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DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX CATHOLIQUES DE FRANCE
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Salle du Consistoire - Vendredi 16 janvier 1953

 

L'illustre et nombreuse délégation qui vous accompagne, Vénérables Frères, montre assez l'estime dont vous êtes entourés et le retentissement de votre élévation aux honneurs cardinalices. Un tel spectacle augment la joie qui fut la Nôtre en vous inscrivant parmi les membres du Sacré Collège. Outre les raisons personnelles qui justifiaient votre élection, Nous avons été heureux de donner à l'Église de France une nouvelle marque de Notre bienveillance. Vous savez en effet combien Nous l'aimons, cette chrétienté de France, et avec quelle sollicitude Nous suivons les signes de sa vitalité, ses luttes, ses progrès.

La lourde charge de la métropole demandait à Paris un Pasteur d'expérience et de grand travail. Depuis plus de trois ans, celui qui s'y dépense a conquis pas sa maîtrise et bonté le clergé et les fidèles. Il anime l'action pastorale si complexe de la ville et de la banlieue. Des églises s'édifient dans les quartiers nouveaux, multipliant les centres de culte et attirant de nombreux fidèles. Un clergé instruit et zélé pousse la générosité parfois jusqu'à l'héroïsme. Attentif aux besoins des âmes, l'Archevêque de Paris est ouvert à tous les problèmes nationaux et internationaux, président actif du mouvement chrétien pour la paix du Christ. Paris s'apprête à l'accueillir avec enthousiasme dans la Basilique Métropolitaine de Notre-Dame, où vibre le cœur de la grande ville et de toute la nation.

Non contents de l'attendre à son retour, beaucoup de pèlerins ont tenu à l'escorter jusqu'à Rome pour manifester personnellement le rayonnement de son zèle apostolique. Ce n'est pas sans raison que le Conseil municipal de Paris a envoyé une délégation que Nous sommes heureux de saluer ici. La place que tient l'Église dans la vie de la cité est dignement soulignée par le prestige de son chef. Nous aimons également à voir autour du Vicarius castrensis un groupe important d'aumôniers militaires. Nous savons en effet l'excellente organisation de cette importante institution. Grâce à son bon fonctionnement, pratiquement toute la jeunesse de France trouve durant le temps de son service militaire, le soutien moral et le secours spirituel du prêtre. Et comme Nous voudrions, s'il était possible, nommer tant d'autres représentants des œuvres, qui dépendent de l'Archevêque de Paris et bénéficient de sa sollicitude pastorale !

La ville du Mans, vieille cité romaine, qui honore en saint Julien le fondateur de son église, eut jadis des Cardinaux, mais voici près de quatre siècles qu'elle attendait un nouvel honneur. Le Pasteur qui a voué sa longue carrière à cet unique et cher diocèse, possède une renommée qui dépasse de beaucoup les limites de son territoire épiscopal. Dès 1933, Notre vénéré Prédécesseur le nommait Assistant au trône pontifical; en 1936 l'élection à l'Académie française consacrait un talent d'écrivain et une culture classique depuis longtemps reconnus. Après les Bossuet, les Fénelon, et tant d'autres Prélats éminents, il y représente l'Église catholique, héritière de cet humanisme gréco-latin, dont les qualités d'équilibre et de clarté font un instrument de formation irremplaçable. Il Nous a plu de trouver, unies à une courtoisie exquise, les qualités d'un Évêque et celle d'un humaniste accompli. Des témoignages d'estime réciproque ont précédé depuis longtemps les gestes par lesquels Nous avons conféré à l'Évêque du Mans, d'abord le titre personnel d'Archevêque, puis le « chapeau » cardinalice. Il Nous pressait de faire entrer plus avant dans l'intimité de Nos pensées et de Nos sollicitudes celui auquel Nous déclarons Notre paternelle confiance. Aussi accueillons-Nous avec joie les témoignages nombreux de gratitude et de bonheur qui ont accompagné la récente nomination: l'exultation de la ville épiscopale, dont le vénérable chapitre s'est fait l'interprète, la fierté de l'Académie, dont un représentant si distingué atteste ici-même la reconnaissance.

Chers pèlerins du Mans, venus accompagner votre Évêque dans la réception de sa très haute dignité, soyez fiers de l'honneur qui en rejaillit sur votre diocèse, et montrez-vous fidèles collaborateurs d'un Père si aimé et si attentif au bien de vos âmes.

En vous voyant près de Nous, Vénérables Frères et chers fils, c'est un peu toute la France qui s'évoque à Nos yeux, et c'est vers elle que Notre cœur se tend. Le bien s'y fait, grâce à Dieu, et il se fera toujours plus sous la conduite de chefs spirituels très aimés et très respectés. Leur zèle remarquable et leur unité d'action Nous persuadent chaque jour davantage que le renouveau catholique, sensible surtout dans les élites intellectuelles et sociales, s'étendra sans trop tarder à toutes les classes de la société, et que les institutions elles-mêmes seront petit à petit pénétrées des principes évangéliques, sans lesquels on bâtit sur le sable. On note en effet parmi les catholiques de France, particulièrement dans l'Action catholique, un effort de lucidité, qui retient à juste titre l'attention du monde. Les progrès de la sociologie sont fructueusement utilisés dans les domaines où ses données sont valables; on cherche à voir clair pour agir efficacement. Ceci est bien dans la tradition de votre pays et produira, Nous l'espérons, les plus heureux fruits. De courageuses initiatives, tempérées par la prudence de la hiérarchie, s'efforcent d'adapter l'enseignement catéchistique et toute la pastorale aux conditions actuelles des villes et des campagnes. Et surtout Nous tenons à louer le souci de formation sérieuse et de vie intérieure, qui accompagne ces recherches. L'esprit apostolique de l'épiscopat de France, son courage à défendre la liberté proclamée par l'Évangile, expliquent à Nos yeux l'autorité de ses interventions.

Afin que l'union toujours plus étroite des fidèles avec leurs Pasteurs attire à l'Église tant d'âmes indifférentes et fasse avancer dans l'amour du Christ toute la famille des enfants de Dieu, Nous vous donnons du fond du cœur, à vous-mêmes ici présents, à tous ceux qui vous sont chers, à vos paroisses, à vos diocèses, Notre paternelle Bénédiction apostolique.


* Discours et Messages-radio de S.S. Pie XII, XIV,
 Quatorzième année de pontificat, 2 mars 1952 - 1er mars 1953, pp. 469- 471
 Typographie Polyglotte Vaticane

 



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