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JEAN-PAUL II

LETTRE APOSTOLIQUE

PATRES ECCLESIAE

POUR LE XVIe CENTENAIRE
DE LA MORT DE SAINT-BASILE

 

I. LES PÈRES DANS LA VIE DE L’ÉGLISE

Vénérables frères et chers fils,
salut et bénédiction apostolique.

C’est à juste titre que l’on nomme Pères de l’Église les saints qui, par la force de leur foi, par l’élévation et la fécondité de leur doctrine lui ont donné une vigueur nouvelle et un nouvel essor [1]. Ils sont vraiment les « pères » de l’Église car c’est d’eux, par l’Évangile, qu’elle a reçu la vie [2]. Ils en sont également les bâtisseurs puisque, sur la base de l’unique fondement posé par les apôtres, c’est-à-dire le Christ [3], ils ont édifié les premières structures de l’Église de Dieu. En effet, l’Église vit aujourd’hui de la vie qu’elle a reçue de ses pères ; et aujourd’hui encore, au milieu des joies et des peines de son cheminement et de son travail quotidien, c’est sur les bases sur lesquelles ces premiers bâtisseurs l’ont fondée que s’édifie l’Église. Ils ont donc été des pères et ils le seront toujours, eux qui sont pour ainsi dire une structure stable de l’Église et qui y accomplissent, à travers les siècles, une fonction ininterrompue. C’est ainsi que toute annonce de l’Évangile et tout magistère ensuite, pour pouvoir être authentiques, doivent être comparés à leur annonce et à leur magistère ; tout charisme et tout ministère doivent puiser à la source vive de leur paternité ; toute pierre nouvelle qui s’ajoute à l’édifice, qui s’accroît et s’étend chaque jour [4], doit se situer dans la structure qu’ils ont posée et se souder et s’unir à elle.

Guidée par ces certitudes, l’Église ne cesse de recourir à leurs écrits — pleins de sagesse et d’une perpétuelle jeunesse — et de faire continuellement revivre leur souvenir. C’est donc avec une grande joie que nous les retrouvons toujours au cours de l’année liturgique ; et chaque fois, nous sommes renforcés dans notre foi et affermis dans notre espérance. Et cette joie est encore plus grande chaque fois que des circonstances particulières nous invitent à connaître ces pères d’une manière plus prolongée et plus pleine. Une occasion de ce genre nous est offerte cette année par la célébration du XVIe centenaire de la mort de notre père Basile, évêque de Césarée.

II. LA VIE ET LE MINISTÈRE DE SAINT BASILE

Parmi les pères grecs, Basile que les textes liturgiques byzantins appellent « grand », est invoqué comme « lumière de la piété » et « flambeau de l’Église ». Il a en effet illuminé l’Église et il l’illustre maintenant encore aussi bien par la sainteté de sa vie que par l’excellence de sa doctrine. Car le premier et le plus grand enseignement que donnent les saints est l’exemple de leur vie. Né dans une famille de saints, Basile avait joui en outre des bienfaits d’une remarquable éducation auprès des maîtres les plus éminents de Constantinople et d’Athènes. Et pourtant, à ses yeux, il lui semblait que sa vie n’avait commencé en plénitude et dans la certitude qu’à partir du moment où il avait pu reconnaître le Christ comme son Seigneur : c’est-à-dire quand, très fortement attiré par Lui, il se détacha complètement de tout — principe de vie que par la suite il devait abondamment inculquer dans son enseignement [5] — et qu’il devint son disciple. Il se mit donc à la suite du Christ dans le but de se conformer à Lui seul, de ne voir que Lui, de n’écouter que Lui [6], de Lui obéir en tout « comme au Seigneur roi, médecin et docteur de vérité » [7]. Sans aucune hésitation, il abandonna les études qu’il aimait tant et où il avait puisé d’inestimables trésors de science [8]. Puisqu’il avait décidé de ne servir que Dieu seul, il ne voulait plus rien savoir que le Christ [9] et il tenait pour vaine toute sagesse qui n’était pas la sagesse de la croix. À la fin de sa vie, il rappelait l’événement de sa conversion en ces termes : « J’avais donné beaucoup de temps à la vanité et perdu presque toute ma jeunesse à un travail inutile que j’avais entrepris en m’occupant à étudier les enseignements d’une sagesse que Dieu a faite sottise [10], quand me réveillant enfin d’une espèce de sommeil profond, j’ai regardé vers l’admirable lumière de la vérité de l’Évangile et j’ai vu l’inutilité de la sagesse des princes de ce monde qui disparaîtront [11] ; pleurant beaucoup sur ma misérable vie, je souhaitais que me soit donnée une règle de vie. » [12] Il a donc pleuré sur sa vie, alors que, selon le témoignage de saint Grégoire de Nazianze, son compagnon d’études, elle avait été parfaite jusque là, humainement parlant [13]. Elle lui paraissait cependant « misérable » puisqu’elle n’était pas totalement et intégralement à l’exclusion de tout le reste consacrée à Dieu qui est le seul Seigneur. Avec une impatience irrépressible, il interrompit les études qu’il avait entreprises et abandonna les docteurs de la sagesse grecque pour parcourir « de nombreuses terres et de nombreuses mers » [14] à la recherche d’autres maîtres : c’est-à-dire ces malheureux « sots » qui pratiquaient au désert une tout autre sagesse. Il commença ainsi à apprendre dans son cœur des choses qui n’étaient jamais montées au cœur de l’homme [15], des vérités assurément que ni les rhéteurs ni les philosophes n’auraient jamais pu lui enseigner [16]. Et chaque jour il grandissait davantage dans cette nouvelle sagesse, en une sorte d’admirable itinéraire de grâce, par la prière et la mortification, par l’exercice de charité et par une fréquentation continuelle des Écritures Saintes et de la doctrine des pères [17].

Bientôt il fut appelé au ministère. Mais dans son service des âmes, avec une prudente modération, il tempérait son zèle infatigable de prédicateur par des intervalles de solitude et une pratique fréquente de la prière intérieure. Il estimait que c’était une nécessité absolue pour la « purification de l’âme » [18], pour que l’annonce de la parole soit toujours confirmée par « l’exemple évident » de la vie [19]. C’est ainsi que Basile devint pasteur et qu’il fut en même temps, dans toute la force du terme, un moine. Bien plus, on peut le compter sans aucun doute parmi les plus grands pasteurs-moines de l’Église : figure épiscopale singulièrement parfaite et remarquable, promoteur et législateur de la vie monastique. En effet, fort de son expérience personnelle, il contribua beaucoup à la constitution de communautés de chrétiens totalement consacrées au « service divin » [20] et il prit la peine de se charger de les visiter souvent et de les encourager [21]. Pour son bien personnel et pour être utile à ces communautés, il tissa avec elles d’admirables entretiens dont plusieurs, par une grâce de Dieu, nous sont parvenus par écrit [22]. Ses sermons, par la suite furent à l’origine de règles émanant de législateurs du monachisme — et tout d’abord saint Benoît lui-même qui considère Basile comme son maître [23]. De même ceux qui ont embrassé la vie monastique, en Orient et en Occident, se sont inspirés en grande partie de ses écrits — directement ou indirectement connus. C’est la raison pour laquelle beaucoup pensent que cette institution importante qu’est la vie monastique dans la structure de toute l’Église, a été établie au cours des siècles surtout par saint Basile ou au moins qu’elle n’a pas été définie selon sa nature propre sans sa participation décisive.

Quant aux maux et aux difficultés qui pesaient sur le peuple de Dieu à cette époque [24], Basile eut beaucoup à en souffrir. Cependant il les dénonçait avec franchise et il indiquait leurs causes avec lucidité et amour de façon à s’attaquer courageusement à une large action réformatrice : réforme — et ce but est à poursuivre à chaque époque, à renouveler à chaque génération — qui visait à rendre à l’Église du Seigneur « pour laquelle le Christ est mort et sur laquelle il a largement répandu l’Esprit Saint » [25], sa forme primitive c’est-à-dire son image pour ainsi dire normative, belle et pure, que les paroles du Christ et les actes des apôtres nous ont transmise. Combien de fois saint Basile mentionne-t-il avec ardeur et avec un désir explicite ce temps où « la multitude des croyants n’avait qu’un coeur et qu’une âme » [26]. Son zèle de réformateur s’orientait avec équilibre et perfection à la fois vers tous les problèmes, tous les aspects et tous les domaines de la vie chrétienne.

De par la nature même de son ministère épiscopal, l’évêque est d’abord le pontife de son peuple ; et le peuple de Dieu lui-même est avant tout un peuple sacerdotal. Par conséquent l’évêque qui se soucie vraiment du bien de l’Église, ne peut absolument pas négliger la sainte liturgie, sa force et sa richesse, sa beauté et sa « vérité ». Bien plus, dans toute la pastorale, la liturgie occupe vraiment la première place et elle se trouve au sommet de toutes les autres préoccupations ; en effet, selon l’avertissement du Concile Vatican II, « la liturgie est le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et en même temps la source d’où émane toute sa vertu » [27] au point que « aucune autre action de l’Église ne peut atteindre son efficacité au même titre et au même degré » [28]. Basile était parfaitement conscient de chacune de ces réalités, et ainsi le législateur du monachisme [29] savait également être un organisateur de la prière [30].

Parmi toutes les œuvres qu’il a accomplies dans ce domaine, l’anaphore qui porte son nom demeure à juste titre le précieux héritage de l’Église de tous les temps : c’est en effet une très remarquable prière eucharistique qu’il a remaniée et enrichie et qui est considérée comme très belle parmi les plus belles. Ce n’est pas tout. La première composition de la prière psalmodiée lui est attribuée comme à l’un de ses plus grands inspirateurs et réalisateurs [31]. C’est ainsi que grâce à l’impulsion donnée par Basile, la psalmodie — « encens spirituel » respiration et réconfort du peuple de Dieu [32] — était très aimée des fidèles de son Église et bien connue des enfants et des jeunes, des doctes et des ignorants [33] ; Basile lui-même raconte que « le peuple de chez nous se lève la nuit pour aller à la maison de prière… passer la nuit à alterner des psaumes et des prières » [34]. Ces psaumes retentissaient dans les églises comme une sorte de tonnerre [35] « et l’on entendait leur modulation dans les maisons et ils se répandaient sur les places » [36].

Basile aimait l’Église d’un amour jaloux [37] et sachant que sa virginité était sa foi, il gardait avec une très grande vigilance l’intégrité de cette foi. C’est pourquoi il eut à lutter fortement et il sut le faire non contre des hommes mais contre des altérations de la parole de Dieu [38], c’est-à-dire contre toute déformation de la vérité et toute violation du dépôt sacré [39] transmis par les pères. Mais son combat ne comportait aucune violence car il était la force de l’amour. Sa clairvoyance ne comportait aucune arrogance puisque il était la douceur de l’amour. C’est ainsi que du début de son ministère jusqu’à sa fin il s’est efforcé de conserver l’intégrité de la formulation de Nicée sur la divinité du Christ « con sub stantiel » au Père [40]. Il combattait aussi pour que ne soit pas minimisée la gloire de l’Esprit qui, selon la foi, « parfait la Sainte Trinité… faisant partie de sa divine et bienheureuse nature » [41], et doit donc être compté avec le Père et le Fils et glorifié avec eux [42].

Même s’il devait exposer sa vie à de très graves dangers, Basile veillait avec fermeté et travaillait à la conservation de la liberté de l’Église. En véritable Évêque, il n’hésitait pas à s’opposer aux princes pour défendre son droit et celui du peuple de Dieu à confesser la vérité et à obéir à l’Évangile [43]. Saint Grégoire de Nazianze, qui relate un épisode mémorable de cette lutte, nous montre bien que la force secrète de la puissance de Basile reposait uniquement sur la simplicité de son message, sur la clarté de son témoignage, sur la majesté pacifique de sa dignité sacerdotale [44].

Avec autant de rigueur qu’à l’égard des hérétiques et des tyrans, Basile s’éleva contre l’ambiguïté et les déviations à l’intérieur de l’Église surtout contre la sécularisation et le désir des richesses. Ce qui le poussait alors comme toujours, c’était ce même amour de la vérité et de l’Évangile : car, bien que pour des raisons différentes, c’était toujours l’Évangile qui était nié et rejeté aussi bien par les erreurs des hérésies que par l’avidité des riches. À ce sujet certains passages remarquables de ses sermons sont exemplaires : « Vends ce que tu as et donne-le aux pauvres [45] … si tu n’as pas tué, comme tu dis, ni commis d’adultère, ni volé, ni faussement témoigné contre quelqu’un ; cependant, tu rends stérile ton zèle dans ces circonstances si tu n’y ajoutes pas ce qui reste et qui est seul susceptible de te faire entrer dans le royaume de Dieu [46] ». Celui qui veut aimer son prochain selon le commandement de Dieu [47] « ne doit rien posséder de plus que son prochain » [48]. Et avec plus de passion encore, il exhortait en temps de famine et de sécheresse « ne soyons pas plus sauvages que les animaux… ; nous empochons le bien commun et nous possédons seuls ce qui appartient à tous » [49]. C’est une doctrine pénétrante, qui remue les esprits et qui est très belle, c’est une exhortation adressée à l’Église de tous les temps pour l’inviter à embrasser l’Évangile avec sérieux ! Basile n’a pas seulement rendu témoignage par ces paroles à l’Évangile où sont commandés l’amour et le service des pauvres, il l’a fait également par de grandes œuvres charitables comme la construction aux portes de Césarée d’un immense hospice pour accueillir les pauvres [50] : véritable cité de la miséricorde, qui reçut de lui le nom de Basiliade [51], et preuve du vrai message évangélique.

Ce fut encore son amour du Christ et de son Évangile qui fit que saint Basile souffrit tant de la division de l’Église et qu’avec tant de persévérance, espérant contre toute espérance, il chercha à rendre plus effective et plus manifeste la communion avec toutes les Églises [52]. Car la séparation des chrétiens obscurcit la vérité elle-même de l’Évangile et déchire le Christ lui-même [53]. La séparation des croyants s’oppose à la puissance du baptême unique [54] qui nous fait un dans le Christ, vraiment une unique personne mystique [55] ; elle s’oppose à l’autorité suprême du Christ qui est le roi unique et à qui tous doivent être également soumis ; elle s’oppose enfin à la puissance et à l’efficacité unifiante de la parole de Dieu, qui demeure l’unique loi, à laquelle doivent obéir d’un commun accord tous les croyants [56]. C’est pourquoi la division des Églises est si clairement et si directement en opposition avec le Christ et avec la doctrine biblique que, de l’avis de saint Basile, la seule voie de retour à l’unité ne saurait être qu’une nouvelle conversion de tous au Christ et à sa parole [57].

Ainsi, dans l’exercice multiforme de son ministère, Basile lui-même s’est fait ce qu’il prescrivait pour tous les messagers de la parole : un apôtre et un serviteur du Christ, un dispensateur des mystères de Dieu, un héraut du royaume des cieux, un modèle et une règle de piété, l’œil dans le corps du Christ, le pasteur du troupeau du Christ, le médecin d’une grande pitié, le père et le nourricier le coopérateur de Dieu, le vigneron de la vigne de Dieu, le bâtisseur du temple de Dieu [58]. Et dans ce zèle et ce combat — âpre, perpétuellement accablant — Basile a offert sa vie [59] et s’est livré en holocauste. Il mourut, en effet à 50 ans épuisé par ses travaux et par sa vie ascétique.

III. L’ENSEIGNEMENT DE SAINT BASILE

Après ce rappel sommaire et bref des principaux moments de la vie de Basile et l’évocation des caractéristiques de son action de chrétien et de son œuvre d’Évêque, il nous semble bon maintenant de puiser dans le très riche héritage de ses écrits au moins quelques-uns des principaux enseignements qui s’y trouvent. En nous mettant à son école, nous y découvrirons peut-être une lumière pour mieux affronter les problèmes et les difficultés de notre temps et une aide pour notre vie présente et future.

Il ne nous semble donc pas hors de propos de commencer par ce que Basile a enseigné sur la Très Sainte Trinité. Il n’y a même pas de meilleur commencement pour qui veut bien suivre sa pensée. D’ailleurs, que peut-il y avoir de plus convaincant et de plus utile pour notre vie que le mystère même de la vie de Dieu ? Y a-t-il, dans la vie de tout homme un sujet qui soit d’une plus grande importance et d’une plus grande gravité ? Nous voulons parler de l’homme nouveau, de celui dont la structure intime et la vie sont conformes à ce mystère ; mais nous parlons aussi de tout homme, qu’il le sache ou non, car il n’existe personne qui n’ait été créé par le Christ Verbe éternel et qui n’ait été appelé par l’Esprit et dans l’Esprit à glorifier le Père.

Ceci est le mystère primordial, c’est-à-dire la Très Sainte Trinité, qui n’est autre que le mystère de Dieu lui-même, du Dieu unique vivant et vrai.

Saint Basile expose fermement la réalité de ce mystère : les trois noms divins, affirme-t-il, signifient vraiment trois hypostases distinctes [60]. Mais il affirme avec non moins de force leur inacessibilité absolue. Quelle consciente lucidité avait ce grand théologien de la faiblesse et de l’insuffisance de toute réflexion théologique ! Personne dit-il, ne peut être à la hauteur de la grandeur du sujet, et l’élévation de ce mystère dépasse tout discours au point que même la langue des anges ne saurait l’atteindre [61].

La réalité du Dieu vivant est immense comme l’abîme et insondable ! Et cependant, saint Basile est persuadé qu’il « doit » parler de cette réalité et même en parler avant tout le reste et davantage que de toutes les autres réalités ; et c’est en sa qualité de croyant qu’il s’exprime [62]. Il le fait, poussé par la force d’un amour impossible à réprimer, pour obéir au commandement de Dieu et pour l’édification de l’Église qui ne « se rassasie pas d’entendre ces choses » [63].

Mais il est peut-être plus exact de dire que Basile, en véritable « théologien », chante ce mystère plus qu’il n’en parle. Il chante le Père « principe de toute chose, cause de tout ce qui existe, racine des vivants » [64] et surtout « Père de notre Seigneur Jésus-Christ » [65]. Et de même que le Père est d’abord tourné vers le Fils, ainsi le Fils — le Verbe qui s’est fait chair dans le sein de la Vierge Marie — est d’abord tourné vers le Père. C’est donc ainsi que Basile le contemple et le chante comme « la lumière inaccessible, la puissance ineffable, la grandeur sans limites, la gloire éblouissante du mystère de la Très Sainte Trinité, Dieu chez Dieu » [66], « image de la bonté du Père, sceau de forme égale » [67]. C’est seulement de cette façon, en confessant sans ambiguïté le Christ comme « une personne de la Trinité » [68] que Basile — en considérant ensuite le réalisme de ce mystère — peut le voir dans l’anéantissement de son humanité. Basile est l’un des rares qui nous amène dans notre recherche à mesurer l’espace infini que le Christ a parcouru ; il est l’un des rares à attirer notre attention sur la profondeur de son humiliation : « Lui qui, de condition divine… s’anéantit lui-même en prenant la condition d’esclave » [69].

Dans l’enseignement de saint Basile, la christologie de la gloire n’atténue en rien la christologie de l’humiliation ; au contraire, cette christologie affirme avec une plus grande force une idée fondamentale de l’Évangile, à savoir le langage de la croix [70] et le scandale de la croix [71].

Ceci est précisément une structure habituelle de sa christologie selon laquelle c’est la lumière de la gloire qui révèle le sens de l’humiliation du Christ.

L’obéissance du Christ est le véritable « Évangile », c’est-à-dire un effet singulier de l’amour rédempteur de Dieu selon lequel celui qui obéit — et seulement dans la mesure de son obéissance — est « le Fils unique de Dieu, notre Seigneur et notre Dieu… par qui tout a été fait » [72] ; et ainsi cette obéissance peut briser notre désobéissance obstinée. Les souffrances du Christ, l’agneau immaculé, qui n’ouvrit pas la bouche devant ses bourreaux [73], ont une portée infinie et une valeur éternelle et universelle justement parce que celui qui a subi ces souffrances est le « créateur et le souverain du ciel et de la terre lui qui est adoré par toute créature spirituelle ou corporelle et qui soutient toutes choses par le verbe de sa puissance » [74] ; c’est ainsi que la passion du Christ modère notre violence et apaise notre colère.

La croix donc est vraiment notre « unique espérance » [75], ce n’est pas une catastrophe, mais un événement de salut, une « exaltation » [76] et un admirable triomphe uniquement parce que celui qui a été cloué sur la croix et qui y est mort est « Notre Seigneur et le Seigneur de toutes choses » [77], « c’est par lui qu’ont été faites toutes les choses visibles et invisibles, c’est lui qui possède la vie comme la possède le Père qui la lui a donnée, lui qui reçoit tout pouvoir du Père » [78]. C’est pourquoi la mort du Christ nous libère de la « crainte de la mort » à laquelle nous avons tous été soumis [79].

Du Christ « procède l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité, la grâce de l’adoption, les arrhes de l’héritage à venir, les prémices des biens éternels, la puissance vivifiante, la source de la sanctification par laquelle toute créature douée de raison et d’intelligence est confirmée par le pouvoir qu’elle a reçu de rendre au Père un culte et un hommage de gloire éternelle » [80].

Cet hymne de l’anaphore de saint Basile exprime très bien et résume le rôle de l’Esprit dans l’économie du salut.

L’Esprit, en effet, qui est donné à chaque baptisé, opère en chacun par les charismes et rappelle à la mémoire de chacun les commandements de Dieu [81] ; c’est l’Esprit lui-même qui anime l’Église, qui l’organise, la vivifie par ses dons, et qui la constitue corps « spirituel » et charismatique [82].

De là, saint Basile s’élève à la contemplation sereine de la « gloire » de l’Esprit, mystérieuse et inaccessible, confessant que cet Esprit est au-delà de toute créature humaine [83], Roi et Seigneur car c’est par lui que nous sommes transformés pour devenir participants de la nature divine [84], et Saint car c’est lui qui nous sanctifie [85]. Basile donc, après avoir contribué à l’énoncé de la foi de l’Église en la Trinité, parle encore à son coeur et la console, surtout par sa splendide confession du Consolateur.

La lumineuse splendeur du mystère de la Sainte Trinité n’éclipse pas la gloire de l’homme ; au contraire elle l’exalte et la révèle au maximum. Car l’homme n’est pas le rival de Dieu, stupidement opposé à lui, il n’est pas privé de Dieu ni abandonné au désespoir de sa solitude : il est le reflet et l’image de Dieu.

Par conséquent, plus Dieu resplendit, plus sa lumière brille en l’homme, et plus Dieu est honoré, plus la dignité de l’homme est exaltée. C’est la raison pour laquelle saint Basile a prêché la dignité de l’homme : il la considérait évidemment comme reliée à Dieu, c’est-à-dire découlant de lui en vue de sa destinée.

Car l’homme a reçu l’intelligence d’abord pour connaître Dieu, la liberté lui a été donnée pour accomplir la loi. Et c’est seulement en tant qu’image de Dieu que l’homme transcende l’ordre de l’univers, « il reçoit plus d’honneur que le ciel, plus que le soleil, plus que les chœurs des étoiles (quels cieux, en effet, ont été appelés image du Dieu très haut ?) » [86].

C’est pourquoi la gloire de l’homme se situe tout entière dans cette relation à Dieu. C’est pourquoi l’homme sauvegarde sa dignité « royale » seulement dans la mesure où il conserve en lui-même l’expression de l’image de Dieu ; et il ne sera donc vraiment lui-même que s’il connaît et aime celui dont il a reçu l’intelligence et la liberté.

Avant Basile, saint Irénée disait déjà cela d’une façon admirable : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ; la vie de l’homme, c’est voir Dieu » [87]. Ce qui voudrait dire : l’homme vivant est en soi la glorification de Dieu en sa qualité de rayonnement de sa beauté ; mais il n’a aucune « vie » s’il ne la puise pas en Dieu dans sa relation personnelle avec lui. S’il manque à ce devoir, l’homme annule sa vocation fondamentale et, de ce fait, il nie et avilit sa dignité [88].

Et qu’est-ce donc que le péché si ce n’est cela ? Le Christ n’est-il pas venu pour restaurer et rétablir cette image de Dieu qu’est l’homme et que l’homme avait obscurcie par le péché [89], qu’il avait corrompue [90], qu’il avait brisée [91]. C’est justement pour cela, affirme saint Basile, en utilisant les paroles de l’Écriture sainte, que « le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous [92] et il s’est abaissé au point de se faire obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix » [93]. C’est pourquoi, ô homme, « prends conscience de ta dignité en voyant le prix qui a été payé pour toi ; considère ce prix qui t’a racheté et reconnais ta dignité » [94].

La dignité de l’homme réside donc et dans le mystère de Dieu et dans le mystère de la croix. C’est la doctrine de Basile sur l’homme, son « humanisme », ou plus simplement « l’humanisme » chrétien.

La restauration de l’image ne peut donc se faire qu’en vertu de la croix du Christ. Car son « obéissance jusqu’à la mort… est devenue la rédemption de nos péchés, la libération de la mort qui régnait par le péché dès l’origine, la réconciliation avec Dieu, le pouvoir de devenir agréables à Dieu et acceptés par Lui, le don de la justice, la société des saints dans la vie éternelle, l’héritage du royaume des cieux » [95]. Dans la pensée de Basile, cela revient à dire que tout ce qui précède s’accomplit en vertu du baptême. Le baptême est-il en effet rien d’autre que l’événement salvifique de la mort du Christ dans lequel nous sommes introduits par la célébration du mystère ? En effet, le mystère sacramentel qui est « l’imitation » de sa mort, nous a ensevelis dans sa mort, comme l’écrit Paul : « Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés dans le Christ, nous avons été baptisés dans sa mort ? » [96]

Se fondant sur la mystérieuse réalité du baptême et de l’événement pascal, Basile, à la suite de Paul, enseigne qu’être baptisé ce n’est rien d’autre que d’être vraiment crucifié, c’est-à-dire être cloué avec le Christ sur son unique croix, mourir vraiment de sa mort, être enseveli dans son ensevelissement et par conséquent ressusciter de sa résurrection [97].

C’est donc à juste titre qu’il transpose sur le baptême les titres de gloire selon lesquels il célèbre la croix. Ainsi « le baptême est le prix de la rédemption des prisonniers, le rachat des dettes, la mort du péché, la régénération de l’âme, le vêtement de lumière, le sceau qu’aucun effort ne peut rompre, le char du ciel, un titre pour le royaume, le don de l’adoption » [98]. Pour lui l’homme est vraiment lié au Christ par lequel il est introduit dans la vie intime de la Trinité ; il devient ainsi spirituel puisqu’il a été engendré par l’Esprit [99] et Fils puisqu’il a revêtu le Fils, uni par la relation la plus étroite avec le Fils unique du Père qui de ce fait devient son Père [100].

Une considération aussi pénétrante du mystère baptismal permet à Basile de mieux éclairer le sens même de la vie chrétienne. D’ailleurs, comment comprendre le mystère de l’homme nouveau sinon en fixant le regard sur sa resplendissante nouvelle naissance et sur la puissance de Dieu qui l’a engendré par le baptême ? « Quel est le caractère propre du chrétien ? » se demande Basile. Et il répond : « Être engendré de nouveau par l’eau et l’Esprit-Saint dans le baptême » [101]. Car c’est seulement de là où nous venons que l’on peut percevoir ce que nous sommes et pour quoi nous sommes faits.

Étant une créature nouvelle, le chrétien, même s’il n’en est pas pleinement conscient, vit d’une nouvelle vie ; et dans ses profondeurs, même s’il le nie dans son action, il est transféré dans une nouvelle patrie, devenu pour ainsi dire céleste sur la terre [102], tellement l’action de Dieu est efficace et assurée au maximum et tellement elle dépasse tout ce que l’homme peut faire pour le renier ou s’y opposer.

Assurément c’est le devoir de l’homme — c’est le sens même de la vie chrétienne, en relation nécessaire avec le baptême — de devenir ce qu’il est : c’est-à-dire de se mettre au niveau de la nouvelle dimension « spirituelle » et eschatologique de son mystère personnel. C’est ainsi que Basile l’exprime avec la clarté qui lui est coutumière : « Quelle est la nature ou la force du baptême ? N’est-ce pas que le baptisé est changé dans son esprit, dans ses paroles et dans ses actions et que, par le pouvoir qui lui est donné, il devient ce qu’est Celui qui l’a engendré. » [103]

Saint Basile considère l’Eucharistie par laquelle s’accomplit l’initiation chrétienne, comme étroitement liée au baptême. C’est l’unique nourriture qui convienne à la nouvelle condition du baptisé pour soutenir sa nouvelle vie et nourrir ses nouvelle énergies [104] ; culte en esprit et en vérité, exercice du nouveau sacerdoce et sacrifice parfait du nouvel Israël [105], l’Eucharistie seule réalise et porte à son accomplissement la nouvelle création qui a lieu dans le baptême.

C’est pourquoi, elle est le mystère d’une très grande allégresse — on ne peut y participer que par le chant [106] — et d’une sainteté infinie, redoutable. Comment celui qui est dans le péché pourrait-il toucher le corps du Seigneur [107] ? Il faut que l’Église qui administre la sainte communion soit « sans tache ni ride, sainte et immaculée » [108]. Qu’elle s’examine donc, toujours bien consciente du mystère qu’elle célèbre [109], pour pouvoir se purifier de plus en plus « de toute souillure et de toute impureté » [110] .

D’ailleurs, il ne lui est pas permis de s’abstenir d’administrer la communion, car le baptême lui-même est ordonné à l’Eucharistie qui est nécessaire à la vie éternelle [111] et le peuple des baptisés doit être pur afin de pouvoir participer à l’Eucharistie [112].

À cela s’ajoute que seule l’Eucharistie, véritable mémorial du mystère pascal du Christ, peut faire que ce souvenir de son amour vive en nous. C’est pour cela que l’Église reste en état de veille ; sinon, si l’efficacité divine de ces stimulations, continuelles et très douces, ne la touchait pas, si elle ne ressentait pas la force vive des yeux de son Époux fixés sur elle, elle serait très facilement oublieuse, tiède, infidèle. C’est dans ce but que l’Eucharistie a été instituée selon les paroles du Seigneur : « Faites ceci en mémoire de moi » [113] c’est dans ce but qu’il faut la célébrer.

Basile ne se lasse pas de le répéter : « En mémoire » [114], et même en mémoire perpétuelle, « en mémoire ineffaçable » [115] pour que nous exprimions « efficacement la mémoire de celui qui est mort et qui est ressuscité pour nous » [116].

Ainsi l’Eucharistie seule, par la Providence et le don de Dieu, peut conserver dans nos cœurs le « sceau » [117] de la mémoire du Christ qui nous presse et nous freine et nous empêche ainsi de pécher ; c’est la raison pour laquelle saint Basile rapporte principalement à l’Eucharistie ces paroles de l’apôtre Paul : « La charité du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts ; et il est mort pour tous afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. » [118] Mais qu’est-ce que vivre pour le Christ — ou « vivre totalement pour Dieu » — si ce n’est la réalité même du pacte baptismal [119] ? C’est également pour cette raison que l’Eucharistie constitue l’accomplissement du baptême puisque elle seule permet d’en vivre fidèlement et que continuellement elle actualise sa puissance de grâce.

Ainsi saint Basile n’hésite pas à encourager la communion fréquente et même quotidienne : « Car communier tous les jours et participer au saint corps et au sang du Christ est bon et utile comme il le dit lui-même : « Qui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle. » [120] Qui mettrait en doute que de participer continuellement à la vie ne soit vivre en plénitude ? » [121]

À l’instar de l’Eucharistie, « toute parole qui sort de la bouche de Dieu » [122] est une véritable « nourriture de vie éternelle » susceptible de nourrir la vie nouvelle du baptisé. Saint Basile lui-même a établi avec autorité ce lieu fondamental de la parole de Dieu avec le corps du Christ [123] ; car l’Écriture aussi, bien que différemment, est, comme l’Eucharistie, divine, sainte et nécessaire. Elle est vraiment divine comme Basile l’affirme avec une énergie insolite, « de Dieu », pour ainsi dire, au sens propre. Dieu lui-même l’a inspirée [124], Dieu l’a confirmée [125], Dieu l’a exprimée par les hagiographes [126] — Moïse, les prophètes, les évangélistes, les apôtres [127] — et surtout par son Fils lui-même [128] l’unique Seigneur : aussi bien dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament [129] ; avec une diversité de force et une diversité dans la plénitude de la Révélation [130] mais cependant sans aucune contradiction [131].

L’Écriture par conséquent, puisqu’elle est une réalité divine, même si elle est exprimée en des paroles humaines, revêt une autorité suprême : source de la foi selon l’expression de Paul [132], elle est le fondement d’une pleine certitude qui ne doute ni ne vacille [133]. Puisqu’elle est tout entière de Dieu, elle est tout entière, dans ses plus petites parties, d’un poids immense et digne d’être observée absolument [134].

C’est pourquoi l’Écriture est déclarée sainte à bon droit : de même que c’est un horrible sacrilège de profaner l’Eucharistie, de même c’est un sacrilège d’attaquer l’intégrité et la pureté de la parole de Dieu. Elle ne doit pas être comprise selon les catégories humaines de la raison mais à partir de son enseignement même comme « en interrogeant le Seigneur Lui-même sur l’interprétation à donner aux paroles qu’il a dites Lui-même » [135] ; et il n’est pas permis de retrancher quoi que ce soit à ces divines écritures transmises à l’Église de tous les temps ni de rien leur ajouter ; car il s’agit des paroles saintes qui ont été énoncées par Dieu une fois pour toutes [136].

Il est donc nécessaire que l’on ait devant la parole de Dieu une attitude d’adoration de fidélité et d’amour. C’est dans l’Écriture que l’Église doit puiser le plus pour proclamer son message [137], sous la conduite des paroles mêmes du Seigneur [138] pour ne pas risquer de « réduire les expressions de la foi à un niveau humain » [139].

C’est à l’Écriture enfin que tout chrétien doit faire appel « toujours et partout » dans tout ce qu’il entreprend [140] ; en « se faisant petit » [141], il trouve dans la très grande efficacité de l’Écriture un remède à ses faiblesses [142] et il n’ose pour ainsi dire faire aucun pas sans être illuminé par la parole de Dieu [143]. Tout l’enseignement de Basile est, comme nous l’avons dit, un véritable « évangile » chrétien, une joyeuse annonce du salut. La confession de Dieu n’est-elle pas pleine de joie et source de joie puisqu’elle resplendit en l’homme, image de Dieu ? N’est-ce pas l’annonce admirable de la victoire de la croix par laquelle « dans la grandeur de la bonté de Dieu et l’abondance de ses miséricordes » [144] nos péchés nous sont pardonnés avant même que nous les commettions ? [145] Quelle joie plus grande y a-t-il que l’annonce du baptême par lequel nous sommes régénérés, ou de l’Eucharistie dont nous nous nourrissons ou du Verbe qui nous inonde de sa lumière ? Mais justement parce qu’il ne néglige ni ne diminue la puissance du salut et la transformation opérée par Dieu ni « les potentialités du monde à venir » [146], saint Basile demande à tous, avec une très grande force, un amour absolu de Dieu, un engagement sans réserve, une vie parfaite selon le style et la doctrine de l’Évangile [147].

Car si le baptême est une grâce — et quelle grâce singulière — tous ceux qui l’ont obtenu ont vraiment reçu « la faculté et le pouvoir de plaire à Dieu » [148] et pour cela « tous également doivent se comporter selon l’Évangile » [149].

« Tous de manière égale » dit Basile, il n’y a pas de chrétiens de second ordre puisqu’il n’y a pas différents baptêmes et que le dynamisme de la vie chrétienne est entièrement contenu dans le pacte du baptême [150].

« Vivre selon l’Évangile », dit-il encore. Que signifie concrètement cette expression selon saint Basile ? C’est tendre d’un désir ardent [151], avec toutes les énergies nouvelles dont chacun est gratifié, à se concilier la « grâce de Dieu » [152]. Ceci équivaut, par exemple à « ne pas être riche mais pauvre, selon la parole du Seigneur » [153] afin de réaliser la condition principale pour le suivre [154] sans entraves [155] et pour que soit manifestée, à l’encontre des normes de vie en vigueur dans le monde, la nouveauté de l’Évangile [156]. C’est aussi se soumettre complètement, en renonçant à « sa volonté propre » [157] pour obéir, à l’exemple du Christ, « jusqu’à la mort » [158].

Saint Basile ne rougissait absolument pas de l’Évangile, mais persuadé que cet évangile était la force de Dieu pour le salut de tout croyant [159], il l’annonçait dans toute son intégrité [160] comme la plénitude de la parole de grâce et la source de vie.

Il nous est agréable, en outre de rappeler que saint Basile, même si c’est plus modérément que son frère saint Grégoire de Nysse et que son ami saint Grégoire de Nazianze, honorait la virginité de Marie [161], qu’il l’appelait « prophétesse » [162] et qu’il reconnaissait dans son mariage avec Joseph un événement permettant, selon son heureuse expression, « de rendre honneur à la virginité sans mépriser le mariage » [163].

Dans l’anaphore de saint Basile que nous avons mentionnée plus haut, on trouve de très admirables louanges « à la très sainte, immaculée, bénie entre toutes, glorieuse dame mère de Dieu et toujours pleine de grâce et joie de tout l’univers… ».

Nous nous glorifions d’être tous, dans l’Église, les disciples et les fils de ce si grand saint du ciel et de ce maître ; méditons donc de nouveau ses exemples et écoutons ses enseignements avec respect, dans une disponibilité complète pour recevoir ses enseignements, ses consolations, ses exhortations.

Nous adressons ce message, en particulier aux nombreux ordres religieux — masculins et féminins — qui se glorifient du nom et du patronage de saint Basile et qui suivent sa règle. À l’occasion de cet heureux anniversaire, nous les engageons à se renouveler dans leur ardeur de vie ascétique et dans la contemplation des choses de Dieu d’où découleront en abondance de saintes œuvres pour la gloire du Dieu tout-puissant et pour l’édification de la sainte Église.

Pour l’heureuse réalisation de ces vœux, nous implorons le secours maternel de la Vierge Marie et, en gage des dons du ciel et en témoignage de notre bienveillance nous vous accordons de tout cœur dans le Seigneur notre Seigneur notre bénédiction apostolique.

Faite à Rome, à Saint-Pierre, le 2 janvier, jour de la mémoire de saint Basile le Grand et de saint Grégoire de Nazianze, évêques et docteurs de l’Église, en l’an 1980, seconde année de notre pontificat.

 

IOANNES PAULUS PP. II


[1] Cfr. Gal. 4, 19 ; Vincentius Lirinensis, Commonitorium I 3 ; PL 50, 641.

[2] Cfr. 1 Cor 4, 15.

[3] Cfr. 1 Cor 3, 11.

[4] Cfr. Eph 2, 21.

[5] Cfr. Regulae fusius tractatae 8 ; PG 31. 933c-941a.

[6] Cfr. Moralia LXXX 1 ; PG 31. 860bc.

[7] De baptismo I 1 ; PG 31. 1516b.

[8] Cfr. Gregorius Nazianzenus, In laudem Basilii ; PG 36, 525c- 528c.

[9] Cfr. 1 Cor 2, 2.

[10] Cfr. 1 Cor 1, 20.

[11] Cfr. 1 Cor 2, 6.

[12] Epistula 223, PG 32, 824a.

[13] In laudem Baslii ; PG 36, 521cd.

[14] Epistula 204 ; PG 32, 753a.

[15] Cfr. 1 Cor 2, 9

[16] Cfr. Epistula 223, PG 32, 824bd.

[17] Cfr. Praesertim Epistulae 2 et 22.

[18] Epistula 2, PG 32, 228a. Cfr. Ep. 210, 769a.

[19] Regulae fusius tractatae 43 ; PG 31, 1028a-1029b. Cfr. Moralia LXX 10, PG 31, 324d-825b.

[20] Regula Benedicti, Prologus.

[21] Cfr. Gregorius Nazianzenus, In laudem Basilii ; PG 36, 536b.

[22] Cfr. Regulae brevius tractatae, proemium. PG 31, 1080ab .

[23] Cfr. Regula Benedicti, LXXIII 5.

[24] Cfr. De iudicio ; PG 31, 653b.

[25] Ibid.

[26] Act. 4, 32 ; Cfr. De iudicio 660c. Regulae fusius tractatae 7, 993c. Homilia tempore famis, 325ab.

[27] Sacrosanctum Concilium, 10.

[28] Ibid., 7.

[29] Gregorius Nazianzenus, In laudem Basilii, PG 36, 541c

[30] Ibid .

[31] Cfr. Epistula 2 et Regulae fusius tractatae 37. PG 31, 1013b-1016c.

[32] Cfr. In Psalmum 1 ; PG 29, 212a-213c.

[33] Ibid.

[34] Epistula 207 ; PG 32, 764ab.

[35] Cfr. Gregorius Nazianzenus In laudem Basilii ; PG 36, 561cd.

[36] S.Basilii «In Psalmum» 1: PG 29, 212c

[37] Cfr. II Cor 11, 2.

[38] Cfr. II Cor 2, 17.

[39] Cfr. I Tim 6, 20. II Tim 1, 14.

[40] Cfr. Epistula 9 ; PG 32, 272a ; Epistula 52, 392b396a ; Adv. Eunomium ; PG 29, 556c.

[41] Epistula 243, PG 32, 909a.

[42] Cfr. De Spiritu sancto ; PG 32, 117c. 557c-561c.

[43] Cfr. Gregorius Nazianzenus, In laudem Basilii ; PG 36.

[44] Cfr. ibid., 561c-564b.

[45] Mt 19, 22.

[46] Homilia in divites ; PG 31 , 280b-281 a.

[47] Cfr. Lev 19, 18 ; Mt 19, 19.

[48] Homilia in divites ; PG 31, 281b.

[49] Homilia tempore famis ; PG 31, 325a.

[50] Cfr. Epistula 94, 488bc.

[51] Cfr. Sozomenus Historia Eccl., VI 34 ; PG 67, 1397a.

[52] Cfr. Epistulae 70 et 243.

[53] Cfr. 1 Cor 1, 13.

[54] Cfr. Eph 4, 4.

[55] Cfr. Cal 3, 28.

[56] Cfr. De iudicio ; PG 31, 653a-656c.

[57] Cfr. ibid. 660b-661a.

[58] Cfr. Moralia LXXX 12-21 ; PG 31, 864b-868b.

[59] Cfr. Moralia LXXX 18, 865c.

[60] Cfr. Adv. Eunomium I, PG 29 529a.

[61] Cfr. Homilia de fide ; PG 31, 464b-465a.

[62] Cfr. II Cor 4, 13.

[63] Homilia de fide, 464cd.

[64] Ibid ., 465c.

[65] Anaphora S. Basilii.

[66] Homilia de fide, 465cd.

[67] Cfr Anaphora S. Basilii.

[68] Liturgia S. Ioannis Chrysostomi.

[69] Phil 2, 6s.

[70] Cfr. 1 Cor 1, 18.

[71] Cfr. Gal 5, 11.

[72] De iudicio ; PG 31, 660b.

[73] Cfr. Is 53, 7.

[74] Cfr. Hebr 1, 3 : Hom. de ira, PG 31 369b.

[75] Lit. Hor., Hebdomada Sancta, hymnus ad Vesperas.

[76] Cfr. Io 8, 32s, et alibi.

[77] Cfr. Act. 10, 36 ; De baptismo II 12 ; PG 31, 1624b.

[78] De baptismo II 13, 1625c.

[79] Cfr. Hebr 2, 15.

[80] Cfr. Anaphora S. Basilii.

[81] Cfr. De baptismo I 2 ; PG 31, 1561a.

[82] Cfr. De Spiritu sancto ; PG 32, 181ab ; De iudicio, PG 31, 657c-660a.

[83] Cfr. De Spiritu sancto, cap. 22.

[84] Cfr. ibid., cap. 20s.

[85] Cfr. ibid., cap. 9 et 18.

[86] In Psalmum 48 ; PG 29, 449c.

[87] Adversus haereses IV, 20, 7.

[88] Cfr. In Psalmum 48, 449d-452a.

[89] Homilia de malo ; PG 31, 333a.

[90] In Psalmum 32 ; PG 29, 344b.

[91] De baptismo I 2 ; PG 31, 1537a.

[92] Io 1, 14.

[93] Cfr. Phil 2, 8 ; In Psalmum 48 ; PG 29, 452ab.

[94] Ibid , b.

[95] De baptismo I 2, PG 31, 1556b.

[96] Rom 6, 3.

[97] Cfr. De baptismo I 2.

[98] In sanctum baptisma ; PG 31, 433ab.

[99] Cfr. Moralia XX 2 ; PG 31, 736d ; ibid. LXXX 22, 869a.

[100] Cfr. De baptismo I 2. 1564c-1565b.

[101] Moralia LXXX 22 ; PG 31, 868d.

[102] Cfr. De Spiritu sancto ; PG 32, 157c ; In sanctum baptisma ; PG 31, 429b.

[103] Moralia XX 2 ; PG 31, 736d.

[104] Cfr. De baptismo I 3 ; PG 31, 1573b.

[105] Cfr. ibid. II 2s et 8, 1601c ; Epistula 93 ; PG 32, 485a .

[106] Cfr. Moralia XXI 4 ; PG 31, 741a.

[107] Cfr. De baptismo II 3, PG 31, 1585ab.

[108] Eph 5 27 ; Moralia LXXX 22, 869b.

[109] Cfr. I Co 11, 28 ; Moralia XXI 2, 740ab.

[110] De baptismo II 3 ; PG 31, 1585ab.

[111] Cfr. Moralia XXII, PG 31, 737c.

[112] Cfr. Moralia LXXX 22, 869b.

[113] 1 Cor 11, 24s et par.

[114] Moralia XXI 3, 740b.

[115] Ibid ., 1576d .

[116] Moralia LXXX 22, 869b.

[117] Cfr. Regulae fusius tractatae 5 ; PG 31, 921b.

[118] II Cor 5 14s.

[119] Cfr. De Baptismo II 1, PG 31, 1581a.

[120] Io 6, 54.

[121] Epistula 93, PG 32, 484b.

[122] Mt 4, 4 ; cfr. Dt 8, 3 ; De baptismo I 3, PG 31, 1 573bc .

[123] Cfr Dei Verbum 21.

[124] Cfr De iudicio, PG 31, 664d ; De fide ib. 677a, ecc.

[125] Cfr. De fide PG 31, 680b.

[126] Cfr. Regulae brevius tractatae, 13, PG 31, 1092a ; Adv. Eunomium 11, PG 29, 597c, ecc.

[127] Cfr. De baptismo I 1, PG 31, 1524d.

[128] Cfr. De baptismo I 2, 1561c.

[129] Cfr. Regulae brevius tractatae. 47, PG 31, 1113a.

[130] Cfr. Regulae brevius tractatae, 276, PG 31, 1276cd ; De baptismo I 2, PG 31, 1545b.

[131] Cfr. De fide, PG 31, 692b.

[132] Cfr. Rom 10, 17 ; Moralia LXXX 22, PG 31, 868c.

[133] Ibid .

[134] Cfr. In Hexaem. VI, PG 29, 144c ; ibid. VIII 184c.

[135] De baptismo II 4, PG 31, 1589b.

[136] Cfr. De fide, PG 31, 680ab ; Moralia LXXX 22, ibid. 868c.

[137] Cfr. In Psalmum 115, PG 30 105c. 108a.

[138] Cfr. De baptismo I 2, PG 11, 1533c.

[139] Epistula 140, PG 32, 588b.

[140] Cfr. Regulae brevius tractatae, 269, PG 31, 1268c.

[141] Cfr. Mc 10, 15, ; Regulae brevius tractatae 217, PG 31, 1225bc ; De baptismo I 2, PG 31, 1560ab.

[142] Cfr. In Psalmum 1, PG 29, 209a.

[143]Cfr. Regulae brevius tractatae, 1, PG 31, 1081a.

[144] Regulae brevius tractatae 10, PG 31, 1088c.

[145] Cfr. Regulae brevius tratatae, 12, 1089b.

[146] Cfr. Hebr 6, 5

[147] Cfr. Moralia, IXXX 22, PG 31, 869c.

[148] Regulae brevius tractatae, 10, PG 31, 1088c.

[149] De baptismo II 1, PG 31, 1580ac.

[150] Ibid .

[151] Cfr. Regulae brevius tractatae, 157, PG 31, 1185a.

[152] Cfr. Moralia 1 5, PG 31, 704a et passim.

[153] Cfr. Moralia XLVIII 3, PG 31 769a.

[154] Cfr. Regulae fusius tractatae 10, PG 31, 944d-945a.

[155] Cfr. Regulae fusius tractatae, 8, 940bc ; Regulac hrevius tractatae 237, 1241b.

[156] Cfr. De baptismo I 2, PG 31, 1544d.

[157] Cfr. Regulae fusius tractatae, 6, PG 31, 925c ; 41, 1021a.

[158] Cft. Phil 2, 8 ; Regulae fusius tractatae 28, 989b ; Regulae brevius tractatae 119, 1161d. et passim.

[159] Cfr. Rom 1, 16.

[160] Cfr. Moralia LXXX 12, PG 31, 864b.

[161] Cfr. In sanctam Christi generationem 5. PG 31, 1468b.

[162] Cfr. In Isaiam 208, PG 30, 477b.

[163] Cfr. In sanctam… 3, PG 31, 1464a


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