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DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
À UNE DÉLÉGATION DE L'ARCHIDIOCÈSE DE RAVENNA-CERVIA,
À L'OCCASION DU VIIe CENTENAIRE DE LA MORT DE DANTE ALIGHIERI

Salle Clémentine
Samedi 10 octobre 2020

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Chers frères et sœurs!

Je vous souhaite la bienvenue et je vous remercie d’être venus partager avec moi la joie et l’engagement d’ouvrir les célébrations du 7e centenaire de la mort de Dante Alighieri. Je remercie en particulier l’archevêque, Mgr Ghizzoni, pour ses paroles d’introduction.

Ravenne, pour Dante, est la ville du «dernier refuge» (cf. C. Ricci, L’ultimo rifugio di Dante Alighieri, Hoepli, Milan 1891) — le premier avait été Vérone —; en effet, c’est dans votre ville que le poète a passé ses dernières années et a achevé son œuvre: selon la tradition, les derniers chants du Paradis y ont été composées.

Par conséquent, à Ravenne, il a conclu sa route terrestre; et il a conclu cet exil qui a tellement marqué son existence et a aussi inspiré son écriture. Le poète Mario Luzi a souligné la valeur du bouleversement et de la découverte supérieure que l’expérience de l’exil a réservée à Dante. Cela nous fait immédiatement penser à la Bible, à l’Exil du peuple d’Israël à Babylone, qui constitue, pour ainsi dire, l’une des «matrices» de la révélation biblique. De la même manière, l’exil a été tellement significatif pour Dante qu’il est devenu une clé pour interpréter non seulement sa vie, mais le «voyage» de chaque homme et de chaque femme dans l’histoire et au-delà de l’histoire.

La mort de Dante à Ravenne a eu lieu — comme l’écrit Boccace — «le jour où l’exaltation de la Sainte Croix est célébrée par l’Eglise» (Trattatello in laude di Dante, Garzanti 1995, p. XIV). Mes pensées se tournent vers cette croix d’or que le poète a certainement vue dans la petite coupole couleur bleu nuit, parsemée de neuf cents étoiles, du mausolée de Galla Placidia; ou vers celle du Christ ornée de gemmes et «scintillante» — pour reprendre l’image du Paradis — (cf. XIV, 104), de la coupole de l’abside de Sant’Apollinare in Classe.

En 1965, à l’occasion du VIIe centenaire de sa naissance, saint Paul VI fit don à Ravenne d’une croix en or pour sa tombe, restée jusque-là — comme il le dit — «dépourvue d’un tel signe de religion et d’espérance» (Discours au Sacré Collège et à la prélature romaine, 23 décembre 1965). Cette même croix, à l’occasion de ce centenaire, brillera à nouveau dans le lieu qui conserve la dépouille mortelle du poète. Puisse-t-elle être une invitation à l’espérance, cette espérance dont Dante est le prophète (cf. Message à l’occasion du 750e anniversaire de la naissance de Dante Alighieri, 4 mai 2015).

Je souhaite donc que les célébrations du VIIe centenaire de la mort du souverain poète nous incitent à reparcourir sa Comédie pour que, devenus conscients de notre condition d’exilés, nous nous laissions interpeller par ce chemin de conversion «du désordre à la sagesse, du péché à la sainteté, de la misère au bonheur, de la contemplation terrifiante de l’enfer à la contemplation béatifiante du ciel» (Saint Paul VI, Lettre apostolique m.p. Altissimi cantus, 7 décembre 1965). Dante, en effet, nous invite une fois de plus à redécouvrir le sens perdu ou obscurci de notre parcours humain.

Parfois, il pourrait sembler que ces sept siècles ont creusé une distance infranchissable entre nous, hommes et femmes de l’époque post-moderne et sécularisée, et lui, extraordinaire représentant d’une époque dorée de la civilisation européenne. Pourtant, quelque chose nous dit qu’il n’en est pas ainsi. Les adolescents, par exemple — même ceux d’aujourd’hui —, s’ils ont la possibilité d’aborder la poésie de Dante d’une manière qui leur soit accessible, aperçoivent inévitablement, d’une part, tout l’éloignement de l’auteur et de son monde; mais pourtant, d’un autre côté, ils ressentent un écho surprenant. Cela se produit surtout là où l’allégorie laisse place au symbole, où l’humain apparaît plus évident et nu, où la passion civile vibre plus intensément, là où la fascination du vrai, du beau et du bien et, pour finir, la fascination de Dieu fait ressentir sa puissante attraction.

Alors, profitant de cet écho qui franchit les siècles, nous aussi — comme saint Paul vi nous a invités à le faire — nous pourrons nous enrichir de l’expérience de Dante pour traverser les nombreuses forêts sombres de notre terre et accomplir avec bonheur notre pèlerinage à travers l’histoire, pour parvenir au but rêvé et désiré par tout homme: «L’amour qui anime le soleil et les autres étoiles» (Par. XXXIII, 145) (cf. Message pour le 750e anniversaire de la naissance de Dante Alighieri, 4 mai 2015).

Merci encore de cette visite et mes meilleurs vœux pour les célébrations du centenaire. Avec l’aide de Dieu, j’ai l’intention de proposer l’année prochaine une réflexion plus développée à ce propos. Je bénis de tout cœur chacun de vous, vos collaborateurs et toute la communauté de Ravenne. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.

 


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