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PAPE FRANÇOIS

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA
MAISON SAINTE-MARTHE

Un peuple rejeté

Mardi, 13 décembre 2016

(L'Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n°001 du 5 janvier 2017)

Le cléricalisme dans l’Église est un grave mal qui a des racines anciennes et qui a toujours pour victime « le peuple pauvre et humble » : ce n’est pas un hasard si le Seigneur répète aujourd’hui aussi aux « intellectuels de la religion » que les pécheurs et les prostituées les précéderont au royaume des cieux. C’est un véritable examen de conscience qui a été proposé par le Pape qui, rappelant le passage évangélique de Matthieu (21, 28-32) proposé par la liturgie, a souligné que « Jésus s’adresse aux chefs des prêtres et aux anciens du peuple, c’est-à-dire à ceux qui avaient l’autorité, l’autorité juridique, l’autorité morale, l’autorité religieuse : tout ». Ils « étaient les prêtres, les chefs ». Ces personnes « étaient arrivées à cet état d’abus, et même de tyrannie sur le peuple, en instrumentalisant la loi ». Mais « c’était une loi sans mémoire : ils avaient oublié le premier commandement que Dieu a donné à notre père Abraham : marche en ma présence et sois irrépréhensible ». En outre, « ils n’avaient pas de mémoire, parce qu’ils avaient aussi oublié les dix commandements de Moïse ». Celui-ci « leur avait donné les commandements, mais eux, grâce à cette construction d’une loi intellectuelle, sophistiquée, casuiste, oubliaient la loi de Moïse ». « Jésus a été victime d’eux, mais leur victime de tous les jours était le peuple humble et pauvre ». Jésus « leur a dit : le problème n’est pas d’accomplir la loi, le problème est de se repentir ». Faisant encore référence à l’Évangile de Matthieu, le Pape a expliqué que c’est précisément le cas du premier des deux fils envoyés par le père pour travailler dans la vigne : tout d’abord, il dit non, « mais ensuite il se repentit et y alla ». En effet, les chefs de la loi « ne savaient pas ce que signifiait se repentir, car ils se sentaient parfaits : “Je te remercie Seigneur parce que je ne suis pas comme les autres, pas même comme celui-ci qui prie là” ». En effet, « ils étaient vaniteux, orgueilleux, prétentieux et, pendant ce temps, leur victime était le peuple », qui « souffrait ces injustices, il se sentait condamné par eux, abusé par eux : le peuple humble et pauvre, rejeté ». Il est « laid » que « ce peuple humble et pauvre » soit « rejeté par ces personnes qui s’étaient éloignées de lui ». Assurément, « l’un d’entre vous peut me dire : “Grâce à Dieu ce sont des choses passées”. Non, chers amis, aujourd’hui aussi — aujourd’hui aussi! — elles existent dans l’Église. Et cela fait tant de mal! ». En effet, « il existe cet esprit de cléricalisme dans l’Église, que l’on sent : les clercs se sentent supérieurs, les clercs s’éloignent des gens, les clercs disent toujours : “cela se fait ainsi, ainsi, ainsi, et vous, allez vous-en!” ». Cela se produit « quand le clerc n’a pas le temps pour écouter les personnes qui souffrent, les pauvres, les malades, les détenus : le mal du cléricalisme est quelque chose de très laid, c’est une nouvelle édition de ce mal ancien ». Mais « la victime est la même : le peuple pauvre et humble, qui attend dans le Seigneur ». « Le Père a toujours cherché à s’approcher de nous, il a envoyé son Fils. Nous attendons, nous attendons dans une attente joyeuse, en exultant. Mais le Fils n’est pas entré dans le jeu de ces gens : le Fils est allé avec les malades, les pauvres, les rejetés, les publicains, les pécheurs et — c’est scandaleux — les prostituées ». Mais « aujourd’hui aussi, Jésus nous dit à tous et également à ceux qui sont séduits par le cléricalisme : “Les pécheurs et les prostitués iront avant vous dans le royaume des cieux”

 



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