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VISITE PASTORALE EN SUISSE
(11-17 JUIN 1984)

HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

Parc de "La Poya"- (Fribourg)
  Mercredi 13 juin 1984

 

Chers Frères et Sœurs,

1. C’est le Seigneur qui nous rassemble ici, comme au jour de la Pentecôte, quelle que soit notre origine, notre langue, notre nation. Devant lui, “vous n’êtes plus des étrangers ou des gens de passage”. Il vous rassemble en une seule famille, pour vous sanctifier et vous envoyer dans toutes les nations, au service de tous les hommes. Et il m’a confié aujourd’hui ce ministère parmi vous, pour vous.

Ma joie est grande de vous voir tous ici réunis, de tant de pays du monde, y compris la Pologne, ma patrie, et certains viennent de très loin, dans des conditions éprouvantes, je pense notamment au sud-est asiatique. Il y a longtemps que je me réjouissais de venir prier avec vous, dans cette ville que je connais bien et que j’aime bien. Mon salut et mon merci vont à chacun d’entre vous. Je suis spécialement sensible à la présence des enfants qui ont préparé cette rencontre et qui sont accourus de toute la Suisse romande. Je salue encore les autres chrétiens, nos frères orthodoxes et les membres des Eglises et communautés issues de la Réforme; ils portent avec nous une immense espérance: que le Seigneur nous rende un, “afin que le monde croie” (Io. 17, 21).

Herzlich grüße ich auch die Gläubigen deutscher Sprache aus dem Freiburgischen oder aus den Nachbardiözesen. Mit uns allen zusammen seid ihr Zeugen dafür, daß die Vielfalt der Sprachen im gemeinsamen Lob Gottes zu einer Bereicherung für das Leben der Kirche in eurem Land werden kann. 

2. “Bénissez le Dieu de l’univers: partout il fait de grandes choses” (Sir. 50, 22). Ainsi s’exprime le livre de Sirac le Sage, en évoquant les grandes œuvres de Dieu dans la nature et dans l’histoire. Et vous, ouvrez les yeux, regardez avec émerveillement la nature, regardez vos montagnes et vos lacs. Regardez vos frères et sœurs: Dieu donne à leur vie sa dignité dès la naissance (Ibid.). Tout l’univers chante la gloire de Dieu, le Créateur du monde et de l’homme. Adorez-le. Bénissez-le. Rendez-lui grâce pour la joie du cœur, pour la dignité, pour la paix, pour la liberté dont vous jouissez dans ce pays. Même le travail de vos mains, les richesses de votre culture - qui demandent votre participation laborieuse - sont aussi des dons de Dieu. Surtout rendez grâce au Rédempteur, plein d’amour, de tendresse, de pitié (Ps. 145 (144)): il a fait de vous des fils et des filles de Dieu; il vous a montré si souvent comme au peuple de l’Alliance, sa fidélité, sa miséricorde, son pardon. Il vous a fait le don de sa Parole (Io. 17, 14) et celui de votre propre foi; il vous fait participer à sa Vie, dans son Eglise, faisant de vous un temple saint dans le Seigneur (Eph. 2, 21). Oui, puissions-nous dire avec le psalmiste: “Chaque jour, je veux te bénir!” (Ps. 145 (144), 2). Une telle action de grâce, avec l’humble sentiment d’indignité, forme le cœur de la prière chrétienne de chaque jour; elle est le cœur de l’eucharistie.

3. “De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde” (Io. 17, 18). Voilà comment s’exprime le Christ Jésus devant son Père, au moment de quitter ce monde. Un Apôtre est un “envoyé”; tout disciple du Christ est appelé lui aussi à être son témoin actif, le témoin du Christ venu dans le monde “pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi” (Gaudium et Spes, 3, par. 2). C’est comme si le Christ vous disait: “J’ai besoin de toi, de tes mains, de tes lèvres, de ton regard, de ton cœur, pour porter mon message jusqu’au bout du monde, et jusqu’aux profondeurs les plus secrètes des hommes. Les "talents" que tu as reçus, tu dois en faire profiter les autres”.

Le Cœur du Christ est ouvert à toutes les nations. De même le cœur de son disciple ne saurait limiter son horizon à celui de ses proches, de son village, de sa cité, de son milieu, de son pays, mais il doit chercher le salut et le progrès de tous les humains. Il doit avoir la passion du Règne de Dieu pour qu’il advienne par toute la terre; le monde sera ainsi “rempli de la connaissance du Seigneur, comme les eaux comblent la mer” (Is. 11, 9).

4. Or, la vie éternelle, c’est qu’ils le connaissent, lui, le seul véritable Dieu, et Jésus-Christ, son Envoyé (Io. 17, 3). La mission comprend donc d’abord la proposition à toute créature de la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu - inséparable du témoignage vécu au service du Règne de Dieu. Ce Règne est lié à la foi , et à la prédication en vue d’éveiller la foi (Marc. 1, 15; 16, 15. 20). Je sais que le Canton de Fribourg compte de nombreux missionnaires, prêtres, religieux, religieuses et laïcs, qui ont compris cet appel. Et ici même, à l’Université, ou à l’Ecole de la Foi, vous voulez former des hommes et des femmes aptes à s’ouvrir et à répondre eux-mêmes aux besoins religieux de tous leurs frères à travers le monde.

Le Règne de Dieu, c’est aussi le règne de la justice, de l’amour, de la paix, et la mission doit s’accompagner de l’instauration, dans le monde entier, spécialement dans les pays qui en sont démunis, des conditions permettant aux habitants de vivre dans la dignité et de se développer à tous points de vue. Comme vous l’ont dit vos Evêques à Fribourg (Orientations pastorales, febr. 1983, p. 5, 1. 3.): “Développez . . . le sens de la mission universelle de l’Eglise en promouvant sans doute l’entraide fraternelle et caritative, mais aussi en favorisant la prise de conscience des responsabilités de l’Occident face aux pays du tiers-monde, afin de combattre chez nous les injustices qui rendent ces pays toujours plus pauvres”.

5. L’universalité du monde, en effet, trouve ici même une certaine réalisation. Votre Evêque évoquait tout à l’heure plus de 60 nations représentées dans cette ville, avec un nombre d’étrangers au moins égal à celui des Suisses nés dans ce pays. Oui, Fribourg est une ville de rencontres, une ville internationale, un microcosme, et je souhaite avec vous qu’elle vive toujours davantage sa vocation universelle, son ouverture à tous ces frères et sœurs de l’univers qui sont ses hôtes. Ainsi, vous ne vous contenterez pas d’apporter un soutien matériel et spirituel à vos missionnaires partis au loin, ni même d’affecter généreusement une part de vos richesses matérielles et culturelles aux “pays de la faim”, mais vous réaliserez ici même un style de vie quotidienne et de relations où l’étranger se trouve en famille, intégré dans la construction du peuple de Dieu.

6. Mais quelle sera l’originalité de cette mission universelle, de ce témoignage? “Avec le Saint-Esprit, vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre” (Act. 1, 8). Ce que le Christ nous demande d’apporter aux autres, de témoigner, ce n’est pas d’abord une richesse extérieure à nous-mêmes; ce n’est pas le surplus d’une supériorité acquise par nous-mêmes ou avec un ensemble de chances historiques. C’est l’esprit que nous puisons dans le Cœur du Christ et qui, par grâce, est déjà à l’œuvre dans notre propre vie. C’est dans ce sens-là que le Christ a prié pour ses Apôtres, au moment de son sacrifice, de son don suprême: “Père, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom . . . pour qu’ils soient un comme nous-mêmes . . . Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais . . . Consacre-les dans la vérité . . . Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu’ils soient eux aussi consacrés dans la vérité” (Io. 17, 11. 15. 17. 19).

Chers Frères et Sœurs, vous avez été sanctifiés, consacrés par le baptême. Vous êtes devenus membres du Christ; vous êtes, par Lui, avec Lui et en Lui, offerts à Dieu le Père, vous avez reçu l’Esprit Saint qui met en vous les sentiments du Fils unique et vous donne de l’annoncer au monde. Laïcs chrétiens, vivez de ce baptême. Laissez pénétrer en vous, jour après jour, cette sanctification, par l’Esprit du Christ, pour en témoigner de façon vraie. Fortifiez votre fidélité au Christ. Recherchez sa Vérité, non la vôtre.

Dieu vous a fait naître au milieu du monde. En ville ou à la campagne, étudiants ou apprentis, fiancés ou mariés, ouvriers, peut-être en chômage, employés, employeurs, au service de l’Etat ou de votre Armée, agriculteurs, commerçants, industriels: c’est là votre monde, où Dieu vous a mis et veut que vous restiez: Je “ne demande pas que tu les retires du monde”. Mais ne vous laissez pas séduire par les faux dieux de ce monde, par tous les “paradis artificiels”. Eliminez de votre propre vie ce qui vient du Mauvais, ce qui fait obstacle à la transparence évangélique. Alors vous pourrez servir les hommes comme témoins du Christ. Alors se réalisera ce que nous avons demandé au début de cette messe: “Que la puissance de l’Evangile travaille le monde à la manière d’un ferment” et que, cherchant toujours l’Esprit du Christ, vous travailliez à l’avènement de son Règne en accomplissant vos tâches d’hommes (Oratio missae).

7. Son règne est inséparable de l’esprit de service, de l’unité, de la recherche de la Vérité, tels que le Christ les entend.

Je l’exprimais dans l’encyclique “Redemptor Hominis”: “La participation à la mission royale du Christ (est) le fait de redécouvrir en soi et dans les autres la dignité particulière de notre vocation . . . Cette dignité s’exprime dans la disponibilité pour servir, à l’exemple du Christ, qui "n’est pas venu pour être servi, mais pour servir" . . . On ne peut vraiment "régner" qu’en "servant" . . . le "service" exige en même temps une maturité spirituelle . . .” (Ioannis Pauli PP., Redemptor Hominis, 21). Le mot “service” revient plus de cent fois dans les textes du Concile Vatican II à propos de la mission de l’Eglise et de ses membres. Mettez-vous au service les uns des autres. Servez vos proches. Servez les étrangers. Servez les plus pauvres. Vous savez bien, chers Frères et Sœurs de Suisse qui êtes réputés pour votre hospitalité, ce que comprend ce service: c’est à la fois accueillir l’autre comme un don de Dieu, comme un frère dans le Christ, avec sa soif de vie, d’amour, de dignité; c’est le respecter, chercher à le comprendre, estimer sa valeur et ses besoins, lui faire une place dans notre petit univers, lui procurer l’entraide nécessaire et accepter la sienne. Cela suppose l’humilité, comparable à celle des lacs de vos montagnes qui, comme l’ont dit vos poètes, “ont choisi le point le plus bas pour refléter le ciel”. Cela suppose la douceur, l’amour, la patience, le pardon. Chacun peut se demander avec saint Paul: “Est-ce que mes voisins sont pour moi des étrangers, des gens de passage que je salue à peine, ou sont-ils vraiment mes frères et soeurs, membres de la même famille de Dieu?”.

8. Cet esprit de service va de pair avec la recherche inlassable de l’unité entre vous, non pas de n’importe quelle unité, faite d’une juxtaposition paisible qui pourrait être respect dans l’indifférence, mais de cette unité profonde, mystérieuse entre baptisés, qui reflète ici-bas l’unité du Père et du Fils: “Qu’ils soient un comme nous-mêmes!”. Par le baptême, “vous n’êtes plus des étrangers . . . vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les Apôtres et les prophètes . . . vous êtes vous aussi les éléments de la construction pour devenir par l’Esprit Saint la demeure de Dieu” (Eph. 2, 19. 20. 22). C’est saint Paul qui vous le dit aujourd’hui.

Et moi je le répète à vous, catholiques - citoyens suisses et travailleurs ou réfugiés venus de l’étranger -, qui ressentez la diversité de vos générations, de vos milieux, de vos pays d’origine, de vos races.

Je vous le dis à vous tous, chrétiens qui portez, courageusement et douloureusement sans doute, le scandale de la division des disciples du Christ; il faut progresser pour que, reconnaissant en Jésus l’unique Seigneur et Sauveur, l’unique Fondateur de leur Eglise, les chrétiens parviennent à vivre dans une communion de foi et de charité plénière et visible, aspirant à partager le même Pain de vie. C’est un ordre du Christ, “afin que le monde croie”. “En lui sont abolies toutes les divisions” (Oratio Eucharistica pro reconciliatione).

Elargissant ma prière, je vous souhaite aussi à vous tous, hommes et femmes de ce pays, de construire la cité terrestre en solidarité entre vous et avec le reste du monde, dans une fraternité universelle où chacun a sa place. Puissiez-vous être éclairés et stimulés par l’exemple des croyants comme aux premiers siècles de l’Eglise: “Voyez comme ils s’aiment”! Oui, “l’union de la famille humaine trouve une grande vigueur et son achèvement dans l’unité de la famille des fils de Dieu, fondée dans le Christ” (Gaudium et Spes, 42, par. 1; etiam n. 3).

9. Frères et Sœurs, je vous ai dit ces choses afin que vous ayez en vous la joie du Christ et que vous en soyez comblés (Io. 17, 13). Rejoignons l’ultime prière de Jésus à son Père: “Consacre-les dans la vérité, ta parole est vérité”. L’esprit de service et l’unité sont les signes que les hommes sont sanctifiés dans la vérité du Christ. C’est cette grâce de sanctification que Jésus nous a acquise par son offrande sur la croix et sa résurrection rendues présentes par cette Eucharistie: Je “me consacre moi-même pour qu’ils soient consacrés dans la vérité”. Avec lui, nous pourrons alors concourir à la sanctification de l’homme (Oratio super oblata).

Approchons-nous de Lui dans la vérité, dans l’amour, pour recevoir son Esprit de sainteté et d’unité, comme Marie et les Apôtres à la Pentecôte. A moi-même, qui ai reçu la charge de l’Apôtre Pierre pour vous affermir dans la foi et vous rassembler autour du Christ, la Pierre Angulaire  (Eph. 2, 20; 1 Petr. 2, 4), et à chacun de vous, chers Frères dans l’épiscopat ou dans le sacerdoce, religieux, religieuses et laïcs baptisés et confirmés, le Christ nous demande: “Es-tu prêt à donner ta vie, à la "consacrer", pour le service de tous les hommes, pour que l’Evangile du salut parvienne à toutes les nations?”.

Amen.


Devo esprimere la nostra profonda gratitudine comune ai nostri fratelli e soprattutto al metropolita ortodosso e agli altri che hanno vissuto con noi la grandezza delle celebrazioni alle quali noi sempre leghiamo il desiderio, il nostro profondo desiderio, di poterci unire attorno alla mensa eucaristica.

La stessa gratitudine agli altri fratelli e sorelle delle comunità cristiane che hanno qui in Svizzera il loro centro. Ieri ho avuto il privilegio di visitare questo centro del Consiglio mondiale delle Chiese cristiane e anche il Centro ortodosso di Chambésy.

Fratelli miei e amici miei,

il fatto vero è che Giovanni Paolo II vi vuole bene e voi lo amate molto. Allora, grazie ancora una volta. La mia gratitudine profonda a nostro Signore che ci ha radunato. Egli ci riunisce sempre e dovunque. Ci fa sempre più quel popolo di Dio che noi siamo. È una grande fortuna essere in Svizzera, appartenere a questo popolo grandioso, ma voglio dire che è una fortuna ancora più grande appartenere al popolo di Dio.

 

© Copyright 1984 - Libreria Editrice Vaticana

 

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