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MESSAGE-RADIO DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU Xe CONGRÈS MARIAL INTERNATIONAL
À LOURDES

Mercredi 17 septembre 1958

 

Vénérables Frères et bien-aimés fils, pèlerins de Lourdes, qui avez pris part en la Cité de Marie au grand Congrès Marial International, puissent ces ondes mystérieuses et invisibles qui vous portent avec Notre voix le témoignage de Notre affection et de Notre intérêt, rebondir sur le massif rocheux de Massabielle et revenir à Nous, messagères de l'enthousiasme et de la dévotion qui vibrent dans vos prières et vos chants en l'honneur de la Reine du ciel et de la terre, qu'en ce moment vous acclamez, lui redisant une fois de plus « Ave Maria!»

C'est le salut de l'ange, qu'à travers les siècles l'humanité entière offre sans cesse, comme une fleur, à l'autel de sa Souveraine ; c'est l'invocation, aussi simple que profonde qui depuis cent ans résonne sans interruption sur ces rives bénies du Gave, invocation sereine et légère dans le murmure de l'âme fervente, douloureuse et suppliante sur les lèvres brûlantes du malade et de l'infirme, résolue comme une profession de foi dans les accents virus de l'homme, solennelle et grandiose dans la clameur de la multitude, mais toujours pénétrée d'amour pour l'Immaculée et d'une profonde affection filiale qui trouverait difficilement une expression plus parfaite. Et Nous-mêmes évoquons d'ici, non sans émotion, cette heure bienheureuse, où il Nous fut donné, à Nous aussi, d'élever les yeux vers la Dame blanche des Pyrénées et de lui murmurer « Ave Maria ! »

Pendant toute l'année, Nous avons suivi de Rome, que tant de liens unirent à Lourdes dès que ce nom commença à résonner dans le monde, l'actuel Centenaire, par Notre parole quand il était opportun, par la pensée à tout moment, et par la concession de grâces très spéciales, en manifestant de toutes les manières possibles Notre paternelle affection. Nous avons été le témoin, en la Ville Éternelle, de la joie et de la consolation spirituelle de tant de Nos fils dont les yeux rayonnants semblaient garder encore le reflet céleste de la Grotte miraculeuse qu'ils venaient de visiter.

Mais, de toutes les manifestations du Centenaire, le Congrès Marial International, préparé de longue date par des théologiens réputés, est sans conteste la plus solennelle. Un nombre imposant de Princes de l'Église, d'Archevêques et d'Évêques entourent Notre Légat, et c'est à dessein que Nous avons choisi pour Nous représenter Notre Vénérable Frère le Cardinal Doyen du Sacré Collège, pour lequel Nous nourrissons une si profonde estime et une vive affection ; Nous sommes heureux qu'il préside en Notre nom ces grandioses cérémonies. De grand cœur aussi, Nous saluons, avec l'Évêque de Tarbes et Lourdes et son Coadjuteur, toutes les hautes personnalités religieuses et civiles présentes au Congrès. Nous tenons également à exprimer Notre gratitude aux Autorités françaises pour l'accueil plein d'honneur et de courtoisie réservé à Notre éminent Légat, non moins que pour toutes les facilités accordées cette année aux milliers de pèlerins venus des régions les plus lointaines. N'est-ce pas d'ailleurs une des gloires de la France, terre privilégiée de Marie, de posséder sur son sol un tel sanctuaire de renommée mondiale ?

N'en doutez pas, bien-aimés congressistes ! C'est Marie qui, en une heure critique de l'humanité, voulut rappeler à ses fils égarés le vrai sens de la vie, en montrant sa transcendance fondamentale et son union à l'autre vie, qui seule nous donnera le véritable et parfait bonheur. C'est Elle qui daigna leur enseigner, avec la tendresse et la pédagogie d'une mère, les deux grands moyens essentiels de parvenir à un but si élevé : la prière assidue et confiante, et l'indispensable mortification chrétienne qui la soutient. Sa prudence surnaturelle leur indiqua la route sûre : celle qui passe par les représentants de son Fils sur la terre, celle qui passe par l'Église. C'est Elle qui, anxieuse du bien de tous, lança le grand appel aux multitudes pour qu'elles accourent boire à ces eaux miraculeuses qui guérissent les âmes aussi bien que les corps. C'est Elle qui, avec une indicible douceur, voulut en quelque sorte demeurer parmi nous pour y être notre secours perpétuel et notre sûr refuge, fortifiant notre foi par de nouvelles et innombrables merveilles, soutenant notre espérance par sa miséricorde inépuisable et magnanime, et attisant la flamme de notre charité par sa beauté céleste, sa bonté sans limites et ses faveurs sans nombre.

Et parce qu'il en est aujourd'hui comme au siècle passé, parce que nous sommes sûrs que jamais ne nous feront défaut sa sollicitude et son assistance, parce que de cette Grotte bénie — ô Mère généreuse — ne peuvent cesser de descendre sur la terre les torrents de vos grâces maternelles, pas plus que l'eau ne peut cesser de courir par ces vallées et le soleil de répandre chaleur et lumière, Nous voulons proclamer bien haut, à la fin du Congrès qui couronne en quelque sorte cet incomparable Centenaire, Notre certitude que la restauration du Règne du Christ par Marie ne pourra manquer de se réaliser, car il est impossible qu'une telle semence, jetée avec tant d'abondance, ne produise pas les fruits les plus vigoureux.

Nous savons très bien comment les puissances de l'enfer s'efforcent de toutes manières de ravager l'héritage de Marie, dépouillant la jeunesse de son innocence et de sa pudeur, attentant à la sainteté et à l'unité du mariage, excitant l'une contre l'autre les classes sociales, comme si tous les hommes n'étaient pas frères, opprimant l'Église partout où elles réussissent à s'introduire et propageant le plus radical des matérialismes. Mais Nous savons aussi quelle soif de lumière et de vérité palpite au fond des cœurs, quel sincère désir de trouver Dieu anime les âmes, de ceux mêmes qui ne peuvent rien en manifester sans risquer leurs biens et leurs personnes. Nous savons la puissance des forces spirituelles qui pointent de toutes parts, comme l'annonce d'un splendide printemps.

Vous-mêmes, n'avez-vous pas vu les hommes accourir cette année aux pieds de la Vierge avec la paix et la sérénité de qui vivrait dans un monde sans problèmes, et non sous la menace d'une catastrophe sans précédent ? Ne les avez-vous pas vus se tendre la main, souriants et fraternels, comme s'ils n'appartenaient pas à des peuples qui se regardaient hier, pleins de haine, de tranchée à tranchée ? Ne les avez-vous pas contemplés assiégeant les confessionnaux, s'agenouillant en files interminables pour recevoir la Manne descendue du ciel, priant sans fatigue les bras en croix devant la Grotte, ou chantant, quand vient la nuit, les louanges de Marie en lumineux cortège ? Ne les avez vous pas vus partir tous, croyants pleins de ferveur ou pécheurs régénérés, privilégiés de la grâce de Marie ou malades s'en retournant avec leur mal, ne les avez-vous pas vus rentrer tous à leurs foyers le front rayonnant de la lumière de Dieu, animés du plus fervent désir de vivre une vie meilleure, une vie nouvelle sous le manteau d'azur de Celle, dont ils n'oublieront jamais le sourire ?

À Lourdes, a-t-on dit, s'est ouverte une fenêtre qui regarde le ciel. Ajoutons que si par cette fenêtre il nous est donné de jouir d'avance de la gloire céleste, par elle aussi descend continuellement un torrent de lumière et de grâces ravivant la confiance dans les destinées d'une humanité, anxieuse de développement et de progrès sans doute, mais bien plus encore de sérénité et de paix.

Frères et fils bien-aimés ! Implorez pour le monde, en cette heure solennelle, tous les dons qui vous paraissent nécessaires et opportuns, chacun selon les besoins qu'il connaît ; mais demandez surtout que cessent haines et discordes, que les voix insolentes de la convoitise et de l'orgueil soient réduites au silence et que brille enfin sur la terre le soleil joyeux et bienfaisant de la paix tant désirée : la paix du Christ qui surpasse tout sentiment dans le cœur des hommes, dans leurs relations sociales et internationales, conséquence naturelle de l'application intégrale de l'Évangile ! Appelez de vos prières le Règne du Christ, auquel votre Mère très aimante vous invite par son exemple et pour lequel son intercession maternelle vous procure sans cesse tous les moyens nécessaires : n'y possède-t-Elle pas, en effet, une place privilégiée à cause de la fonction que la Providence a voulu lui assigner dans la vie de l'Église et de chacun de ses membres ?

Voilà pourquoi, ô très douce Mère et très puissante avocate, vous avez voulu poser votre pied délicat sur ce roc pyrénéen, et faire de cette vallée ignorée un immense sanctuaire dont les nuées du ciel forment la voûte ; un sanctuaire où votre Fils très aimant soit continuellement honoré dans le Sacrement de son amour, régi avec ferveur en des milliers de poitrines, qui peut-être savourent encore les douceurs de la réconciliation, et constamment invoqué par les lèvres tremblantes de qui vient lui confier une douleur, à laquelle rien au monde ne peut plus porter remède !

Que ce soit votre œuvre, ô Souveraine des anges et Reine de la paix ! Ne laissez pas de tels triomphes confinés dans les étroites limites de votre sanctuaire, mais comme un torrent irrésistible se déverse par les vallées ouvertes, atteint les cimes et les dépasse pour finalement tout remplir et tout inonder de l'allégresse et de la fécondité de ses eaux vives, qu'ils se répandent à travers toute la terre, purifiant les âmes, guérissant les blessures, aplanissant les difficultés, vivifiant toutes choses, de sorte que, par votre puissante intercession et votre constant secours, se réalise enfin le Règne du Christ : « Regnum veritatis et vitae, regnum sanctitatis et gratiae, regnum iustitiae, amoris et pacis ! »

Et qu'à Notre fervente prière s'unisse celle de la petite fleur que vous-mêmes avez daigné cueillir dans la plus humble prairie pour la faire épanouir au jardin du ciel, sainte Marie Bernarde Soubirous, dont les vertus, si aimables et silencieuses, si profondes et peu apparentes, pourraient tant apprendre à notre siècle confus et agité.

Que sur cette Cité de Marie, où un jour Nous eûmes le bonheur ineffable d'être présent, Nous aussi, sur les pèlerins innombrables de ce moment et de toute l'année, sur les Autorités de tous ordres qui ont contribué si efficacement à la splendeur du Congrès, sur les congressistes en général, et plus spécialement sur ceux qui ont prêté à la grande assemblée leur collaboration directe, sur Nos Frères dans l'Épiscopat et très particulièrement sur Notre bien-aimé Cardinal Légat, descende la Bénédiction du Vicaire de Jésus-Christ, qui veut être le gage des meilleures grâces du ciel !


* Discours et Messages-radio de S. S. Pie XII, XX,
Vingtième année de Pontificat, 2 mars - 9 octobre 1958, pp. 363-367
Typographie Polyglotte Vaticane

A.A.S., vol. L (1958), n. 14-15, pp. 741-745.

 



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