LINEAMENTA
CITÉ DU VATICAN
1997
© Secrétairerie Générale du Synode des Évêques
et Libreria Editrice Vaticana.
Ce texte peut être reproduit par les Conférences épiscopales
ou avec leur autorisation à condition que son contenu ne soit pas modifié
et que deux exemplaires de la publication soient envoyés à la Secrétairerie
Générale du Synode des Évêques, 00120 Cité
du Vatican.
PRÉFACE
Au n· 38 de sa Lettre apostolique Tertio Millennio Advenientedu
10 novembre 1994, le Pape Jean-Paul II annonçait son intention de
convoquer une Assemblée Spéciale du Synode des Évêques
pour l'Océanie. Peu après cette annonce, le Saint-Père
nommait un Conseil Pré-Synodal de la Secrétairerie Générale
du Synode des Évêques pour l'Assemblée Spéciale pour
l'Océanie, composé en grande partie par des évêques
de ce continent. La Secrétairerie Générale a immédiatement
entamé le processus de préparation de cette assemblée
synodale spéciale en envoyant une lettre-questionnaire à tous les évêques
en activité en Océanie, qu'ils appartiennent aux Églises
orientales ou à l'Église latine, ainsi qu'aux Dicastères de
la Curie Romaine et à l'Union des Supérieurs Généraux:
cette consultation voulait aboutir à définir un thème
d'importance contemporaine, d'intérêt universel et d'une urgence
toute particulière à traiter au cours de cette Assemblée Spéciale
du Synode. Les résultats furent d'abord discutés, puis
utilisés par le Conseil Pré-Synodal pour l'Assemblée Spéciale
pour l'Océanie afin de formuler un thème à soumettre au
Saint-Père.
Parmi les thèmes avancés par le Conseil, le Saint-Père
a ensuite choisi pour cette Assemblée Spéciale : Jésus-Christ:
suivre Son chemin, proclamer Sa vérité, vivre Sa vie: un appel
pour les peuples d'Océanie. Ce sujet constitue un appel, d'abord et
avant tout, à tous les membres de l'Église en Océanie et,
ensuite, à toutes les populations du Pacifique, à se tourner vers
Jésus-Christ, Celui qui dit qu'Il est «le chemin, la vérité
et la vie» (Jn 14,6). En s'efforçant de marcher sur les pas
du Seigneur, de proclamer Sa vérité et d'y adhérer, et de
rester chaque jour en communion avec Lui et avec ses frères, l'Église
espère trouver une réponse appropriée et opportune - en
paroles et en faits - aux circonstances uniques existant au sein de l'Église
en Océanie ; elle espère aussi contribuer de façon positive
au bien de toutes les populations et de toutes les cultures de la région,
comme partie du programme de l'Église pour l'évangélisation
en vue du Grand Jubilé de l'An 2000.
Afin de présenter ce sujet synodal de façon générale,
la Secrétairerie Générale, en coopération avec les
membres de ce même Conseil Pré-Synodal et avec des théologiens
de l'Océanie, a rédigé des Lineamenta, le premier
d'une série de documents relatifs à l'Assemblée Spéciale
pour l'Océanie. Comme son nom le suggère, le document actuel est
proposé comme une vaste «esquisse» du thème. Il a
uniquement pour but d'encourager une réflexion et une prière
communes sur le sujet et de provoquer des suggestions et des observations. C'est
dans ce sens qu'une série de Questions a été insérée
à la fin du document.
Il est souhaité que ces Lineamenta engendrent une grande
richesse de réponses dans toute l'Église en Océanie afin
que les évêques des Églises orientales et latine puissent
disposer des informations nécessaires pour une première rédaction
de leurs réponses officielles. Par conséquent, en eux-mêmes,
les Lineamenta ne sont pas inclus dans l'Ordre du Jour de l'Assemblée
Spéciale. Un «document de travail», ou Instrumentum
laboris, sera préparé ensuite sur la base des réponses
officielles envoyées par les évêques d'Océanie, les
différents Dicastères de la Curie Romaine et l'Union des Supérieurs
Généraux. C'est donc à eux qu'il reviendra d'utiliser les
contributions qu'ils auront reçues pour rédiger leurs réponses
officielles qui, à leur tour, seront remises à la Secrétairerie
Générale. Une grande richesse de réponses assurera aux Pères
Synodaux, réunis en Assemblée Spéciale, de disposer du matériel
nécessaire pour pouvoir traiter en profondeur un thème d'une
grande importance pour l'Église en Océanie.
Par conséquent, c'est toute l'Église en Océanie
qui est invitée à participer à cette consultation: prêtres
diocésains et religieux, religieux et religieuses, laïcs et laïques,
séminaires et facultés de théologie, conseils pastoraux,
mouvements et groupes catholiques, communautés paroissiales et toutes les
organisations ecclésiales. Plus nombreuses seront les réponses,
plus complète et substantielle sera l'information proposée à
ceux qui auront la responsabilité de rédiger leurs réponses
officielles. Cela conférera également un caractère
substantiel et complet au texte de l'Instrumentum laboris, ce
document qui sera au centre de l'attention et de la discussion durant l'Assemblée
Spéciale du Synode des Évêques pour l'Océanie.
Dans l'élaboration des réponses aux Lineamenta,
il faudra avoir présents à l'esprit les points suivants. La
quantité et la diversité des questions proposées à
la fin du présent document ont été choisies délibérément
pour constituer un guide à la structuration des réflexions sur le
thème de l'Assemblée Spéciale pour l'Océanie. Ce
sont donc ces questions, et non pas le texte des Lineamenta, qui devront
servir de base à toutes les réponses. À cet égard,
toutes les observations avancées devront faire explicitement référence
aux questions concernées. Par ailleurs, les questions ne doivent pas nécessairement
toutes recevoir une réponse. Selon les circonstances particulières,
les personnes ou organismes répondants sont libres de répondre
uniquement aux questions qui leur semblent les plus importantes.
Dans la région du Pacifique, les réponses venant des
communautés et des groupes ecclésiaux à l'intérieur
d'un diocèse ou d'un archidiocèse sont envoyées à l'évêque
local qui emploiera ces informations pour rédiger sa réponse
officielle. Contrairement à la procédure synodale habituelle,
cette réponse officielle ne sera pas transmise à la Conférence
épiscopale dont dépend l'évêque, mais directement à
la Secrétairerie Générale. Les réponses officielles
de ces évêques, individuellement, et celles de la Curie Romaine et
de l'Union des Supérieurs Généraux devront parvenir à
la Secrétairerie Générale du Synode avant le 1er février
1998. Tous ceux qui désirent contribuer, de quelque façon, à
ce processus de réflexion, devront bien avoir cette date limite présente
à l'esprit.
Avec la publication des Lineamenta commence une étape
cruciale de la préparation de l'Assemblée Spéciale, une étape
qui s'appuie sur la coopération et les prières de chaque membre de
l'Église. Le mystère de la communion enseigne que l'Église
s'étend au-delà des limites d'une nation, d'un continent ou d'une
région donnés du globe - au-delà du monde tel que nous le
connaissons - dans le temps au coeur de l'éternité. En se
préparant à cette célébration spéciale de la
communion des évêques, l'Église en Océanie le fait en
union mystique avec l'Église tout entière. Dans cet esprit,
pendant cette période de préparation, elle se trouve
soutenue par les prières et les bonnes oeuvres de tous les membres de l'Église,
en particulier ceux de la communauté céleste des Saints et des
Martyrs de l'Océanie. Et, comme dans toutes les initiatives difficiles,
elle se tourne vers la Vierge Marie pour lui demander son soutien infaillible.
Jan P. Cardinal Schotte, C.I.C.M.
Secrétaire Général
INTRODUCTION
JÉSUS-CHRIST ET LES PEUPLES D'OCÉANIE
L'Océanie et ses populations
1. Sur la carte géographique du monde l'Océanie est classée
comme la cinquième grande division du globe. À cause de la
distance qui la sépare des autres pays, elle fut la dernière zone à
être découverte par les navigateurs européens dans leurs
voyages d'exploration. Mais les derniers découverts sont maintenant les
nouveaux arrivés en qui l'Église se réjouit. L'Océanie,
en raison de son immensité, a constitué un défi tant pour
les explorateurs et les missionnaires que pour ses indigènes eux-mêmes.
Elle couvre plusieurs millions de kilomètres carrés du plus grand
océan de la terre ainsi que le bloc continental de l'Australie. Son nom,
bien évidemment, vient de l'océan qui regroupe les îles et
les blocs continentaux en une unique zone géographique. Les premiers
navigateurs constatèrent, qu'à cause de son «caractère
pacifique», après une terrible tempête ils pouvaient subir une
accalmie les laissant immobiles sur l'océan, sans vent pour gonfler leurs
voiles. Ainsi ce grand océan devint l'Océan Pacifique.
Cependant, le mot «pacifique» est plus qu'un nom : il peut aussi être
employé pour caractériser le mode de vie des populations de la région.
Le «mode pacifique» se réfère souvent à
la façon typique dont les gens de la région traitent leurs problèmes.
Mais, bien plus que tout cela, il indique combien les gens sont attachés à
la paix et combien ils la désirent. La paix engendrée par le
dialogue et le consentement est, de façon générale, préférée
aux solutions violentes. Bien que ce sentiment de paix ait été
violé à de nombreuses reprises dans l'histoire et dans les luttes
successives pour l'auto-suffisance, il persiste encore en tant que règle
et idéal traditionnels pour nombre de populations de la région.
Depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, d'importants changements
politiques et économiques se sont vérifiés dans la région.
Dans certains cas, de grands changements s'effectuent en Océanie de manière
relativement pacifique. Dans d'autres cas, on voit croître la tendance à
employer la force et la violence, comme en témoigne tristement le cas de
la Papouasie - Nouvelle-Guinée.(1)
L'Océanie est le centre d'une grande variété de
populations. Dans le cadre de l'Assemblée Synodale, le mot «Océanie»
se réfère à toutes les populations vivant dans la zone géographique
de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et des Îles du Pacifique réunies,
comme la Mélanésie, la Polynésie et la Micronésie.
(2) Certains groupes ethniques, comme les Indiens, les Chinois, les Vietnamiens,
les Coréens, les Philippins et les Javanais qui, à l'origine, étaient
arrivés en tant que travailleurs immigrés importés ou sous
contrat, sont désormais des citoyens à part entière en Océanie.
Même après plusieurs années de résidence, parfois
plus d'un siècle, chaque groupe conserve encore son identité
caractéristique originelle. Nombre d'habitants des Îles se sont
rendus en Australie ou en Nouvelle-Zélande et ont constitué leurs
propres groupes culturels. Les populations originelles d'Australie - les Aborigènes
- et de Nouvelle-Zélande - les Maoris (qui appellent leur pays Aotearoa)
- se trouvent maintenant en minorité dans leurs propres pays, situation
due à la colonisation de ces deux pays par des colons européens,
principalement venus d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse. De nombreux
Européens se sont également installés dans diverses îles
du Pacifique. Au cours des cinquante dernières années, différents
autres groupes ethniques venus d'Europe et d'Asie ont immigré en Océanie.
Du point de vue de la découverte historique, l'Océanie - à
l'exception des Îles Mariannes, colonisées et christianisées
au XVIème siècle - a été la dernière zone géographique
à être touchée par la colonisation européenne et par
l'activité missionnaire chrétienne. Les puissances coloniales
avaient conscience de ce que la découverte d'un continent au-dessous de
la Croix du Sud aurait complété leur carte géographique du
monde. Elles le nommèrent «la Terre du Sud (Terra Australis)
de l'Esprit Saint», en se référant à Celui qui complète
la communion de la Trinité. Le service généreux de tant de
missionnaires poussés par l'Esprit Saint a contribué à
apporter l'Évangile du Christ dans la région, rendant de la sorte
manifeste la présence de l'Esprit en Océanie, et Ses nombreux
fruits parmi les populations locales.
Aujourd'hui, les populations de l'Océanie se trouvent à
affronter des changements significatifs, qui ont commencé depuis la Deuxième
Guerre Mondiale, alors que le Pacifique se transformait en terrain de bataille
et en zone militaire stratégique. Jusqu'alors, tous les gens de la région
avaient vécu relativement en paix, sans trop se soucier du monde extérieur.
Conséquence de cette Grande Guerre, la situation commença à
changer, lentement mais de façon inévitable. L'idée de démocratie
fut introduite, de nombreuses petites îles devinrent politiquement indépendantes,
la Guerre Froide se termina et la Ceinture du Pacifique vit grandir son
importance économique. Dans de nombreux cas, l'Océanie essaie
actuellement de trouver sa propre identité dans ses relations avec
l'Europe, l'Amérique et l'Asie. Après de nombreuses années
de dépendance des puissances coloniales, la région cherche comment
réaliser une plus grande autosufisance de ses habitants, grâce à
l'unité dans la diversité, à la coopération au sein
d'une concurrence amicale et à une interdépendance accompagnée
d'autonomie. Toutefois, pour parler de façon réaliste, nombreux
sont ceux qui se rendent compte qu'une véritable autonomie politique et économique,
ainsi qu'une identité culturelle propre, doivent prendre en considération
les autres zones du globe et leurs habitants.
Un Synode pour l'Océanie
2. Le mouvement synodal est un processus de communion dynamique qui se réalise
à plusieurs niveaux. L'assemblée synodale actuelle rassemble une
partie des évêques de l'Église cum et sub Petro, «avec
Pierre et sous sa direction», en la personne du Saint-Père, dans une
expression de communion en tant que collège épiscopal, en ligne de
succession directe du collège des Apôtres, guidé par son
Chef, Saint Pierre. Le mystère de la communion se manifeste et agit
particulièrement dans l'Église locale où tous les évêques
sont appelés à participer au processus synodal, que ce soit au
sein de leurs Églises particulières en engageant tous les niveaux
de la communauté dans des initiatives de collaboration au cours des différentes
phases du synode, ou bien sur une dimension plus vaste, en coopérant et
en collaborant avec les structures épiscopales régionales,
nationales et internationales qui, à leur niveau, essaient d'impliquer
les structures et les organismes ecclésiaux dans la participation au
processus synodal. Il est demandé à tous les membres de l'Église
de répondre à l'appel synodal à la communion et à la
participation au processus synodal, chacun selon son état et sa vocation
au sein de l'Église. De cette manière, le synode reste authentique
à sa signification éthymologique de «marcher ensemble»
dans l'unité, unité d'esprit, d'âme et d'objectif.
Jésus-Christ est la source de l'unité de l'Église et le
Chemin qui conduit à une plus grande communion. C'est pourquoi, Il est le
Chemin que, tous, dans l'Église, doivent nécessairement emprunter.
Son Esprit incite l'Église tout entière à une communion
plus profonde avec Dieu, en tant que Trinité, et avec les uns et les
autres. Comme signe et principe d'unité dans l'Église locale, l'évêque
a le devoir de stimuler la communion, particulièrement à travers
le sacrement de l'Eucharistie. Les évêques ont aussi la
responsabilité de promouvoir la communion entre eux. Par conséquent,
le Synode des Évêques est une structure de grande importance pour
les évêques car il est l'expression et l'instrument de la communion
parmi eux et avec l'Évêque de Rome, successeur de l'Apôtre
Pierre. Dans les Assemblées générales ordinaires, les évêques
viennent du monde entier pour célébrer ensemble cette communion,
et par la prière et le débat sur des sujets d'importance pastorale
pour l'Église.
En commençant par l'Assemblée Spéciale du Synode des Évêques
pour l'Afrique, le Saint-Père a jugé opportun de convoquer des
Assemblées Spéciales au niveau continental : Amérique, Asie
et Europe. Ces synodes continentaux - y compris l'Assemblée Spéciale
du Synode des Évêques pour l'Océanie - constitue une partie
de la préparation de l'Église au Grand Jubilé de l'An 2000.
Mis à part ce caractère spécial, ils manifestent et souvent
encouragent la communion parmi les évêques et, en conséquence,
dans l'Église tout entière.
Les évêques d'Océanie peuvent compter sur diverses
institutions ecclésiales qui les soutiennent dans leur ministère épiscopal
d'attention et d'intérêt pour leurs Églises particulières
et qui expriment leur communion et leur collégialité. Parmi
celles-ci, les quatre Conférences épiscopales de la Région
: la Conférence des Évêques catholiques d'Australie, la Conférence
épiscopale de Nouvelle-Zélande, la Conferentia Episcopalis
Pacifici (C.E.PAC.) et la Conférence des Évêques
catholiques de Papouasie - Nouvelle-Guinée et des Îles Salomon.
Tout récemment, les évêques ont ultérieurement
renforcé leur communion et leur collaboration en instituant une structure
plus large de coordination : la Fédération des Conférences
des Évêques Catholiques d'Océanie (F.C.B.C.O.). Ainsi, ils
ont davantage de possibilités pour relever les défis que l'Église
doit affronter dans toute la région de l'Océanie.
Afin de renforcer la communion ecclésiale - non seulement parmi les évêques
mais aussi dans tout le peuple de Dieu de la région - le Pape Jean-Paul
II a effectué plusieurs visites pastorales en Océanie, dans le
sillage de son prédécesseur Paul VI qui, en 1970, visita
l'Australie et les Samoa Occidentales. En 1981, sur sa route vers le Japon, le
Saint-Père a visité Guam pour la béatification de Diego
Luis de San Vitores. Trois ans plus tard, il se rendit en Papouasie -
Nouvelle-Guinée et dans les Îles Salomon. Deux ans après, il
revint en Océanie pour visiter les Îles Fiji, la Nouvelle-Zélande
et l'Australie. En 1995, il visita à nouveau la Papouasie - Nouvelle-Guinée,
cette fois pour béatifier le catéchiste Peter To Rot. Il alla également
béatifier Mère Mary McKillop, en Australie. En toutes ces
occasions, le Saint-Père n'a jamais hésité à
encourager toutes les populations d'Océanie à s'ouvrir à
tous les nouveaux défis à l'annonce de l'Évangile de Jésus-Christ
et à être fidèles à ce qu'il y a de meilleur dans
leurs traditions culturelles. Les fidèles catholiques, d'autres chrétiens
et de nombreuses personnes de bonne volonté en Océanie ont profondément
apprécié ces visites et exprimé leur joie dans des chants
et des danses. Le Saint-Père, reconnaissant pour leur bon accueil, a
exhorté les catholiques à être des messagers de la paix, de
la justice et de la joie qu'ils ont reçues dans le Christ Jésus.
(3)
L'Assemblée Spéciale pour l'Océanie rassemblera les Évêques
catholiques en communion avec l'Évêque de Rome, sous la conduite de
l'Esprit Saint. Dans l'actuelle période de son histoire, l'Église
en Océanie doit affronter des défis importants. C'est pourquoi
l'occasion offerte par le Synode peut constituer un appel puissant à tous
les membres de l'Église en Océanie - et même de tous les
hommes de bonne volonté de la région - pour qu'ils redécouvrent
les valeurs humaines et chrétiennes, traditionnelles et nouvelles, qui
caractérisent l'Océanie, et qu'ils fassent en sorte que ces
valeurs soient insérées dans la vie. L'histoire de l'Église
en Océanie dans le passé a témoigné des succès
importants et offert des exemples merveilleux de communion et de vie chrétienne,
ce qui est un motif de profonde reconnaissance envers Dieu, à travers Jésus-Christ,
et d'encouragement pour affronter les défis contemporains.
Notre époque donc, est celle de l'opportunité, le tempus
opportunum, le kairos dont parlent les Écritures (cf. 2 Co
6,2). Pour l'Océanie, c'est l'époque pour de nouveaux efforts, de
nouvelles chances et de nouvelles grâces. L'Esprit Saint ne manquera pas
d'inspirer l'Église de cette partie du monde qui porte son nom. Inspiré
et guidé par l'Esprit, le mouvement synodal en Océanie peut
fournir l'occasion d'une renaissance et d'un renouveau dans le programme de l'Église
pour une nouvelle évangélisation à la lumière du
Troisième Millénaire. Dans un certain sens, le mouvement synodal
peut également servir comme un moyen de retrouver la paix - l'un des
fruits de l'Esprit Saint - une paix qui caractérise aussi bien la région
elle-même que la façon de vivre des populations et leur manière
de résoudre les difficultés. Cette paix renouvelée ne peut
exister qu'en se tournant vers Celui qui est la paix de Dieu et le salut du
monde : Jésus-Christ.
Jésus-Christ : le Chemin, la Vérité et la Vie
3. Lorsque Jésus parle de Lui comme «le Chemin, la Vérité
et la Vie» (Jn 14,6), Ses mots sont, pour ses disciples - et même
pour tous ceux qui les écoutent - une invitation à L'accepter
comme étant l'instrument du salut, la vérité qui comble
tous les hommes, la vie qui doit être vécue. (4) Cet acte de foi
n'est pas quelque chose de réalisé par un individu, de façon
isolée des autres. Bien que l'acceptation de Jésus dans sa vie
comme le Chemin, la Vérité et la Vie est toujours un choix ou un
acte personnel, celui-ci est effectué dans le contexte de la communauté
de croyants par la célébration du sacrement du Baptême. Tout
comme l'individu, la communauté ecclésiale accueille dans la foi
la présence salvifique de Jésus. En ses membres l'Église
suit le Chemin, reçoit et enseigne la Vérité et vit la Vie,
dons de Dieu, le Père, à tous les hommes. Ne s'agit-il pas là
des mêmes dons que ceux qui sont présentés dans l'Esprit
Saint, Lui-même Don inépuisable de Dieu, un don qui embrasse tout ?
Accepter Jésus comme le Chemin, la Vérité et la Vie n'a
pas seulement pour but de réaliser les désirs intenses du coeur de
Ses disciples et d'être le fondement de leur unité. Cette
acceptation de Jésus doit aussi être vécue de façon à
ce que Sa présence salvifique soit offerte à tous ceux qui ne
croient pas encore, ou ne croient plus, en Lui. Le Chemin de Jésus doit
être parcouru, Sa Vérité doit être reçue
et enseignée, Sa Vie doit être vécue de façon
à ce que les croyants deviennent des témoins de Jésus aux
yeux du monde (cf. Jn 15,27). En témoignant de Jésus-Christ
de façon authentique et crédible, les chrétiens seront
eux-mêmes une invitation à autrui à partager leur foi et
leur joie dans le Seigneur. La foi en Jésus implique que les croyants
s'engagent activement à Son service pour le salut des autres. Ils sont
appelés à parcourir Son Chemin dans un esprit de mission. En
allant dans le monde, ils rencontreront d'autres personnes pour les conduire à
Jésus, le Chemin, la Vérité et la Vie.
L'activité véritablement évangélisatrice n'est
jamais séparée des actes de charité. En soi, proclamer l'Évangile
aux hommes est un acte de charité. Mais la charité va au-delà,
en inspirant aux disciples de Jésus à se mettre au service de
chaque personne qu'ils rencontrent, et plus particulièrement des pauvres,
des marginalisés, des opprimés ; bref, de ceux qui, dans le monde,
sont les moins lotis. Par la communion personnelle avec Jésus, ils sont
exhortés par Son amour à pratiquer les oeuvres de miséricorde
corporelles et spirituelles. Une telle réponse constituera en elle-même
une invitation, adressée à autrui, à participer au «banquet
du salut» (cf. Mt 22,9-10). Parcourir le chemin de la charité
apporte aux autres hommes la présence de l'amour de Jésus qui
illumine, qui guérit et qui fortifie. De cette manière, Jésus
sera véritablement le Chemin, la Vérité et la Vie, non
seulement pour Ses disciples, mais aussi pour tous les hommes de bonne volonté,
et donc pour le monde entier.
PREMIÈRE PARTIE
SUIVRE LE CHEMIN DE JÉSUS-CHRIST
Introduction : suivre le chemin de la Mission
4. Suivre le chemin de Jésus-Christ implique que tous Ses disciples
acceptent la mission que le Seigneur a confié à Son Église.
Jésus, le Fils de Dieu, a été envoyé par le Père
dans le monde pour y être le Verbe Incarné, l'expression ineffable
de Son amour salvifique. Pendant Sa vie publique, Il a parcouru le pays pour
apporter la Bonne Nouvelle de la venue du Royaume de Dieu. À l'esprit
brisé des hommes, Il a apporté la puissance de Sa miséricorde
qui guérit et Il a rassemblé dans la communion avec Dieu et avec
eux-mêmes ceux qui étaient égarés et rejetés.
Jésus a été envoyé en mission pour renouveler et
transformer un peuple, afin qu'il soit pleinement le véritable peuple de
Dieu, marchant dans la justice et agissant avec miséricorde.
Tout de suite après le début de Son ministère public, Jésus
a appelé d'autres hommes à Le suivre. Alors, Il n'a plus marché
seul, Il était accompagné de Ses disciples. Parmi eux, Il en a
choisi douze pour être le Nouvel Israël, le Nouveau Peuple de Dieu.
Il les a envoyés en tant qu'Apôtres, suivis ensuite de
soixante-douze autres (cf. Lc 1,10 ss.). Ces premiers missionnaires
visitèrent nombre de villages et de villes pour diffuser largement la
Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu et apporter la puissance de guérison de
l'amour de Dieu aux personnes et aux communautés. Jésus les envoya
deux par deux car eux non plus ne devaient pas marcher seuls, mais en compagnie
d'autres hommes, afin d'apporter un témoignage plus efficace. De cette façon,
ils ont exprimé dans l'action leur communion avec les autres hommes grâce
à leur union avec Jésus. Cette communion missionnaire fut la piste
qui conduisit à la communion plus large et plus profonde qui unit tout le
Peuple de Dieu.
En diverses occasions, Jésus rencontrait des hommes et des femmes qui
n'appartenaient pas à Son Peuple : le centurion romain (cf. Mt
8,5), la Samaritaine (cf. Jn 4,8-42) et la Syrophénicienne (cf.
Mc 7,26). Ils sont venus à Lui et Il les a rencontrés sur
Son chemin, comme s'ils avaient été envoyés par le Père
pour élargir et étendre le champ de la mission. Plus tard, la
communauté de Ses disciples allait poursuivre cette mission sous la
conduite puissante de l'Esprit Saint.
Poussés par leur foi juive, les gens venaient à Jérusalem
en pèlerinage et s'approchaient des disciples, entrant ainsi en contact
avec Jésus. C'est dans une telle occasion que Jésus prédit
Sa mort sur la croix, en décrivant l'accomplissement de Sa mission : Il
serait élevé de terre et attirerait tous les hommes à Lui
(cf. Jn 12,32). Par le mystère de Sa mort et de Sa résurrection,
Jésus allait devenir, non plus pour un seul peuple mais pour tous les
peuples du monde et pour chaque personne, le Chemin, la Vérité et
la Vie.
Immédiatement après la résurrection du Christ, l'Esprit
Saint fut envoyé à l'Église, incitant les disciples, par la
miséricorde toute-puissante de Dieu, à être les témoins
du Christ, à Jérusalem tout d'abord, puis dans d'autres parties du
monde. Pour eux, parcourir le Chemin de Jésus, c'était marcher
ensemble en tant que missionnaires à travers de nombreux pays et entrer
en rapport avec de nombreux peuples de façon à proclamer la Bonne
Nouvelle. On connaît bien l'étendue du magnifique exemple
provocateur de l'activité missionnaire réalisée par saint
Paul, l'Apôtre des Gentils. Avec ses compagnons, il a voyagé très
loin, dans le monde connu à cet époque, afin de proclamer Jésus
comme le Messie attendu et d'annoncer la fraternité des hommes en Lui.
Ceux qui l'écoutèrent dans la foi et acceptèrent le Christ
par le sacrement du Baptême furent transformés par la grâce
de Dieu et reçurent le pouvoir de vivre selon une justice nouvelle, basée
sur la réconciliation, la vérité et l'amour. Il en résulta
que, dans ces premières communautés chrétiennes, de
nombreuses barrières furent brisées et remplacées par la
charité et la fraternité.
C'est à Antioche que les nouveaux convertis reçurent tout
d'abord le nom de «chrétiens» (cf. Ac 11,26). Déjà
à cette époque, ils étaient reconnus comme ceux qui
suivaient le Chemin et furent persécutés à cause de cela
(cf. Ac 9,2). Ce Chemin, suivi par les chrétiens et leurs
communautés, consistait à croire en Jésus, le Seigneur, et à
témoigner de l'Évangile. Paul et les autres Apôtres ont
proclamé ce Chemin non seulement par leurs paroles, mais aussi par leur
vie, les guérisons qu'ils accomplissaient, leur communion et leur
direction. Leur itinéraire missionnaire les a conduits vers d'autres
hommes qui n'avaient pas encore la foi. Leur action évangélisatrice
a ouvert à un grand nombre de personnes la voie royale qui porte à
Dieu et à Son Royaume.
L'activité missionnaire commencée par l'Église
primitive a été poursuivie au cours des âges par de
nombreuses générations de chrétiens, de sorte que les
hommes appelés à suivre la voie de Jésus-Christ ont été
toujours plus nombreux. Ils ont délibérément suivi l'appel
missionnaire et se sont exposés pour en entraîner d'autres à
les suivre sur le Chemin, car le message de Dieu doit atteindre la terre tout
entière. Dieu veut que chaque homme puisse entendre la Bonne Nouvelle et
prendre en compte Sa Parole salvifique. C'est un processus qui se poursuit
jusqu'à la fin des temps. Il n'y a pas de limite à la grâce
salvifique de Dieu.
CHAPITRE I
LE CHEMIN DU CHRISTIANISME EN OCÉANIE
Premiers contacts et premiers efforts missionnaires
5. Tout au long de l'histoire de l'Église, beaucoup de siècles
ont passé avant que l'Évangile soit prêché dans
toutes les régions de la terre, même les plus reculées.
L'une des dernières à avoir été atteinte par les
missionnaires chrétiens a été l'Océanie. Au XVIIème
siècle, l'Europe a entrepris de grands efforts pour explorer et coloniser
la région du Pacifique, les accentuant encore au XIXème siècle.
À cette époque, l'Église a envoyé des missionnaires
effectuer ces traversées non seulement pour répondre aux besoins
spirituels des explorateurs et des colons, mais aussi pour évangéliser
les populations autochtones. Là où l'Église a profité
du passage et de la protection assurés par l'exploration et la
colonisation européenne, l'évangélisation n'a pas toujours été
en rapport direct avec ces événements. En Australie, par exemple,
les efforts missionnaires de l'Église ne sont aucunement liés à
l'exploration et à la colonisation. Bien que cela soit difficile à
croire, ce n'est qu'après la Deuxième Guerre Mondiale que
certaines populations des Îles du Pacifique sont venues en contact avec
des explorateurs étrangers et des missionnaires chrétiens. En
fait, l'Évangile avait atteint l'Océanie bien avant. Toutefois,
une fois accueilli, il a commencé à porter des fruits, justement
appelés les «fruits de l'Esprit Saint». Il en résulta
que cette partie du monde devint, comme son nom originel le suggérait, la
grande Terre méridionale de l'Esprit Saint. Tout comme les étoiles
de la Croix du Sud étincelaient dans le ciel de la nuit au-dessus du
continent et des îles, de même la Croix du Christ, Lumière du
Monde, répandait sa lumière sur la vie de nombreux peuples de l'Océanie.
Les premiers contacts de la chrétienté avec les populations de
l'Océanie ont eu lieu pendant les expéditions espagnoles parties
d'Amérique du Sud et se dirigeant vers les Philippines, au XVIème
siècle. Les explorateurs espagnols et leurs équipages étaient
accompagnés par des aumôniers franciscains. Parfois, ils jetaient
l'ancre dans la baie de l'une des îles qu'ils rencontraient sur leur
chemin et célébraient une Messe sur le rivage. On sait qu'en 1595,
une Messe fut célébrée sur l'une des Îles Salomon. La
première initiative missionnaire organisée en Océanie fut
commandée par la Reine d'Espagne, Marianne, en 1668. Elle envoya des Jésuites
des Philippines vers Guam, aux Îles Mariannes. L'entreprise espagnole n'était
pas dénuée d'intentions militaires. Une initiative semblable fut
ultérieurement lancée vers Tahiti, mais sans succès.
Ces premiers efforts indiquaient ce qui allait devenir un phénomène
commun. Tandis que l'Église poursuivait un programme missionnaire s'étendant
jusqu'aux confins de la terre, les organisateurs politiques et commerciaux des
expéditions coloniales n'étaient que bien peu motivés par
des intérêts religieux. Souvent, l'activité missionnaire de
l'Église n'était accueillie et tolérée que
lorsqu'elle servait l'intérêt stratégique, commercial ou
politique de la nation colonisatrice. Après les interventions espagnoles
dans la région, ce fut au tour de la Grande-Bretagne, de la France, de
l'Allemagne et, plus tard, des États-Unis d'Amérique, de faire
valoir leurs intérêts nationaux dans leurs politiques et leurs
attitudes coloniales, pour ce qui est des efforts missionnaires en Océanie.
Initiatives du Saint-Siège
6. Une expansion missionnaire de l'Église Catholique en Océanie
fut programmée sur grande échelle à la fin du XVIIIème
siècle mais ne commença qu'au début du XIXème. Les
Souverains Pontifes et la Congrégation pour la Propagation de la Foi
(actuellement appelée «Congrégation pour l'Évangélisation
des Peuples») prit l'initiative et projeta courageusement l'envoi de
missionnaires en Océanie.
Un premier essai fut réalisé en 1827, quand le Pape Léon
XII demanda à la Société des Sacrés-Coeurs de Jésus
et Marie (SS.C.C.) d'installer des missions à Hawaï. Bien que les
premiers prêtres, arrivés en 1831, furent immédiatement déportés
du fait de la présence protestante dans ces lieux, ils revinrent
s'installer en 1833. Progressivement, les missionnaires pénètrèrent
dans les autres îles et en Nouvelle-Zélande, tout d'abord à
partir d'Hawaï et de Tahiti, ensuite directement à partir de
l'Europe. Il s'en suivit une vaste expansion des postes de missions. Dans ce
contexte, il n'y que peu d'événements originaux à
mentionner. En 1837, S.E. Mgr Pompallier et les premiers Maristes français
atteignirent les Îles Wallis et Futuna. Quelques mois plus tard, ils débarquèrent
en Nouvelle-Zélande. Des efforts furent faits pour établir une
mission en Nouvelle-Bretagne en 1881. Un an après, sous la conduite du P.
Navarre, les Missionnaires du Sacré-Coeur firent un second essai, établissant
avec succès les fondations d'une mission en Nouvelle-Guinée. En
1882, le P. Verjus, leur confrère, en compagnie de quelques autres
missionnaires, débarqua sur l'Île Yule, où ils commencèrent
à prêcher la foi sur la côte de Papouasie. En 1896, le P.
Limbrock conduisit, avec succès, un groupe de missionnaires de la Société
du Verbe Divin venus fonder une mission sur la côte de Nouvelle-Guinée.
La première hiérarchie en Océanie fut établie en
Australie en 1842. Le Vicariat apostolique de Nouvelle-Hollande était déjà
créé en 1834 et confié aux Bénédictins
anglais. Ceux-ci devaient s'occuper des nécessités religieuses des
prisonniers et des colons, dont la plupart était Irlandais et
catholiques. Les «hommes de 37» étaient un groupe de prêtres
irlandais qui débarquèrent en Australie cette année-là
pour établir l'ossature de ce qui devint le système paroissial
dans le pays. Les besoins spirituels des chrétiens d'autres dénominations
étaient déjà pris en charge par du clergé venant de
Grande-Bretagne. Les missionnaires catholiques n'étaient guère
bien accueillis en Australie. Les premiers temps les autorités coloniales
souvent les persécutaient ou entravaient leurs efforts au service des
populations catholiques.
Après le succès des efforts missionnaires des Communautés
protestantes d'Europe et d'Amérique dans les Îles du Pacifique, les
missionnaires catholiques arrivèrent. Souvent en ayant surmonté d'énormes
difficultés, ces missionnaires avaient réussi à établir
des contacts avec les populations indigènes et à obtenir des
conversions. Il virent l'importance non seulement de convertir à la foi
en Jésus-Christ les peuples d'Océanie qui croyaient en des dieux
et des esprits qui leur étaient propres, mais surtout de leur enseigner
la doctrine catholique et de les accueillir dans la communion de l'Église
catholique, avec ses sacrements, sa liturgie et ses dévotions. Là
où, au début, les relations entre les responsables chrétiens
de ces tentatives missionnaires étaient difficiles, il y a présentement
un esprit oecuménique de coopération plus large et un mouvement
vers la communion selon la prière et le désir de Jésus.
Activité des Congrégations et des Instituts missionnaires
7. Ceux qui ont le plus travaillé pour les missions en Océanie
ont principalement été des membres des congrégations et des
ordres religieux. Les premiers furent les Franciscains espagnols et les Jésuites,
au XVIIème siècle. Au XIXème, les Bénédictins
anglais débarquèrent en Australie. À la fin du siècle,
les congrégations apostoliques nouvellement fondées, en
particulier celles originaires de France, commencèrent à envoyer
leurs missionnaires, prêtres, religieuses et frères en Océanie.
Les efforts pionniers des Franciscains, des Jésuites, de la Société
de Marie (Maristes), de l'Institut Pontifical pour les Missions Étrangères
de Milan (PIME), les Missionnaires du Sacré-Coeur et ceux de la Société
du Verbe Divin furent soutenus par l'action missionnaires de bien d'autres congrégations
de religieux et religieuses en rapport avec ces premiers groupes, et par l'arrivée
de personnes disposées à se sacrifier et venant d'autres congrégations
et ordres religieux.
En 1672, après quatre ans de travail missionnaire sur les côtes
de Guam, le bienheureux Diego Luis de San Vitores, prêtre jésuite
espagnol, fut assassiné pour avoir baptisé la fille mourante d'un
chef local. Il est considéré comme le protomartyr des
Mariannes. Un prêtre mariste français, saint Pierre Chanel, fut
martyrisé à Futuna, en 1841, après un bref apostolat dans
l'île. Il est considéré comme le premier saint et le patron
de l'Océanie. Un autre missionnaire de l'Océanie, le bienheureux
Giovanni Mazzucconi, de l'Institut Pontifical pour les Missions Étrangères
de Milan (PIME), fut martyrisé en 1855 dans l'Île Woodlark en
Papouasie - Nouvelle-Guinée. S.E. Mgr Jean-Baptiste Épalle,
premier Vicaire apostolique de Mélanésie, Mariste, fut le premier évêque
à être victime de la violence. Après avoir essuyé une
attaque des tribus indigènes sur l'île, il mourut en 1844 sur le
bateau qui le ramènait à San Isabel, dans les Îles Salomon.
Le martyre de ces missionnaires sont des exemples des nombreux sacrifices
endurés par nombre d'hommes et de femmes dans leurs efforts de diffuser
le Royaume de Dieu : des voyages en mer longs et difficiles, la séparation
de leur patrie souvent très éloignée, l'isolement et la
solitude, le climat tropical et ses maladies dévastantes, les forêts
épaisses et les terrains montagneux, la nourriture inhabituelle et le
logement précaire, ainsi que la violence des tribus indigènes sont
parmi les éléments qui conduisirent souvent à une mort prématurée.
Plusieurs missionnaires se noyèrent en essayant de traverser les fleuves
et les mers pour apporter les sacrements ou une assistance médicale à
ceux qui en avaient besoin.
Actuellement, les congrégations et les ordres internationaux, qui
comptent souvent des membres indigènes, continuent de travailler côte
à côte avec les congrégations indigènes dans différentes
régions de l'Océanie, et de contribuer à la croissance et à
la vitalité de l'Église et de sa mission envers la société
humaine. Mère Mary McKillop (1842-1909), Australienne, béatifiée
en 1995, constitue un magnifique exemple d'activité apostolique et de vie
religieuse. Fondatrice des Soeurs de Saint-Joseph du Sacré-Coeur, avec
ses religieuses et au côté de nombreux autres religieuses et
religieux - en particulier originaires d'Irlande, d'Angleterre et de France-,
elle répondit avec générosité à l'immense
besoin d'une éducation catholique en Australie et dans les colonies de la
région. Jusque bien après la Deuxième Guerre Mondiale, le
système éducatif catholique en Océanie fut presque entièrement
assuré par des religieux et des religieuses.
Bien d'autres encore - connus ou inconnus - illustrèrent par leurs
vies et leurs travaux l'héroïsme des missionnaires, en fondant et en
servant l'Église catholique en Océanie. Nombreux furent ceux qui
moururent ou souffrirent profondément au service de l'évangélisation,
en vivant des temps de grandes difficultés, dont les plus récents
remontent à la Deuxième Guerre Mondiale. Leur vie de sacrifice et
de générosité restera toujours dans le souvenir des chrétiens
de tous les âges comme des exemples qui encouragent à vivre la foi,
et leur prière d'intercession sera un soutien solide pour la préparation
et la célébration de notre Assemblée Spéciale du
Synode des Évêques pour l'Océanie.
Les Océaniens en tant que missionnaires
8. Depuis le début des efforts missionnaires de l'Église dans
la région, les missionnaires étrangers ont eu besoin et demandé
le soutien des autochtones, femmes et hommes. Ils ont formé des catéchistes
afin que ceux-ci travaillent à leurs côtés pour traduire
leurs sermons et leurs instructions, pour préparer les populations aux
sacrements, pour leur enseigner à prier et pour servir les communautés
chrétiennes locales grâce à leur direction spirituelle. Il
arriva souvent qu'accompagnés de leurs familles, ces autochtones partent
avec les missionnaires pour créer de nouvelles missions en d'autres régions
d'Océanie. Tous comme les missionnaires venus d'Europe ont suivi
l'exemple missionnaire de Jésus-Christ, ils ont quitté leur maison
et leurs familles pour vivre parmi d'autres cultures et d'autres populations étrangères.
Un magnifique exemple de ces catéchistes dévoués est
représenté par Peter To Rot, de la Nouvelle-Bretagne (Papouasie -
Nouvelle-Guinée), béatifié en 1996. Pendant la Deuxième
Guerre Mondiale, nombre de missionnaires furent emprisonnés par les
forces d'occupation japonaises. Beaucoup d'entre eux furent tués ou
moururent à la suite de blessures ou de maladies tropicales. À l'époque,
il était interdit aux catéchistes d'assurer leurs activités
parmi les populations indigènes. Peter To Rot perdit la vie parce qu'il
refusa de ne plus enseigner et de ne plus assister religieusement les nouveaux
convertis.
Tout de suite après 1840, c'est à S.E. Mgr Pierre Bataillon,
Vicaire apostolique pour l'Océanie centrale, que sont dûs les
premiers efforts pour former le clergé local dans les îles. Bien
que le modèle européen de formation s'avérât souvent
comme étant trop difficile pour les séminaristes, aboutissant
initialement à quelques échecs, de plus en plus de candidats
locaux - diocésains et religieux - furent formés et ordonnés
prêtres. Encouragés par les exemples de plusieurs prêtres et évêques
indigènes remarquables, ils s'unirent à leurs frères
missionnaires nés à l'étranger. Et depuis plusieurs années
maintenant, nombreux sont les religieuses, les religieux -frères et prêtres-
et les prêtres locaux qui, à travers l'Océanie, se sont mis
au service de leurs peuples.
En prenant à coeur l'Évangile dans un esprit de foi et en
recevant les sacrements avec ferveur, les personnes prennent toujours plus
conscience de l'appel missionnaire adressé à l'Église tout
entière. À cet égard, les familles chrétiennes ont
une grande responsabilité. Les parents chrétiens ont un rôle
important à jouer en encourageant leurs fils et leurs filles et en les
soutenant dans leur désir de devenir missionnaires non seulement dans l'Église
locale mais dans d'autres parties du monde. De nombreux hommes et femmes nés
en Océanie ont rejoint les rangs missionnaires des congrégations
locales ou internationales, travaillant dans d'autres régions de l'Océanie
et dans d'autres pays à travers le monde. De cette façon, les Églises
locales d'Océanie manifestent le défi continuel qui consiste à
agir en solidarité avec l'Église catholique universelle, afin
d'apporter la Bonne Nouvelle aux autres nations et de suivre ainsi le chemin de
Jésus, leur Maître et Modèle.
Ce que Paul VI a dit aux catholiques d'Australie, pour qu'ils considèrent
l'Océanie tout entière comme leur terrain de mission, peut être
repris à l'intention de tous les catholiques d'Océanie : «Levez
les yeux et regardez cette immense moisson qui attend d'être cueillie par
les ouvriers (cf. Jn 4,35). Comment se peut-il que votre communauté
qui a eu la grande chance de recevoir la grâce de l'Évangile, qui a
répondu avec ferveur à l'enseignement de vos prêtres et qui
offre au monde un remarquable témoignage de foi, de fidélité
à la doctrine et de générosité pour le soutien des
oeuvres de l'Apostolat, comment est-il possible qu'elle ne soit pas, en même
temps, une terre de missionnaires ?».(5)
CHAPITRE II
LE CHEMIN VERS LES NOMBREUSES CULTURES
Introduction
9. Chaque fois que la vie des hommes est touchée par l'Évangile
et par la grâce de Jésus-Christ, ceux-ci s'en trouvent transformés.
Cet effet n'est pas limité aux seules personnes qui ont été
converties. Plus les gens accueillent le christianisme et le vivent dans leur
vie, plus la société et la culture s'en trouvent également
transformés. De par sa nature, chaque personne est obligatoirement membre
de la société humaine. Les valeurs défendues par les
membres de cette société, les coutumes qui sont les leurs, leurs
croyances, leurs langages, les histoires qu'ils racontent, leur façon
d'organiser leur travail et leur temps, et surtout leur façon d'exprimer
leurs convictions idéologiques et religieuses, tout cela forme leur façon
de vivre, leur culture. L'Église respecte profondément
toutes les cultures. En même temps, l'Évangile qu'elle prêche
présente des défis uniques pour ce qui est de la culture, en
essayant de l'élever, de l'enrichir et de la purifier. En étant reçu
dans une culture particulière, l'Évangile s'exprime et est vécu
d'une certaine façon, qui devient elle-même un moyen de proclamer
l'Évangile à autrui.
La diversité culturelle
10. L'Océanie est caractérisée par la variété
de ses cultures. Des populations de diverses cultures vivent ensemble, sur
le même territoire, souvent très proches les unes des autres. Ces
cultures ne sont pas seulement celles, indigènes, des Îles du
Pacifique, de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie, mais aussi celles
importées de l'Europe et celles développées durant les années
de colonisation, de migrations et de lutte pour l'autonomie. Cette variété
culturelle peut être illustrée de manière éloquente
par les langages. Outre les centaines de langues indigènes, certaines se
sont développées et ont été acceptées comme
langues communes. L'anglais et le français, bien qu'héritées
de l'Europe occidentale, sont maintenant acceptés quasiment partout comme
langues officielles en Océanie, chacune étant appropriée
d'une manière propre. En Mélanésie, les langues pidgin,
avec leur saveur et leur richesse d'expression propres, se sont développées
et servent de pont entre les langues européennes et celles du lieu.
Cette même variété de cultures se constate aussi dans l'Église.
Les missionnaires ont apporté une foi catholique liée à
diverses nations et cultures, principalement européennes. Par la force
des choses, ils ont enseigné la foi suivant ces modèles culturels
et formés les convertis à exprimer leur foi de la même façon.
Dans un climat oecuménique positif, les différentes cultures
religieuses d'autres dénominations ont eu une influence sur les communautés
catholiques qui vivaient près d'elles. Ces nombreuses cultures
influencent la vie de l'Église, non seulement dans les mots, dans les
rites et les chants de la liturgie, dans les prières et les pratiques des
dévotions, mais aussi dans la prédication, dans l'expression des
concepts théologique, dans l'organisation et la direction des communautés.
L'Église catholique s'efforce de respecter la variété
des cultures. Voici ce que disait Paul VI à ce sujet : «Loin d'étouffer
ce qu'il y a de bon et d'original dans chaque culture, dans chaque forme de
culture humaine, l'Église accepte, respecte et met en pratique le génie
de chaque groupe humain, conférant variété et beauté
la tunique sans couture de l'Église du Christ».(6) L'Église
se trouve devant le grand défi qui consiste à accueillir et à
incorporer en elle cette variété de cultures qu'elle doit conduire
à l'unité et à l'harmonie, grâce au mystère de
la communion. Là où les cultures sont respectées, le
contact des unes avec les autres peut être enrichissant. Chaque culture
peut apprendre des autres, en s'enrichissant souvent et en en recevant même
une amélioration.
L'inculturation
11. Le message de Jésus et l'Évangile tels qu'ils étaient
prêchés à l'origine les Apôtres étaient profondément
marqué par la culture juive de l'époque. Mais en même temps,
leur enseignement était différent de cette culture car, avec ses
valeurs et ses priorités empreintes de nouveauté, il représentait
un défi pour les pratiques et les croyances habituelles. Partout où
la Parole de Dieu est prêchée et bien accueillie, cette dynamique
dualiste est là aussi présente. Avec ses aspects positifs, sa «semence
de la foi»,(7) ses germes de vérité et de justice, la culture
existante était promue comme un nouveau langage traduisant la Parole de
Dieu. En même temps, elle se trouvait provoquée par l'Évangile,
et convertie progressivement. Les éléments positifs de cette
culture procuraient ensuite l'aide nécessaire à la poursuite de
l'annonce du message de Dieu au peuple de la même culture.
Ce processus d'inculturation fait partie de l'oeuvre évangélisatrice
de l'Église dans toutes les cultures de l'Océanie. Dans son «Allocution
aux Aborigènes d'Australie», le Pape Jean-Paul II a déclaré
: «L'Évangile de Notre Seigneur Jésus-Christ parle toutes les
langues. Il estime et embrasse toutes les cultures. Il les soutient dans chaque
être humain et au besoin les purifie. Toujours et partout, l'Évangile
élève et enrichit les cultures par le message révélé
d'un Dieu aimant et miséricordieux».(8)
L'Évangile a été proclamé en Océanie au
moyen d'expressions culturelles européennes qui étaient étrangères
aux populations indigènes. Certaines formes et certains éléments
de cet Évangile inculturé ont disparu et ont laissé la
place à des formes et des éléments indigènes.
Aujourd'hui, la tendance est de tenir compte de ces formes et de ces éléments
culturels, en essayant de voir s'ils peuvent être traduits et transformés
de façon créative afin de fournir à l'Église locale
une occasion de se renouveler. À l'origine, lorsqu'il fut prêché
en Océanie, l'Évangile a contesté les éléments
imparfaits ou négatifs de la culture locale. Une grande sagesse a été,
et est toujours, nécessaire pour discerner les éléments
positifs et négatifs dans le processus d'inculturation. Selon le Pape
Jean-Paul II les deux critères à suivre pour une saine
inculturation sont : 1) la compatibilité avec les éléments
fondamentaux de l'Évangile et 2) la promotion de la communion avec l'Église
universelle.(9)
Nombreuses sont les valeurs traditionnelles positives qui sont présentes
en Océanie et influencent la vie de l'Église. En même temps,
certains développement modernes se trouvent à menacer ces valeurs
traditionnelles. D'autres développements, lorsqu'ils sont estimés
et traités de façon critique ont le pouvoir d'insuffler une vie
nouvelle dans ces valeurs. De telles valeurs positives -anciennes ou nouvelles -
enrichissent et améliorent la vie humaine et la culture en Océanie.
La façon dont l'Église exprime sa vie de foi dans des symboles
et des rites est liée à la culture des personnes qui reçoivent
l'Évangile de Jésus-Christ. Les récits, symboles, musiques,
danses, rites et célébrations traditionnelles - qui sont tous des
expressions de la mémoire et de l'imagination humaine - font profondément
partie des cultures de l'Océanie. En pratiquant une inculturation adaptée,
l'Église s'efforce d'incorporer les éléments d'une culture
particulière dans sa liturgie, sa pratique des dévotions, sa catéchèse
et ses arts sacrés. Elle exprime ainsi la foi en Dieu et la communion
parmi les fidèles. Alors que les traditions culturelles locales peuvent être
mises en valeur si, par la dynamique dualiste de l'inculturation, elles se
trouvent rehaussées par l'Église, elles peuvent également être
purifiées de leurs éléments négatifs au cours du
processus.
Un défi particulier que doit affronter l'Église en Mélanésie
est la tradition indigène est le «cargo cult» (le culte
de ce qui tombe du ciel). Le développement économique et les
changements politiques et sociaux des époques récentes ont apporté
le progrès aux populations indigènes, mais aussi un certain nombre
de difficultés culturelles. Les histoires traditionnelles de prospérité,
perdue ou supprimée, sont liées aux promesses bibliques d'un
nouveau monde de justice et de richesse. La pensée du «cargo
cult» s'exprime parfois en des mouvements sociaux, politiques et
religieux dangereux. Ce phénomène constitue un défi
particulier pour l'Église, dans sa catéchèse et dans sa
pastorale des populations indigènes.
La pensée théologique en Océanie ne se réfère
pas seulement de manière critique au contexte culturel traditionnel, mais
elle prend aussi en compte les développements modernes, comme
l'industrialisation, la sécularisation, le dialogue oecuménique et
le contact enrichissant avec d'autres religions et philosophies. Nombreux sont
les théologiens et les écrivains religieux en Océanie dont
l'oeuvre est reconnue au plan international. Leurs contributions à la
recherche théologique et à la réflexion religieuse assument
une grande importance pour la croissance de l'Église dans cette zone géographique.
Une partie de la mission évangélisatrice en Océanie
exige des chrétiens engagés qu'ils dépassent leur culture
propre et entrent en contact avec les différentes autres cultures de la région.
En partageant avec ces cultures la puissance salvifique de la vérité,
de la grâce et de l'amour de Dieu, ils accroissent aussi en eux leur appréciation
et leur compréhension de ces mêmes dons, ce qui leur permet de
continuer à suivre fidèlement le chemin de Jésus-Christ.
Les minorités ethniques et les populations indigènes
12. Parmi les divers groupes culturels d'Océanie, certaines communautés
ethniques se trouvent en minorité. À l'origine, plusieurs
d'entre elles formaient des populations mais sont devenues minoritaires à
la suite de vagues successives d'immigration comme, par exemple, les Aborigènes
en Australie et les Maoris en Nouvelle-Zélande. Certaines ne constituent
pas vraiment une minorité mais se sentent injustement traitées
comme, par exemple, les Canaques en Nouvelle-Calédonie. Dans certains
cas, deux groupements humains formant, en parties égales, une population
donnée, se sentent menacés l'un par l'autre ; par exemple, les
Fidjiens indigènes et les Fidjiens d'origine indienne dans les Îles
Fidji. D'autres groupes minoritaires sont formés par des rassemblements
d'immigrés ou de réfugiés récents.
L'Église reconnaît la responsabilité qui est la sienne
dans ce domaine et s'engage activement à soutenir ceux qui, au plan
social, subissent des injustices. Une attention particulière aux groupes
minoritaires est bien la conséquence de l'option préférentielle
pour les pauvres dans l'Évangile de Jésus-Christ. Bien que l'Église
ne soit pas une entité politique, elle a un rôle à jouer en
formant ses fidèles à sa doctrine sociale. Elle enseigne et
encourage non seulement ses membres mais aussi toutes les autorités
civiles à avoir conscience de leur responsabilité dans le
redressement des injustices sociales touchant les minorités
ethniques.(10)
Certains groupes ethniques minoritaires luttent avec mille difficultés
pour préserver ou faire revivre leur culture. Le Pape Jean-Paul II s'est
adressé à eux avec des mots d'encouragement. Bien qu'ils fussent
destinés à l'origine aux populations aborigènes et
employassent l'imagerie traditionnelle, ils peuvent tout aussi bien s'appliquer
à d'autres groupes culturels : «Si vous restez étroitement
unis, vous serez comme un arbre qui se dresse au milieu d'un feu de buisson qui
fait rage dans brousse. Les feuilles sont roussies et l'écorce dure est
cicatrisée et brûlée ; mais, à l'intérieur de
l'arbre, la sève coule toujours et sous la terre les racines sont
toujours fermes. Comme cet arbre, vous avez enduré les flammes et vous
avez toujours la force de renaître. Le temps de cette renaissance est venu».(11)
Faire en sorte que l'Évangile touche les problèmes sociaux et
culturels est la conséquence pratique et réelle du fait de suivre
le chemin de Jésus-Christ.
Les migrations et le tourisme
13. Dans les siècles passés, les populations des îles de
l'Océanie étaient réputées pour leurs mouvements
de migration. Parfois, les personnes se déplaçaient de leur
propre chef, pour réaliser leurs désirs de conquêtes, pour éviter
la surpopulation ou encore pour échapper à la violence. D'autres
fois, elles étaient contraintes à quitter leurs terres pour aller
travailler dans les plantations ou dans les mines sur d'autres îles. Dans
les dernières années, ces travailleurs étaient recrutés
dans d'autres régions du territoire colonial, principalement en Asie. La
tendance traditionnelle des peuples polynésiens à se déplacer
d'une île à l'autre fut certainement une aide appréciable
lorsque les missionnaires cherchaient des assistants locaux pour installer de
nouvelles missions dans d'autres régions de l'Océanie.
Aujourd'hui, on assiste à un important mouvement migratoire non
seulement à l'intérieur de la région, mais également
à partir de l'étranger. De nombreux habitants des Îles
partent en Australie ou en Nouvelle-Zélande pour des raisons sociales ou économiques.
D'autres le font parce qu'attirés par de meilleures perspectives dans le
domaine de l'éducation et de l'emploi, par une plus grande disponibilité
de commodités modernes ou bien davantage de liberté et de respect
des droits de l'homme. Ce sont la Nouvelle-Zélande et l'Australie qui,
tradition-nellement, ont attiré les immigrants venant d'Europe, et plus
spécialement depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.
Actuellement, les deux pays voient arriver davantage d'immigrants asiatiques, ce
qui contribue à une variété croissante de cultures. Parmi
ces immigrants, se trouvent des réfugiés économiques ou
politiques à la recherche de liberté, de justice et de prospérité.
Certains trouvent dans l'Église et ses structures un environnement
familier et une source de sécurité et d'identité.
En plusieurs endroits, le nombre croissant d'immigrants dans des sociétés
multiculturelles exige une attention de la part de l'Église. Dans le passé,
l'Église s'est toujours efforcée de mettre en pratique une
pastorale à l'intention des migrants. Il importe que ces immigrants
soient considérés comme faisant véritablement partie de la
communauté locale dans une Église et une société
multiculturelle. Tout programme pastoral aura à préciser si ces
immigrants se trouvent «à la périphérie» et
attendent d'être assimilés dans la culture dominante, ou bien s'ils
constituent une partie permanente de culture et ont besoin de leurs propres
ministres, c'est-à-dire de paroisses nationales ou de paroisses choisies
qui, dans le cadre de leurs ministères, proposent un apostolat
s'adressant aux groupes ethniques. Dans certaines régions de l'Océanie,
résultant de ces migrations, l'existence d'Églises catholiques
orientales avec leurs propres éparchies, paroisses et traditions, est une
source d'enrichissement pour le témoignage de l'Église et sa présence
dans la société dans le domaine de la culture.
En Océanie, un autre phénomène social significatif en
croissance qui est en rapport avec la mobilité humaine est le tourisme.
Le tourisme moderne n'est plus une activité réservée à
une minorité, mais bien une industrie dans laquelle sont impliquées
des milliers de personnes. Pour les touristes eux-mêmes, c'est un service
qui est fourni par cette industrie ; pour les nombreux employés du
secteur, c'est un travail et un revenu. En Australie et en Nouvelle-Zélande,
sans parler des nombreuses îles du Pacifique avec leurs splendides caractéristiques
naturelles et leur culture traditionnelle de l'hospitalité, nombreux sont
les endroits qui attirent maintenant les touristes. Alors que l'influence d'une
telle industrie sur l'économie locale présente des avantages
notables, elle n'est pas toujours aussi bénéfique pour
l'environnement, la culture ou les valeurs spirituelles et morales des
autochtones.
En proclamant un Évangile d'espoir et de joie authentique, l'Église
en Océanie veut s'adresser à ces réalités modernes
de la migration et du tourisme. Lorsqu'ils ne sont pas inclus dans le système
pastoral traditionnel des paroisses et des aumôneries, ces mouvements de
population peuvent aisément donner naissance à des secteurs
sociaux auxquels l'Église n'a que peu accès.
Urbanisation et industrialisation
14. Toutes proportions gardées, l'Australie est l'un des pays les
plus industrialisés du monde. La Nouvelle-Zélande également
compte de vastes zones urbaines, et nombre de pays des Îles du Pacifique
voient se développer leurs capitales. Ces zones urbaines attirent
toujours davantage de populations qui croient y trouver enfin la suprême
liberté, une variété illimitée et une large prospérité.
Cependant, lorsque ces rêves ne sont pas réalisés, ces
villes souffrent alors d'un accroissement rapide de la population mais aussi du
taux des chômeurs et des pauvres. Certaines personnes ne réussisent
pas à supporter les situations dues au chômage, à la pauvreté,
à l'individualisme, à travers la compétition et parfois une
éducation inappropriée pour réaliser les objectifs.
Certains jeunes, venus de villages en zone rurale, trouvent dans ces zones
urbaines une solution facile à leurs problèmes en s'insérant
dans des bandes criminelles ou en pratiquant des professions immorales, comme la
prostitution.
Après s'être transférées dans les villes, nombre
de personnes désertent l'Église, qu'elles perçoivent comme
une communauté réservée à l'élite de la société.
Dans la situation qui est la leur, elles ont le sentiment de n'appartenir à
aucune classe. Suivre Jésus, qui se fit pauvre Lui-même, pour
rencontrer les pauvres des villes est la préoccupation de chacun des
membres de l'Église. Là où la communauté ecclésiale
offre traditionnellement une assistance matérielle aux pauvres, l'Église
dénonce aussi l'injustice de certains développement socio-économiques.
Les citoyens et les politiciens catholiques ont le devoir de mettre en oeuvre la
Doctrine sociale de l'Église par les moyens appropriés pour
affronter les problèmes socio-économiques. C'est de cette manière
que les chrétiens individuellement et les communautés chrétiennes
ensemble peuvent suivre la voie de Jésus-Christ et répondre aux
besoins des pauvres.
De nos jours, en Océanie, l'urbanisation progresse de concert avec la
sécularisation. En Australie et en Nouvelle-Zélande, de culture
fondamen- talement occidentale, et dans de nombreuses nations des Îles du
Pacifique, parmi les populations semble exister une tendance à adopter un
mode de vie où la religion occupe une place marginale. On constate une
grande différence entre le mode de vie sécularisé dans les
grandes villes et celui des villages traditionnels ou le style de vie rural.
Cette tendance à la sécularisation porte de plus en plus les gens
vers un subjectivisme et une indépendance vis-à-vis des autorités
religieuses dans de nombreux domaines de la culture comme le mariage et la vie
familiale, la moralité, l'éducation, la politique, l'économie,
les communications sociales et l'expression artistique. Pour nombre de
personnes, ce mouvement du village vers la ville porte à une perte de la
foi et de la pratique religieuse traditionnelle. À propos de la sécularisation,
le Pape Jean-Paul II a déclaré en s'adressant aux évêques
de Nouvelle-Zélande : «Le sens de Dieu et de son amoureuse
Providence a perdu de sa force pour nombre de personnes et même pour
des secteurs entiers de la société».(12)
Bien que créant des problèmes et des défis à la
foi et à la pratique chrétienne, la sécularisation fournit également
de nouvelles opportunités. L'augmentation de la liberté
personnelle et sociale invite à un majeur sens des responsabilités
et à des prises de décision plus mûres. Cette situation
exige des approches théologiques créatives, un culte et des rites
emplis de signification, une pratique équilibrée de la spiritualité
et de la dévotion, une droiture personnelle, une application de
l'enseignement social de l'Église, une organisation religieuse
responsable, une action charitable appropriée et une étude plus
approfondie d'un éventail plus large des formes contemporaines de ministères.
Si elle veut affronter cette nouvelle réalité culturelle de façon
adéquate, l'Église doit suivre le chemin de Jésus-Christ,
avec courage, patience et sagesse.
DEUXIÈME PARTIE
PROCLAMER LA VÉRITÉ DE JÉSUS-CHRIST
Introduction : le Christ, la Vérité
15. La question qui torturait la conscience de Pilate était «Qu'est-ce
que la vérité ?» (Jn 18, 38). La vérité
est la question qui agite toute conscience humaine, car c'est en
trouvant la vérité qu'une personne découvre une raison de
vivre et se propose un mode de vie digne d'être suivi. La vie chrétienne
commence par le Baptême qui introduit la personne à la foi.
C'est cette foi qui répond à la question de Pilate «Qu'est-ce
que la vérité ?» et c'est la seule réponse
satisfaisante à la question que pose Paul sur la route de Damas, «Qui
es-tu, Seigneur ?» (Ac 9, 4). La réponse à la
question sur la vérité est «personnelle» et ceci non
seulement pour le fait qu'elle suscite chez une «personne» un
engagement à suivre un ensemble d'idées, une philosophie de vie ou
un programme déterminé pour un auto-accomplissement, mais aussi
parce qu'elle comprend la «Personne» de Jésus-Christ. Avant même
de prononcer la moindre parole, le Christ a donné Sa réponse à
la question de Pilate, car Il est Lui-même la Vérité. «Je
ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage
à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute
ma voix» (Jn 18, 37). La voix du Christ s'adressait directement à
Paul, «de personne à personne», l'invitant à changer sa
vie en donnant un nouvelle direction à toute son existence : «Je
suis Jésus que tu persécutes» (Ac 9, 5). La vérité
donc n'est rien d'autre que Jésus Lui-même: «Je suis le
Chemin, la Vérité et la Vie» (Jn 14, 6).
Aujourd'hui, le rôle de l'Église est de poursuivre la mission
du Christ en tant que témoin de la vérité. Le défi
que l'Église lance au monde entier est de dire Sa vérité en
prêchant Sa Bonne Nouvelle, afin que Son appel à la foi, à
la conversion et à la plénitude de la vie en Dieu puisse être
de nouveau entendu en ces temps qui précèdent le Troisième
Millénaire. «En vérité, le mystère de l'homme
ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe Incarné
[...] Le Christ Seigneur manifeste pleinement l'homme à lui-même et
lui découvre la sublimité de sa vocation».(13) L'appel
Jean-Paul II à «une nouvelle évangélisation»
vise à faire connaître le Christ de par le monde entier.
Une étape cruciale dans ce programme est constituée par
l'Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour l'Océanie,
afin que l'Église de la région puisse dire avec saint Paul, «...
à raison même de la fermeté qu'a prise en vous le témoignage
du Christ. Aussi ne manquez-vous d'aucun don de la grâce, dans l'attente où
vous êtes de la Révélation de notre Seigneur Jésus-Christ»
(1 Co 1, 6-7). Avec les yeux fixés sur le Seigneur de l'Histoire,
qui ne sera révélé en totalité qu'à la fin
des temps, l'Église en Océanie veut évaluer sa fidélité
à l'Évangile et continuer le renouvellement mis en marche par le
Concile Vatican II, et tout cela à la lumière du Troisième
Millénaire. Le Pape Paul VI a expliqué la raison pour laquelle
l'évangélisation - disant la vérité de l'Évangile
- doit constituer aujourd'hui pour l'Église la première
priorité. «Les conditions de la société nous
obligent tous à réviser les méthodes, à chercher par
tous les moyens à étudier comment faire arriver à l'homme
moderne le message chrétien dans lequel il peut trouver la réponse
à ses interrogations et la force pour son engagement de solidarité
humaine».(14)
Le but de l'Assemblée Spéciale est d'utiliser l'énergie
de l'Évangile pour renouveler la vie de l'Église en Océanie
afin de «porter des fruits pour la vie du monde».(15) Le pouvoir de l'Évangile
peut pénétrer non seulement dans la conscience des individus, mais
il peut également transformer les cultures et les structures sociales qui
sont à leur base. Dans ce processus, chaque Église particulière
est «une communauté évangélisée et évangélisatrice».(16)
CHAPITRE I
L'ÉVANGÉLISATION
Proclamer l'Évangile
16. L'évangélisation est l'activité consistant à
diffuser l'Évangile dans le monde entier, tout comme notre Seigneur
Ressuscité l'a ordonné aux disciples (cf. Mc 16, 15). Il
s'agit essentiellement de proclamer la vérité de Jésus en
tant que voie pour le salut de l'humanité. L'Évangile est annoncé
quotidiennement sous sa forme la plus simple : le témoignage de vie de
chaque chrétien. En d'autres termes, quand la vie d'un croyant est en
accord avec l'Évangile, quand elle a un accent de vérité et
qu'elle est authentique, ceux qui n'ont jamais rencontré le Christ sont
portés à s'interroger sur la signification ultime de la vie, sur
leur destin final et pourquoi le Christ fait une telle différence dans la
vie de Ses disciples.
Le témoignage de vie exige aussi que l'Évangile du Christ soit
proclamé de façon explicite comme «la raison de l'espérance
qui est en vous (1 P 3, 15). Par le pouvoir du Saint-Esprit, la
proclamation de la parole de vie appelle les hommes à la foi et à
la conversion. Le Christ est le fondement (cf. 1 Co 3, 11 ; Col
2, 7) sur lequel l'Église, en tant que communauté de croyants, est
bâtie. Cette expression de la vérité de Jésus proclamée
publiquement constitue l'évangélisation au sens le plus strict du
terme. L'Église évangélise ses membres à travers la
célébration des sacrements, en particulier du sacrement de
l'Eucharistie, et, ravivée par cette union intime avec le Christ, elle
irradie le message chrétien dans le monde. «Le test de la vérité»,(17)
dit le Pape Paul VI, est que soit la communauté évangélisée
évangélise les autres, soit elle introduit les autres dans le
Royaume du Fils bien-aimé de Dieu, par la puissance de l'Esprit.
Les Églises particulières d'Océanie ont été
créées, pour la plupart, par des missionnaires venant d'Europe et
d'Amérique. Elles font partie du patrimoine de ces continents, mais elles
ne sont ni des Églises particulières «européennes»
ni des Églises particulières «américaines». Il
est parfois difficile, pour les habitants de l'Europe ou de l'Amérique,
d'apprécier le don relativement récent et magnifique de Dieu à
ces Églises plus jeunes, nées sous la Croix du Sud. Elles ne sont
pas les simples reproductions d'une chrétienté étrangère
à la région. Ces Églises particulières ont leur
propre unicité et leur propre culture. Elles ont montré leur
propre vitalité et leur capacités créatives propres en
affrontant une société sécularisée, ainsi que leur
propre expansion missionnaire dans le Pacifique, dans la Papouasie Nouvelle-Guinée,
dans l'Asie du Sud-Est, en Amérique Latine et en Afrique, en forgeant
leur identité intemporelle dans les termes des cultures des nations où
elles s'établissaient.
Le moment actuel est crucial car les plus jeunes pays de la région
sont dans la phase de la recherche d'un renforcement de leur identité
dans les domaines politique, culturel et religieux. Ceci signifie qu'ils
assument de plus en plus de nouveaux droits et de nouvelles obligations. Dans ce
processus, l'Église a l'opportunité et le devoir de fournir des
orientations morales. Une grande opportunité dans le programme d'évangélisation
sera perdue si les Églises locales ne saissent pas l'occasion de
permettre à l'Évangile de résonner dans chaque milieu
culturel.
Les défis présents
17. L'activité missionnaire connaît aujourd'hui dans
plusieurs régions un certain déclin et est parfois remise en
cause. Cet état de choses a été abordé par le Pape
Jean-Paul II dans son Encyclique Redemptoris missio. «Dans
l'histoire de l'Église, en effet», écrit il, «le
dynamisme missionnaire a toujours été un signe de vitalité
de même que son affaiblissement est le signe d'une crise de la foi».(18)
Saint Paul souligne la nécessité d'affirmer la vérité
de Jésus-Christ pour que tous les peuples du monde, quelque soit leur
culture - traditionnelle ou séculière - puissent venir à
la foi et en témoigner dans leur vie. «Mais comment l'invoquer sans
d'abord croire en lui ? Et comment croire sans d'abord l'entendre ? Et comment
entendre sans prédicateur ?» (Rm 10, 14). Si l'Évangile
doit croître dans les cultures de l'Océanie, chacun dans l'Église
doit devenir plus conscient de la nature missionnaire de l'Église et
trouver les moyens de participer à cette mission ecclésiale. Pour
quelques hommes et femmes généreux, cela signifie répondre à
l'appel à la vocation missionnaire pour faire en sorte que la vérité
de Jésus-Christ soit entendue par tous.
Concrètement, il y a encore un grand besoin de missionnaires dans
plusieurs régions, pour aider les Églises les plus jeunes à
atteindre une plus grande autonomie pour ce qui est de la direction et du
personnel autochtones, des infrastructures et des finances. Les pays développés
ont eux aussi besoin d'évangélisateurs ayant un esprit
missionnaire pour affirmer la vérité de Jésus-Christ, afin
que leurs cultures séculières puissent entendre Sa voix, comme si
c'était la première fois, avec joie, l'accueillant avec les
paroles du psaume, «Chantez au Seigneur un chant nouveau ! Chantez au
Seigneur, toute la terre ! » (Ps 96, 1).
Les problèmes de l'évangélisation constatés dans
les pays en voie de développement et dans ceux développés
de l'Océanie ne sont pas tellement différents. La sécularisation
qui affecte les pays développés influence également les
communautés indigènes et celles des îles. La plupart de ces
régions maintiennent leur identité culturelle locale, dont l'évangélisation
doit tenir compte, mais elles doivent aussi subir les tendances de la sécularisation
moderne. Ces deux types de société ont besoin de missionnaires
capables de s'adresser à chaque situation distincte.
Les difficultés que l'évangélisation doit affronter ne
proviennent pas seulement de la foi mais aussi de la culture. Comme conséquence
inévitable de la vie de l'Église dans un milieu culturel
particulier, au moment où, dans cette expérience culturelle, les
institutions sociales changent, l'Église doit elle aussi affronter le défi.
Les principaux changements qui se vérifient actuellement dans la société
et qui posent de réels défis à l'évangélisation,
sont les suivants : l'impact grandissant du gouvernement et de l'économie
sur la vie ; l'emphase excessive mise sur la démocratie et le choix
personnel ; les abus de l'économie de marché ; la philosophie de
type libéral ou individualiste ; les pressions exercées sur le
mariage et sur la vie de la famille ; la perte du sens du spirituel;
l'influence négative des médias sur les coutumes individuelles et
sociales, etc.
Pour faire face à ces défis de la société, l'Église
dispose de la vérité de l'Évangile et du mandat du Christ
de prêcher l'Évangile à toutes les créatures. Son
histoire est celle de générations d'évêques, de
membres du clergé, de religieux et de laïcs qui se sont consacrées
à proclamer la Bonne Nouvelle. Elle a crée d'innombrables
institutions, et notamment le système scolaire catholique, pour propager
la foi. Ses hôpitaux et ses programmes sanitaires constituent un exemple
de comment l'Évangile de la charité est vécu de façon
à aller à l'encontre des nécessités des hommes, de
la souffrance et de la mort. Il existe «une nuée de témoins»
(He 12, 1) des valeurs de l'Évangile à la maison, dans les
lieux de travail, dans les diverses professions et dans la vie civile. Néanmoins,
sous différentes manières, l'Église connait l'effort de
transmettre l'Évangile à ce monde nouveau en évolution.
Le kérygme ou la première annonce de l'Évangile
18. La première proclamation de la vérité de l'Évangile
a été l'appel du Christ à la conversion qui se trouve au début
de l'Évangile de Marc : «Les temps sont accomplis et le Royaume de
Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle»
(Mc 1, 14). Le Royaume de Dieu, c'est maintenant. Le moment est venu
pour les hommes de tendre leur main pour saisir leur propre salut. Néanmoins,
certaines barrières dressées par la société elle-même,
peuvent frustrer les tentatives de beaucoup d'hommes de bonne volonté
pour répondre à l'appel à la conversion. Dans ce sens, les
difficultés dues à la culture impliquent des difficultés
pour la foi, défiant l'Église à entreprendre une «nouvelle
évangélisation» de la culture.
Au moment où l'Église entreprend cette tâche de la
proclamation initiale de la Vérité, ses efforts rencontrent
parfois de la résistance, et même une hostilité ouverte.
D'autres fois encore, de puissantes forces sociales essayent d'inventer des
moyens de reléguer l'Église dans le domaine de la vie privée
afin que sa prédication ne puisse avoir aucune influence sur la vie
politique et sur la politique publique. C'est ce qui a été défini
comme le divorce du Christ et de la culture. Dans certaines régions
de l'Océanie, des philosophies de vie sont décidées à
neutraliser le message chrétien et ses effets sur la loi, les
institutions sociales et les coutumes, pour que la société puisse
fonctionner de façon complètement indépendante de la foi
chrétienne.
Cet état des choses ne manque pas d'avoir des effets sur les membres
de l'Église, qui sont nécessairement influencés par la
culture et dont la formation dépend en partie. Souvent les fidèles
ne connaissent l'Évangile que selon l'interprétation qu'en fait la
société et non pas comme l'Église et sa Tradition
l'entendent. La question est ultérieurement compliquée par les
nombreuses philosophies «en vente» sur la place du marché
intellectuel, des philosophies qui sont totalement incompatibles avec l'Évangile.
La confusion qui résulte de cette situation évoque l'histoire de
Babel que nous rapporte l'Ancien Testament (cf. Gn 11, 9). Le besoin
d'Esprit qui existe dans ces cultures peut être illustré de façon
dramatique dans la vie morale et la conscience de beaucoup d'hommes. Le Pape
Jean-Paul II souligne que «c'est au plus intime de la conscience morale que
s'accomplit l'éclipse du sens de Dieu et du sens de l'homme, avec toutes
ses nombreuses et funestes conséquences sur la vie».(19)
Un tel pluralisme dans les valeurs ne peut que mener à un relativisme
éthique, avec un impact destructif sur l'évangélisation.(20)
Nombreux sont ceux qui, dans leur recherche d'une signification de la vie, expérimentent
toutes sortes de systèmes de valeurs. Ils recherchent un guide moral sûr
mais ils sont incertains sur la manière de résoudre leur
interrogation. Cette confusion qui pénètre dans les sociétés
pluralistes peut parfois être illustrée par la diminution de la
participation à la Messe, par l'abandon de la pratique des sacrements et
par d'autres manifestations. Nombeux sont ceux qui ne réalisent pas l'indéniable
rapport existant entre la foi de l'Église en Jésus-Christ et sa
mission sociale visant à développer et à améliorer
la société. Malheureusement, les statistiques montrent qu'en
certains pays développés le nombre de ceux qui abandonnent la
religion institutionnalisée et même qui se déclarent athées
- on n'appartenant à aucune religion, va en augmentant.
Le Concile Vatican II
19. Le renouvellement commencé par le Concile Vatican II
indique le chemin le plus sûr à suivre en vue de la nouvelle évangélisation
de l'Église, un programme qui a déjà connu des résultats
très positifs. Le Concile peut être considéré comme «une
nouvelle Pentecôte» pour l'Église, un nouvel épanchement
du Saint-Esprit sur l'Église, pour la raviver, la guider et la renforcer
au moment où elle cherche des chemins pour apporter la Vérité
à la culture moderne. Par exemple, la Constitution Pastorale sur l'Église
dans le monde moderne et le Décret sur la liberté
religieuse ont promu une compréhension de la foi en tant
qu'engagement conscient, libre et mûr au Christ, engagement qui doit être
vécu dans un monde en perpétuel changement. «Et vous connaîtrez
la vérité et la vérité vous libérera» (Jn
8, 32).
L'erreur de séparer la foi de la vie ne subsiste pas pour ceux qui
ont compris correctement le message du Concile. L'Esprit est véritablement
présent et agit en Océanie en indiquant de nouveaux chemins à
l'Église pour dire la vérité de Jésus-Christ dans
une société séculière : une liturgie renouvelée
dans les langues du pays ; des efforts constants, au niveau national et diocésain,
pour améliorer la présentation de la foi ; de nouveaux textes catéchétiques
et des cours pour catéchistes ; l'introduction de l'éducation à
la foi pour les adultes et l'engagement de nombreux catéchistes dévoués
dans la préparation de la prochaine génération de
catholiques, en particulier pour ce qui concerne les sacrements ; de nouveaux
mouvements spirituels et la multiplication de centres de retraite et de maisons
de prière ; la possibilité d'une éducation universitaire en
théologie pour les laïcs et les religieux ; des groupes d'étude
et d'action sur l'enseignement social de l'Église ; les déclarations
des évêques sur les questions sociales et l'engagement des
organisations ecclésiales dans les initiatives en faveur de la justice et
de la paix dans la société en général ; une
conscience de l'importance des cultures indigènes pour la religion et la
spiritualité ; une réflexion théologique systématique
sur les réalités locales.
La catéchèse : grandir dans la foi
20. Dans l'oeuvre de l'évangélisation, le programme de
formation grâce à laquelle les personnes grandissent et
approfondissent leur connaissance de la foi est dénommé catéchèse.
Pour accomplir cette tâche à l'intention de ses membres, l'Église
en Océanie, comme toute Église locale dans le monde, cherche de
nouveaux chemins d'expression de la foi qui soient l'expression des sensibilités
positives de la culture moderne tout en restant fidèles aux Écritures,
à la doctrine de l'Église et à la Tradition. Le Catéchisme
de l'Église catholique est considéré par beaucoup comme
une source bienvenue de conseils pour déterminer le contenu de la catéchèse,
et comme un instrument utile pour aider les personnes à mieux approfondir
la signification de la foi. Ce travail est considéré d'une très
grande importance pour certaines zones de l'Église en Océanie où,
apparamment, l'enseignement de l'Église n'est pas connu de façon
adéquate.
S'inspirant des paroles de saint Jérôme, qui dit que «l'ignorance
des Écritures est l'ignorance du Christ»,(21) la tendance actuelle
est de donner une plus grande importance à l'Écriture dans la catéchèse.
Le Concile Vatican II met l'accent sur son caractère essentiel : «la
prédication ecclésiastique tout entière, tout comme la
religion chrétienne elle-même, il faut donc qu'elle soit nourrie et
guidée par la Sainte Écriture».(22)
Dans certaines zones de l'Océanie, des problèmes existent à
cause du manque d'une catéchèse appropriée. Dans ces
situations, les personnes peuvent porter le nom de «catholiques» sans
vraiment chercher à approfondir la foi dans leurs vies personnelles.
L'appel à la foi demande nécessairement à être suivi
par une explication plus approfondie de la signification de la foi. À cet
égard, un grand travail reste encore à faire dans la rédaction
des catéchismes nationaux et locaux.
Le dissentiment de certains individus ou groupes vis-à-vis de
l'enseignement officiel de l'Église, comme par exemple dans le cas de la
contraception, de la fécondation in vitro ou d'autres
enseignements moraux, constitue un contre-témoignage à la seule et
unique vérité de l'Évangile. Cela peut avoir différents
effets négatifs sur les fidèles, rendant obscur quelquefois la
proclamation de Jésus-Christ comme Sauveur. En catéchèse,
une approche unifiée de la part du clergé, des religieux et des laïcs
aideraient grandement dans la lutte contre le dissentiment, ainsi que contre ses
effets néfastes.
Un autre facteur d'inquiétude dans le domaine de la catéchèse
est constitué par la situation de nombreux jeunes gens qui fréquentaient
les sacrements à l'école primaire mais qui abandonnent la pratique
religieuse durant l'enseignement secondaire, en opposant, dans certains cas, une
forte résistance à la catéchèse. Si parfois ces
personnes se tournent à nouveau vers l'Église à l'occasion
de la préparation au sacrement du mariage ou des cours concernant
l'attribution des sacrements à leurs enfants, un grand nombreux d'entre
eux, à cause de facteurs culturels, n'ont que peu d'occasions de contact
avec l'Église. Ce type de situation appelle tous les membres de l'Église,
en particulier ceux qui sont en famille, dans les paroisses et dans la catéchèse,
à témoigner de l'amour du Christ, le Bon Pasteur (cf. Jn
10, 11 s.).
Dans le monde actuel, l'Église est constamment défiée à
toucher les hommes qui ont été formés dans une société
à l'unisson avec les valeurs séculières. Il est souvent
difficile pour l'Église de trouver une tribune dans la société
civile pour présenter son message de salut. Les médias, et
particulièrement la presse et la télévision, sont précisément
conçus comme étant les moyens désignés pour
atteindre tous les niveaux et tous les groupes de la société
d'aujourd'hui. Malheureusement, leur usage est parfois limité aux seuls
intérêts économiques. L'Église cherche à tirer
parti, dans son programme d'évangélisation, des diverses
technologies modernes offertes par les masses-médias. Même si les médias
ont souvent une attitude ouvertement critique vis-à-vis de l'Église,
l'utilisation des diverses formes de communication sociale est une nécessité
pour prêcher le Christ à de vastes communautés, qu'elles
soient catholiques ou non-catholiques, croyantes ou non croyantes.
Les moyens pour annoncer la vérité de Jésus-Christ dans
une culture fondamentalement séculière doivent être encore
soigneusement élaborés. Le Christ a promis sa présence à
ses disciples, «Je suis avec vous pour toujours» (Mt 28, 20)
par Son Esprit pour les «introduire dans la vérité tout entière»
(Jn 16, 12). L'Assemblée Spéciale pour l'Océanie
est un don spécial de Dieu pour que l'Église de l'Océanie
puisse «entendre ce que l'Esprit dit aux Églises» (Ap
2, 7) pour aller à la rencontre des défis actuels.
CHAPITRE II
OECUMÉNISME ET DIALOGUE INTER-RELIGIEUX
L'Oecuménisme
21. L'oecuménisme est aux toutes premières places dans l'échelle
des priorités pour l'Église en Océanie. Le Concile Vatican
II a souligné comment le manque d'unité entre les disciples du
Christ a un effet négatif sur l'oeuvre d'évangélisation. «Plusieurs
Communions chrétiennes se présentent aux hommes comme les véritables
héritières de Jésus-Christ. Tous certes, confessent qu'ils
sont les disciples du Seigneur ; mais ils ont des attitudes différentes.
Ils suivent des chemins divers, comme si le Christ lui-même était
partagé. Il est certain qu'une telle division s'oppose ouvertement à
la volonté du Christ. Elle est pour le monde un objet de scandale et elle
fait obstacle à la plus sainte des causes : la prédication de l'Évangile
à toute créature».(23) Récemment le Saint-Père
a renouvelé l'engagement de l'Église dans sa Lettre encyclique
Ut unum sint où il traite des divers aspects du désir
d'une plus grande unité entre les chrétiens et du mouvement vers
celle-ci.(24)
En réponse à la prière du Christ, «pour qu'ils
soient un comme nous sommes un» (Jn 17, 22), les évêques
d'Océanie ont cherché de différentes manières à
avoir un contact et à nouer des relations amicales avec les chefs et les
fidèles d'autres communautés chrétiennes. Ceci a été
fait au moyen de visites personnelles, de commissions mixtes, de sessions d'études
et de projets communs d'action. Au niveau mondial, les évêques ont
pris part au dialogue et à l'étude de la doctrine avec, entre
autres, des anglicans, des méthodistes, etc., sous la conduite du
Saint-Siège. Dans plusieurs régions de l'Océanie, l'Église
catholique est devenue membre du Conseil des Églises local ou régional.
Le contact au niveau local entre les Églises a toujours été
très efficace pour opérer une compréhension de l'usage des Écritures,
des traditions liturgiques et spirituelles des différentes Églises
et a abouti à un support mutuel dans la foi. Le défi de l'Église
- qui est en même temps une opportunité - se présente quand
des personnes unies dans une culture commune sont divisées par des
croyances et des formes différentes de culte. Dans certains cas, il
existe pour les communautés des possibilités de prier ensemble, de
visiter les services respectifs et de s'unir parfois dans des projets communs d'évangélisation
et d'action sociale. Pour une compréhension mutuelle, les ressources ont été
parfois partagées pour assurer la formation des leaders laïcs, des
catéchistes et même du clergé et des religieux. L'Église
catholique a été enrichie de diverses manières par cette
expérience et a été encouragée à proclamer le
Christ de concert avec ses frères et soeurs dans la foi. Travailler pour
trouver un accord sur les problèmes brûlants tels que l'avortement
ou l'euthanasie et, si possible, pour avoir une politique commune afin de
proposer ces positions aux gouvernements et à l'ensemble de la société,
est une autre façon de travailler en vue de renforcer des liens oecuméniques
tout en témoignant de la vérité.
Dans une société toujours plus séculière où
des tentatives sont faites pour marginaliser le christianisme, et où la
foi est individualiste et la moralité est rendue relative, la
collaboration oecuménique apporte des bénéfices non
seulement à la crédibilité des communautés
respectives, mais aussi à la santé morale et spirituelle des
nations. L'association entre l'Église et les communautés chrétiennes
en Océanie semble avoir provoqué des effets positifs dans la société
civile. La rancoeur et le préjugé religieux ont largement disparu,
aidant ainsi à témoigner l'unité voulue par le Christ (cf.
Jn 17, 22). La charité chrétienne a été très
appréciée par les populations en général et s'est également
traduite en une amélioration des relations sociales.
Malgré ses effets positifs en nombre de régions de l'Océanie,
l'oecuménisme reste encore un défi. Le sentiment qui prévaut
est que le projet de l'unité des chrétiens, qui obéit à
la volonté du Christ, ne se réalise pas assez rapidement et
certains pensent même que c'est un échec. Dans certains milieux, on
constate des signes d'impatience de voir des signaux réels d'unité
sacramentelle entre les Églises. «Un seul Seigneur, une seule foi,
un seul baptême» (Ep 4, 5). Certains ne peuvent pas
comprendre pourquoi des différences de doctrine provoquent encore une
profonde division et ne peuvent être réconciliées. Des problèmes
pratiques existent toujours en ce qui concerne l'admission aux sacrements de la
part des autres chrétiens, par exemple dans les mariages oecuméniques.
La présence de vastes communautés de chrétiens orthodoxes
dans les grandes villes, avec un nombre considérable de leurs étudiants
fréquentant les écoles catholiques, fournit des opportunités
de rechercher de meilleures relations entre les Églises.
Le Dialogue interreligieux
22. Les relations avec les religions non chrétiennes
constitue une question pressante dans certaines régions. Par exemple, les
chefs de la communauté chrétienne et ceux de la communauté
juive se rencontrent souvent et ont des discussions très fructueuses. Ce
dialogue théologique a eu comme résultat une meilleure compréhension
de la tradition et de la pratique juives. En même temps, de vastes groupes
de musulmans ou d'hindous, vivant dans les quartiers, dans les villes ou
dans les pays, ne sont souvent pas compris par la plus grande partie de la
communauté ni par les chrétiens. Le dialogue serait un moyen très
utile pour abattre les barrières de la méfiance. Les religions
traditionnelles des populations de l'Océanie ne constituent pas
seulement une cause d'intérêt mais aussi une source d'inspiration.
Néanmoins, il arrive que parfois elle peuvent, dans une zone donnée,
devenir une force rivale du christianisme. Dans certains cas, le danger du
syncrétisme existe dans le mélange libéral de la
religion traditionnelle et du christianisme. Mais en même temps, l'étude
des valeurs religieuses de ces populations a amené certains chrétiens
à mieux apprécier ces cultures. Les aborigènes australiens
ont une forme de religion qui est probablement la plus ancienne que l'humanité
connaisse. Elle a des caractéristiques monothéistes qui la rendent
très importante pour l'Église dans sa compréhension des
cultures indigènes et sa mission évangélisatrice.(25)
CHAPITRE III
LES SECTES
Vision d'ensemble
23. Les sectes et les nouveaux mouvements religieux constituent une caractéristique
commune du monde actuel. En collaboration avec d'autres Dicastères de la
Curie romaine, le Conseil Pontifical pour le Dialogue Inter-religieux a dû
les inclure dans le vaste domaine de ses centres d'intérêts.(26) En
Océanie, ce phénomène concerne de près l'Église
car leurs fausses doctrines attirent un grand nombre de personnes
impressionnables et sans méfiance aussi bien dans l'Église que
dans la société, soumettant de cette façon un grand nombre
de familles, et même parfois de communautés entières, à
la division et aux difficultés.
Il semble que récemment ce phénomène ait atteint de
nouvelles proportions, en particulier en ce qui concerne l'Église. Dans
différentes régions de l'Océanie, les groupes compacts des
sectes semblent offrir une expérience intense et émotionnelle à
certains catholiques qui n'ont jamais été capables d'atteindre une
expérience semblable à l'intérieur des services liturgiques
de l'Église. La musique, les chants, les révélations privées,
les visions et le fait de parler des langues nouvelles jouent un rôle déterminant
dans l'attraction qu'éprouvent les personnes, et en particulier les
jeunes, vis-à-vis de ces sectes. Pour des individus à la recherche
d'une stabilité dans un monde qui connaît une évolution
rapide, ces sectes enseignent des doctrines fondamentalistes qui offrent souvent
une fausse sécurité dans des codes moraux de conduite rigidement
inflexibles. Certaines de ces sectes visent d'une façon agressive et délibérée
l'Église catholique et s'emparent des plus faibles de ses membres qui,
par exemple, peuvent se sentir «perdus» dans les vastes assemblées
d'Église dont la dimension peut parfois limiter le contact personnel. Une
fois assimilées dans une secte, les personnes chercheront à y
entraîner leurs familles et leurs amis. Ceci entraîne généralement
une déchirure très profonde dans la famille et dans la communauté.
Vu la situation, le défi qui se pose à l'Église en Océanie
est de chercher des façons de contrecarrer l'effet de ces sectes et de
ces nouveaux mouvements religieux : en promouvant une plus grande communion au
sein des communautés ecclésiastiques en proposant des ministères
de guérison qui permettent aux blessés, aux aliénés
et à ceux qui ont été lésés dans leurs
sentiments de réintégrer leurs vies à travers des expériences
de conversion à l'intérieur de la communauté catholique ;
une meilleure catéchèse dans la foi qui offre aux personnes non
seulement une plus grande connaissance de la foi, mais aussi de la fausseté
des doctrines des sectes et des nouveaux mouvements religieux.
De nombreuses sectes utilisent des messages et des images apocalyptiques.
Les rêves et les aspirations sont mis en relation avec des messages
bibliques utilisés tout à fait en dehors de leur contexte
originel. Un fondamentalisme biblique déforme une compréhension
authentique et riche en signification de la vérité de Jésus-Christ.
Par leur utilisation d'expressions et de symboles chrétiens, ces sectes
faussent les aspirations des personnes et leur besoin de salut. L'existence même
de ces sectes montre quel effort devrait être fait, de façon
profonde et libératrice, pour proclamer la vérité de Jésus-Christ
suivant les meilleures traditions de l'Église.
Points spécifiques
24. Les sectes et les nouveaux mouvements religieux d'Océanie n'ont
pas tous des racines chrétiennes. Parmi les formes les plus populaires de
progrès personnels qui se réfèrent aux traditions
orientales on compte le yoga et la méditation bouddhiste. Des ashrams
et des centres de Zen ou de méditation bouddhiste peuvent être
vus comme des refuges contre la course frénétique de la vie dans
les grandes villes. Dans leurs formes les plus acceptables, ces types d'expériences
peuvent souvent offrir une aide véritable à des personnes qui en
ont besoin. Elles peuvent néanmoins représenter la cause d'un éloignement
des catholiques de leur foi, pour des raisons différentes.
La forme la plus répandue d'un nouveau type de spiritualité
est le New Age. Lié au processus de sécularisation ce
mouvement tire des éléments des traditions juives et chrétiennes
comme du gnosticisme et des religions orientales. Ses adeptes croient qu'une
nouvelle conscience a surgi sur la planète, qui rendra toute religion et
toute philosophie surpassées. Cela semble être la réaction
la plus radicale au nihilisme et à l'absence de valeurs qui ont fini par
caractériser une culture industrialisée et technologique de
consommation et de communication de masse.
Certaines sectes et certains nouveaux mouvements religieux utilisent des
tactiques agressives dans leur prosélytisme vis-à-vis de nouveaux
adhérents choisis parmi les baptisés, en leur causant ainsi
souvent des injustices. D'autres laissent leurs adeptes avec de sérieux
problèmes psychologiques. Souvent, lorsque certains parviennent à
quitter une secte ou un nouveau mouvement religieux, il leur est très
difficile de rentrer dans la société. Ces groupes représentant
essentiellement un phénomène qui exprime la peur qu'ont les
personnes à l'égard d'un monde qu'il leur est difficile
d'affronter, ils sont surtout renfermés sur eux-mêmes. Au
contraire, l'Église à qui le Seigneur a promis d'encourager son
peuple, «mais gardez courage ! J'ai vaincu le monde» (Jn 16,
33), offre à ses membres l'optimisme chrétien pour faire face à
la vie dans le monde.
Avec leur influence croissante, les sectes et les nouveaux mouvements
religieux constituent, sous plusieurs aspects, un défi pour l'Église.
Une réponse adéquate à ce défi exige une
proclamation initiale de l'Évangile aux personnes et une catéchèse
des membres de l'Église se référant aux expériences
et aux désirs locaux, et qui soit concentrée sur les vérités
fondamentales plutôt que sur les théories secondaires. Dans la
planification et dans la célébration de ses liturgies et de ses
pratiques de dévotion, l'Église doit prendre en considération
des éléments tels que : les besoins émotionnels des
participants, les formes inculturées, les dévotions populaires,
etc.
CHAPITRE IV
JUSTICE ET PAIX
Travailler pour instaurer le Royaume de Dieu
25. En avançant sur le Chemin qu'est le Christ, en proclamant Sa Vérité
et en vivant Sa Vie, l'Église contribue à la construction d'une «civilisation
de l'amour», où règnent la justice et la paix. En se donnant
de tout coeur à cette tâche dans le monde actuel, l'Église
attend, avec une espérance joyeuse la venue du Royaume final, quand toute
injustice sera effacée et toute souffrance disparaîtra de la création
«afin que Dieu soit tout en tous» (1 Co 15, 28). Le Concile
Vatican II l'affirme, «la mission propre que le Christ a confiée à
son Église n'est ni d'ordre politique, ni d'ordre économique ou
social : le but qu'Il lui a assigné est d'ordre religieux».(27) Par
la prédication de l'Église, la Lumière de l'Évangile
brille sur les hommes, de sorte qu'en devenant croyants dans le Christ la Lumière
salvifique puisse, à travers eux, pénétrer et illuminer les
réalités séculières.
La mission de l'Église dans le monde se résume dans
l'affirmation suivante : «L'Église, en poursuivant la fin salvifique
qui lui est propre, ne communique pas seulement à l'homme la vie divine ;
elle répand aussi, et d'une certaine façon dans le monde entier,
la lumière que cette vie divine irradie, notamment en guérissant
et en élevant la dignité de la personne humaine, en affermissant
la cohésion de la société et en procurant à
l'activité quotidienne des hommes un sens plus profond, la pénétrant
d'une signification plus haute».(28) Les membres de l'Église doivent
être le levain de façon à en renouveler et à en
transformer, selon la volonté du Christ, toutes les parties qui en sont
dignes. «De cette mission religieuse découlent une fonction, des
lumières et des forces qui peuvent servir à constituer et à
affermir la communauté des hommes selon la loi divine».(29)
Nombreux sont les éléments qui indiquent que l'Église
en Océanie a pris à coeur sa mission de transformer la société
et ses structures sociales par la puissance de l'Évangile. La création
de nombreuses commissions «Justice et Paix» au niveau local et
national ont conduit à la réalisation de programmes pour expliquer
et diffuser la doctrine sociale de l'Église. Au plan pratique, ces
commissions ont défendu la dignité humaine de la personne, condamné
la discrimination raciale et encouragé les programmes de développement
humain. Elles ont, en outre, formulé des propositions aux Gouvernements,
particulièrement en faveur des pauvres et des marginalisés, et ont
signalé les causes d'injustices politiques, sociales et économiques.
En même temps, elles ont affrontés certains thèmes spécifiques
à l'Océanie, tels que les accords internationaux, qui sont désavantageux
d'un point de vue économique et politique pour les pays les plus petits
ou les plus faibles ; la discrimination économique, une situation où
une nation ou un secteur de la société tire des bénéfices
aux dépens des autres ; le problème, dans les pays développés,
d'une différence toujours croissante entre les riches et les pauvres ; la
nécessité d'une éthique de la responsabilité et de
la justice sociale dans l'industrie, le commerce et la banque, surtout en ce qui
concerne les salaires des travailleurs par rapport aux marchés mondiaux,
et les attitudes et les pratiques des pays les plus développés
vis-à-vis de ceux moins développés en rapport avec les économies
globalisées. Au plan concret, les organismes d'aide sociale de l'Église
dans la région ont fourni une assistance financière et matérielle
à de nombreux pays, groupes, familles et individus, surtout à la
suite des désastres naturels.
Si le phénomène d'une économie globalisée entraîne
des bénéfices sociaux et culturels pour de nombreuses régions
de l'Océanie, il provoque également d'importants changements dans
la vie des personnes, dont certains sont difficiles à affronter. Par
exemple, le chômage et le manque de possibilités de travail
augmentent dans beaucoup de zones de l'Océanie et provoquent des
privations pour des personnes, des familles et des communautés entières.
Les jeunes sont particulièrement affectés par ce problème :
il peut leur arriver facilement de grandir dans le découragement et dans
la désillusion, qui se transforment par conséquent en des formes
de comportement contraires à l'éthique ou même en suicide,
un phénomème qui est en augmentation dans quelques régions
de l'Océanie. La doctrine sociale de l'Église a beaucoup à
offrir aux gouvernements et aux entreprises dans leur travail avec les autres
pour formuler de saines politiques et des programmes d'éducation sur les
pratiques de l'emploi dont peuvent bénéficier non seulement les
personnes mais aussi la société.
L'événement le plus significatif de l'histoire récente
de l'Océanie a été la Deuxième Guerre Mondiale qui a
provoqué beaucoup de changements dans la région. Ainsi, des régions
de l'Océanie, à cause de leur situation géographique,
maintiennent encore des liens politiques, économiques et stratégiques
avec les U.S.A., le Japon et l'Asie du Sud-Est. Dans le même temps, les
pays de la région collaborent de plus en plus entre eux et avec d'autres
pays dans des plans de développement. Dans ces plans visant au développement,
l'Église, suivant les paroles du Pape Jean-Paul II,(30) ajoute au facteur
de l'économie, ceux des valeurs humaines et du développement
humain intégral, c'est-à-dire la considération du bien-être
de la personne et des populations entières au niveau spirituel,
religieux, social, éducatif, culturel ainsi que matériel.
Dans certaines régions de l'Océanie, l'Église joue un rôle
particulier et véritablement de premier plan dans le maintien de la paix.
Sa médiation est invoquée dans les cas de disputes entre les
groupes tribaux ou raciaux, parfois entre les gouvernements centraux et les
mouvements séparatistes, et parfois dans les cas de grève ou de
litiges à propos de l'emploi. Quand cela est possible, au nom de l'Évangile,
l'Église offre ses bons services pour apporter la paix aux communautés
à travers le message de réconciliation et de pardon du Christ. Le
Christ, «Notre paix» (Ep 2, 14), celui qui peut «créer
en lui-même un homme nouveau» (Ep 2, 15) à travers la
puissance de Sa Croix, en abattant les murs de division entre les peuples.
Responsabilité dans la Création
26. La Justice et la Paix ne concernent pas seulement les circonstances
affectant la personne ou les groupes de personnes. La création, c'est-à-dire
toute la vie présente sur la planète et les conditions matérielles
qui la soutiennent, sont concernées par le comportement humain, en
particulier les activités économiques telles que
l'industrialisation, les mines, l'exploitation du pétrole, les
habitations, l'agriculture, etc. Si elles ne sont pas contrôlées,
ces activités peuvent parfois endommager ou même détruire
des parties entières de l'environnement. En Océanie, un grand
nombre d'animaux et d'espèces de plantes ont déjà été
détruits et d'autres sont en danger. Dans son enseignement sur la
destination universelle des biens, l'Église enseigne le respect et la
responsabilité dans l'utilisation de la création.
Outre les inquiétudes concernant l'environnement, les gouvernements
et les entreprises doivent aussi prendre en considération, dans leurs
politiques et pratiques économiques, la culture et à les coutumes
des diverses populations du Pacifique, par exemple pour les pasteurs de
troupeaux de bovins, les éleveurs de moutons, les producteurs de céréales,
les bûcherons, les pêcheurs, etc. Dans ses programmes pastoraux, l'Église
cherche à venir au-devant de leurs besoins particuliers dus aux
circonstances de leurs vies telles que les sentiments d'isolement et de
solitude, les grandes distances qui les séparent les uns des autres,
leurs modes de vie menacés, la pression économique, etc.
La pollution de l'environnement en tant qu'effet secondaire d'une société
industrielle constitue également une préoccupation, spécialement
pour une région comme l'Océanie où certaines zones sont
encore à l'état naturel. Actuellement, à cause du développement
de l'industrie, la contamination des fleuves, de la mer et de la terre ne cesse
d'augmenter. Les principales villes doivent faire face aux effets nuisibles des
gaz d'échappement sur la santé de la population. Les hommes de
science ont soulevé le problème critique de l'épuisement de
la couche d'ozone sur l'Antarctique et sur les Océans du Sud, un problème
qui ne concerne pas seulement les peuples d'Océanie mais la population
mondiale tout entière. Il reste encore à évaluer les effets
à long terme des tests nucléaires dans la région.
TROISIÈME PARTIE
VIVANT LA VIE DE JÉSUS-CHRIST
Introduction : La vie nouvelle dans le Christ
27. L'évangélisation est un processus aux aspects multiples.
Elle commence par la proclamation de la vérité révélée
par Jésus-Christ. À travers l'évangélisation, le
Christ lui-même appelle les croyants à entrer en Son Église
dans la communauté de foi pour être le nouveau Peuple de Dieu, Son
Corps Mystique dans le monde. Les sacrements, en particulier la sainte
Eucharistie, célèbrent et approfondissent la vie nouvelle «dans
le Christ» commencée par le Baptême, qui rend enfants du Père,
fils et filles de Dieu dans le Christ par la puissance du Saint-Esprit. En vertu
de la rédemption en Christ, célébrée dans les
sacrements de l'Église, l'existence humaine tout entière est, en
puissance, capable d'être transformée par une conversion profonde
du coeur. Saint Paul déclare : «On vous a enseigné qu'il vous
faut abandonner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme,
qui va se corrompant au fil des convoitises décevantes, pour vous
renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement et revêtir
l'Homme Nouveau, qui a été créé selon Dieu, dans la
justice et la sainteté de la vérité» (Ep 4,22-24).
Saint Paul insiste sur l'unité avec le Christ. «Pour moi, certes, la
vie c'est le Christ, et mourir représente un gain» (Ph 1,21),
et «si je vis, ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi»
(Ga 2,20).
Le chrétien authentique est quelqu'un qui est activement pris dans
l'expérience d'une relation aimante avec Dieu le Père par une
union intime avec Son Fils dans une vie entièrement poussée et
guidée par l'Esprit. Cet engagement total à Dieu vient d'une
rencontre vivante avec la personne de Jésus-Christ, «qui fut livré
pour nos fautes et ressuscité pour notre justification» (Rm 4,24).
C'est une expérience qui implique un partage réel dans la mort du
Christ (cf. Col 2,12) et dans la vie avec Lui (cf. Col 2,20),
qui nous fait atteindre une maturité spirituelle en grandissant dans le
Christ (cf. Ep 4,15). Dans ce processus de transformation, l'Esprit est
l'agent du dessein aimant de Dieu pour la sanctification personnelle, pour bâtir
la communauté de l'Église et pour transformer le monde. L'Esprit
remplit d'amour le coeur des croyants (cf. Rm 5,5) en les irradiant de
joie, de paix et de patience (cf. Ga 5,22). C'est le même Esprit
qui, à la Pentecôte, enflamma les coeurs des Apôtres pour
qu'ils proclament le Christ à travers le monde entier.
CHAPITRE I
LES SACREMENTS
Le renouveau au Concile Vatican II
28. Pour Vatican II, le point de départ du renouveau a été
une prise de conscience nouvelle de l'Église et de son identité.
Elle est la Lumière des nations, le nouveau Peuple de Dieu, un peuple pélerin
conduit par le Christ, le Bon Pasteur, à sa demeure éternelle qui
est au ciel. L'image de l'Église comme Peuple de Dieu a été
spontanément bien accueillie par les fidèles. Une telle image suggérait
la chaleur et l'intimité d'une famille et aidait à stimuler une
plus grande participation de tous les membres de l'Église, des laïcs
en particulier.
En même temps, dans la société civile ont eu lieu des
changements qui ont eu des effets sur les dispositions envers l'Église,
particulièrement dans les pays d'Océanie qui ont les valeurs
occidentales. À la suite de quoi, certains ont commencé à
recourir à des procédures et à des modèles démocratiques
pour la vie de l'Église. Des membres de l'Église se sont demandés
s'ils n'avaient pas été rendus libres dans l'Église de
suivre les nombreuses formes de libération offertes par les sociétés
modernes et en mutation. Par ailleurs, d'autres s'inquiétaient de ce que
l'Église ait perdu, ou du moins compromis, son unicité devant le
monde. En conséquence, dans certaines sociétés, l'Église
s'essaye à examiner et à appliquer de nouveau les documents de
Vatican II.
Le concept-clé conciliaire de l'Église comme sacrement de
l'unité de Dieu avec l'humanité(31) est essentiel dans cette
discussion. La sécularisation a obscurci et faussé l'idée
de l'Église comme étant le lieu où Dieu réalise sa
volonté et son dessein dans l'histoire pour le salut du monde. La baisse
du sens du sacré dans la société est clairement démontrée
par le manque de foi en l'Église comme moyen spécialement choisi
par Dieu pour sauver l'humanité. Beaucoup cherchent à découvrir
des formes de remplacement de la transcendance. Face à ces situations,
fidèle à sa mission d'annonce de l'Évangile, l'Église
proclame la vérité éternelle - le salut qui vient du Christ
seul, et d'aucun autre nom (cf. Ac 4,12).
La Réforme liturgique
29. La réforme de la vie liturgique de l'Église, appelée
par le Concile Vatican II, était déjà en route pour répondre
à ce défi. Le Concile voulait surmonter la séparation entre
la religion et la vie en montrant comment la célébration des
sacrements sanctifie la vie à chaque étape du cycle de la vie, de
la naissance à la mort. Les gestes et les actions accomplis dans la
liturgie ont été réformés pour exprimer clairement
qu'ils sont des instruments de grâce. Spécialement dans la liturgie
Eucharistique, cette réforme a mis l'accent sur la structure de la
parole-sacrament du rite liturgique et souligné le concept théologique
du Mystère pascal du Seigneur, à savoir, la passion, mort et résurrection
du Christ commémorées et rendues présentes à la
Messe. Parallèlement à la dimension horizontale et sociale de
fraternité et de communion par la liturgie, la dimension verticale ou
transcendentale a été aussi présentée. Le culte célébré
par l'Église sur terre est déjà une participation à
la liturgie du ciel par l'action du Christ, le Grand Prêtre.
Sur le plan de l'inculturation de la liturgie, de nombreuses Églises
locales en Océanie travaillent diligemment pour discerner de quelle manière
des rites traditionnels comme, par exemple, la purification, l'offrande, la réconciliation,
etc., peuvent être introduits ou reçus dans la liturgie, suivant
les normes fixées par l'Église. Ces réformes liturgiques
pourraient aider à exprimer et à signifier de façon plus
appropriée, la vie nouvelle en Christ offerte à la communauté
chrétienne et à ses membres, et célébrée par
les sacrements.
La vie par les sacrements
30. L'initiation, dans la communauté chrétienne, se fait par
le Baptême, la Confirmation et l'Eucharistie. En favorisant la célébration
du Baptême pendant la Messe en présence de toute la communauté,
l'Église démontre que les sacrements sont des actes qu'elle
accomplit, non seulement pour la sanctification des individus, mais aussi pour
la construction de toute la communauté en Corps du Christ. Le manque
d'une juste compréhension des sacrements peut conduire à des abus.
Par exemple, en ce qui concerne le Baptême, parfois les parents
n'apportent pas volontiers leurs enfants pour qu'ils soient baptisés, prétendant
- à tort - laisser le choix de la religion à l'enfant lorsqu'il
aura grandi. De même, pour certains, la réception du sacrement de
Confirmation, le sacrement de l'engagement adulte dans l'Église et dans
sa mission dans le monde, marque souvent, hélas, l'étape où
un nombre considérable de jeunes catholiques cessent tout contact actif
avec l'Église. Des cours préparatoires aux sacrements du Baptême,
à la première Confession et Communion, et à la
Confirmation, sont des occasions de choix pour évangéliser non
seulement ceux qui recevront le sacrement, mais aussi toute la famille.
L'Eucharistie est le sommet de la vie de l'Église. Le Christ y est présent
dans Sa Parole, dans la personne du prêtre et dans la communauté
adorante des fidèles.(32) Cette présence est réalisée
au degré le plus haut et le plus complet dans le pain et le vin consacrés,
le sacrement de Son Corps et de Son Sang, offerts en sacrifice et partagés
dans la communion. Cette foi exige l'acceptation de certaines conséquences
quant à la préparation, la participation, le comportement, les
expressions, le culte dominical et la construction de l'Église. Le caractère
sacré du dimanche, le Jour du Seigneur, pendant lequel la communauté
catholique se réunit pour l'Eucharistie, est de plus en plus contesté,
en certains endroits, par l'introduction du commerce dominical, le manque de
clarté dans la catéchèse à propos de l'obligation
dominicale, et le calendrier dominical d'évènements sportifs et de
divertissements. Enfin, le sens de l'église comme lieu sacré de
culte, où règne la prière silencieuse, n'est pas toujours évident.
Les sacrements confrontent avec réalisme la fragilité et l'échec
humains, moraux et physiques. Les sociétés occidentales témoignent
en général d'une pratique non fréquente du sacrement de pénitence.
Il semble y avoir là nombre de notions erronées sur la nécessité
de se confesser à un prêtre, sur les effets communautaires du péché,
sur la grâce du sacrement, etc. Les facteurs principaux de la société
liés à ce déclin sont entre autres : une attitude générale
qui fait éviter la responsabilité personnelle de ses actions, une
prise en compte excessive des facteurs psychologiques et sociologiques et un
perte du sens du péché. Une catéchèse adéquate
est importante pour aider à inverser cette tendance.
Des changements sont aussi survenus avec l'introduction de l'onction des
malades, appelée autrefois «extrême onction», car elle était
réservée aux mourants. Il est encourageant de constater que ce
sacrement est reçu par un nombre croissant de personnes en situation où
leur vie est menacée - par exemple en cas de maladie grave, d'opérations
-, et souvent en groupe pour les personnes âgées. La célébration
communautaire du sacrement est souvent une cause de vraie consolation pour les
malades, leurs familles, leurs amis et ceux qui les soignent. La Messe des défunts
et le rite funéraire renouvelé sont aussi une source d'espérance
et d'inspiration pour les catholiques comme pour les non-catholiques.
La Messe de mariage et le rite nuptial présentent le mariage chétien
comme une alliance d'amour, reflétant l'amour du Christ pour son Église.
Ils offrent une excellente opportunité pour l'évangélisation,
parce que, à ce moment-là, les gens sont mieux disposés
envers le prodige et la bonté du message de l'Église. Toutefois,
en certains endroits, le caractère sacramentel du mariage est menacé
par des comportements courants dans la société civile comme, par
exemple, l'acceptation d'une co-habitation sans mariage, celle de relations prématrimoniales,
du divorce et du remariage, etc.
CHAPITRE II
LA VIE HUMAINE ET LA SANTÉ
La vie, don de Dieu
31. La vie est au centre même du message chrétien. Le Christ décrit
ainsi sa mission rédemptrice : «Je suis venu pour qu'ils aient la
vie et qu'ils l'aient en abondance» (Jn 10,10). Dieu le Créateur
est la source de la vie et le maître de toute vie. Les personnes sont les
gérants du don de Dieu. Ce don n'est pas simplement une réalité,
physique ou biologique mais un don où le Donneur est rendu présent.
L'humanité est crée à l'image de Dieu et appelée à
la perfection à travers communion avec Dieu dans le Christ et par l'Église.
La morale chrétienne donc, est une morale centrée sur la vie. Elle
trouve joie dans la vitalité, dans le fait d'être vivant, ce qui
devrait conduire la personne à un sens de gratitude envers le Créateur.
Toute la loi morale n'est ni restriction ni entrave mises à l'énergie
naturelle et à la vitalité spontanée; c'est une protection
contre le mal et une indication, une boussole pointée vers le plein épanouissement
humain.
Le passage suivant de l'Écriture est tout à fait explicite sur
le lien qu'il y a entre la vie et la loi, entre la morale et le bonheur avec
Dieu : «Vois, je te propose aujourd'hui vie et bonheur, mort et malheur. Si
tu écoutes les commandements du Seigneur ton Dieu que je te prescris
aujourd'hui, et que tu aimes le Seigneur ton Dieu, que tu marches dans ses voies
[... ] tu vivras et tu multiplieras, le Seigneur ton Dieu te bénira dans
le pays où tu entres pour en prendre possession. [...] Je te propose la
vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis
donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant le
Seigneur ton Dieu, écoutant sa voix, t'attachant à lui; car là
est ta vie, ainsi que la longue durée de ton séjour sur la terre»
(Dt 30, 15-20).
La vie qu'offre Dieu est une vie nouvelle et éternelle,
une vie en communion avec le Père. Chacun est appelé à
cette vie par le Fils, dans et par la puissance de l'Esprit sanctifiant. C'est
seulement en référence à la plénitude de vie en Dieu
que les multiples aspects et les moments du développement de la vie
humaine acquièrent toute leur vraie signification.
Attitudes culturelles envers la vie
32. En Océanie, les peuples qui ont conservé leur culture
indigène évaluent la vie humaine non seulement comme une réalité
physique individuelle ou actuelle, mais comme une plénitude dynamique
offerte au sein de la communauté ancestrale. Ils conçoivent sans
peine Dieu comme la vie en plénitude, partagée avec eux à
travers les ancêtres de la communauté. Vivre en communauté
c'est partager la vie. Selon ce point de vue, la morale est vue comme la réponse
au désir de porter la vie à sa plénitude. La vie morale est
un mouvement de la personne vers son accomplissement en Dieu. Pour ces peuples,
la morale est vécue en communauté, et la responsabilité
individuelle est assumée en vue de la vie et des valeurs communautaires.
La liberté est comprise par rapport à la communauté, à
sa floraison ou à son déclin. Il peut y avoir un sens si fort de
communauté entre le peuple et Dieu que Dieu peut être conçu
comme possédant cette vie qu'ils reçoivent de Dieu et partagent
avec Lui.
La manière de comprendre la vie dans une société
technologique est extrêmement différente. Dans ce cadre, les
gens jouissent aussi de la vie, de la beauté, des arts et des sciences,
du sport, d'une bonne santé, parfois même plus prisée que
les talents intellectuels et spirituels. Cependant, dans une société
de consommation, la vie peut facilement être réduite à une réalité
purement biologique, un matériel vivant manipulable en laboratoire ou sur
la table d'opération. Alors, ce qui est technologiquement possible est
souvent fait sans aucune référence au merveilleux mystère
de la vie humaine comprise comme destinée à fleurir dans l'éternité
ni aux impératifs moraux établis par Dieu. L'«impératif
technologique» signifie que ce qui peut être fait, doit être
fait. Certains savants ont déclaré qu'on ne devrait mettre aucune
limite morale à la recherche et à l'expérimentation, parce
que cela nuirait au progrès de la science, et par là de la société.
C'est une revendication pour une liberté absolue de la science, qui doit
prévaloir sur toute autre liberté en société. Toute
revendication morale impliquée en ces matières s'appuie généralement
sur l'utilitarisme : le calcul du plus grand bien pour le plus grand nombre.
Quelques-uns voient là, à tort, l'accomplissement du commandement
chrétien de l'amour. Une telle revendication, cependant, rend douteuses
toutes les conceptions morales acceptées quand celles-ci ne peuvent
passer avec succès le test utilitaire. Avec une telle mentalité,
la naissance et la mort perdent leur mystère. Elles ne manifestent plus
la présence de Dieu comme le Seigneur de la création,
personnellement présent à tout être humain. La personne
humaine devient une autre entité matérielle à manipuler à
volonté pour des fins matérielles.
Questions morales
33. Dans ses programmes sociaux planificateurs et législatifs,
la société moderne est de plus en plus déterminée à
appliquer la technologie et les découvertes de la science au plus grand
nombre possible de ses activités. L'Église est mise au défi
de trouver des moyens efficaces pour faire entendre et appliquer son message par
les gouvernements, les savants et les gens en général.
L'Église s'intéresse à la vie en toutes ses étapes,
sous tous ses aspects et s'en soucie depuis la conception jusqu'à la mort
naturelle. Les Conférences épiscopales et les évêques
individuellement ont parlé sur les questions de vie; ils ont fait des
propositions aux gouvernements et se sont évertués à
diffuser l'enseignement de l'Église dans les media. Leur enseignement est
basé sur la dignité de la personne humaine et sur la
destinée éternelle de toute personne. Ils ont défendu le
caractère sacré de la vie humaine et le droit à la vie
depuis le premier instant de la conception. Tout type d'avortement provoqué
a été condamné comme l'un des crimes les plus horribles qui
affligent la société. La contraception, parce qu'elle altère
le sens réel de la sexualité humaine en séparant l'acte
d'amour de sa fécondité, ne répond pas au critère de
la parenté responsable. Les évêques ont protesté
contre la manipulation volontaire de l'embryon et contre sa destruction. Ils ont
fait connaître le refus de l'Église d'accepter la conception hors
du corps de la mère sous la forme de fécondation in vitro
(IVF) comme un moyen légitimement moral de traiter la stérilité.
L'euthanasie est le dernier thème qui émerge dans le débat
public. Ce qui est en question n'est pas le retrait légitime d'un
traitement médical qui ne peut plus bénéficier au patient, à
qui il est alors permis de mourir avec dignité et dans la paix. «Par
euthanasie au sens strict, on doit entendre une action ou une omission qui, de
soi et dans l'intention, donne la mort afin de supprimer ainsi toute douleur».(33)
Généralement, cela veut dire qu'une autre personne, habituellement
un docteur, intervient directement et délibérément pour
provoquer la mort du patient. Selon la loi de Dieu, une telle action ne peut être
considérée que comme un meurtre ou un suicide assisté.
L'Église rend témoignage à la vie
34. Les problèmes soulevés par la pratique de la médecine
dans un hôpital moderne ont incité à établir des
comités d'éthique et des centres de bio-éthique et de
conseil. Le système hospitalier catholique a beaucoup contribué
à la solution des problèmes des services médicaux dans la
communauté. L'enseignement et l'accomplissement du rite de l'onction des
malades a été une source d'inspiration pour le soin pastoral des
malades. De différentes manières l'Église a fait preuve de
compréhension et de compassion dans son apostolat en aidant à guérir
les blessures physiques et spirituelles d'une humanité brisée. La
distribution de fonds et de ressources pour les soins sanitaires dans les
communautés est une question brûlante de justice sociale. L'Église
ne veut pas voir les pauvres, les faibles et les personnes âgées désavantagés
dans la course aux rares services et installations de soins. Le fait que les hôpitaux
sont souvent dirigés comme une entreprise fait craindre pour le sort de
ceux qui ne peuvent payer les services qu'ils fournissent.
L'Église a encouragé les docteurs, les infirmiers et toutes
les personnes de bonne volonté à s'organiser en défense du
droit à la vie.(34) Ils doivent employer des méthodes non
violentes, car «lorsque, conformément à leur inspiration
authentique, ces mouvements agissent avec une ferme détermination mais
sans recourir à la violence, ils favorisent une prise de conscience plus
répandue de la valeur de la vie».(35) Néanmoins, certains législateurs
et magistrats, malheureusement même quelques catholiques, cèdent
aux pressions de la société en cherchant une respectabilité
légale pour des actes qui sont moralement indéfendables. Il est
bien vrai le principe selon lequel la violence engendre la violence. Parallèlement
à l'augmentation des meurtres des enfants à naître ou des
malades terminaux, il semble bien y avoir un accroissement proportionné
de suicides, de crimes, d'agressions, de violence domestique, d'exploitation
sexuelle d'enfants et d'autres types d'actes de violence.
Le Pape Jean-Paul II dans sa Lettre encyclique Evangelium Vitae a
traité toutes ces questions dans le cadre de l'Écriture et de la
tradition de l'enseignement moral de l'Église. Il dit: «L'un des
aspects caractéristiques des attentats actuels contre la vie humaine,
ainsi qu'on l'a déjà dit à plusieurs reprises, est la
tendance à exiger leur légitimation juridique comme si c'étaient
des droits que l'État, au moins à certaines conditions, devait
reconnaître aux citoyens».(36) En signalant la conformité nécessaire
de la loi civile et de la loi morale, le Pape montre que les lois qui légitiment
l'avortement ou l'euthanasie sont injustes et cessent d'être des lois
parce qu'elles violent le droit inviolable et inaliénable de chaque être
humain à la vie. Ce droit a été obscurci par le relativisme
moral, qui refuse d'admettre toute force universelle qui soit aussi
contraignante pour les concepts moraux. Mais «il est difficile de ne pas
voir que, sans un ancrage morale objectif, la démocratie elle-même
ne peut pas assurer une paix stable».(37)
Le problème pratique survient quand des politiciens catholiques
consciencieux doivent voter pour ou contre un projet de loi qui limiterait
les effets, par exemple, d'une loi sur l'avortement déjà passée.
Dans une société pluraliste, on peut penser que la distinction
entre la coopération licite et illicite (38) avec les lois
injustes sera un problème très réel pour l'Église à
l'avenir. Les politiciens catholiques sont en première ligne pour assurer
que les valeurs chrétiennes seront, et resteront, reflétées
dans la législation. Leurs efforts méritent d'être encouragés
et soutenus.
CHAPITRE III
MARIAGE ET FAMILLE
Effets culturels
35. L'Église définit la famille comme la première unité
de la société dont la mission est d'être «le sanctuaire
de la vie»,(39) où un époux et une épouse trouvent
leur réalisation personnelle, où naissent les enfants, où
ils sont élevés et instruits, et où les personnes plus âgées
sont soignées. Le mariage et la famille sont des institutions qui
ressentent la pression des rapides changements sociaux. En bien des endroits,
ils sont aussi sujets à une intense activité législative de
la part des gouvernements. Souvent, la législation n'est pas seulement
une réaction et un ajustement à de nouvelles réalités
sociales, mais une cause de changements encore plus frénétiques, généralement
au nom de la liberté des personnes de choisir leur propre style de vie.
Dans l'ensemble, la famille et le mariage sont davantage soutenus dans les
cultures traditionnelles indigènes, centrées sur la communauté,
que dans les sociétés typiquement occidentales. Toutefois,
quelques-unes de ces sociétés indigènes ont hérité
de pratiques sexuelles et matrimoniales pas toujours en accord avec l'Évangile,
par exemple, la pratique du «prix de la mariée», le fait qu'un
mariage doit être fécond avant d'être socialement reconnu,
l'asservissement des jeunes femmes dans la famille, etc. La facilité
accrue des voyages et la croissance de la richesse, jointes au développement
commercial et économique, ont souvent un effet négatif sur les
institutions du mariage et de la famille.
La famille
36. De plus en plus dans la société occidentale, la famille
en tant qu'institution sociale apparaît souvent peu sûre de son
identité propre. Le monde dans lequel vivent les enfants tend de plus en
plus à séparer ceux-ci de leurs parents et du foyer. L'éducation
requiert du temps et des efforts déterminés comme toutes les
autres activités de la vie. L'absence, physique ou psychologique, d'un
parent est un trait frappant et douloureux de certaines sociétés
contemporaines. Le fait que, souvent, le travail domine et prenne la majeure
partie du temps des parents signifie que les enfants les voient peu à la
maison. Quand les mères sont obligées de travailler, la difficulté
augmente encore. Dans bien des sociétés aujourd'hui, il devient
toujours plus difficile pour les parents et pour les enfants de se connaître
suffisamment les uns les autres pour faire de la famille une communauté.
De plus, la situation de la famille est aussi menacée par des
comportements et des pratiques de plus en plus acceptés par la société,
qui rendent la famille, telle qu'on la connaissait, moins reconnaissable, ou qui
lui donnent une nouvelle définition. Parfois, ces situations sont
sanctionnées par la loi civile. De nombreux phénomènes
sociaux ont conduit à ce stade : le grand nombre des naissances
hors-mariage; les couples qui cohabitent sans être mariés; un taux élevé
de divorces; les pressions pour que l'institution du mariage soit étendue
aux couples homosexuels ou lesbiens, etc. Le caractère transitoire des
institutions du mariage et de la famille est certainement l'un des «signes
des temps» négatifs en plusieurs parties de l'Océanie
aujourd'hui.
Les jeunes sont pleins d'énergie et d'idéalisme. Ils sont
l'avenir de la société et de l'Église et donc, méritent
d'être encouragés au mieux à développer pleinement
leurs talents. Pour la plupart, les jeunes aspirent fortement à la
justice et veulent travailler pour vaincre les préjugés, la
pauvreté et l'inégalité dans le monde. Ils veulent
participer à la construction d'un monde meilleur, plus juste et plus
aimant, en dépit des divers dangers auxquels ils sont exposés, par
exemple la drogue, les pressions sociales, le consumérisme, etc. En même
temps, les moeurs sexuelles d'une partie de la jeunesse semblent devenir plus
laxistes, spécialement en raison de la disponibilité des moyens de
contraception et d'avortement. Dans de nombreuses sociétés en Océanie,
la sexualité prématrimoniale est plus largement acceptée et
se pratique sans aucune restriction sociale. En raison du grand impact qu'a la
société sur les jeunes en leurs années importantes de
formation, l'Église se trouve souvent en difficulté pour atteindre
la jeunesse par ses programmes et ses services pastoraux.
La famille est une unité de base dont dépendent toutes les
autres institutions sociales. L'Église reconnaît que la famille
devient elle-même pour ainsi dire une «Église domestique»(40)
d'adoration, de prière et de vie sacramentelle par son identification
avec le Christ dans Son Corps Mystique.
Le lien du mariage
37. Pendant la dernière génération, l'enseignement de
l'Église a insisté sur la grandeur de la vocation au mariage.
Le mariage est décrit comme une union interpersonnelle du mari et de la
femme, un partage de tous les aspects de leur vie. Le sacrement du mariage
signifie que «les deux deviennent une seule chair» (Gn 2,24),
de telle sorte que leur union reflète et réalise l'amour qu'a le
Christ-Époux pour son Épouse, l'Église. «Maris, aimez
vos femmes comme le Christ a aimé l'Église : il s'est donné
pour elle» (Ep 5,25). Les évêques et les prêtres
ont activement prêché ce message. Ils ont encouragé et
souvent requis des couples leur participation aux cours de préparation au
mariage. En maints endroits, il existe des mouvements, des programmes et des
groupes en vue d'améliorer la qualité de la vie de couple dans le
mariage. Des services sociaux catholiques offrent un large éventail
d'assistance-conseils et de thérapies pour individus, couples et
familles.
Cependant, malgré les efforts que fait l'Église, un nombre
croissant de mariages se solde par un échec pour les raisons suivantes :
mariage prématuré et immaturité du couple; manque de préparation
pour élever et éduquer les enfants; crises affectives jointes à
un manque de soutien de la part de la communauté, à l'intrusion
injustifiée de parents et d'amis; stress causé par les difficultés
financières et la tension dans le travail; le chômage; la
transformation des rôles basés sur la différentiation
sexuelle ; les moeurs sociales permissives, etc.
Face à la rupture d'un mariage, nombre de fidèles ont eu
recours aux Tribunaux ecclésiastiques matrimoniaux : d'où les annulations
de mariage sont devenues plus largement connues et discutées dans la
communauté. Mais tout le monde ne comprend pas bien qu'une annulation
n'est pas un divorce. Les curés se trouvent fréquemment confrontés
à des cas pastoraux variés concernant le mariage : des cas qui
demandent la vertu de compassion certes, mais qui nécessitent aussi que
l'enseignement de l'Église sur le mariage et la vie familiale soit
clairement affirmé. En répondant aux personnes et aux couples
impliqués dans de telles situations, les prêtres, tout en rendant
visible «le coeur du Christ», peuvent par une explication patiente et
aimante de l'enseignement de l'Église être des instruments de paix
et de réconciliation, en même temps qu'ils sont pour d'autres les témoins
de la sainteté du mariage. C'est ainsi que l'Église peut aider la
société et offrir aux jeunes un futur digne de leurs aspiration.
En même temps, elle peut enseigner l'importance de la famille et son
service à la vie, car, comme le dit le Pape Jean-Paul II, «l'avenir
de l'humanité passe par la famille».(41)
CHAPITRE IV
VOCATIONS PARTICULIÈRES ET CHARISMES
Les vocations sacerdotales
38. Les vocations sacerdotales semblent être nombreuses en
Papouasie - Nouvelle-Guinée et dans les Îles du Pacifique. Dans les
sociétés plus occidentales cependant, les vocations s'amenuisent à
un tel point qu'elles ne peuvent compenser le nombre des prêtres qui décèdent.
Une telle situation signifie qu'un grand nombre de petites communautés
n'ont désormais plus de prêtre résident, malgré une
population en croissance. Certains pensent à tort que les laïcs
pourront remplir le vide laissé par un clergé dont le nombre ne
cesse de diminuer. Pareilles opinions indiquent peut-être qu'il faut y
attacher une plus grande attention pour parvenir à une meilleure compréhension
des rôles et des charismes propres aux prêtres et aux laïcs
dans l'Église.
Le recrutement des vocations, qui a toujours été une
activité pastorale délicate et exigeante, est devenu encore plus
difficile depuis que des scandales impliquant des membres du clergé et
des religieux sont largement divulgués par les médias. De telles
situations ont des répercussions non seulement sur les vocations mais
aussi, par exemple, pour les personnes impliquées, pour la réputation
de l'Église, la moralité des prêtres, l'image que le fidèle
a du prêtre, etc. Alors qu'en certaines régions de l'Océanie
les vocations sont suffisantes, ailleurs le manque de vocations semble refléter
la baisse qui existe en de nombreux pays développés. Pour ces
raisons, l'Église en ces zones s'oriente vers la recherche de moyens
aptes à promouvoir les vocations, en commençant par les familles
et les paroisses - où ces vocations ont généralement
entendu leurs premiers appels à travers l'encouragement et le soutien des
parents et la vie exemplaire des prêtres.
Un autre élément du débat est constitué par une
formation adéquate, ainsi que l'a souligné le Pape Jean-Paul II
dans l'Exhortation Apostolique synodale Pastores dabo vobis.(42)
Parfois, dans certaines régions en Océanie, le temps de formation
dans les séminaires ne prépare pas suffisamment l'étudiant
à entrer en dialogue avec la population et la culture qu'il devra évangéliser,
le problème venant d'une part du candidat lui-même, et de l'autre
de la qualité académique de l'éducation offerte. Dans
d'autres cas, des cours et un apprentissage pastoraux ont été insérés
dans les programmes de séminaires, souvent avec succès. La formation
permanente est généralement sporadique. Il est souvent
difficile pour les séminaires des zones de mission de pouvoir engager un
personnel suffisamment formé. Envoyer des étudiants de ces séminaires
faire des études spécialisées est parfois difficile aussi,
parce qu'ils se sentent eux-mêmes peu préparés à être
confrontés à des problèmes intellectuels qu'ils ne peuvent
identifier dans leur propre culture. Le diaconat permanent a été
introduit dans divers diocèses pour aider dans la liturgie, la catéchèse,
l'administration et le ministère social de l'Église. Parmi ces
diacres, un bon nombre est constitué d'hommes mariés.
La vocation des laïcs
39. Les laïcs ont de plus en plus conscience d'être une
part intégrale de l'Église et ils se montrent enthousiastes de
leur vocation de laïcs. Les prêtres les engagent comme
collabo-rateurs dans l'administration des paroisses en tant que membres des
conseils pastoraux, conseillers financiers et juridiques, catéchistes et
agents pastoraux. Dans l'ensemble, les laïcs acquièrent une
confiance nouvellement fondée dans leur mission et leur vocation ad
intra pour l'Église. Ils sont aussi engagés ad extra
dans le monde qui est leur vocation propre. Cet aspect central ou focal de leur
vocation mériterait peut-être une plus grande attention dans les
programmes de l'Église pour la nouvelle évangélisation en
Océanie, particulièrement en soulignant le témoignage chrétien
attendu des laïcs par leur vie et leurs convictions dans leurs professions
séculières: dans le droit, la médecine, l'éducation
et les sciences; dans le monde du travail, des loisirs et des médias; et
dans le monde intime du mariage et de la famille. Tous dans l'Église -
clergé, consacrés et laïcs -sont appelés à
travailler ensemble, en se soutenant, en s'intéressant et s'encourageant
mutuellement dans le programme d'évangélisation qui achemine au
Troisième Millénaire.
Quand les missionnaires européens sont venus prêcher la foi,
mais sans pouvoir parler le dialecte ou la langue locale, ou bien quand ils
avaient la charge d'une ère très étendue comprenant de
nombreuses communautés villageoises, naquit un groupe de ministres de l'Évangile
: ils étaient les intermédiaires entre le missionnaire et le
groupe local. Ces catéchistes, ainsi qu'ils étaient
connus, devinrent presque une institution de droit propre, organisant et, en
fait, conduisant l'assemblée locale ou le village en tout, excepté
en ce qui était réservé à un prêtre.
Aujourd'hui, dans certaines parties de l'Océanie, on cherche une
reconnaissance plus officielle du rôle du catéchiste dans l'Église.
Une autre question qui retient l'attention en bien des parties de l'Océanie
est celle de la position des femmes dans l'Église. Ceci vient
d'une plus grande conscience du rôle qu'elles jouent dans la société
et du nouveau statut qu'elles assument. L'Église de son côté
a cherché à promouvoir et à améliorer le rôle
des femmes en reconnaissant leurs nombreuses contributions à l'apostolat
des laïcs et en continuant à trouver des voies pour les impliquer
dans les différents services à l'Église et dans la mission
de l'Église dans la société. Le renouveau liturgique leur
permet d'avoir des fonctions qui ne leur étaient pas accessibles
auparavant : elles participent souvent aux équipes d'aumônerie dans
les hôpitaux, les universités, les écoles ou les prisons,
ainsi qu'aux équipes pastorales dans les paroisses. Leur compétence
professionnelle a été inappréciable dans le ministère
social de l'Église et dans l'enseignement, les soins médicaux, le
personnel soignant, le droit, etc.
Aujourd'hui dans l'Église en Océanie, il existe peu de
structures officielles de dialogue avec les non-croyants. Toutefois, la récente
fondation d'Universités catholiques en Australie, et des formes d'éducation
supérieure ailleurs, sont un pas important dans le désir qu'a l'Église
de dialoguer avec la culture contemporaine. Un groupe digne de mention spéciale
est le corps de enseignants laïcs dans les écoles catholiques,
primaires et secondaires. Ils travaillent aux côtés des religieux
enseignants, leur succédant à mesure que diminue le nombre de
religieux dans les écoles. Dans certains cas, leur travail est le ministère
laïque le plus répandu dans l'Église. Ces enseignants
exercent une influence positive sur les autres, non seulement par le rôle
qu'ils jouent en tant que professeurs, mais par l'exemple chrétien de
leurs vies. Toutefois, des problèmes peuvent survenir quand la vie privée
d'un enseignant porte un contre-témoignage, ou quand les gens placent en
eux des espoirs excessifs en tant que classe éduquée, ou encore
quand ces enseignants assimilent de manière plutôt acritique
les modes intellectuelles provenant d'autres pays, etc.
La politique est un domaine qui requiert l'attention des Pasteurs de
l'Église.(43) Même si l'Église a une mission spirituelle et
non politique, elle a un rôle dans la vie politique et dans les processus
de décision de la société civile, parce que l'Évangile
est destiné à l'humanité qui fait la société.
Les Pasteurs de l'Église ont donc le devoir de proclamer le message de l'Évangile
et sa vérité non seulement à la société en général,
mais aux hommes politiques, aux parlementaires et aux leaders nationaux. C'est
précisément à ce niveau que prend place le conflit le plus
intense entre une «culture de vie» et une «culture de mort»,
ainsi que l'a expliqué le Pape Jean-Paul II dans sa Lettre Encyclique
Evangelium vitae.(44) Le témoignage courageux rendu par
des responsables d'Église aux valeurs de la foi contribue grandement à
préserver le processus politique de la corruption, des préjugés
et de l'injustice. Au contraire, les désaccords parfois ouverts entre les
responsables d'Église sur les problèmes politiques et sociaux
peuvent souvent conduire à la désunion dans la communauté
ecclésiale comme entre les hommes politiques et la nation.
Les consacrés, les religieux et les religieuses
40. Certains symptômes indiquent qu'aujourd'hui le monde séculier
est souvent un terrain vague, un vide spirituel. Même là où
les chrétiens sont présents, le monde semble attendre et désirer
un partage plus manifeste de la vie que Dieu offre en son Esprit. Ce désir
s'exprime dans une recherche de spiritualité, sur laquelle on ne
met pas parfois suffisamment l'accent. De par la riche expérience de son
histoire, la richesse de sa doctrine, les exemples et le message de ses saints
et de ses mystiques, l'Église - qui est Sainte - est, en Océanie,
mise au défi de formuler et de répandre une spiritualité
vraiment appropriée au temps présent et aux nombreuses cultures de
ses populations. Souvent, aujourd'hui, les gens se demandent quelle voie, c'est-à-dire
quelle «règle de vie» est propre aux évêques, aux
prêtres, aux religieux et religieuses, aux laïcs mariés ou célibataires,
dans leur activité dans l'Église et dans le monde.
Arriver à ce que le message chrétien soit vécu par les
chrétiens dans leur vie quotidienne est probablement le plus grand défi
posé à l'Église au seuil du Troisième Millénaire.
Parfois, ce dont on a le plus besoin dans la célébration des
sacrements, c'est d'un «sens de Dieu», c'est-à-dire, d'un témoignage
que Dieu est intimement rencontré dans le silence de la prière
contemplative. Parfois aussi, une perte du sens du sacré est décelé
à la Messe, de même qu'une perte du sens du péché par
la pratique non fréquente de la confession sacramentelle individuelle.
Dans la vie consacrée, le désir de spiritualité
mentionné ci-dessus est réalisé à un haut degré
et reçoit un témoignage puissant. Les Ordres contemplatifs - il y
en a quelques-uns en Océanie - attestent d'une manière spéciale
la transcendance de Dieu et témoignent de la profonde intimité et
communion entre Dieu et la personne. Dans bien des cas, les Ordres apostoliques,
à la lumière de l'aggiornamento appelé par le
Concile Vatican II, ont acquis des moyens nouveaux et plus convaincants de témoigner
de leur charisme par la prière, la vie communautaire et l'activité
apostolique. Bien que les vocations religieuses en certaines parties de l'Océanie
soient peu nombreuses, la Papouasie - Nouvelle-Guinée et les Îles
du Pacifique font l'expérience inverse. L'élaboration de
programmes de formation pour les nouveaux religieux, aptes à les équiper
pour leur service tout au long de leur vie, est un grand défi. Dans la
plupart des cultures traditionnelles de l'Océanie, les exigences
fondamentales de l'Évangile sont un défi constant au système
de valeurs en cours: la chasteté défie la trop grande importance
donnée à la fécondité; la pauvreté, le désir
de posséder et de partager la richesse comme signe de prestige; et l'obéissance,
le désir de positions de pouvoir et d'influence. La vie religieuse
comporte une consécration aux valeurs du Royaume, et par là un don
spécial et spécifique à l'Église.
Malgré ces influences positives, la vie religieuse connaît des
difficultés dans certaines régions de l'Océanie : par
exemple, des interrogations sur le voeu de chasteté; un manque d'appréciation
correcte du charisme de la vie religieuse par le clergé et le laïcat
locaux; certaines tensions entre les évêques locaux et des
religieux en raison de leur abandon de formes traditionnelles d'apostolat pour
en expérimenter d'autres ou en raison des changements radicaux dans leurs
styles de vie; parfois un manque d'appel à cette vocation unique auprès
des jeunes; un trop-plein d'activités aux dépens de la vie de prière
et de contemplation, etc.
La vraie manière de vivre un engagement apostolique à la vie
consacrée n'est souvent pas facile à trouver aujourd'hui. Dans
bien des endroits en Océanie, les difficultés imposent aux
religieux non seulement de redécouvrir le charisme de leur fondateur,
mais de chercher à l'exprimer sous de nouvelles formes de vie et de
ministère.(45) Le fait que les religieux aient disparu en grande partie
des institutions catholiques dans certains pays signifie que ces institutions,
surtout les écoles et les hôpitaux, sont privées du témoignage
unique donné par les religieux à la venue du Royaume. En même
temps, quelques religieux ont fait preuve d'un grand sens de discernement
spirituel dans une société séculière en entrant dans
de nouvelles formes d'apostolat, comme par exemple : le soin des malades du
Sida, l'apostolat auprès des sans-abri et des jeunes en crise, le choix
d'aller vers les plus pauvres de la société.
CHAPITRE V
CONSTRUCTION DE LA COMMUNAUTÉ
ET MINISTÈRE DE COMMUNION
Structures favorisant la communion
41. Dans sa prière sacerdotale, le Christ supplie son Père
afin que l'humanité puisse partager la vie même de la Trinité
grâce à ce qu'il allait traverser dans le mystère pascal de
Sa passion, mort et résurrection. «Comme toi, Père, tu es en
moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que
tu m'as envoyé» (Jn17,21). Sa grande prière était
: «qu'ils soient un comme nous sommes un» (Jn 17,22). Son
commandement nouveau de s'aimer les uns les autres à son exemple est la
norme et le critère de vie dans la communauté chrétienne.
En de nombreux endroits, les communautés chrétiennes de
base ont été un bon instrument pour réunir les gens en
de petits groupes dans lesquels la foi peut être approfondie et où
ils peuvent assumer une plus grande responsabilité pour leur avenir en
tant que communauté chrétienne. Florissantes dans des cultures
plus traditionnelles, centrées sur la communauté, ces communautés
sont un encourageant signe de croissance. Par moments, elles ont même pu
organiser des services para-liturgiques et la vie communautaire, quand aucun prêtre
n'était disponible.
Les paroisses restent le point de contact habituel des fidèles
avec l'Église. En ce sens, le prêtre de paroisse a un rôle
crucial de témoin de l'Église. Parfois, il est pour les fidèles
le seul point de référence. Étant donné la variété
des situations de chaque paroisse dans les divers diocèses de l'Océanie,
le ministère paroissial aujourd'hui requiert l'ouverture du prêtre à
la coopération avec des groupes variés, particulièrement
avec les laïcs, pour l'organisation de la liturgie, du ministère
social et de l'action dans la société. L'anonymat des larges
assemblées dans les grandes villes pose des défis particuliers
pour y construire un sens de la communauté. Des petits groupes, tels que
les groupes de prière, les groupes d'étude biblique, les groupes
Justice et Paix sont d'un grand secours. Les prêtres sont souvent confrontés
au défi de devoir discerner quels mouvements conviennent à leur
paroisse, ceux qui aident les fidèles à croître en sainteté
et à devenir de meilleurs membres de la communauté ecclésiale
diocésaine et universelle. Le centre de la paroisse est le sacrement de
l'Eucharistie, âme et sommet de la communion, qui donne sens et force à
la communauté et à toutes ses activités. La communauté
paroissiale, dans l'esprit de l'évangélisation, est, dans les
limites de son territoire, attentive au catholique et au non-catholique, au
croyant et au non-croyant.
Un diocèse jouit de toutes les ressources nécessaires
pour être une Église particulière dans la grande communion
de l'Église universelle. Par les sacrements et la personne de l'évêque,
il a le pouvoir d'engendrer sa propre vie de manière à pourvoir à
tous les besoins essentiels des fidèles, tels que la vie sacramentelle,
l'évangélisation, la catéchèse, les oeuvres
apostoliques, etc. La cathédrale est «l'église-Mère»
du diocèse où l'Ordinaire, dans sa fonction de Célébrant
principal de la liturgie eucharistique,(46) est la source de l'unité pour
la communauté diocésaine et le lieu où est placé la
chaire épiscopale, symbole de sa charge d'enseigner. Dans bien des régions
en Océanie, les diocèses ont aujourd'hui des groupes spécialisés
de laïcs dans des domaines tels que justice et paix, la bio-éthique,
etc. En règle générale, la plupart des diocèses ont
au moins une maison de religieux contemplatifs sur leur territoire. Certains
diocèses divisent leurs ressources en instituant des bureaux ou des
groupes de travail au niveau de la région, de l'état ou de la
nation. Le dialogue est ainsi plus effectif avec les autorités civiles et
les gouvernements. Comme cela a été mentionné plus haut,
les évêques dans la région collaborent dans les Conférences
épiscopales, sur le plan national et international.
Les évêques et la Communion
42. Les Pasteurs de l'Église, le collège des évêques
en union avec le successeur de Pierre, sont appelés à conduire,
enseigner et sanctifier les fidèles qui leur sont confiés. Leur
fonction est d'encourager, de coordonner et de discerner les vocations
sacerdotales, religieuses et laïques dans l'Église. Ils sont les
principaux agents et responsables du renouveau dans l'Église et de l'évangélisation
du monde moderne. Pour cette raison, leurs décisions ont des conséquences
importantes non seulement dans leur propre diocèse, mais souvent au
dehors de lui. Pour être des responsables efficaces, ils ont besoin de prières,
de la coopération et du soutien de la communauté ecclésiale
locale. La désunion dans la communauté ecclésiale - par
exemple, par le dissentiment public de l'enseignement officiel, les disputes
entre individus et groupes dans l'Église, etc. - affaiblit le témoignage
que l'Église doit donner au Christ et à son Évangile.
Parfois ce manque d'unité est entretenu par la formation de groupes qui
s'opposent les uns aux autres en raison de leurs divergences d'opinion sur le
renouveau de l'Église. Pour être fidèle à sa mission,
l'Église s'efforce d'enseigner les vérités éternelles
d'une manière qui les rende compréhensibles aujourd'hui, pour
aller à la rencontre des besoins et des sensibilités du temps.
Dans cette oeuvre orientée vers une plus grande communion dans l'Église,
les évêques exercent leur vocation de premiers agents de
communion.
CONCLUSION
Marie, Reine de la Paix
43. Quand les missionnaires vinrent en Océanie, ils y portèrent
une foi qui enseignait une profonde dévotion à la Vierge Marie.
Pour ces missionnaires, la mère de Jésus était pour eux un
soutien permanent dans leurs efforts d'évangélisation et un refuge
dans leurs peines et leurs difficultés. Sa statue avait une place
d'honneur dans de nombreuses chapelles et églises. Dans bien des régions
de l'Océanie, elle était vénérée comme le
Secours des Chrétiens. En réponse à la prédication
des missionnaires, la dévotion à Marie a trouvé une résonance
profonde et joyeuse dans la communauté catholique. Les missionnaires et
leurs convertis racontaient comment Marie les a toujours guidés et assistés
en raison de la relation unique qu'elle a avec Jésus, la Voie, la Vérité
et la Vie. Plus récemment, les évêques l'ont nommée
patronne de la région du Pacifique, sous le titre de Reine de la Paix.
L'évangile de Luc nous dit que Marie, tout de suite après
avoir reçu le Verbe de Dieu dans son coeur et dans ses entrailles, sortit
en hâte et marcha à travers la montagne pour visiter sa cousine Élisabeth.
Quand les deux femmes se rencontrèrent, Marie, inspirée par le
salut de sa cousine, proclama la Bonne Nouvelle de la venue de Dieu, annoncé
par sa grossesse. Dans un chant d'allégresse, elle révéla
l'extraordinaire vérité d'un monde nouveau, un monde dans lequel
Dieu règnerait avec puissance, un monde de justice et de miséricorde.
La nouvelle vie en elle, la vie de Jésus qu'elle nourrissait, allait naître
comme le commencement promis d'un monde nouveau. En exerçant un rôle
crucial dans l'Incarnation, en suivant les allées et venues prophétiques
de Jésus et en restant souffrante au pied de la Croix, Marie devint la mère
de tous les vivants. En elle, la Nouvelle Éve, est accompli ce qui avait été
originellement promis dans le Livre de la Génèse (cf. Gn
3,15).
Marie, Femme de Foi
44. C'est en raison de sa foi que Marie peut être une telle mère.
En tant que femme de foi, elle accompagne les membres de l'Église au
cours de leur route et de leur vie dans la foi. La foi remplissait son coeur
quand elle accueillit Jésus. Sa foi l'a soutenu dans Son ministère
public, quand Il proclamait la Bonne Nouvelle et portait la guérison de
Dieu. La foi de Marie l'a soutenue au pied de la Croix. Enfin, sa foi l'a fait
prier avec les disciples rassemblés, qui attendaient et espéraient
la venue de l'Esprit. De sa manière humble et cachée, elle a
soutenu les débuts de l'Église.
Puisse Marie, le Secours des Chrétiens, aider l'Église
universelle à réfléchir sur le présent et l'avenir
de la communauté de foi catholique en Océanie. Elle est l'Étoile
de la mer et la lumière qui guide la marche sur les pas de Jésus.
Elle est un exemple encourageant pour annoncer la vérité révélée
par Jésus. Elle est une mère nourricière pour vivre la vie
de Jésus. Confiants en son affectueuse attention, les membres de l'Église
chercheront à perséverer dans leur adhésion à Jésus,
la Voie, la Vérité et la Vie.
Marie, Reine de la Paix , priez pour l'Église en Océanie.
QUESTIONS
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE I
1. Décrivez la situation dans votre Église à la lumière
de la conscience et de l'activié missionnaires. Que peut-on faire
pour rendre les gens plus conscients de leur responsabilité de «parcourir
le chemin de la mission», c'est-à-dire de témoigner du Christ
en parole et en action, pas simplement dans leur communauté locale, mais
aussi au-delà de celle-ci ? Que peut-on faire en Océanie pour
assurer que l'Évangile y soit proclamé aux groupes et dans les
lieux où il n'a pas encore été entendu, ou bien où
il a besoin d'être entendu à nouveau ?
CHAPITRE II
2. Dans votre région d'Océanie, comment l'Église reflète
et prend-elle en compte de la variété des cultures dans la
société ? Décrivez comment l'Église est enrichie par
cette variété et diversité des cultures, et quelle place
celles-ci tiennent-elles dans son travail de planification pastorale ? Décrivez
de quelle manière sont évangélisées les cultures
locales et comment l'Évangile invite-t-il les gens à se convertir
? Quelle contribution spéciale les chrétiens apportent-ils à
un plus grand dialogue entre ces cultures ?
3. En quelle mesure l'inculturation de l'Évangile prend-elle
place dans votre Église ? Quels en sont les aspects positifs et les
aspects négatifs ? Par quels moyens l'inculturation de la foi peut-elle être
promue ? Quelle contribution l'Église en Océanie apporte-t-elle
aux cultures de ses populations, spécialement dans les domaines tels que
l'art, l'architecture, la science, la littérature, le cinéma,
etc.? Comment les écoles et les Universités catholiques
contribuent-elles à ce processus?
4. Décrivez la situation des minorités ethniques dans
votre région d'Océanie, au regard des droits de l'homme, de l'éducation,
du développement économique, des services de santé, du
logement, etc.? Quelles mesures pastorales l'Église prend-elle pour
assurer que les besoins spirituels des gens soient entendus ?
5. Comment le phénomène des migrations affecte-t-il
votre région en Océanie ? Comment l'Église répond-elle
aux besoins pastoraux des gens impliqués ? Décrivez les effets
positifs et négatifs, s'il y en a, de l'augmentation du tourisme et ce
que fait l'Église face à cette situation relativement nouvelle en
Océanie ? Que peut faire l'Église à l'avenir ?
6. Comment l'Église répond-elle aux possibilités
offertes et aux défis présentés par l'augmentation de l'urbanisation
dans votre région en Océanie ? Décrivez comment l'Église
répond aux besoins des gens, spécialement à ceux des jeunes
? De quelle manière l'Église peut-elle faire face aux problèmes
d'injustice et d'immoralité dans les zones urbaines ? Comment les
communautés chrétiennes pourront-elles à l'avenir porter un
témoignage plus effectif dans les grandes villes ?
DEUXIÈME PARTIE
CHAPITRE I
7. Dans un programme de nouvelle évangélisation,
comment, dans la communauté ecclésiale, l'Église «annonce-t-elle
la vérité révélée par Jésus-Christ»
en encourageant ses membres à un renouveau spirituel et en leur donnant
des occasions de le faire : par exemple, sur les plans de la vie sacramentelle,
de la formation du clergé, des religieux, des personnes consacrées
et des laïcs, etc.? Comment l'Église peut-elle proclamer l'Évangile
dans la société en tenant compte des circonstances culturelles
particulières, telles que le pluralisme, le relativisme culturel et moral
très répandus, l'éloignement de la foi, l'agnosticisme
croissant, l'athéisme, etc.? Que faut-il faire à l'avenir pour
amener les gens au Christ et à la foi catholique ?
8. Dans votre Église locale, quel est l'état actuel de la catéchèse?
Que faut-il faire encore pour la rendre plus effective pour les divers secteurs
de la communauté chrétienne : pour les enfants, les jeunes, les
adultes, l'éducation catholique, les catholiques dans les institutions
publiques d'éducation, etc. ? Comment peut-on mieux utiliser les masses-médias
comme instrument pour la catéchèse ?
CHAPITRE II
9. Évaluez les progrès, les programmes et les effets du mouvement
oecuménique dans votre région de l'Océanie ? Que fait
l'Église dans ses relations avec les autres religions, par exemple avec
les Juifs, les Musulmans, les Hindous, les religions traditionnelles ? Quels en
sont les résultats ? Que peut faire l'Église à l'avenir
pour faire croître la coopération dans ces relations, en vue d'un bénéfice
mutuel en même temps que d'un bénéfice pour la société
?
CHAPITRE III
10. Décrivez la situation créée par la présence
de sectes et de nouveaux mouvements religieux dans votre Église ?
À votre avis, quelle est la cause de l'attirance qu'ils exercent :
besoins des individus ? faiblesse de la foi chez certains chrétiens ?
facteurs familiaux, de groupes ou de la société en général,
etc. ? Comment l'Église peut-elle mieux répondre aux défis
posés par ces sectes et ces mouvements religieux ?
CHAPITRE IV
11. Comment peut-on faire mieux connaître l'enseignement social
de l'Église, particulièrement au regard des problèmes de
justice et de paix ? Décrivez et évaluez comment l'Église
applique ces enseignements aux problèmes sociaux, politiques, économiques
et culturels ? Quel est le rôle de l'Église quand elle traite de
ces questions au niveau international ? Quels défis spécifiques
particuliers à l'Océanie existent à ce niveau - par
exemple, globalisation et développement, peuples indigènes,
poursuite de relations pacifiques entre les peuples, écologie, etc.?
Comment l'Église peut-elle améliorer sa contribution dans ces
domaines de justice et de paix ?
TROISIÈME PARTIE
CHAPITRE I
12. Du point de vue de l'Océanie et de votre Église locale, évaluez
le processus de renouveau, commencé au Concile Vatican II, dans
le but d'amener les chrétiens à «vivre la vie de Jésus-Christ»,
tant au niveau individuel qu'à celui de la communauté ecclésiale
: par exemple vie sacramentelle, vivre le mystère de l'Église-communion,
etc.? Comment le Concile Vatican II a-t-il été reçu en Océanie
? Comment évaluez-vous les changements qu'il a provoqués ?
Qu'est-il encore besoin de faire ?
CHAPITRE II
13. En tant que gérants du don de la vie, qui a son origine et sa
destinée en Dieu, comment les membres de votre communauté ecclésiale
- individuellement et collectivement - éveillent-ils autour d'eux la
conscience du caractère sacré et de la dignité de toute
vie humaine ? Que peut faire l'Église en Océanie dans les
secteurs de la société particulièrement touchés par
ce problème, comme par exemple, l'avortement, la mentalité
anticonceptionnelle, les comportements envers la sexualité, les soins médicaux,
les hôpitaux, l'euthanasie, etc.? Comment l'Église répond-elle
aux nouvelles bio-technologies ? Quelle ligne l'Église devrait-elle
suivre à l'avenir dans son action pastorale dans les domaines cités
?
CHAPITRE III
14. Dans l'Église et dans la société, décrivez
la situation du mariage et de la famille dans votre région de
l'Océanie ? Comment l'Église peut-elle contribuer à
renforcer l'institution du mariage et par là, faire de la famille un
milieu stable et sain qui accueille la vie humaine, élève les
enfants, guide les jeunes, bref, qui aide ses membres à s'épanouir
et veille sur tous les besoins personnels de chacun dans la famille ?
CHAPITRE IV
15. Décrivez les vocations, charismes ou problèmes
particuliers qui retiennent présentement l'attention dans votre communauté
ecclésiale, spécialement à la lumière du moto «vivre
la vie du Christ» dans une nouvelle évangélisation de l'Océanie
en vue du IIIème millénaire- par exemple, le sacerdoce, les
vocations sacerdotales, les séminaires, le laïcat, le rôle des
catéchistes, les femmes dans l'Église, la vie politique, la vie
consacrée, l'éducation et les écoles catholiques, les
questions sociales, etc.?
CHAPITRE V
16. Comment l'Église dans votre région répond-elle,
par ses membres et par ses structures, à sa vocation et à sa
mission de constructeur de communion dans la communauté ecclésiale
? Comment accomplit-elle sa mission d'être le sacrement d'unité
dans le monde ? Que peut faire de plus l'Église à l'avenir pour réaliser
cette tâche ?
AUTRES THÈMES
17. Évaluez la situation de l'Église en Océanie par
rapport à l'Église universelle ? Quelle contribution spécifique
l'Église en Océanie peut-elle donner à l'Église
universelle ? Et comment peut-elle bénéficier du don de communion
avec l'Église universelle ?
18. À la lumière du thème de l'Assemblée Spéciale,
faites quelques remarques ou suggestions sur les matières qui, à
votre avis, n'ont pas été suffisamment traitées dans les
Lineamenta, ou qui ne sont pas inclues dans la série des
questions posées.
NOTES
(1) 1 Voir également «Blessed are the Peacemakers»
(1991) («Bienheureux les artisans de paix»), Déclaration des évêques
de Papouasie - Nouvelle-Guinée et des Îles Salomon, dans : Statements
of the Catholic Bishops' Conference of Papua New Guinea and the Solomon Islands
1969-1992, Hohola, 1993, pp. 73-74. Voir aussi «Social Unrest in
PNG Today» («Troubles sociaux en Papouasie - Nouvelle-Guinée
aujourd'hui», Ibid., pp. 83-84).
(2) À l'exception de l'Irian Jaya qui a une frontière avec
la Papouasie - Nouvelle-Guinée mais qui appartient à l'Indonésie,
et des Îles Hawaï, qui appartiennent aux U.S.A.
(3) Les textes originaux des allocutions du Pape Paul VI au cours de sa
visite de 1970 sont reportés dans AAS (1971) 46-73. Pour celles
de Jean-Paul II à l'occasion de ses visites de 1984, voir AAS 76
(1984) 1003-1019 ; de ses visites de 1986, AAS 79 (1987) 929-983 ; de
ses visites de 1995, AAS (prochaine publication).
(4) Cf. Paul VI, Allocution aux jeunes d'Australie (2.XII.1970)
: AAS 63 (1971) 63.
(5) Cf. Paul VI, Allocution aux jeunes d'Australie (2.XII.1970)
: AAS 63 (1971) 72 ; Cf. aussi Jean-Paul II, Allocution aux évêques
de la CEPAC, à Suva (21.XI.1986) : AAS 79 (1987) 929-934 :
«De par sa nature, l'Église est missionnaire (...) L'Église
en Océanie montre de façon éloquent les fruits de l'esprit
qui évangélise. Chaque membre de l'Église a le devoir d'évangéliser
(...)».
(6) Cf. Paul VI, Allocution aux évêques d'Océanie
à Sydney (1.XII.1970); AAS 63 (1971) 56.
(7) Concile Oecumenique Vatican II, Constitution dogmatique sur l'Église
Lumen gentium, 17.
(8) Jean-Paul II, Allocution aux populations aborigènes à
Alice Springs, Australie (29 novembre 1986) : L'Osservatore Romano, éd.
Française, 13 janvier 1987, p. 6 : AAS 79 (1987) 977.
(9) Cf. Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 54 :
AAS 83 (1991) 301.
(10) Cf. Jean-Paul II, Allocution aux populations aborigènes à
Alice Springs, Australie (29.XI.1986) : AAS 79 (1987) 973-979.
(11) Cf. ibid.
(12) Jean-Paul II, Allocution aux évêques de Nouvelle-Zélande,
5 : L'Osservatore Romano, éd. Française, 9.XII.1986, p. 6.
(13) Concile Oecumenique Vatican II, Constitution pastorale sur l'Église
dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 22.
(14) Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, 3 et
note 6 : AAS 68 (1976) 6.
(15) Concile Oecumenique Vatican II, Décret sur la formation des
prêtres Optatam totius, 16.
(16) Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, 13:
AAS 68 (1976) 12.
(17) Ibid., 24 : AAS 68 (1976) 21.
(18) Ibid., 2 : AAS (1976) 6.
(19) Jean-Paul II, Lettre encyclique Evangelium vitae, 24: AAS
87 (1995) 427.
(20) Cf. Jean-Paul II, Lettre encyclique Veritatis splendor,
100: AAS 85 (1993) 1211-1212.
(21) Saint Jérôme, Commentarium in Isaias, Prol. :
PL 24, 17.
(22) Concile Oecumenique Vatican II, Constitution dogmatique sur la Révélation
divine Dei Verbum, 21.
(23) Concile Oecumenique Vatican II, Décret sur l'Oecuménisme
Unitatis redintegratio, Introduction.
(24) Jean-Paul II, Lettre encyclique Ut unum sint : AAS
87 (1995) 921-982.
(25) Cf. Jean-Paul II, Lettre apostolique Tertio millennio
adveniente, 38 : AAS 87 (1995) 31.
(26) Cf. Conseil Pontifical pour le Dialogue Inter-Religieux, Conseil
Pontifical pour la Promotion de l'unité des Chrétiens, Conseil
Pontifical pour le Dialogue avec les Non-Croyants, Conseil Pontifical pour la
Culture, Les sectes et les nouveaux mouvements religieux (Cité du
Vatican : Typographie Polyglotte, 1986).
(27) Concile Oecumenique Vatican II, Constitution pastorale sur l'Église
de ce temps Gaudium et spes, 42.
(28) Ibid., 40.
(29) Ibid., 42.
(30) Cf. Jean-Paul II, Lettre encyclique Sollicitudo rei socialis,
46 : AAS 80 (1988) 579.
(31) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution dogmatique
sur l'Église Lumen gentium, 1.
(32) Cf. Ibid., Constitution sur la Sainte Liturgie Sacrosanctum
Concilium, 7, 9.
(33) Jean-Paul II, Lettre encyclique Evangelium vitae, 65 :AAS
87 (1995) 475.
(34) Cf. ibid., 90 : AAS 87 (1995) 503-504.
(35) Ibid., 27 : AAS 87 (1995) 432.
(36) Ibid., 68 : AAS 87 (1995) 480.
(37) Ibid., 70 : AAS 87 (1995) 483.
(38) Cf. ibid., 73 : AAS 87 (1995) 486-487.
(39) Ibid., 88 : AAS 87 (1995) 501.
(40) Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, 71 :
AAS 68 (1976) 60.
(41) Jean-Paul II, Exhortation apostolique Familiaris consortio,
86 : AAS 74 (1982) 88.
(42) Cf. Jean-Paul II, Exhortation apostolique synodale Pastores
dabo vobis, 42 ss. : AAS 84 (1992) 729-31.
(43) Cf. Concile Oecuménique Vatican II, Constitution pastorale
sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 76;
Jean-Paul II, Lettre encyclique Evangelium vitae, 5 ; 82 : AAS
87 (1995) 406 ; 494.
(44) Cf. Jean-Paul II, Lettre encyclique Evangelium vitae, 28 :
AAS 87 (1995) 432.
(45) Cf. Jean-Paul II, Exhortation apostolique synodale Vita
consecrata, 96 ss. : AAS 88 (1996) 471-476.
(46) Cf. S. Ignace d'Antioche, Epistula ad Philadelphenses,
III-IV : F. Funk, Patres apostolici, vol I, Tubingae 1901, p.266-67.
TABLES DES MATIÈRES
Préface
Introduction
Jésus-Christ et les Peuples d'Océanie
L'Océanie et ses populations
Un Synode pour l'Océanie
Jésus-Christ : le Chemin, la Vérité et la Vie
Première Partie
Suivre le chemin de Jésus-Christ
Introduction : suivre le chemin de la Mission
Chapitre I : Le chemin du Christianisme en Océanie
Premiers contacts et premiers efforts missionnaires
Initiatives du Saint-Siège
Activité des Congrégations et Instituts missionnaires
Les Océaniens en tant que missionnaires
Chapitre II : Le chemin vers les nombreuses cultures
Introduction
La diversité culturelle
L'Inculturation
Les minorités ethniques et les populations indigènes
Les migrations et le tourisme
Urbanisation et industrialisation
Deuxième Partie
Proclamer la vérité de Jésus-Christ
Introduction : le Christ, la Vérité
Chapitre I : L'Évangélisation
Proclamer l'Évangile
Les défis présents
Le Kerygme ou la première annonce de l'Évangile
Le Concile Vatican II
La Catéchèse : grandir dans la foi
Chapitre II : Oecuménisme et Dialogue Inter-religieux
L'Oecuménisme
Le Dialogue inter-religieux
Chapitre III : Les Sectes
Vision d'ensemble
Points spécifiques
Chapitre IV : Justice et Paix
Travailler pour instaurer le Royaume de Dieu
Responsabilité dans la Création
Troisième Partie
Vivant la vie de Jésus-Christ
Introduction : La vie nouvelle dans le Christ
Chapitre I : Les Sacrements
Le Renouveau au Concile Vatican II
La Réforme liturgique
La vie par les sacrements
Chapitre II : La vie humaine et la santé
La vie, don de Dieu
Attitudes culturelles envers la vie
Questions morales
L'Église rend témoignage à la vie
Chapitre III : Mariage et Famille
Effets culturels
La famille
Le lien du mariage
Chapitre IV : Vocations particulières et charismes
Les vocations sacerdotales
La vocation des laïcs
Les consacrés, les religieux et les religieuses
Chapitre V : Construction de la Communauté et Ministère de
Communion
Structures favorisant la communion
Les évêques et la Communion
Conclusion
Marie, Reine de la Paix
Marie, Femme de Foi
Questions
Tables des Matières