SYNODE DES ÉVÊQUES
ASSEMBLÉE SPÉCIALE POUR L'ASIE
JÉSUS-CHRIST, LE SAUVEUR, ET SA MISSION D'AMOUR ET DE SERVICE EN ASIE: « ... POUR QU'ILS AIENT LA VIE, ET QU'ILS L'AIENT EN ABONDANCE »
(JN 10, 10).
INSTRUMENTUM LABORIS
CITÉ DU VATICAN
1998
® Secrétairerie Générale du Synode des Évêques
et Libreria Editrice Vaticana.
Ce texte peut être reproduit par les Conférences épiscopales,
ou avec leur autorisation, à condition que son contenu ne soit pas modifié
et que deux exemplaires de la publication soient envoyés à la Secrétairerie
Générale du Synode des Évêques, 00120 Cité
du Vatican.
AVANT-PROPOS
L'initiative du Saint-Père Jean-Paul II de convoquer une Assemblée
Spéciale du Synode des Évêques pour l'Asie trouve son
origine dans la Lettre apostolique Tertio millennio adveniente où
apparaît une série d'assemblées synodales continentales en
vue de la célébration du Grand Jubilé de l'an 2000. La
première de ces assemblées fut pour le continent africain en 1994.
L'Assemblée Spéciale pour l'Amérique récemment
conclue en décembre 1997. Les Assemblées Spéciales
restantes, à savoir pour l'Océanie et pour l'Europe doivent être
célébrées dans les dernières années du deuxième
millénaire.
L'assemblée synodale pour l'Asie aura lieu en 1998, après
une période de préparation caractérisée par des
phases significatives : la consultation en vue du thème synodal, suivi de
l'approbation de sa formulation par le Saint-Père ; la publication et
l'envoi des Lineamenta et de son questionnaire aux parties intéressées
(3.09.1996) ; et la publication du présent document de travail ou Instrumentum
laboris, qui, prenant en compte les réponses au document préparatoire,
est l'ordre du jour du débat synodal.
L'annonce de la célébration de l'Assemblée Spéciale
pour l'Asie a suscité un grand intérêt dans l'Église
universelle comme parmi les Églises particulières du continent
asiatique. Ceci est visible dans les nombreuses réponses et observations
aux Lineamenta qui parviennent à la Secrétairerie Générale.
Beaucoup d'Églises particulières ont tiré profit de la
phase de préparation et du document des Lineamenta pour
consacrer du temps et leur oraison pour une réflexion commune sur le thème
du synode, contribuant ainsi à la richesse des contenus de l'Instrumentum
laboris.
En possession de tout le matériel résultant de la phase
préparatoire remis à la Secrétairerie Générale,
le Conseil Pré-synodal procéda, avec l'aide d'experts, à la
rédaction du Document de travail durant la Quatrième Réunion
du Conseil Pré-synodal qui s'est tenue à Rome du 30 septembre au 2
octobre 1997. À cette réunion, les membres examinèrent une ébauche
du texte basé sur les réponses et structuré selon les
divers arguments suggérés dans les questions des Lineamenta. Les
observations faites par les membres du Conseil Pré-synodal à cette
réunion furent incorporées aux diverses parties du texte qui suit.
Dans le processus d'élaboration d'un texte qui reflète
les contenus des réponses et des observations, trois aspects ont été
pris en considération et chacun d'entre eux se retrouvent sous une forme
ou sous une autre dans le texte définitif : 1) points en commun 2) différences
3) omissions possibles. En outre, il n'est pas inutile de noter que le document
comprend non seulement les points évoqués ci-dessus mais aussi les
matières qui, de l'avis des réponses, doivent être ultérieurement
examinées et approfondies. Dans ces cas-là, bien qu'elles n'aient
pas reçu un traitement exhaustif dans le texte actuel, elles sont
toutefois mentionnées pour être une partie intégrante de
l'ordre du jour à traiter dans les débats synodaux.
L'Instrumentum laboris, présenté dans les deux langues
officielles de l'Assemblée Spéciale (anglais et français),
est structuré selon une progression logique des idées basée
sur les éléments du thème synodal : « Jésus-Christ,
le Sauveur, et sa mission d'amour et de service en Asie : '...Pour qu'ils aient
la vie, et qu'ils l'aient en abondance' (Jn 10,10) ».
Suivant ce plan, le document de travail est composé d'une Introduction,
de sept chapitres et d'une brève Conclusion.
L'Introduction, après avoir fait allusion au synode comme un
moment de grâce tant pour l'Église que pour le continent asiatique,
concentre immédiatement son attention sur la personne de Jésus-Christ
et sa mission salvifique, mission à laquelle prend part l'Église
et chacun de ses membres.
Le Chapitre I, intitulé 'Les réalités
asiatiques', traite de l'immensité du continent asiatique et sa riche
variété de peuples, religions, cultures et conditions de vie.
Cette brève description est suivie dans un Chapitre II d'une étude
similaire mais dans une perspective ecclésiale 'Les réalités
ecclésiales en Asie'.
Le Chapitre III, 'Une brève évaluation de l'histoire
de la mission catholique en Asie' tente de fournir des traits marquants de
l'activité missionnaire de l'Église sur le continent asiatique
servant ainsi de position avantageuse pour les chapitres successifs qui traitent
des divers éléments de la formulation du thème synodal.
'Jésus-Christ, la Bonne Nouvelle du Salut', le titre du
Chapitre IV, décrit l'aspect central du message évangélisateur
de l'Église et de sa mission, à savoir, la personne de Jésus-Christ,
Fils de Dieu, Sauveur et Fils de l'Homme.
Le Chapitre V, 'Le dessein salvifique de Dieu : le Saint-Esprit à
l'uvre' présente une vue panoramique du rôle du
Saint-Esprit depuis la Création à travers l'histoire comme une préparation
des peuples, des religions et des cultures pour leur rencontre avec Jésus-Christ
comme Sauveur.
Dans le contexte de l'ecclésiologie de communion du Concile
Vatican II, le Chapitre VI, 'L'Église en tant que communion',
montre la vie et la mission de communion aux divers niveaux de l'Église :
les relations existant dans l'Église particulière ; le partage
entre les Églises particulières, l'Église particulière
et l'Église universelle ; et la mission de communion de l'Église
dans le monde.
Le VIIème et dernier Chapitre, 'La mission d'amour et de
service de l'Église en Asie', porte un regard extérieur sur
les sources et les moyens de la mission d'amour et de service de l'Église
sur le continent asiatique, se concluant par une invocation à la
Bienheureuse Vierge Marie, comme Mère de l'évangélisation
et Modèle de mission.
La brève Conclusion reprend le thème du Synode dans le
contexte de la Nouvelle Évangélisation au seuil du Troisième
Millénaire.
Jan P. Card. SCHOTTE, C.I.C.M. Secrétaire Général
INTRODUCTION
Un moment de grâce pour l'Église
1. L'Assemblée Spéciale du Synode des Évêques
pour l'Asie arrive à un moment très important de l'histoire de l'Église
universelle et de l'Église en Asie. L'Église du monde entier
s'apprête à célébrer le Grand Jubilé de l'an
2000, au moment même de franchir le seuil du Troisième Millénaire.
Tout en se joignant, dans cette perspective, à l'Église
universelle, l'Église en Asie jette aussi un regard en arrière sur
plus de deux mille ans de son histoire en terre asiatique, rendant grâce
pour le don du salut, pleine d'espérance joyeuse alors qu'elle poursuit
son cheminement vers son Seigneur, Jésus-Christ.
Cette rencontre synodale a lieu trente ans après le Concile Vatican
II. Durant toute cette période, l'Église en Asie, en union avec l'Église
universelle, s'est efforcée d'assimiler et de mettre en pratique l'ecclésiologie
de communion en Jésus-Christ du Concile Vatican II. Afin de renforcer les
liens de communion entre les évêques et de soutenir les
sollicitudes pastorales de l'Église, les conférences épiscopales
et les synodes orientaux ont tâché de jouer un rôle de
structures qui soient à la fois utiles et fructueuses pour l'Église
en Asie. De la même manière, la création de la Fédération
des Conférences Épiscopales de l'Asie (F.A.B.C.) cherche à
apporter une aide à ses membres, les évêques de l'Asie du
centre et du sud-est, pour affronter leurs mutuelles préoccupations
pastorales.
Par ailleurs, suivant l'ecclésiologie du Concile Vatican II, l'Église
en Asie a aussi cherché à accroître la communion entre ses
membres de manière à être un instrument de communion avec
les autres Églises chrétiennes et avec les adeptes des autres
traditions et cultures religieuses. Afin d'atteindre cet objectif, elle a
entrepris un grand nombre d'activités nouvelles en Asie.
Dans la partie occidentale du continent asiatique, l'Église et le témoignage
de ses membres existent depuis presque 2000 ans. De nombreuses traditions
retiennent que c'est de cette partie de l'Asie que divers Apôtres sont
partis, au commencement du Christianisme, pour évangéliser les
autres parties de ce continent. Au cours des siècles successifs, d'autres
disciples animés d'un véritable esprit missionnaire sont venus en
ces terres lointaines pour y diffuser l'Évangile. Il existe en Chine, par
exemple, des indices qui portent le témoignage de la présence, dès
le VIIème siècle, de communautés chrétiennes. Pour
d'autres parties de l'Asie, cependant, cette Assemblée Spéciale
pour l'Asie ne se réunit qu'après seulement cinq siècles d'évangélisation.
Un moment de grâce pour l'Asie
2. L'Assemblée Spéciale pour l'Asie est aussi un moment
important pour le peuple d'Asie. Au cours de ces cinquante dernières années,
de nombreux pays d'Asie ont acquis leur indépendance. Une Asie moderne et
sûre d'elle est en train d'émerger, avec ses anciennes cultures,
ses philosophies et ses traditions religieuses. Le vingt-et-unième siècle
et le Troisième Millénaire offriront de nouveaux défis et
de nouvelles opportunités aux peuples d'Asie pour forger leur propre
destin et occuper leur place sur la scène mondiale.
L'Assemblée Spéciale pour l'Asie a donc lieu à un
moment crucial de l'histoire du continent Asiatique, en conformité avec
l'intention du Pape Jean-Paul II telle qu'il l'a exprimée dans sa Lettre
apostolique Tertio millennio adveniente(1) et dans le long développement
qu'il a fait sur ce sujet à l'Assemblée Plénière de
la F.A.B.C. à Manille, en janvier 1995, lors de sa Visite Apostolique en
Asie à l'occasion de la Journée Mondiale de la Jeunesse.(2)
Le thème du Synode
3. Le thème choisi par le Saint-Père pour le Synode, à
savoir, Jésus-Christ, le Sauveur, et sa mission d'amour et de service
en Asie: «... pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance»
(Jn 10, 10), est tout à fait approprié à l'Asie, spécialement
dans le contexte de sa pluralité de religions et de cultures, comme de sa
variété de situations socio-économiques et politiques.
Cette pluralité et variété représente un terrain
fertile pour le message de Salut de Jésus-Christ, le Sauveur, et une
opportunité pour les initiatives de l'Église pour manifester
l'amour du Seigneur pour les peuples de l'Asie à travers divers actes de
service d'amour destinés à mettre en pratique l'Évangile de
vie du Seigneur.
L'Église existe à la suite de l'action salvifique de Jésus-Christ
dans le mystère de sa passion, de sa mort et de sa résurrection.
Sa foi en Jésus-Christ comme le Sauveur du monde est au centre de sa foi,
déterminant sa mission qui est celle d'apporter le don de la vie éternelle
à tous. En Christ - l'Église le croit - tous les peuples, y
compris ceux d'Asie, peuvent vivre comme frères et soeurs dans une seule
grande famille de Dieu, dans une authentique liberté et nouveauté
de vie. «Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils
unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle»
(Jn 3, 16).
La mission de Jésus est de donner la plénitude de vie à
tous, spécialement à ceux qui se trouvent dans des circonstances où
leur vie est menacée par le péché, le mal, l'égoïsme,
l'injustice et l'exploitation. Dans chaque condition humaine, Jésus désire
prendre le poids de cette vie sur Lui. Sa mission concerne la vie de l'Esprit,
le don de la vie éternelle: «Comme le Père, en effet,
ressuscite les morts et leur redonne vie, ainsi le Fils donne vie à qui
il veut [...] En vérité, en vérité, je vous le dis,
l'heure vient - et c'est maintenant - où les morts entendront la voix du
Fils de Dieu, et ceux qui l'auront entendue vivront» (Jn 5, 21-25).
Une mission d'amour et de service pour la vie en Asie
4. Les Évangiles attestent que Jésus a offert sa vie en actes
d'amour et de service au nom de tous. L'amour et le service prennent des formes
spécifiques en Asie. Cela signifie porter un regard sincère sur
tous les peuples d'Asie, appréciant leur nature profondément
religieuse ainsi que leurs nombreuses cultures. Cet amour se traduit en action
sous diverses formes de service aux nombreux peuples asiatiques, spécialement
envers les pauvres et ceux qui sont dans le besoin, afin que tous puissent
partager la plénitude de vie que Jésus-Christ est venu nous
offrir. La mission de Jésus consiste à apporter à tous ceux
qui se trouvent dans une quelconque forme de sujétion la glorieuse liberté
qui appartient aux enfants de Dieu.
Telle est aussi la mission de l'Église qui cherche à se
renouveler par la célébration du Jubilé de la Rédemption
en Jésus-Christ et qui se prépare à franchir le seuil du
Troisième Millénaire. Sa mission, aujourd'hui en Asie, est celle
d'être au service de la vie, particulièrement telle qu'elle est vécue
par ceux qui souffrent des effets du péché et de l'injustice.
Le pèlerinage synodal
5. L'Église en Asie est actuellement engagée dans un itinéraire
synodal, un parcours qui, il faut l'espérer, la conduira vers un
renouvellement intérieur et une revitalisation de son engagement à
proclamer le message de Salut de Jésus-Christ à l'aide d'une
nouvelle évangélisation. Suivant la signification étymologique
du mot, syn-odos, «marcher ensemble», ce parcours synodal
s'accomplit en compagnie de Jésus-Christ, en communion avec toutes les Églises
particulières d'Asie et avec l'Église universelle, dans un esprit
d'unité non seulement avec les Églises et les communautés
chrétiennes en Asie, mais aussi avec les fidèles des Grandes
Religions et traditions religieuses en Asie.
Tout au long de ce parcours, l'Église veut reconnaître la présence
de l'Esprit qui révèle Jésus-Christ dans les réalités
asiatiques. Elle veut reconnaître la présence de Jésus-Christ
à travers l'humble partage des expériences de vie des peuples
asiatiques et à travers le service rendu à tous. L'Église
en Asie cherche à le faire, non comme un étranger dans un contexte
culturel, organisationnel et liturgique étranger, mais à travers
des modes liés aux cultures de l'Asie, faisant siennes «les joies et
les espoirs, les souffrances et les anxiétés du peuple»(3) de
l'Asie.
CHAPITRE I
RÉALITÉS DE L'ASIE
L'Asie en général
Zone géographique et population
6. Le vaste continent de l'Asie s'étend de l'Asie de l'Ouest et des
pays du Golfe aux pays de l'Asie de l'Est. La partie méridionale comprend
l'Asie du Sud, l'Asie du Sud-Est et l'Asie de l'Est. Au nord, se trouvent les Républiques
de l'Asie Centrale, et au nord-est, la Sibérie et la Mongolie. Dans cette
immense étendue de terre, les grandes distances sont parcellarisées
en une multiplicité de races, de religions et de cultures.
Les réponses aux Lineamenta ont confirmé que l'Asie
est un continent comportant de nombreux peuples. Les trois-quarts de la
population mondiale se trouvent en Asie et la jeunesse en représente une
part très importante. Sous cet aspect, l'Asie est riche en vie humaine et
en potentiel humain.
Les contrastes qui existent en Asie sont tout aussi frappants sur le plan de
l'organisation sociale, de la vie politique, des modèles d'économie
et des niveaux de vie, tant à l'intérieur des pays asiatiques
qu'entre les pays eux-mêmes. Diverses réponses soulignent le fait
que là où la vie humaine est présente, là est aussi
l'Église sous diverses formes, cherchant à intensifier cette présence
pour répondre à sa mission qui est celle de propager l'Évangile
de la Vie.
Religions, cultures et civilisations anciennes
7. L'Asie abrite les grandes religions du monde telles que l'Hindouisme, le
Bouddhisme, le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam. Elles est aussi le
berceau d'autres traditions religieuses telles que le Taoïsme, le
Confucianisme, le Zoroastrisme, le Jaïnisme, le Sikhisme, le Shintoïsme,
etc. Beaucoup d'entre elles comportent un caractère sotériologique(4)
et offrent des interprétations de l'Absolu, de l'univers, de la personne
humaine et de son existence, tout aussi bien que du mal et des moyens de s'en
libérer. C'est dans ce contexte religieux que l'Église en Asie vit
et doit témoigner de Jésus-Christ.
L'analyse des réalités asiatiques serait incomplète
sans faire référence à ce qui est aujourd'hui appelé
la Religion primitive ou Religion Traditionnelle. Il existe, à travers
l'Asie, des millions de personnes qui appartiennent à la Religion
Traditionnelle et autres Religions primitives. Certaines d'entre elles ont
accepté la foi chrétienne. De nombreuses réponses
soulignent ce fait, précisant que l'Église a besoin d'instaurer un
dialogue avec les adeptes de la Religion Traditionnelle et doit chercher à
appliquer aux cultures, qui se sont développées par rapport à
ces religions, les principes de l'inculturation dans les domaines de la théologie,
de la liturgie et de la spiritualité, en tant qu'instrument pour annoncer
et vivre le message de vie en Jésus-Christ.
Les religions de l'Asie ont modelé les vies et les cultures des
asiatiques pendant plusieurs millénaires et continuent, encore de nos
jours,(5) à donner une signification et un sens à leur vie. Dans
cette ligne, un grand nombre de réponses indiquent que les religions de
l'Asie sont vraiment des religions vivantes, imprégnant chaque aspect de
la vie de l'individu, de la famille et de la société. Une nature
profondément religieuse représente l'une des principales caractéristiques
du peuple asiatique, qui s'exprime de diverses manières aux moments
critiques de la vie familiale et sociale à travers les rites de passage
que sont la naissance, le mariage et la mort. Ces moments sont accompagnés
de prière, de rituels, de sacrifices, de la lecture des Écritures,
de fêtes, de pèlerinages et d'aumône. Selon les diverses réponses,
ces éléments religieux positifs prédisposent favorablement
en Asie les gens au message de Salut de Jésus-Christ.
L'Asie est à l'origine de nombreuses civilisations antiques. Elles
ont eu une influence importante non seulement sur les cultures asiatiques, mais
aussi sur de nombreuses cultures hors de l'Asie. En outre, certaines d'entre
elles possèdent encore aujourd'hui une vitalité extraordinaire. Ce
point aussi requiert l'attention de la mission de l'Église sur le
continent.
Caractéristiques et situations typiques Socio-économiques
8. Comme prévu, les réponses aux Lineamenta dépeignent
un continent avec un grand nombre de caractéristiques uniques et une
grande variété de situations.(6) D'un pays à l'autre, et même
à l'intérieur des pays eux-mêmes, il existe de grandes différences
entre les peuples, les cultures, les circonstances et les détails de la
vie.
Bien qu'un certain nombre de pays d'Asie aient fait des progrès
considérables au niveau de l'économie, une pauvreté dégradante
et inhumaine, avec pour résultat des inégalités dans de
nombreuses parties de l'Asie, représente peut-être l'un des phénomènes
les plus flagrants et attristants du continent. Bien que la pauvreté
d'aujourd'hui puisse parfois remonter à des siècles, ou même
des millénaires, certaines injustices et autres circonstances semblent
perpétuer cet état de fait. Certaines réponses ont suggéré
les suivantes: une distribution injuste des ressources, une inégalité
des opportunités, une certaine répugnance à entreprendre
des réformes agraires, peu de campagnes en faveur de l'instruction, la
concentration de la richesse dans les mains d'une minorité, un socialisme
d'État qui conduit inévitablement à la corruption, au
gaspillage économique et à une gestion médiocre.
Dans quelques régions d'Asie, en dépit d'une croissance rapide
et du développement économique, la pauvreté reste encore le
lot de tranches entières de la population. Par une ironie du sort, dans
certains pays d'Asie où le niveau de vie est en hausse, les valeurs
culturelles se dégradent progressivement, conduisant à l'égoïsme
et à la rupture des relations familiales et sociales. Dans de telles
circonstances, nombreux sont ceux qui insistent pour que l'Église, outre à
être le porte-parole des pauvres et des opprimés, fasse le nécessaire
pour fournir des services pastoraux qui assisteront les personnes, non seulement
sur le plan matériel mais aussi du point de vue spirituel au cours de
leur développement.
L'industrialisation et l'urbanisation font aussi partie de cette situation.
Une industrialisation rapide, une absence de réforme agraire, une
diminution des débouchés en zones rurales, l'attraction des
grandes villes et d'autres causes similaires sont en train de changer l'aspect économique
et démographique d'un grand nombre de villes asiatiques. L'expulsion forcée
de populations rurales pour laisser place aux zones industrielles et grands
projets, les politiques financières et économiques en faveur d'une
élite urbaine ne tiennent aucun compte des droits des pauvres. Une
urbanisation sauvage transforme certaines villes d'Asie en de vastes bidonvilles
où se perd souvent la dignité humaine.
La question du travail asservissant et du travail des enfants fait partie
intégrante de la situation économique. Il existe, de part toute
l'Asie, plusieurs millions de cas de travailleurs asservis, c'est-à-dire
de travailleurs liés par un contrat de travail qui peut même durer
toute leur vie en raison de dettes contractées dans le passé. Le
travail asservissant est plus répandu dans les industries de briqueterie,
d'exploitation de carrière, l'industrie du tabac et des cigarettes,
l'industrie du tapis, etc. En dépit des législations nationales et
internationales, et des pressions commerciales et politiques, les problèmes
liés à la situation socio-économique d'un grand nombre de
pays asiatiques restent inchangés, et empirent même dans certains
cas. Dans sa mission d'amour et de service à la vie, le message de l'Église
sur la dignité inaliénable de toute personne humaine, et les
oeuvres en correspondance avec cet enseignement, peuvent servir cette cause et
aider ainsi à améliorer ces situations et conduire à un
processus de développement qui respecte la vie humaine.
Culture
9. Quelques réponses indiquent que la situation économique
provoque des effets collatéraux. De nouvelles formes de culture résultent
d'une trop forte influence de la part des masses-médias, des livres, des
revues, de la musique, des films et autres formes de spectacle. Bien que les médias
aient le potentiel nécessaire pour être une grande force en faveur
du bien, ce qui envahit le marché asiatique produit, au contraire, selon
un grand nombre de réponses, un effet tout à fait opposé.
Ses images de violence, d'hédonisme, d'individualisme effréné
et de matérialisme frappent droit au coeur des cultures asiatiques, au
caractère religieux de son peuple, des familles et des sociétés
tout entières. Nombreuses sont les réponses qui déplorent
le fait que l'inviolabilité du mariage, la stabilité de la famille
et les autres valeurs traditionnelles soient menacées par les médias
et par les industries du spectacle sur le continent asiatique. Une telle
situation lance un sérieux défi au message de l'Église.
Des influences extérieures à l'Asie sont, pour de nombreuses
raisons, dues au mouvement des peuples. Le tourisme, par exemple, est une
industrie légitime qui possède ses propres valeurs sur le plan de
la culture et de l'éducation. Cependant, dans certains pays est décrite
une situation où il a une influence dévastatrice sur les
physionomies morale et physique de nombreux pays asiatiques, se manifestant sous
forme de prostitution et d'avilissement chez les jeunes femmes, de maltraitance
et de prostitution chez les enfants.
De la même manière, les réponses indiquent que la
migration dans les pays asiatiques, entre les pays d'Asie et à partir des
pays asiatiques vers d'autres continents, est en train de poser de plus en plus
de problèmes sur le plan humain et pastoral. La pauvreté, la
guerre civile, les conflits ethniques et les facteurs économiques sont
quelques-unes des causes de la migration. Les immigrants, les réfugiés
et les demandeurs d'asile sont souvent exposés à des traitements
très durs tant du point de vue de l'exploitation économique que
morale. Les travailleurs étrangers immigrés sont souvent rémunérés
d'une manière très injuste et doivent quelquefois travailler dans
des conditions inhumaines. Sur le plan de la santé, ils sont aussi exposés
à de nombreux risques et très souvent ils ne sont pas protégés
par la loi. Nombreux sont ceux qui demandent que l'Église en Asie soit
sensibilisée à cette souffrance et à ce drame humain causés
par la migration en Asie et hors de l'Asie.
Dans de nombreuses parties de l'Asie, ceux qui appartiennent à des
groupes ethniques tels que les tribus, les populations indigènes et les
minorités basées sur la race, la religion, la culture, etc., sont
victimes de l'injustice et de la discrimination. Dans certains pays, les
coutumes liées aux castes ont isolé pendant des siècles des
franges entières de populations, laissant un traumatisme psychologique,
culturel et économique comme conséquence sur la conscience
sociale. Certaines réponses donnent une attention au problème
particulier créé par la discrimination envers les femmes et les
enfants de sexe féminin. Malgré les efforts qui ont été
faits récemment de toutes parts pour atténuer ce problème,
de telles attitudes dominent encore, ayant une incidence sur les opportunités
au niveau de l'éducation, sur le travail et le salaire des femmes. Dans
de telles situations, l'Église, aussi petite qu'elle puisse être
dans un lieu donné, est considérée comme un instrument - à
travers la parole et les actes - du message de Salut du Christ qui peut amener
les gens à une plus grande conscience de la dignité de toute
personne humaine et, ainsi, vers une plus grande justice et harmonie entre les
peuples.
Un nombre de réponses aux Lineamenta portent sur plusieurs
autres menaces contre la vie et tendances destructrices en Asie. En effet, sont
en nette augmentation un manque de respect vis-à-vis des droits de la
personne et de la vie humaine elle-même: avortement, trafic des stupéfiants,
dépendance envers toutes sortes de narcotiques, propagation du SIDA,
criminalisation des hommes politiques, usage de la violence pour régler
les conflits, épuisement des ressources naturelles, indifférence à
l'égard de l'équilibre écologique, absence de services
essentiels de santé, fondamentalisme sous diverses formes, etc. Tels sont
tous ces nouveaux secteurs où l'Église en Asie a une opportunité
pour accomplir sa mission de service à la vie.
Signes d'espérance en Asie
10. Il est, partout en Asie, bien visible qu'une nouvelle prise de
conscience pousse les asiatiques à se libérer eux-mêmes de
l'héritage qui les lie encore aux traditions négatives, aux maux
sociaux et aux situations associées au passé. Les cultures et
religions antiques avec leur sagesse collective forment les bases solides sur
lesquelles construire l'Asie de l'avenir. Les niveaux d'instruction, d'éducation,
de recherche et de technologie sont chaque jour plus élevés. Les
travailleurs qualifiés, les spécialistes dans les différents
domaines scientifiques, les techniciens, les chercheurs, les inventeurs sont en
augmentation constante. Les institutions démocratiques sont en train de
s'enraciner fortement dans de nombreux pays.
Un grand nombre de pays asiatiques retrouvent confiance en eux. Il existe de
plus en plus une prise de conscience de la dignité humaine, bien que pour
certaines régions ce ne soit pas encore le cas. Les personnes accordent
un plus grand respect aux droits de la personne et désirent faire reconnaître
leurs droits auprès des gouvernements et des institutions au pouvoir tant
sur le plan national qu'international. La coopération régionale
est en augmentation, spécialement avec les groupements continentaux tels
que l'Association du Sud-Est Asiatique (A.S.E.A.N.) et l'Association Régionale
de Coopération du Sud de l'Asie (S.A.A.R.C.). Les conflits entre les pays
sont de plus en plus fréquemment résolus grâce à des
négociations et non plus par les armes. La coopération mutuelle et
les investissements transnationaux au sein des pays asiatiques sont en
expansion. Tous ces facteurs, associés à d'autres qui leur sont
similaires, représentent une source d'espérance pour l'Asie de
demain et, en conséquence, également pour l'Église.
CHAPITRE II
LES RÉALITÉS ECCLÉSIALES DE L'ASIE
Un grand nombre d'Églises
11. La situation ecclésiale de l'Asie est aussi diverse et distincte
que ses réalités séculaires, tel que l'on peut le constater
par sa riche variété d'Églises. Parmi les Églises de
l'Asie de l'Ouest, il y a lieu de mentionner les Églises d'Antioche des
syriens, d'Antioche des grecs melkites et d'Antioche des maronites, ainsi que l'Église
latine de Jérusalem. Il faut signaler aussi l'Église chaldéenne
de Babylone et l'Église arménienne. Aujourd'hui, la plupart de ces
Églises vivent au milieu de populations et de cultures à prédominance
juive ou musulmane, au service de leurs fidèles qui perpétuent
depuis les premiers siècles la présence chrétienne dans ces
pays, et qui sont les témoins de Jésus-Christ parmi les autres
religions.
Beaucoup de réponses précisent que leur travail d'évangélisation
se concentre principalement sur les oeuvres de charité et le témoignage
chrétien dans les écoles, les hôpitaux et autres missions
apostoliques. Elles cherchent à projeter l'image d'une Église
servante. Bien que ces Églises soient inculturées dans des
cultures islamiques et de langue arabe, et de ce fait bien placées pour
dialoguer avec l'Islam, elles se trouvent aussi dans une région de
conflits et sont menacées par le fondamentalisme religieux.
Des Églises apostoliques, provenant de la tradition syriaque,
existent aussi en Inde, à savoir, l'Église syro-malabare et l'Église
syro-malankare. Selon les réponses, ces Églises, qui se sont bien
enracinées en Inde, sont généralement florissantes et
comptent un grand nombre de vocations à la prêtrise et à la
vie religieuse. Elles représentent une présence significative dans
le domaine de l'éducation, des services sociaux et sanitaires et des
masses-médias. Un grand nombre de leurs fidèles ont émigré
vers d'autres parties de l'Inde, des pays du Golfe, de l'Europe, du Canada et
des États-Unis. Toutefois, quelques réponses aux Lineamenta
indiquent cependant que certaines situations liées à la tradition
liturgique, aux rites et aux formes synodales de l'organisation et de
l'administration de l'Église leur créent encore des difficultés.
L'Église Latine s'étend sur tout le continent, à des
niveaux de développement différents. Pour la plupart, sa présence
a dépendu des efforts missionnaires entrepris par l'Église au
cours de ces 500 dernières années. Le travail des missionnaires a été
plus ou moins couronné de succès au cours des siècles. Récemment,
le Saint-Père a établi trois missions sui iuris dans les Républiques
de l'Asie Centrale: Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan. En
Sibérie, l'Église est heureuse de découvrir des communautés
qui ont su garder la foi vivante, en dépit des circonstances adverses créées
par l'ancien régime communiste.
Une variété de situations de vie
12. En plus du grand nombre d'Églises Orientales en Asie, il existe
aussi une grande variété de situations dans lesquelles ces Églises
sont appelées à vivre.
Dans certaines parties de l'Asie, l'Église vit dans un milieu à
prédominance hindoue, posant de grands défis philosophiques, théologiques
et méthodologiques à la mission de l'Église en Asie. En même
temps, les réformateurs modernes hindous sont des grands admirateurs de
la personne de Jésus-Christ. Il est même arrivé que des théologiens
en Inde se soient efforcés d'interpréter Jésus-Christ en
utilisant la philosophie dominante de l'Inde. Certaines réponses
soulignent que, dans ce genre de situations, l'Église doit engager un
dialogue salutaire et chercher à appliquer, dans ses efforts d'évangélisation,
les principes de l'inculturation.
À l'exception de l'Indonésie, la présence de l'Église
en pays musulmans est relativement faible; dans quelques cas, les communautés
doivent affronter des problèmes liés à la discrimination et
au préjugé. Les réponses indiquent que certaines communautés
doivent souvent vivre dans des situations difficiles où le seul type
possible d'évangélisation est le témoignage quotidien de la
foi et des oeuvres charitables. Dans certains pays, les membres de l'Église
sont véritablement mis à l'épreuve.
Dans les pays à prédominance Bouddhiste, Confucianiste et Taoïste,
l'Église se trouve pour la plus grande partie en minorité.
Quelques réponses signalent qu'au cours des quelques décennies
passées, les communautés ont dû supporter de nombreuses
restrictions quant à la liberté du culte, du travail missionnaire,
de mouvement, et même subir des persécutions. Malgré ces
difficultés évidentes, les réponses mentionnent que, dans
certains de ces pays, il existe des signes de croissance du point de vue de l'évangélisation
et du développement humain. Dans de nombreux cas, la défense de la
cause des travailleurs et des classes marginalisées tout comme l'exemple
des laïcs dans la vie de chaque jour de l'Église ont contribué
à donner une bonne image de l'Église dans la société.
L'Église aux Philippines, le seul pays en Asie à prédominance
catholique, a une histoire d'évangélisation et de croissance
unique, à travers différentes périodes tout au long de ses
cinq cents ans d'histoire ancienne; elle s'est réalisée à
l'aide de différentes influences culturelles. Certaines réponses
soulignent le fait que divers événements de cette décennie
ont permis à l'Église de s'engager dans un grand mouvement de
renouvellement. L'Église a, comme conséquence, acquis une
meilleure compréhension de l'évangélisation ad intra
et ad extra, avec toutes ses dimensions sociales et spirituelles. La
caractéristique catholique des Philippines est un important facteur pour
l'oeuvre d'évangélisation de l'Église sur le continent
asiatique.
Ce n'est que très récemment que les Républiques de
l'Asie Centrale, la Sibérie et la Mongolie ont commencé à
recevoir une attention au niveau international, spécialement après
la désagrégation de l'Union Soviétique. Il est vrai aussi
que le travail missionnaire de l'Église a commencé à
s'accomplir dans ces pays. Des réponses précisent que l'occasion
de l'Assemblée Spéciale pour l'Asie représente une
opportunité pour donner une plus grande attention à cette région
et à l'uvre d'évangélisation dans ces pays où
la présence chrétienne est très limitée.
Dans certains pays, l'Église vit au milieu de guerres civiles, causées
par des conflits d'ordre ethnique, communautaire ou idéologique. L'Église
en tant que communauté de communion, d'harmonie et de réconciliation
a une mission à accomplir vis-à-vis de ces populations en
situations de conflits, lui fournissant une opportunité spéciale
pour prêcher par les actes son message au service de la vie.
Une situation spéciale s'est créée, pour l'Église,
à cause des sectes et des autres mouvements religieux qui sont devenus de
plus en plus présents et actifs en Asie. Tout comme dans d'autres parties
du monde, certains modèles et changements sociaux poussent les personnes,
et surtout les jeunes, à rechercher une signification à leur vie,
se tournant souvent vers les sectes et les mouvements religieux qui leur donnent
un sens immédiat de bien-être, un sentiment de communauté et
de fraternité. Un grand nombre de réponses ressentent la grande nécessité,
pour l'Église, de répondre à cette situation, spécialement
en revitalisant son engagement pastoral en fonction des besoins spirituels des
personnes, en renforçant la fraternité chrétienne et l'éducation
à la prière et à la lecture des Écritures.
L'image de l'Église en Asie
13. Beaucoup de réponses indiquent que l'Église en Asie doit,
dans son oeuvre d'évangélisation, être consciente de l'image
qu'elle présente aux fidèles des autres croyances et des
non-croyants. Bien que l'Église provoque l'admiration pour le travail
qu'elle accomplit sur le plan de l'organisation, de l'administration, de l'éducation,
des services de santé et du développement, souvent ces mêmes
personnes ne la considèrent pas comme une Église totalement
asiatique du fait qu'elle reçoit une grande partie de son aide financière
des pays occidentaux. Dans de nombreux cas, la foi chrétienne elle-même
est perçue comme quelque chose qui a été importée en
Asie de l'extérieur. C'est la raison pour laquelle certaines personnes
n'acceptent pas le Christianisme, craignant de perdre leur identité et
leur culture nationales. Conscients de ce fait, les évêques d'Asie
s'efforcent d'aborder le sujet.
À quelques exceptions près, l'Église en Asie est considérée
comme une institution cléricale, c'est-à-dire, du point de vue de
l'administration, de la liturgie, de la formation, etc. Nombreuses sont les réponses
qui indiquent que les laïcs, spécialement les femmes et les jeunes,
aspirent à s'engager beaucoup plus activement aux différents
niveaux des Églises locales. Ils souhaitent aussi prendre part aux
programmes de catéchèse et de formation permanente afin de remplir
leur rôle dans la mission de l'Église en Asie. Dans certains cas,
les réponses ont recherché une plus grande coopération
entre les divers états à l'intérieur de l'Église
afin que la mission évangélisatrice de l'Église soit plus
efficace.
Mission chrétienne et religions de l'Asie
14. L'approche missionnaire chrétienne occidentale à l'égard
des autres religions d'Asie, dévotions et spiritualités
populaires, à l'exception notoire de personnes telles que Ricci et
Valignano en Chine et au Japon, et De Nobili et Beschi en Inde, a souvent manqué
d'une appréciation complète de ces éléments.
Parfois, le regard porté sur les cultures asiatiques n'était pas
des plus adéquats. Et même si les efforts des missionnaires ont été
couronnés de succès, l'on s'aperçoit qu'une compréhension
appropriée de ces éléments aurait permis, pour l'oeuvre d'évangélisation,
une meilleure acceptation de la foi par les peuples d'Asie. C'est la raison pour
laquelle, quelques réponses indiquent que la redécouverte de
l'estime des autres religions et des cultures de la part de l'Église
devrait trouver une plus grande place dans son approche missionnaire.
Éléments positifs et signes d'espérance
Témoignage laïc
15. Les réponses aux Lineamenta indiquent un grand nombre d'éléments
positifs dans les Églises particulières en Asie. La plupart des
fidèles de l'Église peuvent être considérés
comme des «catholiques pratiquants», qui en grande partie accordent
une priorité aux sacrements et aux dévotions dans leur vie. Le
fait que les Asiatiques soient religieux par nature est, à cet égard,
une grande aide. Dans de nombreux endroits d'Asie, la prière familiale,
la lecture des Écritures et les dévotions familiales nourrissent
la vie religieuse des fidèles. D'une manière toute particulière,
les catholiques mettent leur foi en action au moment de calamités
naturelles et de lutte communautaire.
L'émergence et le développement de communautés ecclésiales
de base, de mouvements charismatiques et de communautés humaines de base
sont aussi des éléments très positifs dans un nombre d'Églises
particulières. Certains événements parrainés par des
mouvements charismatiques, tels que des jours de retraite spirituelle, des réunions
de prière et des rencontres de renouveau spirituel ont soulevé
l'intérêt national, et plusieurs milliers d'adeptes d'autres
religions y ont participé. Des mouvements d'Église offrent aussi, à
tant de personnes, l'opportunité d'entrer en dialogue avec les adeptes
d'autres religions.
Certaines réponses font référence à la migration
des chrétiens, à l'intérieur et en-dehors de l'Asie, dont
la pratique religieuse régulière aide à répandre la
foi. À cet égard, les soeurs, les frères et les prêtres
missionnaires d'Asie sont envoyés au service de ces populations et des Églises
locales dans plusieurs parties du monde, telles que l'Afrique, l'Amérique
Latine, l'Océanie, etc. On estime que plusieurs milliers de prêtres,
de religieuses et religieux, et de laïcs travaillent comme missionnaires
hors de leur pays, en Asie et ailleurs.
Dans un nombre d'Églises particulières en Asie, les laïcs
exercent de plus en plus leur rôle dans la vie et la mission de l'Église,
comme nous le prouve l'exemple donné par les instituts laïcs au
Japon et aux Philippines. Dans certains pays, les laïcs jouent un rôle
important au niveau national dans la politique, l'éducation, la santé,
etc. Il existe, dans de nombreux pays d'Asie, des structures permanentes destinées
à la formation des laïcs en théologie, en spiritualité,
et en d'autres matières connexes. Il y a aussi des centres où les
laïcs, le clergé et les évêques se retrouvent pour
planifier et réaliser ensemble le travail pastoral. Ce sont des
initiatives riches de promesses pour l'avenir de l'Église en Asie.
Témoignage des personnes consacrées
16. Certaines parties de l'Église en Asie ont enregistré une
augmentation régulière du nombre des vocations au cours des décennies
passées. Tandis qu'un grand nombre de vocations concernent les congrégations
et instituts religieux traditionnels d'origine occidentale, durant ces récentes
années un nombre de nouvelles congrégations religieuses locales
ont vu le jour en Asie. En général, le pourcentage de vocations à
la prêtrise, à la vie religieuse et autres formes de vie consacrée
et instituts missionnaires est plus élevé que dans la plupart des
autres parties de l'Église universelle.
Le témoignage chrétien d'amour et de service pour les pauvres
donné par Mère Teresa et ses Missionnaires de la Charité,
ainsi que par beaucoup d'autres religieuses et religieux, a considérablement
contribué à révéler aux peuples d'Asie l'authentique
visage de Jésus-Christ et la vraie nature de l'Église. Beaucoup de
réponses indiquent combien la présence de l'Église est bien
accueillie et très appréciée dans les centres pour handicapés,
les orphelinats, les léproseries, les dispensaires ruraux et dans les
mouvements qui s'efforcent de pourvoir aux besoins des marginaux.
Dans de nombreux cas, ce service assuré par les missionnaires a
conduit au martyre. Leur témoignage a, dans l'histoire de l'évangélisation,
enrichi la vie de l'Église en Chine, au Japon, en Corée, au
Vietnam et dans de nombreux autres pays d'Asie. Le témoignage des martyrs
du passé et du présent représente un grand moyen d'évangélisation.
Cependant, certaines réponses expriment un espoir et désirent que
l'Église prenne plus en considération les martyrs asiatiques dans
le processus canonique qui conduit à la sanctification.
Le témoignage en Asie provient également d'un grand nombre de
congrégations et d'ordres religieux de l'Église qui ont apporté
une grande contribution au développement des Églises locales en
Asie durant les cinq cents dernières années d'évangélisation.
Des dizaines de milliers de religieuses et de religieux, par leur amour et leur
service dévoué auprès de ceux qui souffrent de la pauvreté
sous toutes ses formes, ont contribué à alimenter la foi d'un
grand nombre dans l'Église en Asie. Certains d'entre eux ont rendu un
service inestimable aux Églises locales par l'établissement de
maisons de formation, spécialement des séminaires. Ils ont permis
de révéler le visage de compassion, d'amour et de sollicitude de Jésus
aux peuples d'Asie. Les religieux ont rendu un service éminent en faveur
de l'éducation de base, de la formation des vocations, de l'enseignement
technique et des travaux de développement. Les religieux contemplatifs
ont eux aussi apporté une contribution tout à fait unique à
la mission chrétienne en Asie par leurs prières et leur témoignage
de dévouement complet d'une vie en union avec Dieu.
Quelques réponses font référence aux instituts
missionnaires du clergé diocésain qui ont pris une grande part au
travail d'évangélisation en Asie. Certains d'entre eux ont envoyé
des milliers de missionnaires en Asie durant les derniers quatre cents ans.
Aujourd'hui, plusieurs instituts missionnaires, nés en Asie, poursuivent
leur oeuvre. Un bon nombre de prêtres diocésains se portent
volontaires pour accomplir un travail missionnaire dans d'autres pays. Ce sont
eux qui ont établi quelques-uns des premiers séminaires destinés
au clergé local en Asie.
Institutions ecclésiales
17. L'Église en Asie possède un vaste réseau
d'institutions de divers types, en dépit du fait que dans certains
endroits les chrétiens ne constituent qu'une petite minorité de la
population. Dans certains pays, là où la population chrétienne
n'atteint que 2%, les institutions liées à l'Église peuvent
atteindre un taux de 30% des organisations non-gouvernementales et des
organisations de volontariat opérant dans le domaine des services
sociaux.
L'Église dispose d'un instrument formidable pour porter témoignage
de la compassion, de l'amour et de la sollicitude du Christ pour les pauvres en
Asie. Peut-être que ses institutions au service de l'éducation, à
savoir, les écoles primaires et secondaires, les lycées, les
instituts d'enseignement supérieur et les universités en
constituent l'un des plus importants. L'Église possède aussi des
institutions pour les soins de santé, telles que des hôpitaux, des
centres hospitaliers universitaires, des dispensaires et autres centres de santé.
Il existe des foyers pour les personnes âgées, les handicapés,
les aveugles, les muets et les malentendants. De plus, l'Église compte un
grand nombre de maisons d'édition pour les livres, les revues, les
journaux, les hebdomadaires et les magazines populaires.
Au cours de ces dernières années, un grand nombre de centres
de renouveau, d'ashrams, de centres spirituels, de centres d'audiovisuel
et de stations de radios ont aussi été mis en place par les chrétiens
en Asie. Presque chaque pays en Asie dispose maintenant de centres pour la
pastorale et la catéchèse. En outre, l'Église a créé
des institutions pour la promotion humaine, les droits de la personne,
l'inculturation, etc.
L'Église en Asie ne possède pas seulement des institutions,
mais un relativement grand nombre de personnel très qualifié, dévoué
et compétent pour s'occuper de toutes ses institutions. Cependant,
certaines réponses posent ces questions: «Est-ce que toutes les
institutions de l'Église constituent aussi des centres pour les valeurs
et le témoignage des chrétiens dans un milieu très
largement non-chrétien?» et «De quelle manière ces
institutions peuvent-elles servir d'instrument au témoignage chrétien
et de service à la vie en Asie?»
Conclusion
18. Le continent asiatique est caractérisé par une diversité
tant de religions, de cultures et de populations que de réalités
ecclésiales. Le fait de se retrouver ensemble au Synode représente
par lui-même une grâce et un exemple pour les peuples d'Asie qui
peuvent oeuvrer pour le bien-être et le progrès du continent et de
toutes ses populations. C'est sur ce continent que Dieu a rassemblé les
chrétiens en Jésus-Christ grâce à l'Esprit Saint.
C'est dans le contexte de ses réalités socio-économiques,
son histoire politique et sa situation présente, et dans le contexte de
ses traditions pluri-religieuses que le petit troupeau de Jésus-Christ
doit vivre et accomplir sa mission de salut.
CHAPITRE III
UNE BRÈVE ÉVALUATION DE L'HISTOIRE DE LA MISSION
CATHOLIQUE EN ASIE
La Foi et son impact
Le don de la Foi
19. Depuis les temps apostoliques jusqu'à nos jours, la foi en Jésus-Christ
est le don qui a été apporté par les missionnaires et
offert à tous en Asie. Le terme «missionnaire» ne comprend pas
seulement les missionnaires étrangers à l'Asie, mais tous les
missionnaires indigènes, clercs et laïcs, du clergé diocésain
et ceux de la vie consacrée, et les communautés chrétiennes
qui témoignent de Jésus-Christ et apportent la Bonne Nouvelle à
leurs voisins à l'intérieur du continent asiatique ou dans des
terres lointaines. L'exemple qu'ils donnent de la charité chrétienne,
de l'esprit de dévouement, de service et de sacrifice plantent dans le
coeur d'innombrables asiatiques les semences de la foi. Le fait que des dizaines
de milliers de chrétiens aient donné leur vie pendant les persécutions
dans de nombreux pays asiatiques, spécialement au Vietnam, au Japon, en
Chine et en Corée, est la preuve que la foi s'est profondément
enracinée dans le coeur du peuple asiatique. Aussi, l'Église en
Asie se réjouit et exprime sa gratitude aux missionnaires qui ont apporté
la foi dans les diverses parties de l'Asie. Elle se réjouit aussi du
grand nombre de missionnaires asiatiques qui accomplissent leur tâche hors
de leurs propres régions ou pays.
Aujourd'hui, il existe dans presque chaque pays asiatique une présence
chrétienne, assez importante dans certains, en petite minorité
dans d'autres. En réalité, les Églises particulières
d'Asie se sont bien implantées et sur le plan local les tâches
pastorales et missionnaires sont confiées à leur clergé et à
leurs religieux. Grâce aux missionnaires, les communautés locales
ont pu s'édifier; elles se sont épanouies grâce à une
catéchèse permanente et au développement de ses structures
ecclésiales, à une vie sacramentelle et de dévotions pour
soutenir leur vie chrétienne. Actuellement, ces communautés sont
devenues des Églises autosuffisantes à bien des égards, même
si elles ne le sont pas complètement.
Levain dans la société
20. De par la présence de l'Église locale dans un pays donné,
l'Évangile est annoncé et devient comme du levain dans la société
asiatique, même s'il n'est pas toujours reconnu comme tel. L'Évangile
a le pouvoir de transformer les sociétés asiatiques. Il a mis au défi
un grand nombre de systèmes et de maux sociaux de la société
asiatique, et a agi comme un facteur de jugement critique. Il en a résulté
qu'un nombre de mouvements de réforme se sont constitués à
l'intérieur de plusieurs pays asiatiques.
Bien que l'Église ne soit pas directement impliquée dans les
mouvements d'indépendance, indirectement elle en a été
l'inspiratrice. Dans de nombreux cas, les mouvements d'indépendance sont
partis de personnes qui avaient été éduquées dans
des institutions chrétiennes en Asie et à l'étranger.
Plusieurs personnalités marquantes, passées et présentes,
aux niveaux les plus élevés de la vie nationale, ont été
les élèves d'institutions missionnaires.
La mission chrétienne a, en général, joué un rôle
de ferment pour le progrès de la culture. En effet, nombreux étaient,
parmi les missionnaires, des hommes et des femmes de grand mérite en tant
que linguistes, humanistes, historiens, poètes et scientifiques. Un grand
nombre de langues asiatiques ont été, grâce au labeur des
missionnaires, mises par écrit dans des livres fondamentaux tels que des
grammaires, des dictionnaires, etc. En plus des contributions de grande portée
apportées aux langues asiatiques existantes, tant classiques que
modernes, les missionnaires ont aussi traduit de nombreux classiques chrétiens
dans plusieurs langues asiatiques, enrichissant ainsi un grand nombre de
langues. De cette manière, ils ont aussi acquis le respect et la
gratitude d'un grand nombre de non-chrétiens. Ils se sont aussi investis
dans la publication de magazines populaires, de revues scientifiques,
d'hebdomadaires, de quotidiens et de livres d'étude. Dans de nombreux
cas, les missionnaires servaient d'instruments et de moyens pour introduire la
science moderne dans divers pays en Asie. Certains d'entre eux se sont distingués
comme anthropologues, sociologues et historiens de populations tribales, de
populations indigènes, de minorités et de franges marginales de la
société. Dans diverses parties de l'Asie, les missionnaires ont été
les promoteurs de création de bibliothèques aux niveaux populaires
et scolaires.
D'une manière analogue, les taux élevés d'instruction
et d'éducation ont aussi accompagné la diffusion de l'Évangile,
particulièrement en Asie où dans de nombreuses régions l'éducation
était réservée aux classes les plus hautes de la société.
L'Église a mis en place des programmes destinés à éliminer
l'analphabétisme en Asie et à accroître le niveau d'éducation
de ses populations, en proposant des possibilités d'éducation tant
au niveau élémentaire qu'au niveau le plus haut de l'enseignement.
Dans de nombreuses parties de l'Asie, les filles et les femmes reçoivent
maintenant une éducation, alors qu'elles en étaient formellement
exclues auparavant. Tout pareillement, l'Église a été
l'instrument pour introduire et encourager, dans de nombreux cas, l'éducation
sur le plan technique, universitaire, professionnel et industriel. Elle a aussi
apporté de nouveaux comportements et une revalorisation à l'égard
du travail manuel et à son inhérente dignité humaine.
Services humains
21. Partout où est allée la mission de l'Église, la
sollicitude pour la vie humaine et le service à la vie ont suivi. Les
missionnaires, particulièrement les religieuses et les infirmières
chrétiennes, se sont distinguées par leur témoignage évangélique
en participant au ministère de guérison de Jésus. En conséquence,
le continent asiatique peut se vanter de compter des centaines d'hôpitaux
et des milliers de dispensaires gérés par l'Église,
principalement au milieu des classes les plus pauvres. Une telle action a permis
de diminuer la malnutrition, de soigner diverses maladies et de fournir une plus
grande vigilance sanitaire à l'égard des enfants, une médecine
préventive, des services de diagnostic, etc.
Les missionnaires et les chrétiens ont généralement
toujours été présents dans les opérations de secours
et de travaux de réaménagement au moment de calamités
naturelles, telles que tremblements de terre, inondations et sécheresse.
En période de famine, ils ont été généreux
tant en personnel qu'en moyens. Dans un grand nombre de cas, les missionnaires
chrétiens se sont trouvés, et sont encore, au premier rang pour le
développement de micro-industries locales, de programmes pour l'emploi,
de coopératives, de banques rurales, etc. En mettant en place des coopératives
et des banques rurales, ils apportent une assistance à ceux qui ont des
problèmes économiques personnels, un grand nombre de familles
pouvant ainsi profiter de ces projets d'aide personnalisés.
Réforme sociale
22. L'Évangile contient les semences de la dignité humaine, de
la liberté et des droits de la personne. Ainsi l'Église a, sur le
continent asiatique, été en mesure de se présenter en défenseur
de la dignité et des droits de la personne. En ce sens, la présence
de la mission chrétienne a conduit à des réformes dans
plusieurs secteurs de la vie sociale. Dans un certain nombre de cas, les
missionnaires et leurs disciples chrétiens ont donné l'élan
nécessaire pour la formulation et l'application d'une législation
touchant à la réforme des prisons, au nombre total des heures de
travail, à la santé et à la sécurité des
travailleurs dans les mines et dans les industries réputées à
risques pour la santé, à la protection des femmes et des enfants
dans certaines industries, etc. Le soutien apporté aux exclus, aux
tribus, à ceux qui vivent de la pêche, aux réfugiés
et aux classes des travailleurs est généralement reconnu sur tout
le continent asiatique.
De par l'introduction de l'éducation pour les filles, l'Église
en Asie a donné une forte impulsion à l'émancipation des
femmes en général, et dans de nombreuses régions spécifiques.
C'est principalement par l'éducation que les femmes sont en mesure d'acquérir
un statut d'égalité dans la société. Avec la venue
des religieuses sur la scène missionnaire en Asie, le processus d'émancipation
sociale des femmes a gagné une nouvelle force vive. En défiant un
nombre de coutumes religieuses et sociales, l'annonce de l'Évangile chrétien
a amené la législation à se retourner contre les pratiques
des castes, permettant l'accès des temples à ceux que l'on nomme
les intouchables (Harijans), et décourageant la pratique de
l'auto-immolation pour les veuves (satti).
La mission chrétienne en Asie a également été à
la base de l'augmentation des vocations parmi les femmes. Elles sont, à
leur tour, devenues les instruments pour le changement social à travers
le travail qu'elles ont accompli dans l'enseignement et dans d'autres domaines
de l'éducation, dans les services de santé comme professeurs,
infirmières, en se consacrant au service des pauvres, des malades et des
handicapés.
Aspects critiques
23. Là où les racines de certaines Églises en Asie
peuvent remonter aux temps apostoliques, la diffusion de l'Évangile en
Asie ne s'est toutefois pas faite sans difficultés. Les efforts des
missionnaires de l'Église primitive dirigés vers l'Asie Centrale
et la Chine entrepris par l'Église syriaque avaient recueilli quelques
bons résultats. En effet, au cours des huit premiers siècles de l'Église,
l'Évangile avait rejoint le fin fond de l'Asie, en Chine jusqu'à Pékin.
Les efforts missionnaires occidentaux des Franciscains au XIIIème siècle
sous la conduite de Giovanni da Montecorvino en Chine avaient, eux aussi, donné
des résultats plutôt assez limités. Néanmoins, la
plupart des Églises particulières qui avaient été
fondées à la suite des efforts des missionnaires Syriaques et des
Franciscains avaient été pratiquement toutes détruites pour
des causes diverses, comme les invasions islamiques, les difficultés qui
survenaient en se confrontant aux anciennes traditions religieuses, une appréciation
inadéquate des systèmes philosophiques, religieux et culturels de
l'Asie, etc.
La plus grande partie des Églises particulières actuelles en
Asie sont le fruit des efforts missionnaires des temps modernes dont l'origine
remonte au XVIème siècle en provenance de l'Occident. S'inspirant
du mouvement colonial européen, l'Église a envoyé des
missionnaires pour répandre le message de l'Évangile. En
accomplissant leur tâche, ces missionnaires se sont trouvés
confrontés à des systèmes philosophiques antiques et
hautement développés, des organisations sociales et des traditions
religieuses, comme l'Hindouisme, le Bouddhisme, le Confucianisme et le Taoïsme,
qui tout au long des siècles avaient développé des
explications religieuses et philosophiques très approfondies sur
l'absolu, sur l'univers et sur la personne, cherchant à éclairer
la condition présente de l'humanité, son destin final et les
moyens d'y parvenir. Ces enseignements s'appuyaient sur des écritures
profondément touchantes, des rites liturgiques, des prières, des méthodes
de contemplation, la pratique des vertus adaptée à chaque stade de
la pérégrination de l'humanité vers le salut et l'auto-réalisation.
L'art sacré, l'architecture et le culte faisaient aussi partie d'un système
hautement développé.
La vie quotidienne actuelle du peuple asiatique, aux niveaux individuel,
familial et social, est profondément imprégnée des
sentiments et des pratiques religieuses. Les pratiques religieuses populaires,
les lieux de pèlerinages, les centres de prière et de dialogue,
les mythes et les récits mettent la philosophie de la religion à
la portée des masses. Ainsi, chaque aspect de la vie sociale est imprégné
d'un profond sens religieux. D'un autre côté, il n'existe pas de
structures hiérarchiques contraignantes pour déterminer et guider
les croyances religieuses. La foi et la morale disposent d'une grande marge de
liberté. L'autorité religieuse est basée non pas sur une
position officielle mais sur l'expérience de Dieu qu'ont les chefs
religieux et sur leur capacité de la communiquer aux autres.
Les religions asiatiques se proposent d'apporter à l'homme une réponse
à sa recherche du sens de la vie, et une explication et interprétation
de l'univers, à son état actuel d'ambivalence religieuse et
morale, à sa situation de rupture, d'auto-aliénation, et au mal.
Elles offrent aussi des moyens concrets pour se libérer de la difficile
situation existentielle présente chargée de maux, de souffrance,
de mort, et fournissent des spiritualités pour parvenir à la réalisation
de soi. D'ailleurs, elles tiennent à la noblesse de leurs traditions
religieuses, de leurs interprétations et de leurs moyens de parvenir à
la libération - au Salut.
Tel est le contexte dans lequel l'actuelle mission chrétienne doit
prendre place. Par conséquent, la nouvelle évangélisation
est appelée à prendre en considération non pas simplement
le contenu du message de l'Évangile, mais tous ceux auxquels il
s'adresse. Telle était déjà la conviction des grands
missionnaires comme François Xavier et Valignano au Japon, Ricci en
Chine, De Nobili et Beschi en Inde. Est-ce que ne pourrait pas figurer, parmi
les causes pour lesquelles les efforts des missionnaires de l'Église
n'ont obtenu, dans le passé, que des résultats assez limités
en Asie, le manque d'une réelle compréhension des religions
asiatiques, de leurs valeurs inhérentes et de leurs forces, de leurs
enseignements séculaires, et de leur capacité intérieure de
renouvellement, ainsi qu'une aversion à adopter des méthodes qui
auraient parfaitement convenu à la mentalité des Asiatiques?
En évaluant le programme d'une nouvelle évangélisation
de l'Église en Asie, la question de la réelle compréhension
de la mentalité asiatique doit également être soulevée
en corrélation avec les expériences historiques du passé
qui colorent la situation présente. Parmi elles, figurent les questions
historiques délicates comme le colonialisme, le padroado,
l'inculturation de l'Évangile, la réaction à un sentiment
d'occidentalisation, etc.
CHAPITRE IV
JÉSUS-CHRIST: LA BONNE NOUVELLE DU SALUT
Quelques perceptions du Christ dans l'Église
Jésus: Fils de Dieu
24. L'Église, à toutes les époques, se tourne vers Jésus-Christ
afin de parvenir à comprendre sa vocation et sa mission dans l'Église
et dans le monde. La première Encyclique du Pape Jean-Paul II, fixant le
thème de son pontificat, affirme: «À toutes les époques,
et plus particulièrement à la nôtre, le devoir fondamental
de l'Église est de diriger le regard de l'homme, d'orienter la conscience
et l'expérience de toute l'humanité vers le mystère du
Christ, d'aider tous les hommes à sa familiariser avec la profondeur de
la Rédemption qui se réalise dans le Christ Jésus».(7)
Dans cet esprit, l'Église en Asie, engagée dans le processus
synodal, souhaite tourner son regard vers Jésus-Christ, le Sauveur de
tous. De cette manière, elle parviendra à une juste compréhension
de la vie qu'elle partage en Lui, à renforcer son union avec Lui et à
renouveler son dévouement à sa mission auprès de tous les
peuples d'Asie pour partager cette plénitude de vie en Lui, maintenant et
dans le monde à venir.
Pour les chrétiens, Jésus-Christ est le centre de l'Histoire
du Salut, qui remonte au tout premier moment de la création. C'est en Lui
que chaque chose est créée et en Lui que chaque chose parvient à
la plénitude (cf. Jn 1, 3 ss). L'Église croit que le
Christ est le premier-né de toute la création, en qui toutes les
choses ont été créées et en qui toutes les choses
sont aussi sauvées, car il est le premier-né d'entre les morts et
la Tête du Corps, l'Église ou la communauté des rachetés.
C'est en Lui que toutes les choses sont réconciliées avec Dieu
(cf. Col 1, 20). Utilisant la terminologie du culte, l'auteur de la
Lettre aux Hébreux affirme que Jésus-Christ est le reflet de la
gloire de Dieu et l'effigie exacte de la substance de Dieu. C'est Lui qui
accomplit la «purification» pour les péchés de tous (cf.
He 1, 1-3). Ainsi, en Lui toute la création est sauvée. La
foi de l'Église en Jésus-Christ est, au commencement, passée
par l'expérience faite par les Apôtres du Seigneur Ressuscité
qui insuffle le Saint-Esprit à ses disciples le jour de la Résurrection.
Ce même Saint-Esprit se pose sur les apôtres le jour de la Pentecôte,
les envoyant de par le monde pour apporter à tous les autres la nouvelle
vie qu'ils venaient de connaître dans le Seigneur Jésus-Christ. La
participation au mystère du Dieu Un comme une Communauté ou une
Trinité de Personnes est le principe, soutenant la conviction et
l'objectif de la mission de l'Église.
25. De nombreuses réponses aux Lineamenta rappellent que le
message chrétien ne consiste pas simplement en un ensemble
d'enseignements mais en une relation dynamique avec la personne de Jésus-Christ,
mort et ressuscité, qui introduit, soutient et porte à la plénitude
de vie voulue pour l'humanité depuis la création. À cet égard,
le succès de la nouvelle évangélisation en Asie dépend
en grande partie de la manière avec laquelle les gens parviendront à
identifier Jésus pour répondre à son éternelle
invitation qui est celle de faire l'expérience de plénitude de vie
en Lui à travers la participation à la communion de l'Église,
Son Corps.
La plupart s'accordent sur le fait que le programme de la nouvelle évangélisation
doit partir d'une spécifique catéchèse des membres de l'Église.
À ce propos, diverses réponses font remarquer que les catholiques,
en Asie, possèdent une vision assez variée du Christ. Pour la plus
grande part de la communauté de l'Église, il semble qu'il y ait
peu de difficulté à considérer le Christ dans sa divinité,
comme la Deuxième Personne de la Sainte Trinité, comme le Fils de
Dieu. Découlant de cette connaissance de Jésus comme Fils de Dieu,
l'oeuvre du Saint-Esprit (cf. Mt 16, 17) offre différends rôles
associés, c.-à-d., maître, berger, guérisseur,
thaumaturge, etc.
Dans de nombreuses régions, considérer le Christ sous une
perspective uniquement divine présente, pour certains fidèles de
l'Église, le risque de couper le Christ du monde, de ses problèmes
et de ses difficultés. En mettant une trop grande accentuation sur le
divin, le rôle unique de la responsabilité, individuelle et
personnelle, est considérablement affaibli quand il n'est pas complètement
délaissé. Dans certains cas, spécialement chez les
convertis, qui normalement n'ont pas de difficulté intellectuelle pour
avoir foi en le Seigneur, il leur est parfois difficile d'admettre que la foi
puisse avoir un impact sur la vie quotidienne.
Pour pallier ces difficultés, beaucoup de réponses insistent
pour que la catéchèse inclue une présentation complète
et totale de la Personne du Christ, basée sur les Écritures et sur
la Tradition de l'Église tout au long des siècles. Bien que tous
soient unanimes pour admettre que l'annonce de Jésus-Christ qui s'impose
le plus soit celle du témoignage de ses disciples, ils insistent
toutefois, compte tenu de la mentalité asiatique, pour que la catéchèse
reçue par les fidèles soit présentée de manière
à leur permettre de faire l'expérience du Seigneur et de célébrer
leur relation avec Lui au sein de l'Église afin qu'ils soient mieux à
même de témoigner leur foi dans la vie de chaque jour.
Jésus comme Sauveur
26. Comme il l'a déclaré lui-même, Jésus est venu
pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance (cf. Jn 10, 10).
Il s'est Lui-même présenté comme le Chemin à suivre,
la Vérité à croire et la Vie à expérimenter
dans sa plénitude (cf. Jn 14, 6). En annonçant la
naissance du Christ, l'ange indique la mission reçue de Dieu en lui
donnant son nom, «[...] et tu l'appelleras du nom de Jésus: car
c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés» (Mt
1, 21). Comme fondement pour L'accepter comme Sauveur, les Écritures
indiquent que Jésus a prêché le repentir pour les péchés
et la conversion du coeur: «Repentez-vous et croyez à l'Évangile»
(Mc 1, 15).
L'acte définitif du Salut est accompli par le Christ à travers
son Mystère Pascal, c.-à-d., sa Passion, sa Mort et sa Résurrection.
Tout au long des temps, l'Église a, en obéissance à son
Seigneur, offert ce don à tous au nom du Christ, à tous ceux qui
croient et sont baptisés. Par son élévation sur la croix,
Il attire tous les hommes à Lui (cf. Jn 12, 32). Son corps a été
brisé par la mort et son sang répandu pour tous en rémission
des péchés (cf. Mt 26, 28; Mc 14, 24).
Le Christ Ressuscité a envoyé ses disciples en mission
universelle pour prêcher le repentir et la rémission des péchés
en son Nom jusqu'aux extrémités de la terre (cf. Lc 24,
47-49), et faire des disciples de toutes les nations (cf. Mt 28, 19). Le
jour de la Pentecôte, ses disciples sont remplis de la force de l'Esprit
pour aller et porter témoignage de cette nouvelle vie dans le Christ (cf.
Ac 1, 8; 2, 1-11). Depuis ce jour, les hommes de toute nationalité
ont accepté l'annonce de Jésus-Christ et fait l'expérience
de cette nouvelle vie dans la communauté de l'Église.
27. Les réponses aux Lineamenta précisent que le titre
qui convient le mieux au Christ au milieu de ses disciples, associé à
sa mission envers toute l'humanité, est celui de Sauveur et de Rédempteur,
qui en libérant un «peuple» du péché et de tous
ses effets - en particulier de la mort - a édifié une Église,
ou une communauté qui lui rend un culte, appelée à
glorifier Dieu dans le Christ et à travers l'Esprit Saint. La
reconnaissance de Jésus comme le Sauveur implique non pas simplement la
confession du péché mais une nouveauté de coeur, c'est-à-dire
l'acceptation de Jésus-Christ comme Seigneur de sa propre vie dans un
processus permanent de conversion. Tout comme l'indiquent de nombreuses réponses,
cela constitue une base solide pour entreprendre un apostolat qui cherche à
appliquer et étendre les valeurs de l'Évangile aux situations vécues
actuellement en Asie, particulièrement celles qui concernent les effets
du péché dont la société fait l'expérience.
C'est pour cette raison qu'un grand nombre souhaitent un témoignage
vivant de la part de la communauté de l'Église: par la célébration
des Sacrements, particulièrement les Sacrements de la Pénitence et
de l'Eucharistie; par des attitudes de pardon et de réconciliation envers
les autres; et par des efforts en tant que communauté pour lutter contre
les effets du péché dans la société afin d'y
apporter la paix, l'harmonie et la fraternité. Pour y parvenir, beaucoup
s'accordent sur le fait qu'il ne suffira pas de mettre en place des programmes
spécifiques de catéchèse pour instruire individuellement
les membres de l'Église, mais plutôt des projets de formation pour
des communautés entières où les autres pourront se rendre
compte des effets tangibles de la reconnaissance du Christ comme le Sauveur et
en faire personnellement l'expérience dans leur vie, la forme la plus
convaincante qui soit de témoignage du Christ.
À ce sujet, beaucoup de réponses mentionnent que le Christ
n'est pas simplement l'une de ces nombreuses figures de «Sauveur» qui
existent dans toutes les religions et philosophies asiatiques, mais le «seul
et unique» Sauveur. Certaines réponses perçoivent le besoin
de présenter et d'expliquer encore plus clairement et plus franchement
que Jésus-Christ n'est pas seulement le Sauveur, mais qu'il est le
Sauveur d'une manière qui est tout à fait différente de
celle qui est habituellement conçue par l'esprit asiatique. Cependant,
quelques réponses sont, à cet égard, très prudentes
sur le terme «Libérateur» qui ne devrait pas être utilisé
pour le Christ, étant donné qu'il se réfère d'une
manière trop restrictive à une philosophie et à une vision
du monde.
Certains soutiennent que par le passé cette unicité de Jésus-Christ
par rapport aux autres religions n'avait pas été bien adéquatement
présentée. Il existe, aujourd'hui, un besoin urgent de présenter
cette question dans le contexte de la volonté salvifique universelle de
Dieu pour tous les peuples, spécialement dans la proclamation
missionnaire ou kerygma. Quelques-uns suggèrent de choisir, parmi
les nombreuses manières de le faire, celle qui serait plus particulièrement
asiatique, et qui consisterait à se servir des récits et des
paraboles tirés de la Bible. L'Église est motivée par le désir
de porter témoignage de Jésus-Christ dans la société
asiatique contemporaine, par conséquent, toute présentation
devrait être faite, et nombreux sont ceux qui insistent sur ce fait, sans
aucun sens de supériorité ou d'attitude condescendante vis-à-vis
des autres religions.
Jésus comme Dieu-fait-homme
28. En Jésus-Christ, l'histoire de l'humanité et l'histoire de
chaque être humain devient une histoire divine. Sa vie, sa mort et sa résurrection
ont une signification salvifique et une valeur pour tous les êtres
humains. Le Concile Vatican II affirme: «Par son Incarnation, le Fils de
Dieu s'est en quelque sorte uni Lui-même à tout homme».(8)
Jésus s'est présenté à ses contemporains comme
le Bon Samaritain, le semeur du Verbe, et le Bon Pasteur. Bien qu'il se soit
identifié avec le Père comme étant son Fils, il s'est aussi
identifié avec tout être humain, en chaque personne qui aspire à
la plénitude de vie, et avec toute forme de souffrance, mentale et
physique. Ainsi, l'auteur de la Lettre aux Hébreux affirme: «Car
nous n'avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos
faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d'une
manière semblable, à l'exception du péché» (He
4, 15). La communauté qu'il a fondée devait suivre son exemple et
se caractériser par des qualités humaines telles que la miséricorde,
le pardon, la simplicité et l'authenticité de vie, l'amour
fraternel et la charité dans le service mutuel et le partage des biens,
spirituels et matériels. De même, S. Jacques écrit: «La
religion pure et sans tache devant Dieu notre Père consiste en ceci:
visiter les orphelins et les veuves dans leurs épreuves, se garder de
toute souillure du monde» (Jc 1, 27). Toute autre forme ou
expression de religion serait comme un corps sans son âme, source de vie.
La solidarité avec ceux qui souffrent et la compassion envers tous les êtres
humains et toute la création devraient être le signe qui distingue
la nouvelle communauté de croyants.
Jésus, en tant que le Prophète inspiré par Dieu, a prêché
la dignité humaine et l'égalité entre tous les êtres
humains comme enfants de Dieu et comme frères et soeurs d'un même Père
céleste. Ses actions incarnent la miséricorde de Dieu, l'amour et
la bonté envers l'humanité. Ses enseignements sont le fondement
sur lequel édifier la famille et la société.
Dans sa vie sur terre, Il demeure le grand Maître d'union avec Dieu le
Père à travers la prière et la contemplation, source, force
et motivation soutenant sa vie d'identification avec l'humanité pécheresse
et sa vie de service aux autres, au point de donner sa vie pour que cette
humanité puisse être rachetée du péché et de
tous ses effets.
29. Quelques réponses au Lineamenta signalent que s'il existe
de la part des membres de l'Église une certaine difficulté dans
leur vision du Christ, elle réside dans le fait de le voir en tant que «Fils
de l'Homme», c.-à-d., dans son humanité, en Dieu-fait-homme,
qui a assumé la condition humaine en toutes choses à l'exception
du péché, consacrant de cette façon le monde et toutes les
choses humaines, hormis le péché. Pour pallier cette tendance,
nombreux sont ceux qui pensent qu'il est nécessaire de mettre encore plus
en évidence la Passion et la Croix de Jésus-Christ comme étant
le chemin qui mène à la Sagesse et au vrai Salut, et non pas
simplement par la catéchèse, mais dans la prédication et
dans la vie quotidienne de l'Église.
Il ressort des réponses un consensus sur le fait que la compréhension
personnelle des disciples et l'expérience de vie du Christ étaient
directement liées au témoignage du Christ dans la vie quotidienne.
Pour cette raison, les membres de l'Église ont non seulement besoin d'une
catéchèse systématique sur la Personne du Christ dans le
mystère de son Incarnation et de sa Rédemption, mais aussi
d'occasions de faire l'expérience du Christ par la lecture et l'étude
des Saintes Écritures, la fraternité de la communauté ecclésiale,
dans la personne des ministres de l'Église, et surtout dans la célébration
des Sacrements, en particulier la Sainte Eucharistie.
Il s'ensuit que plusieurs réponses aux Lineamenta soulignent
le besoin de présenter Jésus-Christ dans son amour et sa
compassion pour les pauvres. Ils insistent sur le fait que l'image de Jésus
comme un frère, qui partage sa vie avec ceux qui souffrent, sera celle
qui, de préférence à toute autre, attirera les peuples
asiatiques. En outre, ces mêmes réponses soutiennent que l'Église,
en tant que communauté de croyants, doit accomplir un grand effort pour
s'identifier à la société des pauvres en étant la
voix des sans-voix, au nom de la vie humaine, soutenant la cause de ceux qui
souffrent de l'injustice sous toutes ses formes, fournissant un personnel
qualifié pour assister les nécessiteux, pour soigner ceux qui
souffrent de toutes sortes de maladies, physiques, mentales ou spirituelles,
etc. Beaucoup indiquent que l'action de service accomplie par l'Église, à
la suite de l'exemple de son Maître qui est devenu pauvre par amour pour
tous afin d'amener les hommes à Dieu, est la forme la plus convaincante
et la plus crédible de témoignage que l'Église puisse
apporter sur le continent de l'Asie.
Quelques perceptions du Christ en Asie
30. Comme pour l'image du Christ au milieu des autres asiatiques, nombreuses
sont les réponses qui signalent que beaucoup d'asiatiques ont tout
naturellement un point de vue positif vis-à-vis du Christ, voyant en Lui
une personne profondément spirituelle, pleine de compassion et d'amour.
Certains le considèrent comme un grand Maître. L'image du Christ
que les Bouddhistes préfèrent le plus est celle du Sacré-Coeur.
Si certains chrétiens éprouvent quelque difficulté à
comprendre vraiment la nature humaine du Christ, la plupart des asiatiques ne le
verraient qu'exclusivement sous cette perspective. Pour bien répondre à
ce fait, l'Église doit mettre davantage l'accent sur une présentation
du Christ dans le plus grand contexte de l'Histoire du Salut et du dessein de
Dieu le Créateur pour l'univers, un dessein, accompli par l'Incarnation
et la Rédemption du Christ, et qui se poursuit encore de nos jours dans
le Christ, à travers son Église. Pour y parvenir, certains
insistent pour qu'une plus grande attention soit accordée à une présentation
du Christ «sous un aspect asiatique», c'est-à-dire en
s'appuyant sur différents concepts philosophiques et culturels. Une telle
approche semble des plus importantes dans le contexte du dialogue de l'Église
avec les autres religions, spécialement avec l'Hindouisme et le
Bouddhisme. La question qui se pose est donc la suivante: «De quelle manière
l'Église en Asie peut-elle expliquer que le Christ est le Sauveur, et le
seul Sauveur et unique médiateur du Salut, distinct des fondateurs des
autres grandes religions de l'Asie?».(9)
Dans certains cas, les adeptes de diverses religions asiatiques sont de plus
en plus préparés à accepter Jésus-Christ, même
en tant que Dieu. Cependant, ceci ne leur paraît pas être une raison
pour l'accepter comme l'unique Sauveur. La tendance prévalant parmi les
adeptes de ces religions, particulièrement les Hindous, est de considérer
toutes les religions comme également bonnes. Poue eux, les dieux hindous
et le Christ sont seulement des manifestations différentes du même
Dieu. Même ceux qui croit en la divinité du Christ ne sentent pas
l'exigence d'embrasser le Christianisme, et encore moins l'Église, en dépit
du fait que l'Église et ses institutions font tant pour la société
en général.
Les asiatiques, tant ceux des religions classiques et traditionnelles que
cosmiques, cherchent à vivre en harmonie entre le ciel et la terre, entre
le domaine du divin et de l'humain, entre le transcendant et l'imminent. Ces réalités,
qui en apparence s'opposent et sont contradictoires, se fondent paradoxalement
en une seule dans de nombreuses religions asiatiques. La distance qui les sépare
est philosophiquement et liturgiquement comblée. La liturgie chrétienne
l'exprime merveilleusement quand elle dit: «Si tu déchirais les
cieux et descendais» (Is 63, 19). Une telle rencontre entre le
divin et l'humain, le transcendant absolu et le fini a définitivement
pris place en Jésus-Christ.
En se basant sur cette situation, nombre de réponses précisent
qu'il est nécessaire de présenter Jésus dans le contexte de
cette recherche, de la part des cultures et des religions asiatiques, de
l'harmonie entre les paradoxes apparents qui font partie de l'existence humaine,
entre la transcendance et l'imminence, le néant et la plénitude,
la mort et la vie, la souffrance et la joie, le fini et l'infini, la pauvreté
et les riches, la faiblesse et la puissance, le temporel et l'éternité,
l'historique et le cosmique. En Jésus-Christ, le Verbe de Dieu incarné,
crucifié et ressuscité, ces paradoxes trouvent un point de
convergence. Quelques réponses aux Lineamenta parlent d'un besoin
de développer une Christologie de la kenosis, à savoir,
une Christologie basée sur l'auto-anéantissement du Christ dans le
mystère de l'Incarnation et sur sa glorification dans le Mystère
Pascal.
Cependant, un grand nombre de réponses mentionnent qu'au delà
des arguments intellectuels, le véritable témoignage du Christ
parmi le peuple asiatique ne s'avérera que quand la distance qui sépare
la religion du service sera comblée, en d'autres termes, quand les
croyants deviendront réellement les signes vivants du Seigneur Jésus-Christ
à travers l'exercice d'oeuvres de miséricorde sur le plan
spirituel et corporel. De cette manière, pour l'Asiatique, qui place au
tout premier plan des concepts tels que la communauté, l'harmonie, la
paix et la délivrance du mal, la vie du fidèle de foi chrétienne
représentera une forme incontestable de témoignage du Christ. En même
temps, les rites des sacrements, des dévotions, des prières, etc.,
révèlent aussi, à leur manière, la personne du
Christ, en faisant connaître son message de Salut et en fournissant à
l'incroyant une forte invitation à la participation. À cet égard,
quelques réponses suggèrent de donner une plus grande attention à
l'inculturation de la foi, en recherchant parmi les mentalités et les
cultures asiatiques - tout en restant fidèle au contenu essentiel de la
foi - des moyens pour exprimer plus clairement et plus efficacement ce que veut
dire vivre dans le Christ.
CHAPITRE V
LE DESSEIN SALVIFIQUE DE DIEU L'ESPRIT À L'OEUVRE
L'Esprit de Dieu dans la Création et dans l'histoire
31. Le plan de Salut de Dieu pour tous les êtres humains, révélé
en Jésus-Christ, ne constitue pas un élément isolé.
Il fait partie d'un unique plan salvifique qui a commencé avec la création.
Dès le tout premier moment de la création, l'Esprit de Dieu était
à l'oeuvre dans le monde et dans le coeur de tous les êtres
humains. D'une manière mystérieuse, l'Esprit de Dieu préparait
la venue du Fils, Jésus-Christ. Le plan de Salut de Dieu se reflète
dans la création. «Par une disposition tout à fait libre et
mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté, le Père éternel
a créé l'univers. Il a voulu élever les hommes jusqu'au
partage de la vie divine».(10) Selon S. Bonaventure, le but de la création
est celui de communiquer la vie divine et la bonté à tous les êtres
humains. «Dieu a créé toutes choses non pas pour accroître
sa gloire et sa bonté, mais pour les révéler et les
communiquer».(11)
La création est aussi un acte pour instaurer l'harmonie à
partir du chaos tel qu'il est raconté dans l'histoire de la Genèse
(cf. Gn 1, 1 ss). Ainsi, le cosmos révèle Dieu et représente
le sacrement de son amour pour toutes choses: «L'Esprit du Seigneur en
effet remplit le monde, et lui, qui tient unies toutes choses» (Sg
1, 7). Toute la création est le reflet de la vérité, de la
bonté et de l'harmonie de Dieu comme le récent Catéchisme
de l'Église Catholique nous l'enseigne: «Les différentes
créatures, voulues en leur être propre, reflètent, chacune à
sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu».(12)
Le péché apporte la discorde, la division, la haine et la mort
elle-même. L'histoire humaine qui, dès le tout début, a été
touchée par le puissance transcendante de l'Esprit de Dieu est aussi
affectée par le pouvoir du mal (cf. Rm 1, 21). Le péché
originel a pris racine à partir de toute la discorde qui existe en
l'homme et dans le monde: «En même temps, il a rompu toute harmonie,
soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à
toute la création».(13) En dépit de la division et du pouvoir
du péché et de la mort, Dieu a continué à se révéler
de maintes manières à l'humanité (cf. He 1, 1-3).
Tous les êtres humains sont touchés par l'Esprit de Dieu: «L'Esprit
est donc à l'origine même de l'interrogation existentielle et
religieuse de l'homme qui ne naît pas seulement de situations contingentes
mais aussi de la structure même de son être».(14)
L'Esprit de Dieu touche, purifie et sauve non seulement les individus mais,
par eux, les cultures et les religions aussi. Désormais, ils ont un rôle
salvifique à jouer comme l'indique le Pape Jean-Paul II: «La présence
et l'activité de l'Esprit ne concernent pas seulement les individus, mais
la société et l'histoire, les peuples, les cultures, les
religions. En effet, l'Esprit se trouve à l'origine des idéaux
nobles et des initiatives bonnes de l'humanité en marche: 'Par une
providence admirable, Il conduit le cours des temps et rénove la face de
la terre'».(15) L'Esprit de Dieu qui est à l'oeuvre dans la création
et dans l'histoire humaine ne cesse, à aucun moment, son action
salvifique. Il continue de semer les semences de vérité et de grâce
parmi tous les peuples, toutes leurs philosophies et toutes leurs religions
comme le Vatican II l'affirme d'une manière très claire: «qui
a répandu sur nous sans compter sa miséricorde et ne cesse de la répandre,
en sorte que Lui, qui est le créateur de tous les êtres, devienne
enfin 'tout en tous'».(16) L'Esprit de Dieu est à l'oeuvre dans le
monde comme le document Ad gentes du Vatican II le précise: «Sans
l'ombre d'un doute le Saint-Esprit était déjà à
l'oeuvre avant la glorification du Christ».(17)
Reconnaissant ce fait, l'Église cherche à respecter toutes les
religions, s'appuyant sur les paroles suivantes du Pape Jean-Paul II: «L'approche
de l'Église envers les autres religions est une approche de respect
authentique: avec elles, elle cherche une collaboration mutuelle. Ce respect est
double: respect pour l'homme dans sa quête de réponses aux
questions les plus profondes de sa vie, et respect pour l'action de l'Esprit
dans l'homme».(18) L'Église a toujours pensé que la présence
salvifique cachée de l'Esprit de Dieu donne à tous les hommes la
vie, le souffle de vie et tout autre don.(19) En même temps, l'Esprit
montre le chemin qui conduit à Jésus-Christ en le révélant
dans des expériences concrètes de l'histoire. La révélation
salvifique dans le Christ n'est pas parallèle ou superflue par rapport à
celle de l'Esprit, mais devient sa pleine et publique authentification. Bien
plus, tout ce que l'Esprit apporte dans le coeur des hommes et dans l'histoire
des peuples, dans les cultures et les religions, comme préparation à
l'Évangile, ne peut être compris qu'en référence au
Christ. Chacune des formes de la présence de l'Esprit est sous la
responsabilité de l'Église, à qui le Christ a donné
son Esprit afin de la guider dans toute la vérité.(20)
L'Esprit de Dieu à l'oeuvre en Asie
32. C'est en Asie que Dieu a décidé de parler au peuple d'Israël
à travers ses serviteurs choisis, les patriarches et les prophètes.
Puis, il a finalement parlé par son Fils, Jésus-Christ.
Aujourd'hui, il continue de parler aux peuples d'Asie sous diverses formes.
Beaucoup de réponses soulignent que tout ce qui a été
dit au sujet de la présence salvifique de l'Esprit parmi les peuples est
particulièrement vrai en ce qui concerne le continent asiatique, foyer
des plus grandes religions du monde. Ces religions ont, d'une manière
concrète, été le chemin qui a conduit la majorité
des peuples d'Asie vers Dieu, ainsi que la manière, pour Dieu, de les
approcher. L'Esprit de Dieu était à l'oeuvre dans les esprits et
dans les coeurs des anciens sages du continent asiatique. Ils ont laissé à
leurs peuples le témoignage de leurs illuminations spirituelles dans
leurs livres sacrés. Leurs enseignements dirigent encore la vie
religieuse, morale et sociale d'un grand nombre de personnes en Asie.
Pour cette raison, en Asie les autres religions constituent un défi
positif pour l'Église. Elles la stimulent tant pour découvrir et
reconnaître les signes de la présence du Christ et de l'action du
Saint-Esprit que pour examiner d'une manière plus approfondie sa propre
identité et porter témoignage de la plénitude de la Révélation
qu'elle a reçue pour le bien de tous.
Ceci conduit à l'esprit qui doit stimuler le dialogue dans le cadre
de la mission. Ceux qui sont engagés dans ce dialogue doivent être
cohérents avec leurs propres traditions et convictions religieuses, et
avoir l'ouverture d'esprit nécessaire pour comprendre ceux de l'autre
partie sans prétention ni étroitesse d'esprit, mais dans la vérité,
l'humilité et la sincérité, sachant que ce dialogue peut être
un enrichissement pour chacune des deux parties.(21) Avec les autres religions,
on donne et on reçoit, on écoute et on partage. Sur le plan de
l'expérience humaine et de la foi, il y a beaucoup à apprendre de
la profonde religiosité des gens et de leurs religions.
33. À cet égard, les réponses aux Lineamenta
rapportent une variété de situations sur le continent asiatique.
Dans de rares cas, quelques Églises particulières indiquent qu'il
n'existe qu'une très petite activité ou même aucune activité
liée à un dialogue avec les autres religions. Pour un certain
nombre d'entre elles, le dialogue avait débuté avec un certain
enthousiasme, mais il a ensuite fait place à une méfiance et une
suspicion, engendrant des difficultés et même une certaine hostilité.
Pour la plupart, cependant, le dialogue avec les autres religions s'est instauré
sur le continent asiatique pour le plus grand bénéfice de toutes
les parties concernées.
En même temps, quelques réponses désirent préciser
que le dialogue comporte bien plus qu'une discussion sur les systèmes de
croyance. Le rôle du dialogue est aussi celui de mettre en contact les
personnes entre elles. Les craintes, les méfiances et les suspicions ne
peuvent être surmontées par de simples discussions. Le coeur ne
peut être touché par des simples mots, mais il peut être
conquis par des gestes d'amour. Aussi, le dialogue inter-religieux en Asie
requiert une très grande capacité d'amour, de patience et de persévérance
- un travail de l'Esprit -, avant que chaque chrétien puisse faire l'expérience
de ses nombreux aspects positifs comme de ses manquements. Dans ce contexte, le
dialogue inter-religieux est un pèlerinage humain et spirituel dans
lequel le témoignage de la conversion du chrétien est décisif
car il donne au chrétien la force et la lumière pour poursuivre
l'aventure du dialogue et inviter l'interlocuteur non-chrétien à
ce même processus de conversion.
Parmi les initiatives les plus concrètes programmées dans ce
domaine, et se réalisant en Asie, figurent: des cours sur les religions
asiatiques dans des séminaires, des établissements de formation
religieuse, des centres de formation laïque et des institutions
universitaires; là où existe un partage des valeurs, un engagement
actif dans des questions sociales avec les adeptes d'autres religions; des
programmes caritatifs communs au profit des nécessiteux; des gestes évidents
et publics de respect mutuel lors de périodes religieuses spéciales,
etc.
À propos de ce mouvement de l'Esprit en vue du dialogue
inter-religieux, certaines réponses ont apporté quelques
explications sur un nombre de difficultés qui méritent d'être
prises en considération, c.-à-d., le caractère hautement
social de la religion, qui imprègne et règle chaque aspect de la
vie; une suspicion générale pour tout ce qui vient de l'Occident,
y compris l'Église dans certains cas, etc. Ces mêmes réponses
ont précisé que ces éléments peuvent être
utilisés par l'Église, comme des défis servant à la
présentation de son message, en faisant appel à des éléments
provenant de la société dans le processus d'inculturation et en
soulignant l'universalité de l'Église par rapport aux associations
occidentales, etc.
En même temps, certaines réponses s'empressent d'indiquer que
le dialogue lui-même peut fournir à l'Église des éléments
qui peuvent être utiles au déroulement de son programme de nouvelle
évangélisation, en présentant la vérité
catholique à la mentalité asiatique, c.-à-d., des éléments
culturaux, la langue, des modèles de pensée et des rites.
L'harmonie, par exemple, est une valeur très importante pour le peuple
asiatique. Cette idée d'harmonie peut trouver sa contrepartie dans le
concept du Royaume de Dieu dans la Bible, où règne la justice de
Dieu. Pour la mentalité asiatique, l'harmonie n'est pas simplement une
question de vie paisible, mais une puissance novatrice et dynamique dans les
rapports. En d'autres termes, il ne s'agit pas, en parlant d'harmonie, d'ajouter
indéfiniment à ce que l'un possède déjà, mais
mettre ses propres biens et ses propres talents au service des autres afin de
suppléer aux lacunes de l'autre, dans le but de parvenir à une
proportion parfaite. Cette proportionnalité est principalement à
l'oeuvre dans la personne, dans la famille, puis dans la société
et ses institutions, et ensuite par rapport au monde. Une telle idée
d'harmonie devrait trouver une résonance dans la proclamation du Royaume
de Dieu par le Christ, quand il invite à la réconciliation du pécheur
avec Dieu, de la personne avec l'humanité et avec la création tout
entière. La plupart des réponses s'accordent sur le fait qu'un
emprunt similaire de concepts et d'idées qui sont particulièrement
asiatiques, tout en restant fidèles à la foi catholique tels
qu'ils sont présentés dans les Saintes Écritures et la
Tradition de l'Église, pourrait être d'une grande utilité
pour la vérité catholique.
Un grand nombre de réponses soulignent que l'Asie contemporaine, bien
que restant encore attachée à de nombreuses façons de vivre
et aux valeurs de type traditionnel, est en train de subir une très
rapide et radicale transformation.(22) Beaucoup de systèmes de valeurs et
de significations sur lesquels s'appuyait la vie des gens en Asie sont
maintenant menacés et ébranlés. L'Église en Asie
fait partie de cette transformation et est liée à ses populations
par une histoire et un destin commun. «Nous savons qu'aujourd'hui se
trouvent ces quêtes dans le coeur de nos frères: trouver de
nouvelles significations à leurs vies et à leurs efforts,
surmonter les forces destructrices et façonner une nouvelle intégration
dans nos sociétés, les libérer des structures qui ont créé
de nouvelles formes d'asservissement, renforcer la dignité humaine et la
liberté ainsi qu'une vie humaine plus complète, pour créer
une communion beaucoup plus franche entre les hommes et les nations».(23)
Dans la recherche des peuples asiatiques du sens de la vie pour soutenir
leur quête de plénitude de vie, l'Église veut y reconnaître
la présence de l'Esprit qui les conduit vers Jésus-Christ, le
Chemin, la Vérité et la Vie (cf. Jn 14, 6). Ainsi, les évêques
d'Asie ont, au cours de la première Assemblée Plénière
de la F.A.B.C., déclaré: «Nous sommes convaincus que c'est
seulement dans, et à travers, le Christ et son Évangile, et par le
Saint-Esprit qui se répand dans le monde, que ces recherches aboutiront.
Car seul le Christ, comme nous le croyons, est pour tout homme 'le Chemin, la Vérité
et la Vie' (Jn 14, 6) 'qui éclaire tout homme qui vient au monde'
(Jn 1, 9). Nous croyons que c'est en Lui et dans sa Bonne Nouvelle que
nos peuples trouveront finalement l'entière signification que nous
recherchons tous, la libération à laquelle tendent tous nos
efforts, la fraternité et la paix auxquelles aspirent tous nos coeurs».(24)
En même temps - comme le mentionnent une variété de réponses
- les chrétiens, en Asie, peuvent tirer profit des éléments
en commun avec les adeptes des autres religions et cultures d'Asie, ainsi par
exemple, avec l'Islam la centralité de la volonté de Dieu, avec
les Hindous la pratique de la méditation, de la contemplation, de la
renonciation à sa propre volonté et l'esprit de non-violence, avec
les Bouddhistes le détachement et la compassion, avec le Confucianisme la
piété filiale et l'humanisme, avec les Taoïstes la simplicité
et l'humilité, avec la religion Traditionnelle l'attention et le respect
pour la nature. L'Église en Asie peut offrir beaucoup aux fidèles
des autres croyances: les valeurs de réconciliation et de paix, l'obéissance
à la volonté de Dieu, la dignité sacrée de toute
personne, l'amour et le service au prochain, la doctrine sociale de l'Église,
la promotion humaine sous ses nombreuses formes, la valeur de la souffrance et
du service qui sont au centre du mystère de Jésus-Christ.
La reconnaissance de la présence de l'Esprit parmi tous les peuples
ne devrait en aucune façon nous empêcher de voir la présence
du mal et du péché qui se manifeste de bien des manières.
Le péché conduit à toutes les formes d'idolâtrie de
soi, de la richesse et du pouvoir. Cette idolâtrie refuse de reconnaître
l'image de Dieu en soi-même, chez son prochain et dans l'univers. Pour
cette raison, l'humanité a besoin du Salut. L'Église professe que
ce salut est un don gratuit offert à tous par Dieu en son Fils Jésus-Christ.
Dans le plan du Salut de Dieu, la présence salvifique de l'Esprit
parmi tous les peuple sert à les conduire tous vers une nouvelle création,
dont Jésus-Christ est «le premier né d'entre les morts, prémices
de ceux qui se sont endormis» (1 Co 15, 20). Les «semences du
Verbe» plantées par l'Esprit mûrissent pour la vie éternelle
à travers le Verbe Incarné, Jésus-Christ, crucifié
et ressuscité. Le plan universel de Dieu pour le Salut et la plénitude
de vie prend une forme concrète et une figure humaine dans l'incarnation
de son Fils Jésus-Christ. C'est ce qu'avait le Concile Vatican II à
l'esprit quand il a déclaré: «Ce dessein universel de Dieu
pour le Salut du genre humain ne se réalise pas seulement d'une manière
pour ainsi dire secrète dans l'âme des hommes, ou encore par des
initiatives, même religieuses, au moyen desquelles ils cherchent Dieu de
bien des manières pour l'atteindre si possible, et le trouver [...] car
ces initiatives ont besoin d'être éclairées et redressées
[...]. Il décida d'entrer dans l'histoire humaine d'une façon
nouvelle et définitive, en envoyant son Fils dans notre chair».(25)
CHAPITRE VI
L'ÉGLISE COMME COMMUNION
L'Église et le dessein salvifique de Dieu
34. L'unique dessein salvifique de Dieu pour le Salut de l'humanité
ne se termine pas avec la mort et la résurrection du Christ. En vertu du
don du Saint-Esprit du Christ, les effets de son activité salvifique dans
sa passion, sa mort et sa résurrection sont étendus à tous
les hommes de tout temps, à travers la seule et sainte Église
catholique et apostolique. Le Catéchisme de l'Église
Catholique précise que l'action du Christ et de l'Esprit trouve sa réalisation
dans la communion de l'Église: «La mission du Christ et de l'Esprit
Saint s'accomplit dans l'Église, Corps du Christ et Temple de l'Esprit
Saint».(26)
L'Église fait partie du plan salvifique et de la volonté de
Dieu. Il en va de même pour sa mission dans le monde: «Ainsi la
mission de l'Église ne s'ajoute pas à celle du Christ et de
l'Esprit Saint, mais elle en est le sacrement».(27) La mission de l'Église
est celle de constamment s'efforcer à rendre visible le Royaume de Dieu
sur la terre, de lui porter témoignage et d'être sa servante dans
toutes ses activités. Tel est l'enseignement du Catéchisme de
l'Église Catholique: «[...] par tout son être et dans tous
ses membres elle est envoyée pour annoncer et témoigner,
actualiser et répandre le mystère de la communion de la Sainte
Trinité».(28)
Même de nos jours, la présence de l'Esprit à l'oeuvre
dans le monde, dans ses cultures et ses religions, a pour but de conduire tous
les hommes au mystère de Jésus-Christ et à la communion au
sein de l'Église. La mission de l'Église est de continuer la
mission du Christ de Salut et de communion dans la Sainte Trinité. Sa tâche
consiste à s'efforcer de répandre les semences du Royaume de Dieu,
à rechercher sa perfection dans ses membres, et à être un
signe et un instrument du Royaume de Dieu pour tous. Plus elle s'efforcera d'étendre
le Royaume de Dieu à travers le témoignage de tous ses membres,
plus elle sera un signe et un instrument de Salut pour tous, et de ce fait plus
crédible et efficace sera l'annonce de ce Royaume pour tous, à
l'imitation de Jésus-Christ, son fondateur.
L'ecclésiologie du Concile Vatican II
35. La Deuxième Assemblée Extraordinaire du Synode des Évêques
(1985) parle de l'ecclésiologie de communion comme étant la notion
centrale de tous les documents conciliaires et le caractère qui motive
tout le renouveau postconciliaire. Le Document final du Synode résume les
principaux points d'une telle ecclésiologie: l'Église comme
communion est fondée sur la communion Trinitaire. Elle est le signe et la
force qui relie la communion entre Dieu et l'humanité. Elle est une
communion de tous les disciples de Jésus, et elle est le lieu et le
symbole de communion de tous les peuples.(29)
De la même manière, le Vatican II a également appelé
l'Église le Peuple de Dieu en marche.(30) L'Église est considérée
dans sa relation avec les peuples et les croyants des autres religions: «Enfin,
ceux qui n'ont pas encore reçu l'Évangile sont ordonnés de
façons diverses au Peuple de Dieu».(31) Dans sa déclaration
sur les relations de l'Église avec les religions non-chrétiennes,
le Vatican II précise: «À notre époque [...] l'Église
examine plus attentivement quelles sont ses relations avec les religions non-chrétiennes».(32)
Les réponses aux Lineamenta font références aux
tentatives faites par les Églises locales d'appliquer aux circonstances
particulières d'Asie, dans leur mission d'évangélisation,
le concept de l'Église comme communion. Cette réflexion sur l'Église
en Asie du point de vue de l'ecclésiologie de communion peut se diviser
selon les catégories suivantes: 1) La communion partagée dans les Églises
particulières; 2) les efforts communs au niveau local en vue d'une
manifestation et d'un développement de la communion; 3) les moyens avec
lesquels les Églises locales sont ordonnées à l'Église
Universelle; et 4) l'effort de l'Église pour promouvoir une communion de
vie parmi les peuples de diverses cultures et religions dans un pèlerinage
commun vers la plénitude de vie en Dieu. La communion implique une interdépendance
au sein de chaque Église particulière et parmi toutes les Églises
particulières en Asie. Les réponses offrent les réflexions
suivantes sur ces quatre aspects de la vie ecclésiale.
L'Église particulière
36. Au niveau de l'Église locale, diverses réponses indiquent
qu'une Église-communion est appelée à être une Église
au sein de laquelle tous les baptisés sont engagés activement et
avec fruit, selon leur vocation, dans tous les domaines de la vie et de la
mission de l'Église, et où les dons et les charismes accordés
par l'Esprit Saint à chacun d'eux sont mutuellement reconnus et mis au
service de l'édification de l'Église et de l'accomplissement de sa
mission.
Plusieurs réponses précisent que cet esprit de communion doit,
en premier lieu, être évident et opérant parmi la hiérarchie,
particulièrement les évêques à l'intérieur
d'une certaine région ou nation, l'évêque avec son clergé,
à la fois diocésain et religieux. Dans certains cas, une meilleure
coordination avec l'évêque local est nécessaire pour ce qui
concerne le travail accompli par les congrégations religieuses en Asie.
De la même manière, là où un grand nombre d'Églises
particulières enregistrent une participation de plus en plus active de la
part des fidèles laïcs dans les divers domaines de la vie de l'Église
(groupes de prière et d'étude, rencontres des familles, communautés
ecclésiales de base, etc.), il semble qu'un besoin se fasse de plus en
plus sentir pour transformer ces communautés de foi et de culte en des
communautés de partage, où les fidèles laïcs
deviendraient plus conscients de leur rôle dans la mission de l'Église
envers les autres. Dans de nombreux cas, les fidèles laïcs ne sont
pas, au niveau diocésain, au courant des organisations d'entraide et des
activités de développement de l'Église, ou tout du moins
n'y sont pas suffisamment engagés.
À cet égard, de nombreuses réponses insistent sur le
fait que la participation à la mission de l'Église est un résultat
direct de l'ecclésiologie de la personne ou de l'idée de l'Église.
Par exemple, les membres de l'Église ont besoin de savoir que la
communion - tant personnelle (l'individu avec Dieu) que communautaire (la
communauté de l'Église) - est sous la responsabilité de
chacun. Les effets de la communion sont visibles dans le service aux autres ou
la solidarité. Certains mettent l'accent sur le fait que chaque membre - évêques,
clergé, religieux, fidèles consacrés et laïcs -
devrait, en effet, vivre les implications de la communion de l'Église,
que l'Église devrait être de plus en plus considérée
comme une «Église servante», où tous ses membres
devraient chercher des moyens de s'identifier avec l'humanité, comme «le
Christ, le Serviteur Souffrant», à travers des actes d'amour et de
service en Asie. Il semblerait qu'une telle image de l'Église serait
celle qui témoignerait le mieux la communion en Asie. Les réponses
suggèrent qu'il est beaucoup plus facile de parvenir à une telle
forme de communion dans des groupes relativement petits, dont les membres se
connaissent personnellement et dont les responsables peuvent partager complètement
les souffrances et les joies des combats quotidiens de leurs membres.
La communion des Églises locales
37. Chaque Église particulière a pour vocation d'être en
communion avec chacune d'entre elles et avec l'Église universelle. Les
relations entre les Églises locales s'expriment comme une communion
inter-ecclésiale dans laquelle l'Église locale incorpore des éléments
de son environnement socioculturel, tout en restant fidèle à
l'unicité et l'unité de la foi une, sainte, catholique et
apostolique.
Partout en Asie, les structures post-conciliaires ont assumé un rôle
important pour développer la signification de l'Église en tant que
communion de communautés de foi. En Asie occidentale, les réponses
ont remarqué que, parmi ces structures ecclésiales, le Conseil des
Patriarches Catholiques Orientaux (C.P.C.O.) a facilité la réflexion
théologique et rendu possible la planification pastorale tant dans le
contexte inter-rituel qu'international. Les réponses en provenance de
l'Asie du Sud, de l'Asie du Sud-Est et de l'Est de l'Asie s'accordaient sur le
fait que la création de la Fédération des Conférences
Épiscopales d'Asie (F.A.B.C.) constituait un facteur important pour le développement
du sens de communion parmi les Églises locales. Le vaste éventail
de ses instituts théologiques et pastoraux a permis aux chrétiens
de diverses Églises locales en Asie de se connaître
personnellement, de partager des expériences, de confronter ensemble les
problèmes, et de proposer des stratégies pastorales communes et
des «plans d'action» pour toute la région.
Nombreuses sont les réponses qui insistent pour que le programme de
la nouvelle évangélisation de l'Église en Asie puisse
recevoir de l'aide grâce à un «dialogue à trois niveaux»,
c'est-à-dire, un dialogue avec les pauvres, un dialogue avec les autres
religions en Asie et un dialogue avec les cultures d'Asie. Ce triple dialogue
devrait fournir la manière concrète d'annoncer la personne et le
message de Jésus à travers des actes d'amour et de service. Ce
dialogue devrait aussi inspirer et fournir une méthode pour la mission de
l'Église.
Beaucoup conviennent sur le fait que le programme d'une nouvelle évangélisation
en Asie requiert une conversion permanente et un renouveau de la part des
membres de l'Église, ainsi qu'un nouvel engagement pour incarner l'Église
du Christ dans les cultures asiatiques. C'est cette vision qui est ressortie
lors de la Cinquième Assemblée Plénière de la Fédération
des Conférences Épiscopales d'Asie (F.A.B.C.): «[...] Édifiée
dans le coeur des hommes, c'est une Église qui témoigne de la foi
et de l'amour du Seigneur Jésus Ressuscité et qui parvient
jusqu'aux hommes d'autres croyances et d'autres confessions dans un dialogue de
vie en vue de la libération intégrale de tous».(33)
L'Église locale et l'Église universelle
38. La question du rapport de l'Église locale vis-à-vis de l'Église
universelle est un problème qui a été soulevé par
plusieurs réponses. Les relations entre l'Église locale et l'Église
universelle sont guidées par le principe d'unité de foi, de charité,
de collégialité et de subsidiarité. L'unité et la
collégialité sont des dons importants apportés par l'Esprit
à l'Église catholique, qui sont appréciés par les
autres Églises chrétiennes.
Certaines réponses précisent qu'une plus grande autonomie
devrait être accordée aux Églises locales en ce qui concerne
le dialogue, l'inculturation et l'adaptation. Tout en maintenant l'unité
de foi, l'Église locale devrait pouvoir disposer d'une plus grande
diversité de moyens pour déterminer, par un discernement prudent
des besoins locaux, ses priorités locales avec les structures qui lui
sont nécessaires. Tout ceci devrait se réaliser dans un esprit de
communion et de dialogue entre l'Église locale et l'Église
universelle. De cette manière, les nombreuses Églises catholiques
d'Asie et les Églises locales en Asie seraient mieux à même
d'apporter leur contribution dans les programmes théologiques,
spirituels, pastoraux et missionnaires destinés au bien-être du
peuple d'Asie.
La mission de communion
39. À l'approche du Troisième Millénaire, l'Église
en Asie cherche à aborder le phénomène de la division sous
ses nombreuses formes et à marcher vers une plus grande unité,
comme expression de sa mission de communion. Ceci requiert un examen de
conscience sincère, une réconciliation, un nouvel engagement au
dialogue et des expressions d'unité.
Les réponses aux Lineamenta constatent malheureusement que
les sociétés asiatiques présentent trop souvent cette réalité
de division: tensions entre les groupes ethniques et religieux; instabilités
économiques; conflits au niveau politique entre ceux qui détiennent
le pouvoir et ceux qui n'en ont aucun; entre les groupes majoritaires et les
groupes minoritaires; distinctions sociales et discrimination; différences
culturelles entre les générations et entre les personnes qui
vivent dans des sociétés urbanisées modernes et celles des
sociétés rurales. Dans de nombreux cas, certains groupes de
personnes, spécialement les femmes et les enfants, souffrent beaucoup
plus que la plupart des autres non seulement à cause de comportements
discriminatoires et oppressifs à leur égard mais aussi à
cause de différentes formes de violence physique et psychologique. Très
souvent, ces situations qui, au sein des sociétés, demeurent à
l'état latent sans qu'une réelle solution ne soit apportée à
ce problème, explosent parfois en des excès de violence.
L'Église aussi, qui est constituée de personnes humaines,
n'est pas à l'abri de cette réalité de division. Certaines
réponses notent parfois un manque de communion entre le clergé,
les religieux et le laïcat. Beaucoup admettent que plus grande sera l'unité
au sein de l'Église locale, plus grande sera l'unité dans les
autres domaines et niveaux de la vie ecclésiale. En même temps,
quelques-unes soulignent l'effet produit par les divisions au sein de l'Église
sur ceux des autres religions. Le scandale d'un Christianisme divisé
prend, pour beaucoup en Asie, l'allure d'un contre-témoignage de Jésus-Christ.
De nouvelles tensions se sont aussi créées dans de nombreuses
parties de l'Asie par la prolifération et les tactiques de certains
groupes évangéliques. Ailleurs, les mouvements religieux et les
sectes ont engendré des difficultés.
D'un autre côté, il existe des signes d'amélioration
dans les relations entre certaines Églises. En Asie occidentale les chrétiens,
catholiques et orthodoxes, ressentent souvent une unité culturelle entre
eux, un sens de partage d'éléments importants provenant d'une
tradition ecclésiale commune. Le rapport constructif de travail encouragé
par un grand nombre de structures ecclésiales, y compris les conférences
épiscopales nationales et la Fédération des Conférences
Épiscopales d'Asie (F.A.B.C.), représente un grand espoir en vue
de nouvelles initiatives oecuméniques en Asie, une perspective qui se
reflète dans une collaboration effective en faveur de la paix et de la
justice dans les divers pays asiatiques. La participation de l'Église aux
autres initiatives oecuméniques conduit à des entreprises
pastorales de coopération avec les autres Églises dans certaines
parties de l'Asie. Cependant, il n'en reste pas moins vrai que beaucoup reste
encore à faire dans ce domaine.
Les réponses aux Lineamenta rappellent aussi la manière
divisée avec laquelle les chrétiens sont quelquefois perçus
par leurs voisins des autres religions. Par exemple, les chrétiens sont
respectés et admis pour la qualité de leurs écoles, des
services de soin de santé, et des programmes sociaux pour les pauvres;
bien que certains suspectent les intentions réelles de l'Église
dans ces activités.
Dans ces diverses situations de division, l'ecclésiologie de l'Église
comme communion est non seulement importante pour les relations internes au sein
de l'Église; mais elle souligne aussi la nature de la mission de l'Église
qui est celle de créer une communion parmi tous les peuples. Dans cette
riche diversité de l'Asie, de par ses groupes ethniques, ses nations, ses
classes sociales, ses cultures et ses religions, nombreuses sont les réponses
qui soutiennent que l'Église doit être un signe et un sacrement de
l'unité voulue par Dieu parmi les peuples d'Asie. La lutte pour
construire l'unité et amener la réconciliation, pour promouvoir le
dialogue avec les religions et les cultures et pour vaincre les préjugés
et créer la confiance, doit être considérée comme une
partie essentielle de la mission d'évangélisation de l'Église
en Asie.
C'est cette vision de l'Église en tant qu'agent de communion en Asie
qui a été exprimée durant la Sixième Assemblée
Plénière de la Fédération des Conférences Épiscopales
d'Asie (F.A.B.C.). Faisant remarquer que la mission de l'Église consiste
essentiellement à «nourrir la vie de sa plénitude», les évêques
ont affirmé: «Avec nos soeurs et frères d'Asie, nous
lutterons pour encourager la communion parmi les peuples d'Asie qui sont menacés
par d'évidentes instabilités économiques, sociales et
politiques. Avec eux, nous chercherons les moyens d'utiliser les dons de nos
diverses religions, cultures et langues afin de parvenir à une plus riche
et plus profonde unité de l'Asie. Nous construirons des ponts de
solidarité et de réconciliation avec les peuples des autres
croyances et nous nous donnerons tous la main en Asie pour former une véritable
communauté de création».(34)
Quelques initiatives en vue de la communion
39bis.L'Église en Asie est un «petit troupeau», vivant
parmi des millions d'adeptes d'autres religions. En tant que tel, l'Église
en Asie a, selon de nombreuses réponses, le potentiel spécial d'être,
en vertu de sa catholicité, un «sacrement d'unité» non
seulement pour l'Église elle-même mais pour les peuples d'Asie.
À travers toute l'Asie, les fidèles religieux de toutes les
croyances sont confrontés à de frappantes crises similaires posées
par la globalisation et les situations économiques, par les
contre-valeurs telles que l'individualisme et le matérialisme, par la dégradation
des valeurs traditionnelles de la famille et de la communauté, par un
consumérisme pour lequel la valeur de la personne est en fonction de ce
qu'elle possède, par le développement de projets qui endommagent
l'environnement et marginalisent les populations indigènes, et par la
pression des médias pour une culture unique «pop» étrangère.
Tout en étant un «petit troupeau», l'Église en Asie est
appelée à aborder et à apporter une réponse à
ces problèmes d'une aussi grande portée. Il faudra, pour cela,
faire plus d'une fois appel à des programmes de dialogue et de coopération
avec les autres religions.
À cet égard, beaucoup de réponses insistent sur le fait
que l'Église doit rechercher des partenaires, particulièrement
avec les autres Églises et communautés chrétiennes, qui
partagent des valeurs communes. D'un côté, elle doit s'efforcer de
réunir des croyants partageant les mêmes points de vue pour
collaborer, non pas sur des bases sectaires ou partisanes, mais dans le souci
d'un enrichissement découlant de leur foi respective. D'un autre côté,
les chrétiens doivent prendre part aux initiatives des autres pour
confronter les problèmes qui dépassent les seules limites
confessionnelles. En ce sens, les chrétiens en Asie peuvent apporter une
contribution plus effective à la société en matière
d'éthique et de valeurs. En se plongeant complètement dans les
problèmes des sociétés dans lesquelles ils vivent, les chrétiens
de l'Asie peuvent réaliser un élément important de la
mission d'évangélisation de l'Église.
L'unité que l'Église recherche au milieu de la division et
face aux défis sérieux auxquels elle est confrontée, est
celle qui est dirigée vers la vie. Elle implique un rejet et une lutte
contre les forces de la «culture de mort» qui asservissent les
personnes et provoquent la souffrance de millions d'entre elles, et signifie une
affirmation et une lutte en faveur de la vie humaine. Les chrétiens, qui
trouvent la plénitude de vie dans la puissance du mystère Pascal
de la souffrance, de la mort et de la résurrection de Jésus,
veulent partager leur vision d'une communion de vie à travers le dialogue
et la coopération avec leurs voisins de toute croyance et formation
culturelle. De cette manière, l'Église en Asie peut réellement
devenir un sacrement d'unité, unie avec tous dans la tâche de
proclamer et d'oeuvrer pour un seul objectif: «Pour qu'ils aient la vie, et
qu'ils l'aient en abondance» (Jn 10, 10).
CHAPITRE VII
LA MISSION D'AMOUR ET DE SERVICE DE L'ÉGLISE EN ASIE
Annonce missionnaire
40. Nombre de réponses aux Lineamenta mettent l'accent sur la
nécessité et l'urgence d'un programme ecclésial pour une
nouvelle évangélisation en Asie. Comme le récent Magistère
de l'Église le souligne dans Vatican II, Evangelii nuntiandi,
Redemptoris missio et les dernières orientations de la théologie
et de la pratique missionnaires, les concepts de mission et d'évangélisation
ont acquis un sens plus large et comprennent de nouvelles dimensions et
accentuations. Ceci est clairement remarquable dans les diverses initiatives
mentionnées dans les réponses qui concernent la promotion des
valeurs du Royaume de Dieu, la dignité et les droits de la personne, les
questions de justice et paix, le dialogue et le partage d'expérience
religieuse, et la collaboration dans la lutte pour une société
plus juste et plus humaine. Ceux-ci sont tous considérés comme des
éléments essentiels dans la nouvelle évangélisation
aujourd'hui, qui relève du service à la vie rendu par l'Église
en Asie.
La liturgie : la source de la mission
41. Quelques-unes des réponses provenant des Églises particulières
en Asie, et particulièrement celles de tradition liturgique orientale,
soulignent l'importance de la liturgie dans l'uvre évangélisatrice
de l'Église en Asie. La mission tire son origine de Dieu et de son désir
de partager, dans la bonté et l'amour, sa vie avec toute l'humanité
et la création ; la mission de Jésus-Christ découle de la
liturgie de sa vie, de son acte d'adoration du Père dans la prière
et la contemplation. De son acte final de don total sur la Croix est née
l'Église et avec l'effusion du Saint-Esprit à la Pentecôte,
et l'Église proclame pour accomplir sa mission : « ...Pour qu'ils
aient la vie, et qu'ils l'aient en abondance' (Jn 10,10) ».
Dans la mission de l'Église, la liturgie est absolument nécessaire
pour soutenir tous les fidèles dans leur communion avec Dieu en Jésus-Christ,
de sorte qu'ils puissent puiser comme à une source, les moyens et le but
de leur mission. C'est pourquoi de nombreuses réponses insistent sur la nécessité
d'un renouveau liturgique en Asie, pour que la liturgie puisse vraiment devenir
la source et le point culminant de la mission évangélisatrice de
l'Église. À cet égard, certains signalent qu'il faudrait
chercher à voir si la liturgie ne pourrait pas être plus adaptée
aux besoins missionnaires de l'Asie, à savoir, à ses langues, ses
cultures, etc. Il semble donc que la formation à la vie liturgique réclame
une plus grande attention de la part de toutes les Églises, à la
fois comme moyen privilégié pour le fidèle de faire l'expérience
du mystère de Jésus-Christ et pour que les membres de l'Église
deviennent de vrais missionnaires en Asie.
La Parole de Dieu et la mission
42. Quelques réponses demandent une plus grande attention à l'Écriture
Sainte, Parole de Dieu, à tous les domaines de la vie de l'Église,
et particulièrement de la part des évêques, des prêtres,
des diacres, des personnes consacrées, des catéchistes et des
missionnaires laïcs. Les prédicateurs, spécialement les
missionnaires, doivent puiser à la Bible et conduire leurs auditeurs à
adopter la Parole de Dieu comme source d'inspiration et pour l'étude
personnelle.
Pareillement, l'Écriture Sainte devrait être plus utilisée
dans les efforts d'évangélisation de l'Église en Asie,
puisque le Parole de Dieu a un pouvoir propre pour toucher les coeurs de tous
les peuples, tant chrétiens que croyants d'autres confessions. Dans
toutes les religions asiatiques, la parole est tenue en haute vénération.
Les chefs religieux, profondément versés dans les paroles sacrées
de leur religion, en use largement dans leur propre tâche missionnaire.
Dans le même temps, les Saintes Écritures sont tenus en haute
considération par les croyants des autres religions.
Spiritualité missionnaire
43. Quelques réponses appellent aussi à une majeure
accentuation de la spiritualité et de l'ascétisme missionnaires
comme fondement de la mission. La docilité au Saint-Esprit transforme le
missionnaire en un disciple et témoin authentique de Jésus-Christ,
comme cela est arrivé aux Apôtres à la Pentecôte.
Rempli de l'Esprit Saint, le missionnaire peut vivre le mystère de Jésus-Christ
dans sa vie, penser comme Lui et devenir un véritable serviteur de tous.
De cette manière, le missionnaire devient un avec tous les peuples dans
la charité:(35) «comme tel, il dépasse les frontières
et les divisions de race, de caste ou d'idéologie; il est le signe de
l'amour de Dieu dans le monde, c'est-à-dire de l'amour sans aucune
exclusion ni préférence».(36)
Dans ce but, diverses réponses demandent que tous ceux qui sont engagés
dans l'activité missionnaire reçoivent une formation en
spiritualité missionnaire, et ce, particulièrement pour les séminaristes
et les religieux. De même, une certaine connaissance de la spiritualité
des autres religions de l'Asie sera aussi utile dans l'uvre missionnaire.
La mission d'amour et de service de l'Église en Asie dépendra du
type et de la profondeur de la formation dispensée à tous les
niveaux de l'Église en Asie.
Le laïcat
44. De la même façon, nombre de réponses insistent sur
la formation du laïcat. Le Concile Vatican II et les années
post-conciliaires ont conduit à une compréhension renouvelée
de la vocation et de la mission du laïcat dans l'Église. En vertu de
leur baptême, les laïcs participent aux trois fonctions de Jésus-Christ
et remplissent ce rôle en famille et dans le siècle, domaines spécifiques
de leur mission.(37) Pour aider les fidèles à remplir leur rôle,
diverses Églises particulières ainsi que des Conférences épiscopales
nationales et internationales ont institué des programmes de formation
pour les laïcs, et tout particulièrement pour les femmes, de sorte
qu'ils puissent exercer leur rôle spécifique dans la vie de l'Église
et dans ses différents apostolats.
Quelques réponses aux Lineamenta mettent l'accent sur le
besoin d'une catéchèse systématique pour les laïcs aux
divers niveaux de la vie ecclésiale, durant l'initiation aux différents
sacrements, la catéchèse pastorale de toutes les communautés
chrétiennes, etc. La mutation des cultures et l'évolution des
temps dans lesquels les membres de l'Église vivent exigent un renouveau
continuel des méthodes catéchistiques. Le catéchuménat,
la catéchèse et la catéchèse pastorale missionnaires
nécessitent des catéchistes de valeur. Une attention particulière
est donc requise pour la formation de base et la formation continue des catéchistes
laïcs, surtout dans le contexte de la mission.
La famille
45. Selon certaines réponses, la famille chrétienne n'est pas
seulement l'objet des soins pastoraux, elle est aussi un agent de l'évangélisation.
Puisque la famille est le cur des cultures asiatiques, les valeurs
familiales sont tenues en très haute considération non seulement
par l'Église en Asie mais aussi par les adeptes des autres religions du
continent. La famille tient aussi la première place dans la catéchèse
de la religion traditionnelle. Quelqu'un fait mention cependant de tendances de
la société asiatique qui menacent de désintégrer la
famille, ainsi la migration en masse, le repeuplement forcé, la recherche
d'un emploi, le manque d'une présence parentale lorsque les deux parents
travaillent, et d'autres facteurs du même ordre. Nombreux sont ceux qui
insistent sur le fait que les forces et les faiblesses du continent asiatique
ont leur origine dans la famille asiatique. Des situations telles que la pauvreté,
l'exploitation et l'avilissement des femmes, le travail forcé des
enfants, le nombre croissant des filles-mères, de la prostitution, de la
pédophilie, de l'avortement, etc.,(38) menacent les fondations mêmes
de la vie familiale en Asie.
La famille est l'Église domestique. C'est pourquoi le premier témoignage
du Christ est rendu par la famille chrétienne. Elle est aussi la première
Église missionnaire parmi les non-chrétiens du voisinage. Dans ce
contexte l'apostolat de la famille par les familles chrétiennes
revêt une signification particulière pour le futur de la mission
ecclésiale d'amour et de service en Asie. Une pareille mission devrait être
aussi attentive aux nombreuses valeurs positives de la société
asiatique, valeurs nourries par des traditions séculaires, comme la piété
filiale, l'amour et le soin des personnes âgées et des malades,
etc. Quelques-uns remarquent que le service généreux des familles
est la source de l'abondance des vocations en Asie. Il en résulte que
beaucoup ont le sentiment qu'un apostolat au nom de la famille est nécessaire
dans la mission évangélisatrice de l'Église sur le
continent.
Les jeunes comme évangélisateurs
46. Considérant le grand nombre de jeunes en Asie, la jeunesse a un rôle
important dans la vie de l'Église sur le continent. De nombreuses réponses
ont souligné en particulier que la jeunesse est prise en étau
entre l'Asie traditionnelle et l'Asie émergente. En conséquence,
ils sont menacés par des situations telles que le manque de possibilité
pour étudier ou travailler, la confusion des idéologies et les
incertitudes pour l'avenir, etc. Dans le même temps, ils montrent un idéalisme
et une générosité tels qu'ils s'engagent totalement au
service de ces idéaux, aspirent à une vie meilleure et désirent
un renouveau dans la société.(39) Dans un pareil contexte, l'Église
doit être proche des jeunes tant pour partager leurs aspirations et leurs
difficultés que pour leur donner l'opportunité de rencontrer le
seigneur Jésus-Christ qui peut leur être lumière et vie à
ce moment-là dans leur vie.
Ces mêmes réponses remarquèrent aussi que la jeunesse
n'est pas seulement objet du soin pastoral de l'Église mais aussi agent
dans la mission de l'Église dans ses divers oeuvres apostoliques d'amour
et de service comme dans sa tâche missionnaire. Dans quelques pays d'Asie,
ils ont joué un rôle important en portant l'Évangile à
leurs pairs, leurs familles et leurs villages.
Les Églises particulières en Asie ont un vaste réseau
d'écoles, d'universités et de centres d'apprentissage. Ceux-ci
doivent devenir des centres d'évangélisation pour la jeunesse pour
qu'ils puissent eux aussi devenir de meilleurs évangélisateurs
dans les sociétés asiatiques en mutation.
Le souffle de la mission évangélisatrice de l'Église
47. L'évangélisation a aujourd'hui acquis un sens plus large
que dans le passé. L'évangélisation est une réalité
complexe et a de nombreux éléments essentiels tels que le témoignage
de l'Évangile, l'oeuvrer pour les valeurs du Royaume, la lutte pour la
promotion humaine, le dialogue, le partage des expériences de Dieu,
l'inculturation et le dialogue avec les autres religions, pour n'en citer que
quelques-uns.
Les documents de l'Église depuis Vatican II ont présenté
un concept d'évangélisation richement structuré. Des
documents de l'Église universelle tels que l'encyclique papale Redemptoris
missio, et les documents Mission et dialogue et Dialogue et
annonce publiés par des Dicastères du Saint-Siège ont élaboré
une compréhension à multiple facettes de l'évangélisation.
En Asie, les déclarations du Conseil des Patriarches Catholiques et les
documents de la F.A.B.C. ont constitué des efforts pour transmettre aux Églises
particulières d'Asie les nombreux éléments de la vie ecclésiale
qui vont de paire avec la mission évangélisatrice de l'Église.
Les réponses aux Lineamenta mettent en évidence que l'évangélisation
ne peut être réduite à un seul élément. L'évangélisation
ne peut être assimilée à la proclamation de l'Évangile
ad extra. Inversement, on a besoin d'une compréhension extensive
de l'annonce, qui situe la prédication de la Parole à l'intérieur
d'une approche globale de l'évangélisation. L'Asie est un
continent très religieux qui maintient d'antiques et riches traditions
spirituelles qui ont enseigné à des générations entières
à prier.
Puisqu'en Asie l'accent a toujours été mis sur l'expérience
religieuse plutôt que sur le dogme, nombreux sont ceux qui soutiennent que
le Christ est mieux communiqué par une expérience partagée
que par une présentation orale méthodique ou simplement théorique
de doctrines. En Asie, le Divin ou l'Absolu ne s'approche pas par la parole mais
par le silence. L'annonce la plus crédible et la plus efficace du
Seigneur Ressuscité est le témoignage non-dit d'une personne qui a
vécu une profonde expérience de Dieu et dont la vie s'est
transformée en conséquence.
Dans la convivialité avec leurs voisins, les membres de l'Église
ont de nombreuses opportunités d'agir réciproquement avec
d'autres. Cela peut être à l'occasion d'événements
importants, des diverses phases de la vie: naissance, mariage, maladie, mort.
Cela peut être la lutte pour la justice et des société plus
humaines. Cela peut être lors des tâches ordinaires quotidiennes
telles que travailler et étudier ensemble, préparer et partager
ensemble la nourriture, contribuer à la préparation en commun des
fêtes locales ou nationales. Dans toutes ces situations, les membres de l'Église
qui ont été profondément transformé par la foi dans
le Christ entre en contact avec des personnes d'autres religions. Ils partagent
leurs vues sur de nombreux aspects de la vie et là où le niveau de
confiance et l'estime mutuelle le permet, ils partagent ce qu'il y a de plus
profond dans leur vie, leur expérience de foi.
Pareille interaction et annonce ne sont pas considérées comme
opposées l'une à l'autre mais complémentaires. Une
accentuation de l'annonce sans une volonté correspondante de partager la
foi est partial. Dans le dialogue, la question spontanée posée à
l'autre n'est pas «En quoi croyez-vous?» mais «Quelle a été
votre expérience spirituelle?». Quelques réponses rapportent
qu'une telle interaction est peut-être la seule annonce possible dans
certaines parties de l'Asie.
L'amour préférentiel de l'Église pour les pauvres, la
solidarité avec ceux qui cherchent la justice et la reconnaissance de la
dignité humaine est une autre façon d'annoncer le Christ. Une
telle annonce tient aux actes plus qu'aux paroles. Dans plusieurs réponses,
le témoignage de feue Mère Teresa, admirée tant par les chrétiens
que par ceux d'autres confessions à travers toute l'Asie, a été
cité comme exemple de ce type d'évangélisation. Bref, la nécessité
d'élaborer une conception asiatique de l'évangélisation
dans laquelle l'interaction, le dialogue, le témoignage, le service, et
l'annonce sont tous entendus comme autant d'éléments intégrants
de la mission évangélisatrice de l'Église, a été
proposée comme point d'étude durant l'Assemblée Spéciale.
Le renouveau de la vie de prière
48. La source de la puissance et de l'efficacité de la mission
salvifique de Jésus était sa communion avec le Père par la
contemplation et la prière. Nombreuses sont les réponses qui
soulignent que cette vérité chrétienne est particulièrement
appréciée en Asie, continent où l'expérience est
plus prisée que la doctrine religieuse ou un ensemble d'enseignements. En
1970 le Pape Paul VI se référa à l'Asie comme un continent
qui manifeste «le sens des valeurs spirituelles».(40) Plus loin, il
citait comme caractéristiques des traditions religieuses asiatiques, la
discipline de l'ascétisme, le sens religieux profond et inné, la
piété filiale et l'attachement à la famille, la primauté
des choses de l'esprit, une insatiable quête de Dieu et un ardent désir
du surnaturel.
Aujourd'hui cependant, ces éléments de la spiritualité
asiatique sont en crise. La culture moderne, avec son insistance sur le gain matériel,
la gratification instantanée, et le perpétuel divertissement
menace la vie de l'esprit. Spécialement dans les grandes métropoles
de l'Asie moderne où la vie est précipitée, débordante
et marquée de constantes distractions. La réflexion et la
contemplation sont en passe d'être négligées aux dépends
de la vie spirituelle. Cette situation affecte aussi les membres de l'Église
qui sont parfois incapables de trouver le temps de prier et d'adorer, et encore
moins celui pour des moments d'approfondissement de leur relation avec le
Seigneur Ressuscité.
Nombre de réponses insistent sur le fait que tout renouveau
significatif au sein de l'Église en Asie et de sa mission d'amour et de
service envers les peuples d'Asie doit inclure une remise en vigueur de
l'attention envers la vie spirituelle, la prière et la contemplation.
Pour porter témoignage au Christ dans leurs sociétés,
vivre comme le Christ dans ce monde, communiquer le Christ à leurs
prochains, il est une condition préalable évidente pour les
membres de l'Église, tant comme individus que comme communautés de
foi, être continuellement nourris de l'expérience d'une
connaissance approfondie du Christ par la prière et la méditation.
En Asie, les paroles ne suffisent pas; c'est l'expérience religieuse qui
transforme la vie personnelle de quelqu'un qui donne crédibilité à
ce qu'il dit et fait. Promouvoir une connaissance profonde et immédiate
du Christ et de l'union à Lui parmi les fidèles devrait sembler être
un préliminaire à l'effective mise en uvre de la mission évangélisatrice
de l'Église en Asie.
Le missionnaire, d'après Jean-Paul II, est un contemplatif en action.
La contemplation est la source de l'activité missionnaire. Le Saint-Père
fit part de ses impressions sur l'Asie dans les termes suivants: «le
contact avec les représentants des traditions spirituelles non chrétiennes,
en particulier celles de l'Asie, m'a confirmé que l'avenir de la mission
dépend en grande partie de la contemplation».(41) Comme contemplatif
authentique ayant fait l'expérience de Dieu en Jésus-Christ par la
prière, le missionnaire aura le courage et la crédibilité nécessaires
pour annoncer Jésus-Christ: «il est témoin de l'expérience
de Dieu et soit pouvoir dire comme les Apôtres: 'ce que nous avons
contemplé [...], le Verbe de Vie [...], nous vous l'annonçons'».(42)
Le service du dialogue
49. La mission de l'Église se situe dans un contexte d'interaction
avec les autres dont le dialogue en constitue un aspect important. Le dialogue
est un moyen de connaissance mutuelle, d'enrichissement, de communication du
message salvifique et de la vie de Jésus-Christ. Un dialogue véritable
comprend tant le fait de donner que celui de recevoir, de parler que d'écouter.
De nombreuses réponses aux Lineamenta ont exhorté à
ce que la nécessaire attention soit donnée, dans le cadre de la
mission d'amour et de service de l'Église en Asie, au service que
constitue le dialogue, tant celui des religions que celui des cultures. Ces réponses
se concentrent sur la nécessité du dialogue dans le contexte
actuel des sociétés asiatiques et le besoin d'une approche du
dialogue faite au niveau de la base, en d'autres termes, un dialogue de vie.
Les sociétés asiatiques modernes sont multiculturelles, composées
de divers groupes religieux, ethniques et linguistiques vivant ensemble. Cela
est vrai aujourd'hui plus encore qu'autrefois. L'accroissement de la mobilité
a fait en sorte que dans des régions où auparavant ne vivait qu'un
groupe ethnique ou religieux, montrent maintenant une pluralité dans la
vie sociale. La plupart des périphéries urbaines et des villages
ruraux sont aujourd'hui composés de personnes de différentes
religions et milieux socioculturels. Ceci a conduit à une situation dans
laquelle les groupes ethniques, linguistiques et religieux se retrouvent à
s'essayer de maintenir ou promouvoir leur identité, créant parfois
le danger d'une fragmentation des sociétés nationales.
Bien que diverses difficultés dans le domaine du dialogue doivent être
surmontées, l'Église, appelée à être le signe
et le sacrement de l'unité parmi les nations, poursuit la piste du
dialogue, et spécialement le dialogue inter-religieux, à différents
niveaux de manière à assister les nombreux groupes qui souffrent
l'injustice, la discrimination ou la marginalisation et dans le même
temps, contribuer, par l'application de sa doctrine sociale, à la
construction de sociétés basées sur des principes de
justice, de paix et de concorde.
Cherchant à appliquer l'enseignement du Concile Vatican II et du
Magistère successif sur le dialogue aux situations des Églises
locales en Asie, quelques évêques asiatiques ont mis l'accent sur
ce qu'ils appellent un «dialogue de vie et de cur».(43) Ce type
de dialogue se réfère aux chrétiens et aux adeptes d'autres
religions qui vivent les idéaux les plus élevés de leur foi
respective au milieu des autres. Leurs vies deviennent le dialogue dans lequel
chacun offre et chacun reçoit de l'autre et dans lequel tous
s'enrichissent. Dans le dialogue de vie, chacun s'efforce d'exprimer les
valeurs dérivant de sa propre foi et dans le même temps, de rester
ouvert à l'écoute et aux enseignements de ses prochains.
Le concept du dialogue de vie a été assumé par le Pape
Jean-Paul II dans sa Lettre encyclique Redemptoris missio de 1990. Il y
décrit le dialogue de vie comme celui à travers lequel «les
croyants de diverses confessions témoignent les uns pour les autres, dans
l'existence quotidienne, de leurs valeurs humaines et spirituelles et
s'entraident à en vivre pour édifier une société
plus juste et plus fraternelle . Tous les fidèles et toutes les communautés
chrétiennes sont appelés à pratiquer le dialogue, même
si cela n'est pas au même niveau et sous des modalités identiques».(44)
Plusieurs réponses aux Lineamenta notèrent que, bien
que le terme soit nouveau, la réalité du dialogue de vie a été
pratiquée en Asie depuis des siècles à la base par des
adeptes de confessions différentes. D'autres réponses signalèrent
que le dialogue de vie a de nombreuses applications en Asie. Les écoles
chrétiennes peuvent devenir les 'laboratoires' qui enseignent le dialogue
de vie aux professeurs et aux élèves. Les hôpitaux chrétiens
et les autres projets de santé peuvent être des lieux où des
personnes de toute confession cherchent à se réconforter les uns
les autres et à offrir l'espérance provenant de leur foi
respective. Les moniales cloîtrées, qui conduisent une vie de prière
et d'amour, se sont montrées comme les plus actives pratiquantes du
dialogue de vie par leur franche amitié avec leurs prochains d'autres
confessions.
Le dialogue au niveau de la base soulève une autre nécessité
pour l'Église en Asie: celle d'une plus grande prise de conscience et
d'appréciation du caractère religieux des asiatiques. Les réponses
aux Lineamenta insistent sur le fait que d'importantes valeurs
spirituelles, qui méritent le respect, sont préservées
dans la religiosité populaire. Elle offre des valeurs parfois négligées
dans la vie des asiatiques modernes: le respect pour la nature, la présence
divine sur la terre, la valeur de la solidarité familiale et
communautaire. Une des tâches majeures de l'Église en Asie est de
promouvoir le respect des cultures et des croyances des peuples indigènes
de l'Asie et de montrer un plus grande solidarité envers eux au moyen
d'actes d'amour et de service.
La mission consistant à porter la foi à la culture
50. L'inculturation résulte de l'interaction entre la foi et la
culture. Dans une telle interaction, la foi prend une forme visible devient
intelligible pour les croyants et pour les autres, alors que les éléments
culturels positifs sont purifiés et assimilés dans la foi.
Beaucoup de réponses mentionnent que la Nouvelle Évangélisation
en Asie doit prendre instamment en considération le processus
d'inculturation de telle sorte que l'Évangile puisse assumer un réel
caractère asiatique. La véritable inculturation signifie «une
intime transformation des authentiques valeurs culturelles par leur intégration
dans le christianisme, et l'enracinement du christianisme dans les diverses
cultures humaines».(45)
De nombreuses réponses aux Lineamenta traitent de la question
de l'inculturation de la foi chrétienne dans les cultures de l'Asie. Les
réponses provenant de l'Asie occidentale indiquent que l'inculturation
n'est pas tant un problème à affronter aujourd'hui que le
processus naturel par lequel se sont développées les Églises
de la région depuis le temps des Apôtres. Il existe une histoire
pluriséculaire d'inculturation dans la langue, l'art, l'architecture, la
liturgie et l'organisation sociale. L'inculturation trouve son expression
aujourd'hui dans l'étude continuelle par les séminaristes, les prêtres
et les laïcs des traditions syriaques et arabes en théologie,
philosophie, spiritualité et liturgie. L'inculturation signifie aussi que
la culture arabe a été profondément influencée au
cours des siècles par les chrétiens autochtones.
Les Églises orientales en Inde se sont lancées dans la préservation
de leurs traditions locales et cherchent à assimiler les traditions
artistiques et liturgiques occidentales. En effet, certains pensent que
l'inculturation de la théologie, de la liturgie, de la spiritualité,
de l'art, etc. apparaîtra seulement quand les chrétiens, en tant
que communauté, suivront le mode de vie de la masse, comprendront leur façon
de penser et parleront leur langue.
Ailleurs en Asie, l'inculturation est considérée comme le défi
majeur de l'Église. L'approche de l'inculturation est compliquée
par le fait que dans l'Asie moderne il n'existe pas de «culture à l'état
pur». Les cultures asiatiques sont en continuelle évolution et
incorporent en permanence des éléments hétérogènes.
Est en train d'émerger une «culture urbaine» qui souvent n'a
que peu de rapport avec la vie en province. Quelques réponses expriment
leur préoccupation quant à la prépondérance des médias
et de l'industrie publicitaire occidentaux qui risquent de créer un «culture
unique» universelle menaçant d'extinction les cultures asiatiques
traditionnelles. Diverses expériences d'inculturation produisent des réactions
et des effets mitigés dans les Églises particulières. Malgré
quelques réserves, la majeure partie des réponses considèrent
l'inculturation comme «un défi missionnaire important» pour l'Église.
Dans son engagement avec les cultures d'Asie, le dialogue est un processus à
double entrée. Les traditions religieuses et les systèmes
symboliques des religions asiatiques peut venir enrichir la foi des chrétiens,
bien que les éléments culturels ne puissent être adoptés
sans discernement. Certaines coutumes et certains symboles se trouveront
incompatibles avec le message que Jésus est venu enseigner et incarner
et, comme partout ailleurs dans le monde, les chrétiens d'Asie ont le
devoir de remettre en question leurs cultures et de chercher à les
purifier.
La nécessité d'une inculturation dans le domaine de la théologie
et de la recherche théologique est souvent cité dans les réponses.
Nombreux sont ceux qui soutiennent que l'expression théologique est du
ressort de la culture. Une application correcte du processus de l'inculturation
devrait considérer lors de la formation théologique en séminaire
et le travail des facultés théologiques, pour rendre plus
intelligible à une mentalité asiatique le riche contenu théologique
du message du salut en Jésus-Christ, outre les systèmes
philosophiques occidentaux déjà enseignés, l'utilisation de
divers éléments provenant de systèmes philosophiques
asiatiques. De cette manière, les théologiens asiatiques
pourraient prendre plus au sérieux le contexte culturel, les modes de
pensée et les conceptions du monde présentes dans leurs régions.
Ce processus d'inculturation est aussi important pour le domaine de la
spiritualité chrétienne: explorer comment la richesse des
traditions spirituelles asiatiques peuvent être vécues et transformées
au contact du Mystère Pascal du Christ.
Les efforts d'inculturation à travers toute l'Asie pour tendre à
donner à l'Église un caractère authentiquement asiatique
offrent à l'Église universelle un sentiment de richesse.
L'inculturation réalise l'unité dans la diversité, dans
laquelle toutes les Églises locales s'enrichissent mutuellement par leur
diverses tentatives de pénétrer profondément au cur
du mystère chrétien et d'exprimer cette foi par des moyens
culturellement assimilables.
Le service de la promotion humaine
51. L'Église, suivant l'exemple du Maître, est engagée
en faveur de la dignité et de la promotion de l'homme dans toutes ses
activités d'évangélisation. Ceci doit l'être d'une façon
toute particulière en Asie où des centaines de millions de
personnes vivent encore dans une pauvreté inhumaine. La pauvreté généralisée
est une de ces réalités asiatiques qui devraient aider à élargir
le concept et le but de l'évangélisation en Asie. L'Église
en Asie peut assister le pauvre de diverses manières. L'une d'elles est
de prêter attention au poids de la dette extérieure accumulée
par certains pays d'Asie, en raison d'injustice présentes et passées.
La mission évangélisatrice de l'Église en Asie
s'accomplit dans le contexte d'un triple dialogue: avec les pauvres, avec les
adeptes d'autres religions, et avec les cultures de l'Asie. Comme disciples de Jésus,
les membres de l'Église en Asie doivent porter leur attention sur tout
ce qui menace, affaiblit, diminue et détruit la vie des individus, des
groupes ou des peuples. Tout comme Jésus, en son temps, s'opposa aux
forces du péché et de la servitude, l'Église aujourd'hui a
pour tâche de lutter en permanence contre tout ce qui asservit l'homme.
Les réponses de l'Église sur la promotion de l'homme varient
selon les situations concrètes, les besoins, les problèmes de
chaque région et les structures existantes dans une société
donnée. La contribution de l'Église à la promotion de
l'homme comprend la dénonciation haut et fort des injustices, le soutien
apporté aux victimes dans leurs justes causes, le soin des marginaux et
de ceux qui souffrent, l'association avec toutes les personnes de bonne volonté
qui cherchent à construire une société plus juste et plus
humaine, l'engagement dans l'analyse d'une situation donnée en vue
d'arriver à la racine des causes de la pauvreté et de l'injustice,
et une réflexion de foi sur l'action pastorale.
Les oeuvres sociales traditionnelles de l'Église concernant le soin
de ceux qui sont dans le besoin s'étendent aujourd'hui pour y inclure de
nouvelles catégories de souffrance. Partout en Asie, outre les
orphelinats, les maisons de retraite, les écoles, les hôpitaux, les
cliniques pour les indigents, les centres pour les handicapés et les léproseries,
l'Église aujourd'hui dirige, par exemple, des programmes de réhabilitation
pour les drogués, des centres de réinsertion pour les prostituées,
des centres d'accueil pour les marins, des centres et des résidences pour
des malades du SIDA, et un apostolat pour un nombre croissant de prisonniers qui
sont des travailleurs sans papiers.
Alors que l'Église fait son possible pour s'opposer aux forces qui
menacent la dignité et le bien-être de l'individu, elle travaille
aussi à encourager les personnes à créer une société
meilleure. Dans les pays asiatiques, l'Église a été active
dans les mouvements en faveur de démocratie visant à l'établissement
de démocratie participative et de régime empreint d'humanité;
le contrôle des élections; l'action pour une législation
contre les corrompus et les corrupteurs, les efforts de réconciliation
après des conflits communautaires et le rétablissement de la paix
dans des régions déchirées par la guerre civile.
Dans de nombreux pays d'Asie, l'Église a soutenu des ateliers et des
programmes de formation visant à enseigner l'analyse sociale pour aller à
la racine de l'injustice et de la pauvreté. Dans les études sur la
prolifération et le commerce des armes, les conflits intercommunautaires
ou inter-religieux, les projets de développement du tourisme, de
l'exploitation forestière et minière, de barrages, il est fait
usage de l'analyse sociale pour éveiller la conscience et savoir ainsi
qui sont les réels bénéficiaires et les vrais défavorisés
par de tels projets. Dans de nombreux cas, des militants chrétiens ont découvert
que ce sont avant tout les politiciens locaux et les multinationales qui en
tirent avantage alors que les pauvres autochtones sont déplacés.
Les réponses aux Lineamenta soulignent que dans toutes ces
expressions de l'amour préférentiel pour les pauvres qui sont
considérés comme des aspects faisant partie de la mission évangélisatrice
de l'Église, les chrétiens n'agissent pas de manière isolée.
Nombre de leur partenaires les plus loyaux et dévoués dans leur
lutte contre les abus et en faveur de la construction de sociétés
meilleures sont musulmans, bouddhistes, hindous, adeptes de la Religion
Traditionnelle ou encore laïques. Certaines des formes de dialogue les plus
fructueuses sont celles où les chrétiens et les autres croyants se
donnent la main pour affronter les problèmes de société et
servir le nécessiteux en une collaboration affectueuse.
Le service envers la création
52. L'intérêt pour l'écologie connaît un regain de
popularité partout dans le monde. Dans ce domaine, l'enseignement de l'Église
sur l'économie de la création, c'est-à-dire, de l'usage
responsable, du souci et de la protection du monde créé par Dieu a
beaucoup à offrir tant sur le plan des débats que celui pratique.
En Asie, des préoccupations particulières à ce propos nécessitent
l'attention pastorale de l'Église. Le consumérisme et l'avidité
frappent à la racine les sources de la vie, à savoir, les mers,
les rivières, les forêts, la flore et la faune. D'intenses
recherches et expériences technologiques peuvent déstabiliser les
écosystèmes et les équilibres et mettre en danger les générations
futures et leur vie sur terre. Les générations actuelles ont le
devoir de transmettre intactes aux générations à venir les
ressources terrestres, maritimes et cosmiques puisqu'elles constituent un système
de soutien pour la vie donné par le Dieu Créateur et Tuteur de
toutes choses.
De nombreuses réponses mentionnent le fait que bien qu'étant
une minorité, l'Église doit conscientiser les fidèles sur
les problèmes écologiques qui se posent à l'humanité
et trouver des moyens pour attirer l'attention des décideurs politiques
des pays asiatiques et des organisations internationales sur ces sujets. Au
moyen de catéchèse, de conseils pastoraux et de déclarations
prophétiques, l'Église peut fournir un service opportun aux décideurs
politiques, industriels, économiques, commerciaux et d'autres secteurs
similaires.
Les moyens de communication sociale
53. L'Église aujourd'hui cherche à prêcher le message
salvifique pérenne de Jésus-Christ, crucifié et ressuscité,
de sorte que l'abondance de sa vie puisse toujours être communiquée
à ceux qui ouvriront leur cur à la conversion sous les
incitations de l'Esprit.
Les réponses aux Lineamenta remarquent que, puisque les
masses-médias ont une influence grandissante, même dans les aires
les plus reculées du continent asiatique, l'annonce du message évangélique
pourrait tirer grand avantage d'une meilleure utilisation de cette technologie
moderne. Quelques-uns ont plaidé en faveur d'une conception plus étendue
du terme 'moyens de communication sociale' allant au-delà de l'idée
commune de structures et processus de communication dans la société
humaine. Parlant des moyens de communication, Paul VI, cita avec les masses-médias:
le témoignage de vie, la prédication, le contact personnel et la
piété populaire. Dans le contexte asiatique, toutes les formes
traditionnelles de communication humaine provenant des cultures de l'Asie
peuvent être ajoutées: la danse, le théâtre, le drame,
l'expression orale, les jeux d'ombre et de lumière, etc. De cette façon,
une palette de communication particulièrement riche fournit autant de
possibilités à l'oeuvre de l'évangélisation, bien
au-delà de ce que permet le seul terme restrictif de 'masses-médias'.
Les réponses soutiennent plus loin que l'explosion des communications
en Asie à travers les satellites, internet, les vidéoconférences,
etc., présente un nouveau défi pour l'évangélisation.
Le Pape Jean-Paul II affirme dans la Lettre encyclique Redemptoris missio,
que les moyens de communication sociale «ont pris une telle importance
qu'ils sont, pour beaucoup de gens, le moyen principal d'information et de
formation, ils guident et ils inspirent les comportements individuels, familiaux
et sociaux. Ce sont surtout les nouvelles générations qui
grandissent dans un monde conditionné par les médias».(46) Le
Saint-Père demande ensuite, «l'évangélisation même
de la culture moderne dépend en grande partie de leur influence. Il ne
suffit donc pas de les utiliser pour assurer la diffusion du message chrétien
et de l'enseignement de l'Église, mais il faut intégrer le message
dans cette 'nouvelle culture' créée par les moyens de
communication modernes. C'est un problème complexe car, sans même
parler de son contenu, cette culture vient précisément de ce
qu'il existe de nouveaux modes de communiquer avec de nouveaux langages, de
nouvelles techniques, de nouveaux comportements».(47) De quelle manière
l'Église en Asie répond-elle à ces «nouveaux moyens»?
Les moyens modernes de communication sociale lancent un défi à
l'Église en Asie dans trois domaines concrets d'action: 1) l'Église
en Asie a besoin d'accroître sa présence dans le monde des médias
pour communiquer le message évangélique ainsi que la doctrine
sociale et morale du Magistère; 2) l'Église a besoin d'entrer dans
«l'aréopage moderne» par le truchement des moyens de
communication sociale pour évangéliser la société et
transformer, à travers les valeurs évangéliques, la
nouvelle culture qu'élaborent les moyens de communication sociale; et 3)
tout le personnel ecclésiastique, clercs et laïcs, doit recevoir une
exposition et une formation appropriées dans l'utilisation des masses-médias
et des moyens de communication sociale. Dans le même temps, l'Évangile
doit être introduit dans la vie de ceux qui contrôlent et de ceux
qui sont impliqués sous diverses formes dans les masses-médias.
Marie, Mère de l'évangélisation et Modèle
de mission
54. Marie fut la première à recevoir la Bonne Nouvelle du
Salut en Jésus-Christ envoyé par Dieu à travers l'Archange
Gabriel. Sa pleine acceptation du dessein de Dieu dans sa vie depuis le premier
moment de l'Incarnation du Seigneur dans son sein jusqu'à sa Rédemption
sur la Croix fait d'elle la Mère de la Foi. L'Évangile de S. Luc
rappelle le fait qui suivit l'annonce qu'elle serait la Mère de Dieu, les
pensées de Marie n'étaient pas tournées vers elle mais vers
sa cousine qui était enceinte. En conséquence, elle prit le risque
de partir immédiatement, non sans inconvénient pour elle-même,
pour se mettre au service d'Élisabeth durant le temps de son enfantement.
À son arrivée, l'enfant reconnut depuis le sein d'Élisabeth
la présence divine dans les entrailles de Marie. Marie resta avec elle
quelques mois. De cette manière, Marie est considérée comme
une femme de service, qui porte le Christ aux autres (cf. Lc 1,39 ss).
Suivant son exemple, les membres de l'Église doivent accepter totalement
le Christ dans leur vie et le porter aux autres au moyen de l'amour et du
service.
Les réponses aux Lineamenta attestent de l'amour et de
l'affection profonde avec lesquelles les fidèles catholiques vénèrent
Marie partout en Asie. Tournant leur regard vers elle comme la Mère de Jésus,
donnée par le Christ lui-même à son Église depuis la
Croix, ils s'approchent de Marie avec confiance dans les moments de joie et dans
ceux de tristesse et élèvent en permanence leurs prières
vers elle en supplication comme perpétuel secours en temps de détresse.
La considération en laquelle sont tenues les mères dans toutes les
cultures d'Asie influence considérablement la dévotion mariale
dans l'Église.
En Asie occidentale, les Églises orientales, tout comme les Églises
orthodoxes, considèrent la personne de Marie comme étant étroitement
liée à celle du Christ. La spiritualité orientale unit
toujours la Mère et le Fils. Ceci trouve une illustration dans la
tradition iconographique dans laquelle Marie, comme Trône de la Sagesse,
est représentée portant l'Enfant-Jésus sur ses genoux. En
Asie occidentale, la dévotion mariale est parfois un point d'unité
entre chrétiens et musulmans qui visitent ses sanctuaires et la vénèrent.
Dans d'autres parties de l'Asie, les réponses aux Lineamenta
rapportent qu'il existe de nombreuses formes de piété populaire
envers Marie et de nombreux sanctuaires marials, qui attirant des foules considérables
- et même quelquefois des adeptes d'autres religions - est une source de
consolation et de soutien pour beaucoup dans la pratique de leur foi. Cependant,
quelqu'un signale que dans certains cas la dévotion mariale pourrait être
renforcée en rendant plus clair le lien essentiel entre Jésus et
sa Mère. Là où celui-ci fait défaut, les autres chrétiens
et les membres des autres religions sont parfois laissés à leur
confusion. Dans quelques pays asiatiques, certaines personnes au sein de l'Église
sont en train de sonder l'image évangélique de Marie comme modèles
pour les femmes d'Asie et comme personnage clé dans la présentation
d'une spiritualité pour les femmes.
Dans le même temps, l'accent mis sur le rôle de Marie comme
disciple parfaite de Jésus et modèle d'évangélisation
pourrait s'ajouter dans l'esprit des fidèles à la doctrine déjà
existante associée à la dévotion mariale. De cette façon,
les qualités et les vertus de Marie, tirées du témoignage
de l'Écriture et de la riche Tradition de l'Église à
travers les âges, peuvent être rappelées et recommandées
aux fidèles dans la mission d'amour et de service de l'Église en
Asie. En prenant Marie comme modèle d'amour et de service envers les
autres, ils les conduiront à rencontrer le fruit de ses entrailles, Jésus-Christ.
CONCLUSION
55. Alors que l'Église en Asie s'approche du Troisième Millénaire
de sa présence sur le continent, elle cherche à se consacrer à
nouveau à la poursuite de la mission de l'annonce du Salut en Jésus-Christ
et désire se renouveler à la lumière du Concile Vatican II
et du Magistère qu'elle a développé depuis. Parvenir à
cela requiert de la part des membres de l'Église une redécouverte
de leur vocation à la communion au sein de l'Église et de la
confirmation du don de leurs personnes à sa mission d'amour et de service
en Asie. L'Église en Asie, se tenant sur le seuil du Troisième
Millénaire, se tient aussi sur le seuil d'une nouvelle évangélisation:
nouvelles dans son approche, nouvelle dans son expression théologique,
nouvelle dans sa méthode et nouvelle dans sa compréhension des
autres religions.
De nombreuses réponses font mention de l'émergence d'une
conscience renouvelée de l'Église en Asie à partir d'une
lecture et d'une compréhension neuves des Évangiles, d'une lecture
et d'un discernement sagaces de l'histoire de la mission de l'Église des
deux derniers millénaires, et d'une réflexion dans la prière
sur les diverses expériences que l'Église a en cours sur le
continent asiatique. Cependant, cette conscience renouvelée de l'Église
et de sa mission résultera avant tout du regard porté sur Jésus-Christ
le Sauveur (cf. He 12,2) et le rendra présent aux peuples de
l'Asie et à leurs contextes culturels d'une manière actuelle et de
cette façon provoquera un renouveau dans l'Église en Asie pour le
Troisième Millénaire.
Pour aider à l'accomplissement de ce dessein, le Saint-Père a
convoqué l'Assemblée Spéciale pour l'Asie afin que les évêques
puissent réfléchir en commun sur leurs expériences
pastorales sur le continent et lui offrir, dans un esprit de collégialité,
leur aide dans l'approche de l'Église pour qu'elle partage dans l'humilité,
le dialogue et le service les inépuisables richesses du Christ avec tous
les peuples de l'Asie, «pour qu'ils aient la vie et l'aient en abondance»
(Jn 10,10).
Le fondement de ce renouveau est une conversion totale de l'esprit et du cur
de chaque membre de l'Église à Jésus-Christ et aux valeurs évangéliques:
«Pour l'Église et sa mission en Asie où les gens sont marqués
par des traditions de profonde religiosité, la prière doit être
'le fleuve de vie'. La prière est absolument indispensable si l'on veut
que la vie du Christ s'incarne quand les chrétiens contribuent à
la libération et au développement de la vie. La vie intérieure
de la prière édifie l'Église en une communauté de
foi crédible, enracinée dans la vie trinitaire et tournée résolument
vers la construction d'un avenir pleinement humain des peuples d'Asie».(48)
Seule une spiritualité nouvelle permettra à l'Église en
Asie d'avoir une profonde expérience de Dieu en Jésus-Christ par
l'Esprit Saint.
Puisque l'Église professe que seulement en Jésus-Christ une
personne peut trouver les réponses à ses suprêmes
aspirations à la plénitude de la vie, sa compréhension de
l'évangélisation n'est pas limitée à la promotion
humaine, au dialogue et à l'inculturation. Elle comprend aussi une première
annonce de Jésus-Christ en tant que Sauveur conduisant à la
conversion, au baptême et à l'incorporation dans la communauté.(49)
En abordant leur tâche, les évêques d'Asie peuvent se prévaloir
du message encourageant que le Pape Jean-Paul II adressa aux évêques
asiatiques réunis à l'Assemblée plénière de
la F.A.B.C. à Bandung: «À la veille du Troisième Millénaire
chrétien, il est impératif que toutes les Églises locales
en Asie qui, bien que petites, ont montré leur dynamisme et leur force
dans leur témoignage de l'évangile, s'engagent dans un effort d'évangélisation
toujours plus grand. Le défi particulier qui les concerne est de
proclamer la Bonne Nouvelle là où des religions et des cultures
différentes se rencontrent, au carrefour même des forces sociales,
politiques et économiques du monde d'aujourd'hui».(50)
(1) Cf. Jean-Paul II, Lettre apostolique Tertio millennio adveniente,
38: AAS 87 (1995) 30-31.
(2) Cf. Jean-Paul II. Discours à l'Assemblée Plénière
de la F.A.B.C., Manille, 1995: L'Osservatore Romano, Édition
hebd. en langue française, 24 janvier 1995, p. 7
(3) Concile Oecuménique Vatican II Constitution pastorale sur l'Église
dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 1.
(4) Jean-Paul II, Lettre apostolique Tertio millennio adveniente,
38: AAS 87 (1995) 30.
(5) Cf. Fédération des Conférences Épiscopales
d'Asie - F.A.B.C., Assemblée plénière, Taipeh, 1974, Rapport
final sur l'Évangélisation dans l'Asie moderne, IV, 14, dans
Pour tous les Peuples d'Asie, éd. Rosales/Arevalo, New York,
Manille, Orbis/Claretians, p. 14.
(6) Cf. ibid.; voir aussi Bandung, 1990 et Manille, 1995.
(7) Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptor hominis, 10: AAS
71 (1979) 275.
(8) Concile Oecuménique Vatican II, Constitution pastorale sur l'Église
dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 22.
(9) Ibid., 38.
(10) Concile Oecuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur l'Église
Lumen gentium, 2.
(11) S. Bonaventure, In Librum sententiarum, 1, 2.2: 1: Opera
Omnia, Ad Claras Aquas (prope Florentiam), Typographia Collegi S. Bonaventurae,
1885, II, p. 44.
(12) Catéchisme de l'Église Catholique, n· 339.
(13) Concile Oecuménique Vatican II, Constitution pastorale sur l'Église
dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 13.
(14) Jean-Paul II, Lettre Encyclique Redemptoris missio, 28: AAS
83 (1991) 274.
(15) Ibid., 28.
(16) Concile Oecuménique Vatican II, Décret sur l'activité
missionnaire de l'Église Ad gentes, 3. 11, 15.
(17) Ibid., 4.
(18) Jean-Paul II, Visite Apostolique en Inde (1-10 février 1986),
Discours aux Représentants des Religions non-chrétiennes,
(Madras, 5 février 1986), 2: AAS 78 (1986) 693.
(19) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur
l'Église Lumen gentium, 2.
(20) Cf. Jean-Paul II, Redemptoris missio, 29: AAS 83 (1991)
274-275.
(21) Cf. ibid., 56.
(22) Cf. Fédération des Conférences Épiscopales
d'Asie - F.A.B.C., Assemblée Plénière, Taipeh, 1974, Rapport
final sur l'évangélisation en Asie moderne, IV, 4, dans Pour
tous les peuples d'Asie, éd. Rosales/Arevalo, New York, Manille,
Orbis/Claretians, p. 33.
(23) Ibid., II, 6., p.13
(24) Ibid., II, 7.
(25) Concile Oecuménique Vatican II, Décret Ad gentes,
3.
(26) Catéchisme de l'Église Catholique, 737.
(27) Ibid., 738.
(28) Ibid.
(29) Cf. Deuxième Assemblée Extraordinaire Spéciale
(1985), Rapport final, II,C,2.
(30) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur
l'Église Lumen gentium, 9, 68.
(31) Ibid., 16.
(32) Concile Oecuménique Vatican II, Déclaration sur les
relations de l'Église avec les Religions non-chrétiennes Nostra
aetate, 1.
(33) Fédération des Conférences Épiscopales
d'Asie - F.A.B.C., V Bandung, Document Final Marchant ensemble vers le
Troisième Millénaire, n. 8, dans Pour tous les peuples
d'Asie, éd. Rosales-Arevalo, Manille/New York, Orbis/Claretians,
1992, p. 287.
(34) Fédération des Conférences Épiscopales
d'Asie - F.A.B.C., VI, Manille 1995, Être disciple chrétien en
Asie aujourd'hui: service à la Vie, n. 14, dans les Documents de la
F.A.B.C., 74.
(35) Cf. Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 89:
AAS 83 (1991) 335-336.
(36) Ibid.
(37) Cf. ibid, 31; Catéchisme de l'Église Catholique
901-913; Code de Droit Canon c.443, 463.
(38) Cf. Fédération des Conférences épiscopales
d'Asie -FABC, Rapport final, Tokyo 1986, La vocation et la mission
du laïcat dans l'Église et dans le monde asiatique, n.3
(39) Cf. ibid.
(40) Paul VI, Radio Message aux peuples de l'Asie (Manille
29.XI.1970), 3: Insegnamenti di Paolo VI (1970) 554.
(41) Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 91: AAS
83 (1991) 338.
(42) Ibid.
(43) Fédération des Conférences épiscopales
d'Asie -FABC, Assemblée plénière, Taipeh 1974.
(44) Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 57: AAS
83 (1991) 305.
(45) Deuxième Assemblée Extraordinaire du Synode des Évêques
(1985), Rapport final, II, D, 4.
(46) Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 37: AAS
83 (1991) 285.
(47) Ibid.
(48) Fédération des Conférences épiscopales
d'Asie -FABC, Déclaration finale, Manille 1995, Être
disciple du Christ en Asie aujourd'hui: le service à la vie, n.3.
(49) Cf. Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 44-58:
AAS 83 (1991) 280-307.
(50) Jean-Paul II, Lettre aux délégués de la Fédération
des Conférences Épiscopales d'Asie (Bandung, 23.06.1990), 4:
AAS 83 (1991) 101.
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