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DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS À LA Ve ASSEMBLÉE
INTERNATIONALE DU LIN ET DU CHANVRE*

Salle du Consistoire, Palais pontifical de Castel Gandolfo
Lundi 4 octobre 1954

 

La 5e Session de la Confédération Internationale du Lin et du Chanvre, qui s'ouvre aujourd'hui à Rome, réunit en Notre présence les membres de nombreuses Associations professionnelles appartenant à douze nations européennes, et Nous sommes heureux d'accueillir et de saluer ici cette délégation distinguée d'une industrie très ancienne et toujours vivante.

L'évolution générale de la civilisation et les nécessités économiques vous ont incités, Messieurs, à fonder vous aussi une Confédération Internationale, dont vous percevez déjà les avantages, et Nous Nous réjouissons à la fois de ce résultat et du rapprochement provoqué par la mise en commun de vos intérêts: il en résulte une compréhension et une estime réciproque à travers les frontières, et ce qui jusqu'ici divisait les peuples, ne fait plus, grâce à Dieu, que les distinguer sans les opposer.

Le choix de Rome comme siège du présent Congrès souligne l'importance que tient en Europe le chanvre italien, réputé depuis des siècles pour sa qualité, patrimoine entretenu et développé par le patient effort de générations de cultivateurs et d'industriels. Mais le temps n'est plus, où les fils pouvaient tranquillement continuer le travail de leurs pères sans s'inquiéter des vicissitudes du marché international. La concurrence d'autres fibres textiles naturelles ou artificielles, le développement de l'industrie mécanique, la législation interne de chaque pays et celle des autres nations constituent autant de facteurs, qui influent de façon considérable sur les intérêts de votre Confédération.

Les difficultés techniques ont retenu d'abord votre attention. Le caractère assez irrégulier des fibres végétales provenant des tiges du lin et surtout du chanvre, rend leur préparation longue et délicate. Jusqu'à ces derniers temps, les machines pour le chanvre étaient encore lourdes et coûteuses, comparées à celles qu'on utilise pour les autres textiles. C'est pourquoi vous vous êtes efforcés de réaliser sans cesse de nouveaux progrès, en rendant ces machines plus rapides, en leur faisant accomplir automatiquement plusieurs manœuvres qui requéraient précédemment l'intervention de l'ouvrier.

Il faut bien reconnaître en effet que la seule qualité du produit obtenu ne suffit pas à le faire vendre abondamment : son prix modéré doit encore le rendre intéressant pour l'acheteur. Un tel résultat suppose le concours de tous aux différents échelons de la production. Si le cultivateur fournit à l'industriel une matière première meilleure, plus homogène et moins coûteuse, c'est toute la corporation qui en bénéficie. Mais le cultivateur lui-même aura souvent besoin pour améliorer sa production de l'information scientifique du naturaliste et du chimiste ; il lui faudra choisir les espèces les plus adaptées à son terrain, les renouveler pour éviter qu'elles dégénèrent, tenir compte des besoins de l'industrie et savoir exactement les caractères que l'on attend de son produit. Cela n'est possible que par une étroite collaboration surveillée et dirigée de haut non seulement pour chaque pays, mais aujourd'hui pour chaque continent, en attendant que de nouvelles associations étendent au monde entier le bienfait d'une entente universelle.

S'il y a beaucoup de points communs entre les industries du chanvre et du lin, au point qu'on les unit habituellement dans les dénominations officielles, on Nous permettra toutefois de mentionner le rôle particulier, qu'en de nombreuses circonstances les étoffes délicates en fil de lin ont joué ou jouent encore de nos jours dans la liturgie. L'Ancien Testament, au livre du Lévitique, imposait aux prêtres dans le service du Temple des habits de lin, alors que les Orientaux sont ordinairement vêtus de laine (Lv 13, 47 ss.). Comparé aux autres étoffes de cette époque, le lin était en effet beaucoup plus fin et susceptible d'acquérir une blancheur remarquable. C'est la raison pour laquelle on le réserva aux usages sacrés. Dans le Nouveau Testament, l'Apôtre Saint Jean verra les Anges de son Apocalypse vêtus de fin lin blanc (15, 6), pur et éclatant. L'Église conservera l'antique usage des Hébreux et fera du lin la matière habituelle des vêtements liturgiques, que le prêtre porte sous la chasuble durant la Sainte Messe. Il est probable que le corps sacré de Notre Seigneur au Saint Sépulcre reposa dans un linceul de lin, et c'est aussi sur un corporal de lin que repose directement l'hostie consacrée durant le Saint Sacrifice. Vous avez voulu, Messieurs, vous souvenir de ces nobles traditions, en faisant hommage au Père commun d'un précieux lot de toiles fines pour le service de l'autel. Il Nous plaît de souligner une fois de plus à cette occasion combien l'Église est heureuse d'offrir à Dieu les prémices de l'industrie humaine, tout comme dans l'Ancien Testament elle demandait aux fidèles de venir présenter chaque année les prémices de la moisson. Il est juste en vérité que toute activité de l'homme aboutisse finalement à Dieu et que rien de ce qui est bon, rien de ce qui est beau, ne demeure entièrement profane. Non seulement les formes supérieures de l'activité industrielle et artistique, mais aussi le travail de l'artisan et celui de l'industriel ont leur part à prendre dans le concert de louanges, qui de toute la terre doit s'élever vers le Seigneur : Bénissez le Seigneur ateliers et fabriques, bénissez-Le ouvriers et patrons !

Puisse le Dieu Tout-Puissant vous accorder à tous, ici présents, le bienfait de sa grâce, et l'étendre au loin à ceux qui vous sont chers. Puissiez-vous retourner dans vos pays et dans vos foyers, dans vos propriétés et dans vos usines, plus intimement persuadés que la loi du travail imposée à l'homme pour son salut est aussi pour lui le moyen de rendre à son Créateur le témoignage le plus éloquent de sa reconnaissance et de son amour. C'est le vœu que Nous formons du fond du cœur, et en signe duquel Nous vous donnons Notre paternelle Bénédiction apostolique.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVI,
Seizième année de pontificat, 2 mars 1954 - 1er mars 1955, pp. 183-185
 Typographie Polyglotte Vaticane

 



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