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SYNODE DES ÉVÊQUES Xème ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
ORDINAIRE L'ÉVÊQUE, I N S T R U M E N T U M L A B O R I S
Cité
du Vatican
2001 Ce texte peut être reproduit par les Conférences épiscopales, ou avec leur autorisation, à condition que son contenu ne soit pas modifié et que deux exemplaires de la publication soient envoyés à la Secrétairerie Générale du Synode des Évêques, 00120 Cité du Vatican. INTRODUCTION Dans la perspective d'un
nouveau millénaire 1.
Le
Christ Jésus notre espérance (1 Tm
1,1), le même, hier, aujourd'hui et à jamais (He
13, 8), Chef des pasteurs (1 P 5,4),
guide son Église à la plénitude de la vérité, jusqu'au jour de son retour
glorieux quand toutes les promesses seront accomplies et les espérances de
l'humanité réalisées.
Au début du troisième millénaire chrétien, l'humanité et l'Église
se dirigent vers un avenir qui porte avec soi l'héritage d'un siècle, désormais
passé, chargé d'ombres et de lumières.
Nous vivons un moment nouveau de l'histoire humaine. Nombreux sont ceux
qui s'interrogent sur les objectifs de l'humanité et se demandent quel sera
l'avenir d'un monde qui apparaît d'un côté plongé dans un dynamisme de progrès,
avec une interdépendance croissante dans l'économie, la culture et les
communications, et, de l'autre, encore plein de conflits locaux, avec de vastes
zones où la faim, les maladies et la pauvreté ne cessent d'augmenter.
Le début d'un nouveau millénaire met au centre de la conscience
mondiale un avenir à construire et avec lui le thème de l'espérance,
condition existentielle de l'homo viator et du chrétien,
tendu vers l'accomplissement des promesses de Dieu. Un espoir compris aussi
comme flambeau de la foi et aiguillon de la charité, vers un avenir aux issues
imprévisibles. 2.
C'est dans ce nouveau début que se situe la célébration de la Xème
Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, prévue initialement
pour l'Année Jubilaire et programmée maintenant pour le mois d'octobre 2001.
Avec une intuition prophétique, Jean-Paul II a voulu assigner à cette
Assemblée un thème d'un grand relief: Episcopus
minister Evangelii Iesu Christi propter spem mundi.
Multiples et suggestives sont les raisons qui rendent ce thème particulièrement
approprié au moment actuel de la vie de l'Église et de l'humanité. Elles sont
tout d'abord de caractère théologique et ecclésiologique, mais aussi d'ordre
anthropologique et social. Dans le sillage des Assemblées
synodales précédentes 3.
Il y a tout d'abord des raisons de caractère
théologique. L'Église tout entière a célébré avec joie le Grand Jubilé
de l'an 2000 pour honorer la mémoire de la naissance, il y a deux mille ans, de
Notre Seigneur Jésus-Christ; non seulement pour rappeler avec gratitude sa
venue parmi nous, mais aussi pour célébrer sa présence vivante dans l'Église,
en ces vingt siècles de son histoire, son action en tant qu'unique Sauveur du
monde, centre du cosmos et de l'histoire.
Dans l'unité indissociable entre le Christ et son Évangile, le thème
du Synode veut souligner que c'est en Lui, Jésus-Christ, Fils de Dieu, envoyé
par le Père et oint par l'Esprit Saint (cf. Jn
10,36), que réside l'espérance du monde et de l'homme, de tout homme et pour
l'homme tout entier.[1]
C'est en effet dans le Christ, Parole définitive et don total du Père,
le véritable Évangile de Dieu, que s'accomplissent toutes les promesses et
c'est en lui que se trouve l'Amen de
Dieu (cf. 2 Co 1,20), l'accomplissement de l'espérance du monde. Son Évangile
est la nouvelle toujours fraîche et bonne, puissance de vie qui continue à
illuminer les chemins du monde vers l'avenir, comme il l'a fait vingt siècles
durant. En effet, sa doctrine et sa personne sont inséparables, tout comme son
œuvre et son enseignement, son message et son Église, où il continue d'être
présent. Au début du troisième millénaire, l'Église propose encore avec
joie son message de vie et d'espérance à toute l'humanité.[2] 4.
Il y a ensuite des raisons d'ordre ecclésiologique.
Certaines sont à caractère permanent, d'autres d'ordre conjoncturel.
À la fin de sa permanence parmi nous, le Seigneur Jésus a envoyé les
Apôtres comme ses témoins et messagers jusqu'aux limites de la terre et jusqu'à
la fin des temps. C'est aussi sur cette parole que repose la tâche importante
de proposer au monde sa personne et sa doctrine comme espérance suprême: «Allez
donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père,
du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai
prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde»
(Mt 28,19-20). En communion avec le Pape, les évêques sont
aujourd'hui appelés à cette tâche avec tous les membres de l'Église, à être
les témoins de l'Évangile du Christ dans le monde, même si, en tant que
successeurs des Apôtres, c'est à eux que «revient la noble tâche d'être les
premiers à proclamer les “raisons de l'espérance” (cf. 1 P 3,15); celle-ci se fonde sur les promesses de Dieu, fondée sur la
fidélité à sa parole, qui a comme certitude absolue la résurrection du
Christ, sa victoire définitive sur le mal et le péché».[3]
L'importance de la célébration de la Xème Assemblée Générale
Ordinaire du Synode des Évêques, centrée de façon particulière sur le
ministère de l'évêque comme serviteur de l'Évangile pour l'espérance du
monde, est très claire si l'on considère que les dernières Assemblées
Ordinaires ont traité respectivement la vocation et la mission des laïcs dans l'Église et dans le monde
(1987), la formation des prêtres dans les
circonstances actuelles (1990), et la
vie consacrée et sa mission dans l'Église et dans le monde (1994). Le
fruit des assises synodales en ont été les respectives Exhortations
apostoliques post-synodales de Jean-Paul II: Christifideles
laici, Pastores dabo vobis et Vita
consecrata. Il apparaissait donc opportun d'affronter le thème du ministère de l'évêque
sous le profil de la proclamation de l'Évangile et de l'espérance, presque
comme sommet et synthèse. En effet, les différentes Assemblées synodales
Ordinaires ont conféré un nouvel élan de renouveau aux différentes vocations
dans le Peuple de Dieu, pour une plus grande complémentarité, dans une ecclésiologie
de communion et de mission, attentive à la nature hiérarchique et
charismatique de l'Église. Maintenant le traitement du thème de cette Assemblée
manifeste la nécessité d'orienter vers l'avenir la mission du Peuple de Dieu
tout entier, en communion avec ses pasteurs. 5.
Il faut, en outre, ajouter qu'au cours de la dernière décennie du XXème
siècle, vers la fin du deuxième millénaire de l'ère chrétienne, les évêques
des différents continents ont été convoqués par le Pontife Romain à différentes
Assemblées synodales Spéciales, pour traiter de l'Église en Europe (1991 et
1999), en Afrique (1994), en Amérique (1997), en Asie (1997) et en Océanie
(1998). Le fruit de ces rencontres est représenté par les documents
post-synodaux respectifs déjà publiés ou en voie de publication.
La prochaine Assemblée Ordinaire, avec son thème caractéristique,
pourra donc bénéficier de l'expérience d'une période particulièrement
intense de communion synodale, jamais connue jusqu'ici.
En réalité, tous les Synodes des dernières décennies ont intéressé
le ministère épiscopal, non seulement parce qu'il s'agissait de Synodes des Évêques,
mais parce qu'ils ont aidé de quelque façon à configurer le ministère épiscopal
des dernières décennies vis-à-vis de l'Évangélisation
(1974), de la Catéchèse (1977), de
la Famille (1981), de la Réconciliation
et de la pénitence (1983), des Fidèles
laïcs (1987), des Prêtres
(1990), de la Vie consacrée (1994) et
de la mise en œuvre du Concile Vatican II, avec le Synode Extraordinaire de
1985. 6.
L'aspect doctrinal et pastoral spécifique du thème du Synode se
concentre donc dans l'annonce de l'Évangile du Christ pour l'espérance du
monde. C'est dans cette perspective que la thématique de la prochaine Assemblée
Ordinaire devient de la plus grande importance également à un niveau
anthropologique et social. L'Église, qui veut partager «les joies, les espérances,
les tristesses et les angoisses des hommes de notre temps»,[4]
devra se demander sur quelles pistes s'achemine l'humanité de notre temps, dans
laquelle elle est elle-même immergée comme sel de la terre et lumière du
monde (cf. Mt 5,13-14). Et elle devra
s'interroger sur la manière d’annoncer aujourd'hui la véritable espérance
du monde qu’est le Christ et son Évangile.
Nous sommes au début d'un nouveau millénaire de l'ère chrétienne,
caractérisé par des situations sociales et culturelles particulières, presque
une ætas nova, une époque nouvelle,
parfois désignée comme post-modernisme ou post-modernité. C'est avec un
nouvel élan que doit résonner dans le monde l'annonce du salut, de façon à
susciter le dynamisme théologal qui est propre de l'Évangile, afin que
l'humanité entière «croie en écoutant, espère en croyant, aime en espérant».[5]
En effet, l'espérance chrétienne est intimement unie à l'annonce
courageuse et intégrale de l'Évangile, qui ressort parmi les fonctions
principales du ministère épiscopal. C'est pourquoi, parmi les multiples
devoirs et tâches de l'évêque, «au-dessus de toutes les préoccupations et
les difficultés qui sont inévitablement liées au fidèle travail quotidien
dans la vigne du Seigneur, c'est l'espérance qui doit venir en premier lieu».[6] Continuité et nouveauté
7.
C'est dans ce sillage de grâce que se situe la préparation et la
prochaine célébration de la Xème Assemblée
Générale Ordinaire du Synode des Évêques.
Le texte des Lineamenta, publié en 1998, a suscité intérêts et consentements
et a offert l'occasion d'un approfondissement des thématiques inhérentes au
ministère de l'évêque. L'Instrumentum
laboris actuel est le fruit des réponses des Conférences épiscopales et
d'autres organismes, de même que de nombreux évêques et autres membres du
Peuple de Dieu, et veut proposer et illustrer le thème choisi par le Pape, en
incorporant les questions et les réponses, en continuité avec les Lineamenta,
de façon à offrir un jalon pour un déroulement ordonné et ouvert du débat
synodal.
De la consultation encouragée par les Lineamenta, en passant par
les réponses, le processus de préparation de l’Assemblée est arrivé à
l’Instrumentum laboris, délinéant ainsi l’activité synodale
type comme un flux ininterrompu de méditation sur le thème offert par le
Saint-Père. Une telle opération, qui, du texte initial, a conflué dans le présent
document de travail, a dans ce cas un caractère spécial. En effet, le grand
consensus obtenu par les Lineamenta a produit tout d’abord un développement
très homogène des idées et ensuite une correspondance assez singulière entre
les deux textes.
La riche expérience faite par les évêques du monde dans les dernières
Assemblées Ordinaires et Spéciales des Synodes et le précieux patrimoine de
doctrine qui en est jailli sont donc à la base d'une préparation très
profitable de la prochaine Assemblée. C'est pourquoi, l'Instrumentum
laboris ne veut pas s'étendre dans une longue description de la situation
mondiale, ni encore moins porter l'attention sur des questions à caractère
particulier ou régional, déjà examinées dans les Assemblées continentales
précédentes. 8.
Le traitement spécifique du ministère de l'évêque en tant que
serviteur de l'Évangile de Jésus-Christ pour l'espérance du monde se situe à
l'intérieur d'une continuité du Magistère qui renvoie aux Documents du
Concile Vatican II; et plus spécialement, du point de vue doctrinal, à la
Constitution dogmatique Lumen gentium
et au Décret conciliaire Christus Dominus.
De par son caractère pratique complet et exhaustif dans l'illustration de
la figure et du ministère de l'évêque dans son Église particulière, le
Directoire pastoral de la Congrégation pour les évêques Ecclesiæ imago, du 22 février 1973, reste encore aujourd'hui
substantiellement valide.[7]
D'un point de vue théologique et canonique, il faut se référer au Codex iuris canonici (C.I.C.) de 1983 et au Codex canonum Ecclesiarum Orientalium (C.C.E.O.) de 1990, pour les
mises à jour nécessaires. En outre, nombreux sont les documents du Magistère post-conciliaires qui
concernent de façon spécifique le ministère pastoral des évêques, et en
particulier les Allocutions des Pontifes Romains aux différentes Conférences
épiscopales à l'occasion des visites
ad limina ou des voyages apostoliques des dernières décennies. Parmi d'autres documents plus récents concernant les problèmes spécifiques
du ministère pastoral des évêques dans l'Église universelle et dans les Églises
particulières, il faut rappeler, d'un point de vue ecclésiologique, la Lettre
de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi Communionis notio du 28 mai 1992 sur certains aspects de l'Église
comprise comme communion [8] et, enfin, la Lettre apostolique sous forme de Motu
proprio de Jean-Paul II Apostolos suos
du 21 mai 1998, sur la nature théologique et juridique des Conférences des évêques.[9] 9.
La référence à l'évêque dans le thème assigné par le Saint-Père
Jean-Paul II pour la prochaine Assemblée synodale mérite également un éclaircissement.
Il s'agit du ministère épiscopal, comme il a été illustré par la
Constitution dogmatique Lumen gentium
et par le Décret conciliaire Christus
Dominus, dans toute sa riche gamme de sujets et de tâches pastorales. Tous
les évêques, en effet, ont en commun la grâce de l'ordination épiscopale,
sont les successeurs des Apôtres et, en communion ave le Pontife Romain, font
partie du Collège épiscopal. Le Concile Vatican II a en effet remis à l'honneur la réalité du Collège
épiscopal qui succède au Collège des Apôtres et est l'expression privilégiée
du service pastoral prêté par les évêques en communion entre eux et avec le
Successeur de Pierre. En tant que membres de ce Collège, tous les évêques «ont
été consacrés non seulement pour un diocèse, mais pour le salut du monde
entier».[10]
Par l'institution et le précepte du Christ ils «sont tenus à cette
sollicitude qui est, pour l'Église universelle, éminemment profitable, même
si elle ne s'exerce pas par un acte de juridiction».[11] En effet, tout évêque, légitimement consacré dans l'Église catholique,
participe à la plénitude du sacrement de l'Ordre. En tant que ministre du
Seigneur et successeur des Apôtres, avec la grâce du Paraclet, il doit œuvrer
afin que toute l'Église s'agrandisse comme Famille du Père, Corps du Christ et
Temple de l'Esprit, dans la triple fonction qu'il est appelé à remplir, c'est-à-dire
enseigner, sanctifier et gouverner. Toutefois, le Synode se réfère plus concrètement d'une façon particulière
à l'évêque diocésain dans la plénitude de son ministère dans l'Église
particulière. Il est présence vivante et actuelle du Christ «pasteur et évêque» de nos âmes (1 P 2,25); il est son vicaire dans l'Église particulière qui lui est
confiée, non seulement par sa parole mais par sa personne elle-même.[12] D'autre part, l'importance du thème du Synode apparaît clairement si l'on
considère comment, au cours des dernières décennies, la figure de l'évêque
a changé; dans l'expérience des fidèles, il apparaît plus proche et plus présent
au milieu de son peuple, comme père, frère et ami; plus simple et plus
accessible. Et toutefois ses responsabilités pastorales ont augmenté et les
limites de ses tâches ministérielles sont allées plus loin, dans une Église
toujours plus attentive aux besoins du monde, au point que l'évêque apparaît
aujourd'hui chargé de multiples tâches ministérielles et devient souvent un
signe de contradiction pour la défense de la vérité. Il reste donc ouvert à
un renouvellement constant de son office pastoral, dans une dimension de
communion et de collaboration toujours plus profonde avec les prêtres, les
personnes consacrées, les laïcs. La
Xème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques
constituera sans aucun doute l'occasion pour vérifier que plus l'unité des évêques
avec le Pape, entre eux et avec le Peuple de Dieu, est solide, plus la communion
et la mission de l'Église résultent enrichie et plus leur ministère sera
renforcé et confirmé. Une annonce renouvelée de l'Évangile
dans l'espérance
10.
Nombreux sont les motifs d'espérance avec lesquels l'Église considère
la célébration du prochain synode. Le temps opportun du Grand Jubilé de l'an
2000, préparé par le chemin trinitaire effectué dans les années précédentes,
a offert à tout le Peuple de Dieu la grâce de vivre une Année sainte dans la
conversion, la réconciliation et le renouvellement spirituel.
À Rome et en Terre Sainte, aux côtés du Successeur de Pierre, autour
de leurs pasteurs dans les Églises particulières, les fidèles ont fait l'expérience
joyeuse d'une année de miséricorde et de sainteté, comme le démontre le fait
que nombre d'entre eux se sont demandés comment donner une suite, au début du
nouveau siècle et du nouveau millénaire, à la grâce et aux expériences
positives du Grand Jubilé.
L'Église s'est de nouveau présentée au monde comme signe d'espérance,
en particulier par le témoignage de nombreuses catégories du Peuple de Dieu,
comme les jeunes et les familles; mais aussi à travers les gestes forts de
caractère œcuménique, de purification de la mémoire et de demande de pardon,
par l'évocation courageuse des témoins de la foi du XXème siècle. Les sollicitations de clémence en faveur des prisonniers et de réduction ou de remise totale de la dette internationale qui pèse sur le destin de tant de nations, ont été fortes et significatives.
Les évêques ont eu eux aussi la possibilité de vivre des moments de
communion intense et de renouvellement spirituel dans leur Jubilé spécifique,
avec le Pape unis à la Marie, comme dans le Cénacle de la Pentecôte. L'Évangile du Christ se révèle encore aujourd'hui puissance de vie, parole qui humanise et unit les peuples en une seule famille et promeut le bien de tous au-delà des différences de langue, de race ou de religion. 11.
Avec comme fondement l'espérance chrétienne qui ne déçoit pas (cf. Rm 5,5), l'Église dirige ses pas vers l'avenir, avec un élan
renouvelé pour une nouvelle évangélisation.
Le monde qui a franchi le seuil du nouveau millénaire attend une parole
d'espérance, une lumière qui le guide dans l'avenir. Dans l'histoire, même
celle temporelle, des hommes, l'Évangile a été, est et sera un ferment de
liberté et de progrès, de fraternité, d'unité et de paix.[13]
Le prochain Synode des Évêques espère pouvoir offrir à l'Église et
au monde l'annonce courageuse et confiante de l'Évangile du Christ, qui ouvre
les cœurs à l'espérance terrestre et éternelle. Il veut le faire par un témoignage
d'unité, de joie et de sollicitude pour l'humanité de notre temps de la part
des successeurs des Apôtres en communion avec le Pape, auxquels le Seigneur a
lui-même assuré son assistance jusqu'à la fin des temps (cf. Mt
28,20).
[1] Cf. Conc. Œcum. Vat. ii,
Const. past. de Ecclesia in mundo huius temporis Gaudium et spes, 45 ; Paulus
VI, Litt. Enc. Populorum
progressio (26.03.1967), 14: AAS 59 (1967) 264. [2]
Cf. Congregatio pro Doctrina
Fidei, Decl. Dominus Iesus (6.08.2000), 1-2: AAS 92 (2000) 742-744. [3] Ioannes
Paulus ii, Discours à la
Conférence Épiscopale Colombienne (2.07.1986),
8: AAS 79 (1987) 80. [4] Conc.
Œcum. Vat. ii, Const. past. de Ecclesia in mundo huius temporis Gaudium
et spes, 1. [5] Conc.
Œcum. Vat. ii,
Const. dogm. de Divina revelatione Dei
Verbum, 1. [6] Ioannes
Paulus ii, Discours aux évêques
de l'Autriche à l'occasion de la visite «ad limina» (6.07.1982), 2: AAS
74 (1982) 1123. [7]
Cf. Congregatio pro Episcopis,
Directorium de pastorali ministerio episcoporum Ecclesiæ
imago (22.02.1973). [8]
Cf. Congregatio pro Doctrina
Fidei, Litt. Communionis notio
(28.05.92): AAS 85 (1993) 838-850. [9]
Cf. Ioannes Paulus ii,
Motu proprio Apostolos suos
(21.05.98): AAS 90 (1998) 641-658. [10]
Conc. Œcum. Vat. ii,
Decr. de activ. mission. Ecclesiæ Ad gentes, 38. [11]
Conc. Œcum. Vat. ii,
Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 23. [12]
Cf. ibid., 27. [13]
Cf. Conc. Œcum. Vat. ii, Decr.
de activ. mission. Ecclesiæ Ad gentes, 8. CHAPITRE
I UN
MINISTÈRE D'ESPÉRANCE En
regardant le monde avec les sentiments du Bon Pasteur 12.
Quelle est l'attitude de l'évêque d'aujourd'hui pour se mettre au
service de l'Évangile de Jésus-Christ pour l'espérance du monde ?
Avant tout, il doit avoir un regard
contemplatif, en face de la réalité de notre monde, dans ce que son ministère
a de concret et dans la communion avec l'Église universelle et particulière à
la charge de laquelle il est destiné. Ensuite, il doit avoir un cœur
rempli de compassion, capable d'entrer en communion avec les hommes et les
femmes de notre temps et pour lesquels il doit être un témoin et un serviteur
de l'espérance.
L'attitude qui lui est demandé d'assumer est rendue vivante par une icône
évangélique. Au début de son ministère, Jésus se présente comme un héraut
de la Bonne Nouvelle du Père et il le confirme en allant au-devant des besoins
de ceux qui l'écoutaient: «À la vue des foules, il en eut pitié, car ces
gens étaient las et prostrés comme des brebis qui n'ont pas de berger» (Mt
9,36).
Avec la grâce de l'Esprit Saint qui dilate et approfondit son regard de
foi, l'évêque revit les sentiments du Christ-Bon Pasteur en face des anxiétés
et des aspirations du monde d'aujourd'hui, en annonçant une parole de vérité
et de vie et en promouvant une action qui pénètre jusqu'au cœur même de
l'humanité. C'est ainsi seulement, en union au Christ, dans la fidélité à
son Évangile et l'ouverture réaliste au monde que Dieu aime, que l'évêque
devient prophète de l'espérance.
Il le devient pour les hommes et les femmes de notre temps, eux qui, après
que se soient écroulées les idéologies et les utopies, oublient souvent le
passé et sont trop anxieux du présent, forment des projets plutôt éphémères
et limités et sont souvent manipulés par des forces économiques et
politiques. C'est pourquoi ils ont besoin de redécouvrir la vertu de l'espérance,
de posséder des raisons valables pour croire et espérer et donc, aussi, pour
aimer et agir au-delà du quotidien immédiat, avec un regard serein sur le passé
et une perspective pour le futur.
L'Église, et l'évêque en elle en tant que pasteur du troupeau,
poursuit les attitudes du Christ et se propose comme témoin de l'espérance qui
ne déçoit point (cf. Rm 5,5), se souvenant de la force de propulsion qui l'oriente vers
l'accomplissement des promesses de Dieu; en effet, «l'amour de Dieu a été répandu
dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné» (ibid.).
C'est à l'Église et à ses pasteurs qu'a été confié l'Évangile de
l'espérance. Celle-ci s'appuie sur la certitude des promesses de Dieu; elle est
l'espérance vivante à laquelle nous avons été régénérés par le Père
avec la résurrection du Christ (cf. 1 P
1,3), victoire sur la mort et sur le péché. Aussi s'appuie-t-elle sur la
certitude que le Christ, Seigneur de l'histoire et Père du siècle futur, est
présent pour l'éternité (cf. Is
9,6).
Il faut donc ouvrir le troisième millénaire du christianisme en
proclamant l'Évangile des promesses de Dieu et le vivre sous le signe de la
confiance théologale.
Dans les Écritures Saintes et dans la Tradition de l'Église, nous
trouvons la graine cachée des desseins de Dieu qui doit germer dans l'avenir
des hommes et des peuples, grâce à l'action de l'Esprit Saint, le sage
tisserand de la trame de l'histoire avec qui nous collaborons. Dans
le signe de l'espérance théologale 13.
L'espérance
théologale, qui se confie entièrement aux promesses de Dieu, assume aussi
aujourd'hui un rôle important, en ce début de siècle et de millénaire.
L'attente et la préparation des dernières décennies pour parvenir à un
objectif aussi important de l'histoire humaine, comme c'est le cas pour l'an
2000 marqué par la mémoire bimillénaire de la naissance du Christ, se
dilatent désormais en direction du futur, également du point de vue
symbolique. Non plus vers un objectif atteint, mais presque vers un horizon éloigné,
avec pour tâche de construire patiemment l'avenir.
L'espérance se présente comme la force motrice de la nouveauté, la
capacité de rêver du futur et d'imprimer des traces durables dans le temps,
avec la nouveauté des œuvres, de construire l'histoire avec la force de l'Évangile
ou, du moins, de donner un sens à l'histoire, avant même que les forces du
monde ne puissent elles-mêmes fixer le sens du futur ou programmer les échéances.
Cela, dans la fidélité au devoir caractéristique des chrétiens qui
consiste à être en quelque sorte l'âme du monde. «Ce que l'âme est au
corps, voilà ce que les chrétiens doivent être dans le monde».[1]
L'Église est appelée à inspirer et à promouvoir l'histoire, en se tenant à
l'écoute des attentes les plus profondes et des espérances les plus
authentiques des hommes et des femmes de ce monde.
Si l'évêque veut servir l'Évangile du Christ, l'espérance dont il
doit être le témoin est la vertu théologale
ou théologique de l'espérance, dans l'unité de la foi qui croit, et de
l'amour qui agit.
Le Directoire pastoral Ecclesiæ
imago avait, à ce propos, mis en lumière certaines caractéristiques du
ministère de l'évêque, dans une synthèse qu'il est bon de rappeler au sujet
de l'espérance en Dieu, qui est fidèle à ses promesses: «L'Évangile, dont
l'évêque vit par la foi et qu'il annonce aux hommes au nom du Christ est la
‘garantie des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit
pas’ (He 11,1). Fort de cette espérance,
l'évêque attend de Dieu, en toute assurance, ce qu'il y a de meilleur et il
place en sa Providence la plus grande confiance, redisant avec Paul: ‘Je puis
tout en Celui qui me rend fort’ (Ph
4,13), se souvenant des bienheureux Apôtres et des premiers évêques qui, face
à de grandes difficultés et à des obstacles de tout genre, annonçaient l'Évangile
de Dieu ‘en toute assurance’ (cf. Ac
4,29 et 31; 19,8; 28,31). L'espérance ‘ne déçoit point’ (Rm
5,5), elle avive chez l'évêque le sens missionnaire et conséquemment l'esprit
de créativité et d'initiative.
Il sait que Dieu, maître de l'histoire (cf. 1 Tm
1,17), l'a envoyé pour édifier l'Église en un lieu, à une époque, à un
moment que ‘le Père a fixés de sa seule autorité’ (Ac
1,7). Il vit ainsi dans un sain optimisme
et le communique aux autres, surtout à ses coopérateurs».[2] 14.
Soutenu par cette espérance théologale, l'évêque se prépare à
programmer, à imaginer le futur et, presque, à en rêver, en relisant la
Parole de Dieu, avec la grâce de l'Esprit Saint et dans la communion ecclésiale.
Fécondée par l'Esprit dans le cœur de l'évêque uni à ses prêtres
et à ses fidèles, la Parole de Dieu sera toujours une source éternelle
d'inspiration et de ressources pour affronter les défis du futur. Selon une
expression heureuse de Paul VI: «L'Église a besoin de sa Pentecôte éternelle,
elle a besoin de feu au fond du cœur, de mots sur les lèvres et de prophétie
dans le regard».[3]
Le Pape, le Collège épiscopal, les évêques des Conférences épiscopales
nationales ou régionales, et tout le Peuple saint de Dieu ont aussi en commun
la vocation à une même espérance (cf. Ep
4,4).
Cette communion dans l'espérance assure la présence vivante du Christ
et l'inspiration de l'Esprit auquel a été confiée la tâche de réaliser la
plénitude de la compréhension et de la mise en œuvre de l'Évangile de Jésus
dans l'histoire des hommes.[4]
La communion dans l'espérance doit être approfondie et partagée en
tant que source d'inspiration, fécondée par la prière de l'évêque, par le
dialogue de la charité avec tout le Peuple de Dieu, et spécialement avec ses
collaborateurs les plus proches, afin de parvenir à des réflexions et des
programmations concrètes et partagées par tous.
L'espérance des chrétiens constitue le moteur du futur. Elle est la
vertu qui, non seulement, laisse des signes dans la vie de l'humanité, mais
aussi ouvre de nouveaux sillons dans l'histoire, pour déposer la graine des
promesses divines et orienter les sentiers du futur avec la force de Dieu. L'Église
sera véritablement un signe d'espérance si elle sait être attentive au
dessein de Dieu, qui garantit un futur de plénitude; si elle suit fidèlement
sa volonté et sait discerner les attentes les plus valables de l'humanité, ces
attentes dont elle doit être l'interprète et le guide. Entre
le passé et le futur 15.
L'Église passe le seuil de l'espérance au début du troisième millénaire,
avec une attention particulière pour l'humanité d'aujourd'hui, en en
partageant les joies et les espérances, les tristesses et les angoisses, mais
en étant consciente de détenir la parole du salut.[5]
Il faut cependant réfléchir à quel monde les évêques sont envoyés pour
annoncer l'Évangile. L'espérance théologale, qui grandit et se développe comme la confiance dans les promesses de Dieu, se trouve parfois purifiée dans l'attente; mais elle devient d'autant plus authentique qu'elle est mise à l'épreuve; elle s'enracine dans les signes positifs qui germent, entre le «déjà» et le «pas encore» du Royaume, présent ici-bas, mais orienté vers son accomplissement ultime dans la gloire.
Elle est la mémoire, ancrée dans la révélation, qui assure le
fondement et qui manifeste non seulement l'histoire du salut mais aussi le
projet et le dessein de Dieu pour le futur. Ce n'est pas un hasard si le dernier
livre des Écritures Saintes porte le titre d'Apocalypse, révélation. L'espérance
suscite dans les cœurs un dynamisme actif, capable de se revivifier
continuellement dans le quotidien.
Il s'agit là de la «persévérance» fidèle dont parlent les Actes des
Apôtres (cf. Ac 1,14; 2,42), en tant qu'attitude propre aux disciples de Jésus,
plongés chaque jour dans la vie de foi. C'est la confiance solide mise en Dieu,
Père du Seigneur Jésus-Christ, qui, dans la résurrection de son Fils,
projette l'aujourd'hui quotidien vers la réalisation certaine des promesses. 16.
Très
souvent, et tout particulièrement au cours de la dernière décennie, le Magistère
a tracé une vue d'ensemble de la réalité du monde d'aujourd'hui.
Dans le Synode des Évêques aussi, une telle analyse a été effectuée
au cours des Assemblées Spéciales continentales pour l'Europe, l'Afrique, l'Amérique,
l'Asie et l'Océanie, de même que dans les Exhortations apostoliques
post-synodales relatives publiées jusqu'à ce jour.[6]
Il ne s'agit donc pas ici de refaire cette analyse qui, bien que présentant
des traits communs, du fait de la globalisation croissante des aspects généraux,
nécessite toutefois que les problèmes et les solutions soient considérés
suivant une vision locale attentive.
Le texte des Lineamenta a également illustré la situation générale qui se
trouve en partie confirmée et enrichie par les réponses des Conférences épiscopales. Entre
les lumières et les ombres du panorama mondial 17.
Le panorama offert par notre monde est des plus variés. Cependant, avec
l’œil vigilant et le cœur compatissant du Bon Pasteur (cf. Mt 9,36),
l'Église ne peut pas ne pas percevoir, de façon réaliste, au-delà des
analyses politiques, sociologiques ou économiques, les signes de découragement
ou même de désespoir, présents dans le monde, afin d'offrir le remède de la
consolation et le réconfort de la confiance et de la libération dans le
Christ. Il ne s'agit pas d'une consolation passagère et faible qui se révèle
caduque, mais bien des certitudes de la foi, qui ont été redécouvertes par
des cœurs capables d'aimer et de servir, qui sont fondées sur la vision
unitaire et réelle des aspects de la vie personnelle et sociale, sans réductions
pessimistes ou optimistes. L'Évangile de l'espérance peut offrir tout cela.
Persistent encore telles quelles des situations problématiques qui
engagent et stimulent le ministère de l'Église qui offre une espérance orientée
vers un renouvellement continu du monde et de la société, également dans le
concret du ministère de l'évêque au sein de son Église particulière. 18.
Dans maintes parties de notre monde, la situation de pauvreté, le manque
de liberté, l'application partielle des droits de l'homme, les conflits
ethniques, le sous-développement qui fait augmenter la pauvreté des grandes
masses humaines, sont à l'origine de situations difficiles et de l'absence
d'espoir dans le futur.
En permanence, les masses-médias nous proposent les faces du désespoir:
des visages d'enfants privés de la nourriture nécessaire, et souvent exploités
de façon indigne; des visages d'enfants à qui l'éducation est niée et qui
sont contraints à travailler; des visages de jeunes chômeurs, voués au désespoir
et à l'indifférence, proies aisées des manipulations idéologiques ou du
glissement vers la dégradation morale et spirituelle; des visages de femmes
privées de leur dignité; des visages de personnes âgées qui ont besoin
d'assistance; des masses de pauvres qui, dans l'émigration, sont à la
recherche d'une espérance dans le futur, et de réfugiés en quête d'une
patrie; des visages d'indigènes privés de leurs terres. Les conflits qui, à la fin du siècle et du millénaire précédents, ont provoqué la mort et la destruction, l'émigration, la pauvreté, les luttes ethniques et les haines tribales n'ont pas encore été surmontés et ont laissé la mort et des blessures profondes dans le corps et dans l'esprit.
Les déchirements de certains conflits locaux qui ont divisé profondément
les cultures et les nationalités, appelées à s'intégrer dans un dialogue de
paix, ne se sont pas encore cicatrisés. De temps en temps, on voit affleurer
les fondamentalismes religieux, ennemis du dialogue et de la paix.
Dans les nations les plus avancées aussi, se trouvent souvent de vastes
zones de dépression économique et morale; on constate une progression de la
corruption et de l'illégalité, également dans le domaine politique. 19.
Les
effets de la globalisation se font désormais sentir dans la logique impitoyable
de programmes économiques s'inspirant d'un libéralisme effréné qui rend les
riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, ceux-ci étant
exclus des programmes de développement au point que certains parlent désormais
d'un nouveau désordre mondial. Et le futur peut vraiment être source de préoccupation
si, de la juste participation au bien commun, sont exclues des populations entières,
qui appartiennent à la même famille de Dieu et ont en commun les mêmes
droits. Souvent, les communautés indigènes sont privées des richesses des
matières premières et des ressources naturelles de leurs pays par une
exploitation déloyale du territoire et des populations.
Et, malgré une sensibilité toujours plus positive pour l'écologie, même
la terre se trouve à souffrir, comme cela ne s'est sans doute jamais produit
auparavant dans l'histoire de l'humanité, de changements climatiques de l'écosystème
qui soulèvent des questions quant au futur de notre planète. L'environnement
est source de préoccupations; l'Église se fait le porte-voix des aspirations
les plus authentiques en faveur d'un équilibre écologique qui ne mette pas en
danger notre terre seulement, mais aussi la création tout entière, toutes deux
modelées par les mains du Créateur et offertes à l'humanité comme un habitat
de beauté et d'équilibre, don et ressource fondamentale de l'existence
humaine. Entre
le retour au sacré et l'indifférence 20.
Bien
que ne manquent pas des signes de réveil religieux, d’un renouveau de l’intérêt
pour les réalités spirituelles et d'un certain retour au sacré, les pasteurs
voient, avec préoccupation, ce qui a été défini comme une apostasie
silencieuse et tranquille des masses envers la pratique ecclésiale. On voit
progresser une culture immanentiste nullement ouverte au surnaturel; parmi les
chrétiens aussi règne une indifférence quant au futur eschatologique et
surnaturel de la vie qui rend le monde, et l'existence sur terre, véritablement
dignes d'être vécus.
Cela se traduit par un individualisme dénué de communion ecclésiale et
de pratique sacramentelle. C'est pourquoi, il arrive que l'on tombe dans l'extrême
de la recherche de compensation spiritualiste, dans les mouvements religieux
alternatifs et dans les sectes, dans l'adoption de formes de religiosité, qui
sont en partie une imitation des pratiques ascétiques plus nobles de certaines
religions non chrétiennes. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui se contentent
d'une religiosité ambiguë sans référence personnelle au Dieu véritable de Jésus-Christ
et à la communauté ecclésiale.
Pour maints pasteurs, un motif de préoccupation et d'une vision tourmentée
du futur réside dans le nombre insuffisant de vocations sacerdotales et
religieuses, même seulement en vue d'une pastorale ordinaire d'évangélisation
et d'une vie sacramentelle et eucharistique adéquate, avec l'attention inhérente
à la vitalité de la foi et de la pratique chrétienne. Un
nouvel horizon de problèmes éthiques 21.
Une
source de préoccupation est aussi identifiable dans la croissance du relativisme
moral, dans une certaine culture qui n'accorde pas la priorité à la vie et
ne la respecte pas, dans une désacralisation du commencement et de la fin de
l'existence humaine, si profondément liés au mystère du Dieu de la vie.
Signes de l'espérance dans le Dieu Créateur, sont la transmission de la
vie physique, l'éducation des enfants, l'engagement dans la promotion des
valeurs de la vie humaine, dans la plénitude de son sens et de son destin.
Aujourd'hui comme jamais auparavant dans l'histoire, l'équation
sournoise selon laquelle ce qui est possible scientifiquement est donc juste éthiquement
nous a conduits à une véritable manipulation biologique. Il s'ensuit de graves
conséquences pour l'homme, image et ressemblance de Dieu dans le Christ, notre
Vie (cf. Jn 1,4; 14,16). D'où les problèmes qui ont éclaté au cours des
dernières années et qui s'étendent comme une ombre sur le futur.
La défense passionnée que le Magistère de l'Église assume en faveur
de la dignité de chaque vie humaine, depuis sa naissance jusqu'à son déclin,
influe aussi sur l'opinion publique et commence à porter des fruits dans le
secteur de l'éthique mondiale. Ce qui est en jeu ici, c'est le futur de
l'humanité et la dignité de la personne humaine, avec ses droits intangibles
et inaliénables. 22.
La crise de la famille et de sa
stabilité, ainsi que les pièges sournois tendus à l'institution familiale, se
présentent aujourd'hui comme de graves menaces à la vie et à l'éducation des
enfants.
L'action
doctrinale de l'Église en faveur de la vie et dans le domaine de la vie
matrimoniale et familiale est constante dans le temps. Des points de référence
de cette action constante résident dans certains documents de longue haleine du
Magistère pontifical et d'autres Dicastères du Saint-Siège,[7]
comme aussi dans les Journées internationales de la Famille, qui constituent
une aide consistante pour les époux en vue d'une spiritualité matrimoniale et
familiale appropriée. Situations
ecclésiales émergentes 23.
On
remarque une nouvelle situation ecclésiale dans les territoires
qui ont longtemps été gouvernés par des régimes totalitaires. Leurs Églises
vivent dans une liberté du culte retrouvée et une nouvelle présence
apostolique; elles expérimentent l'éclosion des vocations et un début d'élan
missionnaire au-delà des frontières de leurs Églises particulières. Là, la
fatigue et la joie d'un nouveau commencement, le témoignage fréquent d'une
joyeuse vitalité catholique et d'une ferveur de la foi inconnue dans d'autres
pays laissent espérer un futur fructueux. Il reste toutefois des problèmes de structures et d'organisation, comme la difficulté d'un dialogue fraternel, d'une communion et d'une collaboration œcuméniques concrètes avec les autres Églises, en particulier celles orthodoxes.
Toutefois, l'Église ne renonce pas à la tâche qui est la sienne
d'annoncer courageusement l'Évangile dans ces pays bouleversés par le vide
laissé par la culture des régimes totalitaires. Et même, elle doit promouvoir
l'éducation à la liberté et une communion retrouvée entre tous les chrétiens.
Une éducation nécessaire à la foi peut influencer le dépassement d'une
certaine pratique dévotionnelle dépourvue de bases solides et l'élan d'une évangélisation
renouvelée; il faut promouvoir une foi adulte, une vie morale convaincue, en
particulier face à l'assaut des sectes et devant le danger de tomber, comme
certains le redoutent, dans la recherche d'un consumérisme excessif. 24.
Le futur de l'Église du troisième millénaire se présente
progressivement comme une décentralisation
de la présence des catholiques vers les pays de l'Afrique et de l'Asie où,
comme en Amérique latine, fleurissent de jeunes Églises, remplies de ferveur
et de vitalité, riches en vocations sacerdotales et religieuses qui apportent
souvent leur aide au manque de forces vives enregistré en Occident. Il ne faut pas oublier les territoires immenses et très peuplés du continent asiatique où, aujourd'hui encore, un grand nombre de fidèles se trouvent dans l'impossibilité d'exprimer publiquement et totalement leur foi catholique dans la communion avec l'Église universelle et son Pasteur suprême. L'Église a aussi le regard tourné vers ces pays qui, remplis d'espoir, s'en remettent à l'action silencieuse de l'Esprit Saint afin que leurs fidèles puissent enfin exprimer la plénitude de la communion ecclésiale visible et de l'aide réciproque pour faire connaître à tous le Christ Sauveur. Des
signes de vitalité et d'espérance 25.
Parmi
les signes positifs perçus à la fin du siècle et du millénaire, dans les récentes
Assemblées synodales également, on trouve l'anxiété pour la paix, le désir
des nations de participer solidairement à la solution des conflits locaux éventuels,
la conscience croissante des droits de l'homme, l'égale dignité de toutes les
nations, la recherche d'une plus grande unité sur la planète, avec une
solidarité effective au niveau mondial entre les pays pauvres et les pays
riches. Le dévouement croissant d'un grand nombre de personnes au service des
pauvres et des pays les plus démunis, à travers le volontariat, constitue une
graine d'espérance. On voit croître l'estime pour les talents de la femme, on
constate une plus grande responsabilité des femmes dans la société et dans l'Église.
Les craintes concernant les excès de la globalisation ne manquent pas;
il existe cependant des réactions saines comme les formes de solidarité, une
plus grande sensibilité pour la sauvegarde des valeurs culturelles des peuples
et des nations, la conscience de faire prévaloir les valeurs éthiques et
religieuses sur celles qui sont économiques et politiques. Il existe dans notre
monde une recherche accentuée de la véritable liberté, un sens croissant de
communion contre les individualismes.
L'annonce de la publication du Compendium
de la Doctrine sociale de l'Église est source d'espoir pour ce qui est de
l'engagement dans le domaine social et économique au bénéfice de tous les
peuples.
Dans les alternances des ombres et des lumières, on constate parfois, et
ce même au niveau mondial, des mouvements d'opinion favorables à certains
aspects semblant menacés. Contre la manipulation génétique et le mépris pour
la vie naissante, une plus grande attention est en train de poindre à l'égard
de la vie humaine et de sa valeur transcendante, qui la lie au Dieu de la vie.
Une convergence sur les valeurs éthiques au niveau international est fortement
recherchée, tandis que le danger d'un déséquilibre écologique engendre un
sens plus aigu de la valeur de la création. Vers
un nouvel humanisme 26.
La
globalisation suscite, avec raison, un désir aigu de personnalisme et d'intériorité.
Aujourd'hui, l'équilibre entre l'unité et le pluralisme est davantage valorisé:
l'unité, qui appartient au dessein de Dieu qui a créé l'unique nature
humaine, fondement de l'unité de la famille des peuples, de son origine et de
son destin; et le pluralisme des nations, langues, cultures qui reflètent la
richesse du savoir de Dieu aux mille facettes (cf. Ep 3,10). Dans un tel contexte, on assiste également au réveil des
cultures en tant que contrepoint à une mondialisation qui aplatit et appauvrit.
Au contraire, dans l'échange des biens aussi, l'identité culturelle provoque
un enrichissement réciproque.
Dans les situations problématiques désespérées de tant de personnes,
telles que la solitude, l'égoïsme, les petits projets humains sans
transcendance, souvent repliés sur l'égocentrisme des personnes et des
groupes, l'espérance trace de larges voies de communion, de collaboration,
d'actions communes, de volontariat généreux et gratuit. De telles valeurs
s'intègrent dans le grand dessein de Dieu à travers la vie personnelle, ecclésiale,
familiale, dans laquelle chacun répond avec la conscience d'une vocation.
Il existe encore aujourd'hui une recherche du sens et de la qualité de
la vie à tous les niveaux, même spirituel. On voit se manifester une plus
grande sensibilité au personnalisme et au sens communautaire des rapports
interpersonnels, sur la base d'une véritable communion entre les personnes.
Le monde actuel et l'Église ressentent l'urgence de l'unité, même si
souvent se trouve menacée la «culture» pleine et authentique de l'unité et
de la communion. Les
fruits du Jubilé 27.
Au
niveau ecclésial, se poursuit - tout spécialement après le Grand Jubilé de
l'an 2000 - le renouveau de la vie chrétienne, de la participation solidaire de
tous à la nouvelle évangélisation.
Selon le programme pastoral et spirituel tracé dans Tertio
millennio adveniente de Jean-Paul II, la préparation du Jubilé de
l'Incarnation a été vécue au niveau universel avec de bonnes initiatives de
catéchèse et de vie sacramentelle. Les trois années consacrées à la
contemplation du mystère du Fils, de l'Esprit Saint et du Père, avec des
engagements bien précis de caractère sacramentel (redécouverte du baptême,
de la confirmation et de la pénitence), de vie théologale (la foi, l'espérance
et l'amour) et éthico-sociale sont en train de porter des fruits.
Vécu dans l'esprit de l'institution biblique de la cinquantième année
(cf. Lv 25), et pleinement réalisé dans Jésus de Nazareth (cf. Lc
4,16 et suiv.), le Jubilé de l'an 2000 a vraiment été une année de progrès
spirituel. La grâce de la conversion s'est multipliée nourrissant l'espérance
d'une continuité, une sorte de nouveau départ qui coïncide avec le début du
troisième millénaire. 28.
Certains moments du Jubilé ont constitué des signes particuliers pour
l'Église et pour le monde. La Journée mondiale des Jeunes a offert un témoignage
de foi, de piété et de fraîcheur ecclésiale, dans la présence et la
participation joyeuses d'un grand nombre de jeunes provenant du monde entier et
réunis à Rome autour du Saint-Père. Leur présence ecclésiale est un défi:
la pastorale des jeunes constitue l'une des frontières des prochaines décennies.
Chez les jeunes chrétiens, on ressent l'exigence d'une vie évangélique claire
et décidée. Sous
la conduite de l'Esprit 29.
Comme
cela a été noté au cours des diverses Assemblées synodales continentales, et
comme cela est apparu à l'occasion de Pentecôte 1998, l'Église ressent
profondément que l'Esprit Saint – comme à d'autres périodes de l'histoire
– a semé de nouvelles énergies spirituelles et apostoliques, d'authentiques
charismes de vie évangélique et d'élan missionnaire, adaptés aux besoins du
monde d'aujourd'hui, en particulier dans les mouvements
ecclésiaux et les nouvelles communautés. Ces semailles font présager une
moisson abondante, favorisée par les vocations sacerdotales, religieuses et laïques
d'un grand nombre de jeunes désireux de consacrer leur vie au service de l'Évangile.
Conformes aux critères d'ecclésialité tracés par le Magistère[8]
et à leur charisme propre, ces nouvelles réalités sont déjà, avec celles
qui existent, le présent et le futur de l'Église du monde.[9] Vers
des sentiers d'unité convergents 30.
Certes,
le siècle et le millénaire qui viennent de s'ouvrir trouvent les fidèles et
les pasteurs des diverses Églises et communautés chrétiennes plus unis, grâce
aux progrès indubitables du dialogue œcuménique,
fruit précieux de l'Esprit au cours du siècle qui a pris fin. Un dialogue qui
a vécu différentes vicissitudes pendant les dernières décennies. Une reprise
des contacts œcuméniques dans les dernières années encourage cet engagement
irréversible de l'Église et des autres Églises et communautés chrétiennes.
Certains événements jubilaires, comme l'ouverture de la Porte sainte de
la Basilique Saint-Paul, la commémoration œcuménique des témoins de la foi
du XXème siècle, le voyage du Saint-Père en Terre Sainte, ainsi
que d'autres initiatives récentes, sont les signes d'une volonté renouvelée
des chrétiens à marcher ensemble sur les voies du Seigneur.
Le dialogue interreligieux aussi s'est ouvert à de nouveaux développements
dans la recherche de la paix et dans la reconnaissance des valeurs religieuses
et transcendantes. Il faut nommer en tout premier lieu les rapports avec les
représentants du Peuple de Dieu de la Première Alliance. De telles rencontres
ouvrent les voies de l'espérance, en ce début de millénaire qui est vu par
beaucoup comme l'époque du grand dialogue entre les religions du monde,
gardiennes des valeurs de l'esprit.
Compris en tant que rencontre entre des personnes et des groupes, dans le
respect des différentes identités et dans le refus de l'irénisme et du syncrétisme,
le dialogue n'est pas seulement le nouveau nom de la charité comme a pu le dire
Paul VI,[10]
mais il est aussi aujourd'hui le nouveau
nom de l'espérance, sur une scène mondiale renouvelée. Une
forte demande de spiritualité 31.
La
recherche de spiritualité constitue
un signe d'espérance. Exigence du temps présent elle assume différents
aspects. Avant tout, il s'agit d'un appel fort à cette expérience
chrétienne première qu'est la rencontre
avec un Vivant. Ceci signifie qu'il faut nécessairement passer de la
proclamation de la foi à la foi vécue. Est également exigée une liturgie
vivante, dans la rencontre avec la bonté du Dieu miséricordieux qui nous offre
la rédemption et le salut, puisqu'il est le «médecin de la chair et de
l'esprit».[11]
Dans le domaine de la morale,
le besoin se fait sentir de «vivifier», avec le souffle de l'Esprit, l'expérience
chrétienne dans ses exigences éthiques. En effet, la morale chrétienne «déploie
toute sa force missionnaire lorsqu'elle est accomplie non seulement par le don
de la parole proclamée, mais encore
de la parole vécue. En particulier,
la vie dans la sainteté, qui
resplendit en de nombreux membres du Peuple de Dieu, humbles et souvent cachés
aux yeux des hommes, constitue le moyen le plus simple et le plus attrayant par
lequel il est possible de percevoir immédiatement la beauté de la vérité, la
force libératrice de l'amour de Dieu, la valeur de la fidélité
inconditionnelle à toutes les exigences de la Loi du Seigneur, même dans les
circonstances les plus difficiles».[12]
La conséquence qui en découle est l'urgent besoin d'une pastorale
plus spirituelle qui réponde aux exigences de la nouvelle évangélisation;
on envisage la nécessité de qualifier la pastorale de façon à ce qu'elle
puisse susciter la rencontre personnelle et mystique avec le Christ, comme l'ont
fait les Apôtres, avant et après la résurrection, et les premiers chrétiens. Les
évêques, témoins 32.
Cette
vision de la situation de l'Église dans le monde, avec ses lumières et ses
ombres, en ce début du troisième millénaire de l'ère chrétienne constitue
le témoignage que chaque évêque doit apporter à l'Évangile du Christ pour
l'espérance du monde, sur le vaste horizon de l'Église universelle et dans les
différentes Églises particulières.
Il s'en suit la responsabilité spirituelle et pastorale concrète de l'évêque
dans l'Église particulière, au sein d'une société qui vit dans le village
global des communications et participe à la vie de la planète tout entière.
On ne peut oublier non plus l'engagement qu'une telle situation comporte
pour une vision ordonnée de l'Église vivant dans le monde, en demandant aux évêques
la parole et l'action nécessaires au bien commun. Fidèles
aux attentes et aux promesses de Dieu, tout comme la Vierge Marie 33.
L'espérance
de l'Église vient du Christ, du Ressuscité, qui possède déjà la victoire et
est l'anticipation eschatologique des promesses de Dieu dans la gloire future.
Face aux épreuves quotidiennes, dans la trame d'une existence qui
devient attente de quelque chose de nouveau devant venir de Dieu, l'évêque est
pour son Église comme Abraham, «espérant contre toute espérance» en étant
pleinement convaincu de la fidélité de Dieu à accomplir ce qu'il avait promis
(cf. Rm 4,18-22). Il s'en remet en
toute certitude à la parole et au dessein de Dieu, tout comme Marie, la femme
de l'espérance, qui a attendu la réalisation des promesses du Dieu fidèle, à
Nazareth, à Bethléem, sur le Calvaire et au Cénacle.
L'histoire de l'Église est une histoire de foi et de charité, mais
aussi une histoire d'espérance et de courage. L'évêque qui sait être un
prophète vigilant de l'espérance, une sentinelle de Dieu dans la nuit (cf. Is
21,11), peut insuffler confiance à son troupeau, en traçant dans le monde des
sentiers de nouveautés.
En plaçant uniquement en Dieu sa foi et son espérance (1 P
1,21), chaque évêque doit pouvoir faire siennes les paroles de saint Augustin:
«Qui que nous soyons, vous ne devez pas placer votre espérance en nous. En
tant qu'évêque, je m'abaisse à vous dire ceci: Je veux me réjouir avec vous,
et non être exalté. Je ne féliciterai nullement celui qui aura mis son espérance
en moi: il faudra le corriger, et non le rassurer; il devra changer et non être
encouragé […] Ne mettez donc pas votre espérance en nous, votre espérance
dans les hommes. Si nous sommes bons, nous sommes des ministres. Si nous ne
sommes pas bons, nous sommes toujours des ministres. Mais si nous sommes des
ministres bons et fidèles, nous sommes alors véritablement des ministres».[13] 34.
C'est dans ce vaste horizon que se situe le ministère de l'Église pour
le prochain millénaire, et tout spécialement la mission de l'évêque en tant
que témoin et promoteur d'espérance chrétienne.
Pour chaque pasteur de l'Église, il s'agit, avec courage et hardiesse,
d'apporter la présence de Dieu dans la vie quotidienne qui s'écoule.
L'ensemble du service épiscopal est un ministère pour faire renaître «une
vivante espérance» (1 P 1,3) dans le
Peuple de Dieu et dans chaque homme. C'est pourquoi il est nécessaire que l'évêque
oriente toute l’œuvre d'évangélisation vers le service de l'espérance,
surtout pour les jeunes, qui se trouvent menacés par des mythes illusoires et
par le pessimisme de rêves qui s'évanouissent, mais aussi pour tous ceux qui
sont affligés de mille formes de pauvreté et qui tournent leur regard vers l'Église
comme vers leur unique défense, du fait de l'espérance surnaturelle qui est en
elle.
Fidèle à l'espérance, chaque évêque doit la conserver bien ancrée
en lui car elle est le don pascal du Seigneur Ressuscité. Elle se base sur le
fait que l'Évangile, au service duquel est l'évêque, est un bien global, le
point crucial où se trouve concentré tout le ministère épiscopal. En
l'absence de l'espérance, toute l'action pastorale de l'évêque resterait stérile.
Au contraire, le secret de sa mission réside dans la fermeté solide de son espérance
théologale et eschatologique. À son sujet, saint Paul affirme: «cette espérance,
vous en avez naguère entendu l'annonce dans la Parole de vérité, l'Évangile,
qui est parvenu chez vous» (Col
1,5-6).
L'espérance chrétienne commence avec le Christ et se nourrit du Christ;
elle est participation au mystère de sa Pâque et, en quelque sorte, l'acompte
d'un destin semblable à celui du Christ, du fait qu'avec Lui, le Père «nous a
ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus» (Ep
2,6).
L'évêque a été fait le signe et le ministre de cette espérance.
Chaque évêque peut accueillir pour lui-même ces mots de Jean-Paul II: «Sans
espérance, nous ne serions que des hommes malheureux et dignes de pitié, notre
action pastorale tout entière serait stérile et, surtout, nous n'oserions rien
entreprendre. C'est dans l'inflexibilité de notre espérance que repose le
secret de notre mission. L'espérance est plus forte que toutes les déceptions
répétées et les doutes décourageants, car elle tire sa force d'une source
que ni notre inattention ni notre négligence ne peuvent épuiser. La source de
notre espérance est Dieu Lui-même qui, par le Christ, a vaincu pour nous le
monde une fois pour toutes et qui par
nous, parmi les hommes, poursuit sa mission de salut».[14] [1]
Epist. ad Diognetum 6: Patres
Apostolici I, Ed. F.X. Funk, Tubingæ 1901, 400; cf. Conc.
Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesiæ
Lumen gentium, 38. [2]
Sacra Congregatio pro Episcopis,
Direct. Ecclesiæ imago
(22.02.1973), 25. [3]
Paulus VI, Lo Spirito Santo
animatore e santificatore della Chiesa (29.11.72): L’Osservatore Romano 30.11.1972, p.1. [4]
Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Divina revelatione Dei
Verbum, 8. [5]
Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. de
Ecclesia in mundo huius temporis Gaudium
et spes, 1. [6] Cf. Synodus Episcoporum, Cœtus
Specialis pro Europa (1991), Declaratio Ut testes simus Christi qui nos liberavit (13.12.1991); Ioannes
Paulus II, Adhort. apost. postsyn. Ecclesia
in Africa
(14.09.95), 46-52; Adhort. apost. postsyn. Ecclesia
in America (22.01.1999), 13-25; Adhort. apost. postsyn. Ecclesia
in Asia (6.11.1999), 5-9. [7] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. de
Ecclesia in mundo huius temporis Gaudium
et spes; Paulus
VI, Litt. enc. Humanæ vitæ (25.07.1968):
AAS 60 (1968) 481-503;
Ioannes Paulus II, Adhort.
apost. Familiaris consortio (22.11.1981):
AAS 74 (1982) 81-191
et Litt. enc. Evangelium vitæ
(25.03.1995): AAS 87 (1995) 401-522,
ainsi que d'autres interventions ponctuelles et compétentes comme la Lettre
aux Familles (2.02.1994) et divers documents du Conseil Pontifical pour
la Famille et de l'Académie pontificale pour la Vie. [8] Cf. Ioannes Paulus II,
Adhort. apost. postsyn. Christifideles
laici (30.12.1988), 30: AAS 81
(1989) 446. [9] Cf. Ioannes Paulus II,
Message aux participants au IVème Congrès mondial des
Mouvements ecclésiaux et des Communautés
nouvelles (27.05.1998): L’Osservatore
Romano, EHLF 2523
(9.06.1998) 2. [10] Cf. Paulus VI, Litt. enc. Ecclesiam suam
III (6.08.1964): AAS 56 (1964)
639. [11]
S. Ignatius Antiochenus, Ad
Ephesios 7,2: Patres Apostolici I, Ed. F.X. Funk, Tubingæ 1901, 218; cf. Conc.
Œcum. Vat. II, Const. de Sacra
liturgia Sacrosanctum concilium,
5. [12] Ioannes Paulus II, Litt. enc. Veritatis
splendor (6.08.1993), 107: AAS
85 (1993) 1217. [13] S. Augustinus, Serm. 340/A,9: PLS
2,644. [14] Ioannes Paulus II, Discours aux évêques
d'Autriche à l'occasion de leur visite ad
limina (6.07.1982), 2: AAS 74
(1982) 1123.
CHAPITRE II MYSTÈRE,
MINISTÈRE ET L'icône du Christ Bon Pasteur
35.
Nombreux sont les textes de l'Écriture qui reflètent la figure
spirituelle de l'évêque, à la lumière du Christ, Grand Prêtre et Pasteur de
nos âmes. Ils sont tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament, centrés sur
l'image du Grand Prêtre et du Pasteur.
Tous
les textes se réfèrent à l'archétype qu'est le Christ. Celui-ci s'est présenté
dans les paraboles évangéliques comme le pasteur à la recherche de la brebis
égarée (cf. Lc 15,4-7) et s'est
lui-même défini «bon» pasteur du troupeau (cf. Jn
10,11.14.16; Mt 26,31; Mc
14,27); il a été reconnu par la communauté apostolique avec ce titre: «pasteur
et gardien des […] âmes» (1 P
2,25), «Chef des pasteurs» (1 P
5,4), «Grand Pasteur des brebis» (He
13,20), ressuscité par le Père. Dans la vision de l'Apocalypse, le Seigneur
ressuscité est l'Agneau-Pasteur (cf. Ap
7,17) qui réunit en lui la réalité de l'offrande sacrificielle pascale et du
salut, les figures du prêtre et pasteur de l'Ancien et du Nouveau Testament.
L'iconographie chrétienne primitive a aimé représenter le Christ comme
pasteur bon et beau, vivant dans la splendeur de sa résurrection, chanté par
la liturgie comme le bon pasteur ressuscité qui a donné sa vie pour ses
brebis.28
Jésus-Christ est donc le Pasteur, qui réunit en lui la vérité, la
bonté et la beauté du don de soi pour le troupeau. La beauté du Bon Pasteur
consiste en l'amour avec lequel il se livre pour chacune de ses brebis et établit
avec elles une relation directe de connaissance et d'amour.
Le lieu de la rencontre avec le Bon Pasteur est l'Église, où il se rend
présent, fait paître son troupeau avec la Parole et les sacrements, le guide
vers les pâturages de la vie éternelle à travers ceux que le Christ lui-même,
au moyen de l'Esprit, a constitué les pasteurs du troupeau. La beauté du
Pasteur s'irradie dans la beauté d'une Église qui aime et sert. Elle est un
motif d'espérance pour l'humanité tout entière, poussée aussi par l'instinct
divin qui porte dans le cœur vers la beauté qui sauve, exprimée dans le
visage de l'Agneau-Pasteur. 36.
Seul le Christ est le Bon pasteur. C'est de lui, comme d'une source, que
s'irradie dans l'Église le ministère pastoral, que Jésus a confié à Pierre
(cf. Jn 21,15.17); une grâce qui a été
perçue comme la continuité du ministère apostolique de guider et de
surveiller: «Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, le surveillant,
non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu» (1 P
5,2).
La figure de l'évêque comme pasteur est donc de à la tradition chrétienne
dans les paroles, les gestes, dans les insignes épiscopaux, toujours cependant
dans la contemplation de l'unique pasteur et dans l'imitation de ses sentiments,
en raison de la grâce qui nous vient de Lui.
«Celui (l'évêque) à qui le Seigneur, le Bon Pasteur, a, par le
sacrement de l'épiscopat, remis ses pouvoirs, a l'amoureux devoir de paître le
troupeau du Seigneur; il lui revient de payer de retour par un grand amour et
d'entreprendre de vivre et d'accomplir son ministère dans le même esprit que
le Christ, ‘Chef des pasteurs’ (cf. 1 P
5,4) et ‘Évêque de nos âmes’ (cf. 1 P
2,25)».29
Le ministère épiscopal devient dans l'Église un amoris
officium, selon les paroles d'Augustin.30 Un service d'unité, dans la
communion et la mission. À ce très haut archétype qu'est le Christ se réfère
le nom de pasteur et toutes les expressions qui en dérivent. I. MYSTÈRE ET GRÂCE DE L'ÉPISCOPAT
La grâce
de l'ordination épiscopale
37.
Par la consécration épiscopale «est conférée la plénitude du
sacrement de l'Ordre, que la coutume liturgique de l'Église et la voix des
saints Pères désignent en effet sous le nom de sacerdoce suprême, de réalité
totale du ministère sacré».31
L'intime nature du mystère et du ministère de l'évêque est exprimée par les
paroles et par les gestes de l'ordination épiscopale, dans la liturgie
sacramentelle qu'avec raison l'ancienne tradition appelle «natalis episcopi».
L'image ecclésiale de l'évêque est illustrée dès l'Antiquité chrétienne
dans les différentes liturgies de l'ordination épiscopale en Orient et en
Occident, comme le moment où, par l'imposition des mains et les paroles de la
consécration, la grâce de l'Esprit Saint descend sur l'élu et, par le caractère
sacré, imprime en plénitude l'image vivante du Christ maître, pontife,
pasteur, pour agir en son nom et dans sa personne.32
L'évêque est consacré aussi par l'onction du saint chrême pour
participer au sacerdoce suprême du Christ, de façon à pouvoir exercer
pleinement le ministère de la parole, de la sanctification et du gouvernement.
En tant que pontife, il est choisi parmi les hommes, est constitué en faveur
des hommes en tout ce qui concerne Dieu (cf. He
5,1). Il est dit que l'épiscopat n'est pas un terme qui indique principalement
un honneur, mais un service; il est destiné plutôt à faire du bien et non à
manifester une prééminence. En effet, les paroles du Seigneur sont valables également
pour l'évêque: «que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune,
et celui qui gouverne comme celui qui sert» (Lc
22,26).33 En
communion avec la Trinité
38.
La dimension trinitaire de la vie de Jésus, qui le lie au Père et à
l'Esprit comme consacré et envoyé dans le monde, et se manifeste dans tout son
être et dans toutes ses actions, façonne de même la personnalité de l'évêque,
comme bon pasteur, successeur des Apôtres.
Cette participation à la vie et à la mission trinitaire trouve une
première application dans les Apôtres, en tant que premiers participants à la
communion et à la mission: «Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés.
Demeurez en mon amour» (Jn 15,9; 17,23); «Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous
envoie» (Jn 20,21). Jésus prie en
outre pour les disciples afin qu'ils soient enveloppés dans le même amour
trinitaire: comme le Père et le Fils sont un, que tous les disciples soient un
(cf. Jn 17,21).
Cette référence à la Trinité fait remonter le ministère de l'évêque
jusqu'à sa source. En outre, la succession apostolique n'est pas seulement
physique et temporelle, mais également ontologique et spirituelle, à travers
la grâce de l'ordination épiscopale. En effet, les évêques ont été envoyés
par les Apôtres, comme leurs successeurs, les Apôtres ont été envoyés par
le Christ, le Christ a été envoyé par le Père.34 39.
Le sceau trinitaire de la grâce de l'épiscopat est exprimé de façon
appropriée par la liturgie romaine de l'ordination épiscopale: «L'Esprit
Saint t'ayant placé à régir l'Église de Dieu, occupe-toi du troupeau tout
entier, au nom du Père, duquel tu es l'image dans l'Église; au nom de Jésus-Christ
son Fils, dont tu assumes la fonction de maître, prêtre et pasteur; au nom du
Saint-Esprit, qui est l'âme vivante de l'Église de Dieu et le soutien de notre
faiblesse».35
En outre, à travers les paroles et les gestes de l'ordination par
l'imposition des mains, un geste est manifesté qui, selon Irénée de Lyon, évoque
les deux mains du Père: le Fils et l'Esprit;36
il façonne et modèle l'élu pour la plénitude du sacerdoce, comme le don de
l'«Esprit du Sacerdoce Suprême» est répandu sur le Christ et transmis aux Apôtres,
qui ont fondé l'Église en tout lieu.37 Du Père
pour le Christ dans l'Esprit
40.
La
tradition qui présente l'évêque comme image
du Père est très ancienne. On la trouve en particulier dans les Lettres d'Ignace d'Antioche. Le Père est en effet comme l'évêque
invisible, l'évêque de tous.38 À son tour, l'évêque doit
être révéré par tout le monde en tant qu'image du Père.39
D'une façon similaire, un texte ancien conseille: «aimez les évêques qui,
après Dieu, sont père et mère».40
Aujourd'hui aussi, dans l'ordination épiscopale il est fait allusion à
cette dimension paternelle; c'est avec un amour paternel que l'évêque est
appelé à s'occuper du Peuple saint de Dieu, comme un véritable père de
famille, pour le guider, avec l'aide des prêtres et des diacres, sur la voie du
salut.41 La redécouverte de l'Église
comme Famille de Dieu, déjà présente
dans le Concile Vatican II, rend plus éloquente l'image paternelle de l'évêque.42
En continuité avec la personne du
Christ, qui est l'icône originelle du Père et la manifestation de sa présence
et de sa miséricorde, l'évêque, par la grâce sacramentelle, devient lui
aussi, image vivante du Seigneur Jésus comme chef et époux de l'Église qui
lui est confiée. En elle, il exerce, comme prêtre
le ministère de la sanctification, du culte et de la prière; comme maître, le service de l'évangélisation, de la catéchèse et de
l'enseignement; comme pasteur, la tâche
du gouvernement et de la guide du peuple. Ce sont des ministères qu'il doit
exercer avec les traits caractéristiques du Bon Pasteur: la charité, la
connaissance du troupeau, l'attention envers tous, l'action miséricordieuse
vis-à-vis des pauvres, des pèlerins, des indigents, la recherche des brebis égarées
pour les ramener à l'unique bercail qu'est l'Église.43
Tout cela est possible parce que l'évêque reçoit en plénitude dans
son ordination l'onction de l'Esprit Saint qui est descendu sur les disciples le
jour de la Pentecôte, l'Esprit du sacerdoce suprême, qui l'habilite intérieurement,
le configurant au Christ, pour être continuation vivante de son mystère en
faveur de son Corps Mystique.
Cette vision trinitaire de la vie et du ministère de l'évêque marque
également en profondeur sa référence constante au mystère qui resplendit
aussi dans l'Église, image de la Trinité, peuple réuni dans la paix et la
concorde, par l'unité du Père, du Fils et de l'Esprit Saint.44 L'icône ecclésiale de l'évêque
41.
Les consignes et insignes épiscopaux, que l'évêque reçoit au cours de
son ordination épiscopale, comme expressions de la grâce et du ministère,
sont eux aussi éloquents dans leur symbolisme ecclésial.
Le livre de l'Évangile, placé sur la tête de l'évêque, est le
signe d'une vie entièrement soumise à la Parole de Dieu et vécue dans la prédication
de l'Évangile avec toute la patience et la doctrine dont il dispose.
L'anneau est le symbole de la fidélité, dans l'intégrité de la foi
et de la pureté de la vie, vis-à-vis de l'Église, qu'il doit garder en tant
qu'Épouse du Christ. La mitre fait
allusion à la sainteté épiscopale et à la couronne de la gloire que le Chef
des Pasteurs attribuera à ses serviteurs fidèles. La crosse est le symbole de l'office du Bon pasteur, qui garde et suit
avec sollicitude le troupeau qui lui a été confié par l'Esprit Saint.45
Le pallium, que les évêques portent depuis toujours en Orient et que
maintenant certains évêques reçoivent aussi en Occident, a, lui aussi,
plusieurs significations. Pour les métropolites qui le reçoivent en Occident,
c'est un signe de communion avec le Pontife Romain, symbole d'unité, engagement
de communion avec le Siège Apostolique, lien de charité et stimulation de
force dans la confession et la défense de la foi. Toutefois, le pallium, comme
l'omophorion des évêques dans les Églises
orientales, a eu dans l'Antiquité et conserve encore aujourd'hui d'autres
significations d'une grande valeur spirituelle et ecclésiale. Réalisé en
laine et décoré de signes de croix, il est l'emblème de l'évêque, identifié
avec le Christ, le Bon Pasteur immolé, qui a donné sa vie pour le troupeau et
porte sur ses épaules la brebis égarée, pour signifier la sollicitude pour
tous, en particulier pour ceux qui ont quitté le bercail. C'est ce qu'attestent
les traditions orientale46
et occidentale47.
La croix que l'évêque porte de façon visible sur la poitrine est le
signe éloquent de son appartenance au Christ, de la confession de sa confiance
en lui, de la force puisée constamment dans la croix du Seigneur pour le don de
la vie. Loin d'être un bijou ou un ornement extérieur, elle représente la
croix glorieuse du Christ, signe d'espérance, selon la parole éloquente de
l'Apôtre: «Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre
Seigneur Jésus-Christ, qui a fait du monde un crucifié pour moi et de moi un
crucifié pour le monde ” » (Gal
6,14).
Ces simples indications mettent en relief le symbolisme contenu dans la
solennité de l'ordination épiscopale.
Tout cela entraîne une connotation d'universalité pour tous ceux qui
ont reçu l'ordination épiscopale et qui, en communion avec le Pontife Romain,
font partie du Collège épiscopal et partagent avec lui la sollicitude pour
toute l'Église.48 L'Esprit de sainteté
42.
De la figure de l'évêque, telle qu'elle est exprimée par les paroles
et les rites de l'ordination, émerge l'appel à la sainteté, sa spiritualité
particulière, son chemin de sainteté et de perfection évangélique. C'est une
tradition confirmée par les rites d'Occident et d'Orient qui réfèrent à l'évêque
la plénitude de la sainteté devant être vécue devant Dieu et en communion
avec les fidèles.
L'ancien Eucologe de Sérapion exprime ce concept dans la prière de consécration
de l'évêque: «Dieu de vérité, fais de ton serviteur un évêque vivant, un
évêque saint dans la succession des saints Apôtres; et donne-lui la grâce de
l'Esprit divin, que tu as accordée à tous les serviteurs fidèles, prophètes
et patriarches».49
Il s'agit d'un appel à la sainteté, vécue dans la charité pastorale,
dans le service permanent du Seigneur, dans l'offrande des saints dons, dans le
ministère de la rémission des péchés, en Lui étant agréable en douceur et
pureté, en s'offrant soi-même comme sacrifice d'odeur suave.50
Ces prémisses font émerger pour l'évêque l'appel à la sainteté
propre, sur la base du don reçu et du ministère de sanctification qui lui a été
confié. II. LA SANCTIFICATION DANS LE MINISTÈRE PROPRE La vie spirituelle de l'évêque
43.
La vie spirituelle de l'évêque, comme vie dans le Christ selon
l'Esprit, a ses racines dans la grâce du sacrement du baptême et de la
confirmation, où, en tant que «christifidelis», né à nouveau dans le
Christ, il a été rendu capable de croire en Dieu, d'espérer en Lui et de
L'aimer à travers les vertus théologales, de vivre et d'agir sous l'impulsion
de l'Esprit Saint à travers ses saints dons. En effet, l'évêque, comme tous
les autres disciples du Seigneur, qui ont été incorporés à lui et sont
devenus temple de l'Esprit, vit sa vocation chrétienne en étant conscient de
son rapport avec le Christ, en tant que disciple et apôtre. Augustin l'a très
bien exprimé dans sa formule bien connue se référant à ses fidèles: «Pour
vous, je suis évêque, avec vous, je suis chrétien».51
Donc, l'évêque, en tant que baptisé et confirmé, est lui aussi nourri
par la sainte Eucharistie et a besoin du pardon du Père, en raison de la
fragilité humaine. Il doit en outre parcourir, avec tous les autres prêtres,
des chemins spécifiques de spiritualité, appelé à la sainteté pour le
nouveau titre de l'Ordre sacré.52 44.
Il s'agit toutefois d'une spiritualité propre,
que l'évêque tire de sa réalité, orienté comme il est à vivre dans la foi,
dans l'espérance et dans la charité le ministère d'évangélisateur, de
liturgiste et de guide dans la communauté. C'est une spiritualité ecclésiale car tout évêque est conformé au Christ Pasteur et Époux
pour aimer et servir l'Église.
Il n'est pas possible d'aimer le Christ et de vivre en intimité avec lui
sans aimer l'Église, que le Christ aime: en effet, on possède l'Esprit de Dieu
dans la mesure où on aime l'Église «une en tous et toute en chacun; simple
dans la pluralité pour l'unité de la foi, multiple en chacun pour le ciment de
la charité et la variété des charismes».53 C'est seulement de l'amour
pour l'Église, aimée par le Christ jusqu'au don de soi pour elle (cf. Ep
5,25), que naît une spiritualité orientée à la mesure totale avec laquelle
le Seigneur Jésus a aimé les hommes, c'est-à-dire jusqu'à la croix.
Il s'agit donc d'une spiritualité de communion
ecclésiale, voulant donc construire l'Église avec une attention vigilante,
pour que les paroles et les œuvres, les gestes et les décisions, qui engagent
le service pastoral, soient le signe du dynamisme trinitaire de la communion et
de la mission. Une charité pastorale authentique
45.
L'axe de la spiritualité spécifique de l'évêque est l'exercice de son
ministère, informé intérieurement par la foi et l'espérance, et de façon spéciale
par la charité pastorale qui est l'âme de son apostolat, dans un dynamisme de
«pro-existentia» pastorale, c’est-à-dire
une façon de vivre pour Dieu et pour les autres, comme le Christ, tendu vers le
Père et totalement au service de ses frères, dans le don quotidien de soi en
un service d'amour gratuit, en communion avec la Trinité. «Ceux qui ont reçu
la charge de pasteurs à l'égard du troupeau du Christ - affirme Lumen
gentium - doivent tous les premiers, à l'image du Grand Prêtre éternel
[…] remplir leur ministère dans la sainteté et l'empressement, l'humilité
et la force: accompli dans ces conditions, il sera pour eux-mêmes un moyen
puissant de sainteté. Ceux qui ont été choisis pour recevoir la plénitude du
sacerdoce bénéficient de la grâce sacramentelle pour exercer en perfection la
charge de la charité pastorale par la prière, le sacrifice, la prédication,
par le soin et le service épiscopal sous toutes ses formes, acceptant sans
crainte de donner leur vie pour leurs brebis et devenant un modèle pour leur
troupeau (1 P 5,3), aidant enfin l'Église
par leur exemple à avancer chaque jour en sainteté».54
Le Directoire pastoral Ecclesiæ
imago avait déjà consacré un chapitre tout entier, très détaillé, aux
vertus nécessaires à un évêque.55
Dans ce contexte, outre les renvois aux vertus surnaturelles de l'obéissance,
de la parfaite continence par amour du Royaume, de la pauvreté, de la prudence
pastorale et de la force, on trouve également un rappel à la vertu théologale
de l'espérance. S'appuyant sur celle-ci, l'évêque, avec une ferme certitude,
attend de Dieu tous les biens, et place toute sa confiance en la divine
Providence, «se souvenant des bienheureux Apôtres et des premiers évêques
qui, face à de grandes difficultés et à des obstacles de tout genre, annonçaient
l'Évangile de Dieu en toute assurance».56
Dès les premiers siècles du Christianisme, et jusqu'au vingtième siècle,
de nombreux évêques ont été des modèles de sagesse théologique et de
charité pastorale; ils ont uni dans leur existence le ministère de la prédication
et de la catéchèse, la célébration des Saints Mystères et la prière, le zèle
apostolique et l'amour intense pour le Seigneur. Ils ont fondé des Églises, réformé
les coutumes, défendu la vérité; ils ont été des témoins courageux dans le
martyre et ont laissé une empreinte dans la société, par des initiatives de
charité et de justice, par des gestes de courage face aux puissants du monde,
en faveur de leur propre peuple.57 Le ministère
de la prédication
46.
La spiritualité ministérielle, enracinée dans la charité pastorale et
exprimée dans le triple office de l'enseignement, de la sanctification et du
gouvernement, ne doit pas être vécue par l'évêque comme étant à côté de
son ministère, mais dans l'unité de vie de celui-ci.
L'évêque est tout d'abord le ministre
de la vérité qui sauve non seulement pour former et instruire, mais aussi
pour conduire les hommes à l'espérance et donc au progrès dans le chemin de
l'espérance. Si donc un évêque veut véritablement se montrer à son peuple
comme signe, témoin et ministre de l'espérance, il ne peut que s'alimenter à
la Parole de Vérité, en une adhésion totale et avec une pleine disponibilité
à cette Parole, sur le modèle de Marie, la sainte Mère de Dieu, qui «a cru
en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur» (Lc
1,45).
En outre, étant donné que cette Parole divine est contenue et exprimée
dans l'Écriture Sacrée, c'est à elle qu'un évêque doit constamment recourir
par une lecture assidue et une étude approfondie, pour être aidé dans son
ministère.58
Et ceci non seulement parce qu'il serait un vain prédicateur de la Parole de
Dieu à l'extérieur s'il ne l'écoutait pas de l'intérieur,59
mais aussi parce qu'il viderait son ministère en faveur de l'espérance. C'est
en effet de l'Écriture que l'évêque tire l'aliment pour sa spiritualité, de
façon à réaliser son ministère d'évangélisateur de façon authentique.
Seulement de cette façon il pourra, comme saint Paul, s'adresser à ses fidèles
en disant: «la constance et la consolation que donnent les Écritures nous
procurent l'espérance» (Rm 15,4).
L'option des Apôtres au début de l'Église revient dans le ministère
épiscopal: «Quant à nous, nous resterons assidus à la prière et au service
de la parole» (Ac 6,4). Comme l'a écrit Origène: «Deux sont les activités du
Pontife: apprendre de Dieu, en lisant les Écritures divines et en les méditant
plusieurs fois, ou bien instruire le peuple. Mais il doit enseigner les choses
qu'il a lui-même apprises de Dieu!».60 Orant et maître
de la prière
47.
L'évêque est également l'orant, celui qui intercède pour son peuple,
par la célébration fidèle de la liturgie des Heures qu'il doit présider
aussi au milieu de son peuple.
Conscient qu'il sera le maître de prière pour ses fidèles seulement à
travers sa prière personnelle, l'évêque s'adressera à Dieu pour Lui répéter,
avec le psalmiste: «J'espère en ta parole» (Ps
119,114). En effet, la prière est un moment d'expression de l'espérance ou,
comme on le lit dans saint Thomas, elle est elle-même «interprète de l'espérance».61
Et c'est à l'évêque qu'appartient le ministère de la prière
pastorale et apostolique, devant Dieu pour son peuple, à l'imitation de Jésus
qui prie pour les Apôtres (cf. Jn 17)
et de l'Apôtre Paul qui prie pour ses communautés (cf. Ep 3,14-21; Ph 1,3-10).
Dans sa propre prière aussi, il doit en effet porter avec lui toute l'Église,
en priant de façon spéciale pour le peuple qui lui a été confié. En imitant
Jésus dans le choix de ses apôtres (cf. Lc
6,12-13), il devra, lui aussi, soumettre au Père toutes ses initiatives
pastorales et lui présentera, à travers le Christ dans l'Esprit, ses attentes
et ses espérances. Et le Dieu de l'espérance le comblera de toute joie et de
toute paix, pour qu'il abonde dans l'espérance par la vertu de l'Esprit Saint
(cf. Rm 15,13).
Un évêque doit également rechercher les occasions où il puisse vivre
son écoute de la Parole de Dieu et sa prière ensemble avec le clergé, les
diacres permanents, les séminaristes, les consacrés et consacrées présents
dans l'Église particulière et, quand cela est possible, également avec les laïcs,
en particulier ceux qui vivent leur apostolat sous la forme d'association.
Il favorise de cette façon l'esprit de communion, soutient la vie
spirituelle du diocèse, se montrant comme «maître de perfection» dans son Église
particulière, engagé à «faire progresser dans la sainteté leurs clercs, les
religieux et les laïcs, chacun selon sa vocation particulière».62 En même temps, il reporte
les liens des relations ecclésiales à leur origine divine et les confirme dans
la communion de la prière, dans lesquelles il a été introduit comme centre
d'unité visible.
Il cherchera aussi les occasions pour vivre avec ses frères dans l'épiscopat,
surtout ceux qui appartiennent à la même province et région ecclésiastique,
des moments de rencontre spirituelle analogues. Dans ces occasions, s'exprime la
joie venant de la vie en commun entre frères (cf. Ps
133,1), on manifeste l'affection collégiale qui augmente. Nourri par
la grâce des sacrements
48.
L'efficacité
de la conduite pastorale d'un évêque et de son témoignage du Christ, espérance
du monde, dépend en grande partie de l'authenticité de son imitation du
Seigneur et du fait de vivre dans l'amitié avec Lui.
Seule la sainteté est l'annonce prophétique du renouvellement que l'évêque
anticipe dans sa propre vie par le rapprochement à l'objectif où il conduit
ses fidèles. Toutefois, dans son chemin spirituel, comme tout chrétien il fait
l'expérience, de la nécessité de la conversion en raison de la conscience de
ses propres faiblesses, de ses propres découragements et de son propre péché.
Mais, comme le prêchait saint Augustin, s'il n'est pas possible de refuser
l'espérance du pardon à celui à qui le péché n'a pas été rendu
impossible,63
l'évêque doit recourir au sacrement de la pénitence et de la réconciliation.
Quiconque a l'espoir d'être fils de Dieu et de voir Dieu tel qu'il est, se
purifie lui-même tout comme le Père céleste est pur (cf. Jn
3,3).
Les Apôtres, auxquels Jésus Ressuscité a communiqué le don de
l'Esprit Saint pour remettre les péchés (cf. Jn
20,22-23), ont eu besoin eux aussi de recevoir du Seigneur la parole de la paix
qui réconcilie et la demande de l'amour repenti qui guérit (cf. Jn
20,19.21; 21,15 ss.).
Il est certain que, pour le Peuple de Dieu, voir son évêque s'approcher
le premier du sacrement de la réconciliation dans des circonstances particulières,
par exemple quand il en préside la célébration sous la forme communautaire,
constitue un signe d'encouragement.
L'évêque, et tout le Peuple de Dieu, tire aussi un aliment pour l'espérance
de la Sainte Liturgie. En effet, quand elle célèbre la liturgie sur la terre,
l'Église savoure d'avance, dans l'espérance, la liturgie de la Jérusalem céleste,
vers laquelle elle tend en tant que pèlerin et où le Christ est assis à la
droite du Père en tant que «ministre du sanctuaire et de la Tente, la vraie,
celle que le Seigneur, non un homme, a dressée» (He
8,2).64 49.
Tous les Sacrements de l'Église, et en premier lieu l'Eucharistie, sont
la mémoire des paroles, des œuvres et des mystères du Seigneur, re-présentation
du salut opéré par le Christ une fois pour toutes et anticipation de la pleine
possession, qui sera le don du temps final.65 Jusqu'alors l'Église les célèbre
comme les signes efficaces de son attente, dans l'invocation et l'espérance.
En Orient comme en Occident, la spiritualité du ministère épiscopal
est liée à la célébration des Saints Mystères que l'évêque préside et célèbre
avec son clergé, les diacres et le Peuple saint de Dieu.
La variété des rites de l'Église et leur spécificité, aussi bien en
Orient qu'en Occident, marque la vie du Peuple de Dieu, lui confère son identité
et est la source d'une riche spiritualité ecclésiale. C'est pourquoi l'évêque,
en tant que grand prêtre de son peuple, doit non seulement célébrer avec
attention les Saints Mystères, mais faire de leur célébration une école de
spiritualité authentique pour son peuple. Dans ce dessein, il sera aidé par la
connaissance de la théologie et de la liturgie épiscopale, comme il apparaît
dans le Cæremoniale episcoporum.66
Les évêques des Églises orientales, fidèles à leur riche patrimoine
liturgique, avec leurs diverses et spécifiques célébrations, pourront vivre
en pleine syntonie avec les valeurs spirituelles de leurs propres traditions.67 Au milieu
de son peuple en tant que grand prêtre
50.
Parmi les actions liturgiques, il y en a certaines dans lesquelles la présence
de l'évêque a une signification particulière. Tout d'abord la Messe
chrismale, au cours de laquelle sont bénies l'Huile des Catéchumènes et
l'Huile des Malades et où le Saint Chrême est consacré: c'est le moment de la
plus haute manifestation de l'Église locale, qui célèbre le Seigneur Jésus,
Grand Prêtre éternel de son propre sacrifice. Pour un évêque, c'est un
moment de grande espérance, car il trouve le clergé diocésain réuni autour
de lui pour regarder ensemble, dans l'horizon joyeux de la Pâque, en direction
du Grand Prêtre; pour raviver, de cette façon, la grâce sacramentelle de
l'Ordre à travers le renouvellement des promesses qui, depuis le jour de
l'Ordination, fondent le caractère spécifique de leur ministère dans l'Église.
En cette circonstance, unique dans l'année liturgique, les liens resserrés de
la communion ecclésiale sont, pour le Peuple de Dieu, bien que hanté par
d'innombrables anxiétés, un cri vibrant d'espérance.
À cette célébration viendra s'ajouter la liturgie solennelle de
l'ordination des nouveaux prêtres et des nouveaux diacres. En cette
circonstance, l'évêque, recevant de Dieu les nouveaux coopérateurs de l'ordre
épiscopal et de son ministère, voit exaucées par l'Esprit, donum
Dei et dator munerum, la prière pour l'abondance des vocations et les espérances
pour une Église encore plus resplendissante dans son visage ministériel.
Il en est de même pour l'administration du sacrement de la Confirmation,
duquel l'évêque est le ministre originaire et, dans le rite latin, le ministre
ordinaire.
Également dans ce sacrement de l'effusion de l'Esprit Saint, qui
comporte souvent pour les pasteurs un grand investissement de temps et qui
constitue l'occasion pour effectuer la visite pastorale dans les paroisses, l'évêque
vit un moment intense de spiritualité ministérielle et de communion avec ses
fidèles, en particulier avec les jeunes. Le fait que ce sacrement soit
administré par le pasteur du diocèse met en relief le fait qu'il ait comme
effet d'unir tous les fidèles plus étroitement au mystère de la Pentecôte,
à l'Église de Dieu dans ses origines apostoliques, à la communauté locale et
d'associer ceux qui le reçoivent à la mission de témoigner le Christ.68 Une spiritualité de communion
51.
Un signe de forte spiritualité de communion et un élément de grande
valeur pour la sainteté et la sanctification de l'évêque est constitué par
la communion avec ses prêtres, les diacres, les religieux et les religieuses,
avec les laïcs, aussi bien dans le cadre des relations personnelles que dans
les différentes réunions. Sa parole d'exhortation et son message spirituel
tendent à favoriser et à garantir la présence active et sanctifiante du
Christ au milieu de son Église et le flux de la grâce de l'Esprit, qui crée
un témoignage particulier d'unité et de charité. C'est pourquoi, il est opportun que l'évêque anime et promeuve, par sa présence et sa parole aussi, les «moments de l'Esprit» qui favorisent la croissance de la vie spirituelle, comme les retraites, les exercices spirituels, les journées de spiritualité, utilisant au besoin aussi des moyens de communication sociale pouvant aussi atteindre ceux qui sont les plus éloignés.
Il devra également savoir utiliser des moyens communs de la vie
spirituelle, comme la recherche du conseil spirituel, l'amitié et la communion
fraternelle, pour éviter le risque de la solitude et le danger du découragement
face aux problèmes.
Il pourra ainsi vivre et animer une spiritualité de communion avec les
opérateurs de la pastorale à travers l'écoute, la collaboration et la
distribution responsable des tâches et des ministères.
La communion affective et effective de l'évêque, dans sa prière et
dans ses relations, avec le Pape et les autres évêques, constitue un moyen
particulier pour maintenir cette spiritualité vivante.
Dans son ministère, l'évêque n'est pas seul: il doit donner et
recevoir ce flux de charité fraternelle qui vient de la relation avec les
autres frères dans l'épiscopat, dans un véritable exercice d'amour réciproque,
comme celui que Jésus a demandé à ses disciples (cf. Jn
13,34; 15,12-13), qui devient également partage de la prière, des expériences
spirituelles et pastorales, de discernement.
C'est pourquoi, les occasions de dialogue et de partage sont importantes,
tout comme les retraites spirituelles, les moments de détente et de repos, dans
lesquels les évêques peuvent eux aussi exercer la communion et la charité
pastorale. Animateur d'une spiritualité pastorale
52.
Il est lui-même appelé à aller au milieu de son peuple, en tant que
promoteur et animateur d'une pastorale de la sainteté, maître spirituel de son
troupeau, par le style de vie et le témoignage crédible dans les paroles et
les œuvres.
L'appel à la sainteté engage l'évêque à être également le
promoteur de la vocation universelle à la sainteté dans son Église. Dans ce
but, il doit promouvoir la spiritualité et la sainteté du Peuple de Dieu par
des initiatives spécifiques, en accueillant les charismes anciens et récents,
signe de la richesse de l'Esprit Saint. En communion avec la Sainte Mère de Dieu
53.
Dans sa vie spirituelle, l'évêque est soutenu par la présence spéciale
de Marie, honorée par un rapport personnel d'amour filial authentique.
Tout évêque est appelé à revivre le moment particulier où, au pied
de la croix, Marie a été confiée à Jean, le disciple, et Jean à Marie (cf. Jn
19,26-27); il est également appelé à se refléter dans la prière unanime et
persévérante des disciples avec Marie, la Mère de Jésus, depuis l'Ascension
jusqu'à la Pentecôte (cf. Ac 1,14).
Dans la communion fraternelle, chaque évêque et tous les évêques sont confiés
aux soins maternels de Marie, dans le ministère, la communion et l'espérance.
Ceci comporte une dévotion mariale solide, qui est une intense communion
avec la Sainte Mère de Dieu dans le ministère liturgique de sanctification et
de culte, dans l'enseignement de la doctrine, dans la vie et dans le
gouvernement. Ce style marial dans l'exercice du ministère épiscopal est une conséquence
du profil marial de l'Église. III. LE CHEMIN SPIRITUEL DE L'ÉVÊQUE
Un chemin spirituel nécessaire
54.
La spiritualité chrétienne est un chemin, avec ses étapes, ses épreuves
et ses surprises, dans un dynamisme de fidélité à sa propre vocation. Les
saisons de la vie, la tension constante vers la perfection et la sainteté
personnelle, suivant le dessein de Dieu, aident également l'évêque à saisir
dans son ministère un véritable itinéraire
spirituel. Au milieu des joies et des épreuves qui ne manquent pas dans la
vie d'un pasteur, il vivra sa propre histoire et celle de son peuple. Un chemin
qu'il doit parcourir à la tête de son troupeau, dans la fidélité au Christ,
avec un témoignage public aussi jusqu'à la fin.
Il pourra et devra le faire avec une confiance sereine, et animé de
l'espérance théologale, même quand il se trouvera dans la condition de présenter
la renonciation à son office. Il ne devra toutefois pas cesser de vivre jusqu'à
la fin l'esprit de son ministère dans les formes les plus opportunes, dans la
prière ou dans d'autres tâches. Avec le réalisme spirituel du quotidien
55.
Le réalisme spirituel enseigne aussi à évaluer la façon dont l'évêque
doit vivre sa vocation à la sainteté même dans son humaine faiblesse, dans la
multiplicité de ses engagements, dans les imprévus quotidiens, dans le grand
nombre de problèmes personnels et institutionnels. Il arrive que, engagé et
sollicité par tant de responsabilités, il risque d'être emporté par les
problèmes, sans trouver de réponses et de solutions valables.
Chaque évêque fait l'expérience quotidienne du poids de la vie et de
l'histoire; la responsabilité, le partage des problèmes et des joies de son
peuple pèsent aussi sur lui. Il lui arrivera d'être soumis aux pressions des
moyens de communication, devant des phénomènes concernant l'Église et la défense
de la doctrine véritable et de la morale; il devra affronter des accusations
injustes ou des problèmes de caractère social.
C'est pourquoi, il est nécessaire qu’il se ménage un mode de vie
serein qui, tout en favorisant son équilibre mental, psychique et affectif,
suscite en lui une disposition à la relation interpersonnelle, à l’accueil
des personnes et de leurs problèmes, à l'identification aux situations tristes
ou heureuses de son peuple qui veut trouver en lui la maturité et la bonté
d'un père et d'un maître spirituel.
Dans la fatigue de son ministère, l'évêque a besoin de courage pour
porter avec dignité la croix et vivre l'expérience de la gloire de servir, en
communion avec le Crucifié-Glorieux. Dans l'harmonie du divin et de l'humain
56.
L'évêque est appelé à cultiver une spiritualité dont la mesure est
l'humanitas même de Jésus, dans laquelle il puisse exprimer l'aspect
divin et humain de sa consécration et de sa mission. Il pourra ainsi se donner
un équilibre dans ses engagements: la célébration liturgique et la prière
personnelle, la programmation pastorale, le recueil et le repos, la juste détente
et le temps qui est nécessaire aux vacances, à l'étude et à la mise à jour
théologique et pastorale.
L'attention à sa propre santé physique, psychique et spirituelle et l'équilibre
de son existence sont aussi pour l'évêque un acte d'amour envers ses fidèles,
une garantie d'une plus grande disponibilité et une ouverture aux inspirations
de l'Esprit.
Grâce à ces moyens spirituels, il trouve la paix du cœur et la
profondeur de la communion avec la Trinité, qui l'a choisi et consacré. Dans
la grâce que Dieu lui accorde, il saura développer son ministère tous les
jours, en étant attentif aux besoins de l'Église et du monde, comme témoin
d'espérance.
En effet, l'évêque renouvelle chaque jour sa confiance en Dieu et,
comme l'Apôtre, se vante: «dans l'espérance de la gloire de Dieu […]
sachant bien que la tribulation produit la constance, la constance une vertu éprouvée,
la vertu éprouvée de l'espérance» (Rm
5,2-4). De l'espérance vient aussi la joie. En effet, la joie chrétienne, qui
est joie dans l'espérance (cf. Rm
12,12), est également l'objet de l'espérance. L'évêque, témoin de la joie
chrétienne qui naît de la croix, doit non seulement parler de cette joie, mais
également «l'espérer» et la témoigner devant son peuple.69 Fidélité jusqu'à la fin
57.
Il sera patient et persévérant dans l'espérance, quand l'exercice de
son ministère sera soumis à l'épreuve de la maladie ou qu'il sera amené par
le Seigneur à vivre sa fin comme une offrande pour son troupeau, ou encore
appelé à rendre témoignage au Christ dans des conditions difficiles de persécution
et de martyre, comme cela s'est souvent produit et se produit encore à notre époque.
Ce seront là, aussi, des occasions précieuses pour que tout le peuple
qui lui est confié sache que son pasteur vit le don total de soi comme le
Christ sur la Croix.
C'est pourquoi il sera également assez suggestif de voir l'évêque,
conscient de sa maladie, recevoir le sacrement de l'Onction des malades et le
saint viatique avec solennité et accompagné par son clergé et son peuple.70
Dans ce dernier témoignage de sa vie terrestre, il aura l'occasion
d'enseigner à ses fidèles qu'il ne faut jamais trahir sa propre espérance et
que toute douleur du moment présent est soulagée par l'espérance des réalités
futures.
Dans le dernier acte de son exode de ce monde vers le Père, il pourra résumer
et proposer encore une fois l'objectif même de son ministère dans l'Église:
celui d'indiquer, comme Moïse sur le Mont Nébo, la terre promise aux enfants
d'Israël (cf. Dt 34,1 et suivants), l'objectif eschatologique aux enfants de l'Église.
Par conséquent, la conclusion aussi de son itinéraire spirituel, avec
la mort et les obsèques solennelles célébrées dans l'église cathédrale,
doit être un moment spirituel de grande valeur pour la vie des fidèles, un
chant à la Résurrection du Seigneur qui accueille ses serviteurs fidèles.
C'est l'occasion propice pour laisser comme don à l'Église les paroles d'un
testament spirituel et l'empreinte d'un visage ami et proche, à côté de la
multitude des pasteurs qui l'ont précédé dans l'Église particulière. L'exemple des saints évêques
58.
Le chemin spirituel de l'évêque est illuminé par la grande multitude
de pasteurs de l'Église qui, à partir des Apôtres, ont éclairé de leur
exemple la vie de l'Église à toutes les époques et en tout lieu. Il serait
difficile de faire une liste de ces illustres modèles qui brillent dans l'Église,
et dont la sainteté a été ou sera reconnue par l'Église. Mais leurs noms et
leurs visages sont bien présents dans la vie de l'Église universelle et des Églises
locales, également dans la célébration cyclique de l'année liturgique ou
dans les lectures de la liturgie des heures.
Nous pensons aux saints pasteurs qui, dès les débuts de l'Église, ont
uni la sainteté de vie à la prédication et la sagesse, le sens pastoral et
aussi social du message de l'Évangile. Certains d'entre eux ont donné leur vie
dans le témoignage du martyre. Il y a des saints pasteurs fondateurs d'Églises
qui sont rappelés et célébrés comme des saints patrons. Il y a eu des pasteurs resplendissant par leur doctrine, qui ont donné une contribution spécifique dans les Conciles œcuméniques et qui ont mis en œuvre avec sagesse les directives de réforme et de renouvellement. De nombreux missionnaires sont des saints évêques qui ont porté l'Évangile dans des nouvelles terres et ont organisé la vie des églises locales naissantes. Jusqu'à nos jours, les témoins de la foi n'ont pas manqué qui ont payé par la prison, l'exil et autres souffrances, leur fidélité à l'Église catholique et à la communion avec le Siège de Pierre. D'autres, en des circonstances difficiles, ont donné leur vie pour leur troupeau, en tant que défenseurs des droits humains et religieux. La communion spirituelle avec ces pasteurs est motif d'espérance et source d'élan apostolique. Chaque évêque voit en eux l'expression de la grâce et de la force de l'Esprit Saint, et la mesure de la fidélité à laquelle il est appelé dans son propre ministère pastoral. 28 Cf. Missale
Romanum, Dominica IV Paschæ, Antif. ad communionem: «Surrexit
Pastor bonus qui animam suam posuit pro ovibus suis et pro grege suo mori
dignatus est». 29
Sacra Congregatio Pro Episcopis,
Direct. Ecclesiæ
imago (22.02.1973), 22. 30 Cf. s. Augustinus, Tractatus
123 in Ioannem: PL 35, 1967. 31 Conc. Œcum. Vat. II, Const.
dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
21. 32
Cf. ibid. 33
Cf. Pontificale Romanum, De
ordinatione episcopi, 39, Homilia. 34 Cf. Clemens Romanus, Epist.
ad Corinthos, 42-44: Patres
apostolici I, Ed. F. X. Funk, Tubingæ 1901, 154-159. 35
Pontificale Romanum, De
ordinatione episcopi,39, Homilia. 36
Cf. s. Iræneus, Adversus hæreses, IV, 20, 1.3: PG 7, 1032; Demonstratio
prædicationis apostolicæ, 11, Sources Chrét. 62, 48-49; cf. Catechismus
Ecclesiæ Catholicæ, 704. 37 Cf. Pontificale
Romanum, De ordinatione
episcopi, 47, Prex ordinationis. 38 Cf. s.
Ignatius Antiochenus, Ad
Magnesios, 6, 1; 3, 1: Patres
apostolici I, ed. F.X. Funk, Tubingæ
1901, 232-233; 234-235. 39 Cf. s.
Ignatius Antiochenus, Ad
Trallianos 3, 1: ibid., p.
244-245. 40 Didascalia
apostolorum II, 33, 1, in Didascalia
et Constitutiones apostolorum, II, ed. F.X. Funk, Paderborn 1905,
114-105. 41 Cf. Pontificale
Romanum, De ordinatione
episcopi, 40, p. 13: Promissio electi. «Plebem Dei sanctam […] ut
pius pater fovere et in viam salutis dirigere». 42 Cf. Conc.
Œcum. Vat. ii, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 6.28; ioannes
paulus ii, Adhort. apost. postsyn. Ecclesia
in Africa, 65: AAS 88 (1996) 41. 43 Cf. Pontificale
Romanum, De ordinatione
episcopi, 40, p. 14: Promissio electi. 44
Cf. Cyprianus Episcopus, De
oratione dominica, 23: PL 4, 553: «Sacrificium Deo maius est pax
nostra et fraterna concordia, et de unitate Patris, et Filii et Spiritus
Sancti, plebs adunata»; (cf. Conc.
Œcum. Vat. ii, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 4). 45
Cf. Pontificale Romanum, De
ordinatione episcopi, 50-54, p. 26-27: Unctio capitis et traditio Libri
Evangeliorum atque insignum. 46
Cf. Isidorus Pelusiota Erminio
comiti, Epistularum lib. I, 136: PG
78, 271-272: «Id autem amiculum, quod sacerdos humeris gestat, atque ex
lana, non ex lino contextum est, ovis illius, quam Dominus aberrantem quæsivit
inventamque humeris suis sustulit, pellem designat. Episcopus enim qui
Christi typum gerit, ipsius munere fungitur». 47
Cf. Benedictus xiv, Const. Rerum
ecclesiasticarum (12.08.1748): De pallii benedictione et traditione
in S.D.N. Benedicti Papæ
XIV Bullarum, tom. II, 494-497: «Ut quam mysticæ repræsentant
pastoralis offici plenitudinem, atque excellentiam, pleno quoque operentur
effectu […] Sit boni magnique illius imitator pastoris, qui errantem ovem
humeris suis impositam adunavit, pro quibus animam posuit». 48 Cf. Pontificale
Romanum, De ordinatione
episcopi, 49-45, p. 26-27: Unctio capitis et traditio Libri Evangeliorum
atque insignum. 49 Sacramentarium Serapionis, 28, in Didascalia
et Constitutiones Apostolorum, II, Ed. F.X. Funk, Paderborn 1905, 191. 50 Cf. Pontificale
Romanum, De ordinatione
episcopi, 47, p. 24-25: Prex ordinationis. 51 S. Augustinus, In natale episcopi: CCL
104, 919, 1: «Vobis enim sum episcopus; vobiscum sum christianus. Illud est
nomen suscepti officii, hoc gratiæ;
illud periculi est, hoc salutis». 52 Cf. Conc.
Œcum. Vat. ii,
Presbyterorum
ordinis, cap. III; cf. Ioannes
Paulus ii, Adhort. apost. postsyn. Pastores dabo vobis
(25.03.1992) cap. III. 53 Cf. S. Petrus Damianus, Opusc.
XI (Liber qui appellatur Dominus vobiscum) 5: PL 145, 235; cf.
s. Augustinus, In Ioann. 32, 8: PL 35, 1645. 54
Conc. Œcum. Vat. ii,
Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
41. 55 Cf. Sacra
Congregatio Pro Episcopis, Direct. Ecclesiæ
imago (22.2.1973), pars I, cap. IV, 21-31. 56
Ibid., 25. 57
Cf. Ioannes Paulus ii, Homélie
lors du Jubilé des évêques (8.10.2000), 4: L’Osservatore
Romano, EHLF 2643
(10.10.2000) 3. 58
Cf. Isidorus Hispalensis, De
ecclesisticis officiis, lib. II, 16-17: PL 83, 785. 59
Cf. s. Augustinus, Serm.
179, 1: PL 38, 966. 60
Origenes, In Leviticum Hom. VI: PG 12, 474 C. 61 Cf. S. Thoma aq., S.
Th. II-II,
q. 17, a. 4, 3: «Petitio est interpretative spei». 62
Conc. Œcum. Vat. ii, Decret.
de past. Episcoporum munere in Ecclesia Christus
Dominus, 15. 63 Cf. S.
Augustinus, Enarr. in psalm.,
50, 5: PL 36, 588. 64
Conc. Œcum. Vat. ii, Const.
de Sacra liturgia Sacrosanctum
concilium, 8. 65
Cf. S.
Thoma Aq., S. Th. III, q.
60, a. 3. 66
Cf. Cæremoniale
episcoporum, Editio typica, Typis Polyglottis Vaticanis, 1984. 67
Cf. Ioannes Paulus ii, Epist.
ap. Orientale lumen (2.05.1995): AAS
87 (1995) 745-794; cf. Congregatio
pro Ecclesiis Orientalibus, Instruction pour l'application des
prescriptions liturgiques du C.C.E.O (6.01.1996). 68 Cf. Catechismus Ecclesiæ Catholicæ,
1313. 69
Cf. Paulus vi, Adhort.
ap. Gaudete
in Domino
(9.05.1975), I: AAS 67 (1975) 293. 70 Cf. Sacra
Congregatio Pro Episcopis, Direct. Ecclesiæ
imago (22.02.1973), 89.
CHAPITRE
III L'ÉPISCOPAT, Des amis du Christ, qu'Il a choisis et
envoyés
59.
Les
mots prononcés par Jésus à la Cène, et tout particulièrement dans le
chapitre 15 de saint Jean, traitent de la vocation des Apôtres à la lumière
de la communion et de la mission. Jésus parle de la vigne et des sarments, dans
une image biblique qui exprime clairement la nécessité de la communion et la fécondité
de la mission. Même si les mots de Jésus ont une référence ecclésiale et
eucharistique atteignant tous les fidèles, leur référence première est au
cercle des Apôtres et, en conséquence, à leurs successeurs.
Le discours de Jésus sur la vigne et les sarments met en lumière le
dynamisme trinitaire de la communion et de la mission. Le Père est le maître
de la vigne; le Christ est la vraie vigne; la lymphe intérieure de communion et
de fécondité, c'est l'Esprit Saint qui vivifie les sarments unis à la vigne,
destinés à donner des fruits abondants et persistants. Au cœur de la parabole
se trouve un enseignement fondamental: les disciples de Jésus sont appelés à
rester en communion vitale avec le Christ, avec sa parole et ses commandements,
afin de croître grâce à l'émondage réalisé par Dieu et de donner des
fruits en abondance (cf. Jn 15,1-10).
D'où
la nécessité de la communion avec le Christ et, en lui, avec le Père et
l'Esprit, dans la vigne mystique dans laquelle l'Église est esquissée.
«Hors de moi, vous ne pouvez rien faire» (Jn 15,5). Conformément à la signification de la parabole de la
vigne dans l’Évangile selon S. Jean, Jésus indique à ses disciples la
communion avec lui comme étant la fidélité d'une amitié divine. «Vous êtes
mes amis, si vous faites ce que je vous commande» (Jn
15,14). L'amitié du Christ comprend le partage de la connaissance des secrets
du Père, le don de la vie jusqu'à la mort, et la communion réciproque dans
l'amour. Elle suppose, de la part de Jésus, et en continuité avec sa mission
lui venant du Père, le choix et l'envoi missionnaire des disciples: «Ce n'est
pas vous qui m'avez choisi; mais c'est moi qui vous ai choisis et vous ai établis
pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure» (Jn
15,16). Ce qui est demandé au disciple, c'est d'être fidèle à la parole et
à la mission. 60.
Sarment
vivant greffé sur la vigne qu'est le Christ dont il est l'ami, le disciple et
l'apôtre, l'évêque porte en lui l'appel personnel et ministériel à
la communion et à la mission.
L'identité
de l'évêque dans l'Église est enracinée dans le dynamisme de la succession
apostolique, comprise non seulement comme l'investiture d'une autorité, mais
aussi comme l'extension trinitaire de la communion et de la mission. Choisi par
le Seigneur, appelé à une communion permanente avec Lui et envoyé dans le
monde, l'évêque s'identifie avec la personne de Jésus dans la transmission de
la vie divine, dans la communion de l'amour et dans le sacrifice de son
existence. I. LE MINISTÈRE ÉPISCOPAL DANS
UNE ECCLÉSIOLOGIE DE COMMUNION
Dans l'Église,
icône de la Trinité
61.
Dans
sa réflexion théologique, le Concile Vatican II a privilégié l'Église en
tant que lieu des mystères de la foi, avec une attention particulière au thème
central de la communion. En effet, l'Église est définie dès le début de la
Constitution Lumen gentium comme un «sacrement
ou un signe et un moyen d'opérer l'union intime avec Dieu et l'unité de tout
le genre humain».[1]
C'est donc avec raison que le document de l'Assemblée Extraordinaire du
Synode des Évêques de 1985 a affirmé: «l'ecclésiologie de communion est
l'idée centrale et fondamentale dans les documents du Concile».[2]
Le concept de communion réside dans «le cœur de l'auto-connaissance de l'Église».[3]
Elle est à la fois verticale et horizontale, communion avec Dieu et entre les
hommes, don de la Trinité et engagement de la foi et de l'amour, visible et
invisible.[4]
La communion ecclésiale, qui est fondée sur la Parole de Dieu et sur
les sacrements - en particulier celui de l'Eucharistie -, qui s'exprime dans la
foi, est basée sur l'espérance, animée par la charité et enracinée dans
l'unité du ministère de l'enseignement et du gouvernement du successeur de
Pierre et des évêques, possède tout à la fois une force d'unité et un
dynamisme missionnaire. De façon identique au mystère de la Trinité qui est
communion et mission pour le salut du monde, l'Église, icône vivante de la
Trinité, est, par la force même de l'Esprit, convocation (ekklesìa)
et manifestation (epiphania)
missionnaire pour le salut du monde.
L'Église doit être, toujours, partout et en crescendo, participation et
sacrement de l'amour trinitaire, pour le salut du monde. En conséquence, elle
possède la force même de l'Esprit qui, dans la Trinité, est principe de
communion et de mission dans l'amour. 62.
C'est
pourquoi l'Église est le mystère-sacrement dans lequel convergent l'évangélisation
et la catéchèse, la célébration des mystères, la spiritualité ecclésiale,
la vie de charité des chrétiens, l'action et le témoignage missionnaires. Les
engagements moraux, les stratégies pastorales et les voies de spiritualité vécue
ne peuvent être compris que dans une perspective ecclésiale authentique.
La communion et la mission s'exigent mutuellement. La force de la
communion fait croître l'Église en extension et en profondeur. Mais la mission
fait aussi se renforcer la communion, qui s'étend, comme en cercles
concentriques, jusqu'à atteindre tous les hommes. En effet, l'Église rayonne
dans les diverses cultures et elle les introduit dans le Royaume,[5]
de façon à ce que tout ce qui est sorti de Dieu puisse revenir à Dieu. C'est
pourquoi on a pu affirmer: «La communion s'ouvre à la mission, elle se fait
elle-même mission».[6]
La communion correspond à l'être même de l'Église, elle rappelle la
destination de tous les charismes à l'agapè,
à la communion dans l'unité, dans le même dessein de salut et le même projet
ecclésial.
L'unité de l'Église en tant que communion et mission ne relève pas
seulement de l'essence de son mystère et de sa réalisation dans le monde; elle
est aussi la garantie et le sceau de son action divine: tout provient du dessein
trinitaire de Dieu qui, dans son unité, est à l'origine de tout et est aussi
l'aboutissement de tout, selon la vision de l'histoire du salut qui implique
toute l'humanité et le cosmos. Dans une ecclésiologie de communion et
de mission
63.
À notre époque aussi, l'unité est un signe d'espérance, qu'il
s'agisse des peuples ou bien des actions humaines pour un monde réconcilié.
Mais l'unité est aussi le signe et le témoignage crédible de l'authenticité
de l'Évangile. De là l'urgence, dans notre monde aussi, de l'unité de l'Église
et, plus particulièrement de l'unité de tous les disciples du Christ, pour que
le monde croie (cf. Jn 17,21).
Le mystère trinitaire, qui est mystère de communion dans la réciprocité,
est comme le cadre de référence de la vie de l'Église, de sa mission, de ses
ministères et, donc, du ministère épiscopal.
Une telle perspective constitue un signe d'espérance pour le monde au
milieu de l'émiettement de l'unité, des oppositions et des conflits. La force
de l'Église réside dans la communion, sa faiblesse dans la division et
l'opposition. 64.
Le
ministère épiscopal s'insère dans cette ecclésiologie de communion et de
mission qui engendre des actions réalisées en communion, une spiritualité et
un style de communion.
En effet, dans ce mystère s'exprime l'unité de la succession
apostolique dans le Collège des évêques, sous l'égide du ministère du
successeur de Pierre. En outre, dans l'évêque convergent l'Église particulière,
la communauté du Peuple de Dieu, avec les prêtres, les diacres, les personnes
consacrées et les laïcs.
Cette communion dans l'unité est soutenue par la charité pastorale et
par l'espérance surnaturelle en la réalisation du dessein divin avec la force
de l'Esprit Saint. Unité et
catholicité dans le ministère épiscopal
65.
Envoyé
au nom du Christ comme pasteur d'une Église particulière, l'évêque a la
charge d'une partie du Peuple de Dieu qui lui a été confiée et il la fait mûrir
en tant que communion, au moyen de l'Évangile et de l'Eucharistie. En elle, il
est le principe et le fondement visible de l'unité de la foi, des sacrements et
du gouvernement, en vertu du pouvoir qu'il a reçu.[7]
Cependant, chaque évêque est le pasteur d'une Église particulière en
tant que membre du Collège des évêques. Chaque évêque est inséré dans ce
même Collège en vertu de la consécration épiscopale et à travers la
communion hiérarchique avec le Chef du Collège.[8]
Ce qui entraîne pour le ministère de l'évêque certaines conséquences qu'il
est bon de considérer, même de façon sommaire.
La première conséquence est qu'un évêque n'est jamais seul. Cela est
vrai pour ce qui est de sa situation non seulement au sein de son Église
particulière, mais aussi dans l'Église universelle, grâce aux liens qui –
étant donné la nature même de l'épiscopat un
et indivis –[9]
le rattachent à l'ensemble du Collège épiscopal, celui-ci succédant au Collège
apostolique. C'est pourquoi chaque évêque est en même temps en rapport avec
l'Église particulière et avec l'Église universelle.
Principe et fondement visible dans l'unité de sa propre Église
particulière, chaque évêque porte aussi en lui le lien visible de la
communion ecclésiastique entre son Église et l'Église universelle. C'est
pourquoi, bien que résidant dans diverses parties du monde mais étant toujours
en communion hiérarchique avec le Chef du Collège épiscopal et avec le Collège
même dans son ensemble, tous les évêques assurent consistance et physionomie
à la catholicité de l'Église; et ils confèrent aussi cette même note de
catholicité à l'Église particulière qui leur est confiée.
«En effet, l'évêque est principe et fondement visible de l'unité dans
l'Église particulière confiée à son ministère pastoral, mais afin que
chaque Église particulière soit pleinement Église, c'est-à-dire présence
particulière de l'Église universelle avec tous ses éléments essentiels et
constituée par conséquent à l'image de
l'Église universelle, l'autorité suprême de l'Église, c'est-à-dire le
Collège épiscopal ‘avec le Pontife Romain, son chef, et jamais en dehors de
ce chef’, doit être présente en elle comme élément propre».[10]
Aussi,
dans la communion des Églises, l'évêque représente-t-il son Église
particulière et, en celle-ci, la communion des Églises. En effet, par le
ministère épiscopal, chaque Église particulière, qui est aussi une portio Ecclesiæ universalis,[11]
vit la totalité de l'unité-sainteté et a en elle la totalité des caractères
catholiques-apostoliques.[12] 66.
La
seconde conséquence, sur laquelle il est bon de s'arrêter, est que c'est précisément
cette union collégiale, ou communion fraternelle de charité, ou affection collégiale,
qui est la source de la sollicitude que, comme l'a institué et commandé le
Christ, chaque évêque a pour toute l'Église et pour les autres Églises
particulières. Ainsi se dilate aussi sa sollicitude pour «ces régions du
monde où la Parole de Dieu n'a pas encore été annoncée ou dans lesquelles en
raison surtout du petit nombre de prêtres, les fidèles sont en danger de s'éloigner
des commandements de la vie chrétienne, et plus encore de perdre la foi».[13]
D'autre part, déjà les dons divins avec lesquels chaque évêque édifie
son Église particulière, c'est-à-dire l'Évangile et l'Eucharistie, sont
aussi ceux qui non seulement constituent chaque autre Église particulière en
tant que réunion dans l'Esprit, mais l'ouvrent aussi à la communion avec
toutes les autres Églises. En effet, l'annonce de l'Évangile est universelle
et, selon la volonté du Seigneur, elle s'adresse à tous les hommes, en étant
immuable dans tous les temps.
À cause de sa nature même et comme tous les autres actes liturgiques,
la célébration de l'Eucharistie est un acte de l'ensemble de l'Église, elle
appartient au Corps de l'Église en sa totalité, elle le manifeste et l'engage.[14]
De là aussi naît le devoir de chaque évêque, en tant que successeur légitime
des Apôtres et membre du Collège épiscopal, d'être d'une certaine façon le
garant de l'Église dans son ensemble (sponsor
Ecclesiæ).[15] En communion avec le Successeur de
Pierre
67.
L'ecclésiologie
de communion qui caractérise l'Église catholique exprime les multiples
rapports d'unité non seulement dans la même foi, espérance et charité, dans
la même doctrine et les mêmes sacrements, et ce entre toutes les Églises
particulières, mais aussi dans la communion concrète avec le Pontife Romain,
principe visible de l'unité de l'Église. Cette réalité se manifeste dans la
sanctification et dans le culte, dans la doctrine et dans le gouvernement, selon
le projet divin du Christ, qui a voulu que Pierre et ses successeurs soient un
principe d'unité visible pour confirmer leurs frères dans la foi.[16].
En communion et sous la conduite du successeur de Pierre, l'unité de l'Église
est aussi une source d'espérance pour le futur. Le dessein de Dieu, c'est
l'unité de toute la famille humaine et, dans sa structure, l'Église catholique
conserve ce don précieux.
Cette unité est source de confiance et d'espérance pour le futur de la
mission des chrétiens dans le monde. En effet, elle est la garantie de la
continuité de la vérité et de la vie de l'Évangile: la plénitude d'une Église
qui soit une, sainte, catholique et apostolique, comme l'a voulue le Christ, et
qui «subsiste dans l'Église catholique, gouvernée par le successeur de Pierre
et les évêques en communion avec lui».[17] 68.
Nombreux
sont les liens qui unissent les évêques individuellement au ministère de
Pierre: en tout premier lieu, la communion dans la vie divine, particulièrement
dans la célébration de l'Eucharistie, fondement de l'unité de l'Église dans
le Christ.[18]
Chaque célébration de l'Eucharistie, signe de la «sanctorum communio»,
c'est-à-dire de la communion des saints et de toutes les choses saintes, selon
l'expression chère à l'Antiquité chrétienne,[19]
se réalise en union non seulement avec un évêque particulier, mais avant tout
avec le Saint-Père et avec l'ordre épiscopal, donc avec tout le clergé et
tout le peuple de Dieu, tel que l'expriment les diverses formules de la prière
eucharistique.[20]
Il faut ensuite y ajouter la communion dans la prédication de l'Évangile
et dans la juste doctrine, dans la fidélité au Magistère de l'Église exercé
par le Pontife Romain, en particulier pour ce qui est des questions de la foi et
des mœurs. Si le Magistère pontifical est chaleureusement accueilli et diffusé,
c'est le signe d'une communion authentique et la garantie de l'unité de l'Église,
également pour conduire le Peuple de Dieu sur les sentiers de la vérité et spécialement
pour les domaines doctrinaux qui exigent aussi l’étude spécifique et
approfondie des problématiques nouvelles.[21]
Enfin, l'unité nécessaire aussi dans la discipline ecclésiastique est
un signe de communion dans la vérité et dans la vie, restant sauves les légitimes
variétés, selon le droit. Collaboration
dans le ministère pétrinien
69.
L'appartenance
au Collège des évêques, qui ne peut être conçue sans la communion avec son
Chef visible – le Pontife Romain –, se fait sous diverses formes de
participation et d'exercice de la collégialité. C'est justement parce qu'il appartient au Collège épiscopal
que, chaque évêque, dans l'exercice de son
ministère, rencontre l'évêque de Rome et se trouve en communion vivante et
dynamique avec lui, le Successeur de Pierre et le Chef du Collège, ainsi
qu'avec tous ses autres frères évêques du monde entier. Dans une telle
communion se réalise aussi la sollicitude pour toutes les Églises de par le
monde, de même que la dimension de mission, coopération et collaboration
missionnaires, caractéristique du ministère épiscopal.
Cette collaboration avec le Souverain Pontife a une forme spécifique
dans le Synode des Évêques, dans lequel se réalise un échange fructueux
d'informations et de suggestions et où, à la lumière de l'Évangile et de la
Doctrine de l'Église, sont définies les orientations communes qui, après
avoir été approuvées par le Successeur de Pierre, sont proposées à l'Église tout entière et émises pour le bénéfice des
Églises locales. De cette façon, l'Église
tout entière est valablement soutenue pour entretenir la communion dans la
pluralité des cultures et des situations.
Un fruit et une expression de cette union collégiale est la
collaboration des évêques provenant de tous les milieux du monde catholique
dans le cadre des organismes du Saint-Siège, en particulier les Dicastères de
la Curie romaine et dans diverses Commissions, où ils peuvent efficacement
apporter leur contribution en tant que pasteurs des Églises particulières. Les visites ad
limina et les rapports avec le Saint-Siège 70.
Les
visites ad limina constituent un
moment important manifestant la communion avec le Pape et les organismes du
Saint-Siège. Celles-ci se déroulent dans la communion sacramentelle de la célébration
eucharistique, dans la prière commune, dans la rencontre personnelle des évêques
avec le Pape et ses collaborateurs. Elles constituent une occasion de
discernement qui apporte les réalités, les angoisses, les espérances, les
joies et les problèmes des Églises particulières au cœur de la communion
visible et ce, dans un enrichissement de la catholicité et une expérience
particulière de l'unité.
Au cours des derniers temps, à l'occasion de telles visites, les
pasteurs eux-mêmes ont eu l'opportunité de partager entre eux des moments de
prière, en compagnie de leurs plus proches collaborateurs diocésains et de
quelques groupes de fidèles, en accentuant ainsi un renouveau authentique et véritable
du sens des visites des pasteurs des Églises particulières ad
limina apostolorum.[22]
Dans leurs réponses aux Lineamenta,
nombre d'évêques ont exprimé le souhait que – grâce aux Dicastères du
Saint-Siège et aux représentants pontificaux – les rapports entre le
Successeur de Pierre et les évêques diocésains soient toujours plus caractérisés
par des critères de collaboration et d'estime fraternelle, comme réalisation
concrète d'une ecclésiologie de communion dans le respect des compétences. Les Conférences épiscopales
71.
Les
évêques vivent leur communion avec les autres pasteurs dans l'exercice de la
collégialité épiscopale. Dès l'Antiquité chrétienne, cette réalité de
communion a trouvé une expression particulièrement qualifiée dans la célébration
des Conciles œcuméniques, ainsi que des Conciles particuliers, qu'ils soient
pléniers ou provinciaux, Conciles qui, aujourd'hui encore, présentent une
utilité, alors que dans le même temps se renforcent les Conférences épiscopales. En effet, à partir du siècle dernier, sont nées les Conférences épiscopales
qui, dans le Décret Christus Dominus,
ont trouvé un accueil particulier, et dans le C.I.C. des normes bien précises.[23]
Tout récemment, en suivant les recommandations du Synode Extraordinaire de 1985
qui demandait une étude sur la nature théologique et juridique des Conférences
épiscopales, Jean-Paul II a promulgué à ce sujet le Motu proprio Apostolos
suos, qui clarifie et précise l'ensemble de l'argument.[24]
Dans le Directoire Ecclesiæ imago,
leur véritable nature se trouvait d'une certaine façon exprimée comme suit:
«On a institué les Conférences épiscopales pour qu'elles puissent
aujourd'hui contribuer, de façon multiple et efficace, à orienter le sentiment
collégial vers des réalisations concrètes. Ces Conférences entretiennent éminemment
l'esprit de communion avec l'Église universelle et des Églises particulières
entre elles».[25] 72.
Étant
entendu que chaque évêque individuellement à toute autorité dans son Église
particulière, «dans la Conférence épiscopale, les évêques exercent
conjointement leur ministère épiscopal en faveur des fidèles du territoire de
la Conférence; mais afin que cet exercice soit légitime et s'impose aux différents
évêques, il faut l'intervention de l'autorité suprême de l'Église qui, par
la loi universelle ou par des mandats particuliers confie des questions déterminées
à la délibération de la Conférence épiscopale».[26]
«L'exercice conjoint du ministère épiscopal concerne aussi la fonction
doctrinale».[27]
Réunis en Conférence épiscopale, les évêques doivent avant tout se soucier
de ce que le Magistère universel arrive jusqu'au peuple qui leur a été confié.[28]
Pour que les déclarations doctrinales de la Conférence épiscopale obligent
les fidèles à y adhérer d'une âme religieuse obéissante, elles doivent être
soit approuvées à l'unanimité, soit approuvées à la majorité qualifiée,
pour obtenir la recognitio du Siège
Apostolique.[29]
Les Églises orientales patriarcales et archiépiscopales majeures ont
leurs propres institutions de caractère synodal, comme le Synode patriarcal[30]
et l'Assemblée patriarcale, et jouissent de lois qui leur sont propres. Le
C.C.E.O. lui-même prévoit les Assemblées de la hiérarchie des différentes
Églises sui iuris.[31]
Il existe aussi des organismes, comme les Réunions internationales de
Conférences épiscopales au niveau continental ou régional, qui du fait de
leur proximité, et tout en n'ayant pas les compétences des Conférences épiscopales
à proprement parler, selon les normes du Droit canon, constituent toutefois des
instruments utiles permettant d'établir des rapports de collaboration entre les
évêques dans la perspective du bien commun.[32] Communion affective et effective
73.
Les rapports qui s'établissent entre les évêques aussi bien dans le
cadre des Synodes patriarcaux des Églises orientales qu'à travers les Conférences
épiscopales ou encore dans d'autres formes de collaboration et de communion –
chacune d'elles suivant sa propre nature théologique et juridique – ne
doivent pas être vus uniquement en fonction du traitement bureaucratique de
questions intérieures et extérieures. Mais plutôt, dans l'esprit de communion
entre les pasteurs des Églises et dans l'affectus
collegialis, propre à la participation sacramentelle au souci pour
l'ensemble du Peuple de Dieu, ils doivent constituer une véritable expérience
de spiritualité, un exercice de communion affective et effective.
Les Assemblées épiscopales doivent donc se dérouler dans une écoute réciproque,
en vertu de la responsabilité commune et de la sollicitude ecclésiale. Elles
constituent des moments de responsabilité pastorale, de fraternité évangélique,
de partage des problèmes, de discernement ecclésial et spirituel authentique;
ce sont des moments pendant lesquels les évêques éclairent de la sagesse de
l'Évangile les problèmes de notre époque, dans une assistance mutuelle qui
est confiée à la grâce du Seigneur, présent au milieu de ceux qui se
trouvent réunis en son nom (cf. Mt
18,20), et à l'assistance de l'Esprit Saint qui guide l'Église. 74.
Cette aide réciproque des évêques entre eux, et tout spécialement
celle venant des Métropolites, peut et doit devenir encouragement, soutien dans
le discernement, conseil réciproque et, éventuellement, correction fraternelle
opportune, conformément à l'Évangile, dans les moments de difficultés.
Certains souhaitent qu'en vertu de la communion fraternelle dans la grâce
de l'épiscopat et dans l'unité de l'Église s'établissent des rapports
d'assistance réciproque entre les grands diocèses et ceux plus petits,
dans les aides qui se révèleront nécessaires comme l'échange d'agents de la
pastorale, de moyens économiques, de financements et la constitution de
structures et de bureaux communs lorsque les diocèses sont proches les uns des
autres. Comme signe de sollicitude pour l'Église universelle, il faut aussi
encourager les jumelages entre diocèses, comme des Églises répandues dans le
monde, en particulier celles qui sont jeunes et celles davantage dans le besoin.
Dans les réponses aux Lineamenta,
il a été demandé de clarifier les rapports lorsque, pour des raisons diverses
et spécialement en raison de la diversité des Églises sui iuris ou
bien l'existence d'une prélature personnelle ou d'un ordinariat militaire, différents
évêques installés dans un même territoire se trouvent à présider leurs fidèles
respectifs. Des critères précis doivent être fixés pour favoriser le témoignage
de l'unité. II. QUELQUES PROBLÈMES
PARTICULIERS
Diverses typologies du ministère épiscopal 75.
Des
réponses aux Lineamenta, des
questions ressortent qui méritent une attention particulière afin de
clarifier, à la lumière de l'expérience des années récentes, les tâches,
les droits et les devoirs particuliers, et ce dans le respect des dons propres
de chaque évêque.
La première question concerne la
variété du ministère épiscopal tel qu'il se dégage de l'histoire et des
traditions de l'Église.
Au sein de l'Église émerge le ministère de l'évêque élu et consacré
au service d'une Église particulière. Parmi eux, se trouve investi d'une
fonction particulière par le Seigneur, l'évêque
de Rome. L'Église qui se trouve à Rome préside à la charité, possède
une primauté particulière et, de par son lien spécifique avec l'Apôtre
Pierre, son évêque est le Chef et le Pasteur de l'Église universelle.[33]
Animé par l'Esprit du Bon Pasteur, il paît le troupeau universel du Christ et
confirme ses frères dans la vérité, comme signe de communion et d'unité
premier à toutes les autres Églises et confessions chrétiennes, face aux
autres religions et à la société tout entière.
Une figure épiscopale particulière, selon la tradition de l'Église,
est assumée par les évêques qui, avec le titre de patriarches,
président les Églises catholiques orientales. Au patriarche est réservé un
honneur particulier en tant que Père et Chef de son Église patriarcale.[34]
Dans les Églises orientales catholiques, on trouve aussi les archevêques majeurs qui sont métropolites d'un siège donné
reconnu par l'Autorité suprême de l'Église et qui président l’ensemble
d’une Église orientale sui iuris
n’ayant pas la dignité patriarcale.[35]
Les archevêques et les évêques des diocèses ou des éparchies
sont les pasteurs de leurs Églises particulières.
Outre les archevêques et les évêques préposés à une Église
particulière résidentielle, il existe d'autres archevêques et évêques ayant
reçu la grâce et la dignité épiscopale et qui sont au service de l'Église
tout entière, dans un lien particulier avec le ministère de Pierre dans le
gouvernement de l'Église; parmi eux, les évêques créés cardinaux, même
s'ils n'ont pas de siège particulier. D'autres collaborent avec le Pontife
Romain dans la sollicitude de l'Église universelle et sont au service du
Saint-Siège, ayant reçu une charge dans la Curie romaine ou dans les
Nonciatures et Délégations apostoliques.
Il faut aussi mentionner les évêques métropolites des Églises
orientales auxquels est confiée une province à l'intérieur du territoire
d'une Église patriarcale, suivant les normes de leur droit particulier. Dans l'Église
latine aussi se trouvent des métropolites, qui président une province ecclésiastique
en jouissant de droits et de devoirs propres, conformément au droit.
Les évêques coadjuteurs
et auxiliaires, dans les diocèses ou les éparchies, sont au service
de leurs propres diocèses ou éparchies et assistent l'évêque du diocèse ou
de l'éparchie quand les circonstances le requièrent, selon les normes du droit
particulier.
Cette simple énumération illustre la riche variété du ministère épiscopal
dans l'Église universelle et particulière au plan théologique et
institutionnel. Les évêques émérites
76.
Aujourd'hui, on se trouve devant un nombre considérablement accru d'évêques
qui, pour les raisons prévues par le droit, ont été relevés de leur office
pastoral. À maintes reprises s'est posé le problème de leur plus grande
participation à la vie ecclésiale.
En continuant d'être membres du Collège épiscopal, les évêques émérites
conservent le droit/devoir de participer aux actes du Collège suivant les
modalités prévues par le droit.[36]
En outre, étant donné leur expérience pastorale, ils devraient être
consultés sur des questions de caractère général. Et, pour continuer d'être
informés sur les problèmes les plus importants, ils reçoivent préalablement
les documents du Saint-Siège, le bulletin diocésain venant de l'évêque diocésain,
et d'autres documents encore. En raison de leur compétence dans certaines matières,
ils peuvent être nommés membres adjoints et consulteurs des Dicastères de la
Curie romaine; être élus, selon les cas prévus par les statuts des Conférences
épiscopales, au Synode des Évêques; et participer à certaines réunions ou
commissions d'études lorsque les statuts de la Conférence épiscopale ne prévoient
pas la nécessité de leur présence avec voix délibérative.[37]
Dans les réponses aux Lineamenta,
on trouve exprimé le souhait que ce qui est prévu par le droit soit fidèlement
appliqué.
Il est demandé qu'à chaque évêque émérite soit accordé un
traitement économique digne et que soient cherchées des solutions louables qui
leur évitent d'être isolés et favorisent pleinement leur vitalité ecclésiale.
Il convient de prendre en considération les attentions nécessaires dues
aux évêques âgés ou malades qui, dans l'Église et parmi les fidèles,
constituent aussi un exemple d'amour pour le Christ et de don de la vie dans
leur ministère, dans la prière et dans la souffrance.
Enfin,
le conseil des confrères évêques peut apporter une aide et un soulagement
considérables lorsque est venu le moment de renoncer à l'office. La sagesse,
la compréhension et l'encouragement des autres évêques peuvent fournir l'aide
nécessaire pour que, dans ce passage humain et spirituel difficile, les décisions
relatives à leur futur puissent être prises en toute sérénité et confiance
dans la providence divine. Élection et formation des évêques
77.
Parmi
les réponses aux Lineamenta,
certaines traitent l'argument des consultations préliminaires à l’élection
des évêques afin de favoriser par ce moyen le choix du candidat le plus
approprié à la mission qui lui sera confiée.
Étant donné la responsabilité particulière du ministère épiscopal, l'opportunité
d'initiatives spécifiques pour les évêques récemment nommés
est toujours plus ressentie.
Pour eux, au cours des dernières années, des activités formatives ont
été organisées afin qu’ils aient l’opportunité de bien se préparer aux
exigences de leur ministère, au plan théologique, pastoral, canonique,
spirituel et administratif.
Au moyen de programmes de formation
continue est également promue la nécessaire mise à jour doctrinale,
pastorale et spirituelle des évêques ainsi qu’un renforcement de la
communion collégiale et de l’efficacité pastorale pour leur propre diocèse.
En vue donc, des décisions à prendre, qu’elles soient graves ou
ordinaires, les évêques sont invités tout particulièrement à prévoir un
temps adéquate durant les vicissitudes du ministère pour méditer et
contempler, quand l’urgence des questions frappe à la porte du cœur et la
sollicitude du pasteur appelle la pause de la piété et de l’écoute de
l’Esprit dans la quiétude de l’âme. [1] Conc. Œcum. Vat. II, Const.
dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
1. [2]
Cf. Relatio finalis, Exeunte cœtu
II,C,1. [3]
Congregatio Pro Doctrina Fidei,
Litt. Communionis notio (28.05.1992), 3: AAS 85 (1993) 839. [4] Cf. ibid. [5] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
13. [6] Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsyn. Christifideles
laici (30.12.1988), 31: AAS 81
(1989) 448. [7] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
23; C.I.C. can. 381§1; C.C.E.O. can. 178. [8] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
22; C.I.C. can 336; C.C.E.O. can. 49. [9] Cf. S. Cyprianus,
De catholicæ Ecclesiæ unitate, 5: PL 4, 516; cf. Conc.
Œcum. Vat. I, Const.
dogm. Pastor æternus de Ecclesia
Christi, Prologus: DS 3051; cf. Conc.
Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 18. [10]
Congregatio Pro Doctrina Fidei,
Litt. Communionis notio
(28.05.1992), 13: AAS 85 (1993)
846. [11] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const.
dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
23. [12]
Cf. Congregatio Pro Doctrina Fidei,
Litt. Communionis notio
(28.05.1992), 9; 11-14: AAS 85
(1993) 844-847. [13] Conc. Œcum. Vat. II, Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia Christus Dominus, 6; cf. Conc.
Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 23; Decret. de past. Episc.
mun. in Ecclesia Christus Dominus,
3,5. [14] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. de sacra Liturgia Sacrosanctum
concilium, 26. [15] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia Christus
Dominus, 6. [16] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesia, Lumen
gentium, 22-23. [17] Ibid., 8; cfr. Congregatio Pro
Doctrina Fidei, Decl. Dominus
Iesus (6.08.2000), 17. [18] Ibid., 26. [19] Ibid., 6. [20]
Congregatio Pro Doctrina Fidei,
Litt. Communionis notio
(28.05.1992), 14: AAS 85 (1993)
846. [21] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm de Ecclesia Lumen gentium,
25. [22]
Cf. Congregatio Pro Episcopis,
Direct. pro visitatione ad limina
Constitutioni apostolicæ Pastor Bonus
adnexum (29.06.88). [23] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Decr.
de past. episcoporum munere in Ecclesia Christus Dominus, 37-38; C.I.C.,
c.447-449. [24] Cf. Ioannes Paulus II, Litt.
ap. motu proprio datæ Apostolos suos
(21.05.1998): AAS 90 (1998)
641-658; cf. Congregatio Pro
Episcopis, Epistula Præsidibus
Conferentiarum Episcopalium missa, nomine quoque Congregationis pro Gentium
Evangelizatione (21.06.1999): AAS
(1999) 996-999. [25]
Sacra Congregatio pro Episcopis,
Direct. Ecclesiæ
imago, 210; cf. Ioannes
Paulus II, Litt. ap. Apostolos
suos, 5. [26] Cf. Ioannes Paulus II, Litt.
ap. Apostolos
suos (21.05.1998) 20: AAS 90 (1998) 765. [27] Ibid., 21: AAS 90 (1998) 655. [28] Cf. idem. [29] Cf. ibid., 22: AAS
90 (1998) 655. [30] Cf. C.C.E.O., c. 110 et 152. [31] Cf. C.C.E.O., c. 322. [32] Cf. Ioannes Paulus II, Litt.
ap. Apostolos
suos, 5, note 32: AAS
90 (1998) 645. [33] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesia, Lumen
gentium, 22-23, cum notis. [34] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Decr. de Ecclesiis orientalibus catholicis Orientalium
Ecclesiarum, 9; C.C.E.O., cc.55-56. [35] Cf. C.C.E.O., cc. 151-152. [36] Cf. C.I.C., c. 336; 337; 339. [37] Cf. Congregatio Pro Episcopis,
Normæ In vita Ecclesiæ sur les
évêques dispensés de leur office (31.10.1988); Pontificium Consilium Pro Interpretatione Legum, Responsio
(3.12.1991): AAS 83 (1991) 1093.
CHAPITRE
IV
L'ÉVÊQUE AU SERVICE DE SON ÉGLISE L'icône biblique du lavement des pieds: Jn
13,1-16 78.
Au
point culminant de sa vie, alors qu'il entreprend la dernière étape de son
exode pascal, pour s'offrir librement au Père pour notre salut, Jésus se
montre à ses disciples comme le serviteur de tous les hommes.
Avec le lavement des pieds, Jésus nous a laissé l'icône de l'amour
serviable jusqu'au don de la vie, comme modèle pour les vrais disciples de l'Évangile.
L'imitation du Christ exige de suivre ses propres attitudes. «Car c'est un
exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai
fait pour vous» (Jn
13,15). Cet humble geste de service, que chaque évêque est appelé à répéter
rituellement chaque année le jour du Jeudi saint dans la célébration de la Cène
du Seigneur, est lié au ministère de la charité, au commandement nouveau de
l'amour réciproque (cf. Jn 13,34-35)
et il se révèle comme un geste qui a son aboutissement dans l'Eucharistie et dans la mort par le sacrifice sur la
Croix. Service, charité, Eucharistie, croix et résurrection sont tous
intimement liés les uns aux autres dans la vie de Jésus, dans son enseignement
et son exemple pour son Église, et comme dans la mémoire qui en est faite.
À la lumière de cette icône de Jean, le
ministère
de l'évêque dans son Église particulière apparaît comme un service d'amour,
et sa figure comme celle du Christ, serviteur de ses frères. C'est avec ces
sentiments que Jésus a accompli ce geste, comme un signe d'espérance aussi, en
sachant que le Père avait tout remis entre ses mains, qu'il était venu du Père
et qu'il y retournait, dans l'attente certaine de revoir ses disciples après Pâques
(cf. Jn 13,3). Ainsi, dans l'humilité
de son service, l'évêque aussi proclamera l'espérance par la parole, il la célèbrera
dans les sacrements, la réalisera au milieu de son peuple et de ses fidèles,
en se penchant humblement sur toutes les nécessités des fidèles et, plus
particulièrement, de ceux qui sont plus dans le besoin. I. L'ÉVÊQUE DANS SON ÉGLISE PARticuliÈrE
L'Église particulière 79.
La
tâche spécifique du ministère épiscopal acquiert une valeur et une
tangibilité spécifiques dans l'Église particulière pour laquelle l'évêque
diocésain est élu et consacré. Le ministère des évêques se spécifie comme
un service aux Églises particulières répandues dans le monde, dans lesquelles
et à partir desquelles («in quibus et ex
quibus») existe la seule et unique Église catholique.[1]
Le rapport réciproque d'identité et de représentation qui place l'évêque
au centre de l'Église particulière s'exprime dans les mots de la tradition,
suivant l'expression de Cyprien: «Tu dois savoir que l'évêque est dans l'Église,
et l'Église dans l'évêque, et ceux qui ne sont pas avec l'évêque ne sont
pas dans l'Église».[2]
Ainsi, le ministère de l'évêque concerne son Église tout entière, dans
laquelle il est lui-même inclus, et qui représente une série d'éléments de
communion et d'unité dans l'Église universelle. D'autre part, on ne peut
penser à une Église particulière sans se référer à son pasteur. L'Église
particulière peut s'expliquer à partir du triple office épiscopal de la
sanctification, du magistère et du gouvernement, qui s'entremêle avec la dimension prophétique, sacerdotale et royale du Peuple de Dieu.[3]
C'est pourquoi, comme le rappelait déjà le Directoire Ecclesiæ
imago, l'évêque «doit unir en lui-même les dispositions du frère et du
père, du disciple du Christ et du maître dans la foi, du fils et, d'une
certaine façon, du père de l'Église, puisqu'il est le ministre de la
naissance surnaturelle des chrétiens».[4] Un mystère qui converge dans l'évêque uni à son peuple
80.
Dans
la personne de l'évêque uni à son peuple, convergent les caractères de la
communion ecclésiale. En lui se manifeste la communion trinitaire, car il devient le signe du «Père»; il est
la présence du Christ, «chef, époux et serviteur»; il est l'«économe» de
la grâce et l'homme de l'Esprit. Dans l'évêque, s'accomplit la communion apostolique qui fait de lui le témoin de la tradition
vivante de l'Évangile qui se rattache à la succession apostolique. En lui,
agit la communion hiérarchique qui
l'unit au charisme pétrinien, tout comme les Apôtres étaient unis à Pierre
à Jérusalem.
Dans la grâce de son ministère de maître, prêtre et pasteur, se concrétise
l'unité de l'Église particulière
qui trouve en lui le point de communion entre les prêtres et les diverses
paroisses et assemblées locales qui, en communion avec lui, deviennent «légitimes».
Il est enfin l'animateur de la communion
des charismes et des ministères des autres fidèles de Christ, consacrés et laïcs,
qui trouvent en lui le principe d'unité et de force missionnaires.
Dans la personne de l'évêque aussi s'exprime la réciprocité entre l'Église
universelle et les Églises particulières qui, ouvertes les unes aux autres, se
retrouvent comme portions du Peuple de Dieu et «portiones
Ecclesiæ»[5] dans l'unité, la sainteté, la catholicité et
l'apostolicité de l'Église qui existe déjà avant elles et s'incarne en elles
comme communautés historiques, territoriales et culturelles concrètes. Parole, Eucharistie, communauté
81.
Dans
le Décret sur l'office pastoral des évêques dans l'Église Christus Dominus, on trouve l'icône de l'Église particulière présentée
dans des termes théologiques qui se référent explicitement au diocèse: «Un
diocèse est une portion du Peuple de Dieu confiée à un évêque pour qu'avec
l'aide de son presbyterium, il en soit le pasteur: ainsi le diocèse, uni à son
pasteur et par lui rassemblé dans le Saint-Esprit grâce à l'Évangile et à
l’Eucharistie, constitue une Église particulière en laquelle est vraiment présente
et agissante l'Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique».[6] Les éléments constituant l'Église particulière autour
de l'évêque peuvent être résumés dans les instances fondamentales suivantes
de l'ecclésiologie du Nouveau Testament.[7] a)
La prédication de l'Évangile
en tant que présence du Christ et de sa Parole. Cette Parole fait l'Église. L'Église
naît de la Parole avant tout; elle est «creatura Verbi», dans le
souffle vivifiant de l'Esprit. En effet, l'Église commence à être «ecclesia»,
communauté des convoqués, à travers la Parole de l'Évangile; elle est formée
et modelée par la Parole proclamée, accueillie dans la foi, sans cesse mise en
pratique, comme nous l'enseignent les Actes des Apôtres (cf. At
2,42 ss.). C'est pourquoi la proclamation de la Parole est intrinsèque à l'Église,
ainsi que l'évangélisation et la catéchèse, dans la puissance vivifiante de
l'Esprit. b)
Le mystère de la Cène du Seigneur
ou Eucharistie qui fait l'Église. En effet, c'est le Christ qui est le Chef
et l'Époux de l'Église; et c'est l'Eucharistie, mémoire sacramentelle de la
mort et de la résurrection du Christ glorieux, qui rend l'Église une, sainte,
catholique et apostolique. c)
Cette synaxe, concrétisée aussi dans des «communautés restreintes,
pauvres et dispersées», présuppose et engendre la vie théologale; l'amour, l'espérance et
la charité, c'est-à-dire l'existence chrétienne qui s'exprime dans la
communion des fidèles entre eux et dans leur mission. L'Eucharistie reste la
source et le sommet de la vie de l'Église.[8]
Dans ces trois signes, on peut percevoir trois caractéristiques
originales de l'essence du chrétien. En effet, dans son lien visible avec le Maître
invisible et avec son Esprit, l'Église reçoit la Parole de l'Évangile, célèbre
le mystère de la Cène du Seigneur et vit dans la charité, et ce, grâce à la
foi et à l'espérance elles-mêmes. Une, sainte, catholique et apostolique
82.
L'Église
particulière porte en soi toute la complexe réalité de l'Église Peuple de
Dieu, en ce qu'elle implique tous les baptisés dans leur multiple et
contraignante réalité sacerdotale, prophétique et royale, avec toute la variété
des ministères ordonnés et des charismes.
C'est là un peuple marqué par la grâce des sacrements, constitué Église
dans le Christ et dans l'Esprit pour la gloire du Père. Mais c'est aussi un
peuple pèlerin, enraciné ici et maintenant dans une terre, une histoire, une
culture.
L'Église particulière est appelée en permanence à se mesurer à la
richesse de l'Église universelle qu'elle-même réalise, rend présente et
agissante. Elle est l'Église locale, particulière, mais projetée dans le
dessein eschatologique qui comprend: l'unité
de la vie théologale, dans le ministère, les sacrements, la vie et la mission,
en communion avec Pierre; la sainteté
dans la richesse de l'Évangile vécu et dans l'expérience riche et mûrie des
dons de l'Esprit Saint; la catholicité
en tant que communion cordiale avec tous, dans l'ouverture à l'universalité de
l'Église et à ses multiples richesses pouvant être intégrées dans la réciprocité;
l'apostolicité, en vertu de la tradition de foi et de vie sacramentelle
venant des Apôtres, avec la force du mandat missionnaire, jusqu'aux limites de
la terre et jusqu'à la fin des temps. Une
Église au visage humain 83.
Si
l'Église est la convergence du divin avec l'humain, sa racine divine est la
Trinité; mais, en tant que champ et vigne de Dieu, elle est aussi enracinée
ici-bas; tout comme le peuple en errance, elle vit dans un lieu, elle a une
histoire, un présent et un futur. En effet, une Église particulière possède
ses propres traditions, parfois liturgiques aussi, elle conserve les traces de
l'histoire du salut passée et présente, à partir desquelles elle existe et se
projette dans l'avenir.
Il est nécessaire de valoriser cette réalité terrestre de l'Église
particulière, qui vit ici et aujourd'hui. Cela afin de saisir en totalité son
essence profonde et son mode d'agir, ses richesses, ses faiblesses et ses nécessités,
dans la perspective de l'évangélisation et du témoignage. En outre, comme Église
particulière, elle est consciente d'être dans la communion
des choses saintes et des saints du ciel et de la terre, c'est-à-dire la véritable
grande «communio sanctorum».
De plus, l'Église est une communion de personnes et de visages, dans
laquelle chacun d'eux est unique et où aucune individualité n'est effacée. Et
les visages indiquent la tangibilité du vécu des personnes, qu'il s'agisse des
hommes ou des femmes de tout âge et de toute condition.
Dans cette «Église des visages», on peut lire un message concret, une
urgence de présence, d'évangélisation, de témoignage, une offre de dialogue,
une demande d'authenticité. Chaque fois que l'on pense à l'Église particulière,
il ne faut pas oublier les visages concrets car c'est en eux que se reflète
l'image vivante du Christ. Paul VI a rappelé que «l'Église universelle
s'incarne de fait dans les Églises particulières constituées, elles, de telle
ou telle portion d'humanité concrète, parlant telle langue, tributaire d'un héritage
culturel, d'une vision du monde, d'un passé historique, d'un substrat humain déterminé».[9]
En réalité, chaque Église particulière aussi a un visage spécifique,
au plan humain et géographique, qui détermine également une organisation
pastorale particulière. Il existe des diocèses qui englobent particulièrement
des villes modernes très peuplées, et d'autres s'étendant sur de vastes
territoires où le Pasteur a beaucoup de difficultés à se rendre. Église universelle, Église particulière
84.
Le
document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi intitulé Communionis notio, qui veut préciser certaines valeurs et certaines
limites de l'ecclésiologie de communion et de l'ecclésiologie eucharistique, a
voulu spécifier – et ce, avec raison – certains aspects de la plénitude et
des limites de l'Église particulière qui soit conforme à ce qui en est
attendu dans une perspective catholique authentique.
Ainsi, par exemple, il met en garde contre une conception de l'Église
particulière qui présente la communion des Églises individuelles de telle
sorte que la conception de l'unité de l'Église s'en trouve affaiblie dans sa
dimension visible et institutionnelle. Le document déclare: «On en vient à
affirmer que toute l'Église particulière est un sujet en lui-même complet, et
que l'Église universelle est le résultat de la reconnaissance
réciproque des Églises particulières. Cette unilatéralité ecclésiologique,
qui appauvrit non seulement le concept d'Église universelle mais aussi celui d'Église
particulière, manifeste une compréhension insuffisante du concept de communion».[10] C'est justement pour ne pas menacer la communion dans sa dimension
d'universalité que le même document affirme, de façon lumineuse, que dans l'Église
personne n'est étranger: «dans la célébration de l'Eucharistie tout
particulièrement, chaque fidèle se trouve dans son Église, dans l'Église du
Christ».[11]
En effet, qu'il appartienne ou non au diocèse, à la paroisse ou à la
communauté particulière, dans la célébration eucharistique chaque fidèle
doit toujours se sentir comme étant dans son Église. Car, tout en appartenant
à une Église particulière dans laquelle il a été baptisé, où il vit ou
dans laquelle il participe à la vie du Christ, d'une façon ou d'une autre le
fidèle appartient à toutes les Églises particulières.[12]
Ce ministère d'unité est confié à l'évêque, dans la référence
indissoluble de l'Église particulière à l'Église universelle. 85.
Dans
cette portion du Peuple de Dieu, une communauté appartenant à l'unique famille
de Dieu vit en plénitude la référence au Royaume du Christ, qui intègre
toutes les richesses de la catholicité[13]
préfigurées dans l'Église de la Pentecôte.[14]
La référence à l'Église de Jérusalem fait que chaque Église a un
lien particulier avec Pierre, Chef de cette Église des origines. Ce lien assure
un caractère apostolique à chaque Église locale à travers la succession
apostolique des évêques. La communion dans l'unique Église et dans les Églises
individuelles suppose aussi l'unité dans le charisme de Pierre, et donc la
communion avec toutes les autres Églises disséminées dans le monde.
Dans ce dessein de l'unité universelle et des spécificités, elle se déploie
comme une espèce de dessein trinitaire qui scelle et modèle l'existence de
chaque Église au sein de l'Église catholique et leur relation réciproque. La
réalité sociale, culturelle, géographique et historique de chaque Église
n'est donc pas sans signification. Dans la réalité des Églises locales répandues
dans le monde, l'Église universelle réalise le mystère de l'unité et de la réconciliation
de tous dans le Christ. Et le signe et le garant de cette communion de tous les
membres de l'Église particulière en est l'évêque. II. LA COMMUNION ET LA MISSION DANS L'ÉGLISE PARTICULIÈRE
En communion avec le clergé 86.
Un
acte nécessaire de la communion est celui de l'union sacramentelle du
presbyterium autour de son évêque. Selon les textes les plus anciens de la
tradition, comme ceux d'Ignace d'Antioche, c’est un élément essentiel de l'Église
particulière. Entre l'évêque et les prêtres existe la «communio
sacramentalis» dans le
sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui est la participation à l'unique
sacerdoce du Christ et, par là, bien qu'à des degrés différents, à l'unique
ministère ecclésial ordonné et à l'unique mission apostolique.
En vertu de cela, et donc de la coopération dans le ministère épiscopal,
les prêtres «rassemblent la famille de Dieu en une fraternité tendant vers un
seul but».[15]
Dans le sillage du Concile Vatican II, Jean-Paul II a mis en relief
l'appartenance des prêtres à l'Église particulière en tant que fondement
d'une théologie et d'une spiritualité riches: le prêtre doit avoir «conscience
que le fait d'être dans une Église particulière constitue, de soi, un élément
déterminant pour vivre une spiritualité chrétienne. En ce sens, le prêtre
trouve précisément dans son appartenance et dans son dévouement à l'Église
particulière une source de sens, de critères de discernement et d'action, qui
modèlent sa mission pastorale et sa vie spirituelle».[16]
Au presbyterium du diocèse appartiennent aussi tous les prêtres des
Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique. Ils vivent
leurs propres charismes dans l'unité, dans la communion et dans la mission de
l'Église particulière. En elle, ils contribuent à mettre en commun la
richesse des dons de spiritualité et d'apostolat qui sont les leurs. Ainsi, les
Églises particulières peuvent être enrichies au niveau charismatique «à
l’image» de l'Église universelle, à laquelle certaines institutions
supra-diocésaines se réfèrent.[17]
Dans la réalité, la dimension d'universalité est inscrite dans la
communion avec toutes les Églises et dans la nature même du ministère
sacerdotal, qui a une mission universelle.[18] 87.
Le
Concile Vatican II a décrit les rapports mutuels entre l'évêque et les prêtres
avec des images et des termes différents. Il a indiqué dans l'évêque le «père»
des prêtres[19]
mais, au rappel de la paternité spirituelle, il a uni celui de la fraternité,
de l'amitié, de la collaboration nécessaire et du conseil. Cependant, il est
vrai que la grâce sacramentelle arrive au prêtre par l'intermédiaire du
ministère de l'évêque et qu'elle lui est donnée afin qu'il puisse coopérer
avec l'évêque dans la mission apostolique. Cette même grâce unit les prêtres
aux diverses fonctions du ministère épiscopal, et plus particulièrement à
celle de serviteur de l'Évangile de Jésus-Christ pour l'espérance du monde.
En vertu de ce lien sacramentel et hiérarchique, les prêtres, qui sont des
collaborateurs et des conseillers indispensables, assument, selon leur grade,
les devoirs et les préoccupations de l'évêque et le rendent présent en
chaque communauté.[20]
Le rapport sacramentel-hiérarchique se traduit dans la recherche,
constamment poursuivie, d'une communion réelle de l'évêque avec les membres
de son presbyterium et confère consistance et signification à l'attitude intérieure
et extérieure de l'évêque envers ses prêtres. C'est dans le Conseil presbytéral
que se réalise une telle communion, Conseil qui, en représentant le clergé,
constitue le Sénat de l'évêque et l'assiste dans le gouvernement du diocèse,
afin de promouvoir plus efficacement le bien de tous les fidèles. Il est du
devoir de l'évêque de le consulter et d'en écouter volontiers l'opinion.[21] Une attention particulière pour les prêtres
88.
Modèle du troupeau (cf. 1 P
5,3), l'évêque doit l'être avant tout pour son clergé, auquel il se propose
comme un exemple de prière, de sens ecclésial, de zèle apostolique, de dévouement
à la pastorale d'ensemble et de collaboration avec tous les autres fidèles.
En outre, l'évêque est, en tout premier lieu, responsable de la
sanctification de ses prêtres et de leur formation permanente. À la lumière
de ces instances spirituelles, il agit de façon à engager le ministère de son
presbyterium de la façon la plus adéquate possible. Il doit veiller chaque
jour à ce que tous les prêtres sachent et sentent de manière tangible qu'ils
ne sont ni seuls ni abandonnés, mais qu'ils sont membres et part entière d'un
«unique presbyterium».
Dans les réponses aux Lineamenta,
il ressort que, puisque les prêtres ont besoin de références spirituelles,
ils doivent trouver un soutien auprès de l'évêque. En tant que père et
pasteur, celui-ci exprime et promeut les rapports personnels et collectifs avec
ses prêtres, en impliquant ceux-ci de façon responsable dans le Conseil
presbytéral ou dans d'autres rencontres de formation, à caractère pastoral et
spirituel. Toute division entre l'évêque et son presbyterium constitue un
scandale pour les fidèles et sape la crédibilité de l'annonce; par contre,
dans le signe de la fraternité, l'exercice de l'autorité devient véritablement
un service. En outre, en établissant un rapport profond avec ses prêtres, l'évêque
peut en connaître les talents et peut donc confier à chacun d'eux la tâche
qui lui convient le mieux. Le ministère et la coopération des diacres
89.
À la communion de l'Église particulière participent les diacres, qu'il
s'agisse de ceux qui sont ordonnés en vue du sacerdoce ou de ceux qui sont
permanents. Ils sont au service de l'évêque et de l'Église particulière dans
leur ministère de prédication de l'Évangile, de service de l'Eucharistie et
de la charité.[22]
Quant aux diacres ordonnés non pour le sacerdoce mais pour le ministère,
il est certain qu’en raison de leur degré dans l'Ordre sacré, ils sont étroitement
liés à l'évêque et à son presbyterium.[23]
Aussi l'évêque est-il le premier responsable du discernement de la vocation
des candidats,[24]
de leur formation spirituelle, théologique et pastorale. C'est toujours l'évêque
qui, tenant compte des besoins pastoraux et de leur condition familiale et
professionnelle, leur confie les tâches ministérielles, en prenant soin de les
insérer dans la vie de l'Église particulière de façon organique et en étant
attentif à ce que ne soient négligées ni leur formation permanente ni la
promotion de leur spiritualité propre.[25] Le Séminaire et la pastorale des vocations
90.
De
l'importance fondamentale du clergé et des diacres dans l'Église particulière
naît aussi le souci premier de l'évêque pour la pastorale des vocations en général,
et pour la pastorale des vocations sacerdotales et diaconales en particulier,
avec une attention spécifique au Séminaire, souvent désigné dans la
tradition ecclésiastique comme la pupille de l'œil du pasteur. En tant que
lieu et milieu communautaire, où grandissent et se forment les futurs prêtres,
le Séminaire est le signe de cette espérance dont vit une Église particulière
face à l'avenir.
Devant le manque des vocations dans une Église qui ne peut renoncer à
la plénitude du ministère sacerdotal pour célébrer la Parole et les
sacrements, et tout spécialement l'Eucharistie et la pénitence, il faut avoir
le courage de proposer la vie sacerdotale. Dans ce dessein, aussi comme témoignage
spécifique d'espérance, parmi les devoirs plus importants de l’évêque il
faut citer l'attention pour les vocations et son direct intéressement à la
formation intégrale des futurs prêtres, selon les directives du Magistère.
Ceci exige de l'évêque une connaissance personnelle des candidats à
l'ordination sacerdotale et diaconale.
Il
faut proposer à nouveau aujourd'hui avec confiance, l'estime pour l'appel au
sacerdoce, avec la collaboration des familles, des paroisses, des personnes
consacrées et des mouvements ecclésiaux et des communautés. Une Église dans
laquelle manque la référence nécessaire au clergé ordonné risque de perdre
son identité. On ne peut donc faire l'hypothèse d'une communauté chrétienne
qui fasse abstraction du ministère sacerdotal en vue de l'enseignement, du
gouvernement et des sacrements, en particulier celui de pénitence, de l'onction
des malades et de l'Eucharistie. En rapport avec les autres ministères
91.
Outre
le sacerdoce et le diaconat, l'Église réalise aussi sa mission grâce aux
ministères institués et aux autres charges et devoirs. En considération de
cette multiplicité, l'évêque doit promouvoir les divers ministères dans
lesquels l'Église peut accomplir toutes les bonnes œuvres. Ces ministères
doivent être confiés aux personnes consacrées mais aussi aux fidèles laïcs,
en vertu de la vocation et mission communes qui naissent du baptême et de la
confirmation, et des talents particuliers qu'avec joie chacun met au service de
l'Évangile.
C'est de là que ressort la triple ministérialité ecclésiale, en
rapport avec la triple dignité des baptisés dans le Peuple de Dieu: du devoir
prophétique naît l'évangélisation et la catéchèse, puisées à l'écoute
de la Parole; du devoir sacerdotal
rayonnent les ministères reliés à la célébration liturgique, ainsi que le
culte spirituel de la vie quotidienne et la prière, pour faire de l'existence
un don, une adoration en Esprit et vérité; du devoir
royal naissent tous les ministères au service du Royaume de Dieu dans le
monde, dans les structures de la société, dans la famille, dans les usines,
suivant toutes les formes concrètes de charité, d'action sociale, de «charité
politique» saine et engagée.
Si la communion règne partout, alors agit et se manifeste la force de la
Trinité, qui est la charité, et l'espérance se renouvelle dans la communion réciproque. Sollicitude pour la vie consacrée
92.
La
vie consacrée est une expression privilégiée de l'Église-Épouse du Verbe et
elle en est même une partie intégrante, comme cela est rappelé dès le début
de l'Exhortation apostolique postsynodale Vita
consecrata, partie placée «au cœur même de l'Église, comme un élément
décisif pour sa mission».[26]
À travers elle, dans la variété de ses formes et une visibilité typique
permanente, les traits caractéristiques de Jésus, chaste, pauvre et obéissant
sont, de quelque façon, rendus présents dans le monde et indiqués comme une
valeur absolue et eschatologique. L'Église tout entière est reconnaissante à
la Sainte Trinité pour le don de la vie consacrée. Cela montre comment la vie
de l'Église ne s'épuise pas dans la structure hiérarchique, comme si elle était
composée uniquement de ministres sacrés et de fidèles laïcs, mais comment
elle se réfère à une structure fondamentale plus vaste, riche et articulée,
charismatique et institutionnelle, voulue par le Christ lui-même et englobant
la vie consacrée.[27]
La vie consacrée émane de l'Esprit et elle en est un don constitutif
pour la vie et la sainteté de l'Église. Elle est obligatoirement en rapport hiérarchique
avec le ministère sacré, en particulier celui du Souverain Pontife et des évêques.
Dans l'Exhortation Vita consecrata, Jean-Paul
II a rappelé que les divers Instituts de vie consacrée et les Sociétés de
vie apostolique ont, avec le Successeur de Pierre, un lien particulier de
communion, dans lequel a aussi ses racines leur caractère d'universalité et
leur nature supra-diocésaine.[28]
Conformément aux Directives de Mutuæ
relationes, aux évêques réunis autour du Souverain Pontife, le
Christ-Chef confie l'office «de prendre soin des charismes religieux d'autant
plus que l'indivisibilité même du ministère pastoral les rend responsables de
la perfection de tout le troupeau. De la sorte, en promouvant la vie religieuse,
en la protégeant conformément à son caractère propre, les évêques
accomplissent un véritable devoir pastoral».[29]
Dans l'Exhortation Vita consecrata,
se trouve toujours présente l'instance d'accroître les rapports réciproques
entre les Conférences épiscopales, les Supérieurs majeurs et leurs Conférences,
et ce afin de favoriser la richesse des charismes et d'agir pour le bien de l'Église
universelle et particulière.
Où qu'elles se trouvent, les personnes consacrées vivent leur vocation
pour l'Église universelle au sein d'une Église particulière déterminée, où
elles expriment leur appartenance ecclésiale et accomplissent des tâches
significatives. Et tout particulièrement, en raison du caractère profondément
prophétique inhérent à la vie ecclésiale, elles sont l'annonce vécue de l'Évangile
de l'espérance, les témoins éloquents du primat de Dieu dans la vie chrétienne
et de la puissance de Son amour dans la fragilité de la condition humaine.[30]
D'où l'importance, pour que la pastorale diocésaine se développe de façon
harmonieuse, de la collaboration entre chaque évêque et les personnes consacrées.[31]
L'Église est reconnaissante aux nombreux évêques qui, tout au long de
son histoire jusqu'à aujourd'hui, ont considéré la vie consacrée comme un
don spécifique de l'Esprit Saint au Peuple de Dieu, au point d'avoir fondé
eux-mêmes des familles religieuses, dont un grand nombre existent encore
aujourd'hui et œuvrent au service de l'Église universelle et des Églises
particulières. En outre, le fait que l'évêque se consacre à sauvegarder la
fidélité des instituts à leurs charismes constitue une raison d'espérance
pour les instituts eux-mêmes, en particulier ceux qui connaissent des difficultés.[32] Un laïcat engagé et responsable
93.
Le
Concile Vatican II, la VIIème Assemblée Générale Ordinaire du
Synode des Évêques de 1987 et la successive Exhortation apostolique Christifideles laici de Jean-Paul II ont largement illustré la
vocation et la mission des fidèles laïcs dans l'Église et dans le monde.[33]
La dignité baptismale qui les fait participer au sacerdoce du Christ leur confèrent,
en même temps qu'un don particulier de l'Esprit, une place qui leur est propre
au sein du Corps de l'Église et les appelle à participer, selon leur charisme
spécifique, à la mission rédemptrice qui est la sienne, suivant le mandat du
Christ, jusqu'à la fin des temps.
Les laïcs exercent la responsabilité chrétienne caractéristique de
leur état dans les différents domaines de la vie et de la famille, de la
politique, du monde professionnel et social, de l'économie, de la culture, de
la science, des arts, de la vie internationale et des mass media.
Dans toutes leurs nombreuses activités, les fidèles laïcs unissent
leur talent personnel et la compétence acquise au témoignage limpide de leur
foi en Jésus-Christ. Engagés dans les réalités temporelles, les laïcs ont
le mandat de rendre compte de l'espérance théologale (cf. 1 P
3,15) et de travailler avec zèle ici-bas justement parce qu'ils sont stimulés
par l'attente d'une «terre nouvelle».[34]
Ils sont capables d'exercer une grande influence sur la culture, en en élargissant
les perspectives et les horizons d'espérance. Ce faisant, ils assurent aussi un
service particulier à l'Évangile et à la culture elle-même, d'autant plus nécessaire
du fait qu'à notre époque persiste le drame de leur séparation. De plus, dans
le domaine des communications sociales qui influencent grandement la mentalité
des personnes, les fidèles laïcs ont une responsabilité particulière surtout
pour ce qui est d'une juste divulgation des valeurs éthiques.
Dans les réponses aux Lineamenta,
il est recommandé aux évêques, pour éviter des interventions inadéquates ou
même le silence à propos de problèmes émergents, de créer des forums
dans lesquels interviennent les laïcs, selon le charisme caractéristique de
leur sécularité et selon leurs compétences, comblant ainsi le fossé entre l'Évangile
et la société contemporaine. 94.
Bien
que, par vocation, les laïcs soient engagés dans des activités principalement
séculières, il ne faudra pas oublier qu'ils appartiennent à une unique
communauté ecclésiale, dont ils constituent numériquement la plus grande
partie. Après le Concile Vatican II, on a vu se développer avec bonheur de
nouvelles formes de participation responsable des laïcs, hommes et femmes, à
la vie des communautés diocésaines et paroissiales. Ainsi, ils sont présents
dans les divers Conseils pastoraux, ils assument un rôle croissant dans différents
services comme l'animation de la liturgie ou de la catéchèse, ils sont engagés
dans l'enseignement de la religion catholique dans les écoles, etc. Un certain nombre de laïcs acceptent aussi de se consacrer à ces tâches par des engagements permanents et, parfois même, perpétuels. Cette collaboration des fidèles laïcs est certainement précieuse pour affronter les exigences de la «nouvelle évangélisation», en particulier là où on enregistre un nombre insuffisant de ministres ordonnés.
La réflexion sur les fidèles laïcs doit aussi inclure celle sur la nécessité
de leur formation appropriée. D'autre part, il est évident que l'évêque doit
être attentif à soutenir, spécialement au plan spirituel, tous ceux qui
collaborent de plus près à la mission ecclésiale.
Dans la formation des fidèles laïcs, il faut accorder une place spéciale
à la doctrine sociale de l'Église, pour qu'elle les éclaire et les encourage
dans leur action selon les exigences pressantes de la justice et du bien commun,
et à laquelle ils doivent contribuer fermement dans le cadre des œuvres et des
services que la société réclame. Dans ce dessein, il est nécessaire de
promouvoir des écoles diocésaines de formation sociale et politique, en tant
qu'instrument pastoral indispensable.
Les réponses des Lineamenta
ont encore mis en relief que des laïcs correctement formés au plan doctrinal
mais aussi ecclésial sont indispensables au ministère de l'évangélisation.
Sans cela, il y a le risque que, dans certaines zones, cesse la mission évangélisatrice
même de l'Église, en particulier là où il faut déplorer une carence de prêtres
et où des laïcs assument la fonction de ministres assistants. Dans nombre de
territoires, une grande importance est assumée par la figure du catéchiste.
Une formation doctrinale, pastorale et spirituelle solide est donc nécessaire
pour avoir des catéchistes compétents mais aussi pour avoir d’autres agents
pastoraux capables de travailler dans le diocèse et dans les paroisses, avec
une action ecclésiale authentique également dans les domaines où l'Évangile
doit devenir le levain de la société actuelle, signe de transformation et
d'espérance. Aux évêques et aux prêtres, il est demandé d'avoir davantage
confiance dans les laïcs qui, souvent, ne se sentent pas appréciés comme des
adultes dans la foi et voudraient participer davantage à la vie et aux projets
diocésains, en particulier dans le domaine de l'évangélisation. Au service de la famille
95.
Tout
aussi importante est la formation des
jeunes à la vie matrimoniale et familiale, selon leurs espérances et leurs
attentes, pour un amour profond et authentique, à la lumière du dessein de
Dieu pour le mariage et la famille. La pastorale et la spiritualité familiales,
l'attention aux couples en difficulté, l'expérience des couples âgés et la
formation au sacrement du mariage par un parcours d'initiation sacramentelle
sont des moyens efficaces pour affronter la crise d'instabilité et d'infidélité
possible dans l'alliance matrimoniale. La proximité de l'évêque aux époux et à leurs enfants, grâce aussi à
l'organisation de journées diocésaines de la famille, est une source
d'encouragement réciproque. Les jeunes: une priorité pastorale pour l'avenir
96.
Les
pasteurs accordent une attention particulière aux jeunes. Ils sont le futur de
l'Église et de l'humanité. Un ministère d'espérance ne peut pas ne pas
construire l'avenir avec ceux auxquels l'avenir est confié. Comme des «sentinelles
dans la nuit», les jeunes attendent l'aurore d'un monde nouveau, prêts à
s'engager dans la vie et dans l'action de l'Église si une responsabilité
authentique et une véritable formation chrétienne leur sont proposées. En
tant qu'évangélisateurs des jeunes de leur âge, les jeunes, qui se trouvent
souvent éloignés de l'Église, constituent un encouragement et un stimulant
pour les pasteurs qui veulent entreprendre un renouveau à l'intérieur des
paroisses. L'exemple de Jean-Paul II qui, par les Journées mondiales des Jeunes, a prouvé qu'il croyait dans le futur, ouvrant ainsi un chemin d'espérance, peut soutenir les pasteurs de l'Église dans la proposition d'une pastorale authentique des jeunes, basée sur le Christ. La passion pour le bien spirituel des jeunes du troisième millénaire est une solide motivation pour les éduquer à transmettre l'Évangile aux futures générations. Les paroisses
97.
Au centre des Églises particulières se trouvent, comme tissu chrétien,
les paroisses. En se référant clairement à la théologie et au langage de Lumen gentium, l'Exhortation apostolique postsynodale Christifideles
laici décrit les communautés paroissiales comme une présence de l'Église
particulière dans le territoire. On peut alors parler du mystère ecclésial de
la paroisse, même si celle-ci compte peu de fidèles et dispose de peu de
moyens, qu'elle soit quasiment engloutie par les bâtiments des quartiers
modernes chaotiques et peuplés ou bien perdue au milieu de populations dans les
montagnes et les vallées ou encore dans les étendues interminables de
certaines régions.[35]
La paroisse doit donc être vue comme la famille de Dieu, une fraternité
animée par l'Esprit,[36]
comme un toit pour la famille, fraternel et accueillant.[37]
Elle est la communauté des fidèles,[38]
qui se définit comme communauté
eucharistique: communauté de foi, dans laquelle vivent les fidèles du
Christ à qui sont destinés les charismes et les services ministériels, et où
œuvrent le curé, les prêtres et les diacres. En elle, la communion avec l'évêque
exprime l'unité organique et hiérarchique avec toute l'Église particulière.
Par les laïcs s'effectue la médiation humaine de la communauté évangélisée
et évangélisante. Ils réalisent la jonction entre l'Église et le monde,
entre l'assemblée qui se rassemble en unité et les peuples parmi lesquels elle
s’annonce par la mission.
Au sein de la communauté paroissiale, les religieux et religieux, les
membres des instituts séculiers et des sociétés de vie apostolique, les différentes
associations de fidèles et les mouvements ecclésiaux doivent pouvoir trouver
des moments particuliers et des expressions de présence et de convergence, dans
le respect de leurs vocations et de leurs charismes propres. Grâce à leur vie
en commun, ils représentent tous l'Église qui reste unie dans la prière, dans
le travail, dans le partage des aspects fondamentaux de la vie quotidienne. En outre, les familles reflètent la réalité d'une Église
domestique, descendue au niveau des foyers des hommes, où la présence du
Christ se fait vivante. Ainsi, dans son expression paroissiale traditionnelle
toujours valable et pour le dire avec les mots du Bienheureux Jean XXIII, l'Église
peut-elle devenir la «fontaine du village», une source d'eau jaillissante
capable d'apaiser la soif que les fidèles ont de Dieu, et d'offrir l'eau vive
de l'Évangile du Christ.[39] 98.
Afin
de coordonner l'activité pastorale et de développer l'unité dans les Églises
particulières, il revient à l'évêque de promouvoir la coordination des
paroisses grâce à des doyennés ruraux
ou autres, des préfectures ou autres dénominations, selon les différentes
formes d'activité pastorale des diocèses. Il s'agit de structures souvent
soumises à une révision pour qu'elles correspondent le mieux possible aux
finalités de chaque Église particulière.
C'est à travers ces structures de communion et de mission que sont
promus la fraternité entre les prêtres, le discernement et la programmation,
dans des réunions périodiques sous la conduite d'un responsable. Il est ainsi
possible d'assurer la suppléance et l'aide éventuelles dans le ministère,
ainsi qu'une attention aux confrères malades ou amoindris. En outre, parmi les
fidèles d'un même territoire, se trouvent facilitées les initiatives d'évangélisation
et de catéchèse, de formation et de témoignage à caractère
inter-paroissial.[40] Les mouvements ecclésiaux et les nouvelles communautés
99.
Il est de la responsabilité de l'évêque de suivre avec attention les
mouvements dits ecclésiaux et les autres réalités nouvelles qui naissent dans
l'Église particulière comme expérience de vie évangélique. En effet, l'Église
particulière est le lieu où l'aspect institutionnel et charismatique, tous
deux essentiels au dessein de Dieu pour l'Église, se rencontrent et se
vivifient réciproquement. Dans l'expérience de la vraie communion, les dons
dispensés par Dieu pour le bien commun ne s'épuisent pas en eux-mêmes, ne s'éloignent
pas de l'agapè et de l'Eucharistie et
ne deviennent pas narcissiques; ils manifestent au contraire leur mesure humble
et discrète, mais nécessaire, en s'intégrant aux autres dons de l'Esprit.
Les différents charismes – religieux, laïcs, missionnaires –
ouvrent l'Église locale à une dimension d'universalité, tandis qu'ils peuvent
se réaliser concrètement dans le service et l'engagement apostolique, voulu
par les Fondateurs.
Dans les réponses aux Lineamenta
sont indiqués, avec une insistance particulière, certains mouvements ecclésiaux
véritablement constructifs au niveau universel, diocésain et paroissial; il
est fait allusion à d'autres qui, lorsqu'ils restent en marge de la vie
paroissiale et diocésaine, n'aident aucunement l'Église locale à croître; et
sont évoqués d'autres encore qui, élevant des prétentions particulières,
risquent de se soustraire à la communion entre tous.
Aussi est-il demandé d'affronter le thème du statut théologique et
juridique de ces mouvements au sein de l'Église particulière et de préciser
leur rapport concret avec l'évêque.
Pour ce qui est des nouvelles communautés qui n'ont pas encore reçu
d'approbation ecclésiale, le discernement nécessaire revient aux pasteurs qui
doivent examiner attentivement les personnes et évaluer leur spiritualité, après
une période d'essai si nécessaire.
Davantage d'attention encore est requise lorsqu'il s'agit d'examiner les
vocations sacerdotales susceptibles de naître au sein de tels groupes. Les
candidats doivent recevoir une formation solide sous la responsabilité de l'évêque
à qui revient aussi le juste discernement en vue de l'ordination des ministres
et de la distribution des tâches apostoliques dans le diocèse.[41]
Dans la fidélité à l'Esprit, les divers charismes doivent être intégrés
dans la communion et dans la mission de l'Église. Ainsi sera évité le danger
de l'isolement et seront favorisées la générosité dans le don de soi, la
fraternité et l'efficacité dans la mission et ce, pour le bien de l'Église. [1] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesiæ Lumen
gentium, 23. [2]
Cf. S. Cyprien, Epistula 69,8: PL 4,418-419: «Unde scire debes Episcopum in
Ecclesia esse et Ecclesiam in Episcopio, et si quis cum Episcopo non sit, in
Ecclesiam non esse». [3] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 9-13. [4]
Sacra Congregatio Pro Episcopis,
Direct. Ecclesiæ imago
(22.2.1973), 14. [5]
Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 23. [6] Conc. Œcum. Vat. II, Decr. de pastorali episcoporum munere
in Ecclesia Christus Dominus, 11;
cf. C.I.C. can. 368; C.C.E.O. can. 177. [7]
Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
26. [8]
Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. de sacra
Liturgia Sacrosanctum concilium,
10. [9] Paulus VI,
Adhort. apost. Evangelii
nuntiandi
(8.12.1975), 62: AAS 68 (1976) 52. [10]
Congregatio Pro Doctrina Fidei,
Litt. Communionis
notio (28.5.1992), 8: AAS 85 (1993)
842. [11] Ibid. 10: AAS 85 (1993) 844. [12]
Cf. idem. [13]
Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 9, 13. [14]
Cf. Congregatio Pro Doctrina Fidei,
Litt. Communionis notio
(28.5.1992), 9: AAS 85 (1993) 843. [15] Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 28. [16] Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsyn. Pastores dabo vobis
(25.3.1992), 31: AAS 84 (1992)
708. [17]
Cf. Congregatio Pro Doctrina Fidei, Litt. Communionis
notio (28.5.1992), 16: AAS 85
(1993) 847. [18] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Decr. de Presbyt. ministerio et vita Presbyterorum
ordinis, 10; Ioannes Paulus II,
Adhort. apost. postsyn. Pastores dabo vobis
(25.3.1992), 32 : AAS 84
(1991) 709-710; Litt. enc. Redemptoris
missio (7.12.19990), 67: AAS
83 (1991) 329-330. [19] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
28. [20] Ibid. [21] Cf. ibid., 7; cf. C.I.C.
c.495. [22] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm de Ecclesia Lumen gentium,
29. [23] Cf. ibid., 29, 41. [24] Cf. Ioannes Paulus II,
Adhort. apost. postsynod. Pastores dabo vobis
(25.3.1992), 65: AAS 84 (1992) 770-772. [25] Cf. Congregatio de Institutione
Catholica et Congregatio Pro
Clericis, Decl. coniuncta Diaconatus
permanens (22.2.1998): AAS
90 (1998) 835-842; Congregatio de Institutione Catholica, Ratio fundamentalis
institutionis diaconorum permanentium, Institutio
diaconorum: AAS 90 (1998)
843-879; Congregatio Pro Clericis,
Direct. pro ministerio et vita diaconorum permanentium Diaconatus originem: AAS
90 (1998) 879-927. [26] Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsynod. Vita
consecrata
(25.3.1996), 3: AAS 88 (1996) 379. [27]
Cf. ibid., 29; Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen
gentium, 44. [28]
Cf. Ioannes Paulus II, Adhort.
apost. postsynod. Vita consecrata (25.3.1996),
47: AAS 88 (1996) 420-421. [29]
Sacra Congregatio Pro Religiosis et
Institutis Sæcularibus et Sacra
Congregatio Pro Episcopis, Notæ directivæ Mutuæ
relationes (14.5.1978), 9c: AAS 70
(1978) 479. [30]
Cf. Ioannes Paulus II, Adhort.
apost. postsyn. Vita consecrata (25.3.1996),
84, 88: AAS 88 (1996) 461-462,
464. [31]
Cf. ibid., 48: AAS 88 (1996) 421-422; Sacra
Congregatio Pro Episcopis, Direct. Ecclesiæ
imago (22.2.1973), 207. [32]
Cf. Ioannes Paulus II, Adhort.
apost. postsyn. Vita consecrata
(25.3.1996), 48-49: AAS 88 (1996)
421-423. [33]
Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
chap. IV; Decr. de apost. laic. Apostolicam
actuositatem; Ioannes Paulus II,
Adhort. apost. postsyn. Christifideles
laici (30.12.1988): AAS 81
(1989) 393-521; Sacra Congregatio Pro
Episcopis, Direct. Ecclesiæ
imago (22.3.1973), 153-161, 208. [34]
Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. past. de Ecclesia in mundo huius temporis Gaudium
et spes, 39. [35]
Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. apost.
postsyn. Christifideles laici
(30.12.1988), 26: AAS 81 (1989)
437-440. [36] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
28. [37] Cf. Ioannes Paulus II,
Adhort. apost. Catechesi
tradendæ (16.10.1979),
67: AAS 71 (1979) 1331-1333. [38] Cf. C.I.C. can. 515. [39] Cf. Ioannes Paulus II,
Adhort. apost. postsyn. Christifideles
laici (30.12.1988), 27: AAS 81
(1989) 442. [40] Cf. Sacra Congregatio Pro Episcopis,
Direct. Ecclesiæ imago
(22.02.1973) 184-188. [41] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium,
12; Ioannes Paulus II, Adhort.
apost. postsyn. Vita
consecrata
(25.3.1996), 62: AAS 88 (1996)
435-437.
III. LE MINISTÈRE ÉPISCOPAL AU SERVICE DE L'ÉVANGILE
100.
Le
triple ministère d'enseignement, de sanctification et de gouvernement constitue
un service à l'Évangile du Christ pour l'espérance du monde. En effet, l'évêque
proclame par la parole, célèbre dans la liturgie, vit et diffuse l'Évangile
de l'espérance à travers son service pastoral. Il ne s'agit pas de trois dimensions différentes les unes des autres, mais de l'unique espérance proclamée et accueillie par l'adhésion de la foi, célébrée au cœur même du mystère pascal qu'est l'Eucharistie, vécue de sorte à illuminer et informer toute la vie personnelle et sociale des croyants.
De quelque façon que soit considérée cette unité, il est aussi nécessaire
de saisir l'intention du Concile qui, dans son magistère sur les tria
munera à propos de l'évêque et du clergé, préfère placer
l'enseignement avant les deux autres. En cela, le Concile Vatican II reprend idéalement
la succession présente dans les mots du Ressuscité s'adressant à ses
disciples: «Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc,
de toutes les nations faites des disciples,
les baptisant […] et leur
apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit» (Mt
28,18-20). Dans cette priorité donnée au devoir ecclésial d'annoncer l'Évangile,
qui est caractéristique de l'ecclésiologie conciliaire, chaque évêque peut
retrouver le sens de la paternité spirituelle qui faisait écrire à l'Apôtre
saint Paul: «Auriez-vous en effet des milliers de pédagogues dans le Christ,
que vous n'avez pas plusieurs pères; car c'est moi qui, par l'Évangile, vous
ai engendrés dans le Christ Jésus» (1 Co
4,15). 1. Le ministère de
la Parole Proclamer l'Évangile de l'espérance 101.
La
fonction qui, plus que tout autre, identifie l'évêque et qui, d'une certaine
façon, résume l'ensemble de son ministère, est, comme l'enseigne le Concile,
celle de vicaire et ambassadeur du Christ dans l'Église particulière qui lui
est confiée.[1]
L'évêque exerce sa fonction sacramentelle comme l'expression vivante du Christ
et ce, par la prédication de l'Évangile. En tant que ministre de la Parole de
Dieu, qui agit dans la force de l'Esprit et grâce au charisme du service épiscopal,
il manifeste le Christ dans le monde, le rend présent dans la communauté et le
communique efficacement à tous ceux qui veulent l'accueillir dans leur vie.
Il s'agit de la proclamation de l'Évangile de l'espérance en tant que tâche
fondamentale du ministère épiscopal.
La prédication de l'Évangile excelle donc parmi les principaux devoirs
des évêques, eux qui sont «les hérauts de la foi qui amènent au Christ de
nouveaux disciples; ce sont des docteurs authentiques, revêtus de l'autorité
du Christ, qui prêchent au peuple commis à leur soin les vérités de la foi
à croire et à appliquer dans la pratique de la vie».[2]
Il s'ensuit que toutes les activités de l'évêque doivent tendre à proclamer
l'Évangile, «force de Dieu pour le salut de tout homme qui croit» (Rm 1,16), être orientées pour aider le Peuple de Dieu à rendre l'obéissance
de la foi (cf. Rm 1,5) à la
Parole de Dieu et embrasser l'enseignement du Christ dans sa totalité. Le centre de l'annonce
102.
L'objet
du magistère de l'évêque est clairement exprimé par le Concile Vatican II
qui, dans l'unité, l'indique comme étant dans la foi
qu'il faut croire et pratiquer dans la vie.[3]
Le centre vivant de l'annonce étant le Christ, c'est justement le Christ
crucifié et ressuscité que l'évêque doit annoncer: le Christ, unique sauveur
de l'homme, le même hier, aujourd'hui et toujours (cf. He
13,8), le centre de l'histoire et de toute la vie des fidèles.
De ce centre, qui est le mystère du Christ, rayonnent toutes les autres
vérités de la foi, ainsi que l'espérance pour tous les hommes. Le Christ est
la lumière qui éclaire tous les hommes et tous ceux qui, en lui, sont régénérés,
reçoivent les prémices de l'Esprit qui les rendent capables d'accomplir la loi
nouvelle de l'amour.[4] 103.
Le
devoir de la prédication et la conservation de la foi impliquent qu'il faille défendre
la Parole de Dieu de tout ce qui pourrait en compromettre la pureté et l'intégrité,
tout en reconnaissant la juste liberté d'approfondir la foi ultérieurement.[5]
En effet, dans la succession apostolique l'évêque a reçu, selon le bon
vouloir du Père, le charisme certain de la vérité qu'il doit transmettre.[6]
Aucun évêque ne peut manquer à un tel devoir, même au prix de
sacrifices ou d'incompréhensions. Tout comme l'Apôtre Paul, l'évêque est
conscient d'avoir été envoyé proclamer l'Évangile «cela sans la sagesse du
langage, pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ» (1 Co
1,17); comme lui, l'évêque aussi annonce «le langage de la croix» (1 Co 1,18) non pas pour avoir un assentiment humain mais comme une révélation
divine. Éducation de la foi et catéchèse
104.
Maître
de la foi, l'évêque en est aussi l'éducateur, à la lumière de la Parole de
Dieu et du Magistère de l'Église. C'est là son œuvre de catéchèse, œuvre
qui mérite toute l'attention des évêques en tant que pasteurs et maîtres, en
tant que «catéchistes par excellence».
Les formes à travers lesquelles l'évêque exerce son service de la
Parole de Dieu sont variées. À ce sujet, le Directoire Ecclesiæ
imago rappelle une forme particulière de prédication à la communauté déjà
évangélisée: l'homélie, qui
excelle parmi toutes les autres de par son contexte liturgique et son lien avec
la proclamation de la Parole par la lecture des Écritures Saintes. Une autre
forme d'annonce est celle que l'évêque exerce dans ses Lettres
pastorales.[7] À ce propos, le juste emploi des moyens de communication diocésains, interdiocésains et nationaux |