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INTERVENTION DU SAINT-SIÈGE À LA 35e SESSION
DE LA CONFÉRENCE GÉNÉRALE DE L'UNESCO

INTERVENTION DE MGR FRANCESCO FOLLO*

Samedi 10 octobre 2009

 

 

M. le Président de la Conférence Générale,
M. le Directeur Général,
Excellences,

C'est pour moi un grand honneur de prendre la parole devant cette Assemblée prestigieuse et de vous présenter les félicitations les plus vives de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI pour votre élection.

Je voudrais également exprimer les remerciements et l'appréciation du Saint-Siège pour les travaux du Secrétariat de l'UNESCO. Les documents élaborés, surtout les 35 C/3, C/5 et C/6, ont retenu son attention. Ils manifestent les réalisations et les défis majeurs que l'exercice de chacune des cinq fonctions de l'UNESCO a eu à étudier. Ils mettent, entre autre, l'accent sur le développement durable, comme le soulignent, par exemple, certains thèmes des Conférences sur l'Education, afin de tenter d'apporter une réponse à la gravité de la crise financière, économique et sociale qui touche notre monde. Le souci de répondre aux questions relatives à la gestion de la planète, c'est-à-dire de la cité, s'étend aussi à la gouvernance des océans.

A ce propos, dans sa dernière Encyclique Caritas in Veritate, le Saint-Père insiste sur l'importance des valeurs morales qui doivent fonder une analyse de la mondialisation. Il considère que « la mondialisation réclame certainement une autorité, puisqu'est en jeu le problème du bien commun qu'il faut poursuivre ensemble; cependant cette autorité devra être exercée de manière subsidiaire et polyarchique pour, d'une part, ne pas porter atteinte à la liberté et, d'autre part, être concrètement efficace. » (Cf. n. 57).

Permettez-moi donc de vous soumettre une réflexion sur les principes fondamentaux qui soutiennent tout le projet de l'UNESCO. Il est possible d'en relever trois : la vérité, la culture et la cité. Une telle réflexion peut être utile pour toutes les initiatives dont l'UNESCO se fait promoteur ou partenaire.

Quelle relation ces trois dimensions la vérité, la culture et la cité ont-elles entre elles ? La culture sert de terme médian, de lien entre la vérité et la cité. D'une part, elle permet aux hommes de vivre ensemble et elle cimente ce même « vivre ensemble ». En effet, il n'y a pas de communauté humaine sans culture, ni de culture sans communauté humaine donc sans cité. D'autre part, les cultures ne mériteraient que l'attention des ethnologues si elles n'étaient pas porteuses que de ce qu'on appelle « des valeurs », ou mieux dit, des vérités. Il s'agit en fait de vérités sur l'homme, sur l'ensemble des hommes, et donc sur la cité.

« La complexité et la gravité de la situation économique actuelle, a écrit aussi Benoît XVI dans la même Encyclique, nous préoccupent à juste titre, mais nous devons assumer avec réalisme, confiance et espérance les nouvelles responsabilités auxquelles nous appelle la situation d'un monde qui a besoin de se renouveler en profondeur au niveau culturel et de redécouvrir les valeurs de fond sur lesquelles construire un avenir meilleur » (n. 21).

Il est important de prendre conscience que l'économie est au service de l'homme. L'homme est un citoyen et la cité est le lieu où les hommes débattent de la vérité, le lieu parfois où ils la trouvent, le lieu souvent où elle leur est enseignée. La stabilité économique est nécessaire pour favoriser ce débat, mais la culture ce que les Grecs nommaient paideia, donc l'accès de l'homme à sa pleine humanité n'est pas un luxe réservé seulement aux économies prospères. C'est l'homme et la culture que l'économie doit servir. Et, l'un des nobles objectifs de l'UNESCO serait de le proclamer et de le promouvoir.

La culture se trouve donc dans le lieu où les hommes se préoccupent de la vérité et la cherchent. Il serait possible d'en évoquer deux formes. La première semble évidente : c'est celle de l'enseignement, ou de l'éducation, que la cité doit prodiguer à ceux qui la constituent. La cité ne peut reposer sur des approximations ou des erreurs collectives. Si elle se veut éducatrice, elle doit nécessairement traiter le citoyen en homme, en personne raisonnable et respectable. La seconde forme que doit revêtir l'intérêt de la cité pour la vérité, est l'ouverture de l'esprit, qui est une forme de l'humilité car elle accepte, à travers sa disponibilité, la richesse de l'autre et des autres cultures.

L'Église, pour sa part, s'est intéressée très rapidement au développement des sciences de manière particulière. La théologie médiévale avait dégagé le terrain que devaient occuper les sciences. La première académie scientifique qui a été fondée est l'Académie Pontificale des Sciences. Elle a été créée en 1603. Entre « science » et « humanité », un fossé ne peut être creusé, mais il l'a certainement été. Nous parlons couramment et trop souvent de culture, en général, et de culture scientifique, en particulier, comme de deux réalités séparées ou indifférentes l'une à l'autre, voire même opposées. Il conviendrait donc de combler ce fossé petit-à-petit.

La cité est une réalité naturelle et il lui appartient de secréter des cultures. Celles-ci ne méritent, pourtant, d'être appelées ainsi que lorsqu'elles acceptent d'être inspirées et fondées sur le respect de l'homme.

Qu'est-ce que l'homme? C'est une question vaste et complexe à laquelle toute culture vraiment humaine est confrontée et doit répondre. La réponse à cette question ne sera remarquable que si elle dépasse toutes les barrières culturelles sans les ignorer. La réponse vraie ne peut se trouver qu'en l'homme dans sa vérité. Cette vérité toujours à réapprendre est une réalité possible. Par exemple, nous sommes des êtres humains car nous avons eu le droit de naître. Cette réalité engendre par elle-même d'autres droits. Evitons, donc, de parler de ces droits sans avoir conscience et sans faire référence au fait qu'ils s'enracinent dans le profond respect pour l'homme total, depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelles. Une culture ne peut se dire noble qu'en fonction de son aptitude à saisir l'homme en sa vérité et à lui reconnaître les droits liés à la vérité de son être. Sans oublier que, comme le dit le Pape Benoît XVI, « l'homme est toujours au-delà de ce que l'on en voit ou de ce que l'on en perçoit par l'expérience. Négliger le questionnement sur l'être de l'homme conduit inévitablement à refuser de rechercher la vérité objective sur l'être dans son intégralité et, de ce fait, à ne plus être capable de reconnaître le fondement sur lequel repose la dignité de l'homme, de tout homme » [1].

Cherchons, donc, à ne pas enfermer chaque culture en elle-même, comme si nous avions affaire à une entité autonome et autosuffisante. Si notre institution, l'UNESCO, a un sens, c'est bien pour manifester non seulement que les hommes cultivés peuvent converser ensemble ce que nous faisons assurément , mais bien plus pour faire comprendre qu'une culture vit toujours en interaction avec d'autres cultures, et que « la » culture est un événement plus qu'un fait établi et acquis.

Nous sommes conscients non seulement que les grandes cultures ont une valeur universelle, mais aussi qu'elles dialoguent entre elles dans différents domaines où elles se rencontrent et se complètent. Les cultures, peu-à-peu, se ravivent lorsqu'elles acceptent une interpénétration réciproque basée sur le respect l'une de l'autre, et principalement sur le respect de l'homme qui est maître et sujet de la culture . En allant plus avant, il est possible de dire que l'inter-culturalité existe déjà, mais elle a aussi un devoir à réaliser davantage. L'inter-culturalité n'est authentique que si elle permet à l'avenir d'être fidèle au passé, dans ce qu'il a de meilleur, pour chercher à construire un futur positif pour l'homme et la cité.

L'UNESCO pourrait, peut-être, miser davantage sur son rôle d'agence « pensante » à l'intérieur du système des Nations Unies, et ainsi renforcer les moyens et les outils qu'elle a pour être un véritable « laboratoire d'idées », ouvert à la contribution de tous. En ce sens, il est nécessaire de reconnaître, voire même de redécouvrir l'utilité et la nécessité de la réflexion philosophique, considérée malheureusement trop souvent comme la plus inutile des disciplines parce qu'elle est la plus libre des intérêts particuliers et parties. Elle est une discipline utile et indispensable parce qu'elle est particulièrement au service de l'homme, et donc du bien de l'humanité entière, de la cité. En promouvant tout ce qui contribue à faire grandir la dignité de l'homme, de son esprit et de son intelligence, l'UNESCO sera fidèle à sa vocation et à sa haute mission.

Merci de votre attention !


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[1] Discours du Pape Benoit XVI aux participants au colloque inter-académique promu par l'Académie des Sciences de Paris et l'Académie Pontificale des sciences sociales, Salles des Papes, 28 janvier 2008.


*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n°44 p.9.

 
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