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SYNODE  DES  ÉVÊQUES
 
___________________________________________________________  

Xème  ASSEMBLÉE  GÉNÉRALE  ORDINAIRE 

 

L'ÉVÊQUE,
SERVITEUR DE L'ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
POUR L'ESPÉRANCE DU MONDE
 

 

I N S T R U M E N T U M   L A B O R I S 

 

Cité  du  Vatican  2001   
©
Copyright 2001 - Secrétairerie Générale du Synode des Évêques et
Libreria Editrice Vaticana.

 

Ce texte peut être reproduit par les Conférences épiscopales, ou avec leur autorisation, à condition que son contenu ne soit pas modifié et que deux exemplaires de la publication soient envoyés à la Secrétairerie Générale du Synode des Évêques, 00120 Cité du Vatican.

INTRODUCTION

Dans la perspective d'un nouveau millénaire

1.         Le Christ Jésus notre espérance (1 Tm 1,1), le même, hier, aujourd'hui et à jamais (He 13, 8), Chef des pasteurs (1 P 5,4), guide son Église à la plénitude de la vérité, jusqu'au jour de son retour glorieux quand toutes les promesses seront accomplies et les espérances de l'humanité réalisées.

            Au début du troisième millénaire chrétien, l'humanité et l'Église se dirigent vers un avenir qui porte avec soi l'héritage d'un siècle, désormais passé, chargé d'ombres et de lumières.

            Nous vivons un moment nouveau de l'histoire humaine. Nombreux sont ceux qui s'interrogent sur les objectifs de l'humanité et se demandent quel sera l'avenir d'un monde qui apparaît d'un côté plongé dans un dynamisme de progrès, avec une interdépendance croissante dans l'économie, la culture et les communications, et, de l'autre, encore plein de conflits locaux, avec de vastes zones où la faim, les maladies et la pauvreté ne cessent d'augmenter.

            Le début d'un nouveau millénaire met au centre de la conscience mondiale un avenir à construire et avec lui le thème de l'espérance, condition existentielle de l'homo viator et du chrétien, tendu vers l'accomplissement des promesses de Dieu. Un espoir compris aussi comme flambeau de la foi et aiguillon de la charité, vers un avenir aux issues imprévisibles.

2.         C'est dans ce nouveau début que se situe la célébration de la Xème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, prévue initialement pour l'Année Jubilaire et programmée maintenant pour le mois d'octobre 2001.

            Avec une intuition prophétique, Jean-Paul II a voulu assigner à cette Assemblée un thème d'un grand relief: Episcopus minister Evangelii Iesu Christi propter spem mundi.

            Multiples et suggestives sont les raisons qui rendent ce thème particulièrement approprié au moment actuel de la vie de l'Église et de l'humanité. Elles sont tout d'abord de caractère théologique et ecclésiologique, mais aussi d'ordre anthropologique et social.

Dans le sillage des Assemblées synodales précédentes

3.         Il y a tout d'abord des raisons de caractère théologique. L'Église tout entière a célébré avec joie le Grand Jubilé de l'an 2000 pour honorer la mémoire de la naissance, il y a deux mille ans, de Notre Seigneur Jésus-Christ; non seulement pour rappeler avec gratitude sa venue parmi nous, mais aussi pour célébrer sa présence vivante dans l'Église, en ces vingt siècles de son histoire, son action en tant qu'unique Sauveur du monde, centre du cosmos et de l'histoire.

            Dans l'unité indissociable entre le Christ et son Évangile, le thème du Synode veut souligner que c'est en Lui, Jésus-Christ, Fils de Dieu, envoyé par le Père et oint par l'Esprit Saint (cf. Jn 10,36), que réside l'espérance du monde et de l'homme, de tout homme et pour l'homme tout entier.[1]

            C'est en effet dans le Christ, Parole définitive et don total du Père, le véritable Évangile de Dieu, que s'accomplissent toutes les promesses et c'est en lui que se trouve l'Amen de Dieu (cf. 2 Co 1,20), l'accomplissement de l'espérance du monde. Son Évangile est la nouvelle toujours fraîche et bonne, puissance de vie qui continue à illuminer les chemins du monde vers l'avenir, comme il l'a fait vingt siècles durant. En effet, sa doctrine et sa personne sont inséparables, tout comme son œuvre et son enseignement, son message et son Église, où il continue d'être présent. Au début du troisième millénaire, l'Église propose encore avec joie son message de vie et d'espérance à toute l'humanité.[2]

4.         Il y a ensuite des raisons d'ordre ecclésiologique. Certaines sont à caractère permanent, d'autres d'ordre conjoncturel.

            À la fin de sa permanence parmi nous, le Seigneur Jésus a envoyé les Apôtres comme ses témoins et messagers jusqu'aux limites de la terre et jusqu'à la fin des temps. C'est aussi sur cette parole que repose la tâche importante de proposer au monde sa personne et sa doctrine comme espérance suprême: «Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde» (Mt 28,19-20). En communion avec le Pape, les évêques sont aujourd'hui appelés à cette tâche avec tous les membres de l'Église, à être les témoins de l'Évangile du Christ dans le monde, même si, en tant que successeurs des Apôtres, c'est à eux que «revient la noble tâche d'être les premiers à proclamer les “raisons de l'espérance” (cf. 1 P 3,15); celle-ci se fonde sur les promesses de Dieu, fondée sur la fidélité à sa parole, qui a comme certitude absolue la résurrection du Christ, sa victoire définitive sur le mal et le péché».[3]

            L'importance de la célébration de la Xème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, centrée de façon particulière sur le ministère de l'évêque comme serviteur de l'Évangile pour l'espérance du monde, est très claire si l'on considère que les dernières Assemblées Ordinaires ont traité respectivement la vocation et la mission des laïcs dans l'Église et dans le monde (1987), la formation des prêtres dans les circonstances actuelles (1990), et la vie consacrée et sa mission dans l'Église et dans le monde (1994). Le fruit des assises synodales en ont été les respectives Exhortations apostoliques post-synodales de Jean-Paul II: Christifideles laici, Pastores dabo vobis  et Vita consecrata.

Il apparaissait donc opportun d'affronter le thème du ministère de l'évêque sous le profil de la proclamation de l'Évangile et de l'espérance, presque comme sommet et synthèse. En effet, les différentes Assemblées synodales Ordinaires ont conféré un nouvel élan de renouveau aux différentes vocations dans le Peuple de Dieu, pour une plus grande complémentarité, dans une ecclésiologie de communion et de mission, attentive à la nature hiérarchique et charismatique de l'Église. Maintenant le traitement du thème de cette Assemblée manifeste la nécessité d'orienter vers l'avenir la mission du Peuple de Dieu tout entier, en communion avec ses pasteurs.

5.         Il faut, en outre, ajouter qu'au cours de la dernière décennie du XXème siècle, vers la fin du deuxième millénaire de l'ère chrétienne, les évêques des différents continents ont été convoqués par le Pontife Romain à différentes Assemblées synodales Spéciales, pour traiter de l'Église en Europe (1991 et 1999), en Afrique (1994), en Amérique (1997), en Asie (1997) et en Océanie (1998). Le fruit de ces rencontres est représenté par les documents post-synodaux respectifs déjà publiés ou en voie de publication.

            La prochaine Assemblée Ordinaire, avec son thème caractéristique, pourra donc bénéficier de l'expérience d'une période particulièrement intense de communion synodale, jamais connue jusqu'ici.

            En réalité, tous les Synodes des dernières décennies ont intéressé le ministère épiscopal, non seulement parce qu'il s'agissait de Synodes des Évêques, mais parce qu'ils ont aidé de quelque façon à configurer le ministère épiscopal des dernières décennies vis-à-vis de l'Évangélisation (1974), de la Catéchèse (1977), de la Famille (1981), de la Réconciliation et de la pénitence (1983), des Fidèles laïcs (1987), des Prêtres (1990), de la Vie consacrée (1994) et de la mise en œuvre du Concile Vatican II, avec le Synode Extraordinaire de 1985.

6.         L'aspect doctrinal et pastoral spécifique du thème du Synode se concentre donc dans l'annonce de l'Évangile du Christ pour l'espérance du monde. C'est dans cette perspective que la thématique de la prochaine Assemblée Ordinaire devient de la plus grande importance également à un niveau anthropologique et social. L'Église, qui veut partager «les joies, les espérances, les tristesses et les angoisses des hommes de notre temps»,[4] devra se demander sur quelles pistes s'achemine l'humanité de notre temps, dans laquelle elle est elle-même immergée comme sel de la terre et lumière du monde (cf. Mt 5,13-14). Et elle devra s'interroger sur la manière d’annoncer aujourd'hui la véritable espérance du monde qu’est le Christ et son Évangile.

            Nous sommes au début d'un nouveau millénaire de l'ère chrétienne, caractérisé par des situations sociales et culturelles particulières, presque une ætas nova, une époque nouvelle, parfois désignée comme post-modernisme ou post-modernité. C'est avec un nouvel élan que doit résonner dans le monde l'annonce du salut, de façon à susciter le dynamisme théologal qui est propre de l'Évangile, afin que l'humanité entière «croie en écoutant, espère en croyant, aime en espérant».[5]

            En effet, l'espérance chrétienne est intimement unie à l'annonce courageuse et intégrale de l'Évangile, qui ressort parmi les fonctions principales du ministère épiscopal. C'est pourquoi, parmi les multiples devoirs et tâches de l'évêque, «au-dessus de toutes les préoccupations et les difficultés qui sont inévitablement liées au fidèle travail quotidien dans la vigne du Seigneur, c'est l'espérance qui doit venir en premier lieu».[6]

 

Continuité et nouveauté

7.         C'est dans ce sillage de grâce que se situe la préparation et la prochaine célébration de la Xème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques.

            Le texte des Lineamenta, publié en 1998, a suscité intérêts et consentements et a offert l'occasion d'un approfondissement des thématiques inhérentes au ministère de l'évêque. L'Instrumentum laboris actuel est le fruit des réponses des Conférences épiscopales et d'autres organismes, de même que de nombreux évêques et autres membres du Peuple de Dieu, et veut proposer et illustrer le thème choisi par le Pape, en incorporant les questions et les réponses, en continuité avec les Lineamenta, de façon à offrir un jalon pour un déroulement ordonné et ouvert du débat synodal.

            De la consultation encouragée par les Lineamenta, en passant par les réponses, le processus de préparation de l’Assemblée est arrivé à l’Instrumentum laboris, délinéant ainsi l’activité synodale type comme un flux ininterrompu de méditation sur le thème offert par le Saint-Père. Une telle opération, qui, du texte initial, a conflué dans le présent document de travail, a dans ce cas un caractère spécial. En effet, le grand consensus obtenu par les Lineamenta a produit tout d’abord un développement très homogène des idées et ensuite une correspondance assez singulière entre les deux textes.

            La riche expérience faite par les évêques du monde dans les dernières Assemblées Ordinaires et Spéciales des Synodes et le précieux patrimoine de doctrine qui en est jailli sont donc à la base d'une préparation très profitable de la prochaine Assemblée. C'est pourquoi, l'Instrumentum laboris ne veut pas s'étendre dans une longue description de la situation mondiale, ni encore moins porter l'attention sur des questions à caractère particulier ou régional, déjà examinées dans les Assemblées continentales précédentes.

8.         Le traitement spécifique du ministère de l'évêque en tant que serviteur de l'Évangile de Jésus-Christ pour l'espérance du monde se situe à l'intérieur d'une continuité du Magistère qui renvoie aux Documents du Concile Vatican II; et plus spécialement, du point de vue doctrinal, à la Constitution dogmatique Lumen gentium et au Décret conciliaire Christus Dominus.

De par son caractère pratique complet et exhaustif dans l'illustration de la figure et du ministère de l'évêque dans son Église particulière, le Directoire pastoral de la Congrégation pour les évêques Ecclesiæ imago, du 22 février 1973, reste encore aujourd'hui substantiellement valide.[7] D'un point de vue théologique et canonique, il faut se référer au Codex iuris canonici (C.I.C.) de 1983 et au Codex canonum Ecclesiarum Orientalium (C.C.E.O.) de 1990, pour les mises à jour nécessaires.

En outre, nombreux sont les documents du Magistère post-conciliaires qui concernent de façon spécifique le ministère pastoral des évêques, et en particulier les Allocutions des Pontifes Romains aux différentes Conférences épiscopales à l'occasion des visites ad limina ou des voyages apostoliques des dernières décennies.

Parmi d'autres documents plus récents concernant les problèmes spécifiques du ministère pastoral des évêques dans l'Église universelle et dans les Églises particulières, il faut rappeler, d'un point de vue ecclésiologique, la Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi Communionis notio du 28 mai 1992 sur certains aspects de l'Église comprise comme communion [8] et, enfin, la Lettre apostolique sous forme de Motu proprio de Jean-Paul II Apostolos suos du 21 mai 1998, sur la nature théologique et juridique des Conférences des évêques.[9]

9.         La référence à l'évêque dans le thème assigné par le Saint-Père Jean-Paul II pour la prochaine Assemblée synodale mérite également un éclaircissement. Il s'agit du ministère épiscopal, comme il a été illustré par la Constitution dogmatique Lumen gentium et par le Décret conciliaire Christus Dominus, dans toute sa riche gamme de sujets et de tâches pastorales. Tous les évêques, en effet, ont en commun la grâce de l'ordination épiscopale, sont les successeurs des Apôtres et, en communion ave le Pontife Romain, font partie du Collège épiscopal.

Le Concile Vatican II a en effet remis à l'honneur la réalité du Collège épiscopal qui succède au Collège des Apôtres et est l'expression privilégiée du service pastoral prêté par les évêques en communion entre eux et avec le Successeur de Pierre. En tant que membres de ce Collège, tous les évêques «ont été consacrés non seulement pour un diocèse, mais pour le salut du monde entier».[10] Par l'institution et le précepte du Christ ils «sont tenus à cette sollicitude qui est, pour l'Église universelle, éminemment profitable, même si elle ne s'exerce pas par un acte de juridiction».[11]

En effet, tout évêque, légitimement consacré dans l'Église catholique, participe à la plénitude du sacrement de l'Ordre. En tant que ministre du Seigneur et successeur des Apôtres, avec la grâce du Paraclet, il doit œuvrer afin que toute l'Église s'agrandisse comme Famille du Père, Corps du Christ et Temple de l'Esprit, dans la triple fonction qu'il est appelé à remplir, c'est-à-dire enseigner, sanctifier et gouverner.

Toutefois, le Synode se réfère plus concrètement d'une façon particulière à l'évêque diocésain dans la plénitude de son ministère dans l'Église particulière. Il est présence vivante et actuelle du Christ «pasteur et évêque» de nos âmes (1 P 2,25); il est son vicaire dans l'Église particulière qui lui est confiée, non seulement par sa parole mais par sa personne elle-même.[12]

D'autre part, l'importance du thème du Synode apparaît clairement si l'on considère comment, au cours des dernières décennies, la figure de l'évêque a changé; dans l'expérience des fidèles, il apparaît plus proche et plus présent au milieu de son peuple, comme père, frère et ami; plus simple et plus accessible. Et toutefois ses responsabilités pastorales ont augmenté et les limites de ses tâches ministérielles sont allées plus loin, dans une Église toujours plus attentive aux besoins du monde, au point que l'évêque apparaît aujourd'hui chargé de multiples tâches ministérielles et devient souvent un signe de contradiction pour la défense de la vérité. Il reste donc ouvert à un renouvellement constant de son office pastoral, dans une dimension de communion et de collaboration toujours plus profonde avec les prêtres, les personnes consacrées, les laïcs.

La Xème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques constituera sans aucun doute l'occasion pour vérifier que plus l'unité des évêques avec le Pape, entre eux et avec le Peuple de Dieu, est solide, plus la communion et la mission de l'Église résultent enrichie et plus leur ministère sera renforcé et confirmé.

 

Une annonce renouvelée de l'Évangile dans l'espérance

10.       Nombreux sont les motifs d'espérance avec lesquels l'Église considère la célébration du prochain synode. Le temps opportun du Grand Jubilé de l'an 2000, préparé par le chemin trinitaire effectué dans les années précédentes, a offert à tout le Peuple de Dieu la grâce de vivre une Année sainte dans la conversion, la réconciliation et le renouvellement spirituel.

            À Rome et en Terre Sainte, aux côtés du Successeur de Pierre, autour de leurs pasteurs dans les Églises particulières, les fidèles ont fait l'expérience joyeuse d'une année de miséricorde et de sainteté, comme le démontre le fait que nombre d'entre eux se sont demandés comment donner une suite, au début du nouveau siècle et du nouveau millénaire, à la grâce et aux expériences positives du Grand Jubilé.

            L'Église s'est de nouveau présentée au monde comme signe d'espérance, en particulier par le témoignage de nombreuses catégories du Peuple de Dieu, comme les jeunes et les familles; mais aussi à travers les gestes forts de caractère œcuménique, de purification de la mémoire et de demande de pardon, par l'évocation courageuse des témoins de la foi du XXème siècle.

            Les sollicitations de clémence en faveur des prisonniers et de réduction ou de remise totale de la dette internationale qui pèse sur le destin de tant de nations, ont été fortes et significatives.

            Les évêques ont eu eux aussi la possibilité de vivre des moments de communion intense et de renouvellement spirituel dans leur Jubilé spécifique, avec le Pape unis à la Marie, comme dans le Cénacle de la Pentecôte.

                   L'Évangile du Christ se révèle encore aujourd'hui puissance de vie, parole qui humanise et unit les peuples en une seule famille et promeut le bien de tous au-delà des différences de langue, de race ou de religion.

11.       Avec comme fondement l'espérance chrétienne qui ne déçoit pas (cf. Rm 5,5), l'Église dirige ses pas vers l'avenir, avec un élan renouvelé pour une nouvelle évangélisation.

            Le monde qui a franchi le seuil du nouveau millénaire attend une parole d'espérance, une lumière qui le guide dans l'avenir. Dans l'histoire, même celle temporelle, des hommes, l'Évangile a été, est et sera un ferment de liberté et de progrès, de fraternité, d'unité et de paix.[13]

            Le prochain Synode des Évêques espère pouvoir offrir à l'Église et au monde l'annonce courageuse et confiante de l'Évangile du Christ, qui ouvre les cœurs à l'espérance terrestre et éternelle. Il veut le faire par un témoignage d'unité, de joie et de sollicitude pour l'humanité de notre temps de la part des successeurs des Apôtres en communion avec le Pape, auxquels le Seigneur a lui-même assuré son assistance jusqu'à la fin des temps (cf. Mt 28,20).

           



[1] Cf. Conc. Œcum. Vat. ii, Const. past. de Ecclesia in mundo huius temporis Gaudium et spes, 45 ; Paulus VI, Litt. Enc. Populorum progressio (26.03.1967), 14: AAS 59 (1967) 264.

[2]  Cf. Congregatio pro Doctrina Fidei, Decl. Dominus Iesus (6.08.2000), 1-2: AAS 92 (2000) 742-744.

[3]  Ioannes Paulus ii, Discours à la Conférence Épiscopale Colombienne (2.07.1986),  8: AAS 79 (1987) 80.

[4]  Conc. Œcum. Vat. ii, Const. past. de Ecclesia in mundo huius temporis Gaudium et spes, 1.

[5]  Conc. Œcum. Vat. ii, Const. dogm. de Divina revelatione Dei Verbum, 1.

[6]  Ioannes Paulus ii, Discours aux évêques de l'Autriche à l'occasion de la visite «ad limina» (6.07.1982), 2: AAS 74 (1982) 1123.

[7]  Cf. Congregatio pro Episcopis, Directorium de pastorali ministerio episcoporum Ecclesiæ imago (22.02.1973).

[8]  Cf. Congregatio pro Doctrina Fidei, Litt. Communionis notio (28.05.92): AAS 85 (1993) 838-850.

[9]  Cf. Ioannes Paulus ii, Motu proprio Apostolos suos (21.05.98): AAS 90 (1998) 641-658.

[10]  Conc. Œcum. Vat. ii, Decr. de activ. mission. Ecclesiæ Ad gentes, 38.

[11]  Conc. Œcum. Vat. ii, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 23.

[12]  Cf. ibid., 27.

[13]  Cf. Conc. Œcum. Vat. ii, Decr. de activ. mission. Ecclesiæ Ad gentes, 8.

 

 


CHAPITRE  I

UN MINISTÈRE D'ESPÉRANCE

 

 

En regardant le monde avec les sentiments du Bon Pasteur

12.       Quelle est l'attitude de l'évêque d'aujourd'hui pour se mettre au service de l'Évangile de Jésus-Christ pour l'espérance du monde ?

            Avant tout, il doit avoir un regard contemplatif, en face de la réalité de notre monde, dans ce que son ministère a de concret et dans la communion avec l'Église universelle et particulière à la charge de laquelle il est destiné. Ensuite, il doit avoir un cœur rempli de compassion, capable d'entrer en communion avec les hommes et les femmes de notre temps et pour lesquels il doit être un témoin et un serviteur de l'espérance.

            L'attitude qui lui est demandé d'assumer est rendue vivante par une icône évangélique. Au début de son ministère, Jésus se présente comme un héraut de la Bonne Nouvelle du Père et il le confirme en allant au-devant des besoins de ceux qui l'écoutaient: «À la vue des foules, il en eut pitié, car ces gens étaient las et prostrés comme des brebis qui n'ont pas de berger» (Mt 9,36).

            Avec la grâce de l'Esprit Saint qui dilate et approfondit son regard de foi, l'évêque revit les sentiments du Christ-Bon Pasteur en face des anxiétés et des aspirations du monde d'aujourd'hui, en annonçant une parole de vérité et de vie et en promouvant une action qui pénètre jusqu'au cœur même de l'humanité. C'est ainsi seulement, en union au Christ, dans la fidélité à son Évangile et l'ouverture réaliste au monde que Dieu aime, que l'évêque devient prophète de l'espérance.

            Il le devient pour les hommes et les femmes de notre temps, eux qui, après que se soient écroulées les idéologies et les utopies, oublient souvent le passé et sont trop anxieux du présent, forment des projets plutôt éphémères et limités et sont souvent manipulés par des forces économiques et politiques. C'est pourquoi ils ont besoin de redécouvrir la vertu de l'espérance, de posséder des raisons valables pour croire et espérer et donc, aussi, pour aimer et agir au-delà du quotidien immédiat, avec un regard serein sur le passé et une perspective pour le futur.

            L'Église, et l'évêque en elle en tant que pasteur du troupeau, poursuit les attitudes du Christ et se propose comme témoin de l'espérance qui ne déçoit point (cf. Rm 5,5), se souvenant de la force de propulsion qui l'oriente vers l'accomplissement des promesses de Dieu; en effet, «l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné» (ibid.).

            C'est à l'Église et à ses pasteurs qu'a été confié l'Évangile de l'espérance. Celle-ci s'appuie sur la certitude des promesses de Dieu; elle est l'espérance vivante à laquelle nous avons été régénérés par le Père avec la résurrection du Christ (cf. 1 P 1,3), victoire sur la mort et sur le péché. Aussi s'appuie-t-elle sur la certitude que le Christ, Seigneur de l'histoire et Père du siècle futur, est présent pour l'éternité (cf. Is 9,6).

            Il faut donc ouvrir le troisième millénaire du christianisme en proclamant l'Évangile des promesses de Dieu et le vivre sous le signe de la confiance théologale.

            Dans les Écritures Saintes et dans la Tradition de l'Église, nous trouvons la graine cachée des desseins de Dieu qui doit germer dans l'avenir des hommes et des peuples, grâce à l'action de l'Esprit Saint, le sage tisserand de la trame de l'histoire avec qui nous collaborons.

 

Dans le signe de l'espérance théologale

13.       L'espérance théologale, qui se confie entièrement aux promesses de Dieu, assume aussi aujourd'hui un rôle important, en ce début de siècle et de millénaire. L'attente et la préparation des dernières décennies pour parvenir à un objectif aussi important de l'histoire humaine, comme c'est le cas pour l'an 2000 marqué par la mémoire bimillénaire de la naissance du Christ, se dilatent désormais en direction du futur, également du point de vue symbolique. Non plus vers un objectif atteint, mais presque vers un horizon éloigné, avec pour tâche de construire patiemment l'avenir.

            L'espérance se présente comme la force motrice de la nouveauté, la capacité de rêver du futur et d'imprimer des traces durables dans le temps, avec la nouveauté des œuvres, de construire l'histoire avec la force de l'Évangile ou, du moins, de donner un sens à l'histoire, avant même que les forces du monde ne puissent elles-mêmes fixer le sens du futur ou programmer les échéances.

            Cela, dans la fidélité au devoir caractéristique des chrétiens qui consiste à être en quelque sorte l'âme du monde. «Ce que l'âme est au corps, voilà ce que les chrétiens doivent être dans le monde».[1] L'Église est appelée à inspirer et à promouvoir l'histoire, en se tenant à l'écoute des attentes les plus profondes et des espérances les plus authentiques des hommes et des femmes de ce monde.

            Si l'évêque veut servir l'Évangile du Christ, l'espérance dont il doit être le témoin est la vertu théologale ou théologique de l'espérance, dans l'unité de la foi qui croit, et de l'amour qui agit.

            Le Directoire pastoral Ecclesiæ imago avait, à ce propos, mis en lumière certaines caractéristiques du ministère de l'évêque, dans une synthèse qu'il est bon de rappeler au sujet de l'espérance en Dieu, qui est fidèle à ses promesses: «L'Évangile, dont l'évêque vit par la foi et qu'il annonce aux hommes au nom du Christ est la ‘garantie des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas’ (He 11,1). Fort de cette espérance, l'évêque attend de Dieu, en toute assurance, ce qu'il y a de meilleur et il place en sa Providence la plus grande confiance, redisant avec Paul: ‘Je puis tout en Celui qui me rend fort’ (Ph 4,13), se souvenant des bienheureux Apôtres et des premiers évêques qui, face à de grandes difficultés et à des obstacles de tout genre, annonçaient l'Évangile de Dieu ‘en toute assurance’ (cf. Ac 4,29 et 31; 19,8; 28,31). L'espérance ‘ne déçoit point’ (Rm 5,5), elle avive chez l'évêque le sens missionnaire et conséquemment l'esprit de créativité et d'initiative. Il sait que Dieu, maître de l'histoire (cf. 1 Tm 1,17), l'a envoyé pour édifier l'Église en un lieu, à une époque, à un moment que ‘le Père a fixés de sa seule autorité’ (Ac 1,7). Il vit ainsi dans un sain optimisme et le communique aux autres, surtout à ses coopérateurs».[2]

14.       Soutenu par cette espérance théologale, l'évêque se prépare à programmer, à imaginer le futur et, presque, à en rêver, en relisant la Parole de Dieu, avec la grâce de l'Esprit Saint et dans la communion ecclésiale.

            Fécondée par l'Esprit dans le cœur de l'évêque uni à ses prêtres et à ses fidèles, la Parole de Dieu sera toujours une source éternelle d'inspiration et de ressources pour affronter les défis du futur. Selon une expression heureuse de Paul VI: «L'Église a besoin de sa Pentecôte éternelle, elle a besoin de feu au fond du cœur, de mots sur les lèvres et de prophétie dans le regard».[3]

            Le Pape, le Collège épiscopal, les évêques des Conférences épiscopales nationales ou régionales, et tout le Peuple saint de Dieu ont aussi en commun la vocation à une même espérance (cf. Ep  4,4).

            Cette communion dans l'espérance assure la présence vivante du Christ et l'inspiration de l'Esprit auquel a été confiée la tâche de réaliser la plénitude de la compréhension et de la mise en œuvre de l'Évangile de Jésus dans l'histoire des hommes.[4]

            La communion dans l'espérance doit être approfondie et partagée en tant que source d'inspiration, fécondée par la prière de l'évêque, par le dialogue de la charité avec tout le Peuple de Dieu, et spécialement avec ses collaborateurs les plus proches, afin de parvenir à des réflexions et des programmations concrètes et partagées par tous.

            L'espérance des chrétiens constitue le moteur du futur. Elle est la vertu qui, non seulement, laisse des signes dans la vie de l'humanité, mais aussi ouvre de nouveaux sillons dans l'histoire, pour déposer la graine des promesses divines et orienter les sentiers du futur avec la force de Dieu. L'Église sera véritablement un signe d'espérance si elle sait être attentive au dessein de Dieu, qui garantit un futur de plénitude; si elle suit fidèlement sa volonté et sait discerner les attentes les plus valables de l'humanité, ces attentes dont elle doit être l'interprète et le guide.

 

Entre le passé et le futur

15.       L'Église passe le seuil de l'espérance au début du troisième millénaire, avec une attention particulière pour l'humanité d'aujourd'hui, en en partageant les joies et les espérances, les tristesses et les angoisses, mais en étant consciente de détenir la parole du salut.[5] Il faut cependant réfléchir à quel monde les évêques sont envoyés pour annoncer l'Évangile.

            L'espérance théologale, qui grandit et se développe comme la confiance dans les promesses de Dieu, se trouve parfois purifiée dans l'attente; mais elle devient d'autant plus authentique qu'elle est mise à l'épreuve; elle s'enracine dans les signes positifs qui germent, entre le «déjà» et le «pas encore» du Royaume, présent ici-bas, mais orienté vers son accomplissement ultime dans la gloire.

            Elle est la mémoire, ancrée dans la révélation, qui assure le fondement et qui manifeste non seulement l'histoire du salut mais aussi le projet et le dessein de Dieu pour le futur. Ce n'est pas un hasard si le dernier livre des Écritures Saintes porte le titre d'Apocalypse, révélation. L'espérance suscite dans les cœurs un dynamisme actif, capable de se revivifier continuellement dans le quotidien.

            Il s'agit là de la «persévérance» fidèle dont parlent les Actes des Apôtres (cf. Ac 1,14; 2,42), en tant qu'attitude propre aux disciples de Jésus, plongés chaque jour dans la vie de foi. C'est la confiance solide mise en Dieu, Père du Seigneur Jésus-Christ, qui, dans la résurrection de son Fils, projette l'aujourd'hui quotidien vers la réalisation certaine des promesses.

16.       Très souvent, et tout particulièrement au cours de la dernière décennie, le Magistère a tracé une vue d'ensemble de la réalité du monde d'aujourd'hui.

            Dans le Synode des Évêques aussi, une telle analyse a été effectuée au cours des Assemblées Spéciales continentales pour l'Europe, l'Afrique, l'Amérique, l'Asie et l'Océanie, de même que dans les Exhortations apostoliques post-synodales relatives publiées jusqu'à ce jour.[6]

            Il ne s'agit donc pas ici de refaire cette analyse qui, bien que présentant des traits communs, du fait de la globalisation croissante des aspects généraux, nécessite toutefois que les problèmes et les solutions soient considérés suivant une vision locale attentive.

            Le texte des Lineamenta a également illustré la situation générale qui se trouve en partie confirmée et enrichie par les réponses des Conférences épiscopales.

Entre les lumières et les ombres du panorama mondial

17.       Le panorama offert par notre monde est des plus variés. Cependant, avec l’œil vigilant et le cœur compatissant du Bon Pasteur (cf. Mt 9,36), l'Église ne peut pas ne pas percevoir, de façon réaliste, au-delà des analyses politiques, sociologiques ou économiques, les signes de découragement ou même de désespoir, présents dans le monde, afin d'offrir le remède de la consolation et le réconfort de la confiance et de la libération dans le Christ. Il ne s'agit pas d'une consolation passagère et faible qui se révèle caduque, mais bien des certitudes de la foi, qui ont été redécouvertes par des cœurs capables d'aimer et de servir, qui sont fondées sur la vision unitaire et réelle des aspects de la vie personnelle et sociale, sans réductions pessimistes ou optimistes. L'Évangile de l'espérance peut offrir tout cela.

            Persistent encore telles quelles des situations problématiques qui engagent et stimulent le ministère de l'Église qui offre une espérance orientée vers un renouvellement continu du monde et de la société, également dans le concret du ministère de l'évêque au sein de son Église particulière.

18.       Dans maintes parties de notre monde, la situation de pauvreté, le manque de liberté, l'application partielle des droits de l'homme, les conflits ethniques, le sous-développement qui fait augmenter la pauvreté des grandes masses humaines, sont à l'origine de situations difficiles et de l'absence d'espoir dans le futur.

            En permanence, les masses-médias nous proposent les faces du désespoir: des visages d'enfants privés de la nourriture nécessaire, et souvent exploités de façon indigne; des visages d'enfants à qui l'éducation est niée et qui sont contraints à travailler; des visages de jeunes chômeurs, voués au désespoir et à l'indifférence, proies aisées des manipulations idéologiques ou du glissement vers la dégradation morale et spirituelle; des visages de femmes privées de leur dignité; des visages de personnes âgées qui ont besoin d'assistance; des masses de pauvres qui, dans l'émigration, sont à la recherche d'une espérance dans le futur, et de réfugiés en quête d'une patrie; des visages d'indigènes privés de leurs terres.

            Les  conflits qui, à la fin du siècle et du millénaire précédents, ont provoqué la mort et la destruction, l'émigration, la pauvreté, les luttes ethniques et les haines tribales n'ont pas encore  été surmontés et ont laissé la mort et des blessures profondes dans le corps et dans l'esprit.

            Les déchirements de certains conflits locaux qui ont divisé profondément les cultures et les nationalités, appelées à s'intégrer dans un dialogue de paix, ne se sont pas encore cicatrisés. De temps en temps, on voit affleurer les fondamentalismes religieux, ennemis du dialogue et de la paix.

            Dans les nations les plus avancées aussi, se trouvent souvent de vastes zones de dépression économique et morale; on constate une progression de la corruption et de l'illégalité, également dans le domaine politique.

19.       Les effets de la globalisation se font désormais sentir dans la logique impitoyable de programmes économiques s'inspirant d'un libéralisme effréné qui rend les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, ceux-ci étant exclus des programmes de développement au point que certains parlent désormais d'un nouveau désordre mondial. Et le futur peut vraiment être source de préoccupation si, de la juste participation au bien commun, sont exclues des populations entières, qui appartiennent à la même famille de Dieu et ont en commun les mêmes droits. Souvent, les communautés indigènes sont privées des richesses des matières premières et des ressources naturelles de leurs pays par une exploitation déloyale du territoire et des populations.

            Et, malgré une sensibilité toujours plus positive pour l'écologie, même la terre se trouve à souffrir, comme cela ne s'est sans doute jamais produit auparavant dans l'histoire de l'humanité, de changements climatiques de l'écosystème qui soulèvent des questions quant au futur de notre planète. L'environnement est source de préoccupations; l'Église se fait le porte-voix des aspirations les plus authentiques en faveur d'un équilibre écologique qui ne mette pas en danger notre terre seulement, mais aussi la création tout entière, toutes deux modelées par les mains du Créateur et offertes à l'humanité comme un habitat de beauté et d'équilibre, don et ressource fondamentale de l'existence humaine.

 

Entre le retour au sacré et l'indifférence

20.       Bien que ne manquent pas des signes de réveil religieux, d’un renouveau de l’intérêt pour les réalités spirituelles et d'un certain retour au sacré, les pasteurs voient, avec préoccupation, ce qui a été défini comme une apostasie silencieuse et tranquille des masses envers la pratique ecclésiale. On voit progresser une culture immanentiste nullement ouverte au surnaturel; parmi les chrétiens aussi règne une indifférence quant au futur eschatologique et surnaturel de la vie qui rend le monde, et l'existence sur terre, véritablement dignes d'être vécus.

            Cela se traduit par un individualisme dénué de communion ecclésiale et de pratique sacramentelle. C'est pourquoi, il arrive que l'on tombe dans l'extrême de la recherche de compensation spiritualiste, dans les mouvements religieux alternatifs et dans les sectes, dans l'adoption de formes de religiosité, qui sont en partie une imitation des pratiques ascétiques plus nobles de certaines religions non chrétiennes. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui se contentent d'une religiosité ambiguë sans référence personnelle au Dieu véritable de Jésus-Christ et à la communauté ecclésiale.

            Pour maints pasteurs, un motif de préoccupation et d'une vision tourmentée du futur réside dans le nombre insuffisant de vocations sacerdotales et religieuses, même seulement en vue d'une pastorale ordinaire d'évangélisation et d'une vie sacramentelle et eucharistique adéquate, avec l'attention inhérente à la vitalité de la foi et de la pratique chrétienne.

 

Un nouvel horizon de problèmes éthiques

21.       Une source de préoccupation est aussi identifiable dans la croissance du relativisme moral, dans une certaine culture qui n'accorde pas la priorité à la vie et ne la respecte pas, dans une désacralisation du commencement et de la fin de l'existence humaine, si profondément liés au mystère du Dieu de la vie.

            Signes de l'espérance dans le Dieu Créateur, sont la transmission de la vie physique, l'éducation des enfants, l'engagement dans la promotion des valeurs de la vie humaine, dans la plénitude de son sens et de son destin.

            Aujourd'hui comme jamais auparavant dans l'histoire, l'équation sournoise selon laquelle ce qui est possible scientifiquement est donc juste éthiquement nous a conduits à une véritable manipulation biologique. Il s'ensuit de graves conséquences pour l'homme, image et ressemblance de Dieu dans le Christ, notre Vie (cf. Jn 1,4; 14,16). D'où les problèmes qui ont éclaté au cours des dernières années et qui s'étendent comme une ombre sur le futur.

            La défense passionnée que le Magistère de l'Église assume en faveur de la dignité de chaque vie humaine, depuis sa naissance jusqu'à son déclin, influe aussi sur l'opinion publique et commence à porter des fruits dans le secteur de l'éthique mondiale. Ce qui est en jeu ici, c'est le futur de l'humanité et la dignité de la personne humaine, avec ses droits intangibles et inaliénables.

22.       La crise de la famille et de sa stabilité, ainsi que les pièges sournois tendus à l'institution familiale, se présentent aujourd'hui comme de graves menaces à la vie et à l'éducation des enfants.

            L'action doctrinale de l'Église en faveur de la vie et dans le domaine de la vie matrimoniale et familiale est constante dans le temps. Des points de référence de cette action constante résident dans certains documents de longue haleine du Magistère pontifical et d'autres Dicastères du Saint-Siège,[7] comme aussi dans les Journées internationales de la Famille, qui constituent une aide consistante pour les époux en vue d'une spiritualité matrimoniale et familiale appropriée.

 

Situations ecclésiales émergentes

23.       On remarque une nouvelle situation ecclésiale dans les territoires qui ont longtemps été gouvernés par des régimes totalitaires. Leurs Églises vivent dans une liberté du culte retrouvée et une nouvelle présence apostolique; elles expérimentent l'éclosion des vocations et un début d'élan missionnaire au-delà des frontières de leurs Églises particulières. Là, la fatigue et la joie d'un nouveau commencement, le témoignage fréquent d'une joyeuse vitalité catholique et d'une ferveur de la foi inconnue dans d'autres pays laissent espérer un futur fructueux.

            Il reste toutefois des problèmes de structures et d'organisation, comme la difficulté d'un dialogue fraternel, d'une communion et d'une collaboration œcuméniques concrètes avec les autres Églises, en particulier celles orthodoxes.

            Toutefois, l'Église ne renonce pas à la tâche qui est la sienne d'annoncer courageusement l'Évangile dans ces pays bouleversés par le vide laissé par la culture des régimes totalitaires. Et même, elle doit promouvoir l'éducation à la liberté et une communion retrouvée entre tous les chrétiens. Une éducation nécessaire à la foi peut influencer le dépassement d'une certaine pratique dévotionnelle dépourvue de bases solides et l'élan d'une évangélisation renouvelée; il faut promouvoir une foi adulte, une vie morale convaincue, en particulier face à l'assaut des sectes et devant le danger de tomber, comme certains le redoutent, dans la recherche d'un consumérisme excessif.

24.       Le futur de l'Église du troisième millénaire se présente progressivement comme une décentralisation de la présence des catholiques vers les pays de l'Afrique et de l'Asie où, comme en Amérique latine, fleurissent de jeunes Églises, remplies de ferveur et de vitalité, riches en vocations sacerdotales et religieuses qui apportent souvent leur aide au manque de forces vives enregistré en Occident.

            Il ne faut pas oublier les territoires immenses et très peuplés du continent asiatique où, aujourd'hui encore, un grand nombre de fidèles se trouvent dans l'impossibilité d'exprimer publiquement et totalement leur foi catholique dans la communion avec l'Église universelle et son Pasteur suprême. L'Église a aussi le regard tourné vers  ces pays qui, remplis d'espoir, s'en remettent à l'action silencieuse de l'Esprit Saint afin que leurs fidèles puissent enfin exprimer la plénitude de la communion ecclésiale visible et de l'aide réciproque pour faire connaître à tous le Christ Sauveur.

 

Des signes de vitalité et d'espérance

25.       Parmi les signes positifs perçus à la fin du siècle et du millénaire, dans les récentes Assemblées synodales également, on trouve l'anxiété pour la paix, le désir des nations de participer solidairement à la solution des conflits locaux éventuels, la conscience croissante des droits de l'homme, l'égale dignité de toutes les nations, la recherche d'une plus grande unité sur la planète, avec une solidarité effective au niveau mondial entre les pays pauvres et les pays riches. Le dévouement croissant d'un grand nombre de personnes au service des pauvres et des pays les plus démunis, à travers le volontariat, constitue une graine d'espérance. On voit croître l'estime pour les talents de la femme, on constate une plus grande responsabilité des femmes dans la société et dans l'Église.

            Les craintes concernant les excès de la globalisation ne manquent pas; il existe cependant des réactions saines comme les formes de solidarité, une plus grande sensibilité pour la sauvegarde des valeurs culturelles des peuples et des nations, la conscience de faire prévaloir les valeurs éthiques et religieuses sur celles qui sont économiques et politiques. Il existe dans notre monde une recherche accentuée de la véritable liberté, un sens croissant de communion contre les individualismes.

            L'annonce de la publication du Compendium de la Doctrine sociale de l'Église est source d'espoir pour ce qui est de l'engagement dans le domaine social et économique au bénéfice de tous les peuples.

            Dans les alternances des ombres et des lumières, on constate parfois, et ce même au niveau mondial, des mouvements d'opinion favorables à certains aspects semblant menacés. Contre la manipulation génétique et le mépris pour la vie naissante, une plus grande attention est en train de poindre à l'égard de la vie humaine et de sa valeur transcendante, qui la lie au Dieu de la vie. Une convergence sur les valeurs éthiques au niveau international est fortement recherchée, tandis que le danger d'un déséquilibre écologique engendre un sens plus aigu de la valeur de la création.

 

Vers un nouvel humanisme

26.       La globalisation suscite, avec raison, un désir aigu de personnalisme et d'intériorité. Aujourd'hui, l'équilibre entre l'unité et le pluralisme est davantage valorisé: l'unité, qui appartient au dessein de Dieu qui a créé l'unique nature humaine, fondement de l'unité de la famille des peuples, de son origine et de son destin; et le pluralisme des nations, langues, cultures qui reflètent la richesse du savoir de Dieu aux mille facettes (cf. Ep 3,10). Dans un tel contexte, on assiste également au réveil des cultures en tant que contrepoint à une mondialisation qui aplatit et appauvrit. Au contraire, dans l'échange des biens aussi, l'identité culturelle provoque un enrichissement réciproque.

            Dans les situations problématiques désespérées de tant de personnes, telles que la solitude, l'égoïsme, les petits projets humains sans transcendance, souvent repliés sur l'égocentrisme des personnes et des groupes, l'espérance trace de larges voies de communion, de collaboration, d'actions communes, de volontariat généreux et gratuit. De telles valeurs s'intègrent dans le grand dessein de Dieu à travers la vie personnelle, ecclésiale, familiale, dans laquelle chacun répond avec la conscience d'une vocation.

            Il existe encore aujourd'hui une recherche du sens et de la qualité de la vie à tous les niveaux, même spirituel. On voit se manifester une plus grande sensibilité au personnalisme et au sens communautaire des rapports interpersonnels, sur la base d'une véritable communion entre les personnes.

            Le monde actuel et l'Église ressentent l'urgence de l'unité, même si souvent se trouve menacée la «culture» pleine et authentique de l'unité et de la communion.

 

Les fruits du Jubilé

27.       Au niveau ecclésial, se poursuit - tout spécialement après le Grand Jubilé de l'an 2000 - le renouveau de la vie chrétienne, de la participation solidaire de tous à la nouvelle évangélisation.

            Selon le programme pastoral et spirituel tracé dans Tertio millennio adveniente de Jean-Paul II, la préparation du Jubilé de l'Incarnation a été vécue au niveau universel avec de bonnes initiatives de catéchèse et de vie sacramentelle. Les trois années consacrées à la contemplation du mystère du Fils, de l'Esprit Saint et du Père, avec des engagements bien précis de caractère sacramentel (redécouverte du baptême, de la confirmation et de la pénitence), de vie théologale (la foi, l'espérance et l'amour) et éthico-sociale sont en train de porter des fruits.

            Vécu dans l'esprit de l'institution biblique de la cinquantième année (cf. Lv 25), et pleinement réalisé dans Jésus de Nazareth (cf. Lc 4,16 et suiv.), le Jubilé de l'an 2000 a vraiment été une année de progrès spirituel. La grâce de la conversion s'est multipliée nourrissant l'espérance d'une continuité, une sorte de nouveau départ qui coïncide avec le début du troisième millénaire.

28.       Certains moments du Jubilé ont constitué des signes particuliers pour l'Église et pour le monde. La Journée mondiale des Jeunes a offert un témoignage de foi, de piété et de fraîcheur ecclésiale, dans la présence et la participation joyeuses d'un grand nombre de jeunes provenant du monde entier et réunis à Rome autour du Saint-Père. Leur présence ecclésiale est un défi: la pastorale des jeunes constitue l'une des frontières des prochaines décennies. Chez les jeunes chrétiens, on ressent l'exigence d'une vie évangélique claire et décidée.

 

Sous la conduite de l'Esprit

29.       Comme cela a été noté au cours des diverses Assemblées synodales continentales, et comme cela est apparu à l'occasion de Pentecôte 1998, l'Église ressent profondément que l'Esprit Saint – comme à d'autres périodes de l'histoire – a semé de nouvelles énergies spirituelles et apostoliques, d'authentiques charismes de vie évangélique et d'élan missionnaire, adaptés aux besoins du monde d'aujourd'hui, en particulier dans les mouvements ecclésiaux et les nouvelles communautés. Ces semailles font présager une moisson abondante, favorisée par les vocations sacerdotales, religieuses et laïques d'un grand nombre de jeunes désireux de consacrer leur vie au service de l'Évangile.

            Conformes aux critères d'ecclésialité tracés par le Magistère[8] et à leur charisme propre, ces nouvelles réalités sont déjà, avec celles qui existent, le présent et le futur de l'Église du monde.[9]

 

Vers des sentiers d'unité convergents

30.       Certes, le siècle et le millénaire qui viennent de s'ouvrir trouvent les fidèles et les pasteurs des diverses Églises et communautés chrétiennes plus unis, grâce aux progrès indubitables du dialogue œcuménique, fruit précieux de l'Esprit au cours du siècle qui a pris fin. Un dialogue qui a vécu différentes vicissitudes pendant les dernières décennies. Une reprise des contacts œcuméniques dans les dernières années encourage cet engagement irréversible de l'Église et des autres Églises et communautés chrétiennes.

            Certains événements jubilaires, comme l'ouverture de la Porte sainte de la Basilique Saint-Paul, la commémoration œcuménique des témoins de la foi du XXème siècle, le voyage du Saint-Père en Terre Sainte, ainsi que d'autres initiatives récentes, sont les signes d'une volonté renouvelée des chrétiens à marcher ensemble sur les voies du Seigneur.

            Le dialogue interreligieux aussi s'est ouvert à de nouveaux développements dans la recherche de la paix et dans la reconnaissance des valeurs religieuses et transcendantes. Il faut nommer en tout premier lieu les rapports avec les représentants du Peuple de Dieu de la Première Alliance. De telles rencontres ouvrent les voies de l'espérance, en ce début de millénaire qui est vu par beaucoup comme l'époque du grand dialogue entre les religions du monde, gardiennes des valeurs de l'esprit.

            Compris en tant que rencontre entre des personnes et des groupes, dans le respect des différentes identités et dans le refus de l'irénisme et du syncrétisme, le dialogue n'est pas seulement le nouveau nom de la charité comme a pu le dire Paul VI,[10] mais il est aussi aujourd'hui le nouveau nom de l'espérance, sur une scène mondiale renouvelée.

 

Une forte demande de spiritualité

31.       La recherche de spiritualité constitue un signe d'espérance. Exigence du temps présent elle assume différents aspects.

Avant tout, il s'agit d'un appel fort à cette expérience chrétienne première qu'est la rencontre avec un Vivant. Ceci signifie qu'il faut nécessairement passer de la proclamation de la foi à la foi vécue. Est également exigée une liturgie vivante, dans la rencontre avec la bonté du Dieu miséricordieux qui nous offre la rédemption et le salut, puisqu'il est le «médecin de la chair et de l'esprit».[11]

            Dans le domaine de la morale, le besoin se fait sentir de «vivifier», avec le souffle de l'Esprit, l'expérience chrétienne dans ses exigences éthiques. En effet, la morale chrétienne «déploie toute sa force missionnaire lorsqu'elle est accomplie non seulement par le don de la parole proclamée, mais encore de la parole vécue. En particulier, la vie dans la sainteté, qui resplendit en de nombreux membres du Peuple de Dieu, humbles et souvent cachés aux yeux des hommes, constitue le moyen le plus simple et le plus attrayant par lequel il est possible de percevoir immédiatement la beauté de la vérité, la force libératrice de l'amour de Dieu, la valeur de la fidélité inconditionnelle à toutes les exigences de la Loi du Seigneur, même dans les circonstances les plus difficiles».[12]

            La conséquence qui en découle est l'urgent besoin d'une pastorale plus spirituelle qui réponde aux exigences de la nouvelle évangélisation; on envisage la nécessité de qualifier la pastorale de façon à ce qu'elle puisse susciter la rencontre personnelle et mystique avec le Christ, comme l'ont fait les Apôtres, avant et après la résurrection, et les premiers chrétiens.

 

Les évêques, témoins d'espérance

32.       Cette vision de la situation de l'Église dans le monde, avec ses lumières et ses ombres, en ce début du troisième millénaire de l'ère chrétienne constitue le témoignage que chaque évêque doit apporter à l'Évangile du Christ pour l'espérance du monde, sur le vaste horizon de l'Église universelle et dans les différentes Églises particulières.

            Il s'en suit la responsabilité spirituelle et pastorale concrète de l'évêque dans l'Église particulière, au sein d'une société qui vit dans le village global des communications et participe à la vie de la planète tout entière.

            On ne peut oublier non plus l'engagement qu'une telle situation comporte pour une vision ordonnée de l'Église vivant dans le monde, en demandant aux évêques la parole et l'action nécessaires au bien commun.

 

Fidèles aux attentes et aux promesses de Dieu, tout comme la Vierge Marie

33.       L'espérance de l'Église vient du Christ, du Ressuscité, qui possède déjà la victoire et est l'anticipation eschatologique des promesses de Dieu dans la gloire future.

            Face aux épreuves quotidiennes, dans la trame d'une existence qui devient attente de quelque chose de nouveau devant venir de Dieu, l'évêque est pour son Église comme Abraham, «espérant contre toute espérance» en étant pleinement convaincu de la fidélité de Dieu à accomplir ce qu'il avait promis (cf. Rm 4,18-22). Il s'en remet en toute certitude à la parole et au dessein de Dieu, tout comme Marie, la femme de l'espérance, qui a attendu la réalisation des promesses du Dieu fidèle, à Nazareth, à Bethléem, sur le Calvaire et au Cénacle.

            L'histoire de l'Église est une histoire de foi et de charité, mais aussi une histoire d'espérance et de courage. L'évêque qui sait être un prophète vigilant de l'espérance, une sentinelle de Dieu dans la nuit (cf. Is 21,11), peut insuffler confiance à son troupeau, en traçant dans le monde des sentiers de nouveautés.

            En plaçant uniquement en Dieu sa foi et son espérance (1 P 1,21), chaque évêque doit pouvoir faire siennes les paroles de saint Augustin: «Qui que nous soyons, vous ne devez pas placer votre espérance en nous. En tant qu'évêque, je m'abaisse à vous dire ceci: Je veux me réjouir avec vous, et non être exalté. Je ne féliciterai nullement celui qui aura mis son espérance en moi: il faudra le corriger, et non le rassurer; il devra changer et non être encouragé […] Ne mettez donc pas votre espérance en nous, votre espérance dans les hommes. Si nous sommes bons, nous sommes des ministres. Si nous ne sommes pas bons, nous sommes toujours des ministres. Mais si nous sommes des ministres bons et fidèles, nous sommes alors véritablement des ministres».[13]

34.       C'est dans ce vaste horizon que se situe le ministère de l'Église pour le prochain millénaire, et tout spécialement la mission de l'évêque en tant que témoin et promoteur d'espérance chrétienne.

            Pour chaque pasteur de l'Église, il s'agit, avec courage et hardiesse, d'apporter la présence de Dieu dans la vie quotidienne qui s'écoule. L'ensemble du service épiscopal est un ministère pour faire renaître «une vivante espérance» (1 P 1,3) dans le Peuple de Dieu et dans chaque homme. C'est pourquoi il est nécessaire que l'évêque oriente toute l’œuvre d'évangélisation vers le service de l'espérance, surtout pour les jeunes, qui se trouvent menacés par des mythes illusoires et par le pessimisme de rêves qui s'évanouissent, mais aussi pour tous ceux qui sont affligés de mille formes de pauvreté et qui tournent leur regard vers l'Église comme vers leur unique défense, du fait de l'espérance surnaturelle qui est en elle.

            Fidèle à l'espérance, chaque évêque doit la conserver bien ancrée en lui car elle est le don pascal du Seigneur Ressuscité. Elle se base sur le fait que l'Évangile, au service duquel est l'évêque, est un bien global, le point crucial où se trouve concentré tout le ministère épiscopal. En l'absence de l'espérance, toute l'action pastorale de l'évêque resterait stérile. Au contraire, le secret de sa mission réside dans la fermeté solide de son espérance théologale et eschatologique. À son sujet, saint Paul affirme: «cette espérance, vous en avez naguère entendu l'annonce dans la Parole de vérité, l'Évangile, qui est parvenu chez vous» (Col 1,5-6).

            L'espérance chrétienne commence avec le Christ et se nourrit du Christ; elle est participation au mystère de sa Pâque et, en quelque sorte, l'acompte d'un destin semblable à celui du Christ, du fait qu'avec Lui, le Père «nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus» (Ep 2,6).

            L'évêque a été fait le signe et le ministre de cette espérance. Chaque évêque peut accueillir pour lui-même ces mots de Jean-Paul II: «Sans espérance, nous ne serions que des hommes malheureux et dignes de pitié, notre action pastorale tout entière serait stérile et, surtout, nous n'oserions rien entreprendre. C'est dans l'inflexibilité de notre espérance que repose le secret de notre mission. L'espérance est plus forte que toutes les déceptions répétées et les doutes décourageants, car elle tire sa force d'une source que ni notre inattention ni notre négligence ne peuvent épuiser. La source de notre espérance est Dieu Lui-même qui, par le Christ, a vaincu pour nous le monde une fois pour toutes et qui  par nous, parmi les hommes, poursuit sa mission de salut».[14]





[1] Epist. ad Diognetum 6: Patres Apostolici I, Ed. F.X. Funk, Tubingæ 1901, 400; cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesiæ Lumen gentium, 38.

[2] Sacra Congregatio pro Episcopis, Direct. Ecclesiæ imago (22.02.1973), 25.

[3] Paulus VI, Lo Spirito Santo animatore e santificatore della Chiesa (29.11.72): L’Osservatore Romano 30.11.1972, p.1.

[4] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Divina revelatione Dei Verbum, 8.

[5] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. de Ecclesia in mundo huius temporis Gaudium et spes, 1.

[6] Cf. Synodus Episcoporum, Cœtus Specialis pro Europa (1991), Declaratio Ut testes simus Christi qui nos liberavit (13.12.1991); Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsyn. Ecclesia in Africa (14.09.95), 46-52; Adhort. apost. postsyn. Ecclesia in America (22.01.1999), 13-25; Adhort. apost. postsyn. Ecclesia in Asia (6.11.1999), 5-9.

[7] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. de Ecclesia in mundo huius temporis Gaudium et spes; Paulus VI, Litt. enc. Humanæ vitæ (25.07.1968): AAS 60 (1968) 481-503; Ioannes Paulus II, Adhort. apost. Familiaris consortio (22.11.1981): AAS 74 (1982) 81-191 et Litt. enc. Evangelium vitæ (25.03.1995): AAS 87 (1995) 401-522, ainsi que d'autres interventions ponctuelles et compétentes comme la Lettre aux Familles (2.02.1994) et divers documents du Conseil Pontifical pour la Famille et de l'Académie pontificale pour la Vie.

[8] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsyn. Christifideles laici (30.12.1988), 30: AAS 81 (1989) 446.

[9] Cf. Ioannes Paulus II, Message aux participants au IVème Congrès mondial des Mouvements ecclésiaux et des Communautés nouvelles (27.05.1998): L’Osservatore Romano, EHLF 2523 (9.06.1998) 2.

[10] Cf. Paulus VI, Litt. enc. Ecclesiam suam III (6.08.1964): AAS 56 (1964) 639.

[11] S. Ignatius Antiochenus, Ad Ephesios 7,2: Patres Apostolici I, Ed. F.X. Funk, Tubingæ 1901, 218; cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. de Sacra liturgia Sacrosanctum concilium, 5.

[12] Ioannes Paulus II, Litt. enc. Veritatis splendor (6.08.1993), 107: AAS 85 (1993) 1217.

[13] S. Augustinus, Serm. 340/A,9: PLS 2,644.

[14] Ioannes Paulus II, Discours aux évêques d'Autriche à l'occasion de leur visite ad limina (6.07.1982), 2: AAS 74 (1982) 1123.

 

CHAPITRE II

MYSTÈRE, MINISTÈRE ET
CHEMIN SPIRITUEL DE L'ÉVÊQUE

 

 

L'icône du Christ Bon Pasteur

35.       Nombreux sont les textes de l'Écriture qui reflètent la figure spirituelle de l'évêque, à la lumière du Christ, Grand Prêtre et Pasteur de nos âmes. Ils sont tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament, centrés sur l'image du Grand Prêtre et du Pasteur.

     Tous les textes se réfèrent à l'archétype qu'est le Christ. Celui-ci s'est présenté dans les paraboles évangéliques comme le pasteur à la recherche de la brebis égarée (cf. Lc 15,4-7) et s'est lui-même défini «bon» pasteur du troupeau (cf. Jn 10,11.14.16; Mt 26,31; Mc 14,27); il a été reconnu par la communauté apostolique avec ce titre: «pasteur et gardien des […] âmes» (1 P 2,25), «Chef des pasteurs» (1 P 5,4), «Grand Pasteur des brebis» (He 13,20), ressuscité par le Père. Dans la vision de l'Apocalypse, le Seigneur ressuscité est l'Agneau-Pasteur (cf. Ap 7,17) qui réunit en lui la réalité de l'offrande sacrificielle pascale et du salut, les figures du prêtre et pasteur de l'Ancien et du Nouveau Testament.

            L'iconographie chrétienne primitive a aimé représenter le Christ comme pasteur bon et beau, vivant dans la splendeur de sa résurrection, chanté par la liturgie comme le bon pasteur ressuscité qui a donné sa vie pour ses brebis.28

            Jésus-Christ est donc le Pasteur, qui réunit en lui la vérité, la bonté et la beauté du don de soi pour le troupeau. La beauté du Bon Pasteur consiste en l'amour avec lequel il se livre pour chacune de ses brebis et établit avec elles une relation directe de connaissance et d'amour.

            Le lieu de la rencontre avec le Bon Pasteur est l'Église, où il se rend présent, fait paître son troupeau avec la Parole et les sacrements, le guide vers les pâturages de la vie éternelle à travers ceux que le Christ lui-même, au moyen de l'Esprit, a constitué les pasteurs du troupeau. La beauté du Pasteur s'irradie dans la beauté d'une Église qui aime et sert. Elle est un motif d'espérance pour l'humanité tout entière, poussée aussi par l'instinct divin qui porte dans le cœur vers la beauté qui sauve, exprimée dans le visage de l'Agneau-Pasteur.

36.       Seul le Christ est le Bon pasteur. C'est de lui, comme d'une source, que s'irradie dans l'Église le ministère pastoral, que Jésus a confié à Pierre (cf. Jn 21,15.17); une grâce qui a été perçue comme la continuité du ministère apostolique de guider et de surveiller: «Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, le surveillant, non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu» (1 P 5,2).

            La figure de l'évêque comme pasteur est donc de à la tradition chrétienne dans les paroles, les gestes, dans les insignes épiscopaux, toujours cependant dans la contemplation de l'unique pasteur et dans l'imitation de ses sentiments, en raison de la grâce qui nous vient de Lui.

            «Celui (l'évêque) à qui le Seigneur, le Bon Pasteur, a, par le sacrement de l'épiscopat, remis ses pouvoirs, a l'amoureux devoir de paître le troupeau du Seigneur; il lui revient de payer de retour par un grand amour et d'entreprendre de vivre et d'accomplir son ministère dans le même esprit que le Christ, ‘Chef des pasteurs’ (cf. 1 P 5,4) et ‘Évêque de nos âmes’ (cf. 1 P 2,25)».29

            Le ministère épiscopal devient dans l'Église un amoris officium, selon les paroles d'Augustin.30 Un service d'unité, dans la communion et la mission. À ce très haut archétype qu'est le Christ se réfère le nom de pasteur et toutes les expressions qui en dérivent.

 

I. MYSTÈRE ET GRÂCE DE L'ÉPISCOPAT

La grâce de l'ordination épiscopale

37.       Par la consécration épiscopale «est conférée la plénitude du sacrement de l'Ordre, que la coutume liturgique de l'Église et la voix des saints Pères désignent en effet sous le nom de sacerdoce suprême, de réalité totale du ministère sacré».31 L'intime nature du mystère et du ministère de l'évêque est exprimée par les paroles et par les gestes de l'ordination épiscopale, dans la liturgie sacramentelle qu'avec raison l'ancienne tradition appelle «natalis episcopi».

            L'image ecclésiale de l'évêque est illustrée dès l'Antiquité chrétienne dans les différentes liturgies de l'ordination épiscopale en Orient et en Occident, comme le moment où, par l'imposition des mains et les paroles de la consécration, la grâce de l'Esprit Saint descend sur l'élu et, par le caractère sacré, imprime en plénitude l'image vivante du Christ maître, pontife, pasteur, pour agir en son nom et dans sa personne.32

            L'évêque est consacré aussi par l'onction du saint chrême pour participer au sacerdoce suprême du Christ, de façon à pouvoir exercer pleinement le ministère de la parole, de la sanctification et du gouvernement. En tant que pontife, il est choisi parmi les hommes, est constitué en faveur des hommes en tout ce qui concerne Dieu (cf. He 5,1). Il est dit que l'épiscopat n'est pas un terme qui indique principalement un honneur, mais un service; il est destiné plutôt à faire du bien et non à manifester une prééminence. En effet, les paroles du Seigneur sont valables également pour l'évêque: «que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert» (Lc 22,26).33

 

En communion avec la Trinité

38.       La dimension trinitaire de la vie de Jésus, qui le lie au Père et à l'Esprit comme consacré et envoyé dans le monde, et se manifeste dans tout son être et dans toutes ses actions, façonne de même la personnalité de l'évêque, comme bon pasteur, successeur des Apôtres.

            Cette participation à la vie et à la mission trinitaire trouve une première application dans les Apôtres, en tant que premiers participants à la communion et à la mission: «Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour» (Jn 15,9; 17,23); «Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie» (Jn 20,21). Jésus prie en outre pour les disciples afin qu'ils soient enveloppés dans le même amour trinitaire: comme le Père et le Fils sont un, que tous les disciples soient un (cf. Jn 17,21).

            Cette référence à la Trinité fait remonter le ministère de l'évêque jusqu'à sa source. En outre, la succession apostolique n'est pas seulement physique et temporelle, mais également ontologique et spirituelle, à travers la grâce de l'ordination épiscopale. En effet, les évêques ont été envoyés par les Apôtres, comme leurs successeurs, les Apôtres ont été envoyés par le Christ, le Christ a été envoyé par le Père.34

39.       Le sceau trinitaire de la grâce de l'épiscopat est exprimé de façon appropriée par la liturgie romaine de l'ordination épiscopale: «L'Esprit Saint t'ayant placé à régir l'Église de Dieu, occupe-toi du troupeau tout entier, au nom du Père, duquel tu es l'image dans l'Église; au nom de Jésus-Christ son Fils, dont tu assumes la fonction de maître, prêtre et pasteur; au nom du Saint-Esprit, qui est l'âme vivante de l'Église de Dieu et le soutien de notre faiblesse».35

            En outre, à travers les paroles et les gestes de l'ordination par l'imposition des mains, un geste est manifesté qui, selon Irénée de Lyon, évoque les deux mains du Père: le Fils et l'Esprit;36 il façonne et modèle l'élu pour la plénitude du sacerdoce, comme le don de l'«Esprit du Sacerdoce Suprême» est répandu sur le Christ et transmis aux Apôtres, qui ont fondé l'Église en tout lieu.37

 

Du Père pour le Christ dans l'Esprit

40.       La tradition qui présente l'évêque comme image du Père est très ancienne. On la trouve en particulier dans les Lettres d'Ignace d'Antioche. Le Père est en effet comme l'évêque invisible, l'évêque de tous.38 À son tour, l'évêque doit être révéré par tout le monde en tant qu'image du Père.39 D'une façon similaire, un texte ancien conseille: «aimez les évêques qui, après Dieu, sont père et mère».40

            Aujourd'hui aussi, dans l'ordination épiscopale il est fait allusion à cette dimension paternelle; c'est avec un amour paternel que l'évêque est appelé à s'occuper du Peuple saint de Dieu, comme un véritable père de famille, pour le guider, avec l'aide des prêtres et des diacres, sur la voie du salut.41 La redécouverte de l'Église comme Famille de Dieu, déjà présente dans le Concile Vatican II, rend plus éloquente l'image paternelle de l'évêque.42

            En continuité avec la personne du Christ, qui est l'icône originelle du Père et la manifestation de sa présence et de sa miséricorde, l'évêque, par la grâce sacramentelle, devient lui aussi, image vivante du Seigneur Jésus comme chef et époux de l'Église qui lui est confiée. En elle, il exerce, comme prêtre le ministère de la sanctification, du culte et de la prière; comme maître, le service de l'évangélisation, de la catéchèse et de l'enseignement; comme pasteur, la tâche du gouvernement et de la guide du peuple. Ce sont des ministères qu'il doit exercer avec les traits caractéristiques du Bon Pasteur: la charité, la connaissance du troupeau, l'attention envers tous, l'action miséricordieuse vis-à-vis des pauvres, des pèlerins, des indigents, la recherche des brebis égarées pour les ramener à l'unique bercail qu'est l'Église.43

            Tout cela est possible parce que l'évêque reçoit en plénitude dans son ordination l'onction de l'Esprit Saint qui est descendu sur les disciples le jour de la Pentecôte, l'Esprit du sacerdoce suprême, qui l'habilite intérieurement, le configurant au Christ, pour être continuation vivante de son mystère en faveur de son Corps Mystique.

            Cette vision trinitaire de la vie et du ministère de l'évêque marque également en profondeur sa référence constante au mystère qui resplendit aussi dans l'Église, image de la Trinité, peuple réuni dans la paix et la concorde, par l'unité du Père, du Fils et de l'Esprit Saint.44

L'icône ecclésiale de l'évêque

41.       Les consignes et insignes épiscopaux, que l'évêque reçoit au cours de son ordination épiscopale, comme expressions de la grâce et du ministère, sont eux aussi éloquents dans leur symbolisme ecclésial.

            Le livre de l'Évangile, placé sur la tête de l'évêque, est le signe d'une vie entièrement soumise à la Parole de Dieu et vécue dans la prédication de l'Évangile avec toute la patience et la doctrine dont il dispose.

            L'anneau est le symbole de la fidélité, dans l'intégrité de la foi et de la pureté de la vie, vis-à-vis de l'Église, qu'il doit garder en tant qu'Épouse du Christ. La mitre fait allusion à la sainteté épiscopale et à la couronne de la gloire que le Chef des Pasteurs attribuera à ses serviteurs fidèles. La crosse est le symbole de l'office du Bon pasteur, qui garde et suit avec sollicitude le troupeau qui lui a été confié par l'Esprit Saint.45

            Le pallium, que les évêques portent depuis toujours en Orient et que maintenant certains évêques reçoivent aussi en Occident, a, lui aussi, plusieurs significations. Pour les métropolites qui le reçoivent en Occident, c'est un signe de communion avec le Pontife Romain, symbole d'unité, engagement de communion avec le Siège Apostolique, lien de charité et stimulation de force dans la confession et la défense de la foi. Toutefois, le pallium, comme l'omophorion des évêques dans les Églises orientales, a eu dans l'Antiquité et conserve encore aujourd'hui d'autres significations d'une grande valeur spirituelle et ecclésiale. Réalisé en laine et décoré de signes de croix, il est l'emblème de l'évêque, identifié avec le Christ, le Bon Pasteur immolé, qui a donné sa vie pour le troupeau et porte sur ses épaules la brebis égarée, pour signifier la sollicitude pour tous, en particulier pour ceux qui ont quitté le bercail. C'est ce qu'attestent les traditions orientale46 et occidentale47.

            La croix que l'évêque porte de façon visible sur la poitrine est le signe éloquent de son appartenance au Christ, de la confession de sa confiance en lui, de la force puisée constamment dans la croix du Seigneur pour le don de la vie. Loin d'être un bijou ou un ornement extérieur, elle représente la croix glorieuse du Christ, signe d'espérance, selon la parole éloquente de l'Apôtre: «Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, qui a fait du monde un crucifié pour moi et de moi un crucifié pour le monde ” » (Gal 6,14).

            Ces simples indications mettent en relief le symbolisme contenu dans la solennité de l'ordination épiscopale.

            Tout cela entraîne une connotation d'universalité pour tous ceux qui ont reçu l'ordination épiscopale et qui, en communion avec le Pontife Romain, font partie du Collège épiscopal et partagent avec lui la sollicitude pour toute l'Église.48

 

L'Esprit de sainteté

42.       De la figure de l'évêque, telle qu'elle est exprimée par les paroles et les rites de l'ordination, émerge l'appel à la sainteté, sa spiritualité particulière, son chemin de sainteté et de perfection évangélique. C'est une tradition confirmée par les rites d'Occident et d'Orient qui réfèrent à l'évêque la plénitude de la sainteté devant être vécue devant Dieu et en communion avec les fidèles.

            L'ancien Eucologe de Sérapion exprime ce concept dans la prière de consécration de l'évêque: «Dieu de vérité, fais de ton serviteur un évêque vivant, un évêque saint dans la succession des saints Apôtres; et donne-lui la grâce de l'Esprit divin, que tu as accordée à tous les serviteurs fidèles, prophètes et patriarches».49

            Il s'agit d'un appel à la sainteté, vécue dans la charité pastorale, dans le service permanent du Seigneur, dans l'offrande des saints dons, dans le ministère de la rémission des péchés, en Lui étant agréable en douceur et pureté, en s'offrant soi-même comme sacrifice d'odeur suave.50

            Ces prémisses font émerger pour l'évêque l'appel à la sainteté propre, sur la base du don reçu et du ministère de sanctification qui lui a été confié.

 

II. LA SANCTIFICATION DANS LE MINISTÈRE PROPRE

La vie spirituelle de l'évêque

43.       La vie spirituelle de l'évêque, comme vie dans le Christ selon l'Esprit, a ses racines dans la grâce du sacrement du baptême et de la confirmation, où, en tant que «christifidelis», né à nouveau dans le Christ, il a été rendu capable de croire en Dieu, d'espérer en Lui et de L'aimer à travers les vertus théologales, de vivre et d'agir sous l'impulsion de l'Esprit Saint à travers ses saints dons. En effet, l'évêque, comme tous les autres disciples du Seigneur, qui ont été incorporés à lui et sont devenus temple de l'Esprit, vit sa vocation chrétienne en étant conscient de son rapport avec le Christ, en tant que disciple et apôtre. Augustin l'a très bien exprimé dans sa formule bien connue se référant à ses fidèles: «Pour vous, je suis évêque, avec vous, je suis chrétien».51

            Donc, l'évêque, en tant que baptisé et confirmé, est lui aussi nourri par la sainte Eucharistie et a besoin du pardon du Père, en raison de la fragilité humaine.  Il doit en outre parcourir, avec tous les autres prêtres, des chemins spécifiques de spiritualité, appelé à la sainteté pour le nouveau titre de l'Ordre sacré.52

44.       Il s'agit toutefois d'une spiritualité propre, que l'évêque tire de sa réalité, orienté comme il est à vivre dans la foi, dans l'espérance et dans la charité le ministère d'évangélisateur, de liturgiste et de guide dans la communauté. C'est une spiritualité ecclésiale car tout évêque est conformé au Christ Pasteur et Époux pour aimer et servir l'Église.

            Il n'est pas possible d'aimer le Christ et de vivre en intimité avec lui sans aimer l'Église, que le Christ aime: en effet, on possède l'Esprit de Dieu dans la mesure où on aime l'Église «une en tous et toute en chacun; simple dans la pluralité pour l'unité de la foi, multiple en chacun pour le ciment de la charité et la variété des charismes».53 C'est seulement de l'amour pour l'Église, aimée par le Christ jusqu'au don de soi pour elle (cf. Ep 5,25), que naît une spiritualité orientée à la mesure totale avec laquelle le Seigneur Jésus a aimé les hommes, c'est-à-dire jusqu'à la croix.

            Il s'agit donc d'une spiritualité de communion ecclésiale, voulant donc construire l'Église avec une attention vigilante, pour que les paroles et les œuvres, les gestes et les décisions, qui engagent le service pastoral, soient le signe du dynamisme trinitaire de la communion et de la mission.

 

Une charité pastorale authentique

45.       L'axe de la spiritualité spécifique de l'évêque est l'exercice de son ministère, informé intérieurement par la foi et l'espérance, et de façon spéciale par la charité pastorale qui est l'âme de son apostolat, dans un dynamisme de «pro-existentia» pastorale, c’est-à-dire une façon de vivre pour Dieu et pour les autres, comme le Christ, tendu vers le Père et totalement au service de ses frères, dans le don quotidien de soi en un service d'amour gratuit, en communion avec la Trinité. «Ceux qui ont reçu la charge de pasteurs à l'égard du troupeau du Christ - affirme Lumen gentium - doivent tous les premiers, à l'image du Grand Prêtre éternel […] remplir leur ministère dans la sainteté et l'empressement, l'humilité et la force: accompli dans ces conditions, il sera pour eux-mêmes un moyen puissant de sainteté. Ceux qui ont été choisis pour recevoir la plénitude du sacerdoce bénéficient de la grâce sacramentelle pour exercer en perfection la charge de la charité pastorale par la prière, le sacrifice, la prédication, par le soin et le service épiscopal sous toutes ses formes, acceptant sans crainte de donner leur vie pour leurs brebis et devenant un modèle pour leur troupeau (1 P 5,3), aidant enfin l'Église par leur exemple à avancer chaque jour en sainteté».54

            Le Directoire pastoral Ecclesiæ imago avait déjà consacré un chapitre tout entier, très détaillé, aux vertus nécessaires à un évêque.55 Dans ce contexte, outre les renvois aux vertus surnaturelles de l'obéissance, de la parfaite continence par amour du Royaume, de la pauvreté, de la prudence pastorale et de la force, on trouve également un rappel à la vertu théologale de l'espérance. S'appuyant sur celle-ci, l'évêque, avec une ferme certitude, attend de Dieu tous les biens, et place toute sa confiance en la divine Providence, «se souvenant des bienheureux Apôtres et des premiers évêques qui, face à de grandes difficultés et à des obstacles de tout genre, annonçaient l'Évangile de Dieu en toute assurance».56

            Dès les premiers siècles du Christianisme, et jusqu'au vingtième siècle, de nombreux évêques ont été des modèles de sagesse théologique et de charité pastorale; ils ont uni dans leur existence le ministère de la prédication et de la catéchèse, la célébration des Saints Mystères et la prière, le zèle apostolique et l'amour intense pour le Seigneur. Ils ont fondé des Églises, réformé les coutumes, défendu la vérité; ils ont été des témoins courageux dans le martyre et ont laissé une empreinte dans la société, par des initiatives de charité et de justice, par des gestes de courage face aux puissants du monde, en faveur de leur propre peuple.57

 

Le ministère de la prédication

46.       La spiritualité ministérielle, enracinée dans la charité pastorale et exprimée dans le triple office de l'enseignement, de la sanctification et du gouvernement, ne doit pas être vécue par l'évêque comme étant à côté de son ministère, mais dans l'unité de vie de celui-ci.

            L'évêque est tout d'abord le ministre de la vérité qui sauve non seulement pour former et instruire, mais aussi pour conduire les hommes à l'espérance et donc au progrès dans le chemin de l'espérance. Si donc un évêque veut véritablement se montrer à son peuple comme signe, témoin et ministre de l'espérance, il ne peut que s'alimenter à la Parole de Vérité, en une adhésion totale et avec une pleine disponibilité à cette Parole, sur le modèle de Marie, la sainte Mère de Dieu, qui «a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur» (Lc 1,45).

            En outre, étant donné que cette Parole divine est contenue et exprimée dans l'Écriture Sacrée, c'est à elle qu'un évêque doit constamment recourir par une lecture assidue et une étude approfondie, pour être aidé dans son ministère.58 Et ceci non seulement parce qu'il serait un vain prédicateur de la Parole de Dieu à l'extérieur s'il ne l'écoutait pas de l'intérieur,59 mais aussi parce qu'il viderait son ministère en faveur de l'espérance. C'est en effet de l'Écriture que l'évêque tire l'aliment pour sa spiritualité, de façon à réaliser son ministère d'évangélisateur de façon authentique. Seulement de cette façon il pourra, comme saint Paul, s'adresser à ses fidèles en disant: «la constance et la consolation que donnent les Écritures nous procurent l'espérance» (Rm 15,4).

            L'option des Apôtres au début de l'Église revient dans le ministère épiscopal: «Quant à nous, nous resterons assidus à la prière et au service de la parole» (Ac 6,4). Comme l'a écrit Origène: «Deux sont les activités du Pontife: apprendre de Dieu, en lisant les Écritures divines et en les méditant plusieurs fois, ou bien instruire le peuple. Mais il doit enseigner les choses qu'il a lui-même apprises de Dieu!».60

 

Orant et maître de la prière

47.       L'évêque est également l'orant, celui qui intercède pour son peuple, par la célébration fidèle de la liturgie des Heures qu'il doit présider aussi au milieu de son peuple.

            Conscient qu'il sera le maître de prière pour ses fidèles seulement à travers sa prière personnelle, l'évêque s'adressera à Dieu pour Lui répéter, avec le psalmiste: «J'espère en ta parole» (Ps 119,114). En effet, la prière est un moment d'expression de l'espérance ou, comme on le lit dans saint Thomas, elle est elle-même «interprète de l'espérance».61

            Et c'est à l'évêque qu'appartient le ministère de la prière pastorale et apostolique, devant Dieu pour son peuple, à l'imitation de Jésus qui prie pour les Apôtres (cf. Jn 17) et de l'Apôtre Paul qui prie pour ses communautés (cf. Ep 3,14-21; Ph 1,3-10). Dans sa propre prière aussi, il doit en effet porter avec lui toute l'Église, en priant de façon spéciale pour le peuple qui lui a été confié. En imitant Jésus dans le choix de ses apôtres (cf. Lc 6,12-13), il devra, lui aussi, soumettre au Père toutes ses initiatives pastorales et lui présentera, à travers le Christ dans l'Esprit, ses attentes et ses espérances. Et le Dieu de l'espérance le comblera de toute joie et de toute paix, pour qu'il abonde dans l'espérance par la vertu de l'Esprit Saint (cf. Rm 15,13).

            Un évêque doit également rechercher les occasions où il puisse vivre son écoute de la Parole de Dieu et sa prière ensemble avec le clergé, les diacres permanents, les séminaristes, les consacrés et consacrées présents dans l'Église particulière et, quand cela est possible, également avec les laïcs, en particulier ceux qui vivent leur apostolat sous la forme d'association.

            Il favorise de cette façon l'esprit de communion, soutient la vie spirituelle du diocèse, se montrant comme «maître de perfection» dans son Église particulière, engagé à «faire progresser dans la sainteté leurs clercs, les religieux et les laïcs, chacun selon sa vocation particulière».62 En même temps, il reporte les liens des relations ecclésiales à leur origine divine et les confirme dans la communion de la prière, dans lesquelles il a été introduit comme centre d'unité visible.

            Il cherchera aussi les occasions pour vivre avec ses frères dans l'épiscopat, surtout ceux qui appartiennent à la même province et région ecclésiastique, des moments de rencontre spirituelle analogues. Dans ces occasions, s'exprime la joie venant de la vie en commun entre frères (cf. Ps 133,1), on manifeste l'affection collégiale qui augmente.

 

Nourri par la grâce des sacrements

48.       L'efficacité de la conduite pastorale d'un évêque et de son témoignage du Christ, espérance du monde, dépend en grande partie de l'authenticité de son imitation du Seigneur et du fait de vivre dans l'amitié avec Lui.

            Seule la sainteté est l'annonce prophétique du renouvellement que l'évêque anticipe dans sa propre vie par le rapprochement à l'objectif où il conduit ses fidèles. Toutefois, dans son chemin spirituel, comme tout chrétien il fait l'expérience, de la nécessité de la conversion en raison de la conscience de ses propres faiblesses, de ses propres découragements et de son propre péché. Mais, comme le prêchait saint Augustin, s'il n'est pas possible de refuser l'espérance du pardon à celui à qui le péché n'a pas été rendu impossible,63 l'évêque doit recourir au sacrement de la pénitence et de la réconciliation. Quiconque a l'espoir d'être fils de Dieu et de voir Dieu tel qu'il est, se purifie lui-même tout comme le Père céleste est pur (cf. Jn 3,3).

            Les Apôtres, auxquels Jésus Ressuscité a communiqué le don de l'Esprit Saint pour remettre les péchés (cf. Jn 20,22-23), ont eu besoin eux aussi de recevoir du Seigneur la parole de la paix qui réconcilie et la demande de l'amour repenti qui guérit (cf. Jn 20,19.21; 21,15 ss.).

            Il est certain que, pour le Peuple de Dieu, voir son évêque s'approcher le premier du sacrement de la réconciliation dans des circonstances particulières, par exemple quand il en préside la célébration sous la forme communautaire, constitue un signe d'encouragement.

            L'évêque, et tout le Peuple de Dieu, tire aussi un aliment pour l'espérance de la Sainte Liturgie. En effet, quand elle célèbre la liturgie sur la terre, l'Église savoure d'avance, dans l'espérance, la liturgie de la Jérusalem céleste, vers laquelle elle tend en tant que pèlerin et où le Christ est assis à la droite du Père en tant que «ministre du sanctuaire et de la Tente, la vraie, celle que le Seigneur, non un homme, a dressée» (He 8,2).64

49.       Tous les Sacrements de l'Église, et en premier lieu l'Eucharistie, sont la mémoire des paroles, des œuvres et des mystères du Seigneur, re-présentation du salut opéré par le Christ une fois pour toutes et anticipation de la pleine possession, qui sera le don du temps final.65 Jusqu'alors l'Église les célèbre comme les signes efficaces de son attente, dans l'invocation et l'espérance.

            En Orient comme en Occident, la spiritualité du ministère épiscopal est liée à la célébration des Saints Mystères que l'évêque préside et célèbre avec son clergé, les diacres et le Peuple saint de Dieu.

            La variété des rites de l'Église et leur spécificité, aussi bien en Orient qu'en Occident, marque la vie du Peuple de Dieu, lui confère son identité et est la source d'une riche spiritualité ecclésiale. C'est pourquoi l'évêque, en tant que grand prêtre de son peuple, doit non seulement célébrer avec attention les Saints Mystères, mais faire de leur célébration une école de spiritualité authentique pour son peuple. Dans ce dessein, il sera aidé par la connaissance de la théologie et de la liturgie épiscopale, comme il apparaît dans le Cæremoniale episcoporum.66

            Les évêques des Églises orientales, fidèles à leur riche patrimoine liturgique, avec leurs diverses et spécifiques célébrations, pourront vivre en pleine syntonie avec les valeurs spirituelles de leurs propres traditions.67

 

Au milieu de son peuple en tant que grand prêtre

50.       Parmi les actions liturgiques, il y en a certaines dans lesquelles la présence de l'évêque a une signification particulière. Tout d'abord la Messe chrismale, au cours de laquelle sont bénies l'Huile des Catéchumènes et l'Huile des Malades et où le Saint Chrême est consacré: c'est le moment de la plus haute manifestation de l'Église locale, qui célèbre le Seigneur Jésus, Grand Prêtre éternel de son propre sacrifice. Pour un évêque, c'est un moment de grande espérance, car il trouve le clergé diocésain réuni autour de lui pour regarder ensemble, dans l'horizon joyeux de la Pâque, en direction du Grand Prêtre; pour raviver, de cette façon, la grâce sacramentelle de l'Ordre à travers le renouvellement des promesses qui, depuis le jour de l'Ordination, fondent le caractère spécifique de leur ministère dans l'Église. En cette circonstance, unique dans l'année liturgique, les liens resserrés de la communion ecclésiale sont, pour le Peuple de Dieu, bien que hanté par d'innombrables anxiétés, un cri vibrant d'espérance.

            À cette célébration viendra s'ajouter la liturgie solennelle de l'ordination des nouveaux prêtres et des nouveaux diacres. En cette circonstance, l'évêque, recevant de Dieu les nouveaux coopérateurs de l'ordre épiscopal et de son ministère, voit exaucées par l'Esprit, donum Dei et dator munerum, la prière pour l'abondance des vocations et les espérances pour une Église encore plus resplendissante dans son visage ministériel.

            Il en est de même pour l'administration du sacrement de la Confirmation, duquel l'évêque est le ministre originaire et, dans le rite latin, le ministre ordinaire.

            Également dans ce sacrement de l'effusion de l'Esprit Saint, qui comporte souvent pour les pasteurs un grand investissement de temps et qui constitue l'occasion pour effectuer la visite pastorale dans les paroisses, l'évêque vit un moment intense de spiritualité ministérielle et de communion avec ses fidèles, en particulier avec les jeunes. Le fait que ce sacrement soit administré par le pasteur du diocèse met en relief le fait qu'il ait comme effet d'unir tous les fidèles plus étroitement au mystère de la Pentecôte, à l'Église de Dieu dans ses origines apostoliques, à la communauté locale et d'associer ceux qui le reçoivent à la mission de témoigner le Christ.68

 

Une spiritualité de communion

51.       Un signe de forte spiritualité de communion et un élément de grande valeur pour la sainteté et la sanctification de l'évêque est constitué par la communion avec ses prêtres, les diacres, les religieux et les religieuses, avec les laïcs, aussi bien dans le cadre des relations personnelles que dans les différentes réunions. Sa parole d'exhortation et son message spirituel tendent à favoriser et à garantir la présence active et sanctifiante du Christ au milieu de son Église et le flux de la grâce de l'Esprit, qui crée un témoignage particulier d'unité et de charité.

            C'est pourquoi, il est opportun que l'évêque anime et promeuve, par sa présence et sa parole aussi, les «moments de l'Esprit» qui favorisent la croissance de la vie spirituelle, comme les retraites, les exercices spirituels, les journées de spiritualité, utilisant au besoin aussi des moyens de communication sociale pouvant aussi atteindre ceux qui sont les plus éloignés.

            Il devra également savoir utiliser des moyens communs de la vie spirituelle, comme la recherche du conseil spirituel, l'amitié et la communion fraternelle, pour éviter le risque de la solitude et le danger du découragement face aux problèmes.

            Il pourra ainsi vivre et animer une spiritualité de communion avec les opérateurs de la pastorale à travers l'écoute, la collaboration et la distribution responsable des tâches et des ministères.

            La communion affective et effective de l'évêque, dans sa prière et dans ses relations, avec le Pape et les autres évêques, constitue un moyen particulier pour maintenir cette spiritualité vivante.

            Dans son ministère, l'évêque n'est pas seul: il doit donner et recevoir ce flux de charité fraternelle qui vient de la relation avec les autres frères dans l'épiscopat, dans un véritable exercice d'amour réciproque, comme celui que Jésus a demandé à ses disciples (cf. Jn 13,34; 15,12-13), qui devient également partage de la prière, des expériences spirituelles et pastorales, de discernement.

            C'est pourquoi, les occasions de dialogue et de partage sont importantes, tout comme les retraites spirituelles, les moments de détente et de repos, dans lesquels les évêques peuvent eux aussi exercer la communion et la charité pastorale.

 

Animateur d'une spiritualité pastorale

52.       Il est lui-même appelé à aller au milieu de son peuple, en tant que promoteur et animateur d'une pastorale de la sainteté, maître spirituel de son troupeau, par le style de vie et le témoignage crédible dans les paroles et les œuvres.

            L'appel à la sainteté engage l'évêque à être également le promoteur de la vocation universelle à la sainteté dans son Église. Dans ce but, il doit promouvoir la spiritualité et la sainteté du Peuple de Dieu par des initiatives spécifiques, en accueillant les charismes anciens et récents, signe de la richesse de l'Esprit Saint.

 

En communion avec la Sainte Mère de Dieu

53.       Dans sa vie spirituelle, l'évêque est soutenu par la présence spéciale de Marie, honorée par un rapport personnel d'amour filial authentique.

            Tout évêque est appelé à revivre le moment particulier où, au pied de la croix, Marie a été confiée à Jean, le disciple, et Jean à Marie (cf. Jn 19,26-27); il est également appelé à se refléter dans la prière unanime et persévérante des disciples avec Marie, la Mère de Jésus, depuis l'Ascension jusqu'à la Pentecôte (cf. Ac 1,14). Dans la communion fraternelle, chaque évêque et tous les évêques sont confiés aux soins maternels de Marie, dans le ministère, la communion et l'espérance.

            Ceci comporte une dévotion mariale solide, qui est une intense communion avec la Sainte Mère de Dieu dans le ministère liturgique de sanctification et de culte, dans l'enseignement de la doctrine, dans la vie et dans le gouvernement. Ce style marial dans l'exercice du ministère épiscopal est une conséquence du profil marial de l'Église.

 

III. LE CHEMIN SPIRITUEL DE L'ÉVÊQUE

Un chemin spirituel nécessaire

54.       La spiritualité chrétienne est un chemin, avec ses étapes, ses épreuves et ses surprises, dans un dynamisme de fidélité à sa propre vocation. Les saisons de la vie, la tension constante vers la perfection et la sainteté personnelle, suivant le dessein de Dieu, aident également l'évêque à saisir dans son ministère un véritable itinéraire spirituel. Au milieu des joies et des épreuves qui ne manquent pas dans la vie d'un pasteur, il vivra sa propre histoire et celle de son peuple. Un chemin qu'il doit parcourir à la tête de son troupeau, dans la fidélité au Christ, avec un témoignage public aussi jusqu'à la fin.

            Il pourra et devra le faire avec une confiance sereine, et animé de l'espérance théologale, même quand il se trouvera dans la condition de présenter la renonciation à son office. Il ne devra toutefois pas cesser de vivre jusqu'à la fin l'esprit de son ministère dans les formes les plus opportunes, dans la prière ou dans d'autres tâches.

 

Avec le réalisme spirituel du quotidien

55.       Le réalisme spirituel enseigne aussi à évaluer la façon dont l'évêque doit vivre sa vocation à la sainteté même dans son humaine faiblesse, dans la multiplicité de ses engagements, dans les imprévus quotidiens, dans le grand nombre de problèmes personnels et institutionnels. Il arrive que, engagé et sollicité par tant de responsabilités, il risque d'être emporté par les problèmes, sans trouver de réponses et de solutions valables.

            Chaque évêque fait l'expérience quotidienne du poids de la vie et de l'histoire; la responsabilité, le partage des problèmes et des joies de son peuple pèsent aussi sur lui. Il lui arrivera d'être soumis aux pressions des moyens de communication, devant des phénomènes concernant l'Église et la défense de la doctrine véritable et de la morale; il devra affronter des accusations injustes ou des problèmes de caractère social.

            C'est pourquoi, il est nécessaire qu’il se ménage un mode de vie serein qui, tout en favorisant son équilibre mental, psychique et affectif, suscite en lui une disposition à la relation interpersonnelle, à l’accueil des personnes et de leurs problèmes, à l'identification aux situations tristes ou heureuses de son peuple qui veut trouver en lui la maturité et la bonté d'un père et d'un maître spirituel.

            Dans la fatigue de son ministère, l'évêque a besoin de courage pour porter avec dignité la croix et vivre l'expérience de la gloire de servir, en communion avec le Crucifié-Glorieux.

 

Dans l'harmonie du divin et de l'humain

56.       L'évêque est appelé à cultiver une spiritualité dont la mesure est l'humanitas même de Jésus, dans laquelle il puisse exprimer l'aspect divin et humain de sa consécration et de sa mission. Il pourra ainsi se donner un équilibre dans ses engagements: la célébration liturgique et la prière personnelle, la programmation pastorale, le recueil et le repos, la juste détente et le temps qui est nécessaire aux vacances, à l'étude et à la mise à jour théologique et pastorale.

            L'attention à sa propre santé physique, psychique et spirituelle et l'équilibre de son existence sont aussi pour l'évêque un acte d'amour envers ses fidèles, une garantie d'une plus grande disponibilité et une ouverture aux inspirations de l'Esprit.

            Grâce à ces moyens spirituels, il trouve la paix du cœur et la profondeur de la communion avec la Trinité, qui l'a choisi et consacré. Dans la grâce que Dieu lui accorde, il saura développer son ministère tous les jours, en étant attentif aux besoins de l'Église et du monde, comme témoin d'espérance.

            En effet, l'évêque renouvelle chaque jour sa confiance en Dieu et, comme l'Apôtre, se vante: «dans l'espérance de la gloire de Dieu […] sachant bien que la tribulation produit la constance, la constance une vertu éprouvée, la vertu éprouvée de l'espérance» (Rm 5,2-4). De l'espérance vient aussi la joie. En effet, la joie chrétienne, qui est joie dans l'espérance (cf. Rm 12,12), est également l'objet de l'espérance. L'évêque, témoin de la joie chrétienne qui naît de la croix, doit non seulement parler de cette joie, mais également «l'espérer» et la témoigner devant son peuple.69

 

Fidélité jusqu'à la fin

57.       Il sera patient et persévérant dans l'espérance, quand l'exercice de son ministère sera soumis à l'épreuve de la maladie ou qu'il sera amené par le Seigneur à vivre sa fin comme une offrande pour son troupeau, ou encore appelé à rendre témoignage au Christ dans des conditions difficiles de persécution et de martyre, comme cela s'est souvent produit et se produit encore à notre époque.

            Ce seront là, aussi, des occasions précieuses pour que tout le peuple qui lui est confié sache que son pasteur vit le don total de soi comme le Christ sur la Croix.

            C'est pourquoi il sera également assez suggestif de voir l'évêque, conscient de sa maladie, recevoir le sacrement de l'Onction des malades et le saint viatique avec solennité et accompagné par son clergé et son peuple.70

            Dans ce dernier témoignage de sa vie terrestre, il aura l'occasion d'enseigner à ses fidèles qu'il ne faut jamais trahir sa propre espérance et que toute douleur du moment présent est soulagée par l'espérance des réalités futures.

            Dans le dernier acte de son exode de ce monde vers le Père, il pourra résumer et proposer encore une fois l'objectif même de son ministère dans l'Église: celui d'indiquer, comme Moïse sur le Mont Nébo, la terre promise aux enfants d'Israël (cf. Dt 34,1 et suivants), l'objectif eschatologique aux enfants de l'Église.

            Par conséquent, la conclusion aussi de son itinéraire spirituel, avec la mort et les obsèques solennelles célébrées dans l'église cathédrale, doit être un moment spirituel de grande valeur pour la vie des fidèles, un chant à la Résurrection du Seigneur qui accueille ses serviteurs fidèles. C'est l'occasion propice pour laisser comme don à l'Église les paroles d'un testament spirituel et l'empreinte d'un visage ami et proche, à côté de la multitude des pasteurs qui l'ont précédé dans l'Église particulière.

 

L'exemple des saints évêques

58.       Le chemin spirituel de l'évêque est illuminé par la grande multitude de pasteurs de l'Église qui, à partir des Apôtres, ont éclairé de leur exemple la vie de l'Église à toutes les époques et en tout lieu. Il serait difficile de faire une liste de ces illustres modèles qui brillent dans l'Église, et dont la sainteté a été ou sera reconnue par l'Église. Mais leurs noms et leurs visages sont bien présents dans la vie de l'Église universelle et des Églises locales, également dans la célébration cyclique de l'année liturgique ou dans les lectures de la liturgie des heures.

            Nous pensons aux saints pasteurs qui, dès les débuts de l'Église, ont uni la sainteté de vie à la prédication et la sagesse, le sens pastoral et aussi social du message de l'Évangile. Certains d'entre eux ont donné leur vie dans le témoignage du martyre. Il y a des saints pasteurs fondateurs d'Églises qui sont rappelés et célébrés comme des saints patrons.

            Il y a eu des pasteurs resplendissant par leur doctrine, qui ont donné une contribution spécifique dans les Conciles œcuméniques et qui ont mis en œuvre avec sagesse les directives de réforme et de renouvellement. De nombreux missionnaires sont des saints évêques qui ont porté l'Évangile dans des nouvelles terres et ont organisé la vie des églises locales naissantes. Jusqu'à nos jours, les témoins de la foi n'ont pas manqué qui ont payé par la prison, l'exil et autres souffrances, leur fidélité à l'Église catholique et à la communion avec le Siège de Pierre. D'autres, en des circonstances difficiles, ont donné leur vie pour leur troupeau, en tant que défenseurs des droits humains et religieux.

            La communion spirituelle avec ces pasteurs est motif d'espérance et source d'élan apostolique. Chaque évêque voit en eux l'expression de la grâce et de la force de l'Esprit Saint, et la mesure de la fidélité à laquelle il est appelé dans son propre ministère pastoral.


 



28 Cf. Missale Romanum, Dominica IV Paschæ, Antif. ad communionem: «Surrexit Pastor bonus qui animam suam posuit pro ovibus suis et pro grege suo mori dignatus est».

29 Sacra Congregatio Pro Episcopis, Direct. Ecclesiæ imago (22.02.1973), 22.

30 Cf. s. Augustinus, Tractatus 123 in Ioannem: PL 35, 1967.

31 Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 21.

32 Cf. ibid.

33 Cf. Pontificale Romanum, De ordinatione episcopi, 39, Homilia.

34 Cf. Clemens Romanus, Epist. ad Corinthos, 42-44: Patres apostolici I, Ed. F. X. Funk, Tubingæ 1901, 154-159.

35 Pontificale Romanum, De ordinatione episcopi,39, Homilia.

36 Cf. s. Iræneus, Adversus hæreses, IV, 20, 1.3: PG 7, 1032; Demonstratio prædicationis apostolicæ, 11, Sources Chrét. 62, 48-49; cf. Catechismus Ecclesiæ Catholicæ, 704.

37 Cf. Pontificale Romanum, De ordinatione episcopi, 47, Prex ordinationis.

38 Cf. s. Ignatius Antiochenus, Ad Magnesios, 6, 1; 3, 1: Patres apostolici I, ed. F.X. Funk, Tubingæ 1901, 232-233; 234-235.

39 Cf. s. Ignatius Antiochenus, Ad Trallianos 3, 1: ibid., p. 244-245.

40 Didascalia apostolorum II, 33, 1, in Didascalia et Constitutiones apostolorum, II, ed. F.X. Funk, Paderborn 1905, 114-105.

41 Cf. Pontificale Romanum, De ordinatione episcopi, 40, p. 13: Promissio electi. «Plebem Dei sanctam […] ut pius pater fovere et in viam salutis dirigere».

42 Cf. Conc. Œcum. Vat. ii, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 6.28; ioannes paulus ii, Adhort. apost. postsyn. Ecclesia in Africa, 65: AAS 88 (1996) 41.

43 Cf. Pontificale Romanum, De ordinatione episcopi, 40, p. 14: Promissio electi.

44 Cf. Cyprianus Episcopus, De oratione dominica, 23: PL 4, 553: «Sacrificium Deo maius est pax nostra et fraterna concordia, et de unitate Patris, et Filii et Spiritus Sancti, plebs adunata»; (cf. Conc. Œcum. Vat. ii, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 4).

45 Cf. Pontificale Romanum, De ordinatione episcopi, 50-54, p. 26-27: Unctio capitis et traditio Libri Evangeliorum atque insignum.

46 Cf. Isidorus Pelusiota Erminio comiti, Epistularum lib. I, 136: PG 78, 271-272: «Id autem amiculum, quod sacerdos humeris gestat, atque ex lana, non ex lino contextum est, ovis illius, quam Dominus aberrantem quæsivit inventamque humeris suis sustulit, pellem designat. Episcopus enim qui Christi typum gerit, ipsius munere fungitur».

47 Cf. Benedictus xiv, Const. Rerum ecclesiasticarum (12.08.1748): De pallii benedictione et traditione in S.D.N. Benedicti Papæ XIV Bullarum, tom. II, 494-497: «Ut quam mysticæ repræsentant pastoralis offici plenitudinem, atque excellentiam, pleno quoque operentur effectu […] Sit boni magnique illius imitator pastoris, qui errantem ovem humeris suis impositam adunavit, pro quibus animam posuit».

48 Cf. Pontificale Romanum, De ordinatione episcopi, 49-45, p. 26-27: Unctio capitis et traditio Libri Evangeliorum atque insignum.

49 Sacramentarium Serapionis, 28, in Didascalia et Constitutiones Apostolorum, II, Ed. F.X. Funk, Paderborn 1905, 191.

50 Cf. Pontificale Romanum, De ordinatione episcopi, 47, p. 24-25: Prex ordinationis.

51 S. Augustinus, In natale episcopi: CCL 104, 919, 1: «Vobis enim sum episcopus; vobiscum sum christianus. Illud est nomen suscepti officii, hoc gratiæ; illud periculi est, hoc salutis».

52 Cf. Conc. Œcum. Vat. ii, Presbyterorum ordinis, cap. III; cf. Ioannes Paulus ii, Adhort. apost. postsyn. Pastores dabo vobis (25.03.1992) cap. III.

53 Cf. S. Petrus Damianus, Opusc. XI (Liber qui appellatur Dominus vobiscum) 5: PL 145, 235; cf. s. Augustinus, In Ioann. 32, 8: PL 35, 1645.

54 Conc. Œcum. Vat. ii, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 41.

55 Cf. Sacra Congregatio Pro Episcopis, Direct. Ecclesiæ imago (22.2.1973), pars I, cap. IV, 21-31.

56 Ibid., 25.

57 Cf. Ioannes Paulus ii, Homélie lors du Jubilé des évêques (8.10.2000), 4: L’Osservatore Romano, EHLF 2643 (10.10.2000) 3.

58 Cf. Isidorus Hispalensis, De ecclesisticis officiis, lib. II, 16-17: PL 83, 785.

59 Cf. s. Augustinus, Serm. 179, 1: PL 38, 966.

60 Origenes, In Leviticum Hom. VI: PG 12, 474 C.

61 Cf. S. Thoma aq., S. Th. II-II, q. 17, a. 4, 3: «Petitio est interpretative spei».

62 Conc. Œcum. Vat. ii, Decret. de past. Episcoporum munere in Ecclesia Christus Dominus, 15.

63 Cf. S. Augustinus, Enarr. in psalm., 50, 5: PL 36, 588.

64 Conc. Œcum. Vat. ii, Const. de Sacra liturgia Sacrosanctum concilium, 8.

65 Cf. S. Thoma Aq., S. Th. III, q. 60, a. 3.

66 Cf. Cæremoniale episcoporum, Editio typica, Typis Polyglottis Vaticanis, 1984.

67 Cf. Ioannes Paulus ii, Epist. ap. Orientale lumen (2.05.1995): AAS 87 (1995) 745-794; cf. Congregatio pro Ecclesiis Orientalibus, Instruction pour l'application des prescriptions liturgiques du C.C.E.O (6.01.1996).

68  Cf. Catechismus Ecclesiæ Catholicæ, 1313.

69  Cf. Paulus vi, Adhort. ap. Gaudete in Domino (9.05.1975), I: AAS 67 (1975) 293.

70 Cf. Sacra Congregatio Pro Episcopis, Direct. Ecclesiæ imago (22.02.1973), 89.

 

CHAPITRE III

 

L'ÉPISCOPAT,
MINISTÈRE DE COMMUNION ET DE MISSION
DANS L'ÉGLISE UNIVERSELLE

 

 

Des amis du Christ, qu'Il a choisis et envoyés

59.       Les mots prononcés par Jésus à la Cène, et tout particulièrement dans le chapitre 15 de saint Jean, traitent de la vocation des Apôtres à la lumière de la communion et de la mission. Jésus parle de la vigne et des sarments, dans une image biblique qui exprime clairement la nécessité de la communion et la fécondité de la mission. Même si les mots de Jésus ont une référence ecclésiale et eucharistique atteignant tous les fidèles, leur référence première est au cercle des Apôtres et, en conséquence, à leurs successeurs.

            Le discours de Jésus sur la vigne et les sarments met en lumière le dynamisme trinitaire de la communion et de la mission. Le Père est le maître de la vigne; le Christ est la vraie vigne; la lymphe intérieure de communion et de fécondité, c'est l'Esprit Saint qui vivifie les sarments unis à la vigne, destinés à donner des fruits abondants et persistants. Au cœur de la parabole se trouve un enseignement fondamental: les disciples de Jésus sont appelés à rester en communion vitale avec le Christ, avec sa parole et ses commandements, afin de croître grâce à l'émondage réalisé par Dieu et de donner des fruits en abondance (cf. Jn 15,1-10).

            D'où la nécessité de la communion avec le Christ et, en lui, avec le Père et l'Esprit, dans la vigne mystique dans laquelle l'Église est esquissée.

            «Hors de moi, vous ne pouvez rien faire» (Jn 15,5). Conformément à la signification de la parabole de la vigne dans l’Évangile selon S. Jean, Jésus indique à ses disciples la communion avec lui comme étant la fidélité d'une amitié divine. «Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande» (Jn 15,14). L'amitié du Christ comprend le partage de la connaissance des secrets du Père, le don de la vie jusqu'à la mort, et la communion réciproque dans l'amour. Elle suppose, de la part de Jésus, et en continuité avec sa mission lui venant du Père, le choix et l'envoi missionnaire des disciples: «Ce n'est pas vous qui m'avez choisi; mais c'est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure» (Jn 15,16). Ce qui est demandé au disciple, c'est d'être fidèle à la parole et à la mission.

60.       Sarment vivant greffé sur la vigne qu'est le Christ dont il est l'ami, le disciple et l'apôtre, l'évêque porte en lui l'appel personnel et ministériel à la communion et à la mission.

            L'identité de l'évêque dans l'Église est enracinée dans le dynamisme de la succession apostolique, comprise non seulement comme l'investiture d'une autorité, mais aussi comme l'extension trinitaire de la communion et de la mission. Choisi par le Seigneur, appelé à une communion permanente avec Lui et envoyé dans le monde, l'évêque s'identifie avec la personne de Jésus dans la transmission de la vie divine, dans la communion de l'amour et dans le sacrifice de son existence.

 

I. LE MINISTÈRE ÉPISCOPAL DANS UNE ECCLÉSIOLOGIE DE   COMMUNION

Dans l'Église, icône de la Trinité

61.       Dans sa réflexion théologique, le Concile Vatican II a privilégié l'Église en tant que lieu des mystères de la foi, avec une attention particulière au thème central de la communion. En effet, l'Église est définie dès le début de la Constitution Lumen gentium comme un «sacrement ou un signe et un moyen d'opérer l'union intime avec Dieu et l'unité de tout le genre humain».[1]

            C'est donc avec raison que le document de l'Assemblée Extraordinaire du Synode des Évêques de 1985 a affirmé: «l'ecclésiologie de communion est l'idée centrale et fondamentale dans les documents du Concile».[2] Le concept de communion réside dans «le cœur de l'auto-connaissance de l'Église».[3] Elle est à la fois verticale et horizontale, communion avec Dieu et entre les hommes, don de la Trinité et engagement de la foi et de l'amour, visible et invisible.[4]

            La communion ecclésiale, qui est fondée sur la Parole de Dieu et sur les sacrements - en particulier celui de l'Eucharistie -, qui s'exprime dans la foi, est basée sur l'espérance, animée par la charité et enracinée dans l'unité du ministère de l'enseignement et du gouvernement du successeur de Pierre et des évêques, possède tout à la fois une force d'unité et un dynamisme missionnaire. De façon identique au mystère de la Trinité qui est communion et mission pour le salut du monde, l'Église, icône vivante de la Trinité, est, par la force même de l'Esprit, convocation (ekklesìa) et manifestation (epiphania) missionnaire pour le salut du monde.

            L'Église doit être, toujours, partout et en crescendo, participation et sacrement de l'amour trinitaire, pour le salut du monde. En conséquence, elle possède la force même de l'Esprit qui, dans la Trinité, est principe de communion et de mission dans l'amour.

62.       C'est pourquoi l'Église est le mystère-sacrement dans lequel convergent l'évangélisation et la catéchèse, la célébration des mystères, la spiritualité ecclésiale, la vie de charité des chrétiens, l'action et le témoignage missionnaires. Les engagements moraux, les stratégies pastorales et les voies de spiritualité vécue ne peuvent être compris que dans une perspective ecclésiale authentique.

            La communion et la mission s'exigent mutuellement. La force de la communion fait croître l'Église en extension et en profondeur. Mais la mission fait aussi se renforcer la communion, qui s'étend, comme en cercles concentriques, jusqu'à atteindre tous les hommes. En effet, l'Église rayonne dans les diverses cultures et elle les introduit dans le Royaume,[5] de façon à ce que tout ce qui est sorti de Dieu puisse revenir à Dieu. C'est pourquoi on a pu affirmer: «La communion s'ouvre à la mission, elle se fait elle-même mission».[6]

            La communion correspond à l'être même de l'Église, elle rappelle la destination de tous les charismes à l'agapè, à la communion dans l'unité, dans le même dessein de salut et le même projet ecclésial.

            L'unité de l'Église en tant que communion et mission ne relève pas seulement de l'essence de son mystère et de sa réalisation dans le monde; elle est aussi la garantie et le sceau de son action divine: tout provient du dessein trinitaire de Dieu qui, dans son unité, est à l'origine de tout et est aussi l'aboutissement de tout, selon la vision de l'histoire du salut qui implique toute l'humanité et le cosmos.

 

Dans une ecclésiologie de communion et de mission

63.       À notre époque aussi, l'unité est un signe d'espérance, qu'il s'agisse des peuples ou bien des actions humaines pour un monde réconcilié. Mais l'unité est aussi le signe et le témoignage crédible de l'authenticité de l'Évangile. De là l'urgence, dans notre monde aussi, de l'unité de l'Église et, plus particulièrement de l'unité de tous les disciples du Christ, pour que le monde croie (cf. Jn 17,21).

            Le mystère trinitaire, qui est mystère de communion dans la réciprocité, est comme le cadre de référence de la vie de l'Église, de sa mission, de ses ministères et, donc, du ministère épiscopal.

            Une telle perspective constitue un signe d'espérance pour le monde au milieu de l'émiettement de l'unité, des oppositions et des conflits. La force de l'Église réside dans la communion, sa faiblesse dans la division et l'opposition.

64.       Le ministère épiscopal s'insère dans cette ecclésiologie de communion et de mission qui engendre des actions réalisées en communion, une spiritualité et un style de communion.

            En effet, dans ce mystère s'exprime l'unité de la succession apostolique dans le Collège des évêques, sous l'égide du ministère du successeur de Pierre. En outre, dans l'évêque convergent l'Église particulière, la communauté du Peuple de Dieu, avec les prêtres, les diacres, les personnes consacrées et les laïcs.

            Cette communion dans l'unité est soutenue par la charité pastorale et par l'espérance surnaturelle en la réalisation du dessein divin avec la force de l'Esprit Saint.

 

 

Unité et catholicité dans le ministère épiscopal

65.       Envoyé au nom du Christ comme pasteur d'une Église particulière, l'évêque a la charge d'une partie du Peuple de Dieu qui lui a été confiée et il la fait mûrir en tant que communion, au moyen de l'Évangile et de l'Eucharistie. En elle, il est le principe et le fondement visible de l'unité de la foi, des sacrements et du gouvernement, en vertu du pouvoir qu'il a reçu.[7]

            Cependant, chaque évêque est le pasteur d'une Église particulière en tant que membre du Collège des évêques. Chaque évêque est inséré dans ce même Collège en vertu de la consécration épiscopale et à travers la communion hiérarchique avec le Chef du Collège.[8] Ce qui entraîne pour le ministère de l'évêque certaines conséquences qu'il est bon de considérer, même de façon sommaire.

            La première conséquence est qu'un évêque n'est jamais seul. Cela est vrai pour ce qui est de sa situation non seulement au sein de son Église particulière, mais aussi dans l'Église universelle, grâce aux liens qui – étant donné la nature même de l'épiscopat un et indivis[9] le rattachent à l'ensemble du Collège épiscopal, celui-ci succédant au Collège apostolique. C'est pourquoi chaque évêque est en même temps en rapport avec l'Église particulière et avec l'Église universelle.

            Principe et fondement visible dans l'unité de sa propre Église particulière, chaque évêque porte aussi en lui le lien visible de la communion ecclésiastique entre son Église et l'Église universelle. C'est pourquoi, bien que résidant dans diverses parties du monde mais étant toujours en communion hiérarchique avec le Chef du Collège épiscopal et avec le Collège même dans son ensemble, tous les évêques assurent consistance et physionomie à la catholicité de l'Église; et ils confèrent aussi cette même note de catholicité à l'Église particulière qui leur est confiée.

            «En effet, l'évêque est principe et fondement visible de l'unité dans l'Église particulière confiée à son ministère pastoral, mais afin que chaque Église particulière soit pleinement Église, c'est-à-dire présence particulière de l'Église universelle avec tous ses éléments essentiels et constituée par conséquent à l'image de l'Église universelle, l'autorité suprême de l'Église, c'est-à-dire le Collège épiscopal ‘avec le Pontife Romain, son chef, et jamais en dehors de ce chef’, doit être présente en elle comme élément propre».[10]

            Aussi, dans la communion des Églises, l'évêque représente-t-il son Église particulière et, en celle-ci, la communion des Églises. En effet, par le ministère épiscopal, chaque Église particulière, qui est aussi une portio Ecclesiæ universalis,[11] vit la totalité de l'unité-sainteté et a en elle la totalité des caractères catholiques-apostoliques.[12]

66.       La seconde conséquence, sur laquelle il est bon de s'arrêter, est que c'est précisément cette union collégiale, ou communion fraternelle de charité, ou affection collégiale, qui est la source de la sollicitude que, comme l'a institué et commandé le Christ, chaque évêque a pour toute l'Église et pour les autres Églises particulières. Ainsi se dilate aussi sa sollicitude pour «ces régions du monde où la Parole de Dieu n'a pas encore été annoncée ou dans lesquelles en raison surtout du petit nombre de prêtres, les fidèles sont en danger de s'éloigner des commandements de la vie chrétienne, et plus encore de perdre la foi».[13]

            D'autre part, déjà les dons divins avec lesquels chaque évêque édifie son Église particulière, c'est-à-dire l'Évangile et l'Eucharistie, sont aussi ceux qui non seulement constituent chaque autre Église particulière en tant que réunion dans l'Esprit, mais l'ouvrent aussi à la communion avec toutes les autres Églises. En effet, l'annonce de l'Évangile est universelle et, selon la volonté du Seigneur, elle s'adresse à tous les hommes, en étant immuable dans tous les temps.

            À cause de sa nature même et comme tous les autres actes liturgiques, la célébration de l'Eucharistie est un acte de l'ensemble de l'Église, elle appartient au Corps de l'Église en sa totalité, elle le manifeste et l'engage.[14] De là aussi naît le devoir de chaque évêque, en tant que successeur légitime des Apôtres et membre du Collège épiscopal, d'être d'une certaine façon le garant de l'Église dans son ensemble (sponsor Ecclesiæ).[15]

 

En communion avec le Successeur de Pierre

67.       L'ecclésiologie de communion qui caractérise l'Église catholique exprime les multiples rapports d'unité non seulement dans la même foi, espérance et charité, dans la même doctrine et les mêmes sacrements, et ce entre toutes les Églises particulières, mais aussi dans la communion concrète avec le Pontife Romain, principe visible de l'unité de l'Église. Cette réalité se manifeste dans la sanctification et dans le culte, dans la doctrine et dans le gouvernement, selon le projet divin du Christ, qui a voulu que Pierre et ses successeurs soient un principe d'unité visible pour confirmer leurs frères dans la foi.[16].

            En communion et sous la conduite du successeur de Pierre, l'unité de l'Église est aussi une source d'espérance pour le futur. Le dessein de Dieu, c'est l'unité de toute la famille humaine et, dans sa structure, l'Église catholique conserve ce don précieux.

            Cette unité est source de confiance et d'espérance pour le futur de la mission des chrétiens dans le monde. En effet, elle est la garantie de la continuité de la vérité et de la vie de l'Évangile: la plénitude d'une Église qui soit une, sainte, catholique et apostolique, comme l'a voulue le Christ, et qui «subsiste dans l'Église catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui».[17]

68.       Nombreux sont les liens qui unissent les évêques individuellement au ministère de Pierre: en tout premier lieu, la communion dans la vie divine, particulièrement dans la célébration de l'Eucharistie, fondement de l'unité de l'Église dans le Christ.[18] Chaque célébration de l'Eucharistie, signe de la «sanctorum communio», c'est-à-dire de la communion des saints et de toutes les choses saintes, selon l'expression chère à l'Antiquité chrétienne,[19] se réalise en union non seulement avec un évêque particulier, mais avant tout avec le Saint-Père et avec l'ordre épiscopal, donc avec tout le clergé et tout le peuple de Dieu, tel que l'expriment les diverses formules de la prière eucharistique.[20]

            Il faut ensuite y ajouter la communion dans la prédication de l'Évangile et dans la juste doctrine, dans la fidélité au Magistère de l'Église exercé par le Pontife Romain, en particulier pour ce qui est des questions de la foi et des mœurs. Si le Magistère pontifical est chaleureusement accueilli et diffusé, c'est le signe d'une communion authentique et la garantie de l'unité de l'Église, également pour conduire le Peuple de Dieu sur les sentiers de la vérité et spécialement pour les domaines doctrinaux qui exigent aussi l’étude spécifique et approfondie des problématiques nouvelles.[21]

            Enfin, l'unité nécessaire aussi dans la discipline ecclésiastique est un signe de communion dans la vérité et dans la vie, restant sauves les légitimes variétés, selon le droit.

 

Collaboration dans le ministère pétrinien

69.       L'appartenance au Collège des évêques, qui ne peut être conçue sans la communion avec son Chef visible – le Pontife Romain –, se fait sous diverses formes de participation et d'exercice de la collégialité.

C'est justement parce qu'il appartient au Collège épiscopal que, chaque évêque, dans l'exercice de son ministère, rencontre l'évêque de Rome et se trouve en communion vivante et dynamique avec lui, le Successeur de Pierre et le Chef du Collège, ainsi qu'avec tous ses autres frères évêques du monde entier. Dans une telle communion se réalise aussi la sollicitude pour toutes les Églises de par le monde, de même que la dimension de mission, coopération et collaboration missionnaires, caractéristique du ministère épiscopal.

            Cette collaboration avec le Souverain Pontife a une forme spécifique dans le Synode des Évêques, dans lequel se réalise un échange fructueux d'informations et de suggestions et où, à la lumière de l'Évangile et de la Doctrine de l'Église, sont définies les orientations communes qui, après avoir été approuvées par le Successeur de Pierre, sont proposées à l'Église tout entière et émises pour le bénéfice des Églises locales. De cette façon, l'Église tout entière est valablement soutenue pour entretenir la communion dans la pluralité des cultures et des situations.

            Un fruit et une expression de cette union collégiale est la collaboration des évêques provenant de tous les milieux du monde catholique dans le cadre des organismes du Saint-Siège, en particulier les Dicastères de la Curie romaine et dans diverses Commissions, où ils peuvent efficacement apporter leur contribution en tant que pasteurs des Églises particulières.

 

Les visites ad limina et les rapports avec le Saint-Siège

70.       Les visites ad limina constituent un moment important manifestant la communion avec le Pape et les organismes du Saint-Siège. Celles-ci se déroulent dans la communion sacramentelle de la célébration eucharistique, dans la prière commune, dans la rencontre personnelle des évêques avec le Pape et ses collaborateurs. Elles constituent une occasion de discernement qui apporte les réalités, les angoisses, les espérances, les joies et les problèmes des Églises particulières au cœur de la communion visible et ce, dans un enrichissement de la catholicité et une expérience particulière de l'unité.

            Au cours des derniers temps, à l'occasion de telles visites, les pasteurs eux-mêmes ont eu l'opportunité de partager entre eux des moments de prière, en compagnie de leurs plus proches collaborateurs diocésains et de quelques groupes de fidèles, en accentuant ainsi un renouveau authentique et véritable du sens des visites des pasteurs des Églises particulières ad limina apostolorum.[22]

            Dans leurs réponses aux Lineamenta, nombre d'évêques ont exprimé le souhait que – grâce aux Dicastères du Saint-Siège et aux représentants pontificaux – les rapports entre le Successeur de Pierre et les évêques diocésains soient toujours plus caractérisés par des critères de collaboration et d'estime fraternelle, comme réalisation concrète d'une ecclésiologie de communion dans le respect des compétences.

 

Les Conférences épiscopales

71.       Les évêques vivent leur communion avec les autres pasteurs dans l'exercice de la collégialité épiscopale. Dès l'Antiquité chrétienne, cette réalité de communion a trouvé une expression particulièrement qualifiée dans la célébration des Conciles œcuméniques, ainsi que des Conciles particuliers, qu'ils soient pléniers ou provinciaux, Conciles qui, aujourd'hui encore, présentent une utilité, alors que dans le même temps se renforcent les Conférences épiscopales.

En effet, à partir du siècle dernier, sont nées les Conférences épiscopales qui, dans le Décret Christus Dominus, ont trouvé un accueil particulier, et dans le C.I.C. des normes bien précises.[23] Tout récemment, en suivant les recommandations du Synode Extraordinaire de 1985 qui demandait une étude sur la nature théologique et juridique des Conférences épiscopales, Jean-Paul II a promulgué à ce sujet le Motu proprio Apostolos suos, qui clarifie et précise l'ensemble de l'argument.[24]

            Dans le Directoire Ecclesiæ imago, leur véritable nature se trouvait d'une certaine façon exprimée comme suit: «On a institué les Conférences épiscopales pour qu'elles puissent aujourd'hui contribuer, de façon multiple et efficace, à orienter le sentiment collégial vers des réalisations concrètes. Ces Conférences entretiennent éminemment l'esprit de communion avec l'Église universelle et des Églises particulières entre elles».[25]

72.       Étant entendu que chaque évêque individuellement à toute autorité dans son Église particulière, «dans la Conférence épiscopale, les évêques exercent conjointement leur ministère épiscopal en faveur des fidèles du territoire de la Conférence; mais afin que cet exercice soit légitime et s'impose aux différents évêques, il faut l'intervention de l'autorité suprême de l'Église qui, par la loi universelle ou par des mandats particuliers confie des questions déterminées à la délibération de la Conférence épiscopale».[26]

            «L'exercice conjoint du ministère épiscopal concerne aussi la fonction doctrinale».[27] Réunis en Conférence épiscopale, les évêques doivent avant tout se soucier de ce que le Magistère universel arrive jusqu'au peuple qui leur a été confié.[28] Pour que les déclarations doctrinales de la Conférence épiscopale obligent les fidèles à y adhérer d'une âme religieuse obéissante, elles doivent être soit approuvées à l'unanimité, soit approuvées à la majorité qualifiée, pour obtenir la recognitio du Siège Apostolique.[29]

            Les Églises orientales patriarcales et archiépiscopales majeures ont leurs propres institutions de caractère synodal, comme le Synode patriarcal[30] et l'Assemblée patriarcale, et jouissent de lois qui leur sont propres. Le C.C.E.O. lui-même prévoit les Assemblées de la hiérarchie des différentes Églises sui iuris.[31]

            Il existe aussi des organismes, comme les Réunions internationales de Conférences épiscopales au niveau continental ou régional, qui du fait de leur proximité, et tout en n'ayant pas les compétences des Conférences épiscopales à proprement parler, selon les normes du Droit canon, constituent toutefois des instruments utiles permettant d'établir des rapports de collaboration entre les évêques dans la perspective du bien commun.[32]

 

Communion affective et effective

73.       Les rapports qui s'établissent entre les évêques aussi bien dans le cadre des Synodes patriarcaux des Églises orientales qu'à travers les Conférences épiscopales ou encore dans d'autres formes de collaboration et de communion – chacune d'elles suivant sa propre nature théologique et juridique – ne doivent pas être vus uniquement en fonction du traitement bureaucratique de questions intérieures et extérieures. Mais plutôt, dans l'esprit de communion entre les pasteurs des Églises et dans l'affectus collegialis, propre à la participation sacramentelle au souci pour l'ensemble du Peuple de Dieu, ils doivent constituer une véritable expérience de spiritualité, un exercice de communion affective et effective.

            Les Assemblées épiscopales doivent donc se dérouler dans une écoute réciproque, en vertu de la responsabilité commune et de la sollicitude ecclésiale. Elles constituent des moments de responsabilité pastorale, de fraternité évangélique, de partage des problèmes, de discernement ecclésial et spirituel authentique; ce sont des moments pendant lesquels les évêques éclairent de la sagesse de l'Évangile les problèmes de notre époque, dans une assistance mutuelle qui est confiée à la grâce du Seigneur, présent au milieu de ceux qui se trouvent réunis en son nom (cf. Mt 18,20), et à l'assistance de l'Esprit Saint qui guide l'Église.

74.       Cette aide réciproque des évêques entre eux, et tout spécialement celle venant des Métropolites, peut et doit devenir encouragement, soutien dans le discernement, conseil réciproque et, éventuellement, correction fraternelle opportune, conformément à l'Évangile, dans les moments de difficultés.

            Certains souhaitent qu'en vertu de la communion fraternelle dans la grâce de l'épiscopat et dans l'unité de l'Église s'établissent des rapports d'assistance réciproque entre les grands diocèses et ceux plus petits, dans les aides qui se révèleront nécessaires comme l'échange d'agents de la pastorale, de moyens économiques, de financements et la constitution de structures et de bureaux communs lorsque les diocèses sont proches les uns des autres. Comme signe de sollicitude pour l'Église universelle, il faut aussi encourager les jumelages entre diocèses, comme des Églises répandues dans le monde, en particulier celles qui sont jeunes et celles davantage dans le besoin.

            Dans les réponses aux Lineamenta, il a été demandé de clarifier les rapports lorsque, pour des raisons diverses et spécialement en raison de la diversité des Églises sui iuris ou bien l'existence d'une prélature personnelle ou d'un ordinariat militaire, différents évêques installés dans un même territoire se trouvent à présider leurs fidèles respectifs. Des critères précis doivent être fixés pour favoriser le témoignage de l'unité.

 

II. QUELQUES PROBLÈMES PARTICULIERS

Diverses typologies du ministère épiscopal

75.       Des réponses aux Lineamenta, des questions ressortent qui méritent une attention particulière afin de clarifier, à la lumière de l'expérience des années récentes, les tâches, les droits et les devoirs particuliers, et ce dans le respect des dons propres de chaque évêque.

            La première question concerne la variété du ministère épiscopal tel qu'il se dégage de l'histoire et des traditions de l'Église.

            Au sein de l'Église émerge le ministère de l'évêque élu et consacré au service d'une Église particulière. Parmi eux, se trouve investi d'une fonction particulière par le Seigneur, l'évêque de Rome. L'Église qui se trouve à Rome préside à la charité, possède une primauté particulière et, de par son lien spécifique avec l'Apôtre Pierre, son évêque est le Chef et le Pasteur de l'Église universelle.[33] Animé par l'Esprit du Bon Pasteur, il paît le troupeau universel du Christ et confirme ses frères dans la vérité, comme signe de communion et d'unité premier à toutes les autres Églises et confessions chrétiennes, face aux autres religions et à la société tout entière.

            Une figure épiscopale particulière, selon la tradition de l'Église, est assumée par les évêques qui, avec le titre de patriarches, président les Églises catholiques orientales. Au patriarche est réservé un honneur particulier en tant que Père et Chef de son Église patriarcale.[34] Dans les Églises orientales catholiques, on trouve aussi les archevêques majeurs qui sont métropolites d'un siège donné reconnu par l'Autorité suprême de l'Église et qui président l’ensemble d’une Église orientale sui iuris n’ayant pas la dignité patriarcale.[35]

            Les archevêques et les évêques des diocèses ou des éparchies sont les pasteurs de leurs Églises particulières.

            Outre les archevêques et les évêques préposés à une Église particulière résidentielle, il existe d'autres archevêques et évêques ayant reçu la grâce et la dignité épiscopale et qui sont au service de l'Église tout entière, dans un lien particulier avec le ministère de Pierre dans le gouvernement de l'Église; parmi eux, les évêques créés cardinaux, même s'ils n'ont pas de siège particulier. D'autres collaborent avec le Pontife Romain dans la sollicitude de l'Église universelle et sont au service du Saint-Siège, ayant reçu une charge dans la Curie romaine ou dans les Nonciatures et Délégations apostoliques.

            Il faut aussi mentionner les évêques métropolites des Églises orientales auxquels est confiée une province à l'intérieur du territoire d'une Église patriarcale, suivant les normes de leur droit particulier. Dans l'Église latine aussi se trouvent des métropolites, qui président une province ecclésiastique en jouissant de droits et de devoirs propres, conformément au droit.

            Les évêques coadjuteurs et auxiliaires, dans les diocèses ou les éparchies, sont au service de leurs propres diocèses ou éparchies et assistent l'évêque du diocèse ou de l'éparchie quand les circonstances le requièrent, selon les normes du droit particulier.

            Cette simple énumération illustre la riche variété du ministère épiscopal dans l'Église universelle et particulière au plan théologique et institutionnel.

 

Les évêques émérites

76.       Aujourd'hui, on se trouve devant un nombre considérablement accru d'évêques qui, pour les raisons prévues par le droit, ont été relevés de leur office pastoral. À maintes reprises s'est posé le problème de leur plus grande participation à la vie ecclésiale.

            En continuant d'être membres du Collège épiscopal, les évêques émérites conservent le droit/devoir de participer aux actes du Collège suivant les modalités prévues par le droit.[36]

            En outre, étant donné leur expérience pastorale, ils devraient être consultés sur des questions de caractère général. Et, pour continuer d'être informés sur les problèmes les plus importants, ils reçoivent préalablement les documents du Saint-Siège, le bulletin diocésain venant de l'évêque diocésain, et d'autres documents encore. En raison de leur compétence dans certaines matières, ils peuvent être nommés membres adjoints et consulteurs des Dicastères de la Curie romaine; être élus, selon les cas prévus par les statuts des Conférences épiscopales, au Synode des Évêques; et participer à certaines réunions ou commissions d'études lorsque les statuts de la Conférence épiscopale ne prévoient pas la nécessité de leur présence avec voix délibérative.[37]

            Dans les réponses aux Lineamenta, on trouve exprimé le souhait que ce qui est prévu par le droit soit fidèlement appliqué.

            Il est demandé qu'à chaque évêque émérite soit accordé un traitement économique digne et que soient cherchées des solutions louables qui leur évitent d'être isolés et favorisent pleinement leur vitalité ecclésiale.

            Il convient de prendre en considération les attentions nécessaires dues aux évêques âgés ou malades qui, dans l'Église et parmi les fidèles, constituent aussi un exemple d'amour pour le Christ et de don de la vie dans leur ministère, dans la prière et dans la souffrance.

            Enfin, le conseil des confrères évêques peut apporter une aide et un soulagement considérables lorsque est venu le moment de renoncer à l'office. La sagesse, la compréhension et l'encouragement des autres évêques peuvent fournir l'aide nécessaire pour que, dans ce passage humain et spirituel difficile, les décisions relatives à leur futur puissent être prises en toute sérénité et confiance dans la providence divine.

 

Élection et formation des évêques

77.       Parmi les réponses aux Lineamenta, certaines traitent l'argument des consultations préliminaires à l’élection des évêques afin de favoriser par ce moyen le choix du candidat le plus approprié à la mission qui lui sera confiée.

            Étant donné la responsabilité particulière du ministère épiscopal, l'opportunité d'initiatives spécifiques pour les évêques récemment nommés est toujours plus ressentie.

            Pour eux, au cours des dernières années, des activités formatives ont été organisées afin qu’ils aient l’opportunité de bien se préparer aux exigences de leur ministère, au plan théologique, pastoral, canonique, spirituel et administratif.

            Au moyen de programmes de formation continue est également promue la nécessaire mise à jour doctrinale, pastorale et spirituelle des évêques ainsi qu’un renforcement de la communion collégiale et de l’efficacité pastorale pour leur propre diocèse.

            En vue donc, des décisions à prendre, qu’elles soient graves ou ordinaires, les évêques sont invités tout particulièrement à prévoir un temps adéquate durant les vicissitudes du ministère pour méditer et contempler, quand l’urgence des questions frappe à la porte du cœur et la sollicitude du pasteur appelle la pause de la piété et de l’écoute de l’Esprit dans la quiétude de l’âme.



[1] Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 1.

[2] Cf. Relatio finalis, Exeunte cœtu II,C,1.

[3] Congregatio Pro Doctrina Fidei, Litt. Communionis notio (28.05.1992), 3: AAS 85 (1993) 839.

[4] Cf. ibid.

[5] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 13.

[6] Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsyn. Christifideles laici (30.12.1988), 31: AAS 81 (1989) 448.

[7] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 23; C.I.C. can. 381§1; C.C.E.O. can. 178.

[8] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 22; C.I.C. can 336; C.C.E.O. can. 49.

[9] Cf. S. Cyprianus, De catholicæ Ecclesiæ unitate, 5: PL 4, 516; cf. Conc. Œcum. Vat. I, Const. dogm. Pastor æternus de Ecclesia Christi, Prologus: DS 3051; cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 18.

[10] Congregatio Pro Doctrina Fidei, Litt. Communionis notio (28.05.1992), 13: AAS 85 (1993) 846.

[11] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 23.

[12] Cf. Congregatio Pro Doctrina Fidei, Litt. Communionis notio (28.05.1992), 9; 11-14: AAS 85 (1993) 844-847.

[13] Conc. Œcum. Vat. II, Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia Christus Dominus, 6; cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 23; Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia Christus Dominus, 3,5.

[14] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. de sacra Liturgia Sacrosanctum concilium, 26.

[15] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Decret. de past. Episc. mun. in Ecclesia Christus Dominus, 6.

[16] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia, Lumen gentium, 22-23.

[17] Ibid., 8; cfr. Congregatio Pro Doctrina Fidei, Decl. Dominus Iesus (6.08.2000), 17.

[18] Ibid., 26.

[19] Ibid., 6.

[20] Congregatio Pro Doctrina Fidei, Litt. Communionis notio (28.05.1992), 14: AAS 85 (1993) 846.

[21] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm de Ecclesia Lumen gentium, 25.

[22] Cf. Congregatio Pro Episcopis, Direct. pro visitatione ad limina Constitutioni apostolicæ Pastor Bonus adnexum (29.06.88).

[23] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Decr. de past. episcoporum munere in Ecclesia Christus Dominus, 37-38; C.I.C., c.447-449.

[24] Cf. Ioannes Paulus II, Litt. ap. motu proprio datæ Apostolos suos (21.05.1998): AAS 90 (1998) 641-658; cf. Congregatio Pro Episcopis, Epistula Præsidibus Conferentiarum Episcopalium missa, nomine quoque Congregationis pro Gentium Evangelizatione (21.06.1999): AAS (1999) 996-999.

[25] Sacra Congregatio pro Episcopis, Direct. Ecclesiæ imago, 210; cf. Ioannes Paulus II, Litt. ap. Apostolos suos, 5.

[26] Cf. Ioannes Paulus II, Litt. ap. Apostolos suos (21.05.1998) 20: AAS 90 (1998) 765.

[27] Ibid., 21: AAS 90 (1998) 655.

[28] Cf. idem.

[29] Cf. ibid., 22: AAS 90 (1998) 655.

[30] Cf. C.C.E.O., c. 110 et 152.

[31] Cf. C.C.E.O., c. 322.

[32] Cf. Ioannes Paulus II, Litt. ap. Apostolos suos, 5, note 32: AAS 90 (1998) 645.

[33] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia, Lumen gentium, 22-23, cum notis.

[34] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Decr. de Ecclesiis orientalibus catholicis Orientalium Ecclesiarum, 9; C.C.E.O., cc.55-56.

[35] Cf. C.C.E.O., cc. 151-152.

[36] Cf. C.I.C., c. 336; 337; 339.

[37] Cf. Congregatio Pro Episcopis, Normæ In vita Ecclesiæ sur les évêques dispensés de leur office (31.10.1988); Pontificium Consilium Pro Interpretatione Legum, Responsio (3.12.1991): AAS 83 (1991) 1093.

 

CHAPITRE   IV

L'ÉVÊQUE AU SERVICE DE SON ÉGLISE

 

 

L'icône biblique du lavement des pieds: Jn 13,1-16

78.       Au point culminant de sa vie, alors qu'il entreprend la dernière étape de son exode pascal, pour s'offrir librement au Père pour notre salut, Jésus se montre à ses disciples comme le serviteur de tous les hommes.

            Avec le lavement des pieds, Jésus nous a laissé l'icône de l'amour serviable jusqu'au don de la vie, comme modèle pour les vrais disciples de l'Évangile. L'imitation du Christ exige de suivre ses propres attitudes. «Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous» (Jn 13,15). Cet humble geste de service, que chaque évêque est appelé à répéter rituellement chaque année le jour du Jeudi saint dans la célébration de la Cène du Seigneur, est lié au ministère de la charité, au commandement nouveau de l'amour réciproque (cf. Jn 13,34-35) et il se révèle comme un geste qui a son aboutissement dans l'Eucharistie et dans la mort par le sacrifice sur la Croix. Service, charité, Eucharistie, croix et résurrection sont tous intimement liés les uns aux autres dans la vie de Jésus, dans son enseignement et son exemple pour son Église, et comme dans la mémoire qui en est faite.

            À la lumière de cette icône de Jean, le ministère de l'évêque dans son Église particulière apparaît comme un service d'amour, et sa figure comme celle du Christ, serviteur de ses frères. C'est avec ces sentiments que Jésus a accompli ce geste, comme un signe d'espérance aussi, en sachant que le Père avait tout remis entre ses mains, qu'il était venu du Père et qu'il y retournait, dans l'attente certaine de revoir ses disciples après Pâques (cf. Jn 13,3). Ainsi, dans l'humilité de son service, l'évêque aussi proclamera l'espérance par la parole, il la célèbrera dans les sacrements, la réalisera au milieu de son peuple et de ses fidèles, en se penchant humblement sur toutes les nécessités des fidèles et, plus particulièrement, de ceux qui sont plus dans le besoin.

 

I. L'ÉVÊQUE DANS SON ÉGLISE PARticuliÈrE

L'Église particulière

79.       La tâche spécifique du ministère épiscopal acquiert une valeur et une tangibilité spécifiques dans l'Église particulière pour laquelle l'évêque diocésain est élu et consacré. Le ministère des évêques se spécifie comme un service aux Églises particulières répandues dans le monde, dans lesquelles et à partir desquelles («in quibus et ex quibus») existe la seule et unique Église catholique.[1]

            Le rapport réciproque d'identité et de représentation qui place l'évêque au centre de l'Église particulière s'exprime dans les mots de la tradition, suivant l'expression de Cyprien: «Tu dois savoir que l'évêque est dans l'Église, et l'Église dans l'évêque, et ceux qui ne sont pas avec l'évêque ne sont pas dans l'Église».[2] Ainsi, le ministère de l'évêque concerne son Église tout entière, dans laquelle il est lui-même inclus, et qui représente une série d'éléments de communion et d'unité dans l'Église universelle. D'autre part, on ne peut penser à une Église particulière sans se référer à son pasteur. L'Église particulière peut s'expliquer à partir du triple office épiscopal de la sanctification, du magistère et du gouvernement, qui s'entremêle avec la dimension prophétique, sacerdotale et royale du Peuple de Dieu.[3]

            C'est pourquoi, comme le rappelait déjà le Directoire Ecclesiæ imago, l'évêque «doit unir en lui-même les dispositions du frère et du père, du disciple du Christ et du maître dans la foi, du fils et, d'une certaine façon, du père de l'Église, puisqu'il est le ministre de la naissance surnaturelle des chrétiens».[4]

 

Un mystère qui converge dans l'évêque uni à son peuple

80.       Dans la personne de l'évêque uni à son peuple, convergent les caractères de la communion ecclésiale. En lui se manifeste la communion trinitaire, car il devient le signe du «Père»; il est la présence du Christ, «chef, époux et serviteur»; il est l'«économe» de la grâce et l'homme de l'Esprit. Dans l'évêque, s'accomplit la communion apostolique qui fait de lui le témoin de la tradition vivante de l'Évangile qui se rattache à la succession apostolique. En lui, agit la communion hiérarchique qui l'unit au charisme pétrinien, tout comme les Apôtres étaient unis à Pierre à Jérusalem.

            Dans la grâce de son ministère de maître, prêtre et pasteur, se concrétise l'unité de l'Église particulière qui trouve en lui le point de communion entre les prêtres et les diverses paroisses et assemblées locales qui, en communion avec lui, deviennent «légitimes». Il est enfin l'animateur de la communion des charismes et des ministères des autres fidèles de Christ, consacrés et laïcs, qui trouvent en lui le principe d'unité et de force missionnaires.

            Dans la personne de l'évêque aussi s'exprime la réciprocité entre l'Église universelle et les Églises particulières qui, ouvertes les unes aux autres, se retrouvent comme portions du Peuple de Dieu et «portiones Ecclesiæ»[5] dans l'unité, la sainteté, la catholicité et l'apostolicité de l'Église qui existe déjà avant elles et s'incarne en elles comme communautés historiques, territoriales et culturelles concrètes.

 

Parole, Eucharistie, communauté

81.       Dans le Décret sur l'office pastoral des évêques dans l'Église Christus Dominus, on trouve l'icône de l'Église particulière présentée dans des termes théologiques qui se référent explicitement au diocèse: «Un diocèse est une portion du Peuple de Dieu confiée à un évêque pour qu'avec l'aide de son presbyterium, il en soit le pasteur: ainsi le diocèse, uni à son pasteur et par lui rassemblé dans le Saint-Esprit grâce à l'Évangile et à l’Eucharistie, constitue une Église particulière en laquelle est vraiment présente et agissante l'Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique».[6]

Les éléments constituant l'Église particulière autour de l'évêque peuvent être résumés dans les instances fondamentales suivantes de l'ecclésiologie du Nouveau Testament.[7]

a)         La prédication de l'Évangile en tant que présence du Christ et de sa Parole. Cette Parole fait l'Église. L'Église naît de la Parole avant tout; elle est «creatura Verbi», dans le souffle vivifiant de l'Esprit. En effet, l'Église commence à être «ecclesia», communauté des convoqués, à travers la Parole de l'Évangile; elle est formée et modelée par la Parole proclamée, accueillie dans la foi, sans cesse mise en pratique, comme nous l'enseignent les Actes des Apôtres (cf. At 2,42 ss.). C'est pourquoi la proclamation de la Parole est intrinsèque à l'Église, ainsi que l'évangélisation et la catéchèse, dans la puissance vivifiante de l'Esprit.

b)         Le mystère de la Cène du Seigneur ou Eucharistie qui fait l'Église. En effet, c'est le Christ qui est le Chef et l'Époux de l'Église; et c'est l'Eucharistie, mémoire sacramentelle de la mort et de la résurrection du Christ glorieux, qui rend l'Église une, sainte, catholique et apostolique.

c)         Cette synaxe, concrétisée aussi dans des «communautés restreintes, pauvres et dispersées», présuppose et engendre la vie théologale; l'amour, l'espérance et la charité, c'est-à-dire l'existence chrétienne qui s'exprime dans la communion des fidèles entre eux et dans leur mission. L'Eucharistie reste la source et le sommet de la vie de l'Église.[8]

            Dans ces trois signes, on peut percevoir trois caractéristiques originales de l'essence du chrétien. En effet, dans son lien visible avec le Maître invisible et avec son Esprit, l'Église reçoit la Parole de l'Évangile, célèbre le mystère de la Cène du Seigneur et vit dans la charité, et ce, grâce à la foi et à l'espérance elles-mêmes.

 

Une, sainte, catholique et apostolique

82.       L'Église particulière porte en soi toute la complexe réalité de l'Église Peuple de Dieu, en ce qu'elle implique tous les baptisés dans leur multiple et contraignante réalité sacerdotale, prophétique et royale, avec toute la variété des ministères ordonnés et des charismes.

            C'est là un peuple marqué par la grâce des sacrements, constitué Église dans le Christ et dans l'Esprit pour la gloire du Père. Mais c'est aussi un peuple pèlerin, enraciné ici et maintenant dans une terre, une histoire, une culture.

            L'Église particulière est appelée en permanence à se mesurer à la richesse de l'Église universelle qu'elle-même réalise, rend présente et agissante. Elle est l'Église locale, particulière, mais projetée dans le dessein eschatologique qui comprend: l'unité de la vie théologale, dans le ministère, les sacrements, la vie et la mission, en communion avec Pierre; la sainteté dans la richesse de l'Évangile vécu et dans l'expérience riche et mûrie des dons de l'Esprit Saint; la catholicité en tant que communion cordiale avec tous, dans l'ouverture à l'universalité de l'Église et à ses multiples richesses pouvant être intégrées dans la réciprocité; l'apostolicité, en vertu de la tradition de foi et de vie sacramentelle venant des Apôtres, avec la force du mandat missionnaire, jusqu'aux limites de la terre et jusqu'à la fin des temps.

 

Une Église au visage humain

83.       Si l'Église est la convergence du divin avec l'humain, sa racine divine est la Trinité; mais, en tant que champ et vigne de Dieu, elle est aussi enracinée ici-bas; tout comme le peuple en errance, elle vit dans un lieu, elle a une histoire, un présent et un futur. En effet, une Église particulière possède ses propres traditions, parfois liturgiques aussi, elle conserve les traces de l'histoire du salut passée et présente, à partir desquelles elle existe et se projette dans l'avenir.

            Il est nécessaire de valoriser cette réalité terrestre de l'Église particulière, qui vit ici et aujourd'hui. Cela afin de saisir en totalité son essence profonde et son mode d'agir, ses richesses, ses faiblesses et ses nécessités, dans la perspective de l'évangélisation et du témoignage. En outre, comme Église particulière, elle est consciente d'être dans la communion des choses saintes et des saints du ciel et de la terre, c'est-à-dire la véritable grande «communio sanctorum».

            De plus, l'Église est une communion de personnes et de visages, dans laquelle chacun d'eux est unique et où aucune individualité n'est effacée. Et les visages indiquent la tangibilité du vécu des personnes, qu'il s'agisse des hommes ou des femmes de tout âge et de toute condition.

            Dans cette «Église des visages», on peut lire un message concret, une urgence de présence, d'évangélisation, de témoignage, une offre de dialogue, une demande d'authenticité. Chaque fois que l'on pense à l'Église particulière, il ne faut pas oublier les visages concrets car c'est en eux que se reflète l'image vivante du Christ. Paul VI a rappelé que «l'Église universelle s'incarne de fait dans les Églises particulières constituées, elles, de telle ou telle portion d'humanité concrète, parlant telle langue, tributaire d'un héritage culturel, d'une vision du monde, d'un passé historique, d'un substrat humain déterminé».[9]

            En réalité, chaque Église particulière aussi a un visage spécifique, au plan humain et géographique, qui détermine également une organisation pastorale particulière. Il existe des diocèses qui englobent particulièrement des villes modernes très peuplées, et d'autres s'étendant sur de vastes territoires où le Pasteur a beaucoup de difficultés à se rendre.

 

Église universelle, Église particulière

84.       Le document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi intitulé Communionis notio, qui veut préciser certaines valeurs et certaines limites de l'ecclésiologie de communion et de l'ecclésiologie eucharistique, a voulu spécifier – et ce, avec raison – certains aspects de la plénitude et des limites de l'Église particulière qui soit conforme à ce qui en est attendu dans une perspective catholique authentique.

            Ainsi, par exemple, il met en garde contre une conception de l'Église particulière qui présente la communion des Églises individuelles de telle sorte que la conception de l'unité de l'Église s'en trouve affaiblie dans sa dimension visible et institutionnelle. Le document déclare: «On en vient à affirmer que toute l'Église particulière est un sujet en lui-même complet, et que l'Église universelle est le résultat de la reconnaissance réciproque des Églises particulières. Cette unilatéralité ecclésiologique, qui appauvrit non seulement le concept d'Église universelle mais aussi celui d'Église particulière, manifeste une compréhension insuffisante du concept de communion».[10]

C'est justement pour ne pas menacer la communion dans sa dimension d'universalité que le même document affirme, de façon lumineuse, que dans l'Église personne n'est étranger: «dans la célébration de l'Eucharistie tout particulièrement, chaque fidèle se trouve dans son Église, dans l'Église du Christ».[11] En effet, qu'il appartienne ou non au diocèse, à la paroisse ou à la communauté particulière, dans la célébration eucharistique chaque fidèle doit toujours se sentir comme étant dans son Église. Car, tout en appartenant à une Église particulière dans laquelle il a été baptisé, où il vit ou dans laquelle il participe à la vie du Christ, d'une façon ou d'une autre le fidèle appartient à toutes les Églises particulières.[12]

            Ce ministère d'unité est confié à l'évêque, dans la référence indissoluble de l'Église particulière à l'Église universelle.

85.       Dans cette portion du Peuple de Dieu, une communauté appartenant à l'unique famille de Dieu vit en plénitude la référence au Royaume du Christ, qui intègre toutes les richesses de la catholicité[13] préfigurées dans l'Église de la Pentecôte.[14]

            La référence à l'Église de Jérusalem fait que chaque Église a un lien particulier avec Pierre, Chef de cette Église des origines. Ce lien assure un caractère apostolique à chaque Église locale à travers la succession apostolique des évêques. La communion dans l'unique Église et dans les Églises individuelles suppose aussi l'unité dans le charisme de Pierre, et donc la communion avec toutes les autres Églises disséminées dans le monde.

            Dans ce dessein de l'unité universelle et des spécificités, elle se déploie comme une espèce de dessein trinitaire qui scelle et modèle l'existence de chaque Église au sein de l'Église catholique et leur relation réciproque. La réalité sociale, culturelle, géographique et historique de chaque Église n'est donc pas sans signification. Dans la réalité des Églises locales répandues dans le monde, l'Église universelle réalise le mystère de l'unité et de la réconciliation de tous dans le Christ. Et le signe et le garant de cette communion de tous les membres de l'Église particulière en est l'évêque.

II. LA COMMUNION ET LA MISSION DANS L'ÉGLISE PARTICULIÈRE

En communion avec le clergé

86.       Un acte nécessaire de la communion est celui de l'union sacramentelle du presbyterium autour de son évêque. Selon les textes les plus anciens de la tradition, comme ceux d'Ignace d'Antioche, c’est un élément essentiel de l'Église particulière. Entre l'évêque et les prêtres existe la «communio sacramentalis» dans le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui est la participation à l'unique sacerdoce du Christ et, par là, bien qu'à des degrés différents, à l'unique ministère ecclésial ordonné et à l'unique mission apostolique.

            En vertu de cela, et donc de la coopération dans le ministère épiscopal, les prêtres «rassemblent la famille de Dieu en une fraternité tendant vers un seul but».[15]

            Dans le sillage du Concile Vatican II, Jean-Paul II a mis en relief l'appartenance des prêtres à l'Église particulière en tant que fondement d'une théologie et d'une spiritualité riches: le prêtre doit avoir «conscience que le fait d'être dans une Église particulière constitue, de soi, un élément déterminant pour vivre une spiritualité chrétienne. En ce sens, le prêtre trouve précisément dans son appartenance et dans son dévouement à l'Église particulière une source de sens, de critères de discernement et d'action, qui modèlent sa mission pastorale et sa vie spirituelle».[16]

            Au presbyterium du diocèse appartiennent aussi tous les prêtres des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique. Ils vivent leurs propres charismes dans l'unité, dans la communion et dans la mission de l'Église particulière. En elle, ils contribuent à mettre en commun la richesse des dons de spiritualité et d'apostolat qui sont les leurs. Ainsi, les Églises particulières peuvent être enrichies au niveau charismatique «à l’image» de l'Église universelle, à laquelle certaines institutions supra-diocésaines se réfèrent.[17]

            Dans la réalité, la dimension d'universalité est inscrite dans la communion avec toutes les Églises et dans la nature même du ministère sacerdotal, qui a une mission universelle.[18]

87.       Le Concile Vatican II a décrit les rapports mutuels entre l'évêque et les prêtres avec des images et des termes différents. Il a indiqué dans l'évêque le «père» des prêtres[19] mais, au rappel de la paternité spirituelle, il a uni celui de la fraternité, de l'amitié, de la collaboration nécessaire et du conseil. Cependant, il est vrai que la grâce sacramentelle arrive au prêtre par l'intermédiaire du ministère de l'évêque et qu'elle lui est donnée afin qu'il puisse coopérer avec l'évêque dans la mission apostolique. Cette même grâce unit les prêtres aux diverses fonctions du ministère épiscopal, et plus particulièrement à celle de serviteur de l'Évangile de Jésus-Christ pour l'espérance du monde. En vertu de ce lien sacramentel et hiérarchique, les prêtres, qui sont des collaborateurs et des conseillers indispensables, assument, selon leur grade, les devoirs et les préoccupations de l'évêque et le rendent présent en chaque communauté.[20]

            Le rapport sacramentel-hiérarchique se traduit dans la recherche, constamment poursuivie, d'une communion réelle de l'évêque avec les membres de son presbyterium et confère consistance et signification à l'attitude intérieure et extérieure de l'évêque envers ses prêtres. C'est dans le Conseil presbytéral que se réalise une telle communion, Conseil qui, en représentant le clergé, constitue le Sénat de l'évêque et l'assiste dans le gouvernement du diocèse, afin de promouvoir plus efficacement le bien de tous les fidèles. Il est du devoir de l'évêque de le consulter et d'en écouter volontiers l'opinion.[21]

 

Une attention particulière pour les prêtres

88.       Modèle du troupeau (cf. 1 P 5,3), l'évêque doit l'être avant tout pour son clergé, auquel il se propose comme un exemple de prière, de sens ecclésial, de zèle apostolique, de dévouement à la pastorale d'ensemble et de collaboration avec tous les autres fidèles.

            En outre, l'évêque est, en tout premier lieu, responsable de la sanctification de ses prêtres et de leur formation permanente. À la lumière de ces instances spirituelles, il agit de façon à engager le ministère de son presbyterium de la façon la plus adéquate possible. Il doit veiller chaque jour à ce que tous les prêtres sachent et sentent de manière tangible qu'ils ne sont ni seuls ni abandonnés, mais qu'ils sont membres et part entière d'un «unique presbyterium».

            Dans les réponses aux Lineamenta, il ressort que, puisque les prêtres ont besoin de références spirituelles, ils doivent trouver un soutien auprès de l'évêque. En tant que père et pasteur, celui-ci exprime et promeut les rapports personnels et collectifs avec ses prêtres, en impliquant ceux-ci de façon responsable dans le Conseil presbytéral ou dans d'autres rencontres de formation, à caractère pastoral et spirituel. Toute division entre l'évêque et son presbyterium constitue un scandale pour les fidèles et sape la crédibilité de l'annonce; par contre, dans le signe de la fraternité, l'exercice de l'autorité devient véritablement un service. En outre, en établissant un rapport profond avec ses prêtres, l'évêque peut en connaître les talents et peut donc confier à chacun d'eux la tâche qui lui convient le mieux.

 

Le ministère et la coopération des diacres

89.       À la communion de l'Église particulière participent les diacres, qu'il s'agisse de ceux qui sont ordonnés en vue du sacerdoce ou de ceux qui sont permanents. Ils sont au service de l'évêque et de l'Église particulière dans leur ministère de prédication de l'Évangile, de service de l'Eucharistie et de la charité.[22]

            Quant aux diacres ordonnés non pour le sacerdoce mais pour le ministère, il est certain qu’en raison de leur degré dans l'Ordre sacré, ils sont étroitement liés à l'évêque et à son presbyterium.[23] Aussi l'évêque est-il le premier responsable du discernement de la vocation des candidats,[24] de leur formation spirituelle, théologique et pastorale. C'est toujours l'évêque qui, tenant compte des besoins pastoraux et de leur condition familiale et professionnelle, leur confie les tâches ministérielles, en prenant soin de les insérer dans la vie de l'Église particulière de façon organique et en étant attentif à ce que ne soient négligées ni leur formation permanente ni la promotion de leur spiritualité propre.[25]

 

Le Séminaire et la pastorale des vocations

90.       De l'importance fondamentale du clergé et des diacres dans l'Église particulière naît aussi le souci premier de l'évêque pour la pastorale des vocations en général, et pour la pastorale des vocations sacerdotales et diaconales en particulier, avec une attention spécifique au Séminaire, souvent désigné dans la tradition ecclésiastique comme la pupille de l'œil du pasteur. En tant que lieu et milieu communautaire, où grandissent et se forment les futurs prêtres, le Séminaire est le signe de cette espérance dont vit une Église particulière face à l'avenir.

            Devant le manque des vocations dans une Église qui ne peut renoncer à la plénitude du ministère sacerdotal pour célébrer la Parole et les sacrements, et tout spécialement l'Eucharistie et la pénitence, il faut avoir le courage de proposer la vie sacerdotale. Dans ce dessein, aussi comme témoignage spécifique d'espérance, parmi les devoirs plus importants de l’évêque il faut citer l'attention pour les vocations et son direct intéressement à la formation intégrale des futurs prêtres, selon les directives du Magistère. Ceci exige de l'évêque une connaissance personnelle des candidats à l'ordination sacerdotale et diaconale.

            Il faut proposer à nouveau aujourd'hui avec confiance, l'estime pour l'appel au sacerdoce, avec la collaboration des familles, des paroisses, des personnes consacrées et des mouvements ecclésiaux et des communautés. Une Église dans laquelle manque la référence nécessaire au clergé ordonné risque de perdre son identité. On ne peut donc faire l'hypothèse d'une communauté chrétienne qui fasse abstraction du ministère sacerdotal en vue de l'enseignement, du gouvernement et des sacrements, en particulier celui de pénitence, de l'onction des malades et de l'Eucharistie.

 

En rapport avec les autres ministères

91.       Outre le sacerdoce et le diaconat, l'Église réalise aussi sa mission grâce aux ministères institués et aux autres charges et devoirs. En considération de cette multiplicité, l'évêque doit promouvoir les divers ministères dans lesquels l'Église peut accomplir toutes les bonnes œuvres. Ces ministères doivent être confiés aux personnes consacrées mais aussi aux fidèles laïcs, en vertu de la vocation et mission communes qui naissent du baptême et de la confirmation, et des talents particuliers qu'avec joie chacun met au service de l'Évangile.

            C'est de là que ressort la triple ministérialité ecclésiale, en rapport avec la triple dignité des baptisés dans le Peuple de Dieu: du devoir prophétique naît l'évangélisation et la catéchèse, puisées à l'écoute de la Parole; du devoir sacerdotal rayonnent les ministères reliés à la célébration liturgique, ainsi que le culte spirituel de la vie quotidienne et la prière, pour faire de l'existence un don, une adoration en Esprit et vérité; du devoir royal naissent tous les ministères au service du Royaume de Dieu dans le monde, dans les structures de la société, dans la famille, dans les usines, suivant toutes les formes concrètes de charité, d'action sociale, de «charité politique» saine et engagée.

            Si la communion règne partout, alors agit et se manifeste la force de la Trinité, qui est la charité, et l'espérance se renouvelle dans la communion réciproque.

 

Sollicitude pour la vie consacrée

92.       La vie consacrée est une expression privilégiée de l'Église-Épouse du Verbe et elle en est même une partie intégrante, comme cela est rappelé dès le début de l'Exhortation apostolique postsynodale Vita consecrata, partie placée «au cœur même de l'Église, comme un élément décisif pour sa mission».[26] À travers elle, dans la variété de ses formes et une visibilité typique permanente, les traits caractéristiques de Jésus, chaste, pauvre et obéissant sont, de quelque façon, rendus présents dans le monde et indiqués comme une valeur absolue et eschatologique. L'Église tout entière est reconnaissante à la Sainte Trinité pour le don de la vie consacrée. Cela montre comment la vie de l'Église ne s'épuise pas dans la structure hiérarchique, comme si elle était composée uniquement de ministres sacrés et de fidèles laïcs, mais comment elle se réfère à une structure fondamentale plus vaste, riche et articulée, charismatique et institutionnelle, voulue par le Christ lui-même et englobant la vie consacrée.[27]

            La vie consacrée émane de l'Esprit et elle en est un don constitutif pour la vie et la sainteté de l'Église. Elle est obligatoirement en rapport hiérarchique avec le ministère sacré, en particulier celui du Souverain Pontife et des évêques. Dans l'Exhortation Vita consecrata, Jean-Paul II a rappelé que les divers Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique ont, avec le Successeur de Pierre, un lien particulier de communion, dans lequel a aussi ses racines leur caractère d'universalité et leur nature supra-diocésaine.[28]

            Conformément aux Directives de Mutuæ relationes, aux évêques réunis autour du Souverain Pontife, le Christ-Chef confie l'office «de prendre soin des charismes religieux d'autant plus que l'indivisibilité même du ministère pastoral les rend responsables de la perfection de tout le troupeau. De la sorte, en promouvant la vie religieuse, en la protégeant conformément à son caractère propre, les évêques accomplissent un véritable devoir pastoral».[29]

            Dans l'Exhortation Vita consecrata, se trouve toujours présente l'instance d'accroître les rapports réciproques entre les Conférences épiscopales, les Supérieurs majeurs et leurs Conférences, et ce afin de favoriser la richesse des charismes et d'agir pour le bien de l'Église universelle et particulière.

            Où qu'elles se trouvent, les personnes consacrées vivent leur vocation pour l'Église universelle au sein d'une Église particulière déterminée, où elles expriment leur appartenance ecclésiale et accomplissent des tâches significatives. Et tout particulièrement, en raison du caractère profondément prophétique inhérent à la vie ecclésiale, elles sont l'annonce vécue de l'Évangile de l'espérance, les témoins éloquents du primat de Dieu dans la vie chrétienne et de la puissance de Son amour dans la fragilité de la condition humaine.[30] D'où l'importance, pour que la pastorale diocésaine se développe de façon harmonieuse, de la collaboration entre chaque évêque et les personnes consacrées.[31]

            L'Église est reconnaissante aux nombreux évêques qui, tout au long de son histoire jusqu'à aujourd'hui, ont considéré la vie consacrée comme un don spécifique de l'Esprit Saint au Peuple de Dieu, au point d'avoir fondé eux-mêmes des familles religieuses, dont un grand nombre existent encore aujourd'hui et œuvrent au service de l'Église universelle et des Églises particulières. En outre, le fait que l'évêque se consacre à sauvegarder la fidélité des instituts à leurs charismes constitue une raison d'espérance pour les instituts eux-mêmes, en particulier ceux qui connaissent des difficultés.[32]

 

Un laïcat engagé et responsable

93.       Le Concile Vatican II, la VIIème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques de 1987 et la successive Exhortation apostolique Christifideles laici de Jean-Paul II ont largement illustré la vocation et la mission des fidèles laïcs dans l'Église et dans le monde.[33] La dignité baptismale qui les fait participer au sacerdoce du Christ leur confèrent, en même temps qu'un don particulier de l'Esprit, une place qui leur est propre au sein du Corps de l'Église et les appelle à participer, selon leur charisme spécifique, à la mission rédemptrice qui est la sienne, suivant le mandat du Christ, jusqu'à la fin des temps.

            Les laïcs exercent la responsabilité chrétienne caractéristique de leur état dans les différents domaines de la vie et de la famille, de la politique, du monde professionnel et social, de l'économie, de la culture, de la science, des arts, de la vie internationale et des mass media.

            Dans toutes leurs nombreuses activités, les fidèles laïcs unissent leur talent personnel et la compétence acquise au témoignage limpide de leur foi en Jésus-Christ. Engagés dans les réalités temporelles, les laïcs ont le mandat de rendre compte de l'espérance théologale (cf. 1 P 3,15) et de travailler avec zèle ici-bas justement parce qu'ils sont stimulés par l'attente d'une «terre nouvelle».[34] Ils sont capables d'exercer une grande influence sur la culture, en en élargissant les perspectives et les horizons d'espérance. Ce faisant, ils assurent aussi un service particulier à l'Évangile et à la culture elle-même, d'autant plus nécessaire du fait qu'à notre époque persiste le drame de leur séparation. De plus, dans le domaine des communications sociales qui influencent grandement la mentalité des personnes, les fidèles laïcs ont une responsabilité particulière surtout pour ce qui est d'une juste divulgation des valeurs éthiques.

            Dans les réponses aux Lineamenta, il est recommandé aux évêques, pour éviter des interventions inadéquates ou même le silence à propos de problèmes émergents, de créer des forums dans lesquels interviennent les laïcs, selon le charisme caractéristique de leur sécularité et selon leurs compétences, comblant ainsi le fossé entre l'Évangile et la société contemporaine.

94.       Bien que, par vocation, les laïcs soient engagés dans des activités principalement séculières, il ne faudra pas oublier qu'ils appartiennent à une unique communauté ecclésiale, dont ils constituent numériquement la plus grande partie. Après le Concile Vatican II, on a vu se développer avec bonheur de nouvelles formes de participation responsable des laïcs, hommes et femmes, à la vie des communautés diocésaines et paroissiales. Ainsi, ils sont présents dans les divers Conseils pastoraux, ils assument un rôle croissant dans différents services comme l'animation de la liturgie ou de la catéchèse, ils sont engagés dans l'enseignement de la religion catholique dans les écoles, etc.

            Un certain nombre de laïcs acceptent aussi de se consacrer à ces tâches par des engagements permanents et, parfois même, perpétuels. Cette collaboration des fidèles laïcs est certainement précieuse pour affronter les exigences de la «nouvelle évangélisation», en particulier là où on enregistre un nombre insuffisant de ministres ordonnés.

            La réflexion sur les fidèles laïcs doit aussi inclure celle sur la nécessité de leur formation appropriée. D'autre part, il est évident que l'évêque doit être attentif à soutenir, spécialement au plan spirituel, tous ceux qui collaborent de plus près à la mission ecclésiale.

            Dans la formation des fidèles laïcs, il faut accorder une place spéciale à la doctrine sociale de l'Église, pour qu'elle les éclaire et les encourage dans leur action selon les exigences pressantes de la justice et du bien commun, et à laquelle ils doivent contribuer fermement dans le cadre des œuvres et des services que la société réclame. Dans ce dessein, il est nécessaire de promouvoir des écoles diocésaines de formation sociale et politique, en tant qu'instrument pastoral indispensable.

            Les réponses des Lineamenta ont encore mis en relief que des laïcs correctement formés au plan doctrinal mais aussi ecclésial sont indispensables au ministère de l'évangélisation. Sans cela, il y a le risque que, dans certaines zones, cesse la mission évangélisatrice même de l'Église, en particulier là où il faut déplorer une carence de prêtres et où des laïcs assument la fonction de ministres assistants. Dans nombre de territoires, une grande importance est assumée par la figure du catéchiste. Une formation doctrinale, pastorale et spirituelle solide est donc nécessaire pour avoir des catéchistes compétents mais aussi pour avoir d’autres agents pastoraux capables de travailler dans le diocèse et dans les paroisses, avec une action ecclésiale authentique également dans les domaines où l'Évangile doit devenir le levain de la société actuelle, signe de transformation et d'espérance. Aux évêques et aux prêtres, il est demandé d'avoir davantage confiance dans les laïcs qui, souvent, ne se sentent pas appréciés comme des adultes dans la foi et voudraient participer davantage à la vie et aux projets diocésains, en particulier dans le domaine de l'évangélisation.

 

Au service de la famille

95.       Tout aussi importante est la formation des jeunes à la vie matrimoniale et familiale, selon leurs espérances et leurs attentes, pour un amour profond et authentique, à la lumière du dessein de Dieu pour le mariage et la famille. La pastorale et la spiritualité familiales, l'attention aux couples en difficulté, l'expérience des couples âgés et la formation au sacrement du mariage par un parcours d'initiation sacramentelle sont des moyens efficaces pour affronter la crise d'instabilité et d'infidélité possible dans l'alliance matrimoniale.

La proximité de l'évêque aux époux et à leurs enfants, grâce aussi à l'organisation de journées diocésaines de la famille, est une source d'encouragement réciproque.

 

Les jeunes: une priorité pastorale pour l'avenir

96.       Les pasteurs accordent une attention particulière aux jeunes. Ils sont le futur de l'Église et de l'humanité. Un ministère d'espérance ne peut pas ne pas construire l'avenir avec ceux auxquels l'avenir est confié. Comme des «sentinelles dans la nuit», les jeunes attendent l'aurore d'un monde nouveau, prêts à s'engager dans la vie et dans l'action de l'Église si une responsabilité authentique et une véritable formation chrétienne leur sont proposées. En tant qu'évangélisateurs des jeunes de leur âge, les jeunes, qui se trouvent souvent éloignés de l'Église, constituent un encouragement et un stimulant pour les pasteurs qui veulent entreprendre un renouveau à l'intérieur des paroisses.

            L'exemple de Jean-Paul II qui, par les Journées mondiales des Jeunes, a prouvé qu'il croyait dans le futur, ouvrant ainsi un chemin d'espérance, peut soutenir les pasteurs de l'Église dans la proposition d'une pastorale authentique des jeunes, basée sur le Christ. La passion pour le bien spirituel des jeunes du troisième millénaire est une solide motivation pour les éduquer à transmettre l'Évangile aux futures générations.

 

Les paroisses

97.       Au centre des Églises particulières se trouvent, comme tissu chrétien, les paroisses. En se référant clairement à la théologie et au langage de Lumen gentium, l'Exhortation apostolique postsynodale Christifideles laici décrit les communautés paroissiales comme une présence de l'Église particulière dans le territoire. On peut alors parler du mystère ecclésial de la paroisse, même si celle-ci compte peu de fidèles et dispose de peu de moyens, qu'elle soit quasiment engloutie par les bâtiments des quartiers modernes chaotiques et peuplés ou bien perdue au milieu de populations dans les montagnes et les vallées ou encore dans les étendues interminables de certaines régions.[35]

            La paroisse doit donc être vue comme la famille de Dieu, une fraternité animée par l'Esprit,[36] comme un toit pour la famille, fraternel et accueillant.[37] Elle est la communauté des fidèles,[38] qui se définit comme communauté eucharistique: communauté de foi, dans laquelle vivent les fidèles du Christ à qui sont destinés les charismes et les services ministériels, et où œuvrent le curé, les prêtres et les diacres. En elle, la communion avec l'évêque exprime l'unité organique et hiérarchique avec toute l'Église particulière.

            Par les laïcs s'effectue la médiation humaine de la communauté évangélisée et évangélisante. Ils réalisent la jonction entre l'Église et le monde, entre l'assemblée qui se rassemble en unité et les peuples parmi lesquels elle s’annonce par la mission.

            Au sein de la communauté paroissiale, les religieux et religieux, les membres des instituts séculiers et des sociétés de vie apostolique, les différentes associations de fidèles et les mouvements ecclésiaux doivent pouvoir trouver des moments particuliers et des expressions de présence et de convergence, dans le respect de leurs vocations et de leurs charismes propres. Grâce à leur vie en commun, ils représentent tous l'Église qui reste unie dans la prière, dans le travail, dans le partage des aspects fondamentaux de la vie quotidienne.

En outre, les familles reflètent la réalité d'une Église domestique, descendue au niveau des foyers des hommes, où la présence du Christ se fait vivante. Ainsi, dans son expression paroissiale traditionnelle toujours valable et pour le dire avec les mots du Bienheureux Jean XXIII, l'Église peut-elle devenir la «fontaine du village», une source d'eau jaillissante capable d'apaiser la soif que les fidèles ont de Dieu, et d'offrir l'eau vive de l'Évangile du Christ.[39]

98.       Afin de coordonner l'activité pastorale et de développer l'unité dans les Églises particulières, il revient à l'évêque de promouvoir la coordination des paroisses grâce à des doyennés ruraux ou autres, des préfectures ou autres dénominations, selon les différentes formes d'activité pastorale des diocèses. Il s'agit de structures souvent soumises à une révision pour qu'elles correspondent le mieux possible aux finalités de chaque Église particulière.

            C'est à travers ces structures de communion et de mission que sont promus la fraternité entre les prêtres, le discernement et la programmation, dans des réunions périodiques sous la conduite d'un responsable. Il est ainsi possible d'assurer la suppléance et l'aide éventuelles dans le ministère, ainsi qu'une attention aux confrères malades ou amoindris. En outre, parmi les fidèles d'un même territoire, se trouvent facilitées les initiatives d'évangélisation et de catéchèse, de formation et de témoignage à caractère inter-paroissial.[40]

 

Les mouvements ecclésiaux et les nouvelles communautés

99.       Il est de la responsabilité de l'évêque de suivre avec attention les mouvements dits ecclésiaux et les autres réalités nouvelles qui naissent dans l'Église particulière comme expérience de vie évangélique. En effet, l'Église particulière est le lieu où l'aspect institutionnel et charismatique, tous deux essentiels au dessein de Dieu pour l'Église, se rencontrent et se vivifient réciproquement. Dans l'expérience de la vraie communion, les dons dispensés par Dieu pour le bien commun ne s'épuisent pas en eux-mêmes, ne s'éloignent pas de l'agapè et de l'Eucharistie et ne deviennent pas narcissiques; ils manifestent au contraire leur mesure humble et discrète, mais nécessaire, en s'intégrant aux autres dons de l'Esprit.

            Les différents charismes – religieux, laïcs, missionnaires – ouvrent l'Église locale à une dimension d'universalité, tandis qu'ils peuvent se réaliser concrètement dans le service et l'engagement apostolique, voulu par les Fondateurs.

            Dans les réponses aux Lineamenta sont indiqués, avec une insistance particulière, certains mouvements ecclésiaux véritablement constructifs au niveau universel, diocésain et paroissial; il est fait allusion à d'autres qui, lorsqu'ils restent en marge de la vie paroissiale et diocésaine, n'aident aucunement l'Église locale à croître; et sont évoqués d'autres encore qui, élevant des prétentions particulières, risquent de se soustraire à la communion entre tous.

            Aussi est-il demandé d'affronter le thème du statut théologique et juridique de ces mouvements au sein de l'Église particulière et de préciser leur rapport concret avec l'évêque.

            Pour ce qui est des nouvelles communautés qui n'ont pas encore reçu d'approbation ecclésiale, le discernement nécessaire revient aux pasteurs qui doivent examiner attentivement les personnes et évaluer leur spiritualité, après une période d'essai si nécessaire.

            Davantage d'attention encore est requise lorsqu'il s'agit d'examiner les vocations sacerdotales susceptibles de naître au sein de tels groupes. Les candidats doivent recevoir une formation solide sous la responsabilité de l'évêque à qui revient aussi le juste discernement en vue de l'ordination des ministres et de la distribution des tâches apostoliques dans le diocèse.[41]

            Dans la fidélité à l'Esprit, les divers charismes doivent être intégrés dans la communion et dans la mission de l'Église. Ainsi sera évité le danger de l'isolement et seront favorisées la générosité dans le don de soi, la fraternité et l'efficacité dans la mission et ce, pour le bien de l'Église.



[1] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesiæ Lumen gentium, 23.

[2] Cf. S. Cyprien, Epistula 69,8: PL 4,418-419: «Unde scire debes Episcopum in Ecclesia esse et Ecclesiam in Episcopio, et si quis cum Episcopo non sit, in Ecclesiam non esse».

[3] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 9-13.

[4] Sacra Congregatio Pro Episcopis, Direct. Ecclesiæ imago (22.2.1973), 14.

[5] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 23.

[6] Conc. Œcum. Vat. II, Decr. de pastorali episcoporum munere in Ecclesia Christus Dominus, 11; cf. C.I.C. can. 368; C.C.E.O. can. 177.

[7] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 26.

[8] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. de sacra Liturgia Sacrosanctum concilium, 10.

[9] Paulus VI, Adhort. apost. Evangelii nuntiandi (8.12.1975), 62: AAS 68 (1976) 52.

[10] Congregatio Pro Doctrina Fidei, Litt. Communionis notio (28.5.1992), 8: AAS 85 (1993) 842.

[11] Ibid. 10: AAS 85 (1993) 844.

[12] Cf. idem.

[13] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 9, 13.

[14] Cf. Congregatio Pro Doctrina Fidei, Litt. Communionis notio (28.5.1992), 9: AAS 85 (1993) 843.

[15] Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 28.

[16] Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsyn. Pastores dabo vobis (25.3.1992), 31: AAS 84 (1992) 708.

[17] Cf. Congregatio Pro  Doctrina Fidei, Litt. Communionis notio (28.5.1992), 16: AAS 85 (1993) 847.

[18] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Decr. de Presbyt. ministerio et vita Presbyterorum ordinis, 10; Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsyn. Pastores dabo vobis (25.3.1992), 32 : AAS 84 (1991) 709-710; Litt. enc. Redemptoris missio (7.12.19990), 67: AAS 83 (1991) 329-330.

[19] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 28.

[20] Ibid.

[21] Cf. ibid., 7; cf. C.I.C. c.495.

[22] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm de Ecclesia Lumen gentium, 29.

[23] Cf. ibid., 29, 41.

[24] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsynod. Pastores dabo vobis (25.3.1992), 65: AAS  84 (1992) 770-772.

[25] Cf. Congregatio de Institutione Catholica et Congregatio Pro Clericis, Decl. coniuncta Diaconatus permanens (22.2.1998): AAS  90 (1998) 835-842; Congregatio de Institutione Catholica, Ratio fundamentalis institutionis diaconorum permanentium, Institutio diaconorum: AAS 90 (1998) 843-879; Congregatio Pro Clericis, Direct. pro ministerio et vita diaconorum permanentium Diaconatus originem: AAS 90 (1998) 879-927.

[26] Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsynod. Vita consecrata (25.3.1996), 3: AAS 88 (1996) 379.

[27] Cf. ibid., 29; Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 44.

[28] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsynod. Vita consecrata  (25.3.1996), 47: AAS 88 (1996) 420-421.

[29] Sacra Congregatio Pro Religiosis et Institutis Sæcularibus et Sacra Congregatio Pro Episcopis, Notæ directivæ Mutuæ relationes (14.5.1978), 9c: AAS 70 (1978) 479.

[30] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsyn. Vita consecrata (25.3.1996), 84, 88: AAS 88 (1996) 461-462, 464.

[31] Cf. ibid., 48: AAS 88 (1996) 421-422; Sacra Congregatio Pro Episcopis, Direct. Ecclesiæ imago (22.2.1973), 207.

[32] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsyn. Vita consecrata (25.3.1996), 48-49: AAS 88 (1996) 421-423.

[33] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, chap. IV; Decr. de apost. laic. Apostolicam actuositatem; Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsyn. Christifideles laici (30.12.1988): AAS 81 (1989) 393-521; Sacra Congregatio Pro Episcopis, Direct. Ecclesiæ imago (22.3.1973), 153-161, 208.

[34] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. de Ecclesia in mundo huius temporis Gaudium et spes, 39.

[35] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort.  apost. postsyn. Christifideles laici (30.12.1988), 26: AAS 81 (1989) 437-440.

[36] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 28.

[37] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. apost. Catechesi tradendæ (16.10.1979), 67: AAS 71 (1979) 1331-1333.

[38] Cf. C.I.C. can. 515.

[39] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsyn. Christifideles laici (30.12.1988), 27: AAS 81 (1989) 442.

[40] Cf. Sacra Congregatio Pro Episcopis, Direct. Ecclesiæ imago (22.02.1973) 184-188.

[41] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia Lumen gentium, 12; Ioannes Paulus II, Adhort. apost. postsyn. Vita consecrata (25.3.1996), 62: AAS 88 (1996) 435-437.

 

III. LE MINISTÈRE ÉPISCOPAL AU SERVICE DE L'ÉVANGILE

100.     Le triple ministère d'enseignement, de sanctification et de gouvernement constitue un service à l'Évangile du Christ pour l'espérance du monde. En effet, l'évêque proclame par la parole, célèbre dans la liturgie, vit et diffuse l'Évangile de l'espérance à travers son service pastoral.

            Il ne s'agit pas de trois dimensions différentes les unes des autres, mais de l'unique espérance proclamée et accueillie par l'adhésion de la foi, célébrée au cœur même du mystère pascal qu'est l'Eucharistie, vécue de sorte à illuminer et informer toute la vie personnelle et sociale des croyants.

            De quelque façon que soit considérée cette unité, il est aussi nécessaire de saisir l'intention du Concile qui, dans son magistère sur les tria munera à propos de l'évêque et du clergé, préfère placer l'enseignement avant les deux autres. En cela, le Concile Vatican II reprend idéalement la succession présente dans les mots du Ressuscité s'adressant à ses disciples: «Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant […] et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit» (Mt 28,18-20). Dans cette priorité donnée au devoir ecclésial d'annoncer l'Évangile, qui est caractéristique de l'ecclésiologie conciliaire, chaque évêque peut retrouver le sens de la paternité spirituelle qui faisait écrire à l'Apôtre saint Paul: «Auriez-vous en effet des milliers de pédagogues dans le Christ, que vous n'avez pas plusieurs pères; car c'est moi qui, par l'Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus» (1 Co 4,15).

 

1. Le ministère de la Parole

Proclamer l'Évangile de l'espérance

101.     La fonction qui, plus que tout autre, identifie l'évêque et qui, d'une certaine façon, résume l'ensemble de son ministère, est, comme l'enseigne le Concile, celle de vicaire et ambassadeur du Christ dans l'Église particulière qui lui est confiée.[1] L'évêque exerce sa fonction sacramentelle comme l'expression vivante du Christ et ce, par la prédication de l'Évangile. En tant que ministre de la Parole de Dieu, qui agit dans la force de l'Esprit et grâce au charisme du service épiscopal, il manifeste le Christ dans le monde, le rend présent dans la communauté et le communique efficacement à tous ceux qui veulent l'accueillir dans leur vie.

            Il s'agit de la proclamation de l'Évangile de l'espérance en tant que tâche fondamentale du ministère épiscopal.

            La prédication de l'Évangile excelle donc parmi les principaux devoirs des évêques, eux qui sont «les hérauts de la foi qui amènent au Christ de nouveaux disciples; ce sont des docteurs authentiques, revêtus de l'autorité du Christ, qui prêchent au peuple commis à leur soin les vérités de la foi à croire et à appliquer dans la pratique de la vie».[2] Il s'ensuit que toutes les activités de l'évêque doivent tendre à proclamer l'Évangile, «force de Dieu pour le salut de tout homme qui croit» (Rm 1,16), être orientées pour aider le Peuple de Dieu à rendre l'obéissance de la foi (cf. Rm 1,5) à la Parole de Dieu et embrasser l'enseignement du Christ dans sa totalité.

 

Le centre de l'annonce

102.     L'objet du magistère de l'évêque est clairement exprimé par le Concile Vatican II qui, dans l'unité, l'indique comme étant dans la foi qu'il faut croire et pratiquer dans la vie.[3] Le centre vivant de l'annonce étant le Christ, c'est justement le Christ crucifié et ressuscité que l'évêque doit annoncer: le Christ, unique sauveur de l'homme, le même hier, aujourd'hui et toujours (cf. He 13,8), le centre de l'histoire et de toute la vie des fidèles.

            De ce centre, qui est le mystère du Christ, rayonnent toutes les autres vérités de la foi, ainsi que l'espérance pour tous les hommes. Le Christ est la lumière qui éclaire tous les hommes et tous ceux qui, en lui, sont régénérés, reçoivent les prémices de l'Esprit qui les rendent capables d'accomplir la loi nouvelle de l'amour.[4]

103.     Le devoir de la prédication et la conservation de la foi impliquent qu'il faille défendre la Parole de Dieu de tout ce qui pourrait en compromettre la pureté et l'intégrité, tout en reconnaissant la juste liberté d'approfondir la foi ultérieurement.[5] En effet, dans la succession apostolique l'évêque a reçu, selon le bon vouloir du Père, le charisme certain de la vérité qu'il doit transmettre.[6]

            Aucun évêque ne peut manquer à un tel devoir, même au prix de sacrifices ou d'incompréhensions. Tout comme l'Apôtre Paul, l'évêque est conscient d'avoir été envoyé proclamer l'Évangile «cela sans la sagesse du langage, pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ» (1 Co 1,17); comme lui, l'évêque aussi annonce «le langage de la croix» (1 Co 1,18) non pas pour avoir un assentiment humain mais comme une révélation divine.

 

Éducation de la foi et catéchèse

104.     Maître de la foi, l'évêque en est aussi l'éducateur, à la lumière de la Parole de Dieu et du Magistère de l'Église. C'est là son œuvre de catéchèse, œuvre qui mérite toute l'attention des évêques en tant que pasteurs et maîtres, en tant que «catéchistes par excellence».

            Les formes à travers lesquelles l'évêque exerce son service de la Parole de Dieu sont variées. À ce sujet, le Directoire Ecclesiæ imago rappelle une forme particulière de prédication à la communauté déjà évangélisée: l'homélie, qui excelle parmi toutes les autres de par son contexte liturgique et son lien avec la proclamation de la Parole par la lecture des Écritures Saintes. Une autre forme d'annonce est celle que l'évêque exerce dans ses Lettres pastorales.[7]

            À ce propos, le juste emploi des moyens de communication diocésains, interdiocésains et nationaux