacré. (140)
Toutefois, l'évêque doit vivre une spiritualité «spécifique»,
en raison du don spécifique de la plénitude de l'Esprit de
sainteté qu'il a reçu en tant que père et pasteur
dans l'Église.
89. Il s'agit d'une spiritualité «propre», orientée
à le faire vivre dans la foi, dans l'espérance et dans la
charité, conformément au ministère d'évangélisateur,
de Grand Prêtre et de guide de la communauté; d'une
spiritualité qui mette l'évêque en relation avec le Père,
dont il est image, avec le Fils, à la mission de Pasteur duquel il
est configuré, et avec l'Esprit Saint, qui mène l'Église
dans la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques.
Il s'agit aussi d'une spiritualité ecclésiale, parce que
chaque évêque est conformé au Christ Pasteur pour
aimer l'Église de l'amour du Christ époux, pour la servir et
pour être, dans l'Église, maître, sanctificateur et
guide. Il devient ainsi modèle et promoteur, à tous les
niveaux, d'une spiritualité de communion dans l'Église.
Il n'est pas possible d'aimer le Christ et de vivre dans son intimité
sans aimer l'Église, qu'aime le Christ: en effet, autant on aime
l'Esprit de Dieu, autant on aime l'Église «une en tous et
toute en chacun; simple dans la pluralité par l'unité de la
foi, multiple en chacun par le ciment de la charité et la diversité
des charismes».(141) C'est seulement de l'amour pour l'Église,
aimée du Christ jusqu'à se donner lui-même pour elle
(cf. Ep 5,25) et sacrement universel du salut, que naissent une
spiritualité et un zèle missionnaires et qu'est donné
le témoignage de la mesure totale de l'amour du Seigneur Jésus
pour les hommes: c'est-à-dire jusqu'à la Croix.
Ministre de l'Évangile de l'espérance
90. C'est ainsi que l'évêque se présente à l'Église,
répétant les paroles de l'Apôtre: le Christ «vous
a réconciliés dans son corps de chair, le livrant à
la mort pour vous faire paraître devant Lui saints, sans tache et
sans reproche, pour que vous perséveriez dans la foi, affermis sur
des bases solides, sans vous laisser détourner de l'espérance
promise par l'Évangile [... ] dont je suis devenu ministre» (Col
1,22-23; cf. 1,5).
Le Directoire pastoral Ecclesiae imago avait déjà
consacré un chapitre entier et détaillé aux vertus nécessaires
à un évêque.(142) Dans ce contexte, outre les renvois
aux vertus surnaturelles d'obéissance, de continence parfaite pour
l'amour du Royaume, de pauvreté, de prudence pastorale et de force,
on trouve aussi un rappel à la vertu théologale d'espérance.
C'est en s'appuyant sur elle que l'évêque, avec une ferme
certitude, attend de Dieu tout bien et met dans la divine Providence toute
sa foi, «se souvenant des bienheureux Apôtres et des premiers évêques
qui, face à de grandes difficultés et à des obstacles
de tout genre, annonçaient l'Évangile de Dieu 'en toute
assurance'».(143)
Cependant, dans la perspective de la Xème Assemblée Générale
Ordinaire du Synode des Évêques, il est opportun de s'arrêter
davantage sur l'espérance inhérente au ministère épiscopal,
stimulante de créativité et porteuse de ce sain optimisme
que l'évêque doit vivre personnellement et communiquer
joyeusement aux autres.
91. L'espérance chrétienne prend sa source dans le Christ
et se nourrit de Lui; elle est participation au mystère de sa Pâque
et gage d'un sort analogue à celui du Christ, puisqu'avec Lui, le Père
«nous a ressuscités et faits asseoir dans les cieux» (Ep
2,6).
De cette espérance, l'évêque est constitué
signe et ministre. Chaque évêque peut recueillir pour lui ces
paroles de Jean-Paul II: «Sans espérance, nous ne serions que
des hommes malheureux et dignes de pitié, notre activité
pastorale tout entière serait stérile et, surtout, nous
n'oserions plus rien entreprendre. C'est dans l'inflexibilité de
notre espérance que repose le secret de notre mission. L'espérance
est plus forte que les déceptions répétées et
que les doutes décourageants, car elle tire sa force d'une source
que ni notre inattention ni notre négligence ne peuvent épuiser.
La source de notre espérance est Dieu lui-même qui, par le
Christ, a vaincu pour nous le monde une fois pour toutes et qui, par nous,
poursuit sa mission de salut parmi les hommes».(144)
L'espérance dans l'itinéraire spirituel de l'évêque
92. L'évêque est ministre de la Vérité qui
sauve non seulement pour éduquer et instruire mais aussi pour
conduire les hommes à l'espérance et, par conséquent,
à la progression sur la voie de l'espérance. Si donc, un évêque
veut réellement apparaître pour son peuple signe, témoin
et ministre de l'espérance, il ne peut que s'alimenter à la
Parole de Vérité, en adhésion totale et en pleine
disponibilité, à l'exemple de la Sainte Mère de Dieu,
Marie, qui «a cru à l'accomplissement des paroles du Seigneur»
(Lc 1,45).
Ensuite, puisque cette Parole divine est contenue et exprimée
dans la Sainte Écriture, c'est à elle qu'un évêque
doit constamment faire recours, par une lecture assidue et une étude
soigneuse. Et ceci, non seulement pace qu'il prêcherait en vain la
Parole de Dieu aux autres s'il ne l'écoutait d'abord lui-même,(145)
mais aussi parce qu'il se viderait lui-même et rendrait impossible
son ministère d'espérance.
C'est dans l'Écriture que l'évêque nourrit sa
spiritualité d'espérance, pour pouvoir accomplir en vérité
son ministère d'évangélisateur. C'est seulement
ainsi, comme le dit saint Paul, qu'il pourra s'adresser à ses fidèles
en disant: «En vertu de la constance et de la consolation que donnent
les Écritures, nous gardons vivante notre espérance» (Rm
15,4).
93. La prière est le moment privilégié de l'écoute
de la Parole de Dieu. Conscient qu'il ne pourra être maître de
prière pour ses fidèles qu'à travers sa prière
personnelle, l'évêque se tournera vers Dieu pour lui redire
avec le psalmiste: «J'espère sur ta parole» (Ps 119,114).
La prière, en effet, estle lieu privilégié
d'expression de l'espérance ou, comme le dit saint Thomas, elle est
«l'interprète de l'espérance».(146)
Mais si personne ne peut prier seulement pour lui-même, encore
moins peut le faire un évêque, lui qui, même dans sa
prière, doit porter avec lui l'Église, et spécialement
le peuple qui lui a été confié. Imitant Jésus
lors du choix de ses apôtres (cf. Lc 6,12-13), lui aussi
soumettra au Père toutes ses initiatives apostoliques et lui présentera,
par le Christ, dans l'Esprit, ses espérances pour le presbyterium
diocésain, son souci pour les vocations au sacerdoce, à la
vie consacrée, à l'engagement missionnaire et aux divers
ministères, sa sollicitude pour les consacré(e)s et leur
action apostolique exercée dans l'Église particulière,
ses attentes enfin à l'égard des fidèles laïcs:
pour que tous et chacun, correspondant à chaque vocation propre et
exerçant leurs ministères et charismes respectifs,
convergent, guidés par lui, pour édifier le Corps du Christ.
Et le Dieu de l'espérance le remplira de toute joie et paix, pour
que l'espérance surabonde en lui par la vertu de l'Esprit Saint
(cf. Rm 15,13).
94. Un évêque doit aussi rechercher les occasions de
pouvoir vivre son écoute de la Parole de Dieu et sa prière
en commun avec le presbyterium, avec les diacres permanents -là
où il y en a-, avec les séminaristes et les personnes
consacrées présentes dans l'Église particulière
et, où et quand cela est possible, également avec les laïcs,
en particulier avec ceux qui vivent leur apostolat dans des associations.
Il favorise ainsi par là l'esprit de communion et soutient leur
vie spirituelle en se montrant «maître de perfection» dans
son Église particulière, engagé à «faire
avancer dans la voie de la sainteté ses prêtres, les
religieux et les laïcs, selon la vocation particulière de
chacun».(147) En même temps, il renforce aussi en lui-même
les liens des relations ecclésiales, dans lesquelles il a été
placé comme centre visible de l'unité.
Il ne négligera pas non plus les occasions de vivre des moments
analogues de rencontre spirituelle avec ses frères évêques,
surtout avec les plus proches qui sont de la même province et région
ecclésiastique. Dans ces rencontres, on peut expérimenter la
joie de vivre ensemble entre frères (cf. Ps 133,1) et
l'affection collégiale qui se manifeste et s'accroît.
95. C'est aussi dans la célébration de la sainte Liturgie
avec tout le peuple de Dieu que l'évêque trouve à
nourrir l'espérance. L'Église, en effet, quand elle célèbre
la Liturgie sur terre, goûte par avance, dans l'espérance, la
Liturgie de la Jérusalem céleste vers laquelle elle tend
dans son pèlerinage et où le Christ est assis à la
droite du Père comme «ministre du sanctuaire et de la Tente,
la vraie, celle que le Seigneur, non un homme, a dressée» (He
8,2).(148)
Tous les sacrements de l'Église, l'Eucharistie en tout premier,
sont mémoriaux des acta et passa du Seigneur, représentations
du salut opéré par le Christ une fois pour toutes, et
anticipations de la pleine possession qui sera le don du temps final.(149)
Jusque là, l'Église les célébre en tant que
signes efficaces de son attente, de l'invocation et de l'espérance.
96. Dans certaines actions liturgiques, la présence de l'évêque
revêt un sens particulier. Avant tout, dans la Messe chrismale au
cours de laquelle l'huile des catéchumènes et celle pour
l'onction des malades sont bénies et le saint Chrême est
consacré: c'est le moment de la plus haute manifestation de l'Église
locale, qui célèbre le Seigneur Jésus, éternel
et souverain Prêtre de son propre Sacrifice. Pour un évêque,
c'est un moment de grande espérance, parce qu'il trouve le presbyterium
diocésain rassemblé autour de lui; ensemble, dans la joie de
l'horizon pascal, ils regardent le Grand Prêtre et ravivent la grâce
sacramentelle de l'Ordination par le renouvellement des promesses qui,
depuis le jour de leur Ordination, fonde le caractère spécial
de leur ministère dans l'Église. Dans cette célébration,
unique dans l'année liturgique, les liens étroits de la
communion ecclésiale sont pour le peuple de Dieu, bien qu'assailli
d'innombrables tourments, un cri vibrant d'espérance.
À cela s'ajoute la liturgie solennelle de l'ordination des
nouveaux prêtres et des nouveaux diacres. Là, recevant de
Dieu les nouveaux coopérateurs de l'ordre épiscopal et les
nouveaux collaborateurs de son ministère, l'évêque
voit la réponse de l'Esprit, Donum Dei et dator munerum, à
sa prière de demande de vocations et son Église devenue
encore plus resplendissante par son visage ministériel.
Par analogie, on peut en dire autant du sacrement de la Confirmation,
dont l'évêque est le ministre originaire et, dans le rite
latin, le ministre ordinaire. Ici, «le fait que ce sacrement soit
administré par eux (les évêques) marque bien qu'il (ce
sacrement) a pour effet d'unir ceux qui le reçoivent plus étroitement
à l'Église, à ses origines apostoliques et à
sa mission de témoigner du Christ».(150)
97. L'efficacité du guide pastoral qu'est l'évêque
et du témoignage qu'il donne du Christ, espérance du monde,
dépend en grande partie de l'authenticité de la manière
dont il suit le Christ et «vit dans l'amitié de Jésus-Christ».
Seule la sainteté est annonce prophétique du renouveau et un
évêque ne peut se soustraire au rôle prophétique
de la sainteté par laquelle il anticipe dans sa propre vie
l'approche du but auquel il conduit ses fidèles.
Toutefois, dans son cheminement spirituel, il expérimente lui
aussi comme tout chrétien le besoin de conversion en raison de la
conscience qu'il a de ses propres faiblesses, de ses découragements
et de son péché. Mais parce que, comme l'enseignait saint
Augustin, on ne peut exclure de l'espérance celui auquel n'a pas été
exclu le péché,(151) l'évêque recourt au
sacrement de la pénitence et de la réconciliation, dans
lequel il crie en toute sincérité: «Seigneur, mon Dieu,
en toi j'ai espéré: sauve-moi !» (cf. Ps 7,2;
31,2; 38,16). Que quiconque a l'espérance d'être fils de Dieu
et de pouvoir ainsi le voir tel qu'il est, se purifie comme est pur le Père
céleste (cf. 1 Jn, 3,3).
98. Sans aucun doute, c'est pour le peuple de Dieu un signe d'espérance
de voir son évêque s'approcher de ce sacrement de guérison,
par exemple quand, dans des occasions particulières, il préside
une célébration communautaire; comme aussi de voir que,
lorsqu'il est gravement malade, le sacrement de l'onction des malades lui
est administré et que le réconfort du saint viatique lui est
solennellement donné, accompagné du clergé et du
peuple.(152)
Par cet ultime témoignage de sa vie terrestre, il a l'occasion
d'enseigner à ses fidèles qu'il ne faut jamais trahir son
espérance et que chaque douleur du moment présent est allégée
par l'espérance de la réalité future.(153) Dans
l'acte ultime de son exode de ce monde vers le Père, il peut résumer
et reproposer le but de son ministère dans l'Église: à
savoir, montrer aux fils de l'Église la fin eschatologique, comme
Moïse avait montré la terre promise aux fils d'Israël.
Joyeux dans l'espérance, comme la Vierge Marie
99. Ainsi l'évêque se glorifie «dans l'espérance
de la gloire de Dieu», comme l'écrit l'Apôtre, qui
continue: «Et non seulement cela, nous nous glorifions encore des
tribulations, sachant bien que la tribulation produit la constance, la
constance une vertu éprouvée, la vertu éprouvée
l'espérance» (Rm 5,2-4). De l'espérance dérive
aussi la joie. La joie chrétienne, en effet, qui est joie de l'espérance
(cf. Rm 12,12), est aussi objet de l'espérance. Le chrétien
ne doit pas seulement parler de la joie, mais il doit aussi «espérer
la joie».(154)
De cette union spirituelle entre la joie et l'espérance, Marie
est le premier témoin et le modèle pour toute l'Église.
Son chant du Magnificat exprime la joie de tous les pauvres du
Seigneur qui, sur sa Parole, espèrent en Lui. Les souffrances ne
lui furent pas épargnées mais, de même qu'elle fut
associée de manière éminente au sacrifice de son
Fils, devenant au pied de la Croix la «mère des douleurs»,
de même elle fut ouverte sans aucune limite à la joie de la Résurrection.
Maintenant, aux côtés de son Fils qui trône
glorieusement à la droite du Père, montée au ciel
dans l'intégrité de sa personne, en corps et en âme,
elle récapitule en elle toutes les joies et vit la joie parfaite
promise à l'Église. À elle, qui pour ceux qui sont
encore en pèlerinage sur la terre, brille «déjà
comme un signe d'espérance assurée et de consolation, en
attendant la venue du jour du Seigneur»,(155) l'Église adresse
sa prière, en l'invoquant mater spei, mater plena sanctae
laetitiae et causa nostrae laetitiae.
100. Tout évêque, comme tout chrétien, se confie
filialement à Marie, à l'imitation du disciple bien-aimé
qui, en accueillant sur le Calvaire la Mère du Seigneur,
l'introduisit dans tout l'espace de sa vie intérieure.(156)
L'Église invoque souvent Marie comme Regina Apostolorum. «Que
la Très Sainte Vierge intercède pour tous les pasteurs de l'Église,
afin que dans leur ministère difficile, ils soient toujours plus
conformes à l'image du Bon Pasteur».(157)
QUESTIONNAIRE
À propos du Chapitre I
1. Quelle importance l'évêque attribue-t-il à son
engagement pour annoncer l'Évangile? Cet engagement est-il vu comme
prioritaire? Est-ce-que d'autres tâches l'en distraient? Quels sont
les aspects de la vie diocésaine qui engendrent des difficultés
dans la mission évangélisatrice de l'évêque? Et
quels autres aspects l'aident dans cette mission?
2. Quelle image de la mission de l'évêque les fidèles
ont-ils principalement? L'image que les fidèles ont de la mission
de l'évêque correspond-elle à l'image que celui-ci en
a?
3. Comment les fidèles réagissent-ils à
l'enseignement de l'évêque sur les thèmes de foi et de
morale? Font-ils une distinction entre l'enseignement de l'évêque
et celui du Pape?
4. Quels sont les rapports entre l'évêque et les théologiens:
estime réciproque? Collaboration dans l'annonce de l'Évangile?
Méfiance? Contestation? Dans quels domaines?
5. Quels défis socio-culturels le ministère de l'évêque
doit-il affronter, en particulier dans l'annonce de l'Évangile?
Comment l'évêque affronte-t-il ces défis? Quelles sont
les circonstances qui favorisent cette annonce? Quelles sont les
circonstances qui s'y opposent?
À propos du Chapitre II
6. Comment l'évêque vit-il ses rapports avec le presbyterium
et avec chaque prêtre individuellement, particulièrement dans
l'annonce de la foi? Quels devraient être les principaux soucis de
l'évêque à ce propos?
7. Comment l'évêque vit-il ses rapports avec les instituts
de vie consacrée, spécialement dans la proclamation de la
foi: catéchèse, doctrine du Magistère, etc.?
8. L'évêque soutient-il les laïcs qui annoncent l'Évangile
dans le cadre temporel? Comment l'évêque comprend-il la
contribution que les laïcs, les associations de fidèles et les
mouvements ecclésiaux apportent à l'évangélisation?
9. Comment exprime-t-il sa communion avec le Souverain Pontife? Se
sent-il soutenu par le Saint-Siège? Comment l'évêque
collabore-t-il au ministère du Successeur de Pierre, soutenant la
vraie Foi, la discipline de l'Église et la nouvelle évangélisation?
10. Comment l'évêque vit-il ses rapports avec les autres évêques:
dans l'Église universelle? Au sein de la Conférence épiscopale?
Avec les évêques voisins? Se sent-il soutenu par ses frères
dans l'épiscopat?
À propos des Chapitres III et IV
11. Avec quelle attention, quel esprit de foi et quel amour l'évêque
annonce-t-il la Parole de Dieu dans le contexte des situations
socio-culturelle contemporaines?
12. De quelle manière l'évêque a-t-il recours aux
moyens de communication sociale et comment les utilise-t-il pour en faire
de véritables instruments de diffusion de la Parole de Dieu?
13. Comment la fonction sacramentelle de l'évêque
est-elle considérée comme l'annonce de l'Évangile de
l'espérance? Quelles en sont les priorités?
14. Comment la fonction de gouvernement de l'évêque
est-elle, elle aussi, considérée comme l'annonce de l'Évangile
de l'espérance? Quelles sont les difficultés qui existent
concrètement?
15. L'évêque se sent-il responsable de la missio ad
gentes à travers le monde entier? Comment? Y engage-t-il son
diocèse?
16. De quelle façon, dans le cadre de l'annonce de l'Évangile,
l'évêque s'engage-t-il concrètement dans le dialogue
oecuménique, interreligieux et avec la société
civile?
17. La promotion de l'homme dans sa dignité et dans ses droits
est-elle ressentie par l'évêque comme une annonce de l'espérance
évangélique? De quelle manière?
18. L'évêque place-t-il l'annonce de la personne du Christ
au centre de tout son ministère?
À propos du Chapitre V
19. Quel est le centre unificateur de la spiritualité de l'évêque,
ainsi que sa manière concrète d'être en rapport avec
Dieu et avec la réalité qui l'entoure?
20. Quelles sont les initiatives qui favorisent concrètement
l'union spirituelle de l'évêque avant tout avec les prêtres
et les diacres, puis avec les personnes consacrées et les laïcs,
spécialement s'ils font partie d'associations et de fondations ecclésiales?
21. Quelles suggestions peuvent être faites pour aider l'évêque
à progresser au long de son itinéraire spirituel? Au début
de son mandat? Tout au long des années?
22. Quels saints évêques peuvent-ils être pris, ou
sont-ils pris, comme modèles par l'évêque pour nourrir
sa propre spiritualité?
De façon générale
23. Quels autres points importants relatifs au thème fixé
méritent-ils d'être proposés à la réflexion
du Synode?
TABLES DES MATIÈRES
Avant-propos
Introduction
Chapitre I : contexte actuel de la mission de l'évêque
Nouvelle mise en valeur de la figure de l'évêque
Nouvelle instances et nouvelles difficultés du ministère épiscopal
Les urgences de la communauté chrétienne
Diminution de la ferveur et de la personnalisation de la foi
La vie matrimoniale et familiale
Les vocations au ministère sacerdotal et à la vie
consacrée
Le défi des sectes et des nouveaux mouvements religieux
Le contexte de la société humaine
Une scène mondiale différente
Quelques orientations des espérances humaines
Les évêques, témoins et ministres de l'espérance
Chapitre II : caractères identifiant le ministère de
l'évêque
Le ministère de l'évêque dans son rapport avec la
Sainte Trinité
Le ministère épiscopal dans son rapport avec le Christ et
les Apôtres
Le ministère épiscopal dans son rapport avec l'Église
L'évêque dans son rapport avec les prêtres
Le ministère de l'évêque dans son rapport avec les
personnes consacrées
Le ministère de l'évêque dans son rapport avec les
fidèles laïcs
L'évêque dans son rapport avec le Collège épiscopal
et avec son Chef
Au service de la communion pour l'espérance
Chapitre III : le ministère pastoral de l'évêque
dans son diocèse
L'évêque envoyé pour enseigner
L'évêque envoyé pour sanctifier
L'évêque envoyé pour gouverner et guider le peuple
de Dieu
Chapitre IV : l'évêque, ministre de l'évangile
pour tous les hommes
Le devoir missionnaire de l'évêque
Le dialogue interreligieux
Responsabilité envers le monde
Chapitre V : l'itinéraire spirituel des évêques
Exigences de sainteté dans la vie de l'évêque
Dimensions de la spiritualité de l'évêque
Ministre de l'Évangile de l'espérance
L'espérance dans l'itinéraire spirituel de l'évêque
Joyeux dans l'espérance, comme la Vierge Marie
Questionnaire
Tables des Matières
NOTES
(1) Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Ap. Postsyn. Christifideles laici
(30.XII.1988), 55: AAS 81 (1989) 503; Adhort. Ap. Postsyn. Vita
consecrata (25.III.1996), 31: AAS 88 (1996) 404-405.
(2) Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Ap. Postsyn. Vita consecrata,(25.III.1996),
4: AAS 88 (1996) 380.
(3) Cf. ibidem, 29: AAS 88 (1996) 492.
(4) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 12.
(5) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Decret. de presbyterorum ministerio et
vita Presbyterorum ordinis, 7.
(6) Conc. Oecum. Vat. II, Const. past. de Ecclesia in mundo huius
temporis Gaudium et spes, 2.
(7) Cf. ibidem, 45.
(8) S. Augustinus, Serm. 340/A, 9: PLS 2, 644.
(9) Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
18.
(10) Cf. ibidem, 27.
(11) Ibidem, 1.
(12) Conc. Oecum. Vat. II, Const. past. de Ecclesia in mundo huius
temporis Gaudium et spes, 39.
(13) Conc. Oecum. Vat. II, Decret. de activ. mission. Ecclesiae Ad
gentes, 38.
(14) Conc. Oecum. Vat. II, Cons. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
23.
(15) Cf. Sacra Congregatio pro Episcopis, Directorium Ecclesiae
imago de pastorali ministerio episcoporum, 22.II.1973 (Typis
Polyglottis Vaticanis 1973).
(16) Ioannes Paulus II, Allocutio ad Patres Cardinales, Familiam
domni Papae Romanamque Curiam, imminente Nativitate Domini Iesu Christi
habita (20.XII.1990), 6: AAS 83 (1991) 744.
(17) Ioannes Paulus II, Allocution à la Conférence
épiscopale Colombienne (2.VII.1986), 8: L'Osservatore Romano,
édition hebd. en langue française, n· 28, 15.VII.1986,
p. 8.
(18) Ioannes Paulus II, Epist. Apost. Tertio millennio adveniente
(10.XI.1994), 46: AAS 87 (1995) 34.
(19) Ioannes Paulus II, Discours aux évêques
d'Autriche à l'occasion de leur visite ad limina
(6.VII.1982), 2: L'Osservatore Romano, édition hebd. en
langue française, n· 30, 27.VII.1982, p. 1.
(20) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 4 et Decret. de oecumenismo Unitatis redintegratio,
2.
(21) Cf. Ioannes Paulus II, Epist. Apost. Tertio millennio
adveniente (10.XI.1994),, 33: AAS 87 (1995) 25-26.
(22) Cf. S. Cyprianus, Epist. 69,8: PL 4, 419.
(23) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia
Christus Dominus, 11.
(24) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 23.
(25) Cf. ibidem, 28; Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia
Christus Dominus, 7.
(26) Cf. Sacra Congregatio pro Episcopis, Directorium Ecclesiae
imago, 95-98.
(27) Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Ap. Postsyn. Christifideles
laici (30.XII.1988),, 29: AAS 81 (1989) 443-445.
(28) Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Ap. Postsyn. Pastores dabo vobis
(25.III.1992), 7: AAS 84 (1992) 666-668.
(29) Paulus VI, Adhort. Ap. Evangelii nuntiandi (8.XII.1975),
80: AAS 68 (1976) 73.
(30) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesiae
Christus Dominus, 37.
(31) S. Ireneus, Adv. Haer. IV,20,7: SC 100/2, p.648, l.
180-181.
(32) Cf. Syn. Extr. Episc. 1985, Relat. finalis Ecclesia sub verbo
Dei mysteria Christi celebrans pro salute mundi (7.XII.1985), II, A.
1.
(33) Cf. Secrétariat pour l' Union des Chrétiens - Secrétariat
pour les Non-Chrétiens - Secrétariat pour les Non-Croyants -
Conseil Pontifical de la Culture, Rap. prov. Le phénomène
des sectes ou nouveaux mouvements religieux (7.V.1986).
(34) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 9.
(35) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. past. de Ecclesia in mundo huius
temporis Gaudium et spes, 1.
(36) Cf. Ioannes Paulus II, Litt. encycl. Centesimus annus
(1.V.1991), 38: AAS 83 (1991) 841.
(37) Cf. Ioannes Paulus II, Discours à la 50ème
Assemblée générale de l'Organisation des
Nations-Unies, New York, n· 2-10, Typographie Vaticane.
(38) Ioannes Paulus II, Litt. encycl. Centesimus annus
(1.V.1991), 57: AAS 83 (1991) 862.
(39) Ibidem, 37: AAS 37 (1995) 29.
(40) Cf. Syn. Extr. Episc. 1985, Relat. finalis Ecclesia sub verbo
Dei mysteria Christi celebrans pro salute mundi (7.XII.1985),
III.C.1.
(41) Cf. S. Cyprianus, De orat. Dom. 23: PL 4,553; cf.
Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 4.
(42) Sacra Congregatio pro Episcopis, Directorium Ecclesiae imago,
1.
(43) Ioannes Paulus II, Allocution à la Conférence
Épiscopale de Colombie (2.VII.1986), 2: L'Osservatore Romano,
édition hebd. en langue française, n· 28, 15.VII.1986,
p. 8.
(44) Tertullianus, Praescr. Haeret. 32: PL 2,53; cf.
Const. dogm. de Ecclesiae Lumen gentium, 20.
(45) Ioannes Paulus II, Allocution aux évêques de
la Région Nord du Brésil (28.X.1995), 2: L'Osservatore
Romano, édition hebd. en langue française, n· 52,
26.XII.1995, p. 4.
(46) Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
27.
(47) Cf. ibidem, 10.
(48) Sacra Congregatio pro Episcopis, Directorium Ecclesiae imago,
14.
(49) S. Augustinus, In Io. tr. 123,5: PL 35, 1967.
(50) Cf. Sacra Congregatio pro Episcopis, Directorium Ecclesiae
imago, 107-117.
(51) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 28; Decret. de presbyterorum ministerio et vita Presbyterorum
ordinis, 8. Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Ap. Postsyn. Pastores
dabo vobis (25.III.1992), 17: AAS 84 (1992) 683.
(52) Ioannes Paulus II, Adhort. Ap. Postsyn. Pastores dabo vobis
(25.III.1992), 16: AAS 84 (1992) 682.
(53) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 28.
(54) Cf. idem.
(55) Idem
(56) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 29.41.
(57) Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Ap. Postsyn. Pastores dabo vobis
(25.III.1992), 65: AAS 84 (1992) 771.
(58) Ioannes Paulus II, Adhort. Ap. Postsyn. Vita consecrata
(25.III.1996), 3: AAS 88 (1996) 379.
(59) Cf. ibidem, 29: AAS 88 (1996) 402; Conc. Oecum.
Vat. II. Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 44.
(60) Sacra Congregatio pro Religiosis et Institutis Saecularibus et
Sacra Congregatio pro Episcopis, Notae directivae Mutuae relationes
(14.V.1978), 9c: AAS 70 (1978) 479.
(61) Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
23.
(62) Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Ap. Postsyn. Vita consecrata
(25.III.1996), 84.88: AAS 88 (1996) 461.464.
(63) Cf. ibidem, 48: AAS 88 (1996) 421-422; Sacra
Congregatio pro Episcopis, Directorium Ecclesiae imago, 207.
(64) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, chap. IV; Decret. de apostol. laic. Apostolicam
actuositatem; Ioannes Paulus II, Adhort. Ap. Postsyn. Christifideles
laici (30.XII.1988); cf. Sacra Congregatio pro Episcopis,
Directorium Ecclesiae imago, 153-161.208.
(65) Conc. Oecum. Vat. II, Const. past. de Ecclesia in mundo huius
temporis Gaudium et spes, 39.
(66) Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Ap. Postsyn. Christifideles
laici (30.XII.1988), 30: AAS 81 (1989) 446-448.
(67) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 23; c.i.c. can. 381 §1.
(68) Cf. ibidem, 22; nota explicativa praevia, 1-2; c.i.c. can.
336.
(69) S. Cyprianus, De cath. eccl. unit. 5: PL 4, 516;
cf. Conc. Oecum. Vat. I, Const. dogm. Pastor aeternus, prol. DS
3051; Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
18.
(70) Cf. Paulus VI, Allocutio tertia Concilii periodo ineunte
(14.IX.1964): AAS 56 (1964) 813.
(71) Cf. Congregatio pro Doctrina Fidei, Litterae Communionis notio
(28.V.1992), 9.11-14: L'Osservatore Romano, édition hebd.
en langue française, n· 24, 16.VI.1992, p. 2-3.
(72) Conc. Oecum. Vat. II, Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia Christus
Dominus, 6; cf. Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 23;
Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia Christus Dominus, 3.5.
(73) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. de sacra Liturgia Sacrosanctum
concilium, 26.
(74) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia
Christus Dominus, 6.
(75) Cf. ibidem, 36; cf. c.i.c. can. 439-446; Sacra Congregatio
pro Episcopis, Directorium Ecclesiae imago, 213.
(76) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia
Christus Dominus, 38; c.i.c. can. 447; Sacra Congregatio pro
Episcopis, Directorium Ecclesiae imago, 210-212.
(77) Cf. Sacra Congregatio pro Episcopis, Directorium Ecclesiae
imago, 53.
(78) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia
Christus Dominus, 5; c.i.c. can. 403-411.
(79) Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
19.
(80) Cf. ibidem, 23.
(81) Cf. ibidem, 21.
(82) Sacra Congregatio pro Episcopis, Directorium Ecclesiae imago,
concl.
(83) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 27.
(84) Ibidem, 25; cf. Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia
Christus Dominus, 12-14; Sacra Congretatio pro Episcopis,
Directorium Ecclesiae imago, 55-56.
(85) Cf. c.i.c. can. 386.
(86) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. past. de Ecclesia in mundo huius
temporis Gaudium et spes, 22.
(87) Cf. c.i.c. can. 386 § 2.
(88) Cf. Ioannes Paulus II, Allocution aux évêques
des États-Unis d'Amérique en visite ad limina
(22.X.1983), 4-5: AAS 76 (1984)380-81.
(89) Cf. Sacra Congregatio pro Episcopis, Directorium Ecclesiae
imago, 59-60.
(90) Cf. Congregatio de Doctrina Fidei, Instructio Donum veritatis
de ecclesiali theologi vocatione (24.V.1990), 21: AAS 82 (1990)
1559.
(91) Cf. Ioannes Paulus II, Const. Apost. Fidei depositum
(11.X.1992), 4: AAS 86 (1994) 113-118.
(92) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. past. de Ecclesia in mundo huius
temporis Gaudium et spes, 33.
(93) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Decret. de presbyterorum ministerio et
vita Presbyterorum ordinis, 5.
(94) Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
26.
(95) Ioannes Paulus II, Catéchèse du mercredi
11.XI.1992, 1: L'Osservatore Romano, édition hebd. en
langue française, n· 46, 17.XI.1992, p. 12.
(96) Cf. S. Thoma Aq., Summa Theologica III, q.65, a.2; II-II,
q.185, a.1.
(97) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 26.
(98) Conc. Oecum. Vat. II, Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia Christus
Dominus, 15; c.i.c. can. 387.
(99) Cf. S. Ignatius Antioch., Ad magn. 7: FUNK F., Opera
Patrum Apostolicorum, vol.I, Tubingae 1897, p. 194-196; Conc. Oecum.
Vat. II, Const. de sacra Liturgia Sacrosanctum conciliuim, 41;
Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 26; Decret. de oecumenismo
Unitatis redintegratio, 15.
(100) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. de sacra Liturgia Sacrosanctum
concilium, 106.
(101) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 11.
(102) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. de sacra Liturgia Sacrosanctum
concilium, 21.
(103) Cf. Paulus VI, Adhor. Ap. Evangelii nuntiandi, 48: AAS
58 (1976) 37-38.
(104) Cf. Ioannes Paulus II, Allocution aux évêques
de la Conférence épiscopale des Abruzes et du Molise en
visite ad limina (24.IV.1986), 3-7: AAS 78 (1986) 1140-43.
(105) Cf. Conc. Oecum. Vat.. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 4.
(106) Ioannes Paulus II, Litt. encycl. Dominum et vivificantem
(18.V.1986), 66: AAS 78 (1986) 897.
(107) Conc. Oecum. Vat.. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
27; cf. Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia Christus Dominus,
16.
(108) Ioannes Paulus II, Catéchèse du mercredi
18.XI.1992, 2.4: L'Osservatore Romano, édition hebd. en
langue française, n· 47, 24.XI.1992, p. 12.
(109) Cf. c.i.c. can 383 § 1; 384.
(110) Cf. Ioannes Paulus II, Allocution aux évêques
de la Conférence épiscopale du Brésil de la Région
Nord en visite ad limina (28.X.1995), 5: L'Osservatore Romano,
édition hebd. en langue française, n· 52, 26.XII.1995,
p. 4.
(111) Cf. Sacra Congregatio pro Episcopis, Directorium Ecclesiae
imago, 93-98.
(112) Ioannes Paulus II, Adhort. Ap. Postsyn. Pastores dabo vobis
(25.III.1992), 23: AAS 84 (1992) 694.
(113) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Decret. de presbyterorum ministerio et
vita Presbyterorum ordinis, 17.
(114) Cf. c.i.c. can. 396 § 1; cf. can. 398.
(115) Sacra Congregatio pro Episcopis, Directorium Ecclesiae imago,
166; cf. 166-170.
(116) Cf. c.i.c. can. 460-468. Cf. Sacra Congregatio pro Episcopis,
Directorium Ecclesiae imago, 163-165.
(117) Cf. c.i.c. can. 212 § 2 et 3.
(118) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. pat. de Ecclesia in mundo huius
temporis Gaudium et spes, 1.
(119) Ioannes Paulus II, Litt. Encycl. Redemptoris missio (7.XII.1990),
31: AAS 83 (1991) 276.
(120) Ibidem, 20: AAS 83 (1991) 267-68.
(121) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Decret. de activ. mission. Ecclesiae
Ad gentes, 38.
(122) Idem. Cf. Ioannes Paulus II, Litt. Encycl. Redemptoris
missio (7.XII.1990), 63: AAS 83 (1991) 311.
(123) Ioannes Paulus II, Litt. Encycl. Redemptoris missio (7.XII.1990),
11: AAS 83 (1991) 259.
(124) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Decret de activ. mission. Ecclesiae Ad
gentes, 9.
(125) Cf. Ioannes Paulus II, Litt. Encycl. Redemptoris missio
(7.XII.1990), 55: AAS 83 (1991) 302; Epist. Apost. Tertio
millennio adveniente (10.XI.1994), 53: AAS 87 (1995) 37.
(126) S. Iustinus, Dialogus cum Tryphone 11: PG 6, 499.
(127) Conc. Oecum. Vat. II, Declar. de libert. religiosa Dignitatis
humanae, 1.
(128) Cf. Ioannes Paulus II, Litt. Encycl. Redemptoris missio (7.XII.1990),
5: AAS 843 (1991) 254.
(129) Conc. Oecum. Vat. II, Const. past. de Ecclesiae in mundo huius
temporis Gaudium et spes, 40.
(130) Ibidem, 76.
(131) Cf. ibidem, 72.
(132) Ioannes Paulus II, Litt. Encycl. Centesimus annus (1.V.1991),
47: AAS 83 (1991) 852.
(133) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. past. de Ecclesia in mundo huius
temporis Gaudium et spes, 63.
(134) Catéchisme de l'Église Catholique, 1818.
(135) Cf. Congregatio pro Doctrina Fidei, Instructio de libertate
christiana et liberatione, 62: AAS 79 (1987) 580-581.
(136) Cf. ibidem, 60: AAS 79 (1987) 579.
(137) Cf. Ioannes Paulus II, Discours à Assise
(27.X.1986), 7: AAS 79 (1987) 868-869.
(138) Cf. Sacra Congregatio pro Episcopis, Directorium Ecclesiae
imago (22.II.1973), 21.
(139) Syn. Extr. Episc., 1985, Relatio finalis Ecclesia sub verbo
Dei mysteria Christi celebrans pro salute mundi, II, A, 4.
(140) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Presbyterorum ordinis, chap.III,
et Ioannes Paulus II, Adhort. Apost. Postsyn. Pastores dabo vobis
(25.III.1992), chap.III: AAS 84 (1992) 686-712.
(141) S. Petrus Damiani, Op. XI (Liber qui appellatur
Dominus vobiscum) 5: PL 145,235; cf. S. Augustinus,
In Io .tr. 32,8: PL 35,1645.
(142) Cf. Sacra Congregatio Pro Episcopis, Directorium Ecclesiae
imago, pars I, chap. IV (n·21-31).
(143) Ibidem, 25.
(144) Ioannes Paulus II, Allocution aux évêques
d'Autriche en visite ad limina (6.VII.1982), 2: AAS 74
(1982) 1123.
(145) Cf. S. Augustinus, Sermones 179,1: PL 38,966.
(146) S.Thoma Aq., Summa Theologica II-II, q.17, a.2.
(147) Conc. Oecum. Vat. II, Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesiae
Christus Dominus, 15.
(148) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. de sacra Liturgica
Sacrosanctum concilium, 8.
(149) Cf. S. Thoma Aq., Summa Theologica III, q.60, a.3.
(150) Catéchisme de l'Église Catholique, 1313.
(151) Cf. S. Augustinus, En. in Ps. 50,5: PL 36,588.
(152) Cf. Sacra Congregatio pro Episcopis Directorium Ecclesiae
imago, 89.
(153) Cf. S. Basilius, Homélie sur l'action de grâces
7: PG 31,236.
(154) PauluS VI, Adhort. Ap. Gaudete in Domino (9.V.1975), p. I:
AAS 67 (1975) 293.
(155) Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,68.
(156) Cf. Ioannes Paulus II, Litt. Encycl. Redemptoris Mater
(25.III.1987), 45: AAS 79 (1987) 423.
(157) Ioannes Paulus II, Angelus du 19.XI.1995, 3. L'Osservatore
Romano, édition hebd. en langue française, n· 47,
21.XI.1995.